TOUT EST DIT

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samedi 11 juin 2011

Ni à l’Est, ni à l’Ouest, mais vers le haut

Contrairement à l’Union européenne en plein marasme économique et politique, c’est un pays sûr de lui et en plein essor économique qui se rend aux urnes le 12 juin. Une puissance émergente érigée en modèle par les démocraties moyen-orientales naissantes que l'UE n'a pas su garder dans son giron. 

Cela faisait des années qu'on se demandait si la Turquie était européenne ou asiatique, si elle était tournée vers l'Occident ou vers l'Orient, et on a enfin trouvé la réponse. En fait, la question était mal posée. La Turquie ne va ni vers l'est ni vers l'ouest, elle va vers le haut. En seulement une décennie, la Turquie a vu son PIB multiplié par quatre, passant de 200 à 800 milliards de dollars (550 milliards d'euros); elle a triplé son revenu par habitant, qui est passé de 3 000 à 10 000 dollars; elle a réduit sa dette publique de 75 % à 40 % du PIB et ramené sa prime de risque très en dessous du niveau de la plupart des pays du Sud de l'Europe.
Entre-temps, l'Union européenne stagne, et beaucoup se demandent si elle n'a pas cessé de progresser, si son avenir n'est pas marqué par le déclin, si les Européens ne sont pas résignés à un recul de leurs niveaux de vie.

Les calvinistes islamiques

Alors même que l'Europe débattait sur l'adhésion de Turquie, s'offrant le luxe de négliger ce pays, voire de le mépriser ouvertement, les Turcs ont battu en brèche tous les stéréotypes et ont volé de succès en succès. Certains parlent même de "calvinistes islamiques" pour décrire la nouvelle classe d'entrepreneurs turcs, apparue dans les villes les plus dynamiques d'Anatolie. Cette Turquie pauvre et analphabète qu'on nous a si souvent dépeinte, qu'on disait peuplée de paysans anatoliens ignorants, avides de prendre d'assaut la forteresse du bien-être européen, appartient au passé.
Dans les rues de Rabat, de Tunis ou du Caire, l'Europe a cessé d'être le modèle à suivre au profit de la Turquie, un pays qui démontre qu'il peut être à la fois musulman, démocratique et prospère, et même avoir une politique extérieure indépendante, non soumise aux diktats de l'Occident. Apparue dans un espace méditerranéen sous le joug de dictatures serviles, la Turquie [du Premier ministre] Recep Tayyip Erdogan laisse présager un avenir où de nombreux régimes indépendants et fiers n'hésiteront plus à montrer du doigt l'Europe quand elle appliquera deux poids, deux mesures face à Israël, à l'ouverture des marchés, aux droits de l'homme, à la prolifération nucléaire ou à l'immigration.
On le voit, les Turcs n'ont jamais connu un meilleur niveau de vie ni envisagé l'avenir avec autant d'optimisme. Dès lors, rien d'étonnant à ce que personne ne doute de la victoire du Parti pour la justice et le développement (AKP) aux élections législatives de dimanche prochain: le seul doute (et source d'inquiétude) est de savoir s'ils obtiendront les 367 sièges (sur un total de 560) qui permettront au parti d'Erdogan de modifier unilatéralement la Constitution sans devoir organiser de référendum, et d'accentuer à ce que beaucoup perçoivent comme une dangereuse dérive autoritaire qui se manifesterait depuis quelques années.

Erdogan pourrait s'inspirer du modèle russe

Jusqu'à présent, la perspective d'adhésion à l'UE a eu des répercussions très favorables sur la politique intérieure de la Turquie: pour les islamistes, l'Europe était la garantie que les militaires n'interviendraient pas dans la vie politique, comme ils l'avaient souvent fait par le passé; pour les militaires, les laïques et les libéraux, que la majorité islamiste ne leur impose pas leurs valeurs et ne restreigne pas les droits de l’homme et les libertés individuelles.
Mais au fur et à mesure que le lien avec l’Europe s’affaiblit – les négociations d’adhésion sont complètement bloquées et le nombre de Turcs persuadés que la procédure d’adhésion va aboutir est chaque fois moins important – les islamistes de l’AKP augmentent leur marge de manœuvre.
C’est pourquoi, même si la Turquie d’aujourd’hui est infiniment plus démocratique, plus riche et plus stable que celle qui avait obtenu une promesse d’adhésion en 1999 et qui avait entamé les négociations en 2005, d’aucuns craignent qu’une majorité aussi forte ne permette aux islamistes de se détacher du poste démocratique auquel l’Europe les avait ancrés.
Si pour de nombreux Arabes, la Turquie est un modèle, la référence des islamistes du AKP n’est pas nécessairement notre idéal européen: certaines mauvaises langues vont même jusqu’à dire qu’Erdogan pourrait bien vouloir s’inspirer d’un autre archétype européen: la Russie de Poutine, un autoritarisme déguisé en démocratie, avec des médias et des entreprises complètement assujettis au pouvoir politique.
Si cette dérive autoritaire venait à s’imposer, l’Union Européenne (qui a fait preuve de maladresse et de myopie dans ses relations avec la Turquie) aura laissé passer une occasion stratégique unique de faire de la Turquie un pays phare de la démocratie qui aurait pu rayonner dans toute l’Asie Centrale et le Caucase, le Proche-Orient et le nord de l’Afrique.

Elections

Super Erdogan vers un troisième mandat

Au cours de cette dernière législature, des inquiétudes concernant [le Premier ministre Recep Tayyp] Erdogan s'expriment de façon croissante. L'excès de confiance d'Erdogan qui se voit comme "le seul homme de la situation" suscite de craintes. A fortiori lorsqu'il évoque la possibilité que la Turquie évolue vers un système présidentiel inspiré du modèle français voire russe. Le gouvernement AKP, qui considère le développement non pas comme un moyen mais comme une fin en soi et qui considère que "la croissance doit se faire à n'importe quel prix", ne prête par exemple aucune attention à la défense de l'environnement. 
Malgré tout cela, grâce à ses succès sur le plan économique et parce qu'il a réussi à faire reculer le système imposant la tutelle d'une oligarchie bureaucratique sur la société, il est évident que l'AKP va rempiler pour une troisième législature.
Mais pour qu'une démocratie puisse fonctionner correctement, il faut une opposition conséquente et attachée aux principes démocratiques. Les tentatives menées par Kemal Kiliçdaroglu, nouveau président du Parti républicain du peuple [CHP, kémaliste, opposition parlementaire], pour que son parti ne soit plus systématiquement associé à l'appareil d'Etat, de même que ses tendances désormais affichées à vouloir défendre les libertés, permettent d'envisager que le CHP puisse un jour véritablement incarner cette opposition démocratique. 
La possibilité par ailleurs que le Parti pour la paix et la démocratie [BDP, pro-kurde] puisse cette fois être représenté à l'Assemblée nationale par un groupe plus important [il dispose actuellement de 20 députés] représente un autre enjeu de taille de ce scrutin dans la mesure où cela permettrait aux Kurdes d'exprimer leurs revendications dans un contexte démocratique. Sahin Alpay, Zaman, Istanbul (extraits) 
Une version inégrale et en français de cet article est disponible sur le site de Courrier international.

Dette publique grecque : danger sur la zone euro

Si la Grèce cessait subitement de rembourser une partie de sa dette, une spirale infernale risquerait de se déclencher en Europe : les partenaires européens pourraient cesser d’accorder leur aide à la Grèce et Athènes pourrait sortir de l’euro afin de monétiser sa dette en drachmes (l’ancienne monnaie grecque), d’où une forte dévaluation. Cela permettrait certes de restaurer la compétitivité, la Grèce ne réalisant que 35 % de ses échanges avec des pays de la zone euro. Mais si une monnaie trop forte est pénalisante, une monnaie trop faible a également des inconvénients : sachant que 80 % de la dette grecque est détenue par l’étranger et libellée en euros, la Grèce ne verrait son endettement que très faiblement réduit. Le renchérissement des importations entraînerait un choc inflationniste et une perte de pouvoir d’achat. Ensuite, une faillite grecque exposerait l’Europe à un choc financier terrible. Certes, la Grèce ne contribue au PIB de la zone euro qu’à hauteur de 2,6 % et ne représente que 4 % de ses déficits cumulés. Mais ce qui nous pend au nez, c’est un vaste choc provoqué, comme en 2008, par l’arrêt de la distribution de crédit par les banques. Le risque global généré par la dette des « PIGS » (Portugal, Italy, Greece, Spain) est bien réel. Bien que d’ampleur et de nature différentes (140 % du PIB de la Grèce, premier pays touché ; dette croissante depuis 10 ans pour le Portugal ; dette plus récente liée à l’éclatement de la bulle immobilière pour l’Espagne et l’Irlande), ces dettes sont contagieuses car elles sont liées aux créances interbancaires européennes. La France, l’Allemagne, le Royaume Uni, qui détiennent 700 milliards de créances, sont fortement exposés. En cas de défaut de paiement des Etats, les banques devraient payer, mais contrairement à la crise de 2008, les Etats ne pourraient plus les renflouer… Ensuite, rappelons que la France compte parmi les pays les plus endettés : elle est passée de 35 % d’endettement dans les années 1980, à 82 % en 2010 (1.500 milliards d’euros !). Si l’on veut éviter la déstabilisation générale de la zone euro, déjà mise à mal par la guerre des monnaies et la concurrence déloyale asiatique, sauver la Grèce est donc une absolue nécessité. Mais la politique d’austérité prônée par le FMI ou l’UE ne permettra pas à elle seule un rééquilibrage, l’effort demandé aux ménages devenant insupportable et risquant de détruire ce qui reste de croissance. Dans ce contexte de récession, la diminution brutale des dépenses publiques accélère donc la chute du PIB, qui diminue plus vite que la dette publique. Et le fait que les prêts consentis à la Grèce le soient actuellement à des taux supérieurs à sa croissance nominale, aggrave l’endettement du pays. Face à ce dilemme, la solution pourrait résider dans des prêts à taux moindres et dans une relance de la croissance par l’investissement, comme le proposent, dans un rapport récent, les experts du Capec (*). Selon eux, il conviendrait de faire de la Banque européenne d’investissement une véritable banque européenne de développement et de créer un Commissariat européen à l’investissement. Une solution intelligente qui implique une vision à long terme et une véritable coordination européenne.
(*) Les Dossiers du Capec : « Grèce. Deux questions pour une proposition de sortie de crise – Juin 2011 », www.fondscapec.

