TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

lundi 30 mai 2011

Les parents et les « transparents »

Il n'est guère de semaine qui ne nous apporte une nouvelle technique de contrôle, de surveillance et de fichage au nom de la sécurité. J'ai ainsi découvert avec étonnement que mon appareil photo était équipé d'un GPS qui pourrait permettre de me suivre au gré de mes clichés. Aujourd'hui, presque toutes les entreprises de transport utilisent la géolocalisation. Et à terme, des puces électroniques placées sous la peau pourraient faire franchir une nouvelle étape dans le contrôle des individus. Déjà les nanotechnologies permettent d'envisager des dispositifs aussi gros qu'un grain de poussière, capables de voir, d'entendre et de communiquer à distance !

Quant à la vidéosurveillance en pleine explosion, nous en sommes, en France, à 600 000 caméras dont 45 000 publiques, loin, il est vrai, derrière la Grande-Bretagne dont les habitants sont filmés 300 fois par... jour. La tâche de surveillance par 4,5 millions de caméras est telle, que les particuliers sont invités à y participer moyennant prime, s'ils détectent des anomalies ou infractions.

Mais le plus inquiétant, c'est que cela paraît, aux yeux de beaucoup, et en particulier des jeunes nés dans cette culture, presque naturel et donc normal voire banal. Et pour trois raisons. Il y a, d'abord, le postulat selon lequel ce qui est commode est utile et donc bon. Ainsi du Pass Navigo, grâce auquel on entre dans le métro sans avoir à sortir sa carte, mais au prix d'un enregistrement du passage. Ainsi de la puce placée sous la peau, dans certaines boîtes de nuit, qui permet de consommer sans payer. Il suffit de passer l'avant-bras devant un lecteur.

Deuxième raison : l'axiome « Rien à se reprocher, rien à cacher », au nom duquel tout devient possible. Et enfin, ce qui inquiète le plus Alex Türk, le président de la Commission Informatique et libertés (1) : la perte du sens de la vie privée.

Dans la vie la plus ordinaire, conversations au portable infligées au voisinage dans les transports, avec les textes et images mis sur Facebook, Myspace ou Twitter. Un jeune sur cinq reconnaît s'être exhibé par « sextos », sur le Net ou par téléphone portable. 80 % des élèves de CM1 - CM2, soit 10-11 ans, sont usagers réguliers de Facebook.

Jean-Marc Manach, journaliste spécialisé dans les technologies de l'information et auteur de La vie privée, un problème de vieux cons ?, trace une ligne de partage entre les parents nés avant 1980 et les « transparents », les moins de 20 ans.

Comment expliquer les différences de perception ? D'abord par le fait qu'aujourd'hui, la vie intérieure et le retour sur soi ne sont guère encouragés ; l'extérieur et les séductions de l'apparence sont privilégiés. De surcroît, la vie privée est désormais tenue pour une vie sans contrôle - sous-entendu des parents et enseignants -, en sorte que l'espace public de Facebook apparaît plus « privé » que tout le reste, au prétexte qu'on peut s'y défouler. À ceci près, que les jeunes oublient, comme l'a souligné Bill Thompson, qu'« ils partagent plus de données, avec plus de gens, que le FBI de Hoover ou la Stasi, n'auraient jamais pu en rêver ».

Pour limiter la fracture entre la génération des parents et celle des « transparents », Alex Türk préconise une « instruction civico-numérique ». On ne peut que l'approuver.

(1) La vie privée en péril. Des citoyens sous contrôle, Odile Jacob, 2011.

Le remplacement de Lagarde à Bercy pourrait virer au casse-tête

La question se posera si la ministre part au FMI. La durée limitée de la mission pourrait freiner certaines ambitions.

Ils devront patienter jusqu'à la fin du mois de juin. Ce n'est en effet qu'à cette date que l'on connaîtra le nom du successeur de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du FMI. Si Christine Lagarde devait être élue, elle quitterait alors ses fonctions de ministre de l'Économie pour rejoindre Washington.
« En attendant, elle fait consciencieusement son job à Bercy. Pour préparer sa candidature à Washington, elle fait des heures supplémentaires », explique son entourage. Et si elle ne l'emportait pas ? « Elle serait ravie de poursuivre son travail à Bercy », indique diplomatiquement cette même source.
Toutefois, compte tenu des chances importantes de succès de Christine Lagarde de décrocher la direction générale du FMI, les prétendants à Bercy doivent commencer à faire valoir leurs arguments en coulisses s'ils veulent avoir une chance de briguer l'un des postes les plus prestigieux du gouvernement.
Distillés avec soin par l'Élysée, qui tranchera, des noms, des profils de candidats parfaits, alimentent les rumeurs. Au gouvernement, elles bruissent fortement. François Baroin ferait figure de grand favori. Si le ministre du Budget devait être choisi, il en serait fini de la structure bicéphale mise en place depuis 2007, qui séparait les finances publiques et leurs dossiers techniques (budget, fiscalité...) de l'Économie au sens productif du terme (industrie, commerce extérieur, PME...). Les noms de Valérie Pécresse, la ministre de la Recherche et de Bruno Le Maire, le ministre de l'Agriculture sont aussi cités. Reste à savoir si ces transferts au sein du gouvernement ne seraient pas plus déstabilisants qu'autre chose. À un an des élections présidentielles, la question mérite d'être posée.
La nomination d'une personnalité issue de la société civile est également envisageable. Cité quasiment lors des sept remaniements qui ont émaillée l'actualité politique depuis 2007, le nom d'Anne Lauvergeon peut encore apparaître. Mais cette éventualité se heurte au fait qu'elle mène une campagne active pour rester à la tête d'Areva, ainsi qu'à la durée limitée de cette mission à Bercy (jusqu'à la présidentielle). Cette faible durée pourrait d'ailleurs rebuter d'autres candidats.
Des experts réputés
La solution parlementaire pourrait être la solution la plus confortable. Le Parlement compte en effet un certain nombre d'experts réputés qui pourraient assurer l'intérim jusqu'aux prochaines échéances électorales, parmi lesquels Hervé Mariton. Il fut ministre des Dom Tom de mars à juin 2007 lorsqu'il remplaça François Baroin nommé ministre de l'Intérieur en remplacement de Nicolas Sarkozy parti faire campagne pour les élections présidentielles.

Martine Aubry peut voir la vie en rose

Début avril, le PS avait déjà affiché son unité lors d'un conseil national approuvant le projet socialiste. DSK était alors absent sur la photo à cause de ses responsabilités au FMI. Hier, lors de la validation définitive, et tout aussi unanime du document pour la présidentielle 2012, l'ex-homme providentiel - hors jeu depuis sa résidence à 35 000 dollars/mois - était encore présent dans les esprits. Mais pas au point de gâcher la liesse de ses camarades. Cette journée euphorique parachève une séquence parfaite pour Martine Aubry. En faisant approuver un programme partagé par tous (à défaut d'être vraiment innovant), elle clôt de belle manière ses deux ans et demi à la tête du Parti socialiste. Arrivée au pouvoir de la pire des façons après le congrès de Reims - déjà plus par « devoir » que par « désir » - la maire de Lille a réussi à redonner une identité collective minimale à une formation qui s'était réduite, pendant la décennie où François Hollande occupait son poste, à une simple addition d'ambitions personnelles. Dans ce contexte, sa référence au François Mitterrand de 1981 n'est pas totalement infondée. Jusqu'au 28 juin, date du lancement des primaires (et des luttes qui pourraient être du même niveau…), Martine Aubry peut peaufiner sa nouvelle stature d'« Angela Merkel à la française ». Pas forcément le plus mauvais profil pour affronter ses adversaires au sein du PS puis, peut-être, un Nicolas Sarkozy relancé et qui a d'autres raisons de voir, lui aussi, la vie en rose.

Vie publique, vie privée

Il n’était que 27 e dans le rang protocolaire du gouvernement. Pas un poids lourd assurément puisque pour prix de sa désertion du camp Villepin, il n’avait obtenu, en mars 2010, qu’un strapontin, et pas le plus glamour ni le plus enviable.

D’ordinaire, reconnaissons-le, le destin d’un modeste secrétaire d’État à la Fonction publique n’empêche pas la nation de dormir. Celui-là s’écrivait «en deuxième division!» raillent volontiers, et fort aimablement ses anciens collègues pour minimiser la portée du congédiement.

