TOUT EST DIT

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mardi 5 octobre 2010

Pourquoi il faut remercier la Grèce et l’Irlande

On a parfois tendance à critiquer des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne et aujourd’hui l’Irlande, car on a l’impression que ce sont les maillons faibles de l’Union européenne et qu’ils sont un peu comparables à une sorte de boulet au pied de la zone euro. Eh bien non, on a tort de critiquer ces pays ! C’est en tout cas la thèse du journal économique français La Tribune. On devrait même remercier la Grèce et l’Irlande.

Bizarre, comme attitude ? Sans doute, mais le raisonnement est intéressant. En effet, sans les déficits publics de ces pays, sans leur endettement excessif, l’euro, qui a déjà repris du poil de la bête vis-à-vis du dollar, serait encore plus fort qu’il ne l’est aujourd’hui. Or, un euro fort signifie que nos exportateurs sont pénalisés. Comme l’exportation est le seul ressort économique qui fonctionne encore en Europe, un euro fort étoufferait la petite embellie économique que nous connaissons aujourd’hui.

Le raisonnement de La Tribune est plus subtil encore. Que font les marchés financiers depuis quelques mois ? Leur cœur balance, si je puis dire, entre les problèmes de certains pays européens et les gros problèmes des Etats-Unis. Si la Grèce et l’Irlande n’étaient pas là pour nous donner de temps en temps une petite frayeur, les marchés financiers se focaliseraient uniquement sur le seul et vrai problème actuel : la panne de la première économie mondiale.

Si vous parlez avec n’importe quel chef d’entreprise de retour des Etats-Unis, il vous décrira un pays ruiné par une guerre en Irak totalement inutile et étouffé par un chômage de masse inhabituel. Un chômage d’autant plus dangereux qu’il est culturellement rejeté aux Etats-Unis, où il n’existe presque pas de filet social comme en Europe. Au point que des études montrent qu’aux Etats-Unis, les jeunes entre 25 et 34 ans retardent leur mariage ou se marient de plus en plus tard à cause de la crise.

Pour faire redémarrer leur économie, les Etats-Unis se livrent aussi à une guerre monétaire. Afin d’éviter que notre devise soit trop chère, notre seul bouclier, aujourd’hui, c’est paradoxalement les PIGS, acronyme désobligeant inventé par les médias anglo-saxons pour désigner, par la première lettre de leur nom anglais, Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Comme quoi des cochons peuvent aussi servir de boucliers !

Dans la tête de Christine Lagarde

Le sujet. Ministre de l'Economie depuis trois ans et demi, révélée par sa gestion solide de la crise financière en 2008, souvent citée parmi les membres du gouvernement appelés à rester à leur poste, voire à être promue lors du prochain remaniement, Christine Lagarde est peu connue du grand public. Pudique et méfiante envers la politique spectacle, cette femme à laquelle son élégance donne une allure de grande bourgeoise, s'était jusque-là peu livrée. Dans leur biographie, les journalistes Cyrille Lachèvre et Marie Visot, dessinent un portrait riche, documenté, souvent émouvant, de celle qui est passée en une nuit de mai 2005 d'une lucrative carrière dans les affaires aux Etats-Unis à un destin politique en France.

La politique… qui faillit bien broyer dès son arrivée cette « Américaine » au franc-parler peu rompu aux tabous lexicaux de son pays d'origine. Aujourd'hui encore, elle n'ose plus prononcer ce mot de « rigueur » qui lui valut, en septembre 2007, un correctif humiliant de la part du secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant.

L'intérêt. L'une des nouveautés est dans le récit, méconnu, de ses années d'adolescence française et de jeunesse américaine. Il permet de comprendre la force de celle qui est partie vivre aux Etats-Unis à l'âge de dix-sept ans, peu après avoir perdu son père, décédé à quarante-et-un ans.

L'anecdote. Mercredi 31 mai 2005, premier Conseil des ministres du gouvernement Villepin. Nommée ministre du Commerce extérieur alors qu'elle présidait le comité stratégique de Baker & McKenzie, Christine Lagarde arrive directement de l'aéroport. « Dans la précipitation du départ, elle a oublié ses lunettes à Chicago et n'y voit presque rien. A la table du Conseil, elle ne cesse d'interroger sa voisine, la ministre aux Affaires européennes, Catherine Colonna, pour savoir qui sont les uns et les autres.


« Christine Lagarde », par Cyrille Lachèvre et Marie Visot, 330 pages, 17,90 euros, Michel Lafon.

Irremplaçable ISF


Les quelque 600.000 Français assujettis à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) pourraient se prendre à rêver. En évoquant, dimanche soir, dans l'émission « Capital », sur M6, l'idée d'une suppression conjointe de l'ISF et du bouclier fiscal avant la présidentielle de 2012, le Premier ministre, François Fillon, fait sortir ce vieux projet de la droite du domaine du fantasme. C'est déjà considérable si l'on mesure l'ampleur de la « muraille de Chine » idéologique qui entoure cette malheureuse exception française de l'imposition sur la fortune. Transformer le rêve en réalité est toutefois une entreprise d'une redoutable difficulté.

Ce n'est pas le lien fait par le gouvernement entre suppression de l'ISF et retrait du bouclier fiscal qui rend l'opération complexe. Au contraire, cette condition préalable lui donne une cohérence, la perte d'un avantage important - le plafonnement de l'imposition globale directe à 50 % de ses revenus -devant être compensée par celle d'un inconvénient substantiel - la taxation de son patrimoine à des taux qui cessent vite d'être ridicules.

L'idée de cette abolition jumelle est d'autant plus rationnelle que les deux « populations cibles » sont assez proches : il s'agit des 1.000 à 2.000 Français les plus riches qui reçoivent du Trésor public des restitutions massives au titre du bouclier fiscal et qui lui versent des chèques plus astronomiques encore au titre de l'impôt de solidarité sur la fortune. Les 1.000 premiers bénéficiaires du bouclier touchent, en moyenne, près 340.000 euros chacun. Les 1.900 plus gros assujettis à l'ISF versent, en moyenne, 430.000 euros.

L'homothétie n'est pas parfaite, mais le bouclier fiscal, institué en 2006 par Dominique de Villepin alors Premier ministre, étendu en 2007 par Nicolas Sarkozy devenu président de la République, est bien devenu, en pratique, et pour l'essentiel, un plafonnement de l'impôt sur les gros patrimoines. Les 1.000 à 2.000 plus grosses fortunes de France absorberaient à elles seules entre 60 % et les deux tiers de l'ensemble des 600 millions d'euros restitués au titre du bouclier fiscal.

Au passage, ce constat donne la mesure des niveaux d'imposition exorbitants que supporteraient ces grands patrimoines en l'absence de plafonnement à 50 % de leurs revenus. Une suppression du bouclier fiscal offre donc une bonne voie d'approche pour revenir, enfin, sur l'ISF. Si seulement… Si seulement il était possible de lui trouver un remplaçant ! Or c'est là que le bât blesse. Car l'impôt sur la fortune n'est plus tout à fait le symbole qu'il a longtemps été.

Porté par l'appréciation des biens immobiliers, affecté dans une moindre proportion par la crise financière, modérément entamé par la possibilité de le convertir en investissement au capital d'une PME, l'ISF apporte, bon an mal an, depuis 2006, entre 3,5 milliards et 4,5 milliards d'euros de recettes à l'Etat. C'est à peu près la moitié de ce que rapportent les droits de mutation aux collectivités territoriales.

Aussi modeste soit-il, le poids financier de l'ISF est devenu, avec près de 8 % de déficit public, un frein à sa disparition. « Dans la situation financière qui est la nôtre, je n'accepterai jamais qu'on supprime une recette de 3 milliards d'euros », a d'ailleurs indiqué dimanche soir François Fillon, dont le calcul défalque le coût du bouclier fiscal. Pour contourner cette difficulté, le député Pierre Méhaignerie (UMP) et le sénateur centriste Jean Arthuis suggèrent de compenser cette perte soit par une tranche additive à l'impôt sur le revenu, soit par un relèvement du taux marginal supérieur, déjà passé de 40 % à 41 % dans le projet de loi de Finances 2011, pour contribuer à financer la réforme des retraites.

Le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, doit remettre ses propres suggestions au premier trimestre 2011, dans un souci de convergence fiscale avec l'Allemagne. Mais la piste d'une majoration d'impôt sur les hauts revenus, en compensation de la double suppression ISF-bouclier, apparaît déjà comme une fausse bonne idée, en regard des objectifs poursuivis. Elle est séduisante, pour certains, car elle revient à « faire payer les riches » d'une autre manière. Sauf… que ce ne sont pas les mêmes riches et qu'un tel transfert aurait pour principal effet de déplacer les problèmes de surimposition, pas de les régler.

Toucher au taux marginal supérieur de l'impôt sur les revenus, c'est en effet frapper une population bien plus large que celle concernée par le bouclier et par les quatre plus hautes tranches de l'ISF. Le ministère du Budget dénombre 420.000 foyers fiscaux (sur 19,7 millions imposables) acquittant plus de 17.000 euros d'impôt net annuel sur le revenu. Ces 2 % de contribuables paient, à eux seuls, 40 % de ce qu'il rapporte à l'Etat.

