TOUT EST DIT

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jeudi 1 décembre 2011

DSK : l’homme qui n’avait rien à se reprocher

Que feraient les journalistes sans Strauss-Kahn ? Depuis le mois de mai dernier, on entend monter des rédactions parisiennes chaque matin la même litanie : « Donnez-nous notre DSK quotidien ». Et ils sont exaucés. Parfois au-delà encore de ce qu’ils osaient espérer.

Aujourd’hui, c’est la très attendue version de DSK lui-même sur le Sofitel et le Carlton (DSK ne fait pas dans l’hôtel Formule 1) qui nourrit l’actu. Il parle. Il jacte, il passe à confesse, il se met à table, dirait notre ami Dodo la Saumure. C’est Michel Taubmann, le biographe officiel et ardent défenseur des Strauss-Kahn, qui a recueilli ses propos pour son livre Affaires DSK, la contre-enquête dont il donne de larges extraits à Paris-Match.

« Rien ne serait arrivé si je n’avais pas eu cette relation stupide mais consentie avec Nafissatou Diallo » explique l’ex-favori à la présidentielle. « Ce jour-là, j’ai ouvert la porte à toutes les autres affaires. »

DSK regrette essentiellement de s’être fait prendre.

Dominique Strauss-Kahn accuse clairement Nafissatou Diallo de l’avoir provoqué. Voyant le gros DSK sortir nu de sa douche, la femme de chambre aurait attardé son regard sur la partie la moins pudique de cette superbe anatomie. « Un regard suggestif » dans lequel DSK qui sait que personne ne lui résiste, surtout en tenue d’Adam, aurait vu « une proposition ».

Sept minutes après, après une relation « consentie et non payée », Nafissatou Diallo aurait volé le blackberry de sa prestigieuse conquête.

La femme de chambre aurait été là en mission commandée, selon Taubmann qui enfonce le clou de la thèse du complot contre le futur président socialiste de la République. « On » aurait dit à Nafissatou de regarder DSK de façon suggestive, d’accepter ce qui allait forcément s’en suivre et de dérober un de ses portables. Celui du FMI.

« Dominique Strauss-Kahn n’a jamais violé personne ni à New York, ni à Paris, ni nulle part », martèle Michel Taubmann : « c’est une affaire politique, ce n’est pas une affaire de mœurs et elle soulève des questions qui concernent les services secrets ».

A propos de l’affaire du Carlton, DSK juge « insupportable » que son nom soit associé à la prostitution mais reconnaît avoir participé à des soirées « libertines ». Là, grand moment de galanterie et d’élégance dont DSK est coutumier : « D’habitude, les participantes à ces soirées ne sont pas des prostituées » (pensez-vous !). « Quand quelqu’un vous présente sa copine (« vous propose » est le mot juste), vous ne lui demandez pas si c’est une prostituée et quand on vous invite à une soirée, vous ne demandez pas à voir la facture. » Dominique Strauss-Kahn sait vivre.

De même quand David Roquet, le patron d’une filiale d’Eiffage Immobilier-BTP, lui rend visite à Washington avec deux « secrétaires » peu farouches de l’entreprise de bâtiment, le directeur du FMI ne se pose aucune question : ce sont des « copines » de « copains » (parmi ces copains, Fabrice Paszkowski, militant socialiste et Jean-Christophe Lagarde, policier, chef de la Sûreté départementale). Le but de cette rencontre : des réunions de travail en vue de préparer la future présidentielle. Entre deux réunions : parties fines avec les secrétaires d’Eiffage. Deux filles de Dodo la Saumure.

A son biographe, Dodo Strauss-Kahn confie avoir eu « une vie sexuelle libre » qu’il « n’est pas le seul à mener dans le monde politique ou des affaires », précise-t-il : « Je n’avais rien à me reprocher. Je n’ai jamais rien fait d’illégal. Mais j’ai décidé de rompre avec tout cela, c’est fini. »

Intéressante précision donnée involontairement par Taubmann, tout le monde connaissait les frasques et les pulsions de DSK et tout le monde les cachait. Jusqu’au président de la République bien sûr qui avait vu passer des « notes blanches » sur son futur-ex-rival alors qu’il était à l’Intérieur. Lorsque l’économiste Alain Minc a demandé à Sarkozy si en nommant Strauss-Kahn directeur du FMI il ne prenait pas le risque de mettre en selle un futur concurrent, Sarko a aussitôt rétorqué : « Mais voyons, tu sais très bien qu’il ne peut pas être candidat ! »

Les ayatollahs jouent avec le feu

Le monde a un problème avec l'Iran. Voilà un pouvoir fanatique, oppresseur, dont l'élection est contestée. D'autant plus dangereux qu'il est divisé. Un pays puissant, soutenu par la Russie et la Chine qui lui offrent une sorte de protection diplomatique. Nanti d'une arme commerciale considérable en tant que deuxième producteur de pétrole : toute représaille à son endroit peut faire flamber le cours du brut. Voilà un régime qui joue avec le feu. Un jour défie le « Grand Satan » américain, un autre menace de rayer Israël de la carte, et par-dessus tout joue avec le feu nucléaire. L'autorité mondiale du nucléaire en a acquis la conviction, sinon la preuve. À deux pas de Téhéran, des installations sont aptes à tester des explosions nucléaires ; il ne faudrait que plusieurs mois pour fabriquer la bombe. Il en détient l'expertise, la technologie, les ressources, probablement la motivation politique. Les intentions prétendument pacifistes de son programme ne trompent pas. Surtout pas la Grande-Bretagne qui a prononcé à son égard les sanctions économiques les plus dures. Cette fermeté a valu à son ambassade à Téhéran d'être attaquée par des miliciens radicaux. Un acte gravissime : la neutralité d'une enceinte diplomatique participe d'un principe intangible. L'Iran n'en a cure, qui continue à braver les Occidentaux, use d'une rhétorique toujours plus belliqueuse et se rapproche dangereusement de la ligne rouge. Cette surenchère peut-elle durer, empirer ? Les marges de manœuvre sont étroites. L'isolement de la république islamique certes grandit. Mais l'équilibre du monde est fragile, personne n'est prêt à partir en guerre contre elle.

Un ticket pour le cirque

C’était une séquence inévitable. On se demandait seulement à quel moment de la représentation elle allait survenir. C’est fait! Le PS fait semblant de s’indigner. L’Élysée fait semblant de s’étonner. En campagne, le président de la République? Oui, gagné, vous l’avez deviné: il est simplement «dans son rôle» quand il va auprès des Français. Et tous les recours des amis de François Hollande auront beaucoup de mal à faire la démonstration du contraire.

Il faut rendre à Nicolas Sarkozy cette justice: il n’a pas attendu la dernière année avant la présidentielle pour enchaîner les déplacements en province. Un exercice régulier auquel il s’astreint depuis le début de son mandat et qui constitue un point incontestablement positif de sa pratique du pouvoir. Qui pourrait sérieusement reprocher au chef de l’État de sortir le plus souvent possible de ce que Mitterrand appelait sa «cage» - la drôle de bonbonnière de l’ancien palais de la Pompadour - pour aller au contact de ses concitoyens?

Le problème, ce sont les détails et, au-delà, les motivations. Le président fait plus souvent des sauts de quelques heures en région - dans le genre opérations-éclairs avec sirènes hurlantes, centres villes bloqués des heures à l’avance, et auditoire trié sur le volet - qu’il n’y voyage vraiment. Toujours pressé de rentrer à Paris, il ne prend même jamais le temps de passer la nuit dans l’une ou l’autre austère préfecture comme le faisait Chirac. Mais il n’oublie jamais, en revanche, d’éreinter ses adversaires de l’opposition dans des discours censés, pourtant, rester au-dessus de la mêlée.

Politiquement, c’est de bonne guerre. Le président sortant est forcément avantagé, c’est vrai et ce n’est pas nouveau, mais où tracer la frontière entre l’intérêt politique personnel du candidat et la politesse du président? C’est juste une question d’élégance démocratique et d’exigence éthique. Deux scrupules dont ne s’encombre guère l’énergique conquérant à sa propre succession. Le prétendant, lui, peut bien pleurnicher sur un usage abusif des moyens de l’État, il n’est pas sûr qu’il émeuve la France sur ce point.

Faut-il s’étonner que ce sketch annoncé ne passionne guère les Français? Mais c’est comme le cirque, et c’est tant mieux: la prévisibilité des numéros n’empêche pas l’attrait pour le spectacle de la présidentielle, et pour le geste final du vote. Il faut en être, et vite, vite, prendre son ticket pour s’assurer qu’on sera bien sur la liste électorale. Même dévaluée, la magie de la démocratie n’a pas de prix.

