TOUT EST DIT

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samedi 25 septembre 2010

PIRATAGE - Hadopi commence à traquer les internautes suspects

La Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), chargée de la riposte graduée contre le téléchargement illégal, a formulé ses premières demandes d'identification de pirates, a-t-elle annoncé mardi, confirmant une information du site PCInpact. "La Hadopi confirme que la CPD (commission de protection des droits, NDLR) a envoyé ses premières demandes d'identification", a déclaré le secrétaire général de l'organisme, Éric Walter, sans toutefois préciser le nombre de fournisseurs d'accès ayant reçu ces demandes.

La Haute Autorité avait reçu ses premières saisines officielles à la mi-août, en provenance des ayants droit, après une phase de test débutée fin juillet. La Hadopi doit avertir les internautes dans les deux mois qui suivent, si la CPD valide les saisines : les premiers courriels d'avertissement sont donc attendus pour la mi-octobre au plus tard. La demande d'identification des adresses IP* "flashées" par les ayants droit est une première étape, permettant ensuite l'envoi des avertissements aux abonnés et, le cas échéant, leur sanction. Les fournisseurs d'accès à Internet (FAI), seuls à pouvoir faire le lien entre une adresse IP et l'identité de l'abonné, sont légalement obligés de coopérer.

"La Hadopi s'est péniblement mise en route, elle a mis un an et, au lieu de développer l'offre légale, comme promis, elle passe directement à la machine à claques", a réagi Édouard Barreiro, chargé de mission "nouvelles technologies" au sein de l'UFC-Que Choisir. "Cela nous fait bondir, car on va commencer à sanctionner le consommateur, à l'empêcher d'aller sur Internet pour avoir accès à la culture, et on n'offre rien en échange", a-t-il ajouté. L'association de consommateurs précise avoir préconisé un système de "gestion collective" et une commission qui réunirait "les consommateurs, les sociétés de gestion collective comme l'Adami (société pour l'administration des droits des artistes et musiciens interprètes, NDLR), la Spedidam (société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes, NDLR) et les acteurs de l'industrie du disque".

* L'adresse IP est une série de quatre nombres (du type 123.123.123.123) qui identifie de façon unique une connexion à Internet (et non un internaute).

Nicolas Sarkozy, à quitte ou double

La cause semble entendue : à moins d'un coup de Trafalgar, la réforme des retraites sera adoptée et appliquée malgré quelques manifestations supplémentaires. Nicolas Sarkozy aura gagné ses galons de réformateur, même si les mesures prévues ne règlent que partiellement le problème des retraites, dossier qui devra être remis sur le tapis dans quelques années. Jusqu'au bout, l'Élysée restera vigilant, craignant un dérapage ou un incident qui embrase véritablement le pays. Mais, pour l'instant, le président et ses hommes considèrent que les jeux sont faits.

La vraie question est de savoir quelle conséquence politique sur la candidature de Nicolas Sarkozy la mise en oeuvre de cette réforme impopulaire peut avoir. Si la rue n'obtient pas satisfaction dans les manifs et les grèves, elle pourra bientôt s'exprimer dans les urnes. Cantonales en 2011, puis présidentielle en 2012, peuvent être le réceptacle d'une colère d'un peuple frustré de ne pas avoir été entendu. Certes, si Nicolas Sarkozy avait reculé en rase campagne, il était mort. La droite, qui lui reproche déjà de procéder souvent à des semblants de réformes, ne lui aurait jamais pardonné de caler sur celle-ci. Mais en la réalisant, il ne détient aucune garantie de reconnaissance de la nation. Ceux qui étaient pour la réforme trouveront normal qu'elle ait eu lieu. Et ceux qui étaient contre trouveront une justification supplémentaire à un vote hostile. Tout le problème pour le chef de l'État est qu'il veut retrouver la confiance du peuple modeste qui lui a apporté ses voix en 2007. D'où la politique sécuritaire. Mais les mêmes qui peuvent apprécier une poigne de fer du côté maintien de l'ordre peuvent se révolter contre ce qu'ils considèrent comme une injustice sociale. Sarkozy peut donc perdre d'un côté ce qu'il aura gagné de l'autre. Politique de gribouille ?

Journées d'actions : la stratégie des syndicats fera-t-elle un flop ?

Les syndicats poursuivent le mouvement de protestation contre la réforme des retraites. Réunis vendredi matin au siège de la CGT, ils ont décidé de deux nouvelles journées d'actions.

La première, le 2 octobre, juste avant l'ouverture des débats sur le projet de loi au Sénat et la seconde, le 12 octobre, afin de maintenir la pression sur les élus. Mais pas de radicalisation des moyens d'action, pas de grève reconductible donc.

Dès jeudi soir, Bernard Thibault assumait cette ligne : "Il nous revient, en tant que syndicats, de trouver des formes qui permettent la participation du plus grand nombre." Alors, contrairement aux précédentes journées d'actions, la prochaine manifestation aura lieu un samedi, comme l'avaient proposé la CFTC et surtout la CFDT. "Cela va nous permettre de toucher un autre public", "surtout après les tentatives de manipulation de l'Élysée, à côté de la plaque sur les manifs", explique Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC, en référence à l'écart entre les chiffres de la mobilisation fournis par les syndicats et ceux du Château, 3 millions de manifestants pour les premiers contre 997.000.

Plus de "poussettes" que de "salariés" ?

Mais tous les syndicats ne sont pas convaincus. "On n'a jamais été en faveur d'une manifestation le week-end, où il y aura plus de poussettes que de salariés, mais on a dû faire contre mauvaise fortune bon coeur", reconnaît Bernard Devy, chargé du dossier retraite à FO. Le syndicat dirigé par Jean-Claude Mailly, qui n'a pas signé le communiqué de l'intersyndicale publié à l'issue de la réunion, craint en fait que la manifestation du week-end tourne "à un rejet du président de la République et de son gouvernement" plutôt qu'à une véritable protestation contre le projet de réforme de retraites. Une tendance déjà observée dans les cortèges de jeudi où les banderoles simplement hostiles à Nicolas Sarkozy se sont multipliées. Or, pour lui, le seul moyen de faire plier l'exécutif est d'avoir recours à des arrêts de travail reconductibles. Un point de vue partagé par Jean-Marie Pernot, spécialiste du syndicalisme, cité par l'Agence France-Presse : "Le conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie, est plus attentif aux grèves qu'aux manifestations", considère-t-il.

L'intersyndicale fera le point sur l'efficacité des choix effectués le 4 octobre, entre les deux journées de mobilisation. Sera-t-il alors toujours possible de radicaliser les actions au cas où le gouvernement resterait ferme ? "Ce sera difficile", juge Bernard Devy ."On arrive au bout d'une démarche alors qu'on a en face de nous des gens rigides, qui affirment déjà qu'ils n'en bougeront pas". Un scénario qui rappelle celui de 2003 quand les salariés s'étaient lassés après une série de sept journées d'actions en deux mois. À l'époque, le ministre en charge du dossier n'avait pas cédé. Un certain François Fillon qui vient de réaffirmer un "non ferme et tranquille" aux manifestants et grévistes lors des journées parlementaires de l'UMP.


Arrangements en famille

Martine Aubry a souvent répété qu'il n'y aurait pas concurrence entre elle et Dominique Strauss Kahn pour la candidature à la présidentielle. On portait en général cette civilité entre bons camarades au crédit de sa volonté d'apaisement des querelles internes. Mais en affirmant hier sur France Inter qu'il y aurait « entente » et que la primaire au PS serait la confirmation de l'arrangement, Claude Bartolone transgresse la règle établie et admise. Certes, personne ne se faisait guère d'illusion sur les négociations et les combinaisons dans la coulisse de Solférino, mais pas au point d'imaginer que les primaires ne soient qu'une façon de les entériner. Reste à voir comment les militants apprécieront cette mise en berne du drapeau de la rénovation et la remise en cause de leur vote sur le mode de désignation du candidat.

Bavure verbale ou pas, le propos passera pour une volonté du courant majoritaire de contourner le dispositif et de ne pas entrer dans la compétition en toute transparence. Alors que chacun s'accordait à juger que l'intérêt des primaires était dans leur élargissement à la gauche, tout porte à croire que l'on va se retrouver, comme la dernière fois, dans un processus de choix du candidat socialiste par les socialistes. Déjà battu par la populaire Ségolène, DSK a sans doute envie de s'épargner l'épreuve.

D'autant que personne au PS ne prendra le risque d'une défaite qui signerait la mort politique d'une génération. S'il est candidat, Dominique Strauss Kahn, qui rassure les centristes, la droite et les classes aisées, peut espérer un ralliement du parti sans passer par la case « primaires ».

