TOUT EST DIT

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mardi 12 novembre 2013

Hollande sifflé: l’homme et la fonction

Hollande sifflé: l’homme et la fonction



Le degré zéro de la réflexion politique ! Les sifflets à l’adresse du président de la République, hier sur les Champs-Élysées et à Oyonnax, en pleine commémoration du plus grand drame qu’a connu l’Europe, ne devraient susciter que mépris silencieux. 


Le dilemme est à chaque fois le même : n’en point parler au risque de banaliser des comportements lamentables ? Condamner au risque d’amplifier des provocations minoritaires ? C’est, de toute façon, un événement, ne serait-ce qu’en raison du nombre d’interpellations et de la condamnation du ministre de l’Intérieur, silencieux depuis quinze jours devant tout ce qui porte bonnet rouge.

Outre l’irrespect à l’égard de ceux qui sont tombés pour la France, cette bêtise antipatriotique, attribuée à des militants d’extrême droite, traduit d’abord une ignorance du sens même d’une commémoration et une confusion totale à l’égard de l’institution présidentielle.
Le Souvenir, avec un « S » majuscule, sert précisément à comprendre ce qui fait qu’à un moment donné on passe de l’argument aux armes, de la civilisation à la fureur. Commémorer, pour un Président, ce n’est pas défendre une idée partisane, mais incarner les valeurs de la République tirées de l’histoire.
Ceux qui ne l’ont pas compris sont incapables de dissocier l’homme, François Hollande, de la fonction. Si on a quelque chose à lui dire sur ses choix, ce n’est surtout pas le moment, le lieu ni la méthode.
La seconde réflexion qu’inspire cette délinquance politique tient à son caractère vain. À Quimper aussi on a vu des banderoles « démission ». François Hollande est légitime jusqu’en 2017. Faire croire le contraire répand une idée fausse qui ternit le pays autant qu’elle affaiblit son président.
Mais on ne peut pas s’empêcher de penser que ces comportements profitent d’une exaspération prête à faire fi de toutes les règles du débat public. Le climat général fait que des minorités se sentent autorisées à agir de la sorte.
Les bonnets rouges bretons se désolidarisent de cette action. Soit. Le Front national aussi. Mais on voit bien, à travers le symbole d’un couvre-chef devenu le marqueur de la contestation, à quel point les excès impunis deviennent source de mimétisme, d’inspiration ou de récupération.
On ne brûle pas des portiques et des radars, on n’enfonce pas le portail d’une sous-préfecture sous l’œil amusé de certains responsables, sans que ces actes, tardivement réprimés, inspirent les esprits les plus exaspérés, les plus primaires ou les plus extrémistes.
Manuel Valls pensait qu’à trop punir certaines expressions de la colère bretonne, il risquait de la décupler. Son attentisme inhabituel, sur ces terres socialistes et face à un mouvement déroutant, serait plutôt facteur de contagion à en juger par les dérapages un peu partout en France.
Au-delà des provocations d’hier, le malentendu, confirmé par les derniers sondages, entre l’opinion et François Hollande, est très profond. Qu’il garde son cap ou qu’il en change, il va devoir expliquer la France qu’il veut, le sens des efforts demandés. Mais il faut aussi que chacun admette que le vandalisme n’a aucune justification dans un pays où l’on a le droit, la chance, le devoir, de s’exprimer par le vote.

jeudi 2 février 2012

Bayrou fait le pari de la vérité

Et de deux. Après François Hollande et en attendant Nicolas Sarkozy, le troisième présidentiable de cette campagne, François Bayrou, a présenté, hier, son projet économique. L'un et l'autre ont le mérite de jouer cartes sur table et d'alimenter deux mois et demi de débats et de comparaisons.

Pour François Bayrou, qui ambitionne de figurer au second tour en lieu et place de Nicolas Sarkozy, il fallait accélérer le pas pour tenter de dégeler les sondages. Depuis le discours du Bourget, François Hollande a élargi son espace, contraignant le candidat centriste à faire entendre haut et fort sa différence.

Son projet retient d'abord l'attention par le fait que les masses budgétaires qu'il mettrait en oeuvre s'il était élu sont à la hauteur des déficits. À la différence du Parti socialiste, qui ne tarit pas la dépense publique et qui finance son projet par les seuls prélèvements nouveaux, François Bayrou propose les deux.

Le seul gel des engagements de l'État pendant deux ans revient à faire financer les économies par l'inflation, sans qu'il ne soit plus besoin d'emprunter pour boucler les fins de mois.

Seconde remarque qui renforce la crédibilité de son programme : les recettes - souvent des prélèvements nouveaux - sont fondées sur une croissance modeste, comprise entre 0,2 et 1,5 %, moitié moins que la prévision de l'UMP ou du PS. Autrement dit, tout surcroît d'activité dégagerait autant de marge de manoeuvre supplémentaire pour désendetter le pays et pour financer les priorités.

Troisième observation, le dosage retenu par François Bayrou rend difficile la classification de son programme. La droite lui reprochera d'imposer trop lourdement les hauts revenus. De revenir sur la défiscalisation des heures supplémentaires et sur la TVA sociale qu'il juge inefficace. De donner trop de pouvoir aux salariés dans l'entreprise.

La gauche, elle, dénoncera un plan d'austérité à cause de la remise en ordre - assez sévère - des finances publiques et d'une hausse - modeste - de la TVA.

Se voulant plus juste et plus cohérent que le bilan de la droite, plus réaliste et plus ambitieux que la gauche, plutôt flottante sur le retour à l'équilibre des comptes, François Bayrou reste ferme dans son « ni droite ni gauche ». Exemple : les effectifs de fonctionnaires diminueraient, mais plus selon le « un sur deux » jugé trop systématique de Nicolas Sarkozy. Et pas dans l'Éducation nationale, son autre investissement d'avenir, avec l'industrie.

Au-delà du fait qu'il sera jugé trop timoré par les uns, et trop sévère par les autres, le projet Bayrou, par son ampleur, pose tout de même la question de son impact sur la croissance. Injecter 50 milliards de moins dans l'économie et prélever 50 autres milliards de plus ne serait pas neutre. Mais existe-il d'autres traitements pour tirer le pays de l'anesthésie de la dette ?