Leur infliger une hausse d'impôt reviendrait à déséquilibrer plus encore la charge d'un impôt déjà anormalement concentré, et cela en pénalisant des ménages qui, pour gagner bien leur vie, sont loin d'être tous assujettis aujourd'hui à l'ISF. Au demeurant, ce genre de transfert fiscal massif appelle à se demander si, à tout prendre, il est économiquement plus efficace de surtaxer des hauts revenus plus mobiles, donc plus facilement délocalisables que des gros patrimoines.

Enfin, d'un impôt à l'autre, les ordres de grandeur diffèrent tant qu'ils rendent un transfert peu envisageable : porter le taux marginal supérieur de l'IR de 41 % à 45 % rapporterait moins de 1 milliard d'euros, à peine le tiers de ce qu'il faudrait. En l'état du déficit public, une suppression pure et simple de l'ISF supposerait de trouver d'autres compensations, sous forme, par exemple, d'impôt forfaitaire sur les revenus du capital, comme l'ont fait les Pays-Bas lorsqu'ils ont renoncé à leur ISF voici dix ans. Mais comme tout grand soir fiscal, une telle révolution ferait plus de mécontents que de satisfaits. D'un piège à l'autre, la droite y gagnerait-elle vraiment ?

La retraite pour les nuls

faites le test autour de vous. Posez la question suivante à vos proches et à vos collègues de travail : « La retraite à taux plein, à 65 ans aujourd'hui et 67 ans demain, est au coeur du débat politique. Mais qu'est-ce que cela veut dire précisément ? Quel est le montant exact de la décote par trimestre de cotisation manquant ? » Le plus probable est qu'un silence gêné vous répondra ou que votre interlocuteur fera fausse route en imaginant qu'à ces âges tous les compteurs se remettent à zéro quelle que soit la durée d'assurance. Vous lui expliquerez alors que ces bornes, dont peu de monde connaissait l'existence jusqu'à maintenant, suppriment seulement la décote (1,25 % par trimestre pour les personnes nées après 1952) mais ne permettent naturellement pas de récupérer ses trimestres.

Le problème est que ce qui est pardonnable chez tout un chacun l'est moins chez les responsables publics. Or, posée aux hommes et femmes politiques mais aussi aux syndicats, la question évoquée plus haut n'attire pas nécessairement une réponse exacte à 100 %. Et ce manque d'assurance peut se reproduire sur bien d'autres sujets : comment fonctionne vraiment le modèle allemand invoqué tant par le gouvernement que par ses opposants (pour la grande majorité des salariés, l'âge de départ minimal est de 63 ans et une décote s'applique jusqu'à 65) ? A quel âge pourra partir un policier en service actif au terme de la réforme (52 ans), ? Quel est le niveau de la bonification pour enfants (10 % pour trois enfants et plus) ? Quel est le profil des femmes qui liquident leur pension à 65 ans (elles ont pour la plupart arrêté de travailler depuis plus de vingt ans) ? Etc. Les discours publics et privés laissent parfois - pas toujours heureusement ! -pantois.

La mauvaise foi n'étant pas la seule cause des raccourcis et des simplifications, deux autres éléments sautent aux yeux. La complexité du système français est telle qu'il faut en être un véritable spécialiste pour s'y retrouver. Cela vaut pour les futurs retraités mais aussi pour les acteurs politiques et sociaux. Le second est que nous vivons dans une société de la défiance, où la parole publique et l'expertise sont suspectes, et la parole complexe presque interdite. Ce n'est pas le plus rassurant.

lundi 4 octobre 2010

Chirac/emplois fictifs: non-lieu requis


Le parquet de Nanterre a requis un non-lieu en faveur de l'ancien président Jacques Chirac dans l'enquête sur des emplois présumés de complaisance à la ville de Paris au bénéfice du RPR, a annoncé aujourd'hui le procureur de la République Philippe Courroye.

Le parquet "considère qu'il n'existait pas un système connu de M. Chirac destiné à financer de façon occulte le RPR", a expliqué Philippe Courroye. "Après avoir examiné les sept emplois pour lesquels M. Chirac a été mis en examen pour prise illégale d'intérêt (en décembre 2009, ndlr), le parquet constate qu'il n'y a pas d'éléments suffisant pour remettre en cause la bonne foi de M. Chirac", a-t-il ajouté.

C'est désormais au juge d'instruction de Nanterre Jacques Gazeaux qu'appartient la décision de renvoyer ou non l'ancien président de la République (1995-2007) devant un tribunal correctionnel.

Vendredi, le tribunal correctionnel de Paris avait décidé vendredi de reporter de novembre à mars 2011 le procès de Jacques Chirac dans le cadre d'une première affaire d'emplois fictifs de la Ville de Paris. Le président de la 11e chambre, Dominique Pauthe, avait fixé le procès du 7 mars au 8 avril, afin de pouvoir éventuellement joindre au dossier parisien la procédure similaire qui était en cours à Nanterre.



IL N'EST PAS NORMAL QUE CETTE CRAPULE S'EN SORTE À SI PEU DE FRAIS

Vigilance !

Que les Américains mettent en garde leurs ressortissants séjournant en Europe sur des risques d'attentat n'est pas inhabituel. Attendu depuis samedi, l'avertissement a été lancé en coordination diplomatique avec Bruxelles et les capitales concernées. Mais que Londres en rajoute et évoque une « forte menace terroriste » tant en France qu'en Allemagne - en Grande-Bretagne aussi - laisse interrogateur.
Visiblement, l'agitation hexagonale de ces derniers jours sur le « terrorisme » - et que certains voulaient ramener aux accents sécuritaires de la politique intérieure française - repose sur du concret. Ou, du moins, sur des faisceaux de présomption. Lesquels ? La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni fournissent à leur insu nombre de « djihadistes européens » aux affidés d'al-Qaïda terrés dans les zones tribales du Pakistan. Munis de passeports occidentaux, ces fanatiques ne sont que difficilement repérables. Et ils connaissent parfaitement leur pays d'origine ou d'accueil.



La menace viendrait-elle de là, suite aussi aux révélations d'un islamiste de Hambourg capturé par l'armée américaine à Kaboul ? Outre-Rhin, l'opinion publique est opposée, voire hostile, au déploiement de la Bundeswehr en Afghanistan. En ce sens, l'Allemagne est un pays très sensible, donc une potentielle « cible privilégiée ». En France, ce débat est quasi inexistant, malgré 47 soldats français tués en Afghanistan depuis 2001... D'ailleurs, pendant longtemps, la vraie menace était située du côté de l'AQMI (al-Qaïda au Maghreb islamique), surtout après les enlèvements de ressortissants français au Niger. Pas dans l'Orient lointain. A moins que tous les fils tissés par les nébuleuses islamistes ne se rejoignent. L'exclure serait péremptoire.
Les réactions aux avertissements américain et britannique sont également très édifiantes sur la manière d'aborder ces dangers potentiels. Paris, après le remue-ménage de la semaine dernière, opte désormais pour une certaine discrétion. Berlin verse dans le laconisme sur le thème du « circulez, il n'y a rien à voir ». Comme si la France et l'Allemagne misaient d'abord sur le combat de l'ombre dont on ne saura jamais rien.
Néanmoins, si le principe de précaution a un sens, c'est bien pour protéger les populations. Avec un surcroît de vigilance, s'il le faut. Rappelée hors de nos frontières, cette vigilance de tous les instants gagne encore en crédibilité. Tant mieux !


Périlleuse réforme

Le Parlement, la rue, les urnes : face à ces trois inconnues - le lot de tout pouvoir - où en est la majorité entre ces journées d'action dont le niveau marque l'ancrage du sentiment d'injustice autour des retraites ? Quelle est la latitude de la droite en cette rentrée délicate ?

À deux ou trois soubresauts près, l'Assemblée et le Sénat suivent le gouvernement depuis le début du quinquennat. En dépit de propos de couloirs aussi durs qu'inconséquents, la majorité répond présent.

Le durcissement de la déchéance de la nationalité l'illustre : plutôt que de risquer de se voir refuser l'étiquette UMP aux législatives de 2012, la plupart de ses détracteurs ont évité de participer au vote de cet amendement, pourtant affublé de tous les maux.

Même chose lorsqu'il s'agit d'envisager la création d'un groupe parlementaire villepiniste : pas un n'est prêt à quitter le cocon UMP. Courage, fuyons ! Pour Nicolas Sarkozy, le danger ne vient pas de l'Assemblée.

Viendra-t-il du Sénat qui s'empare, demain, des retraites ? Gérard Larcher, dont la présidence peut vaciller l'an prochain, voulait offrir des ouvertures. Le rappel à l'ordre de l'Élysée l'a refroidi : oui à des aménagements à la marge, non à des modifications qui déséquilibreraient le projet.

Nicolas Sarkozy ne prendra pas le risque d'une dégradation de la note de la France, comme vient de le subir l'Espagne, pour cause de laxisme dans les comptes publics. Compte tenu du poids de la dette, une augmentation des taux d'intérêts serait catastrophique pour le pays et pour le candidat UMP de 2012.

Le parti présidentiel ne disposant pas de majorité sans les centristes, on n'est cependant pas à l'abri d'une surprise au Sénat. Même si le dernier mot revient à l'Assemblée, une concession significative de la haute assemblée sur les retraites nourrirait les ardeurs manifestantes.

