TOUT EST DIT

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vendredi 8 février 2013

Etes-vous riches ? Un sondage exclusif


Qu’est-ce qu’être riche ? C’est un sondage réalisé pour le mensuel Enjeux-Les Echos nouvelle formule qui sort demain, qui répond à la question. Dans un pays qui a la passion de l’égalité, qui décortique jalousement les revenus des Depardieu, Dany Boon, Beckham, des Carlos Ghosn, des huissiers au Parlement et du moindre élu local ou national, cette question – la richesse, combien de zéros ? - est récurrente. La France, pays où un ancien responsable du PS devenu président avait chiffré la richesse à 4.000 euros par mois ; la France, pays qui invente la taxe à 75%. Etre riche, c’est quoi ? Le plus simple, c’était de demander aux Français eux-mêmes. L’IFOP l’a fait pour nous.
Et donc, le résultat – roulement de tambour ! Je vais essayer de ne pas noyer nos auditeurs sous les chiffres. En moyenne, les Français estiment que l’on est riche si l’on vit avec plus de 6.500 euros par mois. Il s’agit de revenus nets, de salaires, d’aides et d’allocations. C’est une moyenne : en réalité, la majorité des Français situe la richesse en dessous de 5.000 euros par mois. Dans le détail, se vérifie le principe : dis-moi qui tu es, je te dirai qui est riche à tes yeux. Les ouvriers voient la richesse à 5.080 euros, les cadres supérieurs à plus de 8.000 euros. Ce qui est drôle est que le fait d’être socialiste ou UMP ne change rien. Comme si, parler argent était plus sérieux que de parler politique.
Qu’est-ce que tout cela dit de nous ? Il y a un phénomène, "moi riche ? Jamais !" Les riches, ce sont les autres puisque tous les chiffres cités sont quand même au-dessus de la réalité vécue. Mais en même temps, ce qui frappe est que les chiffres cités n’ont rien à voir avec les revenus des « vrais » hyper-riches, de Johnny Halliday, des patrons du CAC 40 ; les Français ne se disent pas : la richesse, c’est 200.000 euros par mois, ils sont infiniment plus modestes. Peut-être parce que le mot « riche » vient de prospère, il n’est pas synonyme de yacht et d’avion privé. La richesse, pour les Français, c’est ce qui leur donnerait une tranquillité d’esprit. Malgré les Une de magazine sur les fortunes, malgré les reportages de l’émission « Capital » sur M6, la richesse est un ailleurs inaccessible. Une réalité virtuelle, un rêve inimaginable – au sens propre.
Et les Français, d’ailleurs, estiment que les riches sont utiles à la société... Neuf sur dix le pensent, tout en approuvant leur taxation. Ca n’est pas en ligne avec ce que Johnny Halliday déplore dans l’Express : quand t’as une belle voiture, dit-il, aux Etats-Unis, on te sourit, en France on te traite de voleur. Hypothèse : peut-être que les médias sont plus sévères que l’opinion…
Dernière question posée aux Français : comment devient-on riche ? La vérité est un mélange de vertu et de réalisme ! Dans l’ordre des réponses, pour être riche, il faut être travailleur, avoir des parents riches, avoir des relations et être intelligent. Le sondage ne dit pas quelle certitude on a d’être riche si on remplit les quatre critères.

Quand la CGT tue la presse quotidienne


Coup de colère : une nouvelle fois, aucun quotidien national, et donc Les Echos comme les autres, n’est paru ce matin (06/02/13).

C’est une catastrophe, une honte, et je pèse mes mots. Dans le cas du quotidien Les Echos, c’est la vingt-cinquième perturbation en quatre mois, donc sur environ cent parutions. Cela fait une parution sur quatre. Pour les autres titres, c’est pareil. Exemplaires pas ou peu imprimés, pas ou peu distribués, une minorité de salariés a un pouvoir de vie ou de mort sur la presse, pénalise les lecteurs, et tue les kiosquiers, dont le métier se meurt. Une presse qui va mal, qui vit un énorme bouleversement, est frappée dans le dos. Cette fois, les éditeurs ont décidé de marquer le coup en imprimant pas. Ce sont 1,5 million d’exemplaires qui n’ont pas été ou ne seront pas distribués - si on ajoute Le Monde cet après-midi. Il faut également ajouter le Canard Enchaîné.
La cause directe, c’est la réorganisation de la distribution, celle de Presstalis, qui distribue les journaux, autrefois les NMPP, Nouvelles Messageries de la Presse parisienne. La diffusion de la presse baissant avec Internet, une restructuration en cours concerne plus de 1.000 salariés. La CGT du Livre, qui a toujours eu un quasi-monopole et un statut privilégié, refuse le principe même de départs contraints. Alors que l’Etat a mis sur la table environ 30 millions d’euros. Dans un communiqué publié hier soir, le Syndicat du Livre CGT refuse (je cite) la « casse d’un acquis reposant sur les valeurs de la Libération ». Au prix de la faillite ? Peu importe ! Ah oui, un détail : Internet, je crois, n’existait pas en 1945.
Pourquoi la situation en est-elle arrivée là ? Quand les patrons de presse demandent à la police d’intervenir, elle n’intervient pas ; et ils n’osent pas porter plainte non plus. La réalité est qu’il y a, à la CGT, la radicalisation d’un certain nombre de syndicats professionnels ou locaux. On le voit chez PSA, à Aulnay ; on le voit chez Goodyear, à Amiens. Dans un certain nombre de cas, la confédération CGT, à Montreuil, est débordée. On l’a vu avec les dockers, à la SNCF. On le voit au Livre.
Pour en revenir aux journaux, la question de beaucoup doivent se poser est la suivante : ces non-parutions n’accélèrent-elles tout simplement le passage d’une économie à une autre : la presse papier vers la presse en ligne ? Et donc, elles ne feraient que les accélérer.
Poser cette question, c’est sous-entendre que les quotidiens papiers se battent derrière une ligne Maginot, pour protéger le cheval contre l’arrivée de la voiture ... Je ne crois pas. Peut-être, sans doute, qu’un jour, la presse se lira seulement sur Internet. Mais si on prend une autre image, il ne s’agit pas de défendre la machine à écrire contre l’ordinateur ; mais le clavier qui est là dans les deux cas, qui produit de l’information. Pour l’instant, c’est la diffusion papier (abonnements, publicité et kiosques) qui presque partout fait vivre les plus grandes rédactions. Celles qui offrent chacune chaque jour plus de cent articles originaux écrits par des professionnels, au-delà des dépêches d’agence ou des contributions extérieures. Le modèle économique de l’information Web est incertain, en dehors de Médiapart. Cela changera peut-être. Mais les grèves torpillent les efforts énormes que fait douloureusement une profession.

LE PRESSE EST COMPLICE DANS UNE CERTAINE MESURE, ELLE A DÉJÀ TROP ACCORDÉ DE POUVOIR À PRESSTALIS, FERA-T-ELLE DE MÊME AVEC LE GROUPE GÉODIS ?

mardi 15 mars 2011

Europe, un chemin fédéral


L'événement a bien sûr été occulté par la catastrophe au Japon. Mais les Européens ont réussi le week-end dernier à s'entendre sur les mécanismes de solidarité financière avec les Etats en difficulté et les règles de gouvernance économique. C'était dans une certaine mesure inattendu puisque ces résultats n'étaient espérés qu'à l'occasion du sommet des 24 et 25 mars. Hier, la réaction des places financières, qui ont fait grimper les valeurs bancaires et reculer les taux d'intérêt de la Grèce ou du Portugal, montre qu'ils ont été agréablement surpris. C'est un fait : les Dix-Sept apprennent enfin à parler à l'oreille des marchés...


