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mardi 4 juin 2013
Economies familiales
Economies familiales
Le gouvernement aura finalement reculé devant l’obstacle. Comme Lionel Jospin, naguère, il a préféré conserver le caractère universel des allocations familiales et choisi d’abaisser le plafond du quotient familial, mécanisme qui permet aux familles avec enfants de diminuer le montant de leur impôt et qui, par construction, profite davantage aux foyers les plus aisés. Le montant en avait déjà été abaissé au début de ce quinquennat. On n’aura pas touché au symbole, donc, mais décidé que, pour rééquilibrer les comptes de la branche famille, on ferait porter l’effort sur les plus riches, par le moyen de la fiscalité ; ce qui paraît, de fait, plus équitable, même si se trouve ainsi contredite la promesse de ne plus augmenter les impôts !
L’État doit impérativement faire des économies, personne ne doit en douter. Certains regretteront qu’il n’ait pas mis bon ordre dans d’autres domaines que celui de la famille, mais l’importance des sommes à économiser nécessite que tous les leviers soient actionnés, y compris celui-ci. On peut toutefois remarquer que l’argent ainsi « gagné » se traduira par moins de dépenses de consommation pour les familles concernées, au risque de pénaliser certains secteurs économiques.
Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault fait un choix, celui de mettre l’accent sur les familles les plus fragiles et d’orienter les efforts vers elles. Une politique « sociale », plutôt que « familiale ». Mais il ne peut oublier que la famille reste, notamment en ces temps de crise économique, un atout, un lieu de solidarité unique. Or de nombreux facteurs (hors prestations) entrent en ligne de compte pour rendre la vie des familles plus facile : possibilité pour les femmes – et les hommes – de concilier harmonieusement vie familiale et vie professionnelle, accueil des jeunes enfants, école et soins médicaux de qualité, logements accessibles, sécurité… C’est sur l’ensemble de ces domaines que se jugera sa politique, et sur le modèle de société dans lequel grandissent les enfants. Politique familiale ? Politique tout simplement.
mardi 21 mai 2013
« Mariage pour tous » : principe contre principe
La loi ouvrant le mariage et l’adoption aux personnes de même sexe, adoptée le 23 avril dernier, a été promulguée samedi 18 mai. Le Conseil constitutionnel a en effet décidé de valider le texte dans sa totalité, reconnaissant au législateur le droit de modifier une disposition ancienne qui réservait le mariage à l’union d’une femme et d’un homme. Les juges, de même, ont estimé que les parlementaires avaient toute latitude pour considérer « que l’identité des sexes ne constituait pas un obstacle à l’établissement d’un lien de filiation adoptive ». Seule réserve : le Conseil précise que cette loi « n’a ni pour effet ni pour objet de reconnaître aux couples de même sexe un droit à l’enfant » et rappelle que dans toute adoption, il convient de tenir compte avant tout de l’intérêt de l’enfant.
Tous ceux qui se sont battus pour que soit repoussée cette loi, qui bouleverse le sens du mariage, union d’un homme et d’une femme, en vue d’établir un lien de filiation, seront profondément déçus par cette décision, attendue comme un dernier recours possible après tant de désillusions successives. Mais le Conseil constitutionnel n’émet pas un avis basé sur des considérations anthropologiques ou morales ; il s’interroge sur la conformité d’une loi avec les principes fondamentaux de la République, et a dû trancher entre deux visions de ces principes : la définition du mariage ou l’égalité de tous les citoyens ; il a opté en faveur de la seconde. Sans résoudre une contradiction – soulevée d’ailleurs par la réserve émise à propos de l’adoption : qu’en est-il du tiers, de l’enfant et de ses droits ?
Il est possible de comprendre la réserve du Conseil constitutionnel comme une sorte d’avertissement pour la suite, pour rassurer ceux qui pensent qu’après l’étape du mariage, toujours au nom de l’égalité, viendront automatiquement les revendications de procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui. La loi sur le mariage n’ouvre pas ce « droit à l’enfant », prévient-il. C’est sur cette interprétation que se battront désormais les opposants au « mariage pour tous » qui préparent une grande manifestation dimanche. Non pas comme un baroud d’honneur, ni par défi. Mais pour rappeler au gouvernement que pour engager de tels changements de civilisation (puisque les promoteurs de la loi revendiquent eux-mêmes cette interprétation), il est primordial d’en mieux mesurer les enjeux et les conséquences ; il est nécessaire d’engager un profond débat avec les citoyens, sans jeter l’opprobre sur ceux qui ont l’audace de penser autrement.
jeudi 14 mars 2013
Le pape venu du Sud
Le pape venu du Sud
Le suspense n’aura pas duré longtemps. Les cardinaux électeurs, qui avaient paru prendre leur temps durant les congrégations générales pour décider de la date du début du conclave, n’auront eu besoin que de cinq scrutins pour se mettre d’accord et élire le successeur de Benoît XVI, dont la renonciation le 11 février avait ouvert un chapitre inédit dans l’histoire de la papauté. Une élection rapide qui donne au nouveau pape l’assurance d’avoir la pleine confiance de ses frères. Ils ont également déjoué les pronostics, même si la personnalité de Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, n’est certes pas inconnue : son nom était, dit-on, apparu lors du précédent conclave. Ils auront élu un non-Européen, un jésuite, un homme de 77 ans, de santé fragile, simple.
