vendredi 6 mai 2011
Notre Président serait déjà candidat. Prêt à rempiler cinq ans. Faut-il qu’il aime ça... Parce qu’être Président, c’est être contraint de travailler avec des individus comme Hervé Morin. Mais oui, vous le reconnaissez, le soldat fidèle de François Bayrou en 2007, qui le trahit pour devenir ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy. Il y gagna le sobriquet de «Morin, traître». Il lui fait honneur aujourd’hui, après trois années et demi de service servile et militaire, crachant dans le rata pour trahir son dernier maître et devenir candidat. On lui préférera le postier Olivier Besancenot, qui renonce aux honneurs du candidat pour mieux continuer de militer, à la base. Sans accuser personne, tout simplement parce que c’est son choix d’homme libre. Parions que notre Président, avant d’en reprendre pour cinq ans, aura une pensée pour Morin traître et le postier de Neuilly...
L’Histoire immédiate nargue l’analyse et s’y dérobe. Depuis le « bilan globalement positif» dressé par Georges Marchais sur les démocraties populaires de l’Europe de l’Est, l’appréciation d’une forme de pouvoir est définitivement sujette à caution.
Le manque de recul, l’esprit partisan, les rancœurs, les rivalités, les stratégies et l’infernale complexité de l’époque se liguent pour rendre tout jugement de ce genre parfaitement artificiel.
C’est ainsi : l’ingratitude exigeante des démocraties porte les peuples à regarder délibérément devant eux. S’il est parfaitement naturel pour un président de la République de chercher à convaincre l’opinion de l’importance de son œuvre, la démarche n’en est pas moins vaine.
Toutes les tonnes de papier glacé, toute l’encre d’une promotion valorisante et tous les séminaires d’autopersuasion n’y changeront rien : le pouvoir est mal placé pour évaluer le pouvoir. Presque illégitime pour s’autocongratuler, ce qu’il manque rarement de faire, pourtant.
On peut comprendre l’ardeur du Premier ministre à défendre l’action de celui qui l’a désigné et les résultats de l’équipe qu’il a nommée. Mais le fossé entre les dirigeants du pays et le peuple se serait-il à ce point creusé pour que le très faible pourcentage des Français (17 % à 27 %) trouvant satisfaisant le bilan de M. Sarkozy soit en décalage avec le satisfecit adressé par François Fillon au chef de l’État ?
A la cécité volontaire empêchant de voir le malaise français fait face un antisarkozysme aveugle qui refuse d’admettre les incontestables avancées de ce quinquennat. Il y en a, en effet. La réforme constitutionnelle, l’autonomie des universités et le Grenelle de l’environnement, par exemple, sont autant de jalons fondateurs pour la France de demain.
En revanche, les échecs de la politique sécuritaire, les banlieues largement abandonnées, une réforme de l’État comptable et castratrice qui pense surtout à faire des soustractions de fonctionnaires, le naufrage du travailler plus pour gagner plus, ne sont pas de simples accidents de parcours. Ils sont les marqueurs d’une promesse impossible : celle d’une France où tout serait possible.
La crise a sans cesse contrarié les envolées présidentielles. Mais dans une France qui s’est largement droitisée depuis 2007, le président a plongé seul dans les sondages quand le chef de gouvernement se maintenait, lui, à un niveau assez élevé.
Comment mieux mettre en évidence le rejet d’un homme plutôt que celui de sa politique ? Car c’est d’abord le style de l’omniprésident qui est en question. La conception d’une gouvernance qui est remise en question. La prétention de l’omniscience et l’égotisme forcené qui sont en cause.
Le coup par coup opportuniste de l’Élysée a ruiné l’ambition de 2007 et fragilisé un peu plus une France qui n’allait déjà pas très bien. Mais chacun sait qu’une élection ne se joue pas sur un bilan, bon ou mauvais.
jeudi 5 mai 2011
Jour de honte pour l’Europe
"Peut-on se réjouir de l’exécution d’un homme ? La réponse courte est non. Une réponse plus longue serait : dans le cas présent, oui, car avec la mort violente d’Oussama ben Laden surgit l’espoir que ce décès pourrait en épargner de nombreux autres. Nul ne sait ce que le bon Dieu répondrait à un tel argument."Cette guerre doit être gagnée", proclamait Barack Obama avant même d'entrer à la Maison Blanche, rappelle Steingart. Mais plutôt que d'écouter ce message, l'Europe qui était pourtant en pleine obamania, réfléchissait seulement à la manière de retirer ses soldats d'Afghanistan.