Mais la «démission» de Georges Tron a bien plus de poids que le portefeuille qu’il détenait. Elle s’est même déjà installée dans le top 5 des scandales. Ceux dont on se rappelle longtemps après quand l’actualité a fini par tout recouvrir du limon de l’histoire immédiate.

Il y a bien sûr le fond de décor - celui, inédit, de l’affaire Strauss-Kahn - et puis il y a cette extravagante histoire de fétichisme des pieds et de réflexologie plantaire débridée qui aurait dégénéré. Un scénario tellement invraisemblable qu’on n’aurait jamais imaginé l’inventer.

Franchement cette sixième démission d’un ministre en exercice en un an pourrait faire rire si aucune victime ne prétendait avoir souffert des assauts du démissionnaire. Elle fait tout de même désordre car elle crée un vrai malaise dans une société qui vit mal le déficit d’exemplarité de ses élites politiques, exaspérée qu’elle est par le faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais.

La République irréprochable promise aux Français en 2007 tord son béret entre honte et indignité devant ses propres manquements. A ce rythme, dans quel état arrivera la crédibilité du personnel politique quand s’élancera la campagne ?

On en tremble d’avance, car le feuilleton Strauss-Kahn a, comme il fallait s’y attendre, ouvert la boîte de Pandore.

Il y a fort à parier désormais que d’autres épisodes de ce genre, restés bien enfouis pendant des années, vont maintenant remonter à la surface, délivrés par une parole libérée.

Les affaires Tron et DSK ont ceci de commun que l’une et l’autre ne sont pas des histoires de sexe mais de harcèlement et d’agression.

Pas des histoires de bagatelles clandestines sur lesquelles la presse doit fermer les yeux si elles restent dans le cadre légal, mais de vrais crimes sévèrement punis par la loi. Pas de pudibonderie mais de respect de la personne humaine totalement bafoué par la désinvolture des puissants. On y retrouve, dans la voix de l’accusation, le même abus de pouvoir de celui qui détient l’autorité et le prestige. On y retrouve aussi la même passivité des partis, au courant de comportements limite, et même plus que limite. Ils ont laissé faire par commodité, par indifférence au nom d’un droit à la vie privée qui n’était que le paravent d’une coupable irresponsabilité.

dimanche 29 mai 2011

Au radar

Il y avait bien l’affaire Tron, effet boomerang de l’affaire DSK. La baisse du chômage. La crise européenne qui dure. L’avancée de la coalition en Libye. Mais on a peine à le croire: le sujet principal dans les couloirs de la convention UMP, c’est l’affaire des radars.
Les parlementaires sont assaillis de courriers. Des électeurs déçus menacent de ne plus voter pour eux. Ils font pression contre l’enlèvement des panneaux de signalisation des radars fixes. Et pour la limitation de leur nombre. La bagarre est relayée par le nouveau lobby des routes départementales, la Droite populaire - celle dont certains membres assimilent homosexuels et animaux…

À un an des élections, le gouvernement a choisi de manière courageuse - intrépide? - d’accélérer le combat contre la mort au volant. Des pandores seront à tous les coins de rue pour traquer le chauffard. On parle, ce qui est plus critiquable, de limiter les réseaux communautaires d’alerte. Tout cela s’est décidé de manière technocratique, après avoir laissé entendre que les mesures précédentes (permis à points) seraient desserrées. La répression mise en avant accroît l’impression de surflicage de la vie privée et d’une police de moins en moins de proximité.

Ah, le beau temps où un président de la République roulait en Porsche et demandait qu’on "arrête d’emmerder les Français avec leurs bagnoles" (Pompidou). Aujourd’hui, la France ne fait que rattraper son retard pour limiter la vitesse et réprimer la consommation d’alcool des conducteurs. Elle avait toléré pendant des années des comportements meurtriers au nom des vertus du vin national et de la voiture reine. Après quelques couacs dans son gouvernement, le Premier ministre a maintenu le cap. Tant mieux. Quand les gouvernants prennent des mesures antidémagogiques, ils méritent d’être soutenus. La politique ne peut se conduire au radar

Invisibles

Elles sont cinq familles en France, entre l’Yonne et l’Ariège, qui ne touchent plus d’allocations familiales. Peu s’en soucient, dans le bruit des actualités que l’on sait. On ignore qui elles sont, on devine simplement le manque financier qui doit s’ajouter à tant de détresse.
On sait juste que ces familles sont coupables des absences scolaires de leurs enfants. On connaît aussi l’auteur de leur disgrâce : Éric Ciotti, député UMP et président du conseil général des Alpes-Maritimes, qui a réintroduit dans notre droit cette punition financière. Une loi efficace, jure-t-on en haut lieu, qui aurait ramené 7.000 enfants à l’école, par peur, et tant pis pour ces cinq familles – 20 personnes, 30 ? – chassées de la bénévolence nationale.

Éric Ciotti est un personnage de notre République, qui fait du bruit à la droite de la droite, et réalise le rêve de tous les politiques : changer la vie. Éric Ciotti n’est pas un réformateur social, qui rendra notre société un peu moins insupportable ; mais il change la vie des faibles, qu’il pourchasse et stigmatise avec une constance remarquée. L’été dernier, il proposait, dans ce journal, d’envoyer en prison les parents des jeunes délinquants. Ce joli mois de mai, il vient de lancer une « brigade antifraudeurs », financée par son conseil général, qui traquera ceux qui abuseraient du RSA.

Un département, en charge de l’aide sociale, qui se proclame policier et y consacre 16 fonctionnaires : véhémente gabegie ! Le soubassement idéologique et l’effet de propagande – les chômeurs sont des tricheurs en puissance – ne sont pas inédits ; Patrick Buisson et Laurent Wauquiez les avaient installés, mais avec moins de sens pratique. Les incorruptibles de Ciotti feront rendre gorge aux miséreux, c’est plus commode que de taxer les fortunes. Ainsi s’installe une République brutale au prétexte de l’équité, où les mêmes paient toujours et encore. Victimes absolues, cibles anonymes qui n’existent que pour être blessées.

Dans l’horreur de l’affaire DSK, on redécouvre – l’avait-on oublié ? – l’abîme social qui sépare un gouvernant du monde d’une immigrée africaine à New York. Certains en tirent des leçons de morale faciles et odieuses. Ce n’est pas la richesse d’Anne Sinclair qui devrait intriguer, qu’elle n’a volée à personne, et qui n’a jamais influé sur les positions publiques de l’homme de gauche Strauss-Kahn. Mais il est bon de se rappeler ce qu’est l’existence des oubliés de l’actualité, que réveillent les seules tragédies.

La vie des peuples invisibles, là-bas, et ici aussi. Immigrés de nos chambres d’hôtel ; femmes brutalisées que les bruits médiatiques, entre DSK et Tron, renvoient à ce malheur qu’elles n’osent exprimer ; naufragés de la vie, éperdus de chômage et qui ne tiennent plus leurs gosses, et que tous les Ciotti du monde ne rateront pas. Invisibles de tous les pays, pardonnez-nous.

Zapatero a un héritier contre son gré

"Voie libre pour Rubalcaba", annonce La Vanguardia. Le ministre de l'Intérieur sera le candidat à la succession du Premier ministre José Luís Rodríguez Zapatero, qui ne se représentera pas en 2012. Sa principale rivale, la ministre de la Défense Carmen Chacón "très blessée, jette l'éponge" et ne se présentera pas aux élections primaires du Parti socialiste (PSOE), alors qu'elle était soutenue par Zapatero, explique le quotidien. Après une semaine de crise au sein du PSOE, provoquée par la lourde défaite aux élections locales du 22 mai, Chacón est "la dernière victime politique" de Zapatero, estime José Antich, le directeur de La Vanguardia. Le premier ministre "risquait une épitaphe politique de dimensions colossales : son parti fracturé et une démission forcée de son poste de secrétaire général". Un prix trop élevé, "même pour un politicien qui a demontré avoir plus de vies qu'un chat". Alfredo Pérez Rubalcaba est désormais "le seul filet de sauvetage des socialistes" face à l'opposition conservatrice, conclut le journal.

Après Mladić, une chance à saisir

En arrêtant le responsable du massacre de Srebrenica et du siège de Sarajevo, les autorités de Belgrade tournent une page sombre de l'histoire de leur pays. Mais elle ne doivent pas gâcher l'occasion de normaliser sa situation, prévient un éditorialiste serbe. 

