mercredi 17 octobre 2012
Coups
Islam et immigration face au déclin démographique européen : derrière les fantasmes, la vérité des chiffres
Une vidéo choc sur l’expansion de l’islam a été
présentée par un cardinal africain lors du synode sur l’évangélisation.
Elle donne une vision alarmiste sur le développement de l'islam en
France, pays qui deviendra selon les auteurs "une république islamique"
dans moins de 40 ans. Les chiffres et le scénario présentés dans cette
vidéo sont-ils crédibles ?
Michèle Tribalat :
Comme toujours dans ce genre de document, il y a du vrai et pas mal de
faux. L’effondrement démographique européen est une réalité qui marque
certains pays plus que d’autres. L’Allemagne et l’Espagne, par exemple,
s’en tirent moins bien que la France ou le Royaume-Uni. Dans son
scénario Convergence, Eurostat a projeté une croissance démographique de 16 millions en 50 ans (de 2010 à 2060) dans l'Union européenne des 27. En
l’absence d’immigration, l’Europe perdrait 70 millions d’habitants,
soit un apport démographique de l’immigration de 86 millions en quarante
ans, correspondant à près de 17 % de la population de 2060.
Le document compare le nombre moyen d’enfants par femme en France , "1,8 enfant par femmes" à celui des "musulmans" qui serait de "8,1 enfants par femme". Pour la France, la vidéo affirme également que "30% des enfants de moins de 20 ans sont musulmans" et qu’en 2027 "un français sur cinq sera musulman". Comment peut-on enquêter sur le sujet sachant qu’il n’y a pas de statistiques ethniques et religieuses en France. Dispose-t-on, malgré tout, d’estimations fiables sur le sujet ?
D’après la vidéo, le nombre moyen d’enfants par femme en Europe est de 1,38 enfant. Toujours selon cette vidéo, l’Europe "cesserait donc d’exister" ou plutôt va exister autrement par "l’immigration". Quel est aujourd’hui le pourcentage de musulmans en Europe ? Comment ce pourcentage va -t-il évoluer dans les années à venir ?
La France est le pays d’Europe qui compte le plus de musulmans. L’islam peut-elle devenir la première religion de France ?
Presque partout en Europe, les formations d’extrême droite prospèrent sur le thème "de l’islamisation de l’Europe". Cela relève-t-il du fantasme ou recouvre-t-il une part de réalité ?
Les hausses d'impôts, plus court chemin vers la récession
N’en déplaise aux tenants des politiques keynésiennes qui ont
fait la preuve de leur insanité et de leur échec, le projet de budget
centré sur les hausses d'impôts nous amène à une certitude : 2013 sera
pire que 2012.
"Le désendettement sera compétitif et keynésien". C’est le dessinateur du journal Le Monde, Plantu, qui reprend ainsi la phrase d’une interview donnée à son journal par le ministre de l’économie, Pierre Moscovici. « Phrase légendaire », dit Plantu, dont le dessin représente un public de chômeurs devant des usines fermées.
Plantu serait-il devenu anti-keynésien ? Toujours est-il qu’il a le
mérite de souligner l’essentiel du débat actuel sur le chômage. Car si
tout le monde a commenté le « choc fiscal », auquel personne
n’échappera, bien supérieur aux modestes baisses de dépenses publiques,
peu nombreux (en dehors de notre équipe de libéraux) sont ceux qui ont
prêté attention à la doctrine keynésienne qui sous-tend le projet de
budget soumis au Parlement.
« La dette est l’ennemie de l’économie ». Mais qui a créé la dette ?
Bien évidemment le point de départ de notre ministre est réaliste :
il faut réduire les déficits publics avec « une dette qui dépasse les
90% du PIB, seuil qui pénalise durablement la croissance ». Pour un
socialiste keynésien, reconnaître que la dette, donc les déficits qui
l’ont constituée, pénalise la croissance est une effort méritoire, voire
une abjuration. Pourquoi les ancêtres de M. Moscovici, une fois
parvenus au pouvoir en 1981, ont-ils alourdi les déficits et laissé
dériver la dette ? Il est plus facile pour le ministre de l’économie de
mettre tout au passif du quinquennat Sarkozy, qui s’est traduit il est
vrai par un accroissement de 600 milliards de la dette française.
