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samedi 17 décembre 2011
Présidentielle 2012 : Villepin, to be or not to be
En apprenant la candidature de Dominique de Villepin l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’interrogeait : « coup de tête, coup de bluff, coup de cœur ou coup dur ? ». Il me semble que c’est tout simplement un coup politique car Dominique de Villepin ancien secrétaire général de l’Elysée puis premier ministre de Jacques Chirac est un fin politique même s’il n’a jamais affronté auparavant le suffrage universel. Pour la droite et pour Nicolas Sarkozy ce peut-être une bonne ou une mauvaise nouvelle.
Commençons par la mauvaise : Dominique de Villepin contribue à un 21 avril inversé. La multiplication des candidatures à droite, Bayrou, Villepin et les «cinq petits nains» de Boutin à Morin en passant par Dupont Aignan, Lepage et Nilhous font descendre Nicolas Sarkozy à 20% ou moins et font passer Marine Le Pen en position pour le 2ème tour face au candidat P.S. Dans cette configuration, par ses attaques au sabre contre le Président sortant, monsieur de Villepin aura joué le remake de Marie-France Garaud contre Giscard en 1981 et apporté sa pierre à l’élection de François Hollande.
La bonne nouvelle serait celle d’une stratégie concertée avec Nicolas Sarkozy. Par une campagne flamboyante à la Bonaparte qu’il affectionne, Villepin capte un électorat déçu du sarkozisme qui s’apprêtait à voter Bayrou dans ses composantes bourgeoises et Le Pen dans ses couches populaires.
Il bloque ainsi sur son nom 5 ou 7% au premier tour (il en est à 3) fait baisser le F.N. et le centre et encourage ses électeurs à voter Sarkozy au 2ème tour moyennant un destin dans le second quinquennat.
Etre le faiseur de roi pour Nicolas Sarkozy ou pour François Hollande ou rien du tout, ça me rappelle le Hamlet de Shakespeare « être ou ne pas être » c’est toute la question pour Dominique de Villepin.
dimanche 11 décembre 2011
Le droit de vote n’est pas une pochette surprise
Le Sénat passé à gauche a voulu donner dans le symbolique plutôt que dans les problèmes d’urgence en mettant à son ordre du jour le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales. Cette mesure n’a en toute hypothèse aucune chance de devenir effective avant l’élection présidentielle de 2012, mais elle mérite réflexion pour tous les citoyens français. Je suis personnellement contre pour deux raisons, l’une électorale et l’autre de fond.
– Le droit de vote accordé aux étrangers résidant en France est l’une des 110 propositions de François Mitterrand qui n’a jamais été votée lorsqu’il en avait les moyens. L’habile président a préféré s’en servir comme d’un chiffon rouge agité devant les électeurs à chaque consultation. Dans le but unique et efficace de faire progresser électoralement le Front national et, partant, d’affaiblir la droite de gouvernement. La gauche d’aujourd’hui fait la même chose avec le même objectif. – Sur le fond maintenant, je considère que le droit de vote ne doit pas être accordé à la légère. Les résidents étrangers qui sont en France depuis beaucoup d’années ont un moyen simple de l’acquérir : il leur suffit de faire une demande de naturalisation et le processus, s’il est trop compliqué, devra être allégé. Mais pour les autres, ils peuvent comprendre qu’on ne trouve pas le droit de vote en France dans une pochette surprise, fut ce pour les élections locales seulement. Ces droits de vote accordés sans acte volontaire pour être français pourraient être manipulés et déboucher sur des bastions ethniques, religieux ou communautaristes, contraire à notre conception de la laïcité. Objecter que les citoyens européens, eux, ont le droit de vote local depuis 1992 est une franche rigolade car cela concerne quelques dizaines de milliers d’Européens alors que le droit de vote à tous les étrangers en concerneraient plusieurs centaines de milliers !
Bye Bye Britishs
Décidément le général de Gaulle avait raison qui fit longtemps barrage à l’entrée des Anglais dans l’Europe communautaire sous prétexte que ceux-ci choisiraient toujours le grand large ! On en eut une éclatante illustration au sommet européen de Bruxelles avec le veto du Premier ministre britannique, David Cameron.