Les services de sécurité serbes ont arrêté Ratko Mladić dans la maison de son cousin, à Lazarevo, un village près de Zrenjanin, dans le nord de la Serbie. Plus exactement, ils ont arrêté un citoyen qui se présentait comme Milorad Komadic, ce qui n’est pas sans rappeler l’arrestation en 2008 d’un certain Dragan Dabić, plus connu sous le nom de Radovan Karadžić.
La Serbie a ainsi tourné une page importante de son histoire en se dégageant – bien que lentement – de son passé guerrier. Un passé qui n’a plus d’héritiers politiques légaux, mais qui a fait de nombreuses victimes et engendré bon nombre de bourreaux. La Serbie a aussi soldé ses comptes avec la justice internationale.
Tandis que ce feuilleton macabre arrive à son terme, de nombreuses questions restent sans réponse. Pourquoi toute cette histoire a-t-elle duré si longtemps ? Pourquoi Mladić n’est-il pas depuis plusieurs années déjà à La Haye ? Pourquoi les gouvernements précédents n’ont-ils pu l’arrêter, pourquoi la “traque”, si tant est qu’il y en ait eu une, avait-elle toujours deux ou trois jours de retard par rapport au fugitif ? Qui, au sommet de l’Etat, notamment dans l’armée, aidait Mladic pendant toutes ces années ? Les responsables seront-ils poursuivis ? Les institutions de l’Etat, certaines, du moins, savaient-elles où se cachait Mladic et ne se livraient-elles pas à des calculs et à des marchandages inavouables ?
On peut se demander aussi si, pendant le mandat des gouvernements précédents, surtout celui de Vojislav Kostunica, il existait une véritable volonté d’arrêter Mladić et de l’envoyer à la prison du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye. Et si l’absence de volonté politique dans ce sens ne représentait pas une violation grave de la loi passable de poursuites judiciaires.

Mladić n'est pas le seul problème de la Serbie

Ce sont des questions légitimes et importantes, auxquelles le pouvoir actuel doit donner des réponses crédibles. Toutefois, ce qui importe aujourd’hui, c’est l’acte qui a permis de mettre fin à cette longue traque, l’acte qui donne une grande occasion à la Serbie de sortir d’un cercle vicieux. Il serait trop facile de croire que Mladić et Hadžić [le dernier fugitif, accusé lui aussi de crimes de guerre] constituent le seul et le plus grave problème de la Serbie sur le chemin qui mène aux institutions euro-atlantiques.
Mais, sans la résolution de ce problème, il ne pouvait y avoir de progrès substantiel, d’autant plus que la politique du gouvernement concernant le Kosovo se trouve de nouveau dans l’impasse, et en contradiction avec sa volonté de rejoindre l’Union européenne.
Quoi qu’il en soit, la nature de l’homme fait que les erreurs du passé s’effacent des mémoires devant les réussites d’aujourd’hui. En mettant fin à la cavale de Mladić, le président Boris Tadić et sa coalition politique [conduite par le Parti démocrate] ont prouvé leur détermination à tourner la page de la manière le plus éclatante possible. Cette arrestation est un aussi un coup porté à la droite nationaliste, qui va certainement donner de la voix : quelques manifestations auront lieu.
Mais cela s’arrêtera sûrement là, car la Serbie n’a plus de forces politiques capables de rassembler des foules autour d’un “héros serbe” comme Mladić. Rappelons-nous que Karadzic a été arrêté la veille de la scission du Parti radical serbe (ultranationaliste), qui a donné naissance à une nouvelle formation nationaliste, le Parti serbe du progrès. Celui-ci flirte désormais avec des idées proeuropéennes, certes de façon contradictoire et brouillée, mais qui excluent une confrontation avec la justice internationale.

Pas de sortie du cauchemar sans solution au Kosovo

L’arrestation de Mladić va aussi renforcer la position de la Serbie dans la région, car l’incapacité du pays – ou son manque de la volonté – à respecter ses engagements à l’égard de la justice internationale était son talon d’Achille, et pour les pays voisins le prétexte idéal pour ne pas respecter les leurs.
Aujourd’hui cette histoire est finie, la Serbie est presque définitivement sortie des années 1990. Je dis presque, car il ne peut y avoir de sortie définitive de ce cauchemar sans une solution durable au problème du Kosovo. S’il renonçait à faire sortir définitivement la Serbie de l’ornière, le pouvoir actuel aurait raté une occasion historique. Encore une fois, sa chance est là.