Car la rue, deuxième danger, reste imprévisible. Même si les périodes préélectorales et de crise sont peu propices aux grands mouvements sociaux, le gouvernement aurait tort de brandir prématurément l'étendard de la victoire.

Après les retraites, le financement de la Sécu, l'augmentation des impôts et les économies budgétaires peuvent nourrir la contestation. Ou la résignation. Seront déterminants, dans l'immédiat, les messages d'équité que la droite saura adresser ou pas sur la réforme des retraites dont la nécessité est mieux admise, mais dont le contenu reste autant décrié. Les urnes arbitreront plus tard.

Elles arbitreront, naturellement, en 2012. L'issue dépendra de la capacité de la gauche à civiliser ses primaires pour présenter un candidat et un projet crédibles. Elle dépendra de l'étoffe du nouveau gouvernement dont l'annonce repoussée laisse tout le temps aux rivalités personnelles de s'envenimer.

Les urnes arbitreront, déjà, dans six mois, lors des élections cantonales. Puis dans un an, pour renouveler la moitié des sénateurs, les élus des élus. Les restrictions dans la dépense publique et la réforme très imparfaite des collectivités pèseront sur ce scrutin. Le passage du Sénat à gauche se jouera à quelques sièges près.

Le Parlement, la rue et les urnes demeurent des inconnues. Alors que la confiance s'érode, réformer devient un exercice périlleux.

Pirée




Les Chinois à Brest ! menaçait Louis-Ferdinand Céline il y a un demi-siècle. Ils sont en effet sur le chemin de Brest, les Chinois, qui ont déjà débarqué ce week-end à Athènes. Pas pour visiter le Parthénon, non, non, mais pour acheter le Pirée, et en faire le port d'entrée de leurs marchandises en Europe. C'est le prix payé par la Grèce pour renflouer son économie en faillite. Et si demain les caisses pleines de la Chine venaient au secours des économies surendettées de l'Irlande, l'Espagne ou la France ? Il est bien sûr assez piquant de voir la plus grande dictature communiste au monde voler au secours du capitalisme européen. Mais il y aura un prix à payer, n'en doutons pas. Soyez sûr, par exemple, que les Européens resteront discrets si le Nobel de la Paix distingue vendredi un dissident chinois : vous oseriez, vous, vous fâcher avec votre banquier ?

Dans le ciel ou dans la rue

L’an 2000 nous avait promis des voitures volantes.

Dix ans après, on a beau regarder en l’air, on n’en voit toujours pas passer. Même par beau temps. La réalité dépasse souvent la fiction, mais elle a aussi parfois du mal à rattraper la science-fiction. Parfois seulement, car des astronomes viennent de découvrir une planète extrasolaire habitable. “Gliese 581 g “est en effet désignée comme « meilleure candidate de planète habitable ».

Encore faut-il se mettre d’accord sur les termes : “Gliese 581 g” est une terre où l’eau pourrait se trouver dans sa phase liquide et où la température moyenne pourrait avoisiner moins 30 degrés. L’enthousiasme des astronomes n’en est pas refroidi pour autant. Ces derniers rêvent d’un léger coup de pouce, un effet de serre, qui pourrait lui donner un climat tempéré. Génial, une autre terre... Comme ça, quand on en aura fini avec la nôtre... Petit problème, “Gliese 581 g” est située à 20 années - lumière. Et même pour les frères Bogdanov, cela fait un peu loin. On voudrait pourtant tellement y croire, comme à cet article paru dans le Sunday Times qui nous affirmait que l’ONU comptait nommer un ambassadeur auprès des extraterrestres. Raté. L’ONU a démenti depuis. Dommage pour tous ceux qui rêvent d’un autre monde.

Reste à savoir si en ce moment, cet autre monde, il faut le chercher dans le ciel ou dans la rue. Sous les étoiles ou sous les banderoles.

Voyages en Europe : mise en garde des Etats-Unis aux Américains sur les risques d'attentats

Cette mise en garde correspond à un premier niveau d'avertissement pour les voyages à l'étranger avant celui qui déconseille formellement ces déplacements.

Les Etats-Unis ont émis dimanche une mise en garde aux Américains voyageant en Europe contre des risques «potentiels d'attentats terroristes», les appelant à se montrer vigilants notamment dans les lieux publics, selon un communiqué du département d'Etat. «Les informations actuelles laissent penser qu'Al-Qaïda et des organisations affiliées continuent de préparer des attentats terroristes», indique le département d'Etat. «Les citoyens américains doivent se montrer particulièrement vigilants et prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité pendant leurs voyages», poursuit le communiqué.

Cette mise en garde, qu'avaient annoncé samedi des responsables américains sous couvert d'anonymat, correspond à un premier niveau d'avertissement pour les voyages à l'étranger avant celui qui déconseille formellement ces déplacements.

Les services de renseignement occidentaux ont mis au jour des projets d'attentats liés à Al-Qaïda dans des grandes villes au Royaume-Uni, en France et en Allemagne, sur le modèle des attaques de Bombay qui avaient fait 166 morts en 2008, selon des informations diffusées la semaine dernière par des médias anglo-saxons. Ces informations ont été en partie confirmées par des responsables, mais pas par les gouvernements concernés.
La France maintient son niveau d'alerte

Après l'annonce de cettee mise en garde américaine, la France a fait savoir qu'elle maintenait au niveau rouge son niveau d'alerte sur la menace terroriste. « Nous avons pris bonne note des recommandations de vigilance formulées par les Etats-Unis pour les ressortissants américains voyageant en Europe », indique le Quai d'Orsay. Dans un communiqué, il souligne que ces recommandations sont « en ligne » avec les recommandations générales que Paris adresse à la population française. Il précise que les indications transmises par les autorités américaines sont « analysées, recoupées et le cas échéant prises en compte » dans l'évaluation française de la menace, qui s'appuie sur « un ensemble d'éléments ». « La menace terroriste en France demeurant élevée, le niveau d'alerte est maintenu inchangé, au niveau rouge », précise le texte.

Le gouvernement français a actualisé ces dernières semaines le niveau rouge du plan antiterroriste « Vigipirate », avant-dernier niveau d'alerte et qui est en vigueur dans le pays depuis les attentats de Londres en 2005. Une vigilance accrue a été décidée après l'exécution, revendiquée par l'organisation Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), de l'otage français Michel Germaneau en juillet au Sahel.
La Tour Eiffel évacuée deux fois

Depuis, l'enlèvement de sept personnes, dont cinq Français travaillant pour Areva ou une filiale de Vinci il y a deux semaines à Arlit, dans le nord du Niger, a accru les inquiétudes. Cette action a été revendiquée par la même organisation, qui a diffusé un enregistrement sonore et des photos des otages.

Les alertes à la bombe se sont multipliées depuis le début du mois et les autorités ont décidé d'évacuer la Tour Eiffel, monument emblématique de Paris, à deux reprises à la suite d'appels téléphoniques qui se sont avérés infondés.

L'opposition a reproché au gouvernement d'avoir trop communiqué depuis la mi-septembre sur une éventuelle menace terroriste, au risque d'alarmer inutilement la population. Les deux-tiers des Français ne croient pas que le risque d'attentat en France soit renforcé, selon un sondage BVA pour Canal + diffusé jeudi.

Mais le ministre de la Défense, Hervé Morin, a réaffirmé dimanche que la menace terroriste était réelle. « En permanence, des réseaux s'organisant pour préparer des attentats sont démantelés dans le monde. C'est bien que les Français le sachent », dit-il dans Le Parisien. « La menace terroriste existe, et peut nous frapper à tout moment », ajoute-t-il.

L'automne de l'Alliance atlantique

A quoi servent encore les relations transatlantiques au moment où le monde est en train de basculer vers le « siècle du Pacifique » et où la notion même d'Occident semble se dissoudre, à l'heure de la globalisation et du métissage des cultures ?

Les relations transatlantiques sont historiquement passées par quatre phases. La première de 1949 à 1989, celle de la Guerre froide, se caractérise par un indéniable succès. La stratégie du « containment », définie en 1947 par George Kennan, a permis de contenir la menace soviétique, jusqu'à ce que, victime de ses contradictions, l' « empire du mal » s'effondre sur lui-même.

La deuxième phase, de 1989 à 2001, qui se conclut sans doute avec le 11-Septembre, apparaît rétrospectivement pour l'Alliance comme celle des « occasions manquées ». Orpheline du ciment constitué par la menace soviétique, l'Alliance s'est cherché une raison d'être et n'a pas été à la hauteur des défis auxquels elle s'est trouvée confrontée. L'Europe réunifiée n'a pas su émerger comme une puissance unie, décisive et responsable face au retour de la guerre dans les Balkans. L'Amérique qui disposait alors de toutes les cartes les a largement gaspillées par légèreté et inconscience de ce que pouvait avoir de bref et fragile son « moment unipolaire ».

La troisième phase, de 2001 à 2008, la fin du deuxième mandat de la présidence Bush, n'est plus celle des occasions manquées mais des dérapages dangereux. Ces dérives - de l'Irak à l'Afghanistan, sans oublier les conséquences géopolitiques de la crise financière -vont accélérer la montée en puissance de la Chine et, derrière elle, des puissances émergentes. Elles vont aussi renforcer les tensions sinon les divisions entre partenaires. L'Europe n'est plus la première ligne de défense des Etats-Unis et rien ne divise plus que l'échec.

