dimanche 20 avril 2014
Le goût du sang
Le goût du sang
La roue tourne et chaque mois, il faut au monde médiatique sa nouvelle victime expiatoire ou gibier de potence à attraper, cerner, jeter par terre et tabasser. Je ne parle pas des faits qui sont reprochés ni de la culpabilité ou non culpabilité, questions qui relèvent de la seule justice. A ma connaissance, sauf dans les régimes totalitaires (marxiste, fasciste ou national-socialiste) tout homme est présumé innocent jusqu’à ce qu’il ne soit jugé et condamné. Foin de la présomption d’innocence quand on inflige le supplice du lynchage médiatique et de l’honneur bafoué à des présumés innocents. En ce moment, c’est Aquilino Morelle qui passe à la casserole, dans un climat de joie expiatoire qui enflamme tous les courants idéologiques ou partisans, d’un extrême à l’autre, sans exception; le mois dernier, Patrick Buisson, avec la même fureur hystérique, mais on oublie si vite; auparavant maître Herzog, l’avocat de Sarkozy; et encore auparavant il y avait eu Depardieu, Finkielkraut, Claude Guéant, Cahuzac, etc. Le même processus se répète inlassablement. On jette une personnalité en pature à la meute et chacun rajoute sa petite anecdote perfide ramassée dans le caniveau pour accabler un peu plus l’animal traqué. Le grand hallali dure trois jours, dans un unanimisme qui fait froid dans le dos, et puis on passe à autre chose. Le monstre médiatique a besoin de chair fraîche à dépecer. Et les leçons, l’expérience, comme le martyre infligé à Dominique Baudis, ne servent à rien, bien au contraire. Le jour où surviendra un suicide, ce sera le grand extase, l’apothéose: ils auront gagné! Mais les médias et la presse ne sont pas les vrais responsables. Au fond, exsangues, prêts à tout pour survivre, ils vendent ce qui intéresse le public. Il faut croire que parler du cirage des chaussures du conseiller politique passionne davantage les foules que les massacres en Syrie, la guerre civile ukrainienne, le génocide dans le sud Soudan. L’âme humaine est sombre. Jadis, les Français adoraient se presser au spectacle des exécutions capitales sur la place publique. Le président Lebrun, en 1934 a mis fin à ce sinistre spectacle auquel les enfants étaient conviés. Mais le même instinct de mort se retrouve sous d’autres formes, et personne n’abolira jamais le goût du sang.
"La maison des morts"
"La maison des morts"
«Si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017, je n’ai, ou aucune raison d’être candidat, ou aucune chance d’être réélu», a lancé le chef de l’Etat, lors d’un déjeuner avec des salariés de l’entreprise Michelin, qu’il a visitée hier. Selon moi, cette phrase couperet ne procède en aucun cas d’un calcul politique mais elle est au contraire totalement spontanée, sincère, naturelle, exprimant un trop plein, une lassitude immense, le désir profond d’en finir. Le président de la République subit un véritable calvaire depuis six mois, derrière le masque de l’impassibilité: échec de ses engagements sur l’emploi, "Léonarda", Julie Gayet, débacle aux municipales, rébellion de sa majorité, et cerise sur le gâteau, affaire Aquilino Morelle. On arrive au Palais gonflé d’orgueil et de fierté – "moi président" – et l’on s’y retrouve détesté voire méprisé par l’opinion publique. Raymond Poincaré, ancien chef de l’Etat décrivait déjà l’Elysée comme "une maison des morts" destinée au malheur http://www.amazon.fr/Histoire-pr%C3%A9sidents-R%C3%A9publique-Maxime-TANDONNET/dp/2262036020/ref=la_B004MQBNYA_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1397880350&sr=1-1. Je pense vraiment, du fond du cœur, que pour avoir envie de devenir président dans la France d’aujourd’hui, son impuissance politique radicale, ses haines mesquines, jalouses et viscérales, son goût sanguinaire de la délation et du lynchage de tout ce qui dépasse, il faut être déficient intellectuellement (n’avoir rien vu, rien compris au réel) ou bien relever de l’asile psychiatrique si l’on se croit porté par un "destin" providentiel. Peut-être qu’en 2017 (ou avant) le désir de renouveau se cristallisera sur une personnalité, à la tête d’une équipe, qui devra se porter volontaire par sens du devoir et abnégation, mais là, c’est tout à fait autre chose…
vendredi 18 avril 2014
Libre aberration à Libération
Les journalistes de Libération ,en convalescence, ont, décidément, le sens de l'hospitalité. Après avoir publié dans leurs colonnes un portrait au vitriol pour accueillir leur nouveau directeur Pierre Fraidenraich, certains d'entre eux lui ont trouvé l'élégant sobriquet de « Pierre Troisième Reich ». On savait l'appétence des Libé pour le jeu de mots spirituel et la formule à l'emporte-pièce, mais le calembour précité rejoindra dans les annales de l'esprit post shoatique un brin obsessionnel le fameux « Durafour crématoire » qui ne fit rien de bon pour la promotion de l'image de son sarcastique inventeur.
Circonstance aggravante, au rebours du regretté Michel Durafour, une partie de la famille Fraidenraich a fini dans les fours crématoires du dernier reich, ce qui rend la vilaine plaisanterie encore plus funeste.
Il n'est pas difficile d'imaginer ce qu'aurait été la réaction de la rédaction de Libé si un obscur conseiller municipal du Front National s'était essayé à pratiquer le même et improbable humour.
En réalité, les journalistes insolents de Libération se croient tout permis et ils ont malheureusement raison parce qu'on leur aura tout permis. Et quand j'écris « on », je songe à cette partie de la classe médiatique sur laquelle l'extrême gauche exerce encore largement son emprise-consciente et inconsciente- et qui l’absout de tout racisme tout en le soupçonnant obsessionnellement chez les autres et en toute occasion.
