TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mercredi 11 mai 2011

Grève générale en Grèce contre la rigueur

La Grèce tournait au ralenti, mercredi 11 mai, avec des transports perturbés, des administrations fermées et privée d'information, pour cause de grève générale contre un nouveau tour de vis attendu de la politique de rigueur appliquée par le gouvernement socialiste. A l'appel des centrales syndicales, GSEE du privé et Adedy du secteur public, ainsi que du front syndical communiste Pame, des milliers de manifestants doivent aussi défiler à la mi-journée contre cette austérité.

D'importantes forces de police commençaient d'être déployées dans la matinée sur le parcours prévu des cortèges, traditionnellement émaillés de violences imputées à des groupes autonomes. Trois employés de banque étaient morts le 5 mai 2010 en marge d'une telle manifestation, asphyxiés dans l'incendie de leur agence provoqué par un jet de cocktail Molotov.
INTERRUPTION DU TRAFIC AÉRIEN
La grève, la deuxième depuis le début de l'année, et la neuvième depuis le début de la crise grecque l'hiver dernier, va entraîner l'interruption du trafic aérien durant un arrêt de travail des contrôleurs de 12 heures à 16 heures, heure locale (11 heures-15 heures, heure de Paris). Les deux compagnies grecques, Olympic Air et Aegean, ont annoncé l'annulation respectivement de 33 vols intérieurs et un vol sur l'étranger et de 13 dessertes intérieures et deux sur l'étranger.
Les ferries assurant les dessertes des îles sont aussi restés à quai, et les trains en gare, y compris celui desservant l'aéroport d'Athènes, tandis que les transports urbains seront perturbés par des arrêts de travail. Le mouvement doit aussi affecter administrations, écoles et hôpitaux, tandis qu'aucun bulletin d'information n'était diffusé du fait d'une grève de vingt-quatre heures dans tous les médias.
Les syndicats protestent contre un durcissement de la cure d'austérité, assorti d'une intensification des privatisations, annoncés mi-avril par le gouvernement, un plan qui est actuellement évalué et discuté avec les représentants des bailleurs de fond du pays, Commission européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne.
PRÊTS SUPPLÉMENTAIRES
La Grèce est proche d'un accord pour des prêts supplémentaires de l'Union européenne et du Fonds monétaire international qui atteindraient 50 à 60 milliards d'euros en échange de privatisations importantes, rapporte la presse grecque de mercredi. A Londres, le coût d'assurance de la dette grecque contre un défaut de paiement était en baisse, mercredi, après ces informations.

"La Grèce devrait signer un nouveau mémorandum avec la troïka (UE-FMI-BCE) pour assurer la poursuite de son financement avec environ 60 milliards d'euros, en plus du plan de 110 milliards d'euros en cours", rapporte le quotidien Ta Nea. "Le nouveau prêt, s'il est approuvé, couvrira les besoins de 2012, soit environ 27 milliards d'euros, et ceux de 2013, qui sont estimés à environ 32 milliards d'euros", écrit Ta Nea.
En contrepartie, la Grèce devrait organiser un très important programme de privatisations, précise le journal, qui cite des sources de l'Union européenne et du Fonds monétaire international. Il ne donne pas plus de détails. Selon le quotidien financier Imerisia, la Grèce est proche d'un accord sur un nouveau prêt de 50 milliards d'euros qui sera garanti par divers actifs, dont des biens immobiliers.

Dynamite

C’est un de ces télescopages inattendus que la grande histoire réserve à la petite. Le jour même où la France baignait dans la célébration du trentième anniversaire de l’accession de la gauche au pouvoir, un des fantômes des années Mitterrand a ressurgi comme un diable: Bernard Tapie. Les affaires de l’homme d’affaires continuent donc d’empoisonner celles de l’État et inversement, tant elles sont intimement entremêlées depuis presque vingt ans. Tant la dangerosité de cet assemblage a survécu aux alternances.

S’il est établi que l’ancien président d’Adidas avait été clairement défavorisé au moment de la vente de l’entreprise par le Crédit Lyonnais, alors banque nationalisée, la réparation de cet abus est tout aussi clairement contestable. 240 millions de réparations attribués par un tribunal arbitral nommé par la ministre de l’Économie et des Finances: au-delà de l’ampleur de la somme, qui a choqué, cette construction ne pouvait que contrarier la morale républicaine là où, dans un pays civilisé, la justice aurait dû passer. Ajoutez à cela le soutien apporté par l’ancien et éphémère ministre de la Ville de Pierre Bérégovoy au candidat Sarkozy en 2007 et vous avez de la dynamite. Celle du soupçon de favoritisme. Celle du soupçon de l’arbitraire. Celle qui est prête à exploser aujourd’hui au visage de Christine Lagarde.

L’ouverture de l’enquête demandée par le procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, est beaucoup plus que la simple formalité de procédure évoquée par Bercy. La méthode employée par la ministre est officiellement suspectée d’irrégularité. Ce ne sont pas les médias qui «cherchent à salir» Mme Lagarde, comme elle l’affirme. C’est l’un des plus hauts magistrats du pays qui exige des éclaircissements sur d’éventuels «abus d’autorité» dans la prise d’une décision opaque.

Si la ministre devait se plaindre d’avoir été «livrée aux chiens» comme le gémit aujourd’hui Éric Woerth, ce ne sont pas les journaux qui seraient à incriminer mais la justice. C’est elle qui menace de la poursuivre sans qu’elle ait été le moins du monde harcelée par les journaux. Bien au contraire! Cette même semaine, les magazines, saluant ses compétences, et ses talents, en font une candidate très sérieuse à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la direction du Fonds monétaire international. Cruelle retombée sur terre au moment où elle rêvait de survoler l’Atlantique.

L’imprudence de Mme Lagarde aura sans doute été de suivre les injonctions probables de l’Élysée pour régler le dossier d’un ami du président à l’amiable. Le moyen du tribunal arbitral n’aura pas suffi à donner un semblant de légitimité à une opération trop trouble pour ne pas susciter la méfiance.

Pourquoi la Grèce a encore besoin d'aide

Athènes négocierait un nouveau prêt de 60 milliards d'euros auprès de ses partenaires européens et du Fonds monétaire international. Une information, bien que démentie officiellement, qui n'étonne pas les marchés.

Les «hommes en noir», comme les surnomment les Grecs, ont de nouveau débarqué à Athènes. Une équipe conjointe du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (BCE) est arrivée à Athènes ce mardi. Sa mission: évaluer les progrès réalisés par la Grèce sur le front des finances publiques. Son rapport sera rendu au conseil des ministres des Finances de la zone euro le 12 juin prochain. Les grands argentiers devront alors décider si le pays a mérité le versement suivant du plan d'aide du FMI et de l'Union européenne de 110 milliards d'euros. Soit une enveloppe de 12 milliards d'euros.

Visite cruciale

La visite pourrait être plus cruciale que prévu. Angela Merkel attend le rapport qui en ressortira pour décider quelle solution apporter au problème grec, a-t-elle déclaré en substance. «J'attends les résultats de cette mission (...) je suis d'avis que l'on pourra tirer des conclusions quand on en connaîtra les résultats», a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse ce mardi. Berlin fait face à une opinion publique très hostile à l'aide apportée à la Grèce.
Le rapport de la troïka pourrait provoquer le versement d'une aide financière supplémentaire. D'après un haut responsable gouvernemental grec cité par l'agence Dow Jones ce mardi, le pays compte obtenir 60 milliards d'euros supplémentaires auprès de l'UE et du FMI. Et ce en plus des 110 milliards d'euros promis au printemps dernier.
Le ministère grec des Finances, ainsi qu'un officiel de la zone euro, ont officiellement démenti mardi toute négociation sur une nouvelle aide. «Il n'y a aucune certitude sur ce dont la Grèce aurait besoin dans le cadre d'un éventuel plan supplémentaire, voire s'il est possible d'en mettre un sur pied», a renchéri une source européenne citée par Reuters.
Malgré tout, les 110 milliards d'euros promis -et dont 53 milliards ont déjà été versés à Athènes- semblent insuffisants. En effet, l'aide ne devait s'échelonner que jusqu'à début 2012, la Grèce devant ensuite se débrouiller seule pour lever de l'argent sur les marchés. Cette perspective semble aujourd'hui irréaliste, vu les taux d'intérêt pratiqués aujourd'hui, qui atteignent, à deux ans, plus de 25%! Il faudra donc encore aider la Grèce en 2012.