Une quatrième phase des relations transatlantiques vient de s'ouvrir devant nous. Elles sont toujours essentielles sur le plan économique. Il suffit de considérer l'importance des échanges entre les deux rives de l'Atlantique. Mais elles deviennent toujours plus secondaires sur le plan stratégique. Quelles leçons pouvons-nous tirer, aujourd'hui, face à l'émergence de l'Asie, des succès comme des échecs d'hier ?

L'essentiel est de bien saisir la nature radicalement nouvelle du défi que nous pose la Chine. L'empire du Milieu n'est pas l'URSS. Elle n'est pas un adversaire idéologique. En fait, en dépit de la dénomination communiste de son régime, la Chine est post-idéologique. Gérée comme une entreprise, elle ne veut ni nous imposer son régime ni nous envahir. Elle est tout à la fois un partenaire économique indispensable à notre croissance et un rival ambitieux et incontournable. Elle est aussi un pays au comportement double qui alterne les propos ou les gestes provocateurs sur la scène régionale, à l'égard du Japon par exemple, ou les silences et les abstentions coupables vis-à-vis de la Corée du Nord ou de l'Iran. Parce que la Chine en fait alternativement trop ou pas assez, l'Amérique doit être tout à la fois le « balancier régional » en Asie et la « superpuissance par défaut » sur le plan mondial.

En 1995, après la chute de l'URSS, les dirigeants de l'Alliance avaient trouvé une formule qui résumait bien leur politique à l'égard de la Russie : « L'intégrer si nous le pouvons, la contenir si nous le devons. » Aujourd'hui, la problématique est très différente de celle d'hier. Comment « intégrer » une puissance qui, au fond d'elle-même, se sent supérieure à ceux qui veulent la convaincre tout à la fois de faire preuve de plus de retenue en mer de Chine et de prendre plus de responsabilités sur la scène internationale ?

C'est aujourd'hui que l'Amérique aurait besoin d'un Kissinger qui, féru d'histoire diplomatique et disciple de Bismarck, saurait engager un véritable dialogue stratégique avec les dirigeants chinois. Sa « sophistication européenne » convenait mieux au monde actuel qu'à celui de la Guerre froide.

Mais, dans sa quête d'une « stratégie chinoise », l'Amérique se sent bien seule et se demande à quoi sert encore l'Alliance. Car si les Etats-Unis ne se résignent pas au déclin relatif de leur puissance, l'Europe semble s'y résigner et même s'en satisfaire.

L'avenir : c'est combien ?

Peut-on s'acheter un avenir ? Ou doit-on se le bâtir ? Dans le monde de la high-tech, Hewlett-Packard (HP) fait aujourd'hui figure d'exception. Au moment où le numéro un mondial de l'informatique vient de se choisir un nouveau président, force est de constater que ce groupe fondé par l'un des plus mythiques tandems de la Silicon Valley semble cruellement manquer de carburant interne. Ses comptes sont certes au beau fixe, mais lorsqu'il est confronté à un challenge, c'est depuis plus de dix ans davantage à l'extérieur qu'en interne qu'il va chercher les solutions à ses problèmes.

Pour la troisième fois depuis le tournant du siècle, ce groupe qui ne s'était jusque-là appuyé que sur des purs produits maison vient ainsi de confier sa présidence à un manager n'ayant jamais travaillé pour HP. Et pour se développer, c'est plus sur la croissance externe que sur l'innovation issue de ses laboratoires que semble miser le californien. HP n'est bien sûr pas le seul des géants numériques à passer régulièrement par la case croissance externe. Cisco qui semble avoir externalisé sa R&D en la confiant à des banquiers d'affaires, Oracle, qui sous la houlette de Larry Ellison, est devenu une machine à digérer des rivaux ou même IBM, qui plus d'une fois a cassé sa tirelire, ont tous, à un moment ou à un autre, réalisé des petits pas significatifs comme des grands bonds en avant lourds de sens en misant sur des OPA.

HP n'est également pas l'unique groupe à avoir ouvert ses rangs à un outsider. Même Nokia, symbole de la high-tech européenne a accepté de confier son sort à un manager canadien ayant fait ses classes chez Microsoft.

Mais HP est l'un des rares géants à cumuler, à cette échelle et avec cette fréquence, acquisitions en séries et recherche de talents hors de ses murs. Tant que la méthode paye, qui s'en plaindra ? Mais à l'heure où le succès d'Apple montre que l'on peut être dirigé par son cofondateur - Steve Jobs -et tirer l'essentiel de ses forces d'une innovation puisée en interne, la méthode HP révèle sans doute aussi l'échec au moins partiel d'une culture d'entreprise. Pendant combien de temps un groupe qui n'est pas capable de former ses leaders ou de se bâtir son avenir peut-il continuer de progresser plus vite que ses concurrents ?

L'Allemagne réunifiée, trop forte pour les Européens ?


Dans cette crise, les cartes de la compétition mondiale sont redistribuées », a déclaré à maintes reprises la chancelière Merkel, au coeur de la tourmente. Maintenant que se confirme l'embellie, elle semble avoir amassé un certain nombre d'atouts maîtres dans sa manche. Le modèle exportateur allemand a instantanément répondu à la reprise du commerce mondial. La croissance du PIB devrait dépasser cette année 3 %. Le nombre des chômeurs pourrait tomber sous la barre des 3 millions d'ici à janvier. Plus de recettes fiscales, moins de dépenses sociales : le déficit public devrait se limiter à 4,5 % du PIB en 2010 et pourrait revenir dans les clous du pacte de stabilité (moins de 3 %) dès 2011. Rassérénés par l'amélioration de l'emploi et la maîtrise des finances publiques, les consommateurs affichent un moral qu'on ne leur avait plus vu depuis trois ans.

Alors qu'ils viennent de célébrer, hier, les vingt ans de la réunification, les Allemands se voient confortés dans les choix collectifs faits ces dix dernières années, en réaction à la stagnation qui avait suivi le « boom » du début des années 1990. A savoir : l'industrie contre la finance, la cogestion contre les excès du turbocapitalisme, la réforme de l'Etat providence contre les déficits, l'épargne contre le crédit à la consommation. La « Cool Britannia » flambeuse du New Labour a la gueule de bois ; la « ménagère souabe », économe et les pieds sur terre, triomphe.

Cette nouvelle donne pose, sinon un problème, du moins une question, aux Européens. Ils se sont amèrement plaints, pendant la crise grecque, que Berlin n'assume pas le leadership politique que son poids démographique et économique lui assignait. Mais, à l'avenir, sont-ils prêts à accepter une Allemagne plus directive, peut-être dominatrice ? « On peut aisément imaginer que la validation de leur modèle économique renforce une tendance récurrente en Allemagne, dans le passé, à vouloir donner des leçons, à se comporter en premier de la classe quelque peu suffisant », estime Thomas Klau, de l'ECFR (European Council on Foreign Relations). Attaquée sur un supposé égoïsme de la machine à exporter, la chancelière Merkel ne répond-elle pas : « C'est à nos partenaires de se hisser à notre niveau de compétitivité » ? Jean Pisany-Ferry, directeur de l'Institut Bruegel, note pour sa part que « déjà, pour les marchés, l'Allemagne est devenue le pays de référence, à l'aune duquel sont mesurées les finances et les stratégies des autres ». Gare à celui qui s'éloignerait trop de la ligne allemande. Alors que l'UE doit négocier dans les mois qui viennent le budget 2014-2020 et réformer la gouvernance de la zone euro, les Allemands vont-ils se révéler des négociateurs intraitables ? Angela Merkel a déjà fait savoir qu'il était hors de question de pérenniser le Fonds européen de stabilité financière, créé cette année pour une durée limitée à trois ans. Position de départ radicale pour arracher plus tard des contreparties importantes ? Rien n'est moins sûr. Comme l'explique Ulrike Guérot, de l'ECFR également, « de l'extérieur, les indicateurs macroéconomiques de l'Allemagne impressionnent, mais le ressenti de la population n'est pas du tout le même. Toutes les études concluent que les réformes sociales des dernières années ont laminé les classes moyennes. Les Allemands n'ont pas du tout l'impression d'avoir profité de l'euro et ne voient pas pourquoi ils paieraient pour des pays qui, eux, n'ont pas fait de réformes structurelles douloureuses ». Or le Fonds de stabilité européen expirera juste avant la campagne des législatives allemandes de 2013. D'ici là, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui a rendu en 2009 un arrêt très eurosceptique sur le traité de Lisbonne, se sera prononcée sur le plan de stabilisation de la zone euro. Elle semble s'être assagie depuis l'an dernier, mais réserve peut-être des surprises à Berlin. « La question des années qui viennent, c'est ce que ce Goliath va faire avec l'UE, résume Ulrike Guérot. S'en détourner et orienter sa diplomatie vers les pays qui feront son commerce de demain, la Chine, l'Asie, la Russie ? Ou rester dans le jeu et définir l'équation post-maastrichienne de la solidarité européenne ? »
Certains économistes ont bien réfléchi, ces derniers mois, à un possible éclatement de la zone euro, avec une nouvelle zone monétaire « vertueuse » au nord du continent. A la vérité, même si les Allemands sont certainement las de la tendance à la procrastination de certains de leurs partenaires, ils n'en sont pas là. Claire Demesmay, de l'Institut allemand de politique étrangère, souligne, « malgré une normalisation manifeste, la persistance d'un traumatisme allemand lié à la Seconde Guerre mondiale, la volonté de ne pas être isolé sur la scène européenne, qui conduira Berlin à continuer de donner des gages d'européisme ». Thomas Klau pense que, à la chancellerie, « on est conscient que la zone euro doit rester suffisamment solidaire pour ne pas rester sans défenses contre la dynamique incontrôlable de la spéculation des marchés ».