L'Europe à reculons

Il n'est pas besoin d'être un grand clerc de la finance pour mesurer, et donc redouter, la confusion qui règne chez les leaders européens face à la crise de la zone euro. Rarement, les signaux envoyés aux opinions publiques auront été aussi contradictoires. D'un côté, on mesure, chaque jour, la tentation du réflexe national que la crise peut induire ; de l'autre, on entend parler d'une solution fédérale que même les militants les plus fervents de la cause européenne n'osaient plus imaginer. On serait, ainsi, à la veille d'un changement radical. Dans un sens, ou dans l'autre.

La confiance ne régnant plus, l'anxiété est reine. Le yoyo des marchés l'alimente à merveille. Entre les expertises sinistres des économistes et la cacophonie des politiques, le citoyen européen se réveille chaque matin avec le sentiment de devoir assister à un enterrement de première classe : celui de l'euro, et avec lui, de l'Europe. Le monde de la finance aurait, paraît-il, déjà sorti son costume sombre. Au cas où.

C'est au nom de ce risque d'éclatement, de « désintégration », comme le disait hier encore un commissaire européen, que la mobilisation est invoquée. Au nom d'une idée bien établie - l'Europe s'est forgée dans les crises - et d'un constat généralisé - la crise est profonde et peut être fatale - le fameux grand saut pour une plus grande intégration économique est le seul recours.

Ce saut, Paris l'appelle, depuis un moment déjà, un gouvernement économique. Berlin préfère parler d'une union fiscale. Un même constat de départ les unit : un étage manquait à la construction de l'union monétaire, il faut y remédier. Mais, derrière le mot intégration, les recettes divergent de part et d'autre du Rhin. La Chancelière veut modifier, même légèrement, les traités pour rendre incontournable, sous peine de sanctions automatiques, la discipline budgétaire. Nicolas Sarkozy plaide pour une intervention à l'américaine de la Banque centrale européenne, afin d'éteindre l'incendie.

La méthode, on le voit, n'est pas la même. Le calendrier non plus. Angela Merkel escompte un effet calmant d'un changement pourtant aventureux des traités ; le président français - comme d'autres en Europe - estime que seul un instrument de court terme, comme la BCE, peut calmer les marchés. Le temps presse, il est vrai, et ce critère peut peser très lourd.

Le débat doctrinal est légitime. On peut aisément comprendre les refus allemands de faire marcher la planche à billets, et pas seulement dans le souvenir de Weimar. Et tout aussi aisément l'insistance de Paris sur la nécessaire vitesse d'exécution. Ce que l'opinion comprend moins facilement, c'est la curieuse alternative entre l'officier des pompes funèbres et l'inspecteur fiscal. Entre la mort de l'euro et la rigueur punitive.

Il n'est pas irréaliste de penser que, sans un soutien à la croissance, le remède pourrait être aussi fatal que le mal. En outre, au-delà de la conjoncture de court terme, le choix d'une plus grande intégration comporte la délégation d'une part de souveraineté et exige une vision d'ensemble. Sujet sensible, compte tenu des référendums du passé et de la poussée populiste du moment.

Nicolas Sarkozy ce soir à Toulon, et Angela Merkel demain devant le Bundestag, vont devoir expliquer, à la veille d'un sommet européen crucial, s'ils veulent plus d'Europe comme on saute dans un canot de sauvetage, ou au nom d'un vrai projet.

Évolution des libertés - des journaux clandestins aux révolutions via l'Internet

Par Jerzy Buzek, président du Parlement européen et ancien membre de Solidarnosc en Pologne.

Neuf jours après la chute du dictateur libyen, alors que je me promenais dans les rues de Tripoli, un homme d'âge moyen m'aborde et me dit: "Mon ami - nous avons besoin que vous nous aidiez, nous sommes disposés à accepter votre aide".

J'ai été ému et impressionné par son regard empli d'espoir et d'enthousiasme. Il a réveillé en moi de puissants souvenirs de mon propre pays, la Pologne, il y a de cela 22 ans, lorsque nous nous battions également pour notre liberté.
Cette rencontre m'a également conforté dans mon opinion fondamentale que nous voulons tous la même chose, que nous venions de Libye, de Pologne ou de toute autre région du monde. Partout dans le monde, les peuples veulent vivre en démocratie, être capables de prendre la destinée de leur pays en main et d'assurer un avenir stable à leurs enfants.
Au sein de l'Union européenne, nous considérons la liberté comme un droit naturel, un dû. D'autres populations, souvent proches de nous, en ont été privées.
Au cours de ma visite en Libye, je n'ai eu de cesse de songer aux souffrances du plus ancien prisonnier d'opinion, Ahmed al-Sanusi. Il a passé plus de 30 ans dans les geôles libyennes, payant le prix fort pour avoir tenté de renverser le régime Kadhafi.
J'ai éprouvé un sentiment d'humilité et d'honneur en pensant à ce que cet homme courageux a enduré au nom de ses convictions. J'ai également songé avec fierté que le Parlement européen venait de reconnaître son sacrifice personnel en lui décernant le Prix Sakharov 2011 pour la liberté de l'esprit. Il partage le Prix de cette année avec quatre autres lauréats militants du Printemps arabe qui symbolisent tous le courage, la lutte et le sacrifice de ceux qui se battent pour défendre la dignité et la liberté, ainsi qu'un gouvernement responsable et réactif.
Ce Prix, baptisé ainsi en mémoire du célèbre dissident politique soviétique Andreï Sakharov, est décerné par le Parlement européen chaque année depuis 1988 à des personnalités ou à des organisations qui ont contribué de façon décisive à la défense des droits de l'homme ou de la démocratie. C'est la meilleure contribution et le meilleur soutien que nous puissions apporter à leur lutte héroïque.

Le Prix Sakharov a une Égyptienne et à une Syrienne

Le Parlement européen estime que les droits fondamentaux incluent non seulement le droit à la vie et à l'intégrité physique, mais aussi la liberté d'expression et celle de la presse. Ces deux dernières libertés sont des critères essentiels pour mesurer le degré d'ouverture et de démocratie d'une société.
En Pologne, il y a de cela 30 ans, nous publiions des journaux clandestins du fond de caves noires et froides. Ils étaient distribués à nos concitoyens par des personnes prenant de grands risques dans l'espoir d'une vie plus digne. Nous avions également réussi à créer des réseaux d'information avec d'autres dissidents de la Tchécoslovaquie, la Lituanie, la Lettonie et la Hongrie communistes.
Vu d'ici, nos activités clandestines tenaient du film d'espionnage. Pour bien des gens, cependant, notre passé n'a rien d'une fiction. C'est leur réalité actuelle.
Parmi ces personnes courageuses figurent les lauréats du Prix Sakharov de cette année, par exemple Mme Mahfouz, égyptienne, et Mme Zeitouneh, syrienne. Elles ont contribué à organiser des grèves en faveur des droits fondamentaux en publiant leurs protestations sur des blogs et sur Youtube, Facebook et Twitter.
Ces messages ont incité les Égyptiens à faire valoir leurs droits sur la place Tahrir. En Syrie, le blog de Mme Zeitouneh révèle les atrocités qui se produisent actuellement dans son pays. Ses messages sont devenus une source d'information importante pour les médias internationaux.

Nous aspirons tous aux mêmes libertés

C'est une leçon à retenir. Les femmes sont, depuis le début, aux côtés des hommes dans ces révolutions. Après avoir été longtemps victimes de discriminations, elles ont fait preuve d'un même courage, d'une grande fierté et transformé les étincelles des révolutions de leurs pays en flammes de liberté.
Que ce soit dans l'ancienne Europe communiste ou dans le récent Printemps arabe, nous aspirons tous aux mêmes libertés. La seule différence réside dans la manière d'y parvenir.
Le Printemps arabe nous a clairement montré qu'un changement fondamental s'était produit dans la manière de lutter pour la liberté. La presse écrite clandestine a été remplacée par l'Internet et les médias sociaux.
Nous sommes à un moment capital marqué par de nouvelles "révolutions internet" où les personnes établissent des relations et des réseaux en ligne et s'unissent en partageant leurs expériences et objectifs communs au travers des nouvelles technologies.
 Nous ne devrions pas laisser passer ces événements sans en tirer les bons enseignements.

