TOUT EST DIT

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lundi 16 janvier 2012

Moody's confirme le triple A de la France

L'agence de notation dit prolonger son examen de la perspective "stable" de la France.
L'agence de notation Moody's a maintenu le triple A de la France, la meilleure note possible, et prolonge son examen de la perspective, actuellement "stable", a-t-elle indiqué, lundi, dans un rapport publié sur son site consacré au pays. La décision de Moody's, qui s'était donné, mi-octobre, trois mois pour évaluer la perspective de la note de la France, tranche avec celle de Standard & Poor's.
S&P a privé, vendredi soir, la France du triple A, la reléguant à AA+, avec perspective négative, ce qui veut dire une possible nouvelle baisse dans "un délai de six à vingt-quatre mois". Une éventuelle mise sous perspective négative de la note signifierait pour Moody's qu'elle envisage de l'abaisser "à moyen terme". Dans son rapport, Moody's annonce qu'elle n'a pas encore pris de décision sur la perspective et indique qu'elle tiendra informé le marché à ce sujet dans le courant du premier trimestre 2012, dans le cadre de son évaluation des notes souveraines en zone euro, annoncée en novembre.

L'agence donne crédit au gouvernement

Moody's donne crédit au gouvernement français de sa volonté de réduire le déficit public du pays à 3 % en 2013 et juge positivement les mesures prises pour y parvenir, ce qui est "important" pour garder la perspective "stable". En revanche, l'agence estime importants les risques liés à la dette et à la croissance en zone euro, des facteurs que ne contrôle pas le gouvernement, mais qui pèsent sur les finances du pays. Selon elle, plus les marchés de la dette souveraine et du financement bancaires sont volatils, plus la pression s'accroît sur la note de plusieurs pays de la zone euro, dont ceux qu'elle note triple A, comme la France.
Pour l'heure, la France emprunte encore sur les marchés à des taux historiquement faibles, mais les attentes des investisseurs "dépendront du respect des objectifs de consolidation budgétaire", ajoute Moody's. La troisième grande agence de notation, Fitch Ratings, a récemment indiqué de son côté qu'elle n'envisageait pas d'abaisser la note triple A de la France cette année. Cette agence a toutefois placé la note souveraine de la France sous perspective "négative", ce qui signifie qu'elle pourrait l'abaisser l'an prochain.

Les présidentiables au pied du mur

Après la Grèce, l'Italie et l'Espagne, une agence de notation va-t-elle, chez nous aussi, savonner la planche du pouvoir ? C'est un comble, à cent jours du scrutin, que la question brutale de la réélection de Nicolas Sarkozy se pose parce que les gardiens du droit de spéculer en rond ont asséné un coup à la droite, leur alliée habituelle, et validé les reproches de la gauche, leur ennemie supposée.

Même s'il n'est pas glorieux d'annoncer une maladie quand le patient est déjà sous traitement, le mal politique est fait. Pour le président candidat, mal en point dans les sondages, l'histoire dira si ce vendredi 13 restera celui de la malchance. Et si la vérité et le courage, lors de sa prochaine adresse aux Français, réussiront à convaincre. Nicolas Sarkozy n'est jamais meilleur que dans la difficulté ? Le voilà servi !

Étonnamment tardive, la sanction de Standard & Poor's appuie là où ça fait mal. On a beau jouer les petits De Gaulle en rappelant que la politique ne se fait pas à la Bourse, un tel tohu-bohu signifie bel et bien qu'elle traduit la réalité et contredit Nicolas Sarkozy !

En sanctionnant la France, mais pas l'Allemagne, l'agence de notation fait pâlir l'étoile présidentielle. Elle affaiblit son autorité et sa capacité d'entraînement sur la scène internationale. Elle suggère que la mise en scène des multiples sommets européens « de la dernière chance » masquait bien la lenteur des réactions, la faiblesse des décisions et la profondeur des désaccords.

Lui qui a fait de la réactivité dans la crise sa principale arme fait douter de sa capacité à retourner la situation en sa faveur, en trois mois et demi. Les mesures attendues, outre qu'elles ressemblent à un tardif sauve-qui-peut, seront peut-être bonnes, à terme, pour la compétitivité. Dans l'immédiat, le seul transfert vers la TVA de 35 milliards de charges patronales  la fameuse TVA sociale  sera surtout douloureux pour le contribuable consommateur.

En creux, cette sanction valide le diagnostic de la gauche qui tire à boulets rouges, depuis quatre ans et demi, sur un « paquet fiscal » voté à contretemps. Qui déplore, depuis des mois, l'inadaptation de la Banque européenne. Et qui réclame un volet « relance » pour sortir de la crise, en retrouvant le chemin de la croissance et des recettes fiscales.

En creux seulement. Et François Fillon, le malicieux, a raison de se demander ce que les agences de notation penseraient du programme de François Hollande.

Le candidat socialiste ne peut pas se permettre le moindre message de laxisme sans s'exposer à une nouvelle dégradation dont la facture budgétaire et politique serait dramatique. Il ne peut pas aller trop loin dans la rigueur sans décupler les foudres d'un Jean-Luc Mélenchon à l'affût d'une cassure du PS, au profit d'un pôle élargi de la gauche radicale dont il serait le chef. Il ne peut pas ne rien dire sans risquer d'élargir l'espace de François Bayrou et de Marine Le Pen.

Son premier grand meeting, dimanche au Bourget, sera un indicateur de la capacité du candidat socialiste à offrir une alternative politiquement solide et économiquement crédible. Plus largement, il est à craindre que l'enjeu pousse les candidats à critiquer le plus possible et à proposer le moins possible. À s'entre-déchirer quand il faudrait rassembler.

Le naufrage d’une époque

L’insubmersible Costa Concordia se serait donc lamentablement échoué parce que son capitaine aurait voulu faire miroiter de trop près les lumières scintillantes et écouter les sirènes tentatrices de son joujou au petit peuple de Giglio. Ces palaces flottants ne sont pas seulement les paradigmes de nos sociétés de parades, d’apparat et d’apparence. Ils surfent sur les dérives d’une mondialisation qui ne contrôle plus sa vitesse de croisière et ignore ses voies d’eau. Le naufrage de cette tour de Babel flottante rappelle celui de la banque Lehman Brothers. Elle aussi se croyait insubmersible.

Pour rentabiliser au mieux ces palais des mille et une nuits à prix abordables, les croisièristes se sont lancés dans une course au gigantisme. Costa et les autres recrutent les équipages dans des pays de misère et les passagers chez les pensionnés moyens et modestes de nos pays occidentaux. Machinistes philippins et soutiers péruviens trouvent dans cet exil maritime le Smic qui nourrit leurs familles. Pour les clients, le marketing invente, vante et vend à tarifs dégriffés un modèle de retraite heureuse et réussie qui les entraîne dans une course effrénée vers le soleil, les spas, les dîners de gala en toute saison. Comme s’il fallait compenser des années de labeur par une orgie de loisirs, goûter à une illusion de luxe servie dans des couverts en argent et poursuivre des rêves inaccessibles au temps de la jeunesse. Faut-il enfin s’étonner et s’offusquer de cette panique « Titaniesque », de ce capitaine qui abandonne le navire six heures avant le dernier passager ? Quand ça va bien, notre société fonctionne au chacun pour soi. Alors quand ça tangue…

Tel le Titanic et ses chaloupes réservées aux premières classes en 1912, ce bateau sur le flanc en 2012 ressemble furieusement à son époque. Ce n’est pas pour autant que ce naufrage nous fera remettre les pieds sur terre.

Voyelles impies

Cette semaine où la France va apprendre à vivre sans le triple A commence mal. Les politiques butent décidément sur cette première lettre de l’alphabet qui fait bégayer leurs discours. Le président de la République n’a même pas osé prononcer la voyelle impie et encore moins la répéter trois fois par crainte qu’elle n’évoque son propre reniement à l’égard de canons économiques et politiques qu’il avait lui-même formulés. Le chef de l’État a préféré décliner les rassurantes consonnes du c de « courage » et du v de « volonté » pour conjurer le mauvais sort lancé par Standard and Poor’s. Face à une dégradation qui n’est en rien une surprise, il a préféré une incantation supplémentaire. Il faut agir vite, préconise-t-il, pour annoncer aussitôt qu’il… parlera au pays à la fin du mois. Parler pour annoncer qu’on parlera, donc. On était en droit d’attendre plus de réactivité après le non-événement si prévisible de vendredi soir.

Est-ce la torpeur du premier dimanche froid de l’hiver ? De son côté, le Premier ministre a semblé, lui aussi, avoir du retard à l’allumage. Curieuse stéréo des moteurs du pouvoir. Au moment même où on pouvait feuilleter le JDD dans lequel le chef du gouvernement excluait tout nouveau cran supplémentaire au plan de rigueur, Nicolas Sarkozy suggérait à Amboise des efforts supplémentaires dictés par la crise. Entre les deux voix de l’exécutif, il faudra choisir celle qui délivrera la bonne version.