C'est bien ce légitime sentiment d'impunité pour cause d' « insoupçonnabilité » qui aura autorisé tous les excès de langue et de plume. Et qui autorisent encore l'esprit mauvais.
Si je ne le dis pas, alors qui va le dire ?
La radio de service public dont on vante l'esprit de neutralité et de pluralisme au-delà des contrées connues, a voulu la semaine dernière « se payer » comme on dit populairement, le maire UMP d'Orléans, M. Serge Grouard.
C'est ainsi que lundi matin dernier, un 7 avril, à 8h 30 sonnantes, la préposée à la revue de presse, Mme Laetitia Gayet débuta (fichtre !) celle-ci par un article de l'Humanité (s'il vous plaît) dans lequel l'organe du Parti Communiste Français (dont nul ne saurait contester le magistère moral) mettait en cause l’élu du Loiret, dans des termes dénués d'aménité particulière pour avoir osé nommer l'un de ses adjoints pour « lutter contre l'immigration clandestine » !
Pas plus tard que le lendemain, alors que l'antenne d'État recevait matinalement Mme Valérie Pécresse, ses animateurs facétieux avaient décidé de recréer un réflexe pavlovien de honte en faisant bruisser les crécelles antiracistes à propos de la décision audacieuse de l’édile orléanais.
À leur grande déception sans doute, l'ancienne ministre ne se démontait aucunement et osait indiquer qu'un maire avait en charge la sécurité de ses concitoyens, a fortiori lorsque l'État est démissionnaire.
J'aurais ajouté que l'immigration illégale est non seulement un fléau pour la cohésion sociale, l'identité nationale (pardon pour le gros mot), mais encore pour les immigrés respectueux de la souveraineté de la république française.
Il est un maire en Orléans plus courageux que certains pairs dans Paris.
Génération com
Recordman de l’impopularité, François Hollande a nommé à Matignon le seul ministre qui jouit d’un consensus au sein de la population, comme s’il en espérait un effet contagieux. C’est un choix fait sous la contrainte. Le président n’a pas l’intention de laisser le pouvoir traverser la Seine et il a tout verrouillé : la composition du gouvernement baptisé “de combat” porte son immatriculation. Mis à part les deux nouveaux, Ségolène et l’ami Rebsamen, il a repris les mêmes. La feuille de route du premier ministre a été balisée dès dimanche soir : le pacte de responsabilité corrigé du pacte de solidarité.
Manuel Valls arrive pour mettre de l’ordre, faire travailler en équipe ce gouvernement resserré. En organisant des réunions du gouvernement deux fois par mois à Matignon, il espère éliminer les couacs, bloquer les initiatives individuelles intempestives. L’absence des Verts va déjà beaucoup l’y aider. La première sortie de Ségolène sur l’écotaxe prouve que le naturel revient au galop. Sauf que Manuel Valls est un autoritaire. On l’a vu sur TF1, le front serré, le regard noir, le ton empreint de gravité. Ça ne rigolait pas ! Même s’il n’a énoncé que des évidences. Un contraste avec Jean-Marc Ayrault, qui exprimait une volonté carrée avec un verbe trop cotonneux. Et, pour la discipline, il avait un côté prof débordé par ses élèves.
Valls, c’est la génération de la com. On attend de lui qu’il explique, fasse la pédagogie de la politique Hollande. C’est le gros ratage du président : trop avare de paroles, il n’a pas su créer de lien avec les Français. Une absence très anxiogène pour le pays. Le 14 janvier, il leur annonçait le pacte de responsabilité : 30 milliards de baisse des charges pour les entreprises, moyennant des contreparties sous forme d’emplois (pour l’instant, aucun engagement…), auquel s’est ajouté dimanche soir le pacte de solidarité pour diminuer les impôts et les cotisations sociales des Français. François Hollande demande à son premier ministre d’aller vite. Il va lui falloir tordre le bras d’une majorité qui s’annonce très rétive.
Il y a aussi le mystère des 50 milliards d’économies sur trois ans. Un effort sans précédent dont on ne sait rien mais avec lequel François Hollande espère amadouer Bruxelles. « Encore une minute, monsieur le bourreau… » Rendant hommage à Jean-Marc Ayrault, le président a osé dire : « Il a rétabli la situation très dégradée dont nous avons hérité. » Gros mensonge. C’est pire, tous les clignotants sont au rouge : dette, déficit, dépenses publiques, malgré une hausse des impôts sans précédent.
Et l’on s’interroge. Comment cela va-t-il fonctionner entre ce président, qui navigue sur une ligne perpétuellement floue, contradictoire et transactionnelle, et ce premier ministre, qui ne supporte que les ordres clairs et précis ?
Le droit et l’infamie
“Rien ne justifie que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme…” Dominique Baudis en fit aussi la cruelle expérience. D’où l’hommage de la République.
On se souvient des mots prononcés par François Mitterrand, le 4 mai 1993, devant la dépouille de son ami Pierre Bérégovoy : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme, et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. » Il y avait dans l’hommage national rendu, par François Hollande, ce mardi, à Dominique Baudis, aux Invalides, comme une volonté de réparation à l’égard d’un homme qui, lui aussi et bien plus encore, fut blessé et meurtri dans sa dignité et sa liberté par un fiasco judiciaire et une curée médiatique, dix ans après la mort volontaire de Pierre Bérégovoy.
« La presse traite mieux les morts que les vivants », observait, samedi dernier, Ivan Levaï, au micro de France Inter, en prenant connaissance des hommages unanimes parus en mémoire de Dominique Baudis, qu’un cancer venait d’emporter. « Les mots peuvent tuer », ajoutait Levaï ; Baudis en avait fait la cruelle expérience. L’expression « curée médiatique » était parue la veille, dans un article du Monde, signé Gérard Davet, en forme d’acte de contrition sur le traitement du “piège diabolique” dont Baudis fut la victime et le Monde la référence. Parmi tant de médias.
