TOUT EST DIT

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lundi 4 juillet 2011

Athènes sous “protectorat” de l'UE

To Ethnos, 4 juillet 2011
"Les émissaires de Bruxelles arrivent", titre le quotidien de centre gauche To Ethnos qui rapporte en Une les déclarations du président de l'Eurogoupe publiées le 3 juillet par le magazine allemand Focus. Jean-Claude Juncker a mis les choses au clair : le pays est sous tutelle économique et budgétaire. Maintenant que le plan de rigueur 2012-2015 a été adopté par le Parlement, et que l'UE a donné son feu vert pour l'octroi d'une nouvelle tranche de 12  milliards d'euros du prêt accordé à la Grèce l'année dernière, "les Européens veulent des résultats". "Une forme de protectorat se met donc en place avec des émissaires qui devront contrôler avant tout l'application du programme de privatisations. Ils attendent rapidement un geste fort", écrit le quotidien.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




La Grèce bientôt en liberté surveillée ?

Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l'Eurogroupe, veut que la Grèce, en contrepartie de l'aide de 12 milliards d'euros, accepte l'intervention étrangère.

Bien qu'obligés d'aider le mauvais élève, certains membres de l'Union Européenne comptent bien faire sentir à la Grèce qu'elle leur est redevable. Bien sûr, on avait déjà vu le FMI conditionner ses aides à la mise en place d'un plan d'austérité. Mais, ce dimanche, Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois est allé plus loin dans une interview accordée au magazine allemand "Focus".

"La souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte", a-t-il confié "Par exemple, pour faire face à la prochaine vague de privatisations, il leur faudra adopter un système se fondant sur le modèle de la Treuhand allemande", un organisme créé en 1990 pour superviser la privatisation des entreprises est-allemandes après la chute du mur, a souligné M. Juncker , président de l'Eurogroupe.

Conscient de la sévérité de ses propos, il a ajouté : "Il ne faut pas offenser les Grecs. Mais on doit les aider. Ils se sont dits eux-mêmes prêt à accepter l'aide d'experts de la zone euro". Il a rappelé qu'entre "1999 et 2010 les salaires avait grimpé de 106,6%" alors même que l'économie ne s'était pas développée au même rythme et que la politique salariale avait été "totalement hors de contrôle" et n'avait pas du tout tenu compte de la productivité".

Parmi les mesures à prendre en priorité, Jean-Claude Juncker cite les privatisations qui doivent "commencer immédiatement".

Concernant les autres pays d'Europe, il estime qu'il n'existe pas de "danger" de voir l'Espagne, l'Italie et la Belgique sombrer dans une crise financière semblable à celle que connaît la Grèce. Il affirme également que l'Irlande et le Portugal se trouvent "sur la voie d'un retour vers les marchés de capitaux".

Défaut grec : deux enjeux, cinq arbitres

Pourquoi la prise de position de S&P ce matin, qui considère que le «plan français» pour la dette grecque pourrait être qualifié de défaut de paiement d'Athènes, est importante.

La Grèce ne doit sous aucun prétexte faire défaut sur sa dette. Cet objectif est tellement asséné par les autorités politiques et monétaires européennes qu'il est devenu un postulat, dont on a tendance à perdre de vue les vrais enjeux.
En fait, il y a, principalement, deux conséquences d'un éventuel défaut grec qui font peur à l'Europe. Première conséquence, directe et immédiate: une situation de défaut, même partiel, entraînerait la note de la dette souveraine grecque à de telles profondeurs de l'échelle de notation des agences de rating que le pays ne serait plus «éligible» aux guichets de la BCE. Autrement dit, la Banque centrale européenne, sauf à fouler aux pieds ses principes et sa réputation, ne pourrait plus accepter de titres grecs en garantie des financements qu'elle accorde aux banques. Premières touchées: les banques grecques. Outre qu'elles devraient constater, comme les autres mais des proportions infiniment supérieures, des pertes sur leur portefeuille d'obligations d'Etat, elles seraient à toute vitesse privées de ressources. C'est la faillite assurée, et dans un laps de temps très court.
Second enjeu: le stigmate. Les créanciers internationaux ont la mémoire plus longue qu'on en le croit. Des pays qui ont fait défaut dans les années 1980 le paient aujourd'hui encore par un surcoût sur leurs financements. Introduire la possibilité d'un défaut de paiement au sein de la zone euro risque de se traduire par un renchérissement des taux d'intérêt dans toute l'Union, en commençant bien sûr par sa périphérie.

Cinq arbitres pour trois types de défauts possibles

Mais au fait, qui jugera si la Grèce se trouve ou non en situation de défaut de paiement quand la dette de celle-ci sera réaménagée? Le «défaut de paiement» n'est pas, contrairement à ce qu'on pourrait croire, une notion clairement établie. On peut en fait distinguer trois types de défauts, et encore plus d'arbitres qui auront à prendre position:
• Le défaut peut être une notion comptable. Il est alors caractérisé par le constat d'une dépréciation des obligations dans les bilans des banques, même quand celles-ci ne sont pas inscrites à leur valeur de marché. Qui en décide? Les commissaires aux comptes, guidés par les normes comptables édictés par l'International Accounting Standards Board, un organisme professionel et indépendant basé à Londres.
• Le défaut est aussi caractérisé quand il constitue un «évenement de crédit» qui provoque le paiement des CDS (credit default swaps), ces produits dérivés qui font office de contrats d'assurance sur les obligations souveraines. Et ici, c'est l'ISDA (International swaps and derivatives association) qui juge s'il y a ou non défaut. De nouveau, on a affaire à une organisation professionnelle, toujours basée à Londres.
• Le défaut est un critère de l'échelle de notation des agences, dont les «ratings» sont toujours - même si les régulateurs s'en émeuvent - des opinions intégrées dans les textes prudentiels qui s'appliquent aux banques et autres gestionnaires de fonds. Pour ce défaut-là, trois arbitres sont principalement à la manoeuvre: S&P, qui a donc douché ce matin les espoirs de trouver un plan de réaménagement de la dette d'Athènes neutre à ses yeux, Moody's et Fitch.

La théorie du complot

La réalité est inacceptable, alors nions-la : après les attentats du 11 septembre 2001, les hypothèses les plus farfelues ont prospéré sur internet – et certaines y prospèrent toujours. C’est la CIA qui aurait organisé les détournements ; la destruction des tours jumelles aurait été provoquée non par les avions, mais par des bombes savamment placées à l’avance. Plus récemment, la mort de Ben Laden a suscité d’autres élucubrations qui se caractérisent par la négation des faits. Quand une nouvelle choque, rien de tel que la théorie du complot pour se protéger ! Dès l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, des fidèles ont parlé d’une conspiration qui aurait eu pour but d’éliminer le favori des sondages à la présidentielle 2012. Sa libération sur parole, après six semaines d’enquête, les conforte et certains parlent, aujourd’hui, « d’attentat politique ».

L’histoire fourmille, certes, de complots. D’ici à dénoncer une collusion entre la direction d’un hôtel, la police de New York et des barbouzes parisiens, il y a de la marge… et beaucoup d’audace dans les raccourcis. Tout d’abord, DSK n’a pas été innocenté, vendredi : les charges qui pèsent sur lui demeurent. En outre, on ne connaît officiellement aucune des deux versions de ce qui s’est passé dans la suite du Sofitel : ni la femme de ménage, ni DSK ne se sont exprimés directement devant les médias. On reste sur le terrain mouvant des « fuites » de l’enquête, des intox des avocats des deux parties et des informations livrées au compte-gouttes par le parquet. Avant de parler de conjuration, laissons donc la justice faire son travail, d’autant qu’elle est plus rapide aux États-Unis qu’en France. La prochaine audience est fixée au 18 juillet.

Pour les fidèles de DSK, la théorie du complot n’est pas seulement une façon de laver l’honneur de l’homme. L’enjeu est avant tout politique, car si cette thèse progressait, elle entrouvrirait la porte d’un retour dans la bataille présidentielle. Comme l’a résumé hier Martine Aubry, personne n’oserait opposer un quelconque calendrier à Dominique Strauss-Kahn s’il décidait de concourir à la primaire. Problème : l’appétit sexuel hors normes de DSK et son goût du luxe sont désormais de notoriété publique. Et ils ne cadrent pas du tout avec le profil d’un vainqueur de l’élection suprême. Le retour de DSK ne pourrait que compliquer encore une donne déjà très confuse au Parti socialiste.