Lorsque le ministre indique que le gouvernement doit redresser les
finances publiques, le journaliste du Monde, qui connaît son catéchisme
keynésien sur le bout des doigts, lui demande « au risque d’une
récession ? ». Réponse de P. Moscovici : « La dette est l’ennemie de
l’économie, des services publics (sic !), de notre souveraineté
nationale. Pierre Bérégovoy parlait jadis de la désinflation
compétitive, je veux parler du désendettement compétitif ». Belle
conversion soudaine à l’orthodoxie budgétaire. « Un euro de plus pour le
service de la dette, c’est un euro de moins pour l’éducation, pour
l’hôpital ou pour la sécurité ». Là, les choses se gâtent : si le
gouvernement veut diminuer dette et intérêts, c’est pour pouvoir
augmenter les dépenses publiques. Comme si ce n’était pas la dérive des
dépenses qui avait fait exploser la dette.
Les pays qui ont fait du « laisser-aller budgétaire » se sont « pieds
et poings liés retrouvés entre les mains des marchés ». Il faut donc
éviter de tomber dans les mains des méchants marchés, qui font payer
plus cher les pays les moins solvables en augmentant le taux d’intérêt
(prime de risque). Mais qui est coupable ? Le marché, qui vient financer
les pays imprudemment en déficit excessif et leur évite la banqueroute,
ou les gouvernements qui ont mis le pays dans cette situation ?
Les coupes budgétaires sont « récessives »
Donc, voici le nouvel objectif : retour aux 3% du traité de
Maastricht, sorte de mini règle d’or que les États se sont empressés de
ne pas respecter. Comment revenir en 2013 aux 3% de déficit ? Par une
hausse, que le ministre reconnait être considérable, de 20 milliards des
impôts. Ne chipotons pas sur les chiffres, car le ministre oublie les
hausses déjà votées lors du collectif budgétaire ; en tous cas le choc
fiscal est sans précédent. Pourquoi augmenter les impôts au lieu de
diminuer les dépenses ? Réponse du ministre « Les coupes budgétaires
ayant un impact plus récessif que les hausses d’impôts, nous avons fait
cette année tout ce qui était possible et nécessaire ».
S’agit-il d’une nouvelle loi économique ? Si notre ministre affirme
que diminuer les dépenses est « plus récessif » que les hausses
d’impôts, c’est qu’il croit que toute dépense publique a un effet de
relance : il revient ainsi au keynésianisme le plus pur. La dépense
publique serait-elle aujourd’hui un moteur de la croissance ? On observe
que jamais les dépenses publiques n’ont été aussi élevées, et que
jamais on a connu une stagnation aussi durable. Ce ne sont pas les
« mesures d’austérité » qui prolongent la crise, contrairement à ce que
soutiennent Messieurs Mélenchon et Thibaut. Et Monsieur Moscovici se trompe en voyant dans la réduction des dépenses publiques une politique « récessive ».
« Revenons à Keynes »
Par contraste, aux yeux du Ministre, l’augmentation des impôts serait
moins récessive. Or, il est démontré et prouvé que les hausses d’impôts
ont un effet négatif sur l’offre : elles poussent à travailler ou
entreprendre moins, elles font fuir les plus productifs à l’étranger. En
effet les gens n’aiment pas travailler pour qu’on leur reprenne
l’essentiel de ce qu’ils ont légitimement gagné. Réaction bien humaine.
Les hausses d’impôts freinant ainsi la croissance, elles entraînent
la stagnation des revenus et des transactions, donc les rentrées
fiscales diminuent : les taux d’imposition ont augmenté, mais la base
fiscale à laquelle ils s’appliquent s’est réduite. Donc les déficits se
creusent encore davantage, et la dette avec.
Monsieur Ayrault et son gouvernement s’en sortent avec un gros
mensonge, qui consiste à affirmer que neuf contribuables sur dix seront
gagnants ou épargnés parce que la réforme accroît la progressivité : à
elle seule, la non indexation du barème pénalise pratiquement tous ceux
qui paient l’impôt sur le revenu.
« Nous faisons contribuer davantage les grandes entreprises dont le
taux d’imposition effectif est de dix points inférieur à celui des PME.
