TOUT EST DIT

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mercredi 25 mai 2011

Si Claude Guéant avait raison

Chaque fois que Claude Guéant, en tant que ministre de l’Intérieur, aborde le sujet de l’immigration, c’est un tollé, on voit l’opposition socialiste se dresser contre lui, l’accuser quasiment de racisme ou de xénophobie et de faire la course aux électeurs du Front national. Pourtant, lorsqu’il souhaite réduire de 10 % le nombre d’immigrés légaux entrant chaque année en France, soit 20.000 sur 200.000, le ministre pose un vrai problème. Il y a actuellement en France environ 500.000 offres d’emploi non satisfaites. Il s’agit d’emplois manuels peu qualifiés et mal rémunérés : dans de nombreux secteurs comme la restauration, le bâtiment, les services à la personne, les employeurs doivent recourir à des immigrés parce que « les Français de souche refusent les emplois difficiles où il faut se lever tôt et qui sont rémunérés aux alentours du SMIC » (Charles Melcer vice-président de la CGPME). Dans le même temps, le nombre de personnes vivant des aides sociales et de l’assistance avoisine les 4 millions, avec 1.7000.000 assujettis au RSA, nombre qui ne cesse de grandir.
Est-il inconcevable de réfléchir et de réaliser une certaine forme d’ajustement entre ces deux données ? Ne peut-on pas imaginer que 10 % des personnes touchant le RSA puissent trouver un emploi dans les secteurs déficitaires. Est-il honteux d’imaginer qu’un jeune au chômage devienne ne serait-ce que pour quelques années serveur de restaurant, manutentionnaire ou téléconseiller dans un centre d’appels ? Pour une partie de la gauche, poser ces questions est indécent. Mais qu’en pensent les Français ?

Lagarde au FMI: les conséquences

Christine Lagarde sera sans doute l'héroïne de ce mois de juin. Mais attention, sa situation est périlleuse à cause de l'affaire Tapie, qui n'est toujours pas réglée. De plus, si elle s'en va, il faudra la remplacer au ministère de l'Economie. L'édito vidéo de Christophe Barbier.


Tristiane Banon : Hollande et Fabius auraient couvert DSK

A en croire Christophe Dubois, un des auteurs de Sexus Politicus, non seulement le PS savait pour au moins une tentative de viol supposée de DSK, mais Laurent Fabius et François Hollande auraient fait pression sur la mère de Tristiane Banon pour étouffer l’affaire et éviter le dépôt d’une plainte : « Laurent Fabius et François Hollande, à tour de rôle, ont fait en sorte que cette jeune fille, dont ils connaissaient la mère, une élue socialiste, ne porte pas plainte pour tentative de viol et contribue à ce que tout se règle à l’amiable et sans bruit. Mais la presse aussi était au courant et n’a rien dit. »
Christophe Dubois jette également la pierre aux médias, accusés de complaisance: « De manière très factuelle, nous avons constaté, lorsque le livre est sorti, et alors que nous avons bénéficié d’une très grande couverture médiatique, des bonnes feuilles ayant été publiées, que les infos concernant Dominique Strauss-Kahn n’ont jamais fait l’objet d’une seule ligne dans les médias. Cela confinait à l’omerta. »
Des propos qui vont dans le même sens que ce qu’écrivait France Soir, cité par Vincent Bénard : « Or les « affaires » se seraient succédé en France et à l’étranger. La quasi-totalité n’aurait jamais débouché sur le plan médiatique ou judiciaire à l’exception de deux d’entre elles. L’une concernait en France une journaliste et l’autre aux États-Unis une haut fonctionnaire du FMI. Les autres se seraient déroulées en l’absence totale de la moindre procédure de police ou judiciaire ainsi que de la moindre allusion dans la presse. Elles auraient eu pour victimes plusieurs jeunes femmes, dont des militantes du PS et des Beurettes, selon nos informations émanant de proches, pourtant bienveillants à l’égard de DSK. Toutes ces affaires se seraient réglées à l’amiable entre les parents de ces victimes et des responsables du PS. Ces derniers auraient réussi à calmer, avec beaucoup de difficultés, ces sympathisants socialistes (certains s’étaient armés d’une hache ou d’un couteau, selon notre source) les persuadant de ne pas déposer plainte. »
Ces révélations, si confirmées, risquent d’entacher sérieusement l’image du Parti Socialiste. Nicolas Sarkozy semble en tout cas s’en réjouir : « En privé, le chef de l’État estime que l’affaire est un désastre pour le Parti socialiste, qui aurait perdu une partie du combat pour la présidentielle : celui de la morale.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Avec Obama, l’amour est aveugle

Ni corruption, ni ego boursouflé : les Européens admirent Barack Obama parce qu’il incarne un chef d’Etat intelligent et ouvert, très loin de ce qu’ils connaissent. C'est pour cela qu'il préfèrent fermer les yeux sur son vrai bilan. 

Dans son livre L’Audace d’espérer [Presses de la cité, 2008], Barack Obama se décrit comme un test de Rorschach, cette expérience de psychologie bien connue où l’on présente une série de taches d’encre à des sujets qui doivent dire ce qu’ils y voient. Il n’y a pas de bonne réponse. Mais chaque réponse, à sa façon particulière, est censée dévoiler les obsessions et les angoisses du patient. "Je suis l’écran sur lequel des gens de tendances politiques tout à fait différentes projettent leurs propres idées, dit-il. A ce titre, je ne peux qu’en décevoir certains, sinon tous."
Mais une des choses les plus curieuses, à propos de ceux qui soutiennent Obama, n’est pas qu’ils soient déçus – compte tenu des formidables espoirs qu’ils avaient placés en lui, c’était inévitable –, mais qu’ils lui vouent encore une dévotion fervente en dépit de ces désillusions. C’est comme si chaque déception était vécue individuellement, puis discrètement oubliée.

Le chômage et la misère plus élevés que du temps de Bush

Cela a longtemps été le cas des électeurs noirs aux Etats-Unis, qui continuent malgré tout à être plus optimistes que jamais pour l’Amérique, alors que leur sort ne s’y est guère amélioré. Le chômage, la misère et le nombre des saisies ont dépassé, et de loin, les chiffres du temps de George Bush, et l’écart entre Noirs et Blancs ne cesse de se creuser en termes de perspectives d’avenir. Et pourtant les Africains-Américains restent la base la plus fidèle d’Obama. Victimes d’un taux de chômage de 16 %, ils continuent de l’approuver à 80 % dans les sondages.
On retrouve la même contradiction dans l’attitude des Européens vis-à-vis du président des Etats-Unis. Elle n’a pratiquement pas changé depuis sa candidature à la présidentielle. Un sondage réalisé par le Pew Research Center en juillet 2008, avant l’élection, avait montré qu’Obama était plus populaire en Europe que n’importe où ailleurs, y compris en Amérique du Nord.