La seconde et éternelle question est de savoir avec quels moyens politiques un président Bayrou ferait adopter son projet. Là, on est dans la politique-fiction. Lui, dirait dans l'espoir raisonnable. Mais face à une gauche dont la dynamique neutralise les velléités de dissidence, le candidat béarnais ne peut compter que sur un effondrement suivi d'un éclatement de la droite. En politique, un bon projet sans les bonnes alliances n'est que papier.

lundi 30 janvier 2012

Le Président et le candidat


À cause de la crise, le Président presque candidat gouvernera jusqu'au bout. En raison des sondages, le candidat encore Président devrait faire campagne.

L'urgence économique et sociale obligeait Nicolas Sarkozy à dire des vérités, pas toutes réjouissantes. L'urgence politique exigeait qu'il soit salué pour sa sincérité. En proposant des mesures tardives et parfois trop modestes pour être très efficaces, il jouait gros. L'importance de l'enjeu se mesure au nombre de chaînes de télévision mobilisées hier soir !

Le Président candidat va donc faire voter une mini TVA sociale. Son niveau laisse prévoir qu'elle n'aura pas plus d'effet qu'une petite dévaluation sur la compétitivité de nos produits à l'exportation. Elle inquiétera pour autant ceux pour qui la fin du mois commence le quinze.

Cette mesure de faible ampleur ¯ 13 milliards sur les 350 que paient les entreprises ¯ bouleversera d'autant moins l'économie que la main-d'oeuvre n'est qu'une partie du problème. Si, à coût égal, la France produisait plus de valeur ajoutée, la question se poserait autrement. Le vrai handicap réside dans le positionnement de ses produits et dans l'insuffisante force de frappe de ses entreprises pour innover et investir.

Quant au déblocage du marché de l'immobilier, au lancement d'une banque pour l'industrie, au développement de l'apprentissage et à la négociation du temps de travail ¯ mesures parfois empruntées à l'opposition ¯ certains se demandent pourquoi avoir tant attendu. Pourquoi faire du Schroeder ¯ l'ex-chancelier socialiste allemand, devenu le modèle à suivre ¯ huit ans après ?

Ces questions, qui demandent du temps et des remises en cause, relèvent plutôt d'un début de mandat que d'un projet, à 84 jours d'une présidentielle. Tous les députés le disent, eux pour qui tout ce qui déstabilise, à la veille d'une élection, présente un risque.



Le candidat Président est dans une situation tout aussi délicate. La tortue Hollande a pris une longueur d'avance dans les sondages. Le lièvre Sarkozy doit éviter de perdre du temps. Plus le calendrier file, et plus il sera difficile pour lui de réduire le retard dans les intentions de vote. L'expérience montre en effet que les socles électoraux se solidifient en janvier-février. Et pour les troupes de l'UMP, il n'est pas facile de mobiliser en faveur d'un candidat, même évident, qui ne se déclare toujours pas.

Mais il n'est pas facile, après avoir laissé filtrer qu'il présiderait jusqu'au bout, d'accélérer sa candidature sans donner l'impression d'être à la remorque du candidat socialiste. Il n'est pas davantage commode, pour un candidat déclaré, de représenter la France dans des sommets internationaux ¯ le futur traité européen sera signé début mars ¯ sans que le moindre propos soit suspecté d'électoralisme. Pour l'instant, il défend son bilan, redécouvre les syndicats, ironise sur les rêves à bon marché (dont la retraite à 60 ans), et invoque les souffrances des Français pour rester pudique sur sa réélection.

Le calendrier du candidat Sarkozy dépendra de l'impact de l'émission d'hier soir. Mais la montée en puissance de François Hollande, et surtout les menaces de Marine Le Pen et de François Bayrou, ses rivaux pour l'accession au second tour, pourraient l'inciter à presser le pas.

lundi 23 janvier 2012

À gauche et pour la France


Le mauvais score de Nicolas Sarkozy dans les sondages, l’élimination de DSK, l’échec de Nicolas Hulot, le retrait de Jean-Louis Borloo : les circonstances avaient tant joué en sa faveur que François Hollande n’avait pas eu à prendre beaucoup de risques pour gagner la primaire et monter dans les sondages.


Le danger, pour tout candidat, serait d’être élu faute de mieux et non pas pour ce qu’il promet et représente. Il ne suffit pas de gagner une présidentielle, il faut durer. Pour François Hollande, dont c’était hier la vraie entrée en campagne, l’enjeu était celui-là : montrer qu’il n’est pas le personnage flou et mou dont l’accusait Martine Aubry. Pas le porteur de projet vide, dont l’affublait Ségolène Royal. Pas la girouette que les couacs à répétition, grossis par la loupe sarkozyste, semblaient montrer. Il lui fallait prouver que sa gentillesse n’est pas une faiblesse déguisée.


Concurrencé par François Bayrou sur le terrain de la gouvernance, asticoté par un Jean-Luc Mélenchon qui s’érige en dépositaire de la vraie gauche, suspecté par les écologistes de faire peu de cas de l’environnement, il lui fallait borner son terrain électoral de repères visibles. Le niveau auquel il a situé son propos va sans doute rendre la tâche de ses compétiteurs plus rude. Et le débat plus passionnant.


Jean-Luc Mélenchon aura plus de mal à exploiter sa présumée indulgence envers la finance : c’est sur ce thème que François Hollande a été le plus sévère, à travers la fiscalité, la réforme des banques, la fin des stocks options.


François Bayrou aura plus de mal à cultiver l’exclusivité d’une autre gouvernance : le candidat socialiste promet une présidence participative et plus modeste, des pouvoirs partagés, une justice indépendante, une France plus décentralisée.


Sur le terrain international


Nicolas Sarkozy, dont la candidature ne pourra pas attendre éternellement, et même Marine Le Pen, devront l’affronter sur leur terrain favori après la promesse que la République rattrapera les caïds et les fraudeurs. Après son engagement à retrouver l’équilibre budgétaire avant la fin du mandat. Après les hymnes à la nation entonnés à maintes reprises.


Tous trouvaient le candidat socialiste trop franco-français, trop provincial ? Le voici qui s’avance sur le terrain international en Afghanistan, au Proche-Orient, en Europe bien sûr, promettant de renégocier le traité annoncé le 9 décembre, de renforcer la Banque centrale, de se battre pour la relance.


