TOUT EST DIT

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dimanche 29 janvier 2012

Berlin dicte et doute 

`Quelle intense activité diplomatique, ces derniers jours à Berlin! La chancelière Merkel a reçu bon nombre de dirigeants européens dans la perspective du sommet des 27, demain à Bruxelles. Avec une absence remarquée: celle de Nicolas Sarkozy. Pourtant, depuis des lustres, Français et Allemands se «consultent» avant une réunion de crise – et celle de demain en sera de nouveau une, malgré un ordre du jour officiel plutôt léger.
Pourquoi? Parce que Paris, sans son triple A, ne peut que suivre Berlin? Ou par désir de faire oublier l’ère «Merkozy» à l’heure où les critiques internationales pleuvent sur la politique de l’Allemagne? En dénonçant sa gestion de la crise de l’euro, sans oublier des constats inattendus comme celui de l’OIT – Organisation internationale du travail – mettant les succès économiques du pays au compte de criantes injustices salariales.
Mais les chefs de gouvernement italien et espagnol en tête, les hôtes de la chancelière ont surtout constaté que Berlin restait ferme sur ses positions. Ainsi, les eurobonds sont hors de question, une extension des pouvoirs d’intervention de la BCE de Francfort aussi. Le nouveau Mécanisme de stabilité MES sera limité à 500 milliards, et pour nos voisins, «solidarité» européenne rime toujours avec «responsabilité» des Etats membres: les «cigales» sont d’abord priées de mettre de l’ordre chez elles par l’austérité traduite en cette «règle d’or» arrêtée le 9 décembre, dont la mouture décisive sera présentée demain. Et s’ajouterait une nouvelle clause: selon Berlin, ne pourraient prétendre à la solidarité européenne que les Etats ayant ratifié la fameuse règle dictant l’équilibre budgétaire. Sans même évoquer le cas désespéré de la Grèce, totalement incapable de gérer son budget!
A lire la presse d’outre-Rhin, on s’interroge aussi en haut-lieu sur l’avenir politique français. Ainsi, la CDU/CSU a beau soutenir l’UMP et Angela Merkel participer à l’un ou l’autre meeting électoral de Nicolas Sarkozy, Berlin scrute les sondages annonçant la victoire de François Hollande. Or, le candidat socialiste veut renégocier au niveau de l’euro, notamment sur la règle d’or. Telle qu’elle existe, sa ratification par la France deviendrait alors impossible. Quant à la reconduite de l’actuelle majorité et du président sortant, nos voisins savent qu’elle ne se fera pas par le seul serrage de ceinture... à l’allemande.
Autant dire que les élections françaises pèseront lourd sur l’Europe et l’euro.

Et s'« il » disait finalement « je renonce » ?

Nicolas Sarkozy ne veut pas dévoiler sa candidature avant le mois de mars. Mais il faut bien qu'il trouve une parade aux succès répétés de François Hollande. Il ne suffit pas de le taxer d'arrogance. Il faut frapper fort pour briser sa large avance. Hier, jour de son anniversaire et alors que 89 % des Français pensent qu'il va se représenter, il pense peut-être, ce matin en se rasant, à… renoncer. Voilà qui déstabiliserait tous ses adversaires ! Il en a, ce soir sur six chaînes de télévision, une belle occasion. Imaginez le coup de théâtre. Les anti Celui-dont-on-ne-prononce-plus-le-nom seraient bien marris ! Angela Merkel s'en remettrait. L'UMP aussi. Épuisant à défendre, le président sortant. On l'a vu jeudi soir, avec un Alain Juppé fatigué, peu pugnace, pas très motivé par des arguments pourtant pas mauvais. Inférieur à François Hollande, qui a mangé du lion ! Si le président laissait la main, qui prendrait la suite ? Juppé a baissé la garde jeudi soir, même si le candidat socialiste lui a tendu des perches. Copé ne passe pas si bien que ça dans son propre camp. Xavier Bertrand ? Autant se représenter : le ministre picard du Travail est le clone du président. Reste François Fillon. Banni de la Chiraquie des années 2000, il a réussi à tenir à Matignon pendant tout le quinquennat. Homme des réformes, il est resté dans l'ombre, « collaborateur » du président, mais libre tout de même. Les Français de droite l'aiment bien. L'UMP s'en méfie… Séance rasage terminée. Nicolas Sarkozy a enfilé son costume de Président. Ce soir, il a des mesures fortes à faire passer. Sa candidature - ou non - c'est pour plus tard. Et puis, au fond, il aimerait bien rempiler !

Steve Jobs gardait une lettre de Bill Gates

Bill Gates a écrit une lettre à Steve Jobs peu avant le décès du cofondateur d’Apple, a rapporté l’ancien patron de Microsoft dans un entretien au Telegraph. Dans ce courrier, Bill Gates expliquait à Steve Jobs qu’il pouvait se sentir fier de sa réussite, de l’entreprise qu’il avait bâtie. «Je lui ai parlé de ses enfants, que je connaissais», a-t-il affirmé.

Selon Bill Gates, cette lettre n’avait rien d’une réconciliation entre les deux farouches ennemis de l’informatique. «Nous n’avions pas à faire la paix, car nous n’étions pas en guerre. Nous avons créé de bons produits, et la rivalité a toujours été une bonne chose», a expliqué Bill Gates. «Steve était un formidable génie», a-t-il ajouté.

Peu après la mort de Steve Jobs le 5 octobre dernier, Bill Gates a reçu un appel de la veuve du fondateur d’Apple, Laurene P. Jobs. Celle-ci lui a expliqué que la biographie consacrée à son époux, où figurent plusieurs des propos acerbes prononcés par Jobs à l’encontre de son rival, «ne reflétait pas le respect mutuel» que les deux hommes pouvaient avoir. Et que Steve Jobs avait gardé la lettre de Bill Gates auprès de lui jusqu’au jour de sa mort.

Claude Guéant : «La Corrèze, c'est la Grèce de la France»

Pour l’ancien bras droit de à l’Elysée, , la candidature du président sortant ne fait aucun doute. Et il est confiant, même s’il reconnaît que « l’élan de 2007 n’y est plus ».

On a beaucoup vu François Hollande ces derniers jours. Il a marqué des points ?
Claude Guéant.
C’est un homme combatif qui, dans son discours du Bourget, a incontestablement répondu à l’attente de la France socialiste. Mais il ne s’est adressé qu’à elle, et non pas aux Français en général. Il m’a surtout frappé par son sectarisme. Il met en doute les valeurs républicaines de ceux qui ne sont pas de gauche. C’est insupportable.

Comment jugez-vous son programme ?
Il n’a absolument pas pris l’exacte mesure de la crise : le temps où l’on dépensait l’argent public sans compter est révolu! Or, il propose une gestion financière résolument de gauche que l’on connaît bien : dépenser toujours plus et augmenter les impôts. S’il arrivait aux affaires, on assisterait à une explosion des dépenses de l’Etat, mais surtout à un vrai matraquage fiscal!

Il vise les classes les plus aisées…
Quand il dit que l’impôt ne va frapper que les riches, c’est faux. Pour la bonne raison qu’on n’a pas suffisamment de riches en France pour financer son programme. Et avec sa fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu, il frappe surtout les classes moyennes.

Mais quel que soit le gagnant de mai, ne faudra-t-il pas augmenter les impôts pour revenir à l’équilibre budgétaire ?
Notre objectif est de maîtriser la dépense publique. Notre politique consistera donc à baisser la dépense et à ne pas augmenter les impôts.

La police et la gendarmerie ont-elles besoin d’effectifs supplémentaires comme le propose Hollande, qui prévoit de créer 1 000 postes par an ?
L’impératif, c’est de rétablir l’équilibre de nos finances publiques. Ces dernières années, la police et la gendarmerie ont été soumises à la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Malgré cela, la sécurité s’est améliorée. Ce qui compte, c’est l’efficacité. Or M. Hollande dit qu’il pourchassera les voyous, mais il supprime par exemple les peines planchers et les mesures de sûreté qui s’appliquent aux criminels particulièrement dangereux après qu’ils ont effectué leurs peines, comme les violeurs en série.

Vous voulez dissoudre un groupuscule islamiste ; il représente une menace terroriste ?
Je n’ai jamais dit que cette association était en train de préparer des actes terroristes. Mais elle a un comportement contraire aux lois de la République. Elle prône l’application de la charia, le régime du califat, tient des propos antisémites et anti-Occidentaux, et entraîne ses recrues de manière paramilitaire pour les préparer à la lutte armée.

