TOUT EST DIT

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dimanche 8 septembre 2013

Pendant la crise, protéger les familles

Pendant la crise, protéger les familles

Cellules de base de la société, les familles jouent un rôle irremplaçable : ce sont elles qui forgent l'avenir d'un pays, par le renouvellement et l'éducation des adultes de demain. Certains pays l'ont bien compris et, par exemple, assurent aux femmes un niveau de retraite qui prend en compte, de manière conséquente, le nombre d'enfants qu'elles ont élevés.

Mais en France, à l'inverse, la politique familiale actuelle fragilise les familles en les imposant davantage en pleine crise économique. Une pluie de hausses d'impôts continue de s'abattre sur elles : après une nouvelle baisse du plafonnement du quotient familial, on parle aujourd'hui de supprimer la réduction d'impôts pour frais de scolarité dans le secondaire et pour les étudiants.
L'Union Nationale des Associations familiales (UNAF) s'insurge : « Ces mesures sont injustes car plus les enfants sont grands, plus les dépenses relatives aux études augmentent. Et plus les familles ont d'enfants, plus elles seront sanctionnées par ces mesures. » (1).
« Comment expliquer que pour équilibrer les retraites, on touche aux avantages accordés aux familles et pas à ceux des régimes spéciaux ? » - interroge Laurent Clévenot, responsable de l'UNAF (2).
Pour beaucoup, c'est d'autant plus injuste, que la branche famille a été mise à contribution pour financer les retraites. Les Associations familiales dénoncent « le tour de passe-passe » car « on transfère 4,4 milliards de majoration de pensions pour charge d'enfants de la branche vieillesse sur la branche famille » (1).
Mais, en plus, a-t-on mesuré les conséquences de ces mesures conjuguées à la crise ? Sur la natalité par exemple ? Si elle diminuait, le financement des retraites n'en serait-il pas encore plus difficile ? Ne regrettera-t-on pas de ne pas avoir assez protégé les familles pendant la crise ?
Et puis, cette recherche de recettes à court terme, est-elle de nature à sortir de la dangereuse impasse actuelle ? « Il ne suffit pas de grignoter des économies ministérielles, d'amender le droit du travail, de taxer les riches, pour borner les inégalités... » explique Eric Le Boucher (3) pour qui « les réformes ne sont pas des remèdes pour corriger et remettre en ordre le modèle cassé du XXe siècle, elles doivent être des outils de transformation profonde de ce modèle. L'État n'a pas seulement besoin d'être allégé et simplifié, il faut le repenser non pas pour redistribuer mais pour enrichir les dynamismes. » De cette manière et en protégeant les familles, il sera possible d'assurer demain la solidarité entre les générations, l'indépendance du pays et la liberté de ses citoyens.
(1) Communiqué du 5 septembre. 
(2) La Croix du 6 septembre.
(3) Les Échos du 7 septembre.

lundi 6 mai 2013

Sentinelles de la démocratie

Sentinelles de la démocratie


Cette semaine, le 3 mai, c'était la journée de la liberté de la presse. Dans le monde en 2012, 68 journalistes sont morts, d'après l'Association mondiale des journaux (AMJ), dont 16 en Syrie et 14 en Somalie ! Risquant leur vie pour informer, ils ont été pris dans les tenailles de la guerre, de la corruption, de la dictature.
Les pays les plus dangereux pour les journalistes sont le Turkménistan, la Corée du Nord et l'Érythrée, observe Reporters sans frontières (RSF). Les révolutions arabes, qui avaient soulevé tant d'espoir, ne sont pas si favorables que ça à la liberté d'expression... En Iran, en Chine, au Vietnam, des journalistes et des blogueurs sont persécutés. Les Nations unies appellent donc « les gouvernements, les sociétés et les individus à tout mettre en oeuvre pour protéger la sécurité de l'ensemble des journalistes... »
Pourquoi tant de journalistes risquent-ils leur vie ? Quelle conscience les conduit à prendre de tels risques ? Dans les pays en conflit, intérieur ou extérieur, les journalistes sont souvent les avocats de leur peuple, ils font connaître au monde le calvaire qu'ils endurent et leur redonnent courage pour marcher vers la liberté. Ils refusent de se taire devant l'injustice, la barbarie, la corruption.
Dans certains pays, la situation s'améliore : Côte d'Ivoire, Birmanie, Afghanistan. C'est en Europe que la liberté d'informer est la mieux respectée, avec son trio de tête : Finlande, Pays-Bas, Norvège : « Les démocraties protègent mieux la liberté de la production et de la diffusion des informations factuelles que les pays dans lesquels les droits de l'homme sont méprisés », observe Christophe Deloire, de RSF.
Berceau de la liberté d'expression, l'Europe traverse une passe dangereuse. Car la crise économique ébranle de nombreux journaux, menaçant leur existence. Dans cette période délicate, il s'agit de les soutenir dans leurs évolutions et non de les alourdir en leur imposant de nouvelles contraintes. Car il faut éviter que l'information ne tombe peu à peu dans l'escarcelle d'acteurs internationaux aux visées intéressées pour des raisons commerciales ou idéologiques.
« Oxygène de la démocratie », il importe que l'information ne soit pas instrumentalisée pour servir des intérêts particuliers. Elle doit rester ouverte, respectueuse et libre. Veilleurs, les journalistes sont aussi les sentinelles de la démocratie : élever une voix libre dans l'océan des confusions ; refuser l'orchestration de l'information par des pouvoirs en mal de communication ; éviter mimétisme, manipulations et propagandes. À la lueur de la vive flamme d'une curiosité bienveillante, les journalistes s'efforcent d'apprendre à lire les transformations du monde. Ils essayent de déchiffrer l'avenir dans le but d'aider chacun à agir en être responsable.

