TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

jeudi 26 mai 2011

Washington, vu de Paris...

Vu de Paris, ce serait une excellente opération. Comment ne pas se réjouir à l’idée qu’une Française puisse succéder à un Français à la direction générale du Fonds monétaire international? Au fond, ce serait presque un miracle si Christine Lagarde parvenait à s’asseoir à Washington dans le fauteuil de Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui l’un des hommes les plus décriés en Amérique. Comme elle l’a dit elle-même: être Français n’est pas vraiment un avantage pour briguer le poste...

Mais la ministre de l’Économie et des finances, d’ordinaire peu connue pour son audace, fait montre d’un certain culot. À 55 ans, l’ambition aidant, voilà la locataire de Bercy conquérante, elle qui resta si longtemps effacée dans l’ombre du président qui l’avait promue au- delà de ses espérances. Aujourd’hui, après avoir attendu le meilleur moment pour se découvrir, elle brave le scandale mondial créé par le sulfureux démissionnaire auquel elle prétend succéder. Mieux, elle souligne son incontestable réussite à la tête d’une institution en déclin sinon moribonde quand il en avait pris les rênes en 2007.

Si elle n’a pas la surface, ni l’épaisseur politique de DSK, elle a indiscutablement le profil de la fonction. Proche des milieux de la finance, plutôt à l’aise, par tempérament, dans les négociations internationales, parlant un anglais parfait qui ravit les journalistes de télé des États-Unis, et disposant de l’expérience d’une puissante avocate d’affaires à Chicago, elle est bien armée pour assumer les responsabilités auxquelles elle se destine.

Une carte inespérée pour le chef de l’État. Après s’être mordu les doigts d’avoir soutenu, à ses dépens, son concurrent, il tient une occasion de rattraper une stratégie perdante avec une postulante directement issue de sa propre écurie. Contrairement à leur première secrétaire, Martine Aubry, les socialistes, eux, ne se grandissent pas en dénigrant une femme qui, assurément, fera très correctement le job en défendant les intérêts de l’Europe. Les dirigeants de l’Union ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en apportant un soutien unanime à leur très libérale petite camarade. Et si elle risque de traîner les casseroles de l’affaire Tapie, soyons justes, c’est le président qui les lui a accrochées dans le dos avec une incroyable légèreté...

On pourrait chanter l’hymne à la joie, sans état d’âme, si l’accession de Mme Lagarde à la tête du FMI n’était qu’une affaire de cocorico, de prestige national ou de résistance de la vieille Europe. Ce serait oublier la légitimité des pays émergents à convoiter un pouvoir qui les concerne directement. Quel signal de modernité et d’ouverture serait donné au monde du XXI e siècle si l’un des leurs était finalement choisi! De quoi se consoler largement de la perte de ce qui a fini par être considéré, insolemment, comme une chasse gardée.



Le G8, club de puissants ?


Un sommet informel. Quelques puissances invitées, les plus grandes. Des échanges discrets. C'est ainsi qu'en 1975 débuta l'histoire des G (5, puis 6, 7 et 8), à l'initiative de Valéry Giscard d'Estaing. Deux éléments dominaient alors le monde : la guerre froide, et le choc pétrolier qui, brutalement, venait de mettre un terme aux Trente Glorieuses. Adossé au Rideau de fer, ce club occidental était le plus riche, le plus représentatif d'un modèle économique capitaliste sur le point de triompher.

Trente-six ans plus tard, changement de décor. Le club en tant que tel est plus ou moins le même, rejoint en 1998 par la Russie. Un climat de crise économique est de nouveau d'actualité. Mais tout le reste a changé. La discrétion a cédé le pas à l'hypermédiatisation. La causerie informelle s'est muée en sommet blindé. Les puissants de ce monde sont contraints, depuis longtemps, de tracer des périmètres de sécurité de plus en plus vastes, pour se prémunir des attentats et de la société civile.

Mais, au fait, sont-ils toujours aussi puissants ? En 1975, près des deux tiers de la richesse mondiale étaient assis autour de la table. Aujourd'hui, les deux cinquièmes. C'est encore beaucoup. Suffisamment pour rendre utiles ces échanges entre Grands, même si, depuis deux ans, il a bien fallu se résoudre à élargir la table et à créer un autre club, le G20, pour juguler la crise économique et financière.

Car la division Est-Ouest des débuts, qui répondait à des critères économiques mais pas seulement, a laissé la place à un clivage Nord-Sud, facilement assimilable à un fossé riches-pauvres. C'est ce qui a provoqué, au fil des sommets, la montée de la contestation altermondialiste, pour rappeler les puissances économiques non plus seulement à une logique de puissance, mais à un devoir de responsabilité. Aujourd'hui, les données ont encore évolué, car le fait majeur de la décennie écoulée, c'est l'arrivée des émergents : Chine, Inde, Brésil. Admis au G20, pas au G8.

On mesure l'ambiguïté de l'exercice, dans cette ère où aucun modèle stable de gouvernance n'a encore été trouvé. On assiste, sommet après sommet, à une sorte de gouvernance à géométrie variable, en fonction des sujets, des intérêts. L'Onu n'est impliquée que lorsque les Cinq du Conseil de sécurité cherchent une caution juridique et morale, comme dans l'opération anti-Kadhafi. À Deauville, la tentation sera grande de créer même des sous-groupes au sein du G8, Américains, Britanniques et Français n'ayant pas les mêmes vues que les Russes sur le dossier libyen ou la Syrie.

Ce sommet, pourtant, a une opportunité à saisir, s'il veut briser cette image de club de vétérans des équilibres de 1945. Apporter un soutien franc et massif aux évolutions en cours dans le monde arabe. La Tunisie et l'Égypte comptent parmi les invités. La hauteur du financement et la force du soutien politique que le G8 leur accordera, pour aider leur transition démocratique fortement menacée par l'effondrement du tourisme, sera à cet égard un signal important.

De même, la présence de plusieurs chefs d'État africains engagés sur une voie plus démocratique, dont le tout nouveau président ivoirien, ne doit pas seulement servir à rendre la photo de groupe plus décente. Elle doit rappeler aux Huit que développement et démocratie sont des valeurs partagées. Surtout au moment où les échanges Sud-Sud sont en plein essor. Sous peine, sinon, de s'enfermer dans un club nordique.

L’Ecosse, une indépendance à inventer

La récente victoire électorale des nationalistes relance l'idée d'une indépendance de l'Ecosse. Mais si l'on regarde l'exemple de la Catalogne et du Pays basque, c'est une Europe des confédération qui se profile, estime El País. 

La  victoire écrasante et inattendue du Scottish National Party [SNP, Parti national écossais] aux élections régionales du 5 mai, où il a raflé contre toute attente 69 sièges sur les 129 en jeu, ouvre la voie à la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. Considérée comme une chimère il y a 10 ou 15 ans, la possibilité de l’indépendance commence à être prise au sérieux, même si de récents sondages révèlent que paradoxalement, les Anglais souhaitent davantage la rupture que les Ecossais.
Le système d’autonomie de l'Ecosse, appelé "dévolution" ou transfert de compétences, a été mis en place par les travaillistes en 1997. Cette décentralisation partait du principe que plus les Ecossais auraient d’autonomie, moins ils aspireraient à l’indépendance. Beaucoup estiment aujourd’hui que c’est l’inverse qui s’est produit. D’autres font valoir qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions.