Vous n’avez pas réussi à capter l’électorat de Marine Le Pen. Or, on vous a souvent assimilé à elle…
Mon travail, c’est de faire appliquer la loi de la République. En matière de sécurité, nos concitoyens, malgré les progrès considérables, ont encore des attentes. Dans le domaine des incivilités, par exemple. Pour ceux qui sont victimes de ces petites violences quotidiennes, comme se faire bousculer dans le métro ou dans la rue, c’est un vrai traumatisme. En matière d’immigration, les gens veulent que notre société reste fidèle à ses principes. Ils veulent que nous régulions les flux migratoires. C’est ce que je m’emploie à faire. Ils veulent également que nous luttions fermement contre l’immigration irrégulière. Nous avons reconduit à la frontière cette année beaucoup plus d’irréguliers que jamais.

Selon un sondage que nous avons publié mardi, Nicolas Sarkozy est moins crédible que Marine Le Pen sur l’insécurité et l’immigration…
Madame Le Pen ne propose strictement rien. Elle dit « sus à l’insécurité », « sus aux voyous », mais nous, nous agissons. Depuis 2002, la délinquance a chuté de 16,5%. L’année dernière, il y a eu 678000 crimes ou faits de délinquance de moins qu’il y a dix ans. Ça, c’est du palpable.

Doit-elle avoir ses 500 signatures ?
Il serait normal que quelqu’un qui représente un courant d’opinion — les sondages en témoignent — soit candidat. Il y a en France 43 000 élus habilités. Ça lui laisse de la marge.

Peut-elle être au second tour ?
Je ne crois pas. Elle est uniquement dans l’incantation, il n’y a pas de propositions.

Elle parie sur l’éclatement de l’UMP si Sarkozy n’est pas réélu…
Ne faisons pas de politique-fiction. Et je suis sûr que Nicolas Sarkozy sera réélu.

Nicolas Sarkozy reste devancé dans les sondages par Hollande. Doit-il annoncer sa candidature ce soir à la télévision ?
A ma connaissance, il n’a pas prévu de le faire. Il ne peut pas être candidat et gérer avec efficacité les affaires de la France. On ne va pas attendre encore six mois que les élections aient eu lieu pour traiter la question de l’emploi.

Il a évoqué la possibilité d’une défaite. Reste-t-il le meilleur candidat ?
Il n’y a aucune raison de douter.

Quand connaîtra-t-on son projet ?
Dans ses déclarations, il y a déjà bien des éléments que l’on peut retenir comme faisant partie de son projet politique. Début janvier, en déplacement à Chasseneuil-du-Poitou, son discours sur l’éducation était par exemple précis.

François Bayrou est-il un adversaire ou un concurrent de Nicolas Sarkozy ?
C’est un concurrent. Le centrisme, ça existe, mais plus je l’entends parler, plus je me dis qu’il appartient à notre famille. Sa pensée politique est très proche de la nôtre. Sur la gestion des finances publiques, par exemple, nous sommes sur la même ligne.

L’antisarkozysme, qui reste très fort, ne vous inquiète pas ?
Il n’y a pas le même élan qu’en 2007, c’est vrai. Mais le président a géré cinq ans d’une crise exceptionnelle. Il faut savoir si on vote pour un président qu’on aime ou pour un président qui va conduire avec efficacité le pays dans des temps qui vont rester très difficiles. Il faut choisir quelqu’un de crédible pour diriger la France. Personne ne peut penser que M. Hollande, avec la suffisance qu’il affiche, va ainsi faire plier M. Obama, Mme Merkel, M. Hu Jintao. Regardez lors des négociations avec les Verts : on dit qu’il a troqué des circonscriptions contre des centrales nucléaires. Mais c’est pire : il a cédé les deux !

Quelles erreurs a-t-il commises ?
En début de mandat, la soirée au Fouquet’s n’était sans doute pas la meilleure des choses… Lui-même en a convenu.

Que lui conseilleriez-vous pour redresser son image ?
Il doit continuer à gouverner la France et apporter des solutions. Les leçons de M. Hollande sont tout de même curieuses : la Corrèze, c’est la Grèce de la France! C’est le seul exemple de collectivité qu’il ait gérée puisqu’il n’a pas été au gouvernement. Or la Corrèze a présenté un plan de redressement au gouvernement. On lui a apporté 11,5 M€. Et puis, comme le fait le FMI, on lui a demandé de prendre des mesures de redressement. Il a augmenté les tarifs des transports scolaires, celui des cantines, etc. Voilà l’exemple de la gestion de M. Hollande!

Vous aviez dit l’été dernier que vous renonciez à l’idée de briguer un siège de député. Pourquoi avez-vous changé d’avis ?
Cet été, j’avais abandonné cette idée parce que j’ai été opéré du cœur et je me demandais si j’aurais la force et le goût d’y aller. Et puis j’ai retrouvé toute ma forme et l’envie. Quand le député et maire de Boulogne m’a proposé de présenter ma candidature à sa succession, je n’ai pas hésité longtemps.

Mais, à droite comme à gauche, les parachutages passent mal…
Je ne suis pas parachuté. S’il y a un lieu où j’ai une histoire, c’est Boulogne : j’y ai habité cinq ans et demi en deux fois, j’y ai été très heureux, je me sens en affinité avec la psychologie de la ville, une population innovante, travailleuse, humaniste… La question principale est de savoir si l’on peut être utile à une circonscription. Dans le débat national, je peux faire valoir un certain nombre de valeurs de respect et de solidarité qui sont celles de Boulogne.

Merkel va faire campagne pour Sarkozy

La chancelière allemande compte participer à des meetings du chef de l'Etat sortant au printemps, a annoncé cet après-midi le secrétaire général de la CDU devant le conseil national de l'UMP.

Officiellement, Nicolas Sarkozy n'est pas encore candidat mais il peut déjà compter sur le soutien d'Angela Merkel dans la campagne présidentielle. La chancelière allemande «se réjouit des rencontres communes prévues lors de la campagne au printemps», a annoncé samedi après-midi Hermann Gröhe, le patron de la CDU, devant les cadres de l'UMP réunis en conseil national. «La France a besoin d'un président fort à sa tête, ce qu'incarne Nicolas Sarkozy (…)L'UMP et la France sont entre de bonnes mains avec Nicolas Sarkozy, qui a su faire preuve de clairvoyance», a-t-il assuré, souhaitant «bonne chance» au chef de l'Etat pour l'élection à venir.
Le secrétaire général du parti chrétien démocrate d'Angela Merkel a réservé aussi quelques piques à l'adresse de François Hollande et du PS, accusés d'être «empêtrés dans leurs rêves de la veille». «Le ‘cavalier seul' d'un homme ou le refus de faire des réformes difficiles, comme sur l'âge de la retraite, affaibliraient la compétitivité de nos Nations», a mis en garde Hermann Gröhe. «M. Hollande, aucune de vos vagues déclarations n'apporte de réponses aux problèmes urgents de notre époque!» s'est-il ensuite exclamé, raillant des «concepts poussiéreux».

Réplique à Hollande et aux sociaux-démocrates allemands

Une réplique de la droite allemande après le soutien apporté par le candidat socialiste aux sociaux-démocrates lors d'une visite, en décembre, à Berlin. «Wir gewinnen zusammen (»Nous allons gagner ensemble»)», avait alors déclaré François Hollande devant les cadres du SPD. Et d'ajouter: «Je ferai tout, je dis bien tout pour réussir le premier acte en attendant que vous posiez le second en septembre 2013», date des prochaines élections législatives outre-Rhin.
«Si le candidat sortant veut inviter Mme Merkel il en a parfaitement le droit. Si Mme Merkel veut venir en France pour défendre le candidat sortant c'est sa liberté», a réagi samedi François Hollande en marge du congrès de France Nature Environnement (FNE) à Montreuil. «Ce n'est pas parce que Mme Merkel ferait campagne pour M. Nicolas Sarkozy que, si je suis choisi par les Français au mois de mai, je ne travaillerai pas en bonne intelligence avec Mme Merkel», a-t-il ajouté.
L'hommage d'Angela Merkel et de son parti à Nicolas Sarkozy constitue aussi un échange de bons procédés. Le chef de l'Etat, qui a d'abord entretenu une relation oscillante avec son homologue allemande, avait clairement soutenu la chancelière à l'automne 2009 pour sa réélection en Allemagne. Depuis, les deux dirigeants se sont rapprochés et ont multiplié les initiatives communes face à la crise. Le couple «Merkozy», omniprésent en 2011, a vu les majorités basculer en Irlande, au Portugal ou en Espagne… Les deux dirigeants ont donc décidé de lier leurs destins politiques, dans une sorte de pacte.
Mais depuis début janvier et la dégradation de la note française par l'agence Standard & Poor's, les échanges bilatéraux entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont faites plus rares. En vue du sommet européen qui aura s'ouvrira lundi après-midi à Bruxelles, la chancelière allemande s'est entretenue avec pas moins de huit chefs de gouvernements européens. Mais la rencontre du couple franco-allemand initialement prévue le 20 janvier à Rome a dû être annulée pour des raisons d'emploi du temps côté français.