L’affaire éclata, à la fin avril 2003, alors que Dominique Baudis avait renoncé à l’action politique ; il avait un successeur à la Mairie de Toulouse et se concentrait sur ses fonctions de président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (lire page 10). Pourquoi lui ? Le fil remontait à un tueur en série, Patrice Alègre, accusé par deux prostituées et un travesti. Ce serait resté un sordide fait divers si les prostituées n’avaient pas trouvé une oreille attentive auprès d’un adjudant de gendarmerie et d’un procureur lorsqu’elles dénoncèrent des « personnalités toulousaines » comme les complices des viols collectifs et autres sévices du tueur en question. Encore fallait-il que le dossier fût ouvert à la presse (et le secret de l’instruction ? ) pour fabriquer l’“affaire Alègre”.
« Une affaire d’État », s’empressa d’imprimer un reporter toulousain, Gilles Souillès, dans son quotidien régional, lorsque les noms de Dominique Baudis et de deux magistrats furent prononcés. Mais ce ne devint vraiment une affaire d’État que lorsque le correspondant local du Monde lui apporta le crédit de son journal. Venu d’une presse très à gauche avant de faire un tour dans les cabinets ministériels socialistes, ce correspondant, Jean-Paul Besset, devait se faire le rapporteur scrupuleux des dépositions des prostituées : « Pourquoi ces filles mentiraient-elles, écrivait-il le 3 juin 2003, elles qui ont dit vrai déjà sur plusieurs parties de l’affaire, elles qui ont fui pour oublier […], elles qui sont encore meurtries et terrorisées. […] Les témoignages, précis, sonnent fort. » Le 17 juin suivant, il alla plus loin, reconstituant « l’histoire de la maison du lac de Noé », la « maison de l’horreur », où, toujours selon les prostituées, s’étaient déroulées les soirées de tortures impliquant les « personnalités ».
Ce fut l’article de trop. Comme le reportage d’une journaliste de France 2 ou l’interpellation de Karl Zéro, sur Canal Plus, quand on sut que l’un et l’autre avaient payé les prostituées pour obtenir leurs confidences. La mystification, dénoncée par Marie-France Etchegoin (du Nouvel Observateur) et le Canard enchaîné, éclata quand les filles avouèrent qu’elles avaient tout inventé. Mais le non-lieu général ne fut prononcé qu’en juillet 2005 et la condamnation des prostituées (pour dénonciation calomnieuse) que le 26 mars 2009.
Était-ce parce qu’il avait été un élu, un maire, une personnalité de Toulouse de droite que Dominique Baudis devait forcément être coupable ? Il y eut, cet été-là, un autre fait divers : dans la nuit du 27 juillet 2003, à Vilnius, Bertrand Cantat frappa à mort sa compagne, Marie Trintignant. Or, Cantat était un « leader charismatique », celui du groupe Noir Désir ; il aimait les immigrés, les clandestins, les Palestiniens et José Bové. Son acte passa pour une « tragédie de l’amour » dans les médias qui avaient accusé Dominique Baudis.
Jean-Paul Besset était aussi un grand admirateur de José Bové. Quand il quitta le Monde, à la fin 2004, quelques mois avant Edwy Plenel, le directeur de la rédaction — et l’affaire Baudis n’y fut pas étrangère —, il alla chez les écologistes. Il se présenta comme tête de liste Europe Écologie dans la région Centre en 2009 et fut élu député européen. Il n’osa pas affronter Dominique Baudis, qui conduisait la liste UMP dans la région voisine. Celui qui, deux ans plus tard, fut appelé par Nicolas Sarkozy à devenir Défenseur des droits. Lui qui avait tant souffert de l’infamie.
La fabrique de “Torquemada”
Le 27 mars, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale a déposé une proposition de loi destinée à renforcer le pouvoir des inspecteurs du travail. Ce corps, créé en 1892, est rattaché au ministère du Travail depuis 1906 et son rôle est de veiller au respect du code du travail. Si les députés adoptent cette proposition de loi — ce qui serait pour le moins contradictoire avec le discours proentreprise de Manuel Valls —, les inspecteurs du travail, qui ont la réputation d’être fortement ancrés à gauche, deviendront de véritables petits inquisiteurs.
L’article 2 de ce projet de loi autorisera en effet ces fonctionnaires du ministère du Travail à prononcer eux-mêmes des amendes administratives en cas de manquement à certaines dispositions du code du travail (temps de travail, salaire, conditions d’hygiène sur les lieux de travail et les chantiers). « L’amende maximale est fixée à 2 000 euros pouvant être appliquée autant de fois qu’il y a de travailleurs concernés par le manquement. »Elle pourra même être de 10 000 euros par salarié concerné par l’infraction si « l’employeur ne se conforme pas aux décisions prises par l’agent de contrôle de l’inspection du travail ».
Fini donc la séparation entre les fonctions de contrôle, d’instruction et de jugement ; elle garantit pourtant l’impartialité, qui est un des fondements de la justice. Le pouvoir d’investigation des inspecteurs du travail pourrait être élargi en ayant « accès à tous les documents nécessaires au contrôle et pas seulement aux documents obligatoires prévus par le code du travail ».
Voilà qui rajoutera encore un peu plus de stress aux patrons de PME. Ils n’en manquent pas, comme le remarque une récente étude American Express/Ipsos. Il en ressort que l’état d’esprit des dirigeants d’entreprise est partagé entre stress (37 %), contrainte (29 %), enthousiasme (27 %) et fierté (22 %). Leur désir le plus grand ? « Être déchargés des tâches complexes comme les démarches administratives. » Le législateur devrait l’avoir constamment en tête, et surtout se souvenir de ce que disait Montesquieu : « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu’elle est juste. »
La France et le désarroi identitaire
Ceux qui comparent la situation actuelle avec celle des années trente n’ont pas compris à quel point, aujourd’hui, la France souffre d’une profonde crised’identité.