L'identité nationale n'est pas au coeur des revendications

La victoire du SNP a frappé les esprits en Espagne. Car enfin, comment ne pas faire le parallèle avec les aspirations à l’indépendance d’une partie de la population basque et catalane ? Il existe pourtant d’énormes différences. Le Royaume-Uni s’est constitué il y a quatre siècles avec l’accession de Jacques VI d’Ecosse au trône d'Angleterre, l’union étant consacrée par la fusion volontaire des parlements anglais et écossais un siècle plus tard, en 1707.
Contrairement au Royaume-Uni, l’Espagne offre un ensemble complexe de 17 régions autonomes, ayant différents degrés d’ambition autonomistes. Pour revenir au cas de l’Ecosse, c’est le pauvre, et non le riche, qui veut partir [à la différence de l’Espagne, où la Catalogne et le Pays basque sont des régions riches]. Et l’identité nationale des Ecossais et des Anglais n’est pas au cœur des revendications.
Quelle qu’en soit la raison, la possibilité qu’Alex Salmond, le charismatique leader indépendantiste, appelle à un référendum, ne provoque pas un tollé politique au Royaume-Uni. "Il est un peu optimiste de la part du SNP de penser qu'il peut gagner un référendum sur l’indépendance, estime l’historien Sebastian Balfour, professeur émérite d’Etudes contemporaines espagnoles à la London School of Economics. Le SNP subirait gravement les conséquences d’un résultat négatif, car la situation de l’Ecosse est très particulière et tout à fait différente de celle de l’Espagne, dans la mesure où il y a bien plus d’Anglais que d’Ecossais en faveur de l’indépendance de l’Ecosse, et moins d’Anglais contre que d’Ecossais. Bon nombre d’Ecossais souhaitent préserver l’union avec l’Angleterre. C’est comme si les Anglais avaient troqué leur identité nationaliste-impérialiste contre une identité post-nationale, une identité civique disons moins locale, ou régionale. Et je doute fort que le SNP, pour l’instant, pose la question du référendum. En revanche, et ce n’est pas du tout la même chose, je crois que sa stratégie à long terme est de démontrer sa capacité à gérer ses affaires dans le sens des intérêts de l’Ecosse".

L'Ecosse plus écossaise que la Catalogne n'est catalane

Dans quelle mesure cette victoire écrasante du SNP peut-elle avoir une incidence sur l’Espagne ? "Elle peut renforcer jusqu’à un certain point le courant indépendantiste dans l’opinion, mais je ne pense pas qu’elle ait beaucoup de répercussions, commente Balfour. Cela ne me paraît pas si important. Il y a de grandes différences, et en réalité aujourd’hui l’Ecosse se rapproche davantage de la Catalogne et du Pays basque, en ce sens qu’elle possède un parti nationaliste ayant la majorité au Parlement. En Espagne, cette situation ne date pas d’hier".
L’Ecosse est nationaliste "dans le sens où les gens se sentent avant tout écossais ; mais ils sont aussi britanniques", renchérit David McCrone, co-directeur de l’Institut de gouvernance de l’Université d’Edimbourg. "En Catalogne, cette question se situe sur une échelle à cinq degrés : être catalan, mais pas espagnol ; être plus catalan qu’espagnol ; être aussi catalan qu’espagnol ; être plus espagnol que catalan ; être espagnol, mais pas catalan. A cet égard, l’Ecosse est plus écossaise que la Catalogne n’est catalane. Ce phénomène est très lié à l’immigration depuis le reste de l’Espagne. Et il n’est peut-être pas non plus sans rapport avec la question linguistique".
En ce qui concerne l’Ecosse, la langue n’est pas un problème. "La langue a été éliminée en tant que péage que les gens doivent payer pour être écossais, explique McCrone. Etre écossais est une question territoriale, pas une question linguistique ou ethnique. Résultat, les gens qui viennent en Ecosse se sentent plus facilement écossais. La langue ne devient pas une raison d’être, un élément essentiel de l’identité nationale ou une manière d’exprimer ses différences comme c’est le cas avec la langue au Québec". Ou bien au Pays de Galles, où le nationalisme est plus faible qu’en Ecosse, mais où presque un Gallois sur quatre parle gallois.

Le degré d'autonomie en question

Pour toutes ces raisons, le débat sur l’indépendance en Ecosse est plus pragmatique qu’au Pays basque ou en Catalogne. A en croire McCrone, la victoire du SNP n’est pas vraiment celle de l’indépendantisme face à l’unionisme : elle est surtout révélatrice du degré d’autonomie que souhaitent les Ecossais."Ces vingt dernières années, certains d’entre nous se sont moins concentrés sur la distinction entre indépendance et autonomie et ont davantage réfléchi à la question de l’évolution de l’autonomie proprement dite. Le débat porte en réalité sur le degré d’autonomie et les moyens d’en obtenir davantage".
McCrone se moque de l’attitude simpliste de Londres face à la question écossaise. "La vision de la métropole tend à privilégier deux points de vue : soit l’Ecosse ne sera jamais indépendante, soit l’indépendance est inévitable, explique-t-il. Je pense que c’est bien plus compliqué que cela. Nous vivons dans un monde où la signification de l’indépendance est problématique. En réalité, le débat porte sur des degrés d’autonomie. Si par indépendance on entend le classique Etat indépendant du XIXe siècle, avec une armée, des frontières, etc., évidemment on est loin du compte. Ce n’est pas le monde dans lequel nous vivons".
Et McCrone d’ajouter : "Nous vivons dans un monde où l’autonomie se partage à différents niveaux. Tant l’Etat espagnol que l’Etat britannique sont membres de l’Union européenne. Et l’UE a du pouvoir. Ce n’est pas une question de souveraineté absolue, mais de souveraineté partagée".
"Ma prédiction personnelle, c’est que le Royaume-Uni va s’engager dans une voie confédérale, poursuit le chercheur. En d’autres termes, le moment venu, il y aura des degrés d’autonomie plus importants. De même qu’il y en a, pour des raisons très différentes et dans un autre contexte, en Belgique. Le transfert de compétences en Flandres et en Wallonie est considérable. Nous nous orientons vers un monde confédéral, et non pas un monde d’Etats absolument indépendants. Un monde où l’Ecosse, la Catalogne, et bien sûr le Pays basque, vont aller plus loin dans l’autonomie. Les choses changent. Et le comportement qu’auront les gouvernements centraux est absolument essentiel. En Grande-Bretagne, les conservateurs ont tiré quelques enseignements de ce qui s’est passé. Il ne sont plus aussi agressifs et bornés que lorsqu’ils avaient autrefois le pouvoir. Reste à savoir si cela va durer".
Le Royaume-Désuni de Grande-Bretagne est-il pour demain ? Comme le rappelle Alex Salmond, "on nous disait qu’il n’y aurait jamais de Parlement écossais, et il y en a un. On nous disait que nous ne remporterions jamais d’élections, et nous en avons gagné en 2007. On nous disait que nous n’aurions jamais la majorité absolue, et nous l’avons. Aujourd’hui, on nous dit que nous ne gagnerons jamais un référendum sur l’indépendance". Qui sait !