Le prix de la Grèce

L’Europe souffre envers la Grèce d’un « complexe d’Œdipe ». Il convient de tuer le mythe, que les Européens reconnaissent que la Grèce est un pays normal, afin de solder la Dette historique et de régler les dettes.
Par Guy Sorman

Grèce : nous ne paierons pas !
L’État grec est une invention des puissances européennes : voici pourquoi il est peu légitime au regard des citoyens grecs eux-mêmes. Cette invention de la Grèce, en 1830, éclaire les comportements des contribuables, peu pressés de payer leurs impôts, et d’un État jamais sevré de ses origines douteuses. Cette histoire contemporaine, mieux que des considérations comptables, éclaire la banqueroute qui menace.
Tout avait commencé avec les Romantiques quand Chateaubriand, grand écrivain mais aussi menteur magnifique, puis Lord Byron crurent retrouver, en Grèce, les sources de la civilisation occidentale. Un malentendu dont nous payons les conséquences : s’il est exact que les Grecs contemporains vivent au même endroit que Aristote et Périclès, il n’existe guère de continuité entre la civilisation hellénistique et la Grèce moderne. La filiation avec Byzance, dont les Grecs modernes se réclament, est tout aussi ténue. Plus réaliste, Mark Twain, visitant Athènes en 1865, admit n’avoir rencontré que quelques bergers dont les moutons paissaient entre les colonnes écroulées du Parthénon. Ces Grecs, en vérité, étaient une tribu chrétienne parmi d’autres dans l’empire ottoman : mais à la manière dont Don Quichotte rêvait qu’une paysanne laide fut sa Dulcinée, des Européens insistaient pour qu’à tout prix, les Grecs fussent des Hellènes. On ne saurait reprocher aux Grecs d’en avoir profité : tout au long du dix-neuvième siècle, les finances de l’État grec furent soutenues par les Britanniques, les Français et les Allemands. Ces derniers payaient pour avoir imposé un prince allemand comme roi de Grèce en 1833 : ce descendant de bais du Grand Alexandre s’appelait curieusement Othon de Bavière et régnait sur une tribu ottomane.
C’est ainsi que la principale ressource du nouvel État grec devint l’exploitation du mythe hellénistique à charge pour les autres Européens de le financer. Alors même que l’État et l’économie grecs ne remplissaient aucune des conditions nécessaires à l’adhésion à l’Union européenne, la Grèce y entra dès 1981, avec le soutien particulier de Valéry Giscard d’Estaing, grand lecteur de Chateaubriand. « La Grèce, déclara-t-il, étant le berceau de la civilisation européenne, les artisans de l’Europe ont envers elle une dette historique ». On a bien lu : ce n’est pas la Grèce qui ne rembourse pas ses dettes, c’est l’Europe qui a une dette. Il n’est pas douteux que la plupart des Grecs partagent cette haute idée d’eux-mêmes, puisqu’elle leur est assignée de l’extérieur. Et pourquoi rembourser la dette du jour aussi longtemps que la dette historique n’est pas soldée ?
La mystification, inépuisable, fut réitérée en 2001, quand la Grèce entra dans la zone euro sans satisfaire aucune des conditions d’accès. On accuse aujourd’hui les dirigeants grecs de truquer la comptabilité nationale, jusqu’au jour où les marchés financiers ont découvert l’imposture. Mais ce n’est pas exact : en 2001, les dirigeants européens savaient et confessaient, en privé, que les chiffres avancés par l’État grec étaient faux, mais il fallait symboliquement que la Grèce en fut. La dette historique là encore.
Et de nouveau, quand Athènes fut candidate aux Jeux olympiques de 2004, le Comité olympique international savait que la Grèce n’en avait pas les moyens, que les dettes ne seraient pas remboursées, mais comment refuser les Jeux Olympiques à Athènes, alors même qu’ils avaient été fondés là, ou par là, et réinventés par Pierre de Coubertin en 1896 ?
Pour toutes ces raisons, l’État grec ne se sent pas vraiment obligé de rembourser ses créanciers, de même que les citoyens grecs ne se sentent pas contraints de payer leurs impôts à cet État venu d’ailleurs. Certes, le gouvernement n’est plus allemand, ni militaire (depuis 1973), mais la République n’est pas complètement légitime pour autant : en raison de la corruption généralisée des politiciens, de l’inefficacité de l’administration, mais aussi – on en parle moins – parce que beaucoup de Grecs n’ont pas digéré la guerre civile de 1949, éteinte par une intervention militaire anglo-américaine. Ajoutez à cela, plusieurs millions de citoyens, contraints à parler grec, minorités culturelles à qui toute légitimité est déniée, alors qu’ils sont d’origine albanaise ou turque ! Au total, la base citoyenne, qui estime l’État grec légitime, est aussi fragile que la base économique qui, pour l’essentiel, est située « off shore », loin du fisc.
Pour toutes ces raisons historiques et culturelles, le gouvernement grec est conduit à multiplier des engagements qu’il ne pourra pas tenir – les impôts ne vont pas subitement affluer dans les caisses de l’État – ou ne voudra pas tenir – les privatisations retireraient à l’État son influence et réduiraient le clientélisme – avec l’espérance implicite que les Européens céderont encore une fois à la fascination du mythe. L’issue est incertaine, puisque l’Europe souffre envers la Grèce d’un « complexe d’Œdipe » : si la Grèce est à la fois notre père et notre mère, il convient de tuer le mythe, que les Européens et les Grecs reconnaissent que la Grèce est un pays normal, afin de solder la Dette et de régler les dettes.

Allemagne – Grèce, la bataille des référendums

Le Premier Ministre grec Georges Papandréou a été contraint d’abandonner son projet de référendum, sous la pression de l’autorité allemande. Mais Angela Merkel pourrait bien être confrontée à d’autres amateurs de référendum, cette fois-ci plus près de chez elle.

Au début de ce qui restera une folle semaine, le Premier Ministre grec Georges Papandréou a surpris en annonçant qu’il souhaitait la tenue d’un référendum à propos du second plan de sauvetage de la zone euro pour la Grèce. Ses arguments étaient les suivants: « Nous faisons confiance aux citoyens, nous croyons en leur jugement, nous croyons en leur décision. »
Une immense consternation a gagné les politiciens européens et les décideurs, que nous avons couvert ici. Le sens général des commentaires était que la décision était irrationnelle et irresponsable, et que plutôt que de rechigner à accepter le cadeau, les Grecs auraient dû exprimer leur reconnaissance d’obtenir ce renflouement. Toutefois, la frustration résulte aussi du fait qu’une bonne partie de l’opinion publique – en particulier en Allemagne – était envieuse à l’égard des Grecs qui obtenaient l’occasion d’exprimer leur point de vue concernant le plan de sauvetage. Si, dans certains cas, cela a été exprimé de façon subtile, à la une du quotidien Bild la demande était explicite: « Mme Merkel, nous voulons aussi un référendum ».
C’est vrai, il est difficile de ne pas mesurer la gêne des dirigeants politiques européens qui se sont efforcés de surmonter la crise de la dette, certes de manière inadéquate. Mais de trop nombreux commentaires semblaient dénigrer – ou même délégitimer – le principe d’autoriser la population grecque à exprimer son point de vue sur un sujet d’importance cruciale tel que l’avenir de son pays. Par exemple, Rainer Brüder, le chef du groupe parlementaire du FDP a déclaré qu’il était « irrité » par ce projet de référendum; rappelons que le FDP a mis un point d’honneur à défendre les intérêts des contribuables allemands durant la crise, mais il semble croire que les contribuables grecs (certes, certains Grecs ne règlent pas leurs impôts) ne devraient pas bénéficier d’un droit de regard sur les mesures qui leur sont imposées suite aux décisions irresponsables prises par leurs élites politiques.
Même si, pour les Grecs, le choix était illusoire étant donnée la solution alternative, à savoir un défaut désordonné, qui pouvait s’avérer encore plus mauvais, l’idée d’avoir son mot à dire n’en est pas moins une importante tradition démocratique, comme l’ont reconnu certains commentateurs allemands, tel que Frank Schirrmacher du FAZ.