Guantanamo toujours ouverte

En Allemagne, en France, en Espagne et en Grande-Bretagne, ils étaient plus de 70 % à dire qu’ils lui faisaient confiance "pour faire ce qu’il faut dans le domaine des affaires internationales" et plus de la moitié pensaient qu’un nouveau président bouleverserait favorablement la politique étrangère américaine. Si, dans une enquête menée en 2008 par le Fonds Marshall allemand, 19 % seulement des Européens interrogés soutenaient la gestion par Bush de la situation internationale, un an plus tard ils étaient 77 % à approuver la politique étrangère d’Obama.
En septembre 2009, Craig Kennedy, le président du Fonds, affirmait : "Je me doute que, quand de véritables décisions politiques auront été prises, nous constaterons une évaporation de cette ‘euphorie Obama’, les Européens commençant à le voir davantage comme un Américain et moins comme l’un d’entre eux." Or, cela n’a pas été le cas.
Trois ans plus tard, il part de chez lui – où, même après l’assassinat d’Oussama Ben Laden, sa cote de popularité se situe aux alentours des 50 % – et se pose sur un continent où plus de 70 % des habitants estiment qu’il fait du bon boulot.
Ce qu’il y a d’étrange, c’est que beaucoup de ce que les Européens détestaient du temps de Bush est toujours en place à la veille de la candidature d’Obama à sa réélection. Guantanamo n’a pas fermé ses portes, les transferts clandestins de terroristes présumés se poursuivent, il y a plus de troupes déployées en Afghanistan, et il y en a encore en Irak.
De plus, l’Europe est en partie responsable de l’enlisement dans certains secteurs de la politique étrangère. Le problème de Guantanamo tient entre autres au fait que les gouvernements européens ont refusé de prendre nombre des détenus en charge. Certains ont salué l’intensification des opérations américaines en Afghanistan, tout en se disposant à retirer unilatéralement leurs propres forces.

De "Yes we can" à "Ça pourrait être pire"

Le principal argument invoqué à décharge par Obama, tant à l’étranger qu’aux Etats-Unis, c’est que la situation était catastrophique quand il est arrivé, et qu’elle ne ferait que s’aggraver s’il s’en allait. C’est vrai. Mais on est bien loin de la rhétorique flamboyante qui avait accompagné son ascension au pouvoir. C’en est fini du "Yes we can". Aujourd’hui, c’est plutôt : "Ça pourrait être pire."
Les élites politiques européennes sont frustrées depuis longtemps. "J’exagère peut-être, mais je pense que [cette tournée européenne] devrait être l’occasion de remettre à plat les relations avec l’Europe", déclare au Washington Post Heather Conley, directrice du Programme Europe au Center for Strategic and International Studies. "Les leaders européens ont du mal à se positionner par rapport à Obama. Il a suscité beaucoup d’attentes, mais maintenant ils se demandent : 'En quoi est-il différent ?'"
Cette attitude tarde encore à gagner le discours ambiant. Alors pourquoi les Européens l’aiment-ils tant alors que son bilan est si maigre ? Pour une bonne part, ils aiment chez lui les qualités qu’ils lui ont toujours prêté. Il n’est pas George Bush, même si l’on peut se demander combien de temps cette définition négative tiendra la route. Il est apparu à un moment où les dirigeants européens faisaient grise mine.
Les Européens aiment Obama plus que les Américains eux-mêmes. Mais surtout ils l’aiment plus que leurs propres gouvernants. Moins d’un tiers des Italiens et des Français, respectivement, approuvent Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy, seulement un Allemand sur deux trouve Angela Merkel crédible. La cote de David Cameron n’est pas tellement meilleure.

L'obamaphilie européenne : reflet des faiblesses de l'Europe

Brillant, charismatique, télégénique, Obama n’a aucun scandale sexuel à se reprocher, si bien que par comparaison il représente la possibilité d’une démocratie conduite par des citoyens intelligents et soucieux de l’intérêt général, par opposition aux opportunistes, aux égocentriques et aux dépravés. Tout se passe comme si sa capacité démontrée à poser les vrais problèmes dans toute leur complexité avait permis à certaines personnes de ne faire aucun cas de son incapacité à y apporter des solutions.
Mais, à bien des égards, l’obamaphilie européenne a toujours reflété aussi bien les faiblesses que les forces du continent. Comme les royalistes en quête d’un monarque éclairé, en lequel ils pouvaient placer de grandes espérances mais sur lequel ils n’avaient aucun contrôle démocratique, ils ont décidé de ne pas se servir de leur propre pouvoir, mais au contraire de compter sur celui d’un autre.
Et ces faiblesses se sont aggravées. Tandis que les effets de la crise financière continuent de se faire sentir, le continent s’efforce de rester soudé. La Grèce et l’Irlande sont au bord du défaut de paiement, le Portugal va devoir être renfloué, les Espagnols sont dans la rue. L’avenir de l’euro a été ouvertement remis en cause.
Et, tandis que bon nombre des problèmes touchant les relations transatlantiques demeurent, presque tout le reste a changé. Le printemps arabe a mis à nu le déclin de l’influence des Etats-Unis et de l’Europe sur le monde, tandis que la volonté des Européens de conserver la présidence du FMI a quelque chose d’anachronique face à la montée en puissance d’économies en développement plus dynamiques.
L’attitude des Européens envers Obama en dit plus long sur l’Europe que sur le président des Etats-Unis. Et ce qu’elle révèle, que ce soit sur les Européens ou sur Obama, n’est pas vraiment glorieux.

mardi 24 mai 2011

Radars: ne cédons pas !

Claude Guéant doit tenir bon face à la fronde des 73 députés UMP qui s'opposent à la suppression des panneaux avertisseurs de radars. L'édito vidéo de Christophe Barbier.



Un retour forcé à plus de modestie au PS

La page DSK se tourne, mais le show des primaires continue au PS. C'est désormais le possible duel Aubry-Hollande qui est à l'affiche. De quoi rebattre les cartes. De challenger, François Hollande récupère le rôle de favori des sondages et de candidat « extérieur » à l'appareil. Martine Aubry, elle, est pour l'instant dans la position d'un Dominique Strauss-Kahn forcé par ses responsabilités à ne pas se déclarer trop tôt, et plus contrainte que réellement désireuse de s'engager dans la campagne présidentielle. Une distinction plus marquante que leur positionnement politique respectif. François Hollande cultive ouvertement un modèle « démocrate » plus que socialiste. Et si Martine Aubry apparaît depuis le congrès de Reims plus à gauche que son prédécesseur, c'est surtout pour avoir été la candidate du « Tout sauf Royal », - associant l'aile gauche et l'aile droite du parti - même si rien ne l'éloigne d'une ligne sagement social-démocrate. Un autre point, pour l'heure, les rapproche : une certaine modestie. Il est sûr que Martine Aubry ne pense pas à devenir présidente chaque matin en se rasant. Elle en est à assurer qu'elle « prendra ses responsabilités » ; un sens du devoir déjà mis en pratique avec succès depuis son arrivé à la tête du PS. Et François Hollande se veut un « candidat normal ». Acceptons en l'augure. Il s'agirait d'un signe positif après la personnalisation à outrance de ses dernières années, à droite comme à gauche. Si cela devait remettre au centre le projet et l'engagement collectif plutôt que la quête de l'homme providentiel, le séisme DSK n'aurait pas eu que des effets négatifs.