  Economie

Le pétrole ne garantit pas l'indépendance

Selon la Neue Zürcher Zeitung, "une indépendance de l'Ecosse ne serait pas raisonnable d'un point de vue économique", même si elle dispose "d'autre biens que le pétrole, le whisky et les cornemuses." Avec 15 453 milliards de livres (17 811 milliards d'euros) générés en 2007, l'énergie reste la source principale de revenus, précise le quotidien zurichois. Mais avec les variations des prix et la baisse des réserves de pétrole, établir un budget stable à moyen terme "présenterait un réel défi pour l'Ecosse". L'énergie éolienne, capable de modérer ces pertes est certes "en plein développement mais reste pour l'instant une opération à perte". Les finances, l'autre pilier de l'économie écossaise, est également instable en temps de crise, explique la NZZ. La Royal Bank of Scotland et la HBOS ont dû être sauvées par les contribuables britanniques. "Le rêve d'indépendance mènerait donc à un réveil brutal pour les Ecossais. Une plus grande autonomie financière, en revanche, pourrait dynamiser leur économie", conclut le journal.

Jean-François Kahn quitte le journalisme

Jean-François Kahn, figure de la presse française, va annoncer qu'il quitte le journalisme, dans son bloc-note à paraître dans la prochaine édition vendredi de Marianne, selon la rédaction de l'hebdomadaire qu'il a fondé.
Le journaliste de 72 ans, évoquera dans ce dernier point de vue, la polémique suscitée par le commentaire qu'il avait fait à la radio sur l'affaire Strauss-Kahn: "si c'est "un troussage de domestique, c'est pas bien". Il s'est ensuite excusé de cette déclaration.
Le directeur de Marianne, Maurice Szafran, reviendra lui aussi sur l'affaire DSK et ce commentaire dans la prochaine édition de l'hebdomadaire.
L'annonce de cette retraite de Jean-François Kahn a fait l'objet d'un mail interne à la rédaction de l'hebdomadaire, a révélé le site lepoint.fr.

De l'Algérie au Centre

Reporter pendant la guerre d'Algérie, il sera un des journaliste qui révélera l'affaire Ben Barka, homme politique marocain disparu mystérieusement alors qu'il devait être protégé par les services français.
Il a été notamment chroniqueur sur Europe, directeur de la rédaction des Nouvelles littéraires et a participé à la célèbre émission politique L'Heure de vérité avant de créer en 1984 L'Événement du Jeudi et ensuite Marianne qu'il a dirigé jusqu'en 2007 avant d'y tenir son "bloc-note". Il est l'auteur de nombreux ouvrages, surtout des livres politique. Il a fait un bref passage en politique, élu centriste en 2008 à la députation européenne à laquelle il avait renoncé aussitôt.

mercredi 25 mai 2011

Si Claude Guéant avait raison

Chaque fois que Claude Guéant, en tant que ministre de l’Intérieur, aborde le sujet de l’immigration, c’est un tollé, on voit l’opposition socialiste se dresser contre lui, l’accuser quasiment de racisme ou de xénophobie et de faire la course aux électeurs du Front national. Pourtant, lorsqu’il souhaite réduire de 10 % le nombre d’immigrés légaux entrant chaque année en France, soit 20.000 sur 200.000, le ministre pose un vrai problème. Il y a actuellement en France environ 500.000 offres d’emploi non satisfaites. Il s’agit d’emplois manuels peu qualifiés et mal rémunérés : dans de nombreux secteurs comme la restauration, le bâtiment, les services à la personne, les employeurs doivent recourir à des immigrés parce que « les Français de souche refusent les emplois difficiles où il faut se lever tôt et qui sont rémunérés aux alentours du SMIC » (Charles Melcer vice-président de la CGPME). Dans le même temps, le nombre de personnes vivant des aides sociales et de l’assistance avoisine les 4 millions, avec 1.7000.000 assujettis au RSA, nombre qui ne cesse de grandir.
Est-il inconcevable de réfléchir et de réaliser une certaine forme d’ajustement entre ces deux données ? Ne peut-on pas imaginer que 10 % des personnes touchant le RSA puissent trouver un emploi dans les secteurs déficitaires. Est-il honteux d’imaginer qu’un jeune au chômage devienne ne serait-ce que pour quelques années serveur de restaurant, manutentionnaire ou téléconseiller dans un centre d’appels ? Pour une partie de la gauche, poser ces questions est indécent. Mais qu’en pensent les Français ?

Lagarde au FMI: les conséquences

Christine Lagarde sera sans doute l'héroïne de ce mois de juin. Mais attention, sa situation est périlleuse à cause de l'affaire Tapie, qui n'est toujours pas réglée. De plus, si elle s'en va, il faudra la remplacer au ministère de l'Economie. L'édito vidéo de Christophe Barbier.


Tristiane Banon : Hollande et Fabius auraient couvert DSK

A en croire Christophe Dubois, un des auteurs de Sexus Politicus, non seulement le PS savait pour au moins une tentative de viol supposée de DSK, mais Laurent Fabius et François Hollande auraient fait pression sur la mère de Tristiane Banon pour étouffer l’affaire et éviter le dépôt d’une plainte : « Laurent Fabius et François Hollande, à tour de rôle, ont fait en sorte que cette jeune fille, dont ils connaissaient la mère, une élue socialiste, ne porte pas plainte pour tentative de viol et contribue à ce que tout se règle à l’amiable et sans bruit. Mais la presse aussi était au courant et n’a rien dit. »
Christophe Dubois jette également la pierre aux médias, accusés de complaisance: « De manière très factuelle, nous avons constaté, lorsque le livre est sorti, et alors que nous avons bénéficié d’une très grande couverture médiatique, des bonnes feuilles ayant été publiées, que les infos concernant Dominique Strauss-Kahn n’ont jamais fait l’objet d’une seule ligne dans les médias. Cela confinait à l’omerta. »
Des propos qui vont dans le même sens que ce qu’écrivait France Soir, cité par Vincent Bénard : « Or les « affaires » se seraient succédé en France et à l’étranger. La quasi-totalité n’aurait jamais débouché sur le plan médiatique ou judiciaire à l’exception de deux d’entre elles. L’une concernait en France une journaliste et l’autre aux États-Unis une haut fonctionnaire du FMI. Les autres se seraient déroulées en l’absence totale de la moindre procédure de police ou judiciaire ainsi que de la moindre allusion dans la presse. Elles auraient eu pour victimes plusieurs jeunes femmes, dont des militantes du PS et des Beurettes, selon nos informations émanant de proches, pourtant bienveillants à l’égard de DSK. Toutes ces affaires se seraient réglées à l’amiable entre les parents de ces victimes et des responsables du PS. Ces derniers auraient réussi à calmer, avec beaucoup de difficultés, ces sympathisants socialistes (certains s’étaient armés d’une hache ou d’un couteau, selon notre source) les persuadant de ne pas déposer plainte. »
Ces révélations, si confirmées, risquent d’entacher sérieusement l’image du Parti Socialiste. Nicolas Sarkozy semble en tout cas s’en réjouir : « En privé, le chef de l’État estime que l’affaire est un désastre pour le Parti socialiste, qui aurait perdu une partie du combat pour la présidentielle : celui de la morale.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Avec Obama, l’amour est aveugle

Ni corruption, ni ego boursouflé : les Européens admirent Barack Obama parce qu’il incarne un chef d’Etat intelligent et ouvert, très loin de ce qu’ils connaissent. C'est pour cela qu'il préfèrent fermer les yeux sur son vrai bilan. 

Dans son livre L’Audace d’espérer [Presses de la cité, 2008], Barack Obama se décrit comme un test de Rorschach, cette expérience de psychologie bien connue où l’on présente une série de taches d’encre à des sujets qui doivent dire ce qu’ils y voient. Il n’y a pas de bonne réponse. Mais chaque réponse, à sa façon particulière, est censée dévoiler les obsessions et les angoisses du patient. "Je suis l’écran sur lequel des gens de tendances politiques tout à fait différentes projettent leurs propres idées, dit-il. A ce titre, je ne peux qu’en décevoir certains, sinon tous."
Mais une des choses les plus curieuses, à propos de ceux qui soutiennent Obama, n’est pas qu’ils soient déçus – compte tenu des formidables espoirs qu’ils avaient placés en lui, c’était inévitable –, mais qu’ils lui vouent encore une dévotion fervente en dépit de ces désillusions. C’est comme si chaque déception était vécue individuellement, puis discrètement oubliée.