dimanche 28 avril 2013

L'amitié européenne ou le déclin

L'amitié européenne ou le déclin

Les sirènes de la division ne cessent de retentir en Europe juste au moment où il faudrait passer un cap : celui d'une union politique nécessaire pour élaborer les indispensables stratégies de développement industriel, énergétique, économique... Les générations d'après-guerre ont réussi à surmonter leurs blessures pour renouer des liens d'amitiés fondés sur le pardon et offrir ainsi un avenir de paix et de prospérité à leurs enfants. Quel héritage sera légué aux jeunes générations ?
Les babys boomers, responsables du pays aujourd'hui et qui ont bénéficié à plein de la prospérité, fruit des efforts de la génération précédente, vont-ils jeter aux orties l'héritage de la réconciliation construite dans l'espérance après tant de douleur et de larmes ? Ce serait une erreur doublée d'une injustice envers les jeunes générations.
Délaisser l'oeuvre de réconciliation engagée depuis des décennies risquerait de laisser le champ libre aux préjugés qui exacerbent la haine entre les peuples. Comme l'Histoire l'a démontré à maintes reprises, l'amitié entre les peuples est loin d'être spontanée. Tout peuple ayant tendance à se définir d'abord contre l'autre plutôt que d'affirmer ce qu'il est, ce qu'il apporte à la communauté des peuples.
Ce mécanisme resurgit dans les pays européens les plus frappés par la crise. Dans de nombreux pays d'Europe du sud, l'Allemagne est montrée du doigt comme la cause de tous les maux. Mais a-t-on oublié que pendant que l'Allemagne se réformait en profondeur et accueillait l'Allemagne de l'Est, la France, elle, portait un coup fatal au dynamisme du pays avec les 35 heures et la profusion des réglementations ? Entre l'effort et l'illusion, notre pays a, comme souvent hélas, préféré l'illusion ! Doit-on faire porter à l'Allemagne le chapeau de nos erreurs stratégiques ?
Tout se passe comme si la crise divisait les peuples européens. Le rôle des politiques n'est pas d'emboucher lâchement la trompette des populismes. Mais d'aider leurs peuples à prendre conscience des défis qui les attendent, de les rassembler, de les unir en vue de pouvoir jouer un rôle dans ce monde qui change. La question d'aujourd'hui n'est pas d'abord de choisir entre la croissance ou l'austérité mais d'avancer dans la voie d'une union politique européenne. Celle-ci ne peut se construire que dans l'amitié entre les peuples. Elle seule permettra d'échapper au déclin et de léguer aux jeunes générations un continent fier, libre et fort.