Le cas DDV

Où est-il dans l’univers électoral tourmenté de la France de l’avant 2012 ?

On croyait que le procès en appel de Dominique de Villepin permettrait de clarifier sa situation et débarrasserait son chemin des obstacles dressés par la sale affaire Clearstream. Mais quel que sera le verdict final, il ne lèvera pas le doute politique qui accompagne comme une traînée de poussière lumineuse et sombre la trajectoire singulière du dernier Premier ministre de Jacques Chirac.

Cet homme est un mystère et une question. Ou plutôt une somme de questions. Comment prévoir les comportements de cet ovni qui évolue dans une galaxie dont lui seul connaît les repères ? Car cet héritier du gaullisme au verbe haut cultive instinctivement une forme de solitude qui le met à l’écart du reste de la classe politique. Et une soif de grandeur que la temporalité de l’action ne parvient pas à étancher.

Le prix d’un positionnement aussi risqué ne le dérange pas vraiment. Il ne peut concevoir le rassemblement qu’autour de lui. Qui l’aime le suive ! Et tant pis si l’audace de ses stratégies est dangereuse ! Et si le goût du panache désoriente jusqu’à ses plus fidèles grognards. Le programme charpenté mais iconoclaste, présenté en avril, n’a-t-il pas provoqué le départ d’un de ses collaborateurs les plus proches, désertant par désaccord avec la surprise du chef.

Un tel tempérament ne pouvait s’accommoder d’un rival aussi différent que Nicolas Sarkozy. C’est bien la détestation entre les deux hommes, une détestation à mort submergeant tout, une détestation romanesque et désormais cinématographique - elle donne son rythme à «La Conquête» - qui est au cœur de l’affaire Clearstream. C’est bien elle qui a motivé l’appel interjeté par le parquet, probablement soufflé par l’Élysée, après l’acquittement de DDV en première instance. C’est elle, aussi, qui a inspiré le commentaire assassin de l’intéressé, hier soir, après les six heures du réquisitoire prononcé contre lui.

Cet épisode judiciaire a mis en évidence l’inutilité de ce nouveau procès. Tout ça pour prolonger la torture d’un homme dont on a manifestement juré la perte et qui proteste de son innocence. Tout ça pour que le procureur réclame 15 mois avec sursis, trois de moins qu’en première instance... Tout ça pour qu’on ne connaisse pas vraiment, non plus, la vérité, et qu’on ne sache jamais si un Premier ministre a fermé les yeux sur une machination destinée à salir son rival. Tout ça, surtout, pour que l’ancien chef de gouvernement ne puisse, ni ne veuille, se présenter à la présidentielle...

S’il le peut, DDV «ira» pourtant, comptez sur lui pour ça. Il n’a déjà plus rien à perdre, même pas sa femme qui a pris le large. Alors, même sans un sou vaillant ni aucune chance de l’emporter, il ira. 5 % lui suffiraient. Ce serait juste assez pour faire trébucher l’adversaire. Le petit caillou de la haine.

Révoltes arabes : l'isolement d'Israël


Au Proche Orient, les aiguilles de l'horloge ont beau tourner, l'heure est toujours la même. Bloquée. Refus de dialogue. Confrontation. Déni d'existence. Violence. Humiliations. Depuis soixante-quatre ans, Israéliens et Palestiniens ne sont pas parvenus à s'entendre sur un partage équitable de la terre. Même lorsqu'ils furent à deux doigts de le faire, sous la présidence Clinton.

Pourtant, aussi immuable que puisse paraître ce statu quo, les bouleversements en cours dans le monde arabe viennent de changer les paramètres de cette confrontation israélo-palestinienne. Les équilibres de l'après 11-Septembre ont vécu, tout comme certaines alliances. Un compte à rebours vient même d'être lancé avec le projet de reconnaissance d'un État palestinien, en septembre prochain, par l'Assemblée générale des Nations unies.

Pas davantage que ses partenaires occidentaux, le gouvernement israélien n'avait vu venir la révolte des jeunes arabes et sa rapide diffusion. Il n'en a pas moins mesuré immédiatement ses répercussions potentielles, jugées généralement négatives pour la sécurité d'Israël.

Ainsi, l'allié égyptien, qui, sous Moubarak, cogérait le bouclage de Gaza, ne sera plus aussi bienveillant à l'égard d'Israël, quelle que soit l'issue de la transition. La déstabilisation du régime syrien, plaque tournante dans la région, irradie chez tous les voisins sensibles (Liban, Iran, Irak, Turquie). Elle vient de perturber jusqu'à la tranquillité (certes blindée) du Golan. Enfin, le rapprochement de circonstance entre les factions palestiniennes ennemies, le Hamas et le Fatah, prend Tel-Aviv à contre-pied.

La peur du vent démocratique

Si on ajoute la menace iranienne et le refroidissement des relations israélo-turques depuis plus de deux ans, on mesure l'isolement considérable, et croissant, d'Israël. Avec une bonne raison, évidente : l'impossibilité de négocier tant que le Hamas menace son existence. Mais aussi avec un paradoxe nouveau : Israël, qui s'est longtemps targué d'être la seule démocratie de la région, a peur du vent démocratique.

À l'heure où le concept d'autodétermination des peuples et des sociétés civiles reprend sens, les arguments sont rares pour s'opposer à la reconnaissance par l'Assemblée générale de l'Onu, en septembre, de l'État palestinien. C'est ce qui inquiète les Israéliens, qui redoutent une troisième intifada (dont on a peut-être vu les prémices le 15 mai aux frontières d'Israël), et les Américains, qui rechignent à utiliser un veto qui serait plus impopulaire que jamais.

Dans ses récents discours à l'occasion de la venue à Washington du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, Barack Obama a posé les conditions d'une reprise du dialogue. Il demande aux Palestiniens de renoncer à la procédure onusienne, d'accepter un État démilitarisé ; au Hamas de reconnaître Israël ; aux Israéliens de travailler à partir des frontières de 1967.

Netanyahou a paru s'en offusquer. En fait, cette base de travail n'a rien de scandaleux ni de vraiment nouveau. En affichant aussi publiquement ses désaccords, le Premier ministre israélien a surtout voulu rappeler à Obama les contraintes qu'impose sa réélection. Il le redira probablement aujourd'hui, devant le Congrès. Au risque de continuer à s'accrocher à un statu quo injuste, chimérique et dangereux.




