TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

vendredi 6 mai 2011

Les VRP du bilan Sarkozy en route

Le casting de l'Élysée est fin prêt, la machine électorale lancée. Toutes les pièces du dispositif 2012 sont en place : le QG, le retour du fidèle Hortefeux, le projet, un fascicule dressant le bilan flatteur de quatre ans de présidence. Jusqu'à « l'ultrasarkozyste » Carla Bruni, déjà à la manœuvre. Pour elle aussi, ce second mandat, c'est du sérieux ! Comme tous les présidents en exercice, Nicolas Sarkozy se déclarera le plus tard possible. Si l'on en croit le plan médias, il n'est pas en campagne mais en action. Disons en action au service de sa réélection. En campagne et aux affaires matin, midi et soir, sillonnant la France à la reconquête de publics perdus. Tentant de dissuader les candidatures de diversion, d'apaiser les doutes des députés UMP, de se redonner une stature à travers l'international. François Fillon, qui s'est vu reprocher sa frilosité, a été invité à assurer la pédagogie des réformes ; Jean-François Copé, à mettre les troupes UMP en ordre de bataille et les deux meilleurs ennemis de la droite à oublier leurs rancœurs. C'est la force de Nicolas Sarkozy. Il est affaibli, critiqué, il a beaucoup parlé, beaucoup promis et beaucoup déçu mais il y croit, il « la» sent. Voilà les socialistes prévenus. Jamais un président n'a suscité une telle défiance, joui d'une telle impopularité et pourtant il ne leur suffira pas de se réjouir qu'un désir de gauche monte dans le pays pour réussir l'alternance. Le président-candidat ne lâchera rien, contre vents et marées il se battra. Il a un an pour retourner la situation. Et un an pour régler un problème qui n'a rien de futile, rien d'anodin, celui du style présidentiel. Au moins autant que la perception des réformes par les Français, sa personnalité semble bien constituer sinon un facteur de rejet, du moins un grand sujet de perplexité.

Candidats


Notre Président serait déjà candidat. Prêt à rempiler cinq ans. Faut-il qu’il aime ça... Parce qu’être Président, c’est être contraint de travailler avec des individus comme Hervé Morin. Mais oui, vous le reconnaissez, le soldat fidèle de François Bayrou en 2007, qui le trahit pour devenir ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy. Il y gagna le sobriquet de «Morin, traître». Il lui fait honneur aujourd’hui, après trois années et demi de service servile et militaire, crachant dans le rata pour trahir son dernier maître et devenir candidat. On lui préférera le postier Olivier Besancenot, qui renonce aux honneurs du candidat pour mieux continuer de militer, à la base. Sans accuser personne, tout simplement parce que c’est son choix d’homme libre. Parions que notre Président, avant d’en reprendre pour cinq ans, aura une pensée pour Morin traître et le postier de Neuilly...

Style fatal

L’Histoire immédiate nargue l’analyse et s’y dérobe. Depuis le « bilan globalement positif» dressé par Georges Marchais sur les démocraties populaires de l’Europe de l’Est, l’appréciation d’une forme de pouvoir est définitivement sujette à caution.

Le manque de recul, l’esprit partisan, les rancœurs, les rivalités, les stratégies et l’infernale complexité de l’époque se liguent pour rendre tout jugement de ce genre parfaitement artificiel.

C’est ainsi : l’ingratitude exigeante des démocraties porte les peuples à regarder délibérément devant eux. S’il est parfaitement naturel pour un président de la République de chercher à convaincre l’opinion de l’importance de son œuvre, la démarche n’en est pas moins vaine.

Toutes les tonnes de papier glacé, toute l’encre d’une promotion valorisante et tous les séminaires d’autopersuasion n’y changeront rien : le pouvoir est mal placé pour évaluer le pouvoir. Presque illégitime pour s’autocongratuler, ce qu’il manque rarement de faire, pourtant.

On peut comprendre l’ardeur du Premier ministre à défendre l’action de celui qui l’a désigné et les résultats de l’équipe qu’il a nommée. Mais le fossé entre les dirigeants du pays et le peuple se serait-il à ce point creusé pour que le très faible pourcentage des Français (17 % à 27 %) trouvant satisfaisant le bilan de M. Sarkozy soit en décalage avec le satisfecit adressé par François Fillon au chef de l’État ?

A la cécité volontaire empêchant de voir le malaise français fait face un antisarkozysme aveugle qui refuse d’admettre les incontestables avancées de ce quinquennat. Il y en a, en effet. La réforme constitutionnelle, l’autonomie des universités et le Grenelle de l’environnement, par exemple, sont autant de jalons fondateurs pour la France de demain.

En revanche, les échecs de la politique sécuritaire, les banlieues largement abandonnées, une réforme de l’État comptable et castratrice qui pense surtout à faire des soustractions de fonctionnaires, le naufrage du travailler plus pour gagner plus, ne sont pas de simples accidents de parcours. Ils sont les marqueurs d’une promesse impossible : celle d’une France où tout serait possible.

La crise a sans cesse contrarié les envolées présidentielles. Mais dans une France qui s’est largement droitisée depuis 2007, le président a plongé seul dans les sondages quand le chef de gouvernement se maintenait, lui, à un niveau assez élevé.

Comment mieux mettre en évidence le rejet d’un homme plutôt que celui de sa politique ? Car c’est d’abord le style de l’omniprésident qui est en question. La conception d’une gouvernance qui est remise en question. La prétention de l’omniscience et l’égotisme forcené qui sont en cause.

Le coup par coup opportuniste de l’Élysée a ruiné l’ambition de 2007 et fragilisé un peu plus une France qui n’allait déjà pas très bien. Mais chacun sait qu’une élection ne se joue pas sur un bilan, bon ou mauvais.

L'année de tous les possibles


Quatre ans après, un an avant. Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy était brillamment élu. Il lui reste un an pour se lancer dans un éventuel second mandat. Le temps viendra de dresser son bilan. Alors qu'il est au plus mal dans les sondages, autant à cause de sa gouvernance que de ses réformes, contentons-nous de noter que la seule certitude, c'est qu'il n'y en a pas !