Revenons à Keynes : ce qui fait qu’une entreprise investit, ce ne sont
pas uniquement ses marges ou ses avantages fiscaux, c’est d’abord ses
marchés, ses clients ». Monsieur Moscovici pense-t’il qu’en réduisant
les marges des entreprises françaises, on pourra investir et satisfaire
les clients français ? À l’heure du « patriotisme économique », il
serait bon de rappeler que les grands gagnants de l’affaire seront les
fournisseurs étrangers, moins chargés en impôts et cotisations que les
entrepreneurs français.
La hausse des impôts est le plus court chemin vers la récession
Attention : « Nous ne versons pas dans un keynésianisme archaïque,
mais notre politique marche sur ses deux pieds. Elle veut conforter
l’offre et la demande. Keynes disait à juste titre que la demande
précède l’offre ». Ainsi, au commencement était la demande ; en
revanche, rien sur l’entrepreneur qui anticipe les besoins des clients
et créé ce qui n’existait pas encore. Donc la politique du gouvernement
s’appuie sur l’offre et la demande : elle marche sur deux jambes, mais
l’une est nettement plus longue que l’autre ! À voir les taux
d’imposition exploser, à voir se multiplier les réglementations,
contraintes, interventions sur les prix ou dans les entreprises, on a du
mal à percevoir une politique de l’offre. C’est donc une fausse
fenêtre : c’est la demande, artificielle, qui ouvre le bal. L’offre n’a
qu’à suivre.
Laissons nos confrères détailler les bons et les mauvais impôts, les
vraies et les fausses réductions de dépenses ; l’essentiel est ailleurs.
Le gouvernement, contraint de réduire les déficits, ne touche pas aux
dépenses publiques (« moteurs de la croissance ») ; d’où les hausses
d’impôts. N’en déplaise aux tenants des politiques keynésiennes qui ont
fait la preuve de leur insanité et de leur échec, le projet de budget
nous amène à une certitude : 2013 sera pire que 2012.
Hollande: "nous sommes tout près" d'une sortie de crise de la zone euro
François Hollande a estimé que les pays de l'Union européenne étaient "tout près" d'une sortie de crise de la zone euro, dans un entretien à plusieurs journaux européens, dont Le Monde, donné à la veille d'un nouveau sommet à Bruxelles.
"Sur
la sortie de la crise de la zone euro, nous en sommes près, tout près.
Parce que nous avons pris les bonnes décisions au sommet des 28 et 29
juin et que nous avons le devoir de les appliquer, rapidement", déclare
le président.
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| LE GROS MENTEUR PRÉDIT LA SORTIE D'UNE CRISE DONT IL NIAIT L'EXISTANCE SOUS SARKOSY |
"D'abord, en réglant définitivement la situation de la Grèce, qui a fait tant d'efforts et qui doit être assurée de rester dans la zone euro. Ensuite, en répondant aux demandes des pays qui ont fait les réformes attendues et qui doivent pouvoir se financer à des taux raisonnables. Enfin, en mettant en place l'union bancaire", détaille-t-il.
"Je veux que toutes ces questions soient réglées d'ici à la fin de l'année. Nous pourrons alors engager le changement de nos modes de décision, et l'approfondissement de notre union. Ce sera le grand chantier au début de l'année 2013", déclare encore le chef de l'Etat.
"Le pire - c'est-à-dire la crainte d'un éclatement de la zone euro -, oui, est passé. Mais le meilleur n'est pas encore là. A nous de le construire", ajoute-t-il.
Des couacs révélateurs
Agir contre la misère
Là-bas, le petit enfant de 2 ans casse des briques tandis que sa soeur d’un an plus âgée file sous les étals du marché ramasser quelque précieuse nourriture et glaner les copeaux de bois pour faire bouillir la marmite… Plus loin, un garçon de 8 ans coud des perles sur les vêtements vendus à bas prix dans les pays riches. Agile, il réalise ce que de grandes mains adultes ne peuvent faire : et tant pis s’il s’esquinte la vue irrémédiablement, à force de travail dans le taudis mal éclairé ! Dans la campagne, une jeune adolescente, esclave domestique, s’épuise, abandonnée et maltraitée. Dans les villes du tiers monde, gigantesques et fiévreuses, des hommes, des femmes, des enfants travaillent comme des esclaves. Ils trient, à mains nues, des déchets qu’ils ignorent toxiques. Ils sont enfermés dans des usines aux lourdes portes cadenassées, gardées par des hommes armés. Combien trouvent la mort dans ces lieux vétustes quand éclate l’incendie ! L’enfant soldat, les réfugiés, les malades… La litanie est longue de ceux que la misère isole et emprisonne.