Borloo pose la première pierre

Hier matin sur RTL, Jean-Louis Borloo a véritablement posé sa première pierre pour l’élection de 2012, au point que tous ceux qui l’ont entendu sont désormais convaincus qu’il sera bien candidat. Le détonateur de cette accélération est la disparition de DSK de la scène politique. L’absence d’un candidat socialiste au profil centriste a créé un appel d’air favorable à une candidature Borloo, même si les difficultés qui l’attendent restent nombreuses.Côté positif, Jean-Louis Borloo bénéficie d’un capital de sympathie important lié à sa personnalité, à son style et à ses succès en tant que maire de Valenciennes. Il est par nature un homme de dialogue et de concertation et un rassembleur des bonnes volontés ; il peut faire une campagne attractive pour l’opinion aussi bien sur le terrain que dans les médias, même si son assise politique reste faible autour d’un petit Parti radical et d’une nébuleuse centriste qui a du mal à s’organiser. Son électorat potentiel est sollicité à la fois par MM. Bayrou et de Villepin et surtout par Nicolas Sarkozy. Le président de la République paraît déterminé à empêcher une candidature Borloo qu’il décrit comme de « petites ambitions qui ne déboucheront sur rien », il peut aussi lui savonner la planche en faisant entrer des centristes au gouvernement lors du départ de Mme Lagarde.

Mais le plus difficile pour Jean-Louis Borloo sera d’expliquer aux Français comment lui qui voulait succéder à François Fillon comme Premier ministre de Nicolas Sarkozy est devenu en quelques mois son contempteur après l’avoir servi pendant quatre ans sans états d’âme.

La Croatie à la porte de l'Union européenne

La Commission européenne a donné, ce vendredi, son feu vert à l'entrée de la Croatie dans l'Union européenne en juillet 2013. Cette recommandation doit encore être confirmée par les 27 Etats du bloc.

Près de seize ans après une sanglante guerre d'indépendance, la Croatie s'apprête à s'amarrer pour de bon à l'Union européenne, la Commission de Bruxelles ayant proposé, ce vendredi, aux Vingt-Sept la fin des négociations d'adhésion. 
"La Commission européenne vient juste de proposer au Conseil des ministres européens de boucler les quatre derniers chapitres" sur les 35 qui ont jalonné près de six ans de pourparlers, a indiqué le président de l'exécutif européen José Manuel Barroso dans un communiqué. "Ceci ouvre la voie à ce que la Croatie rejoigne l'UE en tant que 28ième Etat membre". 
Zagreb mise sur une adhésion effective d'ici la mi-2013. Date "indicative" que Barroso a également suggérée ce vendredi, "si cette date indicative proposée par la Commission devait être retenue par le Conseil".  
Après la Slovénie
La Croatie devrait être le deuxième pays issu de l'ex-Yougoslavie à rejoindre l'UE, après la Slovénie, qui fait partie de l'Union depuis 2004. Mais à la différence de la Slovénie, dont l'indépendance de la Yougoslavie a été très rapide et peu coûteuse en vies humaines, celle de la Croatie s'est effectuée dans le sang et les combats, qui se sont poursuivis pendant quatre années (1991-1995). 
Cette fin des négociations d'adhésion survient aussi à quelques jours du vingtième anniversaire de la proclamation d'indépendance de la Croatie et de la Slovénie, le 25 juin 1991, mettant en évidence combien le rapprochement de Zagreb de l'UE a été plus difficile et long que celui de Ljubjlana. Il a notamment été freiné par un différend frontalier entre ces deux pays. 
L'événement constitue également une étape supplémentaire dans les perspectives européennes des pays des Balkans, qui avaient été solennellement affirmées par les Européens lors du sommet de Thessalonique en 2003.
Le président croate, Ivo Josipovic, avait résumé en décembre devant des journalistes ce que représentait une adhésion de son pays à l'UE, à savoir un basculement définitif du passé vers l'avenir. "On ne peut pas vivre dans le passé, ou bien on ne peut pas y vivre avec succès", avait-il dit. Tout progrès vers l'Union réalisé par un pays des Balkans, ajoutait-il, "élargit l'espace de sécurité et de stabilité de tous les autres" et contribue donc à la réconciliation régionale. 
La Première ministre, Jadranka Kosor, a évoqué un "objectif historique", tout en affirmant que la Croatie s'est toujours sentie plus proche de l'Europe occidentale que des Balkans. Et pourtant, les Croates paraissent plus réservés, voire sceptiques. Selon les derniers sondages, 44,6% d'entre eux soutiennent l'adhésion de leur pays à l'UE, alors que 41,8% s'y opposent. 
Beaucoup considèrent en Croatie que les négociations d'adhésion ont duré trop longtemps, près de six années. Certains ont mal perçu aussi que Bruxelles ait tant insisté sur une pleine coopération de Zagreb avec la justice internationale en matière de crimes de guerre. 


  Retombées économiques
Le gouvernement croate table sur des fonds européens d'environ 3,5 milliards d'euros au cours des deux premières années après son adhésion, selon les responsables locaux. Des experts économiques s'attendent à ce que la perspective d'adhésion encourage aussi les investissements étrangers, nécessaires pour le redressement économique du pays, après deux années de sévère contraction provoquée par la crise économique mondiale. 

L’homme qui a niqué tout un pays

En près de vingt ans de politique, dont plus de dix au pouvoir, Silvio Berlusconi aura marqué son pays comme personne. Alors que son aura se ternit, dans un article qui a beaucoup fait parler en Italie, The Economist estime que l’héritage du Cavaliere "va hanter l’Italie pour les années à venir". 

Silvio Berlusconi a de quoi avoir le sourire. En 74 années d’existence, il a créé un empire médiatique qui a fait de lui l’homme le plus riche d’Italie. Il domine la vie politique depuis 1994 et peut aujourd’hui se targuer du plus long mandat de premier ministre de l’histoire italienne après Mussolini. Il a démenti les innombrables prédictions annonçant sa chute. Pourtant, malgré tous ces succès personnels, l’homme est un dirigeant calamiteux, et ce pour trois raisons.
Deux de ces raisons sont bien connues. La saga sensationnelle de ses parties fines, les soirées “bunga bunga”, est la première, offrant le spectacle consternant d’un premier ministre poursuivi en justice à Milan, accusé de relations sexuelles tarifées avec une mineure. L’affaire du Rubygate a éclaboussé non seulement Silvio Berlusconi, mais tout son pays.
Aussi scandaleuse que soit cette affaire, ses conséquences sur l’action politique du Premier ministre restent limitées. Nous avons souvent dénoncé son second échec : ses magouilles financières. Il a été jugé une dizaine de fois pour cela et il s’en est tiré d’affaire en raison du dépassement des délais de prescription ou parce que Berlusconi a changé la loi. Il est évident que ce ne sont ni ses pratiques sexuelles répréhensibles ni les épisodes louches de sa vie d’homme d’affaires qui peuvent pousser les Italiens à porter sur Berlusconi le constat d’un échec lamentable, voire délétère.