On nous prédit pléthore de candidats. Ils étaient douze en 2007 et seize en 2002. Compte tenu du coût d'une campagne et du risque d'offrir une place au Front national sur le podium du second tour, beaucoup devront réfléchir. La question de la responsabilité d'un 21 avril ¯ à l'envers ou pas ¯ se posera, un mois ou deux avant l'échéance, autant aux écologistes qu'à Dominique de Villepin, autant à Jean-Louis Borloo, candidat quasi déclaré, qu'à Jean-Pierre Chevènement.

Marine Le Pen au second tour ? Rien n'est sûr : aux dernières cantonales, le Front national a totalisé moins de voix qu'en 2004. Une bonne pédagogie autour des projets et une forte mobilisation des électorats modérés éloigneraient ce scénario. À condition qu'il n'y ait pas une multiplicité de candidats, telle que chacun, excepté le FN, ne réaliserait qu'un médiocre score.

On nous dit, pas seulement à gauche, que Nicolas Sarkozy a déjà perdu. Le président sortant est peut-être un problème pour la majorité, mais il n'en demeure pas moins l'une des solutions. Il ne doute pas, à l'heure qu'il est, de sa candidature, mais il l'annoncera le plus tard possible. Il faut d'autant moins le sous-estimer que nul ne connaît l'environnement international du moment. Les peurs procurent souvent un avantage au pouvoir en place.

Ceux qui rêvent de le faire trébucher se bousculent pourtant : Dominique de Villepin, s'il réussit à convaincre les banques de lui prêter l'argent pour financer sa campagne. Et surtout Jean-Louis Borloo, qui assure vouloir incarner le nouveau leadership de la majorité à travers une candidature centriste hostile à Nicolas Sarkozy. À défaut, Hervé Morin se lancera, sans que cela ne dissuade François Bayrou.

On spécule beaucoup sur la victoire annoncée de Dominique Strauss-Kahn. Attendons de voir comment va se passer l'atterrissage, sur le sol politique national, du symbole de l'économie mondialisée. Sa cote, très différente des intentions de vote, risque de baisser au fur et à mesure qu'il déclinera les promesses, forcément limitées, qu'il estimera pouvoir tenir. La question se pose même de savoir ce qu'il adviendrait si la courbe ascendante de François Hollande finissait par croiser, durant la primaire, celle descendante du patron du FMI.

On nous assure enfin que Nicolas Hulot ne va faire qu'une bouchée d'Eva Joly. Le lancement peu réussi de la candidature de l'écologiste pourtant le plus médiatique, la concurrence de Jean-Louis Borloo et les crispations au sein de sa famille d'adoption ¯ on a vu des antinucléaires s'opposer à lui à Fessenheim ! ¯ rendent l'issue de son parcours très imprévisible.

Autant de spéculations qui signifient que tout est possible. Aucune enquête n'ayant jamais prédit le nom d'un vainqueur un an à l'avance, concluons provisoirement, avec le socialiste Pierre Moscovici, que si Nicolas Sarkozy aura beaucoup de mal à gagner, la gauche peut encore perdre.





jeudi 5 mai 2011

Le pari arabe des Européens

On n'arrête pas la marche de l'Histoire. Nous en avons fait l'expérience, après la chute du Mur de Berlin, avec la réunification allemande. Tous ceux qui n'en voulaient pas n'ont rien pu faire pour s'y opposer. Ils ont finalement eu la sagesse de l'accompagner, ainsi que d'accueillir dans l'Europe des peuples qui en avaient été coupés artificiellement. La jeunesse européenne, aujourd'hui, circule et échange comme jamais. En dépit de sérieuses difficultés économiques et politiques, l'Europe de demain se fait là.
De même, nous sommes devant un tournant dans le monde arabe et sans doute africain. Dans sa Géopolitique des émotions (Flammarion 2008), Dominique Moïsi a montré que cette partie de la planète était habitée par un sentiment d'humiliation, que Ben Laden tentait d'utiliser. Les révoltes actuelles sont une tentative de surmonter cette humiliation. Les Tunisiens et les Égyptiens d'abord, les Libyens et les Syriens aujourd'hui, ont affirmé qu'ils aspiraient aux valeurs démocratiques de liberté et de responsabilité. Ils veulent tenter l'expérience de les incarner dans leurs cultures propres, notamment marquées par l'islam.

Nous nous en sommes réjouis, dans un premier temps, accueillant ces révoltes comme un soulagement . Mais la peur est là également. Les débats autour de l'islam et de l'immigration en sont marqués. Les peuples européens se sentent menacés. Dans leur identité et dans leur sécurité matérielle. La mondialisation a mis en question l'ancienne domination politique et économique occidentale. Et pourtant, le mouvement qui anime le monde arabe est une chance pour nous.

Depuis des années, de part et d'autre de la Méditerranée, nous peinons à digérer l'histoire coloniale et la décolonisation. Les ressentiments et la méfiance n'ont cessé de rendre les relations difficiles. Voilà que nous pouvons nous découvrir des valeurs communes, autour de la démocratie et des libertés. Qui plus est, il se trouve parmi les jeunes élites arabo-musulmanes, comme on l'a vu avec les nouveaux ministres tunisiens venus à Paris ces jours derniers, des personnalités remarquables, ouvertes, disposées à envisager l'avenir de manière dynamique et sans oeillères.

Nous sommes devant une occasion historique de réconcilier les deux rives de la Méditerranée. Nous avons tout à y gagner : la jeunesse du monde arabe représente un potentiel formidable de progrès et de développement, qui peut apporter un indispensable contrepoids à la puissance asiatique, en particulier chinoise. Pourtant, c'est une image de fermeture et de mépris que nous renvoyons avec les interpellations de migrants par centaines, comme cela s'est produit à Paris et à Marseille. Comme si nous craignions d'être assaillis par des hordes incultes et misérables !