Avec ceux qui en souffrent
Mais, elle n’est pas l’apanage des pays pauvres. Elle est là, ici, en France. Avec la crise, elle étend son emprise. Mais on ne la perçoit qu’avec retard. En 2010, on compte 440 000 nouvelles personnes pauvres, au total : 8,6 millions ! Sont touchés de plus en plus d’enfants élevés par une mère seule, des jeunes en rupture familiale, des travailleurs pauvres… Alors que les besoins augmentent, la revue Esprit (2) révèle que les budgets d’aide sociale ne sont pas toujours dépensés. Ainsi, plus de 5 milliards d’euros du Revenu de solidarité active n’auraient pas trouvés preneurs ! Sur ces entrefaites, on ajoute encore un outil : les contrats d’avenir.
Cela manifeste la volonté de ne pas laisser tomber ceux qui traversent une grave difficulté et c’est heureux. Mais cela interroge sur l’efficacité des politiques publiques. Les dispositifs s’empilent au point qu’il devient difficile, même pour les professionnels du secteur, d’en avoir une vue d’ensemble claire: « Le problème de la pauvreté consiste moins en un manque de dispositifs que dans le fait que ces dispositifs n’arrivent pas à toucher les personnes concernées » (3). À cela s’ajoute la complexité bureaucratique qui détourne, et trop souvent humilie, ceux qui auraient pourtant tant besoin d’aide : «Ce qui manque, c’est la confiance dans l’économie et le travail social. Il faut beaucoup de temps pour se reconstruire de la misère. Oser relever la tête », explique Bruno Tardieu, délégué national d’ATD Quart-Monde (1). En s’inspirant des exemples réussis de nos voisins européens, les auteurs (3) plaident pour une approche de la pauvreté plus efficace, plus participative et moins coûteuse : cesser d’empiler les dispositifs ; simplifier l’accès aux aides ; mieux coordonner le travail entre l’État et les collectivités locales; accompagner, surtout, ceux qui ont besoin d’aide. Cela signifie les écouter et construire avec eux les politiques nécessaires.
(1) 865 millions de personnes vivent avec 0,75€ par jour. Voir dimanche Ouest-France, 14 octobre 2012
(2) «La pauvreté perdue de vue», Esprit, octobre 2012
(3) M.-O. Padis et L.-M. Schaer, Esprit, octobre 2012
Hollande et l'impôt : de la "révolution fiscale" aux usines à gaz
"Notre système de prélèvements est devenu illisible ; nul ne sait qui paye l'impôt ; les taux apparents ne sont plus les taux réels ; qui peut comprendre quoi que soit à la fiscalité locale, au dispositif des exonérations de cotisations sociales ou encore au mécanisme de la fiscalité écologique ?Ces phases, qui dénoncent l'opacité de la fiscalité française, sont de François Hollande, lors de son discours de Périgueux, le 17 octobre 2010. Celui qui n'était alors que candidat à l'investiture de son parti mettait au cœur de sa campagne un concept, celui de "révolution fiscale".
A force d'être mitée et minée, notre fiscalité est devenue opaque. Et le Parlement ajoute des 'usines à gaz aux usines à gaz', de la taxe carbone jusqu'à la taxe professionnelle, (...) le système est non seulement illisible, il est instable. Les exonérations de cotisations sociales supposées encourager l'emploi ont changé douze fois en quinze ans de mode de calcul. Comment les entreprises peuvent-elles elles-mêmes faire leurs arbitrages ?"
Le candidat n'avait alors de cesse de prôner une réforme ambitieuse, inspirée de l'ouvrage des économistes Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Camille Landais et visant à remettre à plat toute la fiscalité française. "La réforme fiscale est un préalable. Elle donne la transparence, la clarté, la progressivité indispensable pour convaincre nos concitoyens de consentir à une contribution. La réforme fiscale a une double vocation : redistribuer justement et financer efficacement", disait M. Hollande dans le même discours.
Deux ans plus tard pourtant, le président Hollande et son gouvernement semblent avoir définitivement tourné le dos à ces promesses. La fusion de l'impôt sur le revenu et de la contribution sociale généralisée (CSG), cœur de la "révolution fiscale", a été renvoyée à la fin du mandat, si elle se fait. Et le premier projet de loi de finances de l'ère Hollande est surtout truffé de ces fameuses "usines à gaz" que dénonçait le candidat.