Le mépris total de la situation économique de l'Italie

Son troisième défaut est bien pire : c’est son mépris total de la situation économique de son pays. Peut-être distrait par ses démêlés avec la justice, à aucun moment depuis neuf ans qu’il est premier ministre, il n’a résolu ni même vraiment reconnu les graves lacunes économiques de l’Italie. Autant dire qu’il laissera derrière lui un pays dans une situation épouvantable.
Une conclusion funeste qui surprendra sans doute les observateurs de la crise de l’euro. Le fait est que, grâce à la politique budgétaire restrictive de Giulio Tremonti, le ministre des Finances de Berlusconi, l’Italie est parvenue pour l’heure à échapper au courroux des marchés. C’est le "i" d’Irlande, pas celui d’Italie, qui compose l’acronyme PIGS ["cochons" en anglais, qui désigne les pays européens jugés "irresponsables"], aux côtés du Portugal, de la Grèce et de l’Espagne. L’Italie n’a pas connu de bulle immobilière, ses banques n’ont pas fait faillite. Le marché de l’emploi se maintient : le taux de chômage est à 8 %, contre plus de 20 % en Espagne. Le déficit budgétaire s’élèvera en 2011 à 4 % du produit intérieur brut (PIB), contre 6 % en France.
Mais ces chiffres rassurants sont trompeurs. L’Italie ne souffre pas d’un mal économique aigu : c’est une maladie chronique qui ronge lentement sa vitalité. Quand les économies européennes se contractent, l’économie italienne se tasse plus encore. Dans les années 2000-2010, seuls le Zimbabwe et Haïti ont enregistré une croissance plus lente que l’Italie. Pire, son PIB par habitant a même reculé. En raison de cette absence de croissance, et malgré l’action de Giulio Tremonti, la dette publique reste encore à 120 % du PIB, soit la troisième la plus élevée au sein des pays riches. Et c’est d’autant plus inquiétant que la population italienne connaît un vieillissement rapide.

Au moins un quart des jeunes sans emploi

La faiblesse du taux de chômage moyen cache de plus d’importantes inégalités. Un quart de la jeunesse – et bien plus dans le Sud défavorisé - est sans emploi. Le taux d’activité des femmes, à 46 %, est le plus bas de toute l’Europe de l’Ouest. Un cocktail néfaste de faible productivité et de salaires élevés érode la compétitivité. L’Italie émarge à la 80e place du classement “Doing Business” de la Banque mondiale, derrière la Biélorussie et la Mongolie, et à la 48e place du classement sur la compétitivité mondiale établi par le Forum économique mondial, après l’Indonésie et la Barbade.
Mario Draghi, le gouverneur sortant de la Banque d’Italie (parti prendre la direction de la Banque centrale européenne), a dressé un tableau éloquent dans son percutant discours de départ. Soulignant que l’économie italienne a cruellement besoin de grandes réformes structurelles, il a montré du doigt une productivité stagnante et s’en est pris à des politiques gouvernementales qui "sont incapables de soutenir le développement [de l’Italie], quand elles ne l’entravent pas."
Autant de facteurs qui commencent à affecter la fameuse qualité de vie italienne, réputée à juste titre. Les infrastructures se dégradent. Les services publics sont saturés. L’environnement est mis à mal. Les revenus réels, au mieux, stagnent. Les jeunes Italiens ambitieux quittent leur pays en masse, abandonnant le pouvoir à des élites vieillissantes et déconnectées. Peu d’Européens méprisent autant leurs hommes politiques pourris gâtés que les Italiens.

L'idée fausse d'un impossible changement

Quand nous avons dénoncé Berlusconi pour la première fois dans nos pages, de nombreux représentants des milieux d’affaires nous ont répliqué qu’il n’y avait que son culot d’entrepreneur sans scrupule pour espérer moderniser l’économie italienne. Plus personne ne tient aujourd'hui ce genre de propos. Ils préfèrent désormais dire qu’il n’y est pour rien, la faute à ce pays irréformable.
Cette idée d’un impossible changement est non seulement défaitiste, mais fausse. Au milieu des années 1990, les gouvernements italiens successifs, prêts à tout pour ne pas être écartés de l’euro, mirent en œuvre des réformes impressionnantes. Silvio Berlusconi lui-même est parvenu sporadiquement, entre deux passages par les tribunaux, à introduire des mesures de libéralisation. Il aurait pu faire bien plus s’il avait mis son pouvoir et sa popularité immenses au service d’autre chose que la défense de ses propres intérêts. Ce sont les entreprises italiennes qui vont payer ses plaisirs au prix fort.
Et si les successeurs de Silvio Berlusconi se révélaient aussi négligents que lui ? La crise de l’euro force aujourd’hui la Grèce, le Portugal et l’Espagne à adopter des réformes colossales, envers et contre l’opposition de leur opinion. A court terme, ces réformes seront douloureuses ; mais à long terme, elles pourraient donner à ces économies périphériques un nouvel élan. Certains pays pourraient aussi alléger le fardeau de leur dette en la restructurant. Une Italie non réformée, stagnante, affichant une dette publique bloquée au-dessus de la barre des 120 %, se retrouverait épinglée comme la grande retardataire de la zone euro. Et à cause de qui ? D’un Silvio Berlusconi qui, à n’en pas douter, n’en perdrait pas pour autant le sourire.
 

Familles


Le privilège de la famille est de pouvoir se haïr sans rime ni raison, pour le seul fait d’être intime. Depuis Adam et Eve se poursuit ainsi l’éternel feuilleton de la haine familiale, le plus souvent dans une ambiance à la Simenon, banale, pesante et silencieuse... Il arrive que la querelle perce les murs, bouscule les voisins et requière la justice. Mais que dire de l’affrontement entre Liliane Bettencourt et sa fille Françoise, qui ne cesse d’accumuler les victimes collatérales ? Leur lutte a déjà abattu le ministre Eric Woerth, brisé le bouclier fiscal, ébranlé L’Oréal, et failli éclabousser notre Président... Elle reprend aujourd’hui, plus haineuse que jamais, menaçant cette fois un célèbre avocat et un businessman non moins célèbre, également ami de notre Président. Une morale ? La vaisselle cassée des riches fait toujours plus de bruit et de blessures.

Bettencourt, la saison 2

Les vieilles dames fortunées traversent d’insoupçonnables tourments. Leurs cheveux argentés – eux aussi – semblent inspirer les convoitises davantage que la tendresse. Assises sur un tas d’or, elles souffrent d’une immense pauvreté affective. Entourées de mille et un courtisans, la solitude les hante.

Leona Helmsley, décédée en 2007, régla l’affaire de manière radicale. La richissime New-Yorkaise, déshéritant ses petits-enfants, avait légué 18 millions au “toutou” de la maison. Où l’indigence du cœur ne va pas se nicher… Le bichon maltais vient de mourir, laissant le reliquat du magot à une œuvre caritative. Merci, le chien !

Chez nous, Liliane Bettencourt connaît d’autres tracas. Sa fille tente à nouveau de la placer sous tutelle. La France entière les croyait réconciliées, fausse piste. Un gros chèque consenti par l’octogénaire à un producteur de téléréalité a rouvert les hostilités. L’investissement, a priori rentable, se trouve critiqué sur un plan éthique. La famille l’Oréal dans le “Loft” de Loana, pouah !

Pour changer un peu, “l’abus de faiblesse” ne vise pas le gigolo photographe. On accuse maintenant l’avocat. Le rôle joué par le majordome, les soubrettes, la marquise et le colonel Moutarde reste à éclaircir.

Ainsi s’ouvre la saison 2 d’une inépuisable saga. À 88 ans, blessée mais toujours solvable, Liliane va en payer le prix. Bien décidée, même, à rendre à l’adversaire “la monnaie de sa pièce”. Quelle misère…

La favorite

Elle peut afficher cette décontraction des premières de la classe à qui tout, jusque-là, a semblé réussir. C’est en position de force, en effet que Christine Lagarde va briguer la direction générale du Fonds monétaire international. Le soutien que lui ont accordé, hier, les pays de l’Afrique subsaharienne lui donne un avantage symbolique qui complète son avance arithmétique. Que pouvait-elle espérer de mieux que l’appui des états qui comptent parmi les plus pauvres de la planète pour faire taire les critiques ses détracteurs : ils ne pourront plus moquer si facilement l’ultra libéralisme d’une bourgeoise «candidate des banques». qui n’aurait d’autre programme que de faire rendre gorge aux économies les plus misérables.

Gentiment moquée à son arrivée à Bercy pour son amateurisme, il y quatre ans, la très distinguée ministre de l’économie et des finances de la France fait preuve, dans sa campagne planétaire d’une maturité politique certaine. Elle se donne les moyens de conforter sa réputation d’experte compétente jouant tout à la fois de son assurance naturelle, de son aisance dans la langue anglaise et de son sens aigu de la négociation acquise aux États-Unis.

Elle n’hésite pas, non plus, à utiliser son statut actuel pour faire campagne. Toujours ministre, elle dirige sa maison depuis son avion. La France est généreuse, qui lui laisse autant de liberté pour se vendre, dans une séquence économique aussi cruciale. La ministre est à ce point libérée qu’elle envisage d’aller rencontrer DSK à New York. Bien joué : elle donnera ainsi l’image d’une femme courageuse tout en récupérant les précieux conseils de celui qui fut peut-être le meilleur directeur du FMI depuis 1946. Il en connaît toutes les ficelles…

Mme Lagarde se placerait ainsi, sans le dire, dans sa continuité, ce qui – contrairement aux apparences – serait loin de constituer un handicap. Elle-même brave avec aplomb l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête par la Cour de justice de la République dans le règlement de l’affaire Tapie. Elle se dit sûre d’être épargnée par la justice, son principal obstacle désormais sur la route de Washington.

