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dimanche 29 janvier 2012
Nicolas Sarkozy, éternel challenger
Il s'est saisi de ce mandat comme on accepte un « job ». Les Français ont reproché au président d'avoir désacralisé la fonction.
François Hollande est assis sur un nuage quand Nicolas Sarkozy nage en plein doute. Tout change très vite, et même de plus en plus vite, en politique. Mais le temps de l'un n'est pas celui de l'autre. Il passe en accéléré pour le candidat socialiste et au ralenti pour le président.
Voilà encore huit jours, on s'interrogeait sur « l'étrange campagne » de François Hollande et sa capacité à décoller enfin. Un meeting et une émission de télévision plus tard, le candidat « normal » convainc à gauche et inquiète à droite. Nicolas Sarkozy aussi inquiète la droite, mais depuis plus longtemps, très tôt tombé dans une impopularité dont il ne s'est pas encore relevé.
Tiré par son tempérament, il va s'agiter frénétiquement pour tenter de sortir de l'ornière, mais elle est profonde. Nicolas Sarkozy n'est pas battu, mais il est très mal en point. Il est mal en point, certes, mais pas encore battu. On peut énoncer la situation de façon différente selon son point de vue partisan, mais personne ne doute que ce sera difficile pour lui.
La crise des subprimes et celle des dettes souveraines renversent les pouvoirs en place. Les dernières élections dans les pays européens ressemblent à un jeu de massacre. On reproche à ceux qui détiennent le pouvoir de ne pas avoir été à la hauteur des événements.
Le bilan économique et social du président de la République ne lui permet pas d'échapper à la curée « sondagière » pour le moment.
Mais si le désamour entre Nicolas Sarkozy et les Français est si grand, c'est aussi pour une autre raison. Le chef de l'État a cru pouvoir se passer des habits du président, s'exonérer du jeu de rôle entre un peuple et son représentant suprême, sacrifier les rites et les codes de la Ve République.
Il a voulu s'affranchir de ce carcan symbolique, de ce masque qui fait, du jour au lendemain, d'un homme normal quelqu'un d'autre, investi d'une tâche qui le dépasse il n'a pas cru en la transcendance apportée par l'onction populaire il s'est saisi de ce mandat comme on accepte un « job ». Les Français ont reproché au président d'avoir désacralisé la fonction.
Dans la campagne qui s'ouvre, il n'a donc pas le choix. Il ne peut pas, comme François Mitterrand et Jacques Chirac, se faire réélire sur une image consensuelle et rassembleuse. Il doit faire comme si tout recommençait, comme s'il s'alignait pour la première fois à cette élection suprême, comme s'il était le challenger, et François Hollande le tenant du titre.
Ses deux prédécesseurs s'étaient fait ré-élire royalement sans vraiment combattre. S'il gagne cette élection à l'arraché, Nicolas Sarkozy aura enfin réussi la rupture qu'il promettait en 2007.
lundi 23 janvier 2012
François Hollande le fil-de-fériste
À ce moment de la campagne, François Hollande est attendu au tournant. On lui reproche d'être en tête sans le vouloir, d'avancer vers une victoire annoncée sans la mériter, de peut-être devenir président de la République sans avoir été choisi.
Les tenants d'une mystique gaulliste de « la rencontre entre un homme et le pays » ne s'y retrouvent pas, le candidat ne s'étant pas encore offert à la nation, ni la nation au candidat. Les nostalgiques d'une gauche messianique sont déçus par un candidat qui n'a pas encore promis le nirvana social au peuple de gauche.
On reproche à François Hollande de n'être ni François Mitterrand, ni Ségolène Royal. Le premier n'avait pas hésité à promettre la lune, sur un arrière-plan de mythologies ouvrière et républicaine mélangées. La seconde pensait que son seul charisme suffirait à soulever les foules et à les tenir dans une attitude extatique jusqu'au jour sacré du vote.
Mais François Hollande n'est pas François Mitterrand, ni Ségolène Royal, et les moments ne sont pas les mêmes.
Dans un contexte de crise économique aiguë, il est le favori face à un président sortant donné, au-jourd'hui, largement battu. Il est sûr d'arriver premier, à condition de ne pas tomber. Or, il marche sur un fil tendu au-dessus du vide.
À droite l'attend Nicolas Sarkozy, qui imprime sa marque et son rythme. Il provoque le candidat socialiste, lui tend des pièges, l'invitant à se découvrir, à promettre et promettre encore pour mieux le lui reprocher ensuite.
À gauche l'attendent les plus radicaux, qui exigent du souffle social, du nerf idéologique, de l'audace politique, au risque de faire peur aux Français, qui savent que le pays ne peut plus tout se permettre.
Jean-Paul Sartre était prêt à taire la vérité du socialisme soviétique pour ne pas désespérer Billancourt. François Mitterrand à promettre une impossible rupture avec le capitalisme pour l'emporter en 1981. François Hollande est-il prêt à faire gagner la gauche sur un malentendu, ou prendra-t-il le risque de la faire perdre en ne promettant que ce qu'elle pourra tenir ?
Ses discours prochains et son programme bientôt dévoilé le diront.
C'est un tournant pour le Parti socialiste français et la social-démocratie européenne.