Cameron eut le mérite d’expliquer sans fioritures que son pays ne voulait pas aller au-delà d’une simple zone de libre-échange et qu’il n’était pas question pour lui d’accepter un nouveau traité plus contraignant : la City l’a emporté !A partir de là, c’est une nouvelle Europe qui commence à 26. Ces pays vont signer d’ici mars 2012 un accord intergouvernemental qui prévoira une stricte surveillance budgétaire, une règle d’or et des sanctions automatiques. C’est un succès pour Madame Merkel et Monsieur Sarkozy dont la solidarité aura été sans failles, heureusement.
Est-ce pour autant un succès pour l’Europe et une chance de sortir d’une crise à répétition ? Il faudra attendre pour voir les résultats car le schéma compliqué d’une Banque centrale européenne qui renfloue le FMI pour que celui-ci prête aux Etats en difficulté ressemble à une usine à gaz peu séduisante pour rassurer les marchés. Il sortira peut-être un plus de cette nouvelle crise européenne : mieux vaut se battre à 26 pays solidaires qu’avec une Grande-Bretagne qui ne partage pas les mêmes conceptions économiques, financières et politiques.
Le grand tort des Européens avait été au cours des trente dernières années d’ouvrir largement en passant de 6 à 27 pays sans se donner les moyens de cette ouverture. Pour la première fois aujourd’hui, on serre les boulons. Ce peut être le début d’une refondation sans les Anglais et c’est bien dommage !
vendredi 2 décembre 2011
Présidentielle 2012 : François Hollande pédale dans la choucroute !
Le dernier sondage TNS Sofres confirme la tendance des trois dernières semaines : le candidat socialiste François Hollande obtiendrait au premier tour de la présidentielle 31 %, contre 28 % à Nicolas Sarkozy et 16,5 % à Marine Le Pen. L’écart ne cesse donc de se resserrer entre les deux principaux candidats et l’avance mirobolante de M. Hollande au lendemain de la primaire n’est plus qu’un souvenir. Cette primaire dont on a tant vanté les mérites a donné une fausse impression et se retourne en fait contre son vainqueur. Beaucoup de dirigeants socialistes croyaient que la primaire serait une formidable rampe de lancement pour attirer les électeurs, or elle apparaît aujourd’hui comme un simple parcours éliminatoire à destination des militants et des sympathisants du Parti socialiste. Après la primaire tout reste à faire et à construire, et le candidat victorieux n’était pas prêt. D’où un parcours désastreux, et l’impression partagée même au PS que le candidat pédale dans la semoule. L’accord électoral « réacteurs nucléaires contre sièges dorés de députés » ne cesse de montrer sa nocivité et d’alimenter les polémiques entre écologistes et socialistes. La manière dont le candidat prend ses distances avec cet accord l’enfonce, et l’ouverture faite au centriste François Bayrou jette un trouble supplémentaire.Dans notre système, il faut d’abord gagner le premier tour avant de prendre des initiatives pour le second et pour les élections législatives qui suivront. Cette curieuse démarche de François Hollande commence à troubler ses partisans. La première secrétaire du PS n’hésite pas à choisir un des siens contre un proche de François Hollande pour un siège en or, ce qui est un signe. Enfin, le candidat ne sait même pas où il habite ! Son QG électoral navigue entre la rue de Grenelle, la Madeleine et la place Vauban ; c’est tout un symbole, car dans le même temps Martine Aubry tient fermement la Rue de Solferino, et Nicolas Sarkozy l’Elysée.
jeudi 1 décembre 2011
Oui, l’euro passera Noël !
C’est la nouvelle mode des commentateurs, des experts et des soi-disant prophètes de l’économie et de la finance depuis que le JDD a titré dimanche dernier : « L’euro va-t-il passer Noël ? ». Et chacun d’ajouter sa pierre à l’édifice du pessimisme et du défaitisme : Jacques Attali, l’ancien conseiller de Mitterrand, assure que « l’euro ne passera pas Noël », Eric Zemmour que « la zone euro n’existe plus de fait » et Nicolas Baverez que « la France et la zone euro se sont fracassées sur le mur de la dette ». N’en jetez plus, la coupe est pleine et pourtant il y a beaucoup de gens, dont je suis, qui pensent que l’euro peut-être défendu, sauvé et conforté, à certaines conditions d’effort et de courage de la part des responsables politiques. Car il existe des solutions aux problèmes posés par la crise de la dette aux pays européens.– La première solution consiste à modifier les compétences de la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle puisse prêter aux Etats comme les banques centrales américaines, anglaises ou japonaises, ce qui explique que ces pays peuvent emprunter à taux faible. L’Allemagne est contre mais elle évolue dans le bon sens et Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont affirmé à Strasbourg l’indépendance de la BCE, une façon de dire que si elle veut, elle peut.