Que distinguer dans cette musique confuse ? Rien de précis pour le moment. Faute de mieux, François Fillon a renvoyé la grenade dégoupillée dans le camp adverse : « Que François Hollande soumette son projet à la notation ! ». Une défausse plutôt inspirée, bien que facile, tant le candidat du PS serait effectivement très embarrassé s’il devait mettre ses propositions, très floues, à l’épreuve des analystes financiers. Il préfère expliquer que « c’est une politique que l’on a dégradée », si pratique pour éviter les remises en question.

L’absence de programme des principaux présidentiables — rien avant la fin janvier, braves gens ! — est représentative d’une France championne d’Europe de l’attente. Cette discipline s’ajoute à la lenteur avec laquelle le pays a tardé à s’attaquer au déficit public. Aujourd’hui encore, ses élites continuent de conjuguer à merveille le « il faut laisser du temps au temps » mitterrandien qui permet au gouvernement d’aborder le sommet social de mercredi sur un mode impressionniste comme si une surprise salvatrice pouvait en émerger. Ni chiffres, ni lettres. Simplement un quitte ou double au casino de la crise.

La présidentielle en rase campagne

Il y a un mois, on le pressentait. C'est désormais sûr. La présidentielle sera placée sous le signe (et sous la chape ?) de la dégradation de la note de la dette française. Une donnée financière qui s'ajoute aux premiers effets concrets de la crise économique et des mesures de rigueur. Et le sommet social attendu cette semaine devrait encore renforcer cette thématique passablement anxiogène. Difficile alors de faire rêver en promettant d e « changer la vie », de « gagner plus » - quitte à travailler plus - ou tout autre engagement d'envergure. Une préservation de la situation actuelle serait déjà un bel exemple de volontarisme politique... D'autant qu'à ces pressions générales s'ajoutent des approches tactiques qui figent la campagne. À droite, cela sera le cas tant que Nicolas Sarkozy ne se sera pas déclaré officiellement candidat. Mais à gauche aussi, où François Hollande (de moins en moins candidat du PS, du moins de son programme) retarde le moment de dévoiler son projet afin de ne pas se faire piller ou pilonner par les snipers de l'UMP. Il en résulte assez logiquement une baisse des intentions de vote pour tous deux et une progression de François Bayrou, Marine Le Pen ou, à un degré moindre, Jean-Luc Mélenchon. Plus libres et plus clairs dans leur expression. Ce resserrement fait même apparaître un quatuor de candidats potentiellement envisageables au second tour - un cas inédit sous la Ve République ! Pas de quoi changer, encore, les tendances de fond. Mais si ce flou, correspondant aux incertitudes de l'électorat, se maintient, il se peut qu'il n'y ait pas qu'en Italie que les gros paquebots se mettent à chavirer.

Présidentielle 2012 : Sarkozy peut-il encore gagner ?

Coup de tonnerre politique, la perte du "triple A" sonne-t-elle le glas des chances de réélection de Sarkozy? Acculé, le président sortant est désormais prêt à tout oser.

À 100 jours de la présidentielle, le coup est rude pour Nicolas Sarkozy. Impopulaire, toujours devancé dans les sondages par son rival François Hollande, contraint d'assumer une augmentation des impôts et une explosion du chômage, sa réélection paraissait déjà bien compromise. Le voilà désormais brutalement placé face à son échec: après s'être battu pendant des mois pour conserver le « triple A » de la France, il a vu celui-ci s'envoler un vendredi 13 et avec lui, « le mythe du président protecteur », comme l'a cruellement souligné Marine Le Pen. « C'est une politique qui a été dégradée, pas la France », a renchéri le candidat PS François Hollande.
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Ce vendredi noir a-t-il été celui du coup de grâce pour sa réélection? Dans un sondage LH2/Yahoo dévoilé dimanche soir, Sarkozy semble en tout cas marquer le pas. Dans cette étude réalisée au moment de l'annonce de la dégradation de la note française, il perd 2,5 points d'intentions de vote au premier tour à 23,5%, loin derrière François Hollande (30%, -1,5 point). Seule Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon semblent tirer profit de la nouvelle: la présidente du FN progresse de 3,5 points en un mois pour atteindre 17% d'intentions de vote quand le patron du Front de gauche atteint 8,5% (+2 points). François Bayrou, lui, reste stable à 14% (+1 point).

La stratégie du kamikaze

Après avoir comblé petit à petit son retard sur Hollande ces dernières semaines, le chef de l'Etat va-t-il à nouveau plonger dans les sondages, et voir resurgir le spectre d'une élimination dès le premier tour par Marine Le Pen? En tout cas, jamais président sortant n'aura été en position aussi  défavorable à trois mois du premier tour. Pour l'emporter le 6 mai prochain, il faudrait qu'il mette fin à la malédiction du chômage, toujours fatal aux gouvernements sortants quand l’emploi s’effondre, et qu'il devienne le premier président réélu hors cohabitation. Il faudrait aussi qu'il parvienne à garder son poste dans une Europe où les sortants sont balayés à chaque élection. Le défi paraît impossible à relever et.... « ça l'excite », sourit un visiteur du soir. « Il se dit "personne ne l'a jamais fait. Alors si je le fais..." ».
Pour y parvenir, Sarkozy a opté pour la stratégie du kamikaze : tout oser, même les mesures les plus impopulaires. Pour faire oublier son bilan, et avec l'espoir, ténu, que les Français préféreront finalement un président réformateur à un Hollande « dilué, rondouillard, radical-socialiste et peu adapté à la période », selon l'expression d'un ministre. « Sarkozy est condamné à prendre tous les risques dans cette élection », confirme un membre du gouvernement. « Il estime qu'il n'a rien à perdre, et c'est une vraie force », assure un autre. « Sur beaucoup de sujets, il va décoiffer », prévient un visiteur régulier.
La contre-attaque devrait débuter mercredi avec le « sommet de crise » convoqué à l'Elysée avec les représentants des syndicats et du patronat. « Je dirai la vérité aux partenaires sociaux », a averti dimanche le chef de l'Etat. TVA sociale et enterrement définitif des 35 heures : les dossiers sur la table sont des sujets qui fâchent. Sarkozy ira ensuite les « vendre » lui-même aux Français « à la fin du mois ».

« Pousser Hollande dans les cordes... »

À entendre François Fillon, la hausse annoncée de la TVA sur les produits importés ne devrait pas s'accompagner d'un coup de pouce sur les fiches de paie des Français, au risque d'amputer encore davantage leur pouvoir d'achat. « Notre responsabilité, c'est de baisser le coût du travail pour mettre un coup d'arrêt aux délocalisations, a plaidé le Premier ministre dans le Journal du Dimanche. C'est la bonne santé de l'économie et donc de nos entreprises qui permettra d'augmenter les salaires ». « S'il n'y a pas un geste qui est fait sur les cotisations des salariés, je ne sais pas expliquer cette mesure », s'inquiète pourtant un ministre, à l'image de beaucoup de parlementaires UMP.
Pour pousser ces réformes et installer l'image d'un président aux manettes jusqu'au bout, Sarkozy devrait aussi bousculer les usages en prolongeant la session parlementaire au-delà de la fin février, campagne présidentielle ou pas. Lui-même devrait entrer dans la bataille le plus tard possible, la seule véritable date butoir étant le 16 mars, date limite pour le dépôt des 500 parrainages au Conseil constitutionnel. « Six semaines de campagne, ça suffit largement », assure un ministre.
D'ici là, les troupes UMP sont chargées de pousser le candidat PS François Hollande dans ses retranchements. Il s'agit de l'empêcher de mener « une campagne à la Rajoy (le nouveau chef du gouvernement espagnol, tombeur du socialiste Zapatero en novembre, NDLR) : "je ne dis rien et je passe en surfant sur le rejet du pouvoir et la crise" », décrypte un ministre. « Le travail de la cellule riposte, c'est d'obliger Hollande à sortir du bois, de le pousser dans les cordes pour qu'il mette les choses sur la table ». En attendant la faute.
Paradoxalement, « la crise est à la fois une faiblesse et un atout pour Sarkozy », souligne un de ses conseillers. Certes, elle pourrait bien le faire tomber. Mais « s'il n'y avait pas la crise, il serait déjà battu ».

Quand les "hedge funds" jouent contre le sauvetage de la Grèce

L'accord sur la Grèce au sommet du 27 octobre ne pouvait aboutir que si les créanciers privés jouaient le jeu. Or, voilà que des petits "hedge funds" opportunistes, et quelques gros investisseurs américains, se sont engouffrés dans le désordre ambiant pour mettre en œuvre une habile stratégie.