S'il faut avoir peur, c'est plutôt de décevoir les espoirs de ces peuples. Pensons à ce que signifierait pour eux le sentiment d'être rejetés aujourd'hui. Craignons de confirmer chez eux, pour l'avenir, le ressentiment et la méfiance du passé. Plutôt que de dresser des barrières, qui, en dépit de tous les contrôles policiers, n'arrêteront pas les flots de migrants, il importe que nous tissions des liens de collaboration, et que nous facilitions la circulation dans les deux sens... Souvenons-nous que l'Europe est née de l'intelligence de ceux qui ont cru que les ennemis héréditaires ¯ la France et l'Allemagne ¯ pouvaient se réconcilier et travailler ensemble. C'est le pari auquel nous sommes invités avec le monde arabe.






Jour de honte pour l’Europe

Les Etats-Unis sont bien seuls à mener la lutte contre le terrorisme, estime le Handelsblatt. L'Europe, qui se demande avant tout comment sortir d'Afghanistan, devrait avoir honte de son inaction. Extraits.
Depuis le 11 septembre 2001, il y a eu 16 000 attentats à la bombe dans le monde, décompte le rédacteur en chef du Handelsblatt, faisant 110 000 morts, dont principalement des mères, pères et enfants et beaucoup moins de soldats. Voilà pourquoi Gabor Steingart défend bec et ongles la guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis sans grand soutien des Européens.
"Peut-on se réjouir de l’exécution d’un homme ? La réponse courte est non. Une réponse plus longue serait : dans le cas présent, oui, car avec la mort violente d’Oussama ben Laden surgit l’espoir que ce décès pourrait en épargner de nombreux autres. Nul ne sait ce que le bon Dieu répondrait à un tel argument.
La persévérance politique et militaire des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme a payé. Bien qu’éprouvée sur le plan économique, la première puissance mondiale a pris les choses en main dans une zone difficile d’accès, la frontière pakistanaise, quand tous ses alliés prenaient la tangente. Ceux-ci ne sont pas allés se cacher dans les fourrés des hauts plateaux pakistanais, soulignons-le – les alliés européens des Etats-Unis ne sont jamais arrivés jusque-là. Mais dans les rhododendrons des parterres de la chancellerie, de Downing Street et du Palais de l’Elysée."

"Cette guerre doit être gagnée", proclamait Barack Obama avant même d'entrer à la Maison Blanche, rappelle Steingart. Mais plutôt que d'écouter ce message, l'Europe qui était pourtant en pleine obamania, réfléchissait seulement à la manière de retirer ses soldats d'Afghanistan.
"Les Etats-Unis ont lutté seuls et ne sont donc pas tenus de partager avec quiconque les lauriers du pistage et de l’élimination de Ben Laden : félicitations, l’Amérique. Ton ADN de première puissance mondiale est intact. Le dollar se porte mal et la situation budgétaire est tendue, mais l’armée, elle, est en pleine forme. Si l’Allemagne produit les meilleures voitures et la Chine les Pères Noël les moins chers de la planète, en matière de sécurité, les Etats-Unis sont les rois. Certes, la sécurité est un produit qui coûte horriblement cher et qui ne présente pas toujours très bien, mais ses mécanismes sont parfaitement huilés."
Depuis longtemps, la politique de sécurité est synonyme de politique économique, note Steingart. La surveillance des aéroports et des moyens de communication, les scanners corporels et passeports biométriques tant détestés par les Européens en font partie. Mais seuls les Etats-Unis l'auraient, selon lui, compris.
"La victoire américaine doit réjouir les Européens que nous sommes – et nous couvrir de honte par la même occasion. Notre continent, dont la population et la puissance économique sont comparables à celles des Etats-Unis, n’a visiblement aucune envie de défendre ses valeurs, sa prospérité, ni de se défendre tout court. La plupart des Européens – car les Allemands ne sont pas les seuls dans ce cas – refusent de comprendre la nature de cette lutte contre le terrorisme international qui dure depuis maintenant dix ans : cette guerre n’est pas une guerre telle que l’on peut en voir dans nos livres d’histoire. Il n’y a pas eu de déclaration de guerre comme il n’y aura jamais d’acte de capitulation. L’adversaire ne porte ni casque, ni treillis, et serait bien en peine de piloter un tank sans provoquer d’accident. Le matin, il s’accroche une ceinture d’explosifs autour de la taille et se rend au marché le plus proche de chez lui. Cette guerre ne pourrait être gagnée et pourtant ne peut pas être perdue. C'est notre non-compréhension de cette guerre qui fait figure de meilleur complice du terrorisme".




Réactions européennes

Une satisfaction généralisée

La mort d'Oussama ben Laden a été accueillie en Europe par "une satisfaction généralisée" tempérée par des précautions et des mises en garde sur la continuité de son héritage, écrit El País, au lendemain de l'annonce de l’exécution du chef d'Al Qaïda lors d'un raid de l'armée américaine mené au Pakistan. Les dirigeants européens sont unanimement conscients "qu’il ne faut pas baisser la garde face au terrorisme islamique" ou aux éventuels actes de vengeance, note le quotidien espagnol, conduisant "quelques gouvernement à mettre en état d’alerte leurs ambassades et leurs concitoyens". A Bruxelles, note encore El País, "les responsables des institutions communautaires estiment que la disparition de Ben Laden "transforme le monde en un lieu plus sûr", comme l’ont affirmé le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et celui de la Commission José Manuel Barroso, en ajoutant qu’il "faudra augmenter nos efforts pour en finir avec le terrorisme dans le monde". Des déclarations, précise le quotidien, dont une député européenne a demandé qu’ils viennent rendre compte devant le Parlement européen.