Avant la panique et la terreur bientôt hors de contrôle, il est bon de prendre du recul pour voir clairement ce qui se passe ici sous nos yeux. C’est le spectacle d’une dégénérescence des valeurs et des croyances [démocratiques] qui étaient autrefois au cœur même de l’idée d’Europe.
Le moment où Papandréou a plié devant l’autorité allemande incarnée par Merkel
Au terme de quelques journées très agitées, Papandréou a finalement été contraint d’abandonner ses plans de référendum, sous la pression d’une double opposition, interne et externe. Mais il a toutefois réussi à obtenir le soutien du principal parti d’opposition, Nouvelle Démocratie, pour les mesures d’austérité – certains ont soutenu que c’était là son principal objectif. Il en est résulté un petit triomphalisme de la part de certains dirigeants européens, comme Nicolas Sarkozy, qui, un peu désinvolte, a déclaré: « Je suis content qu’il y ait eu suffisamment de personnes responsables en Grèce pour comprendre notre message. » Retournant sa veste, Bild a salué la chancelière allemande Angela Merkel pour son rôle dans la mort du référendum grecque avec un article euphorique:
La chancelière Angela Merkel a ramené… les Grecs à la raison. Un exploit de force majeur à la hauteur de l’un des 12 travaux d’Hercule! La chancelière Angela est désormais véritablement Merkule!
Qui a dit double standard ?
Toutefois, Mme Merkel (sur la photo dans une pose herculéenne) pourrait bien être confrontée à d’autres amateurs de référendum, cette fois-ci plus près de chez elle. Süddeutsche a annoncé il y a deux jours que, inspirés par les Grecs, Thomas Silberhorn et Alexander Dobrindt, des cadres du CSU (le parti frère bavarois du CDU de Merkel), ont tous deux déclaré qu’ils soutenaient le principe de la tenue de référendums sur les questions européennes, Silberhorn affirmant qu’il n’était pas opposé à l’idée d’un référendum sur l’avenir des modifications du traité de l’UE concernant un mécanisme de stabilité permanente. Cependant, M. Peter Altmaier du CDU qui s’est dit «agacé» par les deux compères, a riposté:
Je trouve cela extrêmement problématique de compliquer la situation difficile qui a émergé avec l’annonce du référendum grec en multipliant les demandes pour davantage de référendums.
L’idée d’un référendum allemand a également été critiquée par Jürgen Trittin du parti des Verts allemands (Die Grünen), qui a dit que « réclamer des référendums quand on est contre l’Europe n’est pas démocratique, c’est du populisme de droite. »
Euh, ok.
Comme nous l’avons déjà fait valoir auparavant, la crise la zone euro a multiplié d’un facteur 17 le difficile équilibre entre la gestion efficace de la crise et la responsabilité démocratique. Bien que les projets de référendum de Papandréou soient tombés en ruines, une chose est claire: la bataille des référendums n’est pas encore terminée…

samedi 28 janvier 2012

La Grèce refuse un contrôle européen de son budget

Perdant manifestement patience vis-à-vis de la Grèce, plusieurs pays de la zone euro, dont l'Allemagne, veulent un contrôle européen de son budget, ce qu'Athènes refuse catégoriquement.

"Il y a des discussions et des propositions au sein de la zone euro, dont une de l'Allemagne" pour "renforcer le contrôle des programmes et des mesures sur place", a déclaré samedi à l'AFP une source européenne sous couvert d'anonymat.
Une "expertise externe sur place pourrait être pilotée par les institutions européennes et devrait aussi avoir certains pouvoirs de décision", a ajouté cette source.
Interrogé, le ministère allemand des Finances n'a pas fait de commentaire.
A Athènes, des sources gouvernementales grecques ont confirmé qu'une note informelle en ce sens avait été présentée à l'Eurogroupe et ont dit leur refus catégorique d'une telle solution.
"La Grèce ne discute pas d'une telle éventualité, il est exclu que nous l'acceptions, ces compétences appartiennent à la souveraineté nationale", ont-elles souligné, faisant aussi valoir qu'une telle prise de contrôle "nécessiterait un changement des traités" européens.
"Il faut donner une claire priorité à la réduction du déficit budgétaire (...). En Grèce se pose notamment le problème d'une politique budgétaire très décentralisée. Un cadre légal contraignant pourrait apporter une plus cohérence, faciliter et accélérer les décisions", selon la source européenne.
Déjà les représentants de la "troïka" formée par la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire internationale (FMI) sont en Grèce et aident à la mise en application et au contrôle des mesures d'austérité, mais leur mission n'a pas vocation à être permanente.
Mise sous tutelle depuis mai 2010 par la zone euro et le FMI en échange de son maintien sous perfusion financière pour lui éviter la faillite, la Grèce surendettée négocie actuellement d'arrache-pied sur deux fronts.
Athènes marchande d'une part avec ses créanciers privés pour obtenir l'effacement d'une partie de sa dette. Ces discussions difficiles, qui durent depuis trois semaines, devaient se poursuivre samedi.
D'autre part, Athènes négocie avec ses bailleurs de fonds publics la mise en oeuvre d'un second plan d'aide, d'un montant de 130 milliards d'euros, promis par les Européens en octobre, mais dont le versement dépend des efforts de la Grèce à se réformer.
Signe de l'impatience qui gagne les Européens, la proposition du commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn de rallonger cette enveloppe de 10 à 15 milliards d'euros a été fraîchement accueillie par l'Allemagne et la France vendredi.
En Allemagne, des responsables des Unions chrétiennes CDU-CSU, le parti de la chancelière Angela Merkel, ont multiplié les avertissements à la Grèce.
"Il n'y aura pas d'argent si les réformes sont au point mort", a ainsi déclaré Horst Seehofer, le chef de la CSU, à l'hebdomadaire Der Spiegel à paraître lundi.
"Nous ne pourrons et ne devons aider en tant que communauté européenne que si les Grecs prouvent leur sérieux", a renchéri Rainer Brüderle, le chef du groupe parlementaire FDP, le parti libéral allié de Mme Merkel, interrogé par le même magazine.
Son homologue des Unions chrétiennes, Volker Kauder, avait déjà évoqué jeudi dans le Spiegel Online "un commissaire mis en place par l'Union européenne ou les pays de la zone euro" pour diriger la Grèce si elle ne parvenait pas à prendre elle-même les choix douloureux.

Angela Merkel devrait participer à des meetings de Nicolas sarkozy

Angela Merkel vote Nicolas Sarkozy. Tel est le message que doit faire passer Hermann Grohe, secrétaire général de la CDU, invité à s'exprimer, samedi 28 janvier, devant le conseil national de l'UMP réuni à Paris. Selon nos informations, le numéro deux de la CDU doit indiquer que la présidente du parti, Angela Merkel, souhaite "bonne chance" à l'UMP et à Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle à venir.

Hermann Grohe, un fidèle de la chancelière, doit même être plus précis et indiquer que pour la CDU, "Nicolas Sarkozy est l'homme qu'il faut pour être à l'Elysée, aujourd'hui et à l'avenir".
Selon l'AFP, qui s'est procurée des extraits du texte que M. Grohe va prononcer, ce dernier va annoncer qu'"Angela Merkel va soutenir Nicolas Sarkozy lors de rendez-vous de campagne au printemps".
Ce protestant (comme la chancelière) qui fait – comme celle-ci – partie des modérés du parti chrétien-démocrate, doit aussi décocher quelques flèches à l'égard de François Hollande. Jusqu'ici, "ses vagues propositions n'apportent aucune réponse aux problèmes urgents de notre temps", indique la CDU.
Le soutien de la CDU au candidat probable de l'UMP n'est pas une surprise. Les deux formations font partie de la même famille politique européenne. François Hollande a, lui, reçu le soutien du parti social-démocrate (SPD) qui l'a invité à prononcer un discours lors de son congrès le 5 décembre 2010 à Berlin.
François Hollande avait alors estimé que sa victoire constituerait un signal fort en Europe et préfigurerait peut-être la victoire du SPD lors des élections de 2013. Il n'en reste pas moins que François Hollande a bien pris soin de ne pas critiquer explicitement Angela Merkel et a affirmé à de multiples reprises qu'une fois élu président, c'est en Allemagne qu'il effectuerait sa première visite officielle. Mais son soutien aux euro-obligations, son souhait d'élargir le mandat de la banque centrale européenne et ses réserves face à l'inscription de la "règle d'or" budgétaire dans la Constitution sont autant de sujets qui le séparent des dirigeants allemands.
UN SOUTIEN PAS DÉSINTÉRESSÉ
Le soutien d'Angela Merkel à Nicolas Sarkozy n'est pas désintéressé. Depuis le début de la crise en Europe, chaque élection – en Irlande, au Portugal, en Espagne, au Danemark – a provoqué un changement de majorité. Si c'est également le cas en France, cela pourrait être de mauvais augure pour la chancelière. De plus, celle-ci ne peut que se féliciter que Nicolas Sarkozy indique que l'Allemagne soit l'exemple à suivre.
Néanmoins, la chancelière ne passe pas pour une sentimentale. Hasard du calendrier ? Le 13 janvier, quelques heures avant la dégradation de la France par l'agence de notation Standard & Poor's, le porte-parole d'Angela Merkel annonçait un calendrier de rencontres bilatérales sans précédent entre la chancelière et ses homologues européens en vue du sommet du 30 janvier. En dix jours, la chancelière a rencontré à Berlin pas moins de huit dirigeants européens. Comme s'il était déjà temps de préparer l'après-"Merkozy".