La surprise n'est pas le seul élément à saluer. Quatre autres décisions vont dans le bon sens. Un : Nicolas Sarkozy -qui a opté depuis des mois pour une surprenante de sa part mais efficace diplomatie de la discrétion -a réussi à convaincre Angela Merkel de relever à 440 milliards d'euros les moyens du Fonds européen de stabilité financière, ainsi que ceux du mécanisme qui lui succédera à partir de 2013, à 500 milliards d'euros. Deux : le Fonds pourra racheter directement de la dette sur le marché primaire des obligations, alors qu'il ne peut aujourd'hui que prêter aux Etats. C'était le point le plus difficile aux yeux de Berlin. Trois : les efforts de la Grèce ont été récompensés par une baisse de son taux d'emprunt, tandis que l'Irlande, qui refuse de revoir son impôt sur les sociétés, n'y a pas eu droit. Enfin, quatre : le Pacte pour l'euro fixe quant à lui quelques principes de compétitivité.


Au total s'est mis en place un véritable fédéralisme de crise inimaginable il y a un an. L'Allemagne, dont une partie de l'opinion était prête à sortir de l'euro au moment de la crise grecque -un débat qui a touché y compris l'entourage de la chancelière, affirme-t-on à Paris -, a réalisé que ce n'était pas possible. Et a confirmé son attachement à la monnaie unique, à une condition : qu'elle puisse surveiller la politique économique de ses voisins. Est-ce le début d'une politique économique fédérale ? A vrai dire, on en est encore loin. Le Pacte pour l'euro consiste pour l'essentiel à mettre en place des indicateurs et des objectifs bien allégés par rapport au projet initial de Berlin. Mais c'est un caillou de plus sur le chemin fédéral. Gérer les crises, c'est bien, les empêcher, c'est mieux.

vendredi 11 mars 2011

Des salariés en quête de sens

Coexistence des brillants profits des entreprises du CAC 40 et d'un chômage élevé ; doutes croissants d'une partie de l'opinion sur les bienfaits de la mondialisation au moment où elle accélère ; apparente incapacité du pouvoir politique à peser de façon efficace sur le réel comme à éviter les crises à répétition. La période actuelle est lourde d'étonnements, d'incertitudes et de ruptures. Qui, tous, nourrissent un climat politique anxiogène. Pour déterminer les ressorts de ce traumatisme hexagonal, il manquait une plongée dans le moral des salariés, aux premières loges économiques et sociales, en tous cas davantage que les Français en général. C'est désormais chose faite avec le sondage que nous publions avec Altédia et Ipsos. De cette enquête, trois mots surgissent.

Le premier, c'est l'angoisse de l'avenir. Quatre salariés du privé sur dix sont persuadés qu'ils connaîtront le chômage dans les prochaines années. C'est considérable, et c'est une proportion en hausse. Un autre résultat est encore plus massif : pour sept sondés sur dix, le plus dur de la crise, dans l'industrie, est encore devant nous. Le stress et la baisse de motivation sont les symptômes de ces craintes. Deuxième mot clef de cette enquête : la lucidité ou, si l'on préfère, la maturité. La méfiance vis-à-vis de l'entreprise est là mais les salariés ne se réfugient pas pour autant dans les fantasmes. Ils rendent somme toute un jugement équilibré sur l'attitude de leurs dirigeants pendant la crise. Ils ne sont par ailleurs qu'un tiers à juger « excessives » leurs rémunérations - et, s'ils souhaitent les voir plafonnées, ils ne croient pas que cela soit réaliste... Nous sommes loin des caricatures.

Le maintien, envers et contre tout, d'un lien fort, d'un intérêt, avec son travail constitue le troisième enseignement, optimiste cette fois, du sondage. « Mon boulot, mon supérieur direct » résistent à la critique et au scepticisme.

La conclusion de ce tableau ? Elle est simple. Les employeurs ont en face d'eux des salariés consciencieux, mais amers et dont la motivation s'effrite après des années, estiment-ils, d'efforts. L'attente la plus immédiate porte très logiquement sur des hausses de salaires. Rien de surprenant, tout juste peut-on remarquer que cette demande-là fait l'objet aujourd'hui d'un consensus écrasant.

Il serait néanmoins illusoire de penser que ce mode de reconnaissance suffit. Car, ce qui transpire dans cette enquête n'est au fond ni un malaise des salariés ni un rejet du « système », mais le besoin de retrouver dans leur travail du sens et de l'envie, l'un allant avec l'autre. Un lourd défi pour les entreprises.

lundi 7 mars 2011

Marine Le Pen, un projet farfelu

Longtemps libéral, le FN est devenu très interventionniste avec Marine Le Pen. Son projet économique est nationaliste et se présente comme socialiste. Il mord à droite sur certains sujets, et cherche à mordre à gauche. Et il repose sur des idées fausses.Un sondage place Marine Le Pen en tête du premier tour de l’élection présidentielle, à 23%, devant Martine Aubry et Nicolas Sarkozy. L’occasion d’analyser son programme économique. Pour être brutal, disons qu’il est assez farfelu, mais on a l’avantage de le savoir déjà. Le projet du PS est encore vague, celui de Nicolas Sarkozy n’est pas connu, mais on connaît déjà à peu près celui du Front national. J’hésite à écrire « farfelu » parce que c’est tomber dans le piège du FN qui se sert des critiques pour affirmer que l’establischment, les partis, les médias, sont contre lui.

Mais on sait un certain nombre de choses du projet économique, même si ce n’est pas la première des raisons pour lesquelles le FN séduit des électeurs. Ce qui est intéressant est que Marine Le Pen a donné un virage à ce projet, même un virage étatiste étonnant. Longtemps libéral avec Jean-Marie Le Pen, le FN est devenu très interventionniste. Dans son discours de Tours en janvier, Marine Le Pen a utilisé le mot Etat 46 fois. Ce projet est nationaliste et se présente comme socialiste. Il mord à droite sur certains sujets, et cherche à mordre à gauche.

Que propose-t-elle ? Il faut aller dans le concret. Le scénario économique est le suivant. La France sort de l’Union européenne et de l’euro. Le franc est réimprimé, avec une valeur de 1 franc = 1 euro. Il est fortement dévalué pour relancer la croissance. L’inflation importée (pétrole) revient du coup au galop et elle est même provoquée parce que la Banque de France crée de la monnaie pour rembourser la dette publique. Pour contrôler cela, la surveillance administrative des prix est rétablie. Comme les prix augmentent quand même, on baisse les impôts. Et l’Etat se finance en recentrant les aides sociales sur les seuls nationaux français. La boucle est bouclée.

Tout cela repose sur des idées fausses. La Grande-Bretagne, qui n’a pas l’euro, a été touchée par la crise. Marine Le Pen veut quitter l’euro avec l’Irlande, le Portugal, l’Espagne. Mais aucun pays ne le veut, et pas les Irlandais, qui ont pourtant renversé leur gouvernement. Croire qu’il suffit de bloquer les produits chinois à la frontière pour que tout aille mieux est court – même s’il y a des marges de manœuvre. Après avoir défendu la retraite à 65 ans, le projet reparle des 60 ans. Tout cela est électoraliste. Le FN dit que des économistes hauts placés sont d’accord, mais qu’on nous les montre.