Ou bien mener une campagne à gauche toute pour mobiliser son camp par d'audacieuses promesses, et gagner, avant de décevoir et de repartir dans l'opposition pour vingt ans.
Ou bien faire campagne sur un projet équilibrant l'économique et le social, prêchant la patience et un minimum d'efforts, tout en se démarquant d'une austérité de droite, et ne pas être sûr du résultat.
À ce moment de la campagne, François Hollande est attendu au tournant. On lui reproche d'être en tête sans le vouloir, d'avancer vers une victoire annoncée sans la mériter, de peut-être devenir président de la République sans avoir été choisi.
Les tenants d'une mystique gaulliste de « la rencontre entre un homme et le pays » ne s'y retrouvent pas, le candidat ne s'étant pas encore offert à la nation, ni la nation au candidat. Les nostalgiques d'une gauche messianique sont déçus par un candidat qui n'a pas encore promis le nirvana social au peuple de gauche.
On reproche à François Hollande de n'être ni François Mitterrand, ni Ségolène Royal. Le premier n'avait pas hésité à promettre la lune, sur un arrière-plan de mythologies ouvrière et républicaine mélangées. La seconde pensait que son seul charisme suffirait à soulever les foules et à les tenir dans une attitude extatique jusqu'au jour sacré du vote.
Mais François Hollande n'est pas François Mitterrand, ni Ségolène Royal, et les moments ne sont pas les mêmes.
Dans un contexte de crise économique aiguë, il est le favori face à un président sortant donné, au-jourd'hui, largement battu. Il est sûr d'arriver premier, à condition de ne pas tomber. Or, il marche sur un fil tendu au-dessus du vide.
À droite l'attend Nicolas Sarkozy, qui imprime sa marque et son rythme. Il provoque le candidat socialiste, lui tend des pièges, l'invitant à se découvrir, à promettre et promettre encore pour mieux le lui reprocher ensuite.
À gauche l'attendent les plus radicaux, qui exigent du souffle social, du nerf idéologique, de l'audace politique, au risque de faire peur aux Français, qui savent que le pays ne peut plus tout se permettre.
Jean-Paul Sartre était prêt à taire la vérité du socialisme soviétique pour ne pas désespérer Billancourt. François Mitterrand à promettre une impossible rupture avec le capitalisme pour l'emporter en 1981. François Hollande est-il prêt à faire gagner la gauche sur un malentendu, ou prendra-t-il le risque de la faire perdre en ne promettant que ce qu'elle pourra tenir ?
Ses discours prochains et son programme bientôt dévoilé le diront.
C'est un tournant pour le Parti socialiste français et la social-démocratie européenne.
Ou bien mener une campagne à gauche toute pour mobiliser son camp par d'audacieuses promesses, et gagner, avant de décevoir et de repartir dans l'opposition pour vingt ans.
Ou bien faire campagne sur un projet équilibrant l'économique et le social, prêchant la patience et un minimum d'efforts, tout en se démarquant d'une austérité de droite, et ne pas être sûr du résultat.
lundi 16 janvier 2012
Il est étonnant qu'on s'étonne
On s'y attendait, mais on joue les étonnés. On feint la surprise et on est surpris à la fois. On savait la sanction inéluctable, mais on se scandalise quand même.
Les plus belliqueux appellent à la résistance les plus indignés s'étranglent de colère le gouvernement ne veut pas crier trop fort pour ne pas montrer qu'il a mal l'opposition récupère l'événement pour dénoncer l'impéritie dans le camp d'en face.
Chacun réagit sur son registre habituel et en fonction de ses intérêts à la dégradation de la France par Standard and Poor's. Chacun était prêt.
C'est un drôle d'événement qui vient de se produire, comme on parle de la « drôle de guerre ». C'est un événement et un non-événement à la fois.
On s'attendait à cette décision d'une ou de plusieurs agences de notation de rétrograder, avec d'autres, notre pays dans la hiérarchie économique et financière des États. Les marchés, qui aiment anticiper, ne traitaient déjà pas de la même façon la France et l'Allemagne quand il s'agissait de leur prêter.
Pourtant... Ouvertures de journaux télévisés, flashs radio, unes des journaux, alertes sur les téléphones mobiles... On a sonné le tocsin partout avant même l'annonce officielle de la décision. Conséquences économiques, retombées sur le pouvoir d'achat, effets sur le chômage, influence sur la cote des candidats, tout y passe. On s'y attendait, mais on joue les étonnés. On feint la surprise et on est surpris à la fois. On savait la sanction inéluctable, mais on se scandalise quand même.
C'est la manifestation d'un vaste et massif déni de réalité. On se souvient du Premier ministre actuel laissant échapper, un été en Corse, qu'il était aux commandes d'un État en faillite ou du président de la République lâchant, lors d'une de ses rares conférences de presse, que les caisses de l'État sont vides pour justifier qu'il ne puisse faire grand-chose en faveur du pouvoir d'achat.
On entend des candidats actuels promettre des dépenses et encore des dépenses, sans être sûrs de pouvoir faire repartir la production et l'investissement en France.