– En attendant que cela intervienne le couple franco-allemand envisage de proposer aux membres de la zone euro qui le souhaitent un mini-pacte de stabilité. Cela concernerait les Etats ayant les économies les plus fortes : Allemagne, Autriche, Pays-Bas ainsi que la France et l’Italie. Ces Etats s’engageraient à faire converger leurs fiscalités et à contrôler mutuellement leurs budgets nationaux. Ce plan secret, s’il est annoncé à Toulon demain par Nicolas Sarkozy et vendredi au Bundestag par la chancelière Merkel, peut être la première phase du sauvetage.
Non, décidément, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure, l’euro n’est pas mort !
C’est la nouvelle mode des commentateurs, des experts et des soi-disant prophètes de l’économie et de la finance depuis que le JDD a titré dimanche dernier : « L’euro va-t-il passer Noël ? ». Et chacun d’ajouter sa pierre à l’édifice du pessimisme et du défaitisme : Jacques Attali, l’ancien conseiller de Mitterrand, assure que « l’euro ne passera pas Noël », Eric Zemmour que « la zone euro n’existe plus de fait » et Nicolas Baverez que « la France et la zone euro se sont fracassées sur le mur de la dette ». N’en jetez plus, la coupe est pleine et pourtant il y a beaucoup de gens, dont je suis, qui pensent que l’euro peut-être défendu, sauvé et conforté, à certaines conditions d’effort et de courage de la part des responsables politiques. Car il existe des solutions aux problèmes posés par la crise de la dette aux pays européens.– La première solution consiste à modifier les compétences de la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle puisse prêter aux Etats comme les banques centrales américaines, anglaises ou japonaises, ce qui explique que ces pays peuvent emprunter à taux faible. L’Allemagne est contre mais elle évolue dans le bon sens et Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont affirmé à Strasbourg l’indépendance de la BCE, une façon de dire que si elle veut, elle peut.
– En attendant que cela intervienne le couple franco-allemand envisage de proposer aux membres de la zone euro qui le souhaitent un mini-pacte de stabilité. Cela concernerait les Etats ayant les économies les plus fortes : Allemagne, Autriche, Pays-Bas ainsi que la France et l’Italie. Ces Etats s’engageraient à faire converger leurs fiscalités et à contrôler mutuellement leurs budgets nationaux. Ce plan secret, s’il est annoncé à Toulon demain par Nicolas Sarkozy et vendredi au Bundestag par la chancelière Merkel, peut être la première phase du sauvetage.
Non, décidément, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure, l’euro n’est pas mort !
dimanche 27 novembre 2011
Maroc : L’honneur d’un roi
Les élections qui vont se tenir demain au Maroc ont une importance majeure non seulement pour ce pays mais pour l’ensemble du monde arabo-musulman, qui se cherche dans les soubresauts du printemps arabe. Au milieu des révolutions tunisienne et égyptienne, qui sont loin d’être stabilisées, de la glaciation algérienne, de l’incertitude libyenne après Kadhafi et de la répression sanglante de Bachar al-Assad en Syrie, le Maroc apparaît comme le pivot d’un axe démocratique en constante progression.C’est l’honneur d’un roi, en l’occurrence Mohammed VI, que d’avoir, sans attendre les événements récents, impulsé une grande politique de réformes démocratiques. Son prédécesseur, le roi Hassan II, monarque autoritaire, éclairé mais implacable, avait su protéger son pays des troubles et des extrémistes, engager la modernité et maintenir des liens étroits avec la France, mais il n’avait pu résoudre les grandes faiblesses du Maroc, faire fonctionner une démocratie réelle et vivante, vaincre la pauvreté et donner un avenir à la jeunesse.
Le roi actuel a su attaquer de front tous ces problèmes : la nouvelle Constitution adoptée par référendum le 1er juillet a renforcé les libertés individuelles et redessiné l’équilibre des pouvoirs au sein de cette monarchie constitutionnelle tout en conservant son identité et le prestige du souverain.