Le chômage et la misère plus élevés que du temps de Bush

Cela a longtemps été le cas des électeurs noirs aux Etats-Unis, qui continuent malgré tout à être plus optimistes que jamais pour l’Amérique, alors que leur sort ne s’y est guère amélioré. Le chômage, la misère et le nombre des saisies ont dépassé, et de loin, les chiffres du temps de George Bush, et l’écart entre Noirs et Blancs ne cesse de se creuser en termes de perspectives d’avenir. Et pourtant les Africains-Américains restent la base la plus fidèle d’Obama. Victimes d’un taux de chômage de 16 %, ils continuent de l’approuver à 80 % dans les sondages.
On retrouve la même contradiction dans l’attitude des Européens vis-à-vis du président des Etats-Unis. Elle n’a pratiquement pas changé depuis sa candidature à la présidentielle. Un sondage réalisé par le Pew Research Center en juillet 2008, avant l’élection, avait montré qu’Obama était plus populaire en Europe que n’importe où ailleurs, y compris en Amérique du Nord.

Guantanamo toujours ouverte

En Allemagne, en France, en Espagne et en Grande-Bretagne, ils étaient plus de 70 % à dire qu’ils lui faisaient confiance "pour faire ce qu’il faut dans le domaine des affaires internationales" et plus de la moitié pensaient qu’un nouveau président bouleverserait favorablement la politique étrangère américaine. Si, dans une enquête menée en 2008 par le Fonds Marshall allemand, 19 % seulement des Européens interrogés soutenaient la gestion par Bush de la situation internationale, un an plus tard ils étaient 77 % à approuver la politique étrangère d’Obama.
En septembre 2009, Craig Kennedy, le président du Fonds, affirmait : "Je me doute que, quand de véritables décisions politiques auront été prises, nous constaterons une évaporation de cette ‘euphorie Obama’, les Européens commençant à le voir davantage comme un Américain et moins comme l’un d’entre eux." Or, cela n’a pas été le cas.
Trois ans plus tard, il part de chez lui – où, même après l’assassinat d’Oussama Ben Laden, sa cote de popularité se situe aux alentours des 50 % – et se pose sur un continent où plus de 70 % des habitants estiment qu’il fait du bon boulot.
Ce qu’il y a d’étrange, c’est que beaucoup de ce que les Européens détestaient du temps de Bush est toujours en place à la veille de la candidature d’Obama à sa réélection. Guantanamo n’a pas fermé ses portes, les transferts clandestins de terroristes présumés se poursuivent, il y a plus de troupes déployées en Afghanistan, et il y en a encore en Irak.
De plus, l’Europe est en partie responsable de l’enlisement dans certains secteurs de la politique étrangère. Le problème de Guantanamo tient entre autres au fait que les gouvernements européens ont refusé de prendre nombre des détenus en charge. Certains ont salué l’intensification des opérations américaines en Afghanistan, tout en se disposant à retirer unilatéralement leurs propres forces.

De "Yes we can" à "Ça pourrait être pire"

Le principal argument invoqué à décharge par Obama, tant à l’étranger qu’aux Etats-Unis, c’est que la situation était catastrophique quand il est arrivé, et qu’elle ne ferait que s’aggraver s’il s’en allait. C’est vrai. Mais on est bien loin de la rhétorique flamboyante qui avait accompagné son ascension au pouvoir. C’en est fini du "Yes we can". Aujourd’hui, c’est plutôt : "Ça pourrait être pire."
Les élites politiques européennes sont frustrées depuis longtemps. "J’exagère peut-être, mais je pense que [cette tournée européenne] devrait être l’occasion de remettre à plat les relations avec l’Europe", déclare au Washington Post Heather Conley, directrice du Programme Europe au Center for Strategic and International Studies. "Les leaders européens ont du mal à se positionner par rapport à Obama. Il a suscité beaucoup d’attentes, mais maintenant ils se demandent : 'En quoi est-il différent ?'"
Cette attitude tarde encore à gagner le discours ambiant. Alors pourquoi les Européens l’aiment-ils tant alors que son bilan est si maigre ? Pour une bonne part, ils aiment chez lui les qualités qu’ils lui ont toujours prêté. Il n’est pas George Bush, même si l’on peut se demander combien de temps cette définition négative tiendra la route. Il est apparu à un moment où les dirigeants européens faisaient grise mine.
Les Européens aiment Obama plus que les Américains eux-mêmes. Mais surtout ils l’aiment plus que leurs propres gouvernants. Moins d’un tiers des Italiens et des Français, respectivement, approuvent Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy, seulement un Allemand sur deux trouve Angela Merkel crédible. La cote de David Cameron n’est pas tellement meilleure.

L'obamaphilie européenne : reflet des faiblesses de l'Europe

Brillant, charismatique, télégénique, Obama n’a aucun scandale sexuel à se reprocher, si bien que par comparaison il représente la possibilité d’une démocratie conduite par des citoyens intelligents et soucieux de l’intérêt général, par opposition aux opportunistes, aux égocentriques et aux dépravés. Tout se passe comme si sa capacité démontrée à poser les vrais problèmes dans toute leur complexité avait permis à certaines personnes de ne faire aucun cas de son incapacité à y apporter des solutions.
Mais, à bien des égards, l’obamaphilie européenne a toujours reflété aussi bien les faiblesses que les forces du continent. Comme les royalistes en quête d’un monarque éclairé, en lequel ils pouvaient placer de grandes espérances mais sur lequel ils n’avaient aucun contrôle démocratique, ils ont décidé de ne pas se servir de leur propre pouvoir, mais au contraire de compter sur celui d’un autre.
Et ces faiblesses se sont aggravées. Tandis que les effets de la crise financière continuent de se faire sentir, le continent s’efforce de rester soudé. La Grèce et l’Irlande sont au bord du défaut de paiement, le Portugal va devoir être renfloué, les Espagnols sont dans la rue. L’avenir de l’euro a été ouvertement remis en cause.
Et, tandis que bon nombre des problèmes touchant les relations transatlantiques demeurent, presque tout le reste a changé. Le printemps arabe a mis à nu le déclin de l’influence des Etats-Unis et de l’Europe sur le monde, tandis que la volonté des Européens de conserver la présidence du FMI a quelque chose d’anachronique face à la montée en puissance d’économies en développement plus dynamiques.
L’attitude des Européens envers Obama en dit plus long sur l’Europe que sur le président des Etats-Unis. Et ce qu’elle révèle, que ce soit sur les Européens ou sur Obama, n’est pas vraiment glorieux.

mardi 24 mai 2011

Radars: ne cédons pas !

Claude Guéant doit tenir bon face à la fronde des 73 députés UMP qui s'opposent à la suppression des panneaux avertisseurs de radars. L'édito vidéo de Christophe Barbier.