Exclusif :Luc Besson met en vente son hôtel particulier à côté de l’Elysée

Luc Besson va bientôt se séparer de son hôtel particulier du XIXe siècle, situé au 137 rue du Faubourg Saint-Honoré. Selon nos informations, le réalisateur et producteur français a en effet mis en vente ce magnifique bâtiment de 3900 mètres carrés, situé à deux pas de l’Elysée, qui abrite sa société de production, Europacorp, et, au rez-de-chaussée, deux restaurants, l’étoilé Apicius et l’italien Ante Prima. Il l’avait acheté à Unibail en 2003 via sa holding personnelle, Frontline.
Euracorp va en effet bientôt vider les lieux et déménager dans ses nouveaux bureaux de la Cité du Cinéma, en cours de construction à Saint-Denis. Lors d’une visite de chantier organisée pour la presse et les analystes financiers ce matin, la direction a indiqué que le calendrier serait respecté et que les 120 salariés de l’entreprise quitteraient le 8e arrondissement dans un an. Mais plutôt que de chercher un nouveau locataire, Luc Besson a semble-t-il décidé de céder son bien immobilier.
Très endetté à titre personnel, le metteur en scène du « Grand Bleu » pourrait trouver là un moyen de se remettre à flot. Il ne peut pas compter, en effet, sur Europacorp. La société n’a pas versé de dividendes depuis 2009 à cause de ses pertes, qui auraient atteint 31 millions d’euros en 2010 selon la société de Bourse Gilbert Dupont.

Une année qui s’annonce difficile

Le plan de sauvetage de 78 milliards d'euros accordé le 3 mai par l'UE et le FMI pour sauver le Portugal de la faillite permettra finalement une réduction du déficit plus graduelle que prévu, au grand soulagement des Portugais. Les temps s'annoncent toutefois toujours très difficiles, prévient le Jornal de Negócios 

Quand Pedro Passos Coelho [chef de l’opposition conservatrice] a demandé à Bruxelles il y a quelques mois si le Portugal pouvait bénéficier d’un an de plus pour réduire son déficit, il a été traité d’immature, d’irresponsable, et on lui a reproché d’exercer une influence déstabilisante.
Hier, le Portugal a décroché précisément ce qu’il avait réclamé. Grâce à Dieu. Mais maintenant, qu’allons-nous faire, si l’on ne veut pas que cette année de répit ne soit qu’une année de plus ?
C’est aujourd’hui même que nous en saurons plus sur le programme d’austérité du FMI, de la BCE et de l’UE. Il sera plus rude que le PEC IV (quatrième Programme de stabilité et de croissance). Mais pas aussi brutal que le “PEC V” que l’on nous concoctait.

La joie superfétatoire de José Socrates

Nous voici désormais témoin du débat sur la victoire politique : la question n’est plus d’affirmer que "c’est leur faute", mais plutôt que "c’est grâce à nous". Les acteurs, eux ne changent pas : le PS (Parti socialiste), le PSD (Parti social-démocrate) et le PP (Le parti populaire). Or, ils sont effectivement trois à mériter des louanges pour la tolérance dont a bénéficié hier le Portugal. Mais ce ne sont pas ces trois-là. Il s’agit en réalité du FMI, de l’UE et de la BCE. Il vaudrait mieux faire preuve d’un peu de reconnaissance, plutôt que de fierté.
En Grèce, l’intervention extérieure a été autoritaire, féroce et improvisée. Au Portugal, elle n’a été qu’autoritaire. La troïka nous laisse un an pour réduire le déficit budgétaire, pas par bonté d’âme, mais parce qu’elle pense qu’ainsi, son "plan" a davantage de chance de réussir.
En revanche, la joie affichée hier par le Premier ministre José Socrates a quelque chose de superfétatoire. L’austérité que nous nous sommes déjà imposée et les nouvelles mesures qui se profilent ne peuvent que nous inciter à l’humilité. Mais les élections sont un carnaval, aussi, personne n’en prend ombrage : les homems politiques ne sont que des masques.
Après la bonne nouvelle d’hier, voici aujourd’hui les détails du programme. Il y a trois types de mesures : une consolidation fiscale pour réduire le déficit et la dette ; une politique économique favorable à une hausse de la croissance potentielle ; et une politique qui vise à garantir la viabilité du système financier.

Ceux au pouvoir ne sont pas Portugais mais décident pour le Portugal

Les retraites supérieures à 1 500 euros feront l’objet de réductions. Environ 1,4 million de membres des familles de salariés et de retraités de la classe moyenne paieront plus d’impôts sur le revenu (par le biais de limites imposées aux allocations de santé et d’éducation).
L’Etat va privatiser tout ce qu’il pourra à des prix défiant toute concurrence. Les allocations chômage seront réduites, le licenciement coûtera moins cher aux entreprises. Les aides à l’achat des biens immobiliers seront limitées, les banques contraintes de moins prêter. Le budget des compagnies de transport public sera amputé. Et une augmentation de la TVA est envisagée pour compenser la baisse des cotisations sociales des entreprises.
Pourquoi va-t-on faire tout cela ? Pour remettre à flot un pays qui est en train de couler. La troïka n'a pas endossé le costume d'un agent de recouvrement venu réclamer le paiement des dettes. Comme nous allons le voir, elle a apporté un plan pour améliorer l'économie et la rendre plus compétitive. Les Portugais, qui sont conservateurs, vont le détester. Mais les libéraux (la troïka) ont le pouvoir en ce moment. Ils ne sont pas Portugais et n'ont pas été élus par les Portugais, mais ce sont eux qui décident.
Les banques subiront un retour de bâton, mais leur accès aux liquidités sera protégé. Ces liquidités seront injectées dans l'économie, mais sous certaines conditions. La législation du travail sera assouplie, la mobilité sociale s'améliorera, les augmentations de salaires dépendront de la productivité au lieu de l'inflation et nous devrons apprendre à mener une vie basée sur une économie nominale, sans levier.
Les entreprises des secteurs protégés perdront leurs privilèges, il y aura davantage de concurrence. Et si tout va bien, la justice portugaise sera réformée. Nous avons un an pour accomplir cette tâche. Heureusement. Ce ne sera pas drôle, mais fastidieux. Cela devrait changer notre vie. Il vaut mieux que ce soit notre vie que notre monnaie, notre souveraineté ou notre pays. Bonne et heureuse année à tous.