La persévérance politique et militaire des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme a payé. Bien qu’éprouvée sur le plan économique, la première puissance mondiale a pris les choses en main dans une zone difficile d’accès, la frontière pakistanaise, quand tous ses alliés prenaient la tangente. Ceux-ci ne sont pas allés se cacher dans les fourrés des hauts plateaux pakistanais, soulignons-le – les alliés européens des Etats-Unis ne sont jamais arrivés jusque-là. Mais dans les rhododendrons des parterres de la chancellerie, de Downing Street et du Palais de l’Elysée."
"Les Etats-Unis ont lutté seuls et ne sont donc pas tenus de partager avec quiconque les lauriers du pistage et de l’élimination de Ben Laden : félicitations, l’Amérique. Ton ADN de première puissance mondiale est intact. Le dollar se porte mal et la situation budgétaire est tendue, mais l’armée, elle, est en pleine forme. Si l’Allemagne produit les meilleures voitures et la Chine les Pères Noël les moins chers de la planète, en matière de sécurité, les Etats-Unis sont les rois. Certes, la sécurité est un produit qui coûte horriblement cher et qui ne présente pas toujours très bien, mais ses mécanismes sont parfaitement huilés."Depuis longtemps, la politique de sécurité est synonyme de politique économique, note Steingart. La surveillance des aéroports et des moyens de communication, les scanners corporels et passeports biométriques tant détestés par les Européens en font partie. Mais seuls les Etats-Unis l'auraient, selon lui, compris.
"La victoire américaine doit réjouir les Européens que nous sommes – et nous couvrir de honte par la même occasion. Notre continent, dont la population et la puissance économique sont comparables à celles des Etats-Unis, n’a visiblement aucune envie de défendre ses valeurs, sa prospérité, ni de se défendre tout court. La plupart des Européens – car les Allemands ne sont pas les seuls dans ce cas – refusent de comprendre la nature de cette lutte contre le terrorisme international qui dure depuis maintenant dix ans : cette guerre n’est pas une guerre telle que l’on peut en voir dans nos livres d’histoire. Il n’y a pas eu de déclaration de guerre comme il n’y aura jamais d’acte de capitulation. L’adversaire ne porte ni casque, ni treillis, et serait bien en peine de piloter un tank sans provoquer d’accident. Le matin, il s’accroche une ceinture d’explosifs autour de la taille et se rend au marché le plus proche de chez lui. Cette guerre ne pourrait être gagnée et pourtant ne peut pas être perdue. C'est notre non-compréhension de cette guerre qui fait figure de meilleur complice du terrorisme".
Réactions européennes
Une satisfaction généralisée
Exclusif :Luc Besson met en vente son hôtel particulier à côté de l’Elysée
Luc Besson va bientôt se séparer de son hôtel particulier du XIXe siècle, situé au 137 rue du Faubourg Saint-Honoré. Selon nos informations, le réalisateur et producteur français a en effet mis en vente ce magnifique bâtiment de 3900 mètres carrés, situé à deux pas de l’Elysée, qui abrite sa société de production, Europacorp, et, au rez-de-chaussée, deux restaurants, l’étoilé Apicius et l’italien Ante Prima. Il l’avait acheté à Unibail en 2003 via sa holding personnelle, Frontline.
Euracorp va en effet bientôt vider les lieux et déménager dans ses nouveaux bureaux de la Cité du Cinéma, en cours de construction à Saint-Denis. Lors d’une visite de chantier organisée pour la presse et les analystes financiers ce matin, la direction a indiqué que le calendrier serait respecté et que les 120 salariés de l’entreprise quitteraient le 8e arrondissement dans un an. Mais plutôt que de chercher un nouveau locataire, Luc Besson a semble-t-il décidé de céder son bien immobilier.
Très endetté à titre personnel, le metteur en scène du « Grand Bleu » pourrait trouver là un moyen de se remettre à flot. Il ne peut pas compter, en effet, sur Europacorp. La société n’a pas versé de dividendes depuis 2009 à cause de ses pertes, qui auraient atteint 31 millions d’euros en 2010 selon la société de Bourse Gilbert Dupont.