Qu’elle était verte ma primaire

Voici le premier crash de l’élection présidentielle, heureusement qu’il ne s’est pas produit au-dessus de la forêt amazonienne. Là où la victime, jadis, batifolait en montgolfière pour les caméras d’Ushuaïa.

L’accident a eu lieu dans la verte primaire, autre sorte de jungle hostile à l’étranger. Nicolas Hulot y a subi un tel revers, au tour de chauffe, qu’on l’imagine mal l’emporter à l’arrivée le 12 juillet. Désire-t-il poursuivre l’aventure, d’ailleurs, laminé par un débat interne qui tourna au procès en sorcellerie ? Lui, si souple et populaire, n’a pas pesé lourd face à la sévère Eva Joly qui semble toujours prête à inculper la terre entière. Le parti EELV, avec son sigle à coucher dehors, préfère visiblement l’austérité à l’empathie.

L’ex-animateur a promis, hier, qu’il n’irait pas voir ailleurs après sa prévisible défaite. Du côté de Jean-Louis Borloo, pourtant, on l’accueillerait volontiers.

À défaut de vacances, M. Hulot a pris une leçon. En politique, au-delà des arguments, l’agressivité permet de s’imposer. Et les pires “coups bas” ne proviennent pas de l’adversaire.

Plutôt que d’en retirer trop d’amertume, le néophyte cultive l’autodérision. Ainsi, à l’hypothèse d’un futur “ticket” avec l’aimable Eva : “Je ne suis pas sûr qu’elle souhaite avoir à ses côtés un suppôt de la droite et des multinationales.” Douce ironie que certains, dans son propre camp, s’empresseront de prendre au pied de la lettre…

Le PS et le poison DSK

DSK était la chance du PS pour 2012. Sera-t-il son poison mortel?

L’ancien favori des sondages est-il, pour son camp, plus dangereux libre qu’en résidence surveillée? Au-delà de l’acquittement de leur champion qu’ils considèrent déjà comme acquis, les amis de l’ancien directeur général du FMI se reprennent à envisager son retour triomphal en France. A les entendre, les compteurs de la popularité, dopés par l’effet victimisation, pourraient être remis à leur niveau du 14 mai - avant le déclenchement de l’affaire - et le rêve de la conquête de l’Elysée pourrait reprendre là où «Dominique» avait été contraint de l’abandonner, dans la suite 2806 du Sofitel Manhattan.

Cette probabilité semblait pourtant du domaine de la chimère. Après tout, l’opinion avait tourné la page plus facilement et plus rapidement que prévu en faisant de François Hollande ou de Martine Aubry des candidats de substitution capables de rassembler sur leurs noms autant sinon plus d’intentions de vote que n’en captait l’homme providentiel déchu. C’est ce rétablissement presque miraculeux que le PS semble prêt à remettre en jeu aujourd’hui, conforté par les derniers sondages qui montrent, contre toute attente, qu’une majorité de Français - ou presque - souhaiterait le retour de l’ancien directeur du FMI dans le jeu politique français.

La seule spéculation sur ce qui n’est encore qu’une faible éventualité révèle le degré d’indécision et de division de la famille socialiste. La Première secrétaire Martine Aubry n’a même pas eu le temps de conforter sa candidature toute neuve que son aventure est déjà dévalorisée, ravalée au rang d’ersatz de celle de son ami «Dominique».

Cette hésitation générale est malsaine. Elle dénote une immaturité qui ne peut qu’altérer l’image du principal parti d’opposition. Mais surtout, elle ignore le repli d’un DSK qui avait tout de même perdu 24 points dans les indices de confiance. Au-delà du soupçon de viol, le train de vie pose problème: la Porsche, les avocats à des milliers de dollars la journée, l’appartement extravagant, les assiettes de pâtes aux truffes à plus de 100 euros pièce et surtout les révélations sur une vie sexuelle extra-conjugale apparemment frénétique et souvent tarifée. Comment un pays en crise comme l’est la France pourrait-il s’identifier à un homme si loin de ses réalités sociales et de son quotidien? Dans une campagne, son incontestable brio et son pouvoir de séduction exceptionnel ne pourraient suffire à tout justifier.

Le PS aurait dû avoir le courage, salutaire, d’écarter fermement - fût-ce poliment - toute possibité d’un retour de DSK dans la course. Au lieu de celà, les doutes et le flottement affichés sur l’éventualité d’un report de la date de clôture des candidatures à la candidature alimentent un peu plus encore la confusion. Dégâts importants à prévoir...

Rythmes


Le marronnier fleurit chaque printemps dans la nature, et toute l’année dans l’actualité. C’est un genre à part entière, facilement recyclable, qu’on peut resservir sans presque rien changer. Ainsi des rythmes scolaires, objet aujourd’hui d’un nouveau rapport. Et que nous dit-il ? Les bambins, pour leur santé, devraient avoir des journées de travail plus courtes, avec davantage d’activités d’éveil, et des vacances d’été moins longues… Des évidences déjà énoncées par mille rapports, et qui ne changeront rien aux rythmes scolaires. Car avant de penser à la santé des élèves, il faut s’occuper des enseignants, des professionels du tourisme et des parents. Parents au plus que pluriel, d’ailleurs, puisqu’on justifie maintenant les vacances longues par les contraintes des familles recomposées — recomposées par décision des adultes, pas des enfants. Mais l’égoïsme des adultes serait-il sans limite ?

La Grèce, la Pologne et nous.

Alors que la crise grecque semble s’éloigner, l’arrivée, à la présidence tournante de l’Union europeenne, de la Pologne, renvoie aux liens étroits et mystérieux entre la monnaie et la défense dans toute l’histoire humaine.
De tout temps, il a en effet été établi qu’aucun ensemble de pays, ne peut rester durablement rassemblé s’ils ne ressentent pas la nécessité d’une défense commune, seule motif indiscutable pour regrouper des moyens.
En particulier, l’Histoire des Etats-Unis le démontre : en 1783, après la fin de la guerre d’indépendance, les Etats Unis sont restés pendant 5 ans gouvernés par une sorte de Confédération floue, dans laquelle chaque Etat conduisait indépendamment sa politique commerciale et sa politique étrangère. Quand éclata en 1787, une révolte au Massachusetts, difficilement matée par les autorités de l’Etat, chacun compris que les forces locales ne suffiraient pas à écarter l’inévitable déferlement des garnisons britanniques encore en place autour des Grands lacs, ni à protéger les bateaux américains contre les pirates d’Europe. Il fallait pour cela un gouvernement fédéral et une armée, qu’organisa la constitution de 1788 ; mais, dans les premières années, faute de lever l’impôt, le pays n’eut aucun moyen de financer sa défense ni de rembourser les emprunts faits en Europe pour financer la guerre d’indépendance. Sa monnaie s’effondra. Quand, en 1790, la menace anglaise se fit plus pressante et que le risque de faillite plus immédiat, les fondateurs des Etats-Unis, se dotèrent d’une capitale fédérale et émirent des Bons du Trésor. En 1794, la révolte de quelques centaines de distillateurs de whisky qui refusaient de payer une taxe pour financer la dette publique fut aisément matée par une armée fédérale de 10.000 hommes. Plus tard, c’est toujours à l’occasion de menaces externes ou internes que le gouvernement fédéral américain a pu consolider l’Etat et unir la nation. Aujourd’hui, selon la même logique, l’abyssale crise financière américaine, largement provoquée par des dépenses militaires, ne sera résolue que par l’émergence d’une menace militaire nouvelle, (au Moyen Orient ou en Mer de Chine) qui justifiera les nouveaux impôts nécessaires.
L’Europe d’aujourd’hui est dans la même situation que l’Amérique de 1790 : à la croisée des chemins. Elle ne trouvera pas sa stabilité sans un budget commun, capable de financer ses dettes. Ce budget ne pourra etre justifié que par la perception de la nécessité d’une défense commune. Et donc d’une menace commune.
Or, la situation de la Pologne le montre bien : ce n’est pas acquis. La Pologne ne se sent pas intimement liée à un ensemble européen, qui considère la Russie comme un allié, alors qu’elle la considère comme une menace. Aussi n’est elle pas, en particulier, spécialement pressée de rejoindre l’euro.
La résolution des problèmes de dettes de l’Europe ne pourra donc avoir lieu sans une réflexion approfondie sur la nature des menaces qui pèsent sur le continent et sur la nécessité de regrouper des moyens pour s’en protéger. Aussi longtemps que les Européens ne comprennent pas que ce qui menace les uns menacent aussi les autres, que, dans le monde à venir, la menace est globale, planétaire, et qu’ils auraient tout à gagner à regrouper leurs moyens de défense, trop faible, trop fragile, ils ne mettront pas en commun les ressources nécessaires.
A moins qu’une menace, plus ou moins imaginaire, venue du Sud ou de l’Est, ne les contraignent à faire les pas qu’ils n’osent encore faire ensemble. Tres dangereuse conjoncture : L’Histoire devient tres périlleuse quand la tension militaire y devient une nécessité logique et financière.

