TOUT EST DIT

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mercredi 14 novembre 2012

Le discours et la méthode

Le discours et la méthode


Tout était calé au millimètre. Choix économiques, politique sociale, diplomatie, questions de société… François Hollande savait que c'est sa maîtrise des sujets qui serait scrutée. Ici pas de « Valérie et moi », du sérieux, rien que du sérieux, du réglé sur papier musique. Et surtout un énorme travail de préparation qui lui a permis d'être un pédagogue précis et bien dans ses options. On n'improvise pas quand il s'agit d'expliquer le cap que l'on veut tenir pour la France et justifier la stratégie pour le tenir ferme. Décidément les premières conférences de presse présidentielles sont vouées à avoir un avant et un après. On se souvient de la copie brouillonne de Nicolas Sarkozy, on se souviendra de celle, méticuleuse et sans aspérité, d'un François Hollande avançant avec sérénité dans les ornières de la conjoncture.
Pas de slogan, pas d'envolée, un propos rigoureux et clair, avec ici ou là ces pointes d'humour qui détendent l'ambiance. Le contre-pied systématique de la politique de Nicolas Sarkozy ne pouvait être qu'une tactique éphémère, tout comme la « normalité » présidentielle ne pouvait être un concept de communication face au bulldozer de la droite.
Le président de la République revendique la durée et fixe, avec un courage certain, les critères sur lesquels il veut être jugé quand sonnera pour lui l'heure de « rendre des comptes ». Plus Schröder que Mitterrand, le chef de l'État s'est exposé sur son ambition d'inverser la courbe du chômage et de rétablir la confiance. Les annonces ayant été habilement faites ces derniers jours, François Hollande n'avait plus qu'à se consacrer au discours et à la méthode. Et tant qu'il y était, François Hollande, retrouvant les accents du Bourget, a mis en route la social-démocratie. Un beau parapluie pour Jean-Marc Ayrault qui a sans doute noté la formule du chef, « Si tout a été dit tout n'a pas été tenté ».
La vraie réussite de l'exercice d'hier est, sans doute possible, d'avoir démonté le procès en indécision, en amateurisme et même parfois en illégitimité qui, ces dernières semaines, courrait les couvertures en papier glacé et en mal de promotion bon marché. Le patron c'est Hollande, plus personne, ou presque, n'en doutait hier soir en quittant l'Élysée. 

Cherchez les pointillés !

Cherchez les pointillés ! 
Il y croit encore

François Hollande a été choisi lundi par un jury de journalistes pour recevoir le « prix de la gentillesse ». Cadeau empoisonné ! Il fait perfidement penser au « prix de bonne camaraderie » que la tradition scolaire accorde à l’élève qui ne brille ni en calcul ni en dictée. La détestable situation de la France, sur fond de chômage et de récession, souligne ce tableau sans gloire. Moment périlleux quand, sous couvert d’une conférence de presse, il s’agit de remonter le moral de la Nation. Mais c’était compter sans l’expérience rhétorique du président.
Le brio dont il a fait preuve hier ferait presque oublier la multiplicité des obstacles. Son habileté a été de ne pas les nier. Mais au lieu d’en faire une énumération pessimiste, il les a transformés en défis. Admirable discours ! Le poids de la dette publique et la perte de compétitivité ne sont plus des boulets à traîner, mais des cibles à inverser. Retroussons-nous les manches, cela ira déjà mieux. On se serait cru devant Obama il y a quatre ans. Yes, we can !
La gauche a trop longtemps barboté dans le déni de la crise, tout juste imputable à « la mauvaise gestion de la droite », pour ne pas saluer la lucidité de ce tournant. Miracle du rapport Gallois : il détermine une mutation doctrinale en même temps qu’il dessine une méthode pour sortir du bourbier. S’il y a un mentor du moment, c’est bien lui, Gallois, secondé par le compère Jospin -avec pour conséquence de faire du gouvernement plus un exécutant que le copilote de l’exécutif.
Solennel sans céder à l’emphase (qui est son péché mignon), digne, déterminé, le chef de l’Etat a fait une très honorable prestation. Mais elle ne fait pas oublier le non-dit, les pointillés, en l’occurrence la grande prudence quant au calendrier économique. Comme si la fameuse « inversion de la courbe du chômage » était moins proche qu’en juillet dernier ! C’est inquiétant. Car si le président est plus évasif aujourd’hui qu’en début de mandat, c’est que la force de conviction déployée hier relève davantage d’une explication de texte volontariste que de la prédiction crédible.
« La solidarité plutôt que l’austérité sans fin », propose François Hollande. 
Excellent ! Bravo ! 
Mais dans les prochains temps, pour le dire sans ambages, on va en baver.


Il se vérifie chaque jour qui passe la remarque de royal à propos de hollande, je la cite " personne ne se souvient qu'il ait fait quelque chose en trente ans de vie politique "!!
Que ce soit comme secrétaire du ps où comme président de la république, on en est là !!
Que l'on puisse se contenter de réciter ce qui ne va pas et ne rien faire de concret et valable sorti de l'habileté du déguisement des mots, pour tenter de faire repartir l'économie et l'industrie de notre pays illustre le tragique d'avoir mis à la tête du pays un mou sans volonté d'action autre que d'être comme les présidents de la 4éme république,

François Hollande recule sur le droit de vote des étrangers

Recul temporaire ou enterrement en catimini ? Interrogé à deux reprises, mardi 13 novembre, sur sa promesse de mettre en place le droit de vote des étrangers aux élections locales, le président de la République a semblé reculer par rapport à son engagement de campagne. 
Il a soumis l'application de cette promesse à la "recherche d'une majorité" au Parlement. Cette réforme nécessite de modifier l'article 3 de la Constitution : or la gauche ne dispose pas de la majorité des trois cinquièmes des députés et sénateurs, nécessaire à toute révision constitutionnelle.

La majorité devra convaincre 51 parlementaires centristes ou UMP, ce qui semble particulièrement difficile, l'UMP ayant lancé une campagne nationale contre cette réforme.
"Le gouvernement peut préparer le texte, mais ne le déposera que si la perspective de son adoption est assurée, a expliqué le président de la République. J'ai dit au gouvernement, aux responsables de groupes [parlementaires] de travailler pour constituer cette majorité. Quand cette majorité sera envisagée, je prendrai mes responsabilités. Mais pas avant. [...] Présenter un texte avec le risque de diviser les Français pour au bout du compte ne pas le faire passer : je m'y refuse."
Une autre option serait de faire adopter cette mesure par référendum. Le président de la République ne l'envisage pas non plus pour l'instant. "Si nous n'aboutissons pas par la voie parlementaire, je verrai dans quel état est la société pour éventuellement aller dans cette direction, a commenté François Hollande avant d'assurer : Mais aujourd'hui, ce n'est pas mon intention." "Je ne désespère pas. Je sais qu'il y a à l'Assemblée et au Sénat des membres classés au centre ou à droite prêts" à voter pour le droit de vote des étrangers.
Cette promesse, non tenue par François Mitterrand, avait été reprise par le candidat Hollande dans ses 60 engagements. Ceci après l'adoption en décembre 2011 d'un projet de loi au Sénat tout juste passé à gauche.
En septembre, après l'appel de 77 députés socialistes pour le droit de vote des étrangers, le gouvernement avait pourtant réaffirmé qu'il tiendrait cette promesse du candidat Hollande – et plus généralement de la gauche depuis trente ans. Jean-Luc Mélenchon, ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle a immédiatement réagi sur Twitter, accusant François Hollande de ne pas tenir sa promesse.

Conférence de presse de François Hollande : et s'il n'y avait que 2 questions à lui poser

François Hollande donnera aujourd'hui la première conférence de presse de son mandat. Quelles sont les deux questions que vous lui poseriez et pourquoi ?


Carole Barjon : Bruno Le Roux a évoqué l'idée d'un référendum pour faire adopter la limitation du cumul des mandats. Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale a-t-il eu raison d'évoquer une consultation populaire? Songez-vous à organiser un référendum sur cette question ?
Je suis nul, mais je le sais
Je pose cette question car on constate bien qu'il y a une énorme résistance de la part de pas mal d'élus du PS. Alors que la gauche a tous les pouvoirs (exécutif, législatif, régional, etc.), le président du groupe PS pourrait tout simplement faire passer une loi, mais il en vient à évoquer l'idée d'un référendum. C'est symbolique de la grande résistance des élus socialistes vis-à-vis due la limitation du cumul, et un référendum est peut être la seule solution pour faire passer la mesure, j'ai donc envie d'avoir l'avis de François Hollande sur la question.
Vous avez évoqué la gravité de la crise à la fin du mois d'août. Est-ce parce que vous avez découvert la gravité de cette dernière à cette période ? Si oui, pouvez-vous expliquer aux Français pourquoi la crise s'est aggravée à ce point en deux mois ? Si non, pourquoi ne pas en avoir parlé plus tôt ?
C'est sous-jacent à la question : a-t-on trop ignoré la crise ?
Josée Pochat : Ma première question serait la suivante : Vous avez ratifié le traité européen après avoir pourtant promis sa renégociation, vous imposez un choc fiscal sans précédent qui touchera bien évidemment plus d'un contribuable sur dix, vous acceptez l'idée d'augmenter la TVA et de commencer à reconnaître même timidement le problème de la compétitivité française... assumez-vous le virage économique du quinquennat ?

Cette conférence de presse est un rendez-vous majeur de ce début de quinquennat, quelques jours après la sortie du fameux rapport Gallois. Il faut rappeler que le début de son mandat n'a pas été bon. Le président s'est contenté de surfer sur le rejet de l’hyper présidence de Sarkozy, comme s'il suffisait de surfer sur l'antisarkozysme pour que les Français soient comblés. Cela ne fonctionne évidemment pas, et on le voit bien aujourd'hui. Marianne l'a très bien illustré en titrant à la une « Hollande, secoue toi il y a le feu ». Cette conférence de presse est l'occasion idéale pour effacer le flottement de ces six premiers mois et utiliser ce rendez-vous avec les Français pour choisir entre communication et courage, entre déni de réalité et discours de vérité.