Il y a, sous la Coupole, une petite dizaine de personnalités qui ont fait leur cette phrase terrible de Georges Bernanos : « Quand je n’aurai plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai l’asseoir à l’Académie française. » Ce sont tous ces porte-drapeaux autoproclamés de la bien-pensance qui ont barré d’une croix noire leur bulletin de vote, alors que la majorité des immortels choisissait d’accueillir parmi eux le philosophe Alain Finkielkraut. L’auteur de la Défaite de la pensée ne laisse personne indifférent, par ses écrits, par ses prises de position médiatiques, et surtout par un attachement formidable à la France et à ses valeurs. Lui, le juif d’origine polonaise, pur produit de la méritocratie française, professeur à Berkeley puis à Polytechnique, ne reconnaît plus notre pays tel qu’il était il y a cinquante ans. Il ne fait que dire cela. Et il l’a à nouveau magnifiquement écrit à l’automne dernier dans un ouvrage qui a suscité la polémique : l’Identité malheureuse.
Jean d’Ormesson, qui s’est beaucoup battu pour qu’Alain Finkielkraut puisse entrer Quai de Conti, a écrit dans Au plaisir de Dieu que « la tradition est un progrès qui a réussi ». L’Académie française est un lieu ô combien traditionnel, mais qui se retrouve parfaitement, avec ses quatre siècles d’existence, dans cette jolie formule. C’est un progrès qui a réussi en s’ouvrant successivement aux femmes, aux étrangers, formidables défenseurs de la francophonie, et maintenant à un philosophe français “de sang mêlé” qui, en osant prendre la défense des “Français de souche”, représente davantage l’opinion majoritaire dans le pays que ces quelques habitués du Café de Flore, auteurs, à son encontre, d’une cabale insupportable.
Non, Alain Finkielkraut ne fait pas rentrer « le Front national sous la Coupole » comme ses détracteurs ont pu le déclarer avant de gribouiller des croix noires contre celui dont la famille avait autrefois connu les étoiles jaunes. Il y fait rentrer un attachement impressionnant aux valeurs d’une France qui est en train de disparaître et que l’Académie a pour mission de perpétuer autant que de défendre. Il ne cesse de s’inquiéter d’une école de la République incapable d’enseigner la lecture, en passe de sombrer sous le coup d’un absurde pédagogisme et qui refuse les différences, notamment les signes religieux. Alain Finkielkraut est certainement celui qui a le mieux montré la bêtise des mesures issues de la commission Stasi, privant les gamins de leur kippa ou de leur médaille de baptême, sous prétexte que cela pouvait offenser certains de leurs camarades de classe, voire même fausser leur discernement.
Maintenant, c’est vrai, il s’inquiète haut et fort d’un islam qui se fait trop présent et devant lequel toutes les institutions françaises s’inclinent avec une facilité déconcertante. Et lorsqu’il ressasse l’exemple de Villers-Cotterêts, où la maison du maître d’école a été remplacée par une mosquée et la charcuterie par une boucherie halal, il ne fait que pointer du doigt ce que d’autres appellent « le grand remplacement ». Son but n’est pas d’appeler à une fermeture des frontières, mais d’être l’une des dernières sentinelles de cette France que nous aimons tous, forgée par mille ans d’histoire, décrite par Victor Hugo, chantée par Péguy et défendue par Clemenceau, cette France dont les repères, sacrifiés par l’angélisme béat de certaines élites à l’égard du multiculturalisme, sont en train de disparaître.
C’est cette “trahison des clercs”, à laquelle nous assistons lorsque Manuel Valls déclare que « l’islam est compatible avec la démocratie », qui crée un véritable désarroi identitaire. Bien sûr, vient s’ajouter à cela une crise économique qui affecte bon nombre de Français dans leur vie quotidienne. Mais tous ceux qui s’obstinent à comparer la situation actuelle avec celle des années trente, aveuglés par la seule montée du populisme, n’ont pas compris à quel point, aujourd’hui, les malheurs de la France se résument d’abord à cette incroyable crise d’identité. À ce que des millions et des millions de Français de souche ou qui ont été assimilés ne reconnaissent plus le pays dans lequel ils ont grandi. Le premier ministre ferait bien, tant que sa popularité est au zénith, de relire les livres d’Alain Finkielkraut, lui qui, comme ministre de l’Intérieur, a participé plus que d’autres à l’émergence de ce désarroi identitaire. Comment s’étonner, pourtant, que ce sentiment s’accroisse encore cette semaine pour nos frères juifs qui fêtent leur pâque (Pessah) et pour les catholiques qui vont célébrer la résurrection du Christ. Sans un voeu des autorités républicaines pourtant si promptes à accompagner l’ouverture du ramadan et l’Aïd el-Kébir !
Les mairies FN sous « l’œil de Moscou »
Les mairies FN sous « l’œil de Moscou »
Il y a quelques jours, nous avions déjà eu droit aux lamentations du Bruel expliquant dans Technikartson « refus de cautionner le discours populiste » de Marine Le Pen et son intention de ne plus se produire dans les villes nouvellement acquises par le FN. Qu’un chanteur pour midinettes décide de boycotter ces communes est son droit. Et, en l’occurrence, leurs habitants devraient même plutôt s’en réjouir… Mais quand Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, déclare officiellement qu’il sera « extrêmement attentif » à la politique culturelle menée dans ces villes et se rendra même sur place pour recueillir l’avis des associations, cela tourne au 1984 d’Orwell.