Sur la forme, enfin, François Hollande, par nature discret sur lui-même, soigne son portrait et expose l’histoire d’un homme volontaire, constant et convaincu. Il a tenté – réussi ? – de suggérer une image du président qu’il pourrait être.


Sur le papier, tout semble parfait. Cette construction ne vaut évidemment que si elle n’est pas démentie dès demain par des dérapages qui traduiraient des incohérences, des insincérités, des impossibilités à tenir tant de promesses. Elle ne vaut que si le chiffrage du projet ne déclenche pas la menace d’une nouvelle dégradation de la note française et un envol des taux d’intérêts. Elle ne vaut que s’il réussissait, une fois élu, à convaincre de sa capacité à associer les forces sociales et politiques au-delà de la gauche.


Autant de grain à moudre durant les trois mois, exactement, qui nous séparent du premier tour.

lundi 16 janvier 2012

Les présidentiables au pied du mur

Après la Grèce, l'Italie et l'Espagne, une agence de notation va-t-elle, chez nous aussi, savonner la planche du pouvoir ? C'est un comble, à cent jours du scrutin, que la question brutale de la réélection de Nicolas Sarkozy se pose parce que les gardiens du droit de spéculer en rond ont asséné un coup à la droite, leur alliée habituelle, et validé les reproches de la gauche, leur ennemie supposée.

Même s'il n'est pas glorieux d'annoncer une maladie quand le patient est déjà sous traitement, le mal politique est fait. Pour le président candidat, mal en point dans les sondages, l'histoire dira si ce vendredi 13 restera celui de la malchance. Et si la vérité et le courage, lors de sa prochaine adresse aux Français, réussiront à convaincre. Nicolas Sarkozy n'est jamais meilleur que dans la difficulté ? Le voilà servi !

Étonnamment tardive, la sanction de Standard & Poor's appuie là où ça fait mal. On a beau jouer les petits De Gaulle en rappelant que la politique ne se fait pas à la Bourse, un tel tohu-bohu signifie bel et bien qu'elle traduit la réalité et contredit Nicolas Sarkozy !

En sanctionnant la France, mais pas l'Allemagne, l'agence de notation fait pâlir l'étoile présidentielle. Elle affaiblit son autorité et sa capacité d'entraînement sur la scène internationale. Elle suggère que la mise en scène des multiples sommets européens « de la dernière chance » masquait bien la lenteur des réactions, la faiblesse des décisions et la profondeur des désaccords.

Lui qui a fait de la réactivité dans la crise sa principale arme fait douter de sa capacité à retourner la situation en sa faveur, en trois mois et demi. Les mesures attendues, outre qu'elles ressemblent à un tardif sauve-qui-peut, seront peut-être bonnes, à terme, pour la compétitivité. Dans l'immédiat, le seul transfert vers la TVA de 35 milliards de charges patronales  la fameuse TVA sociale  sera surtout douloureux pour le contribuable consommateur.

En creux, cette sanction valide le diagnostic de la gauche qui tire à boulets rouges, depuis quatre ans et demi, sur un « paquet fiscal » voté à contretemps. Qui déplore, depuis des mois, l'inadaptation de la Banque européenne. Et qui réclame un volet « relance » pour sortir de la crise, en retrouvant le chemin de la croissance et des recettes fiscales.

En creux seulement. Et François Fillon, le malicieux, a raison de se demander ce que les agences de notation penseraient du programme de François Hollande.

Le candidat socialiste ne peut pas se permettre le moindre message de laxisme sans s'exposer à une nouvelle dégradation dont la facture budgétaire et politique serait dramatique. Il ne peut pas aller trop loin dans la rigueur sans décupler les foudres d'un Jean-Luc Mélenchon à l'affût d'une cassure du PS, au profit d'un pôle élargi de la gauche radicale dont il serait le chef. Il ne peut pas ne rien dire sans risquer d'élargir l'espace de François Bayrou et de Marine Le Pen.

Son premier grand meeting, dimanche au Bourget, sera un indicateur de la capacité du candidat socialiste à offrir une alternative politiquement solide et économiquement crédible. Plus largement, il est à craindre que l'enjeu pousse les candidats à critiquer le plus possible et à proposer le moins possible. À s'entre-déchirer quand il faudrait rassembler.

lundi 9 janvier 2012

L'élection de tous les possibles

Et s'ils terminaient dans un mouchoir ? S'ils étaient quatre à pouvoir prétendre au second tour ?

La crise de la dette a révélé l'inconséquence des pouvoirs successifs. Son ampleur fait même douter des solutions de rechange. Elle complique l'écriture de projets qui ne seront dévoilés que tardivement. Elle nourrit le pessimisme des Français.

Comme si cela ne suffisait pas, la campagne déçoit. Au flou de François Hollande répondent les revirements de Nicolas Sarkozy sur la TVA sociale ou la taxation des flux financiers. Les invectives, les affaires du PS et les menaces judiciaires sur la majorité prennent le pas sur l'examen méthodique des vrais enjeux, au risque de renforcer la protestation et l'abstention.

Bref, loin d'éclairer et de mobiliser l'électorat, la campagne obscurcit l'horizon présidentiel, au point qu'il devient sage d'avoir à l'esprit des hypothèses inimaginables il y a seulement quelques semaines.

Scénario le plus probable aujourd'hui : l'opinion se fige, les écarts se réduisent un peu, mais François Hollande gagne. Scénario numéro deux : la cote du candidat socialiste s'érode. La crise atteint son paroxysme, et Nicolas Sarkozy, jour et nuit sur le pont, l'emporte à la force du poignet. Scénario numéro trois : le vainqueur n'est ni l'un ni l'autre.

Avant le second tour, il y a un premier tour. L'actualité nourrit les thèmes extrémistes. François Bayrou est poussé par un désir de plus en plus exprimé d'union nationale. François Hollande souffre d'une faible adhésion et Nicolas Sarkozy d'un fort rejet. Quand, en plus, les indécis représentent un électeur sur quatre, on se dit qu'un resserrement des scores est possible.

La responsabilitéde l'électeur

Dès lors, toutes les hypothèses acquièrent de la vraisemblance. À l'exception de Marine Le Pen, qui se heurterait à un front républicain, nous voici bien dans un possible jeu à trois entre François Hollande, Nicolas Sarkozy et François Bayrou.