Jacques Attali

Affaire DSK : «Il n’a pas donné une image très positive ces derniers temps»

Copé se tait, Jouanno juge, Bayrou toujours sidéré, Collomb pour un report de la primaire socialiste... Et Strauss-Kahn qui file au resto.

Les réactions continuent après les derniers rebondissements de l'affaire DSK. Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a déclaré dimanche qu’un éventuel retour de DSK dans la vie politique française était «l’affaire de la gauche». «Je ne peux pas avoir des interprétations sur le comportement de tel ou tel de nos adversaires politiques», a déclaré Copé, invité du Grand Rendez-vous Europe 1/Le Parisien-Aujourd’hui en France.
Il n’a pas souhaité réagir à la déclaration, un peu plus tôt dimanche sur Europe 1, de la ministre des Sports Chantal Jouanno sur Strauss-Kahn: «Il n’a pas donné une image extrêmement positive ces derniers temps, entre ses goûts de luxe et d’autres sujets».
Le député PS de l’Eure François Loncle, proche de Dominique Strauss-Kahn, a été plus loin dans le commentaire. «Tout n’est pas clair dans le comportement des dirigeants du Sofitel (…) et il peut y avoir eu des connexions entre le groupe Accor [propriétaire français de l’hôtel Sofitel de New York] avant ou après l’affaire et peut-être certaines officines françaises», a-t-il déclaré sur France Info. «Moi je n’irai pas plus loin, ce n’est pas à moi de faire l’enquête» mais «je pense qu’il peut y avoir une version française comme il peut y avoir une version américaine de cette affaire», a ajouté le vice-président du groupe PS à l’Assemblée nationale.
Samedi, le président du Mouvement démocrate François Bayrou a dit aller «de sidération en sidération» après les derniers rebondissements de l’affaire Strauss-Kahn. «Seul un scénariste d’Hollywood aurait pu imaginer un tel scénario», a expliqué à la presse le leader centriste après la libération sur parole de l’ex-patron du FMI.
«Il faut relier cela à la société de l’information continue où tout flambe en permanence, un univers médiatique qui ne vit que par l’emballement et l’excès», a-t-il estimé. «Dans mon esprit, c’est la stupéfaction qui l’a emporté», a-t-il insisté. «Je n’étais pas parmi les complotistes mais là, je ne sais plus. Cela ne m’arrive pas souvent mais là, je l’avoue, je ne sais plus», a-t-il avoué.
Sur le plan politique, le sénateur-maire PS de Lyon Gérard Collomb, proche de DSK et soutien de François Hollande dans la primaire socialiste, a estimé samedi sur Europe 1 que «la première étape» pour Dominique Strauss-Kahn, avant d’envisager un retour en politique, était de «se reconstruire lui-même». «Je pense qu’aujourd’hui, il est dans une situation qui est encore une situation d’attente. On voit bien que le procès n’est pas terminé même s’il vient de montrer que, vraisemblablement, l’accusation était totalement fausse dès le début», a-t-il déclaré. Collomb est favorable comme Hollande à un report à fin juillet ou fin août de la date-butoir pour le dépôt des candidatures à la primaire PS, actuellement programmée le 13 juillet. «A mon avis, il y a toutes les vacances pour faire en sorte que Dominique Strauss-Kahn réfléchisse à la situation, puisse reprendre pied dans la vie politique. Ensuite, il y sera ou il n’y sera pas. Mais on ne va pas évidemment reporter les primaires à janvier prochain, juste avant la présidentielle», a-t-il poursuivi.
La secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, a estimé en revanche, toujours sur Europe 1, que «le temps de la politique n’(était) pas venu (pour Dominique Strauss-Kahn), puisque le temps de la justice n’est pas terminé». Appelant à la «rigueur» et à la «sobriété», Duflot juge qu’il «faut se garder de tout commentaire, quel qu’il soit». «Il faut que les choses se terminent et se règlent le plus sereinement possible et que la justice finisse son travail aux Etats-Unis», a-t-elle dit en réclamant «la justice pour Dominique Strauss-Kahn et la justice pour cette jeune femme».

Des pâtes aux truffes

On ne sait pas encore ce qu'en pense l'intéressé lui-même, mais dès sa libération, Dominique Strauss-Kahn est aller fêter l'événement devant un plat de pâtes aux truffes. Vendredi soir, il était avec son épouse Anne Sinclair au Scalinatella, situé dans l’Upper East Side, un quartier de Manhattan, avec deux amis, un homme et une femme.
DSK et Anne Sinclair se sont montrés souriants à la sortie du restaurant alors qu’ils étaient mitraillés par les flashs des photographes. Ils n’ont pas répondu aux journalistes qui leur demandaient leur état d’esprit à l’issue de cette journée. Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair avaient quitté vers 19 heures (1 heure en France) leur domicile provisoire du quartier de TriBeCa, à Manhattan, pour une destination inconnue.
L’ancien ministre français peut donc aller et venir à sa guise, mais uniquement sur le territoire américain, la justice ayant conservé son passeport.

dimanche 3 juillet 2011

Colonel Chabert

Il était colonel de la Grande Armée, disparu à Eylau, réapparaissant dix ans plus tard à Paris, pour trouver son épouse remariée, ses biens accaparés et sa vérité effacée. Il s’appelait Chabert, héros balzacien, et il finit ses jours en reclus, ressuscité indésirable d’être mort trop longtemps.
Chabert avait perdu dix ans, Dominique Strauss-Kahn n’aura connu que six semaines d’enfer : mais six semaines, de nos jours, semblent valoir l’éternité. Rendu à la vie par la justice américaine, il perturbe déjà des camarades, inquiets qu’il puisse réclamer ce qui devait être sa place : la première. Ces "pas touche au calendrier de la primaire" sont mesquins et paradoxaux : alors que Martine Aubry a été une amie fidèle et attentive des Strauss-Kahn, ce sont ses partisans qui cadenassent la primaire : l’amie est aussi la remplaçante, et la politique ne rend pas gentil.

Cette histoire est stupide et logique à la fois. Stupide parce que précipitée : nul ne sait ce que voudra Dominique Strauss-Kahn totalement blanchi. Nul ne sait ce qu’il pensera, de lui-même et de nous et de nos bavardages, et des déballages crapoteux que sa tragédie a provoqués. Quelles seront chez lui les parts de la revanche et de la fatigue, de la force et du dégoût, de l’envie de tout reprendre et de la conscience de la vanité? En attendant, nous l’instrumentalisons à nos feuilletons et nos désirs. 
Ou à nos besoins?

C’est l’autre aspect du problème : le 28 juin dernier, deux jours avant son sauvetage, Dominique Strauss-Kahn avait vu le vieux monde poursuivre sa route sans lui ; le même jour, Christine Lagarde le remplaçait au FMI, Martine Aubry à la primaire, et la crise grecque atteignait le climax. Laissons ici Lagarde à sa chance. Mais restons sur Aubry, entrée en campagne dans un discours d’une gauche toute d’opposition et résolument gauloise, et ne trouvant pas un mot pour analyser l’austérité imposée au peuple grec par un gouvernement socialiste, lui-même contraint par l’Europe, elle-même tenue par la peur de l’effet domino de la faillite grecque.

C’est ici que Strauss-Kahn manquait, au-delà de la tragédie. En dépit de l’amitié et de tous les pactes, il était radicalement différent de Martine Aubry : à gauche, le seul homme d’État capable de rendre la France au monde ; ou au moins, le seul capable de structurer un projet politique sur les questions internationales et européennes. DSK disparu, la campagne socialiste était rentrée dans une bulle tricolore. DSK libre à nouveau, sa différence revient, et elle réveille l’envie d’ailleurs. Instantanément, en dépit de lui-même, et quoi qu’il en pense. Ce qu’il en fera lui appartient, et rien ne pourra contraindre un homme qui a failli se faire voler sa vie. Mais DSK le sait, et tous les socialistes : Chabert, ici, est un sujet politique.

Dérive médiatique

Tout accusé est présumé innocent. Ce fondement de la justice des hommes a été largement bafoué depuis le samedi 14 mai, jour où Dominique Strauss-Kahn a été jeté à la fois en prison et en pâture publique. Six semaines après, on ne sait pas si coupable il y a. Et comme aux États-Unis, le demi-mensonge n’est pas recevable, la "victime" est devenue plus que suspecte.