Si le probable duel avec le patron de la banque centrale du Mexique, Agustin Carstens, sera probablement moins serré qu’elle ne le redoutait, le mano a mano avec la CJR sera sans doute moins facilement gagné qu’elle ne l’imagine. Si rien, en effet, ne peut lui être reproché dans le recours à un tribunal arbitral – une solution fréquente et la plupart du temps juridiquement satisfaisante pour dénouer des affaires inextricables – elle apparaît plus fragile face aux accusations de légèreté voire de complaisance à l’égard de conflits d’intérêt manifestes dans la procédure qui a permis d’accorder plusieurs centaines de millions d’euros à l’homme d’affaires controversé. Et la logique du droit est souvent moins prévisible que celles des courbes tendancielles des taux de profit.

Syrie : « Je ne me tairai pas ! »

« Je ne me tairai pas ! », clame un Syrien sur son blog où il continue à critiquer le régime, sa police, sa répression, malgré les menaces dont il est l'objet. Des dizaines de milliers de Syriens font de même et non seulement protestent, mais manifestent malgré les balles, les arrestations, les tortures.

Le pouvoir syrien s'imagine sans doute que, comme il y a trente ans, il peut recourir à la force la plus brutale : à l'époque il avait écrasé une insurrection dans la ville de Hama, faisant plusieurs dizaines de milliers de morts. L'ordre gouvernemental avait alors été rétabli par le père de l'actuel dictateur.

Cependant les moyens d'hier ne peuvent obtenir un tel résultat aujourd'hui à Deraa, Douma, Baniyas et ailleurs. Bien au contraire, car tout le pays, tout le Moyen-Orient, le monde entier savent ce qui se passe et désapprouvent Bachar el-Assad. Son masque de Président libéral et réformateur est tombé. Il est comme son père un dictateur tortionnaire, s'appuyant sur quatre réseaux de police aussi terribles les uns que les autres. Mais il sent la fragilité de son régime. La minorité alaouite dont il fait partie a de plus en plus de mal à s'imposer aux 80 % de sunnites qui peuplent la Syrie. Il pense sans doute que, s'il montrait quelque ouverture, ce pourrait être compris comme une faiblesse, une faille dans laquelle s'engouffreraient tous les opposants et qu'alors sa famille pourrait être balayée. Pourtant la répression ne résoudra pas le problème et n'assurera pas sa stabilité. Au contraire, elle accroît la détestation dont il est l'objet.

Attentisme

Mais Assad a pensé pouvoir obtenir l'acquiescement, au moins tacite, des Occidentaux en tentant de leur faire croire que la rébellion était une rébellion islamique. Jusqu'à ces dernières semaines, les Occidentaux s'étaient rapprochés de lui considérant que la Syrie pouvait être un élément de poids pour stabiliser la région face à ce genre de menace. Mais plus personne n'est dupe. Aussi, après certes trop d'hésitations, les Occidentaux le condamnent enfin.

Cependant, personne ne semble avoir de stratégie vis-à-vis de la Syrie. Or, pendant que la répression s'intensifie (on en est à plus de 1 200 morts connus), d'autres forces se mettent en marche. L'Iran, par exemple, qui apporte son soutien, ce qui inquiète le Conseil de coopération des pays du Golfe qui craint que l'escalade ne conduise à renforcer dans la région les tensions entre chiites et sunnites. Cela pourrait donner une tout autre ampleur aux divers conflits qui sommeillent ou sont en cours.

L'Europe, les États-Unis, l'Otan ont fait savoir qu'ils n'envisageaient pas d'intervenir comme cela a été le cas en Libye. Deux poids, deux mesures donc. Ce qui relativise le devoir d'assistance à population en danger qui a pourtant été proclamé avec force ces derniers temps...

Quoi qu'il en soit, les choses peuvent dériver, s'aggraver et prendre une plus vilaine tournure encore. Chacun le sait et pourtant reste attentiste... Car les condamnations de l'Onu, si bienvenues soient-elles, ne changent pas grand-chose à cette situation.

Pendant ce temps-là, l'économie syrienne s'effondre, le pays se meurt avec nombre de ses habitants assassinés. Les réfugiés fuient vers la Turquie. Ce qui est désormais certain, c'est que rien ne sera plus comme avant, car la volonté des Syriens, désireux d'entrer libres dans le XXIe siècle, ne faiblit pas.

Ils ne se tairont pas !

vendredi 10 juin 2011

Grèce : la zone euro vers un rééchelonnement de la dette

Berlin, qui veut faire participer les créanciers privés au deuxième plan d'aide à Athènes, semble en voie d'avoir gain de cause.

Bruxelles a annoncé vendredi 10 juin que la zone euro étudiait l'option d'un rééchelonnement de la dette grecque, sur une base volontaire de la part des créanciers, en précisant bien qu'il ne s'agissait pas d'une restructuration.
"Nous avons discuté ces derniers jours d'une initiative du style de celle de Vienne", a reconnu Amadeu Altafaj, le porte-parole du commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn. En 2009 dans la capitale autrichienne, les banques créancières de la Roumanie, alors en grave crise, s'étaient engagées en 2009 à maintenir leurs prêts arrivant à échéance.
"Dans ce contexte, nous avons aussi examiné la faisabilité d'une rééchelonnement volontaire de la dette ou reprofilage" de la dette, a-t-il poursuivi.
Il a toutefois insisté sur le fait que cela s'entendait "bien sûr à la condition, extrêmement importante, que ceci ne crée pas un événement de crédit", à savoir "une restructuration de dette" susceptible de créer la panique sur les marchés.

Les créanciers privés entre 20 et 35 milliards ?

D'après l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, la zone euro veut faire participer les créanciers privés de la Grèce à hauteur de 20 à 35 milliards d'euros, suivant ainsi la volonté allemande. Selon le magazine, les ministres des Finances européens seraient prêts à considérer un échange d'obligations contre des titres à maturité plus éloignée.
C'est la solution prônée par le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble, qui veut un allongement de sept ans des maturités pour toutes les obligations en circulation. La Banque centrale européenne (BCE) est catégoriquement opposée à toute action sur la dette qui s'apparenterait à un défaut de paiement, mais pourrait consentir à une solution de "rollover" qui verrait les créanciers réinvestir dans de la dette grecque quand leurs titres arrivent à maturité.
Selon un porte-parole du ministère allemand des Finances vendredi, quelque 80 à 90 milliards d'euros de dette grecque arrivent à maturité d'ici à 2014.
MAIS
Le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy s'est dit vendredi "confiant" dans la signature d'ici fin juin d'un nouveau programme d'aide à la Grèce. "Nous travaillons sur des moyens financiers européens supplémentaires pour la Grèce. ...

Le choix de la Grèce : l'empire ou la mort ?

Mercredi 2 juin, Jean-Claude Trichet a proposé l'institution d'un ministre européen des finances, chargé non de gérer le budget fédéral mais de contrôler les finances et les politiques de compétitivité des Etats nationaux. Le président de la Banque centrale européenne (BCE) s'est permis cette sortie alors qu'il recevait le prix Charlemagne, à Aix-la-Chapelle, capitale du premier empire européen. Les symboles ont leur importance : celui-ci montre que le problème des dettes publiques européennes est avant tout une question politique. La Grèce aura à choisir entre la ruine économique et l'abolition de sa souveraineté. Voyons pourquoi.

La Grèce est insolvable : elle ne dispose pas des revenus futurs suffisants pour rembourser sa dette publique, qui s'élève à 144 % du PIB. Le plan de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) de mai 2010 reposait sur l'idée fausse qu'il s'agissait d'un problème de liquidité. Les réformes structurelles rapides devaient permettre de relancer la croissance et les prêts de répondre aux besoins temporaires de liquidité, avant un retour sur les marchés en 2012. L'erreur résulte du fait qu'un tel plan n'est réalisable que si la demande extérieure se substitue immédiatement à la demande intérieure, ce qui exige une dévaluation, chose impossible dans la zone Euro.

La conséquence est que la Grèce va faire défaut. La seule question est de savoir qui va supporter les pertes, ce qui dépend du timing de l'opération. Soit la Grèce fait défaut demain et les pertes sont supportées par les banques et les assurances européennes. Soit elle fait défaut dans quelques années et les pertes seront supportées par les contribuables européens qui auront consenti aux prêts ayant permis à la Grèce de vivre jusqu'à là.

Qui va décider ? Les Européens puis les Grecs. Les Européens doivent choisir entre laisser tomber la Grèce ou payer. La seconde option devrait s'imposer : un défaut souverain est, selon Christian Noyer, le "scénario de l'horreur", un Lehman Brothers puissance 10, du fait des pertes pour les institutions financières privées et publiques et de la contagion possible à d'autres pays. La peur va contraindre les Européens à prêter et à préparer leurs populations à des pertes futures. Ils vont aussi tenter de les limiter en exerçant une pression politique intense sur la Grèce pour que les réformes soient effectives et récupérer ses actifs comme garanties.