En expliquant les raisons de son retrait, Benoît XVI avait en quelque sorte établi une « feuille de route » pour son successeur. Il serait un homme intellectuellement vigoureux, ayant une expérience pastorale, capable d’organiser et de décider, apte à mener le dialogue avec son temps et avec les autres cultures. Il lui faudra, bien sûr, réorganiser la Curie, le gouvernement central de l’Église éprouvé par l’affaire Vatileaks ; mais surtout donner confiance aux fidèles catholiques inquiets de vivre dans des sociétés de plus en plus indifférentes à Dieu, et permettre à ceux qui ne se reconnaissent pas dans la figure du Christ de trouver dans l’Église catholique une force agissante pour le bien commun des peuples, pour la paix et la justice, la liberté, le respect de la vie…
La succession est lourde. D’autant plus que le pape émérite, à qui François a fait immédiatement référence, sera présent dans l’enceinte du Vatican. Le nouveau pape saura imprimer sa marque particulière. Il ne faudra pas chercher à comparer, à chercher les différences et les ressemblances, ni à spéculer sur la durée du pontificat. Mais lui laisser le temps d’habiter son rôle et sa mission, ce service de l’Église universelle. Sans oublier que l’Église catholique se manifeste au travers de tous ses fidèles, de toutes ses communautés de par le monde. Car ce sont ces croyants qui, avec le pape, portent la responsabilité de faire vivre le message du Christ dans le monde d’aujourd’hui. L’élection d’un Argentin, issu de cette Amérique latine où vit ardemment la foi catholique, en est le signe.
samedi 23 février 2013
Délai de carence. Le jour de trop
Délai de carence. Le jour de trop
À contretemps. L’annonce de la ministre Marylise Lebranchu, selon laquelle le gouvernement proposerait dans la prochaine loi de finances de supprimer le « jour de carence », c’est-à-dire non indemnisé, en cas d’arrêt de travail pour les salariés de la fonction publique, ne pouvait pas tomber plus mal : le déficit public de l’État français ne sera pas au rendez-vous des 3 % promis. Alors, dans tous les ministères, les sources d’économies sont traquées, désespérément.
Ce geste est destiné à compenser la stagnation des rémunérations des fonctionnaires et est censé rassurer une population qui, dans sa majorité, a voté pour la gauche. Ce jour de carence était vécu comme « humiliant »,a notamment dit la ministre, les fonctionnaires étant réputés plus fréquemment absents que les salariés du privé, constat que ne valident pas les dernières études, même si les hôpitaux par exemple jugent que l’absentéisme du personnel a été réduit, depuis l’instauration de ce jour de carence.
On doit donc comprendre que les trois jours auxquels sont soumis les salariés du privé sont trois fois plus humiliants, même s’il n’est apparemment pas question de revenir sur le sujet. Il est vrai qu’une majorité d’entreprises compense cette « carence », mais toutes ne le font pas.
Une telle décision n’est pas de nature à rassembler les Français ; au contraire elle accentue les clivages, réels ou ressentis, et le sentiment d’injustice. Les fonctionnaires, même si leur salaire est bloqué, ne doivent pas oublier qu’en cette période de chômage élevé, la sécurité de l’emploi demeure un avantage important. Au demeurant, il n’est pas sûr – et d’ailleurs leurs syndicats l’ont déjà fait savoir – que l’annonce suffira à calmer leurs revendications. La création de postes dans l’éducation nationale n’a pas aidé Vincent Peillon à faire avancer ses réformes : l’exemple des rythmes scolaires en est la flagrante illustration.
Les sommes en jeu autour de ce jour de carence ne sont sans doute qu’une goutte d’eau par rapport aux besoins d’économies. Mais ces gouttes d’eau, tombant de façon répétitive et obstinée, finissent par agacer l’oreille.
mardi 3 mai 2011
Une étape
Le pire serait qu’aux yeux de ses partisans ou de ses émules, Oussama Ben Laden apparaisse plus grand mort que vivant, que le mythe devienne plus dangereux que l’homme, traqué depuis dix ans, des confins de l’Afghanistan au cœur du Pakistan.
L’opération secrète, qui s’est soldée par la mort, dimanche, de l’ennemi numéro un des États-Unis depuis l’attentat contre les Twin Towers du 11 septembre 2001, est un incontestable succès, mais les Américains doivent veiller, dans leur communication, à ne pas donner des prétextes à tous ceux qui ne demandent qu’à allumer des guerres contre l’Occident, ne serait-ce qu’en commentant la façon dont a été traitée la dépouille du chef islamiste.
Les proches des nombreuses victimes qui peuvent être imputées à Al-Qaida – de New York à Londres en passant par Madrid ou Bali – sont soulagés que son chef ait été mis hors d’état de nuire ; certains, sans doute, auraient préféré le jugement d’une cour internationale (tout en reconnaissant qu’un Ben Laden prisonnier aurait été difficile à gérer).