Après le second tour, il y en a un troisième, les législatives. Un président n'est pas grand-chose sans une majorité parlementaire pour voter son projet. On peut privilégier le choix de la cohérence, les Français donnant une majorité de gauche ou de droite à un président de gauche ou de droite. On peut aussi imaginer une cohabitation. Voire, configuration inédite, un président ¯ François Bayrou en l'occurrence ¯ sans majorité propre.

Il ne s'agit pas, ici, de se livrer à un pronostic, mais de montrer combien le contexte élargit le champ des possibles. L'UMP seule, le PS seul et, a fortiori le MoDem seul n'auront pas l'assise suffisante pour gouverner dans la stabilité. L'avenir le plus probable dépendra de l'entente ou de la mésentente des forces qui vont de la gauche progressiste à la droite humaniste en passant par les centristes, les radicaux et certains écologistes.

On ne peut pas prédire qui occupera l'Élysée, au soir du 6 mai. On ne peut pas affirmer qu'il aura une majorité pour gouverner. Réjouissons-nous que l'avenir ne soit pas écrit d'avance. Mais inquiétons-nous, alors que la France connaît la situation la plus délicate depuis la guerre, de l'hypothèse où l'issue serait l'instabilité. Retenons alors la très grande responsabilité de l'électeur à qui il reste cent jours pour réfléchir.

mercredi 14 décembre 2011

Le paysage politique change

Normalement, l’annonce, hier, de la candidature de Dominique de Villepin aurait dû être un nonévénement. En quête d’argent, de militants, de signatures et de tranquillité judiciaire, le monsieur 1 % des sondeurs devrait être le compétiteur le plus ignoré. Or, voici que la droite, surprise par sa fougueuse persévérance, ne parle que de lui.

Concurrencé par l’extrême droite et le centre, Nicolas Sarkozy pensait la voie assez dégagée, après le retrait de Jean-Louis Borloo, pour effectuer un premier tour prometteur. L’incertitude FN, que l’on pressent plus puissant que ne le disent les enquêtes, et la multiplication des candidats – sept entre Bayrou et Le Pen – compliquent la tâche du Président.

Certes, tous les compétiteurs n’auront pas les moyens d’aller jusqu’au bout. Mais un pour cent par ci, un pour cent par là, peuvent suffire à provoquer un 21 avril à l’envers ou à cantonner le candidat de l’UMP dans un score médiocre. Dans cette affaire, pourtant, le plus intéressant n’est pas l’arithmétique, mais ce qu’elle dit de l’état d’une droite divisée sur des questions fondamentales.

La crise et le creusement des inégalités, accéléré depuis trois ans, accentuent la fracture entre deux droites autour de l’Europe, du social, de la sécurité, de l’immigration… Entre la « droite populaire », aile radicale de l’UMP, et le Front national, qui affiche un visage républicain et une aspiration à gouverner un jour, la porosité idéologique s’accélère.

En termes de valeurs, voire de propositions, les démocrates chrétiens et les gaullistes de la majorité ont autant à voir avec les centristes, et même la gauche progressiste, qu’avec cette droite conservatrice.

Recomposition en direct

C’est dans ce climat qu’il faut évaluer l’impact de la candidature Villepin, un homme allergique aux extrêmes. Elle est le signe supplémentaire qu’une défaite de Nicolas Sarkozy s’accompagnerait, ce que tous ses dirigeants redoutent, d’un éclatement de l’UMP. C’est avec ces lunettes qu’il faut regarder l’utilisation à la va-vite, hier, du thème du « made in France » pour recoller des pôles divergents de sa majorité.

La gauche n’est pas à l’abri de cet émiettement. Au fur et à mesure que François Hollande et François Bayrou semblent converger, sans bien sûr le dire, vers des solutions combinant rigueur, relance et égalité, montent des voix menaçantes. Dans le même débat qu’à droite – ouverture au monde/protectionnisme – le candidat socialiste se trouve en porte-à-faux avec une partie des écologistes, et surtout avec les amis de Jean-Luc Mélenchon et d’Arnaud Montebourg.

Mais il y a une différence avec la droite : dans les électorats de gauche, l’envie de chasser Nicolas Sarkozy du pouvoir est plus forte que les oppositions entre leurs leaders. C’est pour cela que François Hollande s’encombre peu des rodomontades qui viennent de sa gauche ou des concessions qu’on lui réclame. Il sait qu’une grande partie de cette opinion, par envie de changer d’ère plus que par adhésion à son projet, lui sera acquise.

Derrière la forte désapprobation envers Nicolas Sarkozy et la faible approbation de la gauche dure envers François Hollande, on assiste en réalité à une recomposition en direct du paysage politique.
Reste à savoir combien de temps les appareils résisteront aux forces qui les traversent.

jeudi 8 décembre 2011

La foi de Bayrou

On reconnaît d'abord le bayrouisme à ce qu'il refleurit à chaque présidentielle. « Il sera président », avait osé un jour François Mitterrand. Lui, François Bayrou, l'adepte du temps long, s'est persuadé qu'à soixante ans, au terme de cette troisième tentative, il sera le roi, pas un simple faiseur de roi.

Mélange de foi et de réflexion, de culture et de rêve, le fondateur du MoDem est ainsi programmé. Une psychologie qui permet de survivre dans les déserts politiques les plus arides. Sa conviction et sa persévérance reposent sur quelques constats qui rallument l'intuition que son heure est arrivée. Qu'il est l'homme dont la France affaiblie et déboussolée a besoin.

Primo, l'élimination de Dominique Strauss-Kahn et le retrait de Jean-Louis Borloo lui ont rouvert un chemin qui s'était refermé depuis 2007. Secundo, l'actualité met en lumière son anticipation de la crise de la dette et de la manière d'y remédier. Tertio, personne ne pourra gagner sans l'électorat centriste.

Est-ce suffisant, la hauteur de vue en prime, pour l'emporter ? Et pourrait-il réunir, à l'Assemblée, une majorité de députés sans laquelle tout projet reste lettre morte ? C'est en répondant par la négative à ces questions que Jean-Louis Borloo a renoncé. C'est en y répondant positivement que François Bayrou remonte à cheval.