« Quand les titres s'échangeaient à 40 % de leur valeur, ils ont acheté des titres à échéances très courtes, remboursables en 2012, explique Olivier Kintgen, associé du fonds de fonds Eraam. Dans le même temps, ils se sont couverts en achetant des assurances contre le risque de défaut, des CDS sur les titres souverains grecs. » S'ils sont ainsi devenus des créanciers privés de la Grèce, cela ne signifie pas pour autant qu'ils entendent apporter leurs titres à l'échange comme le prévoit l'accord. Car ils font le pari suivant : soit la Grèce obtient des liquidités lors de l'échange avec les créanciers privés, sur la base de l'accord qui permettra d'éviter le défaut, et elle sera en mesure de rembourser au pair toutes ses obligations à échéance 2012. Auquel cas, sans apporter leurs titres à l'échange, les hedge doubleraient leur mise, en un temps très court. C'est pour eux la meilleure option. Si l'accord ne se conclut pas avec les banques, ou se fait avec une décote telle - de plus de 50 % - que le défaut sera constaté par l'Isda, alors les fonds spéculatifs exerceront les CDS, et en principe toucheront l'assurance. Dans ce cas aussi, ils seront gagnants, même s'ils perdent sur les titres. Scandaleux ? Il n'y a rien là que de très légal à tout cela. Immoral ? Peut-être, car ils ne sont devenus créanciers de la Grèce que pour profiter d'une situation de détresse. La situation grecque se distingue d'ailleurs de celle de l'Irlande, où, faute d'avoir pu se couvrir, certains hedge funds avaient fait de très grosses pertes. Pour autant, ce n'est pas une opération totalement sans risque. Primo, l'exercice des CDS sur des souverains en Europe constitue une première. Comment cela se passera-t-il ? Secundo, cela ne « marchera » que s'il n'y a pas de décalage de trésorerie. Pour les hedge, il faut soit que les banques apportent très vite leurs titres à l'échange, soit que le défaut soit effectivement constaté. Si l'entre-deux durait trop, l'issue pourrait être moins riante.

Changer ses seins pour une meilleure image de soi

Annick, 44 ans, a subi une intervention mammaire à 22 ans. "Je n'avais absolument pas de poitrine, et j'étais très complexée depuis l'âge de 14 ans. Ce n'était pas facile à vivre, surtout quand vos copines portent toutes des soutiens-gorge", explique-t-elle. Elle camouflait son absence de seins comme elle pouvait, portait des vêtements amples. Elle s'était même laissé pousser les cheveux très longs. "Je n'ai pas fait cette opération pour ressembler à une bimbo, au contraire, je l'ai faite pour passer inaperçue. A toutes les personnes qui pensent que cette opération est superflue, je leur dis que c'est une énorme erreur."

Quelles sont les motivations des femmes qui recourent à la chirurgie mammaire à visée esthétique ? Les réactions hostiles aux poses d'implants (en dehors de la chirurgie reconstructrice) après l'affaire PIP ont véhiculé l'image caricaturale de bimbos siliconées, souvent trompeuse. Jean-Claude Dardour, chirurgien plasticien, qualifie à "99 %" les demandes "saines". Elles se répartissent principalement entre trois groupes : les femmes qui ont une très forte poitrine et recourent à une réduction mammaire, celles qui se font poser des implants mammaires, soit qu'elles n'aient pas ou peu de seins, soit que leur poitrine soit abîmée, et "vidée" par des grossesses ou par l'âge. Les patientes les décrivent alors comme " des gants de toilette" anti-érotiques.
Les normes esthétiques ont changé, et la mode est aux poitrines généreuses. L'image fantasmée de gros seins s'est formée auprès de GI américains pendant la seconde guerre mondiale, avec pour égérie Jane Russell. Plus tard, des séries télévisées comme "Alerte à Malibu", diffusée à partir de 1989 aux Etats-Unis, avec l'actrice Pamela Anderson, puis les magazines people, ont mis à la mode le 90D. Du moins outre-Atlantique.
"Au début de la chirurgie esthétique, les clientes étaient des femmes autour de la trentaine, qui venaient avec leur mari car leur poitrine avait perdu du volume et s'était affaissée après un ou deux enfants, explique le docteur Julien Glicenstein, ancien président de la Société française de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (Sofcpre), puis, sous l'influence des séries télévisées, des magazines, des femmes de plus en plus jeunes avec des petites poitrines ont fait des demandes."
Parfois, ce n'est pas une réussite, dans ce cas, c'est plutôt deux flancs à la vanille dans un réfrigérateur en panne.
La taille des prothèses a également augmenté en trente ans, même si elles n'atteignent pas les mensurations demandées aux Etats-Unis ou en Amérique latine. Le plus souvent, ce sont des demandes "raisonnables" (bonnets B ou C), assurent les chirurgiens plasticiens. Comme Hannane, qui était gênée par ses petits seins. "On m'appelait souvent Olive, la femme de Popeye. Après plusieurs années de réflexion, j'ai franchi le pas. Je voulais rééquilibrer mon corps, mais je ne voulais pas de trop gros seins, juste me sentir plus féminine." Opérée en 2008, cette jeune femme de 34 ans se dit très satisfaite.
Toutefois, certaines femmes ont des demandes que les chirurgiens jugent exagérées. A l'instar de Stéphanie, opérée à 22 ans. Pas vraiment complexée par "ses petits seins", elle considère que "les belles femmes ont des formes". Elle a bataillé avec son chirurgien pour obtenir des implants plus gros que ceux qu'il lui conseillait, compte tenu de sa morphologie. Elle est passée d'un soutien-gorge de bonnet A à un bonnet D. Mais, même après son intervention, elle trouvait encore ses seins "pas assez gros". Au final, onze ans après l'intervention, Stéphanie est satisfaite. "Je me sens plus féminine et j'ai une meilleure estime de moi. La seule chose négative est que j'ai perdu toute sensibilité au niveau des seins", ajoute-t-elle.
Un inconvénient qui survient fréquemment. Mais, pour "la majorité des femmes, le plaisir d'être vue est plus important que la caresse", considère le professeur Maurice Mimoun, chef de service de chirurgie plastique reconstructrice à l'hôpital Saint-Louis, à Paris.
"Le sein est le symbole de la féminité. Il a une valeur érotique, de séduction. Et, dans l'imaginaire masculin, le fantasme est dans les formes. Pas mal de demandes de chirurgie esthétique viennent du conjoint", explique Françoise Millet-Bartoli, psychiatre, psychothérapeute, auteure de La Beauté sur mesure (éd. Odile Jacob, 2008). Toutefois, quand la demande ne vient pas de la femme mais de son conjoint, elle risque de mal vivre son opération.
Le recours à la chirurgie esthétique masque parfois une fragilité narcissique. "Si les parents, et notamment la mère, ont été suffisamment rassurants dans l'enfance, les particularités ou défauts physiques seront mieux acceptés. La représentation que l'on se fait de son corps est extrêmement liée à l'estime de soi", estime la psychiatre.
Pour Hélène Parat, psychanalyste, auteure de Sein de femme, sein de mère (PUF, 2011), bien des femmes ne sont pas contentes de leur poitrine. "Les demandes de chirurgie esthétique sont la partie émergée de l'iceberg. Le sein symbolise un idéal. Il est un support de projection qui cristallise toutes les déceptions." Selon la psychanalyste, les motivations inconscientes d'une femme qui recourt à ce type de chirurgie sont éminemment liées à son histoire infantile, à son rapport à la mère, qui a forgé sa féminité.
L'image du corps est en effet souvent très subjective, le corps anatomique étant en décalage avec le corps imaginaire. Il peut y avoir un risque d'insatisfaction permanente, de déception, tant est surinvestie l'attente de réparation psychique. Parfois, les demandes de chirurgie mammaire interviennent après une rupture affective ou un événement déstabilisant. "Le problème se focalise sur un défaut, mais ce que cherche la personne, c'est une réassurance permanente", ajoute Mme Millet-Bartoli.
Le psychiatre Michel Godefroy a passé trente-cinq ans dans le service de chirurgie plastique de l'hôpital Saint-Antoine, à Paris. Désormais installé en libéral, il reçoit des patientes adressées par des chirurgiens plasticiens. Comme cette grande et belle femme au corps harmonieux qui voulait être opérée pour avoir les seins de l'actrice Brigitte Nielsen. "Parfois, les femmes viennent avec des photos de stars, elles veulent se mettent en conformité avec l'image de la femme idéale", explique-t-il. Certaines tombent dans l'engrenage de la réparation esthétique. Et trouvent toujours des chirurgiens peu regardants pour accéder à leurs fantasmes.

Il est étonnant qu'on s'étonne


On s'y attendait, mais on joue les étonnés. On feint la surprise et on est surpris à la fois. On savait la sanction inéluctable, mais on se scandalise quand même.