François Hollande, pour avoir pensé que la désignation se ferait sur le projet, se retrouve aujourd'hui dans une situation délicate qui ne lui laisse guère d'autre opportunité que de se rallier à DSK pour rester dans le jeu. Mais il peut aussi tenter de jouer la carte de la popularité et des idées en étant très présent sur le terrain et dans les médias. Avouez que cela ne manquerait pas de sel si, pour des raisons d'opportunité stratégique, François Hollande et Ségolène Royal, qui n'a peut-être pas renoncé à toutes velléités, décidaient de reformer un couple. Politique bien sûr.

Le hold-up de Biarritz

Ils ont chanté sous la pluie de Biarritz. Mais ce n'était pas sur un air sautillant de Michel Legrand, et sans l'absolue légèreté de Gene Kelly. Les flaques laissées par les averses politiques de ces dernières semaines et la mélancolie automnale d'un gouvernement usé ont ôté aux trois acteurs du jour toute envie de sourire. Jean-François Copé, Xavier Bertrand et François Fillon ont transformé les journées parlementaires de l'UMP en une tragi-comédie où les ambitions, les rivalités, les désirs de changement et les envies de continuité se sont télescopés et affrontés avec une férocité à peine dissimulée.
Les trois hommes sont désormais concurrents pour contrôler, d'une façon ou d'une autre, le parti majoritaire. Sans le moindre complexe, le président du groupe a lancé son OPA pour prendre les commandes du mouvement. A la hussarde, s'il le faut. Le député-maire de Meaux construit méthodiquement son parcours vers l'Élysée, horizon 2017, avec un culot très sarkozien. Mais ce chiraquien rallié trop tardivement, presque avec résignation, à la candidature Sarkozy, sait pertinemment que s'il attend qu'on vienne le chercher... il risque d'attendre très longtemps. Avec insolence, il a déjà écarté Matignon de son parcours et ne s'embarrasse guère de politesse pour abattre son jeu.
A l'exception d'un opportunisme sans état d'âme, tout éloigne le tempérament de cet énarque saillant et brillant, de la rondeur toute jésuitique de Xavier Bertrand. L'actuel secrétaire général s'est employé à se fondre dans l'ombre de Nicolas Sarkozy pour donner au président les gages d'une loyauté dépersonnalisée, expurgée de toute nuance. Il mise sur son effacement de bon disciple portant inlassablement et mécaniquement la bonne parole de l'Élysée quand « l'autre » ne cesse de jouer les enfants terribles pour toucher plus tard les dividendes de sa différence. Le premier tient encore l'appareil. Le second, les parlementaires, qu'il a séduits par son allant... et aussi par sa surenchère sécuritaire. L'un veut « en finir avec la langue de bois » -mais uniquement dans son livre- l'autre la revendique et la pratique avec ce brio lénifiant incomparable qui fait les vrais talents.
Les deux personnages, qui forment désormais un vieux couple politique, entretiennent depuis longtemps une authentique détestation. Aujourd'hui, ils ne peuvent plus la cacher, et leurs petits règlements de comptes entre ennemis intimes a tourné au pugilat par caméras interposées, sidérant les participants à la réunion de famille.
En mettant fin à l'affrontement de ces freluquets, le Premier ministre n'a pas seulement ramené le calme. Il a mis la main sur l'UMP. Un hold-up audacieux, sous les acclamations ! Les deux autres n'ont rien vu venir...

Vitesse et mondialisation

« Nous sommes à la fin d'un monde connu. »

« La société n'existe plus. »

Deux titres chocs. L'un dans la revue Bretons (1), où le philosophe et urbaniste Paul Virilio, auteur du Grand Accélérateur, met en garde contre la tyrannie de l'immédiateté. L'autre dans le journal économique Les Échos (2), où l'on rend compte du dernier livre du sociologue Alain Touraine, Après la crise.

« Le progrès et l'accélération du réel dominent désormais l'accélération de l'histoire », dit Paul Virilio. C'est un fait que nous avons le sentiment d'être entraînés irrésistiblement dans une sorte de course effrénée. Tout se transforme autour de nous : les transports, les communications. Les échanges se font de plus en plus rapides. Cette rapidité empiète sur la réflexion. On suit en courant, en s'adaptant comme on peut, sans trop se demander où va tout cela. L'essentiel, pour chacun, est de rester dans le coup. Cependant, sans qu'on s'en aperçoive, les relations changent de nature. Un mail est à peine reçu qu'il est lu et qu'on expédie la réponse qui donne lieu, en retour, à un autre mail immédiat. Et ainsi de suite... C'est, dit Virilio, « la fin d'un monde qui était un monde rythmique avec des saisons, avec un emploi du temps, avec des liturgies. Ce monde-là se termine ».

De l'opinion publiqueà l'émotion publique

De son côté, Alain Touraine constate que le monde des élites, celui des grandes institutions financières et industrielles, n'appartient plus au territoire national. Grâce à la globalisation, il est désormais du domaine mondial et s'affranchit de la tutelle des États. Les grands acteurs sociaux et les peuples sont dépassés, ne savent plus comment réagir face à cette dénationalisation de l'économie.

On comprend l'étonnement, la sidération des opinions qui tendent à se recroqueviller sur elles-mêmes avec le risque de se réfugier dans l'individualisme, le communautarisme, le sectarisme, la xénophobie engendrés par la peur d'être noyé dans un mouvement qu'on ne domine pas. Il se peut aussi que ces évolutions engendrent une énorme communauté d'émotions qui s'empare des publics. « L'opinion publique pourrait céder sa place à l'émotion publique », comme le craint Paul Virilio. Dans les deux cas,la démocratie se trouve mise en danger.

Faut-il avoir peur de tout cela ? Sans doute vaut-il mieux en être conscient pour s'efforcer de dominer ces évolutions. Mais comment y parvenir, sinon, pour les jeunes, par l'éducation. Ainsi les programmes d'histoire et de géographie sont plus importants que jamais pour que les nouvelles générations sachent qu'elles sont placées sur une trajectoire et qu'elles ne sont pas seulement dans l'instantanéité et dans la délocalisation.

Il y a problème aussi pour les religions. C'est une évidence qui leur impose d'intensifier leurs réflexions spirituelles en vue de réussir à transcender ces chocs et soubresauts.

Enfin, pour tous, c'est la nécessité d'un approfondissement qui permette de retrouver les valeurs essentielles résidant et souvent somnolant au coeur de chacun. Elles s'appellent, par exemple, la liberté associée à la responsabilité, la solidarité qui se traduit en engagement.



(1) Mensuel d'octobre 2010.


(2) Édition du 23 septembre 2010.

vendredi 24 septembre 2010

Retraites: Fillon oppose un "non ferme et tranquille" aux manifestants

En clôture des journées parlementaires UMP à Biarritz, le Premier ministre a maintenu le cap de la réforme, qu'il juge "nécessaire et raisonnable".
"Droit dans mes bottes", avait dit Alain Juppé en 1995, avant de céder. Quinze ans plus tard, au lendemain d'une nouvelle journée de mobilisation massive contre la réforme des retraites,

le Premier ministre François Fillon s'est contenté d'un "non ferme et tranquille".

"Il faut répondre calmement à la rue parce que gouverner c'est écouter chacun, gouverner c'est respecter chacun, mais gouverner la France c'est aussi parfois savoir dire non", a déclaré le Premier ministre dans son discours de clôture des Journées parlementaires UMP, ce vendredi à Biarritz.

"Non, avec le président de la République nous ne retirerons pas ce projet de réforme parce qu'il est nécessaire et raisonnable", a-t-il enchaîné au lendemain d'une nouvelle journée de mobilisation, refusant de revenir sur le report de l'âge légal de 60 à 62 ans.

"Nous ne renoncerons pas à l'augmentation de la durée d'activité, parce que si par malheur nous le faisions, alors nos régimes de retraites s'écrouleraient sous le poids des déficits", a aussi dit le chef du gouvernement sous les applaudissements.

"Non nous ne pouvons pas accorder à la somme de toutes les revendications le crédit d'incarner un projet alternatif"', a insisté François Fillon.

"Dans ce non ferme et tranquille il n'y a aucun orgueil car je refuse de considérer les manifestants comme des adversaires. Il n'y a aucun mépris car aucun Français n'est coupable d'avoir des convictions", a-t-il affirmé.