En attendant de savoir si une force incontournable sortira des urnes, il faut constater qu'il existe, au centre du paysage politique, une large communauté de vue.

Comment et avec qui ?

Jean-Louis Borloo vient de déposer une proposition de loi fiscale, visant la spéculation, qui ressemble étrangement au projet de François Bayrou. Sur la démocratisation de l'Europe, le patron du MoDem défend les mêmes idées que son frère ennemi Hervé Morin. Quand les humanistes de l'UMP condamnent le cumul des mandats, ils abondent dans son sens. Et quand François Hollande défend la création d'une nouvelle tranche fiscale, il dit la même chose que François Bayrou ou Dominique de Villepin. On pourrait multiplier les exemples.

L'homme en veut. Les idées sont là. Ne manquent plus « que » deux conditions : une stratégie et une méthode. Car le problème n'est pas tellement de définir des priorités. Tout le monde veut élever le niveau scolaire, réindustrialiser la France, baisser le chômage, moraliser la politique... La difficulté est de savoir avec qui le faire, et comment.

Une stratégie : équidistant entre la droite et la gauche, François Bayrou refuse de dire s'il penchera pour Nicolas Sarkozy, dont il fut l'opposant le plus incisif, ou pour François Hollande qu'il respecte. Cette indépendance lui a valu de perdre bien des élections. Cette fois, il fera un choix. Mais il se situe d'abord dans l'hypothèse audacieuse où, arrivé en tête, ce sont les autres qui auraient à se prononcer. Pour réussir, mieux vaut y croire.

Une méthode : elle est moins dans le bricolage gouvernemental que dans la capacité à mettre tous les acteurs de la société autour de la table pour reconstruire le pays. Dès lors que personne ne serait majoritaire dans l'opinion, il faudrait nous expliquer comment on dépasse les clivages partisans pour conjuguer les envies, les talents et les moyens. François Bayrou, comme d'autres, devra dire comment il compte y parvenir.

mercredi 7 décembre 2011

Désunion nationale

Feint ou sincère, l'appel de Nicolas Sarkozy et de François Fillon à l'union sacrée face à la crise n'a aucune chance de voir le jour. Le semblant de débat, hier, à l'Assemblée nationale, leur en aura apporté la confirmation.

En période présidentielle, l'opposition ne fait pas ce genre de cadeau au président sortant. Après vingt-trois sommets européens depuis le début de la crise, et autant de promesses de solution, la majorité ne peut compter que sur elle-même pour déjouer la menace des agences de notation.

Seulement, l'accord Sarkozy-Merkel de lundi sème le trouble à droite. Il est rejeté par le Front national, pour qui l'actualité est une mine inépuisable d'arguments. Il est stigmatisé par le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. Et il est regardé en coin par l'aile « populaire » de l'UMP.

Pour occulter ces désaccords, le Président et le Premier ministre durcissent leurs attaques contre la gauche. Ils l'accusent de brader l'intérêt national. Ils tirent à boulets rouges contre la supposée irresponsabilité du Parti socialiste sans qui la « règle d'or » antidéficit ne peut pas être gravée dans la Constitution. Ils accusent ses dirigeants d'anti-germanisme alors même que François Hollande, Martine Aubry et surtout Jean-Marc Ayrault sont les meilleurs amis des responsables du SPD.

Pour calmer Jean-Pierre Chevènement, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon, et pour cimenter la gauche, le candidat socialiste, de son côté, souligne les désaccords avec la droite.

François Hollande rejette les appels à l'unité après des années, accuse-t-il, de division des Français. Il refuse de cautionner un accord européen qui, selon lui, ne prône que l'austérité et ne répond pas à l'urgence de la crise. Il réfute l'idée que le contrôle budgétaire échappe aux représentants du peuple. Il ironise sur des règles de gestion préconisées par un président qui s'en exonère depuis quatre ans. Il ignore une « règle d'or » alors que la Constitution et le traité de Maastricht prévoient déjà des garde-fous.

Pour des raisons de fond et de tactique, la crise durcit les positions et renvoie vers chaque camp la quête d'une majorité. Elle peut aussi ouvrir un espace au centre, au moment où François Bayrou entre en scène. On verra si ses solutions, souvent transversales, en feront une alternative à lui seul ou un simple allié d'un camp ou de l'autre.

Mais il ne serait pas sain de laisser la présidentielle se jouer sur le rejet plus que sur le projet. Pour cela, on a besoin d'entendre toutes les offres politiques, notamment celle de François Hollande.

On voudrait comprendre comment il compte casser la spéculation. Savoir qui paiera le redressement. Entendre comment on revient à l'équilibre des comptes en cinq ans tout en réamorçant la relance et l'emploi public. Évaluer quelles économies générerait une décentralisation plus poussée. Savoir à quelles conditions l'épargne nationale pourrait constituer un moyen de relance sans recours à l'étranger...

Cette période est très curieuse. Alors que la crise exige des solutions urgentissimes, la majorité renvoie, pour l'essentiel, la solution à un lointain projet de traité. Et les socialistes à une annonce la plus tardive possible du projet présidentiel. Tout cela parce que la seule certitude, c'est l'incertitude.