Ces arguments rationnels ont peu de chance d’être entendu parce que le FN, en économie, prospère sur plusieurs terrains. D’abord sur l’absence totale de consensus apparent entre l’UMP et le PS, qui sont extrêmement durs l’un sur l’autre. Et qui, par ailleurs, pour garder ou accéder au pouvoir, usent et abusent de déclinisme sur l’état de la France. Le pessimisme nourrit les extrêmes. La réalité n’est pas rose, inutile de la peindre en noir.
Ensuite, le projet du FN s’oppose par sa simplicité apparente par rapport aux solutions des partis traditionnels qui sont toujours complexes. Il y a un raz le bol, une fatigue, de la complexité.

Enfin, le FN surfe aussi sur tous les ressentis, des PME contre les grandes entreprises, des artisans, des commerçants contre la finance, des salariés précaires contre la situation, etc. Tout cela montre que considérer que la crise est terminée est une grande erreur. Elle ne peut pas être passée par pertes et profits.

lundi 28 février 2011

Europe : vers un zeste de protection dans le libre-échange ?

L’Europe commence à s’inquiéter des investissements étrangers, notamment chinois, sur son sol. Deux commissaires européens exigent de José Manuel Barroso, le président de la Commission, qu’il ouvre enfin le débat.

Si l’Europe n’a pas de numéro de téléphone, elle a au moins une adresse ! Deux commissaires européens viennent en effet de sommer leur patron d’agir pour protéger les technologies de pointe de l’Europe. Selon nos informations, il y a quelques jours, l’italien Antonio Tajani – chargé de l’Industrie – et le français Michel Barnier – qui s’occupe du Marché intérieur – ont pris leur plus belle plume.

Ils ont demandé à José Manuel Barroso, pour commencer, d’ouvrir un débat sur les rachats par des concurrents non-européens d’entreprises du Vieux continent quand il y a un risque de pillage des savoirs. Et ils veulent des décisions. Naturellement, la Chine et la Russie sont dans le collimateur. Le premier point à souligner, c’est qu’un débat de ce type n’a jamais eu lieu en Europe, qui s’est construite depuis 50 ans sur l’idée de la libre circulation des capitaux. C’est un vrai tournant.

Qu’est-ce qui provoque cette prise de conscience ? L’alarme a été à la fin de l’année dernière une histoire qui a fait un peu de bruit : la tentative d’une entreprise chinoise totalement inconnue de racheter le spécialiste européen du câble pour la fibre optique, le néerlandais Draka. Cette opération a été évitée de justesse, mais elle a agi comme un révélateur. Un révélateur des différences de situations. Une entreprise européenne ne peut pas faire ce qu’elle veut en Chine, elle doit obtenir des autorisations en tous genres, des secteurs lui sont interdits.

Par ailleurs, beaucoup d’entreprises chinoises ou russes sont plus ou moins contrôlées par l’Etat. Peut-on accepter qu’elles rachètent des sociétés européennes ? Les deux commissaires demandent donc de la réciprocité dans les règles et la surveillance de ces investissements réalisés par des Etats. Très concrètement, ils attendent que les protections mises en place par certains pays européens soient généralisées.

C’est une bonne revendication. Il ne s’agit pas de freiner les investissements étrangers. L’Europe est leur première terre d’accueil au monde, et ils sont dans l’immense majorité des cas positifs. Personne ne se plaint que les Coréens aient investi dans les Chantiers de l’Atlantique. Les Chinois ont racheté le port grec du Pirée, pourquoi pas ? Ont racheté Volvo, pourquoi pas ? Mais attention à trop de naïveté dans l’ouverture.

Dans la réalité, des barrières existent déjà, la France a bloqué récemment la reprise du spécialiste des terminaux de paiement Ingenico par un concurrent américain. En fait, il s’agit non pas de faire la révolution, mais de montrer sur le terrain politique que l’Europe peut avoir une politique dans ce domaine. Au fond, il s’agit d’exiger de la Chine de la réciprocité, en matière commerciale, financière, monétaire. L’Europe a les moyens d’exister dans un rapport de forces sans remettre en cause ses valeurs. Un zeste de protection dans le libre-échange, ce n’est pas du protectionnisme.

La démarche va-t-elle aboutir ? Cela va être compliqué, parce que José Manuel Barroso ne fera rien qui déplairait à Berlin ou à Londres, qui sont par nature réticents à tout interventionnisme.

jeudi 24 février 2011

Pouvoir d'achat et
« ni-ni » salarial



Le sondage que nous publions a de quoi frapper les esprits. Pus de la moitié des Français (56 %) sont persuadés que leur pouvoir d'achat va baisser dans les trois prochains mois. C'est 14 points de plus que le mois précédent et 17 de plus qu'en novembre ! Ouvriers, cadres, retraités, tout le monde est inquiet. Autre point notable : ce score contredit le schéma habituel selon lequel nous sommes collectivement pessimistes (sur la situation économique et sociale) mais individuellement optimistes (sur notre situation personnelle).


Autant le dire : cette crainte est justifiée. Si les cours du pétrole se maintiennent au niveau actuel, les soldes d'hiver et les économies sur l'achat d'écrans plats ne suffiront pas longtemps à amortir l'indice général des prix. De ce point de vue, le thermomètre de janvier est un trompe-l'oeil puisqu'il est déjà acquis que le super sans plomb va battre son record de 2008 dans les tout prochains jours. Pour ne pas être en reste, les tarifs du gaz vont être relevés. L'opinion n'a pas tort enfin de juger possibles des hausses d'impôt à court ou moyen terme.


Jean-Claude Trichet a-t-il dès lors eu raison d'avoir lancé une mise en garde solennelle ? Augmenter les salaires « serait la dernière bêtise à faire » pour récupérer ce pouvoir d'achat qui s'enfuit, a averti dimanche le président de la Banque centrale européenne. Sur le terrain purement macroéconomique, il n'y a rien à dire. La consommation est restée solide en France et des interrogations pèsent sur la compétitivité des entreprises tricolores, en tout cas en moyenne. Le taux de marge des PME reste faible et le chômage est élevé. Bref, ajouter l'inflation des salaires à celle de l'énergie serait le « dernier » des leviers de politiques économiques susceptibles de guérir le malade !


Le patron de la BCE aurait pourtant tort de répéter trop souvent tout haut ce qu'il est en droit de penser tout bas. La première raison est, tout simplement, que la mise en garde paraît inutile. En France, la politique salariale n'est pas aussi centralisée qu'elle l'est, par exemple, en Allemagne. Ce ne sont ni de vastes accords sociaux, ni encore moins l'Etat -depuis le tournant des années 1980 -, qui décident. Aucune esquisse de spirale prix salaire ne menace en réalité.


Mais la vraie raison est que cet avertissement est trop abrupt voire inopportun. Car après des années de modération et d'individualisation, la question salariale se pose bel et bien. Si on n'y prend pas garde, les excellents (et heureux) résultats des grands groupes, le retour de faramineux bonus dans les banques et le juridisme dans lequel semble se noyer le G20 vont creuser rapidement le fossé entre l'opinion et des élites qui donnent l'impression que la crise est finie.


Sur les hausses des rémunérations, il n'y a ni oui a priori à décréter ni non a priori à opposer. Certaines entreprises peuvent y penser, certaines le doivent, d'autres pas. C'est aussi simple que cela.