"Mais je le dis posément, nous conduirons cette réforme jusqu'à son terme car si nous tenons à notre héritage social, si nous tenons à garantir le niveau de nos pensions alors il n'y a qu'une seule façon sérieuse et responsable d'agir: il faut élever l'âge légal de la retraite", a insisté François Fillon.

Manifestations: pas une victoire pour les syndicats



En Vendée, les manifestations se succèdent, la mobilisation ne faiblit pas

La manifestation du 7 septembre contre la réforme des retraites avait surpris par son ampleur en Vendée. Plus de 15 000 manifestants avaient défilé dans les rues du chef-lieu vendéen. De mémoire syndicale, on n'avait pas vu pareille mobilisation depuis des lustres. Les organisations syndicales attendaient donc avec une certaine curiosité la manifestation de jeudi. Elles n'ont pas été déçues. "C'est du costaud", insistait Jean-Marc Jolly, patron de la CGT, deuxième force syndicale du département derrière la CFDT.
Pour les syndicats (CFDT, CGT, FO, UNSA, Solidaires, FSU, CFTC, CGC), près de 15 000 personnes ont piétiné les larges boulevards de la cité napoléonienne. Tout juste 10 000 selon la police. Auxquelles il faut rajouter les 2 000 à 3 000 manifestants qui ont défilé le matin à Fontenay-le-Comte, un secteur terriblement secoué par la crise économique. Derrière la traditionnelle bataille de chiffres, un bulletin de victoire pour les syndicats qui ont su mettre leur mouchoir sur leurs divergences pour lancer un appel unitaire. "Les salariés apprécient qu'on soit capable de se mettre d'accord", pense le "patron" de la CGT vendéenne.

"MARRE D'ÊTRE PAUVRE"

Cette concorde syndicale suffit-elle à expliquer le succès de cette journée en Vendée . La mobilisation semble en effet déborder les limites du champ syndical. Les manifestants aperçus dans les rues apparaissent très loin des appareils syndicaux ou des partis politiques : "Je ne suis encarté nulle part mais je pense que je vais m'inscrire au Parti socialiste, témoigne Tarik Chtibi, sans emploi, mais qui veut "défendre les acquis sociaux" de ses grands-parents. Lamya Bounaas, 35 ans, Alsacienne venue en Vendée "par amour", qui n'avait pas manifesté "depuis le collège", se trouve "en sympathie" avec la CGT, dont elle arborait l'autocollant sur le pantalon. Elle est là pour sa fille de 4 ans, handicapée, qui a besoin d'"une assistante de vie scolaire". Elle l'a écrit en grosses lettres sur un petit panneau bricolé à la hâte. La revendication semble décalée par rapport à la réforme des retraites. Mais qu'importe.

La manifestation apparaît comme une sorte de réceptacle anti-sarkoziste. "A la limite, j'en suis à me demander si les gens ont besoin d'un motif pour descendre dans la rue aujourd'hui", s'interroge Véronique Raimbault, qui travaille dans la communication. David, ouvrier-monteur, est venu manifester avec son fils. A 42 ans, c'est son baptême du feu. "Je suis là parce que j'en ai marre d'être pauvre, marre des interdits", s'agace-t-il, fier de pouvoir dire qu'il a une feuille de cannabis tatouée sur l'épaule. Mais il trouve la manif trop tendre. "Il faudrait que ce soit plus radical et qu'on monte tous à l'Assemblée."
Comme en écho à ses propos, une large banderole ("Travaillons tous moins et vivons mieux") a fait son apparition depuis quelques semaines dans les manifestations, celle de la Confédération nationale du travail (CNT). Le mouvement anarcho-syndicaliste n'avait jamais pu prendre racine dans un département longtemps considéré comme un "désert" syndical.

Dans le cortège de ce jeudi, les aînés n'ont pas non plus raté le rendez-vous. "Par solidarité avec les plus jeunes", clame Jacques Marquois, 77 ans, ancien directeur d'école, à la retraite depuis vingt-deux ans, qui brandit son drapeau de la Fédération générale des retraités de la fonction publique. Il touche 1 700 euros par mois, "mais c'est insuffisant si je veux aller en maison de retraite".

CET ARTICLE EST DU "MONDE" GRAND JOURNAL DE GAUCHE À PRÉSENT, PAS ÉTONNANT QU'IL NE PUBLIE QUE DES EXEMPLES GAUCHISTES.

Le commentaire politique de Christophe Barbier



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Femmes fatales ?


La journée d'hier n'a rien tranché. Dérisoire, la bataille des statistiques sur le comptage des manifestants ne livrera pas, de toute façon, la clé qui permettrait de mesurer l'adhésion ou le rejet du projet de réforme des retraites.
La fébrilité avec laquelle le ministère de l'Intérieur a voulu minorer la participation au mouvement et l'insistance des syndicats à démontrer qu'elle avait été plus importante que le 7 septembre ne mettent en évidence que les doutes des uns et des autres. Dans cette inévitable confrontation sociale, un point d'équilibre a sans doute été atteint sans que la principale contradiction du dossier ait été levée. Une majorité équivalente de Français (70 %) estime nécessaire une réforme et la juge injuste. On n'a guère avancé depuis le printemps et les chances d'aboutir à une forme de compromis dont la société française aurait besoin s'amenuisent.
La rue n'empêchera vraisemblablement pas le gouvernement de faire voter son projet par le Parlement, mais elle va le priver de sa substance politique. La contestation n'arrêtera pas la majorité mais elle ouvre la voie à une remise en question du dispositif pendant la prochaine présidentielle. Autrement dit, la France s'expose à un nouveau retard quand elle n'avait plus une seule année à perdre.
Les aménagements susceptibles d'être apportés par le Sénat ne pourront apparaître, désormais, que comme des petits bricolages insuffisants pour susciter un changement de regard sur un mécanisme forcément impopulaire. La question des femmes sera sans doute fatale à une réforme qu'elle aurait pu tirer vers le haut. On s'aperçoit aujourd'hui que le pouvoir avait entre ses mains les moyens de donner une vraie dynamique à ce qu'il présente comme la grande entreprise du quinquennat. S'il avait profité de ce rendez-vous du pays avec son avenir pour corriger les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes, il aurait donné un sens positif à un changement vécu, inévitablement, comme une pénitence. Il a préféré s'en tenir à un argumentaire démographique et comptable désincarné qui n'a pas réussi à convaincre que la réforme touchait en priorité les salariés les plus vulnérables. Cette image-là collera durablement à la peau de cette future loi. Bien plus que les péripéties de l'affaire Woerth qui, au bout du compte, n'aura pas pesé si lourd que ça dans la balance. C'est moins la parole sans surprise du ministre du Travail qui est en cause que son apparente surdité aux appels insistants d'un pays qui attendait plus d'imagination sur un tel dossier.



Au-delà de la guerre des chiffres...

Au-delà d'une guerre des chiffres qui serait drôle si elle n'était désolante, la mobilisation contre la réforme des retraites a, semble-t-il, atteint au moins le même niveau que le 7 septembre. Elle confirme un double mouvement un peu contradictoire, difficile à interpréter pour l'avenir : une contestation qui demeure très importante, en même temps qu'une forme de coup d'arrêt à la progression.

Pari seulement à moitié gagné, donc, pour les syndicats. Et pour cause. Les deux locomotives des grands mouvements sociaux de ces vingt dernières années ont un peu manqué à l'appel pour donner le coup d'accélérateur décisif. Le secteur public, transports en tête, est loin d'avoir donné toute la mesure des aptitudes mobilisatrices qu'on lui connaît. Non concernés directement par la réforme, arc-boutés à une conception très corporatiste du syndicalisme, les cheminots qui avaient tiré les grèves massives de 1995, sont restés largement en deçà de leurs capacités d'action.

Dans le même temps, les jeunes, qui avaient balayé le CPE (contrat première embauche) par leur enthousiasme militant en 2006, n'ont pas traduit leur rejet affiché au projet gouvernemental par un massif passage à l'acte d'opposition. Quant à la troisième locomotive d'appoint possible, celle des retraités, elle n'a pas carburé à plein régime. L'Élysée a réussi habilement à cloisonner les risques, en dissuadant les publics les plus nombreux ou les plus imprévisibles à manifester. En réussissant à les désintéresser, pour bonne part, d'un sujet qui les concerne pourtant au premier chef.Belle réussite de communi-cation.

Pour autant, l'Élysée est loin d'en être quitte. Et a sûrement eu tort de crier prématurément victoire sur le taux de grévistes en baisse. Comme si l'éventuelle résignation de certains salariés valait adhésion à sa réforme ! C'est aller un peu vite en besogne, même si le pouvoir peut tirer de cette journée des indications un peu plus rassurantes pour la suite. Car, après tout, les syndicats semblent désormais avoir du mal à enclencher la marche avant. Ils risquent d'ailleurs d'être débordés parles opposants politiques les plus radicaux, qui rêvent aujourd'hui d'en découdre frontalement.