Les élections législatives sont la deuxième étape d’où doit surgir un Premier ministre issu du parti majoritaire. Ce parti peut-être le Parti de la justice et du développement (PJD), qui part favori, mais cette formation islamiste n’est pas identique au parti Ennahda tunisien. Comme l’explique un politologue de l’université de Casablanca, « ils sont conservateurs, mais ne sont obsédés ni par la charia, ni par le port du voile, et ils sont globalement royalistes ». Avec ce parti et les autres, le Maroc doit achever son évolution démocratique et se poser aussi en exemple positif pour l’ensemble de l’Afrique du Nord, et bien au-delà.
dimanche 20 novembre 2011
La chasse aux brebis galeuses
Dans son numéro d’hier, France-Soir racontait dans le détail une arnaque record qui a coûté 2 millions d’euros à la Sécu ! Une centaine d’assurés avaient frauduleusement perçu des indemnités journalières allant à plus de 2.000 € par mois et les escrocs avaient bénéficié de la complicité de deux médecins pour rédiger les faux certificats de maladie.
Cette affaire est loin d’être un cas unique, mais, malheureusement, lorsqu’on tire le signal d’alarme, comme l’a fait Nicolas Sarkozy en début de semaine à Bordeaux, le club des bien-pensants se met en branle et dénonce la chasse aux pauvres et aux petites gens tandis que seraient épargnés les traders et autres spéculateurs financiers. C’est une réponse fausse et une diversion face au vrai problème de la fraude et des arnaques qui n’est pas comme le disent les négationnistes un problème marginal, car il porte sur des dizaines de milliards. Plus la vie est difficile, plus les temps sont durs en période de crise, et plus les injustices de ce genre sont intolérables. Parler de chasse aux pauvres ou aux malades est une insulte pour ces millions de travailleurs qui se serrent la ceinture mais qui se comportent comme des gens honnêtes qui ne trichent pas quant aux prestations sociales ; la seule chasse dont il s’agit est celle qui vise les brebis galeuses, qui doivent être sévèrement sanctionnées par la justice.
Le président de la République a donc eu raison de sonner le tocsin car le maintien de notre système de protection sociale est menacé par les fraudeurs.
Il a raison aussi de souhaiter rapprocher les règles de la carence pour les secteurs publics et privé, un jour de carence pour les fonctionnaires, c’est acceptable mais le 4e jour infligé aux travailleurs du privé est un contre sens sur lequel il faut vite revenir au nom de l’équité entre citoyens.
dimanche 13 novembre 2011
La dialectique Mol-Dur
La cote de confiance de Nicolas Sarkozy a fait un bond spectaculaire de 8 points dans le baromètre CSA pour Les Echos. Il atteint 40 % en raison de son action face à la crise et de sa forte exposition médiatique ; dans le même temps, François Hollande reste en tête des personnalités à 51 %, mais il perd 5 points. Faut-il voir dans ces chiffres un tournant et le début d’un renversement de tendance ? Il me semble que ce serait prématuré. Cependant on voit se dessiner un phénomène dialectique autour de la personnalité des deux principaux candidats de 2012. Nicolas Sarkozy est totalement impliqué dans la bataille pour préserver les intérêts de la France dans la crise européenne. Comme en d’autres temps ses prédécesseurs Mitterrand et Chirac, il dramatise les événements, et son comportement est dur et déterminé, on l’a vu face au Premier ministre grec Papandréou. C’est le capitaine dans la tempête qui ne fait pas de cadeau.Face à lui, François Hollande, qui croyait avoir du temps, s’est trouvé piégé par le calendrier de la crise européenne. Il a donné toute une série de signaux négatifs, pas tant sur le fond des problèmes que sur son caractère et sa capacité à décider, par exemple face au référendum grec. Il donne forcément l’impression de jouer petit bras devant une scène internationale dont il est par nature absent. Il doit s’éloigner d’un programme socialiste dépassé par les événements tout en évitant de se fâcher avec ses camarades de parti à l’intérieur et avec ses futurs alliés de l’extérieur, notamment les écologistes. Tout cela lui donne une image de flou et de mollesse, et révèle peut-être un déficit de caractère. D’où une sorte de dialectique Mol-Dur qui ressemble un peu aux duels d’autrefois entre Balladur et Chirac et entre Rocard et Mitterrand ! Dans les deux cas, le dur l’a emporté !