Trouver au moins 40 milliards

L'ampleur d'un éventuel second plan pour la Grèce dépend de la hauteur des besoins financiers du pays l'année prochaine. BNP Paribas les a estimé à 66,6 milliards d'euros. Sur cette somme, «24 milliards seront couverts par l'enveloppe de 110 milliards déjà consentis par l'UE et le FMI ainsi que par l'argent des privatisations», a calculé Luigi Speranza.
Reste à trouver encore 40 milliards d'euros, au minimum. Si la Grèce n'arrive pas à réduire son déficit autant que prévu, comme le redoutent les marchés, il faudra trouver plus. Certes, le pays a réduit son déficit de 5 points en un an, a diminué le coût de son système de retraite de 12,5% à 2,5% du PIB et s'est lancée dans des réformes du marché du travail sans précédent. Mais «une profonde récession perdure malgré la reprise en zone euro, les déficits n'ont cessé d'être revus à la hausse et les revenus fiscaux restent loin des objectifs», liste Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank.

La faillite partielle

Dans ce contexte, le plan d'aide pourrait être prolongé jusqu'en 2013. Dans ce cas, il faudra octroyer à la Grèce, selon Jean-Pierre Robin, stratège chez Natixis, un prêt supplémentaire de 30 milliards d'euros: «Le Fonds européen de stabilité financière, garanti par les pays les plus solides de la zone, pourrait lever l'argent nécessaire à la place d'Athènes.» Aux yeux des marchés, cela revient à un tour de passe-passe: remplacer progressivement de la dette grecque par de la dette européenne.
Certains responsables allemands proposent un autre plan: organiser la faillite partielle de la Grèce. Avec cette solution, s'est alarmé toutefois mardi Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la Banque centrale européenne, «le gouvernement grec n'aurait plus de fonds suffisants pour payer les retraites, les salaires, les dépenses courantes. Un véritable krach économique.» Cela «mettrait le système bancaire à genoux», ajoute-t-il. Y compris en Allemagne.

Assistanat ou équité ?



mardi 10 mai 2011

Allô, Tonton ?

François Mitterrand aimait laisser du temps au temps, et le temps le lui rend bien. Il lui offre une confortable popularité parmi les Français et un triomphe d’estime dans les médias, généralement bienveillants avec un président qui, pourtant, ne le fut guère avec eux.

Cet homme que ses plus farouches adversaires disaient « du passé » est, dans notre présent compliqué, magnifié par l’imparfait.

S’il est naturel que ce personnage de roman ait marqué les esprits et le pays, il est plus surprenant que son bilan s’affiche en positif dans la mémoire collective nationale. Comme si les déçus de la gauche et le « droit d’inventaire » réclamé par Lionel Jospin avaient été retranchés du « poids de l’Histoire », dont il se prévalait le soir de sa victoire.

Aujourd’hui, il apparaît surtout comme un héros de la nostalgie. Même ceux qui ne votèrent pas pour lui en 1981 savourent ces images du 10 mai — repassées en boucle — comme autant d’instantanés de leur jeunesse en fuite. Ce fut, pour tous, des moments d’intensité.

Une rupture, » historique » pour le coup, après vingt-trois années de pouvoir incontesté de la droite. Cette dimension-là, unique à ce jour, a compté pour beaucoup dans la légende : il reste à ce jour le seul président de gauche élu sous la Ve République. Dans un demi-siècle, voilà une grandiose solitude qui en fait une référence.

« L’œuvre » n’est pas si spectaculaire, et se limite à des réalisations des deux premières années à l’Élysée — ce sont les plus couramment citées — avant le tournant de la rigueur. Mais elle est suffisante pour symboliser un changement qui, ensuite, rentra assez vite dans le rang.

L’acquis le plus durable ne fut pas le plus populaire et même pas forcément de gauche. L’accélération de la construction européenne, puisqu’il s’agit d’elle, fut plus une profession de foi civilisatrice qu’un combat pour les masses…

Et sans l’adoption de l’euro avec le référendum sur Maastricht, le deuxième septennat, ne compterait pratiquement pas, oblitéré par une deuxième cohabitation, et la maladie.

Ce Mitterrand contesté qui descendit, lui aussi, dans des abîmes d’impopularité et quitta le pouvoir doublement à bout de souffle est aujourd’hui relégitimé par un peuple de gauche qui le plébiscite à plus de 85 %.

L’icône, assurément rentable, peut être brandie par tous ses héritiers. Allô Tonton ? Aucun d’eux ne va s’en priver au cours de la campagne ! Faut-il que le socialisme à géométrie très variable du seul président aux deux septennats soit toujours d’actualité ?

Dans les urnes peut-être. Par défaut sûrement. Mais pour construire un projet exaltant à proposer aux Français, il faudrait tout de même un peu plus d’imagination visionnaire que ce simple regard tutélaire. Un peu plus de cette audace nouvelle qui seule pourra ouvrir la voie vers la présidence.

ALLÔ TOTON ? POURQUOI TU TOUSSES ???

Mémoire sélective

Le tamis du temps ne retient-il que les réussites ? Le souvenir immédiat ne sélectionne-t-il que les échecs ? Ce qui expliquerait que nous n'ayons, de François Mitterrand ou de Jacques Chirac, qu'un souvenir anormalement positif, et de Nicolas Sarkozy qu'une vision exagérément négative.

On ne peut pas comparer des bilans qui se rapportent à des époques incomparables. Mais à un an de mai 2012, et après seize ans de présidence de droite, on s'interroge sur la signification de cette « tontonmania », spontanée ou entretenue, qui marque les trente ans de la seule présidence de gauche de la Ve République.

Le « droit d'inventaire » revendiqué en son temps par Lionel Jospin était une manière de se démarquer d'un mitterrandisme dont la rose avait perdu de son éclat et les épines conservé leur piquant. Comme par hasard, aujourd'hui, on ne se souvient plus trop des épines.

On a presque oublié les trois dévaluations et le plan d'austérité du printemps 1983. Le coût des nationalisations. Les suicides à l'Élysée ou à Matignon. La double vie de François Mitterrand aux frais du contribuable. Son refus de réformer une Constitution tant décriée par le candidat, mais dont il s'accommoda si bien...

En revanche, selon que l'on était né ou pas né en 1981, riche ou pauvre, salarié ou patron, de droite ou de gauche, humaniste ou réactionnaire, on retient l'abolition de la peine de mort (contre l'opinion), l'impôt sur la fortune, la naissance des Régions, la mise en place du RMI, la 5e semaine de congés, la libéralisation des ondes, les grands chantiers culturels, la paix en Calédonie...

On se souvient du seul leader qui fut capable d'unir les gauches et de dépasser cette union pour gagner. On garde dans l'oreille la puissance de son verbe, utile pour convaincre les Allemands de renoncer au mark ou pour réorienter la politique de la France au Moyen-Orient. On se remémore le respect dû à l'homme de culture, à sa silhouette tranquille de père symbolique de la Nation, mystérieux et séducteur, auquel s'identifiaient y compris certains de ceux qui n'avaient pas voté pour lui. On salue encore son art d'imposer de la lenteur à la vie politique, de « donner du temps au temps ».