Mais, même si la réforme des retraites allait jusqu'au bout sans grosse entrave ¯ ce qui reste à démontrer ¯ le gouvernement serait loin d'avoir dissipé tous les nuages sociaux qui pèsent sur le climat. Le débat sur les retraites a enkysté dans l'opinion, notamment dans les classes moyennes, un lourd sentiment d'injustice qui ne va pas s'évanouir comme par enchantement.

Au contraire, ce sentiment pourrait se nourrir et se renforcer au fil des nouvelles mesures de rigueur que le pouvoir commence à distiller, via le rabotage très sélectif des niches fiscales et les efforts un rien discriminatoires annoncés pour sauver l'Assurance-maladie. Avant de s'attaquer sans doute au lourd dossier de la dépendance.

S'il n'y prend garde, Nicolas Sarkozy pourrait être soumis à un réel effet boomerang. Il décrocherait, dans l'immédiat, le certificat de bravoure réformiste qui lui tient tant à coeur pour redorer sa légitimité de général en chef de la droite, mais il récolterait, en 2012, quelques solides déboires dans les urnes.


Comptages

Le saviez-vous ? L'arithmétique, c'est politique. Seuls les écoliers et les naïfs croient encore que un plus un égale deux. En réalité, un plus un égale ce que l'on veut, selon le point de vue, l'air du temps et l'opinion du capitaine. Hier, par exemple, le ministère de l'Intérieur a compté 997 000 manifestants : chiffre d'une précision admirable, qui a la double vertu d'être inférieur au million symbolique, et au chiffre de la précédente manifestation. De leur côté, les syndicats ont totalisé trois millions de manifestants : c'est rond, c'est gros, c'est autant que contre la loi Bayrou sur la laïcité et le CPE, projets naguère noyés dans le flot des manifestations. L'arithmétique permet ainsi aux deux camps de crier victoire. Et demain la bataille continuera sur le terrain des sondages, où le comptage fait que 1% plus 1% égale le pourcentage souhaité par le commanditaire.

La retraite, mais pas seulement

Les Français ont de nouveau manifesté, hier, contre une réforme que 70 % d’entre eux jugent par ailleurs “nécessaire”. Le paradoxe n’est qu’apparent. On admet volontiers que, vivant plus vieux, il faudra travailler plus longtemps. Reste à répartir équitablement les sacrifices exigés.

Ici, le bât élyséen blesse une large part de l’opinion. Le travailleur de base, rarement invité chez les Bettencourt, rechigne à payer l’addition alors que d’autres se passent les plats. C’est le “Bon appétit messieurs !” lancé par Ruy Blas aux ministres pas vraiment intègres.

Au-delà du problème “technique” des retraites, la rue exprime d’abord un vif ressentiment. L’impression que seuls quelques privilégiés éviteront le tsunami de la crise… Un symbole, rien de plus, le fameux “bouclier fiscal” ? Certes, mais du genre à nourrir durablement la psychologie des foules.

Néanmoins, on ne s’achemine pas vers une grève longue. Dans l’actuel contexte, les principales forces syndicales s’y refusent. Nul n’imagine, maintenant, le blocage du pays à la manière de l’hiver 1995.

Selon toute vraisemblance, la réforme de M. Woerth va finir par s’imposer. Mais le pouvoir, pour autant, aurait tort d’ignorer la montée des contestations. Parce que le “ras-le-bol” populaire vient de loin. L’irrationnel aidant, il pourrait même se propager bientôt là où personne ne l’attend…

Premier ministre, sujet secondaire

Avec les journées parlementaires de l'UMP, qui s'ouvrent ce matin à Biarritz et seront clôturées demain par François Fillon, les spéculations vont repartir bon train sur l'identité du deuxième - et sans doute dernier -Premier ministre de ce quinquennat de Nicolas Sarkozy. Le ministre de l'Ecologie, de l'Energie, Jean-Louis Borloo, pour l'ouverture au centre ? Le ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, Bruno Le Maire, pour jouer la carte de l'efficacité et des résultats, à dix-huit mois de la fin du mandat présidentiel ? Le jeune ministre du Budget et des Comptes publics, François Baroin, pour faire monter une jeune génération ? Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, pour redonner du pouvoir à Matignon ? Ou - même si l'hypothèse n'est plus la plus probable -l'actuel titulaire du poste, François Fillon ?

A vrai dire, il peut paraître singulier que cette question suscite encore un tel intérêt, tant la fonction politique de Premier ministre sort affaiblie des trois premières années de présidence Sarkozy. Contrairement à ce qui avait été pronostiqué par François Fillon lui-même, la réforme du quinquennat n'est pas, en elle-même, à l'origine de l'effacement du chef du gouvernement, lequel serait victime du surcroît de légitimité que donnerait au chef de l'Etat la concordance des mandats présidentiel et parlementaire. Même s'il aura marqué de sa rigueur la politique économique et financière, les nuances exprimées par François Fillon auront été trop minces, ses audaces trop rares, ses risques trop timides pour qu'il laisse une empreinte institutionnelle différente de celle des autres « premiers » Premiers ministres de la V e République.

Comme Pierre Mauroy ou Alain Juppé, ceux qui l'ont précédé à ce poste et à ce rang se sont inscrits, avec le chef de l'Etat, dans une relation de sujétion. « Le Premier ministre, sous la Ve République n'est pas toujours le chef réel du gouvernement et ce dernier, sauf en cas de cohabitation, et contrairement à l'article 20 de la Constitution, s'il "conduit" la politique de la nation, ne la "détermine" pas », résume Bastien François, professeur de sciences politiques, pour qui le quinquennat « ne change pas la nature du régime » (1). L'affaiblissement de la fonction primo-gouvernementale est plutôt à chercher dans la pratique d'un pouvoir que Nicolas Sarkozy a choisi d'exercer pleinement et François Fillon d'abdiquer largement. Est-il possible, dès lors, de construire une deuxième partie de quinquennat dont la physionomie institutionnelle serait très différente, avec un rééquilibrage des pouvoirs, au détriment de l'Elysée, à l'avantage de Matignon ? Un peu comme l'avait fait François Mitterrand, à l'été 1984, en appelant Laurent Fabius.

Les partisans d'une répartition des rôles plus équilibrée ne manquent pas d'arguments. Ils font valoir que, à son acmé, l'impopularité du chef de l'Etat se nourrit pour l'essentiel du reproche fait à la gouvernance sarkozyenne - l'hyperprésidence et son corollaire, l'hypo Premier ministre. Ce rejet présumé d'un président omniprésent lui imposerait, pour restaurer son image au moment où s'ouvre la dernière phase de son mandat, d'en venir à un schéma où, analyse un ministre prétendant au poste, « c'est Matignon qui gouverne et prend les coups ». Un président qui prendrait de la hauteur pour faire de la politique en vue de sa réélection à la manière d'un Mitterrand avant 1988 ? Un chef du gouvernement « les mains dans le cambouis » qui assure la bonne exécution des dernières réformes présidentielles et s'assure de tirer tous les résultats des précédentes ?

Le raisonnement est convaincant. Mais outre que, par inclinaison personnelle, l'on imagine mal Nicolas Sarkozy se muer en président au-dessus de la mêlée, le risque politique d'un changement aussi brutal qu'artificiel serait sans doute supérieur au bénéfice. « Dans l'oeil des Français, l'image rétinienne est celle d'un hyperprésident et on ne la changera pas », analyse à raison un visiteur très écouté du chef de l'Etat. « Faire resurgir de l'ombre une stature présidentielle qu'il a abaissée serait extrêmement difficile », confirme en d'autres termes le politologue François Miquet-Marty, directeur général adjoint de l'institut Viavoice. Surtout, fait-il observer, cette question de l'équilibre des pouvoirs est accessoire aux yeux des Français, au regard de leurs attentes, comme le sont les moyens en regard des objectifs : « Ils se moquent bien de savoir qui gouverne, du président ou du Premier ministre pourvu qu'ils voient les résultats de l'action politique. » Bien sûr, la désignation du prochain titulaire du poste - fût-il moins capteur de popularité que l'est François Fillon -n'est pas sans intérêt, car non dénuée d'impact sur le caractère de la dernière partie du quinquennat. Mais elle est très secondaire.