Baroin assure que la Chine est favorable à la candidature Lagarde au FMI

Le ministre français du Budget et porte-parole du gouvernement François Baroin a assuré mardi que la Chine voyait d'un oeil favorable une éventuelle candidature de la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, à la direction du Fonds monétaire international (FMI).
"Les Chinois sont favorables à la candidature de Christine Lagarde", a déclaré M. Baroin sur la radio Europe 1.
Interrogée à Pékin, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères n'a pas fait de commentaire directement sur Mme Lagarde.
Elle a renvoyé à des propos tenus la semaine dernière par le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, qui avait déclaré que la nouvelle direction du Fonds devrait "mieux refléter les changements dans la structure économique mondiale et mieux représenter les marchés émergents".
François Baroin a précisé que ce n'était pas à la France de s'exprimer en premier sur ses souhaits pour la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête de l'institution de Washington.
"Ce qui est en train de se dessiner, c'est un consensus européen (...), mais vous comprendrez aisément, compte tenu des circonstances de la démission du directeur général du FMI (accusé d'agression sexuelle aux Etats-Unis, ndlr), et qu'il n'y a pas d'orgueil national, que ce n'est pas à la France de se positionner en premier", a déclaré M. Baroin.
Les soutiens internationaux à une éventuelle candidature de Christine Lagarde se sont multipliés, mais cette candidature n'a pas encore été officialisée.
"C'est encore trop tôt pour dire" si Christine Lagarde sera candidate, a déclaré M. Baroin, qui a refusé de dire si le président américain Barack Obama soutiendrait une telle option.
"Nous ne voulons adresser aucun geste qui pourrait être interprété comme une forme de mépris des pays émergents, et aucun geste ou signe d'arrogance, compte tenu des circonstances", a dit le ministre.
Interrogé sur les implications pour une éventuelle candidature d'une possible procédure judiciaire contre la ministre dans le cadre du règlement controversé de la complexe affaire Tapie/Crédit Lyonnais, M. Baroin a dit "ne pas être inquiété par cette affaire".

Dettes : Grèce, Italie, Belgique... l'effet domino se poursuit

L'euro a accéléré sa baisse hier soir face au dollar, de retour au plus bas depuis la mi-mars, sous la zone des 1,40, à 1,3965/$ entre banques, avant de tenter de s'accrocher à cette barre symbolique des 1,40. La pression est venue cette fois de l'agence Fitch Ratings qui a placé la note de la dette souveraine de la Belgique sous surveillance négative, contre "stable", ce qui signifie qu'une dégradation est probable d'ici 12 à 18 mois.
Les analystes ont ainsi expliqué que cette note pourrait être abaissée si le gouvernement ne rejoignait pas les objectifs budgétaires qu'il s'est assignés. Or, l'agence considère qu'il sera difficile pour Bruxelles d'atteindre sa cible sans consensus politique sur la réforme constitutionnelle...
Dès vendredi soir, la dégradation par Fitch de 3 crans de la note de la dette à long terme de la Grèce, à "B+", contre "BB+", avec une perspective 'négative', avait mis la pression sur les marchés. De quoi souligner selon les analystes le challenge qui attend ce pays, les experts évoquant notamment les risques accrus de voir reporté le versement des fonds prévus par le plan d'aides de 110 MdsE par le FMI et l'UE.
En Italie, l'abaissement de la perspective de Standard & Poor's de la note du pays ce week-end a aussi contribué à plomber l'ambiance... L'agence a expliqué qu'il convenait de rester vigilant sur la situation transalpine, de quoi faire se tendre l'écart de rendement entre le papier obligataire italien à 10 ans et les taux allemands, à environ 190 pdb lundi...

lundi 23 mai 2011

Une ombre plane…

Si personne n’a aperçu Dominique Strauss-Kahn depuis son placement en résidence surveillée, son ombre est omniprésente, obscurcissant encore plus les primaires socialistes qui s’annonçaient déjà peu lisibles. DSK a démissionné du FMI, ce qui a le mérite de clarifier sa succession à la tête de l’institution. Il n’a rien laissé transparaître, en revanche, sur sa candidature à la candidature socialiste. Y croirait-il encore ? La guerre psychologique menée par son avocat Ben Brafman, qui assure qu’il sera acquitté, entretient peut-être dans un coin de sa tête l’idée qu’il pourrait être innocenté dès le 6 juin, date de sa prochaine comparution. Il ne serait pas hors-délai, alors, pour concourir ; mais franchement, cet espoir est irréel. Un, parce que la cohorte de détectives privés chargés de fouiller la vie de la victime présumée du Sofitel n’est qu’au début de sa battue. Deux, parce que les révélations sur la vie sexuelle de DSK et sur l’immense richesse du couple qu’il forme avec Anne Sinclair ont profondément modifié son image, qui colle de moins en moins avec l’idée que l’on peut se faire d’un homme de gauche.

Avant son arrestation déjà, il jouait dans le clair-obscur, multipliant les signes et les opérations de com’ sans franchir le pas. Le voici mué en fantôme. On peut comprendre son silence sur les accusations dont il est la cible. Son mutisme quant à ses ambitions politiques est plus étonnant. Il semble signifier : « Après moi le déluge. »

Pendant que les New-Yorkais font du tourisme pénitencier devant l’immeuble où DSK est assigné à résidence, les socialistes français tentent, encore abasourdis, de relancer la machine des primaires. Martine Aubry semble décidée (ou contrainte) à se présenter. Elle a eu une passe d’armes télévisée à distance, hier, avec François Hollande. La patronne et l’ex-patron du PS bénéficient tous deux de la mise hors jeu de Strauss-Kahn, ce qui n’est pas fait pour pacifier le parti.

Voici dix jours se dessinait une « finale » DSK-Hollande, et le second, encore distancé, réduisait l’écart sur le premier. Aujourd’hui Hollande est le mieux placé, mais Martine Aubry est loin d’être « larguée ». Et n’oublions pas Ségolène Royal, qui mène une campagne active sur le terrain, et que l’on aurait tort d’enterrer prématurément. Le Parti socialiste n’échappera pas à un combat des chefs.

La reconquête bientôt sur les écrans

Loin du tapis rouge de Cannes et du film « La conquête » sur son accession au pouvoir, Nicolas Sarkozy est allé modestement glaner quelques lauriers en Côte d'Ivoire. Au terme de six mois de crise politique et de guerre civile, il était le seul chef d'État européen à l'investiture du président Ouattara, à côté du patron de l'ONU. Depuis un mois, l'actualité s'est détournée de ce pays, où résident plusieurs milliers de Français. Mais cette visite sobre illustre le nouveau Nicolas Sarlozy. S'il intervient, « c'est à la demande de l'ONU » ; s'il laisse des troupes sur place, « c'est pour la sécurité, pas pour assurer la stabilité d'un gouvernement, fut-il ami ». On aimerait y croire ! Mais si la France parvient à accompagner une vraie transition démocratique et la réconciliation entre Ivoiriens, il pourra se targuer d'une dimension internationale, comme celle qui l'a fait devenir étendard de la révolte libyenne. Cette stature à peaufiner durant les réunions du G8 et du G20 de l'année forme un axe de sa reconquête de l'électorat. En France, il pourra bientôt faire oublier les mesures impopulaires du passé en élaborant un prochain budget national moins austère, présenté comme la récompense des efforts des Français. Nicolas Sarkozy construit ainsi sa nouvelle image d'homme d'État, doté d'une carrure mondiale. Cette stratégie à petits pas, ces ingrédients s'ajoutent pour transformer le vibrionnant « bling bling » trop bavard de 2007, en sage pour 2012, en père de la Nation, artisan de la démocratie dans le monde. Un pari osé mais que la mise sur la touche de son principal concurrent et les divisions et faiblesses de ses autres adversaires rendent désormais possible.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




«Martine» et «François»

Il faut croire que le «séisme» n’a pas eu d’effets secondaires durables. Huit jours après le violent traumatisme du 14 mai new-yorkais, le PS a déjà suffisamment récupéré pour retrouver son appétit pour la bagarre. Secoué, certes, mais pas au point de faire l’union sacrée derrière un seul candidat de consensus, désigné tôt. Comme s’ils n’avaient pas eu leur compte d’émotions et de peur avec le scandale DSK, les socialistes prendront donc tous les risques, et tous les paris, à commencer par celui de se diviser avant de se retrouver.