mercredi 4 mai 2011

Désespérés et résignés

Usés par les plans de rigueur à répétition, les Grecs désemparés ne croient plus en leur gouvernement. Et tandis que le populisme gagne des voix, l’europhilie est en chute libre, rapporte l’envoyé spécial de Libération à Athènes.
L’incident n’a pas été ébruité afin de ne pas nuire à l’image du Premier ministre, Georges Papandréou. Il a eu lieu à Hydra, une île très chic au large du Péloponnèse, à une heure et demie d’Athènes, où le Premier ministre grec passait Pâques, LA fête de l’année en Grèce, un concentré de Noël et du jour de l’an. Le 22 avril, jour du vendredi saint, Papandréou se rend à la messe dite de la levée du corps, non pas à la petite cathédrale située sur le port mais, plus discrètement, dans l’une des nombreuses églises disséminées dans la ville. A peine arrivé, il est violemment pris à partie par les fidèles qui lui reprochent sa politique de rigueur. Les noms d’oiseau volent, la police locale doit l’exfiltrer.
Il y a encore quelques mois, le même homme pouvait participer au marathon d’Athènes, accompagné seulement de deux officiers de sécurité, sous les applaudissements de la foule. Depuis, le climat s’est singulièrement dégradé. Les Grecs sont de plus en plus désespérés : le chômage explose, les salaires baissent, les petites entreprises ferment les unes après les autres. Ils ont la nausée des plans d’austérité qui se succèdent sans discontinuer depuis un an – le dernier a été annoncé le 15 avril.

Tous les jours, les mauvaises sont mauvaises, d'où qu'elles viennent

Après trois ans de récession économique, c’est le moral qui est entré en récession. "Il y a une atmosphère de désespoir", souligne un diplomate européen. "Tous les jours, les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent", soupire Léna, qui possède plusieurs commerces dans les environs de la place Syntagma, au cœur d’Athènes. "Comment voulez-vous que les gens, même ceux dont les salaires n’ont pas baissé, aient envie de consommer dans un tel climat ? C’est tellement vrai que lorsque les médias grecs ont fait grève pendant quatre jours, le moral est remonté et la consommation a repris…"
"Ce ne sont pas les sacrifices et les changements qui dépriment les gens, c’est l’absence de résultat et donc d’issue claire à la crise", estime Yanis Prétendéris, éditorialiste influent. "On ne voit pas encore de preuve que la Grèce dispose enfin d’un Etat organisé", confirme Léna, qui note cependant un recul de la corruption. Sans doute parce que les Grecs n’ont plus d’argent pour remplir les fakelaki (petites enveloppes): "La récession a tué la corruption", s’amuse Prétendéris.
"On savait que 2011 serait plus difficile que 2010, tempère un diplomate européen. Les sacrifices ont été faits, mais les résultats ne sont pas encore là. Les réformes sont laborieusement appliquées, l’Etat reste largement inefficace, les riches échappent toujours en grande partie à l’impôt…" D’où l’ambiance actuelle.

"L'UE ne pense pas au peuple mais à l'économie"

Les citoyens "reprochent à Papandréou son incompétence, son incapacité à faire vraiment changer le pays", affirme Prétendéris. Cependant, déprime ne veut pas dire révolte, même si les grèves et manifestations contre l’austérité se succèdent à un rythme accéléré (le centre-ville d’Athènes a été fermé partiellement ou totalement 496 fois en 2010, selon la police). "Le pays n’est pas au bord de l’explosion, il est bord de la dépression", estime Yannis Prétendéris.
Ilias Iliopoulos, le secrétaire général de l’Adedy (le principal syndicat de la fonction publique), et Georges Pontikos, le secrétaire aux relations internationales du Pame, syndicat proche du KKE (un parti communiste stalinien), partagent le même diagnostic : "Il y a un ras-le-bol général, mais la Grèce est loin de la révolution." D’ailleurs, les manifestations sont loin de faire le plein. La "colère" risque de se manifester autrement, dans les urnes : toujours en tête dans les sondages, à 21%, le Pasok (Parti socialiste) a perdu 23 points depuis 2009.
Avec les conservateurs de la Nouvelle Démocratie, les deux principaux partis qui rythment la vie du pays ne représentent plus qu’environ 40 % du corps électoral contre près de 80 % jusque-là. Ce sont les populismes de tous bords qui font leur miel de la crise : le KKE et la Laos (peuple) notamment. Et, corollaire, l’europhilie est en chute libre : "L’Union ne pense pas au peuple, mais à l’économie", peste Ilias Iliopoulos qui appelle à "l’unité patriotique" pour résister à l’austérité.

Polémique

La contestation de Papandréou contestée

La mésaventure du Premier ministre grec à Hydra a-t-elle été pour le moins exagérée par Jean Quatremer ? A en croire le bureau de George Papandréou, l’envoyé de Libération aurait "grossi l’affaire" ; la correspondante de Presseurop à Athènes affirme que plusieurs journalistes, ainsi que "le bureau de Papandreou et le chef de la police démentent formellement" ce qu’écrit Jean Quatremer sur Hydra. Quant à ce dernier, il "maintient évidemment [sa] version des faits, [ses] sources étant excellentes…"

Révélateur

L'exécution de Ben Laden par un commando des « navy seals », les forces spéciales américaines, sur ordre du président des Etats-Unis, constitue un marqueur du XXIe siècle et un révélateur de l'opinion au travers des réactions françaises.

– Marqueur du siècle qui avait commencé en 2001 avec l'attentat de New York. Celui-ci annonçait une véritable guerre des civilisations entre le monde occidental judéo-chrétien et le monde de l'islam. Les démocraties, au premier rang desquelles l'Amérique, contre les promoteurs du califat islamique par les moyens de la terreur.
Cette décennie marquée par deux guerres et de nombreux attentats à travers le monde se termine au profit des démocraties : Ben Laden en est un symbole, mais les révolutions arabes libertaires sont la réalité profonde de ce changement et de ses espérances. Le terrorisme n'est pas mort, mais il est en déclin.