samedi 6 avril 2013

Mariage homosexuel : éviter le divorce


Le Sénat examine le projet de loi sur le mariage des homosexuels, aux conséquences majeures : l'adoption qui en découle automatiquement et, même si ces deux derniers points ne figurent plus dans le projet de loi, la porte qu'il entrouvre à la Procréation médicalement assistée (PMA) puis aux mères porteuses (GPA). Ceci en raison de la non discrimination entre les couples mariés, plaidable devant la justice européenne.
Alors que ce projet de loi provoque une profonde fracture à l'intérieur de la société, le rôle du Sénat sera déterminant : trouvera-t-il le chemin de l'apaisement ou sera-t-il une chambre d'enregistrement, risquant d'accroître le désarroi et l'émotion qui persistent ?
Car, l'opposition au mariage homosexuel s'est amplifiée à mesure que les institutions démocratiques se grippaient : à commencer par la commission parlementaire apparue à beaucoup comme partisane et peu à l'écoute de ceux qui n'étaient pas d'accord ; le retournement du Président de la République sur la question de la liberté de conscience des maires ; la consigne de vote imposée aux députés socialistes ; le refus de la pétition aux 700 000 signatures par le Conseil Economique et Social...
Tout cela a contribué à fédérer des gens très divers et de plus en plus nombreux comme l'ont montré les deux manifestations, les plus grandes depuis des années dans le pays. On peut se demander ce qui rassemble des personnes de toutes générations, de toutes opinions politiques, de tous milieux sociaux, des croyants comme des non croyants, des hétérosexuels comme des homosexuels... Les incidents en marge des cortèges, lors du dernier rassemblement, ont occulté leurs revendications. Ils n'ont été ni reçus comme ils le demandaient, ni même entendus.
Leurs revendications portent sur le droit de l'enfant à avoir un père et une mère. S'il arrive que des accidents de la vie rendent un enfant orphelin de l'un de ses parents, il est reproché au projet de mettre délibérément des enfants dans cette situation de carence en les privant de leur branche maternelle ou paternelle. Cette cassure de la filiation serait amplifiée si, par la suite, la PMA puis la GPA étaient tolérées ou légalisées. En Californie ou ces chemins ont été pris, on assiste a la marchandisation des femmes et même des bébés. L'emprise de certains groupes de pression est dénoncée sur deux registres : le refus qu'une minorité impose sa vision de l'homme au grand nombre et l'inquiétude de voir une idéologie se propager jusque dans les écoles.
Des hommes politiques de gauche sont hostiles à une loi qui va à l'encontre de la réalité biologique de l'espèce humaine, le président de la République a été interpellé pour qu'il rende aux parlementaires leur liberté « en votant à bulletin secret selon leur conscience ». Cela rejoint les graves interrogations exprimées par le philosophe Guy Coq : « Dans une démocratie laïque, le politique ne saurait avoir la place d'un absolu... C'est seulement dans un parti totalitaire que la soumission à la discipline de groupe s'impose sans limites comme un absolu. »
Alors que l'exaspération grandit, les organisateurs du mouvement considèrent que la violence est « l'arme des faibles » et qu'en étant non-violents leur force deviendra incontournable. La balle est aujourd'hui dans le camp des sénateurs. Alors que la France traverse une grave crise économique, doublée d'une crise politique, et qu'elle doit se mobiliser pour s'adapter au monde, est-il vraiment opportun de bouleverser les fondements de la société et de brouiller le repère millénaire de la famille ?

mercredi 17 octobre 2012

Agir contre la misère

Agir contre la misère 

La misère est un continent immense. Il est peuplé de 865 millions d’êtres humains (1) de tous âges, de toutes langues, de toutes cultures. Partout, ils sont rejetés, parfois même jusqu’à devenir invisibles tant ils dérangent et inquiètent, tant ils interrogent.

Là-bas, le petit enfant de 2 ans casse des briques tandis que sa soeur d’un an plus âgée file sous les étals du marché ramasser quelque précieuse nourriture et glaner les copeaux de bois pour faire bouillir la marmite… Plus loin, un garçon de 8 ans coud des perles sur les vêtements vendus à bas prix dans les pays riches. Agile, il réalise ce que de grandes mains adultes ne peuvent faire : et tant pis s’il s’esquinte la vue irrémédiablement, à force de travail dans le taudis mal éclairé ! Dans la campagne, une jeune adolescente, esclave domestique, s’épuise, abandonnée et maltraitée. Dans les villes du tiers monde, gigantesques et fiévreuses, des hommes, des femmes, des enfants travaillent comme des esclaves. Ils trient, à mains nues, des déchets qu’ils ignorent toxiques. Ils sont enfermés dans des usines aux lourdes portes cadenassées, gardées par des hommes armés. Combien trouvent la mort dans ces lieux vétustes quand éclate l’incendie ! L’enfant soldat, les réfugiés, les malades… La litanie est longue de ceux que la misère isole et emprisonne.