1/ Taxe à 75 % : d'une idée de campagne à la recréation d'un bouclier fiscalExemple le plus récent : le devenir de la fameuse taxe à 75 % sur les revenus au-delà d'un million d'euros. L'idée, lancée par un candidat Hollande dont la campagne peinait à trouver un second souffle, avait structuré les débats et joué un rôle symbolique majeur. Mais son application est aussi complexe que son énoncé était simple.
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| Crétin Ier à l'Elysées avec Moyrand |
Pour éviter ce risque, et régler les nombreux cas potentiellement problématiques (sportifs de haut niveau, artistes...), la taxe est devenue "exceptionnelle" et limitée dans le temps : elle ne s'appliquera qu'en 2012 et 2013. Pour qu'elle ne se mélange pas à l'impôt sur le revenu, elle sera perçue non sur le foyer mais sur chaque individu. Ainsi, un couple où chacun gagne 999 000 euros ne sera pas taxé, quand un célibataire gagnant 1,2 million d'euros, lui, payera 150 000 euros.
Surtout, pour parer à tout risque de censure des "sages", le gouvernement a dû remettre en place un "plafonnement global" de l'impôt. Nul ne pourra être taxé à plus de 75 % en cumulant ISF, impôt sur le revenu et taxation exceptionnelle. Ce qui revient à une forme de bouclier fiscal, certes remanié. Qui sera lui-même limité grâce à un "plafonnement du plafonnement"... Le tout concernera 1 881 contribuables pour la taxe à 75 %, et autour de 6 000 foyers pour le plafonnement global. Ce dernier représentera un manque à gagner de l'ordre de 667 millions, quand la taxe exceptionnelle de 75 %, elle, rapportera 320 millions d'euros.
2/ "Pigeons" : une usine pour des chefs d'entreprise
La lisibilité est encore pire s'agissant de la taxation des plus-values de cessions mobilières, en clair de la revente de parts d'entreprises. Le projet de loi de finances prévoyait de la taxer plus fortement, en la soumettant, comme c'est l'objectif général, au "barème". L'idée est de taxer ce type de revenus dits "du capital" comme l'impôt sur le revenu, avec un barème progressif et un système de tranches.
Mais les entrepreneurs high-tech, pour qui la revente de parts de société constitue un mode de financement, ne l'ont pas entendu de cette oreille. Réunis dans un collectif des "pigeons", ils ont obtenu rapidement gain de cause. Le projet de loi de finances prévoit donc un nouveau système, encore en négociation, mais dont les grandes lignes sont... tout sauf simples. Les entrepreneurs seront taxés au barème progressif, sauf s'ils ont plus de 10 % des parts de l'entreprise depuis plus de cinq ans (ils ne seront alors taxés qu'à 19 %).
Pour les autres, il sera possible d'attendre pour obtenir des abattements progressifs, qui iront jusqu'à 40 % au bout de six ans de détention. Mais si l'argent de la plus-value est réinvesti, ou si la cession intervient en cas de retraite de l'entrepreneur, elle sera défiscalisée. Dans un premier temps, ces mesures ne devaient être en place que pour les cessions intervenues après le 1er janvier 2012, mais cet état de fait pourrait être corrigé en créant un régime spécifique pour les cessions de cette année, sous la forme d'un prélèvement forfaitaire majoré ou d'un abattement spécifique...
Cumulés, ces aménagements représentent un manque à gagner de 750 millions d'euros. Qui sera compensé en maintenant une année de plus une taxe exceptionnelle de 5 % sur les grandes entreprises.
3/ Tarification progressive de l'énergie : un projet... complexe
En matière d'usine à gaz, il est assez ironique que la palme revienne à un projet de loi portant sur l'énergie. La tarification progressive, qui sera examinée par le Sénat fin octobre, veut permettre aux ménages modestes de payer moins cher leur chauffage et leur électricité. Pour y parvenir, les députés ont imaginé un système de bonus-malus.
Pour faire simple, on calcule un "volume de base" correspondant aux "besoins essentiels" d'un ménage en énergie. Il est modulé en fonction du nombre de membres du foyer, du mode de chauffage et de la zone climatique où se situe le logement. Huit zones ont été distinguées en France métropolitaine, avec chacune un "coefficient de rigueur" qui définira les tarifs énergétiques. Collectées par les services fiscaux, ces informations iront ensuite aux fournisseurs d'énergie, qui calculeront le tarif final appliqué pour chaque foyer, qui sera avantagé ou désavantagé en fonction de sa consommation finale.