Ce qui est intéressant dans cette sélection que chacun opère à sa manière, c'est ce qu'elle dit de l'état du pays.

Elle illustre la perception insupportable des injustices. Elle paraît désavouer la recentralisation des pouvoirs. Elle semble déplorer une certaine conception de la vie publique et du fonctionnement de l'État. Elle exprime le souhait d'un rythme plus apaisé, d'une gouvernance plus modeste qui rassemble, rassure et donne à la fonction suprême une certaine majesté.

Mais qu'il serait naïf de vouloir réitérer 1981 ! Alors que tout le monde apprécie l'expertise de Dominique Strauss-Kahn, personne ne pleure l'incompétence économique notoire de François Mitterrand. Alors que chacun reconnaît la réactivité de Nicolas Sarkozy dans la crise, personne ne souhaite un président lent à comprendre les accélérations de l'Histoire.

En creux, il faut surtout regarder cette séquence « idolâtrie » comme un miroir du présent dans lequel la gauche veut voir se refléter un chef rassembleur et une envie d'alternance. Bref, la célébration de 1981 serait une nostalgie d'avenir. Candidats, faites-nous un beau dessein !

10 mai 1981: naissance des Trente calamiteuses

Après les Trente glorieuses (Les années cinquante, soixante, soixante-dix), voici les Trente calamiteuses. Elles débutent le 10 mai 1981 et s'achèvent actuellement, sous les yeux de Français irrités par ce qu'ils endurent, avec l'effondrement de la pensée magique. Instauré avec l'élection de François Mitterrand avant d'être repris par la droite mimétique, l'irréalisme politique est, en effet, le premier responsable de la somme des désastres qui s'accumulent et qui font grossir les rangs des déçus de la gauche et de la droite. Trente ans d'utopies, de dénis des faits, de mépris des gens et de méthodes Coué ont renforcé la méfiance des électeurs vis-à-vis de leurs représentants. Une époque s'achève, avec le trentième anniversaire de l'arrivée des socialistes au pouvoir. Cependant, le PS se réclame encore de cette période, qui ne vaut que pour la nostalgie qu'elle peut éventuellement inspirer.

Cet immobilisme du PS, incapable de briser les liens avec un mitterrandisme momifié, pourrait bien être la cause de son échec en 2012. Face aux faillites des idéologies, le bon sens commande de s'en séparer au profit de politiques pragmatiques et efficaces. Or la gauche ne semble pas prête à cette révolution des esprits, quand elle défend encore la retraite à soixante ans, les emplois aidés, le mondialisme et autres sujets qui mériteraient d'en finir avec les réponses toutes faites que propose son vieux logiciel. Même si la droite au pouvoir n'est guère vaillante, elle est en train de s'émanciper de cette glaciation intellectuelle qui donne à la gauche son côté Hibernatus. Une nouvelle manière de faire de la politique doit être imaginée, sur les champs de ruines laissé par les discours automatiques. Et, sur ce terrain, je crois Nicolas Sarkozy plus libéré et inventif que DSK ou François Hollande.

Je participerai, ce lundi soir, à l'émission de Pierre-Louis Basse sur Europe 1 (de 20h à 21h)

Je participerai, mardi, à un débat sur LCI (10h-11h)

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Depuis 1981, la vie a changé la gauche

Ce début mai est propice aux commémorations. Débuté ce week-end, relancé hier par Ségolène Royal, appelé à se prolonger demain, l'anniversaire du 10 mai 1981 mobilise à gauche. Il résonne aussi étrangement, une « génération Mitterrand » plus tard, comme un événement si proche et si lointain. Proche par la présence encore active de certains protagonistes, comme Laurent Fabius ou Lionel Jospin. Mais lointain, si l'on compare, par exemple, les « 110 propositions » de 1981 et le projet socialiste pour 2012. Même la météo marque la différence, entre la pluie battante qui tombait sur Paris tandis que le « peuple de gauche » reprenait la Bastille voilà trente ans et la sécheresse de ce printemps 2011… De quoi presque y voir un symbole des difficultés d'un PS en voie d'assèchement idéologique. La tendance ces jours-ci - à travers l'impressionnante floraison e et télévisuelle et dans la célébration socialiste - à réduire l'arrivée de la gauche au pouvoir au seul souvenir de François Mitterrand est un autre symptôme. Qu'il en ait été le principal acteur, qu'il ait su fédérer, incarner (et instrumentaliser) la dynamique de gauche, croissante tout au long des années soixante-dix, est indéniable. Mais cette personnalisation en dit long sur l'intégration de la logique « monarchique » de la Ve République, et aussi - en creux - sur un certain échec de la gauche au pouvoir après le « tournant de la rigueur » de 1983. Celle qui voulait « changer la vie ici et maintenant », comme le proclamait l'hymne du PS en 1981 apparaît surtout aujourd'hui changée par la vie et par l'idéologie néolibérale qui s'est imposée, ironiquement, pendant les deux mandats de François Mitterrand.

lundi 9 mai 2011

Europe : y a-t-il un Schuman dans l'avion ?


La nouvelle est passée inaperçue la semaine dernière. À une écrasante majorité, 180 voix favorables et seulement deux abstentions, les membres des Nations unies ont accordé le statut d'observateur à l'Union européenne. D'autres instances bénéficient déjà de ce statut, et ce gain en visibilité est avant tout symbolique. Mais justement, à l'heure où les Européens sont divisés sur des sujets lourds, ce vote onusien envoie un signal paradoxal. L'existence de l'Union en tant qu'acteur politique semble aller davantage de soi aux yeux du monde qu'aux yeux des Européens eux-mêmes.

Et pour cause. Soixante et un ans après la déclaration si visionnaire de Robert Schuman, aucun des six pays fondateurs de l'aventure européenne ne porte le discours politique de l'Union. Les accords internes à l'Union européenne sont à géométrie variable. Sur l'euro, les révoltes arabes, la guerre en Libye, la gestion des flux migratoires, la France et l'Allemagne, obnubilées par leurs échéances électorales, ne parlent plus d'un point de vue européen, mais sur la base d'intérêts strictement nationaux.

Même les fondateurs les plus traditionnellement enthousiastes, et souvent les plus décisifs dans les processus communautaires, la Belgique, les Pays-Bas et l'Italie, semblent avoir jeté le gant. L'une est à la dérive sans gouvernement, les seconds concentrés sur la montée de forces populistes, la troisième empêtrée dans l'inertie berlusconienne.

Compte tenu de l'évolution du mode de fonctionnement des institutions européennes, de plus en plus intergouvernemental, le résultat est ravageur. Les gouvernements font tout pour monopoliser la cabine de pilotage et, une fois dedans, ne parviennent pas à fixer de cap. Ils laissent au trio Barroso, Van Rompuy et Ashton le soin d'incarner la machine dans ce qu'elle a de plus indigeste : la faiblesse politique et la tracasserie administrative.

L'Europe a besoind'une parole forte

Il est temps que ce mécanisme pervers soit corrigé. L'Europe a besoin d'un discours politique pour affronter les grands défis du moment (économiques, stratégiques, humanitaires) et évoluer chemin faisant. Car non seulement l'absence de parole européenne forte ouvre un boulevard aux forces nationalistes de tous poils, qui sont plus habiles à manipuler la peur qu'à traiter les problèmes concrets. Mais ce silence est anachronique, au vu de l'évolution des rapports de force internationaux.

Dans moins d'une génération, des pays comme la Turquie ou l'Indonésie, sans parler du Brésil, de la Chine ou de l'Inde, auront allègrement gravi les classements internationaux en matière de richesse économique et de puissance. Aujourd'hui déjà, la Chine est le premier partenaire du Brésil, illustrant l'explosion des échanges Sud-Sud et le risque de marginalisation que court le Vieux Continent s'il ne s'organise pas.