Bien plus déterminants pour Nicolas Sarkozy, dans la perspective de 2012, seront la situation de la gauche et celle de l'économie. La compétition interne à la candidature socialiste puis l'émergence de la personnalité qui affrontera le président sortant auront inévitablement pour effet de décentrer de la scène un chef de l'Etat qui, aujourd'hui, faute d'adversaire, déroule toujours un one-man-show politique. Pour corriger les travers de l'hyperprésidence, une vraie concurrence externe sera diablement plus efficace qu'une fausse concurrence interne. Reste aussi à espérer que, comme ce fut le cas au printemps 2005 après l'échec du référendum européen, la séquence économique soit en phase avec la nouvelle séquence politique. Plus rapide et plus forte que prévu, la reprise de la création d'emplois donne du crédit à ce scénario. Les 160.000 nouveaux postes attendus l'an prochain feront plus pour l'avenir de Nicolas Sarkozy que le seul poste de Premier ministre.

(1) « Quinquennat, conséquences politiques », Economica 2000.Jean-Francis Pécresse est éditorialiste aux « Echos ».

Gouvernance : la Commission européenne prône de durcir les sanctions

Les pays de la zone euro qui ne corrigeraient pas leurs principaux déséquilibres encourraient une amende représentant 0,1% de leur PIB.
Mercredi prochain, la Commission européenne doit présenter ses propositions législatives pour renforcer la gouvernance économique des pays de l'Union, et surtout des 16 Etats de la zone euro. Alors que le groupe de travail réuni par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy poursuit ses travaux, avec une nouvelle réunion de travail prévue lundi, le président de la Commission José Manuel Barroso et le commissaire aux affaires économiques et monétaires Olli Rehn veulent détailler leurs idées sur les sanctions , tout en proposant le cadre d'une nouvelle surveillance des grands déséquilibres macro-économiques.

Actuellement, les Etats ont accepté davantage de discipline budgétaire en promettant de soumettre chaque année les grandes lignes de leurs projets de budget à un examen européen en amont du vote par leurs parlements nationaux. Mais ils hésitent à aller jusqu'à des sanctions fortes contre les « mauvais élèves ». D'autant que 25 des 27 Etats membres présentent des déficits budgétaires supérieurs aux limites imposées par le pacte de stabilité et de croissance (3% du PIB) et des endettements publics également excessifs , au-delà de 60% du PIB. Pour éviter un enlisement du débat, la Commission va mettre sur la table une directive et cinq règlements. Elle prévoit de réserver les sanctions aux pays de la zone euro et de simplement désigner par des avis les fautes des autres. Elle écarte les sanctions politiques de type suppression des droits de vote.

· En cas de déficit excessif

Depuis le traité de Maastricht, il existe des sanctions en cas de déficit supérieur à 3% du PIB. Cette « procédure en déficit excessif » prévoit des « amendes » comprises entre 0,2 et 0,5% du PIB du pays fautif. Aucune amende n'a cependant jamais été prononcée, tant l'arme est lourde à manier. Face à leurs dérapages, les Etats, Allemagne et France en tête, ont préféré « se pardonner » mutuellement.

Pour ramener de la discipline au sein des 16 membres de l'eurozone, tous actuellement en déficit excessif, la Commission européenne propose de maintenir le principe d'une sanction financière égale à 0,2% du PIB. Mais il ne s'agirait plus de réclamer cette somme à un Etat fautif en fin de procédure. Il s'agirait à présent de retenir cette somme sur les versements communautaires dus à un Etat membre en la gelant sur un compte de dépôt non rémunéré, et ce en amont, dès que la Commission constate que l'Etat dérape par rapport à ses prévisions de redressement budgétaire. Ce gel s'annulera quand l'Etat se montrera prêt à rectifier le tir. Les sommes seront prélevées sur les aides agricoles, régionales ou pour la recherche… Peu importe l'origine des fonds, la Commission veut être maîtresse du jeu. « C'est un gel, si l'Etat corrige, il récupère ces sommes, le but n'est pas de punir, mais de prévenir et d'empêcher les politiques démagogiques de dernière minute par exemple lors d'élections », explique-t-on à Bruxelles. Au cas où l'Etat refuse toute mesure de rigueur, ce gel peut se transformer en amende. Pour la Commission, l'essentiel se joue moins sur les montants en jeu, que sur le mode de la décision : c'est le débat autour de « l'automaticité » de la sanction. Grâce au traité de Lisbonne, les 27 Etats membres réunis en conseil n'auraient plus comme aujourd'hui à voter pour approuver la sanction. Celle-ci s'appliquerait d'office, sauf si une majorité qualifiée d'Etats s'y oppose. Cela inverse la charge de la preuve : il faut voter contre.
· En cas de dette publique excessive

La Commission prévoit la même peine qu'en cas de déficit excessif, et c'est là une nouveauté, puisque ce critère d'endettement des Etats défini par le pacte de stabilité avait été largement « oublié » au cours des années passés. Là aussi, la sanction serait adoptée à moins qu'une majorité qualifiée des Etats membres ne s'y oppose, sachant que celui qui est directement visé ne prend pas part au vote.
· En cas de déséquilibre macro-économique

Des indicateurs (balance des paiements, productivité, coût du travail…) seront mis en place pour suivre les déséquilibres macro-économiques et notamment les écarts de compétitivité, au niveau de l'Union. Ils devront être suffisamment larges pour couvrir tout risque majeur et suffisamment sensibles pour en assurer une détection précoce. La palette d'indicateurs pourra être actualisée en cas de nouvelle menace ou de progrès notoire des instruments statistiques. Les pays de la zone euro qui ne corrigeraient pas leurs principaux déséquilibres encourraient un nouveau mécanisme de sanction : la Commission pourrait leur infliger une amende représentant 0,1% de leur PIB de l'année précédente à l'intérieur d'une somme plafonnée. Hors zone euro, les pays laxistes seraient simplement montrés du doigt par le biais d'un avis de la Commission.
· Sincérité des budgets

Face à l'hétérogénéité des pratiques budgétaires nationales, la Commission fixe des obligations minimales à respecter, en termes de comptabilité, de statistiques et de méthodes de prévision, pour élaborer les budgets nationaux. Elle insiste sur la nécessité de bâtir les budgets à partir de statistiques indépendantes et d'inclure dans la présentation les différents niveaux de dette, non seulement au niveau de l'Etat, mais aussi des autorités locales (régions, municipalités…) ou des organismes tels que, par exemple, la sécurité sociale.

La prochaine étape des retraites

Le gros de l'orage est passé. C'est la leçon des grèves et manifestations d'hier : au-delà des effets d'affichage, la mobilisation contre la réforme des retraites ne progresse plus. Sauf événement exceptionnel, elle va donc s'essouffler, « prendre d'autres formes » comme diront les syndicats. La loi déjà votée à l'Assemblée va être prochainement adoptée au Sénat. Et c'est tant mieux. Aussi imparfaite que soit cette loi, aussi injuste qu'elle puisse paraître à certains qu'on aurait aimé entendre protester contre les injustices du système actuel, elle va dans la bonne direction. Dans une France où l'on commence à travailler de plus en plus tard et où l'on vit de plus en plus vieux, il faut allonger l'horizon des retraites au-delà de l'âge de 60 ans. C'est une priorité absolue. Les deux autres voies pour sauver les régimes de retraite sont fermées, ou devraient l'être. La hausse des recettes serait une solution périlleuse dans un pays déjà champion mondial des prélèvements sociaux. Les cotisations sociales n'y ont jamais été aussi pesantes. Elles ont absorbé 18,3 % des richesses produites en 2009 contre 17,1 % pour le suivant, l'Allemagne, et 14 % en moyenne dans l'Europe. Les entreprises ne veulent pas entendre parler d'un alourdissement, et elles ont d'excellentes raisons. De l'autre côté, la baisse des pensions de retraite n'est souhaitée par personne. Les salariés et les retraités ne veulent pas en entendre parler, et ils ont d'excellentes raisons. Au passage, ceux qui rêvent de promouvoir la retraite par capitalisation devraient admettre qu'elle ne protège pas les pensions dans les tempêtes financières, comme on le voit aujourd'hui par exemple aux Pays-Bas.