Mais pour ne pas pénaliser les ménages dont le logement, mal isolé, consomme trop, une partie du "malus" pourra être défalquée de son loyer, s'il est locataire. Par ailleurs, un "dispositif d'accompagnement" viendra aider les foyers pauvres à améliorer leur isolation, notamment à travers un tarif spécial destiné à 4 millions de foyers pauvres. Il faut encore évoquer les cas particuliers de chauffages collectifs ou des étudiants, traités à part...
4/ Œuvres d'art, résidences secondaires, DOM... Les exceptions sont légion
Si le candidat Hollande dénonçait volontiers une fiscalité "mitée et minée" par les exceptions et les niches, le président Hollande ne s'est pas montré très sévère à cet égard. Malgré un "coup de rabot" global de 10 % et un plafonnement à 10 000 euros, le projet de loi de finances 2013 prévoit 70,7 milliards d'euros de niches, contre 70,8 dans celui de 2012.
Et certaines ne seront pas sujettes à ce coup de rabot ni au plafond global. C'est le cas des niches outre-mer, qui sont pourtant, pour certaines, régulièrement dénoncées comme des moyens de défiscalisation pour les plus aisés.
Le gouvernement et l'Assemblée se sont aussi livrés à des valses-hésitations, comme sur la question d'incorporer les œuvres d'art dans le patrimoine soumis à l'impôt sur la fortune. Ce ne sera finalement pas le cas, le gouvernement ayant renoncé, devant le tollé déclenché par l'idée dans les milieux culturels, à les taxer. Pourtant, certains ministres, comme Aurélie Filippetti (culture) ou Jérôme Cahuzac (budget), avaient pris position en faveur d'une telle taxation.
On peut encore citer le cas des résidences secondaires, que le gouvernement envisageait de soumettre à la redevance audiovisuelle, qui finance télévision et radio publiques. Mais il y a également renoncé, ouvrant la voie à une hausse de ladite redevance, de l'ordre de 4 à 6 euros.
mardi 16 octobre 2012
Les grands musées s'élèvent contre l'ISF sur les oeuvres d'art
Elle entend montrer qu'une éventuelle taxation ne pénaliserait pas seulement le marché de l'art, mais aussi les établissements publics, explique le site du quotidien. La lettre est signée par Bruno Racine (BNF), Henri Loyrette (le Louvre), Catherine Pégard (Versailles), Alain Seban (Pompidou), Guy Cogeval (Orsay), Stéphane Martin (Quai Branly) et Jean-Paul Cluzel (Grand Palais-RMN). Selon eux, le projet d'assujetissement des oeuvres d'une valeur de plus de 50.000 euros à l'ISF représente un "obstacle majeur à la diffusion du patrimoine" et "un frein sérieux à la politique d'enrichissement des collections publiques".
» Lire l'original de la lettre
Hollande et Ayrault contre cet impôt
Les présidents de ces sept grands musées nationaux craignent que certains propriétaires ne deviennent réticents voire opposés au prêt de certaines oeuvres "de peur de les voir exposées, et donc identifiées". "La reconnaissance internationale du travail de nos établissements serait fragilisée", écrivent-ils.
François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont contre la soumission des oeuvres d'art à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), a déclaré Aurélie Filippetti le 11 octobre. L'exonération actuelle des oeuvres d'art, en vigueur depuis 1982, divise la gauche comme la droite.
Ces hauts responsables qui craignent une guerre si l'euro sombrait
Le sujet des devoirs à la maison pose la question du rôle de l'école
Un sondage IFOP vient de donner une précieuse information : plus
de deux tiers des Français sont opposés à la suppression des devoirs
scolaires à la maison. Ce sondage doit donc donner l’occasion au
Ministre de l’Éducation nationale d’oser poser publiquement la finalité
de l’école : a-t-elle pour but premier d’instruire ou bien de réduire
les inégalités sociales au moyen de l’enseignement ?