Pays arabes : la lecture économique

Un peu plus de deux mois après le début des mouvements populaires dans les pays arabes, il est de plus en plus délicat de faire une lecture économique de ce qui passe. Et cela montre que l’économie peut fournir des clés des événements, mais que la serrure et le moment où elles vont être utilisées sont d’abord politiques.
Quand le pouvoir tunisien est tombé, on y a vu la révolte de classes moyennes au niveau éducatif élevé et branchées sur le monde grâce à Internet. Quand le régime égyptien a disparu, c’est la pauvreté et les prix alimentaires qui ont été évoqués.
Maintenant, la Libye ou les protestations à Bahreïn changent évidemment l’analyse. Car ce sont des pays dotés d’énormes richesses naturelles, où les PIB par tête sont élevés. Et dans le cas de la Libye, impossible de connaître le rôle des technologies de l’information mis en avant partout : aucune statistique n’est disponible. Emmanuel Todd avait livré deux clés pour les révolutions à venir : une montée du niveau d’éducation et une baisse de la fécondité des femmes. Comptent tout autant la corruption, une jeunesse qui n’en peut plus d’attendre et la perte de légitimité de pouvoirs usés jusqu’à la corde.

Ces mouvements sont-ils quand même le produit de la mondialisation ? Une mondialisation souvent décriée pour ses conséquences économiques et qui aurait là une sorte de rédemption ? Peut-être, d’une certaine façon.
La mondialisation est synonyme, en positif, d’accélération, de croissance, et, en négatif, de crises plus rapprochées et violentes. Mais elle est aussi synonyme de basculement des rapports de force, et de transparence, de comparaisons. Les inégalités entre les pays ne peuvent plus être cachées. C’est la différence entre savoir et savoir que tout le monde sait. Auparavant, chaque Egyptien, Tunisien et Libyen connaissait les dysfonctionnements de son pays, mais il ne savait pas que, chez lui et sur toute la planète, tout le monde les connaissait : il était du coup risqué pour lui de réagir. Avec les informations d’aujourd’hui (satellites, portables, Internet), tout monde sait que tout le monde sait. Le roi, le dictateur, le régime, ses travers et ses insuffisances sont nus. C’est ce qu’on appelle le "common knowledge" (en bon français).

On peut dire aussi que le développement de l’économie, de l’envie de sortir de la pauvreté, introduit un nouvel acteur dans la relation entre d’un côté, le pouvoir, et, de l’autre, le Parti ou l’armée, si présents dans beaucoup de pays. L’étincelle est politique, mais l’économie est bien présente ! Au total, la mondialisation crée un environnement positif pour les libertés, mais ne les garantit pas non plus – comme en Chine, par exemple.
A l’inverse, les changements de régime ne garantissent pas non plus une amélioration spectaculaire de l’économie. C’est l’intégration des pays de l’Est en Europe, leur ouverture et l’afflux d’investissements qui les ont fait décoller. Les pays du Maghreb et du Moyen-Orient sont des pays qui vivent de "rentes", gazière, pétrolière, touristique. Et la rente n’est jamais propice au décollage. Il faut changer tout le modèle économique. Mais on n’en est pas encore là !

lundi 21 février 2011

Un G20 à trop petits pas

Il faut l'écrire et le lire sans ironie : Christine Lagarde a réussi un petit miracle à Paris samedi aux aurores. Elle a arraché aux 20 pays les plus riches de la planète un accord sur la façon de mesurer les déséquilibres économiques mondiaux. En clair, une méthode indiquant, à partir d'un certain nombre d'indicateurs clefs, quel type de croissance et de développement crée ou non des difficultés pour le reste de la planète. Ce n'était pas gagné d'avance et il a fallu semble-t-il la persuasion et les forces conjuguées de la ministre française des Finances et de celles de son collègue allemand pour persuader la Chine, très critiquée sur la sous-évaluation du yuan, d'accepter un compromis incluant le taux de change parmi les facteurs de risque. Sans cela, la présidence française du G20 n'aurait pas seulement mal commencé, mais elle serait même de facto pratiquement déjà terminée. De ce point de vue, un échec a été évité.

Mais quand même ! La difficulté pour parvenir à ce résultat -élaborer un simple thermomètre, qui plus est ouvert à beaucoup d'interprétations -en dit long sur les tensions entre les pays. Depuis que le sentiment d'urgence devant la crise a disparu, la coopération est devenue de plus en plus difficile. Le sommet de Séoul a même constitué un échec retentissant. Tout ceci confirme que l'année qui vient ne sera pas un chemin de roses pour Nicolas Sarkozy s'il veut obtenir des résultats tangibles, et encore moins qu'il le pensait il y a peu. La France paraît ainsi bien seule à vouloir avancer sur les prix des matières premières agricoles.

La responsabilité de cet état de fait appartient principalement au vrai-faux couple que forment les Etats-Unis et une Chine de plus en plus assurée de ses forces mais aussi de plus en plus montrée du doigt. Sur la plupart des sujets, monétaire, alimentaire, financier, quand l'un a la clef, l'autre a le verrou. Washington considère qu'une appréciation du yuan résoudra l'essentiel des déséquilibres en réduisant les immenses excédents commerciaux de Pékin. Les Chinois ne voient pas pourquoi leurs exportations sont dans le collimateur et non pas les dettes d'Américains bien heureux d'avoir trouvé un banquier accommodant. Chacun des deux pays promet de rééquilibrer son économie - plus de consommation intérieure en Asie, plus d'épargne à l'Ouest -mais veut le faire comme et quand il l'entend.

Les déséquilibres persistant, le risque est que les tous petits pas du G20 n'arrivent bien tard, trop tard, pour éviter une prochaine crise. Qu'ils n'apparaissent comme une course de lenteur face à une Histoire qui s'accélère. Bref, le risque est que le G20 finisse par ressembler à son aîné, le G7, si prometteur avant de sombrer dans l'inefficacité.

mardi 15 février 2011

L'homme fort de l'euro

Les erreurs ne deviennent pas des vérités par la seule force de la répétition : non, la deuxième économie mondiale n'est ni le Japon déchu ni la Chine nominée depuis hier. C'est la zone euro et les seize pays la composant qui occupent cette place derrière les Etats-Unis. Pourquoi cette réalité pourtant assise sur une histoire commune et une monnaie unique a-t-elle tant de mal à être vue et reconnue ? Pour une raison simple. L'Europe n'a ni numéro de téléphone, selon la formule consacrée, ni visage clairement identifié. Pour que ce triste état de fait change, on ne peut guère compter, hélas, sur le versatile José Manuel Barroso (1) et le transparent Herman Van Rompuy (2). Un homme, en revanche, incarne désormais chaque jour de mieux en mieux aux yeux de l'extérieur -responsables politiques et économiques, marchés -le credo de l'euro. Cet homme, c'est Jean-Claude Trichet. Le patron de la Banque centrale européenne a donné la visibilité nécessaire et la crédibilité indispensable à la seule institution fédérale du Vieux Continent. Souvent moqué au début de son mandat pour sa défense acharnée de la stabilité des prix, il est aujourd'hui respecté, à Francfort, New York ou Tokyo. Son pragmatisme pendant la crise a enfin fait ses preuves.

C'est la raison pour laquelle le processus qui doit conduire à sa succession à l'automne doit être un sans-faute. Les Européens n'auront pas le droit à l'erreur pour le choix du nouveau président, le troisième de cette encore jeune banque centrale. Or, c'est mal parti. Pas tant à cause du coup de théâtre que représente le retrait surprise d'Axel Weber, le candidat de Berlin, que du désarroi dans lequel il a plongé les dirigeants européens. En passant, on notera que si la rumeur de son passage de la Buba à la Deutsche Bank était fondée, elle renverrait à leur juste proportion nos débats sur les conflits d'intérêts ! Quoi qu'il en soit, c'est peu dire que l'Allemagne ne sort pas en bonne posture de cette décision qui a pris au dépourvu la chancelière Angela Merkel elle-même. De son côté, Paris peut bien sûr se réjouir secrètement de cet embarras germain qui rouJvre le jeu, et rêver d'installer un autre Français. Mais à quelques mois de l'échéance, il est troublant de constater qu'aucune figure ne se dégage vraiment, qu'il s'agisse d'un autre Allemand, de l'Italien Mario Draghi ou d'un représentant d'un pays tiers. Si un interstice juridique le permettait, Jean-Claude Trichet serait prolongé. Faute de quoi, le couple franco-allemand, moteur dans cette affaire, ne doit avoir qu'une priorité : éviter d'offrir le spectacle de la cacophonie et de l'hésitation.