Enfin, le modèle allemand n'est pas sans faille. Il est très dépendant du commerce mondial, comme on l'a vu en 2009. L'OCDE critique chaque année la faible proportion des jeunes Allemands qui entreprennent des études supérieures (34 % d'une classe d'âge). Compte tenu de la fécondité vacillante, la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée va s'aggraver. « Alors qu'une naissance sur trois se fait aujourd'hui dans une famille issue de l'immigration, on sait que ces jeunes connaissent de très forts taux d'échec scolaire », déplore Hans Stark, directeur du Cerfa (Comité d'études sur les relations franco-allemandes). Or, la société allemande souffre de réelles pesanteurs dans les débats sur la famille, le travail des mères, et l'immigration. Les violentes polémiques provoquées récemment par l'allongement de la durée de vie des centrales nucléaires, la réforme de l'assurance-maladie, la revalorisation marginale des minima sociaux, révèlent une société moins sûre d'elle qu'il n'y paraît.

Faut-il regretter les maisons closes ?

Le Chabanais, Paris 2e. "Un ministre des affaires étrangères de la IIIe République fréquentait assidûment cette maison close. Il se mettait nu et se laissait passer un collier à pointes autour du cou. A quatre pattes, promené en laisse, il présentait son postérieur à une ronde de filles nues, qui lui assénaient chacune des coups de fouet." Aujourd'hui, on trouve ce collier et ces fiches – les "blancs" – de la brigade des mœurs exposés dans la salle des archives de l'actuelle brigade de répression du proxénétisme. Le Chabanais, ouvert en 1878, fut un des bordels les plus luxueux de la Belle Epoque. Un blanc daté du 28 mars 1899 rapporte que vingt-cinq femmes travaillaient là et que le "cabinet médical" comportait quinze spéculums, des "pommades prophylactiques" et du permanganate.
C'est cet établissement ainsi que les quelques autres bordels parisiens haut de gamme des Années folles – Le Sphinx, Le One Two Two, Le Colbert, Le Cardinet (etc.) – qui ont servi de modèles au feuilleton qui débute cette semaine sur Canal+, "Maison close".

PRISON DE STUC

Tout l'intérêt de ce feuilleton, doté de grands moyens, au stylisme d'époque travaillé et documenté, vient de ce qu'il ne tombe pas – trop – dans l'évocation complaisante du bordel chic – ici, Le Paradis. Si les scènes sexuelles et les orgies abondent, on en voit toute la violence, souvent la cruauté, et combien la prostitution est un métier éprouvant.

Les héroïnes, Rose et Véra, l'une enrôlée de force, l'autre trahie par la tenancière et affligée de dettes, tentent tout au long des épisodes d'échapper à l'épuisante routine de la maison close. C'est une véritable prison de stuc, surveillée par des gardiens et une "sous-maîtresse" brutale, dont les clients sont les rois capricieux et où la police ramène les récalcitrantes "encartées" à chaque tentative de fuite.

Nous sommes au début de la IIIe République, décidée à réglementer la prostitution pour mettre fin au racolage, faire progresser l'hygiène publique – la "petite vérole" gagne – et défendre les valeurs familiales. Elle doit s'exercer dans des lieux fermés et grillagés, régulièrement visités par des médecins, des "maisons de tolérance" où célibataires et hommes mariés peuvent se divertir sans être vus, comme dans La Maison Tellier, de Maupassant.

BRUTALITÉ EXTRÊME

Si le feuilleton se présente comme un huis clos infernal au Paradis, on découvre l'autre prostitution de l'époque, celle de la rue, des macs et des bordels plus populaires ou d'"abattage". Celle-ci, plus rude encore, dominait. Ajoutons qu'à cette époque la brigade des mœurs se montrait d'une brutalité extrême avec les gagneuses accusées de racolage.

Suite au suicide de plusieurs prostituées qui avaient préféré se jeter par la fenêtre plutôt que d'être arrêtées, la ville de Paris ordonna en 1876 une commission d'enquête présidée par un médecin, Louis Fiaux. Son rapport, relayé par une presse républicaine hostile aux abus de pouvoir, est accablant : "Sous la double prétention de l'ordre et de l'hygiène, la police des mœurs a pour objet de mettre la main sur toutes les femmes convaincues ou soupçonnées de prostitution, de les examiner sexuellement, qu'elles y consentent ou non (…) ; [de les arrêter] arbitrairement, sans jugement, pour un temps indéterminé (…) ; de les inscrire toutes sur un registre qui en fait une catégorie à part, hors la loi (…)."

Chasse au racolage, excès de zèle policier, discrimination des prostituées, maisons de tolérance, sommes-nous aujourd'hui sortis de ces problématiques d'un autre siècle ? Si peu. Voici Maîtresse Gilda, jeune prostitué travesti, un des porte-parole du Strass, le tout nouveau Syndicat du travail sexuel français, associé aux groupes Cabiria de Lyon et Grisélidis de Toulouse.

Quand je lui parle du feuilleton "Maison close", aussitôt elle s'inquiète : "J'espère qu'ils ne vont pas nous la jouer le grand lieu de plaisir ultra-glamour, où tout le monde il est beau et gentil. C'était probablement très glam pour quelques clients riches et financièrement intéressant pour le tenancier, mais certainement pas pour les filles. “Maison close”, tout est dit, non ? Il s'agit d'un univers carcéral. Quand je pense que la députée UMP Chantal Brunel parle de les rouvrir… C'est une vaste plaisanterie."

RENVOYÉES "SUR LES BORDS"

En janvier, Chantal Brunel publiait Pour en finir avec les violences faites aux femmes (Le Cherche Midi). Elle y dénonçait la polygamie dans les banlieues, le travail d'esclave des femmes sans papiers, la violence de la pornographie sur Internet et, critiquant la loi du 18 mars 2003 interdisant le "racolage passif", la situation dramatique des prostituées pourchassées par la police, reléguées loin du centre-ville, isolées, mises en danger.

Comment y remédier ? En rouvrant des maisons "minutieusement contrôlées", permettant un suivi sanitaire et une protection juridique et financière des prostituées. Le vieux débat français sur la prostitution – Saint Louis déjà fit expulser les prostituées et brûler leurs habits, avant de leur accorder le droit d'exercer "sur les bords" (dans des bordels) – est relancé : faut-il l'interdire, la tolérer ou la réglementer ?

Un sondage publié le 18 mars par Le Parisien révèle que 59 % des Français – les hommes majoritairement – seraient favorables à une réouverture des maisons closes. Le 25 mars, un groupe de travail du ministère de l'intérieur sur la prostitution se réunit suite à la proposition de Chantal Brunel d'abolir la loi sur le racolage.

Quand on lui parle de cette commission, Maîtresse Gilda s'insurge : "Pourquoi ne nous ont-ils pas consultés ? Je suis ravie que Chantal Brunel parle maintenant de “maison ouverte” et plus de “maison close”. Qu'elle reconnaisse l'échec de la loi Sarkozy. Qu'est-ce que cela veut dire “racolage passif” ? Les juges, les avocats, les policiers, les prostitués, tout le monde s'arrache les cheveux pour comprendre. En fait, c'est un article prétexte pour arrêter qui on veut quand on veut, surtout les immigrés, et faire du chiffre comme à l'époque de la brigade des mœurs. Qui en profite directement ? Les macs, qui se félicitent que les filles se retrouvent vulnérables et sans protection."
 Mais alors, Maîtresse Gilda, des lieux de prostitution, cela ne serait pas mieux ? "Pas du tout. Nous n'en voulons pas. Nous voulons d'abord obtenir le droit de travailler, que notre métier soit reconnu, légal. Ensuite, en tant que travailleurs indépendants, nous devrions pouvoir exercer partout, quand nous le souhaitons, nous associer avec qui nous l'entendons. Nous voulons ouvrir nos propres lieux de travail, des espaces ouverts au public adulte. Nous ne voulons pas de lieux fermés, surveillés par des fonctionnaires, tandis que les prostitués de rue continuent d'être criminalisés."