Un retour forcé à plus de modestie au PS

La page DSK se tourne, mais le show des primaires continue au PS. C'est désormais le possible duel Aubry-Hollande qui est à l'affiche. De quoi rebattre les cartes. De challenger, François Hollande récupère le rôle de favori des sondages et de candidat « extérieur » à l'appareil. Martine Aubry, elle, est pour l'instant dans la position d'un Dominique Strauss-Kahn forcé par ses responsabilités à ne pas se déclarer trop tôt, et plus contrainte que réellement désireuse de s'engager dans la campagne présidentielle. Une distinction plus marquante que leur positionnement politique respectif. François Hollande cultive ouvertement un modèle « démocrate » plus que socialiste. Et si Martine Aubry apparaît depuis le congrès de Reims plus à gauche que son prédécesseur, c'est surtout pour avoir été la candidate du « Tout sauf Royal », - associant l'aile gauche et l'aile droite du parti - même si rien ne l'éloigne d'une ligne sagement social-démocrate. Un autre point, pour l'heure, les rapproche : une certaine modestie. Il est sûr que Martine Aubry ne pense pas à devenir présidente chaque matin en se rasant. Elle en est à assurer qu'elle « prendra ses responsabilités » ; un sens du devoir déjà mis en pratique avec succès depuis son arrivé à la tête du PS. Et François Hollande se veut un « candidat normal ». Acceptons en l'augure. Il s'agirait d'un signe positif après la personnalisation à outrance de ses dernières années, à droite comme à gauche. Si cela devait remettre au centre le projet et l'engagement collectif plutôt que la quête de l'homme providentiel, le séisme DSK n'aurait pas eu que des effets négatifs.

Le cas DDV

Où est-il dans l’univers électoral tourmenté de la France de l’avant 2012 ?

On croyait que le procès en appel de Dominique de Villepin permettrait de clarifier sa situation et débarrasserait son chemin des obstacles dressés par la sale affaire Clearstream. Mais quel que sera le verdict final, il ne lèvera pas le doute politique qui accompagne comme une traînée de poussière lumineuse et sombre la trajectoire singulière du dernier Premier ministre de Jacques Chirac.

Cet homme est un mystère et une question. Ou plutôt une somme de questions. Comment prévoir les comportements de cet ovni qui évolue dans une galaxie dont lui seul connaît les repères ? Car cet héritier du gaullisme au verbe haut cultive instinctivement une forme de solitude qui le met à l’écart du reste de la classe politique. Et une soif de grandeur que la temporalité de l’action ne parvient pas à étancher.

Le prix d’un positionnement aussi risqué ne le dérange pas vraiment. Il ne peut concevoir le rassemblement qu’autour de lui. Qui l’aime le suive ! Et tant pis si l’audace de ses stratégies est dangereuse ! Et si le goût du panache désoriente jusqu’à ses plus fidèles grognards. Le programme charpenté mais iconoclaste, présenté en avril, n’a-t-il pas provoqué le départ d’un de ses collaborateurs les plus proches, désertant par désaccord avec la surprise du chef.

Un tel tempérament ne pouvait s’accommoder d’un rival aussi différent que Nicolas Sarkozy. C’est bien la détestation entre les deux hommes, une détestation à mort submergeant tout, une détestation romanesque et désormais cinématographique - elle donne son rythme à «La Conquête» - qui est au cœur de l’affaire Clearstream. C’est bien elle qui a motivé l’appel interjeté par le parquet, probablement soufflé par l’Élysée, après l’acquittement de DDV en première instance. C’est elle, aussi, qui a inspiré le commentaire assassin de l’intéressé, hier soir, après les six heures du réquisitoire prononcé contre lui.

Cet épisode judiciaire a mis en évidence l’inutilité de ce nouveau procès. Tout ça pour prolonger la torture d’un homme dont on a manifestement juré la perte et qui proteste de son innocence. Tout ça pour que le procureur réclame 15 mois avec sursis, trois de moins qu’en première instance... Tout ça pour qu’on ne connaisse pas vraiment, non plus, la vérité, et qu’on ne sache jamais si un Premier ministre a fermé les yeux sur une machination destinée à salir son rival. Tout ça, surtout, pour que l’ancien chef de gouvernement ne puisse, ni ne veuille, se présenter à la présidentielle...

S’il le peut, DDV «ira» pourtant, comptez sur lui pour ça. Il n’a déjà plus rien à perdre, même pas sa femme qui a pris le large. Alors, même sans un sou vaillant ni aucune chance de l’emporter, il ira. 5 % lui suffiraient. Ce serait juste assez pour faire trébucher l’adversaire. Le petit caillou de la haine.

Révoltes arabes : l'isolement d'Israël


Au Proche Orient, les aiguilles de l'horloge ont beau tourner, l'heure est toujours la même. Bloquée. Refus de dialogue. Confrontation. Déni d'existence. Violence. Humiliations. Depuis soixante-quatre ans, Israéliens et Palestiniens ne sont pas parvenus à s'entendre sur un partage équitable de la terre. Même lorsqu'ils furent à deux doigts de le faire, sous la présidence Clinton.

Pourtant, aussi immuable que puisse paraître ce statu quo, les bouleversements en cours dans le monde arabe viennent de changer les paramètres de cette confrontation israélo-palestinienne. Les équilibres de l'après 11-Septembre ont vécu, tout comme certaines alliances. Un compte à rebours vient même d'être lancé avec le projet de reconnaissance d'un État palestinien, en septembre prochain, par l'Assemblée générale des Nations unies.

Pas davantage que ses partenaires occidentaux, le gouvernement israélien n'avait vu venir la révolte des jeunes arabes et sa rapide diffusion. Il n'en a pas moins mesuré immédiatement ses répercussions potentielles, jugées généralement négatives pour la sécurité d'Israël.

Ainsi, l'allié égyptien, qui, sous Moubarak, cogérait le bouclage de Gaza, ne sera plus aussi bienveillant à l'égard d'Israël, quelle que soit l'issue de la transition. La déstabilisation du régime syrien, plaque tournante dans la région, irradie chez tous les voisins sensibles (Liban, Iran, Irak, Turquie). Elle vient de perturber jusqu'à la tranquillité (certes blindée) du Golan. Enfin, le rapprochement de circonstance entre les factions palestiniennes ennemies, le Hamas et le Fatah, prend Tel-Aviv à contre-pied.

La peur du vent démocratique

Si on ajoute la menace iranienne et le refroidissement des relations israélo-turques depuis plus de deux ans, on mesure l'isolement considérable, et croissant, d'Israël. Avec une bonne raison, évidente : l'impossibilité de négocier tant que le Hamas menace son existence. Mais aussi avec un paradoxe nouveau : Israël, qui s'est longtemps targué d'être la seule démocratie de la région, a peur du vent démocratique.

À l'heure où le concept d'autodétermination des peuples et des sociétés civiles reprend sens, les arguments sont rares pour s'opposer à la reconnaissance par l'Assemblée générale de l'Onu, en septembre, de l'État palestinien. C'est ce qui inquiète les Israéliens, qui redoutent une troisième intifada (dont on a peut-être vu les prémices le 15 mai aux frontières d'Israël), et les Américains, qui rechignent à utiliser un veto qui serait plus impopulaire que jamais.

Dans ses récents discours à l'occasion de la venue à Washington du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, Barack Obama a posé les conditions d'une reprise du dialogue. Il demande aux Palestiniens de renoncer à la procédure onusienne, d'accepter un État démilitarisé ; au Hamas de reconnaître Israël ; aux Israéliens de travailler à partir des frontières de 1967.

Netanyahou a paru s'en offusquer. En fait, cette base de travail n'a rien de scandaleux ni de vraiment nouveau. En affichant aussi publiquement ses désaccords, le Premier ministre israélien a surtout voulu rappeler à Obama les contraintes qu'impose sa réélection. Il le redira probablement aujourd'hui, devant le Congrès. Au risque de continuer à s'accrocher à un statu quo injuste, chimérique et dangereux.