Avec ceux qui en souffrent

Mais, elle n’est pas l’apanage des pays pauvres. Elle est là, ici, en France. Avec la crise, elle étend son emprise. Mais on ne la perçoit qu’avec retard. En 2010, on compte 440 000 nouvelles personnes pauvres, au total : 8,6 millions ! Sont touchés de plus en plus d’enfants élevés par une mère seule, des jeunes en rupture familiale, des travailleurs pauvres… Alors que les besoins augmentent, la revue Esprit (2) révèle que les budgets d’aide sociale ne sont pas toujours dépensés. Ainsi, plus de 5 milliards d’euros du Revenu de solidarité active n’auraient pas trouvés preneurs ! Sur ces entrefaites, on ajoute encore un outil : les contrats d’avenir.

Cela manifeste la volonté de ne pas laisser tomber ceux qui traversent une grave difficulté et c’est heureux. Mais cela interroge sur l’efficacité des politiques publiques. Les dispositifs s’empilent au point qu’il devient difficile, même pour les professionnels du secteur, d’en avoir une vue d’ensemble claire: « Le problème de la pauvreté consiste moins en un manque de dispositifs que dans le fait que ces dispositifs n’arrivent pas à toucher les personnes concernées » (3). À cela s’ajoute la complexité bureaucratique qui détourne, et trop souvent humilie, ceux qui auraient pourtant tant besoin d’aide : «Ce qui manque, c’est la confiance dans l’économie et le travail social. Il faut beaucoup de temps pour se reconstruire de la misère. Oser relever la tête », explique Bruno Tardieu, délégué national d’ATD Quart-Monde (1). En s’inspirant des exemples réussis de nos voisins européens, les auteurs (3) plaident pour une approche de la pauvreté plus efficace, plus participative et moins coûteuse : cesser d’empiler les dispositifs ; simplifier l’accès aux aides ; mieux coordonner le travail entre l’État et les collectivités locales; accompagner, surtout, ceux qui ont besoin d’aide. Cela signifie les écouter et construire avec eux les politiques nécessaires.

(1) 865 millions de personnes vivent avec 0,75€ par jour. Voir dimanche Ouest-France, 14 octobre 2012

(2) «La pauvreté perdue de vue», Esprit, octobre 2012

(3) M.-O. Padis et L.-M. Schaer, Esprit, octobre 2012

lundi 5 septembre 2011

Bonne rentrée

Cette semaine, la jeunesse du pays retrouve les sentiers de l'école. C'est une chance. On souhaite aux élèves la même joie d'apprendre que celle qui résonne dans de nombreux pays émergents. Car si tout n'est pas facile ici, là-bas la situation est bien plus difficile.

Mais, là où la paix existe, comme dans les immenses campagnes de l'Inde, des milliers d'élèves apprennent à lire, écrire, compter malgré les conditions matérielles difficiles. Dans certains endroits isolés, ils suivent les cours à même le sol, un abri sans mur les protège de la violence des pluies ou de l'ardeur du soleil ; ailleurs, dans les villes, ils étudient dans des écoles qui ressemblent aux nôtres. Souvent, ils marchent à travers champs pendant des kilomètres, les cahiers sous un bras, l'autre main guidant leur petit frère ou soeur. Malgré ces difficultés, ils avancent vers l'avenir d'un pied ferme et d'un coeur confiant. Heureux d'échapper aux travaux des champs ou de se reposer de la corvée d'eau.

Cette année, certains programmes scolaires inquiètent de nombreux parents. Des changements ont été introduits, subrepticement semble-t-il, dans certaines matières comme l'histoire et les sciences de la vie et de la terre, en classe de première. On souhaite aux jeunes qui seront confrontés à ces visions idéologiques d'user de leur bon sens et de leur humour pour éclairer leur esprit critique afin de distinguer l'enseignement solide de l'enseignement orienté. Ce dernier semble avoir besoin de se draper dans des noms pompeux et bizarres pour donner crédit à son caractère « scientifique », alors qu'il ne s'agit souvent que de théories relatives.

On souhaite à tous ceux qui travaillent dans les établissements scolaires la joie d'enseigner, la fierté de donner les repères solides qui permettront aux enfants et aux jeunes d'aujourd'hui de devenir des hommes et des femmes libres, heureux et responsables. Capables de faire face aux adversités de la vie comme d'en accueillir, avec bonheur et confiance, toutes les promesses.