– Révélateur d'opinion en France où, fort heureusement, l'anti- américanisme primaire est en perte de vitesse. Nicolas Sarkozy et François Fillon approuvent Obama comme MM. Juppé et Longuet, mais aussi au Parti socialiste les deux anciens Premiers ministres Lionel Jospin et Laurent Fabius et la première secrétaire Martine Aubry. Aucun de ceux-là n'a d'états d'âme, aucun ne pleure Ben Laden, aucun n'entretient de polémique déplacée. Ne restent à l'écart de ce mouvement de fond que les négationnistes (Ben Laden n'est pas mort), les « complo-maniaques » et les populistes d'extrême droite et d'extrême gauche. C'est affligeant pour ceux qui pensent que le peuple prendra en 2012 leurs vessies pour des lanternes.

Justice est faite

Quelle que soit la manière dont on la considède, sous l’angle de la politique, de la morale ou de la justice, la mort d’Oussama Ben Laden sous les balles d’un commando des forces spéciales américaines au Pakistan est une bonne nouvelle pour la planète. Je comprends que certains regrettent que le responsable des attentats de New York, près de 3.000 morts, et des attentats d’al-Qaida perpétrés dans le monde au cours de cette décennie n’ait pu être capturé vivant pour être jugé un jour aux Etats-Unis. Mais on aurait préféré aussi qu’Adolf Hitler soit jugé et condamné à Nuremberg ! On ne saura peut-être jamais si l’ordre de s’emparer de Ben Laden mort ou vif était assorti d’une recommandation des responsables américains, au premier rang desquels se trouve le président Obama. Mais, en toute hypothèse, celui-ci a eu raison et il a remporté une victoire décisive : pour une grande majorité des Américains, il sera le président qui a proclamé que « justice est faite » et qui a vengé l’Amérique de la tragédie du World Trade Center en 2001. Ils en tiendront compte pour le réélire. Bien sûr, la mort de Ben Laden n’est pas un coup de baguette magique qui met fin au terrorisme international des islamistes, mais c’est un coup psychologique terrible pour cette cause. Déjà le processus de libération d’un certain nombre de pays arabes avait souligné l’absence des islamistes dans ces révolutions démocratiques. Presque toujours dans l’histoire du monde, la mort du chef charismatique a précédé et entraîné la débandade ou la démoralisation des troupes ; c’est peut-être un espoir pour nos otages et pour l’islam pacifique.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Défendre la liberté de la presse


À Damas, à Pékin, à Ciudad Juárez au Mexique, le métier de journaliste est un métier dangereux. Mortel, parfois. Sous les coups d'un régime syrien aux abois, qui ne voit d'autre issue pour survivre que de réprimer tout ce qui le menace ; sous la pression d'un régime chinois, terriblement préoccupé par l'onde de choc que les révoltes arabes disséminent autour du globe ; sous la pression des cartels de la drogue, les plus imprévisibles sans doute, qui liquident tout ce qui se trouve sur leur chemin.

On pourrait citer, bien sûr, l'Iran, ou la Corée du Nord et d'autres pays encore. Le classement des pays qui bafouent la liberté de la presse, dont on célébrait hier la journée mondiale, varie chaque année. La liste, elle, est toujours aussi longue. Selon l'organisation Reporters sans frontières, trente-huit chefs d'État ou chefs de guerre sèment la terreur parmi les journalistes.

Dans les conflits, les photo-reporters sont souvent les plus visés. Dans les dictatures, les plumes dérangeantes de la presse écrite finissent généralement sous les verrous. Rejointes, et c'est un phénomène relativement récent, par les blogueurs. On l'a vu à Tunis et au Caire, avant la chute des autocrates en place. On le constate à Damas, au Yémen, à Barheïn. À Téhéran aussi où, depuis juin 2009, plus de deux cents journalistes ou blogueurs ont été arrêtés.

Les nouvelles technologies modifient la pratique du journalisme, elles bousculent l'économie de la presse écrite et des médias en général, mais elles n'en changent pas nécessairement la mission. Celle d'informer et de débattre. Deux aspirations considérées désormais, et depuis des lustres sous nos latitudes, comme des conditions sine qua non de l'exercice démocratique. Comme un quatrième pilier que Montesquieu, s'il revenait, ajouterait à l'édifice. Cette vision est d'ailleurs largement partagée dans le monde, comme les événements dans le monde arabe viennent, avec force, de le démontrer.

Partout, les atteintes ne sont pas de même nature. Il y a une sorte de gradation selon les contextes. Les dictatures partagent souvent les mêmes réflexes et les mêmes techniques d'étouffement systématique de la parole. Black-out. Pas un mot. En public, du moins. Car, en privé, ce que personne ne peut dire, tout le monde le sait. Les cartels latino-américains, ou plus généralement la criminalité organisée, font, eux, régner la peur à leur manière, brutale et imprévisible.

Et chez nous ? La liberté de la presse est-elle menacée ? La comparaison avec les exemples précédents est plutôt rassurante. Chez nous, les menaces sont plus subtiles. Les caricatures se portent bien, et c'est bon signe. Mais d'autres périls avancent masqués : l'emprise de l'argent, le déferlement de la « com », le rythme pulsionnel de la machine audiovisuelle. Sans parler de la restauration du cordon ombilical entre le pouvoir politique et l'audiovisuel public.

La dictature du temps court est une menace pour la pensée, et donc pour l'opinion et la liberté. La presse écrite a, de ce point de vue, un beau défi à relever, car la liberté qu'elle incarne est un bien collectif qu'il s'agit de servir, pas la propriété des journalistes ou des éditeurs.