Pendant six semaines, la vie de DSK a été fouillée dans ses moindres recoins. Les médias du monde entier ont répondu avec précipitation à la curiosité de leur public, comme en témoignent les chiffres d’audience des journaux, radios, télévisions et sites Internet. Cette affaire est venue comme en point d’orgue de six mois vertigineux où l’histoire s’est écrite en direct : les révoltes arabes avec la chute de Ben Ali et de Moubarak, le tsunami japonais et l’accident nucléaire de Fukushima, la guerre en Libye, la mort de Ben Laden.
L’affaire DSK a permis d’éclairer et de poser des questions sur nos mœurs. Peut-être même de les faire évoluer. Celles des hommes publics et les abus que permettent leurs fonctions. Les rapports des hommes et des femmes dans nos sociétés, couverts par des décennies, voire des siècles de non-dits et de pratiques humiliantes.

En même temps, les médias s’emballent dans des prurits successifs. Un emballement accentué par une concurrence violente et une redistribution des rôles entre Internet, téléphone, télévision et presse écrite. À nous de rester fidèles aux faits et de respecter les personnes. À nous de ne pas tirer nos médias vers le bas même quand le public semble le demander. Et de garder le droit de dire simplement : nous ne savons pas.

Pourquoi DSK ne sera jamais jugé

Le très virulent procureur Cyrus Vance Jr se retrouve piégé par les mensonges de la femme de chambre du Sofitel. Un procès ne pourrait que virer au fiasco pour lui. Mieux vaut se résoudre au non-lieu. 
Même Kenneth Thompson, l’avocat de Nafissatou Diallo, n’y croit plus. "Nous pensons que le procureur du district pose les fondements d’un non-lieu", a déclaré vendredi à la presse la star du barreau. Autrement dit, il n’y aura sans doute jamais de procès de Dominique Strauss-Kahn. Certes, la justice de New York maintien, à l’heure qu’il est, ses accusations contre l’ancien patron du FMI. Certes, Thompson tente toujours de soutenir sa cliente, répétant que celle-ci a bien été violée, donnant même des détails, très  crus, sur l’agression supposée : le ligament de l’épaule froissé, les seins empoignés, le vagin écorché, des bas arrachés…
Mais en dévoilant ces blessures, Thompson montre qu’il mise, lui aussi, sur une issue très rapide du procès pénal. "Son agressivité a pour but de faire peur à DSK, décrypte Ron Soffer, avocat inscrit au bureau de New York et de Paris. Il veut faire croire qu’il peut toujours engager des poursuites au civil. Il essaie aussi sans doute de préparer un arrangement financier secret avec la défense. Même si Strauss-Kahn est innocenté pénalement, il n’aura pas très envie de revenir dans six mois s’expliquer devant un tribunal sur l’épisode de la suite 2806".

L’abandon pur et simple des poursuites?

De l’avis général ou presque, DSK ne sera donc jamais jugé pour viol. Aux mesures décidées vendredi (caution rendue, bracelet électronique ôté mais passeport conservé),  devrait bientôt succéder une autre, bien plus symbolique: le non-lieu. "Beaucoup de chapitres de cette affaire extraordinaire restent à écrire, mais si les poursuites sont abandonnées, cela montrera que la justice fonctionne, estime l’ancien procureur Jacob Frenkel, chargé de délits de droit commun à La Nouvelle-Orléans. Il vaut mieux ne pas poursuivre un dossier insuffisamment solide que de condamner un innocent". Spécialiste des questions de justice sur la chaîne d’information continue CNN, l’ancien procureur adjoint Jeffrey Toobin ajoute : "Je crois qu’à ce stade, cette affaire va se terminer par un non-lieu. Il est difficile d’imaginer un procès où le témoin principal apparaît comme une fieffée menteuse. Je n’ai jamais vu une chose pareille, cette journée est l’une des plus extraordinaires de l’histoire de la justice criminelle des États-Unis".
Quand bien même Nafissatou Diallo aurait dit la vérité sur la seule agression sexuelle, comment imaginer, vu les derniers coups de théâtre, qu’un jury condamnerait Dominique Strauss-Kahn? "S’il y a procès, cette femme sera réduite en charpie lors des contre-interrogatoires", prédit Jacob Frenkel. L’accusation a désormais trois choix : continuer les poursuites avec une forte probabilité de perdre un procès où le jury ne sera jamais unanime ; poursuivre l’affaire en réduisant l’importance des chefs d’inculpation ; abandonner purement et simplement les poursuites. Aux yeux de tous, cette dernière hypothèse s’impose désormais. Pour l’accusation, la crédibilité du témoin est un effet la clé de voûte de la procédure. "Le travail de l’accusation est de présenter au tribunal un dossier dans lequel la culpabilité de l’inculpé est probable, sans doute raisonnable", raconte Ron Soffer. "Là, on est très loin du compte".
Le procureur a d’ailleurs déjà officiellement reconnu ses erreurs. Car, fait paradoxal, ce ne sont pas les dizaines de détectives privés recrutés par la défense qui ont apporté les éléments accablants pour l’accusatrice mais bel et bien le procureur lui-même. Après avoir défendu avec force pendant plus d’un mois le récit "crédible" de la victime  présumée, Cyrus Vance Jr. a ainsi dû communiquer à la défense des éléments d’enquête pouvant se révéler disculpatoires, comme l’y oblige la loi américaine.

"Il n’y a pas eu d’enquête suffisante"

Vendredi à l’issue de l’audience, le visage fermé et le teint blanc, il a reconnu devant les journalistes que si les preuves matérielles (ADN et vidéos) ne remettaient pas en cause le rapport sexuel entre l’ex-directeur du FMI et la femme de chambre du Sofitel, la parole de l’accusatrice n’était plus "crédible". Élu avec 91% des voix, le procureur est désormais dans l’oeil du cyclone. Plusieurs experts estiment que l’arrestation de DSK, le 14mai, est survenue trop rapidement après les faits. "Il n’y a donc pas eu d’enquête  suffisante, c’est inhabituel mais c’était dû au fait que Dominique Strauss-Kahn allait quitter le pays, il fallait agir vite", souligne l’un d’entre eux. Cela dit, le procureur Cyrus Vance aurait dû, de l’avis général, se dispenser de déclarer à la presse, comme il l’a fait, qu’il existait des preuves très sérieuses étayant les faits. "Il a tiré des conclusions trop rapides, il s’est laissé emporter par la frénésie médiatique", estime Jacob Frenkel.
"Tout ceci n’est pas bon pour le procureur Cyrus Vance, reconnaît le juriste Alex Reinert. Son bureau a déjà perdu récemment dans une affaire de viol présumé d’une femme par deux policiers qui ont été innocentés. Cette nouvelle affaire était très importante pour sa carrière et il ne peut pas se permettre de la perdre". Conclusion : mieux vaut abandonner les poursuites que de risquer une Berezina devant le tribunal. Certains spécialistes, comme l’avocat et ancien procureur de la Sex Crime Unit (l’unité chargée de
l’enquête dans l’affaire DSK) Matthew Galluzzo, imaginent désormais un non-lieu qui pourrait être prononcé avant même la prochaine audience, prévue le 18 juillet. Ensuite, une fois blanchi, Strauss-Kahn pourrait contre-attaquer, se retourner contre la ville de New York et lui intenter un procès en dommages et intérêts. L’ultime chapitre d’une affaire judiciaire folle et unique dans l’histoire.

Amartya Sen : "L'euro fait tomber l'Europe"

Quand, en 1941, Altiero Spinelli, Eugenio Colorni et Ernesto Rossi signèrent le fameux Manifeste de Ventotene, ils appelaient à une "Europe libre et unie". La déclaration de Milan qui suivit en 1943, fondant le Mouvement fédéraliste européen, réaffirma cet engagement pour une Europe unie et démocratique. Tout cela s'inscrivait dans le prolongement naturel de la quête démocratique de l'Europe inaugurée par le mouvement européen des Lumières, qui, à son tour, inspira le monde entier.