La solidarité doit toujours l'emporter

Le Parlement européen organise aujourd'hui à Bruxelles une conférence Sakharov de haut niveau sur les droits de l'homme afin de fournir une plateforme de haut niveau très visible pour mettre en avant les droits de l'homme ainsi que le rôle de l'Union européenne dans leur promotion et leur défense.
Cette conférence vient à point nommé pour examiner le rôle puissant des nouvelles technologies dans la lutte pour les droits de l'homme. De plus, elle constitue également l'occasion idéale d'examiner les problèmes de droits de l'homme dans les pays en transition, en particulier au regard des évolutions internationales actuelles telles que le Printemps arabe.
 Elle réunit des lauréats du Prix Sakharov, des personnalités publiques de renommée internationale, des militants et des défenseurs des droits de l'homme, des ONG et des députés au Parlement européen.
 Les questions relatives aux droits de l'homme figurent toujours au premier rang des priorités du Parlement. En tant que seule institution européenne démocratiquement élue, le Parlement européen s'efforce de garantir que les droits et les libertés sont défendus et promus au sein de l'Union européenne et au-delà.
Nous voulons que les personnes engagées dans la lutte pour les droits de l'homme à travers le monde voient dans Bruxelles non seulement la capitale de l'Union, mais aussi une plateforme des droits de l'homme
C'est pourquoi nous souhaiterions aller au-delà d'une seule conférence et renforcer notre propre réseau: le réseau du Prix Sakharov. Je sais, de par l'expérience de mon propre pays, à quel point il peut être difficile de rétablir des procédures et des institutions démocratiques en partant de rien. Je sais également qu'il importe de créer des réseaux de personnes dont l'expérience et le soutien peuvent être utiles. Je sais que la solidarité doit toujours l'emporter.
Pour en revenir à l'homme rencontré à Tripoli, je peux lui dire la chose suivante: l'Union européenne est à vos côtés et aux côtés des peuples du monde entier en quête de liberté. Les droits de l'homme et leur défense figurent au premier rang de nos préoccupations et de nos devoirs. Vous avez également un devoir: favoriser le développement de la Libye libre avec l'aide de vos propres réseaux nationaux établis par la société civile, les organisations non gouvernementales, les intellectuels, les organisations de femmes et les médias pluralistes.
 Je puis vous assurer mon ami que le Parlement européen ne fera jamais la moindre concession lorsque les droits de l'homme sont menacés. Nous sommes à vos côtés. Toujours.

L'Eurogroupe pourrait donner de l'oxygène à la Grèce

ZONE EURO. Les ministres des Finances de la zone euro se réunissent mardi 29 novembre 2011 à partir de 17 h à Bruxelles pour étudier plusieurs dossiers chauds au sein de l'Eurogroupe

D'abord, faire un point sur la crise de la dette. Cette réunion a lieu alors que la situation se dégrade dans la zone euro. Le quotidien économique français La Tribune a annoncé que la France pourrait se voir appliquer par l'agence de notation Standard & Poor's une perspective négative dans une dizaine de jours, prélude à la perte du fameux triple A.

S&P a refusé de commenter ce qu'elle qualifie de "rumeur". L'idée de proposer un nouveau pacte de stabilité entre les pays bénéficiant du triple A est toujours discutée.

Ensuite, l'Eurogroupe pourrait enfin débloquer le versement de la tranche de prêt de 8 mrds€ à la Grèce. Une enveloppe qui avait été gelée après la décision unilatérale de Georges Papandreou de lancer un référendum. Le nouveau gouvernement grec devrait finalement s'engager par écrit à appliquer les réformes demandées par l'Europe et le FMI dans le cadre du plan de sauvetage du pays. Sans cette somme, l'État grec tomberait en faillite d'ici à la mi-décembre 2011.

Enfin, à l'ordre du jour le Fonds de secours pour les pays en difficulté (FESF) destiné à éviter la contagion de la crise de la dette à l'Italie et à l'Espagne. Le FESF pourrait se muer en un mécanisme d'assurances permettant une garantie sur les pertes éventuelles des investisseurs acquéreurs de dettes des pays fragiles.

Au cours de cette séance des pays de l'Eurogroupe, qui seront rejoints par les autres pays européens mercredi 30 novembre 2011, sera nommé officiellement le nouveau représentant français au directoire de la Banque centrale européenne, Benoît Coeuré. Actuellement directeur général adjoint du Trésor français, il remplacera l'Italien Lorenzo Bini Smaghi.

Le principe de panique à l’oeuvre

Angoisses, alarmisme, peur de l’apocalypse : pour le futurologue Matthias Horx, l’homme n’est pas guidé par les faits, mais par son état d’esprit. Ce qui vaut également pour la crise de l’euro. 

Dans son nouveau thriller, The Fear Index [“L’index de la peur”, éditions Hutchinson] l’historien et auteur à succès Robert Harris décrit le moyen de faire fortune en exploitant la peur.
En voici l’intrigue : physicien de génie, le docteur Hoffmann (Edgar Allan Poe n’est pas loin), ancien chercheur de l’accélérateur de particules Large Hadron Collider, met au point un hedge fund informatisé.
A l’échelle de la milliseconde, VIXAL-4 scanne le Web en quête de signes de panique, ciblant des termes comme terrorisme, alerte, horreur, fin, déclin, crise, banqueroute, danger, gouffre, inquiétude, accident nucléaire.
Dès que les indicateurs clignotent, il peut parier aussitôt sur une chute des cours et engranger des milliards en quelques secondes. Le hedge fund enregistre une croissance annuelle de 80 %.
Naturellement, les choses dérapent. La machine commence à spéculer de son propre chef, semant la panique. Le mariage, la famille et la psyché du héros finiront par sombrer avec l’ensemble de l’économie mondiale.

La "crise" n’existe que parce que tous y croient

Supposons un instant que cette fiction soit depuis longtemps une réalité, et que la crise de la zone euro ne soit que le résultat d’une angoisse collective. Une angoisse qui monte. Qui se propage. Qui maraude de cerveau en cerveau. Une infection collective. Pour alimenter le système, un ordinateur central type HAL ou Big Brother ne serait même pas nécessaire.
La "crise" n’existerait que parce que tous y croient. J’entends d’ici les oracles de la crise me dire : n’existe-t-il pas des faits vérifiables ? Les banques ne sont-elles pas responsables de la crise de l’immobilier, n’ont-elles pas poussé les pays européens à s’endetter ?
Ou sa variante – nos dirigeants politiques irresponsables n’ont-ils pas continuellement agi à l’encontre des marchés en jetant sans vergogne l’argent du contribuable par les fenêtres, aux frais des générations futures ?
Peut-être tout cela n’entre-t-il plus en ligne de compte depuis longtemps. Dans son nouveau livre, Mood Matters [“L’humeur compte”, éditions Springer], le futurologue et génie des mathématiques John Casti montre comment l’état d’esprit conditionne l’histoire.
Avec un argument radical : ce ne sont pas les événements du monde réel qui décident de l’avenir, mais exclusivement les attentes collectives fictives. Comment disait Epictète, déjà, 2000 ans et plus ? "Ce qui trouble les gens, ce ne sont pas les événements, mais l’idée qu’ils se font des événements".

Une industrie de la peur et de l'effroi dans les médias

Les vilains spéculateurs ne sont pas les seuls à spéculer contre l’euro. Depuis longtemps, une industrie de la peur et de l’effroi est à l’œuvre dans les médias, qui misent essentiellement sur la surenchère de titres chocs.
"Ambiance d’apocalypse dans la zone euro" ; "La fin du règne de l’argent" ; "L’adieu à la prospérité". Des professeurs en colère viennent pérorer dans les émissions de débat sur l’air de "je l’ai toujours su". A chaque nouveau débat, la petite musique de la peur monte d’une octave.
Cette "fearconomy" [économie de la peur] n’a-t-elle pas supplanté depuis longtemps déjà une économie réelle qui, elle, doit miser sur le changement, l’ajustement et le renouvellement ?
Terrorisme, alerte, horreur, fin, déclin, crise, banqueroute, danger, gouffre, inquiétude et accident nucléaire ne forment-ils pas le modèle économique le plus formidable de tous les temps, si l’on considère que l’homme est au plus profond de son être un angoissé ?
"Nous sommes profondément convaincus”, confie le docteur Hoffmann dans le roman de Robert Harris, “que c’est l’informatisation elle-même, l’interconnexion du monde entier, qui est la cause du vent de panique mondial. Et qui nous permet de nous faire de l’argent, et même un paquet !"

La dictature du court terme à l'assaut des Etats

A force de se projeter dans l’éclatement de la zone euro, les opérateurs de marché en créent les conditions. 

Vive la crise! Pour les marchés financiers, la crise de la dette publique dans la zone euro n’a pas que de mauvais côtés. Les agences de notation dégradent les notes attribuées à la dette des Etats les plus fragiles, comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, et maintenant la Belgique… Ces pays, dans la ligne de mire des spéculateurs, ne peuvent se refinancer sur les marchés qu’à des taux de plus en plus élevés. La France n’est pas épargnée. Bonne affaire, pour les créanciers!