samedi 28 mai 2011

DSK : pourquoi ils n'ont rien dit

Ceux qui savent ne parlent pas. Ceux qui parlent ne sont pas entendus. Connivence ? Autocensure ? Légitime respect de la vie privée et de la loi ? Le «cas DSK» pose la question de l'omerta à la française.
Quinze jours après l'annonce de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn par la police de New York, la stupéfaction a laissé place à la polémique. Pour la grande majorité des Français, c'est une certitude: journalistes et politiques savaient et n'ont rien dit. Ils ne pouvaient ignorer les pulsions de DSK mais, comme d'habitude, ont refusé d'en parler dans leurs médias, dans le seul but de le protéger. La réalité est évidemment plus complexe.
Cette censure volontaire de la presse n'est pas uniquement liée à une volonté de protéger les puissants. Elle est dictée par la nécessité de respecter la loi. L'article 9 du Code civil est souvent brandi pour empêcher la parution d'articles ou de livres dévoilant des secrets intimes: «Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée: ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.» De quoi faire réfléchir plus d'un directeur de rédaction ou d'un éditeur avant de faire tourner les rotatives.
Ainsi, pour Dominique Strauss-Kahn, les rédactions n'ont-elles pas souhaité franchir le pas. Si le journaliste Jean Quatremer a publié sur son blog un article où il explique que «le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement», c'est parce que son journal, Libération, n'a pas voulu le faire, «au nom de la loi sur la protection de la vie privée», explique Laurent Joffrin, son directeur à l'époque. Quand Le Nouvel Observateur veut raconter en 1998 l'histoire du passage de DSK à une soirée particulière dans un club échangiste de la capitale, l'hebdomadaire prend bien soin de ne pas publier de nom. Mais procède par allusions : «Ce soir, il y a un plus: le ministre doit venir. Un vrai ministre. (...) soudain il arrive. C'est bien lui. Un léger frémissement parcourt les troupes. Deux femmes l'accompagnent, jeunes, grandes et minces. "Il fait plus gros qu'à la télé, tu trouves pas?" Son sourire est presque électoral. Il entre dans le salon, serre quelques mains, l'habitude sans doute. Une blonde d'une cinquantaine d'années le salue par son prénom. Il fait semblant de la reconnaître puis, sans plus s'attarder aux mondanités, s'engouffre dans la pièce du fond, traînant derrière lui ses deux compagnes, dont une qu'il commence à lutiner chaudement, dès le couloir. (...) "Tu crois qu'il peut vraiment devenir président?" murmure une des spectatrices à sa voisine.» Le Tout-Paris politique et médiatique comprend immédiatement. Le lecteur, c'est moins sûr.
Bien sûr, les couloirs des journaux bruissaient des rumeurs d'infidélité chronique qui couraient sur le compte de DSK. Bien sûr, les journalistes qui côtoyaient les services de police revenaient régulièrement avec des «tuyaux» un peu particuliers. DSK aurait été surpris par une patrouille en mauvaise posture un soir dans un endroit fréquenté par des prostituées. Rien d'illégal, même s'il s'agit d'un comportement peu compatible avec celui que les Français peuvent attendre d'un prétendant à l'Elysée. Mais comment vérifier une telle information? Comment être sûr qu'il ne s'agit pas d'une manipulation politique ? Officiellement, personne n'est au courant d'une telle histoire. Impossible d'avoir une confirmation de l'événement.
Jusqu'à son arrestation à New York, DSK a toujours su ou pu éviter le grand déballage. Grâce à ses communicants bien sûr, mais aussi à son réseau et ses amis. Il suffit de voir comment BHL, Jean-François Kahn et les autres se sont immédiatement mobilisés, cette semaine, pour le défendre, négligeant la victime présumée, une simple femme de ménage.
Dans leur ensemble, les médias français refusent de s'engager dans la voie des tabloïds anglo-saxons pour lesquels la vie privée peut s'afficher en une. Au fond, même les journaux people de France n'ont pas cherché à enquêter sur la vie secrète des hommes politiques en général et de DSK en particulier. Tout le monde s'en tient à la ligne rappelée la semaine dernière par Le Canard enchaîné : «DSK courait les jupons et les boîtes échangistes. La belle affaire! C'est sa vie privée et elle n'en fait pas un violeur en puissance. Pour Le Canard, l'information s'arrête toujours à la porte de la chambre à coucher.»
L'affaire Tristane Banon aurait certes dû alerter davantage. Quand ce jeune écrivain a raconté l'agression dont elle assure avoir été la victime, peu de journaux ont relayé son histoire. Elle l'a racontée dans l'émission de Thierry Ardisson sur Paris Première en présence de journalistes politiques, mais au fond, elle-même ne souhaitant pas porter plainte contre DSK, comment embrayer sur ses attaques? D'autant qu'en face, les équipes de Strauss-Kahn ont su habilement déminer l'affaire. Grâce à ses communicants, DSK réussit à passer entre les gouttes.
«On est resté sur l'idée que ce n'était pas une pathologie et que le comportement de DSK correspondait à l'image d'Epinal de l'homme politique, le séducteur», analyse un spécialiste en communication. Anne Sinclair, l'épouse de DSK, a elle-même mis fin aux débats en répondant à L'Express, qui lui demandait en 2006 si elle ne souffrait pas de la réputation de séducteur de son mari: «Non, j'en suis plutôt fière! C'est important de séduire, pour un homme politique. (...) Je suis un peu blindée sur le pouvoir de la rumeur.»
Une rumeur qui ne l'a pas épargnée. Comment celle qui a été au cœur de la vie politico-médiatique pendant plus de vingt ans pouvait-elle ignorer ce qui se disait ou s'écrivait sur DSK? En 2000 sort le livre de deux journalistes, Vincent Giret et Véronique Le Billon, Les Vies cachées de DSK. Les auteurs racontent dans un chapitre qu'«un soir de septembre 1992, Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur, et Martine Aubry, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle, sont les invités d'honneur d'une réception donnée par l'ambassadeur de France à Tokyo. (...) Ces deux-là s'adorent. (...) Ils distillent un même humour vachard, se relaient sans temps mort dans les karaokés de la capitale nippone jusqu'aux premières lueurs du jour et rejettent avec le même dédain l'esprit de sérieux de leurs aînés. Ils savourent la douce insouciance de ceux qui savent que l'avenir leur appartient. De cette folle équipée naît une rumeur colportée dans toutes les salles de rédaction: Martine et Dominique filent le parfait amour...»
DSK se situe dans la lignée des grands hommes politiques français qui arborent leurs conquêtes féminines comme les généraux leurs médailles. Après tout, pour ne parler que des présidents de la Ve République, Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac n'ont-ils pas aussi une réputation de grands séducteurs? Bernadette Chirac a expliqué dans son livre Conversation, paru en 2001, à propos de son mari, qu'«il avait un succès formidable. Bel homme, et puis enjôleur, très gai. Alors les filles, ça galopait (...). Mon père m'avait dit: "Vous êtes son point fixe." La suite lui a donné raison. Mon mari est toujours revenu au point fixe.»
Et François Mitterrand? L'homme qui a collectionné les conquêtes et réussi à cacher pendant des années l'existence de sa seconde famille. Cette histoire est emblématique du fonctionnement des médias. Tant que c'est l'extrême droite et sa presse, comme Minute, qui évoque ces sujets, aucune reprise n'est tolérée. Ce système a de nouveau fonctionné quand Marine Le Pen a mis en cause le comportement de Frédéric Mitterrand pendant ses voyages en Thaïlande. Au lieu de s'intéresser aux faits, la plupart des commentateurs se sont insurgés contre les attaques de l'extrême droite et ont sommé les politiques comme les médias de ne pas les suivre.
Concernant François Mitterrand, les journalistes se sont retranchés derrière ce prétexte de la vie privée pour justifier leur refus de publier des informations sur l'existence de sa fille Mazarine. Occultant totalement le fait que le Président utilisait allègrement les moyens de l'Etat, donc l'argent des contribuables, pour loger sa seconde famille. Et qu'il a été jusqu'à mettre sur écoute téléphonique des journalistes, notamment Edwy Plenel, alors au Monde, voire des artistes comme Carole Bouquet, totalement étrangère à cette histoire...
Seul moyen de contourner l'obstacle, le roman. Françoise Giroud publie en 1983 Le Bon Plaisir, où elle raconte l'histoire d'un président amené à cacher sa double vie à la presse. Toute ressemblance avec des personnages existants est-elle fortuite? La maison d'édition, Mazarine, est-elle une clé de l'énigme? Difficile d'imaginer que Françoise Giroud, très introduite dans les cercles du pouvoir, ignorait totalement la situation de Mitterrand. Sa biographe, Laure Adler, assure que ce roman n'est pas inspiré de la vie du Président mais raconte une histoire similaire vécue par un dirigeant socialiste encore en activité. Mais son nom ne sera pas dévoilé. Au nom du respect de la vie privée...
Faute de pouvoir donner les informations, on s'en remet alors aux humoristes. Des «Guignols de l'info» à Nicolas Canteloup, de Laurent Gerra à Stéphane Guillon, ceux-ci s'en donnent à cœur joie. Puisant leur inspiration au cœur même des salles de rédaction, à l'affût de tout ce que peuvent leur raconter les journalistes. Ils sont d'autant plus drôles que tout le monde devine que sous leurs exagérations perce un morceau de la vérité. Le 28 mars, Nicolas Canteloup-DSK explique qu'«au FMI, on (lui) a donné une mission en trois points: sauver le monde, aider les pays émergents et repeupler la planète en fécondant les femmes. C'est comme ça, je n'y peux rien, c'est ma mission». Eclats de rire dans le studio de la rue François-Ier. A RTL, Laurent Gerra n'est pas en reste. Le 26 avril, l'humoriste met en scène le directeur du FMI le jour de Pâques. «J'ai beau être directeur du FMI, je suis un homme comme tout le monde. Le week-end de Pâques, je m'emmerde car le FMI est fermé et les secrétaires aussi. Alors j'attends mardi, la réouverture des bureaux, car il y a des stagiaires, des interprètes à talons...» Là encore, les rires éclatent dans le studio de la rue Bayard.
Les humoristes à la place des éditorialistes? En février 2009, Stéphane Guillon n'hésitait pas à endosser ce rôle, quand il officiait sur France Inter le matin. Juste avant l'arrivée de DSK, invité de la matinale, au lendemain des révélations sur l'affaire Piroska Nagy, l'humoriste écrit un billet qui fera date: «Dans quelques minutes, Dominique Strauss-Kahn va pé-né-trer (silence) dans ce studio. Evidemment, des mesures exceptionnelles de sécurité ont été prises au sein de la rédaction. Pardon, sein est un mot que je n'ai pas le droit de prononcer aujourd'hui pour ne pas réveiller la bête. Cinq seuils d'alerte sont prévus dans cette matinale. Le dernier étant l'évacuation pure et simple du personnel féminin d'Inter vers d'autres étages...» DSK est en route vers la station quand il entend la chronique. Son premier réflexe est de faire demi-tour et d'annuler sa participation. Finalement, le directeur général du FMI se rend à la radio mais commence par cette déclaration : «J'ai assez peu apprécié les commentaires de votre humoriste. Les responsables politiques comme moi ont le droit, même le devoir, sans doute, d'être critiqués par les humoristes. Mais l'humour, c'est pas drôle quand c'est principalement de la méchanceté.»
«S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité», écrit Tacite dans les Annales. Est-ce pour cette raison que la réaction de DSK est aussi virulente? En tout cas, il ne se contente pas de cette remarque et décide de ne plus répondre aux invitations de la station publique. Même quand les journalistes lui proposeront de l'inviter les jours où Stéphane Guillon n'officie pas à l'antenne. Refus catégorique. Pas question de revenir tant qu'il sera employé par la radio.
Cette stratégie du boycott est un moyen de pression relativement classique pour contraindre les médias à éviter les sujets qui fâchent. Quand L'Express a publié la lettre de Piroska Nagy, son directeur, Christophe Barbier, a dû affronter la colère des communicants de DSK. Pressions sur les actionnaires, pressions par l'intermédiaire de la publicité, toutes les armes sont utilisées par les politiques pour contraindre un média à être plus compréhensif. Le contact direct est aussi efficace. Avant d'accéder à l'Elysée, quand Nicolas Sarkozy rencontrait un jeune journaliste, il ne manquait pas de lui dire sur un ton parfaitement courtois qu'il connaissait très bien son directeur de la rédaction, voire son actionnaire. Mais il n'était pas le seul à user de cet artifice pour impressionner les journalistes.
Lors de son dernier passage à Paris, dans le but de préparer sa prochaine candidature à l'Elysée, DSK a déjeuné avec les rédactions de trois journaux: Libération, Le Nouvel Observateur et Marianne. Son objectif était clair, ainsi que Denis Jeambar l'a raconté dans Marianne la semaine dernière: DSK «dit que Mariannen'a pas d'autre choix que de le soutenir dans ce combat. Il se découvre peu soucieux à cet instant précis de l'indépendance des journaux, pas du tout menaçant, mais pressant. Il est clair que son propos est délibéré et pas du tout improvisé. (...) Si la requête est choquante, elle a le mérite d'être claire et de montrer la conception qu'a Dominique Strauss-Kahn de la presse: c'est un rapport de soumission qu'il sollicite, un engagement militant.» En fin de compte, DSK demande à ces journaux de ne pas entrer dans les polémiques que pourrait lancer la droite pendant la campagne présidentielle, même si elles pouvaient être fondées sur des vérités, au nom de leur volonté commune de se débarrasser de Nicolas Sarkozy !
Et, pour les convaincre d'adhérer à sa stratégie, DSK leur révèle, à en croire les propos off qui lui sont attribués, qu'effectivement il en a «sans doute fait un peu trop dans le passé» avec les femmes. Mais qu'au fond, ce n'est plus le sujet. Comme le confirme un dirigeant d'Euro RSCG: «Les études montraient que les Français savaient. Il n'y avait pas tromperie sur la marchandise puisqu'on n'a jamais cherché à montrer DSK comme un homme vertueux.» Les amis politiques de DSK brossaient le portrait d'un séducteur certes compulsif, mais jamais violent. L'un d'eux assurait même récemment qu'il s'était «calmé» depuis l'affaire Piroska Nagy. «La vraie question, pour un spécialiste en communication, est de savoir pourquoi personne ne lui a conseillé de se soigner si ces pulsions atteignaient de telles proportions.» «Cette page est tournée», assurait DSK. Comment, dès lors qu'il ferme lui-même la porte, entrer dans sa part d'ombre sans le froisser?
A André Rousselet, qui estimait connaître 30 % de la vie de François Mitterrand, l'ancien Président répondit: «30%, c'est beaucoup!» Pour un ami du couple, Anne Sinclair ne connaissait «que 40% de ce que faisait DSK».