Sortir de l'euro ou sortir de l'Europe ?

A la lumière des news les plus récentes, il devient évident que la Grèce ne pourra pas d'ici longtemps se sortir, même aidée, du bourbier dans lequel elle s'est, mais surtout elle nous a tous fourrés. Pire, il serait encore question de devoir allouer une nouvelle rallonge de 15 milliards d'euros.


De fil en aiguille, c'est toujours plus d'argent, toujours davantage de concessions ... et pour quel résultat(s) ?
- au niveau de la Grèce, quel avenir ? la potion qu'exigent en contrepartie l'Europe et le FMI ne peuvent lui permettre de retrouver avant des années une quelconque croissance, ne fut-ce que pour s'acquitter des seuls intérêts de la dette abyssale qui sera la sienne.
- pire, la situation commence à gagner du terrain - et comment pourrait-il en être autrement puisque le médecin s'obstine à prescrire les mêmes remèdes ? C'est donc à présent le Portugal qui se trouve sur la sellette ... et demain ? avant que ce ne soit la France ? il aura fallu jouer les pompiers auprès de l'Espagne puis du Portugal ?

Imaginez-vous les sommes colossales qu'il va nous falloir mobiliser, en s'endettant toujours plus puisque nos brillants énarques ne sont pas même capables de présenter autre chose que des impôts supplémentaires mais pas de réduction de dépenses.

Puisque, après tout, il est désormais avéré que faute de gouvernement commun, "d'animus federandi", on a simplement fait coexister des égoïsmes nationaux (les exemples de l'Allemagne et du Royaume Uni viennent immédiatement à l'esprit mais soyons surs que ceux-là en ont autant à notre égard avec notre individualisme forcené et toutes nos "exceptions franchouillardes"), je ne vois plus vraiment l'intérêt de demeurer, non seulement dans l'euro mais bien dans l'Europe.

De la sorte, non seulement nous pourrions sortir en "claquant la porte" de l'Euro mais, faisant d'une pierre deux coups, celle de l'Europe aussi. Je ne serais pas loin de penser qu'un de Gaulle n'aurait sans doute pas hésité. Mais on n'en a plus de grand homme à l'horizon.

Des inconvénients, il en existe probablement. Encore conviendrait-il de les chiffrer, car c'est bien de cela qu'il s'agit : quel coût dans un cas et dans l'autre ? Gageons hélas que pour l'immédiat, aucun de nos grands stratèges, pourtant tous plus bardés d'experts les uns que les autres (et qui n'ont rien vu venir de cette crise qui nous terrasse actuellement) ne sera à même de les chiffrer...

Mais au-delà de l'aspect économique, rien qu'hier, une dépêche m'a fait bondir : la Cour de Justice Européenne a condamné la France à verser des dommages et intérêts à des militants ETA (mouvement séparatiste basque de triste mémoire) au motif qu'ils étaient restés en détention préventive durant 6 années, avant d'ailleurs d'être condamnés. Certes, notre système judiciaire n'est pas très performant ; mais de là à une telle condamnation, c'est ubuesque et l'on peut penser qu'il en aurait été différemment si nous n'étions pas "dans l'Europe" !

Imaginez à présent qu'un jour, la France décide de revoir son système de protection sociale et de cesser d'en faire un "appel d'air" pour toute la misère du monde, comme c'est malheureusement encore le cas actuellement, en prenant des dispositions qui les réserve à ses nationaux ou plus probablement, à ceux déjà sur son sol ? Eh bien, pour j'en comprends, elle ne le pourrait même pas dans le cadre de l'Europe !

Alors, j'entends déjà tous les esprits chagrins, tous les bisounours et autres angélistes m'opposer chiffres pour les uns, grands principes pour les autres allant à l'encontre de cette solution radicale de sortir de l'Europe.

A ceux-là, je réponds : ne pensez-vous que la coupe est trop pleine, alors que nos finances sont exsangues, pour continuer de jouer les grands seigneurs tandis que nous sommes déjà confrontés à une dette abyssale et à un taux honteux de chômage ?

Et pourquoi devrions-nous demeurer les "cocus" d'un système mondial dans lequel les Américains font tout pour torpiller l'Europe, dérangés par un Euro qui les a privés de leur rôle monopolistique de monnaie du monde, de Chinois qui ne veulent à aucun prix laisser leur monnaie s'apprécier à son juste cours, d'une Allemagne à laquelle profite le cours de l'Euro faute duquel elle aurait un Deutsche Mark bien surévalué mettant à mal ses exportations, d'un Royaume Uni qui n'a jamais joué sa partition qu'en solo (rappelez-vous pour les moins jeunes le "I want my money back!" de Mrs. Thatcher) ou d'une Pologne qui se remet à "chipoter" sur le montant de sa participation ... entre autres.

Pourquoi faudrait-il une fois de plus que nous soyons plus vertueux et surtout moins égoïstes que tous ceux-là, nous qui bêtement continuons imperturbablement à astiquer notre image de "coq prétentieux perché sur son tas de fumier" ?

Hollande: le candidat favori des media

Au lendemain du meeting de François Hollande au Bourget, dimanche, la presse écrite et les media audiovisuels ne tarissent pas d’éloges sur le candidat socialiste. Finies les accusations sur le flou de ses propositions, sur les couacs de son début de campagne, sur l’inconsistance du personnage soupçonné d’incarner «une gauche molle». Tout à coup l’ex-premier secrétaire du Parti socialiste est paré de toutes les vertus. Il se serait présidentialisé. Ces dithyrambes sont ridicules car le discours du Bourget n’est qu’un banal catéchisme de propositions fiscalistes, immigrationnistes, européistes et homosexualistes.
Les mesures annoncées sont plus catastrophiques les unes que les autres. Hollande prévoit ainsi de multiplier par cinq les pénalités pour les communes de plus de 3500 habitants ne disposant pas de 20% de logements sociaux comme les y oblige la loi SRU. C’est toujours la même méthode : faire crouler sous les amendes ceux qui ne plient pas (Orban en Hongrie, les nationalistes en France, etc.) On voit très bien le but de la manœuvre: il s’agit d’imposer à des municipalités récalcitrantes d’accueillir en nombre des allogènes. Et si elles ne se soumettent pas, elles subiront des pénalités d’un montant insupportable. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une mesure tyrannique bridant la liberté des maires pour étendre à tout le territoire national, y compris aux campagnes jusque-là préservées, la France plurielle.