L'Europe des vingt-sept, premier espace économique du monde, a un gabarit qui colle parfaitement à l'évolution multipolaire des relations internationales. Même si elle peut paraître tentée de lui tourner le dos, elle est, en fait, dans le sens de l'histoire. Avec, en prime, une expérience et des valeurs démocratiques que d'autres pôles n'ont pas. Ce qui fait défaut, c'est la volonté politique. Y a-t-il un Schuman dans l'avion ?

Apple devient la marque la plus valorisée dans le monde

Rarement dans l'histoire, la hiérarchie mondiale aura évolué aussi rapidement que lors de la dernière décennie. Et déjà, les acteurs de demain se profilent. 

C'est une surprise. Dans sa dernière étude, l'institut de conseil Millward Brown fait d'Apple «la marque globale la plus valorisée» au monde, tous secteurs confondus. La firme supplante ses concurrents, mais aussi, pour la première fois, des figures comme McDonald's ou Coca-Cola.

«Nous prenons en compte les performances financières de la marque, mais aussi sa force. Nous essayons de matérialiser l'intangible: le lien affectif du consommateur avec la marque», explique Laurent Dumouchel, pour justifier la progression d'Apple (+84%) en un an. La marque n'est plus simplement portée par le succès d'un produit phare, l'iPhone, mais par toute une gamme. Ce qui explique ce bon de 859% depuis la création du classement en 2006, pour atteindre 153 milliards de dollars, quasiment deux fois plus que Microsoft. Apple signe de facto un deuxième record, jamais depuis la mise en place de ce classement une marque n'a atteint de tels sommets tandis que le numéro deux, Google, plafonne à 100 milliards de dollars depuis deux ans, faute de nouveau relais de croissance. En outre, Google est de plus en plus concurrencé, notamment par Bing ! qui croît rapidement aux États-Unis.
Il faut descendre à la dixième place du classement «techno» pour voir la deuxième plus belle progression (+246%) avec Facebook qui s'octroie dix places de mieux en un an. Cela reflète le succès du réseau social, qui en quelques années est entré dans les mœurs de toute une génération.

Le commerce en ligne en vedette 

Dans le même ordre d'idée, les progressions d'Amazon et d'eBay symbolisent à elles seules l'importance croissante du e-commerce. C'est en quelque sorte un double ticket gagnant: un business model performant dans un secteur en constante progression, en dépit des aléas conjoncturels. Dans ce secteur, la marque a d'autant plus d'importance que la confiance que lui accorde le consommateur favorise le passage à l'acte d'achat.
Certains jouent aussi les prolongations, à l'image d'IBM qui fait de la résistance en haut du tableau. Le géant américain a eu beau céder ses ordinateurs à Lenovo, sa marque n'en conserve pas moins toute son aura auprès des consommateurs. Au passage, IBM s'offre le luxe de devancer la marque Microsoft. Cette dernière stagne, faute notamment d'être parvenue à s'imposer dans les deux marchés offrant le plus de perspectives de croissance: le smartphone et la tablette. La relative bonne tenue de BlackBerry ne doit pas faire oublier que la marque est légèrement sur le déclin, faute, pour elle aussi, de n'avoir pas su prendre suffisamment vite ce virage. Une lacune qui coûte beaucoup plus cher à Nokia. Le finlandais a beau rester le premier vendeur de téléphones mobiles (en volume) dans le monde, il ne fait plus rêver. La valeur de sa marque et sa capitalisation boursière chutent de concert, marquant les doutes des analystes quant à sa capacité à revenir sur le devant de la scène. D'autres ont échoué, comme Yahoo! Autres symboles forts des années 2000, Cisco et Intel ont vu leurs capitalisations boursières s'effondrer avec l'éclatement de la bulle Internet et n'ont pas regagné le chemin perdu.

Comment les Grecs se sont mis au régime sec

Reconnaissant avoir vécu au-dessus de leurs moyens, les Grecs réduisent leurs dépenses.
Beaucoup doutent du résultat de leurs efforts, même s’ils sont décidés à rebondir.

Un an après son appel à l’aide financière, la Grèce vit sous le signe de l’austérité, sous la houlette de l’Europe et du Fonds monétaire international (FMI). Les Grecs apprennent désormais à vivre avec moins d’argent. Entreprises comme particuliers. Portraits.

« Nous avons vécu au-dessus de nos moyens »  Fotis, 52 ans, ancien vendeur de voitures

Voilà six mois que Fotis a liquidé son entreprise près de Thessalonique, dans le nord du pays. Ses ventes de grosses berlines avaient baissé de 80 % et les banques avaient coupé ses lignes de crédit du jour au lendemain pour restaurer leurs propres finances.  Il le reconnaît : « Nous avons vécu au-dessus de nos moyens. Avec l’argent de l’Europe, nous sommes passés presque du jour au lendemain d’une société qui subvenait tout juste à ses besoins, à un train de vie parfois luxueux, grâce au crédit bancaire. Les banquiers suppliaient entreprises et particuliers de contracter des emprunts : 80 % de mes voitures étaient vendues à crédit et je gagnais 8 000 € par mois. Le gouvernement lui-même nous encourageait à consommer, alors qu’il connaissait parfaitement la situation. »
Aujourd’hui, il en est revenu. « Si j’avais su, j’aurais préféré toucher moins et voir perdurer l’entreprise familiale créée il y a cinquante ans. » Avec sa femme, ils vivent aujourd’hui des loyers (2 200 € en tout) d’appartements qu’elle possède, comme beaucoup de Grecs. « Nous ne sommes à l’abri de rien : si je n’arrive pas à vendre mon local commercial à un bon prix, je croulerai sous les dettes », s’inquiète ce père de deux enfants, qui se dit pourtant bien décidé à « rebondir ».

« Nous n’achetons plus de nouveaux habits » Alexia, 39 ans, femme de ménage

Avec un salaire de 925 € net par mois, un mari au chômage depuis six ans et deux fils aussi en quête d’un emploi, Alexia n’a jamais pu s’accorder d’« extra ». Mais avec la crise, les hausses d’impôts et la flambée du coût de la vie, le maigre pouvoir d’achat de cette femme de ménage salariée a encore fondu. Pour la deuxième année consécutive, elle a dû renoncer aux seules vacances que la petite famille s’accordait auparavant : quelques jours « au village », à Kartidsa, à trois heures de route de la capitale, pour fêter Pâques avec ses parents.
Lorsqu’elle quitte son travail dans un foyer d’étudiantes du quartier populaire de Neos Kosmos, elle croise depuis quelques mois des personnes qui fouillent dans les poubelles à la recherche de métaux, papiers et tissus, afin de les vendre à des entreprises de recyclage. « Je n’avais plus vu cela depuis des années, souligne-t-elle. Jusqu’ici, la pauvreté concernait surtout les immigrés. À présent, certaines familles grecques en viennent à fréquenter les soupes populaires organisées par les paroisses. » Cette mère de famille avoue son « inquiétude » pour ses enfants. « Comment pourront-ils fonder une famille, se loger, s’ils ne trouvent pas d’emploi ? », demande-t-elle en astiquant nerveusement les meubles du réfectoire.
Dans ce pessimisme ambiant, elle nourrit tout de même un espoir. « Mon mari a perdu son poste de mécanicien parce que les gens, pendant longtemps, achetaient une voiture neuve plutôt que de réparer l’ancienne. Désormais, les garagistes vont retrouver de l’activité… » Avec la baisse des loyers, son mari pourrait même, échafaude-t-elle à haute voix, « ouvrir son propre atelier avec son fils aîné… »

« On ne sait pas si nos sacrifices améliorent la situation » Tania, 53 ans, avocate