Dans ces conditions, le prolongement de la vie active est la meilleure solution -ou la moins mauvaise. Il faudra prendre des mesures pour le rendre plus équitable, plus souple aussi. Il faudra surtout remettre à plat un système de retraite devenu au fil des ans à la fois un corset trop serré… et un échafaudage branlant. Mais la norme sociale des 60 ans va enfin sauter. Pour continuer d'avancer, pour réussir les inévitables réformes suivantes, la balle est désormais dans le camp des entreprises. Elles ont deux défis à relever. D'abord, garder les seniors. En déployant toute une boite à outils bien connue mais laissée au placard : formation, aménagement des carrières, tutorat… Ensuite, leur donner envie de travailler. Car si beaucoup de salariés veulent quitter la vie active le plus tôt possible, c'est aussi parce que le climat social en entreprise, comme dans la fonction publique, est trop souvent médiocre. Le plus dur reste à faire.

Lendemains

Moins de grévistes, autant de manifestants que le 7 septembre. Tel était, semble-t-il, l’« élément de langage » (c’est-à-dire l’argumentation commune à développer et à répéter au fil des déclarations et interviews) qui courait les états-majors syndicaux dès la mi-temps de la journée de mobilisation contre la réforme des retraites. Un succès, donc, expliqueront-ils, car le coût d’une grève pèse lourd sur la feuille de paie d’un salarié, et faire aussi bien que la dernière fois était déjà un beau pari, même si certains avaient avancé des pronostics plus ambitieux. De toute façon, la vérité des chiffres, une fois de plus, sera impossible à établir. Les observateurs et l’opinion devront arbitrer entre les estimations faites par la police et celles des organisateurs, couperont la « poire en deux » et commenteront plutôt les variations que les chiffres absolus. Ce succès revendiqué n’est pas une fin en soi ; les syndicats devront en tirer des leçons. Déjà, certains envisageaient des manifestations un dimanche pour rejoindre davantage de salariés. Tout en misant sur d’autres modes de contestation et des actions de lobbying auprès des parlementaires, pour amender le projet – adopté par les députés et qui doit être désormais examiné par les sénateurs à partir du 5 octobre. Mais ils ont à s’interroger sur la possible lassitude d’une partie de leurs troupes, sur l’effet négatif d’un déclin de la mobilisation. Il leur faut aussi évaluer l’adhésion réelle de l’ensemble des Français : la nécessité de la réforme est-elle admise par une majorité d’entre eux, convaincus du risque qu’il y aurait à ne pas réformer, même s’ils comptent sur l’action syndicale et politique pour modifier le texte dans un sens plus protecteur pour les salariés ? Ou bien y sont-ils largement hostiles, protestant « par procuration » au travers du ou des millions de manifestants ? En fonction de cette analyse – et au-delà des postures affichées en ces circonstances –, certaines organisations préféreront l’efficacité pragmatique : les changements obtenus prouvent que leur action n’aura pas été vaine. Mais d’autres, parce que leur but ne se limite pas au dossier des retraites, pousseront à radicaliser l’action. Et l’unité syndicale, si difficilement acquise, aura vite fait de se craqueler.

jeudi 23 septembre 2010

Paris répartit inégalement ses logements sociaux

Paris compte de plus en plus de logements sociaux, certes, mais ils sont de moins en moins bien répartis entre les arrondissements, selon un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) d'Ile-de-France présenté au conseil de Paris des 27 et 28 septembre.

Révélée par l'AFP, cette étude que le Monde s'est procurée, salue "la démarche volontariste" de la Mairie depuis 2001 dont l'effort financier dépasse celui de l'Etat. Mais l'objectif d'une meilleure répartition des logements "n'a pas été atteint", indique la CRC.
Alors que la capitale comptait en 2008, 178 749 logements sociaux soit 15,6 % des résidences principales, Bertrand Delanoë entend atteindre d'ici à 2014 le seuil de 20 % exigé par la loi SRU d'ici à 2020. Mais le rééquilibrage territorial n'est pas suffisant, selon le rapport. Près de la moitié des logements sociaux se concentre toujours dans les 13e, 19e et 20e arrondissements et la plupart du temps dans les quartiers périphériques.

Dans les dix arrondissements les plus déficitaires - du 1er au 9e et le 16e - "l'écart par rapport à la moyenne parisienne était plus grand en 2007 qu'en 2001", constate la CRC. Les 6e, 7e, 8e et 16e arrondissements comptaient, en 2007, moins de 2,5 % de logement sociaux contre 26,2 % dans le 20e, 31 % dans le 13e et 34,8 % dans le 19e.

La mairie fait valoir qu'elle crée en priorité des logements à loyers très bas dans les arrondissements les plus favorisés et des logements pour classes intermédiaires dans les plus populaires. Mais elle rappelle aussi les deux freins à la mixité sociale : la "pénurie foncière dans le centre de Paris" et l' "explosion des prix de l'immobilier depuis treize ans". M. Delanoë incrimine également "la forte opposition" de la droite parisienne et invoque "la multiplication des recours sur permis de construire" qui "contribue à retarder des opérations pourtant prévues ".

"Enkystées"

Le président du groupe UMP, Jean-François Lamour et Claude Goasguen, maire (UMP) du 16e ont vivement réagi, mercredi 22 septembre, aux accusations de la Mairie : "Les autorités municipales n'ont qu'à s'en prendre à elles-mêmes si elles perdent devant les tribunaux administratifs en face de riverains mécontents d'être ainsi mis devant le fait accompli", indiquent-ils. Pour Jérôme Dubus, élu (Nouveau Centre) du 17e arrondissement (10,2 % de logements sociaux), ce rapport "confirme que les inégalités sociales à Paris se sont profondément enkystées ".

La CRC constate néanmoins que la Ville "ne peut à elle seule répondre" aux besoins. La capitale "concentre 28 % de la demande" de logement de l'Ile-de-France "alors que son parc ne représente que 18 %". La part des demandeurs non parisiens dans les fichiers de la Ville "est passée de 9 % en 1997 à 20 % en 2007", soulignent les juges. Le rapport conclu à "la nécessité de partenariat entre l'Etat, la région, la ville et les communes limitrophes" pour remédier aux "disparités" de logements au niveau régional.
Béatrice Jérôme

La commissaire européenne Viviane Reding n'est pas la bienvenue à Paris

Viviane Reding, la commissaire à la justice qui menace la France de poursuites au sujet de l'expulsion des Roms, devait se rendre à Paris, jeudi 23 septembre. Jusqu'au bout, le programme de ce déplacement est resté incertain. Mme Reding souhaitait à l'origine rencontrer Michèle Alliot-Marie, la garde des sceaux, mais les autorités françaises lui ont fait savoir, début septembre, que l'entretien ne serait pas possible. Elle a dû se rabattre sur un déjeuner avec le secrétaire d'Etat au commerce et aux PME, Hervé Novelli. L'entourage de ce dernier ne confirmait pas le rendez-vous, jeudi matin. Il a été suggéré à la commissaire luxembourgeoise de renoncer à toute conférence de presse. "Mme Reding n'est pas la bienvenue", observe-t-on du côté français.

La commissaire continue de croiser le fer avec le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat avait critiqué le parallèle qu'elle avait fait entre les expulsions de Roms et la "deuxième guerre mondiale ". L'offensive a suscité un affrontement sans précédent lors du Conseil européen, le 16 septembre, entre Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso, le président de la Commission.

Cette dernière menace la France de poursuites pour non-transposition des garanties procédurales prévues en cas d'expulsions, et pour application "discriminatoire" de la directive sur la libre circulation des ressortissants européens. D'après nos informations, l'analyse juridique menée par les services de Mme Reding conclut bel et bien que les expulsions ordonnées par la circulaire du 5 août, qui ciblait "en priorité les Roms", ont posé un problème de "discrimination". Mme Reding suggère de lancer une procédure d'infraction dès jeudi 30 septembre. Pour l'éviter, le gouvernement français multiplie les pressions sur M. Barroso et son équipe. "Si la Commission attaque pour discrimination, cela sera vécu comme une déclaration de guerre", analyse un proche du dossier.

Mardi, Mme Reding a fait comprendre qu'elle ne souhaitait pas reculer. "Lorsqu'un homme tape du poing sur la table, c'est jugé viril, il se défend. Si une femme tape du poing sur table, elle est hystérique", a-t-elle lancé lors d'un point presse au Parlement européen.

Les autorités françaises ont répondu aux deux courriers de la Commissaire en septembre. "Toute mesure d'éloignement donne lieu à un examen circonstancié de la situation de chaque personne, dans le respect de la proportionnalité et sous le contrôle exigeant du juge", a écrit le gouvernement aux services de Mme Reding, mercredi. La circulaire du 5 août - annulée le 10 septembre - "n'a eu ni pour objet ni pour effet de créer, contrairement à la crainte que Mme Reding a pu exprimer, une quelconque discrimination". Sur les 550 campements illicites évacués, les deux tiers concernaient des gens du voyage français, et non des Roms, selon Paris.