Beaucaire en ligne de mire
Invitée mercredi sur Radio Classique, Filippetti a en effet expliqué : « Il y a des villes, maintenant, qui sont passées au Front national et sur lesquelles il va falloir être extrêmement attentif en ce qui concerne ce qui se passe en matière culturelle. Parce qu’on l’a vu par le passé et on sait très bien qu’en 95, quand les villes sont passées au Front national, eh bien les premières victimes ça a été les associations culturelles. On se rappelle le festival de Châteauvallon, par exemple. On se rappelle la déprogrammation de Marek Halter d’un festival du livre à Toulon. On se rappelle notamment des attaques contre les rayonnages des bibliothèques, enfin avec des formes de censure, dans d’autres villes… »
Se disant notamment « très attentive à ce qui se passe à Beaucaire, où le maire (Julien Sanchez) a d’ores et déjà déclaré qu’il allait donner des subventions aux associations qui le mériteraient, avec tout ce que cela ouvre comme portes à l’interprétation », le ministre de la Culture s’est même déclaré prêt à aller « soutenir sur place » les associations culturelles « s’il y a des menaces ou des attaques contre elles ».
Gabegie socialo-communiste
Et en quoi mettre fin au gaspillage de l’argent des contribuables serait-il si scandaleux ? Quand on sait ce qui se passe dans les communes gérées par les socialo-communistes, la gabegie généralisée qui y règne, les centaines de milliers d’euros distribuées chaque année à une foule d’associations prétendument « culturelles » qui servent avant tout à placer les copains ou à relayer la propagande de la mairie, les bibliothèques municipales où ne sont disponibles que les œuvres d’auteurs marxistes, les MJC dans lesquelles n’a droit de cité que le théâtre de Brecht, toutes choses hautement subventionnées et régulièrement pointées du doigt par les rapports de la Cour des comptes, il y a vraiment de quoi mourir de rire en entendant les propos de celle qui a distribué l’an dernier aux membres de son cabinet quelque 40 000 euros de primes à chacun.
Vers un "big bang" politique?
Vers un "big bang" politique ?
Le plan de rigueur courageux (pourquoi ne pas le dire?), même s’il ne touche pas aux sujets de fond comme le poids de la fonction publique, annoncé hier par le Premier ministre, est ressenti comme une véritable trahison par la frange idéologique du parti socialiste et fustigé avec une égale véhémence et exactement les mêmes termes par le front national et le front de gauche. Le processus qui est en cours ouvre sans doute la perspective d’une crise politique majeure, une partie de la majorité faisant scission, puis une dissolution de l’Assemblée nationale, alors inévitable, en 2015 ou 2016, suivie d’élections générales. Un tel scénario semble de plus en plus crédible.
D’ailleurs, les conditions d’une recomposition politique générale sont aujourd’hui réunies. Le parti socialiste a de bonne chance de se scinder entre sa frange "gouvernementale" dirigée par M. Valls et ses idéologues, majoritaire à l’assemblée et parmi les militants. L’UMP est en train de se déchirer entre la tendance euroréaliste, qu’incarne en ce moment M. Wauquiez, et euroconformiste derrière Alain Juppé.
Nous pourrions voir émerger un modèle multipolaire, autour de 6 ou 7 formations: une droite "antisystème" fortement réduite par la résurgence d’un mouvement gaulliste, issu de la frange euroréaliste de l’UMP, au côté d’un puissant parti centriste rassemblant le reste de l’UMP, l’UDI et le MODEM, un parti social démocrate de gouvernement, un parti socialiste idéologue uni au front de gauche dont les communistes se détacheraient pour revivre une existence autonome et enfin les Verts.
Cet éclatement du système politique me paraît en germe dans les événements de ces derniers mois. Nous irions peut-être alors vers une France encore plus ingouvernable qu’aujourd’hui, dont la politique serait dominée par une coalition centrale plus ou moins instable associant le parti centriste et les sociaux démocrates, sur un modèle Quatrième République; bref, rien qui ne permette de sortir du marécage… Ci-jointe ma dernière tribune publiée par le Figaro Vox, sur un thème voisin.
jeudi 17 avril 2014
Sondage sismique
Sondage sismique
D’après le Figaro de ce matin, "si la présidentielle de 2017 se jouait aujourd’hui, les Français choisiraient de rejouer le 21 avril 2002. Dans le sondage exclusif OpinionWay-Le Figaro-LCI qui refait, avec les mêmes acteurs, le match de l’élection présidentielle de 2012, François Hollande ne recueille que 19 % des intentions de vote. Il ne passe donc pas la barre du premier tour, devancé de six points par Marine Le Pen (25 %) et de dix points par Nicolas Sarkozy (29 %)." Bien entendu, trois ans à l’avance, une telle enquête d’opinion ne permet pas d’anticiper sérieusement sur 2017. En trois ans, tout peut arriver… D’ailleurs, le scénario d’un sondage qui voit le président en exercice virtuellement écarté du second tour de la prochaine élection présidentielle n’a rien de nouveau. Le 8 mars 2011, déja, une enquêteHarris le Parisien donnait Madame le Pen en tête avec 24% des suffrages devant Dominique Strauss Kahn (23%) et Nicolas Sarkozy (21%). Un an plus tard, les résultats du premier tour n’avaient d’ailleurs aucun rapport avec cette enquête d’opinion. Et que dire, trois ans à l’avance, sinon qu’ un sondage de ce genre à valeur de défouloir autant que de prédiction, donnant ainsi la part belle au candidat prétendu "anti-système". Cependant, il aura une vertu évidente. Il montre au parti socialiste et au monde médiatique que leur petit calcul, visant à assurer à tout prix une réélection de FH grâce à la présence face à lui du candidat supposé "anti système" au second tour, est plus qu’aléatoire, tandis que se profile à l’horizon la perspective, même lointaine, d’un nouveau "séisme politique", après celui du 21 avril 2002: le second tour sans candidat socialiste.