Ma deuxième question n'est pas très éloignée de la première car je pense que c'est le nerf de la guerre : Vous battez des records d'impopularité non pas pour avoir pris des mesures douloureuses mais pour n'avoir rien fait à part cultiver l'image d'un président normal. Aujourd'hui, ne croyez-vous pas que les Français ne souhaitent pas un président normal mais un président qui regarde la crise en face et leur tient un langage de vérité ?

On en revient finalement à cette idée de crise économique, qui est le seul vrai sujet majeur qui concerne les Français. Dans une période qui est hors norme, on ne peut se contenter de s'afficher tout sourire en président normal. Le rôle du chef de l'état est de gérer au mieux la pénurie. Les Français sont plus lucides que l'on veut bien le croire et ce sont certainement les politiques qui manquent de courage pour regarder le pays en face et dire la vérité quant à la nécessité de travailler plus et de dépenser moins si on ne veut pas continuer à s'enfoncer lentement mais surement dans le déclin.
Thomas Legrand : Je lui poserais tout d’abord la question suivante : « Fort de votre expérience des six derniers mois, ne regrettez-vous pas d’avoir utilisé les termes « jamais » et « toujours » en ce qui concerne la TVA ? »
Ma deuxième question découle de la première. Je lui demanderais s’il a quelque chose de particulier à nous dire concernant l’objectif de déficit de 3% de l’année prochaine… Il y aura une autre conférence de presse dans 6 mois, peut-il nous assurer que ces 3% seront respectés ?
Les hommes politiques ont besoin de sortir de cette exigence d’affirmation constante. Ce n’est pas parce qu’il faut fixer un cap qu’il faut forcément annoncer des chiffres exacts de croissance, de déficit et de chômage. Il faut arrêter de nous prendre pour des gamins ! On sait que le doute existe et les hommes politiques doivent savoir l’exprimer sans nous insécuriser. C’est également à nous, électeurs, de cesser de réclamer des certitudes.
Moins les hommes politiques semblent avoir de pouvoir, plus ils font preuve de volontarisme, sont péremptoires et utilisent à outrance le « jamais » et « toujours ». C’est d’ailleurs une faute qu’avait également commise Nicolas Sarkozy. L’ex président avait déclaré qu’il n’abandonnerait jamais le bouclier fiscal, c’est évidemment ce qu’il a fait… Plus les hommes sont volontaristes, plus le risque est grand que cela leur revienne à la figure. C’est vraiment de nature à décevoir les électeurs et au-delà de son camp politique, cela détruit clairement la crédibilité politique.
André Bercoff : Voici les deux questions que je souhaiterais poser à François Hollande :
Vous avez répété depuis janvier dernier dans tous les médias que vous étiez contre la TVA que vous aviez qualifiée d'inopportune, d'injuste, d'anti-sociale et autres compliments. Votre premier Ministre a en rajouté une pelletée. Aujourd'hui, changement de cap, la TVA redevient fréquentable et même appliquée. Y a-t-il donc une TVA de gauche et une TVA de droite ? Et pouvez-vous nous dire la différence entre elles ?

François Mitterrand a appris, moins de deux ans après son élection, à gérer le capitalisme avec le succès que l'on sait, mais sans jamais formuler un quelconque changement de doctrine. Il eut l'intelligence artistique de gouverner à droite tout en lançant quelques os à ronger à la gauche (trente-cinq heures, retraite à soixante ans, etc.). Au bout de six mois, Monsieur le Président, vous revenez, contraint et forcé mais non sans courage, sur bon nombre de vos promesses de campagne. Irez-vous enfin jusqu'au parcours du combattant de Schroeder en Allemagne, au risque de la défaite dans cinq ans ? Aurez-vous aussi l'audace sémantique de définir ce que signifie le socialisme aujourd'hui ? Ou continuerez-vous d'écouter les sanglots longs des violons de l'extrême gauche et des écolos, tout en prêtant à l'oreille, à l'Elysée, à vos brillants conseillers frais émoulus des banques Rothschild ou Lazard ?

Hollande face à la presse pour reconquérir l'opinion et rassurer l'Europ

Six mois presque jour pour jour après son investiture, François Hollande affronte pour la première fois mardi l'épreuve d'une grande conférence de presse à l'Elysée avec une double exigence: reconquérir l'opinion mais aussi rassurer l'Europe.
Malmené par la presse et dans les sondages, le président fera face pendant près de deux heures à quelque 400 journalistes français et étrangers réunis dans la salle des fêtes de l'Elysée où se tiennent depuis de Gaulle la plupart de ces grands messes politico-médiatiques. Il entamera ce rendez-vous par une adresse liminaire d'une vingtaine de minutes aux Français.
Mais au-delà de la presse, le chef de l'Etat devra répondre aux appels pressants de Bruxelles, de l'Allemagne et des princiales organisations économiques internationales, telles l'OCDE ou le FMI. Toutes sont impatientes de voir la France s'engager résolument sur le chemin des réformes structurelles (flexibilité du marché du travail, réduction des dépenses publiques...).
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault sera ainsi jeudi à Berlin pour tenter de rassurer la chancelière allemande Angela Merkel et lui dire que le gouvernement "prend au sérieux la compétitivité de la France", selon son entourage.
Berlin craint ouvertement désormais un décrochage économique de la deuxième économie européenne qui entraînerait par le fond l'ensemble de la zone euro.
François Hollande a donné la semaine dernière des premiers gages à ses partenaires européens avec un "pacte" de compétitivité qui a surpris par son ampleur.
Même s'il se défend d'avoir pris le premier tournant de son quinquennat, il a effectué un revirement spectaculaire, décidant d'actionner le levier de la TVA, cet impôt pourtant honni de la gauche.
Après une première phase marquée par l'application à la lettre de son programme (rétablissement partiel de la retraite à 60 ans, emplois d'avenir, suppression de la TVA sociale... ), l'heure du réalisme économique semble avoir sonné.
Une réorientation à risque vis-à-vis de son électorat alors que les sondages restent à un niveau préoccupant avec, selon BVA, Ipsos et LH2, 41 à 44% d'opinions favorables seulement.
Cette conférence de presse devrait aussi consacrer le style Hollande. Le président "normal" doit devenir "président avec un grand P", prendre "la hauteur nécessaire" et "gagner un peu en solennité et en dramatisation", a estimé l'un de ses fidèles, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.
Signe d'une nouvelle "normalité", François Hollande s'est finalement résolu à tenir sa conférence de presse à l'Elysée après avoir promis au cours de sa campagne dans un lieu moins imposant "où chacun sera finalement chez lui". L'Elysée, fait valoir un proche, "c'est le lieu de la décision, de tous les Français, la normalité n'empêche pas la solennité".
Le président est attendu de pied ferme par son aile gauche. "On va voir comment François Hollande va expliquer que ce qui n'a pas marché ailleurs --en Grèce, en Espagne, au Portugal-- va marcher ici !", a déjà ironisé Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche).
Dans les rangs écologistes, la participation au gouvernement a fait débat avec les déclarations de leur chef de file au Sénat Jean-Vincent Placé s'interrogeant à haute voix sur ce que EELV faisait encore dans l'équipe Ayrault.
Selon l'entourage du président, François Hollande "a beaucoup travaillé sur sa déclaration liminaire avec le secrétaire général de l'Elysée Pierre-René Lemas et son conseiller politique Aquilino Morelle" et "a demandé des notes à ses principaux collaborateurs sur les sujets d'actualité".
Il n'a toutefois pas visionné de conférences de presse de ses prédécesseurs, comme certains médias l'affirmaient, a-t-on assuré.
Mais à l'heure dite, souligne un autre proche, "il sera seul devant les Français".
Sans plus attendre, Jean-François Copé (UMP) a déjà tiré à boulets rouges sur le président qui doit selon lui faire son "autocritique face à tous les mensonges qu'il a pu faire aux Français pendant sa campagne". Le président est dans "le reniement permanent", a fustigé pour sa part Luc Chatel, ancien ministre UMP de l'Education.

Je m’oppose donc je suis

Il paraît que l’opposition va avoir un nouveau leader parce que l’UMP va élire son Président dimanche. Rien n’est moins sûr. En fait l’opposition est déjà ailleurs car elle est déjà partout.
Aujourd’hui, l’exercice de l’opposition n’est plus limité à la cour de récréation des partis politiques, représentants du peuple et s’exprimant en son nom. Surtout lorsque la crise demeure, lorsque les solutions nouvelles peinent à émerger et à faire démonstration, lorsque l’opposition politique revendiquée sort elle-même de l’exercice du pouvoir. Alors l’opposition s’élargit, elle devient polymorphe, omniprésente, multi vectorielle.
Personne n’a le monopole de l’opposition, ni l’UMP ni un autre. L’opposition aujourd’hui est celle de l’opinion qui s’exprime de façon critique dans les sondages d’opinion (auxquels sont très attentifs en coulisses ceux qui en minorent l’importance en public), celle de la presse qui affiche, et même revendique, son libre arbitre (sans doute aussi parce que la critique est plus vendeuse et plus « noble » que l’acquiescement), celle des associations comme Greenpeace qui boycotte les débats sur l’énergie sous prétexte que le jury d’experts est piloté par Anne Lauvergeon, celle des entrepreneurs qui se forment, plus ou moins spontanément, en escadrille pigeonnesque le temps d’influencer un projet de loi de finances, celle de blogueurs et twitteurs qui entretiennent du « gouvernement bashing » en permanence et du « ministre bashing » à la première occasion, celle d’un Hugo Desnoyer, boucher, qui jette un os dans la mare de l’emploi, expliquant à quel point il est difficile de recruter, celle finalement de chacun d’entre nous, devenus transistors émetteurs-récepteurs du jeu démocratique, tantôt journaliste, tantôt humoriste, tantôt expert, qui a des avis sur tout… et surtout des avis bien sûrs comme disait vous savez qui.
Le jeu s’est ouvert pour une bonne raison également, celle du brainstorming participatif général. Face à l’impasse des solutions politico-économiques, face au déficit de crédibilité et d’autorité des élites dirigeantes et pensantes (plus souvent bien pensantes que pensantes), parce qu’à défaut d’un développement durable nous sommes en récession durable, chacun est amené à proposer, à suggérer, à se sentir légitime à le faire, car peut-être pas plus bête. Nous sommes tous premiers ministres.
Là où nous pouvons voir anarchie, nous pouvons aussi voir créativité débridée et volontaire. Le peuple représenté saisit lui-même le mégaphone. Devenu lui-même média il est son porte-voix. Mais ce résultat est aussi conjoncturel : chacun, à force de prendre conscience de sa responsabilité individuelle, de son être-partie prenante, comprend, à force de pédagogie reçue, que s’il est lui-même une partie du problème, il est aussi peut-être une partie de la solution. Cela passe parfois par la prétention d’« avoir » la solution, mais de plus en plus par l’idée d’« être » la solution, que la solution c’est moi. Avec pourtant toujours cette attente schizophrénique, donc douloureuse, qui consiste, encore, à s’en remettre à l’autre, à attendre de l’autre, de l’autorité, qu’elle gère les problèmes, tout en étant persuadé qu’elle n’y suffira pas.
Le temps de la crise est donc peut-être un ennemi contre-intuitif du politique, qui l’entraine dans un cercle vicieux : la crise auto-persuade le politique qu’il doit en faire plus encore, ce temps le pousse à se croire encore plus indispensable, lorsqu’au contraire la crise - les crises - devrait inciter le politique à se concentrer sur ses responsabilités régaliennes, disons son cœur de métier, et à se délaisser le plus possible du reste. 
Plus la crise s’intensifie et se complexifie, plus le politique doit faire l’effort de réduire son poids et sa présence. Finalement « le courage » politique ne serait pas de prendre telle ou telle décision, mais de se rendre moins indispensable. L’objectif alors n’est pas de faire, de légiférer, ou de taxer pour exister, mais de manager, d’exhorter les uns et les autres à prendre leur part, tout en laissant la place et l’espace pour le faire.