PROSTITUTION INDÉPENDANTE
Maîtresse Gilda, comme beaucoup des prostitués affiliés au Strass, incarne une nouvelle forme de prostitution indépendante, créant grâce à Internet son propre réseau, exerçant dans un espace privé. Celle-ci se développe en Europe comme aux Etats-Unis, comme le montrent tant les syndicats de prostitués que les travaux du sociologue américain Sudhir Venkatesh, de l'université Columbia. Venu présenter ses recherches à l'Ecole d'économie de Paris en avril, il y a expliqué qu'une prostitution indépendante haut de gamme gagnait du terrain dans les grandes cités, suite à la démocratisation des nouvelles technologies associée à l'embourgeoisement des centres-villes.
Les économistes Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner, auteur de Freakonomics, montrent aussi, au-delà de tout jugement moral, qu'un nouveau business model de la péripatéticienne indépendante se développe. Il donne pour exemple Allie, prostituée trentenaire de Chicago, qui commença à fixer ses rétributions à 350 dollars (255 euros) l'heure et passa en quelques mois à 500 dollars (364 euros) sans perdre sa clientèle, tout en réduisant à vingt minutes la passe proprement dite.
Bien sûr, si Allie a su se passer des intermédiaires et des "agents" – les proxénètes –, elle subit malgré tout une forte concurrence : celle des jeunes femmes qui prennent des amants sans se faire rétribuer, et sans compter leur temps. Ces prostituées ne comprennent pas l'acharnement des associations abolitionnistes – féministes ou catholiques – comme des politiques à vouloir les discréditer, les taxer et les surveiller.
Maîtresse Gilda insiste : "Nous, indépendantes, sommes de plus en plus nombreuses. Les chiffres avancés par l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains du ministère de l'intérieur évaluent le nombre des prostituées à partir du nombre de femmes arrêtées. Ils en concluent qu'elles doivent être le double, soit de 10 000 à 12 000 personnes, en majorité immigrées et exploitées bien sûr. Laissez-moi rire ! En Grande-Bretagne et en Suisse, les études sérieuses montrent que les travailleuses de rue représentent 15 % de la prostitution. Et les autres alors ? Ce sont les indépendantes !"
Que pensent les associations de terrain qui travaillent avec les prostitués de la proposition de rouvrir des maisons et des revendications du Strass ? Aux Assises de la prostitution du 24 mars, qui regroupaient tous les mouvements de prostitués français, Claude Boucher, des Amis du bus des femmes, ne cachait pas sa colère. "Ce qui choque les travailleurs du sexe, c'est que cette proposition vienne de femmes. “Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots”, disait Jaurès."
Quant à Iana Matei, une activiste roumaine qui se bat depuis des années contre le trafic mafieux de prostituées depuis son pays, que dit-elle ? Elle publie un livre de témoignages, A vendre, Mariana, 15 ans. "Quand je vois, écrit-elle, ces sociologues, ces hommes de lettres, ces politiciens, débattre à l'infini du droit philosophique de l'être humain à disposer de son corps, je suis écœurée. On donne la parole à des call-girls de luxe, on compatit pour ces étudiantes qui affirment se prostituer pour payer leur loyer, mais on ne s'interroge pas sur le fait qu'une gamine de 15 ans soit obligée de faire une fellation pour 20 euros."
LA SOLUTION, LA PROHIBITION ?
Que dit-elle des propositions de Chantal Brunel sur les maisons closes ? "Mais elles existent ! En Angleterre, depuis que le racolage est interdit, les trafiquants ont ouvert des maisons de passe dans les grandes villes. Londres en compte des dizaines, peut-être des centaines. Personne ne sait ce qui s'y passe. Dans les pays réglementaristes comme l'Allemagne et les Pays-Bas, une prostitution invisible, mafieuse, se développe dans les bars de seconde zone, en appartement. L'existence de bordels légaux n'a pas fait diminuer la prostitution illégale des filles de l'Est."
Et la solution suédoise, prohibitionniste, qui pénalise les clients ? "Cela n'a rien changé. Les proxénètes emmènent des filles sur les bateaux qui font la navette dans les eaux internationales. La seule solution à la prostitution violente, c'est de lutter contre la criminalité organisée."
Quand Maîtresse Gilda et Iana Matei se sont rencontrées, la première trouvait le titre du livre de l'autre racoleur, la seconde se méfiait de ce jeune homme aux manières raffinées. Et puis, la discussion s'emballant, elles sont tombées d'accord. D'abord en distinguant la prostitution indépendante – librement consentie, sans abus de faiblesse – de la traite des êtres humains.
Selon Iana Matei, les vraies questions sont : "Dans quelle poche va l'argent ? Dans quelles conditions la femme travaille-t-elle ?" Ensuite, créer des syndicats de travailleurs sexuels leur semble décisif pour lutter contre le trafic et l'exploitation. Maîtresse Gilda dit : "Nous savons mieux que personne qui est maltraité."
Quant aux maisons closes, elles y voient toutes les deux un faux débat, anachronique, qui ne mène qu'à occulter les deux problèmes de fond : la reconnaissance d'un statut légal à la prostitution indépendante et la lutte contre les trafiquants d'êtres humains.

dimanche 3 octobre 2010

Montebourg s'en prend aux "privilèges injustifiés" de TF1

Arnaud Montebourg n'en a pas fini avec TF1. Après avoir vivement critiqué la chaîne dans l'extrait d'un documentaire non encore diffusé de Pierre Carles, puis dans une lettre adressée à son PDG, Nonce Paolini, le député socialiste à de nouveau taclé la chaîne lors du Grand Rendez-vous Europe 1/Le Parisien, dimanche 3 octobre.
 "Voilà une chaîne qui s'adresse à presque la moitié des Français, qui dispose d'un quasi-monopole et qui a réussi en quelque sorte à circonvenir toutes les autorités et les contre-pouvoirs qui pouvaient lui demander des comptes", a résumé M. Montebourg, n'hésitant pas à accuser TF1 d'avoir "une tradition délinquante par rapport à ses obligations réglementaires". Alors qu'elle a été "privatisée sur un contrat, le mieux disant culturel, il y a une sorte d'escroquerie finalement", a-t-il jugé.


"TF1 a une tradition délinquante"
envoyé par Europe1fr. - L'actualité du moment en vidéo.
PLUS DE "RENOUVELLEMENT AUTOMATIQUE"
Dans sa missive, le député du PS écrivait que TF1 "n'avait donc pas d'autre choix que d'accepter, quoi qu'il lui en coûte, toute critique publique de ses agissements, puisque la télévision reste un bien collectif appartenant à tous les Français". Il ne se prive donc pas de critiquer vertement les choix de programmation de la chaîne : "Regardez le nombre de meurtres, de viols, de crimes qui sont mis en scène, scénarisés dans toutes les séries, les films qui sont choisis par cette chaîne !"
Pour régler le problème, M. Montebourg a suggéré qu'on remette en concurrence la concession accordée à TF1. Le "renouvellement automatique" de cette concession a été décidé "par la droite comme beaucoup d'avantages et de privilèges". A ses yeux, il s'agit "de privilèges injustifiés de la part d'une chaîne qui ne fait pas son travail, ne respecte pas ses obligations". "C'est comme si on confiait à une société d'autoroute privée le soin d'exploiter nos autoroutes et qu'elle ne bouchait pas les nids-de-poule", a-t-il encore dit. Nonce Paolini avait qualifié les propos de M. Montebourg "d'inadmisibles" et de "consternants", mais la chaîne a indiqué qu'elle ne comptait pas porter plainte.


LE CRÉTIN DE LA RÉPUBLIQUE FRAPPE ENCORE, AVEC SA LÉGÈRETÉ ET SON MANQUE DE JUSTESSE, IL PREND SES DÉSIRES POUR DES RÉALITÉS, ÇA NOUS FERAIT UN BEAU TYRAN.

Washington s'apprête à mettre en garde les Américains voyageant en Europe

Les États-Unis s'apprêtaient à lancer dimanche une mise en garde aux Américains voyageant en Europe pour leur demander d'être vigilants en raison des risques d'attentats, selon un responsable à Washington.

«Nous envisageons d'émettre une mise en garde sur les voyages en Europe», a déclaré à l'AFP ce responsable américain sous couvert de l'anonymat, après la publication d'informations sur des projets déjoués d'attentats dans plusieurs pays européens.

La mise en garde correspond à un premier niveau d'avertissement pour les voyages à l'étranger avant celui qui déconseille formellement ces déplacements.

«Il devrait s'agir pour l'essentiel de dire aux Américains de poursuivre leurs voyages, mais d'être vigilants. Cette mise en garde pourrait être émise dès dimanche», a-t-il ajouté.

Un autre responsable américain interrogé par l'AFP a précisé que le Département d'État prendrait «les mesures qu'il jugera appropriées».

«Nous continuons à être concentrés sur l'intérêt que montre Al-Qaïda à nous attaquer, nous, nos alliés et nos intérêts. Nous ne ménagerons aucun effort pour déjouer les plans terroristes, et prendrons les mesures ultérieures appropriées», a-t-il dit.

Les capitales européennes n'ont pas dans un premier temps réagi à cette annonce.

«Nous ne commentons pas les opérations de sécurité ni les décisions de nos partenaires», a simplement déclaré un porte-parole du chef de la diplomatie de l'UE Catherine Ashton, Darren Ennis, à Bruxelles.

«La lutte contre le terrorisme est une de nos priorités, et sur ce sujet nous sommes sur la même longueur d'onde que les États-Unis», a affirmé de son côté le ministère italien des Affaires étrangères.

Les services de renseignement occidentaux ont mis au jour des projets d'attentats liés à Al-Qaïda dans des grandes villes au Royaume-Uni, en France et en Allemagne, sur le modèle des attaques de Bombay qui avaient fait 166 morts en 2008, selon des informations diffusées la semaine dernière par des médias anglo-saxons.