Dans le même ordre d’idées, l’ex-concubin de Ségolène Royal propose la création de 150000 emplois jeunes alors même que le déficit public pour 2011 est officiellement de 90,8milliards d’euros. Or, ces emplois aidés qui, d’après les socialistes, coûteraient 1,5milliard d’euros par an, seront créés en priorité dans les quartiers défavorisés, c’est-à-dire dans les banlieues allogènes en vertu du principe de la discrimination positive, c’est-à-dire de la préférence étrangère. «Là où il y a 40% de chômage des jeunes, c'est là qu'il faut mettre ces emplois» a déclaré Hollande qui s’est bien gardé de préciser que si de nombreux Jeunes des cités sont officiellement sans travail, c’est parce qu’ils se livrent à toute une série de trafics qui leur permet de vivre, souvent très confortablement, sans avoir besoin de se lever tôt le matin pour se rendre au bureau, à la boutique ou à l’atelier.
Par ailleurs, alors que nous croulons sous la dette (plus de 1700milliards d’euros) et les déficits, que la France a perdu son triple A, le candidat socialiste ne trouve rien de mieux que de proposer la création de 60000 postes supplémentaires dans l’Education nationale. Or l’expérience prouve que plus l’on injecte de l’argent dans ce secteur qui est de loin depuis vingt ans le premier budget de l’Etat, loin devant celui de la Défense, plus les résultats sont désastreux. Tant que l’on aura une approche purement quantitative des problèmes qui se posent à notre pays en général et à l’école en particulier sans s’interroger sur les causes du désastre, tout ira toujours plus mal.
De manière tout aussi irresponsable et démagogique, le député de Corrèze a déclaré au Bourget: «Il sera mis fin à la règle aveugle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite». Pour financer ces mesures très dispendieuses, les socialistes, conformément à leur habitude, envisagent d’accroître massivement les impôts des classes moyennes et supérieures (augmentation de l’impôt sur le revenu, élargissement de l’assiette de l’ISF, fusion à un haut niveau de la CSGet de l’IRPP) et, on l’a dit, de supprimer le quotient familial pour les foyers avec enfants jugés suffisamment riches dès lors qu’ils perçoivent en tout 4200euros mensuels. On aide les parasites, les paresseux et les allogènes et l’on spolie les Français qui font l’effort de travailler dur !
Si la famille traditionnelle est donc la mal aimée de la gauche, que les homosexuels militants se rassurent. Hollande s’est en effet engagé, tout en maintenant l’actuel Pacs aggravé par Sarkozy, à légaliser le mariage homosexuel et l’homoparentalité avec droit à l’adoption pour les invertis et à l’insémination artificielle. Par ailleurs, le président du conseil général de Corrèze a promis d’ouvrir le droit de vote aux étrangers aux élections locales, mesure qui, en cas de victoire des socialistes aux législatives de juin 2012, devrait être adoptée sans difficulté désormais puisque la gauche dispose de la majorité absolue au Sénat, et qui s’appliquera donc dès  les municipales de mars 2014.....

L'arrogance et le gros rouge qui tache

On a vécu hier une parenthèse dans la campagne. Une journée creuse, vide, caricaturale, limite hystérique. Scandée par un mot : arrogance. Celui dont Alain Juppé, la veille au soir, avait accusé François Hollande au cours d'un face-à-face télévisé qui, quoique tendu et aigre, a plutôt relevé le débat politique. La nuit n'a pas porté conseil : le matraquage qu'on nous a infligé le lendemain l'a déshonoré. Tous les ténors - les ministres Guéant, Le Maire, Bertrand, Kosciusko-Morizet, le patron de l'UMP Copé - ont martelé en boucle le mot fétiche, tandis que le camp d'en face répliquait que c'est la droite qui « suinte d'arrogance ». On s'est d'abord demandé ce qui pousse à l'arrogance : le pouvoir ? On a découvert ensuite que Hollande n'était plus flou ou mou, mais arrogant. On s'est interrogé sur Juppé qui a parfois du mal à dissimuler une certaine morgue ; sur Copé qui en matière d'arrogance parle d'or ; sur Sarkozy qui n'est pas le dernier à laisser percer des sentiments de fierté mêlés d'insolence. Et aussi sur Hollande qui s'est montré présomptueux en se voyant et croyant déjà à l'Elysée. De là, à droite, à infantiliser la politique, à robotiser la parole publique, à se déchaîner sans compter ni penser tout en appelant benoîtement au débat d'idées... Y en a marre de ces fameux « éléments de langage » de l'Elysée, de Solférino ou d'ailleurs. Vous savez, ce gros rouge qui tache. Ces anti-sèches qui permettent aux récitants d'affronter les médias, de dézinguer l'adversaire et au fond de masquer leurs problèmes. Pour en revenir à l'arrogance, pas sûr du tout qu'elle soit le meilleur argument pour servir Sarkozy !

Sarkozy l’imprévisible

Laissant François Hollande à sa présumée “arrogance”, l’UMP engage une cure d’humilité. Reconversion tardive, l’exemple vient du sommet. Nicolas Sarkozy, sous couvert de confidences “off”, multiplie les mea culpa. Il regrette les festivités du Fouquet’s, la croisière sur le yacht Bolloré, le “cass’toi pov’con” du Salon de l’agriculture. Et aussi l’épisode de l’EPAD jadis brigué par son fils Jean, la virée égyptienne au bras de Carla…

Longtemps, le locataire de l’Élysée assuma crânement ses élans spontanés. Pourquoi chasser le naturel ? Quelques proches, s’inquiétant de l’effet produit, l’incitaient pourtant à modérer ses pulsions. Peine perdue, le partisan de la rupture refusait d’arrondir les angles. Il en rajoutait même, suivant le conseil de Cocteau : “Ce qu’on te reproche, cultive le, c’est toi.”


Mais les années “bling bling” du début de quinquennat écornèrent durablement l’image présidentielle. Elles ont figé M. Sarkozy dans une caricature qu’il paie aujourd’hui au fil des sondages. Frime et châtiment, ses comportements passés lui coûtent cher.


Les Français rejettent la personnalité du chef de l’État, plus encore que son action politique. À trois mois du scrutin d’avril, l’urgence commande de réagir. D’où l’idée d’esquisser, par la bande, une amorce de repentir. Ira-t-il jusqu’à l’exprimer publiquement, demain soir à la télévision ? Ce serait, une nouvelle fois, manière de ne rien faire comme les autres…

Les couturières d’Yssingeaux


Il faut sauver l’usine d’Yssingeaux. La résistance admirable d’une poignée de couturières auvergnates accrochées à leurs machines à coudre et aux fils ténus d’un improbable espoir a transformé la sous-préfecture de Haute-Loire en capitale du made in France profonde et en centre névralgique de la campagne présidentielle. Yssingeaux, c’est cette France des petites villes et des petites gens qui paient au prix d’emplois sacrifiés, de vies cassées et, de familles brisées cette mondialisation financière que les politiques ont laissé gouverner à leur place et que les industriels ont exploitée en délocalisant à outrance.


Ces combattantes qui refusent d’obéir le doigt sur la couture du soutien-gorge aux règles comptables du marché, qui n’insultent pas l’avenir en acceptant des indemnités misérables et qui avec une étonnante lucidité distinguent les repreneurs des récupérateurs ont réveillé les politiques des deux bords et aussi l’opinion sur les ravages de ce mal du siècle. L’élan de solidarité pour les ex Lejaby n’est pas un geste compatissant mais un message fort à l’adresse des politiques, des industriels, des banquiers : vous n’avez pas le droit d’abandonner les couturières d’Yssingeaux. Une nouvelle défaite face à la puissance du marché serait celle de trop.

vendredi 27 janvier 2012

Claire Chazal: "J'ai contribué à l'histoire de TF1"

L'indéboulonnable présentatrice du journal télévisé de TF1, est l'invitée du quatrième numéro d'Immédias, l'émission de LEXPRESS.fr, en partenariat avec Ina.fr.



Jardinier de gauche avec un grand râteau

Hollande, on le savait, est l'homme d'un réformisme tranquille. Il s'est posé hier en candidat du changement raisonnable. Tel qu'en lui-même, sérieux mais recentré par rapport au Hollande allégorique du Bourget. Il l'avait démontré au PS, il a le sens de la synthèse. Le projet dévoilé à la Maison des métallos - temple du syndicalisme, tout un symbole même si celui-ci ne saurait suffire à réenchanter la classe ouvrière - est marqué par un souci d'équilibre, pour ne pas écrire qu'il constitue un habile numéro d'équilibriste. N'épiloguons pas sur l'effet catalogue auquel il n'échappe pas, et évitons les mauvais procès : les Français ne vont pas élire des présidents de syndicats intercommunaux, ils ont besoin d'être éclairés ! Hollande entend incarner une alternative de gauche classique, plus proche de Mitterrand, l'idéologie de mai 1981 en moins, que de l'empathie échevelée de Royal. Il ne lâche certes pas une bombe politique. Il s'inscrit dans la veine sociale-démocrate : redistributif, il demande un effort de solidarité aux plus aisés au profit des classes moyennes. Les hausses d'impôts sont assumées pour financer la « justice sociale », encore faudra-t-il relever le pari qu'il tente en tablant sur une croissance optimiste. La droite en fera ses choux gras. La gauche modérée puisera dans son programme plus de satisfaction que l'aile gauche du PS qui déplorera le manque d'ambition au regard du projet du parti, vaguement détricoté, tandis que le centre appréciera son orthodoxie budgétaire. Bref, du grain à moudre pour tout le monde si bien qu'on est embarrassé pour le caractériser. Disons qu'il ratisse large….