Les mêmes, qui savent que nous sommes en déficit avec une magnifique régularité depuis 1974, qui sont parfaitement conscients que notre croissance est en panne depuis longtemps et pour sans doute quelques années encore, qui constatent le trou s'approfondissant entre l'Allemagne et nous dans les performances industrielles et commerciales, et l'écart croissant des taux d'intérêts consentis aux deux pays, ces mêmes responsables politiques de haut niveau s'étonnent qu'une agence de notation en tire les conséquences.
C'est
étonnant.
On s'y attendait, mais on joue les étonnés. On feint la surprise et on est surpris à la fois. On savait la sanction inéluctable, mais on se scandalise quand même.
Les plus belliqueux appellent à la résistance les plus indignés s'étranglent de colère le gouvernement ne veut pas crier trop fort pour ne pas montrer qu'il a mal l'opposition récupère l'événement pour dénoncer l'impéritie dans le camp d'en face.
Chacun réagit sur son registre habituel et en fonction de ses intérêts à la dégradation de la France par Standard and Poor's. Chacun était prêt.
C'est un drôle d'événement qui vient de se produire, comme on parle de la « drôle de guerre ». C'est un événement et un non-événement à la fois.
On s'attendait à cette décision d'une ou de plusieurs agences de notation de rétrograder, avec d'autres, notre pays dans la hiérarchie économique et financière des États. Les marchés, qui aiment anticiper, ne traitaient déjà pas de la même façon la France et l'Allemagne quand il s'agissait de leur prêter.
Pourtant... Ouvertures de journaux télévisés, flashs radio, unes des journaux, alertes sur les téléphones mobiles... On a sonné le tocsin partout avant même l'annonce officielle de la décision. Conséquences économiques, retombées sur le pouvoir d'achat, effets sur le chômage, influence sur la cote des candidats, tout y passe. On s'y attendait, mais on joue les étonnés. On feint la surprise et on est surpris à la fois. On savait la sanction inéluctable, mais on se scandalise quand même.
C'est la manifestation d'un vaste et massif déni de réalité. On se souvient du Premier ministre actuel laissant échapper, un été en Corse, qu'il était aux commandes d'un État en faillite ou du président de la République lâchant, lors d'une de ses rares conférences de presse, que les caisses de l'État sont vides pour justifier qu'il ne puisse faire grand-chose en faveur du pouvoir d'achat.
On entend des candidats actuels promettre des dépenses et encore des dépenses, sans être sûrs de pouvoir faire repartir la production et l'investissement en France.
Les mêmes, qui savent que nous sommes en déficit avec une magnifique régularité depuis 1974, qui sont parfaitement conscients que notre croissance est en panne depuis longtemps et pour sans doute quelques années encore, qui constatent le trou s'approfondissant entre l'Allemagne et nous dans les performances industrielles et commerciales, et l'écart croissant des taux d'intérêts consentis aux deux pays, ces mêmes responsables politiques de haut niveau s'étonnent qu'une agence de notation en tire les conséquences.
C'est
étonnant.
dimanche 8 janvier 2012
L'histoire et le passé réinventé
Il EST entendu que Jeanne d'Arc fait partie de ce qu'on appelle « le roman national ». Elle est même l'héroïne de quelques unes de ses pages parmi les plus enlevées. Dans cette légende des siècles redorée, il s'agit davantage d'écrire un mythe fondateur, porteur de valeurs communes, que de déchiffrer « objectivement » le passé.
L'histoire « scientifique » intéresse surtout les historiens. La représentation que nous avons de notre passé regarde en revanche tout le monde, parce que c'est une des façons que nous avons trouvées pour construire une nation, la nation étant elle-même une des façons de vivre ensemble à peu près démocratiquement et pacifiquement.
Les deux reconstructions coexistent et s'entremêlent. La recherche historique rigoureuse ne réduit pas à néant la réinvention du passé, mais elle corrige progressivement ses erreurs les plus manifestes. On peut de moins en moins faire dire ce qu'on veut aux faits historiques. On n'hésite plus à réveiller des épisodes peu glorieux de l'histoire de France. On ne laisse plus aussi facilement des idéologues manipuler le passé.
On doit sans doute ce progrès aux historiens et à leurs recherches, à l'école et à l'université, mais aussi à la panne de projets qui marque nos sociétés.
L'histoire, ses événements, ses héros, ses prodiges, ses tragédies ne sont jamais tant discutés, interprétés, revisités, tirés à droite ou à gauche, que dans des périodes où la société s'affronte durement sur des possibilités d'avenir radicalement différentes. Quand le communisme était un horizon indépassable pour certains, l'histoire de France était repeinte en rouge. Quand une certaine extrême droite voulait réinstaller la monarchie en France, l'histoire de la jeune République était repeinte en noire.
On peut s'en désoler ou au contraire s'en féliciter, mais nous vivons une époque qui ne croit plus au meilleur des mondes et qui sait que son avenir ne sera pas forcément radieux. Et ce n'est pas récent. Albert Camus le disait en 1957 dans son discours de Stockholm, lorsqu'on lui remit le prix Nobel de littérature : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le fera pas. Mas sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » Empêcher que le monde ne se défasse suppose qu'on sache de quel monde on parle, et donc qu'on connaisse son passé. Non pas tel qu'on voudrait qu'il fût pour le mettre au service d'une cause, mais tel qu'il est réellement. Ni vraiment beau, ni franchement laid. Une vision de l'histoire qui supporte de moins en moins les messages simplificateurs et les récupérations politiques.