Mais il faut se souvenir qu’Al-Qaida n’est pas une armée disciplinée, un mouvement structuré ; c’est plutôt une juxtaposition de cellules plus ou moins reliées entre elles, très dépendantes de contextes ou de chefs locaux. Récemment, au Maroc, de nouveau le fanatisme a frappé ; des otages sont retenus par des groupes qui se réclament de la même idéologie ; en Afghanistan, des soldats, notamment des Américains, des Français, des Britanniques, se battent contre les talibans qui avaient accepté de donner refuge à Oussama Ben Laden après le 11-Septembre et menacent la liberté du peuple afghan. La mort de Ben Laden, pour symbolique qu’elle soit, n’est donc qu’une étape.
Sans baisser la garde face au danger terroriste, les pays qu’il menace doivent se porter aux côtés des jeunes forces, dans les pays du monde arabo-musulman, qui cherchent des voies nouvelles pour développer leur pays et y instaurer la démocratie. Les islamistes radicaux ne veulent pas de tels chemins ouverts vers la liberté. Soutenir ces mouvements avec la même détermination, la même persévérance qui furent mises en œuvre pour traquer le chef d’Al-Qaida, c’est – plus efficacement encore – combattre le terrorisme.
mardi 18 janvier 2011
A bonne distance
Comme pour se rattraper, après des semaines de silence, le gouvernement français s’emploie désormais à redresser le cap : il affirme se tenir au côté du peuple tunisien, condamne les bandes armées qui créent le chaos et promet sa coopération dans la traque des biens mal acquis par l’ancien président Ben Ali. La colère des Tunisiens, la répression policière violente, puis le départ du chef de l’État tunisien semblent avoir pris de court les autorités françaises. Est-ce la conséquence du soutien inconditionnel à un président censé faire barrage aux islamistes ? Est-ce indulgence coupable en raison d’intérêts économiques trop liés ? Est-ce mauvaise analyse de l’événement ? Ou prudence : la France, comptant une communauté importante de ressortissants de Tunisie et nombre de Français qui y ont des racines, craint d’importer sur son sol des tensions supplémentaires.
Quoi qu’il en soit de ces raisons, la diplomatie française – sur le dossier tunisien comme après la présidentielle ivoirienne – se voit sévèrement critiquée. À vrai dire, trop discrète ou trop impliquée, la France se trouve immanquablement sur la sellette. Indifférence ou ingérence coupables : les accusations sont vite sur les lèvres. Les liaisons ambiguës avec des pouvoirs corrompus ou/et autoritaires ne sont pas l’apanage d’un camp politique. Mais elles ont assez duré. Aujourd’hui, ces nations et leurs peuples, qui ont avec la France une longue histoire tourmentée, ont le désir de tracer leur propre voie et de ne pas se voir dicter la route démocratique à suivre. En témoignent les mesures de respect des libertés publiques annoncées hier à Tunis.
Ce n’est ni à Michèle Alliot-Marie de proposer de former les policiers tunisiens à un maintien de l’ordre républicain, ni à Ségolène Royal de se porter garante du caractère démocratique de futures élections. C’est à l’Europe de prendre le relais, comme l’a fait la chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton, en promettant de soutenir la Tunisie dans tous ses efforts pour construire une « démocratie stable », pour préparer et organiser les élections. Avant, un jour que l’on espère prochain, de conférer à la Tunisie nouvelle le « statut avancé » qui resserrerait les liens entre les deux rives de la Méditerranée, d’égal à égal.
samedi 1 janvier 2011
Vœux de joie
« Pauvres journalistes incapables de fouiller ailleurs que dans les excréments. » La plume du lecteur est acerbe ; il est en colère : la série que La Croix a publiée sur « ce qui va bien en France » est close et il recense les mauvaises nouvelles traitées dans une même édition, des otages en Afghanistan à l’industrie automobile confrontée à la suppression de la prime à la casse, en passant par les boues rouges de Hongrie.
En cette période traditionnelle de vœux, faut-il que vous, lecteurs, souhaitiez à notre quotidien de ne présenter que de « bonnes nouvelles » ? Faut-il que nous, journalistes, détournions le regard des événements malheureux ? Ne faudrait-il rien écrire sur Haïti, sur la Côte d’Ivoire, rien sur le chômage, rien sur les catastrophes naturelles ? Curieuses questions adressées à un quotidien d’informations générales, qui essaie de poser sur l’actualité un regard éclairé par l’Évangile. N’y aurait-il pas de place dans ses colonnes pour les pauvres, les étrangers, les malades, les prisonniers, les persécutés pour la justice, ceux qui le sont au nom de leur foi ?
Bien sûr que si. Le vœu que, lecteurs et journalistes, nous devons formuler, c’est de repérer, au travers des difficultés, les raisons de croire en une solution et de savoir mettre en lumière les hommes et les femmes qui agissent pour construire cet avenir meilleur. Taizé rassemble actuellement des milliers de jeunes à Rotterdam et les invite ainsi à la Joie – mais une joie, précise Frère Alois, qui n’est pas une fuite devant les souffrances.