Baroin assure que la Chine est favorable à la candidature Lagarde au FMI

Le ministre français du Budget et porte-parole du gouvernement François Baroin a assuré mardi que la Chine voyait d'un oeil favorable une éventuelle candidature de la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, à la direction du Fonds monétaire international (FMI).
"Les Chinois sont favorables à la candidature de Christine Lagarde", a déclaré M. Baroin sur la radio Europe 1.
Interrogée à Pékin, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères n'a pas fait de commentaire directement sur Mme Lagarde.
Elle a renvoyé à des propos tenus la semaine dernière par le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, qui avait déclaré que la nouvelle direction du Fonds devrait "mieux refléter les changements dans la structure économique mondiale et mieux représenter les marchés émergents".
François Baroin a précisé que ce n'était pas à la France de s'exprimer en premier sur ses souhaits pour la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête de l'institution de Washington.
"Ce qui est en train de se dessiner, c'est un consensus européen (...), mais vous comprendrez aisément, compte tenu des circonstances de la démission du directeur général du FMI (accusé d'agression sexuelle aux Etats-Unis, ndlr), et qu'il n'y a pas d'orgueil national, que ce n'est pas à la France de se positionner en premier", a déclaré M. Baroin.
Les soutiens internationaux à une éventuelle candidature de Christine Lagarde se sont multipliés, mais cette candidature n'a pas encore été officialisée.
"C'est encore trop tôt pour dire" si Christine Lagarde sera candidate, a déclaré M. Baroin, qui a refusé de dire si le président américain Barack Obama soutiendrait une telle option.
"Nous ne voulons adresser aucun geste qui pourrait être interprété comme une forme de mépris des pays émergents, et aucun geste ou signe d'arrogance, compte tenu des circonstances", a dit le ministre.
Interrogé sur les implications pour une éventuelle candidature d'une possible procédure judiciaire contre la ministre dans le cadre du règlement controversé de la complexe affaire Tapie/Crédit Lyonnais, M. Baroin a dit "ne pas être inquiété par cette affaire".

Dettes : Grèce, Italie, Belgique... l'effet domino se poursuit

L'euro a accéléré sa baisse hier soir face au dollar, de retour au plus bas depuis la mi-mars, sous la zone des 1,40, à 1,3965/$ entre banques, avant de tenter de s'accrocher à cette barre symbolique des 1,40. La pression est venue cette fois de l'agence Fitch Ratings qui a placé la note de la dette souveraine de la Belgique sous surveillance négative, contre "stable", ce qui signifie qu'une dégradation est probable d'ici 12 à 18 mois.
Les analystes ont ainsi expliqué que cette note pourrait être abaissée si le gouvernement ne rejoignait pas les objectifs budgétaires qu'il s'est assignés. Or, l'agence considère qu'il sera difficile pour Bruxelles d'atteindre sa cible sans consensus politique sur la réforme constitutionnelle...
Dès vendredi soir, la dégradation par Fitch de 3 crans de la note de la dette à long terme de la Grèce, à "B+", contre "BB+", avec une perspective 'négative', avait mis la pression sur les marchés. De quoi souligner selon les analystes le challenge qui attend ce pays, les experts évoquant notamment les risques accrus de voir reporté le versement des fonds prévus par le plan d'aides de 110 MdsE par le FMI et l'UE.
En Italie, l'abaissement de la perspective de Standard & Poor's de la note du pays ce week-end a aussi contribué à plomber l'ambiance... L'agence a expliqué qu'il convenait de rester vigilant sur la situation transalpine, de quoi faire se tendre l'écart de rendement entre le papier obligataire italien à 10 ans et les taux allemands, à environ 190 pdb lundi...

lundi 23 mai 2011

Une ombre plane…

Si personne n’a aperçu Dominique Strauss-Kahn depuis son placement en résidence surveillée, son ombre est omniprésente, obscurcissant encore plus les primaires socialistes qui s’annonçaient déjà peu lisibles. DSK a démissionné du FMI, ce qui a le mérite de clarifier sa succession à la tête de l’institution. Il n’a rien laissé transparaître, en revanche, sur sa candidature à la candidature socialiste. Y croirait-il encore ? La guerre psychologique menée par son avocat Ben Brafman, qui assure qu’il sera acquitté, entretient peut-être dans un coin de sa tête l’idée qu’il pourrait être innocenté dès le 6 juin, date de sa prochaine comparution. Il ne serait pas hors-délai, alors, pour concourir ; mais franchement, cet espoir est irréel. Un, parce que la cohorte de détectives privés chargés de fouiller la vie de la victime présumée du Sofitel n’est qu’au début de sa battue. Deux, parce que les révélations sur la vie sexuelle de DSK et sur l’immense richesse du couple qu’il forme avec Anne Sinclair ont profondément modifié son image, qui colle de moins en moins avec l’idée que l’on peut se faire d’un homme de gauche.

Avant son arrestation déjà, il jouait dans le clair-obscur, multipliant les signes et les opérations de com’ sans franchir le pas. Le voici mué en fantôme. On peut comprendre son silence sur les accusations dont il est la cible. Son mutisme quant à ses ambitions politiques est plus étonnant. Il semble signifier : « Après moi le déluge. »

Pendant que les New-Yorkais font du tourisme pénitencier devant l’immeuble où DSK est assigné à résidence, les socialistes français tentent, encore abasourdis, de relancer la machine des primaires. Martine Aubry semble décidée (ou contrainte) à se présenter. Elle a eu une passe d’armes télévisée à distance, hier, avec François Hollande. La patronne et l’ex-patron du PS bénéficient tous deux de la mise hors jeu de Strauss-Kahn, ce qui n’est pas fait pour pacifier le parti.

Voici dix jours se dessinait une « finale » DSK-Hollande, et le second, encore distancé, réduisait l’écart sur le premier. Aujourd’hui Hollande est le mieux placé, mais Martine Aubry est loin d’être « larguée ». Et n’oublions pas Ségolène Royal, qui mène une campagne active sur le terrain, et que l’on aurait tort d’enterrer prématurément. Le Parti socialiste n’échappera pas à un combat des chefs.

La reconquête bientôt sur les écrans

Loin du tapis rouge de Cannes et du film « La conquête » sur son accession au pouvoir, Nicolas Sarkozy est allé modestement glaner quelques lauriers en Côte d'Ivoire. Au terme de six mois de crise politique et de guerre civile, il était le seul chef d'État européen à l'investiture du président Ouattara, à côté du patron de l'ONU. Depuis un mois, l'actualité s'est détournée de ce pays, où résident plusieurs milliers de Français. Mais cette visite sobre illustre le nouveau Nicolas Sarlozy. S'il intervient, « c'est à la demande de l'ONU » ; s'il laisse des troupes sur place, « c'est pour la sécurité, pas pour assurer la stabilité d'un gouvernement, fut-il ami ». On aimerait y croire ! Mais si la France parvient à accompagner une vraie transition démocratique et la réconciliation entre Ivoiriens, il pourra se targuer d'une dimension internationale, comme celle qui l'a fait devenir étendard de la révolte libyenne. Cette stature à peaufiner durant les réunions du G8 et du G20 de l'année forme un axe de sa reconquête de l'électorat. En France, il pourra bientôt faire oublier les mesures impopulaires du passé en élaborant un prochain budget national moins austère, présenté comme la récompense des efforts des Français. Nicolas Sarkozy construit ainsi sa nouvelle image d'homme d'État, doté d'une carrure mondiale. Cette stratégie à petits pas, ces ingrédients s'ajoutent pour transformer le vibrionnant « bling bling » trop bavard de 2007, en sage pour 2012, en père de la Nation, artisan de la démocratie dans le monde. Un pari osé mais que la mise sur la touche de son principal concurrent et les divisions et faiblesses de ses autres adversaires rendent désormais possible.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




«Martine» et «François»

Il faut croire que le «séisme» n’a pas eu d’effets secondaires durables. Huit jours après le violent traumatisme du 14 mai new-yorkais, le PS a déjà suffisamment récupéré pour retrouver son appétit pour la bagarre. Secoué, certes, mais pas au point de faire l’union sacrée derrière un seul candidat de consensus, désigné tôt. Comme s’ils n’avaient pas eu leur compte d’émotions et de peur avec le scandale DSK, les socialistes prendront donc tous les risques, et tous les paris, à commencer par celui de se diviser avant de se retrouver.