Quand une certaine extrême droite voulait réinstaller la monarchie en France, l'histoire de la jeune République était repeinte en noir.
lundi 2 janvier 2012
Le retour du refoulé industriel
Dix ans plus tard, la production est partie là où on accepte de fabriquer encore. Et le cours de Bourse s'est effondré.
Défaites le joli noeud, déchirez le papier, faites tourner le cadeau entre vos mains, souriez bêtement, remerciez gentiment, et regardez subrepticement l'origine de l'objet. Vous verrez que cette année encore le père Noël est allé se servir en Chine. Le père Noël n'est pas cocardier.
Il est même carrément antinational.
Il s'est fourni au moins disant, n'écoutant pas les objurgations de Nicolas Sarkozy, de François Hollande, de François Bayrou, d'Arnaud Montebourg, de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen, d'Eva Joly. La classe politique exhorte en choeur le peuple français à acheter et à produire en bleu, blanc, rouge. Le salut est hexagonal désormais.
On a vu ces dernières semaines nos leaders en campagne traverser avec des allures martiales les ateliers et les chantiers, casque sur la tête, lunettes de protection sur le nez. Il s'agissait de montrer au pays qu'en France demeurent quelques usines. La photo idéale montrait le candidat serrant la main d'un ouvrier, comme on salue le dernier des Mohicans.
Ce retour du refoulé industriel est un remords et une tromperie.
Nos gouvernants ne sont ni idiots ni sous-informés. Ils ont entendu assez de conseillers, rencontré suffisamment de patrons, pour savoir que la France perd ses usines depuis vingt ans comme on perd son sang. Nos déficits commerciaux abyssaux le prouvent. Nos entreprises ne sont plus assez compétitives.
Pour pallier cette déshérence industrielle, il suffisait d'écouter les bons spécialistes et les bons praticiens demander qu'on restaure les marges des entreprises, qu'on finance et encourage la recherche et l'innovation, qu'on renforce les passerelles entre universités et monde du travail, qu'on développe l'apprentissage, qu'on crée les conditions pour le développement des PME, qu'on favorise leurs exportations. Il fallait se résigner à un travail ingrat, pas toujours populaire, qui n'a rien de spectaculaire, qui ne rapporte pas de voix, et qui exige durée et effort. Quelle horreur !
On a préféré prendre pour un génie ce patron d'un groupe du CAC 40 prônant une stratégie d'entreprise sans usines. Dix ans plus tard, la production est partie là où on accepte de fabriquer encore. Et le cours de Bourse du mastodonte industriel s'est effondré.
La tromperie consiste à faire croire aux Français que pour retrouver un lustre industriel et une meilleure santé économique, il suffit de dresser des herses aux postes frontières. Alors que la France appartient à une Union européenne qui possède ses propres frontières à l'intérieur desquelles se fait la majorité de nos échanges commerciaux, alors que le monde est entré dans une ère de partage du travail où les places ne sont pas données mais acquises de haute lutte.
Mais il faut bien se faire élire.
mardi 20 décembre 2011
Ne pas se plaindre, mais s'expliquer
La formule est très anglaise, il faut donc la citer en anglais : « Never complain, never explain. » Ne pas se plaindre, ne pas s'expliquer. Je fais ce que je dois, ou ce que je veux, sans avoir de comptes à rendre. Dans le premier cas, je suis conduit par ma morale ; dans le second par mon plaisir ; dans les deux, j'assume mes choix sans avoir à les justifier.
C'est l'expression de toute la superbe aristocratique, la manifestation orgueilleuse de l'autorité. Je suis votre chef ou votre roi, je ne vous dois rien et je ne vous demande rien d'autre que de me suivre sans rien attendre de moi. Évidemment, le principe fonctionne dans un régime autoritaire, moins dans une démocratie.Dans une société régie par la souveraineté du peuple, les élus doivent éviter de se plaindre et accepter de s'expliquer. Ce n'est pas toujours le cas. Il arrive que des responsables politiques, de premier plan ou pas, aux prises avec quelques difficultés judiciaires, s'empressent de se lamenter pour n'avoir pas à se justifier.
On a beaucoup plaint Jacques Chi-rac. Lui-même a indiqué qu'il ne ferait pas appel du jugement. « Je n'ai plus, hélas, les forces nécessaires pour mener, par moi-même, le combat pour la vérité. » Jacques Chirac, ou son entourage, utilise l'état de santé dégradé de l'ancien président de la République pour jeter l'éponge en s'appuyant sur la sympathie - très forte - de l'opinion.
Son grand âge, ses trous de mémoire, les services éminents rendus à la France devaient, pour certains, le dispenser de peine. C'est effectivement une triste fin de vie. L'homme et l'ancien chef de l'État méritaient mieux. Mais s'il avait accepté de s'expliquer plus tôt, de rendre les comptes qu'il devait aux Français, il n'aurait pas aujourd'hui à se plaindre que la justice le poursuive jusqu'au bout.