Pourquoi l'Allemagne trouve la politique française préoccupante

Selon plusieurs sources, l'Allemagne voit d'un mauvais oeil le dérapage budgétaire français et l'absence de réforme du marché du travail dans notre pays.
Sept mois après la dénonciation du "déni français" par The Economist, le débat sur la France et les réformes resurgit. Mais cette-fois ci, ce sont les Allemands qui s'inquiètent, pas les Anglais. Selon l'agence Reuters, le ministre des finances W. Schäuble aurait demandé aux experts allemands de plancher sur un rapport contenant des pistes de réformes pour la France. L'hebdomadaire allemand Die Zeit, à l'origine de l'information, expliquait que les "sages" devaient trouver des solutions pour aider la France à retrouver le chemin de la croissance et à réduire ses déficits. Côté allemand, l'information a été démentie. Côté français, Moscovici a tenu à dissiper tout malentendu. Selon lui, "les choses vont bien entre la France et l'Allemagne". Mais le journal Libération confirmait lundi le malaise créé en Allemagne par la dégradation de la situation économique de la France.
Alors info ou intox ? A regarder de près, la situation de France n'est pas si catastrophique. Certes, la croissance reste désespérément nulle de ce côté-ci du Rhin. Cependant, c'est toujours mieux que la récession traversée par les pays d'Europe du Sud. En 2013, celle-ci devrait encore frapper l'Espagne, l'Italie, le Portugal et la Grèce, au risque d'alimenter une grogne sociale déjà importante. La France, elle, limitera les dégâts et verra son PIB stagner. Notre pays bénéficie, en outre, de la bienveillance des marchés et des agences de notations, au même titre que l'Allemagne et les Etats-Unis. Preuve, elle emprunte, pour certaines maturités courtes, à des taux d'intérêt négatifs!
Dans ces conditions, pourquoi les Allemands s'inquièteraient-ils ? Il y a sans doute deux raisons à cela. La première est purement économique. Nous sommes le premier partenaire commercial de l'Allemagne. Du coup, si notre demande stagne, les exportations de notre voisin souffrent. Mais la deuxième raison est idéologique. Depuis l'élection de François Hollande, notre pays s'éloigne, l'air de rien, des standards allemands et notamment de la voie tracée par le chancelier Gerhard Schröder. Celui-ci a d'ailleurs été le premier à allumer les feux de la défiance en affirmant, la semaine dernière, que "les promesses de campagne du président français vont se briser sur la réalité économique". "La France va vraiment avoir des problèmes si le refinancement de sa dette se complique", avait ajouté l'ancien leader social-démocrate.
Lars Feld, l'un des membres du comité des sages allemands le confirme : "les inquiétudes s'accumulent en raison du manque d'action du gouvernement français sur la réforme du marché du travail". "Il faut à la France une réforme du marché du travail, c'est le pays de la zone euro qui travaille moins d'année en année". Et l'expert d'en rajouter : le principal problème en ce moment, ce n'est plus la Grèce, l'Espagne ou la l'Italie, c'est devenu la France parce qu'elle n'a rien entrepris de nature à rétablir sa compétitivité, au contraire, elle va dans l'autre direction.
N'est pas Gerhard Schröder qui veutCe n'est pas la première fois que ce constat cinglant surgit en Allemagne. En avril dernier, juste avant les élections présidentielles françaises, les économistes de la banque Berenberg écrivaient : les deux questions clé pour l'Europe restent les mêmes : "La France va-t-elle enfin se réformer?" et "La crise va-t-elle contaminer l'Espagne et l'Italie ?". "Grâce à une démographie plus favorable (un taux de fécondité de 2 contre 1,3 en Allemagne), la France pourrait dépasser aisément l'Allemagne à condition qu'elle réforme son marché du travail, sa fiscalité et son système éducatif ", assuraient-ils.
Sauf que, sur ce dossier, la France freine des quatre fers. Et pour cause. Les réformes de l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, même si elles ont fini par payer, ont été extrêmement douloureuses. Certes, la réforme en profondeur du marché du travail a contribué à remettre sur pied l'économie allemande, considérée au début des années 2000, comme le pays malade de l'Europe. Mais le renouveau de l'économie allemande s'était aussi traduit par une stagnation sans précédent des salaires et une remontée de la précarité, incarnée par les fameux jobs à 1 euro. François Hollande ne prendra pas le risque de s'engager dans cette voie, même si cela finit par rendre les marchés nerveux.
Des choix budgétaires discutables Deuxième pomme de discorde entre les deux pays, les finances publiques. Officiellement, "le gouvernement allemand est confiant sur le fait que la France respectera les exigences du Pacte de stabilité et de croissance". Mais officieusement, les allemands s'inquiètent de plus en plus du dérapage français. Selon les prévisions d'automne de la Commission européenne, notre pays ne sera pas en mesure de tenir son objectif de réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB en 2013. Bruxelles prévoit un dérapage à 3,5% l'année prochaine. Dérapage qui devrait se reproduire en 2014 malgré une accélération de la croissance à 1,2%.
Au-delà de ce dérapage, qui nécessitera de renégocier avec Bruxelles les objectifs français sous l'oeil méfiant des marchés, l'Allemagne s'interroge aussi sur la méthode choisie par Bercy pour réduire le déficit. Alors que le rapport Gallois conseillait un choc de compétitivité d'au moins 30 milliards basé sur des allègements de charges importants, Bercy a finalement choisi un crédit d'impôt de 20 milliard étalé sur cinq ans. De fait, le gouvernement français ne s'attaque pas de manière directe au rétablissement des marges des entreprises, qui sont tombées à leur plus bas niveau des 25 dernières années, et au redressement de la compétitivité. En matière de coût du travail et de capacité à exporter, l'Allemagne garde clairement l'avantage. Le problème, c'est qu'elle ne peut pas tirer, à elle seule, l'ensemble de la zone euro.

mardi 13 novembre 2012

« Je vous comprends »

« Je vous comprends »  


Comme si vous y étiez ! Entendez le président de la République dire aux Français, lors de la si attendue conférence de presse de l'Élysée : « Je vous comprends. » Et enchaînant aussitôt : « Vous accordez plus d'importance que je ne le pensais au contact avec le président que vous avez élu. J'en suis heureux. C'est une des raisons qui m'ont amené à m'exprimer aujourd'hui devant vous pour compenser quelques manques de la chronique, pas toujours porteuse, du travail en profondeur du gouvernement depuis mon élection. Pour vous redire aussi le désastre face auquel nous nous sommes trouvés confrontés à notre arrivée. Un désastre qui a créé bien des troubles et nous a tellement compliqué la tâche. »
« L'impatience populaire est légitime », dira encore François Hollande. « Les Français ressentent dans leur vie de tous les jours les difficultés laissées par la précédente majorité. Je suis solidaire de l'impatience de nos concitoyens, mais on ne peut pas tout entreprendre à la fois. Oui, je suis l'un d'entre vous, mais je suis aussi le président de la République et je ne peux pas aborder les difficultés dans n'importe quel ordre. La priorité était d'entamer la remise à flots des finances de notre pays et d'assumer le prix de cette remise en ordre. Nous devons aujourd'hui payer la facture de nos prédécesseurs, il en va de la dignité de la France. »
« À la suite du rapport Gallois, nous allons nous engager », ajoutera le chef de l'État à l'intention des entrepreneurs, « dans les grandes réformes qui permettront de renouer avec la compétitivité trop longtemps et gravement détruite par des décisions hâtives et inadaptées. Mais les Français doivent aussi ressentir le changement et je veux pour cela ouvrir le grand chantier de l'école, celui du mariage pour tous et, ensuite, celui du vote des étrangers. »
« J'entends bien le reproche qui m'est adressé de ne pas aller assez vite », admettra encore le président. « Je ne veux pas être un hussard qui décide sans prendre le temps de la concertation. Aucune urgence ne justifie la précipitation. Les amplificateurs aboient, la pensée dominante passe. Je n'ai pas de lapin à sortir du chapeau, j'ai seulement besoin de temps pour donner de la cohérence au changement promis. »


Promesses

Promesses


François Hollande avait promis une conférence de presse tous les six mois. Cette promesse-là sera tenue puisque le chef de l’État se pliera à l’exercice ce mardi en la salle des fêtes de l’Élysée.
Il devra y parler, sauf à tourner autour du pot, des autres promesses.
Il y a celles qu’il a tenues, comme la baisse de 30 % des traitements des ministres, le retour à la retraite à 60 ans pour les carrières longues, la création des emplois d’avenir, par exemple. Il y a celles qui ont été rognées, comme le doublement du plafond du livret A, le blocage des prix des carburants, la renégociation du pacte budgétaire européen, à peine amendé par son codicille sur la croissance.
Il y a les promesses qui ont été oubliées, comme la caution solidaire pour le logement des jeunes ou l’assurance de ne pas augmenter la TVA. Il y a celles auxquelles plus grand monde ne croit, comme l’inversion de la courbe du chômage en 2013 ou le droit de vote des étrangers.
Il y a enfin celles qui sont en chantier : la rénovation de la vie publique après le rapport Jospin, l’acte III de la décentralisation, la transition écologique qui ne se limite pas à la fermeture programmée de la centrale de Fessenheim, par exemple.
Comme chaque président élu quand s’évanouit l’état de grâce, François Hollande se voudra explicatif. Il plaidera sans doute que la réalité, parfois, freine ou casse les élans les plus convaincus. Qu’il a été élu non pour dérouler un catalogue de mesures, mais pour gouverner le pays, avec pragmatisme. Que les bonnes idées – le dira-t-il vraiment ? – n’étaient pas toutes dans son camp…
Les uns le croiront et feront preuve d’indulgence, les autres s’en irriteront, crieront qui à la tromperie, qui à l’incompétence. Les sondeurs ausculteront l’opinion – annonceront des pourcentages. Cela ne changera rien au calendrier : les urnes ne reparleront – sauf accident – qu’en 2014.