Alors que Vincent Peillon s’est exprimé la semaine passée sur la
modification des rythmes scolaires et sur l’organisation du temps
scolaire hebdomadaire, un sondage Ifop pour Radio Alouette publié le 9
octobre indique que 68% des Français sont opposés à la suppression des
devoirs scolaires à la maison pour les élèves du primaire. Ils sont 78%
parmi les professions libérales et cadres supérieurs et 63% chez les
employés et ouvriers.
Pourtant, faire faire leurs devoirs aux enfants n’est une sinécure
pour personne, surtout quand les deux parents exercent une profession,
comme c’est le cas la plupart du temps aujourd’hui. Si les Français sont
si massivement favorables aux devoirs à la maison, c’est qu’ils sont
vivement attachés à une certaine conception de l’école qui justifie
pleinement le travail personnel à domicile : la conception qui veut que
l’école ait pour finalité première de transmettre les connaissances,
c’est-à-dire d’instruire, ce qui suppose de répéter chez soi ce que l’on
a vu en classe, de faire un effort de mémorisation et d’effectuer des
exercices d’entrainement pour parfaire la maîtrise de ces nouvelles
connaissances et les ancrer durablement dans la mémoire.
Pourtant la FCPE, principale association de parents d’élèves, a
demandé officiellement au ministre la suppression des devoirs à la
maison au primaire. On peut lire sur son site « La FCPE et
l’ICEM-Pédagogie Freinet dénoncent la persistance des devoirs à la
maison. Personne n'en a jamais prouvé l'utilité ». Constat qui ne manque
pas de sel au regard des résultats du sondage IFOP. Pourquoi cette
position de la FCPE à rebours de celle des parents ? Parce que la FCPE
est historiquement acquise à l’idée que le but premier de l’école est un
but social et politique : transformer la société par l’école, en
faisant de cette dernière un moyen d’annihiler les différences sociales.
En clair, l’école nouvelle manière doit être telle que le fils de
notaire ne soit pas avantagé à l’école par rapport au fils d’ouvrier. LA
FCPE le reconnaît sans s’en cacher sur son site internet
: « [Les devoirs à la maison] ne font qu’accentuer les inégalités entre
les enfants selon qu’ils peuvent ou non bénéficier d’aide à la maison.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils sont proscrits en primaire
par une circulaire de 1956. »
Ce sondage doit donc donner l’occasion au Ministre d’oser poser
publiquement la finalité de l’école : a-t-elle pour but premier
d’instruire (transmettre les connaissances) ou bien de réduire les
inégalités sociales au moyen de l’enseignement ? C’est une question qui
mériterait d’être posée au peuple dans le cadre d’un référendum. Rester
dans le flou sur cette question, c’est prendre la responsabilité de
refonder l’école sur les sables mouvants d’un malentendu majeur. C’est
travailler sur les moyens pédagogiques sans avoir précisé préalablement
au service de quelles finalités on en devait juger l’efficacité. Il est
clair que cette ambiguïté n’est pas étrangère à la baisse de niveau de
l’école française, depuis que cette dernière a fait passer les objectifs
politiques (changer la société par l’école) au détriment d’objectifs
scientifiques (transmettre les savoirs).
"Quasi panique des patrons" : la compétitivité de nos entreprises passe-t-elle uniquement par la baisse des charges ?
Dans une interview accordée au Figaro, Laurence Parisot, la présidente du Medef, estime que le gouvernement doit adopter d'urgence des mesures en faveur de la compétitivité. Elle précise que « certains patrons sont en état de quasi-panique » et appelle en faveur d'un choc de compétitivité. Pour cela, elle propose d'abaisser les charges patronales et salariales par une hausse de la CSG et de la TVA. Les charges qui pèsent sur le coût du travail sont-elles le principal frein à la compétitivité française ?
Dans le même temps, Jean-Marc Ayrault a précisé qu'une politique de compétitivité ne se résume pas uniquement à un allègement des charges. Quels sont les autres facteurs, hors coût, qui pénalisent la compétitivité des entreprises françaises, et qui sont souvent oubliés du débat ?
La France est souvent pointée du doigt pour son coût du travail. Mais comment se positionne t-elle par rapport aux autres Etats européens en termes de compétitivité structurelle ?
L'Allemagne est une fois de plus au cœur du débat. Le compétitivité allemande s'explique t-elle que par une compétitivité coût ou d'autres facteurs la construisent-elle aussi ?