La démocratie est un combat quotidien contre de vieux réflexes. Nos élus, grands et petits, s'engagent, se battent, brûlent souvent leur vie au bénéfice de leurs mandats. On peut leur en savoir gré, on n'est pas obligés d'être ingrats. Mais on ne voit pas bien en quoi cet investissement personnel leur apporterait une immunité éternelle.
Élus, ils le sont parce qu'ils l'ont voulu. Élus, ils le sont aussi parce que nous l'avons voulu. Alors, quand leurs actions patinent un peu, quand leurs décisions surprennent, quand leur mandat s'achève, ils nous doivent des explications.
Et quand ceux qui font la loi, la votent et la défendent, se permettent de s'asseoir dessus, ils doivent bien quelques éclaircissements aux juges et au peuple. Et les fournir sans se plaindre.
Il arrive que des responsables politiques, de premier plan ou pas, s'empressent de se lamenter pour n'avoir pas à s'expliquer.
dimanche 11 décembre 2011
Cette Cour qui fait des miracles
Dans leur ville, ils sont partout chez eux. Ils connaissent les habitants par leur prénom, surtout ceux qui leur doivent quelque chose. Ils gèrent, embauchent, facturent, président, distribuent. Ils se font réélire royalement par des électeurs qui les aiment, les craignent ou ont besoin d'eux.
Ces maires peuvent être actifs et énergiques, dévoués à l'idée qu'ils se font de l'intérêt général, jaloux de leurs prérogatives, mais aussi de celles de leur commune. Ils sont souvent chaleureux, affectifs, autoritaires, un peu « grandes gueules ».
Ils règnent sur leur ville depuis si longtemps qu'on n'imagine plus la vie sans eux. Ils ont huilé des réseaux qui tournent à leur service. Le débat a bien sûr déserté la vie politique locale. Les décisions se prennent en solitaire. Les adjoints font de la figuration. L'opposition se lasse.
Ces élus ne sont pas majoritaires, mais on en trouve partout, de toutes les couleurs. Certains d'entre eux perdent un jour contact avec le réel. Tout cède si facilement, tout dépend tellement d'eux, ils font tant pour cette ville, que tout est un peu à eux.
Se confondent alors les comptes personnels et publics. On prend goût aux bonnes et belles choses : on voyage loin, on mange bien, on s'habille chic, on se meuble cher, on reçoit grand, aux frais du contribuable.
Vient un moment où il faut acheter le silence et la complicité. On nomme alors des soutiens, des amis, la famille, à des postes importants pour des salaires mirifiques, au mépris de l'équité et du mérite. On confie les marchés à des entreprises choisies, qui renvoient l'ascenseur.
Rien de tout cela n'est nouveau. Mais la crise s'installe, et la rigueur avec. Les citoyens savent qu'ils vont consentir des sacrifices, et les plus pauvres souffrir davantage encore.
Les colis du CCAS prennent un drôle de goût quand on sait que le maire et quelques amis s'assoient aux meilleures tables pour des repas qui coûtent un SMIC.
Personne n'en saurait jamais rien sans la Cour des comptes et les chambres régionales des comptes. Ces austères et discrets magistrats ont la capacité d'ouvrir les livres, la compétence pour les analyser, et l'autorité pour dévoiler les résultats quand ils doivent l'être. Nos journaux, ces derniers jours, en étaient pleins.
Dans un pays qui a inventé la séparation des pouvoirs et qui la pratique très mal, ils constituent un exceptionnel contrepoids aux délires et aux dérives des gestionnaires de tout bord.
Les moins pétitionnaires des citoyens, ceux qui n'ont jamais manifesté ou qui ne l'ont pas fait depuis longtemps, devront faire une exception si par malheur on venait un jour à rogner les pouvoirs ou les moyens de cette miraculeuse juridiction.
lundi 28 novembre 2011
La campagne à coups de massue
Dans le registre du brutal et du sommaire, cette campagne électorale commence fort. Le débat sur l'énergie qui l'inaugure a la légèreté d'un sarcophage de béton sur une centrale nucléaire en fusion.
Eva Joly assassine son partenaire de gauche en deux phrases. Nicolas Sarkozy caricature son adversaire en trois discours. L'ancienne juge traite François Hollande de marionnette du lobby atomique. L'actuel président fait semblant de croire que le candidat socialiste envisage le retour de la lampe à pétrole.
Un monde sépare pourtant les deux cogneurs. Lui est rom- pu aux combats électoraux, elle les découvre. L'un est calculateur, l'autre rigide. Le premier cogne pour décrédibiliser son adversaire, la seconde pour se crédibiliser. Nicolas Sarkozy sait ce qu'il fait et suit une partition. Eva Joly ne sait plus quoi faire pour exister et improvise. La victime de ces postures est le débat.
La politique énergétique de la France est pourtant le sujet politique par excellence. Ses enjeux sont économiques, écologiques et démocratiques. L'avenir de la filière nucléaire nationale est une façon forte d'aborder le sujet. À condition d'éviter la caricature. L'importance vitale de cette question impose qu'on la traite avec nuance et finesse.
On a besoin d'énergie pour assurer la production de nos biens et de nos services, la circulation des hommes et des marchandises. Or cette énergie a un coût qui va croissant, et le gros inconvénient de polluer. C'est donc un sujet majeur de la campagne électorale qui s'engage. Mais au-delà d'une échéance qu'une autre chassera, c'est un choix qui impose d'y associer les citoyens.
