dimanche 8 septembre 2013
Pendant la crise, protéger les familles
lundi 6 mai 2013
Sentinelles de la démocratie
dimanche 28 avril 2013
L'amitié européenne ou le déclin
samedi 6 avril 2013
Mariage homosexuel : éviter le divorce
mercredi 17 octobre 2012
Agir contre la misère
Là-bas, le petit enfant de 2 ans casse des briques tandis que sa soeur d’un an plus âgée file sous les étals du marché ramasser quelque précieuse nourriture et glaner les copeaux de bois pour faire bouillir la marmite… Plus loin, un garçon de 8 ans coud des perles sur les vêtements vendus à bas prix dans les pays riches. Agile, il réalise ce que de grandes mains adultes ne peuvent faire : et tant pis s’il s’esquinte la vue irrémédiablement, à force de travail dans le taudis mal éclairé ! Dans la campagne, une jeune adolescente, esclave domestique, s’épuise, abandonnée et maltraitée. Dans les villes du tiers monde, gigantesques et fiévreuses, des hommes, des femmes, des enfants travaillent comme des esclaves. Ils trient, à mains nues, des déchets qu’ils ignorent toxiques. Ils sont enfermés dans des usines aux lourdes portes cadenassées, gardées par des hommes armés. Combien trouvent la mort dans ces lieux vétustes quand éclate l’incendie ! L’enfant soldat, les réfugiés, les malades… La litanie est longue de ceux que la misère isole et emprisonne.
Avec ceux qui en souffrent
Mais, elle n’est pas l’apanage des pays pauvres. Elle est là, ici, en France. Avec la crise, elle étend son emprise. Mais on ne la perçoit qu’avec retard. En 2010, on compte 440 000 nouvelles personnes pauvres, au total : 8,6 millions ! Sont touchés de plus en plus d’enfants élevés par une mère seule, des jeunes en rupture familiale, des travailleurs pauvres… Alors que les besoins augmentent, la revue Esprit (2) révèle que les budgets d’aide sociale ne sont pas toujours dépensés. Ainsi, plus de 5 milliards d’euros du Revenu de solidarité active n’auraient pas trouvés preneurs ! Sur ces entrefaites, on ajoute encore un outil : les contrats d’avenir.
Cela manifeste la volonté de ne pas laisser tomber ceux qui traversent une grave difficulté et c’est heureux. Mais cela interroge sur l’efficacité des politiques publiques. Les dispositifs s’empilent au point qu’il devient difficile, même pour les professionnels du secteur, d’en avoir une vue d’ensemble claire: « Le problème de la pauvreté consiste moins en un manque de dispositifs que dans le fait que ces dispositifs n’arrivent pas à toucher les personnes concernées » (3). À cela s’ajoute la complexité bureaucratique qui détourne, et trop souvent humilie, ceux qui auraient pourtant tant besoin d’aide : «Ce qui manque, c’est la confiance dans l’économie et le travail social. Il faut beaucoup de temps pour se reconstruire de la misère. Oser relever la tête », explique Bruno Tardieu, délégué national d’ATD Quart-Monde (1). En s’inspirant des exemples réussis de nos voisins européens, les auteurs (3) plaident pour une approche de la pauvreté plus efficace, plus participative et moins coûteuse : cesser d’empiler les dispositifs ; simplifier l’accès aux aides ; mieux coordonner le travail entre l’État et les collectivités locales; accompagner, surtout, ceux qui ont besoin d’aide. Cela signifie les écouter et construire avec eux les politiques nécessaires.
(1) 865 millions de personnes vivent avec 0,75€ par jour. Voir dimanche Ouest-France, 14 octobre 2012
(2) «La pauvreté perdue de vue», Esprit, octobre 2012
(3) M.-O. Padis et L.-M. Schaer, Esprit, octobre 2012
lundi 5 septembre 2011
mardi 14 juin 2011
jeudi 7 avril 2011
lundi 24 janvier 2011
« Avant de légaliser l'euthanasie, j'aimerais que l'on commence par améliorer l'accueil des personnes en fin de vie, en atténuant leur souffrance, mais aussi en continuant à les considérer comme des personnes à part entière. Les soignants le disent, si ces conditions sont satisfaites, la demande de mort disparaît le plus souvent », témoigne le cinéaste Frédéric Chaudier. Lorsqu'il apprend la grave maladie dont souffre son père, tous deux pensent alors que l'euthanasie est la seule solution : « Nous étions à mille lieues d'imaginer que l'existence puisse encore lui (nous) offrir des périodes utiles. Pourtant, c'est bien ce que nous avons expérimenté, » explique-t-il à La Vie (1).
Le Sénat se penchera, demain, sur une proposition de loi sur l'euthanasie. Or, un récent sondage Opinion Way montre que la grande majorité des Français préférerait que leurs proches en fin de vie aient des soins palliatifs (63 %), plutôt que de subir une euthanasie (36 %) (1).
D'après la proposition de loi, on pourrait faire connaître à l'avance son désir sur sa manière de mourir en cas de maladie. Une chose est de prendre cette décision en pleine forme, une autre de la vivre quand l'heure approche ! On nous donnerait seulement huit à quinze jours entre la demande et l'exécution de l'acte !