C'est pourquoi il est très affligeant que l'on soit aussi peu inquiet du danger qui menace aujourd'hui le régime démocratique de l'Europe, lequel se manifeste insidieusement par la priorité accordée aux impératifs financiers. La tradition du débat public démocratique est sapée par le pouvoir incontrôlé que détiennent les agences de notation qui de facto dictent aux gouvernements démocratiques leurs programmes, souvent avec le soutien d'institutions financières internationales.
Il convient ici de distinguer deux enjeux différents. Le premier concerne ce que le journaliste et économiste Walter Bagehot (1826-1877) et le philosophe John Stuart Mill (1806-1873) considéraient comme la nécessité d'un "gouvernement par le débat". Tant que les gardiens de la finance entretiennent une vision réaliste des actions qui s'imposent, l'espace public démocratique doit leur prêter l'oreille la plus attentive. C'est important !
Mais cela ne signifie pas qu'on doive leur accorder le pouvoir suprême ni qu'ils puissent dicter leur loi à des gouvernements démocratiquement élus, sans que l'Europe exerce aucune résistance organisée. Le pouvoir des agences de notation ne peut être contenu et encadré que par des personnalités politiques exerçant un pouvoir exécutif au niveau européen. Or pour l'heure, un tel pouvoir n'existe pas.
Deuxième point, on voit mal en quoi les sacrifices imposés par ces chevaliers de la finance à des pays en difficulté constituent le remède décisif pour assurer la pérennité à long terme de leur économie, ni même que ces sacrifices soient en mesure de garantir celle de la zone euro dans le cadre non réformé d'un système financier intégré et d'un club de la monnaie unique à la composition inchangée.
Le diagnostic des problèmes économiques tel que l'établissent les agences de notation n'a en rien le statut de vérité absolue, contrairement à ce que ces dernières prétendent. Pour mémoire, le travail de certification des établissements financiers et des entreprises accomplis par ces agences avant la crise économique de 2008 était si lamentable que le Congrès américain a envisagé d'engager des poursuites contre elles.
Puisque désormais une grande partie de l'Europe s'efforce de juguler au plus vite les déficits publics par le biais de coupes claires dans les dépenses publiques, il est essentiel d'étudier avec réalisme quelles seront les répercussions des mesures adoptées dans ce but, tant sur le quotidien des gens que sur la création de recettes publiques par la croissance économique. Ce qui manque à l'heure actuelle, outre un projet politique plus ambitieux, c'est une réflexion économique plus développée sur les effets et l'efficacité de cette stratégie de réduction maximale des déficits dans "le sang, la sueur et les larmes".
La noble morale du "sacrifice" a incontestablement des effets grisants. C'est la philosophie du corset "ajusté" : "Si madame est à l'aise dans celui-ci, c'est certainement qu'il faut à madame la taille en dessous." Mais si les appels à la rigueur financière se traduisent trop mécaniquement par des compressions brutales et drastiques, on risque non seulement d'imposer plus de privations que nécessaire, mais aussi de tuer la poule aux oeufs d'or de la croissance.
Cette tendance à ignorer le rôle de la croissance dans la production de recettes publiques devrait faire partie des premiers sujets à passer au crible de la réflexion critique et ce, de la Grande-Bretagne à la Grèce.
En Grande-Bretagne, il faudrait ainsi s'interroger sur la pertinence des mesures initiées par le gouvernement (sans que le débat public ait été vraiment encouragé, d'ailleurs), tandis qu'en Grèce, ce sont des mesures imposées de l'extérieur qui sont mises en cause, dans un pays dont les marges de manoeuvre pour contester les injonctions des caïds de la finance sont des plus minimes.
Ces réductions budgétaires poussées à leur maximum risquent de diminuer les dépenses publiques autant que les investissements privés. Si cela se traduit également par une réduction des stimuli de croissance, les recettes publiques pourraient, elles aussi, chuter douloureusement.
Le lien qui unit croissance et recettes publiques a été amplement observé dans de nombreux pays, de la Chine au Brésil en passant par les Etats-Unis et l'Inde. Là encore, des leçons sont à tirer de l'Histoire. De nombreux pays affichaient à la fin de la seconde guerre mondiale une lourde et préoccupante dette publique ; mais une croissance économique soutenue a permis d'alléger rapidement ce fardeau. De même, les déficits colossaux que trouva Bill Clinton à son entrée en fonctions en 1992 fondirent sous sa présidence sous l'effet, en grande partie, de la rapidité de la croissance.
Comment certains pays de la zone euro se sont-ils retrouvés dans une situation aussi calamiteuse ? La décision saugrenue d'adopter une monnaie unique, l'euro, sans plus d'intégration politique et économique a certainement joué son rôle dans cette crise, au-delà même des irrégularités financières commises par des pays comme la Grèce ou le Portugal (au-delà, également, de cette culture de "l'excès d'honneur" qu'a soulignée à juste titre l'ancien commissaire européen Mario Monti, et qui dans l'Union européenne permet à ces irrégularités d'être commises impunément).
A leur décharge, le gouvernement grec, et en particulier son premier ministre Georges Papandréou, font tout ce qu'ils peuvent envers et contre les résistances politiques, et il faut aussi saluer leurs efforts pour sortir la Grèce de cette culture de la corruption qui gangrène les entreprises et les relations économiques.
Cependant, ni les bénéfices à long terme des profondes réformes entreprises par la Grèce ni la bonne volonté douloureuse d'Athènes de satisfaire aux exigences des gardiens de la finance internationale ne dispensent l'Europe de s'interroger sur la pertinence des conditions - et du calendrier - imposés à la Grèce.
Aujourd'hui, l'austérité présente aux yeux des financiers des attraits de court terme ; mais il n'est pas certain du tout que ces gardiens perçoivent avec netteté comment la Grèce pourra renouer avec la croissance, quand pour l'heure elle connaît une récession plutôt brutale. Outre le freinage de l'économie induit par ces énormes compressions budgétaires menées dans le but de maintenir à tout prix l'appartenance de la Grèce à la zone euro, les caractéristiques mêmes de l'euro tiennent les biens et services grecs à des prix élevés et souvent non compétitifs sur les marchés internationaux.
C'est pour moi une piètre consolation de rappeler que j'étais fermement opposé à l'euro, tout en étant très favorable à l'unité européenne pour les raisons qu'Altiero Spinelli avait soulignées avec tant de force. Mon inquiétude venait notamment du fait que chaque pays renonçait ainsi à décider librement de sa politique monétaire et des réévaluations des taux de change, toutes choses qui, par le passé, ont été d'un grand secours pour les pays en difficulté. Cela permettait de ne pas déstabiliser excessivement le quotidien des populations au nom d'une volonté acharnée de stabilisation des marchés financiers. Certes on peut renoncer à l'indépendance monétaire, mais quand il y a par ailleurs intégration politique et budgétaire, comme c'est le cas pour les Etats américains.
La formidable idée d'une Europe unie et démocratique a changé au fil du temps et l'on a fait passer au second plan la politique démocratique pour promouvoir une fidélité absolue à un programme d'intégration financière incohérente. Repenser la zone euro soulèverait de nombreux problèmes, mais les questions épineuses méritent d'être intelligemment discutées (l'Europe doit s'engager démocratiquement à le faire) en prenant en compte de façon réaliste et concrète le contexte différent propre à chaque pays.
Dériver au gré des vents financiers que souffle une pensée économique obtuse et entachée de graves lacunes, souvent proférée par des agences affichant de piteux résultats en termes d'anticipation et de diagnostic, est bien la dernière chose dont l'Europe ait besoin.
Il faut enrayer la marginalisation de la tradition démocratique européenne : c'est une nécessité impérieuse. On ne l'exagérera jamais assez.

Grèce: l'opposition refusera 1 autre aide

Nouvelle Démocratie, principal parti d'opposition grec, a annoncé samedi qu'elle voterait contre un second plan de sauvetage, sauf si le gouvernement de George Papandréou change de politique économique.

"Nous voterons contre (le nouveau plan de sauvetage), s'ils ne changent pas de politique économique", a déclaré Antonis Samaras, chef de file du parti conservateur de la Nouvelle démocratie dans une interview à l'hebdomadaire Real News.

"Nous voulons annihiler le déficit. Nous ne voulons pas que le peuple grec, que les classes moyennes grecques et les familles grecques se retrouvent à genoux", a-t-il ajouté. La Nouvelle démocratie a voté contre le plan d'austérité cette semaine. La seule mesure soutenue par le parti d'opposition est le vaste plan de privatisations censé rapporter à l'Etat 50 milliards d'euros sur cinq ans.

Samaras a également appelé à la tenue d'élections anticipées. "Nous avons besoin de trois choses: un plan B, un gouvernement différent qui aurait la crédibilité de l'appliquer et une transition en douceur du plan initial qui a échoué au plan B", a-t-il déclaré.