Les combines sans intermittence
Les combines sans intermittence
Que la grande purge des économies se soit abattue sur la France n’empêche pas certains de continuer leur petit commerce. On nous le dit : l’effort doit être général, la solidarité sans faille, la transparence obligatoire, c’est une question de morale. Mais, en même temps, la France étant la France, beaucoup règlent leurs affaires sans se préoccuper des autres ; ils poussent leurs pions dans leur coin, en douce. Ainsi Mme Filippetti, ministre, a choisi d’améliorer le sort des intermittents du spectacle quand ils sont au chômage. Et Mme Voynet qui fut maire écologiste d’une grande ville et ne se représenta pas sûre de sa défaite, vient d’être propulsée à un poste important dans l’administration. Bref, les lobbies veillent : il n’y a pas d’intermittence dans les combines.
A tous ceux qui avaient cru François Hollande…
A tous ceux qui avaient cru François Hollande…
Il avait dit à tous les Français : ce sera la même politique.
Il avait assuré à tous ses électeurs perdus : j’ai entendu la demande de justice sociale.
Il avait garanti à tous les parlementaires de sa majorité, à tous les militants : j’ai ajouté un volet solidarité au pacte de responsabilité, afin de renforcer les mesures de gauche.
Il avait promis à tous ceux qui pensent que la France peut encore imposer sa voix en Europe : je demanderai à Bruxelles de tenir compte des réformes déjà accomplies.
A tous ceux qui l’ont cru, François Hollande a répondu, par la voix de Manuel Valls, en assénant un grand coup d’austérité sur le pays.
L’erreur n’est pas d’avoir choisi cette issue, la faute est de l’avoir dissimulée. La purge n’en sera que plus douloureuse à administrer et le résultat plus difficile à atteindre. On l’a vu en effet dans tous les pays qui avaient eu à affronter une période de ce genre, rien ne peut être entrepris sans un soutien minimum de la population. Pour réussir une telle remise en ordre, tous ont longuement évangélisé leur opinion, tenté d’associer des forces politiques opposées, essayé de rallier des partenaires sociaux. Tous ont revendiqué la sueur et les larmes, au lieu de soutenir contre toute évidence qu’il s’agissait de la même politique. Et tous ont indiqué un objectif de sortie des soins intensifs, un mieux prévisible. Une date, un horizon.
C’est peut-être d’ailleurs ce qui manque le plus dans le plan de rigueur annoncé par Manuel Valls. Et pour cause : la plupart des mesures dévoilées portent sur un gel, un report. Ce ne sont donc pas des réformes de fond, de structure, celles qui garantissent l’avenir. Ce sont des mesures d’économie, courageuses, certes, mais provisoires.
Il nous dira que c’est suffisant pour redresser la France, mais il ne faudra pas le croire.
mercredi 16 avril 2014
How French are you, le test américain qui tue… mais à quel point méritons nous les stéréotypes que les Américains véhiculent sur nous ?
Un quizz humoristique du site américain Buzzfeed (ici) propose un test afin de déterminer à quel point vous êtes français. Comment faire la part des choses entre stéréotypes abusifs et travers avérés ?
Nicholas Marks : Pour moi, le stéréotype "abusif" est soit non justifié, soit tellement usé qu'il ne devrait pas avoir lieu d'être. Quelques exemples : les Français et la baguette. D'accord, il est beaucoup plus probable de voir quelqu'un avec une baguette sous le bras dans une rue en France qu'aux Etats-Unis ou une file d'attente (surtout le dimanche) devant une boulangerie à Paris qu'à Los Angeles. Mais cela prouve quoi ? (Il n'est pas rare d’apercevoir une grosse Américaine avec un flacon de Coca deux litres à Atlanta, mais TOUTES les femmes américaines ne sont pas de grandes consommatrices de Coca Cola - mais cela "colle à l'image d’Épinal".)
Par contre, toujours pour moi, un travers avéré est un "constat". Exemples : les affaires Cahuzac ou DSK ou Zidane : un français peut se permettre de mentir d'une manière éhontée au public alors que cela se paie très cher aux Etats-Unis (et au Royaume-Uni aussi). Autre exemple : la peur du courant d'air chez les Français : je n'ai jamais connu un seul ressortissant de France qui n'ait pas peur du chaud-froid et de se trouver en "plein courant d'air". D'accord, ce n'est pas un "travers"... mais une phobie avérée. J'ai constaté des crottes de chien... avenue Foch à Paris. Vu le prix du mètre carré on peut se demander si l'étiquette "les Français sont sales" n'est pas quelque peu justifié.
Pourriez-vous commenter ces dix stéréotypes en précisant si ceux-ci sont avérés ou non ?
Les Français font tout le temps grève et manifestent tout le temps.
Oui, avéré. Le plus énervant c'est que cela sert la plupart du temps à rien et n'est souvent absolument pas justifié (changement à l'horaire d'hiver pour les cheminots, mis à pied d'un journaliste à France Inter...). Toutefois, comme une grève française ne dure pas longtemps en règle générale et n'est efficace que peu souvent, dans l'ensemble ça ne me gêne pas. (Et, à l'époque où j'étais salarié, une grève de transport fournissait toujours une bonne excuse pour un bon retard de l'arrivée au travail.)
Les Français se plaignent vraiment tout le temps.
Oui, certain. Le verre n'est pas seulement à moité vide, on n'arrive même pas à le trouver et de plus il est sale !
Les Français mangent des baguettes à outrance, aiment les fromages qui puent, mangent des huîtres, des grenouilles, des escargots et du foie gras.