Coût croissant dans tous les cas de figure, puisque maintenir la filière nucléaire coûterait aussi cher que de l'arrêter. Il faut dans le premier cas investir pour prolonger la durée de vie de nos centrales, dans le second investir pour les démanteler.
Pollution dans tous les cas de figure puisque les centrales thermiques réchauffent l'atmosphère et que l'atome suspend au-dessus de nos têtes un risque terrifiant.
Quant aux énergies renouvelables, elles montent en puissance, mais ne sont pas encore l'alternative aux matières fossiles. Le plus souhaitable étant de ne pas devoir produire d'énergie, en réduisant sa consommation. Les Allemands dépensent 30 % de moins que les Français pour chauffer leurs bâtiments.
Les questions à l'intérieur de la question ne manquent pas. Les premiers à le savoir sont Nicolas Sarkozy et Eva Joly.
Mais le premier ne veut pas entrer dans une complexité qui nuirait à la force de son message et à l'efficacité de sa campagne.
Et la seconde comprend mal que si les socialistes pensaient comme elle, ils seraient écologistes.
lundi 21 novembre 2011
La France des réseaux et des copains
On connaissait un DSK brillant, compétent et séducteur. Le portrait était net. Suspicion d'agression sexuelle, certitude d'un rapport à la hussarde, le coup de tonnerre de la suite 2806 du Sofitel de New York avait voilé l'image. L'affaire du Carlton a fait tomber le cadre. L'image a explosé, façon cubisme. Dominique Strauss-Kahn est aujourd'hui méconnaissable.
L'enquête démontrera si le président du FMI gérait le sort du monde depuis un portable, et sa vie privée, plus compliquée encore, à partir d'un autre.
Journaux et magazines auscultent les rapports entre politique et sexe, puissance et séduction. Peut-on se faire élire, gouverner une nation et la représenter, asseoir une légitimité, mobiliser un pays, exiger des efforts, décider d'envoyer des hommes à la guerre, et partouzer ?
Cette question légitime a une tendance fâcheuse à prendre toute la place et à occulter un phénomène. Une couche de la société française fonctionne de façon tribale. C'est un ensemble de réseaux qui s'entrecroisent et se concurrencent. Une usine à gaz de l'influence. C'est une République de copains qui s'aident, se rassurent, se promeuvent et protègent les coquins.
Si les récits lus dans la presse sont avérés, l'affaire du Carlton montrera, après d'autres, que pour devenir puissant, ou riche, ou célèbre, ou tout à la fois, au lieu de miser sur le talent, la légitimité et le travail - ce qui est une rare conjonction -, on peut se contenter d'approcher un puissant, riche et célèbre. Et pour l'approcher, il est souhaitable et souvent suffisant d'être un ami d'un de ses amis.
Alors les portes s'ouvrent, les langues se délient, les contrats se signent, les affaires se font, les nominations tombent. Et parfois même pleuvent les distinctions, les palmes, les insignes et les rosettes.
Le fait n'est pas nouveau, ni purement national, mais il est très français. Et surtout, il inquiète dans une période de crise où la société se radicalise aux extrêmes et se dépolitise au milieu.
Ces réseaux clandestins se fixent comme des parasites sur des partis politiques, des associations, des entreprises, des sociétés à vocation philosophique, des administrations, des clubs service, se nourrissent de leur substance et les détournent de leur objet.
La montée en puissance de ces réseaux, leur efficacité croissante minent la démocratie et sont en même temps le résultat de son affaiblissement.
Quand les militants désertent les partis, les intrigants se déploient. Quand les organes de contrôle, parlementaire ou judiciaire, n'ont pas la volonté ou pas les moyens d'enquêter et de corriger, les circuits de décision sont déviés, les légitimités bafouées, les impostures autorisées. Et quand le copinage envahit ces instances mêmes, on frémit.
dimanche 30 octobre 2011
1 000 000 000 000 €, c'est un peu juste
Ils laissent pantois, les chiffres cités lors des sommets européens de la dernière chance ! Pour les très grandes distances, on a inventé les années-lumière. Pour les très grands déficits et les très grands sauvetages, il faudrait inventer une unité de mesure qui franchisse les limites du monde connu.
Mille milliards d'euros. C'est le montant du Fonds européen de stabilité financière. Déjà, c'est beaucoup mais on nous dit que c'est encore trop peu : il en faudrait deux fois plus pour rassurer les marchés. Devant ces montagnes de billets, on est intimidé et pris de vertige. Comme les enfants, on lève alors la tête vers les adultes pour se rassurer.
Les économistes et les gouvernants doivent maîtriser la situation et savoir ce qu'il convient de faire. Forcément. Eh bien non, ils ne savent pas.
Devant cette crise de l'endettement, il faut l'avouer aux enfants : vos parents ont fait de colossales bêtises. Ils ont longtemps laissé se remplir d'eau leur bateau, qui aujour-d'hui s'enfonce. Ils essaient enfin de réparer mais en réalité, ils écopent.