Dans une autre époque, si lointaine, quand tous les sondages promettaient encore à Dominique Strauss-Kahn d’atterrir à l’Élysée plutôt qu’au dépôt de police de Harlem - c’était il y a une semaine, c’était il y a un siècle -, Martine Aubry avait vanté les qualités de la «patience, une fleur qui fleurit en juin» pour masquer son hésitation personnelle. Mais cette année, la nature est en avance. Tout pousse plus tôt et plus vite. Alors hier, pendant que sa ville chavirait de bonheur avec le titre de champion de France de football conquis par le Losc, elle s’est lancée, elle, dans la bataille pour devenir la première des Français. En le disant sans le dire tout en le disant, en parlant d’envie (pour son pays, évidemment, «c’est la seule chose qui compte»), en confessant qu’elle «s’est préparée», en promettant de «prendre ses responsabilités», la première secrétaire mal élue du congrès de Reims a pris toute sa place au centre de l’attaque, numéro 9 sur le maillot pour devenir le numéro 1 de son équipe au coup de sifflet final, le 9 octobre prochain. Ça, c’est du timing !

Elle lui a succédé et ne veut pas le voir revenir par la fenêtre : elle est bien décidée, «Martine», à souffler le brassard de capitaine à «François» (Hollande), et dans les vestiaires, ça promet d’être violent. Les deux rivaux, qui ne s’aiment pas ont eu le même entraîneur historique : Jacques Delors. Le même père, biologique pour la première et spirituel pour le second. L’ancien président de la Commission européenne fera certainement souffler son esprit pragmatique sur le programme du vainqueur. Mais en attendant, chacun sait que les duels fratricides étant, comme dans Dallas, les plus impitoyaaaaa-bles, les deux héritiers - qui n’éprouvent guère d’affection naturelle l’un pour l’autre - ne se feront pas de cadeaux. Le TSH (tout sauf Hollande) est déjà prêt à fonctionner, même si l’intéressé, d’une formule sibylline, «ne veux pas l’imaginer».

La probabilité d’un clash sanglant (politiquement) est d’autant plus élevée que l’un et l’autre sont hauts dans les enquêtes d’opinion qui leur serinent qu’ils seraient élus, indifféremment mais à tous les coups, contre Nicolas Sarkozy. «La honte» du prisonnier à domicile de Broadway ne les a manifestement pas éclaboussés. C’est Miracle sur la 43 e rue, mais avec un happy end très incertain.

L’Ibère et le printemps

Le printemps arabe aurait-il franchi le détroit de Gibraltar ? La place Puerta del Sol, en plein centre de Madrid, a pris des airs de camp protestataire. Après les Tunisiens et les Égyptiens, voici que les jeunes Espagnols s’y mettent. Ils jouissent d’une totale liberté, pourtant, et leurs difficultés matérielles restent relatives par rapport à la misère africaine. Aucun despotisme ne règne chez eux. Leur colère vise un pouvoir issu des urnes, mais “sourd et aveugle” aux souffrances du pays réel. Un gouffre sépare désormais la base, avec 21% de chômeurs, et le sommet.

Le gouvernement de Zapatero, à l’heure des élections locales, subit un rejet spectaculaire. Il a dû accepter un draconien plan de rigueur imposé par Bruxelles sous la pression des marchés. Les financiers s’en trouvent satisfaits, tandis que le spectre d’une précarité grandissante hante la Péninsule. “Sine futuro” devient le slogan d’une génération qui s’estime privée d’avenir et donc d’espérance. Longtemps passifs, les Ibères semblent désormais aussi remontés que des Grecs. Les uns et les autres, à bout de nerfs, exigent une société plus juste. L’État les laisse revendiquer, et rien ne change. De quoi donner raison à Coluche : la dictature c’est “Ferme ta gueule !”, et la démocratie “Cause toujours”….

Un peu partout, par temps de crise, on voit la classe politique perdre la confiance des peuples. Puisse-t-elle la regagner très vite, avant que l’inquiétant vent du Sud ne balaie l’Europe entière.

Rêve centriste

Le jour de novembre où il a refusé de placer Jean-Louis Borloo à Matignon, préférant reconduire son rival François Fillon, Nicolas Sarkozy ne pensait pas se compliquer autant la vie. L'ex-ministre de l'Environnement a annoncé, il y a une semaine, qu'il y aura un candidat du centre droit. Pour sauver la majorité, assure-t-il. Au risque de faire chuter Nicolas Sarkozy, craint l'UMP.

Depuis l'élimination de DSK, champion socialiste des sondages, les choses ont changé. Toujours favorite, mais privée d'un leader évident et coupée dans son élan, la gauche se met à douter. Et la droite recommence à espérer. Si la cote de confiance de Nicolas Sarkozy reste dangereusement basse, les enquêtes unanimes traduisent un frémissement.

Cette éclaircie s'explique par les malheurs de Dominique Strauss-Kahn qui, par effet de contraste, valorisent un président candidat intelligemment silencieux sur celui qu'il avait lui-même recommandé au FMI. Elle tient aussi aux indicateurs économiques plus favorables, voire à la neutralisation provisoire de Dominique de Villepin, pour cause de procès Clearstream.

Ce contexte inattendu élargit aussi l'espace de Jean-Louis Borloo. Sa confédération centriste (Parti radical, Nouveau Centre, Gauche moderne, Convention démocrate, voire l'Alliance centriste), sorte de néo-UDF, espère intéresser un électeur sur cinq. Face au piaffant Hervé Morin, il s'impose à l'applaudimètre, porté par un mouvement qui ne se reconnaît plus dans le sarkozysme... Après s'en être longtemps accommodé !

Quelques bémols

Donc, tout va bien ? Pas si sûr. Jean-Louis Borloo fait le pari qu'il incarne une alternative capable de sauver une droite en perdition.

Premier bémol : Nicolas Sarkozy voit les choses autrement. Il considère que la multiplication des candidatures risque de rabaisser chacune vers un score éliminatoire. La présence de trois compétiteurs centristes ¯ Dominique de Villepin, Jean-Louis Borloo et François Bayrou ¯ lui paraît très dangereuse.

Second bémol : pour que l'opération Borloo ait une chance, il faudrait que les députés des partis fondateurs de sa Confédération quittent l'UMP. La plupart n'en décideront pas avant 2012, en raison du contrat qui les lie, y compris financièrement, au parti présidentiel et du risque de perdre leur investiture aux législatives.