jeudi 10 novembre 2011
Les ratés du prochain président
« Je ne suis pas un contre-président, je suis le prochain. » Cette étonnante déclaration de François Hollande faisait avant-hier la une de Libération. On pourrait trouver le candidat socialiste culotté de vendre ainsi la peau de l’ours avant de l’avoir abattu, mais il avait l’excuse de sondages très prometteurs sur sa victoire en 2012. Au premier tour, 32,5 % pour Hollande, 25,5 % pour Sarkozy, 19 % pour Marine Le Pen ; au second tour, 57 % pour Hollande contre 43 % au président sortant, cela donnerait des ailes à n’importe qui. Pourtant la réalité est moins chatoyante, y compris en termes de sondage, puisque la courbe Hollande descend tandis que celle de Sarkozy grimpe et qu’elles peuvent un de ces jours se côtoyer à 27-28 %. Mais ce n’est pas le plus ennuyeux pour le candidat socialiste qui a essuyé ces derniers jours quelques ratés dans son moteur de campagne. Par exemple était-il opportun pour lui de s’attarder au Salon du livre de Brive au milieu des écrivains et des bobos parisiens pendant que Nicolas Sarkozy se bagarrait au G20 contre M. Papandréou et sa pulsion référendaire ? Quelle était la position de fond du candidat socialiste sur un éventuel référendum grec ? Etait-il nécessaire pour lui de cosigner un communiqué avec Martine Aubry comme s’il était un premier secrétaire bis ? Etait-il habile de sous-estimer une candidature Chevènement ? Est-il avisé de prévoir deux directeurs de campagne (MM. Moscovici et Le Foll) et deux équipes, les penseurs et les opérationnels ? Etait-il politiquement astucieux de s’attirer les foudres des écologistes en se prononçant à la hâte pour la continuation de l’EPR de Flamanville qui fait éructer Mme Joly et ses amis ? Est-il enfin possible de se faire élire sur la thématique quasi unique de l’échec de Nicolas Sarkozy sans lui opposer deux ou trois propositions fortes ? Faute de réponses pour réenchanter le rêve, le désenchantement guette.
samedi 29 octobre 2011
Pour M. Hollande, les soucis commencent
François Hollande, après son élection de maréchal aux primaires socialistes, avait prévu de prendre quelques jours de repos bien mérités avec sa compagne. Mais il a vite compris qu’il n’y a pas de vacances qui tiennent pour un candidat majeur à l’élection présidentielle à six mois de l’échéance. Surtout quand son adversaire non déclaré, Nicolas Sarkozy, occupe le haut du pavé à travers son succès européen de Bruxelles et à travers une prestation bien réussie devant 12 millions de téléspectateurs.
François Hollande est donc revenu dare-dare à Paris pour répondre au président de la République sur France 2, ce qui prouve bien que la partie décisive est commencée et qu’elle sera sans merci. Il suffisait d’entendre M. Sarkozy pourfendre le passage à la retraite à 60 ans en 1981 décidé par François Mitterrand seul contre l’Europe et les 35 heures du gouvernement Jospin décidées là encore à contre-courant de nos partenaires. La stratégie de Nicolas Sarkozy se précise : au moment où l’on entre dans une ère nouvelle du monde, les socialistes vivent toujours dans les années 1980-2000 avec comme projet des embauches massives de fonctionnaires et 300.000 emplois d’avenir financés par le budget de l’Etat. François Hollande va donc devoir rapidement préciser ce qu’il compte faire de ses deux propositions originales de la campagne des primaires, les contrats de génération déjà flingués par Martine Aubry et les 60.000 enseignants promis et non financés.
Mais, au-delà de ces questions de programme, M. Hollande va devoir affirmer sa personnalité : l’homme des synthèses socialistes sera-t-il un homme d’autorité, un décideur à la stature d’homme d’Etat comme le fut M. Mitterrand ? C’est dire que même pour ses amis l’état de grâce du candidat socialiste ne durera pas longtemps.
Crise de la dette : Le feu est maîtrisé ! Durablement ?