(1) Président de la Commission européenne.(2) Président du Conseil européen.

lundi 24 janvier 2011

G20 de Sarkozy, la voie étroite


On ne sait si cette coïncidence est seulement due au hasard. Mais la présentation par Nicolas Sarkozy, aujourd'hui, de ses objectifs pour la présidence française du G20, une semaine après la visite d'Etat du Chinois Hu Jintao à Washington, est signifiante. Face à un G2 plus apparent que réel, la France estime qu'elle peut, avec les autres Européens, faire entendre sa voix et imposer dans l'agenda mondial quelques sujets de réflexion - et pourquoi pas d'action. Après les présidences de la Grande-Bretagne (réussie), du Canada et de la Corée (ratées mais pour des raisons différentes), Nicolas Sarkozy s'est fixé des priorités : les prix des matières premières, la gouvernance mondiale, le système monétaire et l'emploi. Vaste programme, comme aurait dit le général de Gaulle...
Avec de telles ambitions, le scepticisme est bien sûr l'inclination la plus naturelle. Depuis qu'a disparu la peur de voir le système économique mondial plonger dans un précipice, les discussions du G20 se sont égarées dans les méandres d'une technicité incompréhensible pour l'opinion, même éclairée. L'esprit de coopération constaté au plus fort de la crise a cédé la place aux égoïsmes et aux intérêts nationaux. Faut-il d'autres raisons de douter ? Les propositions françaises sur le système monétaire sont justement jugées trop françaises (comprenez, trop régulatrices) pour être entendues. Enfin, les objectifs de politique intérieure (2012) vont dicter une partie de l'histoire de ce G20. Bref, les raisons d'être optimiste ne sautent pas aux yeux.
Sauf que... le paysage n'est pas seulement celui-là ! Le gros de la crise est terminé, mais d'autres sont en train de se nouer, comme celle des matières premières, avec une flambée des prix structurelle (liée à la demande) que seul le choc de 2008-2009 a interrompu. Et le chef d'Etat français n'est jamais aussi bon que quand le danger menace. Certains pays, comme le Brésil, souhaitent aussi davantage de coopération monétaire. Enfin, Barack Obama a tourné la page de la naïveté sur la Chine - les tensions étaient manifestes au cours de la passionnante conférence de presse de la semaine dernière -et il peut avoir intérêt au G20 pour structurer sa relation avec les dirigeants de l'empire du Milieu.
Une (petite) fenêtre existe donc pour faire mieux que seulement semer pour l'avenir. Pour récolter dès maintenant, Nicolas Sarkozy devra toutefois se méfier de lui-même, et adoucir le ton et celui de ses proches vis-à-vis des Etats-Unis, qui, critiqués par la Chine, les émergents et l'Europe, se vivent en forteresse assiégée. Bref, se persuader que la culture du compromis est plus efficace que celle du rapport de force.

vendredi 14 janvier 2011

Le fric, l’Allemagne et Arditi

Il y a des limites aux performances allemandes impressionnantes. Le bilan est donc équilibré ... ce n’était pas le cas de la (par ailleurs bonne) émission de France 2 "Fric, Krach et gueule de bois".


L’Allemagne a enregistré l’an dernier sa croissance la plus forte depuis 20 ans. Ce n’est pas un modèle parce qu’aucun pays n’est un modèle absolu. Mais c’est évidemment un exemple à regarder de près.

La croissance allemande a atteint 3,6% l’an dernier – deux fois plus qu’en France. La récession aussi avait été de l’autre côté du Rhin deux fois plus importante qu’ici. La situation allemande reste toutefois préférable parce que la récession est finie et que la croissance semble bien installée – plus de 2 % prévu cette année. Du coup, l’effet de la crise devrait être effacé très vite. Côté des bons points, il faut encore relever un taux de chômage inférieur à 8 % et un déficit public de 3,5% du PIB. Cela veut dire que Berlin a été moins dogmatique qu’on le disait pendant la crise mais que la situation reste sous contrôle.

Y a-t-il des limites à ces performances impressionnantes ? Il faut chercher pour les trouver ! La première est que le moteur allemand tourne depuis des années sur les exportations et que la consommation a été longtemps le parent pauvre, avec des salaires comprimés. Mais cela est en train de changer. La seconde est que l’Allemagne, outre une démographie catastrophique qui explique la baisse du chômage, va bien, mais après une décennie très moyenne. C’est donc aussi un rattrapage. La dernière chose est que son modèle exportateur ne fonctionne que si les autres pays, notamment en Europe, vont bien. Sinon, pas de clients ! Au total, c’est donc un bon bilan, mais il y a des forces et des faiblesses, tout n’est pas absolument blanc ou noir, unique, sans nuance.

Fric krach et gueule de bois, le roman de la crise_Partie1
envoyé par buggeeXP. - L'info video en direct.
Je n’utilise pas ces mots par hasard ! Je vise le documentaire sur la crise diffusé mardi 11 janvier sur France 2 (Fric, krach et gueule de bois) et préparé par Pierre Arditi, l’écrivain Erik Orsenna et l’économiste Daniel Cohen ! Un film regardé par 3,2 millions de personnes, un succès. Je suppose que tous les lecteurs ne l’ont pas vu. En gros, il retrace l’histoire économique, en partant des années 1960 et 1970 (une sorte de paradis), en passant par la décennie 1980 (la désindustrialisation et la victoire du libéralisme à la Thatcher et Reagan), puis la décennie 1990 (les années Tapie), et enfin le début des années 2000 (l’explosion de la bulle Internet). Le tout débouchant, logiquement puisque l’argent pourrit tout, sur la crise actuelle. C’est vif, c’est bien fait, mais ce travail illustre nos difficultés à déchiffrer ce qui se passe, les incroyables nouvelles interactions. Rien n’est faux, mais c’est incomplet. On passe 80 minutes en se disant qu’il manque quelque chose...

Bien sûr, la montée de la cupidité et les dérives scandaleuses des banques américaines sont vraies. Mais pas un mot sur l’autre versant, qui n’excuse pas le premier mais existe. Les ouvertures de frontières ont certes libéré des forces difficiles à contrôler. Mais grâce à la mondialisation, des centaines de millions de gens sortent de la pauvreté et des classes moyennes apparaissent. Dans le film, où sont l’Inde et le Brésil ? Nulle part. Dans les vieux pays, le niveau de vie moyen a augmenté ou est resté stable, il ne s’est pas effondé. Y compris chez nous. Le film ne parle pas de l’Allemagne ! Faut-il oublier que des révolutions technologiques sont nées, y compris peut-être de la bulle Internet. Enfin, le capitalisme n’a pas non plus cassé les Etats : en France, la part des dépenses collectives n’a jamais été aussi élevée, et elles sont bien financées par l’économie, donc en partie les entreprises.