Malaises internes à l'hôpital

Malaises internes à l'hôpital 


Blocs opératoires fermés, opérations repoussées, médecins réquisitionnés en urgence... Un vent de fronde s'est levé, hier, dans les cliniques et hôpitaux de France et de Navarre. Il est assez mal aisé d'évaluer sa portée, sa durée, et ses effets réels, tant ce mouvement est à la fois hétéroclite dans sa composition et divers dans ses revendications. Mais il est suffisamment spectaculaire et original pour frapper les esprits : que se passe-t-il dans nos hôpitaux ?
Il y a d'abord un contexte politique. Entre la gauche au pouvoir et les médecins, c'est souvent le règne des malentendus, et des sous-entendus. Le gouvernement viserait au portefeuille les spécialistes du dépassement d'honoraire. La gauche rêverait de matraquer la médecine libérale et de « soviétiser » le système hospitalier. Marisol Touraine, la ministre de la Santé, serait la vilaine diablesse s'en prenant aux braves médecins.
Rien de tout cela n'est exact, mais sur les réseaux sociaux, comme c'est désormais la règle, les esprits se sont vite échauffés. Une cohorte de praticiens de diverses obédiences syndicales, souvent minoritaires, s'est lancée dans une grève annoncée comme illimitée. Le détonateur en est la négociation sur les honoraires. Les contestataires n'avalent pas la barrière du tarif excessif. Le gouvernement pourtant n'a fait que tenter d'endiguer ces dépassements qui conduisent certains patients à renoncer à des soins. Ce qui ruine petit à petit, la logique de la Sécurité sociale, enjeu primordial.
Le système doit évoluer
Sur cette grogne-là, s'en est greffée une seconde, celle des internes, ces bataillons de jeunes médecins, en fin d'études, qui font effectivement tourner les hôpitaux tout en se formant. Ils sont nos médecins de demain. Ils se plaignent du présent et craignent l'avenir. Ils ploient sous les astreintes, les temps de présence démentiels, les gardes de nuit, les heures de repos grignotées, avec la crainte permanente aux tripes de ne pas réaliser le bon diagnostic ou le bon geste... Ils se plaignent d'être exploités, mal payés, et jamais entendus.
L'avenir ? Ils ont peur de perdre la liberté d'installation, au nom de la lutte contre les déserts médicaux. Peur d'être encadrés par les Mutuelles. Peur de voir leurs futurs revenus rognés. Dans ce fourre-tout de revendications et de craintes fantasmées, malheureusement, on perd de vue la seule chose essentielle, la survie de l'assurance-maladie. Quoi de plus normal que le gouvernement veuille, par exemple, mettre son nez dans les dépassements d'honoraires de certains mandarins des hôpitaux publics, y exerçant une part d'activité privée, sans réel contrôle ?
La France jusqu'à présent, grâce à une lutte permanente contre le menaçant « trou de la Sécu », a sauvé l'essentiel. Son système médical demeure l'un des plus performants au monde. Mais il doit évoluer, ne serait-ce que sous la poussée de la démographie et le vieillissement de la population.
Le paradoxe serait que, malgré toutes les négociations passées et à venir, tous les acteurs du système en ressortent mécontents. Les patients moins bien remboursés. Les médecins moins bien tarifés. L'assurance-maladie moins bien dotée. Et, au final, pas de réelle réforme. Mais un risque : celui d'un système frappé d'arthrose qui se bloque et se désagrège au fil des ans.

Ce krach obligataire que Hollande ne verra pas venir

Certains observateurs attentifs auront noté que, depuis quelques temps, les pays émergents achètent à tour de bras tout ce qui s'offre plus ou moins facilement à leur convoitise. Comme on va le voir, les exemples se multiplient d'investissements étrangers en terres européennes ou américaines et, d'achats millionnaires en prises de participation conséquentes, un autre monde est en train d'apparaître. Et, pendant que Flamby rote des petites phrases creuses à la télé, se prépare très vraisemblablement un joli krach obligataire à côté duquel la moiteur des dessous de bras au plus fort de la crise de 2009 pourrait bien paraître printanière.

Oui, je vais un peu vite en besogne mais cependant, tout est logique.
En effet, il n'y guère besoin d'efforts énormes pour découvrir que les pays dits émergents investissent maintenant de plus en plus dans les pays dits développés (pour ne pas dire émergés avant de couler). Récemment, les achats du Qatar en France ont fait, plusieurs fois, les gros titres des journaux tant on pouvait sentir la fibre nationale de nos minustres s'agiter à l'idée de perdre des sources faciles de dessous de table. Et en plus, on ne parle pas ici de quelques prises de participations dans d'obscures sociétés de second rang, mais bien de dix milliards d'euros... pour le moment.
Pour le moment parce que lorsqu'on sait que les Qataris se rapprochent des banques d'affaires pour mieux contrôler leurs avoirs et étendre leurs participations, on comprend que ces investissements français font partie d'une stratégie globale.
Stratégie globale qu'on retrouve pour d'autres émirats (Dubaï par exemple), pour la Chine, la Russie ou encore le Brésil et qui peut se résumer à une frénésie discrète mais bien réelle d'achats en tous genres, et un intérêt accru des banques d'affaires sur place pour motiver de nouveaux riches clients à diversifier leurs portefeuilles.
Tout ceci n'est évidemment pas fortuit.
Historiquement, lorsqu'un pays se développe, ses citoyens qui parviennent à une nouvelle richesse investissent d'abord dans les avoirs les moins risqués dont l'art, l'or et ... les devises et bons d'états de pays étrangers solides. Et, au fur et à mesure que le pays se stabilise dans sa nouvelle situation, les investissements se modifient en laissant progressivement les bons d'état pour accéder aux domaines plus risqués (actions d'entreprises étrangères, par exemple).
Si l'on transpose à la situation courante, on observe le même phénomène avec un élément supplémentaire : la taille des pays qui émergent de la pauvreté est absolument gigantesque d'une part, et d'autre part, l'accroissement des investissements dans les pays étrangers est, véritablement, exponentielle. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un oeil rapide aux graphiques ci-dessous (issus de la Banque Mondiale). Le premier montre l'ampleur des investissements étrangers vers les pays de l'OCDE.


Le second, ci-dessous, permet d'apprécier la répartition nord/sud des investissements effectués, ce qui permet de voir que non seulement, les pays émergents investissent de plus en plus vers les autres pays, mais aussi de plus en plus vers eux-mêmes, ce qui donne une bonne idée de la quantité de richesse qu'ils ont su dégager.

Tout ceci est bel et bien bon, mais comment en vient-on à claquer la boîte à sucette de ce pauvre Hollande qui ne l'avait pas vue venir (mais la mérite largement quand même) ? De façon fort simple, à mesure que les fortunes de ces pays grossissent, petit à petit, les bons d'états deviennent moins intéressants.
Hollande regarde sa montre à l'enversD'une part, l'accumulation des réserves de change par les banques centrales, ça va bien cinq minutes, mais avec les petits mouvements sur les monnaies actuellement, on comprend que certains aient des sueurs froides et décident de ré-allouer leurs avoirs (les Chinois n'étant pas les plus mal placés en l'occurrence). D'autre part, les manipulations grossières des taux par les principales économies du monde (Américains, Anglais et zone euro) ont permis de conserver des taux longs historiquement bas, ce qui était bien pour eux, mais moins pour les investisseurs étrangers qui commencent à trouver peu rentable ces investissements d'autant que leur sûreté s'effrite au fur et à mesure que les banquiers font buzzer les Epsons.
À tel point que, par exemple, la nervosité se lit dans les déclarations du patron de la Banque d'Angleterre, qui comprend bien qu'il faudrait arrêter de croire qu'on pourra imprimer la dette jusqu'à son évaporation mais qu'on oblige plus ou moins ouvertement à continuer...
Concrètement, pour les pays émergents, les obligations d’État n'offrent plus un rapport sûreté / rendement suffisant.
Et double effet kiss-cool, l'arrivée de ces fonds de plus en plus importants dans des banques européennes permettent à ces établissements parfois mal en point de mieux respecter leurs différents ratios imposés par Bâle III, qui ont d'ailleurs d'autant plus de facilité à le faire actuellement qu'elles ont été légalement tenues de se gaver d'obligations d'état précédemment.
En résumé, nous sommes à un tournant : dans les prochains mois tout au plus, les bons d’États auront de plus en plus de mal à trouver preneur. Les Russes, les Chinois, les Indiens et les Brésiliens sont peut-être en voie de développement mais certainement pas stupides et ont compris que les papiers décorés qu'on leur envoie ne sont que ça, des papiers décorés. D'un autre côté, les établissements bancaires (les moins stupides d'entre eux, en tout cas) ont eux aussi compris l'intérêt qu'il y avait à ne pas surcharger leur barque de ces obligations et à se concentrer, une fois les ratios légaux atteints, dans d'autres investissements plus lucratifs.
Autrement dit, pour attirer le chaland, les États vont devoir augmenter leurs taux ou diminuer leurs émissions de dette.
hollande humideParallèlement, tant le budget de 2013 présenté par l'équipe de branleurs de Bercy que les promesses électorales du boulet fromager concourent l'un comme les autres à démontrer l'impéritie totale des dirigeants français. Lorsque l'étau financier va se refermer et les taux remonter franchement, attendez vous à supporter tout l'arsenal des rodomontades et pleurnichements pathétiques des frétillants crétins qui nous gouvernent, avec des discours à base de méchante finance qui met le pays à genoux (avec un petit "c'est parce qu'on est de gauche que la finance nous fait ça, à nous, le sel de la terre"), montrant leur parfaite méconnaissance des mécanismes en jeu.
Bien sûr, à ce moment là, il serait de bonne guerre de dire "C'est bien fait !" car ils l'auront bien mérité. Mais malheureusement, dans cette histoire, ce seront toujours les mêmes qui vont trinquer et les responsables, les socialauds, s'en tireront avec une pirouette.