Dans une autre époque, si lointaine, quand tous les sondages promettaient encore à Dominique Strauss-Kahn d’atterrir à l’Élysée plutôt qu’au dépôt de police de Harlem - c’était il y a une semaine, c’était il y a un siècle -, Martine Aubry avait vanté les qualités de la «patience, une fleur qui fleurit en juin» pour masquer son hésitation personnelle. Mais cette année, la nature est en avance. Tout pousse plus tôt et plus vite. Alors hier, pendant que sa ville chavirait de bonheur avec le titre de champion de France de football conquis par le Losc, elle s’est lancée, elle, dans la bataille pour devenir la première des Français. En le disant sans le dire tout en le disant, en parlant d’envie (pour son pays, évidemment, «c’est la seule chose qui compte»), en confessant qu’elle «s’est préparée», en promettant de «prendre ses responsabilités», la première secrétaire mal élue du congrès de Reims a pris toute sa place au centre de l’attaque, numéro 9 sur le maillot pour devenir le numéro 1 de son équipe au coup de sifflet final, le 9 octobre prochain. Ça, c’est du timing !

Elle lui a succédé et ne veut pas le voir revenir par la fenêtre : elle est bien décidée, «Martine», à souffler le brassard de capitaine à «François» (Hollande), et dans les vestiaires, ça promet d’être violent. Les deux rivaux, qui ne s’aiment pas ont eu le même entraîneur historique : Jacques Delors. Le même père, biologique pour la première et spirituel pour le second. L’ancien président de la Commission européenne fera certainement souffler son esprit pragmatique sur le programme du vainqueur. Mais en attendant, chacun sait que les duels fratricides étant, comme dans Dallas, les plus impitoyaaaaa-bles, les deux héritiers - qui n’éprouvent guère d’affection naturelle l’un pour l’autre - ne se feront pas de cadeaux. Le TSH (tout sauf Hollande) est déjà prêt à fonctionner, même si l’intéressé, d’une formule sibylline, «ne veux pas l’imaginer».

La probabilité d’un clash sanglant (politiquement) est d’autant plus élevée que l’un et l’autre sont hauts dans les enquêtes d’opinion qui leur serinent qu’ils seraient élus, indifféremment mais à tous les coups, contre Nicolas Sarkozy. «La honte» du prisonnier à domicile de Broadway ne les a manifestement pas éclaboussés. C’est Miracle sur la 43 e rue, mais avec un happy end très incertain.

L’Ibère et le printemps

Le printemps arabe aurait-il franchi le détroit de Gibraltar ? La place Puerta del Sol, en plein centre de Madrid, a pris des airs de camp protestataire. Après les Tunisiens et les Égyptiens, voici que les jeunes Espagnols s’y mettent. Ils jouissent d’une totale liberté, pourtant, et leurs difficultés matérielles restent relatives par rapport à la misère africaine. Aucun despotisme ne règne chez eux. Leur colère vise un pouvoir issu des urnes, mais “sourd et aveugle” aux souffrances du pays réel. Un gouffre sépare désormais la base, avec 21% de chômeurs, et le sommet.

Le gouvernement de Zapatero, à l’heure des élections locales, subit un rejet spectaculaire. Il a dû accepter un draconien plan de rigueur imposé par Bruxelles sous la pression des marchés. Les financiers s’en trouvent satisfaits, tandis que le spectre d’une précarité grandissante hante la Péninsule. “Sine futuro” devient le slogan d’une génération qui s’estime privée d’avenir et donc d’espérance. Longtemps passifs, les Ibères semblent désormais aussi remontés que des Grecs. Les uns et les autres, à bout de nerfs, exigent une société plus juste. L’État les laisse revendiquer, et rien ne change. De quoi donner raison à Coluche : la dictature c’est “Ferme ta gueule !”, et la démocratie “Cause toujours”….

Un peu partout, par temps de crise, on voit la classe politique perdre la confiance des peuples. Puisse-t-elle la regagner très vite, avant que l’inquiétant vent du Sud ne balaie l’Europe entière.

Rêve centriste

Le jour de novembre où il a refusé de placer Jean-Louis Borloo à Matignon, préférant reconduire son rival François Fillon, Nicolas Sarkozy ne pensait pas se compliquer autant la vie. L'ex-ministre de l'Environnement a annoncé, il y a une semaine, qu'il y aura un candidat du centre droit. Pour sauver la majorité, assure-t-il. Au risque de faire chuter Nicolas Sarkozy, craint l'UMP.

Depuis l'élimination de DSK, champion socialiste des sondages, les choses ont changé. Toujours favorite, mais privée d'un leader évident et coupée dans son élan, la gauche se met à douter. Et la droite recommence à espérer. Si la cote de confiance de Nicolas Sarkozy reste dangereusement basse, les enquêtes unanimes traduisent un frémissement.

Cette éclaircie s'explique par les malheurs de Dominique Strauss-Kahn qui, par effet de contraste, valorisent un président candidat intelligemment silencieux sur celui qu'il avait lui-même recommandé au FMI. Elle tient aussi aux indicateurs économiques plus favorables, voire à la neutralisation provisoire de Dominique de Villepin, pour cause de procès Clearstream.

Ce contexte inattendu élargit aussi l'espace de Jean-Louis Borloo. Sa confédération centriste (Parti radical, Nouveau Centre, Gauche moderne, Convention démocrate, voire l'Alliance centriste), sorte de néo-UDF, espère intéresser un électeur sur cinq. Face au piaffant Hervé Morin, il s'impose à l'applaudimètre, porté par un mouvement qui ne se reconnaît plus dans le sarkozysme... Après s'en être longtemps accommodé !

Quelques bémols

Donc, tout va bien ? Pas si sûr. Jean-Louis Borloo fait le pari qu'il incarne une alternative capable de sauver une droite en perdition.

Premier bémol : Nicolas Sarkozy voit les choses autrement. Il considère que la multiplication des candidatures risque de rabaisser chacune vers un score éliminatoire. La présence de trois compétiteurs centristes ¯ Dominique de Villepin, Jean-Louis Borloo et François Bayrou ¯ lui paraît très dangereuse.