Bref, tout n’est pas blanc ou noir : ce serait hélas trop facile !

jeudi 6 janvier 2011

L'Europe toujours sous surveillance

C'est formellement aujourd'hui en fin d'après-midi à Budapest, au cours d'une brève cérémonie, que la Belgique transmettra à la Hongrie le drapeau étoilé, symbole du changement de la présidence de l'Union européenne pour les six prochains mois. Demain, la Commission conduite par José Manuel Barroso tiendra au même endroit de premières séances de travail avec le gouvernement de Viktor Orban pour discuter des priorités de la présidence hongroise. Mais ce ne sont bien sûr pas ces dernières qui retiendront l'attention : c'est la façon dont l'Europe accepte de confier ses rênes à un pays qui prend ses distances avec ses valeurs communes. La désormais fameuse loi sur le contrôle des médias (votée en décembre) a fait l'objet d'une condamnation sans équivoque de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui y voit une « atteinte à la liberté de la presse » et une concentration des pouvoirs « sans précédent dans les démocraties européennes ». Les mots sont lourds. Aux dernières nouvelles, hier, Budapest a plaidé sa bonne foi et promis de tenir compte des remarques de la Commission… Une affaire à suivre, d'autant plus près que la mauvaise foi du gouvernement n'est plus à prouver. Il suffit de voir ce qui se passe dans un autre domaine, la nouvelle fiscalité bâtie sur mesure pour piéger les seules sociétés étrangères.

Cet épisode ne confirme pas seulement que le système de présidence semestrielle tournante a vécu et qu'il aurait déjà dû être remplacé par la présidence permanente confiée au très et trop discret Herman Van Rompuy. Il intervient au moment où, à l'autre bout du continent, les difficultés de la zone euro sont toujours présentes. Le Portugal, qui a réalisé hier sa première adjudication de l'année, a dû offrir aux investisseurs des taux d'intérêt presque deux fois plus élevés que lors des deux précédentes. Lisbonne n'est manifestement pas assuré de ne pas devoir un jour passer sous le parapluie des aides communautaires et du FMI. Il reste à espérer que le beau duo tenu par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel plaidant à distance la cause de l'euro auprès de leurs peuples le 31 décembre et l'entrée de l'Estonie dans la zone euro le 1 er janvier aient été autre chose que cela : une parenthèse.

vendredi 24 décembre 2010

Le sucre, le café, le blé et les autres


En cette fin d’année 2010, les prix des matières premières agricoles battent des records. C’est vrai pour le sucre, le café, le coton ou encore le caoutchouc. Mais aussi d’autres comme le colza, le blé ou le maïs. Mardi, à Chicago – le marché qui fait la pluie et le beau temps si on peut dire ( !) -, le coton a atteint un plus haut historique. Son prix a plus que doublé depuis janvier, c’est la plus forte hausse depuis 1973. Le même jour, le sucre a atteint des niveaux jamais vus depuis vingt-neuf ans. L’arabica est au plus haut depuis treize ans. A Paris, le blé a gagné 70 % depuis janvier.


Disons-le : la spéculation ne semble pas avoir joué un rôle clef. La première cause, ce sont les caprices de la météo. Trop de pluies, ou pas assez. A cause de la sécheresse de l’été dernier, la Russie a baissé ses prévisions de production de 30 % alors qu’elle est est l’un des premiers producteurs de céréales. Il y a aussi le phénomène Niña. La température de l’Océan pacifique bouge, cela fait pleuvoir en Asie du Sud et en Australie, et provoque la sécheresse en Amérique du Sud. Il a beaucoup plus aussi au Pakistan ou en Inde. Résultat : des récoltes endommagées.


Mais le climat n’est la seule explication. Au-delà de la conjoncture, on en revient toujours à la même chose. Fondamentalement : une production insuffisante pour satisfaire une demande qui ne cesse d’augmenter, surtout tirée par... la Chine (cela devient lassant...).


Mais cette fois-ci la Chine n’est pas seule en cause. La population mondiale devrait passer de plus de 6 à près de 9 milliards d’habitants. Ces bouches à nourrir, dans des économies qui s’enrichissent, exigent une alimentation plus riche et variée. C’est la raison majeure qui tire les prix, la meilleure preuve étant que ce mouvement a véritablement commencé il y a une dizaine d’années, au moment où un certain nombre de pays ont commencé à décoller. Les experts datent de 2005 le premier choc des matières premières, qui a culminé en 2008 – un choc alimentaire comme il y a eu autrefois des chocs pétroliers.


Cette flambée des prix va continuer en 2011. Outre la tendance de fond, la sécheresse en Argentine pourrait bien avoir un effet sur les récoltes de maïs, de blé et de soja.


La vraie question est de savoir ce que l’on peut faire. Sans doute se dire que la priorité redevient la production, et non plus la lutte contre la surproduction. Cela veut dire exploiter mieux les terres déjà cultivées en améliorant les rendements, en utilisant les technologies qui permettent de consommer moins d’eau et de pesticides - c’est tout le débat, aussi, sur les OGM. Comme c’est surtout en Afrique du Nord et au Proche-Orient que la population va augmenter, régions qui, à cause du climat et de la pénurie d’eau, continueront à importer des denrées alimentaires, l’Europe a des opportunités formidables.


... Et pendant son G20, Nicolas Sarkozy veut faire en sorte qu’il y ait plus de transparence et encadrer les marchés financiers des matières premières agricoles. L’objectif ne peut être, là, de stopper l’envolée des prix mais au moins de réduire leur volatilité.

mardi 21 décembre 2010

Ingenico et les intérêts français


Cette histoire se déroule ces jours-ci et soulève un très classique débat. Celui entre ce que les uns appellent la défense des intérêts industriels de la France et ce que les autres dénoncent comme du protectionnisme. L’entreprise dont il s’agit, c’est Ingenico. Son nom ne vous dit peut-être rien, sauf si votre œil tombe sur lui quand vous prenez de l’argent dans un distributeur de billets ou quand vous tapez (dans un magasin) votre code de carte bancaire sur un terminal de paiement. Ingenico est le numéro deux mondial de ce type de terminaux, n° 1 en Europe, n° 2 en Chine et aux Etats-Unis. C’est une belle entreprise de 2.800 salariés, dont la stratégie actuelle est de se diversifier des matériels vers les services (la sécurité des transactions).


C’est une si belle société qu’elle suscite des convoitises. A tel point que le cours de l’action a « explosé » de 60% depuis le début de l’année. Et du coup, soit parce qu’ils se sont dits que c’est le bon moment pour réaliser une bonne opération, soit pour des raisons stratégiques (se développer avec quelqu’un qui a plus de moyens), les actionnaires et les dirigeants d’Ingenico ont eu envie de vendre. Ils ont reçu, ont-ils annoncé vendredi, une grosse offre d’un concurrent américain, en l’occurrence Danaher.


… et c’est là que l’Etat intervient. Selon nos informations, il a décidé de bloquer. L’Etat qui a non pas un mais deux moyens de pression pour empêcher la cession d’Ingenico. Le premier est simple : 22% du capital sont détenus par le groupe aéronautique Safran, lui-même contrôlé par l’Etat. Safran aurait voulu se débarrasser de cette participation chez Ingenico pour engranger du cash, l’Etat lui a dit, ce week-end, non. Safran n’étant plus vendeur, la pression devrait diminuer. Quand on est américain, avoir l’Etat français sur la chaise d’à côté dans un conseil d’administration n’est pas tentant !


Mais le gouvernement a un autre levier. Depuis 2006, il peut s’opposer à la vente d’entreprises dont les métiers sont stratégiques. Or, Ingenico fournit à Safran une technologie de cryptologie ultra pointue. Mais tout ceci, le rôle de l’Etat, n’est bien sûr pas évoqué dans le communiqué publié dimanche soir.