La personne : une imprenable citadelle


Prisonniers oubliés dans des geôles qui sont soit d'un autre temps, soit ultramodernes et qui, trop souvent, dans les deux cas, ne respectent pas la dignité de la personne. Disparus, faussement recherchés, parfois par ceux-là même qui les ont éliminés.

Individus arrêtés qui ne savent même pas ce qui leur est reproché et qui croupissent dans des culs-de-basse-fosse en attendant des mois, des années que leur procès ait lieu et qu'ils puissent enfin se défendre.

Torturés, massacrés, parce qu'ils sont d'une autre ethnie, d'un autre parti.

On pourrait ainsi poursuivre la litanie des malheurs infligés à l'homme par l'homme et cela malgré la déclaration des droits de l'homme ratifiée par presque tous les gouvernants du monde. Comme il est vaste, l'écart entre les droits proclamés et les faits, les tristes faits vécus...

« Les prisonniers oubliés », c'était le titre de l'article qu'un avocat britannique, Peter Benenson, publiait, le 28 mai 1961, dans le journal The Observer. L'auteur y demandait l'amnistie (suppression d'une peine pénale) pour deux étudiants portugais emprisonnés sous la dictature de Salazar, pour avoir porté un toast à la liberté. Ce jour-là, la célèbre organisation Amnesty International était née. C'était il y a cinquante ans. C'est cet anniversaire qui est fêté aujourd'hui par les quelque trois millions de sympathisants et d'adhérents, qui militent dans plus de 150 pays.

Amnesty International, qui s'est vu décerner le Prix Nobel de la Paix en 1977, a rendu quelque 20 000 rapports et mené plus de 3 000 missions. Protestations, campagnes publiques de soutien, manifestations, lettres aux autorités font partie de l'arsenal de l'association, mais la médiatisation n'est pas toujours la meilleure méthode, car elle peut accroître le péril pour les personnes concernées.

Le champ d'actionreste immense

Aussi, Amnesty International recourt également à la médiation, aux négociations diplomatiques. Le résultat est, globalement, que de nombreux prisonniers d'opinion ont été libérés grâce à ses actions. Rappelons-nous Sakharov, le dissident soviétique, ou Rigoberta Menchu, porte-parole des Indiens du Guatemala. Aujourd'hui, ce sont les 172 prisonniers restant à Guantanamo, ce sont les prisonniers politiques en Syrie, en Libye ou les massacrés de Côte d'Ivoire sur lesquels se porte l'attention.

Le champ d'action reste immense : l'abolition de la peine de mort dans le monde entier, la défense de la liberté d'expression, l'exigence de réparations pour les victimes, l'obligation de rendre des comptes pour les gouvernants qui commettent des exactions, etc.

Aujourd'hui, Amnesty International rassemble, en France, plus de 400 groupes et antennes qui militent aux quatre coins du pays pour faire avancer les campagnes menées au national ou à l'international.

La mondialisation, qui crée tant de problèmes, appelle aussi cette mondialisation des intelligences et des coeurs. Amnesty International fut parmi les premières organisations à savoir rassembler ces bonnes volontés, ces lucidités, ces courages qui permettent à l'indignation, non seulement de s'exprimer, mais aussi de rétablir cette dignité qui fait de chaque personne une « imprenable citadelle ».
François Régis Hutin

Imposer la liberté

Les transitions démocratiques ne sont jamais simples, l'Irak, l'Iran, l'Afrique en sont les témoins sanglants. Dans les pays arabes, sans croissance et sans classes moyennes, l'aide des Occidentaux est indispensable pour faire triompher l'émancipation des peuples et la justice sociale. En quittant l'incantation pour proposer la construction de nouveaux équilibres, les chefs d'État ont, à Deauville, écarté les principales menaces qui pèsent sur les jeunes démocraties. Ils ont aussi envoyé un message clair de soutien à ceux qui luttent en Syrie, en Libye et au Yémen. Les escarmouches diplomatiques et la raideur des relations franco-américaines n'ont pas entravé la très concrète priorité accordée au soutien des printemps arabes. Il n'y a pas de meilleur moyen pour rendre la liberté contagieuse.

En stabilisant la situation des pays fragilisés par les révoltes, les aides permettent de limiter les dysfonctionnements inévitables. De nombreux facteurs peuvent faire évoluer ces sociétés ? qui viennent de se libérer et sont donc vulnérables ? vers des situations incontrôlables. Les Occidentaux n'aiment pas l'inconnu. On l'a bien vu avec l'assistance qu'ils apportaient aux tyrans en les considérant comme leurs alliés sûrs. L'intérêt des soutiens est de résorber le plus rapidement possible les difficultés et de relancer les mécaniques démocratiques.

Le pire pour ces populations serait de faire le douloureux constat qu'elles ne vivent pas mieux qu'avant et qu'elles n'ont rien gagné dans une révolte qui a coûté beaucoup de vies. Si le désordre politique rejoint l'insatisfaction économique, le danger est réel d'une fuite en avant qui peut ramener ce que l'on a voulu « dégager ». Ceux qui se sont battus et ont vu tomber leurs compagnons ne doivent jamais avoir le sentiment qu'on leur vole leur révolution.

Il y a une vraie noblesse de la part du G8 à se ranger du côté de la liberté et à favoriser le passage à une ère nouvelle. Mais les pays donateurs cherchent aussi à s'exonérer de leurs hésitations et des soutiens aux régimes dictatoriaux. La France devra multiplier les chèques pour faire oublier la visite de Kadhafi, Bachar al-Assad au 14 juillet et l'avion de Ben Ali.

Un leadership qui se perd

Franchement, à quoi aura servi ce G 8 à Deauville, peut-être un des derniers car Barack Obama serait réticent pour organiser une prochaine rencontre aux Etats-Unis ? A un grand show politique où les puissants de ce monde s’offrent en spectacle après avoir confronté leurs positions bien connues ? L’aide au printemps arabe a-t-elle vraiment été décidée après de fébriles palabres en Normandie ?