La nuit bruxelloise a heureusement accouché d’un accord qui, pour un certain temps au moins, va sauver la Grèce et va sauver l’euro. On peut compter sur Nicolas Sarkozy qui en fut, avec Angela Merkel, Jean-Claude Trichet et Christine Lagarde, le principal artisan pour faire avec brio le service après-vente devant les téléspectateurs. A tous ceux, nombreux, qui font déjà la fine bouche, il faut quand même rappeler l’ampleur de la catastrophe qui nous attendait en cas d’échec : faillite de la Grèce, contagion des autres pays vulnérables de l’Europe pouvant atteindre le Portugal, l’Espagne et l’Irlande, voire l’Italie et la France, les marchés prenant cette fois définitivement le pas sur des états incapables de se défendre et de protéger leurs citoyens. Comme disait le maréchal Joffre après une bataille dont on lui disputait la victoire : « Je ne sais pas qui a gagné mais je sais qui aurait perdu. » Sans l’accord, Nicolas Sarkozy eut été le bouc émissaire, en Europe comme en France. Cela étant dit, il n’y aura aucune raison de fanfaronner aussi longtemps que les pays européens n’auront pas réglé deux problèmes de fond, et d’abord celui de la cohérence de leurs économies. Une Europe rassemblant des pays qui roulent en TGV comme l’Allemagne, en TER comme la France et en voiture à cheval comme la Grèce est structurellement fragile et à la merci des événements du monde. Ensuite cette Europe doit pouvoir agir aussi vite que les agresseurs, ce qui suppose de prendre des décisions à la majorité qualifiée et non plus à la lente unanimité actuelle.
Tant que ces questions ne seront pas résolues, même si l’on a le meilleur capitaine des pompiers et les meilleurs pare-feu, on ne pourra pas maîtriser durablement les incendies.
DSK : On l’a échappé belle !
Le temps passe très vite. Il y a six mois à peine, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, laissait filer avec Anne Sinclair les petits cailloux annonciateurs de son entrée dans les primaires socialistes pour la candidature à la présidentielle 2012. DSK pulvérisait ses rivaux socialistes dans tous les sondages et battait largement Nicolas Sarkozy au second tour. Le presque président profitait de ses passages à Paris pour rencontrer les rédactions des journaux amis et leur distiller quelques confidences. Et puis il y eut les ratés de la Porsche, les révélations sur la fortune, et l’affaire de New York qui emporta tout sur son passage, le futur président et son formidable dispositif de communication politique. Ecarté des primaires et de la campagne présidentielle, DSK, non blanchi parce que non jugé dans les deux graves affaires le concernant (Diallo et Banon), entreprit alors un itinéraire de réhabilitation politique avec un acte de contrition très peu convaincant sur TF1 au micro complaisant de Claire Chazal. Tel le Phénix renaissant de ses cendres, allait-on retrouver bientôt DSK sur la scène politique française en cas de victoire socialiste ? Cela eût été indécent et déplorable, mais certains s’y employaient activement. Jusqu’à l’affaire de prostituées, de partouzes et d’échangisme découverte à Lille, dans laquelle au moins quatre personnes mises en examen ont impliqué DSK. Cette fois, l’ex-futur candidat à l’Elysée risque d’être poursuivi pour des délits allant du proxénétisme à la corruption en passant par le recel d’abus de bien social. Imaginez que tout cela ait éclaté en pleine campagne présidentielle de DSK, avant le premier tour, voire entre les deux tours. Les boules puantes seraient devenues des bombes puantes. L’image de notre pays, les Français en général et les socialistes en particulier l’ont échappé belle !
vendredi 21 octobre 2011
Ne pas perdre son AAAme
Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur les agences mondiales de notation, elles exercent un rôle d’arbitre et de juge dans le système économique et financier mondial. On ne peut pas les trouver justes et bonnes quand on reçoit la meilleure note AAA et les trouver injustes et malhonnêtes quand elles nous sanctionnent par une mauvaise note ou un avertissement annonciateur de dégradation. Ce qui arrive actuellement à notre pays, la menace sur le triple A, est tout à la fois un constat de la situation actuelle et une anticipation de l’avenir.– Les socialistes, et parmi eux l’ancien ministre Michel Sapin, très proche de François Hollande, rejette la responsabilité sur la politique de Nicolas Sarkozy en déclarant que c’est la politique du gouvernement qui vient d’être placée sous surveillance. On peut répondre à cela que sans la réforme des retraites, la France aurait déjà été sanctionnée ! Mais sans doute que l’effort de rigueur et d’austérité est insuffisant. Il va falloir en rajouter une nouvelle couche qui frappera les classes moyennes et supérieures et le Premier ministre Fillon s’y emploie déjà.