L’Etat a-t-il raison de vouloir que la société reste française ? Débat éternel ! A priori, si Renault rachète Nissan puis Dacia, si EDF rachète les centrales nucléaires de British Energy, si GDF-Suez rachète (la semaine dernière) le tout aussi britannique International Power, on ne voit pas pourquoi la France interdirait la vente d’Ingenico. Les distributeurs de billets, ce n’est pas la défense nationale ! Cela étant, l’Etat est dans son droit le plus absolu d’actionnaire même si c’est un peu bizarre de contrôler les DAB.


Eric Besson, le nouveau ministre de l’Industrie, envoie un signal clair : le patriotisme économique est de retour et les investisseurs étrangers seront, si c’est nécessaire, reconduits à la frontière !

lundi 20 décembre 2010

L'Europe (enfin) en spirale positive

Le but, c'est le chemin. » Cet aphorisme de Goethe est sans doute celui qui convient le mieux à la situation européenne actuelle. A la veille du week-end, le sommet de Bruxelles - le septième en un an ! -a réuni une nouvelle fois les dirigeants des Vingt-Sept, qui ont mis sur les rails le fonds de secours permanent qui prendra le relais du mécanisme actuel de sauvetage. Comme chaque fois depuis le début de la crise grecque, les jugements sévères ont fusé. Mais si justifiés qu'ils soient, ils ne doivent pas laisser dans l'ombre les progrès finalement accomplis en quelques mois. Trop lents, insuffisants, mais tout de même réels.

Il n'est aucunement besoin d'une loupe pour apercevoir les failles de la réponse européenne depuis la faillite de la Grèce. Il y a eu les hésitations de l'Allemagne, puis les gaffes d'Angela Merkel. Il y a eu beaucoup d'incertitudes techniques sur les garanties apportées par l'Union, lesquelles ont provoqué les doutes des marchés. Il y a eu un manque de clarté dans le leadership européen. Enfin, la nouvelle rédaction du traité de Lisbonne laisse songeur puisqu'il dit désormais une chose et son contraire : le sauvetage d'un Etat est possible, mais l'article antérieur qui l'interdit (clause du « no bail out ») est maintenu ! Bref, si la trêve de Noël calme les marchés, rien ne dit qu'ils ne repartiront pas à l'attaque en janvier.

Ce tableau mérite toutefois d'être complété. Pourquoi ? Parce que la zone euro a fait en quelques mois des pas inimaginables il y a encore un an. Par deux fois, elle est déjà venue à la rescousse de deux de ses membres. La Banque centrale européenne a violé plusieurs de ses principes fondateurs pour participer au sauvetage. Et sur un plan politique - c'est l'essentiel -, la réaffirmation de la défense de l'euro est désormais extrêmement claire. « L'euro est indissociable de l'Europe », assure la chancelière. En partie grâce à la force de conviction de Nicolas Sarkozy, Angela Merkel a semble-t-il effectué une véritable conversion personnelle sur ce point. L'idée d'un gouvernement économique chemine à son tour. Au total, l'Europe donne petit à petit l'impression de passer d'une spirale punitive à l'égard des pays qui ont « fauté » sur les déficits à une spirale positive. C'est une bonne nouvelle.

Il reste évidemment beaucoup de chemin à parcourir et les Européens convaincus ont mille raisons d'être impatients. Il s'agit de donner du concret à la coordination des politiques nationales. Il est indispensable que l'Irlande, la Grèce ou l'Espagne inventent un nouveau modèle de croissance. Comme il est nécessaire que les grands pays comme la France accélèrent la leur. Doit-on craindre une fois de plus que l'Europe ait un train de retard sur les marchés ? Il n'y a en réalité guère le choix tant il n'existe que deux possibilités pour la zone euro : éclater ou sortir de cette crise par le haut. Le chemin parcouru rapproche du but. Espérons que cela soit assez vite.

mardi 7 décembre 2010

Why French Higher Education Ranks So High in B-Schools, and So Low Elsewhere

France’s business and management schools top the Financial Times annual European rankings, but French higher education system still lags in other surveys.
 Four of the top10 ; five of the top 15 ; eighteen of the top 70. France can indeed be proud of the 2010 results of the annual European business and management school rankings conducted by our colleagues at the Financial Times. Indeed our two shining lights, HEC Paris (École des Hautes Études Commerciales de Paris) and INSEAD (Institut Européen d’Administration des Affaires), claimed the first and third overall spots, while ESCP Europe has also taken a great leap forward.

Beyond the endless debates about the relevance of the criteria that lead to these results, these scores can be read in two ways. The first relates directly to the educational community : a confirmation of the strategy employed for many years by these schools to strengthen the faculty, while offering more and more master’s, MBA and continuing education programs for executives.

The second reading should interest the public at large. The success of institutions that have managed to impose their brand internationally is proof that, contrary to conventional wisdom, the French have definitely not kissed goodbye to the economy and trade ! The influence of the alumni of these schools also continues to grow, as shown by another notable indicator : the number of reviews in the "Who’s Who."

These results, however, raise another question. Why are the French “Grandes Ecoles” in the fields of management and engineering rated so highly in the European charts, yet find themselves in trouble when the competition widens ?

These elite schools are separate from the French university system and present two major differences : universities are the cheaper option and have an obligation to accept all students ; “grandes ecoles” can cost ten times more and select the best students based on written and oral exams.

The best-known illustration is the by now infamous results of French institutions (and similarly dismal showings across much of Europe) in the Shanghai Rankings of world universities. The problem reflects a multifaceted reality. The importance given to basic sciences, the accumulation of Nobel Prizes and the number of articles published in major journals plays against Europe and France. Another explanation offered is less convincing : it is the "scale effect", which has led Valerie Pécresse, France’s Minister of Higher Education, to ask the institutions to band together. But this proposal naturally appears questionable in the face of the outstanding performances of small institutions such as Insead and ENS (École normale supérieure) at Rue d’Ulm. The truth is that in terms of financial commitment and other resources devoted to students, French schools are still dwarfed by their competitors, particularly those in the United States. Of course, this is not very politically correct to say.

lundi 6 décembre 2010

Business schools à la française

Quatre sur les dix premières, cinq sur les quinze meilleures et dix-huit sur les soixante-dix les plus remarquées : la France n'a pas à rougir de la place de ses écoles de management dans le classement 2010 des Business schools européennes établi chaque année par notre confrère le « Financial Times ». Deux tricolores, HEC et l'Insead, occupent même encore les première et troisième marches du podium tandis que l'ESCP accomplit un véritable bond en avant.

Au-delà des débats infinis sur la pertinence des critères qui conduisent à ces résultats, ces scores peuvent être lus de deux manières. La première concerne la communauté éducative. Est validée la stratégie déployée depuis de longues années par ces écoles, qui consiste à renforcer le corps professoral et à proposer de plus en plus de masters, de MBA et de formation continue pour les cadres dirigeants. La seconde lecture devrait, elle, intéresser l'opinion publique dans son ensemble. Le succès d'établissements qui ont réussi à imposer leur marque à l'international est la preuve que, contrairement à une idée encore trop reçue, les Français ne sont pas définitivement brouillés avec l'économie et le commerce ! L'influence des anciens élèves de ces grandes écoles ne cesse d'ailleurs de grandir, comme le montre - un indicateur comme un autre -le nombre de recensions dans le « Who's Who ». Les HEC talonnent désormais les X, derrière, encore, les énarques…, a relevé, il y a peu, le magazine « Challenges ».