De l’année écoulée, trois images peut-être (d’autres choix sont possibles) disent cette joie, sans occulter le tragique où elle s’enracine : le film rappelant le martyre des moines de Tibhirine et leur message de fraternité, diffusé à l’heure où s’exaspèrent les tensions entre chrétiens et musulmans ; la force d’hommes emmurés vivants dans une mine chilienne, capables de faire front ensemble, sans douter qu’on viendra un jour les délivrer ; une femme d’une grande dignité, Aung San Suu Kyi, enfin rendue à la liberté en Birmanie. Souhaitons-nous mutuellement moins de noirceur sur l’horizon du monde et de telles personnalités pour l’éclairer de leur simple lumière.
En cette période traditionnelle de vœux, faut-il que vous, lecteurs, souhaitiez à notre quotidien de ne présenter que de « bonnes nouvelles » ? Faut-il que nous, journalistes, détournions le regard des événements malheureux ? Ne faudrait-il rien écrire sur Haïti, sur la Côte d’Ivoire, rien sur le chômage, rien sur les catastrophes naturelles ? Curieuses questions adressées à un quotidien d’informations générales, qui essaie de poser sur l’actualité un regard éclairé par l’Évangile. N’y aurait-il pas de place dans ses colonnes pour les pauvres, les étrangers, les malades, les prisonniers, les persécutés pour la justice, ceux qui le sont au nom de leur foi ?
Bien sûr que si. Le vœu que, lecteurs et journalistes, nous devons formuler, c’est de repérer, au travers des difficultés, les raisons de croire en une solution et de savoir mettre en lumière les hommes et les femmes qui agissent pour construire cet avenir meilleur. Taizé rassemble actuellement des milliers de jeunes à Rotterdam et les invite ainsi à la Joie – mais une joie, précise Frère Alois, qui n’est pas une fuite devant les souffrances.
De l’année écoulée, trois images peut-être (d’autres choix sont possibles) disent cette joie, sans occulter le tragique où elle s’enracine : le film rappelant le martyre des moines de Tibhirine et leur message de fraternité, diffusé à l’heure où s’exaspèrent les tensions entre chrétiens et musulmans ; la force d’hommes emmurés vivants dans une mine chilienne, capables de faire front ensemble, sans douter qu’on viendra un jour les délivrer ; une femme d’une grande dignité, Aung San Suu Kyi, enfin rendue à la liberté en Birmanie. Souhaitons-nous mutuellement moins de noirceur sur l’horizon du monde et de telles personnalités pour l’éclairer de leur simple lumière.
mardi 21 décembre 2010
Chiffon rouge
Il est des thèmes « chiffons rouges » (ou roses), emblématiques d’une politique, contre lesquels les taureaux adverses ont inévitablement envie de foncer. Les 35 heures sont de ceux-là. Et comme Martine Aubry, patronne du PS, porte la responsabilité de cette loi phare de la gauche, il ne faut pas s’étonner que le patron de l’UMP Jean-François Copé entre en guerre contre cette réforme vieille de dix ans : il juge qu’elle handicape l’économie française et coûte cher à l’État.
Que les 35 heures aient entraîné leur lot de désorganisation, qu’elles n’aient pas permis la création d’autant d’emplois qu’espéré, qu’il ait fallu mettre en place d’onéreuses solutions de contournement à base d’heures supplémentaires, nul n’en disconviendra. Que la réforme ait été particulièrement complexe pour le secteur public, et le monde hospitalier en particulier, n’échappe à personne. Mais, malgré tout, les salariés français restent attachés aux 35 heures et aux journées de récupération auxquelles elles donnent droit. Cela se paye souvent d’un surcroît de productivité et donc de stress, mais ils y tiennent, parce que cela libère du temps de loisir et, surtout, parce que cela permet une meilleure articulation entre vie familiale et vie professionnelle. Sujet majeur dans une société française où pères et mères de famille travaillent et ne renoncent pas à élever des enfants.
Le gouvernement et Xavier Bertrand semblent peu pressés de revenir sur le sujet. L’allongement de la carrière professionnelle, lié à la réforme des retraites, est suffisamment épineux pour ne pas en rajouter ; et des dossiers délicats (notamment autour de la dépendance) exigent une mobilisation totale des partenaires sociaux. Si la réflexion menée au sein de l’UMP par Jean-François Copé doit être une occasion de penser mieux l’organisation du travail, notamment dans la perspective de retraites plus tardives, si elle mesure les attentes des salariés comme des employeurs, tant mieux. Mais si le but principal était de ferrailler contre la gauche en déconstruisant l’une de ses réformes symboliques, ce serait faire un bien mauvais usage du temps de travail des parlementaires.
dimanche 12 décembre 2010
Piquée au vif
La paix divise aussi. Si le comité Nobel norvégien a honoré des lauréats incontestables, il a également connu son lot de polémiques. Même le choix du président Obama, récompensé avant même qu’il soit véritablement entré en action, avait suscité maintes réactions. Il en va ainsi du prix 2010 attribué au dissident chinois Liu Xiaobo (prisonnier, il ne pourra aujourd’hui recevoir son prix ; ni sa femme ni ses frères ne le pourront en son nom). La Chine ne décolère pas : pour elle, le militant, auteur d’une charte appelant à plus de démocratie, est un délinquant légitimement condamné à des années de détention. Et il n’est pas sûr que la précision sémantique du président du comité Nobel apaisera son courroux : « Ce n’est pas un prix contre la Chine, a- t-il expliqué. C’est un prix qui honore le peuple chinois. » Même s’il a pris soin d’ajouter que « dans une grande mesure, l’avenir du monde est entre les mains de ce grand pays ».