"The Times" s'effraie de l'impact du programme Hollande sur la City

Le quotidien conservateur britannique consacre une double page vendredi à la présidentielle française.

Le quotidien conservateur britannique The Times consacre une double page vendredi à la présidentielle française et s'inquiète de l'impact d'une possible élection du candidat socialiste François Hollande sur la City de Londres.
"Les sondages français mettent la City en ligne de mire", titre le Times en "une" vendredi, relevant : "Le favori dans l'élection cible les services financiers dans son programme." Selon le journal, le Premier ministre David Cameron, le maire de Londres - tous deux présents jeudi à Davos - et les hommes d'affaires britanniques ont été "interloqués par les projets de François Hollande, faisant valoir qu'ils porteraient atteinte aux places financières".

"Erreur" (maire de Londres)

Le maire de Londres, le conservateur Boris Johnson, a accusé François Hollande d'être "vindicatif". François Hollande avait défini "le monde de la finance" comme "son véritable adversaire", lors de son premier grand meeting dimanche. "Je ne veux pas m'ingérer dans la politique intérieure française, mais je veux éviter que les Français fassent une erreur qui porte atteinte à l'économie britannique", indique le maire de Londres, cité par le quotidien.
The Times observe que le retour au pouvoir d'un "gouvernement de centre gauche en France changerait l'équilibre d'une Europe dominée par des gouvernements de centre droit". François Hollande prévoit une séparation des activités de banque de détail et de banque d'investissement, également programmée par le gouvernement au Royaume-Uni. Les banques françaises seront également bannies des paradis fiscaux tandis que les "produits financiers toxiques" seront "purement et simplement interdits", selon son discours dimanche au Bourget, près de Paris.
Le candidat socialiste a également promis une "véritable" taxe sur les transactions financières et a appelé à la création d'une "agence publique de notation" européenne. Le Premier ministre britannique a vivement critiqué, jeudi à Davos, le projet franco-allemand de taxe sur les transactions financières, qualifié de "folie", et a fustigé le retard de productivité de l'Union européenne, appelée à faire preuve d'"audace".
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Retraites - Les dépenses sous le tapis de Hollande

Le candidat du PS à la présidentielle confirme une réforme des retraites, tout en sous-estimant son coût.
Les mesures sur les retraites présentées par le candidat du PS François Hollande vont sérieusement grever les comptes de la Sécurité sociale. Selon l'évaluation de l'association Sauvegarde retraites, elles coûteront au moins 6,3 milliards d'euros par an à partir de 2020, année où elles exerceront tous leurs effets.
Ces mesures consistent à ramener à 60 ans l'âge auquel on peut prendre sa retraite à taux plein à condition d'avoir cotisé 41 années. Elles concernent les personnes qui ont commencé à travailler à 18 ans ou avant. Cette perspective signifie qu'à l'horizon 2020 les régimes de retraite ne pourront pas être équilibrés. Alors même que la réforme, si controversée dans l'opinion, de Nicolas Sarkozy repoussant de 60 à 62 ans l'âge de la retraite devait justement permettre le retour à l'équilibre en 2020 en faisant gagner à l'ensemble des régimes de retraite 20 milliards. Du moins en théorie. Car, afin de parvenir à ce bouclage "parfait", l'État mettait au bout 15 milliards d'euros pour financer les retraites des fonctionnaires.
C'est cet équilibre déjà précaire et théorique qui est balayé par les propositions de François Hollande. 6,3 milliards de déficit est une hypothèse basse. Explication : toutes les personnes qui ont commencé à travailler à 18 ans ou avant n'ont pas forcément validé tous leurs trimestres (interruption temporaire d'activité, période de travail non rémunérée...). Selon Sauvegarde retraites, on peut estimer à 30 % leur proportion... Sans cela, le déficit Hollande s'élèverait à 9 milliards d'euros.
Ce chiffre n'est cependant pas si farfelu, car on ne connaît pas le coût des dispositions sur la pénibilité que le candidat s'est engagé à négocier dès 2012 s'il est élu... "À noter que pour plus d'un million d'agents, de la SNCF, d'EDF... ou de la fonction publique d'État opérant dans les services actifs (policiers, gendarmes...), la mesure de Hollande ne signifie rien pour eux, car leur âge légal de retraite oscille toujours entre 50 et 57 ans...", explique Pierre-Édouard du Cray, économiste de Sauvegarde retraites.
Un aspect (une même retraite pour tous ?) que le candidat de la justice sociale ignore totalement, celui-là. Surtout, ces 6-9 milliards de dépenses ne sont pas comptabilisés dans les 20 milliards de dépenses sur cinq ans annoncés par le candidat socialiste. Le déficit dû aux mesures Hollande sur les retraites n'apparaîtra qu'en 2020. Or, s'il est élu, son mandat s'achève en 2017. Alors, on met tout ça sous le tapis. À moins d'augmenter les charges des entreprises ou des salariés. Et n'aiderait pas à renforcer la compétitivité du pays. Ce qui n'est pas (encore) à l'ordre du jour...
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Hollande se voit déjà à l’Elysée

Le candidat du PS a présenté jeudi matin ses 60 propositions, avant de les préciser le soir sur France 2. Pour lui, les jeux sont faits. Alain Juppé l’a misen garde contre le péché d’ « arrogance ». 
François Hollande est convaincu que les jeux sont désormais faits, et qu’il sera le prochain président de la République : c’est, en tout cas, l’impression irrésistible qu’il a donné tout au long de l’émission de France 2 dont il était, jeudi soir et en direct, l’invité-vedette. Et c’était particulièrement net lors du débat de quarante-cinq minutes qui, en fin d’émission, l’a opposé à un Alain Juppé très offensif. Ce dernier n’a pas cessé en effet, durant cet échange, de s’adresser sciemment au candidat PS comme s’il était déjà à l’Elysée (« On verra ce que vous ferez ») sans que ce dernier réagisse. Ce qui a amené le ministre des Affaires étrangères à reprocher vivement au final à l’élu de Corrèze son « arrogance », et à lui lancer: « Faites attention, M. Hollande ».
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« Vous verrez cette photo la prochaine fois »


Une séquence de l’émission de France 2 a été particulièrement révélatrice. Il est question, puisque François Hollande se réfère beaucoup à François Mitterrand, du départ de Valéry Giscard d’Estaing de l’Elysée en 1981 après sa défaite. Mitterrand, le nouvel élu, raccompagne sur le perron de l’Elysée le président battu, qui s’éloigne ensuite à pied. « C’est la photo que vous verrez la prochaine fois », commente Hollande (avec Sarkozy dans le rôle de… Giscard). De fait, jeudi soir, Hollande a parlé sans cesse de la suite, « de l’avenir », de ce qu’il ferait (aller voir Angela Merkel à Bonn, puis les dirigeants de l’Otan à Chicago pour leur indiquer que les troupes française quitteraient l’Afghanistan avant la fin 2012) et a considéré -explicitement ou implicitement- le quinquennat Sarkozy (qui s’achève, à ses yeux, « dans le tumulte et la fuite en avant ») comme une affaire close, réglée, donc derrière lui.

La main tendue à Mélenchon


Sans doute, derrière cette posture, y avait-il de la part de Hollande une part de calcul. Alors que Nicolas Sarkozy –qui ne s’est toujours pas déclaré officiellement- doit intervenir dimanche soir à la télévision, François Hollande, en s’installant (par anticipation ?) dans son fauteuil, s’est efforcé de décrédibiliser par avance son propos : « Trop tard, M. Le président !.. ». Mais Hollande était aussi, à l’évidence, sincère. Il pense que la séquence qui a démarré dimanche dernier au Bourget et qui s’est achevée jeudi, avant l’émission de France 2, par la présentation officielle de ses 60 propositions a été à la fois réussie et décisive. Donc, que Sarkozy est battu et que lui , qui mène la course, n’est plus rattrapable. « Je suis soucieux de rassembler même ceux qui ne voteront pas pour moi », a dit François Hollande, après avoir juste avant et pour la première fois tendu la main à Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche.