Les plus belliqueux appellent à la résistance les plus indignés s'étranglent de colère le gouvernement ne veut pas crier trop fort pour ne pas montrer qu'il a mal l'opposition récupère l'événement pour dénoncer l'impéritie dans le camp d'en face.


Chacun réagit sur son registre habituel et en fonction de ses intérêts à la dégradation de la France par Standard and Poor's. Chacun était prêt.


C'est un drôle d'événement qui vient de se produire, comme on parle de la « drôle de guerre ». C'est un événement et un non-événement à la fois.


On s'attendait à cette décision d'une ou de plusieurs agences de notation de rétrograder, avec d'autres, notre pays dans la hiérarchie économique et financière des États. Les marchés, qui aiment anticiper, ne traitaient déjà pas de la même façon la France et l'Allemagne quand il s'agissait de leur prêter.


Pourtant... Ouvertures de journaux télévisés, flashs radio, unes des journaux, alertes sur les téléphones mobiles... On a sonné le tocsin partout avant même l'annonce officielle de la décision. Conséquences économiques, retombées sur le pouvoir d'achat, effets sur le chômage, influence sur la cote des candidats, tout y passe. On s'y attendait, mais on joue les étonnés. On feint la surprise et on est surpris à la fois. On savait la sanction inéluctable, mais on se scandalise quand même.


C'est la manifestation d'un vaste et massif déni de réalité. On se souvient du Premier ministre actuel laissant échapper, un été en Corse, qu'il était aux commandes d'un État en faillite ou du président de la République lâchant, lors d'une de ses rares conférences de presse, que les caisses de l'État sont vides pour justifier qu'il ne puisse faire grand-chose en faveur du pouvoir d'achat.


On entend des candidats actuels promettre des dépenses et encore des dépenses, sans être sûrs de pouvoir faire repartir la production et l'investissement en France.


Les mêmes, qui savent que nous sommes en déficit avec une magnifique régularité depuis 1974, qui sont parfaitement conscients que notre croissance est en panne depuis longtemps et pour sans doute quelques années encore, qui constatent le trou s'approfondissant entre l'Allemagne et nous dans les performances industrielles et commerciales, et l'écart croissant des taux d'intérêts consentis aux deux pays, ces mêmes responsables politiques de haut niveau s'étonnent qu'une agence de notation en tire les conséquences.


C'est
étonnant.

La Grèce peut se reconstruire (Merkel)

La Grèce a la capacité de reconstruire son économie par des réformes structurelles en dépit des mesures d'austérité qu'elle a eu à subir, a estimé dimanche la chancelière allemande Angela Merkel dans une interview radio.

Mme Merkel a déclaré sur Deutschlandfunk que la seule réduction des dépenses n'était pas suffisante et qu'il fallait des réformes structurelles, même si elles mettaient du temps à porter leurs fruits et devaient être mises en oeuvre dans la douleur.

Il y a de nombreux exemples dans le monde "où lorsque le FMI a lancé des programmes similaires, des phases de très forte croissance sont apparues, après une période de récession", selon Mme Merkel. "Des progrès ont été faits en Grèce", a-t-elle ajouté.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, était attendu dimanche en Grèce pour porter "un message d'encouragement et d'espoir" à l'aube d'une semaine cruciale pour le pays couvert de dettes, selon un porte-parole du ministère.

Les responsables de la "troika" (zone euro, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) doivent retourner à Athènes mardi afin de faire le point sur les efforts conduits par la Grèce en termes de réduction des déficits et d'engagement des réformes structurelles.

Mme Merkel a affirmé que l'objectif était de réduire la dette de la Grèce à 120% de son PIB à l'horizon 2020, au lieu de plus de 160% du PIB actuellement. "Rien qu'en prenant conscience de cet horizon, on réalise combien le problème est grave", a souligné la chancelière.

Les banques ont annoncé vendredi qu'elles suspendaient leurs négociations avec Athènes sur les modalités de la restructuration de la dette publique de la Grèce, accroissant le risque de faillite.

Un rapport positif de la "troika" ainsi qu'un accord sur la restructuration de la dette conditionnent la mise en place d'un deuxième plan d'aide de 130 milliards d'euros par les créanciers internationaux de la Grèce, UE et FMI.

Standard & Poor's : la rigueur serait une erreur de diagnostic

Une erreur de diagnostic! C'est, selon Standard & Poor's, ce qui serait en train de précipiter l'euro dans le gouffre. «Le diagnostic établi par les dirigeants de la zone euro ne reconnaît que très partiellement les véritables causes de l'origine de la crise», explique Moritz Kraemer, directeur du département notation souveraine européenne de S&P. Et cette erreur de diagnostic conduit les dirigeants européens à répondre, sommet après sommet, de façon incomplète aux problèmes qui touchent la zone euro.

Les Européens sont en effet convaincus que «cette crise provient essentiellement des déficits budgétaires excessifs accumulés par les États périphériques». Ce qui les amène à privilégier les mesures de rigueur. Erreur, estime S&P, à rebours du discours classique des agences de notation: «Un processus de réformes basé sur le seul pilier de l'austérité budgétaire risque d'aller à l'encontre du but recherche.» Les plans d'austérité créent de l'inquiétude chez les citoyens: ces derniers consomment moins, entraînant le ralentissement de l'économie et réduisant, in fine, les recettes fiscales de l'État. Ce cercle vicieux est celui dans lequel sont plongés l'Espagne, la Grèce et le Portugal, menacés d'une rechute en récession pour cause d'austérité ­excessive.

Des divergences croissantes en matière de compétitivité

Poursuivant son raisonnement, Standard & Poor's en vient même à estimer qu'une règle d'or européenne, limitant constitutionnellement les déficits, n'est pas la panacée. «Même s'il y avait eu une règle d'or budgétaire auparavant dans les pays de la zone euro, rien ne dit que la crise aurait été évitée», explique Moritz Kraemer. «Pour preuve, avant 2007, les Allemands affichaient un déficit budgétaire record, alors que les Espagnols étaient à l'équilibre.» Or, au final, c'est Madrid qui est aujourd'hui sanctionné par les marchés et non Berlin.
Pour S&P, les vraies raisons de la crise viennent «de divergences croissantes en matière de compétitivité entre les pays du noyau dur de la zone et les pays dits périphériques». Autrement dit, si les pays périphériques n'arrivent pas à s'en sortir, ce n'est pas tant à cause du niveau trop élevé de leur dette que de leur incapacité à générer une croissance solide.

Un jugement très sévère

C'est l'un des vieux dadas de cette agence qui accorde autant d'importance aux classiques déficits publics qu'à ceux de la balance des paiements. Cette balance traduit la différence entre l'ensemble des flux sortants et entrants d'un pays (investissements, biens et services). Elle constitue un excellent indicateur de la compétitivité d'un pays. De fait, les pays les plus sévèrement dégradés par S&P depuis trois ans sont ceux ayant la balance des paiements la plus déficitaire. C'est précisément aussi l'une des raisons de l'abaissement de la note de la République française. Largement excédentaire jusqu'en 2004, cette balance des paiements est désormais lourdement en perte, traduisant la perte de compétitivité de notre économie.
Factuellement exact, le jugement ­global de S&P n'en est pas moins très sévère. «La réforme 6 pack, adoptée par Bruxelles l'année dernière, contient un volet obligeant les pays à proposer, chaque année, des réformes structurelles pour améliorer leur compétitivité», ­rappelle Laurence Boone, chef économiste Europe de Bofa Merrill Lynch. Simplement, ces réformes mettront plusieurs années à produire leurs effets. Probablement trop long aux yeux des agences.

dimanche 15 janvier 2012

L'art russe de la photo truquée

La photographie était censée discréditer Alexeï Navalny, une figure de l'opposition à Vladimir Poutine : parue dans une édition régionale de l'hebdomadaire Arguments et faits, elle montre l'opposant au côté de Boris Berezovski, le célèbre hommes d'affaires honni par les autorités russes. Les deux hommes rient de bon coeur, comme des amis de trente ans saisis dans un moment de complicité. Le journal a été distribué le 7 janvier dans la ville d'Ekaterinbourg, en Oural, par des jeunes revêtus d'un tablier bleu à la gloire de Vladimir Poutine. La légende de l'image précisait : "Alexeï Navalny n'a jamais caché que l'oligarque Boris Berezovski finance sa lutte contre Poutine."