Beaucoup se demandent comment les adultes feront face à leurs responsabilités en cette rentrée économiquement tumultueuse. Rechercher courageusement le bien commun et s'unir pour préparer l'avenir, serait un beau message qui aiderait la jeunesse à retrouver la joie d'apprendre, de découvrir, de s'engager et de créer.

mardi 14 juin 2011

Il faut sauver Asia Bibi

« Mon cachot n'a pas de fenêtre, et je n'ai pas vu le soleil depuis trois mois, témoigne Asia Bibi, mère de famille pakistanaise et ouvrière agricole, condamnée à mort pour blasphème (1). Depuis que je suis isolée, je ne sors plus jamais de ces quatre murs et personne n'est autorisé à entrer pour nettoyer. [...] Chaque jour, je vais chercher tout au fond de moi la force de tenir, je me bats pour garder un peu de dignité. »

Voici deux ans, le 14 juin 2009, Asia Bibi travaillait dans les champs d'un exploitant agricole avec les autres femmes du petit village d'Ittan Waki, au Pendjab. Soudain, une foule démontée s'approche, réclame sa mort en l'accusant d'avoir insulté Mahomet. À l'origine du drame, une dispute qui dégénère : ayant bu l'eau du puits, elle fut accusée de rendre le gobelet impur...

Elle est traînée devant l'imam du village : « Si tu ne veux pas mourir, tu dois te convertir à l'islam. Es-tu d'accord pour te racheter en devenant une bonne musulmane ? » « Non, je ne veux pas changer de religion. [...] Je n'ai pas insulté le Prophète », répond-elle. Elle sera battue, jetée en prison, puis condamnée à mort au terme d'un étrange procès.

Le musulman Salman Taseer, gouverneur du Pendjab, et le chrétien Shabbaz Bhatti, ministre des Minorités, prennent sa défense. Tous deux seront assassinés. Tous deux voulaient abolir la loi contre le blasphème, qui condamne à mort ceux qui sont accusés d'avoir insulté Mahomet. Les musulmans en sont les premières victimes.

La mort à petit feu

Un mollah a promis 500 000 roupies à ceux qui la tueraient. Même en prison, elle n'est pas en sécurité car des condamnés à mort se font assassiner. De plus, ses conditions d'emprisonnement sont inhumaines. Combien de temps va-t-elle tenir ? Elle vit dans un cachot si petit qu'elle peut toucher les murs en étendant les bras. À côté de sa couche, un trou tient lieu de sanitaire. Elle souffre du froid, de l'humidité, de l'insalubrité... Ce genre de traitement, sous couvert de la protéger, la conduit à la mort avant même que sa cause ne soit entendue en appel. C'est comme si la sentence des mollahs était en train d'être appliquée à petit feu.

À cette torture, s'ajoute un autre drame : toute sa famille est menacée. Son mari comme ses enfants doivent se cacher. Pourtant, du fond de l'enfer, Asia Bibi trouve la force de résister à la haine et d'appeler ses enfants à se tourner vers l'amour et la vie : « Il faut que l'humanité embellisse, qu'elle progresse. [...] Dieu n'est qu'amour et il ne peut être responsable de la folie des hommes, de toute la haine du monde. [...] À mes enfants... Je veux que, quoi qu'il arrive, ils parviennent à construire leur vie et à transmettre tout l'amour que je ressens pour eux. Ils sont comme des graines d'espérance et d'amour, dont j'espère qu'ils vont donner un jardin florissant. »

Les conditions de détention d'Asia Bibi sont inhumaines. Sa vie est en danger. Il est nécessaire de la transférer au plus vite dans un lieu de vie digne et de lui permettre de faire valoir son innocence. La liberté de conscience et la liberté religieuse sont les fondements de la paix. La loi contre le blasphème, qui tue tant de musulmans et de chrétiens, n'est pas digne de ce grand pays.



(1) Blasphème, Asia Bibi et Anne-Isabelle Tollet, Oh ! Éditions. Les droits d'auteurs servent à la défense d'Asia Bibi.

jeudi 7 avril 2011

Non au suicide des agriculteurs


Savez-vous que 400 agriculteurs ont mis fin à leurs jours en 2009, soit plus d'une personne par jour ? C'est deux fois plus que la moyenne nationale . Ce scandale se déroulait, jusqu'à présent, dans l'indifférence générale.

La société Saint-Vincent de Paul a organisé, récemment à Rennes, une table ronde sur la solitude en milieu rural. À cette occasion, le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, a lancé un plan contre le suicide des agriculteurs, en cette année où la lutte contre la solitude est grande cause nationale.