Le malade et le thermomètre

En effet, la dégradation des notes est réputée traduire un risque plus grand qui, lui-même, justifierait des taux plus élevés. C’est ainsi que l’Italie, aujourd’hui dans l’œil du cyclone, se finance à la fin novembre sur les marchés à des taux supérieurs à 7% pour des emprunts à dix ans, contre 5% il y a trois mois.
Est-ce la bonne méthode pour contribuer au redressement? Si on prend l’exemple de la France, une hausse d’un point du taux d’intérêt correspond à une rallonge de 10 milliards d’euros sur cinq ans du service de la dette.
Les agences se défendent, au prétexte qu’elles ne font que mesurer un niveau de solvabilité en croisant de nombreux paramètres. Certes, ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on guérit un malade; ce n’est pas non plus en tapant dessus. On ne peut imaginer que la sanction suffise à redresser l’économie.
Ce serait plutôt le contraire: en empruntant plus cher, les pays alourdissent leur endettement… ce qui justifie une nouvelle dégradation, et ainsi de suite jusqu’au naufrage. Comme pour la Grèce. Avec des implications sociales imputées à l’euro et qui sont en fait les conséquences de la dépendance des Etats aux marchés.

Le principe des prophéties auto-réalisatrices

Les marchés ont ainsi la capacité d’émettre des prophéties… auto-réalisatrices. En brandissant la menace d’une dégradation puis en l’appliquant, les agences de notation (qu’aucune instance ne contrôle) modifient le rapport de forces entre Etats et créanciers et la confiance que ceux-ci accordent à ceux-là. De sorte que les Etats s’endettent encore plus. Elles peuvent donc justifier a posteriori leur décision par l’évolution d’une situation qu’elles ont elles-mêmes contribué à créer.
Certes, les Etats placés sous les projecteurs ont laissé filer leur endettement. On soulignera toutefois qu’une partie du problème de la dette souveraine provient de la crise bancaire déclenchée par ces mêmes opérateurs financiers. Mais on ne règlera pas le problème si on ne laisse pas le temps à ces Etats de mettre en place les conditions de l’assainissement. Tel est pourtant le mode opératoire des acteurs des marchés financiers, qui jouent ainsi l’éclatement de la zone euro.

La dictature du court terme

La pression opérée par les agences de notation et les spéculateurs va dans le sens souhaité par les adversaires de l’euro, qui peuvent se prévaloir de la crise de la dette souveraine pour justifier leurs attaques. Les europhobes ont trouvé leurs alliés. Le dernier rapport en date est celui de l’agence Moody’s le 28 novembre, menaçant tous les pays de la zone euro, France et Allemagne comprises ainsi que d’autres pays jusqu’à présent épargnés. «Alors que la zone euro dans son ensemble dispose de solides atouts économiques et financiers, les faiblesses institutionnelles continuent à empêcher la résolution de la crise et pèsent sur la notation», commente Moody’s.
L’agence de notation, comme on le voit, n’est pas négative sur les atouts de la zone euro. Mais la mise en œuvre d’une solution à l’échelle de la zone, avec la construction de nouvelles solidarités, implique de refondre la gouvernance de l’euro. Or, Moody’s veut obstinément méconnaître les impératifs du temps politique qui ne permettent pas de résoudre les «faiblesses institutionnelles» pointées par l’agence dans les délais souhaités par les marchés. C’est la mécanique des marchés contre celle des démocraties.
Car les marchés, eux, se situent dans des perspectives de court terme, et de plus en plus. Moody’s l’évoque clairement:
«En l'absence de mesures politiques pour stabiliser les conditions de marché à court terme, ou bien si ces conditions se stabilisent pour toute autre raison, le risque crédit va continuer à s'accroître.»
Cette dictature de l’immédiateté est celle de la finance qui se projette de moins en moins dans des investissements de long terme pour privilégier des opérations au rendement rapide. «Nous sommes dans une crise de l’argent facile à court terme», diagnostique René Ricol, commissaire à l’investissement et coordinateur des politiques de soutien aux entreprises.

Les marchés contre les Etats

La crise bancaire née en 2007 a poussé les Etats à corriger les excès de l’argent fou en introduisant de nouvelles régulations. Mais en édictant des contraintes nouvelles, les législateurs ont forcément obligé les marchés à se projeter dans un avenir plus lointain, plus conforme aux intérêts souverains. D’où ce bras de fer entre les marchés financiers et les gouvernements, les premiers voulant affaiblir les seconds pour empêcher toute régulation et pouvoir à nouveau imposer leur dictature du court terme.
Les Etats l’emporteront-ils malgré tout? «C’est tout l’enjeu de l’engagement d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy», souligne René Ricol. Rien n’est encore écrit. Le couple franco-allemand qui sert de centre de gravité à la zone euro n’a pas trouvé l’équation qui enraierait les attaques des marchés et les dissuaderait de jouer l’éclatement de la zone euro. Or, le temps joue contre les Etats.
Lire aussi : "La crise de la dette"

Le climat, autre victime de la crise

C'était il y a deux ans à peine et pourtant déjà une autre époque. À Copenhague, le Sommet sur le réchauffement climatique était perçu comme « un rendez-vous unique pour l'histoire de l'humanité », comme le caractérisait lyriquement Jean- Louis Borloo, alors ministre de l'Environnement auréolé de la dynamique de son « Grenelle » et du volontarisme sarkozyen en la matière. Dans la capitale scandinave devait se jouer l'avenir de la planète. Mais devant l'échec du Sommet et l'affichage des égoïsmes nationaux, le problème « essentiel », devenu impossible à résoudre, a disparu des calendriers. Et c'est ainsi que le nouveau Sommet sur le réchauffement se déroule, depuis lundi, dans un silence assourdissant à Durban... Depuis 2009, il est vrai qu'une autre crise planétaire, financière et plus immédiate, est venue réorienter les priorités vers le court terme et les préoccupations plus directement locales. La confrontation, fortuite, des sujets d'actualité, est d'ailleurs édifiante. Depuis la décision du Conseil d'État, c'est la hausse probable des tarifs de l'énergie qui inquiète et mobilise aujourd'hui le gouvernement et l'opinion (et, là encore, c'est un constat d'impuissance politique qui peut être tiré face aux intérêts économiques privés). De quoi redonner, plus généralement, consistance au fameux - et fallacieux - adage qui fait des préoccupations environnementales un souci de riche. S'il est évident que connaître les possibilités de se chauffer cet hiver est prioritaire sur le climat qu'il fera dans cinquante ans, c'est de la responsabilité des politiques de ne pas sacrifier l'un au profit de l'autre.

Oui, l’euro passera Noël !


C’est la nouvelle mode des commentateurs, des experts et des soi-disant prophètes de l’économie et de la finance depuis que le JDD a titré dimanche dernier : « L’euro va-t-il passer Noël ? ». Et chacun d’ajouter sa pierre à l’édifice du pessimisme et du défaitisme : Jacques Attali, l’ancien conseiller de Mitterrand, assure que « l’euro ne passera pas Noël », Eric Zemmour que « la zone euro n’existe plus de fait » et Nicolas Baverez que « la France et la zone euro se sont fracassées sur le mur de la dette ». N’en jetez plus, la coupe est pleine et pourtant il y a beaucoup de gens, dont je suis, qui pensent que l’euro peut-être défendu, sauvé et conforté, à certaines conditions d’effort et de courage de la part des responsables politiques. Car il existe des solutions aux problèmes posés par la crise de la dette aux pays européens.– La première solution consiste à modifier les compétences de la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle puisse prêter aux Etats comme les banques centrales américaines, anglaises ou japonaises, ce qui explique que ces pays peuvent emprunter à taux faible. L’Allemagne est contre mais elle évolue dans le bon sens et Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont affirmé à Strasbourg l’indépendance de la BCE, une façon de dire que si elle veut, elle peut.


– En attendant que cela intervienne le couple franco-allemand envisage de proposer aux membres de la zone euro qui le souhaitent un mini-pacte de stabilité. Cela concernerait les Etats ayant les économies les plus fortes : Allemagne, Autriche, Pays-Bas ainsi que la France et l’Italie. Ces Etats s’engageraient à faire converger leurs fiscalités et à contrôler mutuellement leurs budgets nationaux. Ce plan secret, s’il est annoncé à Toulon demain par Nicolas Sarkozy et vendredi au Bundestag par la chancelière Merkel, peut être la première phase du sauvetage.


Non, décidément, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure, l’euro n’est pas mort !

mercredi 30 novembre 2011

L’euro a la peste, c’est Moody’s qui nous le dit

L'agence Moody's a l'intention de dégrader 87 banques européennes, la plupart dans la zone euro. Un épisode de plus qui montre que la crise de l'euro s'est généralisée. La défiance des investisseurs atteint tous les placements 

Chacun connaît la fable des animaux malades de la peste : « ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Les animaux d’aujourd’hui sont les banques et la peste moderne la difficulté à emprunter. Et c’est l’agence Moody’s qui annonce la maladie lorsqu’elle annonce son intention prochaine d’abaisser les notes de …87 banques  et 5 pays de l’Union européenne. Dans le tas, on trouve tous les fleurons de la finance de la zone euro, de BNP-Paribas à Unicredito en Italie et pas moins de 21 établissements espagnols.