Second bémol : pour que l'opération Borloo ait une chance, il faudrait que les députés des partis fondateurs de sa Confédération quittent l'UMP. La plupart n'en décideront pas avant 2012, en raison du contrat qui les lie, y compris financièrement, au parti présidentiel et du risque de perdre leur investiture aux législatives.

Troisième bémol : il faudrait que Jean-Louis Borloo cesse de louvoyer, de faire ami-ami avec tout le monde. Pour devenir Président, il ne suffit pas d'être sympathique. Soit l'ancien ministre joue gagnant pour lui-même, et il devra se démarquer, sortir de l'ambiguïté, durcir le ton contre son ami Nicolas Sarkozy.

Soit il joue les rabatteurs de la majorité ¯ la menace Front national sera un bon prétexte ¯ et se rallie in fine au président candidat. Dans ce cas, il est à parier que la Confédération centriste éclaterait en vol. Dans sa critique du Président, Hervé Morin a atteint un degré de violence qui lui interdit de revenir vers l'UMP.

En impulsant une dynamique encouragée par les événements, Jean-Louis Borloo est devenu une des clés de la présidentielle. Avec le risque de transformer le rêve centriste en cauchemar pour la droite. Lourde responsabilité pour celui qui paraît parfois un peu dépassé par les effets de son initiative.





FMI : les soutiens à Lagarde se multiplient

La ministre française n'est toujours pas officiellement candidate à la succession de Dominique Strauss-Kahn.

La succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI) s'ouvre officiellement ce lundi. Selon le calendrier fixé par le conseil d'administration, les candidats au poste de directeur général ont jusqu'au 10 juin pour se faire connaître. Le conseil vise ensuite la fin juin - l'échéance n'est qu'indicative - pour désigner trois finalistes, les entendre à Washington, puis désigner le meilleur d'entre eux par consensus.
Plus que jamais, le nom de Christine Lagarde se détache. Déjà encouragée par Rome, Berlin, Vienne ou Luxembourg, la ministre française de l'Économie dispose depuis ce week-end du soutien de Londres. Soutien crucial, mais qui n'allait pas de soi, à lire la presse anglo-saxonne, assez hostile. Personne en Europe ne semble, de toute façon, avoir d'autre candidat à proposer. Le ministre belge des Finances a bien évoqué sa propre personne, dimanche. «Ce sont des fonctions qui ne se refusent pas», a déclaré Didier Reynders… tout en louant les qualités de Christine Lagarde et en reconnaissant qu'elle était favorite.

Désaccord parmi les pays émergents

Les pays de l'UE représentent 35,6 % des droits de vote au conseil du FMI. Il suffit donc que les États-Unis (16,8 %) et le Japon (6,25 %) se rangent à leur candidat pour que l'affaire soit pliée. En face, si le Mexique, le Brésil, l'Inde, la Russie, la Chine ou d'autres pays émergents déplorent le maintien de fait du monopole du Vieux Continent sur le poste, ils sont incapables de s'entendre sur un choix commun - le Congo soutient même la ministre française.
Paradoxe, la France n'a toujours pas officiellement proposé la candidature de sa ministre ! L'Élysée et Matignon restent muets. «Christine Lagarde a toutes les qualités pour être un excellent directeur général du FMI», a assuré Claude Guéant dimanche. Mais le ministre de l'Intérieur se contente de noter «que beaucoup de pays la soutiennent publiquement». Cette prudence peut s'expliquer par le calendrier posé par le FMI, qui pourrait s'avérer «piégeux». Une commission de trois magistrats doit décider dans un bon mois - donc après la date limite de dépôt des candidatures - de saisir ou non la Cour de justice de la République au sujet de l'intervention de Christine Lagarde dans «l'affaire Tapie». Si la réponse est positive et intervient après sa désignation officielle comme candidate des Européens, on imagine leur embarras et celui du conseil d'administration… Du coup - autre paradoxe - c'est de l'opposition que Christine Lagarde a reçu son soutien français le plus explicite : «Si l'Europe peut avoir ce poste et si une Française peut l'obtenir, cela serait une très bonne chose», a dit Martine Aubry. Et la patronne du PS d'ajouter : «Mme Lagarde, au-delà des divergences que l'on peut avoir (…), est une femme respectable.» Le Trésor américain va, comme d'habitude, jouer les faiseurs de roi. Il se contente de plaider pour un «processus rapide, mais ouvert, transparent et basé sur le mérite». Façon de dire que la tradition qui veut que le patron du FMI soit européen ne doit pas primer. Les Européens se sont d'ailleurs gardés d'avancer cette raison, vantant plutôt les qualités de Christine Lagarde. Le chancelier de l'Échiquier britannique, George Osborne, a ajouté un argument inédit : «Ce serait une très bonne chose qu'elle soit la première femme à la direction du FMI en soixante ans.»

Des inquiétudes demeurent

Pourtant, dans la réalité, les considérations nationales l'emportent de façon frappante sur les questions de fond : que veut-on faire du FMI ? En quoi l'institution doit-elle changer son approche de la gestion de la crise, notamment dans la zone euro ? Le plan de l'UE et du FMI en Grèce ne donne pas tous les résultats prévus, comment faut-il le modifier ? Sur ces interrogations, Christine Lagarde reste muette, puisque «non-candidate», et ses soutiens n'en disent pas davantage. Ce qui déstabilise employés du FMI et observateurs extérieurs.
Autre inquiétude, exprimée par Mohammed el-Erian, gérant du plus grand fonds obligataire du monde, Pimco, qui couvre pourtant Christine Lagarde d'éloges pour son expérience et ses talents de diplomate : sa nomination soutiendrait l'idée selon laquelle la gravité systémique de la crise de l'euro rend indispensable la présence d'un Européen à la tête du FMI. «Cette opinion n'a jamais été avancée lorsque l'épicentre des crises était en Asie ou en Amérique latine», rappelle cet ancien du FMI. Certains pays émergents - tout comme la Suisse, publiquement, dimanche - assurent au contraire que le Fonds serait plus crédible s'il était dirigé par un non-Européen, qui n'a pas participé à l'élaboration des plans de sauvetage de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal depuis un an.

Le cas Dominique

L'affaire Strauss-Kahn n'est pas seulement un fait divers lamentable ; c'est aussi une histoire qui restera dans les annales. Un cas, comme aurait dit Françoise Dolto.

Le cas Dominique. Voilà un homme brillantissime et hypercompétent, au profil de présidentiable idéal, qui se laisse entraîner dans le genre de tragédie qui brise une carrière en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Jusqu'à la résurrection suivante, puisque ces gens-là passent leur temps à renaître de leurs cendres.

À l'heure où j'écris ces lignes, il est toujours, malgré les charges, présumé innocent. Que DSK ait été le prédateur cromagnonesque, ivre de sa toute-puissance, que nous a décrit la police américaine. Ou que l'affaire se retourne, ce qui est déjà arrivé dans le passé à Strauss-Kahn. Mais, n'en déplaise aux complotistes d'Internet, la thèse du coup monté paraît peu crédible. Quel intérêt auraient eu la droite française à détruire un candidat qui n'était même pas encore déclaré ou certaines grandes puissances à carboniser un directeur général du FMI qui devait quitter son poste à la fin du mois de juin ?