Malvenue à Paris, Mme Reding a néanmoins reçu du soutien à... Strasbourg. Au Parlement européen, la gauche, les libéraux et les Verts l'ont exhortée à faire front. "Sur les Roms, la Commission a agi correctement. Nous ne devons pas la critiquer mais l'aider, et je dois l'inviter à s'en tenir à son point de vue", a demandé le président du groupe libéral/démocrate, le Belge Guy Verhofstadt.
Philippe Ricard

Retraites : de 997.000 à 3 millions de manifestants

Les syndicats, satisfaits, estiment que 2,9 millions (CFDT) à 3 millions (CGT) de personnes ont défilé en France contre les retraites jeudi. La police, elle, comptabilise moins de 1 million de manifestants.
Les manifestations contre la réforme des retraites ont rassemblé selon les syndicats de 2,9 millions (selon la CFDT) à 3 millions (selon la CGT) de personnes jeudi en France, soit davantage que lors de la précédente journée d'action du 7 septembre. La police, en revanche, estime que la mobilisation a faibli avec 997.000 manifestants en France contre 1,12 million il y deux semaines. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, a estimé « gagné » le « pari » des syndicats et « perdu » celui du gouvernement, d'un « affaiblissement » du mouvement. L'Elysée a fait état de son côté d'une « baisse sensible » du nombre de grévistes et de manifestants, y voyant le signe que peut-être les Français « adhérent davantage » au projet du gouvernement. 19,77% des fonctionnaires d'Etat étaient en grève jeudi midi, selon le ministère.

A Paris, la préfecture de police a dénombré 65.000 personnes dans le défilé entre La Bastille et Denfert, soit 15.000 de moins que le 7 septembre, alors que la CGT comptait 300.000 manifestants, soit 30.000 de plus que lors de la précédente mobilisation.

Le secrétaire général de l'Unsa, Alain Olive, a reconnu que le « taux de grévistes » en France était « inférieur » à celui de la dernière journée pour les retraites, le 7 septembre, mais que la participation aux manifestations était « comparable voire supérieure ». « Il faudra une suite si cela ne suffit pas pour que le gouvernement suspende son projet sur les retraites et rouvre des discussions », a déclaré Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, selon lequel le nombre de manifestants contre la réforme « s'annonce au même niveau ou plus élevé que le 7 septembre ». Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, juge que le gouvernement ne peut « pas rester sur sa position intransigeante », sous peine de voir arriver une « nouvelle phase de conflit ».

Côté perturbations, les transports étaient diversement touchés : le trafic des trains et avions étaient perturbés, mais celui des métros et bus parisiens étaient meilleurs que prévu. La SNCF prévoit un trafic perturbé jusqu'à vendredi 8 heures, avec notamment 1 TGV sur 2 en moyenne, mais de 1 sur 3 sur l'axe Sud-Est et de 1 sur 4 pour les trains province-province. Sur le réseau RATP, il est prévu 1 RER B sur 5 aux heures de pointe, 3 RER A sur 4 en moyenne. Dans le métro, le trafic est globalement de plus de 85%, avec 4 rames sur 5. Voici le détail des perturbations dans les transports et ailleurs :
A la SNCF

La direction de la SNCF recensait jeudi 37,06% de grévistes et la CGT-cheminots 49,85 %, des chiffres en recul par rapport au 7 septembre, où 42,9% (direction) et 51,8 % (syndicats) avaient été comptés.

Le trafic tôt jeudi matin était aussi conforme aux prévisions : pour les TGV, 1 train sur 2 en moyenne, mais de 1 sur 3 sur l'axe Sud-Est et de 1 sur 4 pour les trains province-province. Le trafic intercités devait être de 3 trains sur 10 et celui des TER de 1 sur 2.

Le mouvement avait démarré dès mercredi à 19 heures avec notamment la suppression des trains de nuit en France, mais le trafic nocturne international sur l'Italie n'a pas été affecté: les Paris-Rome et Paris-Venise ont fonctionné normalement, a précisé la SNCF. Jeudi à l'international, les prévisions de la SNCF se vérifiaient: les Eurostar (Londres) et Lyria (Zurich) roulent normalement. Il y aura 9 Thalys (Bruxelles) sur 10, 1 TGV sur 2 à destination de l'Allemagne, 7 trains sur 10 pour Genève et 8 sur 10 pour Lausanne.

Tout billet de grandes lignes valable sur la période est utilisable à bord de tout train circulant jeudi sur la relation considérée. Les annulations de voyages avec réservation seront possibles sans frais au guichet, quel que soit le tarif.

Pour toute information la SNCF conseille de consulter les sites www.sncf.com et www.infolignes.com pour tous les trafics, sur ww.abcdtrains.com pour les prévisions Transilien par gare, d'utiliser les numéros verts 0 805 903 635 pour Grandes Lignes, TER, Téoz et Intercités, 0 805 700 805 pour Transilien, d'écouter SNCF La Radio avec un point trafic toutes les 15 mn depuis l'application SNCF Direct sur smartphone et tous les sites internet SNCF, France Bleu Ile-de-France: 107.1 et depuis un téléphone portable d'utiliser sncf.mobi pour accéder en temps réel aux informations.
A la RATP

La direction de la RATP recensait 16% de grévistes jeudi, contre 22% le 7 septembre.

Dans le métro parisien, le trafic est globalement de plus de 85%, avec 4 rames sur 5, « meilleur que prévu », a indiqué la RATP jeudi matin. Pour les RER, le trafic sur la ligne A est de 3 trains sur 4 -mieux qu'anticipé -et de 1 train sur 5 sur la ligne B. Il y a 2 trains sur 5 sur les lignes C, D et E. Les bus parisiens fonctionnent normalement.

Pour toute information la RATP propose son sitewww.ratp.fr un numéro vert 0 800 15 11 11.
Etat du trafic

Jeudi à 9 h 45 : Métro : Lignes 1, 2, 7 bis, 10, 11, 14 : Normal. Lignes 3, 4, 5, 6, 7 : Quasi normal. Ligne 3 bis, 8, 9, 12, 13 : 3 trains sur 4. RER A zone RATP 1 train sur 2 (interconnexion maintenue à Nanterre-Préfecture). RER B zone RATP 1 train sur 3 (trafic interrompu entre Denfert-Rochereau et Gare du Nord). Réseau Bus : 3 sur 4 en moyenne. Tvm : Quasi normal. Tramway T1 : 3 rames sur 4. T2, T3 : Quasi normal.
Dans les transports en commun

En province, le trafic des transports en commun est très variable jeudi matin.

Dans l'ouest, il y avait relativement peu de perturbations, notamment à Rennes (métro normal, 70% de bus contre 30 à 60% de bus le 7 septembre), Nantes (trafic similaire à celui des vacances scolaires), Rouen (près de 80% des métros), Tours et Orléans. Mais à Brest et au Havre, le trafic était très affecté, ont indiqué les directions des réseaux, de même qu'à Evreux (environ 50% assuré).

Dans le sud, les perturbations étaient notables, en particulier à Nice (aucun bus ou tramway sauf en direction de l'aéroport), à Marseille (entre une rame de métro sur deux et 3 sur 4), Montpellier (moins de 50% des trams et bus). Mais à Toulon, les bus fonctionnaient normalement. A Toulouse, les bus étaient assurés à 65% et le métro automatique roulait normalement.

A Bordeaux, 70% du trafic bus-tram était assuré, à Limoges 75% des bus, à Poitiers 50%.

Dans les Transports en communs lyonnais (TCL), 77% du service était maintenu. Environ 600 salariés sur 4.300 se sont annoncés en grève, contre 800 le 7 septembre, d'après la direction.

A Grenoble, la situation était identique à celle de la dernière journée d'action, avec un trafic à hauteur de 75% et 25% de grévistes, selon la régie de transports. De même à Clermont-Ferrand, avec 70% de grévistes chez les conducteurs.

A Dijon, seuls 30% du service de bus était assuré selon la direction, 20% selon les syndicats.

Enfin dans le nord, 70% des bus circulaient à Lille et le trafic des bus était similaire à celui d'un samedi à Amiens.

Des préavis de grève ont été déposés dans 77 réseaux de transports urbains pour jeudi, soit un peu moins que lors de la précédente mobilisation le 7 septembre (103), a recensé mercredi l'Union des transports publics et ferroviaires.
Dans les aéroports

Le trafic aérien est perturbé jeudi. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) prévoit l'annulation de 50% des vols programmés à Orly et 40% à Roissy. Pour les autres aéroports français, 40% des vols seront annulés. A Nice Côte d'Azur, Marseille-Provence, Strasbourg-Entzheim et Bordeaux-Mérignac, notamment, un tiers des vols ont été annulés. Des retards étaient enregistrés à l'EuroAirport de Bâle-Mulhouse.