Hollande, les "néoracistes" et nous 


 
Où est l'Histoire ? Elle est partout, ces temps-ci. À l'heure où nous écrivons ces lignes, nous ne connaissons pas les résultats des élections américaines, mais peu importe, parce qu'elle est aussi en train de se faire, ces jours-ci, dans notre cher et vieux pays.
Dans "La tyrannie du statu quo", un livre écrit avec son épouse, Rose, le Prix Nobel d'économie Milton Friedman expliquait naguère qu'après leur arrivée au pouvoir les grands dirigeants n'ont que cent jours pour réformer. Il donnait en exemple Roosevelt, Reagan, Mitterrand et Thatcher, qui ont transformé leur pays à la hussarde. Passé le délai de trois mois, notait-il, les conservatismes et les politicailleries reprennent toujours le dessus, les gouvernants s'engluent.
François Hollande est au pouvoir depuis six mois. Il a perdu beaucoup de temps, mais il n'a pas encore perdu la partie. Il lui reste quelques semaines pour devenir l'homme d'État qui aura redressé la France. À une condition : qu'il prenne le chemin difficile déjà emprunté par d'autres sociaux-démocrates comme le chancelier Gerhard Schröder en Allemagne ou le Premier ministre Göran Persson en Suède, qui, grâce à une politique de débourbage, ont remis debout leurs pays respectifs.
Alors qu'ils infligeaient des remèdes de cheval à leurs concitoyens, dans les années 2000, ces deux hommes ont essuyé bien plus de lazzis que Jean-Marc Ayrault. Aujourd'hui, ils sont vénérés parce qu'ils ont eu le courage d'en finir avec les corporatismes et les lâchetés qui mettaient leur modèle en péril. Un jour, il faudra bien qu'un homme d'État français, au lieu de se contenter d'assommer le pays de taxes et d'impôts, taille, coupe et tranche dans la graisse, la gélatine et les corsets qui étouffent notre économie. François Hollande peut être celui-là et entrer dans l'Histoire. À condition qu'il force sa nature, oublie ses calculs politiques, se fiche de plaire à son parti et rompe dès maintenant avec trente ans de bêtises et de cynisme. Il n'a pas d'autre choix s'il veut que la France reste un pilier de l'Europe au lieu d'en devenir l'un de ses boulets.
Sinon, après avoir fait quelques ronds dans l'eau qu'il aura à peine effleurée de petits coups d'aile, il n'aura été qu'un oiseau de passage, comme certains de ses prédécesseurs.
Où sont les "néoracistes" ? Si l'on en juge par les réactions qu'a provoquées notre une de la semaine dernière, consacrée à "Cet islam sans gêne", il n'y a plus de doute : notre pays est affligé d'une nouvelle engeance aveugle et sourde, mais, hélas, pas muette.
Elle prolifère sur la Toile, dans les médias et l'intelligentsia, du moins dans celle qui a cessé de penser depuis la chute du mur de Berlin. Elle fonctionne au réflexe conditionné et ne sort de sa naphtaline que pour des indignations sélectives qui nous ramènent au temps de Panurge, son idéologue officiel. Elle n'avance qu'en meute et ne s'exprime qu'en choeur.
Son cogito : "Je m'insurge, donc je suis. " Ou bien, plus consternant encore : "Je twitte, donc je suis." Il a suffi que nous mettions le focus sur une fraction de l'islam, comme l'indique sans ambiguïté, sur notre couverture, l'adjectif démonstratif "cet", pour que nous fussions aussitôt accusés de racisme anti-arabe ou anti-noir. Les bouffons ! Ils font preuve d'un insondable mépris envers ces collectivités humaines pour les réduire aux dérives marginales d'une religion dont on n'a pas omis de dire, dans ce journal, le respect qu'on lui devait.
Il est permis de secouer comme un cocotier le haut clergé catholique, pape compris, de fouiller dans ses poubelles pédophiles ou de se gausser, non sans raison, des excès des born again américains, mais, devant cet islam sans gêne qui nous occupe, il faut rester le doigt sur la couture du pantalon. Passez votre chemin, de préférence en fermant les yeux ; sinon, vous stigmatisez, et c'est interdit.
Or la vocation du journalisme, s'il en a une, n'est-elle pas de déterrer, d'exposer, de démasquer, donc de stigmatiser ? Nos flics idéologiques n'ont pas compris cela. Ils n'ont pas compris non plus qu'ils confondent les peuples et les religions. Nul ne dira jamais que tous les Américains sont mormons, tous les Allemands, luthériens ou tous les Britanniques, anglicans. Ou inversement. En revanche, il faudrait que tous les Arabes et tous les Noirs soient musulmans, appartenant de surcroît au courant revendicatif et minoritaire que nous décrivions dans notre numéro.
Nos marchands d'anathèmes montrent ainsi leur vrai visage. Ce sont des "néoracistes", il n'y a pas d'autres mots pour les qualifier. Ils ne le font pas exprès, bien sûr, mais par peur, suivisme ou paresse, ils enferment, comme les colonialistes d'antan, des populations entières dans une identité religieuse qu'on peut être en droit de considérer comme simplificatrice ou caricaturale. Tels sont les effets de l'ignorance et de la condescendance.
Honte à ces "néoracistes" !

la conférence de presse de Hollande, c'est du toc 


 
Ce n'est pas parce que monsieur Hollande a viré de cap et qu'il vient d'infléchir sa politique économique dans une direction plus raisonnable que celle qu'il avait empruntée il y a six mois que nous le tiendrons quitte de ses erreurs passées et que nous lui accorderons la confiance qu'il va solliciter cet après-midi de la part du peuple français. Il a, en effet, montré trop de haine envers son prédécesseur, trop de mépris envers la bourgeoisie d'où il vient, trop de sottise dans sa condamnation de l'argent, trop de suffisance dans l'exposition de soi-même, trop d'arrogance dans les défis qu'il a lancés pour qu'on accorde crédit à l'homme. Il a trop promis et s'est trop repris, il s'est trop engagé puis trop rétracté pour qu'on accorde foi au politique.
Libre à ceux qui ont voté pour lui de se satisfaire de ses approximations, de ses palinodies et de ses postures fanfaronnes, c'est leur affaire. Libre à ses alliés politiques de continuer de jouer avec lui un jeu pervers de dupes et d'accepter de perdre ce qu'il leur reste d'âme contre une misérable prébande de pouvoir, c'est leur problème. Pour nous, Hollande restera l'imposteur, en dépit des retournements qu'il pourra lui arriver d'opérer, fût-ce en faveur de nos intérêts idéologiques... et même fiscaux ! L'imposteur : celui qui, sous le masque de la vertu, trompe même les siens, sans vergogne.

"C'est se foutre du monde"

Il a échoué sur toute la ligne sans même avoir su donner le change par une gestion honorable de son image. Il s'est renié en tous domaines. Il devait gouverner modeste, il est partout, enflé comme Ubu. Il a occupé le paysage pendant six mois dans l'attente d'un rapport destiné à lui indiquer quelle politique il doit mener. Quel aveu d'impréparation, d'incompétence et d'incapacité à gouverner ! Ce rapport lui parvient enfin. Il remet en cause la parole sur laquelle le candidat a été élu président. Qu'importe, il sera la nouvelle Bible.
C'est cet homme-là qui va s'expliquer devant nous durant deux heures cet après-midi pour nous dire qu'il a choisi, après six mois de tergiversations, de faire à peu près la même chose que ce que faisait cette ordure de Sarkozy. C'est se foutre du monde. Entre-temps, la France aura perdu beaucoup d'argent, beaucoup d'emplois, beaucoup de crédit et l'amitié de l'Allemagne. Cela s'appelle le socialisme en marche vers le réenchantement du rêve. 
Du toc, oui...

Dérapage de la masse salariale de l'État

Les dépenses de personnel de l'État et certaines prestations sociales coûteront plus cher que prévu. Mais ces surcharges seront compensées.
 

Les gouvernements se suivent mais le problème demeure: les ministères ont encore des difficultés à prévoir leurs dépenses de personnel. En 2012, la masse salariale de l'État sera supérieure de 582 millions d'euros à la prévision initiale établie fin 2011, selon une information des Échos confirmée au Figaro.
Principaux responsables de ce dérapage: la Défense (pour 280 millions) et l'Éducation nationale (pour 161 millions). Les primes accordées aux militaires en opération extérieure (en mission à l'étranger) ont été sous-évaluées dans le budget initial. «À l'Éducation, l'erreur de prévision est faible comparée aux 40 milliards des dépenses de personnel. Les écarts sont inévitables car il est impossible de prévoir les jours de grève ou d'absence», se défend-on dans l'entourage de Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget. Où l'on ajoute: «Pour l'ensemble de l'État, corriger de 582 millions une masse salariale de plus de 80 milliards n'a rien d'extraordinaire. L'erreur est d'à peine 0,7%.»
Une chose est certaine: le gouvernement Fillon avait fait pire. En 2010, la masse salariale avait été supérieure de 760 millions à la programmation initiale! À l'époque, l'exécutif avait notamment mal évalué le nombre de départs à la retraite.