La communauté internationale se trouve contrainte de prendre parti, en répondant positivement ou négativement à l’invitation des Nobel. Or, les arguments sonnants et trébuchants de la Chine ont du poids, notamment en période de crise économique. La Norvège en mesure aujourd’hui, à ses dépens, les effets. Mais, parmi les pays qui boycotteront la remise du prix, se rencontrent aussi des nations qui ne se reconnaissent pas dans la conception occidentale des droits de l’homme et contestent une telle ingérence dans leurs affaires intérieures.
Paradoxalement, l’agacement de la Chine est une bonne nouvelle. À condition, bien sûr, que le prix Nobel ou ses proches ne pâtissent pas de ce coup de projecteur international. La Chine a été piquée au vif. Elle a conquis une place éminente sur le plan économique, intimidant le reste de la planète. Avec le succès des Jeux olympiques, lui a été décerné un brevet d’efficacité et de performance. Désormais, l’image politique et diplomatique qu’elle offre au monde n’est pas une préoccupation mineure. La Chine veut peser sur les relations internationales, à la hauteur de son poids démographique et commercial. Elle aspire à être regardée avec crainte et respect, et pas seulement au travers de la frêle silhouette d’un prisonnier politique plus connu hors de ses frontières qu’à l’intérieur.
jeudi 18 novembre 2010
Droits de l'autre
L’Irak est leur pays, et pourtant ils ne savent pas s’ils désirent y retourner. Blessés dans l’attentat de la cathédrale syrienne-catholique de Bagdad, à la veille de la Toussaint, ils ont été accueillis en France pour y être soignés. Leurs histoires racontent le même quotidien marqué par la peur et la mort. Ils sont profondément déchirés : doivent-ils choisir l’exil pour enfin connaître la paix ; doivent-ils revenir sur leur terre qu’ils ne veulent pas déserter ? Choix terrible, quand il engage ceux qu’on aime.
Le dilemme se pose également aux pays d’accueil : recevoir ces personnes en danger, ne pas renvoyer chez eux des demandeurs d’asile irakiens (comme le demande la Cour européenne des droits de l’homme à plusieurs pays européens), est un devoir d’humanité ; mais n’est-ce pas entériner l’exil de fait des communautés chrétiennes d’Orient, n’est-ce pas conforter certains pays où l’islam est majoritaire dans l’idée qu’il n’y a pas de place chez eux pour des croyants d’autres religions, qu’ils n’ont qu’à s’installer en Occident ? Les responsables chrétiens du Proche-Orient redoutent cet exode et interpellent la communauté internationale pour qu’elle ne s’arrête pas aux solutions d’urgence ; tout doit être mis en œuvre pour assurer la sécurité dans cette région particulièrement inflammable. Car la présence de ces minorités, ancrées ici depuis les origines du christianisme, n’est pas une vétille au regard des problèmes du monde, elle ne relève pas d’une « tolérance » ; elle est un droit et une chance. Le statut fait aux minorités religieuses est en effet un bon indicateur du degré de liberté d’une société.
Vendredi 19 novembre, à l’occasion de la rencontre des cardinaux à Rome, sous le feu de cette dramatique actualité, le pape devrait rappeler, dans la continuité du concile Vatican II, l’importance de la liberté religieuse comme un droit essentiel des hommes et des femmes. Toutes les religions sont soucieuses de leurs droits ; elles demandent à être respectées. Le plus difficile – pour les États comme pour les religions elles-mêmes – étant de défendre la liberté de l’autre, autrement croyant.
L’Irak est leur pays, et pourtant ils ne savent pas s’ils désirent y retourner. Blessés dans l’attentat de la cathédrale syrienne-catholique de Bagdad, à la veille de la Toussaint, ils ont été accueillis en France pour y être soignés. Leurs histoires racontent le même quotidien marqué par la peur et la mort. Ils sont profondément déchirés : doivent-ils choisir l’exil pour enfin connaître la paix ; doivent-ils revenir sur leur terre qu’ils ne veulent pas déserter ? Choix terrible, quand il engage ceux qu’on aime.
Le dilemme se pose également aux pays d’accueil : recevoir ces personnes en danger, ne pas renvoyer chez eux des demandeurs d’asile irakiens (comme le demande la Cour européenne des droits de l’homme à plusieurs pays européens), est un devoir d’humanité ; mais n’est-ce pas entériner l’exil de fait des communautés chrétiennes d’Orient, n’est-ce pas conforter certains pays où l’islam est majoritaire dans l’idée qu’il n’y a pas de place chez eux pour des croyants d’autres religions, qu’ils n’ont qu’à s’installer en Occident ? Les responsables chrétiens du Proche-Orient redoutent cet exode et interpellent la communauté internationale pour qu’elle ne s’arrête pas aux solutions d’urgence ; tout doit être mis en œuvre pour assurer la sécurité dans cette région particulièrement inflammable. Car la présence de ces minorités, ancrées ici depuis les origines du christianisme, n’est pas une vétille au regard des problèmes du monde, elle ne relève pas d’une « tolérance » ; elle est un droit et une chance. Le statut fait aux minorités religieuses est en effet un bon indicateur du degré de liberté d’une société.