Le mal étant répandu chez ces « pelées, ces galeuses », les pauvres (!) banques ne peuvent plus lever d’argent ! Un joli calcul du Financial Times nous révèle ainsi que, n’ayant pu se refinancer sur les marchés, il leur manquerait la bagatelle de 287 milliards d’euros pour boucler l’année. Heureusement, le guichet de la banque centrale européenne leur est ouvert, en attendant qu’elle vendent leurs activités non stratégiques pour combler le trou. Le « crédit Crunch » est évité de justesse.

Le mal, c'est encore Moody's qui nous le dit, est venu de la crise des dettes souveraines. La même agence a placé la France et son Triple A sous surveillance. Un péripétie nous explique un économiste très proche de la finance mondiale: « Jusqu’en juillet, on pouvait dire qu’il s’agit d’une crise ponctuelle : de la Grèce, du Portugal de l’Italie… Mais la zone euro a brisé successivement trois tabous : on disait qu’un défaut d’un Etat européen était impossible, la Grèce démontre que si ! On disait que le CDS (credi default sawps) assurait contre un défaut, l'accord sur la réduction de 50% de la dette grecque montre que non ! Et au dernier G20, on a évoqué publiquement qu’une sortie, réputée impossible, de la zone euro, était envisageable. »

Du coup, plus personne ne veut prêter de l’argent aux Etats et aux banques qui ont prêté aux mêmes Etats, y compris l’Allemagne. Notre économiste raconte :«  j'étais en Chine il ya quelques semaines. mes interlocuteurs me disaient: on ne comprend pas comment fonctionne la zone euro. Résultat, quelques jours plus tard, Klaus Regling, le patron du FESF est venu récolter des fonds, il est reparti sans rien ». Un banquier place maintenant ses espoirs dans l'aggravation de la crise: « lorsque la zone euro sera au bord de l’éclatement, la Banque centrale pourra intervenir sans entrave, et, enfin, avec l’accord des Allemands. Pourvu que cela ne dure plus longtemps !»

Campagne de crise

Le silence pèse aussi lourd qu'à la veille d'une guerre. Impressionnant et vertigineux : personne, jusqu'au plus haut de l'État, ne sait ce qui va se passer demain matin, avant Noël, avant la présidentielle. Personne n'ose même confier qu'il travaille sur un scénario noir, de peur que le seul fait de l'évoquer ne le déclenche. On marche au bord du précipice en croisant les doigts...

Au-delà des accusations ressassées contre les fauteurs de dette, la crise chahute le débat présidentiel. Elle permet au Président de garder l'initiative et de faire de chaque sommet et de chaque discours - le prochain, demain, à Toulon - le théâtre d'un nouveau suspense. C'est son seul mérite.

Pour la gauche, elle est un vrai casse-tête. Une récession ou une hausse des taux d'intérêts, du seul fait qu'elles sont possibles, obligent à revoir le projet. Un petit point en plus ou en moins se chiffrerait en dizaines de milliards.

François Hollande ne peut pas l'ignorer. Il le peut d'autant moins qu'il n'y a ni inflation ni dévaluation pour retrouver des marges de manoeuvres. Son principal levier pour trouver quelques moyens supplémentaires reste la justice sociale et fiscale.

Il n'est donc pas étonnant qu'il prenne ses distances avec le projet socialiste ou avec l'accord avec les écologistes, dont l'encre sèche encore. Ce faisant, il distille une sorte de message subliminal selon lequel il ne tiendra pas ses promesses. Il subit les débats plus qu'il ne les initie, comme sur l'énergie.

François Hollande va devoir dire vite ce qu'il veut et peut faire, autrement qu'en corrigeant ce qu'il a signé la veille ou qu'en réagissant aux critiques de ses alliés !

Union sacrée ?

Pour la droite, le fait que tous les pays, y compris l'Allemagne, pourraient perdre leur note n'est pas une consolation. Victime de la crise et de sa politique fiscale, elle ne peut plus réduire beaucoup la dépense publique sans prendre le risque d'accélérer la récession et de tarir la ressource fiscale. Elle ne peut pas davantage relancer l'économie et combattre le chômage par le déficit.

Pour Nicolas Sarkozy, l'autre difficulté tient à l'Europe. Les peurs qu'inspire la crise, et pas seulement en France, poussent au repli, au protectionnisme, voire à la sortie de l'euro. Or, la seule solution consiste à abandonner une part de souveraineté pour mutualiser nos politiques et porter nos fardeaux entre Européens. Même si l'opinion témoigne d'une conscience aiguë de la crise, cette contradiction sera difficile à dépasser dans l'isoloir.

Entre les deux, François Bayrou, dès ce midi, va proposer un chemin, le même qu'il y a cinq ans, lorsqu'il diagnostiquait avant tout le monde la malignité du cancer de la dette. Moins pris au dépourvu lorsque la crise est venue, il rêve d'une union des bonnes volontés au moment où la gauche est rappelée à l'ordre par son extrême gauche et la droite par son extrême droite. En témoigne le retour de thèmes - l'immigration, la délinquance... - qui détournent de l'enjeu central.

Faut-il rêver d'une union sacrée regroupant les modérés de tous bords ? La crise y pousse. Mais il faut mesurer le risque d'un front impopulaire : son échec signifierait qu'il ne reste comme solution que les extrêmes.

Le cycle infernal de la crise


Annonçant de gros nuages pour 2012, l’OCDE, le monsieur météo de l’économie mondiale exhorte les gouvernements européens à durcir les plans de rigueur. Cette austérité décourage la consommation et l’investissement, pousse les entreprises à comprimer les effectifs, grossit les files d’attente à Pôle emploi et aux Restos du cœur. Les politiques de non-remplacement de fonctionnaires et de départs en retraites retardés, les travaux reportés au nom de la rigueur signifient autant de postes perdus pour les jeunes. Cette rigueur pèse d’abord sur les classes moyennes, déterminantes pour entretenir une dynamique économique et un équilibre social. Elles sont menacées aujourd’hui de déprime et de déclassement.

La rigueur aggrave la crise. Mais la crise s’aggraverait également si les États et les collectivités continuaient à dépenser ou à emprunter à prix d’or l’argent qu’ils ne possèdent pas. Les pays européens sont engagés dans un cycle infernal qui rappelle furieusement la crise de l’avant-guerre. La réponse miracle à cette situation n’existe pas plus à Berlin qu’à Bruxelles ou à Lourdes. Surtout si nos dirigeants continuent de privilégier leurs intérêts intérieurs au lieu de gouverner l’Europe, de polluer leurs programmes électoraux avec des sujets annexes ou anecdotiques, de ne rien décider pour redonner vie à l’euro. La « prospérité » des Restos du cœur n’est pas seulement une fatalité économique. Dans cette crise, la responsabilité des politiques est lourdement engagée.

Mineurs, sujet majeur

Pour les adolescents d’aujourd’hui, 1945, c’est un autre temps. Les adultes ne leur répètent-ils pas qu’«à cette époque» les âges des enfants ne correspondaient pas forcément à ceux d’aujourd’hui. Le temps de l’enfance court sans doute plus vite au XXI e siècle mais l’impunité dont il bénéficie devrait-elle être rétrécie pour autant? C’est l’approche de l’UMP qui rêve d’en finir avec l’ordonnance qui, depuis les lois adoptées à la Libération, protège résolument les mineurs. Une logique mécanique, assénée par des figures de la droite populaire qui l’assimile à un bon sens apparemment élémentaire: si un mineur est capable de commettre un acte criminel ou délictueux, alors il est capable d’endurer la punition qu’encourt une personne majeure. Les (très) jeunes ados seraient désormais des petits adultes et devraient être considérés comme tels par la justice.

Un tel raisonnement pourrait n’avoir, a priori, rien de monstrueux. Si on s’en tient aux violences sur les personnes perpétrées par des gamins effrayants qui ne respectent ni la dignité, ni parfois la vie (comme l’assassin d’Agnès) de leurs victimes, la tentation est grande de préconiser des méthodes radicales pour les empêcher de nuire. Il est bien évident que l’angélisme n’est pas pertinent avec des petits caïds qui terrorisent leur entourage avant même d’avoir mué, et qu’il faut bien neutraliser. Mais faut-il se caler sur ces cas extrêmes, comme le font les ultras de tous bords, pour définir le droit?

Le problème d’une société civilisée, c’est celui de sa norme juridique, parce qu’elle lui renvoie une certaine image qu’elle se fait d’elle-même. La France aurait-elle à ce point peur de la jeunesse qu’elle a engendrée pour prévoir un code pénal spécifique à partir de l’âge de 12 ans? Outre l’effet d’annonce qui joue délibérément sur le spectaculaire puisque la responsabilité pénale est déjà fixée à 13 ans seulement, cette mesure aurait les allures d’une fuite désespérée vers le tout répressif. Une telle option reviendrait, pour une nation comme la nôtre, à baisser les bras devant l’épreuve qui nous est collectivement imposée. Comme l’a très justement dit Nadine Morano, il ne faudrait pas oublier que «ce sont les parents qu’il faut éduquer, aider, accompagner». Une mission à laquelle un pays ne saurait se dérober sans perdre une part de son âme. La justice, c’est punir, oui, c’est protéger, oui, mais c’est aussi réparer. Les victimes, d’abord - évidemment - mais aussi ceux qui les ont agressées, surtout quand ils ont encore la vie devant eux.