Le choix de la Grèce est alors entre l'empire ou la mort. Si elle refuse les conditions des prêts, elle fait immédiatement défaut, ce qui conduit à la faillite immédiate de ses banques, à la sortie de l'euro et à une inflation massive du fait de la monétisation de toutes les dettes : c'est la mort économique sous forme de chute brutale du niveau de vie. Si elle accepte, elle se soumet au contrôle des représentants des institutions européennes et des Etats prêteurs et doit liquider ses entreprises publiques : c'est l'empire sous forme d'une restriction brutale de la souveraineté grecque.

Nous retrouvons là la question politique fondamentale qu'est l'organisation de l'Europe. Depuis Charlemagne, les solutions oscillent entre deux pôles : l'empire ou les nations, avec leurs avantages et leurs défauts. L'empire garantit la paix mais supprime la liberté : le maintien de l'unité dans un ensemble aussi hétérogène n'est possible que grâce à un pouvoir autoritaire. Les nations constituent le cadre originel de la démocratie, mais ont une fâcheuse tendance à se faire la guerre. L'Union européenne constitue une tentative historique unique de dépassement de cette tension entre unité et liberté : un empire démocratique résultant du dépassement volontaire et pacifique des nations. La crise actuelle illustre les difficultés d'un tel projet : pour les Grecs, l'UE apparaît comme le fossoyeur de la démocratie ; pour les Allemands, comme l'instrument d'une solidarité imposée et d'un leadership qu'ils ne veulent pas assumer.

Grèce : une marque de chips parodie l’affaire DSK !

Arrêté le 15 mai dernier pour agression sexuelle présumée sur une femme de chambre, Dominique Strauss-Kahn n’en finit pas de déchaîner les passions … Surfant sur la vague médiatique suscitée par l’affaire, des publicitaires grecs ont reconstitué, dans un spot vantant les mérites d’une marque de chips, les évènements survenus dans la suite 2806 de l’Hôtel Sofitel de New York !

La vengeance des contestataires !

Initiateur du plan de sauvetage visant à remonter la situation financière critique de la Grèce, Domnique Strauss-Kahn ne semble pas avoir contenté tout le monde ! Ainsi, les contestataires du régime socialiste en place, ont puisé dans l’affaire DSK leur nouveau slogan : La femme de chambre, elle, a résisté !

DSK, la femme de chambre et les chips !

Dans le dernier spot pour la marque de chips Jumbo, les publicitaires ont décidé de reconstituer l’agression sexuelle présumée de Dominique Strauss-Kahn sur une femme de chambre dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York. L’ex Directeur du FMI est incarnée par un humoriste grec célèbre tandis que la femme de chambre est jouée par Vana Barba, Miss Grèce 1984. Dans le clip, une femme de chambre est surprise dans son travail par un sexagénaire (heureusement en peignoir de bain). Celui-ci tente de d’accaparer des chips de la jeune femme ! Cependant, celle-ci résiste et parvient à conserver son bien ! Elle déclare alors : Troskan ! (signifiant : tu n’en mangeras pas !).
Diffusée depuis quelques jours à la télévision grecque, cette campagne semble beaucoup amuser les habitants ! Et nous aussi !

Affaire DSK : Vers un accord à l'amiable entre les deux camps ?

Un célèbre avocat américain, Maître Alan Dershowitz, parie dans un entretien au Figaro de ce vendredi qu'il y aura un accord à l'amiable dans l'affaire DSK. Retour sur trois cas possibles.
  Et si DSK était insolvable
« Je parie qu'il y aura un accord avant le procès car il est dans l'intérêt des deux parties - défense et plaignante - de ne pas aller » jusqu'au procès, déclare Me Dershowitz, dans Le Figaro. Il pense en effet au côté financier de l'affaire : « S'ils passent un accord, la plaignante obtiendra 2 ou 3 millions de dollars immédiatement ». Autre volet peut-être méconnu du procès c'est que « Si l'avocat de la plaignante engage une procédure civile, il devra viser DSK en personne. Or c'est surtout la femme de l'ex-directeur général du FMI qui possède l'argent et il sait très bien que dans plusieurs années, il sera toujours en train de courir après la somme réclamée. DSK, en effet, peut très bien se déclarer insolvable », ajoute l'avocat.

Et si Anne Sinclair le lâchait

« Qui sait par exemple si le couple ne décidera pas de divorcer ?  Anne Sinclair pourrait ainsi garder toute sa fortune et les avocats de la plaignante ne pourront jamais récupérer leur argent », déclare Me Dershowitz en précisant que l'avocat de la défense « n'a aucun intérêt non plus à aller jusqu'au procès, car ce serait aussi horrible pour DSK que pour la plaignante et le dossier du procureur semble sérieux ».

Et si Nafissatou Diallo ne témoignait pas

Pour lui, l'avocat de la défense a intérêt à ce que la victime finisse par ne pas vouloir témoigner. « Si elle refuse, c'est fini, le dossier est clos. Dans cette relation triangulaire, le procureur est l'intrus. Les deux autres parties ont des intérêts communs entre elles mais pas avec lui. Reste à savoir si elles seront capables de trouver un accord sans se voir accusées de faire obstruction à la justice », ajoute M. Dershowitz.

Agriculture banalisée

Nicolas Sarkozy a semé avec modération, hier, les aides aux agriculteurs victimes de la sécheresse. Il ne pouvait guère faire plus. Les finances de l’État sont à peu près aussi asséchées que les cultures de nos champs. Les agriculteurs devront donc se contenter de reports d’échéances et d’exonérations de taxes. À voir les mines dubitatives de certains éleveurs qui assistaient à la table ronde à laquelle participait le chef de l’État, ses propositions n’ont pas convaincu tout le monde. C’était à craindre. La situation de l’élevage est si critique que ceux qui en vivent attendent le miracle qui les empêchera de disparaître.

Des troupeaux ont déjà été abattus par leurs éleveurs incapables de les nourrir sans se ruiner. Et, comme souvent en matière agricole, une catastrophe en déclenche une autre : les prix de la viande risquent de s’effondrer sous le poids des bêtes sacrifiées. Déjà sous le coup des calamités naturelles, les paysans se seraient bien passés de la crise sanitaire née en Allemagne. Les producteurs de concombres en sont réduits à jeter leur production et à crier à leur tour « au secours ! »

Cette accumulation de catastrophes naturelles et sanitaires fragilise un secteur qui a beaucoup perdu de son prestige. Il est bien loin le temps où Sully, ministre du bon roi Henri IV, proclamait fièrement que « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». Quand l’Europe a mis en place sa politique agricole commune, elle s’inscrivait dans cette continuité. Les Européens devaient bénéficier d’une agriculture nourricière, si possible capable d’enrichir la Communauté.

Aujourd’hui, les agriculteurs sont accusés de coûter trop cher aux budgets nationaux et communautaires. Les consommateurs regardent valser les étiquettes et tremblent à chaque crise alimentaire. Dans une société fortement urbanisée, l’agriculture est devenue un secteur économique comme un autre. La reconnaissance du ventre n’est même plus de mise dans un monde où la pomme chilienne est moins chère au supermarché que sa cousine de Normandie. Le désespoir des éleveurs peint en noir le folklore du Salon de l’Agriculture. Les paysans ne sont pas des magiciens qui produisent des petits animaux beaux comme des peluches. Ils ont besoin de vivre pour nous nourrir.

Aide à la Grèce : la moitié des Français réclame la fermeté !

Alors que la Grèce est toujours en train de discuter d'un éventuel second plan d'aide avec l'UE et le FMI, après celui de 110 milliards d'euros accordé l'année dernière, le baromètre économique BVA du mois de juin réalisé pour 'Challenges' et 'BFM', s'est attaché à recueillir l'avis des Français sur ce sujet... Le constat est clair : ils ne sont plus prêts à faire de cadeaux aux Grecs !

"L'année dernière, 60% des personnes interrogées soutenaient le plan d'aide à la Grèce. Cette fois, malgré les images répétées du mouvement spontané des indignés et le grand nombre de sujets médiatiques soulignant les difficultés quotidiennes des Grecs, les Français sont beaucoup moins conciliants", souligne Gael Sliman, directeur adjoint de BVA.

Ainsi, la moitié d'entre eux réclame la fermeté et exigent que les Grecs remboursent selon les engagements pris. A l'inverse 48% estiment qu'il faut être "conciliant en lui prêtant de nouveau et en faisant des efforts sur le remboursement".

Plus largement le baromètre, note une nette amélioration de l'indice de confiance en l'avenir (-28 contre -55 en mars), un plus haut depuis deux ans, même si les Français sont toujours majoritairement peu confiants (65% contre 35%)...

QUI SONT CES FRANÇAIS QUI NE CONNAISSENT DE LA GRÈCE QUE LA RÉALITÉ TOURISTIQUE ? 
SÛREMENT DES ÉGOISTES, J'EN SUIS PERSUADÉ.

Et de deux

Après l’Irlande, la crise de la dette a dévoré son deuxième gouvernement. Tout comme les Irlandais avaient débarqué Brian Cowen en février, les Portugais ont renvoyé, le 5 juin, José Sócrates et son Parti socialiste à l’opposition.