Troisième bémol : il faudrait que Jean-Louis Borloo cesse de louvoyer, de faire ami-ami avec tout le monde. Pour devenir Président, il ne suffit pas d'être sympathique. Soit l'ancien ministre joue gagnant pour lui-même, et il devra se démarquer, sortir de l'ambiguïté, durcir le ton contre son ami Nicolas Sarkozy.

Soit il joue les rabatteurs de la majorité ¯ la menace Front national sera un bon prétexte ¯ et se rallie in fine au président candidat. Dans ce cas, il est à parier que la Confédération centriste éclaterait en vol. Dans sa critique du Président, Hervé Morin a atteint un degré de violence qui lui interdit de revenir vers l'UMP.

En impulsant une dynamique encouragée par les événements, Jean-Louis Borloo est devenu une des clés de la présidentielle. Avec le risque de transformer le rêve centriste en cauchemar pour la droite. Lourde responsabilité pour celui qui paraît parfois un peu dépassé par les effets de son initiative.





FMI : les soutiens à Lagarde se multiplient

La ministre française n'est toujours pas officiellement candidate à la succession de Dominique Strauss-Kahn.

La succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI) s'ouvre officiellement ce lundi. Selon le calendrier fixé par le conseil d'administration, les candidats au poste de directeur général ont jusqu'au 10 juin pour se faire connaître. Le conseil vise ensuite la fin juin - l'échéance n'est qu'indicative - pour désigner trois finalistes, les entendre à Washington, puis désigner le meilleur d'entre eux par consensus.
Plus que jamais, le nom de Christine Lagarde se détache. Déjà encouragée par Rome, Berlin, Vienne ou Luxembourg, la ministre française de l'Économie dispose depuis ce week-end du soutien de Londres. Soutien crucial, mais qui n'allait pas de soi, à lire la presse anglo-saxonne, assez hostile. Personne en Europe ne semble, de toute façon, avoir d'autre candidat à proposer. Le ministre belge des Finances a bien évoqué sa propre personne, dimanche. «Ce sont des fonctions qui ne se refusent pas», a déclaré Didier Reynders… tout en louant les qualités de Christine Lagarde et en reconnaissant qu'elle était favorite.

Désaccord parmi les pays émergents

Les pays de l'UE représentent 35,6 % des droits de vote au conseil du FMI. Il suffit donc que les États-Unis (16,8 %) et le Japon (6,25 %) se rangent à leur candidat pour que l'affaire soit pliée. En face, si le Mexique, le Brésil, l'Inde, la Russie, la Chine ou d'autres pays émergents déplorent le maintien de fait du monopole du Vieux Continent sur le poste, ils sont incapables de s'entendre sur un choix commun - le Congo soutient même la ministre française.
Paradoxe, la France n'a toujours pas officiellement proposé la candidature de sa ministre ! L'Élysée et Matignon restent muets. «Christine Lagarde a toutes les qualités pour être un excellent directeur général du FMI», a assuré Claude Guéant dimanche. Mais le ministre de l'Intérieur se contente de noter «que beaucoup de pays la soutiennent publiquement». Cette prudence peut s'expliquer par le calendrier posé par le FMI, qui pourrait s'avérer «piégeux». Une commission de trois magistrats doit décider dans un bon mois - donc après la date limite de dépôt des candidatures - de saisir ou non la Cour de justice de la République au sujet de l'intervention de Christine Lagarde dans «l'affaire Tapie». Si la réponse est positive et intervient après sa désignation officielle comme candidate des Européens, on imagine leur embarras et celui du conseil d'administration… Du coup - autre paradoxe - c'est de l'opposition que Christine Lagarde a reçu son soutien français le plus explicite : «Si l'Europe peut avoir ce poste et si une Française peut l'obtenir, cela serait une très bonne chose», a dit Martine Aubry. Et la patronne du PS d'ajouter : «Mme Lagarde, au-delà des divergences que l'on peut avoir (…), est une femme respectable.» Le Trésor américain va, comme d'habitude, jouer les faiseurs de roi. Il se contente de plaider pour un «processus rapide, mais ouvert, transparent et basé sur le mérite». Façon de dire que la tradition qui veut que le patron du FMI soit européen ne doit pas primer. Les Européens se sont d'ailleurs gardés d'avancer cette raison, vantant plutôt les qualités de Christine Lagarde. Le chancelier de l'Échiquier britannique, George Osborne, a ajouté un argument inédit : «Ce serait une très bonne chose qu'elle soit la première femme à la direction du FMI en soixante ans.»

Des inquiétudes demeurent

Pourtant, dans la réalité, les considérations nationales l'emportent de façon frappante sur les questions de fond : que veut-on faire du FMI ? En quoi l'institution doit-elle changer son approche de la gestion de la crise, notamment dans la zone euro ? Le plan de l'UE et du FMI en Grèce ne donne pas tous les résultats prévus, comment faut-il le modifier ? Sur ces interrogations, Christine Lagarde reste muette, puisque «non-candidate», et ses soutiens n'en disent pas davantage. Ce qui déstabilise employés du FMI et observateurs extérieurs.
Autre inquiétude, exprimée par Mohammed el-Erian, gérant du plus grand fonds obligataire du monde, Pimco, qui couvre pourtant Christine Lagarde d'éloges pour son expérience et ses talents de diplomate : sa nomination soutiendrait l'idée selon laquelle la gravité systémique de la crise de l'euro rend indispensable la présence d'un Européen à la tête du FMI. «Cette opinion n'a jamais été avancée lorsque l'épicentre des crises était en Asie ou en Amérique latine», rappelle cet ancien du FMI. Certains pays émergents - tout comme la Suisse, publiquement, dimanche - assurent au contraire que le Fonds serait plus crédible s'il était dirigé par un non-Européen, qui n'a pas participé à l'élaboration des plans de sauvetage de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal depuis un an.

Le cas Dominique

L'affaire Strauss-Kahn n'est pas seulement un fait divers lamentable ; c'est aussi une histoire qui restera dans les annales. Un cas, comme aurait dit Françoise Dolto.

Le cas Dominique. Voilà un homme brillantissime et hypercompétent, au profil de présidentiable idéal, qui se laisse entraîner dans le genre de tragédie qui brise une carrière en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Jusqu'à la résurrection suivante, puisque ces gens-là passent leur temps à renaître de leurs cendres.

À l'heure où j'écris ces lignes, il est toujours, malgré les charges, présumé innocent. Que DSK ait été le prédateur cromagnonesque, ivre de sa toute-puissance, que nous a décrit la police américaine. Ou que l'affaire se retourne, ce qui est déjà arrivé dans le passé à Strauss-Kahn. Mais, n'en déplaise aux complotistes d'Internet, la thèse du coup monté paraît peu crédible. Quel intérêt auraient eu la droite française à détruire un candidat qui n'était même pas encore déclaré ou certaines grandes puissances à carboniser un directeur général du FMI qui devait quitter son poste à la fin du mois de juin ?

Et quand bien même s'agirait-il d'un coup monté, Dominique Strauss-Kahn n'a pas eu, avec son départ précipité de l'hôtel, le comportement d'un présidentiable avisé, donc méfiant. Sans oublier qu'avec ses antécédents il aurait déjà dû repartir en courant à la vue de la femme de chambre.

Ce que traduit cette histoire dramatique, quelle qu'en soit l'issue, c'est bien la vérité d'un homme qui, au sommet de la gloire, reste toujours un homme et, avant même de monter la première marche d'un nouveau destin, accomplit ce que les spécialistes de l'âme appellent un "acte manqué", comme pour changer de route.