Une année qui s’annonce difficile
La joie superfétatoire de José Socrates
Ceux au pouvoir ne sont pas Portugais mais décident pour le Portugal
mercredi 4 mai 2011
Désespérés et résignés
Il y a encore quelques mois, le même homme pouvait participer au marathon d’Athènes, accompagné seulement de deux officiers de sécurité, sous les applaudissements de la foule. Depuis, le climat s’est singulièrement dégradé. Les Grecs sont de plus en plus désespérés : le chômage explose, les salaires baissent, les petites entreprises ferment les unes après les autres. Ils ont la nausée des plans d’austérité qui se succèdent sans discontinuer depuis un an – le dernier a été annoncé le 15 avril.Tous les jours, les mauvaises sont mauvaises, d'où qu'elles viennent
Après trois ans de récession économique, c’est le moral qui est entré en récession. "Il y a une atmosphère de désespoir", souligne un diplomate européen. "Tous les jours, les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent", soupire Léna, qui possède plusieurs commerces dans les environs de la place Syntagma, au cœur d’Athènes. "Comment voulez-vous que les gens, même ceux dont les salaires n’ont pas baissé, aient envie de consommer dans un tel climat ? C’est tellement vrai que lorsque les médias grecs ont fait grève pendant quatre jours, le moral est remonté et la consommation a repris…""Ce ne sont pas les sacrifices et les changements qui dépriment les gens, c’est l’absence de résultat et donc d’issue claire à la crise", estime Yanis Prétendéris, éditorialiste influent. "On ne voit pas encore de preuve que la Grèce dispose enfin d’un Etat organisé", confirme Léna, qui note cependant un recul de la corruption. Sans doute parce que les Grecs n’ont plus d’argent pour remplir les fakelaki (petites enveloppes): "La récession a tué la corruption", s’amuse Prétendéris.
"On savait que 2011 serait plus difficile que 2010, tempère un diplomate européen. Les sacrifices ont été faits, mais les résultats ne sont pas encore là. Les réformes sont laborieusement appliquées, l’Etat reste largement inefficace, les riches échappent toujours en grande partie à l’impôt…" D’où l’ambiance actuelle.
"L'UE ne pense pas au peuple mais à l'économie"
Les citoyens "reprochent à Papandréou son incompétence, son incapacité à faire vraiment changer le pays", affirme Prétendéris. Cependant, déprime ne veut pas dire révolte, même si les grèves et manifestations contre l’austérité se succèdent à un rythme accéléré (le centre-ville d’Athènes a été fermé partiellement ou totalement 496 fois en 2010, selon la police). "Le pays n’est pas au bord de l’explosion, il est bord de la dépression", estime Yannis Prétendéris.Ilias Iliopoulos, le secrétaire général de l’Adedy (le principal syndicat de la fonction publique), et Georges Pontikos, le secrétaire aux relations internationales du Pame, syndicat proche du KKE (un parti communiste stalinien), partagent le même diagnostic : "Il y a un ras-le-bol général, mais la Grèce est loin de la révolution." D’ailleurs, les manifestations sont loin de faire le plein. La "colère" risque de se manifester autrement, dans les urnes : toujours en tête dans les sondages, à 21%, le Pasok (Parti socialiste) a perdu 23 points depuis 2009.
Avec les conservateurs de la Nouvelle Démocratie, les deux principaux partis qui rythment la vie du pays ne représentent plus qu’environ 40 % du corps électoral contre près de 80 % jusque-là. Ce sont les populismes de tous bords qui font leur miel de la crise : le KKE et la Laos (peuple) notamment. Et, corollaire, l’europhilie est en chute libre : "L’Union ne pense pas au peuple, mais à l’économie", peste Ilias Iliopoulos qui appelle à "l’unité patriotique" pour résister à l’austérité.
Polémique
La contestation de Papandréou contestée
Politique ne rime pas toujours avec polémique. Et les petites phrases ne sont pas condamnées à être vaines. Hier, l’Assemblée nationale a fait le buzz, comme on dit, avec l’émotion des députés devant la mort d’un des leurs, Patrick Roy. Il était venu leur confier en février qu’il souffrait d’un cancer du pancréas. Comme Bernard Giraudeau avant lui, ou Laurent Fignon, il avait choisi de le dire publiquement, pour que les députés pensent avec lui aux millions de victimes du cancer luttant pour la vie. Patrick Roy siégeait à gauche. C’était une grande gueule qu’on aimait, a dit son collègue de droite, Jacques Myard. Car hier, les députés ne reconnaissaient plus qu’un parti, celui dont nous sommes tous adhérents – le parti des mortels. En février, de sa voix fatiguée, éraillée, Patrick Roy avait lancé à l’assemblée : « La vie est belle ». Et la politique, c’est la vie, aussi, parfois.
mardi 3 mai 2011
Les victoires militaires ne sont pas les meilleures garanties pour remporter des victoires électorales.