Au Portugal comme en Irlande, les électeurs ont sanctionné les exécutifs en place pour ne pas avoir proposé d’autre solution que des mesures d’austérité afin de rassurer les marchés (encore eux) quant à la solvabilité de leurs banques ou de leurs Etats, et de rembourser les milliards prêtés par l’UE et le FMI.

Pourtant, au Portugal comme en Irlande, les nouveaux locataires de la salle des commandes reprennent à leur compte les grandes lignes des plans de rigueur qui avaient coûté leur poste à leurs prédécesseurs. "Nous n’avons pas le choix", disent-ils: leur capacité à récolter de l’argent sur les marchés (et donc de financer les politiques publiques) — ainsi que la survie de l’euro, ajoutent leurs partenaires européens — sont en jeu.

Jamais dans l’histoire de l’Europe des Etats souverains ont vu leur marge de manœuvre dans des secteurs clé tels que les finances publiques et la fiscalité ainsi réduite, au point que l’on a à présent du mal à distinguer les gouvernements de gauche de ceux de droite dans leur action.

Jamais également l’intégration européenne n’aura-t-elle apparu aussi concrète aux yeux des opinions publiques comme des responsables politiques. On pourrait regretter toutefois que ces derniers semblent davantage réagir aux événements plutôt que d’en être les acteurs. Et les Européens n’ont pas l’air de l’apprécier. Et ils le font savoir, dans les urnes et dans la rue.

Gian Paolo Accardo

Gian Paolo Accardo est un journaliste italo-néerlandais né à Bruxelles en 1969. Il a travaillé comme rédacteur à Internazionale et à Courrier international et comme correspondant pour l'agence de presse italienne ApCom. Il est rédacteur en chef adjoint de presseurop.eu. Il a un fil sur Twitter.

 




De la clandestinité à l'air libre

Cesare Battisti, l'ex-activiste de la gauche radicale italienne, est âgé de 56 ans. Il a passé plus de la moitié de sa vie dans la clandestinité, à échapper à la justice de son pays. Il est désormais un homme libre. Ainsi en a décidé la plus haute juridiction du Brésil. Inspirée, ou influencée, par Lula, elle a rejeté son extradition vers l'Italie où il avait été déclaré coupable d'avoir commis ou été complice de quatre meurtres, et condamné à la perpétuité. Cette décision appartient à la souveraineté nationale ; elle obéit donc à un principe intangible. La vérité judiciaire - ou politique ? - l'emporte sur la vérité des faits et ces faits, vus d'Italie, sont marqués d'une encre indélébile. Noire comme les polars de l'auteur Battisti ; rouge comme le sang répandu par la lutte armée. Figure des « années de plomb », Cesare Battisti a participé à une histoire criminelle. Celle où des groupes terroristes, au nom d'une utopie, semaient la terreur et assassinaient les « ennemis » du peuple. Il s'est certes toujours dit innocent et a rompu avec son passé militant. Il n'empêche que les familles des victimes ne peuvent que ressentir une offense face à sa libération. Et que l'Italie, en vertu du même principe tout aussi inaliénable de sa propre souveraineté, ne peut que concevoir colère et humiliation, droite et gauche confondues. En dépit d'une condamnation définitive, le processus judiciaire ne sera pas mené à son terme ; sa dette envers la société ne sera pas réparée. Entre l'amnistie et la vengeance, il y avait pourtant un chemin. Existe-t-il encore dans les méandres de la justice internationale ?

Social de gauche, social de droite

L'attention portée aux plus fragiles - les agriculteurs hier, les handicapés avant-hier, les femmes demain - et les débats acharnés sur l'ISF ou le RSA le montrent : la présidentielle se jouera en partie sur la justice sociale et l'équité fiscale. Toute la difficulté sera de ne pas se laisser embrumer par des demi-mensonges ou des quarts de vérités.

La droite rappelle très justement que l'on n'a jamais consacré une telle part de la richesse - près d'un tiers, un record dans l'OCDE - à la solidarité. La gauche a raison de déplorer qu'il n'y a jamais eu autant de pauvres en France. L'UMP débat, d'ailleurs sans langue de bois, de la meilleure manière de rendre les allocations utiles à l'insertion. De l'autre côté de la Seine, les députés de gauche accusent la majorité d'alléger l'ISF de deux milliards, alors que les caisses sont vides.

Comprenne qui peut ! Ou plutôt si : ces contradictions apparentes illustrent deux conceptions de la justice sociale : pour la droite, c'est plutôt aide-toi et l'État t'aidera à t'intégrer par le travail ; pour la gauche, globalement, la collectivité doit t'assister au maximum. Pour la première, il faut dépenser moins pour un meilleur résultat. Pour la seconde, le meilleur résultat suppose un système plus protecteur, quitte à augmenter les impôts.

Mais les positions ne sont pas aussi nettes. À cause d'une question compliquée : peut-on à la fois réduire les déficits, sauver les solidarités, conserver à l'État et au pays leur compétitivité ?

Dépenser plus et alourdir la dette serait une catastrophe. Taxer et imposer davantage serait suicidaire pour la consommation et pour l'avenir du « made in France » dans le monde. Il faut donc répartir autrement les recettes et les dépenses.

Première piste : les Français paient peu d'impôts directs, moyen de corriger les inégalités, et beaucoup de charges qui pénalisent l'emploi. Il n'est pas normal, aux yeux de classes moyennes surtaxées, qu'un foyer sur deux ne soit pas assujetti à l'impôt sur le revenu, ni que certains des plus riches y échappent grâce aux « niches » fiscales. La surimposition des hauts revenus, la modification du barème ou l'instauration d'une TVA antidélocalisation, alliée à une hausse des salaires, font partie des idées explorées pour tenter un rééquilibrage.

Seconde piste : à cause de frais en plus et d'aides en moins, on peut gagner moins en travaillant qu'en pointant à Pôle Emploi. Continuons ainsi et l'on aura toujours des chômeurs d'un côté et des emplois vacants de l'autre. La solution n'est évidemment pas de baisser les allocations, mais d'augmenter le revenu tiré du travail en jouant sur les charges et la fiscalité.

Troisième piste : les revenus du travail sont plus lourdement imposés que ceux du capital et du patrimoine. La justice fiscale et la recherche de recettes nouvelles supposeraient un rapprochement des taux, une taxation des transactions financières, une imposition alourdie de la spéculation, des plus-values sur les ventes de filiales, de métaux précieux ou d'oeuvres d'art.

Ces idées sont-elles de droite, de gauche ou centristes ? Et d'ailleurs, tout le monde, à l'UMP, au PS et au centre les soutient-il ou les rejette-t-il ? En 2012, sans doute plus que d'habitude, plus que la couleur de l'étiquette, il faudra regarder le contenu de la boîte.

Michèle Alliot-Marie sort de sa réserve médiatique

"Se taire pendant un certain temps, c'est toujours intéressant." C'est ainsi que Michèle Alliot-Marie présente les choses, alors qu'elle sort volontairement de trois mois de silence. Une cure débutée après son éviction du gouvernement, lors du remaniement fin février, faisant suite à près de dix ans de services ministériels. Poussée vers la sortie à cause de ses vacances en Tunisie et de ses déclarations pendant la révolte contre le régime de Ben Ali…

Début juin, elle a commencé à organiser son retour médiatique : entretien sur Europe 1 avec Jean-Pierre Elkabbach et publication d'une tribune dans Le Figaro. Ce jeudi 9 juin, on apprend aussi que l'UMP a accepté que l'ancienne chiraquienne se saisisse, pour le parti, d'un thème de réflexion qu'elle a proposé : la solitude.
Cette discrétion médiatique, Michèle Alliot-Marie se l'est imposée, tout comme son retour était prévu : mi-avril, une de ses proches citée par Le Figaro annonçait qu'elle allait faire son "retour sur les sujets nationaux" le mois suivant.
"FÂCHÉE AVEC PERSONNE"
A l'heure de tenter sa rentrée médiatique, le 1er juin, Michèle Alliot-Marie tient à montrer qu'elle est dans la plus grande loyauté vis-à-vis de la majorité et de Nicolas Sarkozy : "Je ne suis ni dans la nostalgie ni dans la rancune, répond-elle quand on l'interroge sur ceux qu'elle pourrait tenir responsables de son départ du gouvernement. Je ne suis fâchée avec personne."