Vendredi 19 novembre, à l’occasion de la rencontre des cardinaux à Rome, sous le feu de cette dramatique actualité, le pape devrait rappeler, dans la continuité du concile Vatican II, l’importance de la liberté religieuse comme un droit essentiel des hommes et des femmes. Toutes les religions sont soucieuses de leurs droits ; elles demandent à être respectées. Le plus difficile – pour les États comme pour les religions elles-mêmes – étant de défendre la liberté de l’autre, autrement croyant.
samedi 6 novembre 2010
Quelle Chine ?
La Chine, « risque » ou « opportunité » ? Le président de la République Nicolas Sarkozy a tranché : de nombreux contrats commerciaux sont en jeu et le G20 qui s’annonce doit pouvoir compter sur la puissante Chine pour aider l’ensemble du monde à rebondir après la grave crise financière et économique dont bien des économies occidentales paient encore le prix. Le président Hu Jintao est donc reçu avec les honneurs, et la question des droits de l’homme, le nom du prix Nobel Lu Xiaobo ou le Tibet ne seront pas évoqués, en tout cas pas en public pour ne pas offenser l’hôte de la France. D’autant que la rencontre avec le dalaï-lama et les incidents lors du passage de la flamme des JO avaient durablement refroidi les relations entre les deux pays.
Il n’est pas sûr qu’au-delà des organisations des droits de l’homme le choix pragmatique du président soit contesté par des Français pour qui la vitalité des entreprises et l’ampleur de leurs carnets de commande sont une préoccupation majeure. Même si la Chine apparaît aussi comme l’ogre destructeur d’emplois. Voilà bien, en tout cas, la preuve par X contrats de sa puissance : ni économiquement, ni monétairement, ni politiquement – l’implication de Pékin dans le dossier nucléaire iranien par exemple –, la communauté internationale ne peut se passer de la Chine. Son rôle paraît aujourd’hui d’autant plus fort que la défaite électorale d’Obama a fait la preuve de l’impact de la crise sur les Américains et illustre les difficultés de Washington à relancer la machine.
Cette faiblesse, réelle, outre-Atlantique s’appuie pourtant sur une force essentielle : elle se révèle parce que l’exercice démocratique lui permet de s’exprimer au grand jour. Dans une Chine au développement gigantesque, tous les citoyens ne sont pas gagnants dans la course effrénée à la richesse. Comment, sans liberté d’expression, appréhender leurs doutes, leurs interrogations ? Où peuvent-elles s’exprimer, ces frustrations dont les dissidents témoignent ? Le couvercle ne peut indéfiniment étouffer la parole. Le colosse est fragile. Risque ou lucida opportunité, la Chine ? Cela dépend de qui l’on parle, et à qui l’on parle.
La Chine, « risque » ou « opportunité » ? Le président de la République Nicolas Sarkozy a tranché : de nombreux contrats commerciaux sont en jeu et le G20 qui s’annonce doit pouvoir compter sur la puissante Chine pour aider l’ensemble du monde à rebondir après la grave crise financière et économique dont bien des économies occidentales paient encore le prix. Le président Hu Jintao est donc reçu avec les honneurs, et la question des droits de l’homme, le nom du prix Nobel Lu Xiaobo ou le Tibet ne seront pas évoqués, en tout cas pas en public pour ne pas offenser l’hôte de la France. D’autant que la rencontre avec le dalaï-lama et les incidents lors du passage de la flamme des JO avaient durablement refroidi les relations entre les deux pays.
Il n’est pas sûr qu’au-delà des organisations des droits de l’homme le choix pragmatique du président soit contesté par des Français pour qui la vitalité des entreprises et l’ampleur de leurs carnets de commande sont une préoccupation majeure. Même si la Chine apparaît aussi comme l’ogre destructeur d’emplois. Voilà bien, en tout cas, la preuve par X contrats de sa puissance : ni économiquement, ni monétairement, ni politiquement – l’implication de Pékin dans le dossier nucléaire iranien par exemple –, la communauté internationale ne peut se passer de la Chine. Son rôle paraît aujourd’hui d’autant plus fort que la défaite électorale d’Obama a fait la preuve de l’impact de la crise sur les Américains et illustre les difficultés de Washington à relancer la machine.
Cette faiblesse, réelle, outre-Atlantique s’appuie pourtant sur une force essentielle : elle se révèle parce que l’exercice démocratique lui permet de s’exprimer au grand jour. Dans une Chine au développement gigantesque, tous les citoyens ne sont pas gagnants dans la course effrénée à la richesse. Comment, sans liberté d’expression, appréhender leurs doutes, leurs interrogations ? Où peuvent-elles s’exprimer, ces frustrations dont les dissidents témoignent ? Le couvercle ne peut indéfiniment étouffer la parole. Le colosse est fragile. Risque ou lucida opportunité, la Chine ? Cela dépend de qui l’on parle, et à qui l’on parle.
mercredi 27 octobre 2010
Exemplarité
La piteuse prestation des joueurs français, lors du Mondial de football en Afrique du Sud, en a fait couler de l’encre et en a alimenté des conversations dans les cafés de France et de Navarre ! À croire que le pays tout entier s’était ridiculisé à la face du monde. Ministres et président de la République s’en étaient émus et l’on convoqua, arme fatale de tout gouvernant, des états généraux. On aura évité un « Grenelle » du football, mais tout juste. La rencontre, qui s’ouvre jeudi 28 octobre, paraîtra faire diversion, après des semaines de tensions sociales, tandis que se déroule une nouvelle journée de manifestation contre la réforme des retraites. Un brin surréaliste au regard des problèmes dans lesquels se débat le pays.