Et quand bien même s'agirait-il d'un coup monté, Dominique Strauss-Kahn n'a pas eu, avec son départ précipité de l'hôtel, le comportement d'un présidentiable avisé, donc méfiant. Sans oublier qu'avec ses antécédents il aurait déjà dû repartir en courant à la vue de la femme de chambre.

Ce que traduit cette histoire dramatique, quelle qu'en soit l'issue, c'est bien la vérité d'un homme qui, au sommet de la gloire, reste toujours un homme et, avant même de monter la première marche d'un nouveau destin, accomplit ce que les spécialistes de l'âme appellent un "acte manqué", comme pour changer de route.

dimanche 22 mai 2011

L'Allemagne prête à accorder une nouvelle aide à la Grèce

Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble,affirme que l'aval de la Banque centrale européenne et du FMI seront indispensables.

Alors que l'agence de notation Fitch a abaissé vendredi la note de la dette à long terme de la Grèce, et que la ministre des français Christine Lagarde demande à Athènes de prendre de nouvelles mesures d'austérité fiscales, le ministre des Finances allemand évoque la possibilité d'offrir une aide supplémentaire aux grecs.
Dans une interview publiée ce dimanche par le journal Bild am Sonntag, Wolfgang Schäuble estime que des mesures pourraient être prise en faveur du pays, si ses efforts visant à réduire sa dette échouent. Ce soutien additionnel «est uniquement imaginable s'il est confirmé que les créanciers privés, comme les banques, ne se retirent pas de la Grèce en laissant les contribuables européens assumer l'entière responsabilité», précise néanmoins le ministre allemand. Il estime que les pays créanciers de la Grèce doivent d'abord s'assurer qu'Athènes est en mesure de surmonter ses difficultés économiques. «C'est seulement dans ce cas que nous pourrions, si nécessaire, discuter d'un allongement (de la maturité) des obligations que la Grèce doit rembourser l'an prochain», assure-t-il.
La visite d'inspection, arrivée au début du mois pour s'assurer qu'Athènes respecte les conditions attachées au plan de sauvetage de 110 milliards d'euros consenti au pays, a dû prolonger son séjour sur place. Des responsables espèrent qu'elle pourra rendre ses conclusions la semaine prochaine mais aucune date n'a été fixée. Wolfgang Schäuble affirme aussi que cette décision de donner un coup de pouce supplémentaire nécessitera l'aval du Fonds monétaire international (FMI) et, surtout, celui de la Banque centrela européenne (BCE). Vendredi, le FMI a en effet appelé la zone euro à adopter d'urgence un éventail de mesures plus complet pour régler la crise de la dette, mais une certaine réticence s'est faite jour du côté de la BCE.

«restructuration douce»

Georges Papandréou, le pemier ministre grec,doit présenter lundi un plan pluri-annuel contenant de nouvelles mesures destiné à renforcer l'assainissement budgétaire du pays. Il espère ainsi échapper à la restructuration de l'énorme dette dont il ne veut pas entendre parler aujoud'hui, mais que les marchés réclament. À la différence de la BCE, ces derniers se disent convaincus qu'Athènes ne pourra résoudre ses problèmes en se contentant du prêt d'urgence de 110 milliards d'euros déjà accordé par les pays de la zone euro et le FMI. Malgré un gros effort de réduction de déficit l'an dernier (cinq points de PIB), la Grèce est en effet toujours dans une situation budgétaire critique.
Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, est le promoteur depuis cette semaine d'une «restructuration douce» de la dette passant par un rééchelonnement. Il a plaidé au cours du week-end pour la création d'une agence indépendante du gouvernement grec chapeautant le programme de privatisations du pays. Athènes a prévu quelque 50 milliards d'euros de privatisations d'ici à 2015, dont les revenus doivent être affectés au désendettement. Cette option est combattue par la Banque centrale européenne (BCE), qui craint que la faillite pure et simple des banques grecques, et des réactions en chaîne dans toute l'Europe. Dominique Strauss-Kahn, ancien patron du FMI, était lui aussi sur la même ligne.
Déterminé à «sauver» son pays qui peut selon lui s'en sortir par ses propres efforts, Georges Papandréou doit se rendre à Paris dans la semaine, et rencontrer mardi les principaux responsables politiques de son pays pour trouver un consensus sur les mesures à prendre pour faire face à la crise. Cet accord exigé par les pays de la zone euro s'annonce cependant difficile à obtenir, le premier ministre devant faire face à une fronde, même au sein de son propre parti.

Légèreté

Ras le bol ! Même Ségolène Royal veut tourner la page. Le tsunami DSK a tout laminé cette semaine. Ce qui fait ordinairement le sel de la vie vous est passé sous le nez ? Utile alors, de brosser un rappel des petits riens, loin des sidérations qui vous ont ébranlés. Comme cette sécheresse qui grignote les campagnes. Elle n'est pas drôle pour les agriculteurs. Mais elle tresse un moral ensoleillé. Comme la vérité sur Fukushima, qui coûte sa place au patron de Tepco. Comme la jeunesse espagnole, qui gronde. Comme l'impatience d'Obama à vouloir baliser un nouvel Etat palestinien. Comme le festival de Cannes qui charrie de bons films. Pour sourire, il faut courir voir Podalydès en Sarkozy dans la Conquête. Bref, la vie continue. Aujourd'hui reprend Roland - Garros. Bientôt, le Tour de France et les vacances. En prime, c'est Séguéla qui le dit: Carla Bruni attendrait un petit garçon. Infiniment chagrinée par l'affaire DSK, la France se laissera - t - elle consoler par les babillages du chérubin, au printemps prochain ?

Pourquoi attaque-t-on la Libye et pas la Syrie?

Comment expliquer que les Etats-Unis et l’Europe bombardent littéralement Tripoli et se contentent de bombarder Damas… de réprimandes? Pourquoi tant d’acharnement à déboulonner le tyran libyen et tant de précautions vis-à-vis de son homologue syrien, tout aussi brutal? 
 Commençons par examiner la réponse la plus courante et pourtant erronée: «C’est une histoire de pétrole», aiment à répéter les gens. La Libye dispose d’une grande quantité de brut, contrairement à la Syrie. Selon cette logique, le véritable objectif de l’agression militaire contre la Libye serait à rechercher dans ses champs pétrolifères. Et si la Syrie échappe à une intervention militaire occidentale, c’est parce qu’elle n’a pas beaucoup de pétrole à vendre. 

Pas une histoire de pétrole

Cet argument ne tient pas la route. En effet, un Kadhafi au pouvoir était pour l’Occident une meilleure garantie d’accès au pétrole libyen que le chaos et l’incertitude qui règnent depuis l’opération militaire engagée contre la Libye. Sous Kadhafi, l’activité des compagnies pétrolières occidentales se portait très bien; la dernière chose dont elles avaient besoin était le changement.
Autre réaction répandue: on dénonce l’hypocrisie de Washington, qui nous a habitués au deux poids deux mesures et aux contradictions qui caractérisent ses relations internationales. Aussi juste soit cette observation, elle n’apporte pas grand-chose, car elle ne fait que pointer des incohérences sans en expliquer les causes.