Le flou est immense : comment s'assurer que la personne est vraiment libre ? Quid des demandes qui traduisent plus une détresse qu'un véritable choix ? La précipitation est aussi impressionnante. Cette proposition de loi court-circuite les travaux de l'Observatoire de la fin de la vie, créé juste l'année dernière. De plus, elle ne tient pas compte du fait que la loi Léonetti sur la fin de vie, votée voici cinq ans, est méconnue : 68 % des Français ignorent qu'elle interdit l'acharnement thérapeutique, principale cause des demandes d'euthanasie ! On voit clairement la contradiction : une nouvelle proposition vient, alors que la loi précédente n'est pas appliquée comme il convient.
La prudence s'impose, comme le réclame le Manifeste citoyen pour la dignité des personnes en fin de vie, rassemblant de grandes personnalités : « [...] Un droit à une injection létale et/ou à un suicide assisté »... ferait... « courir des risques aux plus vulnérables et aux plus démunis d'entre nous. [...] Alors que notre pays s'apprête à débattre du financement de la dépendance [...], notre vigilance [...] commande de ne pas se donner les moyens législatifs qui pourraient être détournés à des fins de pression sur des personnes dépendantes, auxquelles on présenterait la mort choisie comme une solution citoyenne généreuse. De plus, confier aux professionnels de santé la fonction spécifique de pratiquer des injections mortelles sur les lieux mêmes où ils soignent, s'avère contraire à leur mission [...] Aucun motif ne saurait autoriser quiconque à décider qu'une vie ne vaut pas la peine d'être vécue. »
Face à ce grave danger, il convient de veiller à l'application de la loi Léonetti : développer les soins palliatifs, informer les Français sur leurs droits, former les personnels soignants à combattre la souffrance plutôt qu'à l'euthanasie, et s'assurer de la poursuite des recherches pour les cas les plus difficiles.
lundi 27 décembre 2010
lundi 20 décembre 2010
Jacqueline de Romilly, l'amour de la liberté
C'était une grande dame au franc-parler, libre et forte, humble et joyeuse, à l'humour débordant, à l'énergie indomptable, au courage bouleversant. Jacqueline de Romilly vient de nous quitter dans sa quatre-vingt-dix-huitième année. Avec elle, la démocratie humaniste perd sa plus ardente pédagogue ; les lettres classiques, leur plus grande avocate.
Femme de lettres, helléniste de renom, membre de l'Académie française, elle mit ses talents au service de l'humanisme et, à travers lui, de la civilisation européenne : « La Grèce ancienne n'est pas, pour nous, un modèle à retrouver ; ce qu'elle nous apporte est le principe premier, l'idéal à atteindre - en somme, l'élan qui peut aujourd'hui encore nous aider et nous unir », écrivait-elle dans l'un de ses derniers ouvrages (1).
Pour cela, il est nécessaire d'avoir une vive conscience des défis de notre époque. Surtout lorsque l'on songe aux orages du XXe siècle et à l'éclipse de la civilisation européenne sous le nazisme. Face à cela, l'Europe devait se reconstruire pour la paix en s'inspirant des valeurs et de l'idéal de la démocratie athénienne.
Les travaux de Jacqueline de Romilly ont permis de découvrir comment les Athéniens ont inventé la démocratie ainsi que la manière dont ils s'efforçaient d'en combattre les dérives : la démagogie, l'inculture, le soupçon, l'oubli du bien commun... La formation des citoyens et de la jeunesse à l'art de vivre en démocratie est donc primordiale. En cela, les Grecs anciens sont des maîtres inégalés.
L'humanisme, une conquête
Grâce à elle, nous avons redécouvert les grands textes grecs, redevenus accessibles à tous. Mais, dans le même temps, l'enseignement du grec ancien disparaissait de plus en plus des écoles ! Les jeunes générations sont donc, aujourd'hui, de plus en plus coupées des racines de la culture européenne.
C'est regrettable à l'âge où se forge le jugement. C'est en contradiction avec les besoins de notre époque. En particulier avec la nécessité de comprendre le sens des règles communes indispensables en démocratie pour vivre ensemble dans le respect mutuel.
C'est aussi d'une grande inconscience. L'humanisme et la liberté ne sont-ils pas une conquête de chaque génération ? Par quoi seront donc remplacées ces digues, si patiemment construites au long des siècles, pour lutter contre l'inculture, la violence et la barbarie ? Chaque génération ne doit-elle pas avoir l'humilité d'apprendre des générations précédentes pour redécouvrir les fondements de la démocratie ?
Jacqueline de Romilly était l'amie de la jeunesse, l'amie des humbles. Elle évita l'expulsion d'une jeune fille tchétchène et de sa famille. Lorsque des incendies ravagèrent la Grèce, elle lança une vaste souscription, « Un arbre pour la Grèce », afin de tisser des liens d'amitié entre les citoyens européens.
Jacqueline de Romilly était une amie d'Ouest-France et de ses lecteurs. Elle nous fit l'honneur de parrainer, avec l'association L'élan citoyen, les « appels à témoignages » de jeunes personnes racontant un beau geste de la vie quotidienne. Et, pendant une année elle collabora à dimanche ouest-france, faisant découvrir, semaine après semaine, les trésors des textes antiques.
Une grande voix s'est éteinte. Nous lui disons merci et lui rendons un dernier hommage.