Il s’agit pour l’essentiel de prêts multilatéraux et bilatéraux depuis longtemps négociés et auxquels s’ajoute la contribution des pays du Golfe. Pour l’après-Fukushima et la sûreté du nucléaire, que de généralités ! Et sur la Libye, rien de vraiment nouveau en exigeant le départ de Kadhafi…

L’importance très relative de ce club des puissants se mesure également au nombre des manifestants. Par exemple, au G8 - G7 de Gênes en 2001, les antimondialistes se comptaient par dizaines de milliers dans des affrontements meurtriers avec les forces de l’ordre. En 2007, pour la rencontre de Heiligendamm, l’Allemagne du nord avait été placée en état de siège. A Deauville, les policiers étaient beaucoup plus nombreux que les manifestants… Parce que le vrai gouvernement du monde, dans ses pouvoirs économiques, financiers et même politiques, se situe désormais au niveau du G 20 où siègent aussi la Chine et les « émergents ». Et la prochaine réunion de cet aréopage en novembre à Cannes ne passera pas inaperçue aux yeux des opposants au néolibéralisme régissant la planète !

Les statistiques économiques confirment aussi ce glissement. Dans les années 1980, les pays du G 7 (sans la Russie) accaparaient à peu près les deux tiers du Produit intérieur brut mondial. Aujourd’hui, beaucoup, beaucoup moins…

Certes, la « puissance » réelle ou supposée ne relève pas seulement des performances économiques. Elle repose aussi sur l’organisation des Etats, sur la démocratie et les libertés. Des valeurs que Deauville a célébrées en constatant que le printemps arabe veut les faire siennes. Le « modèle occidental », bien que cette évocation soit taboue, triompherait-il ? Curieusement en association avec la Russie, une grande démocratie comme chacun sait…

A l’heure où de nombreux théoriciens dissertent de nouveau sur le « déclin de l’Occident », ne faut-il pas voir en le G 8 un club qui se hérissonne pour défendre ses valeurs sous l’impulsion d’une avant-garde idéologique… anglo-saxonne ? Le discours de Barack Obama mercredi au Westminster Hall à Londres est significatif. Dans une véritable ode à l’Angleterre qui a donné au monde les droits de l’homme, la démocratie et la libre entreprise, il a célébré le modèle anglo-saxon en décrivant un axe Washington-Londres « indispensable à ce moment de l’Histoire », le Royaume-Uni étant « le plus important et le plus fidèle allié des Etats-Unis »…

Pour Obama, avec une exception polie pour la France (« notre plus ancien allié »…), l’Europe continentale et institutionnelle passe visiblement au second plan politique derrière ce leadership anglo-saxon. Il est vrai qu’à Deauville, l’Europe a une fois de plus étalé ses divisions en la personne de la chancelière Merkel opposée à l’intervention en Libye et faisant cavalier seul dans la question nucléaire.

Bref, l’UE reste un conglomérat flou autorisant même un comble de la part du président des Etats-Unis, le pays le plus endetté de la planète : Français, Allemands et Italiens ont surtout été priés de régler le problème de la dette grecque pour éviter une nouvelle tourmente monétaire sous le signe de l’euro…

Recherche en Grèce d'un consensus politique sur la rigueur

Le Premier ministre grec, George Papandréou, a réuni vendredi les représentants des partis politiques pour tenter de dégager un consensus sur les mesures d'austérité nécessaires pour sortir le pays de la crise.

Ce consensus est jugé indispensable avant le déblocage d'une nouvelle tranche de l'aide allouée par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI), soit 12 milliards d'euros.

L'opposition s'est pour l'heure déclarée hostile aux mesures proposées par le gouvernement pour sortir de la crise résultant d'un endettement massif. Après les avoir rencontrés un par un, le Premier ministre a demandé au président Karolos Papoulias de convoquer les chefs de file de tous les partis.

Le conservateur Antonis Samaras, dirigeant de la Nouvelle démocratie, qui a voté contre le plan sauvetage adopté l'an dernier, a déjà fait savoir qu'il continuerait à s'opposer au plan d'austérité.

Ses homologues de la Coalition de gauche et du Parti communiste, qui n'hésitent pas à boycotter ce genre de rencontres, ont également accepté l'invitation du Premier ministre, tout comme le dirigeant du LAOS, formation d'extrême gauche.

Selon le quotidien Kathimerini, le Premier ministre envisage de remanier son équipe et pourrait inviter des personnalités de l'opposition à y siéger moyennant leur soutien au plan d'austérité.

Le gouvernement a démenti mercredi avoir l'intention de procéder à un référendum sur les nouvelles mesures d'austérité ou sur l'euro.

Les syndicats du personnel des entreprises publiques menacées de privatisation ont par ailleurs annoncé une grève de 24 heures le 15 juin.

Athènes a annoncé lundi une série de nouvelles mesures budgétaires visant à économiser plus de cinq milliards d'euros et à ramener le déficit public à 7,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2011.

Les marchés financiers continuent toutefois à douter de la crédibilité du plan d'assainissement d'Athènes. Ceci alimente les spéculations sur la possibilité d'un nouveau plan d'aide et d'une restructuration de la dette publique qui pourrait forcer les prêteurs à renoncer à une partie de leurs créances.

Le FMI pourrait décider de ne pas verser sa contribution à la prochaine tranche d'aide que doit recevoir la Grèce s'il n'a pas l'assurance que les pays européens tiendront leurs engagements sur les douze prochains mois, a averti jeudi Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. (

vendredi 27 mai 2011

L'incendie DSK

L'affaire DSK, et sa mécanique à suspense, ne quittera pas de sitôt l'imaginaire national. Disons, sans se payer de mots, qu'elle aura imposé le trépan d'une tragédie moderne.

Ce traumatisme public qu'elle dispense incendie l'opinion. On y voit poindre de brûlantes introspections. Ainsi la protestation des femmes françaises contre la jactance d'un machisme sûr de lui et dominateur. Ainsi encore la découverte, dans la justice américaine, du poids culturel de nos deux pays sur leurs institutions. Ainsi enfin du populaire et populiste procès intenté aux connivences élitaires, de la politique et de la presse.

Il y a, dans ces divagations, à boire et à manger. Mais le signe d'une société qui bouge en ses tréfonds. Et d'un "mai rampant", dans les reins et les coeurs.

La tragédie se repaît toujours de la chute d'un "grand". Et foudroyé, ce coup-ci, par le sexe, champion de l'inconscient humain, rôdeur des souterrains où les interdits sociaux le confinent.

"Grand", DSK l'était. Par sa direction brillante d'un aréopage suprême, le FMI. Par sa candidature bien accueillie à la présidence de la France. Par le rayonnement et l'immense fortune d'Anne Sinclair, son épouse, journaliste vedette, longtemps plus célèbre que lui.

Nul ne sait encore ce qui s'est réellement passé au Sofitel. Mais la disgrâce de DSK aura d'emblée semé à tous vents sa réputation d'homme à femmes. Elle ne fait pas de ce don Juan un "grand seigneur méchant homme". Mais l'indulgence empressée d'amis fidèles de DSK aura suffi pour réveiller, chez nombre de femmes, une indignation significative : elles veulent que la compassion pour le "présumé innocent" s'accompagne d'une égale compassion pour la "présumée victime". Elles dénoncent le refus d'entendre la plainte "ancillaire" des femmes.

Accès d'un féminisme militant ? Non ! Réaction plutôt naturelle de leur émancipation ! Elles ont conquis la maîtrise des naissances. Bronché contre la soumission conjugale. Revendiqué une parité de traitement dans l'entreprise ou la Nation. Comme les Italiennes de Berlusconi, les Françaises en ont assez du spectacle avantageux des coqs de basse-cour. Elles vivent comme un malaise le soutien préjugé du "maître et seigneur". L'oubli effarant de l'employée du Sofitel dans le babil éploré des mâles dominants leur donne le bourdon. Leur protestation n'est que le "marqueur" d' une évolution qui, bien au-delà de l'alcôve, investit tous les foyers.

Fruit d'une culture et de moeurs pour nous étrangères, la justice américaine impose à tout prévenu, puissant ou misérable, un parcours avilissant. Ces menottes infligées à un homme non encore jugé ont choqué la France. Je me réjouis qu'on en ait, chez nous, interdit le protocole. Même si nous savons qu'un prévenu célèbre - pourvu qu'il eût été, chez nous, mis en examen - eût certes échappé au corridor infamant, mais nullement au déferlement médiatique. La même procédure américaine nous choquera encore lorsque l'opulence de la défense déchaînera, contre la plaignante, une inquisition propre à démolir son témoignage.