La zone euro débloque un prêt vital pour la Grèce

Les ministres des Finances ont approuvé le versement d'une nouvelle tranche d'aide de 8 milliards d'euros pour aider le pays à sortir de l'impasse.
Pour un temps, Athènes peut souffler. Au terme d'une réunion à Bruxelles, les dix-sept ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert pour le versement de la sixième tranche d'aide à la Grèce. D'un montant de 8 milliards d'euros, celle-ci doit permettre d'épauler le pays, dont la dette publique a récemment passé la barre des 160% du PIB. Dans un premier temps, la Grèce recevra 5,8 milliards de la part de la zone euro, le reste dépendant encore de l'approbation du Fonds monétaire international (FMI).
Très attendu, le déblocage de cette enveloppe s'inscrit dans le cadre du plan de 110 milliards d'euros décidé en mai 2010. Cette décision permet surtout de mettre sur les rails le second plan de sauvetage préparé fin octobre, qui doit être finalisé entre le gouvernement grec et les créanciers privés début 2012.

Un gage de confiance

Pour le nouveau gouvernement grec, cette décision s'apparente aussi à un gage de confiance de la zone euro concernant la mise en oeuvre des mesures d'austérité auxquelles cette aide étaient conditionnée. Athènes n'a d'ailleurs pas ménagé ses efforts en amont de la réunion du jour. Dans un communiqué diffusé cette après-midi, Evangélos Vénizélos, le ministre grec des Finances, a ainsi assuré que «toutes les conditions nécessaires» en vue du nouveau programme d'aide avaient été réunies.
Il faut dire que le déblocage de cette tranche avait été repoussé à plusieurs reprises. Les dix-sept avaient donné une première fois leur feu vert de principe à son versement avant la démission du gouvernement socialiste de Georges Papandréou, remplacé depuis par un gouvernement d'union nationale dirigé par Lucas Papademos. Toutefois, ils avaient suspendu leur approbation finale à une exigence conjointe de la zone euro et du FMI de voir les trois principaux partis politiques grecs soutenant la nouvelle équipe dirigeante promettre d'appliquer les réformes structurelles précédemment décidées. Or, les trois chefs des principaux partis, -dont le leader de la droite hellénique Antonis Samaras, jusqu'alors très réticent-, se sont finalement engagés dans cette voie.

Lana Peters : la fille unique de Staline est morte

Svetlana Staline de son premier nom est morte lundi des suites d'un cancer du colon dans une petite ville du Wisconsin, à 85 ans. Retour sur la vie de la dernière enfant du « Petit père des peuples ».
Son patronyme aura été tout au long de sa vie un fardeau. Au Wisconsin State Journal, elle dira en 2010 : « peu importe où je vais, je serai partout la prisonnière politique du nom de mon père. » Lana Peters, née Svetlana Staline, est morte le 22 novembre, selon le New-York Times, d'un cancer du colon à l'hôpital de Richland County, dans l'état rural du Wisconsin où elle avait trouvé refuge depuis les années 1990. La fille unique de Joseph Staline a trouvé le calme, une chose qu'elle n'avait connue qu'à de rares occasions au cours de ses 85 années d'existence.

"Un homme simple, rustre, très cruel"

Svetlana Staline voit le jour en février 1926 à Moscou, de l'union de Joseph Staline et de sa seconde épouse. Les premiers tourments de la jeune fille ne se font pas attendre. Alors qu'elle n'a que six ans, sa mère se suicide. Un épisode qu'elle n'oubliera jamais – cela va de soit. Auprès de son père, l'amour ne manquera pas pour la plus jeune des enfants Staline. Dans ses deux livres autobiographiques, Svetlana dresse le portrait d'un père affectueux qui aimait son « petit moineau » pour ses cheveux roux et ses tâches de rousseurs. Malgré cette tendresse, elle décrit son père comme « un homme simple, rustre, très cruel ».
À partir de 1941, et le début de la seconde guerre mondiale pour l'URSS, la relation père-fille se détériore. La jeune fille de 16 ans s'amourache d'un cinéaste juif, de 20 ans son aîné. En 1943, Staline, qui désapprouve cette liaison, l'oblige à rompre les fiançailles et envoie l'homme dans un goulag sibérien. Après des études forcées d'Histoire, de littérature soviétique et d'anglais, elle épouse en 1945 Grigory Morozov, juif lui aussi, qui lui donnera un fils, Joseph. Deux ans plus tard, ils divorcent.

La fuite en toute "détente"

Son second mariage, tout aussi éphémère car ils divorcent en 1950 peu de temps après la naissance de Lekaterina, sera néanmoins beaucoup plus « politiquement correct ». Elle épouse en 1949 Louri Jdanov, fils de Andreï Jdanov, numéro trois du Parti communiste de l'Union soviétique mais aussi instigateur de la doctrine du même nom (reconnaissant la disposition du monde en deux blocs antagonistes) et qui marque, avec la doctrine Truman, le début de la Guerre Froide.
Staline, en fin de règne, entretien d'ailleurs des relations de plus en plus glaciales avec Svetlana. En 1953, quand « l'homme de fer » du Kremlin décède, elle change une première fois de nom en reprenant celui de sa mère, « Alliluyeva », afin d'échapper tant bien que mal à son lourd patronyme en temps de déstalinisation. Les pressions sur sa personne sont multiples et quand l'occasion de prendre la tangente se présente, elle n'hésite pas une seconde. En 1967, alors que son compagnon indien - que les officiels russes lui ont interdit d'épouser - meurt, elle profite de l'autorisation de quitter le territoire de l'URSS afin de l'inhumer, pour se rendre à l'ambassade américaine et demander l'asile politique.
Entre soviétiques et américains, l'heure est à la « détente ». Les américains hésitent à accéder à la requête de Svetlana Staline de peur de détériorer les relations diplomatiques entre les deux superpuissances. Mais le bénéfice d'image qu'ils peuvent retirer de cette défection historique est trop grand et Svetlana arrive aux États-Unis la même année après un bref crochet par l'Italie et la Suisse.

Le retour aux sources soviétiques

Seule (ces deux enfants sont restés à Moscou), elle tire un trait sur sa vie d'avant. Elle épouse William Peters en 1970. Ce troisième mariage ne sera pas plus réussi que les deux précédents et donnera naissance à une seconde fille, Olga. Elle divorce en 1973, mais a gagné une nouvelle identité, qui l'éloigne de ses origines russes : elle est désormais Lana Peters.
La vente de ses deux autobiographies, Twenty Letters To A Friend (Vingt-deux lettres à un ami, 1967) et Only One Year (Juste un an, 1969), la met à l'abri du besoin. Mais ce brusque enrichissement, bien loin du collectivisme soviétique, ne lui réussit pas. En 1984, Lana décide de retourner en URSS pour retrouver Joseph et Lekaterina, qu'elle n'a pas revues depuis son départ précipité. Elle s'installe sur les terres natales de son père, à Tbilissi, en Géorgie. Ses deux enfants ne sont malheureusement pas très enclins à profiter d'un mère absente depuis 17 ans et devenue depuis indésirable, même sur les bords de la mer Noire. Incapable de se réadapter à la vie en URSS, elle sollicite en décembre 1985 de Mikhail Gorbatchev l'autorisation de quitter le pays. En avril 1986, elle est de retour en Amérique.
Son argent dilapidé, elle terminera sa vie dans l'anonymat et le calme. Une vie romanesque dictée par le nom tristement célèbre d'un des pires despotes du XXe siècle.

Le jeu de François Hollande vis à vis de François Bayrou

"On ne règle pas une question d'alliance entre deux tours d'une présidentielle." En tendant la main, sous condition, à François Bayrou, lundi 28 novembre, François Hollande a appliqué son principe, édicté en avril 2009 dans un entretien à L'Express. L'ancien premier secrétaire du PS, qui démarrait sa campagne pour 2012, pressait déjà le président du MoDem de faire le point sur leurs "convergences".