En Grèce, dont la dette menace l'euro, on veut logiquement réduire les charges. Mais on étrangle les gens en diminuant leur salaire et leur retraite, en précipitant la faillite des commerçants et des entrepreneurs alors que, dans le même temps, seul un Grec sur sept paie l'impôt. Dans ce pays sans État, ou presque, on ne compte plus les fonctionnaires.
Oui, mais la Grèce, dira-t-on, c'est une exception. En France, tout de même, on gère mieux ! Moins mal, oui, mais bien mal quand même. Depuis 1974, notre pays n'a plus voté un budget en équilibre. Quand la splendeur des Trente Glorieuses est passée, quand la croissance s'est tassée, on a remplacé le manque à gagner par le recours à l'emprunt, tous les ans, en toute bonne conscience.
Aucun gouvernement, de gauche ou de droite, n'a voulu faire de peine aux Français - et risquer de perdre les élections - en leur disant qu'il fallait changer de modèle pour maintenir notre niveau de vie et notre niveau de protection et que cela passerait par des efforts, par la réduction de nos dépenses, par la réforme de l'État.
On a fait semblant de croire que la dette serait remboursée par la croissance, et que la croissance serait nourrie par la dette. C'est vrai quand les emprunts paient nos investissements dans le savoir, la recherche, l'industrie. Pas quand on tire des traites sur l'avenir pour payer nos dépenses de fonctionnement quotidien.
On a donc accumulé les déficits, creusé la dette, sans pour autant renouer avec la croissance. Notre endettement est devenu cette montagne d'euros qui échappe à toute compréhension et, a fortiori, à tout contrôle.
Devant cette crise de l'endettement, il faut l'avouer aux enfants : vos parents ont fait de colossales bêtises. Ils ont longtemps laissé leur bateau se remplir d'eau.
Ils laissent pantois, les chiffres cités lors des sommets européens de la dernière chance ! Pour les très grandes distances, on a inventé les années-lumière. Pour les très grands déficits et les très grands sauvetages, il faudrait inventer une unité de mesure qui franchisse les limites du monde connu.
Mille milliards d'euros. C'est le montant du Fonds européen de stabilité financière. Déjà, c'est beaucoup mais on nous dit que c'est encore trop peu : il en faudrait deux fois plus pour rassurer les marchés. Devant ces montagnes de billets, on est intimidé et pris de vertige. Comme les enfants, on lève alors la tête vers les adultes pour se rassurer.
Les économistes et les gouvernants doivent maîtriser la situation et savoir ce qu'il convient de faire. Forcément. Eh bien non, ils ne savent pas.
Devant cette crise de l'endettement, il faut l'avouer aux enfants : vos parents ont fait de colossales bêtises. Ils ont longtemps laissé se remplir d'eau leur bateau, qui aujour-d'hui s'enfonce. Ils essaient enfin de réparer mais en réalité, ils écopent.
En Grèce, dont la dette menace l'euro, on veut logiquement réduire les charges. Mais on étrangle les gens en diminuant leur salaire et leur retraite, en précipitant la faillite des commerçants et des entrepreneurs alors que, dans le même temps, seul un Grec sur sept paie l'impôt. Dans ce pays sans État, ou presque, on ne compte plus les fonctionnaires.
Oui, mais la Grèce, dira-t-on, c'est une exception. En France, tout de même, on gère mieux ! Moins mal, oui, mais bien mal quand même. Depuis 1974, notre pays n'a plus voté un budget en équilibre. Quand la splendeur des Trente Glorieuses est passée, quand la croissance s'est tassée, on a remplacé le manque à gagner par le recours à l'emprunt, tous les ans, en toute bonne conscience.
Aucun gouvernement, de gauche ou de droite, n'a voulu faire de peine aux Français - et risquer de perdre les élections - en leur disant qu'il fallait changer de modèle pour maintenir notre niveau de vie et notre niveau de protection et que cela passerait par des efforts, par la réduction de nos dépenses, par la réforme de l'État.
On a fait semblant de croire que la dette serait remboursée par la croissance, et que la croissance serait nourrie par la dette. C'est vrai quand les emprunts paient nos investissements dans le savoir, la recherche, l'industrie. Pas quand on tire des traites sur l'avenir pour payer nos dépenses de fonctionnement quotidien.
On a donc accumulé les déficits, creusé la dette, sans pour autant renouer avec la croissance. Notre endettement est devenu cette montagne d'euros qui échappe à toute compréhension et, a fortiori, à tout contrôle.
Devant cette crise de l'endettement, il faut l'avouer aux enfants : vos parents ont fait de colossales bêtises. Ils ont longtemps laissé leur bateau se remplir d'eau.
mercredi 26 octobre 2011
La confrontation des physionomies
L'histoire a produit des époques bien pires que la nôtre, avec invasions, famines, épidémies, guerres civiles, mais des plus déprimées, rarement. Rien ne va plus et tout ira de mal en pis. Rien ne s'arrange, tout se délite et se déglingue. Le tunnel que nous empruntons a une entrée et pas de sortie. L'éclairage vient de derrière. Devant, pas de lumières.