Pourquoi El Assad agit-il en toute impunité?

Comment se fait-il que le boucher de Damas soit à l’abri des représailles exercées contre son jumeau libyen? Les motifs humanitaires qui justifient l’attaque contre le régime de Kadhafi (que j’ai soutenue) sont tout aussi recevables, sinon plus, dans le cas de la Syrie.
La brutalité génocidaire de la famille El Assad est à la mesure du courage suicidaire des Syriens. Depuis deux mois, ils font face aux tanks et aux balles sans autre arme que leur désir de changement. On les massacre, on les torture, on emprisonne leurs proches, et pourtant… les manifestants tiennent bon.
Même dans les villes où les très craints «chabihas» (les miliciens alaouites) ont réprimé la révolte populaire dans le sang, dont le gouvernement dit qu’elles ont «retrouvé le calme» et qu’elles sont «sous contrôle», la population continue de descendre dans la rue pour protester. A chaque fois, elle ne manque pas de se faire massacrer. Pendant ce temps, la réaction des Etats-Unis et de l’Europe est, pour le moins, anémique. Cinq éléments de réponse pour tenter de comprendre cette attitude.

1/ Une armée puissante

Tout d’abord, la Syrie est largement supérieure à la Libye sur le plan militaire: son armée a le plus gros effectif du Proche-Orient; les soldats sont bien équipés et entraînés. Le pays possède, par ailleurs, des armes chimiques et biologiques, sans compter que ses forces paramilitaires font partie des 13 plus importantes du monde. Ce qui n’est pas le cas des forces militaires libyennes, qui sont demeurées fragmentées et sous-équipées sous le règne de Kadhafi.

2/ Le gendarme du monde s’essouffle

Deuxième point: l’usure. La Libye a achevé d’épuiser le petit appétit guerrier qui restait aux Etats-Unis (s’agissant de guerres non motivées par des menaces évidentes pour leurs intérêts vitaux). Les dissidents syriens font les frais des longues et coûteuses guerres menées par les États-Unis en Afghanistan, en Irak et, aujourd’hui, en Libye. Dorénavant, toute intervention militaire de Washington, lorsque ses motivations sont indirectes, sera plus limitée et mûrement réfléchie. Tant il est vrai qu’en matière de guerre, l’Europe ne saurait exister sans le soutien des Etats-Unis. Quant aux valeureux dissidents syriens, ils sont livrés à leur propre sort.

3/ Le risque de déstabiliser la région

Troisième raison de ce choix de non-intervention en Syrie: les voisins. De part et d’autre de la Libye, se trouvent l’Egypte et la Tunisie –les joyaux du «printemps arabe». La Syrie, elle, jouxte le Liban, Israël, l’Irak, la Jordanie et la Turquie. Tout est dit.

4/ El Assad a de multiples soutiens

Quatrième élément de réponse: les alliés. Kadhafi n’a pas d’alliés. Ses propres fils voulaient l’évincer du pouvoir et, du reste, dans le cadre d’une décision sans précédent, la Ligue arabe s’est dite favorable à l’intervention militaire en Libye. Ce n’est pas le cas de Bachar el Assad, qui compte de puissants alliés au sein et en dehors de la région, à commencer par l’Iran (et, par voie de conséquence, le Hezbollah et le Hamas).
Il n’est même pas certain qu’Israël et Benyamin Nétanyahou préféreraient voir s’opérer une transition chaotique en Syrie plutôt que de laisser la famille El Assad aux rênes du pouvoir. Asma el Assad, l’épouse du dictateur syrien, avait reçu les honneurs du magazine Vogue à la faveur d’un portait avantageux: «La plus fraîche et magnétique des premières dames… chevelure et yeux bruns, cou élancé et d’une grâce énergisante.» Drôle de façon de bombarder...

5/ A qui s’adresser?

Cinquième argument: il n’y pas d’autres responsables politiques sérieux. Récemment, deux hauts fonctionnaires de la Maison Blanche ont déclaré que la timide réponse américaine face aux événements qui secouent la Syrie était en partie due à l’absence d’interlocuteur sérieux au sein de l’opposition. Washington ne sait pas à qui s’adresser. Un autre haut fonctionnaire américain, qui a tenu à rester anonyme, m’a expliqué avec conviction qu’en cas de renversement du régime syrien, le chaos et les massacres seraient bien pires que ce qu’ont connu les autres pays arabes où une transition démocratique est en marche.
C’est bien possible. En tout état de cause, les Syriens n’ont pas l’air d’être au courant de tout cela. Ils continuent à participer aux manifestations de rues –quoi qu’il leur en coûte.

Apple provoque une réaction «religieuse» chez ses adeptes

Son symbole est le fruit défendu, mais Apple causerait chez ses fans une réponse cérébrale «religieuse», nous apprend le site digitaltrends.com.

Un documentaire diffusé par la BBC mardi dévoile que le «culte d’Apple» est plus qu’une métaphore: les produits Mac stimulent la même zone du cerveau que l’imagerie religieuse chez une personne dévote.

Secrets of the Superbrands, présenté par Alex Riley, tente de décrypter les raisons des grands succès technologiques comme Apple, Facebook ou Twitter.

La première analyse était celle l’Imarque. Riley constatait l’attachement sentimental des utilisateurs de produits Mac, notamment en prenant l’exemple de  l’ouverture d’un Apple Store dans le centre de Londres à Covent Garden il y a un an. Des hordes de fans avaient fait la queue pendant la nuit pour être les premiers à pénétrer dans la boutique, dans une sorte de «fénésie évangélique», rapporte digitalternds.com.

Parti de cette première observation, Riley avait contacté un des plus grands fanatiques d’Apple, Alex Brooks, rédacteur en chef du site worldofapple.com, qui prétend penser à la marque 24 heures sur 24. Pour comprendre ce qui se passait dans sa tête, le présentateur lui avait fait faire une IRM pour étudier ses réactions face à des appareils Apple, et –sacrilège– le commun des autres produits.

Résultat: selon les neuroscientifiques chargés d’analyser les réponses de Brooks, son cerveau réserve un espace privilégié à la marque, celui de la foi chez les croyants. «Cela veut dire que les grandes marques ciblent ces zones cérébrales», a expliqué l’un des scientifiques.

L’évêque de Buckingham, interviewé dans l’émission, soutient cette analyse. Il souligne notamment que l’architecture de l’Apple Store a beaucoup de points communs avec celle d’un lieu de prière avec ses arches et ses sols en pierre. La BBC ose même appeler Steve Jobs «le Messie».

Sur le blog tuaw.com, également dédié à Apple, Michael Rose estime pourtant que le fait n’est pas particulièrement surprenant. Le journaliste affirme qu’on «pourrait probablement faire les mêmes observations chez des fans des Redsox [l'équipe de baseball de Boston] ou les groupies de Twilight».