M. Hollande suivait alors une position isolée et risquée au sein du PS, où la perspective d'une alliance avec le centre avait été massivement condamnée lors du congrès de Reims, en novembre 2008. Le député de Corrèze était alors convaincu que la main tendue de Ségolène Royal en direction du centriste, entre les deux tours de la présidentielle de 2007, n'avait pas abouti car elle était survenue trop tard, et avait le tort de "renvoyer aux combinaisons, aux débauchages de dernière minute".
En septembre 2010, François Hollande était toujours persuadé que le futur candidat PS à la présidentielle devra veiller à "maintenir possible" le "basculement" de M. Bayrou "vers la gauche".
HOLLANDE SUIT "UNE POSITION COHÉRENTE"
Un an plus tard, une fois désigné pour représenter le PS à la présidentielle, le député de Corrèze a suivi cette ligne de conduite. Pour élargir le rassemblement autour de lui, après avoir noué récemment un accord électoral avec les écologistes, le candidat s'est dit prêt à enrôler le président du MoDem dans sa majorité s'il remporte l'élection présidentielle, dans l'hypothèse où le centriste "sort de l'ambiguïté" en appelant à voter pour lui au second tour.
"Si François Bayrou fait un choix – nous verrons lequel – au second tour, eh bien il sera dans la majorité présidentielle qui se sera constituée autour du vainqueur du second tour, s'il a appelé [à voter] pour le bon candidat, sous-entendu celui que je pourrais représenter", a déclaré M. Hollande sur RMC Info et BFM TV.

Le 20 novembre, son directeur de campagne, Pierre Moscovici, avait déjà parlé de M. Bayrou comme quelqu'un d'"estimable". En posant dès maintenant les conditions d'une éventuelle alliance avec les centristes, le candidat du PS "suit une position cohérente", estime Frédéric Dabi, directeur du département opinion publique de l'IFOP, interrogé par Le Monde.fr. "François Hollande poursuit sa logique de rassemblement", commencée quand il était à la tête du PS, appliquée lors de la primaire et avec les écologistes.
"Rassembler la gauche et le centre peut lui permettre d'incarner l'alternance en 2012", analyse M. Dabi, qui juge tout de même "relativement prématuré" de la part de M. Hollande "de se projeter dans le second tour, alors que le premier est encore loin et que les Français ne se préoccupent pas encore de la présidentielle".
BAYROU SENT LE PIÈGE
Le président du MoDem, qui doit officialiser sa troisième candidature présidentielle le 7 décembre, appelle de ses voeux une "majorité centrale" pour gouverner la France, qui s'ouvrirait aussi bien à la droite qu'à la gauche, mais marque pour l'heure son "indépendance". Comme en 2007. Mais un facteur a toutefois changé  depuis : M. Bayrou, qui n'avait pas donné de consigne officielle de vote entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007, a assuré qu'il proposerait "un choix clair" en 2012.
Soulignant que "pour l'instant", le centriste "est dans une ambiguïté dont il n'est pas sorti", M. Hollande tente de forcer M. Bayrou à prendre position entre lui et Nicolas Sarkozy, dès maintenant. D'autant que dans le camp du socialiste, on est convaincu qu'"au second tour, il choisira le vainqueur", comme l'a confié Pierre Moscovici au JDD.
Flairant le piège de se présenter comme un candidat ayant intériorisé son élimination au premier tour de la présidentielle, le centriste n'a pas souhaité répondre directement à cette proposition d'ouverture. Courtisé également par l'UMP, M. Bayrou a laissé ses lieutenants renvoyer la balle dans le camp du PS. M. Hollande n'est pas "automatiquement le représentant du changement au second tour", a fait valoir la première vice-présidente du MoDem, Marielle de Sarnez, dans Le Figaro. "Si François Hollande appelle à voter pour François Bayrou au second tour, il sera le bienvenu dans une majorité présidentielle avec nous…", a renchéri l'eurodéputé Jean-Luc Bennahmias.
"SÉCURISER" L'ÉLECTORAT CENTRISTE
Après avoir récolté plus de 18 % des voix au premier tour de 2007, M. Bayrou est aujourd'hui crédité d'environ 7 % des intentions de vote dans les derniers sondages. Une bonne partie étant passée chez le candidat du PS, qui pourrait avoir envoyé un message à ces électeurs centristes en lançant son appel en direction de M. Bayrou. "François Hollande attire beaucoup d'électeurs de François Bayrou en 2007. Près d'un quart voteraient aujourd'hui pour lui au premier tour. Par ailleurs, d'après la structure sociodémographique des électeurs de M. Hollande, on se rend compte qu'un bon nombre peuvent être tentés de voter pour le centre. Sa sortie peut donc être un moyen de 'sécuriser' ces électeurs dans un vote en sa faveur dès le premier tour", estime le directeur du département opinion publique de l'IFOP.
En essayant de régler la question des alliances plus de cinq mois avant le premier tour de la présidentielle, François Hollande prend aussi le risque de froisser ses alliés et l'aile gauche du PS. Le Front de gauche a dénoncé, lundi, une "dérive centriste" du candidat socialiste, qui "tire une balle dans le pied de la gauche" et "doit dire clairement s'il veut discuter avec le Modem ou le Front de gauche".
Plus radical, le candidat du Front de gauche à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a notamment estimé sur France Inter, mardi 29 novembre, que "le trait d'union que veut faire François Hollande avec François Bayrou aboutit à un divorce avec la gauche", assurant de nouveau que lui et ses alliés communistes "n'iron[t] pas dans quelque gouvernement que ce soit avec les centristes car le programme de François Bayrou n'a rien à voir avec la gauche".

Sénat : la commission des lois adopte le droit des vote des étrangers aux élections locales

La commission des Lois du Sénat, à majorité de gauche, a adopté mardi une proposition de loi accordant le droit de vote aux élections municipales des étrangers hors UE résidant en France, a annoncé la commission. Cette proposition de loi, villipendée par la droite et jugée "hasardeuse" par le président de la République, Nicolas Sarkozy, sera examinée en séance publique au Sénat le 8 décembre.
Elle exclut l'accès des étrangers aux fonctions de maire ou d'adjoint ou leur participation à l'élection des sénateurs.
Dans un communiqué, la commission des lois dit avoir considéré "que l'extension continue du droit au suffrage était le cheminement historique de la démocratie et constituait un facteur de renforcement de la cohésion sociale".
Pour elle, cette réforme "serait un gage d'équité, dans la mesure où elle permettrait de rapprocher les droits conférés aux étrangers communautaires [qui disposent, depuis 1992 et le traité de Maastricht, du droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales] et ceux des étrangers" hors UE.
La commission a adopté la proposition de loi constitutionnelle issue des groupes de gauche votée par l'Assemblée nationale en mai 2000. Ce texte n'a cependant aucune chance d'être voté sous cette législature. La commission a en effet dû adopter un amendement "rédactionnel" rendu nécessaire par l'ancienneté de la proposition de loi afin de tenir compte des articles de la Constitution créés depuis cette époque. Le Sénat ne pourra donc pas voter en séance ce texte "conforme" à celui issu de l'Assemblée nationale, ce qui aurait rendu son vote définitif.

ALLEZ C'EST PARTI ! DES LOIS À LA CON, PROPOSÉES PAR DES CONS DÉMAGOGIQUES.

mardi 29 novembre 2011

Les Grecs ébranlés dans leur dignité

Qu'ils galèrent, qu'ils résistent ou qu'ils ne soient pas vraiment touchés par la crise, les Grecs - tous milieux confondus - se sentent ébranlés dans leur dignité, rapporte l'ethnologue Panagiotis Grigoriou.
  Catherine a invité beaucoup de monde chez elle samedi soir. C'était pour fêter la Sainte-Catherine du 25 Novembre. Par tradition, on se retrouve ainsi, entre parents et amis. Jadis, et du temps de l'après guerre (de 1940), on faisait dans la frugalité. Une sucrerie, un verre de liqueur et des vœux sincères. Et sans invitation, de toute façon, même le téléphone fixe, n'existait pas pour tout le monde. Il suffisait sinon, de se rendre à la demeure concerné de l'ami ou du parent, au soir de sa fête et frapper à la porte. Au fil des années, notre sociabilité s'est enrichie. Après tout, nous nous sommes élevés au rang des nations prospères et développées. « La Grèce désormais puissante ...», selon les déclarations légendaires du Crime Minister Simitis, au moment de l'entrée dans l'euro. Entre temps, il y a eu le téléphone, la télévision et la voiture garée devant la porte.


Pendant même la courte période de notre hystérie historique (eniron 1989-2009), autrement dit, nos …. vingt foutaises, ces invitations à la fête, y compris chez Catherine, se transformèrent presque en potlatch, la cérémonie en moins. Plus précisément, les dons et les contre-dons, les échanges ostentatoires sont devenues monnaie courante. Pour les foyers qui invitaient, c'était à chaque fois le casse-tête. Proposer le meilleur repas, le plus riche, calories inclues, le plus cher, dans la mesure du possible et souvent aussi, de la carte bancaire. Les invités quant à eux, apportaient à l'occasion, des cadeaux à la très grande hauteur des faux enjeux. Entre convives, on comparait alors les cadeaux entre eux, puis les tenues vestimentaires, les plats et les vins. Agapes illusoires, moments comestibles, histoire courte. On finissait par s'en rendre compte à force. Déjà certains optaient pour ne pas fêter. Se retrouver en famille nucléaire, ou entre deux bons amis seulement, et c'est tout. Sauf Catherine.