Ces informations ont été en partie confirmées par des responsables, mais pas par les gouvernements concernés.

«La menace est pour le moment crédible mais elle n'est pas précise», a expliqué un responsable américain sous couvert de l'anonymat, soulignant qu'on ne pouvait pas savoir exactement où et quand une attaque pourrait survenir.

«Pour cette raison, les gens ne devraient pas uniquement penser au Royaume-Uni, à la France et à l'Allemagne», a-t-il ajouté, précisant également que d'autres modes d'attentats que celui sur le modèle de Bombay pouvaient être envisagés.

Des projets d'attentats en Europe ont été élaborés par le numéro trois du réseau Al-Qaïda, le cheik Younis al-Mauretani, avec l'appui d'Oussama ben Laden, a affirmé l'hebdomadaire allemand Spiegel.

Selon le magazine Focus, le niveau d'alerte terroriste a également été relevé en Europe en raison d'interceptions par le centre britannique d'écoutes GCHQ des communications téléphoniques et électroniques de huit Allemands et de deux Britanniques basés à la frontière pakistano-afghane.

Selon le site internet du Département d'État, la publication d'une mise en garde pour les voyages se réfère à des évènements particuliers, à court terme.

Par exemple, des catastrophes naturelles, des anniversaires d'attentats, des conférences internationales ou l'organisation d'une grande rencontre sportive, sont susceptibles de générer un tel avertissement comme l'ont fait les États-Unis pour la tenue à New Delhi des jeux du Commonwealth du 3 au 14 octobre.

Au-delà, les États-Unis déconseillent de voyager dans 31 pays, tels que l'Afghanistan, l'Irak, l'Iran, Israël, le Liban, la République démocratique du Congo, le Soudan ou la Somalie.

Montebourg veut un référendum sur les retraites

"Puisqu'on a un gouvernement qui utilise les statistiques de la police pour minimiser la force du mouvement, je propose qu'il soumette son projet au référendum", explique le député PS .
"Puisqu'on a un gouvernement qui utilise les statistiques de la police pour minimiser la force du mouvement (...), je propose qu'il soumette son projet au référendum et là ce sera un vrai comptage! On comptera les voix, on verra qui est pour et qui est contre", a-t-il déclaré au "Grand Rendez-vous Europe 1/Le Parisien-Aujourd'hui en France".

Le député et membre de la direction du PS Arnaud Montebourg a ainsi suggéré ce dimanche de résoudre la querelle de chiffres sur le nombre de manifestants contre la réforme des retraites. "Je fais cette proposition, c'est la proposition d'ailleurs de Ségolène Royal, c'est aussi celle qui a été portée hier (samedi) dans le cortège par Martine Aubry qu'on interrogeait. Quand il y a un blocage dans le pays, la seule solution c'est de consulter les Français!", a lancé le député de Saône-et-Loire.

Sur le projet de réforme des retraites, jugé "injuste" et "inefficace" par le PS, il a appelé à "maintenir la pression pour obliger le gouvernement à négocier, à accepter des concessions". "Cela appartient à l'esprit de la République, que nous soyons capables de nous entendre, on a besoin de réformer ces retraites, mais on n'a pas besoin de le faire avec des vaincus et d'excessifs vainqueurs", a ajouté Arnaud Montebourg, voyant dans cette réforme "la plus brutale, la plus dure de toute l'Europe".

Pour lui, les mesures d'âge (report de l'âge légal de départ à 62 ans, 67 ans pour une retraite à taux plein) "sont non seulement injustes mais en plus elles ne rapportent pas d'argent, pas suffisamment". "Qui va payer ' (...) Ceux qui sont déjà les victimes de la crise!".


CRÉTIN AFFIRMÉ DE L'ESPACE POLITIQUE FRANÇAIS;  MONTEBOURG TENTE UNE ESQUIVE INSTITUTIONNELLE POUR PRÉCIPITER LE PAYS DANS L'OBSCURANTISME, CELUI QUI EMPÊCHERA TOUTE AUTRE RÉFORME À VENIR, COMME SI CE DERNIER AVAIT, EN PLUS,  BESOIN DE ÇA POUR SOMBRER.

Une médaille, deux faces

« L'unité allemande et l'unité européenne sont les deux faces d'une même médaille », répétait à l'envi le chancelier Helmut Kohl au sommet européen de Strasbourg, en décembre 1989, un mois après la chute du Mur de Berlin. A l'époque, il s'agissait de rassurer des alliés inquiets devant la perspective d'une réunification allemande. En premier lieu, le président François Mitterrand...
Jusqu'à la fin de sa carrière politique, Helmut Kohl a suivi ce précepte : une Allemagne unie au service d'une Europe unie. Mais la chancelière Angela Merkel ?
C'est vrai, la donne a changé en vingt ans. Les milliards et les milliards investis en ex-RDA par le contribuable allemand et - on l'oublie à Berlin - le contribuable européen aussi, portent leurs fruits. Même si les « nouveaux Länder » de l'Est accusent encore des retards, comparés à l'ancienne RFA, ils collectionnent aussi les pôles d'excellence, à Leipzig, Dresde, en Thuringe et au Brandebourg. L'« Aufschwung Ost » - le dynamisme de l'Est - n'est plus un vain mot. Mais la réalité. A sa façon l'ex-RDA, qui a fourni tant de travail à tant d'entreprises (dont des françaises) pour sa « remise à niveau » contribue aujourd'hui, et pour une bonne part, à la puissance économique allemande.
N'en déplaise à tous les nostalgiques des gloires d'antan -français et anglais surtout - c'est bien l'Allemagne qui occupe le haut du pavé en Europe. Pas seulement en économie : en politique également. A Bruxelles, rien ne se décide sans l'aval de Berlin. Et le problème se résume simplement : Angela Merkel et sa coalition brinquebalante ont oublié la formule chère à Helmut Kohl. La fameuse « médaille » a toujours deux faces mais deux fois la même : celle de l'aigle. On l'a vu dans les tergiversations allemandes, coûteuses à toute l'UE, pendant la crise grecque du printemps dernier. On le voit dans le refus de Berlin de s'engager pour une vraie gouvernance de l'euro qui pourrait mener à la réduction des dettes publiques. Cet euro qui profite tant à l'économie allemande, mué en monnaie intouchable, en monnaie captive au profit de leurs entreprises exportatrices !
Faut-il pour autant jeter la pierre à nos voisins ? Non. Une puissance ne se crée que parce qu'il y a un grand vide ailleurs, sans volonté politique autre que l'opportunisme du quotidien. A cet égard, le discours officiel français est édifiant : l'Allemagne est mise à toutes les sauces, toujours citée en modèle à suivre aveuglément - qu'il s'agisse d'économie, d'impôts, de réforme des retraites... ou de n'importe quoi. Comme dans les années 1930, lorsque Paris ne se définissait que par rapport à Londres.


Mon journal du mois

Saturation

Supposons que le Président, peut-être poussé en douce par son épouse, en ait marre et annonce, après un remaniement gouvernemental forcément raté, qu’il ne se représentera pas en 2012. Quelle crise, quel vide immédiat! Comment, pas de Sarkozy aujourd’hui, ni demain, ni après-demain, sauf quelques reportages sur sa nouvelle vie luxueuse dans les Emirats ou en Amérique? Plus personne à attaquer, à contester, à déstabiliser? L’anti-sarkozysme étant une activité à plein temps, que vont devenir les médias? Reste avec nous, ennemi adoré! Ne fais pas baisser nos tirages! Continue à remplir nos colonnes, à illustrer nos couvertures de magazines, à vampiriser la télé! On te pardonne tout: l’affaire Woerth-Bettencourt, les Roms, les boucliers fiscaux, la réforme précipitée des retraites, la mauvaise image de la France dans le monde entier. Continue, continue, car comment s’intéresser sans toi à la triste vie politique? N’abandonne pas les éditorialistes, les chroniqueurs, les caricaturistes, la droite et la gauche, qui ne pensent qu’à toi! Tiens bon, Président! Touche la nation! Oublie les Européens craintifs, Angela jalouse, Obama envieux, tes ministres déboussolés, les intellectuels frustrés! La France sans Sarkozy serait une morne plaine. Le peuple l’a élu et devrait le réélire maintenant. D’ailleurs, tout le monde l’a compris: le véritable horizon est 2017, 2022 ou 2027. Je vois d’ici les futurs prétendants. Auront-ils la force et l’énergie nécessaires pour ce boulot épuisant? On l’espère.

Religion

La religion rend souvent fou, c’est une vieille histoire. La palme d’or de l’illumination revient quand même, ces tempsci, au pasteur protestant menaçant de brûler en public quelques centaines de corans. Obama le supplie de n’en rien faire, l’armée américaine aussi. Il est têtu, il insiste, il a pris goût à sa dimension soudaine de star. Les Américains éclairés (ça existe) soutiennent, par ailleurs, le projet de mosquée près de Ground Zero. En effet, si toutes les religions se valent, pourquoi l’islam n’aurait-il pas droit de cité sur des ruines provoquées par des fanatiques? L’islam modéré est en marche (voyez la Turquie, il n’y a pas que l’Iran) et au nom de quel Dieu faudraitil freiner ses progrès? La mauvaise religion perverse, vous le savez bien, est la catholique et ses légions de prêtres pédophiles encore sur le terrain. Le pape n’en fait pas assez dans le repentir, et l’Angleterre vient de le lui rappeler avec fermeté. Le Vatican, un Etat? Vous rigolez, un repaire de fantasmes. Le mariage des prêtres résoudrait-il le problème? On le dit, mais rien n’est moins sûr. L’indignation gay est compréhensible: Benoît XVI ferait mieux de démissionner.