Le budget 2013 d’ores et déjà invalidé par la réalité
France en "faillite aggravée" : le gouvernement veut étouffer la phrase de Vallaud-Belkacem
Le gouvernement français tenterait-il d'intervenir sur le
travail de journalistes, Suisses de surcroît ? On est en droit de se
poser la question lorsqu'on découvre, au détour d'une dépêche, que ses
services ont tout tenté pour la faire retirer.
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| La pose de l'imposture |
"M. Fillon est-il vraiment le mieux placé pour donner des leçons, lui qui a commencé son mandat de Premier ministre à la tête d'un État en faillite et l'a laissé en état de faillite aggravée ?"Le mot était lâché et la nouvelle reprise : selon la porte-parole du gouvernement, la France se trouvait donc en situation de faillite aggravée. Cette nouvelle n'est pas passée inaperçue en Suisse où le site Romandie.com a fait rapidement paraître une dépêche titrée "Bien que notée AAA, la France serait en 'état de faillite aggravée'" Très manifestement, cette nouvelle n'était pas du tout du goût ni du gouvernement, ni de l’Élysée qui s'est ensuite empressé de rappeler la rédaction pour faire retirer l'article. Les coups de téléphone entre la rédaction suisse et le palais présidentiel français ont été dévoilés notamment par P. Chappaz sur son blog.
L'affaire ne s'arrête pas là puisque malgré les pressions, Romandie.com a conservé son article et maintenu sa version :
Romandie.com maintient la teneur de son article, à savoir qu'il n'est à priori pas cohérent de déclarer la France dans un "état de faillite aggravée" tout en défendant une note AAA auprès des agences de notation.Mieux, le site d'information a confirmé avoir été contacté directement par le gouvernement français ; la rédaction a même posté une capture d'écran du mail reçu à ce sujet :
"Pigeons": les entreprises vont payer le recul du gouvernement
Selon les Echos du 16 octobre, le gouvernement va prolonger la
surtaxe de 5% sur les grandes sociétés pour financer les aménagements
sur la fiscalité des plus-values des créateurs d'entreprises.
Mise à jour le 16 octobre à 8heures
Le gouvernement l'a, semble-t-il, entendu. Selon Les Echos du 16 octobre, il envisage de prolonger d'un an la contribution exceptionnelle de 5% sur l'impôt sur les sociétés (IS) mise en place par le gouvernement Fillon fin 2011 dans son plan de rigueur.
Cette contribution ne s'applique qu'aux entreprises réalisant plus de 250 millions d' euros de chiffres d'affaires. Soit environ 20 000 groupes. Ces derniers pourraient donc être amené à acquitter en 2013 une surtaxe de 5% de la valeur de leur IS sur leur exercice 2011.
Les pigeons des pigeons
Tous les actionnaires détenteurs d'une "part significative" du capital d'une entreprise (autour de 15%) pourraient ainsi conserver le bénéfice du prélèvement forfaitaire libératoire (19% + prélèvements sociaux) dès lors qu'ils vendent leurs titres après plusieurs années de détention (au moins deux ans). Le projet de loi de finances pour 2013 prévoyait dans sa version initiale l'alignement de cette fiscalité dérogatoire sur celle des revenus du travail (tous les gains soumis au barème de l'IR).
Mais dès le vendredi suivant, le ministre du Budget affirmait que ce geste, pour ne pas parler de recul, allait coûter "plusieurs centaines de millions au budget" qu'il faudrait "compenser", et "ils le seront car les finances publiques doivent être redressées". Pour Christian Eckert, "le manque à gagner peut aller de quelques centaines de millions à un milliard d'euros, selon ce qu'on décidera d'amender".
Selon les estimations du projet de budget, "l'imposition au barème progressif de l'IR des gains de cession de valeurs mobilières et de droits sociaux des particuliers" devait, en effet, rapporter un milliard d'euros par an à partir de 2013. Quelques 73 400 contribuables auraint vu leur impôt majoré selon Bercy quand 57 200 auraient bénéficié à l'inverse d'un allégement.
Selon les tous derniers calculs de Bercy, le manque à gagner de la mesure "pigeons" devrait atteindre 750 millions d'euros. Or, la surtaxe de 5% doit rapporter environ 800 millions. Ce qu'il fallait trouver. Comme le souhaitait François Hollande, les PME seront épargnées alors que les grandes entreprises paieront...

