Je me souviens de cette même fête, il n'y a pas si longtemps. La millésime 2008 de chez Catherine se consommait encore sans modération. Repas et vin de qualité, discussions et classe assez moyennes. La dernière voiture de la cousine, gérante d'un magasin de vêtements, les dernières vacances d'été dans les Cyclades de la pharmacienne, Noël suivant à Paris pour Catherine et son mari kinésithérapeute, et l'embauche (non déclaré) de la nouvelle femme de ménage chez Mr et Mme A….poulos, tous deux, commerciaux dans une concession automobile. Et bien-sur, docteur Stratos, le voisin gynécologue se trouvant entouré de toutes les femmes de la soirée en quête scientifique : « Connaissez-vous un confrère qui pratique la chirurgie esthétique peut-être ? ».

En 2011, Catherine est au chômage et les affaires du kinésithérapeute sont bien coincées. Elle a donc préparé un buffet froid. Les convives ont apporté des objets usuels et leurs vœux sincères. Le vin fut certes petit, mais les discussions étaient grandioses. La cousine vient de faire appel à un service de genre nouveau pour sa voiture de 2008. L'homologation en sous-motorisation. Il y a désormais des bureaux New Age de défiscalisation. Car les derniers papandréismes, ont imposé aux voitures de plus de deux litres de cylindrée, une vignette avoisinant les mille euros, et d'une taxe dite exceptionnelle de 270 euros en plus. Toutefois, la législation permet de passer à une sous-motorisation jusqu'à 25% de celle d'origine, après homologation et évidemment après contrôle technique. La cousine prétend que cela vaut le coup. Ce nouveau commerce … dans les arbres à cames de la crise, se voit facturé environ deux mille euros. Mais souvent, la sous-motorisation est tout simplement fictive. Tout comme le contrôle technique, faisant office de passage aux mines. Sauf les certificats, en règle authentique. Les réseaux, se mettent en place apparemment en collaboration avec les tenants ou les employés des centres du contrôle technique. Le gouvernement entend donc poser des cameras pour prendre en photo et de tous les côtés, les véhicules passant le C.T. et ceci dès l'été 2012. Et alors ?

En outre, le magasin de vêtements de la cousine de Catherine a fait faillite en septembre. Plus personne n'achète dans son quartier ses vêtements chers. Elle redémarre, une tentative de la dernière chance, nous explique-t-elle. Changement de nom commercial et de marchandise. Désormais, elle vend de la lingerie coquine et des accessoires. « Vous savez, les femmes n'iront pas faire leurs courses dans les sex-shop des quartiers du centre, et par les temps qui courent elle ont des besoins formels ». La pharmacienne a baissé son regard et le gynécologue a ri.

Chez les A....poulos les choses vont mal aussi. Ils ont remercié leur femme de ménage, madame Alyona. Sur dix foyers dont elle s'occupait du ménage, les sept ont été perdus. Elle a expliqué aux A...poulos qu'avant Noël, elle retournerait en Ukraine. Elle projette une nouvelle immigration vers la France cette fois, accompagnée de son frère pour l'été 2012. Elle a déjà retiré de la banque ses maigres économies. Dix sept ans de travail dur. Les A...poulos lui ont offert une certaine somme en guise d'indemnités de licenciement, même si elle n'était pas déclarée. L'épouse A...poulos perçoit le quart de son salaire depuis Août, son mari vient d'être licencié. Le concessionnaire qui ne vend quasiment plus rien, a du mal à s'en sortir. Ne pouvant pas verser les indemnités de licenciement, il a proposé comme alternative, soit un chèque antidaté, et potentiellement en blanc, soit une voiture d'occasion. L'époux A...poulos a accepté, le mal au cœur. Il sait que la revente sera difficile, une Ford deux litres et mille soucis.

Ces pratiques, sont connues également par la presse ces derniers mois. Le journal économique Imerisia (27/11/2011), souligne la « nécessité » de ce nouveau type … d'indemnités de licenciement dans le commerce automobile. Ses rédacteurs rapportent, qu'une concession moyenne pour pouvoir fonctionner (frais, fournisseurs, salaires, imposition) a besoin de quarante mille euros par mois au moins, somme difficile à réaliser depuis plus d'un an. Du coup, pour pouvoir verser au moins une partie des salaires aux employés, les entrepreneurs ne versent plus la TVA, ni les cotisations patronales. Les dernières taxes de l'automne, sur leurs biens immobiliers professionnels s'élevant à plusieurs milliers d'euros, les conduisent à mettre la clef sous la porte avant Noël. Le même journal, souligne que selon les chiffres du ministère de l'économie, la vignette automobile durant les sept premiers mois de 2011, a rapporté au Trésor, 118 millions d'euros, au lieu de 518 millions durant la même période de l'année 2010. Les automobilistes circulent soit sans vignette, bravant les autorités, surtout en Grèce rurale, soit en déposant leurs plaques immatriculation aux préfectures, immobilisant ainsi leurs véhicules. Par analogie, plus d'un million deux mille véhicules circulent sans assurance, soit 15% du parc automobile de notre protectorat. Ce qui diminue également les recettes des impôts. En effet, l'effondrement se généralise. Les impôts ne rapportent plus les recettes espérées. Y compris la TVA et la TIPP. Non pas à cause d'une désobéissance fiscale (elle existe aussi et elle prend de l'ampleur), mais parce que les sujets de la Baronnie sont à sec. A tel point que le directeur de la Banque centrale grecque, Provopoulos, ami de Papadémos se voit obligé d'alerter (qui ?) que la capacité d'imposition des citoyens est dépassé. Selon ses informations, les retraits massifs des dernières sommes des livrets et autres comptes des particuliers et des entreprises servent à payer les impôts. Et bien évidement, ceux qui depuis toujours ont escroqué le fisc, ayant des dettes s'élevant à certaines sommes colossales, ne sont guère touchés, hormis certaines arrestations ces dernières semaines.

D'autres pratiques nouvelles se généralisent. Certains de ces profiteurs, parfois en difficultés, se débarrassent de leurs luxueux 4x4 et autres limousines, en versant deux à cinq mille euros … aux bandes de voleurs, afin d'effectuer le travail... proprement. Ensuite, ils se retournent vers les assureurs pour se faire indemniser, sachant que le prix de vente sur le marché réel de l'occasion pour ce type de véhicules s'effondre. Les compagnies d'assurance quant à elles, méfiantes et pour cause, introduisent leurs hommes dans les réseaux des trafiquants et des voleurs, pour obtenir les informations nécessaires et ainsi détecter les vraies-fausses déclarations.

Mais chez Catherine, nous avons surtout commenté, les dernières décisions de la justice, mettant en cause la manière par laquelle, la taxe sur l'immobilier est perçue, c'est à dire par les factures de l'électricité. Le gynécologue en chef, au sein d'une clinique privée, avoue ne pas être vraiment touché par la crise, et ainsi il explique que pour cette raison il a payé sans problème. Mais, il est autant indigné que les autres. « J'ai honte de vivre dans notre pays, ils nous ont enlevé notre dignité..

Justement, le journal Elefterotypia (dimanche 27/110), fait état de ces Robin de l'électricité, ces syndicalistes électriciens, qui dans certains départements en collaboration avec les activistes du mouvement «je ne paie pas», rétablissent le courant, d'abord chez les chômeurs, les retraités et les malades. Vassilis Sarandopoulos, membre du mouvement, explique que ce programme commun d'entente et d'action avec les syndicalistes électriciens, est une obligation citoyenne après la pression ressentie, émanant de la population. « Les gens ont la rage, ils veulent s'organiser et répondre par des actions de résistance, même si nous ne pouvons pas encore parler de Front». En tout cas, ces Robin des poteaux électriques, ont été suivis dans la région Veria (au Nord du pays), par les journalistes de la presse norvégienne et par ceux de l' Associated Press. Les journalistes ont été enthousiasmés.

« C'est de la guérilla urbaine – ont ils dit - et nous avons répondu qu'il s'agit plutôt de la réappropriation de notre propre dignité »(Elefterotypia 27/11/2011).

Les convives de la Sainte Catherine semblaient préoccupés par la situation, mais pas abattus. Finalement, je pense que plus significatif que ces petits et grands moments difficiles ou bien même dramatiques de la classe moyenne, (et bien entendu de l'ensemble du monde du travail), c'est la perte de la dignité, ressentie comme telle par une population de plus en plus large, dépassant pour le moment même, certains clivages de classe.

Allez, bientôt la Saint-Nicolas …. D'autres plongent déjà dans les poubelles.