Ces résultats suggèrent cependant une autre question. Pourquoi les grandes écoles françaises, de management ou d'ingénieurs, sont si bien notées dans les classements européens, mais se retrouvent en mauvaise posture dès que l'horizon s'élargit ? Le désormais fameux palmarès de Shanghai en est l'illustration la plus connue. La réponse est en réalité multiple. L'importance donnée aux sciences fondamentales, à la présence de Prix Nobel et au nombre d'articles publiés dans les grandes revues joue en défaveur de l'Europe et de la France. Une autre explication avancée est moins convaincante : c'est « l'effet taille », qui conduit Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, à demander aux établissements de se regrouper - ce qui est curieux si on constate la notoriété de l'Insead ou de l'ENS Ulm, tous petits. La vérité est aussi que les écoles françaises sont encore des naines sur le plan financier et des moyens qu'elles consacrent aux étudiants par rapport à leurs concurrentes, américaines notamment. Ce n'est, naturellement, pas très politiquement correct de le dire.

jeudi 2 décembre 2010

 La France AAA "à l’heure actuelle"

 Sur les marchés financiers, les tensions restent fortes depuis l’annonce, dimanche, du plan de sauvetage de l’Irlande. Et une rumeur a couru mardi selon laquelle une des principales agences de notation, Standard & Poor’s, pourrait dégrader la note de la dette française, qui bénéficie aujourd’hui d’un triple A (c’est très bien).

Cette rumeur n’a pas été directement commentée par l’agence, mais son patron mondial a donné ce mercredi matin une interview aux "Echos" pour indiquer, "qu’à l’heure actuelle, la France mérite son triple A". Cette rumeur a néanmoins suffi pour que l’écart entre les taux d’intérêt français et allemand augmente légèrement – avant de redescendre.

La question est simple : joue-t-on à se faire peur en imaginant la tornade toucher la France ? La réponse est selon toute vraisemblance oui ! Naturellement, il faut le prouver parce que certains vont se dire : un journaliste qui dit cela, c’est qu’il a reçu par mail les éléments de langage de l’Elysée et de Bercy. Outre le fait que cela ne se passe pas comme cela ( !), quelques éléments montrent que la France n’est pas vraiment menacée.

Pourquoi alors cette rumeur a-t-elle trouvée des oreilles attentives ? Il se passe qu’il y a une panique générale et que tous les pays sont touchés par cette tension sur les taux d’intérêt, la France comme les autres. Depuis 48 heures, les investisseurs reconnaissent que ce qui a été fait pour l’Irlande est bien ; mais ils voudraient que le Portugal (ce qui est probable) et l’Espagne soient mis aussi sous le parapluie européen – au cas où ils auraient des problèmes bancaires et budgétaires – parce qu’ils n’y voient pas très clair. La façon dont le secteur privé sera impliqué ne leur paraît pas limpide non plus.

Bref, ces investisseurs trouvent que l’Europe, c’est compliqué : qui décide ? Quelles sont les règles ? Et s’ils ne quittent pas l’Europe, ils ne viennent plus. C’est pour contre-attaquer que l’on a vu Christine Lagarde mardi sur la BBC ou CNN.

Les dirigeants européens ont au fond un dilemme à résoudre : si on aide le Portugal, qui après ? L’Espagne, l’Italie, la Belgique ? Ils croisent donc les doigts pour que soit entendu le message essentiel de dimanche, qui est que l’Allemagne choisit définitivement de soutenir l’euro. La Une de mardi du "Wall Street Journal", la bible des financiers, qui titrait sur ce point, a été remarquée dans beaucoup de capitales.

Pourquoi la France serait-elle épargnée alors que sa situation financière est pour le moins tendue ? Elle offre certes deux défauts pour les marchés. Ses comptes sont mauvais et elle n’a jamais respecté ses engagements par le passé. Mais, en face de cela, il y d’autres éléments qui pèsent lourds. Elle emprunte à des taux bas (rien à voir avec ceux de la Grèce ou de l’Irlande) ; elle a presque fini d’emprunter les 188 milliards d’euros dont elle avait besoin cette année pour payer ses dépenses ; elle sait faire rentrer ses impôts ; et, enfin, elle vient de faire une réforme des retraites difficile. Il est donc farfelu "à l’heure actuelle" de penser que la France va souffrir particulièrement. Ce n’est pas elle qui inquiète, c’est l’avenir de la zone euro et de l’euro.


CETTE CLASSIFICATION ME FAIT PENSER À CELLE DE L'ANDOUILLETTE.
PAS VOUS ?

mardi 30 novembre 2010

Zone euro :
le dernier coup de poker


Un accord européen a été conclu dimanche, qui va accorder 85 milliards d’euros à l’Irlande, qui institue un mécanisme permanent de sauvetage après 2013, et décide que les créanciers privés pourront être mis à contribution... Avec l’objectif d’éviter que la contagion ne s’étende partout.


Ce matin, pour être honnête, on ne sait pas si la zone euro, qui marche depuis des semaines au bord du précipice, a fait un pas pour s’en éloigner ou va finir tomber au fond. Les raisons de pessimisme ne se sont pas envolées d’un coup !


Une formule du patron d’une grande institution internationale résume bien (« off ») les choses : « Quand l’euro a été créé, tout le monde pensait que la zone euro deviendrait une grande Allemagne. On découvre que c’est peut-être une grande Grèce ». C’est exagéré mais il est pathétique à voir que les pompiers sont obligés d’aller de pays en pays. 85 milliards pour l’Irlande, c’est presque autant pour la Grèce, pays trois fois plus gros. Il est tout aussi invraisemblable de voir que, sur les marchés, la Grèce est jugée plus risquée que la Jamaïque, l’Espagne que le Liban, la Belgique que le Panama ... Le plan d’urgence de dimanche est le fruit d’une grande peur et il faudra peut-être aider le Portugal pour protéger l’Espagne.


Y-a-t-il des points positifs dans tout cela ? Il y a un point clair : la volonté d’unité affichée après les cafouillages de ces dernières semaines – unité construite sur le tandem franco-allemand, avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à la manœuvre et José Manuel Barroso au milieu. La réalité est qu’en quelques mois, l’Europe a changé de nature, et un nombre important de tabous ont sauté.


Il faut se rappeler que l’idée d’aider un Etat en difficulté était interdite (le « no bail out »), elle ne l’est plus : c’est, premier tabou, la solidarité financière. Le deuxième tabou qui saute, c’est la création d’un mécanisme de sauvetage permanent et non plus temporaire. Le troisième tabou, c’est le fait que soit envisagée une restructuration des dettes, avec des créanciers privés qui ne seraient plus remboursés (ce que voulaient les Allemands) mais pas automatiquement, au cas par cas (ce que voulaient les Français). Cela veut dire au passage et implicitement qu’on se rend compte que les plans de rigueur ne marcheront peut-être pas mais aussi que l’Europe est prête à mettre en place un dispositif qui a des airs de famille avec le Club de Paris ...


Les dirigeants européens ont intégré le fait que le coût politique, économique, historique d’un échec serait tel qu’il n’est pas envisageable. DImanche, l’Europe a mis en place un mécanisme de résolution des crises comme, dans un règlement de copropriété, on prévoit des procédures pour résoudre les différents dans un immeuble. Evidemment, il aurait fallu y penser depuis dix ans quand sous les yeux de tous, la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ont construit leur forte croissance en partie sur du sable, des illusions et des bulles – immobilière et bancaire.


Cette journée de lundi sera tendue sur les marchés financiers. Dans les jours qui viennent, un immense coup de poker va être joué. Mais, en fait, c’est bien cette question qui est posée à moyen terme : inventer un modèle européen de croissance. Sans cela, soyons directs : c’est le précipice assuré.