Faux. Bien qu'on ait un problème lors d'une réunion de famille (couscous, mais pas de pain ! mon dieu ...), je pense que c'est surtout les générations plus âgées qui consomment la baguette à outrance. Je connais beaucoup de français qui n'achètent pas de pain tous les jours et qui - pire ! - n'aiment pas le fromage, surtout ceux qui puent, qui ne mangent jamais des huîtres, grenouilles, ou foie gras.
Les Français fument trop.
Oh oui ! Et surtout dans les endroits où c'est formellement interdit. (J'ai le souvenir d'avoir passé un quai de gare du RER A en train en voyant quatre contrôleurs dont trois fumaient... Mieux, une maman d'un petit en bandoulière sur le ventre, le mégot au bec).
Les Français aiment le vin et l’alcool en général. Ils commencent même à en boire très tôt.
Oui, et non. Je trouve que les Français aiment le vin en général (bien que les nouvelles générations, moins) et l'alcool (surtout le whisky) mais pas qu'ils commencent à boire tôt, à l'exception des alcooliques, bien entendu.
Les Français sont pessimistes.
Sûr. Il suffit de regarder la tête des gens dans les transports, et pas que le matin ! Dans mon entourage/belle famille et chez les collègues, français, force est de constater que l'avenir n'est pas rose (et ne l'a jamais été !).
Les Français n’aiment pas les riches, ni les gens qui réussissent.
Pas vraiment. Je trouve qu'ils ne leur vouent pas une admiration particulière, mais qu'ils ne les détestent pas non plus.
Les Français sont superficiels et pédants.
Non, pas particulièrement "superficiels" (cela dit, je suis Américain...). Mais "pédants", oh que oui ! Pire, tout bon français DOIT avoir une opinion sur tout sujet, même s'il n'y connait rien. (Et, le Français n'hésite pas à corriger le français, parlé par un étranger ; je connais une Québécoise qui s'est fait corriger un mot car ce n'était "pas du français !")
Les Français n’aiment personne.
Je pense que les Français aiment beaucoup et sincèrement leur proches. Mais n'aiment pas du tout l'étranger, dans le sens de quelqu'un qu'ils ne connaissent pas. ("Les Italiens, cela passe et encore. TOUS les autres sont des cons.")
Les Français sont fans des films et séries américaines mais aiment pourtant critiquer les Américains.
Je trouve qu'il y a là aussi une question de génération. Je ne trouve pas qu'ils aiment particulièrement les films et séries s'ils ont plus de quarante ans, par contre, plus quand ils sont jeunes. Critiquer les Américains ? Oui, les Français adorent cela. Là aussi, plus généralement, ceux qui ont un certain âge aiment faire cela, mais il y a aussi tous ceux qui "adorent les Etats-Unis".
Les Américains ont-ils une vision particulièrement négative et biaisée des Français ? Pourquoi ?
Je le pense. Surtout chez les Américains qui n'ont jamais mis les pieds ici. Par contre, ceux qui y ont voyagé généralement aiment la France (peut-être moins les Français...). Je suis convaincu que les médias américains maintiennent cela, comme une sorte de blague récurrente facile. (Il n'y a pas si longtemps une de mes tantes aux Etats-Unis avait demandé à une de mes filles s'il y avait des McDonald's en France... comme si c'était la marque d'un pays civilisé).
Je pense qu'il s'agit :
1) de notoriété : si on demande à un Américain lambda ce qu'il pense d'un Slovaque ou d'un Belge il n'y aura aucune réponse. Mais les Français ont une réputation (justifiée ou pas) et une abondance de clichés autour d'eux.
2) Les Français, tels qu'on les décrit dans les livres, au cinéma et à la télévision, sont bardés de stéréotypes (dont quelques travers justifiés) - un peu comme les Chinois dans "Benny Hill" - on reconnait tout de suite et on rit, ou sourit, mais c'est de la facilité.
3) Dans les médias américains, surtout de droite (Fox News) il y a un agenda anti-français qui s'explique par :
- votre non-acceptation aveugle de la politique étrangère américaine (guerre d'Irak),
- l'indépendance de celle de la France (Syrie, Mali) qui va parfois contre les intérêts américains
- et (sans que cela soit dit) le refus par les conservateurs du "modèle français" comprenant le chômage bien indemnisé, de longues vacances ou congés maternités payés, des systèmes d'éducation ET de santé de qualité souvent gratuits, des TGV, des Airbus et (il ne faut pas le dire !) des femmes belles qui fument et qui boivent !
Ces travers concernent-ils l'ensemble des Français ou davantage les Parisiens ?
J'ai passé pas mal de temps en province et je trouve que certains travers ou traits (pessimisme, baguette, vin) sont plus exacerbés ou forts en province alors que d'autres (égoïsme, pédanterie, anti-américanisme primaire ...) le sont plus à Paris.
Mais je pense qu'un Américain "normal" ne pourrait pas faire la différence entre le Parisien et le provincial. Il aura déjà du mal à la faire entre un Français et un Italien ou un Allemand... ce sont tous des Européens pour nous.
Certains de ces travers ne sont-ils pas finalement caractéristiques de tous ceux que l'on considère comme étrangers ?
Je dirais que non. Il y a vraiment une image particulière des Français, chez les Américains, et vice versa.
Il y a une réelle "identité française". Aucun Américain ne traiterait un Hongrois d'arrogant, un Portugais de pédant, un Suisse de sale, un Suédois de menteur, ou un Irlandais de chiant. Non, les travers des Français, s'ils sont dans certains cas partagés avec d'autres nationalités, forment néanmoins un faisceau de torts - réels ou perçus comme tels - qui distinguent bien le Français de tout autre étranger.