Voilà qui aurait sans doute embarrassé Alexeï Navalny, un avocat de 35 ans qui dénonce sans relâche les mensonges et l'impunité des oligarques russes sur le site anticorruption qu'il a créé en 2010, Rospil. A ceci près que cette photo est un grossier montage, qu'Alexeï Navalny s'est fait un plaisir de démonter sur son blog : "Ces pratiques finissent par élargir le cercle de ceux qui savent que Poutine et son équipe sont des escrocs et des arnaqueurs."
Alexeï Navalny est la "sensation politique des deux dernières années" en Russie, affirme son biographe, Konstantin Voronkov. Orthodoxe pratiquant, ce nationaliste s'est fait connaître en dénonçant, sur son site, les détournements financiers de la banque VTB, détenue à 85 % par l'Etat, ou de Trasneft, le détenteur du monopole des oléoducs. En décembre 2011, il était au premier rang des défilés contre la fraude électorale aux législatives. "Je suis un hamster du Net et je vais ronger les gorges de ces salauds !" clamait-il. Cette audace lui a valu de passer quinze jours en prison. A sa sortie, il s'est empressé de rejoindre à nouveau les manifestants. "Je suis un petit moustique dont les piqûres font mal", aime-t-il dire.
Sur la vraie photo, Alexeï Navalny ne côtoie pas Boris Berezovski mais Mikhaïl Prokhorov, troisième fortune de Russie et candidat à la présidentielle de mars 2012. Le document a été pris le 25 mai 2011 à la radio Echo de Moscou : Prokhorov et Navalny s'étaient croisés dans un couloir, et un photographe qui passait par là leur avait proposé un portrait. Alexeï Navalny avait accepté à condition, avait-il plaisanté, que la photo donne l'impression qu'il était plus grand que Prokhorov, un gaillard de plus de deux mètres de haut. Plusieurs prises de vue ont été faites, le photographe les a envoyées par mail à Navalny, mais aucune n'a finalement été publiée.
Comment les auteurs du photomontage ont-ils pu retrouver cette image ? En janvier 2011, la boîte mail de l'avocat a été piratée, et sa correspondance privée ainsi que celle de sa femme ont été publiées sur le Net. Quelques mois plus tard, la photo a donc sans doute été volée dans la boîte mail d'Alexeï Navalny. Des pratiques de piratage informatique qui semblent monnaie courante en Russie : lorsque Alexeï Navalny avait lancé un appel aux dons afin de financer son site anticorruption, le FSB (les services de sécurité russes) avait demandé à Yandex Diengui, société qui gère une application de paiement en ligne, de lui fournir les noms et les adresses IP de tous les contributeurs.
Dès que le montage avec Berezovski a été diffusé, Alexeï Iouchtchenko, l'auteur du cliché original, a dénoncé sur son blog la falsification en publiant la vraie photo ainsi que plusieurs autres prises au même moment. Les internautes s'en sont alors donné à coeur joie, inventant des images détournées où Alexeï Navalny figure aux côtés de Staline, Arnold Schwarzenegger, un alien ou Voldemort, le seigneur des ténèbres qui poursuit Harry Potter de sa vindicte. Le tout agrémenté de légendes précisant que M. Navalny "n'a jamais caché que les aliens finançaient sa lutte contre Poutine".
Ces pratiques de photomontage rappellent les heures les plus sombres du stalinisme, une période analysée en profondeur par David King dans son livre The Commissar Vanishes (Canongate Books, Londres, 1997). A l'époque, les retouches permettaient de réécrire l'histoire en magnifiant le rôle de Staline lors des premières années de la révolution. Grâce à ces photomontages, le "Petit Père des peuples" devenait le premier compagnon de Lénine : il s'invitait dans tous les épisodes de la révolution de 1917, y compris le retour d'exil de Lénine à Petrograd.
Le photomontage permettait également de supprimer de l'imagerie officielle du régime les responsables politiques tombés en disgrâce. Les "ennemis du peuple" - Trotski, Boukharine ou Zinoviev - disparaissaient ainsi mystérieusement des photos prises lors du défilé du 1er Mai ou de l'anniversaire de la révolution d'Octobre. Une célèbre photo réalisée en mars 1919, au 8e congrès du Parti communiste, montre Staline seul avec Lénine et Kalinine. Sur le cliché d'origine, vingt personnes les entouraient : onze ont été fusillées, trois se sont suicidées.
L'affaire Navalny illustre une autre pratique du trucage photo, fort répandue : non plus éliminer mais discréditer. Si les montages sont monnaie courante, les supercheries sont cependant vite dévoilées sur le Web, créant un effet boomerang. Ce qu'a bien compris Alexeï Navalny : "Les nouvelles technologies et la société de l'information contemporaine constituent des barrières pour ces approches primitives (de photomontage), a-t-il déclaré au New York Times. Vous publiez quelque chose dans un journal régional, et en une heure c'est sur Internet. Très rapidement, la vraie photo est retrouvée."

Sarkozy calls for courage, calm in face of crisis

French President Nicolas Sarkozy says France must have the courage and calmness to make difficult decisions to overcome the financial crisis, in his first public appearance since the country's credit rating was downgraded.
But Sarkozy avoided any mention Sunday of the loss of France's prized AAA rating in a Standard & Poor's review two days earlier.
Instead he issued a rallying call, saying that a united France committed to reform would make it through.
France chooses a new president this spring, and Sarkozy was already behind in the polls before the downgrade.
The loss of the AAA rating was a severe blow to France's self-image and is expected to hurt Sarkozy's standing even further.

S&P : l'Allemagne peut être impactée par les dégradations

Berlin croit au prochain rétablissement des pays dégradés. L'Allemagne conserve son AAA mais pourrait avoir à payer plus dans le cadre du fonds de sauvetage européen. Ce qui pourrait finir par menacer sa note.

De notre correspondant à Berlin.
Berlin a réagi avec sang froid à la décision de Standard & Poor's d'abaisser la note de 9 pays de la zone euro. L'Allemagne, seul pays de l'eurozone à avoir conservé à la fois son AAA et sa perspective stable, dit ne pas avoir été totalement surprise par cette nouvelle, montrant ainsi qu'elle y était préparée et qu'elle ne cède pas à la panique. La première économie européenne a aussi affiché sa solidarité avec la France, son principal partenaire. Cependant, certains députés de la majorité de centre-droit au pouvoir redoutent une augmentation de la facture du sauvetage de la zone euro pour leurs contribuables.
«La France est sur la bonne voie», a ainsi jugé le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, ajoutant qu'il ne fallait pas «surestimer» le rôle des agences de notation. Schäuble a avoué «ne pas être complètement surpris» par l'abaissement des notes dans la zone euro. Il a souligné que seule Standard & Poor's avait dégradé la France, alors que les deux autres grandes agences internationales d'évaluation financière, Moody's et Fitch, attribuent toujours, pour l'instant, un «triple A» à la France.

«Nous sommes ensemble sur la bonne voie»

Véritable pilier du gouvernement d'Angela Merkel, le ministre des Finances n'a pas exclu que la décision de Standard & Poor's sur la France puisse avoir un impact en l'Allemagne. «Je crois que nous sommes tous étroitement liés les uns aux autres. Pour cette raison, cela ne nous laisse pas indifférents», a-t-il dit. «Nous savons qu'il y a une incertitude vis-à-vis de la zone euro, a ajouté Wolfgang Schäuble. Nous devons tous ensemble tenir les règles, renforcer la compétitivité, nous le faisons tous ensemble». Il a rappelé les développements positifs dans la zone euro au cours de cette semaine, notamment les placements réussis de dette souveraine italienne et espagnole, et a insisté: «Nous sommes ensemble sur la bonne voie».
A l'instar de son ministre des Finances, la chancelière allemande s'est efforcée de relativiser l'importance de la décision de S&P. «Je souligne qu'il ne s'agit que des décisions d'une agence parmi trois, a-t-elle dit. La décision ne nous a pas totalement surpris après les discussions des dernières semaines». Angela Merkel estime néanmoins que la dégradation de neuf pays de la zone euro par l'agence de notation montre qu'il reste «encore un long chemin avant que la confiance des investisseurs soit rétablie». «Il est cependant aussi visible que nous sommes engagés de façon décidée sur ce chemin d'une monnaie stable, de finances solides et d'une croissance durable», a-t-elle ajouté.
Outre-Rhin, la nouvelle a aussi été accueillie avec sang froid par les milieux économiques. «C'est un coup dur pour les efforts de sauvetage dans la crise de la dette, mais ce n'est pas dramatique. Les rumeurs couraient sur les marchés depuis un certain temps et ce n'est pas une surprise», affirme Marco Bargel, chef économiste de la Postbank. «C'est la solvabilité de l'Italie et de l'Espagne qui sont mises en cause et non celle de la France, ajoute Jörg Kramer, chef économiste de la Commerzbank. C'est pourquoi le refinancement de ces deux pays est décisif». Jörg Kramer estime que les conséquences ne seront pas dramatiques pour la France et de citer en exemple les cas du Japon, qui a perdu son AAA depuis longtemps, et des USA qui «s'accommodent très bien» de leur AA.