– Pour autant les socialistes auraient tort de s’exonérer de responsabilités : l’annonce de l’agence Moody’s survient au lendemain même de l’élection de M. Hollande, celui qu’un sondage voit vainqueur dans six mois avec 62 % contre Nicolas Sarkozy. Les marchés et les agences de notation, comme beaucoup de Français, anticipent une victoire socialiste suivie d’un programme de dépenses mirobolant. Car même si l’UMP exagère largement le coût du programme socialiste pour le quinquennat en parlant de 255 milliards d’euros de dépenses nouvelles, ce programme a un coût très élevé. Tout le monde, majorité comme opposition, a intérêt à préserver la situation de la France car perdre son triple A, on l’a vu l’été dernier aux Etats-Unis, c’est pour un grand pays commencer à perdre son âme.
Abracadabrantesque
Les sondages réalisés depuis le sacre de François Hollande dimanche dernier se suivent et se ressemblent : 35 puis 39 % au premier tour pour le candidat socialiste, 62 puis 64 % au 2e tour. Le différentiel avec Nicolas Sarkozy serait donc de 24 à 28 % ce qui est abracadabrantesque. Pour remettre les choses en place il suffit de rappeler que l’écart du second tour oscille toujours entre 1 et 8 % depuis les débuts de la Ve République à l’exception du Chirac-Le Pen de 2002. Ces chiffres inouïs sont la conjonction de deux phénomènes. D’abord la surexposition massive des primaires socialistes à la télévision dont le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) n’a pris conscience qu’après coup, alors que l’on semblait baigner pendant un mois dans une France socialiste avec une télévision monocolore sans aucun contradicteur. Cela s’appelle tout simplement de la propagande et la série aurait dû s’intituler « les socialistes parlent aux socialistes ».Le deuxième phénomène est purement politique, c’est un rejet profond massif et souvent irrationnel de la personne du chef de l’Etat. On lui reproche tout à la fois ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait, son comportement et ses erreurs du début du quinquennat, sa fébrilité sur tous les terrains et l’absence de résultats en matière de chômage et de pouvoir d’achat. Les sondages ne sont pas un plébiscite de François Hollande mais un jeu de massacre contre Nicolas Sarkozy. Une partie de la droite déçue et du centre rejoint la gauche et le Front national dans cet exutoire « tout sauf Sarkozy ».
En sera-t-il de même dans six mois ? A l’épreuve des difficultés de la France et de l’Europe la statue du commandeur Hollande risque fort de se lézarder et son programme de devenir obsolète. Si dans le même temps l’actuel président réussit à éviter une catastrophe européenne il peut espérer revenir dans le match.
mercredi 19 octobre 2011
François l’enchanteur
Vendredi dernier, j’intitulais mon édito « Ce sera Hollande » ; depuis dimanche on sait que c’est bien François Hollande qui dans six mois affrontera Nicolas Sarkozy. Sa victoire aux primaires est nette et sans appel ; pourquoi et pour quoi en faire ?
– François Hollande a battu Martine Aubry parce qu’il a compris, mieux qu’elle, que la France de gauche a une envie irrésistible de battre Nicolas Sarkozy en 2012 et que cet appétit féroce d’alternance briserait impitoyablement celui ou celle qui donnerait l’impression d’affaiblir le futur candidat. Martine Aubry a été sanctionnée pour ses accusations : gauche molle, gauche du système resteront comme des exemples de ce qu’il ne faut pas dire, même si elle avait le droit de le penser. Hollande l’a emporté parce qu’il fut tout au long non agressif, serein et rassembleur ; les électeurs ont validé cette stratégie de l’homme tranquille.
– Mais c’est maintenant que les difficultés commencent. D’abord la réconciliation des socialistes autour de leur candidat ; elle fut catastrophique pour Ségolène Royal et je crois qu’elle se fera plutôt bien derrière Hollande, qui connaît par cœur les hommes et les femmes du PS. Les deux difficultés majeures seront pour lui de présenter un programme crédible face à la droite et d’être prêt à se mesurer à M. Sarkozy. Ce n’est pas tant l’expérience ministérielle qui manquera à Hollande, même s’il est le seul à ne pas avoir été ministre ; ce n’est pas non plus le talent politique, car c’est un grand professionnel. Ce qui peut être très dangereux pour lui, c’est d’être le grand favori, de se laisser bercer par la petite musique des sondages de victoire et de croire que, comme les primaires, la présidentielle est gagnée. N’a-t-il pas dit dimanche soir dans l’un de ses trois discours : « Je suis sûr qu’il ne sera plus là le 6 mai 2012 », à propos du président sortant ? Ce fut la phrase de trop de l’enchanteur François.
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