Bien sûr, une partie du monde agricole est dynamique et va bien. Mais le désarroi d'une autre partie du monde agricole est immense. On l'ignore. Pire, on l'entretient par toutes sortes de comportements, d'images dévalorisantes, de soupçons, de moqueries envers les enfants d'agriculteurs...

L'isolement des agriculteurs grandit. On les accuse de tous les maux de la terre, en particulier de la pollution. En plus du mépris, on rajoute sur leurs épaules des contraintes qui demandent des investissements longs à amortir, alors que leurs revenus varient brutalement à cause de la fluctuation des cours mondiaux et qu'ils n'ont pas fini de rembourser les investissements précédents. On oublie que beaucoup sont économiquement fragiles.

Souvent plus pauvres, ils sont aussi moins aidés par leur entourage. Hier, le mari et la femme travaillaient souvent ensemble. Aujourd'hui, 75 % des jeunes femmes d'agriculteurs déclarent n'exercer aucune activité dans l'exploitation. « L'agriculteur se retrouve de plus en plus seul », constate le sociologue Jacques Rémy.

Une responsabilité collective

De plus, l'écart se creuse entre le mode de vie des agriculteurs et la manière de vivre générale : être toujours là, attaché à la terre, est difficile dans une société qui a fait des loisirs et du divertissement le passeport de la reconnaissance sociale. À mesure que la société sombre dans l'immédiateté, la noblesse du travail des agriculteurs se voile. On en oublierait presque que le pain que l'on mange chaque jour est « le fruit de la terre et du travail des hommes ».

Comment combattre le sentiment d'échec qui envahit peu à peu certains agriculteurs ?

Il y a « une responsabilité collective, explique François Régis Lenoir agriculteur et psychologue. Il faut détecter les territoires à risque car il existe des zones où les suicides sont contagieux. » Le plan décidé va s'y employer.

Au-delà, il s'agit, selon Bruno Le Maire, de « remettre les agriculteurs au premier plan de la société » en apportant les réponses économiques, sociales et humaines à leur désarroi. Dans le cadre du G20, le gouvernement lutte contre la spéculation qui provoque la volatilité des cours des marchés agricoles. Au niveau européen, il travaille pour que les produits agricoles importés répondent aux mêmes normes que les produits européens, afin d'éviter une concurrence inégale. En France, il plaide pour le juste prix d'achat des denrées agricoles. Sur le plan social et humain, un dispositif d'écoute et d'accompagnement va être mis en place.

Il est aussi un remède à la portée de tous : respecter ceux qui cultivent la terre. « On fait un beau métier. Nous méritons d'être pris en considération », déclarait un agriculteur. Être attentif à leur détresse cachée, y remédier sans attendre, est de la responsabilité de tous.



lundi 24 janvier 2011

Vivre jusqu'au bout dans la dignité


« Avant de légaliser l'euthanasie, j'aimerais que l'on commence par améliorer l'accueil des personnes en fin de vie, en atténuant leur souffrance, mais aussi en continuant à les considérer comme des personnes à part entière. Les soignants le disent, si ces conditions sont satisfaites, la demande de mort disparaît le plus souvent », témoigne le cinéaste Frédéric Chaudier. Lorsqu'il apprend la grave maladie dont souffre son père, tous deux pensent alors que l'euthanasie est la seule solution : « Nous étions à mille lieues d'imaginer que l'existence puisse encore lui (nous) offrir des périodes utiles. Pourtant, c'est bien ce que nous avons expérimenté, » explique-t-il à La Vie (1).


Le Sénat se penchera, demain, sur une proposition de loi sur l'euthanasie. Or, un récent sondage Opinion Way montre que la grande majorité des Français préférerait que leurs proches en fin de vie aient des soins palliatifs (63 %), plutôt que de subir une euthanasie (36 %) (1).


D'après la proposition de loi, on pourrait faire connaître à l'avance son désir sur sa manière de mourir en cas de maladie. Une chose est de prendre cette décision en pleine forme, une autre de la vivre quand l'heure approche ! On nous donnerait seulement huit à quinze jours entre la demande et l'exécution de l'acte !