L'Allemagne craint un impact pour son propre AAA

Cependant, les députés de la majorité de la chancelière s'inquiètent des conséquences pour l'Allemagne de cette vague de dégradations par Standard & Poor's. Les pays qui viennent d'être dégradés vont refinancer leurs propres dettes sur les marchés à des taux un peu moins bons. Dès lors, les moyens qu'ils peuvent consacrer à l'effort collectif pour abonder un fonds de sauvetage, destiné aux pays de la zone euro en grande difficulté, s'en trouveront réduits. En compensation, dans le cadre de la solidarité en zone euro, l'Allemagne pourrait donc avoir à contribuer davantage au financement de ce fonds. Du fait de cette probable charge financière supplémentaire, le député conservateur (CDU) Klaus Peter Willsch redoute que l'Allemagne perde à son tour son AAA et estime qu'il faut repenser la gestion de la crise de la dette. «Nous devons enfin cesser de soustraire totalement certains pays à leur responsabilité vis-à-vis des marchés en refinançant grâce à des mécanisme d'aide qui mutualisent la dette. Sinon l'Allemagne perdra elle aussi sa notation AAA et le sauveteur de la zone euro croulera lui-même sous le poids que lui fait porter la zone euro», prévient Willsch, membre de la Commission des Finances du Bundestag.
Frank Schäffler, responsable des questions financières du FDP, principal partenaire de coalition de la chancelière, met lui aussi en garde contre les conséquences de la dégradation pour le contribuables allemand. Il juge lui aussi que cette décision alourdira le fardeau de Berlin dans les efforts de sauvetage au sein de la zone euro, et avance même un chiffre: «L'Allemagne ne contribuera plus à 40% au AAA au Fonds européen de stabilité financière (FESF) mais devra porter sa contribution à près de 70%», estime-t-il. Pour Frank Schäffler, les garanties à hauteur de 211 milliards d'euros, votées par le Bundestag, ne suffiront plus. «Cela pèsera aussi à terme sur le AAA allemand», prévient-il. Angela Merkel peut s'attendre à faire face à des vives secousses au Bundestag.

Sarkozy parlera aux Français "à la fin du mois" sur des "décisions importantes"

"La crise peut être surmontée pourvu que nous ayons la volonté collective" et "la force de réformer notre pays", a lancé aujourd'hui Nicolas Sarkozy, ajoutant qu'il parlerait aux Français "à la fin du mois" pour leur annoncer les "décisions importantes qu'il nous faut prendre sans perdre de temps".

"Depuis 2008, on a traversé cette crise absolument sans précédent, peut-être depuis un siècle, j'ai choisi de dire la vérité aux Français sur la gravité de la crise. Je leur ai dit qu'il s'agissait d'une épreuve qu'il ne fallait ni sous-estimer, ni dramatiser à l'excès", a-t-il poursuivi.

«On ne répond pas à une crise de cette ampleur par l'agitation»

"On ne répond pas à une crise de cette ampleur par l'agitation, par l'emportement et par la polémique", a ajouté le président de la République dans ses premières déclarations publiques depuis la perte du triple A de la France, dégradée vendredi soir par Standard & Poor's qui a abaissé d'un cran la note de sa dette souveraine. Il n'a toutefois fait aucune allusion directe à cet abaissement.

Lors d'un discours à Amboise en Indre-et-Loire pour le centenaire de la naissance de l'ancien premier ministre Michel Debré, Nicolas Sarkozy a jugé que la crise est une "épreuve pour la France" qu'il ne faut "ni sous-estimer, ni dramatiser à l'excès".

Le président réunit mercredi à l'Elysée les partenaires sociaux pour un "sommet de crise" au cours duquel il doit proposer une série de réformes comme l'instauration d'une TVA sociale, des accords de modulation du temps de travail destinés à renforcer la compétitivité dans les entreprises qui sonneraient la mort définitive des 35 heures et une taxe sur les transactions financières.

La Grèce plus proche que jamais de la faillite

Les négociations avec les créanciers privés ont été suspendues, sur un constat d'échec.

Dans une zone euro stressée par la perspective d'une dégradation imminente des notes de plusieurs de ses membres par l'agence S&P, un autre signal alarmant est venu d'Athènes ce vendredi après-midi. Les négociations menées entre le gouvernement grec, le FMI, l'Union européenne et les créanciers privés d'Athènes ont été suspendues faute d'accord.
L'enjeu est crucial: il s'agit de chiffrer la restructuration de la dette grecque sur laquelle les banques, compagnies d'assurances et autres gestionnaires de fonds seraient prêts à s'engager volontairement.
En octobre, ces créanciers privés, représentés par l'International Institute of Finance (IIF), avaient accepté d'abandonner purement et simplement la moitié de leurs créances soit 103 milliards sur 206 milliards d'euros. Outre cet effort, ils s'engageaient à réinvestir 70% du solde en nouvelles obligations grecques à 30 ans. Mais à quel taux? C'est sur ce point que les négociations ont bloqué.
De source proche du dossier, les points de vue du gouvernement grec et de l'IIF semblaient pourtant converger autour d'un taux d'intérêt de 5%. Mais le FMI aurait fait preuve d'une grande intransigeance, en réclamant un taux de l'ordre de 2% seulement, inférieur à ce que l'Allemagne elle-même paie pour emprunter!
À un tel prix, la perte totale de valeur pour les créanciers serait telle qu'elle rend improbable leur participation volontaire. Or, sans participation volontaire, la restructuration devrait leur être imposée, et cela s'appelle une faillite.

Dégradation de la situation des finances publiques

Si le FMI s'arc-boute sur un effort maximum des créanciers, c'est de façon à réduire le plus possible la dette grecque. Car la dégradation de la situation des finances publiques ne permet plus d'assurer que celle-ci soit ramenée à 120% du PIB en 2020. Et au-delà de ce seuil, la dette n'est plus jugée «soutenable» et le FMI aura bien du mal à convaincre son conseil -et ses bailleurs de fonds non européens- qu'il ne prête pas à fonds perdus à la zone euro.
Les créanciers sont en privé convaincus que la trajectoire financière grecque n'est pas soutenable. Mais ils refusent d'être les seuls à fournir l'effort. La BCE, l'Union européenne et le FMI - qui détiennent plus de 100 milliards d'euros de dette grecque - ne sont en effet pas censés appliquer la décote demandée au secteur privé.
Les négociations pourraient reprendre dans quelques jours entre les différentes parties. Sans accord, c'est aussi le second plan d'aide à la Grèce, qui prévoit plus de 100 milliards de crédits supplémentaires de la part de la Troïka, qui tombe à l'eau.

Mauvaises nouvelles en cascade pour la zone euro

La dégradation de la note financière de neuf pays de la zone euro fragilise un peu plus le dispositif anti-crise péniblement élaboré, et complique la gouvernance de la zone.

Mauvaise nouvelle pour la France, la perte du AAA français l'est aussi pour la zone euro dans son ensemble. Elle met en péril les plans de sauvetage futurs, et complique la gouvernance économique d'une zone monétaire plus hétérogène que jamais.
La réaction de l'Allemagne, qui se garde de tout triomphalisme malgré le maintient de son AAA, en dit long sur l'inquiétude qui prévaut dans les capitales européennes. Neuf pays de la zone euro sur 17 ont été dégradés par S&P, et tous, à l'exception de l'Allemagne, sont affublés d'une perspective «négative». Trois Etats de la zone euro figurent dans la catégorie «spéculative»: le Portugal, la Grèce et Chypre. Leur probabilité de défaut est jugée sérieuse. Cette dégradation collective ne va pas rassurer les investisseurs, qui risquent, à moyen terme, d'imposer des taux d'intérêts plus élevés à tous les pays de la zone euro, y compris aux meilleurs d'entre eux. C'est l'effet domino.

Dégradation du FESF

Première victime collatérale: le Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui vient en aide à l'Irlande et au Portugal. Le FESF perdra son AAA dans les prochains jours, a prévenu S&P, sauf si l'Allemagne, la Finlande, les Pays-Bas et le Luxembourg augmentent leur participation… Une dégradation du FESF rendrait plus coûteux et plus aléatoire les sauvetages des maillons faibles de l'Euroland, et augmenterait le risque de faillites. D'autant que le successeur du FEFS, le Mécanisme européen de stabilité (MES), n'est pas encore en place. Pour éviter ce scénario catastrophe, la BCE devra étendre son rôle de pompier sur les marchés obligataires. Une décision souhaitée en particulier par les Américains.
Si elle renforce encore le poids de l'Allemagne en Europe, la décision de S&P sera lourde de conséquences pour les finances allemandes. La pilule est d'autant plus amère pour Berlin, que l'échec des négociations entre Athènes et les créanciers privés, vendredi soir, obligera les pays les mieux notés à accroître leur aide à la Grèce, sauf à accepter une faillite d'un Etat membre de la zone euro. En attendant, les pays de la zone euro qui peinent à exporter peuvent se consoler en regardant les cours de change. L'euro a baissé à 1,26 dollar, après la décision de S&P. Son plus bas niveau depuis août 2010.