vendredi 2 décembre 2011

Une souveraineté...européenne

Pourquoi à Toulon ? Par plaisir d’aller défendre une perte de souveraineté en pays frontiste ? Par superstition, en espérant réitérer l’effet du discours du 25 septembre 2008 qui lui avait permis de frapper l’opinion et de prendre la barre de l’Europe ?
Trois ans après avoir annoncé la fin de la crise, la réforme du capitalisme financier et des agences de notation, la maîtrise de la dette, le président de la République risque de mettre en relief les limites de son volontarisme. Et d’afficher le temps perdu.
Alors, relativisant sa responsabilité en période électorale, il replace nos difficultés dans le temps : trente ans de laxisme, la faute à la gauche avec les 35 h (jamais abrogées) et la retraite à 60 ans, une Europe qui fonctionne mal… Il rappelle qu’aucune banque n’a fermé, note que les salaires et les retraites n’ont pas fondu, souligne que les amortisseurs sociaux rendent la crise moins douloureuse.
Bien. Mais face à l’urgence d’un effondrement de l’euro ? Face à des emprunts et à une dette qui risquent de devenir incontrôlables ? Nicolas Sarkozy met la discipline nationale au service d’une souveraineté… européenne.
Au plan intérieur, le message est assez convenu. Il confirme la rigueur pour amplifier le désendettement : réduire la dépense publique, ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux, travailler plus (heures supplémentaires), réformer le financement du modèle social, contrôler l’immigration, réfléchir au coût du travail, inscrire une règle d’or antidéficit dans la Constitution. La diète pour alléger la dette.
Le plus important, mais aussi le plus flou, c’est ce qu’a dit le Président de l’Europe. Qu’il faille un nouveau traité est une évidence. Mais il faudra du temps avant de construire cette Union plus politique - qui ne serait pas une super-administration qui dirait la règle et les sanctions - mais qui s’accompagnerait de davantage de démocratie. Qui lierait solidarité et discipline. Qui combinerait relance industrielle et réciprocité commerciale aux frontières de l’Union. À ce stade, on en reste au niveau des principes, pour après-demain.
Demain matin, à défaut de changer le rôle de la BCE d’un coup de baguette magique, la solution - qui sera précisée lundi - consiste à jouer solidaire et à harmoniser les politiques budgétaires et sociales pour réduire les écarts qui menacent la monnaie unique. Avec cette idée clé : on maîtrise mieux son destin et sa souveraineté à plusieurs que tout seul.
Cette idée, à cinq mois d’une présidentielle, est un risque pour Nicolas Sarkozy. À cause de ses désaccords avec Angela Merkel, mais aussi des différences d’approche au sein de la droite : le Front National, les souverainistes comme Nicolas Dupont-Aignan, ou la « droite populaire » au sein de l’UMP vont y trouver matière à se démarquer du président sortant.
Mais il est aussi un violent activateur de divisions à gauche. Quand on entend Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg, on voit bien que le clivage européen est moins entre droite et gauche qu’entre intégration et souveraineté. L’approche partisane qui caractérise la présidentielle ne facilite pas le consensus pour construire ce qui aurait dû l’être depuis le traité de Maastricht.

mercredi 30 novembre 2011

Campagne de crise

Le silence pèse aussi lourd qu'à la veille d'une guerre. Impressionnant et vertigineux : personne, jusqu'au plus haut de l'État, ne sait ce qui va se passer demain matin, avant Noël, avant la présidentielle. Personne n'ose même confier qu'il travaille sur un scénario noir, de peur que le seul fait de l'évoquer ne le déclenche. On marche au bord du précipice en croisant les doigts...

Au-delà des accusations ressassées contre les fauteurs de dette, la crise chahute le débat présidentiel. Elle permet au Président de garder l'initiative et de faire de chaque sommet et de chaque discours - le prochain, demain, à Toulon - le théâtre d'un nouveau suspense. C'est son seul mérite.

Pour la gauche, elle est un vrai casse-tête. Une récession ou une hausse des taux d'intérêts, du seul fait qu'elles sont possibles, obligent à revoir le projet. Un petit point en plus ou en moins se chiffrerait en dizaines de milliards.

François Hollande ne peut pas l'ignorer. Il le peut d'autant moins qu'il n'y a ni inflation ni dévaluation pour retrouver des marges de manoeuvres. Son principal levier pour trouver quelques moyens supplémentaires reste la justice sociale et fiscale.

Il n'est donc pas étonnant qu'il prenne ses distances avec le projet socialiste ou avec l'accord avec les écologistes, dont l'encre sèche encore. Ce faisant, il distille une sorte de message subliminal selon lequel il ne tiendra pas ses promesses. Il subit les débats plus qu'il ne les initie, comme sur l'énergie.

François Hollande va devoir dire vite ce qu'il veut et peut faire, autrement qu'en corrigeant ce qu'il a signé la veille ou qu'en réagissant aux critiques de ses alliés !

Union sacrée ?

Pour la droite, le fait que tous les pays, y compris l'Allemagne, pourraient perdre leur note n'est pas une consolation. Victime de la crise et de sa politique fiscale, elle ne peut plus réduire beaucoup la dépense publique sans prendre le risque d'accélérer la récession et de tarir la ressource fiscale. Elle ne peut pas davantage relancer l'économie et combattre le chômage par le déficit.

Pour Nicolas Sarkozy, l'autre difficulté tient à l'Europe. Les peurs qu'inspire la crise, et pas seulement en France, poussent au repli, au protectionnisme, voire à la sortie de l'euro. Or, la seule solution consiste à abandonner une part de souveraineté pour mutualiser nos politiques et porter nos fardeaux entre Européens. Même si l'opinion témoigne d'une conscience aiguë de la crise, cette contradiction sera difficile à dépasser dans l'isoloir.

Entre les deux, François Bayrou, dès ce midi, va proposer un chemin, le même qu'il y a cinq ans, lorsqu'il diagnostiquait avant tout le monde la malignité du cancer de la dette. Moins pris au dépourvu lorsque la crise est venue, il rêve d'une union des bonnes volontés au moment où la gauche est rappelée à l'ordre par son extrême gauche et la droite par son extrême droite. En témoigne le retour de thèmes - l'immigration, la délinquance... - qui détournent de l'enjeu central.

Faut-il rêver d'une union sacrée regroupant les modérés de tous bords ? La crise y pousse. Mais il faut mesurer le risque d'un front impopulaire : son échec signifierait qu'il ne reste comme solution que les extrêmes.

lundi 7 novembre 2011

L'heure de vérité

Douze milliards fin août, huit aujourd'hui : en moins de trois mois, c'est le second plan que décrète le gouvernement pour respecter ses objectifs de déficit, rassurer les marchés et convaincre les agences de notation. Annoncé il y a dix jours par le président de la République, il traduit une accélération un peu affolante des réajustements, qui pose autant de questions qu'elle n'apporte d'assurances.

Ce nouveau plan sera-t-il suffisant ? Les députés n'ont pas le temps de discuter le budget qu'il est déjà caduc. La commission des Finances du Sénat prévoit un besoin de financement très supérieur à ce serrage de ceinture, de l'ordre de quinze milliards.

Il y a un moment où le niveau des déficits monte si vite que les digues érigées à la hâte ne suffisent plus. À cause de l'addition des plans de rigueur qui, sans volet de relance, ralentiront la croissance, pas seulement en Grèce. À cause de la solidarité européenne qui coûte plus cher que prévu. Et des taux d'intérêts qui augmentent, y compris un peu pour la France.