Son bureau et ses archives sont parfaitement ordonnés. « Trop », soupire Tania, incapable de se rappeler depuis quand elle n’a pas reçu de nouveau client dans son petit cabinet d’avocate. « Il n’y a plus de transactions immobilières et les gens divorcent moins pour cause de crise… » Ses revenus sont passés de 1 500 € mensuels à zéro, mais elle doit toujours acquitter 300 € de loyer. « Désormais, seul le salaire de mon mari (2 500 €) nous fait vivre, avec nos deux filles étudiantes. Et la vie ici est presque aussi chère qu’en France, voire plus ! »
Tania exerce une profession accusée de frauder le fisc. « C’est vrai, 50 % de mon activité n’était pas déclarée, reconnaît-elle. Mais si j’avais du travail, je ferais aujourd’hui la même chose. Voler l’État, c’est normal ici : notre argent part dans les poches des politiciens ou pour embaucher des fonctionnaires à tour de bras. » D’ailleurs, après un an de rigueur, pas question pour elle de faire des efforts supplémentaires. « Je ne vois pas comment, répond-elle brusquement. Et on ne sait même pas si nos sacrifices améliorent la situation. Le gouvernement ne nous donne aucune perspective. C’est très angoissant. » Originaire d’une île des Cyclades, elle sait que des magasins y ferment. Les agriculteurs qui s’étaient lancés dans la construction ou le tourisme doivent retourner à la terre. Les insulaires rachètent des poules et des cochons. Certains jeunes veulent revenir sur leur île où la vie reste quand même un peu plus facile. « On s’y crée moins de besoins superficiels. »

« Je suis prête à des efforts supplémentaires » Maria, 45 ans, fonctionnaire

Depuis près d’un an, la fiche de paie de Maria affiche un salaire mensuel net de 1 050 €, contre 1 200 € avant la rigueur imposée par le gouvernement de Georges Papandréou. Ingénieur dans un laboratoire de recherches universitaire spécialisé en urbanisme, dans la région de Thessalie, cette fonctionnaire a vu son traitement réduit, comme toute la fonction publique, tandis que ses primes de Noël et Pâques ont été fortement diminuées.  Bientôt, une loi va augmenter son temps de travail de 37,5 heures hebdomadaires à 40 heures. « Ce ne sont pas de gros efforts, comparés au secteur privé, estime-t-elle. Mon mari, qui tient sa petite entreprise d’équipements électromécaniques, a vu son activité baisser de 30 % en 2010. » Elle a lu récemment qu’un tiers des entreprises du pays ont trois mois de retard dans le paiement des salaires…
Comme beaucoup de familles, le ménage et leurs deux enfants ont dû ajuster leurs dépenses. « Cet hiver, nous avons chauffé la maison à 17°, contre 20° les hivers passés. Nous réduisons aussi notre budget alimentaire. Et avec un super sans plomb à presque 1,70 € le litre, la voiture reste le plus possible au garage. Nous privilégions les transports en commun ou le covoiturage… Mes collègues de travail ont acquis les mêmes réflexes ! »
Finies, évidemment, les vacaaances à l’étranger une fois l’an. « Je serais prête à fournir des efforts financiers supplémentaires, assure-t-elle, mais je crains que ce soit insuffisant face au niveau de la dette. Il faut trouver d’autres recettes, comme une taxe sur les transactions financières. »

« Rien ne sera plus comme avant » Christina, 49 ans, chef d’entreprise

Christina en est persuadée. « Rien ne sera plus comme avant. On ne retrouvera pas la croissance passée de sitôt », affirme cette chef d’entreprise. Jusqu’ici florissante, sa société de conseil a perdu 40 % de revenus entre 2009 et 2010, explique-t-elle, livres de comptes à l’appui. Situé à Maroussi, une banlieue proche et cossue d’Athènes, l’immeuble aux façades vitrées qui abrite son siège social, peut aisément faire illusion.
Pourtant, Christina a dû engager une impitoyable réduction des coûts, renégocier le loyer et changer d’opérateur téléphonique et de compagnie d’électricité… Car l’environnement a changé : les clients allongent unilatéralement leurs délais de paiement de trois à cinq mois et le gouvernement réclame le paiement anticipé de certaines taxes. Cette mère de quatre enfants a dû se résoudre à licencier quatre de ses huit consultants.  La survie de l’entreprise étant vitale pour elle, son mari et leur fille aînée, avec lesquels elle travaille. Mais aussi sa belle-sœur, réceptionniste dans ses bureaux depuis la faillite en 2009 de l’entreprise de son frère, désormais sans emploi. « Et nous aidions déjà mes beaux-parents, dont la toute petite retraite a été gelée dans le cadre du plan de rigueur ! La famille constitue un ciment majeur de la société en Grèce », souligne-t-elle.
La traque au gaspillage s’est invitée à la maison. Les enfants doivent « éteindre la lumière en sortant d’une pièce, ne plus appeler les téléphones portables depuis une ligne fixe… », énumère cette femme élégante qui fait désormais ses courses dans une enseigne de discount – « inimaginable il y a quelques mois ! ». « Nous ne sommes pas les plus à plaindre. Je crains une explosion sociale. »

Grèce : un deuxième sauvetage se profile

Six ministres des Finances de la zone euro se sont retrouvés vendredi soir à Luxembourg, pour évoquer la situation financière de la Grèce. Une nouvelle aide européenne se prépare d'ici 2012.  
Les ministres des Finances de la zone euro espéraient garder leur réunion de vendredi soir, au château de Senningen, au Luxembourg, secrète. Peine perdue. Elle a été éventée, en temps réel, par le site Internet du magazine Der Spiegel, le plus réputé d'Allemagne, qui en a conclu, un peu vite, qu'il était question d'une «sortie» de la Grèce de la zone euro. Une nouvelle démentie de tous côtés, qui a suffi à faire plonger l'euro de 1,30 %, à 1,43 dollar, vendredi soir.
Si la sortie de l'euro était une rumeur «totalement fantaisiste», pour reprendre l'expression de Bercy, la situation financière de la Grèce était bel et bien au menu des discussions au grand-duché. Une situation tellement explosive, avec une dette de 350 milliards d'euros début 2011 (150 % du PIB), que ce rendez-vous ne figurait sur aucun agenda officiel…
Étaient présents à Luxembourg : Jean-Claude Juncker, le patron de l'Eurogroupe, qui a pris l'initiative de la réunion ; Christine Lagarde ; Wolfgang Schäuble ; l'Italien Julio Tremonti ; le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou ; la ministre espagnole, Elena Solgado, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, et le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn.
«Nous n'avons pas discuté de la sortie de la Grèce de l'euro ! C'est une idée stupide ! Nous ne voulons pas que la zone euro explose !», a insisté Jean-Claude Juncker à l'issue de la réunion, visiblement agacé. «Nous excluons aussi l'option de la restructuration, lourdement évoquée par les marchés », a-t-il ajouté. «La Grèce a besoin d'un programme d'ajustement supplémentaire», insiste-t-il.
Rejetée par la France, par la BCE, la Commission européenne et par le patron de l'Eurogroupe, qui redoutent l'effet de contagion à la zone euro (lire ci-dessous), l'hypothèse d'une restructuration de la dette grecque a néanmoins été évoquée, sous la forme «douce» d'un rééchelonnement de la dette. Mais elle n'a pas été retenue comme une hypothèse raisonnable, y compris par les Allemands. «Ce n'est pas à l'ordre du jour», assure-t-on à Berlin, même si les libéraux de la coalition font pression pour faire payer les banques, et, à défaut, pour que la Grèce quitte la zone euro…