Il est vrai que les leaders de la majorité avaient pris soin de ne pas accabler totalement cette ministre de longue date, au moment de justifier sa sortie du gouvernement : François Fillon avait ainsi expliqué qu'elle n'avait "pas commis de faute" et que son éviction n'était "'pas une décision morale […] mais politique".
Jeudi 9 juin, Mme Alliot-Marie a prononcé une forme de mea culpa, expliquant sur LCI avoir commis "une erreur de jugement et de communication". Elle se défend par ailleurs de toute rancœur. "Ça ne sert à rien d'être fâché avec qui que ce soit. Ce qui m'intéresse, c'est d'agir pour la France", a assuré l'ancienne ministre.
UNE INITIATIVE À LA RENTRÉE SUR "LA SOLITUDE ET LE REPLI SUR SOI"
La "disparition" de l'ex-détentrice du record de longévité gouvernementale n'était d'ailleurs pas totale. De toutes les réunions du parti et du groupe parlementaire à l'Assemblée, elle a également publié récemment une tribune dans Le Figaro sur le thème des classes moyennes, cher à Laurent Wauquiez. Mme Alliot-Marie y évoque la nécessite de "relancer l'ascenseur social".
C'est d'ailleurs par le biais du parti qu'elle compte rebondir : selon Europe 1, elle va diriger prochainement une convention sur "la solitude et le repli sur soi". Contacté par Le Monde.fr, le parti présidentiel précise qu'elle a proposé l'idée lors du bureau politique hebdomadaire du parti, et que Jean-François Copé, le secrétaire général de l'UMP, "lui a proposé de mener cette idée à bien". On précise cependant que "la forme qui sera donnée à cette initiative", qui pourrait être lancée à la rentrée, "n'est pas encore décidée".
Alexandre Piquard

Crise grecque : la réponse européenne

Loin d'avoir redressé son économie, la Grèce entre dans sa troisième année de récession. Mais pour Julia Cagé et Thomas Chalumeau, ni la cure d'austérité qu'on lui impose ni une hypothétique restructuration n'y changeront quelque chose, c'est l'Europe qui doit racheter la dette. 

  Ni les promesses d’un paquet de privatisations de 50 milliards, ni les engagements d’une cure d’austérité sans précédent sur ses dépenses publiques n’auront suffit.

La Grèce est en train d’échouer dans ses efforts de stabilisation financière et est à nouveau au bord du gouffre : son économie s’enfonce, le semblant de consensus national sur les efforts demandés se lézarde (appel à la Grève générale le 15 juin), et les  experts de la « Troïka », mandatés par ses créanciers (FMI, Banque centrale européenne et Commission) viennent de rendre leur verdict : la Grèce ne respectera probablement pas l’engagement de réduire son déficit à 7.5% du PIB à la fin de l’année (contre 10,5%  l’an dernier),

Privée de tout accès aux marchés financiers (les dernières émissions à 2 ans se sont faites à des taux d’intérêts totalement prohibitifs de près de 20% !), la Grèce, même en bénéficiant d’une nouvelle rallonge de l’Europe, ne fait que gagner du temps : avec 100 milliards de plus – un montant vertigineux actuellement en cours de discussion entre Européens et qui s’ajouterait aux 100 milliards de 2010 –,  la Grèce pourrait au mieux tenir jusqu’à fin 2014. Et ensuite ?

Même en 2015, il est très peu probable que la Grèce puisse acquitter les intérêts d’une dette qui pourraient atteindre alors près de 180% du PIB, et afficher l’excèdent primaire délirant de quelques 3% du PIB qui lui permettrait de stabiliser ses déficits. Le Financial Times a même calculé qu’il lui faudrait une croissance du PIB de 4% par an alors que la Grèce affiche sa 3e année de récession, avec une chute du PIB de -3,5% attendue cette année, récession qui sera sans doute encore plus importante si les mesures d’austérité sont renforcées.

Dans ce contexte, la spéculation sur une possible restructuration de la dette souveraine grecque a repris de plus belle. A tort.

Disons le clairement : ce serait la pire des solutions. Ses conséquences seraient incalculables : effondrement du secteur financier grec, déstabilisation de la BCE (qui détient 90 milliards de prêts sur les banques grecques), contagion à l’Espagne, l’Irlande et le Portugal, avec à la clé une explosion des coûts de financement dans toute l’Europe. Pire encore : elle ne changerait rien au problème grec. Même après une restructuration « hard » ou « soft » (« reprofilage », « rééchelonnement », « offre d’échange volontaire » ou « roulement des positions », lesquels s’avéreraient tous par ailleurs techniquement périlleux), la Grèce se retrouverait très probablement à nouveau… en situation de non solvabilité en 2015 ou 2016.

En réalité, la crise grecque durera tant que la Grèce n’arrivera pas à redresser son économie. Et elle ne pourra redresser son économie tant qu’elle restera écrasée par le poids de sa dette. La Grèce par ailleurs ne pourra s’en sortir seule.

Dans de telles conditions, entre l’Europe et le chaos, nous choisissons l’Europe !

La seule décision qui fasse sens sur le long terme et donne de la consistance au projet de gouvernance économique européenne est une européanisation de la dette grecque, c’est-à-dire son rachat par la Banque Centrale Européenne (BCE) et par le Mécanisme Européen de Stabilité (MSE).

Les avantages seraient majeurs. D’abord, l’arrêt de toute spéculation en Europe sur la dette grecque, et de tout risque de contagion aux autres pays européens. Placée intégralement sous le « masque à oxygène » européen, la Grèce verrait immédiatement chuter le taux moyen appliqué à sa dette souveraine à 4% environ. Ce rachat se ferait au cours actuel du « marché », soit à un taux inférieur entre 30% et 40% au nominal des titres. Les délais de remboursement très favorables octroyés en mars à une partie de la dette grecque seraient immédiatement appliqués à sa totalité, avec un paiement des dernières échéances reportées en mai 2021 contre 2015 aujourd’hui.

Trop favorable à la Grèce ? L’« européanisation » de la dette grecque ne signifiera pas son annulation. La Grèce devra consentir de lourds sacrifices pour revenir à une trajectoire financière plus « acceptable », mais dans le cadre d’échéances de remboursement assouplies, de taux d’intérêts abaissés, et d’un engagement politique de redressement pluri-annuel avec son unique « créancier » désormais : le reste de l’Europe, à la place de la pression spéculative incessante des marchés.

Trop favorable au secteur financier ? Le rachat de la dette que nous proposons se ferait avec une importante décote – de l’ordre de 30% par rapport au nominal. N’oublions pas en outre que, les difficultés de la Grèce viennent moins des banques prêteuses que… des libertés prises par le gouvernement grec avec ses comptes publics à une certaine époque…


Un accord déséquilibré pour l’Europe et inacceptable pour l’Allemagne ? Non, si en contrepartie l’Union européenne en profite pour acter une nouvelle étape de son intégration dans deux directions impératives :

1- L’intégration : institutionnalisation de l’Euro-groupe, renforcement de la supervision et de la coordination « préventive » des politiques macro-économiques et budgétaires, jusqu’à l’établissement d’un Conseil des Ministres des Finances doté d’un véritable droit de veto sur certaines décisions de politique économique nationale des pays en dérive financière après avoir sollicité l’aide de la zone,

2 - La restauration d’une politique macro économique européenne orientée vers la croissance. Car si la Grèce devra payer, elle ne pourra s’en sortir seule. L’Union européenne devra aussi aider la Grèce à rebâtir une nouvelle stratégie de compétitivité économique, autour de programmes d’investissement « de relance » au bénéfice de l’industrie et des infrastructures grecques.

A cette condition, l’Europe pourra sauver la Grèce. Et ce faisant, se sauver elle-même.


Retour à la case nation

L'Union européenne était ce qui pouvait arriver de mieux au continent. Mais, au fil du temps, elle s'est transformée en un Golem bureaucratique échappant à tout contrôle par les citoyens. Pour lui éviter de s'effondrer et lui redonner souffle, un renouveau s'impose, qui partirait des Etats nationaux et de leurs mécanismes démocratiques. Extraits.
 L’Union européenne est ce qui pouvait arriver de mieux au continent depuis la chute de l’Empire romain. Mais il a fallu d’abord en passer par la catastrophe totale, afin que les Etats conquérants de l’Occident cessent de se jeter les uns sur les autres. Ce n’est qu’à partir de 1945 que les gens sensés n’ont plus cherché leur salut dans le nationalisme. L’idée européenne était simple : en intégrant progressivement les économies nationales, on supprimerait tout mobile, voire toute possibilité logistique de violence interétatique. Qui, en effet, ouvrirait le feu sur lui-même ?
Le rêve est aujourd’hui réalité. Sur le plan administratif et juridique, le continent est l’espace économique le plus solide de la planète. Sans conflits internes, sans pauvreté de masse, sans dictature. Et maintenant ? Maintenant, l’Europe est au bout du rouleau.