Ne fallait-il pas agir avant ? « Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite », disait François Fillon en... 2007. Quatre ans après, les déficits ont doublé, la croissance ralenti, le chômage augmenté. Il faut savoir gré au Premier ministre d'avoir diagnostiqué, à temps, une situation qui aurait supposé, lorsque pointait la crise, que l'on ne diminuât pas les recettes. C'est quand il y avait de la création de richesses qu'il fallait lester les caisses publiques pour anticiper les coups de tabac.

Les tensions économiques soulignent ainsi une différence d'approche entre François Fillon, soucieux de limiter la dépense, et Nicolas Sarkozy, surtout enclin à alléger l'impôt, ce qu'ils n'ont réussi ni l'un ni l'autre. Le paquet fiscal ou la TVA dans la restauration apparaissent ainsi comme des mesures inappropriées que les difficultés obligent à revoir. D'où le sentiment d'un détricotage fiscal illisible, d'abord destiné à tenir jusqu'aux élections.

Cette rigueur est-elle gérable à six mois de la présidentielle ? Pour en limiter l'impact politique, on assiste à un clair partage des rôles. Le président de la République réserve son énergie aux grandes manoeuvres internationales, supposées valoriser ses mérites. Tandis qu'il revient au Premier ministre de dire aux Français qui paiera.

À l'exception de l'impôt sur le revenu, le plus sensible, la hausse des prélèvements obligatoires se chiffre en dizaines de milliards. Aller au-delà suppose une adhésion des Français à la rigueur, c'est-à-dire une pédagogie de la crise, conjuguée à une équité des mesures attendues ce midi.

Les malheurs du pouvoir sont-ils une aubaine pour l'opposition ? Après avoir donné le tempo politique pendant deux mois, voici François Hollande à la remorque de l'agenda présidentiel avec une équipe incertaine et un programme dépassé. Dans le creux médiatique de l'après primaires, et alors qu'il avait fait de la réforme fiscale sa colonne vertébrale, il ne peut pas se contenter de réduire Nicolas Sarkozy à un « animateur » de sommets. Toute attitude moqueuse risque de passer pour une incapacité à opposer au Président une alternative anticrise crédible.

L'heure de vérité a sonné et 2012 se joue désormais chaque jour.

vendredi 28 octobre 2011

De la corde raide

La crise a fourni, hier soir, à Nicolas Sarkozy l'occasion d'une prestation aussi attendue que millimétrée. Absent des plateaux télé depuis huit mois et dépossédé par le PS de l'initiative médiatique, le chef de l'État lie, sans l'avouer, son redressement personnel à celui de l'Europe.

Pour reprendre la main et réduire son retard sur François Hollande, il s'est montré pédagogue, déterminé, responsable et rassurant. Bref, il rappelle, avec humilité et application, qu'il tient la barre dans la tempête. Suivez mon regard... Quitte à privilégier la bouteille à moitié pleine, à travers quelques affirmations clés.

On a évité une catastrophe en Grèce. C'est exact. Mais le Président insiste davantage sur les 100 milliards effacés que sur les 260 milliards qu'il reste à Athènes à rembourser. En particulier, la récession provoquée par la rigueur risque de tarir les rentrées fiscales et de reposer le problème dans quelques mois.

On a sauvé l'Europe, oui. Mais il ne commente pas l'insuffisance du fonds de garantie s'il fallait supporter une défaillance de l'Italie ou de l'Espagne.

On a préservé le contribuable français. En tout cas, un échec à Bruxelles lui aurait coûté très cher. Mais il n'est pas tout à fait épargné : les banques paieront moins d'impôt à l'État, prêteront moins d'argent et rémunéreront moins les actionnaires pour compenser les milliards perdus en Grèce. Par ailleurs, le Président, obsédé par la convergence avec l'Allemagne, admet qu'il faudra trouver des milliards de dépenses en moins et de recettes en plus pour accompagner la baisse de la croissance.

Bruxelles a été une victoire politique. Nicolas Sarkozy a parfaitement rappelé que ce sont trente années de déficits budgétaires, donc de défaillance du politique, qui ont conduit à l'impasse actuelle. Il accuse la spéculation qui joue contre le contribuable ou le salarié, mais sans en tirer toutes les conséquences, par exemple sur la séparation des activités bancaires. En même temps, il montre que le volontarisme politique peut éviter le pire. Au prix, tout de même, d'exigences allemandes ou de dépendance à la Chine.

La France est un bon élève avec son triple A. Si les salaires et les prestations n'ont pas baissé, c'est, rappelle le Président, grâce aux réformes, les retraites par exemple. Mais c'est aussi grâce à l'augmentation, moins médiatisée, des prélèvements obligatoires en hausse de 50 milliards en un an. Nicolas Sarkozy admet et déplore que la France dépense toujours 150 quand elle gagne 100. Une pratique incompréhensible pour qui paie des agios pour dix euros de découvert !

L'Europe en crise et la mondialisation offrent à Nicolas Sarkozy, même s'il se défend de penser à sa réélection, une occasion de tâter l'eau de la campagne, comme le prouvent les attaques contre les 35 heures. Rien ne prouve que l'énergie mise dans le sauvetage si compliqué de l'euro, ajoutée au rappel des affaires, suffira à y voir plus clair et à dégeler les sondages demain matin.

En revanche, il ne faudrait pas négliger l'effet politique qu'aurait une telle séquence dramatique, non plus à six mois, mais à quelques semaines du premier tour. Ceci pour dire que l'actualité a des talents - on sent bien que les racines de la crise ne sont pas éradiquées - qui peuvent réserver des surprises.

jeudi 20 octobre 2011

Danse politique sur une poudrière

On ne nous dit pas tout ! Ni la droite qui nous embrume l'esprit avec des mesurettes sans rapport avec la gravité de la situation. Ni la gauche qui prétend financer une partie de ses promesses avec les fruits fiscaux d'une utopique croissance à 2,5 %.