Réserve de précaution

Le projet de loi de finances rectificative pour 2012, qui sera présenté mercredi en Conseil des ministres, prendra acte de cette charge supplémentaire de personnel. Il accordera également des rallonges pour financer certains budgets sociaux: 313 millions pour l'allocation adulte handicapé, 259 millions pour les aides au logement, 146 millions pour les bourses étudiantes. Autant de postes systématiquement sous-budgétés année après année. S'y ajouteront 300 millions pour les contrats aidés, le gouvernement Ayrault ayant décidé d'en accroître le nombre.
Toutefois, tout ceci n'accroîtra pas le déficit de l'État en 2012. En début d'année, chaque gouvernement met de côté certaines sommes. Les nouvelles dépenses de 2012 seront financées sur cette réserve de précaution. C'est la recapitalisation de Dexia qui augmentera le déficit budgétaire de 2012, le faisant passer de 83,6 milliards à 86,2 milliards.
Cette année, les dépenses de l'État, hors charge de la dette et pensions, devraient même être inférieures de 1,7 milliard à celles de 2011. Une rupture dans la longue tradition française de hausse des dépenses! En prenant en compte la charge de la dette et le coût des pensions de retraite (en nette hausse), la hausse des dépenses ne sera que de 700 millions entre 2011 et 2012.

Grèce : les Européens s'apprêtent à repousser le problème

L'Eurogroupe se penche une nouvelle fois, lundi, sur la situation grecque. Sans proposer de solution de long terme.
Le volontarisme de Mario Draghi a porté ses fruits. Depuis l'annonce d'une possible intervention "illimitée" de la BCE pour racheter des obligations en circulation émises pour moins de trois ans, les investisseurs sont rassurés. Signe de la confiance retrouvée, les fonds monétaires américains, qui avaient fui la monnaie unique, sont de retour en Europe. Avant même d'avoir été injectée, la piqûre de calmant proposée par l'institution de Francfort a donc soulagé le malade. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu'il est guéri. Loin de là.
Alors que la zone euro s'enfonce dans la récession, elle doit toujours traiter un de ses principaux foyers d'infection, la Grèce. Deux plans d'aide, le premier de 110 milliards d'euros, accordé en mai 2010, le second en octobre 2011, n'ont pas suffi à remettre le pays dans le droit chemin. Pas plus que la perte infligée aux investisseurs privés - banques, fonds et autres assureurs... - pour réduire de plus de 50 % la dette grecque qu'il détenait (107 milliards sur 200).

Sortie de route

Toutes les prévisions économiques du FMI, de la BCE et de la Commission - la fameuse troïka, chargée de définir et contrôler la bonne application du traitement - ont été démenties. Dans les plans initiaux du FMI, l'endettement devait grimper de 115 % du PIB en 2009 à 149 % cette année, avant d'amorcer une décrue à partir de 2014. Malgré la restructuration de la dette, il n'en sera rien. En février dernier, le Fonds révisait sa prédiction à 168 % du PIB pour l'année prochaine. Et, depuis, la situation s'est encore aggravée. Impossible, dans ces conditions, de tenir l'objectif de revenir à 120 % en 2020, le niveau maximum considéré comme soutenable pour se financer sur les marchés... C'est que, malgré les efforts considérables pour réduire le déficit, celui-ci n'a fait que s'aggraver, entraîné par la récession. Censé revenir à 7,6 % du PIB en 2011 et à 6,5 % en 2012 dans les plans initiaux du FMI, il a finalement atteint plus de 9 % à la fin de l'année dernière. L'argent semble avoir été déversé dans le tonneau des Danaïdes.

La troïka positive

Face à une telle fuite en avant, les Européens doivent maintenant prendre plusieurs décisions. Lundi, les ministres des Finances de la zone euro se réunissaient pour étudier le sixième rapport de la troïka sur l'état de l'économie et sur l'application des réformes. C'est sur la foi de ce rapport qu'ils décideront ou non de débourser une nouvelle tranche du plan d'aide, de 31,5 milliards d'euros, dont Athènes a besoin pour faire face à ses engagements à très brève échéance.
Bonne nouvelle, la troïka aurait décerné un satisfecit au gouvernement d'Antonis Samaras, pour l'application des réformes demandées, à en croire Jean-Claude Juncker. Selon le chef de file de l'Eurogroupe, son nouveau rapport "est fondamentalement positif, car les Grecs ont tenu leurs promesses". La fragile coalition rassemblant la droite modérée, le parti socialiste (Pasok) et la Gauche démocratique a notamment adopté, dimanche soir, les nouvelles mesures demandées pour continuer à financer le pays.

Une dette insoutenable ?

Mais le versement d'une nouvelle partie du plan d'aide ne suffira pas. Pour s'en sortir, Athènes demande maintenant deux ans supplémentaires afin de ramener son déficit à 3 % du PIB. Mais qui dit plus de temps dit encore plus d'argent. S'il était accordé, le sursis devrait coûter 32,6 milliards d'euros supplémentaires, selon le rapport -encore provisoire- de la Troïka. Pour les financer, les Européens planchent sur un rééchelonnement de la dette qu'ils détiennent, une réduction des taux d'intérêt demandés ou des rachats d'obligations qui arrivent à échéance.
Reste à savoir si tout cela permettra à Athènes de rendre sa dette soutenable. Selon Der Spiegel, la troïka elle-même n'y croit pas. Elle aurait appelé fin octobre les Européens à prendre leur perte, pour alléger définitivement le fardeau. Ce serait la première fois que les contribuables européens perdraient de l'argent dans le sauvetage grec. Depuis le début de la crise, ils n'ont fait que lui prêter moyennant remboursement et intérêts. Selon un rapport du Sénat de juillet 2012, ils ont déjà accordé près de 56 milliards d'euros sous la forme de prêts bilatéraux, dont 11,4 milliards rien que pour la France. Le fonds de secours provisoire de la zone euro, le FESF, qui a pris le relais, est, lui, engagé à hauteur de 120 milliards d'euros (soit 31,6 milliards pour la France).
De tels chiffres expliquent pourquoi nombre d'États ne veulent pas entendre parler d'un effacement de la dette. Un défaut grec sur la totalité de sa dette coûterait en effet 66 milliards d'euros à la France, selon Éric Dor, directeur de la recherche à l'IESEG School of Management. Encore plus pour l'Allemagne. Ils pourraient donc bien repousser le problème à plus tard. Notamment après les élections législatives en Allemagne, prévues en 2013.

Les dévots de La pensée mythique

Quel est le point commun à ces éminences du clergé médiatique que sont Christophe Barbier, Nicolas Beytout, Dominique Seux, François Lenglet, Jean- Marc Vittori, Franz-Olivier Giesbert, Erik Izraelewicz, Eric Le Boucher, Yves de Kerdrel et consorts ? Nonobstant leurs différences, ils ont fait du « coût du travail » leur cible unique. 

Nos Excellences ne prennent du rapport Gallois que ce qui les intéresse pour fonder le raisonnement suivant : si la France va mal (et c’est le cas), si son industrie s’est rabougrie (et c’est la réalité), si elle exporte moins (et cela ne se discute pas), c’est parce que le travail coûte trop cher. En vertu de quoi, une économie massive sur les « charges » (qui sont la partie du salaire consacrée aux cotisations sociales ) devrait remettre la machine en marche et la faire repartir comme par miracle. Amen.
 
On entend cette petite musique du matin au soir, sans que personne parmi les membres du chœur susdit s’interroge le moins du monde sur les carences d’un tel raisonnement. S’il suffisait de baisser les charges pour relancer les investissements industriels, cela se saurait puisque c’est déjà le système en vogue pour les bas salaires. Si la compétitivité était indexée sur le faible niveau des salaires, la Grèce, l’Espagne et le Portugal devraient figurer dans le top du top. Si les cadeaux aux entreprises sans contre partie permettaient de stimuler le made in France, Arnaud Montebourg serait le premier à brûler un cierge pour fêter l’événement.
Un autre donneur de leçon

Les hauts dignitaires de l’Eglise médiatique ne rentrent pas dans ce genre de considérations. Le coût du travail est leur nouveau mantra, et nul ne les fera dévier de leur mission évangélisatrice. Habitués à se tromper, ils persistent et signent. Tout comme ils étaient pour le traité  de Maastricht en 1992, pour le traité européen en 2005, pour le nouveau traité européen signé par François Hollande, ils sont pour la version « coût du travail » du choc de compétitivité, notion imposée dans le débat public par les tenants de l’orthodoxie néolibérale grâce aux tergiversations d’un PS qui ne sait plus sur quel pied idéologique danser.
 
Les maîtres à (bien) penser ne parlent jamais du coût du capital, du coût des dividendes, du coût de la rente, du coût des délocalisations, du coût des fuites de capitaux, du coût des placements financiers, ou même du coût de la niche fiscale dont ils bénéficient en tant que journalistes. En revanche, le coût du travail salarié, cela les révulse au plus haut point, et ils n’hésitent pas à monter en prêche pour appeler les malheureux à se sacrifier en place publique. Au passage, ils en oublient les voix iconoclastes faisant remarquer qu’il ne faut pas mettre dans le même panier grandes et petites entreprises, et que la compétitivité dépend aussi de l’effort de recherche, de l’innovation, du financement des banques ou du patriotisme industriel, sans lequel nul ne peut résister aux conséquences de la mondialisation sauvage. Pour la nouvelle cléricature, ces considérations impies sont vouées au grand bûcher de l’Inquisition.
 
Quelqu’un a dit : « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes. » Il s’appelait Keynes. Encore un hérétique.

Rapport Gallois : « les feuilles mortes se ramassent à la pelle ».

Les 22 propositions du rapport de Louis Gallois [lire http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/Rapport-LG.pdf] doivent inspirer le Gouvernement dans ses mesures pour soutenir la compétitivité. Auparavant [pour ceux qui n'ont pas la mémoire courte], le rapport de la Commission pour la libération de la croissance française, dit rapport Attali, préconisait déjà une série de mesures : 314 propositions pour la plupart restées « lettres mortes ». A cet égard, l'intérêt économique de la réduction des délais de paiement, notamment pour les petites et moyennes entreprises dont la gestion de trésorerie est plus délicate, avait notamment été souligné par le rapport Attali de 2010 (voir le Rapport de la Commission pour la libération de la croissance, « Sortir de la crise : une ambition pour dix ans », 2010, p. 113).