Les optimistes la bouclent. Leur voix serait dissonante : des paroles de comique troupier sur fond de chant grégorien. Ils se cachent, ceux qui ne croient pas que le pire est sûr. Au milieu d'une foule déprimée, un sourire permanent donne des airs de ravis de la crèche. Leur contentement est une insulte à la gravité des temps.La litanie des catastrophes en cours ou à venir ne les atteint pas. Ils échappent à la crise financière ils ne voient pas la crise économique ils ne ressentent pas la crise sociale ils ne perçoivent pas la crise morale ils ne comprennent pas la crise de civilisation. Ce sont les idiots du village planétaire.
On ne leur a pas dit que la dette se creusait, que les enfants seraient moins heureux que leurs parents, que la Terre se réchauffait. Ils ne savent pas qu'aux États-Unis la courbe montante de l'espérance de vie a commencé de s'inverser sous le poids de l'obésité, et qu'en Chine la croissance économique à tous crins déstabilise un peuple et sape une culture.
Emmanuel Valls, l'hidalgo sécuritaire Arnaud Montebourg le Fouquier-Tinville de la mondialisation Ségolène Royal, la petite soeur des pauvres et des indignés Martine Aubry, grande soeur des socialistes et porteuse de leur projet : les candidats à la primaire ont dit des choses intéressantes, mais pas éclairé le morne cours du temps.
Les perdants étaient en phase avec la lourdeur ambiante, le gagnant en rupture. Il faut observer les photos de François Hollande sans lire les légendes, regarder ses vidéos en coupant le son, saute alors aux yeux son large, franc, insolite, permanent, inconvenant sourire !
Quand on l'attend, il sourit quand il arrive il sourit quand on l'acclame, il sourit quand on l'attaque il sourit. On comprend qu'il se soit résigné à maigrir. On contrôle sa silhouette, pas son visage. Avec ses yeux ronds au-dessus d'un sourire généreux dans un visage joufflu, c'était Hamster jovial en campagne ! Avec dix kilos en moins, le sourire reste, le ravissement s'efface.
Les électeurs sympathisants de la gauche socialiste ont donc choisi un candidat échappant à la déprime ambiante, antithèse d'un président sortant voûté par un quinquennat de crise et crispé par la rupture. C'est la confrontation des physionomies et des physiologies.
Tentation de vaincre la crise en la contournant, tentative d'une sortie par le haut, espoir d'une issue douce ? Nous verrons.
Les électeurs sympathisants de la gauche socialiste ont donc choisi un candidat échappant à la déprime ambiante.
dimanche 16 octobre 2011
Primaire PS : un tour ça va, deux tours...
C'est bientôt fini. Les militants des partis de droite et leurs dirigeants sont à la torture depuis des semaines. C'est un peu comme si on leur avait placé de force un casque sur les oreilles, qui déverse en boucle les discours de tous les congrès du Parti socialiste depuis celui d'Épinay, et qu'on leur avait attaché les mains.
Les militants des partis de gauche et leurs dirigeants sont sur la brèche depuis des semaines. C'est un peu comme si on leur avait demandé d'engager un combat de boxe une main derrière le dos. Il s'agit de cogner, mais pas trop fort, parce qu'il va leur falloir, tous ensemble, après ces deux tours, taper sur la droite.
Les débats télévisés ont rassemblé un large public, le dernier compris, mais on sentait à la fin comme une lassitude dans l'opinion, une fatigue chez les candidats, et une crainte de dérapage de l'un des concurrents dans leur entourage. La faute à l'infernale mécanique des deux tours, que rien n'impose, même si notre système électoral nous y a habitués.
C'est entre les deux derniers dimanches que le ton s'est durci entre François Hollande et Martine Aubry. Le duel a fait monter la pression entre les deux candidats, jusqu'à considérer que l'un empruntait ses mots à la terminologie lepéniste ! Il était temps que le match s'arrête, parce qu'il faudra, dès ce soir, rassembler la gauche « molle » et la gauche « dure », et même la gauche « démondialisatrice ».
Le candidat arrivé en deuxième position au soir du premier tour, surtout si son tempérament l'y invite, doit jouer le rôle du challenger coriace et provoquer son adversaire pour avoir des chances de renverser le cours des choses.
Le candidat arrivé en tête, d'autant plus si sa nature l'y pousse, doit rassurer pour conserver sa position dominante et rassembler les électeurs des concurrents éliminés.
Si la primaire est une joute oratoire, la primaire à deux tours est un combat de catch. Si la primaire entérine la personnalisation de la politique voulue par la Ve République, la primaire à deux manches renvoie à la IVe et à ses jeux d'alliances, où un parti minoritaire pouvait faire et défaire des majorités.
Le Parti socialiste a en partie maîtrisé ces risques. Les attaques ne sont pas rédhibitoires et Arnaud Montebourg n'a pas forcé le trait dans le rôle de l'arbitre. Mais il n'est pas sûr qu'à l'avenir, quand l'enjeu sera pleinement mesuré et entré dans les moeurs, la compétition ne gagnera pas en brutalité, en coups bas, en manoeuvres, à gauche comme à droite.
Le scrutin majoritaire à deux tours a sa logique : au premier, on choisit au second, on élimine. S'agissant d'une compétition dans un même camp, faut-il aller jusqu'à l'élimination publique le combat fraternel doit-il devenir fratricide ?
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