Conclusion ? Il n'y en a pas. La justice et la vérité ne font nulle part un couple idéal. Aucune justice n'est parfaite. L'américaine a ses travers, la nôtre aussi.

Une censure de connivences entre journalistes et politiques ? L'univers médiatique défie toute généralité. L'audiovisuel d'abord, puis le Net - avec ses foules de ragoteurs mais ses bons sites professionnels - ont explosé l'"écrit". Aucune déontologie ne régente ce pandémonium.

Chaque média aborde la vie privée selon ses critères. Certains en font commerce, d'autres refusent d'y toucher. Le droit français la protège bien plus strictement que l'anglo-saxon. Pour la presse d'information, on tient que c'est mépriser la politique que de la traquer dans les draps de lit.Le Canard enchaîné, peu suspect de ménager les caciques, répète qu'il ne fouillera pas les alcôves. Dieu merci, il ne sera pas le seul !

On dira que, chez un homme public, une dépendance à l'alcool, à la drogue, au sexe, et qui menacerait la dignité de sa charge, mérite d'être rapportée. C'est à chaque journaliste d'en décider selon sa conscience. Des livres, des journaux ont, ces derniers mois, mentionné le goût affiché de DSK pour les femmes. Mais, sans plainte ou délit, ni le droit français ni l'éthique française n'autorisaient des dénonciations de trou de serrure et des diffamations de surcroît délictueuses.

Il est possible que les remous de l'affaire DSK, la prolifération de l'image et des images volées, la personnalisation croissante des hommes de pouvoir importent, peu à peu, chez nous, les usages américains. Qu'y faire ? Les médias évoluent au gré de leurs lecteurs. Et les démocraties au gré de leurs citoyens.

Pour en finir avec le machisme

Il y aura décidément un avant et un après : on n'a pas fini de tirer les enseignements de l'affaire Strauss-Kahn.

D'abord, la bonne conscience d'une partie de la gauche, bien plus prompte à repérer la paille dans l'oeil de Sarkozy que la poutre dans celui de ses propres amis.

Ensuite, la collusion des puissants, toujours plus pressés de défendre la présomption d'innocence de l'un des leurs que la présomption de sincérité de son accusatrice guinéenne. À croire que, pour eux, la parole d'une femme de ménage ne vaudra jamais rien, ou si peu. Question de classe, que voulez-vous. Après ça, étonnez-vous que la marée populiste continue de monter dans nos provinces à la vitesse du cheval au galop.

Enfin et surtout, l'affreux sexisme et le consternant machisme d'un microcosme politico-médiatique qui semble vivre encore dans la préhistoire de la modernité, quand la femme n'avait sa place que dans la cuisine ou au lit et inversement. En la réduisant de surcroît à un rôle de "Marie, couche-toi là", disponible à toute heure pour leur bon plaisir, certaines de nos "élites" masculines ont mis au jour ce qu'il faut bien appeler leur arriération mentale.

Face aux questions que soulève l'affaire DSK, nous ne nous en sortirons pas avec l'antiaméricanisme ou le complotisme, nouvelle idéologie des imbéciles, qui sont les deux faces d'un même mal : une sorte de déni, de refus de la réalité. Nous sommes désormais condamnés à réfléchir sur notre "modèle français".

Cette sale affaire aura au moins eu le mérite de nous placer face à nos tares et à nos archaïsmes. Puissions-nous, à cette occasion, balayer devant notre porte toutes les rognures d'un passé machiste.

Tombé dans le panneau

En voulant réagir très vite à l’augmentation de 20 % en avril du nombre de morts sur les routes, le gouvernement a confondu vitesse et précipitation et il est tombé par sa faute dans le panneau !

La politique engagée par Jacques Chirac et continuée par Nicolas Sarkozy pour réduire le nombre des victimes de la route de manière drastique est une politique de salut public qui doit être maintenue et renforcée : de 10.000 morts il y a vingt ans, on est passé à 4.000, et l’objectif de 3.000 est atteignable dès lors que l’exécutif démontre une volonté sans failles. L’assouplissement du mode de récupération des points a été une erreur car elle a été interprétée à tort ou à raison comme un signal de pause dans l’effort, aussitôt suivi d’une flambée des accidents. La réaction hâtive du Premier ministre et le conseil interministériel du 11 mai ont abouti au cafouillage des radars et des panneaux. L’insuffisante coordination entre MM. Fillon et Guéant, l’absence de concertation avec un groupe parlementaire UMP, toujours prompt à des éruptions de populisme routier, ont conduit à cette cacophonie, et l’ancien ministre des Transports, Dominique Bussereau, a eu raison de tancer ses collègues, accusés de « gérer cette affaire comme des amateurs et des débutants en politique ». Même si le président de la République a réaffirmé sa fermeté en disant « qu’on ne fait pas d’électoralisme quand il s’agit de vie ou de mort », il y a du flottement dans l’opinion à la veille des week-ends à haut risque de l’Ascension et de la Pentecôte, et c’est regrettable.

Un procès très délicat

«Justice est faite», avait déclaré le président Obama après la liquidation de ben Laden. « Justice sera faite », devrait-on dire, lorsque Ratko Mladic comparaîtra devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, et seulement lorsque le jugement sera rendu. Deux approches de la justice vraiment très différentes, l’une américaine, l’autre européenne ! Il est vrai que si ben Laden et Mladic ont tous deux le sang de milliers d’innocents sur les mains, le dernier est hors d’état de nuire depuis 1995 tandis que le chef d’al-Qaïda continuait son djihad. Et à l’encontre du général bosno-serbe, il ne s’agit pas d’assouvir une vengeance. Mais de stabiliser les Balkans toujours fragiles, en mettant du baume sur les plaies des guerres civiles yougoslaves, en prouvant que les crimes de guerre ne restent pas impunis et en montrant les nationalismes sous leur forme la plus hideuse qui va jusqu’au génocide.

Ces considérations politiques et morales à l’origine du TPIY vont-elles atteindre leurs buts ? Pas sûr ! Selon un récent sondage, Mladic reste un héros pour 40% des Serbes, de même que Slobodan Milosevic. Encore le mois dernier, des manifestants ont violemment réclamé à Zagreb la libération du « héros » croate, le général Ante Gotovina, « purificateur ethnique » de la Krajina condamné à 25 ans de prison par le TPIY...

Qu’il ait fallu seize ans pour arrêter Mladic - en réalité vraiment recherché par la Serbie depuis 2008 seulement - prouve à quel point les « réseaux » de la guerre civile restent puissants, et partout dans les nouveaux États des Balkans, que les criminels présumés soient serbes, bosno-serbes, croates ou bosniaques musulmans. Partout, les complicités sont évidentes. Le cas Mladic est même exemplaire: l’homme ne se cachait guère et physiquement il n’a pas beaucoup changé depuis 1995. Parfaitement reconnaissable, Mladic a profité de protections haut placées, vraisemblablement dans l’armée...

Pour la Serbie, qui aura peut-être pour prix de sa coopération le statut de «candidate à l’UE», son arrestation est particulièrement délicate. Le procès pourrait prouver que le général accusé du massacre de Srebrenica n’était pas aux ordres du fantasque président bosno-serbe Radovan Karadzic mais dépendait de Belgrade dont il recevait les ordres, donc directement de Slobodan Milosevic et indirectement d’une kyrielle d’irrédentistes. Or ces hommes qui étaient pour le moins au courant jouent aujourd’hui encore un rôle non négligeable dans les partis politiques (reconvertis en « démocrates » ou non) et dans la société serbe. Un procès Mladic pourrait déraper dangereusement en devenant celui de la Serbie des années 1990. Avec les protagonistes de l’époque toujours aux affaires.

Un écueil à éviter absolument pour la tranquillité des Balkans. Et de toute l’Europe.

Justice pour Srebrenica

Le 11 juillet 1995, la ville de Srebrenica tombe aux mains des forces serbes de Bosnie. La population civile est alors regroupée. Puis contrainte de marcher durant quatre kilomètres vers la zone industrielle. Les soldats de Ratko Mladic procèdent alors au tri. D'un côté, les femmes et les enfants sont déportés pour « nettoyer » le territoire. De l'autre, les hommes âgés de 16 à 70 ans sont poussés vers des hangars. Dans les quatre jours qui suivent, près de 8 000 musulmans bosniaques vont être assassinés, puis enterrés dans les fosses communes que les soldats de Mladic leur ont fait creuser. L'Europe assiste, inerte, au retour des horreurs du passé, dans une « zone de sécurité » de l'Onu.