Curieusement, la démocratie fait payer aux chefs de guerre les succès remportés sur d’autres terrains que le sien : le grand Churchill, obligé de quitter le pouvoir après avoir été battu aux élections en pleine conférence de Potsdam en 1945, de Gaulle que le gouvernement provisoire ne chercha nullement à retenir en janvier 1946, George Bush senior que le peuple américain refusa de réélire à la Maison Blanche, en novembre 1992, un an seulement après avoir triomphé au Koweit…
Barack Obama est bien le dernier à se faire des illusions sur l’ampleur du bénéfice politique qu’il va tirer de la mort de ben Laden. Il sait que le second mandat que lui promettent nombre d’Américains dans l’euphorie générale est loin d’être acquis.
Si un échec de l’opération aurait été catastrophique, comme le fut pour Jimmy Carter la pathétique expédition héliportée en Iran en 1980, la réussite du raid au Pakistan ne devrait produire que des effets à court terme.
L’élimination de l’ennemi public numéro un de l’Amérique arrive bien pour le président au moment où ses adversaires lui déniaient, précisément, la capacité d’être ferme. En montrant sa détermination et en rappelant lui même que son implication personnelle avait été décisive, Barack Obama va pouvoir faire taire ses détracteurs les plus enragés.
Il sera difficile, désormais, de railler son indécision ce dont l’opposition ne se privait pas. En toute injustice d’ailleurs, car Obama est loin d’être un laxiste.
Quand il estime que les intérêts supérieurs du pays sont en jeu, il n’hésite pas à donner des tours de vis. Dans la gestion du dossier de Guantanamo, c’est sans états d’âme qu’il a sacrifié quelques convictions humanistes aux canons du réalisme.
Si les États-Unis ont retrouvé, pour partie, leur prestige d’unique superpuissance d’un monde multilatéral, leur président ne s’est pas départi de son inquiétude tout au long de son intervention télévisée de la nuit dernière.
Derrière l’affichage d’une satisfaction mesurée, c’est bien la crainte profonde d’une attaque terroriste qui hante le président américain. Outre la tragédie qu’il ramènerait, un 11-Septembre bis ruinerait un capital électoral qui reste exposé aux revers de sa fortune politique.
Les prochaines élections ? Elles sont encore très loin. Largement le temps de perdre des points sous les assauts des hyperconservateurs du Parti Républicain et des Tea parties qui ne feront aucun cadeau au président Obama en dépit des félicitations adressées par les ténors du Grand Old Party (Conservatives).
Après une période d’accalmie, et un temps de communion consensuelle, la campagne va reprendre de plus belle et elle s’annonce déjà comme l’une des plus violentes de l’histoire récente des États-Unis.
Ben Laden se cachait dans une maison à 1 million de dollars
Villa sur trois étages, murs de 6 mètres de hauts, barbelés et caméras de surveillance... Depuis au moins août 2010, le chef d'al-Qaida vivait dans un quartier cossu d'Abbottabad, ville considérée comme l'un des endroits les plus sûrs du nord-ouest du Pakistan.
Difficile de dire depuis combien de temps l'homme le plus recherché du monde s'y était installé. Selon un responsable américain, les services de renseignement y auraient identifié sa présence dès août 2010. Depuis, le chef d'al-Qaida était étroitement surveillé. L'homme vivait dans un quartier cossu, peuplé de militaires à la retraite, dans cette ville considérée comme l'une des plus tranquilles et sûres du nord-ouest, très prisée des estivants. Et à seulement deux heures de route d'Islamabad.
L'endroit était fortement sécurisé. D'abord, avec des murs hauts de 6 mètres, peu de fenêtres, des barbelés, un accès uniquement possible par deux portails sécurisés et de multiples caméras. A l'intérieur, d'autres murs séparent les différentes parties du site. D'après les autorités américaines, le chef d'al-Qaida y vivait sans Internet ni téléphone. Des habitants du quartier ont toutefois raconté lundi que le toit de la résidence était truffé d'antennes satellites. Pour ne pas se faire repérer, les occupants de la maison brûlaient les ordures à l'intérieur même de la villa, alors que le quartier dispose d'un service de ramassage.