Opération

Il y a peut-être une solution radicale. Un jeune professeur de physique, dans un collège catholique français, décide de se faire opérer et de devenir une femme. Honnête, il prévient sa hiérarchie pour éviter un scandale. Celle-ci accueille sa décision avec compréhension et respect, les parents aussi, les enfants de même. Notre professeur s’appelait Vincent, il s’appellera désormais Martine. C’est mieux que s’il avait choisi comme prénom Ségolène, Cécilia, Carla ou Eva. Prendrat- il, pardon, prendra-t-elle sa carte du Parti socialiste? Pourquoi pas? Son acte courageux pose quand même une question. Qui sait si le désir secret et profond des prêtres, surtout pédophiles, n’est pas d’être transformés en femme? Une fois arrivés là, ils pourraient se marier et surveiller de près les petits garçons qui manifesteraient de dégoûtantes propensions à l’hétérosexualité. Soyons prudents, c’est juste une piste à suivre. Il faut faire avancer le débat.

Monet, Manet, Picasso

Qu’est-ce qui rapproche le merveilleux Claude Monet d’un artiste contemporain grotesque comme Murakami envahissant le château de Versailles? Le directeur de Versailles vous l’expliquera. On n’a pas osé lui demander le montant exact de la transaction ayant conduit à donner un tel éclairage mondial de publicité à un entrepreneur japonais de dessins animés. Personne, dans un premier temps, ne voulait de Monet et personne ne voulait non plus de Manet, qui sera célébré en avril au musée d’Orsay. Mieux: la foule se rassemblait pour rire de L’Olympia ou du Déjeuner sur l’herbe. Il fallait monter la garde devant les tableaux pour les protéger. A la fin de sa vie très brève (il est mort à 51 ans), le splendide Manet disait: "Les attaques dont j’ai été l’objet ont brisé en moi le ressort de la vie. On ne sait pas ce que c’est que d’être constamment injurié. Cela vous écoeure et vous anéantit." J’ouvre la radio, et j’entends Michel Houellebecq réitérer ses étranges attaques contre Picasso: "Picasso, c’est juste un très mauvais peintre, un des plus mauvais de sa génération, il est très inférieur à Kandinsky, très inférieur à presque tous, Klee, Mondrian, presque tout le monde est supérieur à Picasso, même Dali. Non, c’est vraiment pas bon, ça, c’est clair que c’est pas bon. Ce que pense Philippe Sollers est intéressant, ç’aurait été aussi intéressant une polémique avec Muray, que j’ai eue d’ailleurs brièvement quand on se voyait, j’ai toujours dit que Picasso, ça n’allait pas. Y a pas de lumière, sa manière de voir le monde est stupide, il prend un des mouvements les plus stupides déjà, le cubisme, il est le pire des cubistes… Il est mauvais." Bien entendu, l’obsession du charmant Houellebecq contre Picasso n’a rien à voir avec la peinture. Les réactionnaires puritains de tout poil ont toujours eu des problèmes avec l’incroyable liberté sexuelle de l’auteur des Demoiselles d’Avignon. Notre romancier réaliste social, futur prix Goncourt, ne fait là que relayer une longue série d’invectives, dont les plus spectaculaires ont eu lieu à la fin de la vie de Picasso, lorsque le public anglosaxon, épouvanté, a eu connaissance des éclatantes "Etreintes" du Minotaure. Un critique d’art anglais, officiellement homosexuel, écrivait alors: "Ces tableaux sont des gribouillages incohérents exécutés par un vieillard frénétique dans l’antichambre de la mort." Passons.

Nombrils

Leur duel voudrait annoncer l’avenir, il sent plutôt la fin d’une époque, tant la lutte Copé-Bertrand renvoie à d’autres délitements, quand le mitterrandisme basculait dans la guerre des chefaillons Jospin et Fabius.

C’était en 1985, un quart de siècle déjà, et c’est la même chose: un pouvoir qui a tant promis et déçoit alors même qu’il s’est accompli, le rejet monte qui le balaiera, et les masques tombent: Jospin dévoilait sa brutalité, Fabius mesurait son mépris, Copé ne mime plus l’indulgence, Bertrand assume sa méchanceté, et on en appelle au chef suprême, que les Français abandonnent, mais qui reste le suzerain impuissant ou manipulateur de ses lieutenants affamés. Rien n’a changé? Sous Mitterrand, les ego se drapaient d’idéologie; sous Sarkozy, Copé et Bertrand n’opposent que leurs appétits ou leur efficacité. Ils restent confinés dans l’anecdote mesquine, en attendant que le Château arbitre leur querelle, comme si rien n’était plus urgent. Le pire, dans cette histoire, est le moment. Les ambitieux se lâchent quand la crise des retraites cristallise ; les voici soudain passionnés d’eux-mêmes avant toute chose, adeptes d’un jeu politique réduit à la compétition des politiciens, loin des luttes, des réformes, de la chair même d’un pays tourneboulé… L’UMP n’est plus qu’une émulsion de postures et de petites phrases, la bulle bruisse de vide : ainsi la politique se raconte en s’abîmant.

Le nombrilisme n’est pas l’apanage d’une droite égarée par sa défaite. Les socialistes paniquent devant une victoire possible, qu’ils ne méritent pas et ne savent pas préparer. Témoin, le "oups" de Claude Bartolone: Janus politique, élu du "9-3", d’un côté, mais vétéran de trop de guerres internes, devenu, presque malgré lui, l’incarnation même du discours infra. Son concept de "primaires de confirmation", qui acterait un pacte Aubry-DSK et transformerait une compétition démocratique en plébiscite, restera dans la novlangue rose. Un mot creux et sec mais révélant une tragédie: les caciques socialistes, au fond, ne veulent ni combattre ni débattre, ni penser ni guérir. Ils n’attendent pas Strauss-Kahn pour ce qu’il est mais pour ses seuls sondages, et se rallieraient à quiconque leur rendrait l’assiette au beurre, et qu’importe la pensée…

La France subit un déclin symétrique: querelle vaine à droite, peur de la confrontation à gauche, mais, dans les deux cas, évitement de la politique, dans ce qu’elle a d’essentiel : compétition des hommes pour des idées, pour des programmes, pour un pacte que l’on proposera au peuple. On ne teste ni sa pensée ni ses leaders, on se prosterne devant ses totems, et Martine Aubry était dans les Landes se parfumer au mitterrandisme: quand en sortira-t-on? En Grande-Bretagne, pendant ce temps, deux frères se sont disputé un parti. Ed Milliband, qui a gagné, voulait ramener les travaillistes à gauche, David, qui a perdu, comptait poursuivre le blairisme. Tous deux ont parlé politique, sans haine ni faux-semblant. Ils ont 40 et 45 ans. Heureux pays.

Les trois groupes au pouvoir


La droite domine grâce à sa puissance dans trois électorats: les milieux aisés, les retraités et les salariés blancs masculins de 28 à 58 ans; dans les groupes, donc, qui ont un revenu, et un statut, à défendre. Le bouclier fiscal, la défiscalisation des heures supplémentaires (pratique surtout masculine, car les femmes sont massivement à temps partiel et elles tiennent les maisons) et la stigmatisation des origines tiennent alors lieu de cap politique: nous sommes face à la stratégie de pouvoir d’un groupe installé, en position d’autodéfense face à la mondialisation de la production et aux risques d’exclusion.

Il y a un problème supplémentaire quand, comme aujourd’hui, le chômage touche les ouvriers blancs. Là, on doit accentuer le discours xénophobe pour récupérer par l’idéologie ce qui se perd par le chômage. Cette nouvelle droite désigne trois adversaires principaux: la jeunesse, les immigrés et les femmes. Les jeunes se retrouvent politiquement, souvent, soit à l’extrême droite comme partout en Europe, soit à l’extrême gauche, particularité plutôt française. Les immigrés votent plus facilement à gauche parce qu’ils s’y sentent plus respectés, mais portent-ils toujours des valeurs de gauche?

Les femmes sont désorientées car personne ne leur propose plus rien. Ségolène Royal leur a dit en 2007: "Votez pour moi, je suis une femme!" Ce n’était pas un programme. La réponse politique à cette situation n’est pas d’allier jeunes, femmes et immigrés. Elle est de faire un projet de société qui intègre une refonte profonde du marché du travail favorable aux jeunes, l’égalité réelle des genres et une acceptation joyeuse du modèle métissé français et européen qui est déjà le nôtre. La social-démocratie fut l’inventeur de la régulation capital-travail, celle-ci est devenue plus ou moins notre socle commun, même si la mondialisation la bouscule un peu. La question d’aujourd’hui est d’inventer en Europe une nouvelle régulation, celle des générations, des genres et des origines. Pour l’instant, on n’en voit pas la perspective.