La Grèce a accumulé au fil des ans une dette souveraine de 340 milliards d'euros, l'équivalent de 150% de sa richesse nationale et de 30.000 euros par habitant.
Après le premier plan d'assistance de 110 milliards d'euros lancé l'an dernier, Athènes avait notamment généralisé la retraite à 65 ans, gelé les pensions de retraite et les traitements des fonctionnaires et relevé la TVA de deux points, à 23%.

Pour Juncker, la Grèce devra se résoudre à perdre une grande partie de sa souveraineté

Après le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide internationale de 12 milliards d'euros pour la Grèce au cours du week-end, le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a prédit que le pays sera confronté à de sévères limitations de sa souveraineté, comparant la situation d'Athènes à celle de l'Allemagne de l'Est après la réunification.
Dans un entretien publié dimanche dans le magazine allemand Focus, M. Juncker explique que "la souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte" en raison de "la vague de privatisations à venir" d'un montant de 50 milliards d'euros. "Il serait inacceptable d'insulter les Grecs mais il faut les aider. Ils ont dit qu'ils étaient disposés à accepter le savoir faire de la zone euro", a observé Jean-Claude Juncker.

Dans le cadre des mesures d'aide financière de la part de l'UE et du FMI, le Parlement grec a notamment voté la création d'une agence de privatisation. Cette agence, pilotée par des experts européens, sera fondée, selon les dires de M. Juncker, "sur le modèle de la 'Treuhand' allemande", cet organisme qui avait vendu 14 000 firmes est-allemandes de 1990 à 1994. Des privatisations qui doivent commencer "immédiatement", selon le ministre des finances allemand, Wolfgang Schauble.
"LES SALAIRES ONT AUGMENTÉ DE 106,6 % EN 10 ANS"
La Treuhand était censée revendre les actifs publics en faisant un bénéfice mais elle a clôturé ses comptes sur un énorme déficit de 270 milliards de marks (172 milliards de dollars ou 118,4 milliards d'euros). Quatre millions d'Allemands étaient salariés des entreprises passées dans le giron de la Treuhand en 1990. Seulement 1,5 million d'emplois demeuraient lorsque l'agence ferma en 1994.
Dans les colonnes de Focus, Jean-Claude Juncker souligne néanmoins que la Grèce est pour une bonne part responsable de sa crise. "De 1999 à 2010, les salaires ont augmenté de 106,6 % alors même que l'économie ne se développait pas au même rythme. La politique des revenus était totalement hors de contrôle et ne reposait en rien sur [les gains de] productivité".
Désormais, l'Eurogroupe envisage un second plan d'aide à la Grèce, dont les grandes lignes ont été discutées samedi. Le secteur financier, par la voix de l'Institut de la Finance internationale (IIF), a fait savoir qu'il était prêt à s'engager dans un effort "volontaire, coopératif, transparent et large" pour soutenir la Grèce, via un "rollover" de la dette grecque. M. Juncker s'est dit convaincu que les mesures prises pour aider la Grèce "résoudrait la question grecque".

EN BREF




Tous au régime sec

Público, 1 juillet 2011
"Vague de rigueur sociale en Europe", titre le quotidien Público, en allusion aux "nouveaux plans d'austérité qui rognent les avancées de l'Etat-providence sur le chemin du redressement des finances publiques" approuvés par les gouvernements européens ces derniers jours. Aux protestations en Grèce après le vote du nouveau plan d'austérité s'ajoutent la grève des fonctionnairess contre la réforme des retraites au Royaume-Uni, tandis qu'au Portugal, la prime extraordinaire de Nöel sera réduite de moitié pour ceux qui gagnent plus…que le salaire minimum et qu'en Italie, Silvio Berlusconi pénalise les couches les moins favorisées avec sa réforme de l'impôt sur le revenu, remarque Público. "Même la Commission européenne devra se serrer la ceinture", ajoute le quotidien de gauche, avec une réduction de 5% du nombre des fonctionnaires ou le passage de l'âge de la retraite de 63 à 65 ans. "L'hymne officiel européen, arrangement de l'Ode à la joie de Beethoven, commence à ressembler à la Marche funèbre de Chopin", conclut Público.




Aide la Grèce et la Grèce t’aidera

Handelsblatt, 1 juillet 2011
Après les banques françaises, les allemandes ont accepté de consacrer 3,2 milliards d'euros pour acheter des obligations grecques à l'échéance des obligations actuelles. Un geste pour le sauvetage de la Grèce qui est aussi un "autosauvetage", considère le Handelsblatt. Ces 3,2 milliards d’euros représentent la somme que les banques allemandes vont gagner d’ici à 2014 avec les obligations grecques qu'elle détiennent actuellement et qu’elles veulent réinvestir en Grèce. Ainsi, elles empêchent "une défaillance totale du remboursement de ces obligations" et s'assurent que les intérêts seront bien payés par Athènes. Pour Handelsblatt, "ce modèle attractif pour les banques n’aide pas vraiment la Grèce", car il ne fait que retarder le règlement des problèmes.


Lacrymogènes de rigueur

Eleftherotypia, 30 juin 2011
Pendant que les députés grecs votaient en faveur du plan de rigueur présenté par le gouvernement, "la place Syntagma était en ébullition", raconte Eleftherotypia, qui évoque en Une la "colère contre le terrorisme de l'Etat". Car "effrayés par la foule des manifestants, les policiers ont lancé des gaz lacrymogènes, transformant la place en champ de guerre", déplore le quotidien de gauche. "Bilan : plus de 100 blessés et une station de métro transformée en salle de premiers secours. L'image est triste et rappelle celle des émeutes de décembre 2008. Mais, cette fois, à l'exception d'environ 200 casseurs, les manifestants n'étaient pas des semeurs de troubles. Ils veulent exprimer leur colère et vont continuer à se mobiliser."
De son côté, Kathimerini voit dans le vote du Parlement "un soulagement financier sur fond de violence".  "Le message est passé en Europe, la Grèce se lance dans une nouvelle cure d'austérité, malgré la violence dans les rues", se félicite le quotidien de centre droit. "Les Européens se sont relayés pour parler de 'bonne nouvelle' pour la Grèce. Ils assurent ainsi le versement de la cinquième tranche du prêt de 110 milliards d'euros, soit 12 milliards. L'espoir d'un nouveau prêt est également relancé."

Un objectif stratégique pour les peuples d'Europe, battre la spéculation contre l'euro !

Voici enfin un objectif stratégique pour le peuple européen, ce peuple présenté comme divisé, malmené par les médias internationaux, faiblement représenté sur la scène mondiale, ce peuple qui doute de son avenir économique ; voici donc qu'on peut lui proposer un objectif stratégique : battre la spéculation internationale qui cherche à détruire sa monnaie.

La création de l'euro a été une grande avancée pour l'Europe et un succès sur le plan international. Un des plus grands marchés de consommation dans le monde n'aurait pas pu fonctionner avec une quinzaine de monnaies flottant entre elles. La crise actuelle, provoquant une cascade de dévaluations compétitives, aurait disloqué le système et infligé des secousses graves aux entreprises. Les Européens auraient découvert l'angoisse de vivre dans un champ de ruines monétaires.

Sur le plan technique, cette création de l'euro a été un succès. En une décennie, l'euro est passé devant le yen, la livre sterling et le franc suisse, pour devenir la deuxième monnaie d'usage mondial, après le dollar. Mais, dès sa naissance, l'euro a fait l'objet de critiques de la part d'une grande partie du système financier anglo-saxon, notamment celui qui est concentré à New York. L'argumentation était simple : vous ne réussirez pas à créer l'euro et, si vous le faites, par la suite, vous échouerez ! Ce raisonnement a été tenu par Alan Greenspan, quelques années avant que la calamiteuse gestion monétaire ait assuré la déconfiture d'une bonne partie du système bancaire américain.

Aujourd'hui, il ne s'agit plus de critiques, mais d'attaques délibérées contre l'euro. Celles-ci ne proviennent pas des gouvernements, mais des opérateurs spéculatifs. Ces derniers, qui disposent encore d'une masse abondante de liquidités, à New York comme à Londres, évaluée à plus de 4 trillions d'euros, ne cherchent pas à les investir de façon durable dans des entreprises, à la manière des fonds souverains chinois et arabes, mais à réaliser des profits à court terme, en pianotant sur les ordinateurs des marchés.

Ils ont choisi pour cible spéculative la dislocation de l'euro. Il est vrai que certains petits pays de la zone euro ont conduit des gestions budgétaires irresponsables, aggravées par la crise. Mais l'objet de la spéculation n'est pas seulement de tirer profit de ces fautes de gestion : c'est, au-delà, de s'attaquer au système monétaire lui-même.