Le flou est immense : comment s'assurer que la personne est vraiment libre ? Quid des demandes qui traduisent plus une détresse qu'un véritable choix ? La précipitation est aussi impressionnante. Cette proposition de loi court-circuite les travaux de l'Observatoire de la fin de la vie, créé juste l'année dernière. De plus, elle ne tient pas compte du fait que la loi Léonetti sur la fin de vie, votée voici cinq ans, est méconnue : 68 % des Français ignorent qu'elle interdit l'acharnement thérapeutique, principale cause des demandes d'euthanasie ! On voit clairement la contradiction : une nouvelle proposition vient, alors que la loi précédente n'est pas appliquée comme il convient.


La prudence s'impose, comme le réclame le Manifeste citoyen pour la dignité des personnes en fin de vie, rassemblant de grandes personnalités : « [...] Un droit à une injection létale et/ou à un suicide assisté »... ferait... « courir des risques aux plus vulnérables et aux plus démunis d'entre nous. [...] Alors que notre pays s'apprête à débattre du financement de la dépendance [...], notre vigilance [...] commande de ne pas se donner les moyens législatifs qui pourraient être détournés à des fins de pression sur des personnes dépendantes, auxquelles on présenterait la mort choisie comme une solution citoyenne généreuse. De plus, confier aux professionnels de santé la fonction spécifique de pratiquer des injections mortelles sur les lieux mêmes où ils soignent, s'avère contraire à leur mission [...] Aucun motif ne saurait autoriser quiconque à décider qu'une vie ne vaut pas la peine d'être vécue. »


Face à ce grave danger, il convient de veiller à l'application de la loi Léonetti : développer les soins palliatifs, informer les Français sur leurs droits, former les personnels soignants à combattre la souffrance plutôt qu'à l'euthanasie, et s'assurer de la poursuite des recherches pour les cas les plus difficiles.

(1) La Vie, le 20 Janvier 2011.

lundi 27 décembre 2010

Liberté religieuse

Aujourd'hui, dans le monde, de nombreux massacres sont commis pour des motifs religieux. C'est ainsi que, le 29 mai, au Pakistan, plus de cent musulmans Amhadi ont été massacrés au prétexte qu'ils n'étaient pas de « bons musulmans » ! En octobre, les talibans assassinaient une grande personnalité de l'Islam : Mohammad Farooq Khan était reconnu par tous comme un homme de dialogue.

Cet automne, pour la première fois, un tribunal pakistanais s'est appuyé sur la loi anti-blasphème pour condamner à mort une catholique, Asia Bibi. Vraisemblablement victime d'une cabale populaire et des superstitions locales, cette femme de 40 ans, mère de deux enfants, attend au fond d'une prison. Il ne lui reste plus que l'espoir d'une grâce présidentielle.

En Irak, cet automne, lors des fêtes de la Toussaint, quarante-quatre personnes ont été assassinées dans la cathédrale de Bagdad. Peu avant Noël, en Inde, les chrétiens de l'État d'Orissa, menacés par des extrémistes hindouistes, demandaient aux autorités de les protéger. Pendant les fêtes de Noël, la violence s'est déchaînée contre les chrétiens : au Pakistan comme au Nigéria, des dizaines de personnes ont été tuées à cause de leur foi.

Il est inquiétant de constater que la haine religieuse monte dans le monde. En Orient, en Afrique, en Asie... Elle gagne même des pays jusqu'alors épargnés et touche différentes religions. Si les chrétiens sont la cible d'odieux attentats, en particulier lors des fêtes religieuses, les musulmans sont, eux aussi, victimes de cette intolérance.

Un rempart contre la haine

De nombreux attentats sont revendiqués par des mouvements brandissant une conception totalitaire de l'Islam. Leur rêve d'imposer à tous une seule foi et une loi unique est critiqué par les musulmans eux-mêmes.

Mais ces mouvements manipulent l'inculture, les superstitions et la misère des foules. Ils attisent la haine religieuse en s'appuyant, par exemple, sur les lois anti-blasphème. Les autorités politiques qui les promulguent portent une lourde responsabilité.

Ces tristes événements montrent à quel point il serait irresponsable de laisser libre cours à l'intolérance religieuse. Elle est le tremplin des fanatismes qui ont en commun la volonté d'asservir l'homme. Il serait dangereux de se taire par lâcheté et de faciliter la tâche de ceux qui revendiquent aujourd'hui la « pureté religieuse » comme d'autres revendiquaient, hier, la « pureté de la race ».