De quoi parle-t-on sur les bancs du Parlement ? D'une taxe sur les sodas, d'un prélèvement sur le transfert des joueurs de foot, d'une légère surimposition des très hauts revenus... Ensemble, ils rapporteraient quelques centaines de millions. La belle affaire ! Le plan Fillon, malgré ses douze milliards de recettes en plus et de dépenses en moins, n'est déjà pas à la hauteur.

Regardons la réalité en face : en 2012, à côté des dépenses utiles, la France doit trouver plus de 200 milliards. La moitié pour combler les déficits du budget et de la Sécu, l'autre moitié pour payer l'annuité de sa dette.

Deux cents milliards - un milliard par jour ouvré ! - à condition que la croissance ne plonge pas. Que les taux d'intérêts n'augmentent pas sous la menace des agences de notation. Et que les déficits n'explosent pas pour cause de soutien aux banques et de solidarité européenne.

La conséquence est que le budget en débat à l'Assemblée risque d'être caduque avant d'être voté. Et qu'il faudra des décisions drastiques, dès dimanche à Bruxelles, pour sauver l'euro et l'Europe. Et dans les mois qui viennent pour éviter à la France de se faire taper sur les doigts par les agences de notation et de se laisser aspirer par une spirale récessionniste, en pleine présidentielle.

Les candidats dansent sur cette poudrière. La moindre promesse non financée de l'opposition ou l'affirmation par la majorité que les impôts n'augmenteront pas sont autant d'allumettes jetées sur les marchés financiers. Qui se fichent pas mal que la rigueur ou le laxisme soient de droite ou de gauche.

Et la moindre annonce qu'il faudra se serrer très fort la ceinture ferait courir à celui qui la prononcerait le risque d'une indignation sociale généralisée et d'une défaite politique.

Le résultat du 6 mai 2012, quoi que laissent penser les sondages qui placent François Hollande en apesanteur, n'est pas encore écrit. Une accélération de la crise, à deux mois de l'échéance - le scénario cynique qui prévaut à droite - pourrait profiter à Nicolas Sarkozy. N'a-t-il pas fait de sa réactivité de pompier international son meilleur atout électoral ?

À l'inverse, un plan de rigueur frappant davantage les classes moyennes que les riches, ou obligeant la droite à renier sa politique fiscale, donnerait raison à François Hollande, voire à François Bayrou. À défaut d'offrir la lune, ils pourraient toujours promettre plus de justice et plus de morale.

Pour l'instant, le pouvoir fait encore le pari de la méthode douce. Elle consiste à assainir lentement les comptes pour préserver le peu de croissance qui reste. Mais le spectre de la tour infernale interdit d'exclure une stratégie plus violente.

La manière dont la France, l'Allemagne et l'Europe s'extirperont de la dette déterminera largement la forme de la campagne et l'ambition des programmes. L'adaptation des projets vaut autant pour François Hollande, qui devra être très imaginatif pour réenchanter le rêve français, que pour Nicolas Sarkozy, de plus en plus le dos au mur.

lundi 17 octobre 2011

Un candidat légitimé

Ouf ! Pour les socialistes, la « primaire citoyenne » se termine bien. Très bien, même. Alors que la montée des tensions, ces dernières heures, laissait craindre des dérapages, cette curiosité politique a fait la preuve de sa pertinence.

Pour la droite, qui sait ce matin que son adversaire se nomme François Hollande, elle sonne l'heure de la contre-offensive et d'un retour au pluralisme après sept semaines de présence déséquilibrée dans les médias.

Pour l'opinion, la fin de cette séquence rose va permettre de varier les plaisirs et d'éviter la saturation.

Passé ce soulagement, une observation majeure s'impose : les électeurs de la primaire ont voté utile en choisissant François Hollande, considéré, à gauche, mais aussi à droite, comme le mieux positionné pour battre Nicolas Sarkozy. Notons, au passage, qu'il y a quelque cocasserie à voir le président de la Corrèze gagner grâce à une réforme du parti impulsée, il y a deux ans, par... Martine Aubry ! Et, soyons justes, après de nombreux mois d'une préparation psychologique et programmatique intense.

Ce résultat du second tour n'était pas acquis d'avance. François Hollande en a été inquiet jusqu'à la dernière minute. L'ardeur de la maire de Lille en fin de parcours, l'engagement des écologistes derrière elle et la dispersion des voix Montebourg ont entretenu un suspense - mobilisateur - qu'illustrent la poussée participative - près de trois millions d'électeurs - et l'évolution du corps électoral d'un tour à l'autre.

Pour le PS, la netteté du résultat était le meilleur scénario. L'écart est suffisant pour désamorcer les regrets du camp Aubry ; pour préserver, malgré les inimitiés, l'unité du parti et pour amplifier la dynamique autour d'un vainqueur indiscutable, contrairement à ce qui s'était passé pour Ségolène Royal en 2007. Il traduit même une envie de présidentielle et un désir de victoire que même les détracteurs de la primaire auront du mal à nier.

Pour l'UMP, la victoire de Hollande n'est pas la meilleure nouvelle. Plus insaisissable, plus difficile à combattre sur le terrain du bilan que la « dame des 35 heures », plus centré qu'elle sur l'échiquier politique, moins clivant et vif dans la réplique, il risque de refroidir les espoirs de la majorité au centre, surtout en l'absence de Jean-Louis Borloo. Il peut aussi compliquer la vie de François Bayrou dont certaines thèses, notamment sur l'exemplarité de l'État, sont voisines.

La gauche de la gauche, en revanche, va reprendre espoir. Jean-Luc Mélenchon pourra tirer profit de la thématique de la « démondialisation » mise en avant par Arnaud Montebourg et peu réaliste aux yeux de François Hollande. Les écologistes, qui affichaient leur préférence pour Martine Aubry, retrouvent un espace et quelques raisons supplémentaires de se démarquer du candidat PS.

Pour « réenchanter le rêve français », comme il l'a dit hier soir, François Hollande devra rassembler toute cette gauche. Et, d'ici au 6 mai 2012, lui, le gentil, le consensuel, devra faire la preuve qu'il sera assez fort, assez ferme, assez crédible pour construire sa seconde campagne sur autre chose que le rejet de la personne de Nicolas Sarkozy. Sur autre chose qu'un petit dénominateur commun synonyme de conservateur. Il lui reste sept mois pour convaincre qu'il peut être davantage un Schroeder qu'un Prodi.

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