Mortels


Politique ne rime pas toujours avec polémique. Et les petites phrases ne sont pas condamnées à être vaines. Hier, l’Assemblée nationale a fait le buzz, comme on dit, avec l’émotion des députés devant la mort d’un des leurs, Patrick Roy. Il était venu leur confier en février qu’il souffrait d’un cancer du pancréas. Comme Bernard Giraudeau avant lui, ou Laurent Fignon, il avait choisi de le dire publiquement, pour que les députés pensent avec lui aux millions de victimes du cancer luttant pour la vie. Patrick Roy siégeait à gauche. C’était une grande gueule qu’on aimait, a dit son collègue de droite, Jacques Myard. Car hier, les députés ne reconnaissaient plus qu’un parti, celui dont nous sommes tous adhérents – le parti des mortels. En février, de sa voix fatiguée, éraillée, Patrick Roy avait lancé à l’assemblée : « La vie est belle ». Et la politique, c’est la vie, aussi, parfois.

mardi 3 mai 2011

François Baroin est l'invité politique de Christophe Barbier



Pour Juppé, la mort de Ben Laden...



Le commentaire politique de Christophe Barbier




Une étape

Le pire serait qu’aux yeux de ses partisans ou de ses émules, Oussama Ben Laden apparaisse plus grand mort que vivant, que le mythe devienne plus dangereux que l’homme, traqué depuis dix ans, des confins de l’Afghanistan au cœur du Pakistan.

L’opération secrète, qui s’est soldée par la mort, dimanche, de l’ennemi numéro un des États-Unis depuis l’attentat contre les Twin Towers du 11 septembre 2001, est un incontestable succès, mais les Américains doivent veiller, dans leur communication, à ne pas donner des prétextes à tous ceux qui ne demandent qu’à allumer des guerres contre l’Occident, ne serait-ce qu’en commentant la façon dont a été traitée la dépouille du chef islamiste.

Les proches des nombreuses victimes qui peuvent être imputées à Al-Qaida – de New York à Londres en passant par Madrid ou Bali – sont soulagés que son chef ait été mis hors d’état de nuire ; certains, sans doute, auraient préféré le jugement d’une cour internationale (tout en reconnaissant qu’un Ben Laden prisonnier aurait été difficile à gérer).

Mais il faut se souvenir qu’Al-Qaida n’est pas une armée disciplinée, un mouvement structuré ; c’est plutôt une juxtaposition de cellules plus ou moins reliées entre elles, très dépendantes de contextes ou de chefs locaux. Récemment, au Maroc, de nouveau le fanatisme a frappé ; des otages sont retenus par des groupes qui se réclament de la même idéologie ; en Afghanistan, des soldats, notamment des Américains, des Français, des Britanniques, se battent contre les talibans qui avaient accepté de donner refuge à Oussama Ben Laden après le 11-Septembre et menacent la liberté du peuple afghan. La mort de Ben Laden, pour symbolique qu’elle soit, n’est donc qu’une étape.

Sans baisser la garde face au danger terroriste, les pays qu’il menace doivent se porter aux côtés des jeunes forces, dans les pays du monde arabo-musulman, qui cherchent des voies nouvelles pour développer leur pays et y instaurer la démocratie. Les islamistes radicaux ne veulent pas de tels chemins ouverts vers la liberté. Soutenir ces mouvements avec la même détermination, la même persévérance qui furent mises en œuvre pour traquer le chef d’Al-Qaida, c’est – plus efficacement encore – combattre le terrorisme.

La paradoxale fragilité d’Obama

Les victoires militaires ne sont pas les meilleures garanties pour remporter des victoires électorales.

Curieusement, la démocratie fait payer aux chefs de guerre les succès remportés sur d’autres terrains que le sien : le grand Churchill, obligé de quitter le pouvoir après avoir été battu aux élections en pleine conférence de Potsdam en 1945, de Gaulle que le gouvernement provisoire ne chercha nullement à retenir en janvier 1946, George Bush senior que le peuple américain refusa de réélire à la Maison Blanche, en novembre 1992, un an seulement après avoir triomphé au Koweit…

Barack Obama est bien le dernier à se faire des illusions sur l’ampleur du bénéfice politique qu’il va tirer de la mort de ben Laden. Il sait que le second mandat que lui promettent nombre d’Américains dans l’euphorie générale est loin d’être acquis.

Si un échec de l’opération aurait été catastrophique, comme le fut pour Jimmy Carter la pathétique expédition héliportée en Iran en 1980, la réussite du raid au Pakistan ne devrait produire que des effets à court terme.

L’élimination de l’ennemi public numéro un de l’Amérique arrive bien pour le président au moment où ses adversaires lui déniaient, précisément, la capacité d’être ferme. En montrant sa détermination et en rappelant lui même que son implication personnelle avait été décisive, Barack Obama va pouvoir faire taire ses détracteurs les plus enragés.

Il sera difficile, désormais, de railler son indécision ce dont l’opposition ne se privait pas. En toute injustice d’ailleurs, car Obama est loin d’être un laxiste.

Quand il estime que les intérêts supérieurs du pays sont en jeu, il n’hésite pas à donner des tours de vis. Dans la gestion du dossier de Guantanamo, c’est sans états d’âme qu’il a sacrifié quelques convictions humanistes aux canons du réalisme.

Si les États-Unis ont retrouvé, pour partie, leur prestige d’unique superpuissance d’un monde multilatéral, leur président ne s’est pas départi de son inquiétude tout au long de son intervention télévisée de la nuit dernière.

Derrière l’affichage d’une satisfaction mesurée, c’est bien la crainte profonde d’une attaque terroriste qui hante le président américain. Outre la tragédie qu’il ramènerait, un 11-Septembre bis ruinerait un capital électoral qui reste exposé aux revers de sa fortune politique.

Les prochaines élections ? Elles sont encore très loin. Largement le temps de perdre des points sous les assauts des hyperconservateurs du Parti Républicain et des Tea parties qui ne feront aucun cadeau au président Obama en dépit des félicitations adressées par les ténors du Grand Old Party (Conservatives).

Après une période d’accalmie, et un temps de communion consensuelle, la campagne va reprendre de plus belle et elle s’annonce déjà comme l’une des plus violentes de l’histoire récente des États-Unis.

Bush en avait rêvé, Obama l’a fait

Villepin attendra un jour, au moins, pour les gros titres. Colonna aussi. À demain les procès, Ben Laden est mort.