Air France prévoit d'assurer 100 % de ses longs-courriers au départ de Roissy et d'Orly ainsi que 50 % des vols court et moyen-courriers Roissy et Orly. Les passagers sont invités à s'informer auprès de leur compagnie aérienne.
Dans la fonction publique et les entreprises

Quelque 19,77% des agents de la Fonction publique d'Etat, dont les enseignants, 15,04% des agents territoriaux et 12,14% des hospitaliers étaient en grève jeudi à la mi-journée, selon le ministère de la Fonction publique, des chiffres en recul par rapport au 7 septembre.

Education : Le taux d'enseignants grévistes s'élève jeudi à 25,8%, selon le ministère de l'Education, les syndicats de la FSU annonçant près de 55% de grévistes dans le primaire et 45% dans le secondaire, des chiffres stables dans le primaire par rapport au 7 septembre et en baisse dans le secondaire. Selon l'estimation provisoire du ministère dans la matinée, les enseignants des écoles étaient 32,68% à faire grève, et ceux du second degré 19,86%. Soit un total de grévistes de 25,8%, selon un communiqué. Dans le second degré, les professeurs étaient 22,8% à avoir cessé le travail dans les collèges, 20% dans les lycées professionnels, et 15,78% dans les lycées d'enseignement général et technologique.

La Poste : Quelque 16,5% de postiers étaient en grève jeudi à la Poste à 10 heures, contre 22,07% le 7 septembre, selon un communiqué de la direction.

Pôle emploi : L'appel à la grève a mobilisé autant de grévistes que le 24 juin mais un peu moins que le 7 septembre à Pôle emploi, l'un des plus grands services publics avec 50.000 salariés : 12% selon la direction et au moins 18% de sources syndicales.

Raffineries : Entre 50 et 80% des personnels des six raffineries Total en France étaient jeudi en grève, selon la direction du groupe pétrolier. La CGT du groupe a proposé la reconduction du mouvement, ce qui sera décidé lors des assemblées générales de grévistes dans la journée.

Justice : Alors que 17 organisations professionnelles ont engagé des actions depuis lundi pour réclamer davantage de moyens, le Syndicat de la magistrature (SM, 2e syndicat) a lancé un mot d'ordre de grève spécifique pour le 23.

Hôpitaux : La Confédération des Praticiens Hospitaliers et l'association des médecins urgentistes de France (Amuf) ont déposé un préavis de grève de 24 heures (service minimum). Les deux principales organisations de médecins des hôpitaux publics, la CMH et le SNAM, appellent à manifester. Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (SNPHARE), engagé dans un mouvement de grève sur la pénibilité depuis le début du mois, compte manifester devant le Sénat. La Coordination nationale infirmière (CNI) a appelé à des actions locales et des débrayages. A l'AP-HP (assistance publique-hôpitaux publics) en Ile-de-france, plusieurs syndicats confédéraux appellent à la grève.

Médias : A France Télévisions, CGT, FO et CFTC ont déposé un préavis de grève reconductible à compter du 23 septembre, tandis que la CFDT appelle à un arrêt de travail de 24 heures. A Radio France, CGT et FO appellent à une grève reconductible. La CFDT et Sud appellent à cesser le travail 24 heures. Importantes perturbations à prévoir (France Inter, France Info, France Culture...). Le Syndicat Général du Livre et de la Communication écrite (SGLCE), une des branche de l'ex-syndicat du Livre appelle à la grève le 23, ce qui devrait occasionner une non-parution des quotidiens nationaux le 24.

Culture : L'intersyndicale des musées de France a lancé un appel à la grève de l'ensemble des personnels, reconductible dès le 24 septembre.

France Télécom : La direction recense 23,88% de grévistes à France Télécom à la mi-journée, un taux en baisse.

Energie : Quatre syndicats (CGT, CFTC,CGT, CGC) ont déposé des préavis à EDF, ainsi que FO de son côté.

Industrie : Appel dans plusieurs secteurs dont la métallurgie (automobile notamment) et la chimie. Chez Total, la CGT propose aux salariés de reconduire le mouvement, tout comme chez le chimiste Arkema (groupe Total).

Banques : Appel de plusieurs fédérations, dont FO-Banques et CGT Banques.

Commerce : Les six fédérations appellent à des arrêts de travail, des grèves et des manifestations.

Retraites : légère érosion dans la rue ?

Comme le cortège parisien s'élançait, l'Intérieur publiait à 13h les chiffres de la province pour cette nouvelle journée d'actions contre la réforme des retraites : "un peu moins de 410.000 manifestants". Le 7 septembre, ils étaient à la même heure 450.000. Mais ville par ville, les chiffres sont contradictoires.
Mobilisation en léger recul ou "dans les mêmes eaux" que le 7 septembre, comme la qualifie Bernard Thibault. Tout est question d'interprétation. Le ministère de l'Intérieur annonçait en tous cas "un peu moins de 410.000 manifestants" à la mi-journée pour cette nouvelle journée d'actions contre la réforme des retraites, contre 450.000 le 7 septembre à la même heure. Quelque 230 manifestations sont organisées à travers la France, soit une dizaine de plus qu'il y a deux semaines.

Disant se baser sur les chiffres d'une dizaine de départements, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, parle, lui, d'une mobilisation au moins égale voire supérieure à celle du 7, sans toutefois avancer encore de chiffre. "Si ça continue comme ça, ça veut dire que c'est du même niveau ou plus fort que le 7 septembre", a-t-il dit aux journalistes avant le début de la manifestation parisienne. La secrétaire générale de la FSU Bernadette Groison a également estimé en tête du cortège parisien que la journée était "égale, si ce n'est plus importante" que le 7. La journée est "réussie" pour Annick Coupé, porte-parole de l'union syndicale Solidaires (Sud), observant qu'"en terme de manifestations, c'est plus important que le 7". "Aujourd'hui, on a plus de manifestants que les dernières fois", "pari gagné", a également déclaré François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, au départ du cortège parisien.

Le défilé à Paris, qui a démarré de la Bastille vers 13h, comptait alors 40.000 manifestants selon la police, qui souligne que c'est "7.000 de moins" que le 7. Il se dirige vers Denfert-Rochereau. La CGT a affrété 188 cars pour cette manifestation (182 il y a quinze jours). D'ores et déjà, Jean-Claude Mailly promettait "une suite si cela ne suffit pas", tandis que le cortège parisien s'élançait derrière une banderole "retraites, emplois, salaires, un enjeu de société".

Dans le détail

A Toulouse, 120.000 personnes sont descendues dans la rue selon les syndicats, 25.000 selon la police ce qui est, selon ces évaluations, plus ou moins que lors de la grande mobilisation du 7 septembre. La journée du 7 avait rassemblé dans les rues de la Ville rose environ 110.000 manifestants selon les organisateurs, 32.000 selon la préfecture. Le mouvement "ne s'essouffle pas", ont assuré plusieurs responsables syndicaux au cours de la marche qui a emmené les manifestants d'une rive à l'autre de la Garonne jusqu'à un rassemblement massif sur les Allées Jean-Jaurès.

A Marseille, les chiffres sont comme à l'accoutumée de l'ordre de 1 à 10 selon les sources : les syndicats revendiquent 220.000 manifestants contre 22.000 selon la police. Début septembre, les organisateurs avaient fait état de 200.000 personnes dans les rues. La police avait de son côté dénombré 27.000 manifestants sur le Vieux port.

La manifestation à Bordeaux a rassemblé entre 120.000 et 37.000 manifestants, selon CGT et la police. Le 7, entre 40.000 personnes, selon la police, et plus de 100.000, selon la CGT, étaient descendues dans la rue.

La manifestation à Lyon a compté entre 18.000 personnes, selon la police, et 36.000 d'après les syndicats, en légère hausse par rapport au 7, selon les deux sources cette fois : il y avait alors eu entre 16.000 et 35.000 manifestants.

Lors de la précédente journée d'action du 7 septembre, les syndicats avaient fait état de 2,7 millions de manifestants pour toute la France et la police de 1,1 million. En juin, près de 800.000 personnes étaient descendues dans la rue, selon la police et deux millions selon les syndicats. La réforme, qui prévoit notamment de reporter de 60 à 62 ans l'âge légal de départ à la retraite, a été votée par les députés le 15 septembre. Elle doit être examinée par le Sénat à partir du 5 octobre.