On peut en voir la preuve dans deux indices. Le premier, c'est que la spéculation semble suivre une piste, comme un fauve reniflant le sang, passant successivement d'un pays de la zone euro au suivant : Grèce, Irlande, Portugal, tout en louchant du côté de l'Espagne. Le second indice est que la spéculation ne s'intéresse pas à la Grande-Bretagne, ce dont je me réjouis, bien que son déficit budgétaire soit supérieur (10,5% du PIB) à la moyenne des déficits de la zone euro, pour la seule raison que ce pays n'appartient pas à cette zone.

Ainsi, la spéculation new-yorkaise attaque la monnaie européenne. La réponse doit être sans pitié : les Européens doivent défendre leur monnaie et battre la spéculation.

Les dirigeants de l'euro-Europe, en particulier Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à Fribourg, ainsi que le gouverneur de la Banque d'Italie, Mario Braghi, ont fait à ce sujet d'excellentes déclarations.

La stratégie victorieuse comporte deux aspects. Le premier est psychologique : il consiste à affirmer que l'euro n'est pas en danger. Une monnaie flottante qui s'appuie notamment sur les économies allemande, française, néerlandaise et italienne et dont le cours reste toujours supérieur à son cours d'introduction (1 E = 1,17 $) ne peut pas être détruite par le marché. Il n'existe aucun précédent.

Le second est technique : il s'agit de contrer la spéculation sur son terrain. Pour cela, ses mouvements doivent être suivis minutieusement au jour le jour. Pour réaliser les " sauvetages ", un important dispositif, et qui semble suffisant, a été mis en place.

C'est à la Banque centrale européenne qu'il revient de surveiller les activités du secteur bancaire.

Il subsiste un maillon manquant : celui de la dette émise par les Trésors publics nationaux.

Aussi paraît-il souhaitable de créer une " cellule antispéculation " regroupant les meilleurs spécialistes des Trésors français, allemand et italien, notamment pour suivre au jour le jour les mouvements spéculatifs sur les bons et sur les titres de la dette, et imaginer les mesures propres à les contrarier.

La crise a rendu évidente la nécessité d'une plus grande cohérence entre les politiques économiques. N'utilisons pas l'expression malheureuse de " gouvernance économique ", car une grande partie de cette " gouvernance " restera nationale. Utilisons plutôt l'expression " coordination exigeante ".

La bataille est engagée. La spéculation, encouragée par la presse financière internationale, paraît sûre de son arrogance. Faisons-lui mordre la poussière. Et que vive l'euro !

Il faut restructurer la dette grecque

on peut estimer à 3 milliards d'euros les pertes pour le Trésor français sur les 9 milliards versés à la Grèce.
La Grèce est désormais insolvable et ingouvernable. Sa dette publique représentera 158 % du PIB à la fin de 2011. Pour la stabiliser, il faudrait un excédent budgétaire durable de 6 % du PIB, totalement hors de portée. Et ce d'autant que, pour la cinquième année, l'économie sera en récession (de 5 %), tandis que le taux de chômage culmine à 16 % de la population active. Toutes raisons qui expliquent la dégradation de la Grèce à CCC, deux degrés avant le défaut, et le niveau record des taux à deux ans qui culminent à 27,55 %. Face à des manifestations de plus en plus violentes, la base politique du gouvernement de Georges Papandréou ne cesse de se rétrécir. La Grèce ne dispose ni de la croissance potentielle ni de la classe politique qui lui permettraient d'éviter la faillite.

Le défaut grec constitue un choc potentiel comparable à celui de la chute de Lehman Brothers. Il impacterait d'abord les banques, les établissements grecs se trouvant en faillite, tandis que les institutions financières européennes devraient passer en perte une partie des 162 milliards de leurs créances grecques, puis de leurs risques sur l'Irlande, le Portugal et l'Espagne. A travers la BCE, le système européen de banques centrales est engagé à hauteur de 45 milliards d'euros sur la Grèce, à comparer à 81 milliards de capital et de de réserves. Il peut absorber un défaut grec jusqu'à une décote de 50 %, mais pas une extension de la crise au Portugal ou à l'Irlande, sauf à exiger une recapitalisation ou à émettre de la monnaie au prix de l'inflation. Enfin, les Etats sont doublement vulnérables. D'un côté pointe une menace de panique sur la dette des Etats surendettés ou en crise politique, à l'image du Portugal et de l'Irlande, qui empruntent déjà à 12 %, mais aussi de l'Espagne, de l'Italie et de la Belgique. De l'autre, les Etats créanciers, en tête desquels figurent la France pour 62 milliards d'euros et l'Allemagne pour 50 milliards, se trouveraient déstabilisés. D'ores et déjà, on peut estimer à 3 milliards d'euros les pertes pour le Trésor français sur les 9 milliards versés à la Grèce. La restructuration de la dette grecque est donc à la fois inéluctable et à très haut risque.

La Grèce affiche une dette de 350 milliards d'euros, dont la décote minimale est de 70 %, et un besoin de financement supplémentaire de 140 milliards d'euros pour les années 2012 à 2014. Cette situation tragique n'est nullement de la responsabilité des agences de notation, qui ont joué leur rôle d'alerte en dégradant la dette grecque dès 2004. Elle relève au premier chef des dirigeants grecs, qui ont construit un modèle de développement fondé sur la protection du secteur public (800 000 fonctionnaires sur 5 millions d'actifs) et sur la consommation à crédit, tout en maquillant délibérément les comptes du pays. Et en second lieu de l'Union et des Etats européens, qui délivraient encore en 2007 un satisfecit à Athènes. L'Europe n'a cessé d'agir trop peu, trop tard et en ordre dispersé. Ainsi, le plan de mai 2010 prévoyant une aide de 110 milliards d'euros a permis de gagner du temps, mais sans que ce délai soit utilisé pour élaborer une sortie de crise cohérente. Il est voué à l'échec compte tenu de l'effondrement de la croissance, de la stagnation des recettes fiscales, des atermoiements face aux nécessaires privatisations (300 milliards d'euros d'actifs potentiels), de l'impossibilité de recourir à la dévaluation ou à l'inflation. La Grèce refuse toute remise en question de la gouvernance de l'Etat et de l'économie, avec une activité souterraine qui représente 20 à 30 % du PIB et qui va de pair avec une corruption endémique.

Seule une restructuration ordonnée peut sauver la Grèce et l'euro. Un nouveau plan d'aide de 80 milliards d'euros se limiterait à accroître la dette grecque, différant le défaut pour aggraver les pertes. La reprise de la dette grecque par les Etats excédentaires est irréaliste. L'implosion de l'euro autour d'une zone réduite à l'Allemagne et aux pays excédentaires, tandis que les nations déficitaires - dont la France - reviendraient aux monnaies nationales, aurait un coût économique et social prohibitif et porterait un coup fatal à la construction européenne. La restructuration ordonnée peut seule permettre le retour de la croissance en Grèce et la stabilisation de l'euro. Du côté grec, elle passe par la réforme du modèle économique, avec la collecte effective de l'impôt et un programme massif de privatisation réalisé sous le contrôle de l'Union. Parallèlement serait engagée une opération de conversion de la dette en eurobonds, avec des taux inférieurs et des durées plus longues. Il revient à l'Europe de mettre un terme à la crise des risques souverains en proposant un cadre institutionnel et une stratégie économique clarifiés : effort de compétitivité dans les pays déficitaires et soutien de la consommation dans les pays excédentaires ; révision de la politique de taux d'intérêt et de change de la BCE qui tue la compétitivité de l'Europe du Sud ; harmonisation fiscale et surveillance budgétaire ; transfert de la régulation financière à l'Union ; création d'un Trésor européen et émission d'eurobonds actant la solidarité au sein de la zone euro. La seule issue à cette crise financière et monétaire est politique : il n'est pas d'euro soutenable sans fédéralisme économique européen.