Un trou estimé à 30 milliards 

Si l'on écarte ces deux options extrêmes, il ne reste qu'une seule issue : une nouvelle rallonge financière, au-delà des 110 milliards d'euros de prêts déjà consentis par l'UE et le FMI à la Grèce. Cette somme s'avère insuffisante aujourd'hui pour couvrir les besoins de financement de la Grèce jusqu'en juin 2013, date à laquelle expirera le plan de sauvetage actuel.
Pour combler un «trou» évalué à 30 milliards d'euros, avant que n'entre en vigueur le mécanisme européen de stabilisation (MES), une nouvelle forme de sauvetage a été envisagée, à Luxembourg.
D'après le ministre grec des Finances, il s'agirait d'«utiliser la récente décision du Conseil européen autorisant le Fonds européen à racheter de la dette grecque  ». Ce n'est donc pas la Grèce qui reviendrait directement sur lesmarchés en 2012, comme prévu lors du premier sauvetage, mais le Fonds européen de stabilisation financière (EFSF), qui se porterait acquéreur de la dette nouvellement émise par Athènes, à la hauteur de 25 à 30 milliards d'euros. L'EFSF, emprunteur souverain noté «AAA» sur les marchés, est doté de 440 milliards d'euros de capacité de prêts.

dimanche 8 mai 2011

Pour les États-Unis, «al-Qaida n'est pas vaincue»

Malgré la mort de Ben Laden, la nébuleuse reste une menace pour les Etats-Unis, estime le conseiller d'Obama pour la sécurité nationale.

Au lendemain de la publication de vidéos montrant le chef terroriste dans sa retraite pakistanaise, le conseiller de Barack Obama pour la sécurité nationale est revenu dans une interview sur l'implication de la mort de Ben Laden pour l'avenir d'al-Qaida.
«Je pense qu'à ce stade on ne peut pas déclarer qu'al-Qaida a été vaincue stratégiquement», a déclaré Tom Donilon sur la chaîne de télévision NBC. Selon lui, le réseau extrémiste «reste une menace pour les Etats-Unis, mais nous avons réalisé une étape importante vers son démantèlement» avec l'élimination de Ben Laden le 2 mai.
Concernant le numéro deux d'al-Qaida, l'Egyptien Ayman al-Zawahiri, vu comme un potentiel successeur de Ben Laden, l'expert en sécurité a estimé qu'il était «loin d'être un chef» comme Oussama Ben Laden, même s'il est désormais «le terroriste le plus recherché du monde». Al-Qaida, qui a reconnu officiellement le décès de son leader, ne lui a pas encore désigné de remplaçant.

Pas de preuve qu'Islamabad savait

Tom Donilon est également revenu sur le degré de connaissances des autorités pakistanaises concernant la cache de Ben Laden. Aucune preuve ne permet d'affirmer qu'Islamabad savait où se cachait le chef terroriste, a-t-il déclaré. Néanmoins, «Ben Laden a bénéficié de certains réseaux d'aide à Abbottabad», la ville de garnison où il était réfugié, a estimé le conseiller présidentiel. Barack Obama a demandé dimanche dans une interview à la chaîne CBS que le Pakistan diligente une enquête sur le «réseau de soutiens» dont aurait bénéficié l'islamiste dans ce pays
Le premier ministre pakistanais Yusuf Gilani avait affirmé dans une interview jeudi au Figaro que les autorités de son pays ignoraient où se trouvait Ben Laden avant le raid. Mais cette théorie laisse de nombreux observateurs dubitatifs, car l'homme a pu vivre 5 ans selon une de ses femmes dans une villa tant luxueuse que mystérieuse construite à proximité d'une garnison militaire, sans être jamais embêté.
Quant aux nombreux documents retrouvés dans la villa d'Abbottabad, Tom Donilon les a comparés à une « petite bibliothèque d'université ». «Il s'agit de la plus grande masse de renseignements trouvée dans le repaire d'un terroriste», a déclaré le conseiller présidentiel. «Si nous recueillons des informations sur un projet de menace ou sur une menace imminente, nous agirons, c'est évident», a-t-il assuré.
Les autorités américaines ont révélé la semaine dernière qu'al-Qaida projetait de commettre des attentats contre des trains aux Etats-Unis, en prévision du dixième anniversaire du 11 Septembre.

LA MORT D'UN CHIEN N'A JAMAIS ANNIHILÉ  UNE MEUTE ENRAGÉE

Degüello

Les flonflons du 10-Mai, c'est la gauche qui joue à Sarkozy cette marche morbide de l'armée mexicaine avant l'assaut d'Alamo.

Le goût de cotillon remâché des beaux jours d’antan imprègne ce pays jusqu’à l’écœurement, et c’est petite surprise de voir les socialistes se complaire dans le 10 mai 1981, trente ans après… Et où étais-tu camarade ce jour où les ténèbres cédèrent la place à la lumière ? Et étais-tu heureux ? Et on fera même un concert à la Bastoche, où les espérants d’aujourd’hui enlaceront des sexas claudiquants, cette génération qui découvrit avec Mitterrand que l’assiette au beurre et les apparats de la puissance pouvaient être roses…

L’amour de l’Histoire a peu à voir là-dedans, au contraire : la contemplation des totems, la mythification de soi-même, et oublier ce que furent les manques et ce que seront demain les défis… Il y a aussi, dans ce bruit, quelque chose de cruel et de prématuré : les flonflons du 10-Mai sont un Degüello politique, à l’intention de la droite et de son chef. Le Degüello, du verbe degollar, égorger, c’est cette marche morbide de l’armée mexicaine, jouée devant Alamo avant l’assaut final, annonçant le massacre aux assiégés. Ainsi la gauche gambillante et le peuple commémorant annoncent sa fin à Sarkozy, promis dans un an au sort de Giscard, éparpillé au vent de l’Histoire par le retour du bien ?

Les souvenirs sont des leurres cruels. L’ignoble affaire des quotas du foot aura un seul mérite : retirer sa valeur prophétique à l’immense joie de 1998. Dans une France que travaille la méchanceté identitaire, nos héros se divisent sur les frontières de l’épiderme, et il faut donc être Thuram ou Vieira, ou le vieux Boli, pour s’écœurer sans réserve de la mise à l’index d’adolescents coupables de binationalité. Les Gaulois ne sont pas racistes, il ne s’agit pas de ça. Mais ils ne comprennent pas, simplement, et c’est la tragédie de ce pays, que la discrimination détruira notre société.

En une semaine, malgré Mediapart, le débat public s’est ramené à la défense de l’équipe de France et de son coach, blessé dit-on par les attaques. Comme d’habitude, les médias se trompent de victime ; ce n’est pas Laurent Blanc qui est à plaindre, mais les milliers de mômes qui réalisent soudain que dans le saint des saints du foot français, on glosait sur leurs infidélités possibles, qui comprennent qu’on pouvait les ficher sur leurs trahisons potentielles, que leur différence était inscrite dans leurs gènes : des transfuges prédestinés, petits Dreyfus en crampons au temps futile du sport-roi.

Il faudrait évidemment un geste terrible, une sanction violente venant de l’État contre cette fédération indigne, pour rétablir l’égalité comme valeur primordiale. Il ne viendra pas. La détresse des moins-Français pèse moins que la préservation d’un aimable grand homme ou du XI de France. Cet “allez les bleus” sonne comme le Degüello de la République."

Les mystères d'Abbottabad

Dans la ville-garnison pakistanaise où Ben Laden s’est réfugié dès 2003, les groupes extrémistes étaient chez eux.