« M. Hollande, la Chine va vous envoyer sur les roses ! »


La prestation d’Alain Juppé jeudi soir devrait cependant inciter François Hollande à une certaine prudence, même si l’impopularité du chef de l’Etat est, pour lui, un atout-maître. Le patron du quai d’Orsay a été, en effet, très pugnace. Il n’a rien passé à Hollande, ni sur son programme économique et fiscal, ni sur des ambitions qu’il juge « arrogantes ». Juppé –qui apparait plus que jamais comme l’homme fort d’une droite qui doute- a ainsi prédit à Hollande, après l’avoir décrit comme prétendant vouloir naïvement faire la leçon au président chinois sur sa monnaie, qu’il serait, s’il s’y risquait, proprement envoyé… « sur les roses ». D’où un échange sec entre les deux hommes sur le thème de l’arrogance. Juppé : « Faites attention, M. Hollande ». Hollande : « Quelle arrogance de votre part! ». Juppé : « En matière d’arrogance, j’ai fait mon examen de conscience depuis longtemps ». Hollande « il y a des rechutes possibles ! ».

Folie


Ce n’est pas rien, de vouloir être notre Président. Alain Duhamel, qui les a tous bien connus, affirment qu’il y faut un grain de folie. Il a sans doute raison : pas de place dans cette compétition d’une brutalité sans nom pour un homme normal. François Hollande, on s’en souvient, avait prétendu l’être - c’est fini : il suffisait de l’observer hier soir à la télévision pour comprendre qu’il a basculé dans un autre monde. Encore modeste, revendiquant même la normalité comme une qualité, mais déjà candidat. Solennel, parlant avec des majuscules, commençant d’adopter cette raideur républicaine qui va si bien aux lustres de l’Elysée, et qui fait tant rire nos voisins démocrates. Notre Président d’aujourd’hui, Nicolas Sarkozy, avait connu en son temps semblable métamorphose. D’autres candidats se révèleront peut-être, ces prochaines semaines. Dans tous les cas, si l’on peut dire : que le plus fou gagne !

La stratégie tranquille ?


Dans quelques mois, quand on se retournera sur cette campagne présidentielle, cette dernière semaine de janvier apparaîtra comme un moment décisif. Les jours, peut-être, où l’élection a basculé.


Ce matin, peut-on écrire que François Hollande a fait le plus difficile? Il a résisté au petit trou d’air qu’il a connu et à nouveau creusé l’écart dans les sondages, il a manifestement convaincu à la tribune du Bourget, et hier soir, il s’est plutôt bien sorti du piège des Paroles et des Actes, la grande émission politique dont il était l’invité sur France 2. Il était favori, et le voilà installé dans la posture de futur président, à commencer par la majorité de droite qui l’attaque comme s’il était déjà au pouvoir.


Cette position enviable est en vérité très inconfortable et lui laisse fort peu de marge de manœuvre. Étrange campagne, en vérité, où son intérêt est d’être le plus lisse possible. Son programme en 60 mesures ressemble à l’horloge de son éventuel mandat. Lent et discret, comme un tic-tac tranquille qui rythmera son mandat en fond sonore. La retenue comptable qui a caractérisé la présentation de ses grandes priorités a singulièrement contrasté avec la geste flamboyante de dimanche dernier. A travers ce plan de vol plutôt modeste, le candidat des socialistes a mis cartes sur table toute la distance qu’il voulait prendre avec le programme du PS. Rien de très spectaculaire, rien qui puisse vraiment donner prise à une polémique embarrassante. Rien qui choque. Rien qui chagrine. Rien qui provoque. Une classique perspective sociale-démocrate qui trace un chemin modeste à travers une réorientation de la fiscalité. D’une certaine façon, il a réduit les angles de sa caricature. Évitant de prêter le flanc, il oblige ses adversaires de droite à le prendre d’assaut, et dans ce type de séquence, sa placidité est un atout.


Le duel avec Alain Juppé a, sur ce point, été révélateur. Le ministre des Affaires étrangères a été brillant, comme à son habitude, mais il n’a pas eu d’autre choix que de jouer le rôle du professeur jusqu’à commettre l’erreur de moquer assez grossièrement la témérité supposée de son adversaire face aux Chinois. Il n’est pas sûr que la méthode soit efficace, tant cette éternelle condescendance n’a jamais vraiment réussi à la droite.


François Hollande a préféré esquiver comme si tout cela était de peu d’importance. A-t-il voulu signifier que sa pratique du pouvoir serait, en définitive, plus importante que ses réformes?

Analyse du programme de François Hollande



Analyse du programme de François Hollande par OuestFranceFR

Halte au feu !

Encore trois mois à tirer et déjà un sentiment de lassitude. Je rêve d’une semaine sans voir apparaître sur écran ou papier la tronche des candidats, qu’ils soient déclarés, éventuels ou improbables. Juste une semaine sans ces trouvailles lourdingues de communicants, distillées jour après jour aux seules fins de “reprise”.


Juste une semaine sans cette grêle de sondages et ces commentaires répétitifs sur les chances de Bayrou et de Marine Le Pen d’atteindre le second tour. On sait tout sur les ficelles des positionnements, la fabrication des “images”, les combines tactiques, les goûts et couleurs, les épouses ou compagnes, les “entourages” et même les chevaux. Presque tout sur les programmes, dont on se fiche, sachant que grâce au ciel ils ne seront pas appliqués. Les promesses d’argent, quel naïf peut y croire ? L’État est fauché comme les blés en été, les collectivités locales sont dans le rouge et les vrais gros contribuables – entreprises ou particuliers – ont déjà pris leurs précautions. Que Mélenchon traite Marine Le Pen de « semi-démente », est-ce important ? Que Hollande se décrète ennemi juré du « monde de la finance », ce diable à mille fourches, est-ce bien nouveau dans le pathos d’un socialiste ?


On a tous compris depuis belle lurette que Mélenchon drague le prolo lepéniste et que Hollande a besoin de réveiller le fantôme d’un « peuple de gauche ». On sait tous que Bayrou se veut transfrontalier puisqu’il n’a pas de troupes, et que Joly nous vend du moralisme en gros, c’est son négoce. On sait aussi que comme ses prédécesseurs, Sarkozy sera le plus longtemps possible candidat sans l’être. Jamais une campagne présidentielle ne m’a donné à ce point une impression de trucages grossiers : on croit voir des acteurs répéter en off des tours de magie auxquels plus personne ne se laisse prendre,hors l’engeance militante. Pourtant, nous abordons un moment historique assez crucial, qui promet des chambardements et mériterait qu’on s’y appesantisse. Justement, il semble que ce moment, les politiques le prennent par les bouts les plus usés des lorgnettes de la démagogie. Le monde à venir nous plonge dans une perplexité qu’aggrave leur cécité. Ce qu’ils ressassent en boucle, chacun dans son patois partisan, nous écœure jusqu’à la nausée, c’est du racolage au ras des pâquerettes alimenté par un souteneur sans vertu : le système médiatique.


Après l’hiver, le printemps – et je m’enfièvre toujours à l’approche des fins de cham­pionnats, foot et rugby. Quand on connaîtra les candidats, quand ad­viendra l’équivalent des demi-finales, je renouerai sans doute avec la passion sportive. Pour l’heure, qu’il s’agisse de ballons ou de bateleurs, il y a saturation, une cure de désintoxication s’impose. Relisons à l’abri du bruitage les historiens majeurs, ils nous déniaiseront, ils éclaireront nos lanternes. Car aucune rupture mentale, morale, économique et géopolitique n’est comparable à celle que nous vivons hic et nunc, sinon le passage de la cueillette à l’agriculture, autant dire l’entrée de l’homme dans l’Histoire par la porte des premiers alphabets, des premières cités, des premières sépultures. À cette aune, les considérants de ce début de cam­pagne ne pèsent vraiment pas lourd.


Anne Sinclair fait savoir qu’elle a repris un job. C’est son droit. Des médias relayent urbi et orbi cette “information” des plus anodines. C’est leur conception du journalisme. Il n’y aurait pas lieu d’y prêter attention si la même Anne Sinclair ne se déclarait victime de la « violence » des mêmes médias. Que le battage consécutif aux tracas parajudiciaires de son mari l’ait incommodée, on le conçoit volontiers. Mais la mise en scène à l’artillerie médiatique lourde de sa précandidature jusque dans sa cuisine ne l’avait pas offusquée en son temps. Anne Sinclair s’est sciemment construite en star au long de son ascension professionnelle, puis mon­daine et somme toute politique. C’était son droit. La gent journalistique se prêtait à cette entreprise avec une certaine complaisance. Anne Sinclair est assez “pro” pour ne pas ignorer qu’une star en déclin ou en déroute affriole forcément ses anciens confrères. Nulle « vio­lence » donc, juste une histoire de miroirs brisés à l’intérieur d’un cercle où les rôles s’échangent au gré des caprices du sort.