Alors, quand Benoît XVI demande la protection des chrétiens dans certains pays et le respect général de la liberté religieuse, c'est d'une grave et urgente actualité. Dans son message de Noël, le pape a parlé en tant que chef d'État du Vatican. Notamment, lorsqu'il a appelé « les responsables des nations à une solidarité active » envers les chrétiens persécutés d'Irak et d'Orient... Et lorsqu'il a invité « les responsables politiques et religieux à s'engager pour le plein respect de la liberté religieuse ».

Il est urgent de se mobiliser contre la haine religieuse. Les Nations unies comme l'Union européenne ont un rôle à jouer pour arrêter le tsunami de l'intolérance. Elles doivent avoir le courage de promouvoir le respect de la liberté de conscience et de la liberté religieuse, et celui de dénoncer vigoureusement les lois anti-blasphème. Comme le rappelait l'archevêque d'Alger, Mgr Ghaleb Bader, la nuit de Noël, « la religion, le rapport de l'homme à Dieu, ne peut jamais justifier (...) un acte de violence ».

lundi 20 décembre 2010

Jacqueline de Romilly, l'amour de la liberté

C'était une grande dame au franc-parler, libre et forte, humble et joyeuse, à l'humour débordant, à l'énergie indomptable, au courage bouleversant. Jacqueline de Romilly vient de nous quitter dans sa quatre-vingt-dix-huitième année. Avec elle, la démocratie humaniste perd sa plus ardente pédagogue ; les lettres classiques, leur plus grande avocate.

Femme de lettres, helléniste de renom, membre de l'Académie française, elle mit ses talents au service de l'humanisme et, à travers lui, de la civilisation européenne : « La Grèce ancienne n'est pas, pour nous, un modèle à retrouver ; ce qu'elle nous apporte est le principe premier, l'idéal à atteindre - en somme, l'élan qui peut aujourd'hui encore nous aider et nous unir », écrivait-elle dans l'un de ses derniers ouvrages (1).

Pour cela, il est nécessaire d'avoir une vive conscience des défis de notre époque. Surtout lorsque l'on songe aux orages du XXe siècle et à l'éclipse de la civilisation européenne sous le nazisme. Face à cela, l'Europe devait se reconstruire pour la paix en s'inspirant des valeurs et de l'idéal de la démocratie athénienne.

Les travaux de Jacqueline de Romilly ont permis de découvrir comment les Athéniens ont inventé la démocratie ainsi que la manière dont ils s'efforçaient d'en combattre les dérives : la démagogie, l'inculture, le soupçon, l'oubli du bien commun... La formation des citoyens et de la jeunesse à l'art de vivre en démocratie est donc primordiale. En cela, les Grecs anciens sont des maîtres inégalés.

L'humanisme, une conquête

Grâce à elle, nous avons redécouvert les grands textes grecs, redevenus accessibles à tous. Mais, dans le même temps, l'enseignement du grec ancien disparaissait de plus en plus des écoles ! Les jeunes générations sont donc, aujourd'hui, de plus en plus coupées des racines de la culture européenne.

C'est regrettable à l'âge où se forge le jugement. C'est en contradiction avec les besoins de notre époque. En particulier avec la nécessité de comprendre le sens des règles communes indispensables en démocratie pour vivre ensemble dans le respect mutuel.

C'est aussi d'une grande inconscience. L'humanisme et la liberté ne sont-ils pas une conquête de chaque génération ? Par quoi seront donc remplacées ces digues, si patiemment construites au long des siècles, pour lutter contre l'inculture, la violence et la barbarie ? Chaque génération ne doit-elle pas avoir l'humilité d'apprendre des générations précédentes pour redécouvrir les fondements de la démocratie ?

Jacqueline de Romilly était l'amie de la jeunesse, l'amie des humbles. Elle évita l'expulsion d'une jeune fille tchétchène et de sa famille. Lorsque des incendies ravagèrent la Grèce, elle lança une vaste souscription, « Un arbre pour la Grèce », afin de tisser des liens d'amitié entre les citoyens européens.

Jacqueline de Romilly était une amie d'Ouest-France et de ses lecteurs. Elle nous fit l'honneur de parrainer, avec l'association L'élan citoyen, les « appels à témoignages » de jeunes personnes racontant un beau geste de la vie quotidienne. Et, pendant une année elle collabora à dimanche ouest-france, faisant découvrir, semaine après semaine, les trésors des textes antiques.

Une grande voix s'est éteinte. Nous lui disons merci et lui rendons un dernier hommage.



(1) L'élan démocratique dans l'Athènes ancienne, Éditions de Fallois.