Mohammad habite à quelques mètres de la dernière résidence fortifiée d’Oussama Ben Laden, à Abbottabad. Lundi, il racontait l’assaut de la nuit précédente : l’électricité coupée, le vacarme des rotors d’hélicos, les tirs. Il ajoutait : "Nous, on savait qu’il y avait des Arabes dans cette maison. Et on se doutait bien qu’il s’agissait de combattants étrangers". Depuis, ce jeune homme a été arrêté par les services de renseignement pakistanais. On ne parle pas impunément de la présence, si dérangeante depuis lundi, des occupants de la mystérieuse demeure cachée derrière les hauts murs sertis de barbelés.
Dans le grand bazar de la ville-garnison, on évoque désormais le sujet à mi-voix, comme Sajjad, vendeur d’armes dont la famille est enracinée à Abbottabad depuis des générations. Il n’est pas si étonné que l’homme le plus recherché de la planète se soit caché non loin de son magasin : "Oussama Ben Laden pouvait compter sur plusieurs structures, à commencer par les organisations extrémistes, confie-t-il. Abbottabad est un concentré du djihad. Vous y trouvez des militaires, les agences de renseignement et des antennes discrètes d’au moins trois groupes extrémistes : le Jaish-e-Mohammed, le Sipah-e-Sahaba et le Lashkar-e-Taiba. Bref, toutes les institutions qui se sont impliquées dans le djihad à partir des années 1980 et qui continuent avec l’Afghanistan".

"L’un des endroits les plus surveillés du pays"

L’armée compterait pas moins de 90.000 soldats sur place, avec trois corps d’infanterie, le corps des médecins et l’une des plus importantes académies militaires du pays. "Académie d’où sont sortis des généraux comme l’ancien président Pervez Musharraf et le chef des armées, le général Ashfaq Parvez Kayani", confie encore Sajjad, qui ajoute : "L’ISI (*) possède une douzaine de bureaux ici, sans compter ceux des services de l’armée, du ministère de l’Intérieur, de la police… C’est bien simple, Abbottabad est l’un des endroits les plus surveillés du pays". Un lieu discret où règne une entente cordiale entre militaires et extrémistes.
Petite ville lovée sur les premiers contreforts de l’Himalaya, Abbottabad se trouve en fait sur la route du Cachemire, à quelques encablures des camps d’entraînement de Mansehra, rouverts en 2005 pour former les futurs djihadistes. Des camps tenus par l’armée. "Le Jaish-e-Mohammed et les autres groupes extrémistes y ont leurs entrées. C’est là que leurs meilleures recrues sont formées", affirme Saad, jeune policier d’Abbottabad. Or, ce sont ces groupes qui ont accueilli puis aidé les étrangers d’Al-Qaida après leur fuite d’Afghanistan, fin 2001, quand le régime du mollah Omar s’est effondré. Sajjad, de son côté, ajoute : "Beaucoup de trafiquants sont établis à Abbottabad. À chaque fois que l’un d’eux s’installe ici, il bénéficie forcément de l’aide d’un officiel".

Le responsable des attentats de Bali était venu le voir

La région est en outre marquée par l’idéologie wahhabite, prônée par Al-Qaida. "Depuis trente ans, les responsables des groupes extrémistes font le déplacement à Abbottabad pour s’entretenir avec les officiers, qui partagent les mêmes idées qu’eux, radicales et violentes", raconte Saad. Umar Patek, le terroriste indonésien responsable des attentats de Bali (202 morts) en 2002, a d’ailleurs été arrêté sur injonction américaine fin janvier à Abbottabad. Il cherchait apparemment à s’entretenir avec Oussama Ben Laden et avait rencontré sur place au moins un membre du Jaish-e-Mohammed et des officiers. Une arrestation qui aurait conduit à celle de deux extrémistes français, deux mois plus tard à Lahore, dans l’est du Pakistan.
Grâce à ses complices, Oussama Ben Laden s’est en fait établi dans la région dès 2003, moins de deux ans après avoir fui l’Afghanistan. Il a vécu jusqu’en 2005 dans un petit village situé au sud d’Abbottabad, Chak Shah Mohammad, non loin d’un des principaux camps de réfugiés afghans couramment appelé Little Helmand, du nom de la plus violente province du Sud afghan. Quand le camp a commencé à être sous surveillance des services secrets afghans, alliés aux Américains, Ben Laden aurait été exfiltré jusqu’à Abbottabad. Où il vivait reclus depuis.
(*) Inter-services intelligence, services secrets pakistanais.

Avantage

Mitterrand superstar…

mais moins réformateur que de Gaulle. Alors que le trentième anniversaire du 10 Mai 1981 ressuscite une « tontonmania »,

les Français semblent plus partagés dans leur appréciation du bilan. Au point de donner l’avantage à ce général, dont le chef socialiste avait fait sa cible première. 

Selon un sondage, l’homme du 18 juin 1940 et père de la V e République apparaît largement, y compris chez les jeunes, comme celui qui a le plus changé la France au cours du demi-siècle passé. Il est vrai qu’il a donné au pays un cadre institutionnel si stable que François Mitterrand s’y est installé avec aisance, alors qu’il en avait été le principal pourfendeur.

La conversion a permis au président socialiste de rester quatorze ans à l’Elysée, mais avec deux cohabitations. D’où peut-être le sentiment d’un pouvoir entravé. Ce qui expliquerait aussi le faible score de Jacques Chirac, jugé moins porteur de changement que Nicolas Sarkozy. A croire que l’opinion salue volontiers les présidents puissants. Quitte à le leur faire payer lorsqu’ils bousculent trop les habitudes.

Relâchement

Incorrigibles,

les Français ! L’assouplissement

du permis à point à peine voté, les chauffeurs reprendraient leurs habitudes de Fangio.

Au risque de redevenir

des chauffards. C’est ce que dénoncent les associations de défense de la sécurité routière au vu des derniers bilans. Le nombre de morts sur la route a progressé de 20 % en un an sur avril et de 12,8 % depuis le début de l’année.

Certains avancent

des raisons climatiques :

la neige en hiver ; l’excès

de soleil au printemps,

qui a multiplié les sorties en voiture. D’autres dénoncent l’usage

du téléphone en conduisant

à l’origine d’un accident sur dix. Mais tout indique que les conducteurs se laissent à nouveau aller dès lors que la répression se fait moins lourde. Dommage ! La baisse significative

des tués constituait un net progrès.

Le chef de l’Etat maintient son objectif de moins de 3.000 morts, en 2011.

Pour l’atteindre, il faudra

à nouveau brandir le bâton. Comme si, ici, la capacité

à lever le pied

de l’accélérateur restait proportionnelle à la sanction. Qui parle de sens de la responsabilité ?

Face au gouffre grec

Juré ! La Grèce ne sortira pas de l’euro, ne reviendra pas à une drachme dévaluée en monnaie de singe et Athènes ne demandera pas la restructuration de sa dette colossale (environ 335 milliards €) ! Mais que de rumeurs, après une réunion des ministres des Finances de l’Eurogroupe à Luxembourg, une réunion que l’on voulait confidentielle, sans doute une erreur. Avec pour conséquence une brève déstabilisation de la monnaie unique.

L’incident montre une fois de plus la fragilité d’un système bloqué dans plusieurs impasses, qu’elles soient irlandaise, portugaise ou grecque, de loin l’impasse la plus tortueuse. Il est évident qu’Athènes ne pourra pas faire face à ses obligations. Sur les 110 milliards promis l’an dernier par les Européens et le FMI pour aider le pays à sortir de la crise, la moitié environ a été versée. En contrepartie d’une austérité drastique que l’État, sous la pression de la population, ne peut assumer. Ainsi, les privatisations ne donnent pas grand résultat et les impôts ne rentrent toujours pas. Un bon tiers des revenus en Grèce, au niveau des particuliers comme des entreprises, échapperait toujours au fisc. Et ceux qui paient l’impôt s’acquittent d’un minimum, grâce à un filet fiscal aux mailles généreusement taillées par tous les partis qui se sont succédé au pouvoir. Quant à une reprise économique, inutile de l’évoquer. C’est plutôt une récession encore aggravée par l’austérité, de l’ordre de -3 % ou -4 %, qui est attendue en 2011. Enfin, un autre fléau s’ajoute à tous les autres : l’évasion des capitaux ailleurs dans l’Euroland, par peur d’un retour à la drachme.