L’information, hier, a tout emporté, le Web, les “unes”, les radios, les télés. Lui que l’on croyait terré dans une grotte d’Afghanistan vivait en fait à 50 km d’Islamabad, au Pakistan. Dans une grande maison, avec des voisins, près d’une école militaire... Pas mal pour l’homme le plus recherché au monde. Pas de dépouille, peu de détails, juste une déclaration : le chef d’Al-Qaida a été tué par un commando américain. À suivre... Bush en avait rêvé, “mort ou vif”, Obama l’a fait, dix ans après le 11-Septembre. “Justice est faite” lance même le président américain. “Yes we can” chante Manhattan. Et maintenant ? Dans un monde où l’on donne du superlatif pour tout, et surtout pour rien, que dire de ce printemps qui n’en finit pas d’écrire l’Histoire… Ben Laden est mort hier, même si le symbole semblait depuis des mois dépassé par une jeunesse arabe qui aspire bien plus à la liberté qu’au choc des civilisations. Et demain ? La nébuleuse Al-Qaida est une multinationale avec des franchisés, alors… Après un séisme, on redoute toujours les répliques. Là, ce sont des représailles que l’on craint. Alors, Obama attendra un peu pour envoyer le générique de fin et la mention “The end”. Cette info planétaire est-elle parvenue aux otages français du Sahel et d’Afghanistan ? Car en France, depuis hier, c’est à eux que l’on pense.

Décourager les extrémistes

Ben Laden, la terreur mondiale, éliminé, voilà qui rassure nombre de braves gens dans le monde. Cependant, le terrorisme n'est pas éradiqué pour autant, peut-être même cela va-t-il renforcer la vindicte, attiser la soif de vengeance dans cette nébuleuse qui rassemble tant d'illuminés, de fanatiques, mais aussi, ne l'oublions pas, de méprisés...

La liesse a éclaté en de nombreux endroits. On a même dansé et crié victoire. On peut comprendre la réaction de celles et de ceux qui ont été blessés dans leur chair, dans leur affection par les amis de ce personnage, notamment les New-Yorkais atteints en direct au coeur de la ville. Cependant, aucune mort d'homme ne devrait donner lieu à des réjouissances. Ne nous laissons pas aller à faire ce que nous considérons chez d'autres comme des comportements sauvages et cruels.

Mais il s'agit tout de même d'une action victorieuse qui portera un coup très dur à une idéologie folle qui a provoqué des milliers de morts. Elle a fait trembler la Terre, singulièrement l'Occident et les amis de l'Occident, mais elle a aussi été très pernicieuse envers ceux qu'elle prétendait défendre et promouvoir, les musulmans. Ses excès ¯ attentats, rapts, assassinats d'otages, commis au nom d'une certaine vision extrémiste de l'islam ¯ ont nui à l'idée que l'on se faisait de cette religion. On commençait même à croire, ici et là, qu'une guerre de civilisation était en cours.

Heureusement, la plupart des nations et des hommes de ce temps refusaient de se laisser entraîner dans un tel engrenage. On voit, aujourd'hui, que celui-ci n'était pas fatal. Ce que l'on appelle le printemps arabe montre au contraire que, même s'il reste bien des dangers à éviter, des épreuves à surmonter, c'est l'esprit de liberté qui commence à prévaloir. Cet esprit de liberté était là, bien là même s'il était étouffé par des dictatures, éclipsé par des religieux égarés.

La mort de Ben Laden n'est assurément pas la mort de son idéologie, mais cette mort survient à un moment extraordinaire, celui où des peuples entiers se mettent en marche vers la démocratie. Cette avancée soudaine et surprenante sera d'autant moins contrariée, que les extrémistes de tous bords qui recourent à la violence auront été davantage découragés par cette disparition.

Ben Laden se cachait dans une maison à 1 million de dollars

Villa sur trois étages, murs de 6 mètres de hauts, barbelés et caméras de surveillance... Depuis au moins août 2010, le chef d'al-Qaida vivait dans un quartier cossu d'Abbottabad, ville considérée comme l'un des endroits les plus sûrs du nord-ouest du Pakistan.

Certains le disaient terré dans une caverne des contreforts himalayens, d'autres l'imaginaient volontiers circulant incognito dans la mégalopole méridionale de Karachi... En réalité, c'est dans la coquette ville pakistanaise d'Abbottabad qu'Oussama Ben Laden, tué dans la nuit de dimanche à lundi par les forces spéciales de l'US Navy, s'était établi.
Difficile de dire depuis combien de temps l'homme le plus recherché du monde s'y était installé. Selon un responsable américain, les services de renseignement y auraient identifié sa présence dès août 2010. Depuis, le chef d'al-Qaida était étroitement surveillé. L'homme vivait dans un quartier cossu, peuplé de militaires à la retraite, dans cette ville considérée comme l'une des plus tranquilles et sûres du nord-ouest, très prisée des estivants. Et à seulement deux heures de route d'Islamabad.
Autant Ben Laden souhaitait passer inaperçu, autant sa résidence, elle, était bien visible. Difficile en effet de passer à côté : la villa où il résidait, selon plusieurs médias pakistanais, est estimé à ... un million de dollars. Construite en 2005 sur trois étages, elle est située sur les flancs de collines verdoyantes et jouxte des champs de pomme de terre et d'eucalyptus. A 700 mètres de là se trouve une académie militaire. Au total, le terrain de la résidence est huit fois plus grand que ceux que l'on trouve aux alentours de la villa.
L'endroit était fortement sécurisé. D'abord, avec des murs hauts de 6 mètres, peu de fenêtres, des barbelés, un accès uniquement possible par deux portails sécurisés et de multiples caméras. A l'intérieur, d'autres murs séparent les différentes parties du site. D'après les autorités américaines, le chef d'al-Qaida y vivait sans Internet ni téléphone. Des habitants du quartier ont toutefois raconté lundi que le toit de la résidence était truffé d'antennes satellites. Pour ne pas se faire repérer, les occupants de la maison brûlaient les ordures à l'intérieur même de la villa, alors que le quartier dispose d'un service de ramassage.

Dans la cache d'Oussama Ben Laden, après le raid américain