Un PS de « Camba »
Un PS de « Camba »
Après le « gouvernement de combat », voici donc « le PS de Camba ». Hier soir, comme prévu, pour ne pas dire comme imposé par l'exécutif, Jean-Christophe Cambadélis a été élu (mais non plébiscité) premier secrétaire par le conseil national du PS. Voici donc cet ancien trotskiste devenu, en quelque sorte, le Valls du Parti socialiste. Car on n'en finirait pas de souligner les similitudes ayant caractérisé l'accession de ces deux ambitieux aux postes qu'ils guignaient ouvertement. Même s'il a été adoubé par François Hollande, au mépris des règles de démocratie interne, Jean-Christophe Cambadélis n'était pas davantage le candidat de c'ur du chef de l'État pour diriger le PS, que Manuel Valls ne l'était pour diriger le gouvernement.
L'un et l'autre ont plus imposé leur présence qu'ils n'ont été sollicités. Et cela par la grâce d'une déroute électorale. Tout comme Valls est un anti-Ayrault, « Camba » est un anti-Désir, chargé de remettre de l'ordre dans la maison socialiste ébranlée. Le nouveau premier secrétaire, fin politique et habile man'uvrier, incarne ce professionnalisme désormais revendiqué. Comme Manuel Valls, il entend travailler collégialement à l'unité avec un secrétariat national « resserré et paritaire ».
Tout comme Manuel Valls encore, qui a obtenu une confiance vigilante au Parlement, « Camba » a dû compter hier soir avec la contestation de l'aile gauche du parti réclamant une direction collégiale et un congrès extraordinaire. Pour calmer cette impatience, il a proposé des « États généraux socialistes » et une conférence militante où sera discutée l'orientation politique du parti.
Parce qu'enfin, Cambadélis devra, comme Valls, jouer loyalement la synthèse sans être un béni-oui-oui. Porter la parole militante, en désaccord grandissant avec le discours élyséen, constituera une tâche funambulesque s'il veut être un premier secrétaire provisoire… qui dure. Surtout que se profilent des élections européennes que le PS abordera dans l'ambiguïté. Cambadélis va jouer gros. Décidément, Valls et « Camba », même combat !
Salaire inférieur au Smic : comment Pierre Gattaz va tuer cette bonne idée
Pierre Gattaz, a suggéré de créer un salaire d’entrée dans l’entreprise à un niveau inférieur au Smic. L’idée est bonne mais l’enthousiasme du président du Medef risque de la tuer.
Cette affaire de coût du travail va constituer le vrai test de la capacité du gouvernement à assouplir le droit du travail pour rendre le marché de l’emploi fluide. Le système français souffre d’un coût du travail excessif mais aussi d’un manque de souplesse. C’est d’une évidence biblique, l’existence du Smic a accéléré la délocalisation industrielle et a provoqué du chômage. Le coût du travail s’est retrouvé depuis une dizaine d’années trop élevé par rapport aux conditions d’équilibre de l’entreprise. Les entreprises ont fermé et les syndicats ont préféré se battre pour améliorer l’indemnisation chômage. Le pays tout entier a fait le choix du chômage plutôt que du travail.
Les entreprises ont été dissuadées d’embaucher et les demandeurs d’emplois n’ont pas été franchement encouragés à trouver un job. Résultat, la France compte désormais 10% de chômeurs.
De l’avis de la majorité des experts, la solution passerait par un déblocage du marché de l’emploi. C’est-à-dire par une simplification des procédures, un déverrouillage des seuils qui bloquent le développement des entreprises, une flexibilité plus grande y compris sur les salaires… avec, pourquoi pas, des Smic différents selon les régions et comme vient de le dire Pierre Gattaz, l’instauration d’un Smic inférieur au niveau légal pour inciter les jeunes à mettre un pied dans l’entreprise plutôt que de commencer par la case "Pôle Emploi" !
Le problème, c’est que tout cela n’appartient pas au logiciel de la gauche. Les militants du Front de gauche, du Parti communiste et les adhérents syndicaux sont en général vent debout contre ce type de réformes. Ces dernières sont donc restées de tout temps dans les cartons pour des raisons strictement idéologiques.
Manuel Valls est arrivé à Matignon sans trop d'a priori. Il a d’emblée parlé de réformer le droit du travail, d’introduire plus de flexibilité... François Hollande lui-même s’est laissé convaincre, par quelques-uns de ses amis économistes, dont Elie Cohen, de réfléchir à un salaire minimum moins élevé et pourquoi pas un salaire régionalisé pour tenir compte des différentiels de pouvoir d’achat. Manuel Valls a soulevé quelques inquiétudes dans les rangs de ses amis politiques mais pas de levées de boucliers. La gauche est dans un tel état qu'elle n’a pas d’autre choix que d’accepter les prescriptions de l’un des leurs, même si ces prescriptions ne paraissent pas dans la ligne du parti.
Dans les coulisses, tout était donc possible pour Manuel Valls qui veut absolument faire repartir la machine économique. Mais à une condition : de ne pas faire de provocation à l’adresse des militants de gauche.
Or, si Pierre Gattaz s’empare de cette idée pour la défendre avant même que le gouvernement l’ait formalisée, il provoque immédiatement une réaction de rejet de la part des syndicats. Ça n’a pas manqué. Tous les syndicats sont plus ou moins montés au créneau contre cette idée du Medef redevenu pour le coup le repère des "affreux-capitalistes-prêts-à-tout-pour-optimiser-leurs-dividendes".
Reste à savoir comment vont réagir les politiques, non ceux de droite (Ils n’ont guère travaillé à trouver des idées nouvelles), mais les politiques de gauche brûlés vifs… On aurait voulu tuer dans l’œuf une mesure intelligente et pragmatique qu'on n’aurait pas fait les choses différemment. Les pires adversaires de Manuel Valls sont tapis au sein même de sa famille. Pour l’instant, ils grognent un peu mais attendent de voir. Maintenant, si on agite le chiffon rouge, ses adversaires vont se réveiller et obliger François Hollande à calmer le jeu.
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