Cette éventualité, à l’efficacité hasardeuse et complètement irréaliste car une «nouvelle drachme » serait dévalué d’au moins 50 % par rapport à celle d’avant l’euro, inquiète bien au-delà de l’Europe. Et ouvre la voie à toutes les spéculations monétaires. Le mauvais exemple que donnerait la Grèce ferait, craint-on, tâche d’huile avec le risque de contaminer l’euro. Mais alors, comment sauver la Grèce de la faillite ? Par une restructuration de sa dette abyssale ? Le cauchemar des banquiers européens et des fonds d’investissements (donc également des épargnants qui, souvent sans le savoir, détiennent indirectement de la dette grecque) ! Une restructuration passerait par un «bouillon» que certains estiment déjà à 50 % des mises. Très vite, les instituts financiers en difficulté présenteraient de nouveau leur sébile aux États qui, tout aussi vite, se tourneraient vers leurs contribuables pour éviter de nouvelles faillites. En fait, la faillite de tout un système.

Alors, que faire ? Une «dévaluation interne», c’est-à-dire une baisse sur un pourcentage à deux chiffres de tous les salaires et tous les revenus grecs, comme osent le préconiser les obnubilés de la finance insensibles aux dimensions humaines ? Impensable… Octroyer une nouvelle perfusion à la Grèce, de 20 milliards d’euros ? De l’acharnement thérapeutique, en quelque sorte. Moins pour guérir le malade que pour faire patienter la famille Euro penchée à son chevet. Et incapable, au nom des égoïsmes nationaux, de donner une vraie gouvernance économique à la zone euro. Elle passerait par plus de fédéralisme autorisant aussi une nécessaire ingérence dans les affaires grecques. Mais «fédéralisme» est un mot tabou, indécent…


Les laissés pour compte se rebiffent

Les laissés pour compte du remaniement de novembre, marqué par un « putsch » UMP contre l’ouverture et contre la nomination de Borloo à Matignon, se rebiffent. Hervé Morin (Nouveau Centre), Jean-Louis Borloo (Parti radical) et Jean-Marie Bockel (Gauche moderne) étaient à Versailles hier pour poser la première pierre de la Confédération des Centres à naître cet été. La rupture avec le président de la République est consommée : si l’on en croit les discours, les centristes présenteront un candidat en 2012 et ils ne feront pas de cadeau à celui qu’Hervé de Charette accuse d’avoir « brisé le rêve », et dont Jean-Marie Bockel déplore la « stratégie de tension, de clivage, dans laquelle nous ne nous retrouvons pas ».

Les trompettes sont sorties, les drapeaux flottent au vent, mais Jean-Louis Borloo, le candidat pressenti, a encore un long chemin à franchir avant de se présenter aux suffrages des Français. Et ne lui en déplaise, il n’est pas sûr qu’il arrive au terme de son parcours, même s’il en brûle d’envie et si Hervé Morin est prêt à lui laisser la préséance.

D’abord, le centre ne se réunifie pas en totalité, loin de là. Le MoDem de François Bayrou reste à l’écart de la confédération Morin-Borloo qui affirme, de surcroît, son ancrage dans la majorité : plutôt que de la réunion des « centres », il convient de parler de la reconstitution d’un « centre-droit »… qui est loin d’avoir la puissance de la défunte UDF de Valéry Giscard d’Estaing.

Ensuite, l’espace est encombré. Villepin s’installe au créneau du « gaullisme social » et Bayrou a annoncé qu’il ne manquera pas le rendez-vous de 2012. Même s’il a perdu des plumes depuis ses 18 % de 2007, le leader du MoDem reste un gros morceau à avaler.

Enfin, l’UMP garde un pouvoir de coercition pour faire entendre raison au Parti radical et au Nouveau Centre : tous deux ont besoin des voix de droite pour faire réélire leurs députés (une quarantaine en tout, ce qui n’est pas rien) et tous deux sont aidés financièrement par le parti du président. François Bayrou, qui a rompu les ponts en 2007, a connu sa douleur : il ne lui reste, en tout, que trois députés. Pas sûr que les radicaux et les centristes, qui sont avant tout des notables, acceptent d’aller au casse-pipe pour le seul plaisir d’avoir un candidat à la présidentielle.

Les Etats-Unis diffusent une vidéo de Ben Laden devant sa TV





L’explosion d’un mythe

La crise actuelle au sein de la Fédération française de football a fait une victime : le mythe d’une France black-blanc-beur né de la victoire à la Coupe du monde de 1998. Cette année-là, notre pays se portait mieux et les Français s’y sentaient mieux. Etait-ce l’effet de la cohabitation au sommet de l’Etat d’un président de la République aussi sympathique que peu actif et d’un Premier ministre socialiste qui ne ménageait pas ses efforts avec sa dream team gouvernementale, où figuraient Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, mais on avait l’impression de vivre dans une République apaisée. D’autant plus que le chômage était en régression et le pouvoir d’achat en progression. La victoire de l’équipe de France fut la cerise sur le gâteau et la présence parmi les vainqueurs de joueurs aux trois couleurs fit naître le mythe. Black-blanc-beur, la France qui gagne et le rêve d’une nation où le racisme n’est plus de mise.
La France de 2011 n’est pas celle d’il y a treize ans, elle a connu une formidable crise financière, économique et sociale d’où elle commence à peine à sortir, affaiblie et endettée. Sur le terreau du chômage et du mal-vivre, le racisme prospère, Juifs d’hier, Arabes et Noirs d’aujourd’hui. Le football seul pouvait-il échapper à cette malédiction ? Non, hélas ! l’affaire des quotas, la maladresse d’expression des uns (Laurent Blanc) et l’activisme coupeur de têtes des autres (Thuram et Vieira) ont provoqué une profonde déchirure et la formation de blocs antagonistes où la solidarité de couleur l’emporte souvent. Quel naufrage ! Quel mauvais exemple pour nos jeunes !

La planète ne tourne plus rond

Mais qu’est-ce que c’est que cette météo qui n’est jamais là où on l’attend ? Rappelez-vous début décembre. L’hiver n’avait pas commencé que des tonnes de neige s’abattaient sur nous. Aéroports bloqués, automobilistes naufragés, pénurie de sel, vols planés sur les trottoirs et autorités dépassées. Et voilà que ça recommence. Dans le sens inverse cette fois. Vous vous êtes bien gelés avant l’hiver ? Préparez-vous à transpirer avant l’été. Avril a battu des records de chaleur et le mois de mai est déjà étouffant : températures estivales, clim à fond dans les voitures, sécheresse… Une étude révèle que la vente de boissons, de glaces et de crèmes dépilatoires explose. Il faut déjà ressortir les maillots et, pour le régime, c’est presque trop tard. D’où vient cette impression que tout se dérègle, comme si le contretemps devenait un nouvel art de vivre ? Même le foot s’y met, qui nous ressert une crise de nerf estivale, comme fin juin dernier lors du psychodrame de Knysna. Idem pour la présidentielle et ses candidatures avant l’heure, tant pis si l’élection ne se joue que dans un an. C’est la dictature de l’urgence. Connexion permanente, temps réel, info qui en chasse une autre, tout s’accélère. Un peu sonné, l’homme de la rue se demande s’il est encore de son temps. Regrettant la douceur d’un climat tempéré aux harmonieuses saisons. Mais voilà, l’époque ne fait plus dans la nuance, elle préfère les extrêmes. À en perdre la boule sur une planète qui ne tourne plus rond.