Ce massacre, le crime de guerre le plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, est alors le point culminant de la politique de nettoyage ethnique en cours dans les Balkans. Les Serbes n'en sont pas les seuls responsables, mais Srebrenica devient rapidement un symbole de barbarie. D'autant plus douloureux qu'il est perpétré sous le regard impuissant de 400 casques bleus hollandais, censés protéger les populations civiles.

C'est cette horreur, et cet affront, que l'arrestation, hier, du « boucher des Balkans » vient, en partie, de laver. Les mères, les veuves, les soeurs, les filles de ces hommes massacrés pour leur seule appartenance ethnique ont exprimé leur sentiment que justice pouvait enfin être faite. Car Mladic, avec la caution du président serbe Slobodan Milosevic, et surtout celle du chef des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, était le principal responsable de la stratégie de découpage ethnique en Bosnie.

L'oeuvre de justice que permet l'arrestation et la rapide extradition de Mladic à La Haye vaut pour les victimes. Elle vaut aussi pour la Serbie, les Balkans et l'Europe. Le message lancé aux criminels en cavale est sans équivoque. Même quinze ans après les faits, crimes de guerre et génocides ne connaissent pas de prescription. C'est un signal important qui renforce les juridictions pénales internationales. De façon encore plus éloquente que la mort de Ben Laden, récemment.

Pour la Serbie, engagée depuis quelques mois dans un effort de pacification vis-à-vis du Kosovo et demandeuse du statut de candidate à l'adhésion à l'Union européenne, c'est aussi un signal politique. La cavale de Mladic ¯ et les soutiens au sein des forces armées qui l'ont favorisée ¯ constituaient un obstacle majeur sur la route de Belgrade vers Bruxelles.

Saisie par le conseil des ministres européens, la Commission européenne doit rendre, en octobre, un rapport sur le respect ou non par la Serbie des critères à remplir pour l'obtention du statut de candidat. En novembre dernier, la Commission soulignait ses réserves en matière de corruption, de réforme du système judiciaire, de réconciliation avec le Kosovo. Des progrès ont été récemment accomplis sur ce dernier volet, mais Bruxelles attend des résultats concrets.

L'arrestation de Mladic n'est pas tout, mais elle donne un élan politique considérable au rapprochement de Belgrade et de l'Europe. « La Serbie a vocation à entrer dans l'Union européenne », a très clairement affirmé, hier, Nicolas Sarkozy. L'élargissement n'est certes pas un thème porteur actuellement dans l'opinion européenne, mais la pacification des Balkans est vitale pour les populations qui furent durement frappées par la guerre il y a quinze ans. Elle l'est aussi pour l'Europe.

Restructuration de la dette grecque : Berlin change son fusil d'épaule

Le ministre allemand des Finances a assuré dans un entretien au Handelsblatt que la restructuration de la dette grecque aurait des conséquences encore plus dramatiques que l'effondrement de Lehman Brothers.

Ce n'est pas l'un des membres de la Banque centrale européenne, fermement opposés à la restructuration de la dette grecque et dont les commentaires se sont durcis ces derniers jours, qui a tenu ses propos. Mais le ministre de Finances allemand, Wolfgang Schäuble, au quotidien économique allemand Handesblatt. Pour lui, une restructuration pourrait provoquer une ruée des créanciers de la Grèce pour récupérer leur argent et donc précipiter le défaut. Or une faillite de la Grèce pourrait avoir "des conséquences encore plus dramatiques que l'effondrement de Lehman Brothers".
La semaine dernière, celui-ci avait pourtant envisagé un allongement des délais de remboursement de l'aide internationale si les créanciers privés participaient. Une restructuration douce ou un reprofilage. Difficile pour les marchés de s'y retrouver dans ces conditions.
Ces derniers commentaires ne seront toutefois pas pour déplaire aux représentants de la BCE qui ont à maintes reprises ces derniers jours appuyé les risques d'une restructuration, appuyant tantôt le "scénario de l'horreur", tantôt la "catastrophe" ou "l'effondrement du système" encouru. La BCE a même abattu, ces derniers jours, sa carte maîtresse : la menace de ne plus accepter de titres de dette grecs en dépôt de garantie lors de ses opérations de prêts aux banques de la zone euro. Une menace réitérée aujourd'hui par Christian Noyer au micro de BFM.
"Tous les scénarios pour soutenir la Grèce n'ont pas encore été épuisés" assure Schäuble
Berlin tente-t-il d'éviter le conflit avec la BCE ? "Nous avons toujours été bien inspirés de respecter l'indépendance" de la BCE, déclare notamment Wolfang Schäuble au Handelsblatt. Et d'ajouter : "tous les scénarios pour soutenir la Grèce n'ont pas encore été épuisés" au sein de l'Union européenne. Reste que pour le ministre, "les mesures de disciplines budgétaires seules ne pourront pas résoudre les problèmes" du pays qui a besoin d'améliorer sa compétitivité. "Il faut une perspective de croissance à moyen et long terme".
De son côté, Christian Noyer a balayé le risque d'un effet domino menaçant la France dans la crise des dettes souveraines qui sévit actuellement en zone euro." Tous les cas sont différents. C'est facile pour les opérateurs de marché de dire 'c'est un effet domino, l'un tombera après l'autre', tout cela n'a pas de sens", a-t-il déclaré, citant les exemples grec, irlandais et portugais. "Cette assimilation est très factice."

153 FRANKLIN STREET  THE NEW DSK'S JAIL











Non, le G8 n'est pas inutile

Cette réunion nous ramène aux sujets essentiels, comme Fukushima. Et, pour la France, réussir une année de G8 nous permet de rester parmi les pays qui comptent vraiment.


jeudi 26 mai 2011

Radars


Merci, Monsieur Guéant, vous nous faites redécouvrir les vertus de la prévention contre la délinquance. Grâce à vous, nous voici préservés du zèle de Monsieur Fillon, qui prétendait faciliter la répression de nos excès de vitesse par des radars inopinés. Vous vous rendez compte, il prétendait nous sanctionner sans prévenir, juste pour avoir roulé trop vite ! Avec vous, il y aura un panneau de limitation de vitesse, puis un radar pédagogique, et enfin seulement le radar répressif. On devrait d’ailleurs songer à mettre entre les deux un gendarme pédagogique, qui clignoterait sans verbaliser… Bien sûr, il paraît que la vitesse est souvent cause des accidents. Mais les autres n’ont qu’à faire attention. Et les parents n’ont qu’à pas laisser leurs bambins passer sous nos roues. Encore merci, Monsieur Guéant, grâce à vous, les chauffards français se sentent partout chez eux.

Le ministre du Travail n'a pas chômé hier

Xavier Bertrand n'a pu retenir sa joie. Sans attendre l'annonce officielle, faite par Pôle Emploi en fin de journée, le ministre du Travail avait annoncé dès le matin sur RTL « la » bonne nouvelle : un recul du chômage pour le quatrième mois consécutif (une évolution également perceptible sur le plan régional). De quoi même pronostiquer dans la foulée un début de sortie de crise… Une fois le détail des statistiques connu, l'enthousiasme devait être un peu tempéré. Certes, la baisse du nombre global de demandeurs d'emploi, d'un mois sur l'autre, est préférable à la situation inverse. Mais des points noirs demeurent. Ainsi, la situation des seniors et des chômeurs de longue durée se dégrade. Et le nombre de chômeurs « ayant exercé une activité réduite » est à la hausse. Deux signes, d'une hausse de la précarité et d'une aggravation du fossé entre « inclus » et « exclus », qui ne donnent guère motif à se réjouir. Enfin, si Xavier Bertrand peut affirmer qu'« on n'avait pas connu ça depuis le début 2008, c'est-à-dire avant la crise », les effets de celle-ci sont toujours perceptibles en matière de destruction d'emplois. Un constat rappelé aussi par l'OCDE hier : si une reprise modeste est en marche en France, la récession laissera des traces durables sur le marché du travail. À défaut d'être un vrai signe de retournement de tendance, l'information d'hier est au moins bonne… pour le gouvernement, qui peut y voir la démonstration que sa politique paye. D'où l'empressement ministériel à surfer sur la nouvelle. Dans cette bataille-là aussi, il n'y a pas de petites avancées.