Le vrai enjeu est européen

Oublions les tintamarres de campagne électorale à la Fillon-Hollande où est toujours vilipendé l’autre, pour le passé, le présent et l’avenir. Oublions aussi les cris d’orfraie des seconds couteaux prompts à accuser les agences de notation de toutes les turpitudes : casser le thermomètre n’a jamais guéri un malade. La dégradation de la note française, avec celle de huit autres États, ouvre deux débats économiquement bien plus sérieux : celui de l’opportunité des politiques de rigueur jusqu’à présent avancées comme seuls remèdes à la crise, et celui des égoïsmes nationaux destructeurs de l’euro et des économies européennes.
Ainsi, dans son analyse sur la France et la zone euro, Standard § Poor’s (pourtant pas une officine d’extrême gauche...) constate qu’un «paquet de réformes ne reposant que sur le seul pilier de l’austérité budgétaire risque de devenir auto-destructeur». Car manquent de vraies initiatives de croissance, capables de ressusciter le dynamisme jusqu’à une relance. Manque surtout une volonté européenne crédible puisque, toujours selon S§P, «l’efficacité, la stabilité et la visibilité des politiques et des institutions européennes n’ont pas été aussi fermes que... nécessaires». S’ajoute une pique adressée à l’Allemagne: S§P révèle que les difficultés actuelles de l’Euroland ont également pour origine « des déséquilibres extérieurs croissants, des divergences dans la compétitivité entre le noyau de la zone euro et sa périphérie». Plus clairement, cela signifie que les champions de l’exportation intra-européenne (l’Allemagne en premier lieu) ont su profiter de toutes les demandes de leurs partenaires pour ensuite leur reprocher de s’endetter à outrance.. et de les punir.
Certes, les considérations des agences de notation ne sont pas paroles d’Évangile. Mais elles traduisent parfaitement, de Washington à Pékin, tout le mal pensé des incapacités européennes, en commençant par la paralysie des dirigeants politiques enferrés dans des schémas passéistes. Car cela saute aux yeux: conserver une monnaie unique signifiera adopter une politique commune, économique, fiscale, budgétaire, sociale à compléter par une «vraie» banque centrale européenne, donc une gouvernance fédérale, forcément solidaire. Mais qui le veut vraiment ? Personne.
Alors, en attendant, les Européens feront comme d’habitude. En bricolant de sommet en sommet des compromis boiteux, alliances de circonstances comprises – pourquoi pas demain Paris et Rome contre Berlin ? – dans l’espoir de retarder les échéances fatales: la fin de l’euro, faute de solidarité européenne, peut-être aussi la fin de l’Union européenne sous sa forme actuelle. Faut-il le dire ?

A quoi ressemble la vie après la perte de la note AAA ?

La France a perdu sa note financière AAA, la meilleure possible, désormais abaissée d'un cran, à AA+, avec perspective négative, a confirmé, vendredi 13 janvier au soir, l'agence d'évaluation Standard & Poor's. Avec quelles conséquences .