Alors que le rapport Attali préconisait des délais de paiement à 30 jours, la loi de modernisation de l'économie (LME), adoptée par les parlementaires en juillet 2008, plafonnait le délai de paiement

convenu entre les entreprises à quarante-cinq jours fin de mois, ou soixante jours à compter de la date d’émission de la facture (Rappel : à compter du 1er janvier 2013, une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 € est introduite par le décret n° 2012-115 du 2 octobre 2012. Elle s'ajoute aux pénalités existantes, pour tout professionnel en situation de retard de paiement).

Même exigence du côté du rapport Gallois qui précise [page 40] : « Les exigences de la LME de 2008 sont trop souvent contournées… Les fournisseurs hésitent à aller devant les tribunaux contre leurs clients. Il devrait être confirmé aux Commissaires aux comptes qu’ils doivent obligatoirement joindre à leurs avis sur les comptes de l’entreprise, le Rapport prévu et trop souvent absent sur le crédit interentreprises…. Des sanctions administratives (DGCCRF) devraient être prévues en cas de manquement ».

Ainsi, la dix-septième proposition est de confirmer aux commissaires aux comptes « qu'ils doivent obligatoirement joindre à leur avis sur les comptes de l'entreprise, un rapport sur le crédit interentreprises ». Dans une précédente chronique [mai 2010], nous doutions déjà du « zèle » des commissaires aux comptes ( lire http://www.finyear.com/Reforme-des-delais-de-paiement-la-coupe-est-pleine-_a14543.html ).

Enfin selon le rapport Gallois, il faudra aussi prévoir des sanctions administratives (via la DGCCRF) en cas de manquement aux règles sur les délais de paiement.

Là encore dès 2008, nous nous interrogions en effet sur la capacité pour un fournisseur de faire réduire les délais de paiement abusifs : « Seul un tribunal peut prononcer de telles sanctions. Mais en pratique, imagine-t-on un fournisseur, un sous-traitant ou un prestataire de service qui prendrait le risque d’assigner devant les tribunaux son donneur d’ordre ? Quelle chance aurait-il dans ces conditions de garder son client ? Les PME auraient sans doute souhaité que le législateur donne davantage de moyens à la DGCCRF, afin de lutter contre les mauvaises pratiques » ( lire http://www.finyear.com/LME-ce-chien-de-Jean-de-Nivelle-qui-s-en-va-quand-on-l-appelle_a7287.html ).

Dès l’origine, la réforme des délais de paiement était « condamnée », comme je l’indiquais dans l’ouvrage « Réforme des délais de paiement et modernisation de l’économie. De l’intention aux actes ? », publié en septembre 2009 aux éditions « Lignes de Repères » ( voir http://www.lignes-de-reperes.com/catalogue/modernisation-economie.htm ).

Si les feuilles mortes se ramassent à la pelle, comme le chantait Yves Montant, les souvenirs et les regrets aussi.

L’ombre embarrassante

L’ombre embarrassante 


Ici l’ombre ! Celle de Nicolas Sarkozy continue de se projeter sur sa famille politique. Selon un sondage publié hier (IFOP/ Journal du Dimanche), 64 % des sympathisants de l’UMP souhaitent que l’ancien président se porte à nouveau candidat en 2017.
2017 ? Autant dire des années-lumière : une enquête d’opinion sur le futur de l’ex n’a donc aucune valeur prédictive. Elle éclaire en revanche la compétition actuelle, qui oppose Jean-François Copé et François Fillon, pour prendre, dimanche prochain, la tête de leur mouvement.
Si la Sarko-nostalgie reste aussi forte, c’est avant tout parce que l’UMP se souvient avec émotion du temps où elle occupait une position dominante. Aujourd’hui, malgré les difficultés que rencontre la gauche – à cause de la crise et en raison de ses propres erreurs – le mouvement est en proie au doute. La situation est habituelle au lendemain d’un échec électoral, mais elle est ici d’une acuité particulière. Aux classiques inimitiés personnelles s’ajoute une interrogation stratégique. Dans le sillage de l’ancien chef de l’État, Jean-François Copé se veut le porte-parole d’une « droite décomplexée », un peu comme les républicains ont tenté de le faire aux États-Unis, sous la houlette de Mitt Romney. Au bout du compte : la défaite, même si elle fut, à chaque fois, de justesse.
Rester malgré tout sur cette ligne ou se recentrer : c’est une question clef que devra trancher le futur patron de l’UMP. Il n’aura pas la tâche facile. Mais s’il préserve l’unité interne et externe – en parvenant à garder un lien constructif avec l’UDI naissante, de Jean-Louis Borloo – son avantage sera déterminant pour aborder la bataille suprême de 2017.
Voici pourquoi leur confrontation actuelle est aussi rugueuse, voici pourquoi, également, les duellistes proclament, chacun à sa manière, leur fidélité à Nicolas Sarkozy. La confrontation à ce stade serait inutile, puisque prématurée. Mais, secrètement, tous deux espèrent être en position assez forte pour que la résurrection de l’ex-président soit impossible demain, faute d’espace.
Leur antagonisme est manifeste. Mais plus secrètement, Jean-François Copé et François Fillon se rejoignent, sans doute, sur un objectif : 
effacer une ombre embarrassante.

lundi 12 novembre 2012

Cahuzac sur le pacte Ayrault : "une politique intelligente que la droite n'a jamais faite"

Dans un entretien à Libération, le ministre délégué au Budget apporte de nouveau son soutien et sa confiance dans le pacte de compétitivité présenté la semaine dernière par le gouvernement Ayrault, dans le sillage du rapport Gallois. En outre, il a annoncé des mesures pour lutter contre la fraude fiscale.
"Lutter contre le chômage, c’est une politique de gauche." Jérôme Cahuzac n’en démord pas. Et enfonce le clou. Dans un long entretien à Libération ce lundi, le ministre délégué au Budget est monté au créneau contre les critiques de son propre camps, accusant le gouvernement d’avoir mener une politique de droite avec le pacte Ayrault et son crédit d’impôt de 20 milliards d’euros aux entreprises, couplé à une hausse de la TVA. Lorsque le quotidien ironise, lui demandant s'il "mène une politique de droite au service d’un objectif de gauche", l’intéressé assène : "je ne vois pas en quoi permettre aux entreprises d’investir davantage serait une politique de droite. Ce pacte est en tout cas une politique intelligente que la droite n’a jamais faite".
Pour le ministre du Budget, il s’agit-là du seul moyen efficace d'endiguer contre le chômage. "Lutter contre cette menace oblige à restaurer les marges des entreprises afin que celle-ci puissent investir et gagner en compétitivité. Et donc embaucher", argumente-t-il.
Lutte contre "la fraude ou les manœuvres abusives"
Concernant la hausse de la TVA en 2014, Jérôme Cahuzac assure que "la solution retenue n’est pas du tout de même nature que la TVA sociale de Nicolas Sarkozy". "Il ne s’agit pas d’une augmentation générale de TVA, car le taux sur les produits de première nécessité baisse avec un coût pour les finances publiques de l’ordre de 1 milliard d’euros", se défend-t-il notamment.
En outre, alors qu’un grand nombre de Français va devoir essuyer des hausses d’impôts, Jérôme Cahuzac a annoncé des mesures pour lutter contre "la fraude ou [les] manœuvres abusives" dans le cadre de la dernière loi de finances pour 2013. D’après Libération, ces mesures concernent les ménages et les entreprises, et doivent permettre au fisc de dégager au moins 1 milliard d’euros supplémentaires.
QUE VA-T-IL ENCORE NOUS PONDRE ?

Recordmen d'impopularité : les déçus de François Hollande sont-ils les mêmes que ceux de Nicolas Sarkozy ?

Selon un sondage Ifop pour Paris Match, le chef de l'Etat est crédité de 42% d'opinions favorables en novembre. A la même période en 2007, 59% des sondés faisaient confiance à Nicolas Sarkozy.

Six mois après son élection, François Hollande est déjà passé sous la barre des 50% d'opinions positives. Comme Nicolas Sarkozy, il est donc confronté à une forte impopularité. Celle-ci est-elle de même nature ?

Jérôme Fourquet : Il faut d'abord préciser qu'à la même époque de son quinquennat, Nicolas Sarkozy était encore à 59 % d'approbation. Le décrochage de Nicolas Sarkozy est intervenu plus tard, près d'un an avant son élection, entre décembre et janvier 2008. Durant la campagne de 2007, Nicolas Sarkozy avait su créer de vraies espoirs et un engouement. Cela n'a pas été le cas pour François Hollande qui a gagné grâce à son projet, mais aussi grâce au rejet de Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, François Hollande est élu sur un programme relativement modeste et dénué de promesses. Cela explique l'absence d'état de grâce après son élection. Les préalables au moment de la campagne ne sont pas les mêmes. Enfin, le contexte économique et social impose à François Hollande des choix très douloureux qui expliquent son dévissage très précoce.
Aujourd'hui, lorsque François Hollande récolte 42% d'approbation, il est approuvé par 82% de ses électeurs du premier tour. Il récolte également 64 % d'approbation chez les électeurs de Jean Luc Mélenchon. En revanche, il ne récolte que 40% d'approbation dans l'électorat de François Bayrou, 6% d'approbation dans l'électorat de Nicolas Sarkozy et 15% dans celui du FN. François Hollande garde le soutien de son électorat naturel, mais souffre d'une opposition virulente et massive des électeurs de droite et d'extrême droite. On est dans la prolongation du combat de la présidentielle. François Hollande n'a aucune clémence à attendre du camp d'en face contrairement à Nicolas Sarkozy qui bénéficiait d'une certaine bienveillance dans une partie de l'électorat de gauche.

Qui sont les déçus de François Hollande ? A  quelles catégories socio-économiques appartiennent-ils ?