Les états généraux, au moins, mettront-ils un peu d’ordre dans la maison foot et de plomb dans la cervelle de certains acteurs d’un sport-spectacle touché par la déraison ? Tout laisse penser qu’il s’agira surtout d’organiser la gouvernance de la Fédération, en donnant plus de place aux professionnels par rapport aux amateurs, jusqu’ici aux commandes. Les premiers brassent des milliards et font commerce de « vedettes », chèrement payées pour jouer devant des publics de téléspectateurs passionnés et de supporteurs dévoués ; les autres font vivre les milliers de clubs amateurs où s’ébattent plus de deux millions de licenciés, enfants, ados, vétérans, sous la responsabilité de bénévoles acceptant de donner de leur temps et de leurs compétences.
Deux mondes parallèles, à des années-lumière l’un de l’autre, qui sont pourtant solidement reliés. Par l’amour de ce jeu. Car – et c’est pour cela qu’on est en droit d’en vouloir à certains professionnels capricieux – ils sont admirés par des multitudes de gamins. Particulièrement dans des milieux défavorisés pour qui la carrière sportive peut être fantasmée comme un moyen de « réussir ». Ces grands joueurs doués ont une responsabilité vis-à-vis de leur public : l’exemplarité. Esprit sportif, loyauté, respect de l’adversaire, respect envers ceux qui, en les regardant jouer, les font vivre, autant de talents qu’ils doivent également cultiver. Le football est un sport collectif qui ne se joue pas qu’à onze.
La piteuse prestation des joueurs français, lors du Mondial de football en Afrique du Sud, en a fait couler de l’encre et en a alimenté des conversations dans les cafés de France et de Navarre ! À croire que le pays tout entier s’était ridiculisé à la face du monde. Ministres et président de la République s’en étaient émus et l’on convoqua, arme fatale de tout gouvernant, des états généraux. On aura évité un « Grenelle » du football, mais tout juste. La rencontre, qui s’ouvre jeudi 28 octobre, paraîtra faire diversion, après des semaines de tensions sociales, tandis que se déroule une nouvelle journée de manifestation contre la réforme des retraites. Un brin surréaliste au regard des problèmes dans lesquels se débat le pays.
Les états généraux, au moins, mettront-ils un peu d’ordre dans la maison foot et de plomb dans la cervelle de certains acteurs d’un sport-spectacle touché par la déraison ? Tout laisse penser qu’il s’agira surtout d’organiser la gouvernance de la Fédération, en donnant plus de place aux professionnels par rapport aux amateurs, jusqu’ici aux commandes. Les premiers brassent des milliards et font commerce de « vedettes », chèrement payées pour jouer devant des publics de téléspectateurs passionnés et de supporteurs dévoués ; les autres font vivre les milliers de clubs amateurs où s’ébattent plus de deux millions de licenciés, enfants, ados, vétérans, sous la responsabilité de bénévoles acceptant de donner de leur temps et de leurs compétences.
Deux mondes parallèles, à des années-lumière l’un de l’autre, qui sont pourtant solidement reliés. Par l’amour de ce jeu. Car – et c’est pour cela qu’on est en droit d’en vouloir à certains professionnels capricieux – ils sont admirés par des multitudes de gamins. Particulièrement dans des milieux défavorisés pour qui la carrière sportive peut être fantasmée comme un moyen de « réussir ». Ces grands joueurs doués ont une responsabilité vis-à-vis de leur public : l’exemplarité. Esprit sportif, loyauté, respect de l’adversaire, respect envers ceux qui, en les regardant jouer, les font vivre, autant de talents qu’ils doivent également cultiver. Le football est un sport collectif qui ne se joue pas qu’à onze.
samedi 9 octobre 2010
Rendez-vous diplomatique
Il n’est pas sûr que, dans la hiérarchie des sujets brûlants qui occupent le président de la République, les relations avec l’Église catholique se situent tout en haut de la liste. Le débat sur les retraites, le durcissement de la contestation et les rendez-vous économiques ont de quoi préoccuper le chef de l’État et ses services. Il n’empêche, Nicolas Sarkozy a jugé important de solliciter une rencontre avec le pape Benoît XVI. Et les services du Saint-Siège lui ont répondu positivement avec une célérité peu commune.