  • Depuis quand la France affichait-elle un AAA ?
Paris bénéficiait de la meilleure note possible chez Standard & Poor’s depuis sa première évaluation, le 25 juin 1975, l’année où l’agence a recommencé à noter la dette de certains Etats (après une interruption de plus de trente ans). Coïncidence, 1975 est l’année à partir de laquelle la France n’a plus terminé un seul exercice budgétaire à l’équilibre.
Depuis la dégradation des Etats-Unis, le 5 août 2011, Paris pouvait se targuer d’être le plus ancien des pays notés par Standard & Poor’s à afficher sans discontinuer un AAA. Des lauriers qui reviennent désormais à la Norvège, qui a toujours obtenu ce 20/20 depuis sa première notation, le 9 juillet 1975.
Chez les deux autres grandes agences, Paris affiche un AAA depuis ses premières évaluations : 1979 pour Moody’s et 1994 pour Fitch. Si toutes deux accordent encore à la France la meilleure note possible, elles ont, elles aussi, mis Paris sous pression. Moody’s pourrait prochainement placer le AAA de la France "sous perspective négative", une procédure qui se traduit dans 50 % des cas par une dégradation dans les deux ans. Fitch a déjà mis la France sous "perspective négative" ; mais elle a prévenu qu’elle ne retirerait pas son AAA en 2012.
  • Pourquoi donne-t-on tant d’importance à ces notes?
Ces évaluations répondent à un besoin dans l’univers de la finance : savoir mesurer les risques d’une créance par rapport à une autre. En clair, savoir à qui un investisseur – banque, assureur, fonds… – peut prêter en toute sécurité et auprès de qui le risque est plus élevé.
De grands investisseurs ont souvent délégué cette évaluation du "risque crédit" aux agences, leur faisant confiance aveuglément. Par exemple, un fonds, qui va décider de n’investir que dans des obligations notées AAA, va vendre cette dette si elle est dégradée, sans se demander si cette sanction est justifiée ou non.
Les réglementations financières et prudentielles ont peu à peu intégré ces notations, transformant ces agences en acteurs "quasi institutionnels", reconnaît-on à Bruxelles. Législateurs et régulateurs ont par exemple décidé d’utiliser ces notes pour mesurer la qualité des fonds propres des banques, ou celle des titres déposés en garantie auprès d’une banque centrale quand des établissements financiers lui empruntent des fonds.
  • Une dégradation est-elle synonyme de taux d’intérêt plus élevés?
En théorie, les choses sont simples : les agences de notation donnent une opinion sur la solidité de la dette d’un pays et les investisseurs suivent ces recommandations et réclament des taux d’intérêt plus ou moins élevés, en fonction de la note, quand ils prêtent de l’argent.
Avoir un triple A, l’équivalent d’un 20/20, devrait être la garantie absolue d’emprunter à bon compte. Mais, dans la réalité, ce phénomène n’a pas toujours lieu, comme le montre l’exemple des Etats-Unis. Si Standard & Poor’s a abaissé la dette américaine, le 5 août 2011, en la faisant basculer de AAA à AA+ (la deuxième note sur vingt-deux, qui est désormais celle de la France), Washington emprunte toujours à des taux faibles et plus bas qu’avant sa dégradation.
C’est que la perte de cette note a provoqué une forte tension sur les marchés financiers, entraînant un repli des investisseurs vers les valeurs refuges par excellence que sont… les bons du Trésor américain. Reste que l’euro n’a pas encore atteint le statut du dollar comme monnaie de réserve.
Autre cas marquant, le Japon et sa dette s’élevant à 233 % du produit intérieur brut, simplement notée AA– par Standard & Poor’s (la quatrième sur vingt-deux dans la grille de l’agence). Or, Tokyo se finance à très bas coût, car sa dette est détenue à 90 % par les investisseurs de l’Archipel. En France, la répartition est inverse, les investisseurs étrangers détenant 65 % de la dette du pays.
Par ailleurs, les marchés sont souvent en avance sur les agences de notation. D’abord parce qu’ils bougent tous les jours et réagissent en permanence aux informations nouvelles, mais aussi parce qu’ils cherchent… à anticiper les décisions des agences. Voilà pourquoi les différents pays, jusqu’ici notés AAA au sein de la zone euro, empruntaient ces derniers mois à des taux forts différents.
  • Quelles seront les conséquences sur le budget de la France et sur les ménages?
En 2012, Paris a prévu d’emprunter 178 milliards d’euros sur les marchés financiers pour refinancer sa dette passée arrivant à échéance et combler son déficit, attendu à 4,5 % du produit intérieur brut (PIB).
Ces derniers mois, la France a vu les taux auxquels elle emprunte diverger considérablement de ceux de l’Allemagne, et certains autres Etats de la zone euro également notés AAA, comme les Pays-Bas ou la Finlande. C’est le signe que les marchés faisaient déjà le tri entre les différents pays ayant la meilleure note possible, avant même cette dégradation. L’écart de rendement entre les obligations à dix ans de la France et celles de l’Allemagne – on parle de "spread" dans le jargon financier – ont atteint jusqu’à 2 points de pourcentage mi-novembre 2011, avant de s’établir depuis autour de 1,3 point, contre 0,3 point en mai.
Malgré ces énormes tensions, le taux moyen auquel la France a emprunté en 2011 n’a été que de 2,8 %, le deuxième plus bas de l’histoire, après 2010 (2,5 %). Ce paradoxe s’explique par le report des investisseurs sur les produits financiers jugés les plus sûrs, les emprunts d’Etat, au détriment des actions ou d’autres actifs considérés comme plus dangereux. En 2011, les rendements des emprunts français à dix ans sur le marché dit "secondaire" (celui de la revente des obligations) ont atteint en moyenne 3,30 %. Soit bien moins que le taux de 3,7 % prévu dans le projet de loi de finances pour 2012 pour ces emprunts à dix ans, qui font office de "baromètre".
Désormais notée AA +, la France est évaluée comme la Belgique l’était jusqu’à fin novembre. Or celle-ci a emprunté à dix ans à un taux moyen de 4,24 % en 2011. Soit environ un point de pourcentage de plus que la France. Selon les calculs des analystes d’Amundi, une hausse des taux de 1 point de pourcentage représenterait pour la France un surcoût de 3 milliards d’euros la première année. Avec une conséquence pour les ménages : si l’Etat verse des taux d’intérêt plus élevés pour se financer, accéder à un crédit immobilier ou à la consommation coûtera aussi plus cher. Car les taux des obligations d’Etat sont une base de calcul essentielle pour tous les autres types d’emprunts.
  • Quel sera l’impact sur les entreprises,  les collectivités locales et le Fonds européen de stabilité financière?
"Vous ne pouvez pas noter une entité sans tenir compte des frontières dans lesquelles elle évolue", explique un ancien cadre d’une agence de notation. Voilà pourquoi, à de très rares exceptions – quatre entreprises américaines dont Microsoft et le pétrolier Exxon Mobil –, aucune entreprise ou organisme ne bénéficie d’une note supérieure à celle de l’Etat dans lequel elle est située. Cette dépendance à la note de l’Etat vaut tout particulièrement pour les emprunteurs qualifiés de "subsouverains" : les collectivités territoriales ou les établissements publics, qui bénéficient de la garantie implicite de l’Etat.
La dégradation de la France va faire perdre leur AAA à une myriade de gros emprunteurs : la Caisse des dépôts et consignations (CDC), la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades), l’Unedic, Réseau ferré de France (RFF), l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), la Ville de Paris, la Caisse nationale des autoroutes… La note AA+ de la SNCF va, elle aussi, baisser. Les entreprises dont l’Etat est actionnaire pourraient elles aussi être dégradées : c’est le cas de La Poste, mais aussi de EDF, France Télécom, Aéroports de Paris
Au niveau international, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui emprunte des fonds sur les marchés pour les reverser ensuite aux pays de la zone euro en difficulté, risque également de perdre son AAA. Ce dernier ne reposait que sur la garantie des six Etats de l’union monétaire bénéficiant jusqu’ici de la meilleure note possible: la France, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et la Finlande. Or, de six AAA, la zone euro est passée à quatre, après la dégradation de la France et de l’Autriche. Et Paris était une des deux clés de voûte de ce système de garanties, vu le poids de son économie.
Standard & Poor’s a indiqué toutefois que le FESF pourrait conserver la note maximale. Mais pour cela, il faudrait que les quatre pays encore notés AAA augmentent leur soutien financier.
  • Est-il déjà arrivé qu’un pays ayant perdu son AAA le regagne?
Perdre son AAA n’est pas une fatalité. Mais le retrouver peut prendre beaucoup de temps. Le Danemark a vu Standard & Poor’s lui retirer son AAA en 1983, avant de le regagner en… 2001. Un sésame que le royaume détient toujours grâce à une dette publique limitée à 44,33 % du PIB en 2011, ce qui lui permet d’emprunter à dix ans à des taux inférieurs à 2 %. Chez Standard & Poor’s, quatre autres pays ont déjà perdu puis regagné ce AAA : le Canada (1989 puis 2002), la Finlande (1992 puis 2002), la Suède (1993 puis 2004) et l’Australie (1986 puis 2003). Tous bénéficient encore de cette note.
A l’inverse, les Etats-Unis, l’Irlande, le Japon, la Nouvelle-Zélande et l’Espagne n’ont pas regagné ce AAA qu’ils avaient pu obtenir par le passé – certains durant très longtemps comme Washington, d’autres durant juste quelques années. Dublin, Madrid et Tokyo en sont même à mille lieues.
  • Combien reste-t-il de pays AAA  dans le monde ?
Avant cette dégradation, Standard & Poor’s décernait son AAA à dix-huit Etats sur 127 notés, dont six à l’intérieur de la zone euro. Désormais, ils ne sont plus que seize, dont quatre à l’intérieur de l’union monétaire (Luxembourg, Allemagne, Pays-Bas et Finlande).
Hors zone euro, Standard & Poor’s octroie son AAA aux Etats suivants : Singapour, Canada, Royaume-Uni, Norvège, Suisse, Danemark, Suède, Australie, Ile de Man, Guernesey, Hongkong et Liechtenstein. Parmi eux, seul Singapour affiche une dette publique supérieure à celle de la France, à 98 % du PIB contre 86,87 % pour Paris.
  • La France a-t-elle payé Standard & Poor’s pour être notée?
Le modèle économique de ces agences repose sur le principe controversé du «noté-payeur» : les emprunteurs s’"offrent" une évaluation pour faire acte de transparence, rassurer les investisseurs et pouvoir lever des fonds à meilleur prix. Un système généralisé à l’exception de… quelques grands Etats dont la France. Paris – comme Berlin, Rome, Londres ou Washington – ne verse pas un centime à Standard & Poor’s, qui effectue son évaluation de façon "non sollicitée".
Pour les agences, noter de tels Etats est souvent incontournable : pour des questions d’image, mais surtout car cette évaluation va servir d’étalon aux autres emprunteurs de ces pays, qui, eux, payent pour être évalués. "La notation souveraine représente moins de 10 % du chiffre d’affaires", glisse une source dans l’une des grandes agences. Mais cela ne les empêche pas d’être rentables: la marge opérationnelle de Standard & Poor’s a atteint 42,99 % lors des neuf premiers mois de l’année, celle de Moody’s 41,8 %.
Aux Etats-Unis comme en Europe, une intense réflexion a été menée depuis la crise financière et à l’avalanche de critiques déversée sur les agences : elles ont été accusées, pêle-mêle, d’avoir favorisé la bulle des subprimes aux Etats-Unis en accordant des AAA à des produits financiers toxiques ou d’avoir dégradé trop brutalement des pays, favorisant la propagation de la crise des dettes souveraines. A Washington comme en Europe, les autorités essaient de limiter – voire de supprimer – les références aux notations dans les législations. Bruxelles tente aussi de faire émerger davantage de concurrence – les trois grandes contrôlent 90 % du marché – afin de varier les opinions et diminuer l’impact potentiel d’une dégradation.
La Commission a aussi réfléchi à la possibilité de suspendre la notation d’un pays si jamais celui-ci traversait une mauvaise passe, pour ne pas le déstabiliser davantage. Avant de faire machine arrière, de peur que ce gel ne stresse davantage les marchés, qui pourraient en conclure qu’on veut lui cacher de très mauvaises nouvelles.

"Que Hollande soumette son programme à Standard & Poor's"

François Fillon assure que le gouvernement "va tout faire pour retrouver" le triple A. Le Premier ministre appelle aussi François Hollande "à plus de modestie dans les conseils qu’il donne au gouvernement". Extrait de l'interview paru dans Le Journal du Dimanche.
La fin du triple A est-elle un échec pour le gouvernement?
Ce n’est pas une bonne nouvelle, ni pour la France, ni pour les autres pays concernés par la décision de Standard & Poor’s. En même temps, elle était attendue. Elle était même prévisible compte tenu de la situation de la zone euro et de la France. C’est une alerte qui ne doit pas être dramatisée. Nous restons parmi les signatures les plus crédibles au monde, avec notamment les États-Unis.
Vous aviez parlé d’un "bien précieux" pour la France en 2011. Aujourd’hui vous dédramatisez sa perte. Avez-vous exagéré?
C’est toujours mieux d’avoir la meilleure note. Nous allons tout faire pour la retrouver. Depuis longtemps, j’en appelle à une prise de conscience sur les déficits et sur la réalité d’une crise qui apparaît comme la plus grave depuis les années 1930. Or l’opposition l’a niée, elle a prétendu le contraire, elle a estimé que l’endettement n’était pas stratégique, qu’il fallait faire de la relance, que la règle d’or n’avait pas de sens.
François Hollande considère que "c’est une politique qui a été dégradée", pas la France. Que lui répondez-vous?
Qu’il se trompe. Je vais lui faire une suggestion. Il pourrait soumettre son programme électoral à Standard & Poor’s. Il serait intéressant de savoir ce qu’une agence de notation pense d’un programme dans lequel il n’y a que des augmentations de dépenses et des hausses d’impôt, et pire encore, des retours en arrière sur des décisions structurelles comme la réforme des retraites ou la politique nucléaire de la France. Dans ce qu’il préconise, rien n’est en phase avec la situation de l’économie européenne. Cela devrait le conduire à plus de modestie dans les conseils qu’il donne au gouvernement. D’une manière générale, j’ai trouvé que l’appétit avec lequel certains candidats à la présidentielle se sont jetés sur la décision de Standard & Poor’s, avant même son annonce officielle, pour critiquer le gouvernement, ne dénote pas un grand sens des responsabilités. Au contraire, un peu de solidarité française face à cette situation m’aurait semblé bienvenue.
Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Le Journal du Dimanche.