Jérôme Fourquet :  La chute de François Hollande a été assez générale. Il chute de 21 point sur l'ensemble des Français : 22 % chez les cadres supérieurs, 20 % chez les professions intermédiaires, 29% chez les employés et 15% chez les ouvriers. Sa cote de popularité s'élève à 40% chez les ouvriers, 47% chez les professions intermédiaires, 54 % chez les cadres supérieurs. Les chiffres ne sont élevés nulle part, même si François Hollande est plus haut dans les catégories aisés qui résistent à la crise que dans les catégories populaires. Mais, il n'y a pas de mouvement spectaculaire qui s'est dessiné. La baisse est étal dans pratiquement tous les milieux professionnels.

Durant la campagne présidentielle, François Hollande avait réussi a récupérer une partie des classes populaires qui ces dernières années échappaient à la gauche. Est-il en train de perdre de nouveau ces catégories qui au premier tour s'étaient parfois tournées vers les extrêmes ?

Plus con on ne sait pas faire....
Jérôme Fourquet : François Hollande conserve une cote de popularité de 40% chez les ouvrier ce qui correspond quasiment à la moyenne. Par ailleurs, il ne chute que de 15 points ce qui est moins que la moyenne. Chez les employés sa cote de popularité n'est que de 35% et sa baisse a été beaucoup plus forte. Mais l'essentiel de la baisse n'est pas le résultat de l'abandon de classes populaires qui avaient rejoint François Hollande. Encore une fois, il s'agit d'une baisse générale. Les classes populaires avaient décroché plus rapidement au début du mandat de Nicolas Sarkozy car elles avaient beaucoup cru au discours du "travailler plus, pour gagner plus..." 

La chute de popularité de François Hollande est-elle homogène dans toutes les catégories d'âge ?  

Jérôme Fourquet : Non, il se passe clairement quelque chose en terme de génération. François Hollande baisse de 13 points chez les 18-24 ans, 19 points sur les 25-34 ans, 26 point sur les 36-49 ans, 27 point sur les 50-64 ans et 18 points sur les 65 ans et plus. C'est sur les tranches d'âge du milieu, cet à dire la France active, que la baisse est particulièrement forte. C'est aussi la population qui est en âge d'avoir des enfants et sur laquelle les charges financières sont les plus importantes : scolarité des enfants, emprunts immobiliers, difficultés à payer les impôts... C'est cette tranche d'âge là qui est la plus fragilisée par la crise. La baisse est générale, mais encore plus accentuée sur les maillons de la population les plus exposés à la crise.

L'érosion de Nicolas Sarkozy a-t-elle été, elle aussi, homogène dans toute les catégories de la population ou a-t-elle été plus marquée dans certaines catégories ?

Jérôme Fourquet : L'érosion de Nicolas Sarkozy a été assez similaire, même si les personnes âgées l'ont soutenu plus longtemps. Le socle électoral de Nicolas Sarkozy était majoritairement composé de 65 ans et plus tandis que François Hollande était le candidat le populaire chez les jeunes. Mais dans les deux cas, le maillon faible est les 35-49 ans.

Si l'on compare l'effondrement des cotes de popularité de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, on s'aperçoit que les déçus de l'ancien président de la République comme ceux du nouveau locataire de l’Élysée appartiennent à toutes les catégories socio-économiques. Cela signifie-t-il qu'il n' y a plus de "vote de classe" en France ? Comment analysez-vous cette évolution ?

André Bercoff : Cela signifie surtout que la méfiance envers les représentations politiques, qu’elles soient de droite ou de gauche, ne fait qu’augmenter à chaque élection, et ce n’est pas fini. A tort ou à raison, les citoyens pensent de moins en moins que la politique peut faire quelque chose pour eux. La mondialisation - ses bonheurs et ses béances, la formidable poussée des pays émergents correspondant à une Europe méridionale en peau de chagrin - constitue désormais, n’en déplaise à Le Pen et Mélenchon, l’horizon apparemment indépassable de notre temps. Jusqu’à preuve (pas évidente) du contraire… Par ailleurs, le fait que François Hollande, de façon relativement courageuse, détricote en six mois une bonne moitié de ses promesses électorales, achève un tableau dans lequel l’économie et la finance jouent de plus en plus les marionnettistes vedettes. Qui peut en vouloir aux précaires comme aux protégés, dans ces conditions, de carburer au pessimisme plus ou moins résigné ?
Thomas Guénolé : Pas exactement. Il existe en temps normal, non pas un vote de classe mais un vote de catégories socio-professionnelles. Cependant,  en situation de crise, les déceptions s'accumulent, et la défiance par rapport aux hommes politiques s'accélère. La fidélité de l'électorat-socle s'érode.
Circonstance aggravante, les remèdes utilisés pour l'instant par la droite puis par la gauche sont fondamentalement les mêmes: politique d'austérité et augmentation des prélèvements obligatoires. Des options par définition impopulaire pour les personnes qui sont touchées. Or si la droite touchait quasiment toutes les catégories sociales dans son augmentation des prélèvement obligatoires,  la gauche a d'abord mis en place une première vague de prélèvements obligatoires qui touchait plutôt les tranches supérieures mais est en train de mettre en place une seconde vague qui touchera également les catégories  "inférieures" en terme de revenus.
Autre élément qui génère de l'anxiété et de la frustration : la société française dans son ensemble est beaucoup mieux informée et éduquée qu'autrefois sur les ressorts et les rouages de la crise qui nous frappe, ainsi que sur les raisons de notre déclin économique et géopolitique. Les Français comprennent de plus en plus clairement que les hommes politiques ont de moins de pouvoir et de marges de manœuvre, principalement du fait de l'internationalisation des finances, des flux économiques en général et des flux de main d'œuvre. Il y a une frustration des électeurs face à l'impuissance croissante du pouvoir politique. Dans ce contexte, il y a une crise de confiance vis-à-vis des hommes politiques et des partis politiques en général, qu'on observe à travers le baromètre fin 2011-début 2012 de la confiance du CEVIPOF.
Comme Nicolas Sarkozy, François Hollande est touché de plein fouet par la crise économique qui se transforme en crise du politique. Avec une circonstance aggravante : un sentiment de flottement et d'amateurisme dans le pilotage du gouvernement. C'est humain car la plupart des membres du gouvernement sont des débutants en tant que ministre, y compris le premier d'entre eux ainsi que le président lui-même. Mais dans des circonstances de crise qui s'aggrave, cette impression de flou aliment encore plus la machine à impopularité.
Dans ce contexte, deux éléments sont très dangereux. On observe des porosités croissante entre la droite et l'extrême droite d'une part et entre la gauche et l'extrême gauche d'autre part. Dans la dernière semaine avant le premier tour, OpinionWay avait souligné que 10 points de l'électorat avait hésité entre Jean-Luc Mélenchon et François Hollande. A la dernière minutes, ils ont voté François Hollande par vote utile et non par adhésion. Si ces électeurs étaient restés sur leur choix initial, Jean-Luc Mélenchon faisait 21% au premier tour. On a assisté au même phénomène de monter des extrêmes dans les années 30. Il y a donc un vrai danger de tectonique des plaques électorales. D'autant plus qu'il y a une conjonction de crises qui frappent la France en même temps. Nous traversons une crise économique et financière, mais aussi une crise démographique. On s'est endetté et sur-endetté pour maintenir le niveau de vie collectif au fur et à mesure que nos gains de productivité des trente glorieuses étaient déclinants, puis absent. Dans le même temps, on n' a pas investi dans la modernisation de notre appareil productif, dans la modernisation de nos ressources humaines par la formation, et on n'a de moins en moins investi dans l'innovation. La facture c'est maintenant !

A la fin de son mandat, Nicolas Sarkozy était impopulaire dans toutes les catégories socio-économiques, mais résistait chez les personnes âgées (65 ans et plus). A l'inverse, François Hollande était le candidat le plus populaire chez les jeunes et s'effondre désormais plus rapidement chez les 50-64 ans. Le véritable clivage politique en France aujourd'hui est-il générationnel ?

André Bercoff : Non, il est fiscal. A partir du moment où il a été démontré au peuple l’immensité de la dette, le brouillard sur les retraites et la sécurité sociale, comme la panne de l’ascenseur social, ne restait plus, aux gouvernants de droite et de gauche qui pratiquèrent pendant plus de trente ans le « courage, fuyons », qu’à tendre l’addition. En continuant la fable des riches qui vont payer - alors qu’ils s’exilent -  et de tous les autres qui seraient épargnés – alors qu’ils reçoivent leur première feuille de paye déjà amputée, le malaise ne peut que s’aggraver.  Si nos gouvernants – à l’échelle nationale et locale – ne  donnent pas immédiatement l’exemple en taillant hardiment dans les dépenses publiques, qu’ils ne s’étonnent pas des prochains retours de bâton.
Thomas Guénolé : C'est un non-dit total du débat politique, mais il existe une guerre de génération dans ce pays. La génération des baby-boomers et la génération qui est quinquagénaire et sexagénaire aujourd'hui, ont sacrifié purement et simplement les quadragénaire, les trentenaires et bien sûr " les vingtenaires". Olivier Ferrand avait développé une analyse très constante sur ce thème qui montrait que notre système économique, politique et social est construit entièrement au bénéfice de l'âge croissant. Un exemple : nous sommes l'un des rares pays où pour toucher les minimas sociaux, il y a une condition d'âge. On est un pays où la promotion se fait à l'ancienneté et où les différentes réformes qui sont faites frappent beaucoup plus les durement les jeunes et beaucoup moins durement "les vieux". Il n'est pas exclu que le clivage générationnel devienne de plus en plus explicite et c'est un vrai danger pour la cohésion de notre société.
En situation de crise, le réflexe rationnel serait de poser le diagnostic et de régler le problème calmement par la concertation. Mais la réaction humaine est de chercher un coupable qui ne soit pas "moi" et d'exiger qu'il paie : l'immigré, le riche, le vieux ou le jeune selon le camp où vous vous trouvez. En situation de crise, le gâteau qu'on a à se partager rétrécit. Il s'agit maintenant de réajuster les parts. La question fondamentale du débat politique contemporain est de savoir : "qui va avoir moins et à quel point ?". Il n' y a malheureusement aucune chance que la facture soit répartie équitablement.