Le rebut monétaire d'une petite bande de banquiers

La devise commune s’effondre, transformée en rebut monétaire par une petite bande de banquiers et d’économistes aux abois à coups de renflouements d’urgence. L’UE ne conçoit l’immigration que par des hordes désespérées qui jouent à la roulette russe dans des barcasses de fortune sillonnant la Méditerranée. Face à la libération du Proche-Orient, chaque pays se lance dans sa propre guerre coloniale. Ou détourne pudiquement le regard.
Aujourd’hui, les producteurs de légumes italiens apprennent à leurs dépens ce qu’est un marché commun : quand, à cause d’une bactérie mortelle à Hambourg, ils ne peuvent plus exporter leurs produits en Russie. La France défend l’énergie nucléaire à la frontière allemande, tandis que les Allemands, eux, préfèrent fabriquer des éoliennes. Dans l’espace Schengen, les Danois construisent des préfabriqués pour abriter de tout nouveaux douaniers, parce que désormais, c’est de l’étranger que vient tout le mal. Et qui va expliquer à un ouvrier slovaque que sa retraite est aujourd’hui fichue parce que ces fraudeurs de Grecs veulent continuer à se la couler douce dès l'âge de 53 ans?
Faut-il vraiment s’étonner si les discours sans pitié contre l’UE récoltent en ce moment près de 20% des voix ? Ce qui est énigmatique, en revanche, c’est que la proportion de ceux qui souhaiteraient en finir tout de suite reste si faible. Et si l’Europe suscite encore l’approbation, c’est uniquement à cause du passé.

Le citoyen complètement oublié

L’UE, avec ses ordonnances toujours plus nombreuses, qui ont imperceptiblement lié tous les Etats membres, est passée par la porte de derrière. Au début, il n’était question que d’acier et de la ferraille issue de la guerre. Puis, d’un accord sur la production de charbon. Ensuite, sur la production d’électricité. Après, il a été question d’agriculture. De douanes. De justice. De contrôles aux frontières. Et de monnaie. Et maintenant, de tout. Sans qu’un seul citoyen ait jamais été consulté.
Ce n’est pas par hasard qu’Hans Magnus Enzensberger a fait de l’Europe – le "doux monstre de Bruxelles" – sa nouvelle tête de Turc. Loin de déplorer les conquêtes civilisatrices de l’Union européenne, Enzensberger voit dans Bruxelles – son centre bureaucratique – un malfaiteur menaçant par sa folie centralisatrice et réglementatrice de transformer le continent en véritable "maison de correction".
Représentant de la première génération européenne à vivre en paix, il brise avec délectation un certain tabou en s’en prenant ainsi directement à l’Union européenne. Cela en fait-il un allié des Geert Wilders, Kaczynski, Le Pen et tutti quanti ? Evidemment non. Le "cancer" du "populisme de droite" dont parlent tous les médias n’est en réalité rien d’autre qu’une idéologie confuse et xénophobe ne reposant que sur un seul véritable ressort : celui du nationalisme.
Instinctivement, des masses d’électeurs européens se tournent aujourd’hui vers l’ordre ancien parce que le nouveau ne fonctionne pas.
Voilà le véritable problème. L’Europe est, selon la formule d’Enzensberger, un phénomène "post-démocratique". Dans la plupart des pays membres, le projet européen était la seule solution possible, si bien que ni la création de la CEE, ni les accords de Schengen ou l’introduction de l’euro n’ont été soumis à un vote. La richesse était comme automatiquement créée par le biais de l’ouverture des marchés et des aides structurelles, si bien que même des nations aussi fières que la Hongrie et la Pologne ont accepté sans rechigner de céder leur souveraineté fraîchement acquise à l’autorité de Bruxelles.

Il faut stopper la machine trop complexe de Bruxelles

Même avec la meilleure volonté de la classe politique, tout cela n’aurait jamais pu fonctionner car il manque à l’Europe quelque chose de fondamental : une opinion publique commune. L’Union européenne nous apporte la preuve que la démocratie ne peut exister sans un discours commun.
Les membres du Parlement européen, qui n’a de toute manière pas grand-chose à dire, sont élus dans le cadre de campagnes nationales. Les informations, les personnes, les traditions et les manières de s’affronter sont restées purement nationales. C’est pourquoi les majorités de droite comme de gauche se trouvent régulièrement en butte aux partis établis dès lors qu’il s’agit de l’Europe. La majorité des élites internationales, polyglottes et liées entre elles, ne suit tout simplement pas.
L’Europe doit alors être limitée à ce que les Européens arrivent encore à comprendre et à sanctionner lors des élections. L’Europe ne doit pas être la machine à lobbies et à compromis qu’est devenue Bruxelles et dont sont issues 80% de nos lois. L’Europe doit seulement être une Europe des démocraties.
Aujourd’hui, nous ne pouvons aider l’Europe qu’en stoppant la machine trop complexe [de Bruxelles]. Tous les mécanismes de prise de décision doivent redevenir démocratiques, puis nationaux, régionaux ou locaux. Tout élargissement doit être arrêté et l’euro va de toute façon disparaître.
D’ailleurs, il existe un pays qui a déjà achevé sa phase nationale et s’en remet entièrement à l’Union européenne. Il s’agit, et ce n’est pas un hasard, du plus européen de tous les pays : la Belgique. La démocratie s’y est noyée dans un marchandage d’intérêts régionaux. On y tient des élections mais il n’y plus de gouvernement. Les fonctionnaires s’occupent des affaires courantes sous la bride de l’Europe, sans grand bouleversement. La souveraineté du peuple et la politique ne veulent à proprement parler plus rien dire. Si nous voulons éviter ce sort, l’Europe n’a pas d’autre choix que de retourner à la nation et à la démocratie.

Les angoisses de la démocratie

C’est toujours pareil avec les révolutions ! On se rassemble, on s’encourage, on tire, on pousse, et parfois le dictateur tombe du piédestal qu’il pensait éternel. Puis viennent les questions. Comment et à quel rythme bâtir une démocratie malgré les séquelles de la dictature qui vous transforment le changement en une éreintante course à handicap ?

La Tunisie, encore étonnée de passer d’un système unanimiste à un système pluraliste, se mesure à deux dangers : d’un côté un scénario à l’iranienne, avec confiscation de la Révolution par les islamistes, de l’autre le retour d’anciens cadres du RCD (ex-parti au pouvoir), qui cherchent à rebondir comme d’anciens dirigeants communistes l’ont fait en Roumanie après 1989.

Contrairement à la Pologne qui a pu s’appuyer sur les dirigeants du très puissant syndicat Solidarnosc, aucune force constituée n’a structuré et organisé la révolution tunisienne. Ce fut un soulèvement populaire considérable, mais cela explique qu’aujourd’hui chacun cherche sa légitimité. Tout le monde se dit et se pense dépositaire de la volonté du peuple…

Heureusement pour elle, la Tunisie ne manque pas d’hommes et des femmes de haut niveau. Encore faut-il que les solides expertises acquises dans l’exercice d’une profession soient transposées dans la sphère politique. Or en Tunisie comme en France, un chef d’entreprise renommé ne devient pas automatiquement un bon ministre de même qu’un juriste brillant ne fait pas forcément un parlementaire de poids.

Derrière le débat technique lié à la date des premières élections pluralistes se profilent les enjeux politiques. L’Assemblée constituante attendue le 23 octobre aura toute latitude, à commencer par le choix du pouvoir exécutif : celui-ci sera responsable devant elle et elle pourra le censurer. Après vingt-trois ans de dictature Ben Ali, on comprend que la Tunisie se méfie farouchement d’un nouveau pouvoir exécutif personnalisé et qu’elle privilégie un régime plus parlementaire que présidentiel.

Qu’on regarde du côté des principes ou du côté des hommes, c’est, dans tous les sens du terme, une jeune nation qui reste à bâtir entre une Algérie sous influence de l’armée, un Maroc imprégné de culture monarchique et une Libye en guerre. Le concours apporté aux démocrates tunisiens ne doit pas faiblir au fil du temps car ce qui se construira dans ce pays d’ici à la fin de l’année sera décisif pour l’avenir de ce remarquable mais encore incertain « printemps arabe ».

jeudi 9 juin 2011

L'université buissonnière selon Ferry

Encore une convocation pour Luc Ferry ! La dernière, après ses délicates allégations selon lesquelles un ancien ministre se serait fait « poisser » (attraper) à Marrakech dans une « partouze », lui avait valu d'être auditionné par la brigade des mineurs. À présent, c'est son employeur, le président de l'université Paris-Diderot, qui le tance et lui demande de justifier ses absences. Sa mise en disponibilité est échue ; il aurait dû reprendre son service d'enseignant en septembre 2010, dont il est déchargé depuis 1996 et pour laquelle il perçoit un traitement de 4 500 euros. La loi sur l'autonomie des universités rend désormais les présidents comptables de la masse salariale et des emplois. Hors de question de ne pas régulariser une situation qui pourrait, volontairement ou pas, en tout cas insidieusement, flirter avec l'emploi fictif. Luc Ferry collectionne avec une certaine philosophie les mauvais points. Voilà un ci-devant ministre de l'Éducation nationale, peu avare en leçons politiques et sermons moralisateurs, qui vient donc coup sur coup de rehausser le débat public en alimentant le buzz de la rumeur, et de se soustraire à ses obligations administratives. Convoqué à Matignon et sommé de s'expliquer - décidément -, l'indiscipliné professeur s'est fendu d'une déclaration qui, cette fois, ne risque pas de défrayer la chronique. Cette affaire, éventée par le Canard enchaîné, serait « absurde ». Bref, un ragot de plus ! Plutôt que de tirer la morale de cette histoire de tire-au-flanc, osons un sujet de méditation en cette période de bachotage : comment sécher les cours sans se faire poisser par un journal satirique.