Un amour de Sarkozy

En 2007, les Français ont élu Nicolas Sarkozy parce qu'ils ont cru qu'il les aimait puisqu'il le leur avait dit. Il y avait aussi sa façon de les regarder : la tête penchée de tendresse, les yeux langoureux d'émotion, la bouche humide de désir. Il leur parlait d'une voix mielleuse et assourdie, comme s'ils étaient malades. Ou dans un grand restaurant. Il n'a pas hésité à les inonder de promesses, comme tous les gens qui veulent vraiment nous épouser. Les Français se sont rendus au bureau de vote de leur quartier, tout frémissants dans la robe blanche de leurs espoirs. Le soir même, ont déchanté : le nouveau mari était allé faire la fête avec ses vieux potes et quelques nanas bien roulées dans un clandé chicos où la plupart des Français n'auraient pas les moyens de se payer à dîner, laissant du coup nos compatriotes seuls devant la téloche, une baguette sous le bras et un béret sur la tête. Il reviendra aux historiens du mariage en France de faire le compte des malentendus, infidélités (incessants flirts et clins d'oeil du mari président à d'autres peuples mariés : Américains, Russes et même Chinois), déceptions, scènes de ménage, menaces, insultes et autres coups de gueule ayant fini par éloigner Sarkozy de la France au point qu'on les dit - et les sent - au bord de la séparation. Dans une telle perspective, le pauvre Nicolas perdrait un logement de rêve proche du quartier des cinémas - celui des Champs-Elysées, où habitèrent avant lui Victor Hugo et Honoré de Balzac -, toute une police et toute une armée pour le protéger des coups du sort dont il semble toujours craindre on ne sait quoi, des moyens de transport haut de gamme, une surexposition médiatique mondiale qui rassure cet homme sensible toujours sur le point de se demander s'il existe, et ainsi de suite (athi, en thaï).

Le président Sarkozy a peut-être cru qu'il suffisait à un mari de travailler - il dirait bosser - dix-huit heures sur vingt-quatre, prouvant ainsi son attachement à la bonne marche des affaires du couple, pour s'attirer les grâces d'une femme, mais la France n'est pas une femme comme les autres. Sous ses airs bourrus, voire agressifs à la fin de certains repas trop arrosés, il y a un petit coeur qui bat. Elle a inventé l'amour courtois à une époque, le Moyen Age, où le reste du monde en était à l'amour grossier. Si M. Sarkozy, qui est loin d'être un mauvais bougre, avait jeté un oeil sur les films, les livres et les chansons préférés de son épouse (sérénades de Boon, idylles de Musso, langueurs de Raphaël), il aurait compris que le Français est une Française. Il n'a qu'un but dans la vie : l'amour. Que dis-je, un but ? une obsession. L'amour en tout, partout, toujours. Au bureau, dans le bus, en boîte, sur Internet. Le faire, mais aussi y rêver, en parler, l'écrire. Le Français a épousé Nicolas Sarkozy par amour et non par intérêt, comme l'a cru ce jeune homme toujours un peu étranger aux sentiments profonds de son épouse locale. Oui, il a déçu par son côté replié, froid, distant, raide, sec. Il n'était pas comme ça avant le mariage. Il était le contraire. Peut-être a-t-il été atteint par le syndrome, fréquent chez les gens de l'Est, dont je fais moi-même partie, du détachement après la conquête. Et chez les Auvergnats : Giscard était pareil. C'est toujours la même chose quand un séducteur atteint sa cible : elle tombe et il se retrouve, une nouvelle fois, face à lui-même. Ce qu'il déteste, sinon il ne passerait pas sa vie à séduire les autres. Il lui faut repartir en chasse. Mais qui chasser quand on a déjà abattu la France ?

Il reste un peu moins d'un an à Nicolas pour réchauffer le coeur froid de notre pays, prêt à battre pour d'autres que lui : un énarque corrézien à lunettes, une fougueuse Bretonne blonde, un poète symboliste maudit par la justice, un écologiste zézayant en hélicoptère, un ex-trotskiste qui trotte sur les plateaux télé. Elle se demande même, la France, si elle ne tenterait pas pour la première fois de sa longue histoire conjugale (quatorze siècles) le mariage gay avec une Lilloise. Elle a déjà eu un Lillois, le général de Gaulle. Fiançailles héroïques en Angleterre, brève rencontre après guerre, longue bouderie campagnarde, union française, coups et blessures en Mai 68, divorce par référendum. Mes meilleurs souvenirs.

L’été prometteur du Président

L’été 2011 a bien commencé pour Nicolas Sarkozy. L’automne dernier, il était pratiquement battu à la prochaine présidentielle : soit parce qu’il était éliminé du second tour par Marine Le Pen, soit parce que l’homme providentiel du PS, Dominique Strauss-Kahn, l’écrasait en finale. Aujourd’hui, l’été s’annonce mieux, pas forcément radieux mais prometteur, et les signes positifs abondent.

La libération des otages d’Afghanistan est un paramètre intéressant. Non seulement nos deux journalistes ont été sauvés, quel qu’en soit le prix ; quand on aime, dit-on, on ne compte pas ! Mais, surtout, Nicolas Sarkozy a su faire dans la modestie et la discrétion, deux qualités rares pour lui. Sa gestion sobre, sans tirer la couverture à lui, a permis aux médias de saluer les hommes de l’ombre, militaires, diplomates et agents de la DGSE. La « présidentialité » de M. Sarkozy en sort renforcée. C’est tard, disent les grognons ; mieux vaut tard que jamais.La promotion de Christine Lagarde à la tête du FMI, opération menée de main de maître par l’Elysée, est un grand succès qui efface le grand désastre de Dominique Strauss-Kahn à New York. C’est bon pour l’Europe, malade de la Grèce, bon pour la France et bon pour Sarkozy.
Le remaniement du gouvernement, à condition de ne pas trop flairer dans les cuisines, est politiquement satisfaisant pour la majorité présidentielle. Il fait une large place aux chiraquiens, notamment à ce François Baroin qui ira loin, mais en même temps il casse le pack des mousquetaires chiraquiens qui ont revu la devise de d’Artagnan : « Aucun pour tous, chacun pour soi. »
Rien n’est donc joué, mais Nicolas Sarkozy sort du trou.

“DSK is back !”

DSK accusé d’agression sexuelle, menotté, humilié, incarcéré, puis assigné à résidence avec bracelet électronique : la France fut sidérée, abasourdie. Six semaines plus tard, alors que l’ancien directeur du FMI a dû démissionner de son poste et a été remplacé, alors que le Parti socialiste avait fait un trait sur son éventuelle candidature et que Martine Aubry s’était, par devoir, lancée à la poursuite de François Hollande, le formidable coup de théâtre de vendredi provoque une nouvelle sidération et tout redevient possible, imaginable en ce qui concerne l’avenir de M. Strauss-Kahn.Tout le monde ou presque le croyait politiquement fini, y compris l’auteur de ces lignes, et tout peut arriver : « DSK is back ! » On devra quand même s’interroger sur les mystères de la femme de chambre et sur les failles d’une accusation qui n’a pas vu passer l’essentiel de sa personnalité.
En tout cas, le PS ne pourra en rester là : s’il n’y a ni procès, ni condamnation rien n’empêchera DSK de faire connaître sa volonté d’être candidat aux primaires. S’il le faisait, Martine Aubry serait obligée de se retirer et face à un homme injustement traité, revenu du bout de l’enfer, les socialistes pourraient être tentés de se rassembler autour de lui. A moins que M. Strauss-Kahn ne choisisse une autre voie de retour. Il sait que son cauchemar new-yorkais a abîmé son image en termes de candidature à l’Elysée avec une coloration négative en matière de mœurs et de fortune. Peut-être préférera-t-il un itinéraire plus discret et une rentrée dans l’atmosphère politique moins fracassante. On le saura vite, mais cet homme, vu ce qu’il a subi, aura la rage de revenir au premier plan.

Nafissatou Diallo : "Je sais ce que je fais"

Au lendemain de la libération sur parole de Dominique Strauss-Kahn, les soupçons autour de Nafissatou Diallo se renforcent.

"Ne t'inquiète pas, ce mec a beaucoup d'argent. Je sais ce que je fais". C'est cette phrase tenue par Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui accuse DSK d'agression sexuelle, qui a mis la puce à l'oreille des enquêteurs. La conversation, révélée par le New York Times, a été tenue le lendemain de l'accusation lors d'une discussion téléphonique avec son ami emprisonné dans une prison de l'Arizona pour trafic de cannabis. Elle aurait également parlé du montant que rapporteraient les poursuites contre l'ancien directeur du FMI. Les services du procureur ont mis plusieurs semaines à traduire la conversation car elle était tenue en Fulani, un dialecte guinéen. 
Un autre quotidien, le New York Post, évoque également le passé trouble de la femme de chambre. Elle aurait, en effet, déjà eu des relations tarifées avec des clients du Sofitel. Les enquêteurs assurent que la jeune femme menait un train de vie supérieur à ses moyens grâce à de "généreux" donateurs. Le quotidien américain évoque même une possible appartenance de Nafissatou Diallo à un réseau de prostitution guinéen.