Est-ce pour renouer des liens distendus à la suite d’une phrase prononcée en français sur le nécessaire accueil des étrangers ? L’intervention du 22 août, coïncidant avec l’expulsion de Roms, avait été interprétée comme une critique de la politique française. Est-ce pour montrer aux catholiques et aux évêques, dont plusieurs se sont exprimés vivement sur ce thème, qu’il n’y a pas divergence entre Rome et Paris ? Officiellement, il ne devrait pourtant pas être question de ce dossier. Mais on imagine mal Benoît XVI, qui ne cesse d’inviter les responsables occidentaux à respecter la dignité des immigrés, retirer quoi que ce soit à son propos sur l’« accueil des légitimes diversités humaines ». Seront au menu – affiché – de la rencontre, la situation des chrétiens au Proche-Orient (la France y est traditionnellement un acteur de poids et peut veiller au respect des minorités chrétiennes) ; la régulation de l’économie mondiale avant la présidence du G20, ainsi que les questions de bioéthique.
Autant de sujets qui, en s’appuyant sur le rôle diplomatique de la France, déborderont largement les frontières nationales… et électorales. Le président de la République espère sans doute regagner des points au sein de l’électorat catholique, qui l’avait majoritairement soutenu lors de l’élection de 2007, mais avait pu être désarçonné par son mode de gouvernement. Mais à Rome, où son approche d’une laïcité « positive » séduit, il s’agit de le prendre au mot et de lui donner à entendre le point de vue de l’Église – dans le respect des responsabilités de chacun, qui ne se confondent certes pas – sur les thèmes que le pape Benoît XVI juge essentiels pour le bien de tous.
Est-ce pour renouer des liens distendus à la suite d’une phrase prononcée en français sur le nécessaire accueil des étrangers ? L’intervention du 22 août, coïncidant avec l’expulsion de Roms, avait été interprétée comme une critique de la politique française. Est-ce pour montrer aux catholiques et aux évêques, dont plusieurs se sont exprimés vivement sur ce thème, qu’il n’y a pas divergence entre Rome et Paris ? Officiellement, il ne devrait pourtant pas être question de ce dossier. Mais on imagine mal Benoît XVI, qui ne cesse d’inviter les responsables occidentaux à respecter la dignité des immigrés, retirer quoi que ce soit à son propos sur l’« accueil des légitimes diversités humaines ». Seront au menu – affiché – de la rencontre, la situation des chrétiens au Proche-Orient (la France y est traditionnellement un acteur de poids et peut veiller au respect des minorités chrétiennes) ; la régulation de l’économie mondiale avant la présidence du G20, ainsi que les questions de bioéthique.
Autant de sujets qui, en s’appuyant sur le rôle diplomatique de la France, déborderont largement les frontières nationales… et électorales. Le président de la République espère sans doute regagner des points au sein de l’électorat catholique, qui l’avait majoritairement soutenu lors de l’élection de 2007, mais avait pu être désarçonné par son mode de gouvernement. Mais à Rome, où son approche d’une laïcité « positive » séduit, il s’agit de le prendre au mot et de lui donner à entendre le point de vue de l’Église – dans le respect des responsabilités de chacun, qui ne se confondent certes pas – sur les thèmes que le pape Benoît XVI juge essentiels pour le bien de tous.
vendredi 24 septembre 2010
Lendemains
Moins de grévistes, autant de manifestants que le 7 septembre. Tel était, semble-t-il, l’« élément de langage » (c’est-à-dire l’argumentation commune à développer et à répéter au fil des déclarations et interviews) qui courait les états-majors syndicaux dès la mi-temps de la journée de mobilisation contre la réforme des retraites. Un succès, donc, expliqueront-ils, car le coût d’une grève pèse lourd sur la feuille de paie d’un salarié, et faire aussi bien que la dernière fois était déjà un beau pari, même si certains avaient avancé des pronostics plus ambitieux. De toute façon, la vérité des chiffres, une fois de plus, sera impossible à établir. Les observateurs et l’opinion devront arbitrer entre les estimations faites par la police et celles des organisateurs, couperont la « poire en deux » et commenteront plutôt les variations que les chiffres absolus. Ce succès revendiqué n’est pas une fin en soi ; les syndicats devront en tirer des leçons. Déjà, certains envisageaient des manifestations un dimanche pour rejoindre davantage de salariés. Tout en misant sur d’autres modes de contestation et des actions de lobbying auprès des parlementaires, pour amender le projet – adopté par les députés et qui doit être désormais examiné par les sénateurs à partir du 5 octobre. Mais ils ont à s’interroger sur la possible lassitude d’une partie de leurs troupes, sur l’effet négatif d’un déclin de la mobilisation. Il leur faut aussi évaluer l’adhésion réelle de l’ensemble des Français : la nécessité de la réforme est-elle admise par une majorité d’entre eux, convaincus du risque qu’il y aurait à ne pas réformer, même s’ils comptent sur l’action syndicale et politique pour modifier le texte dans un sens plus protecteur pour les salariés ? Ou bien y sont-ils largement hostiles, protestant « par procuration » au travers du ou des millions de manifestants ? En fonction de cette analyse – et au-delà des postures affichées en ces circonstances –, certaines organisations préféreront l’efficacité pragmatique : les changements obtenus prouvent que leur action n’aura pas été vaine. Mais d’autres, parce que leur but ne se limite pas au dossier des retraites, pousseront à radicaliser l’action. Et l’unité syndicale, si difficilement acquise, aura vite fait de se craqueler.
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