TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Marc Sylvestre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Marc Sylvestre. Afficher tous les articles

mardi 17 février 2015

La Grèce claque la porte à un Eurogroupe qui ne comprend plus cette stratégie suicidaire

La réunion de l’Eurogroupe s’est achevée lundi soir sur un échec. La Grèce rejette la proposition d’accord provisoire qui lui aurait donné les moyens de tenir jusqu’au nouveau programme d’aide. Les Européens ne comprennent plus la logique du nouveau gouvernement grec.
Le ministre grec de l’Économie a quitté la réunion de l’Eurogroupe en disant haut et fort que les propositions de l’Europe étaient absurdes, indignes et inacceptables. Les plus optimistes, comme Michel Sapin ou Pierre Moscovici, mettaient l’accent sur la possibilité d’un accord. Peut-être pas lundi certes, mais aujourd’hui ou mercredi. La majorité des autres ministres européens sont restés, eux,  franchement pessimistes.
Sans accord, la Grèce ne tient que par des emprunts à très court terme et un taux très élevé.
En risque permanent de défaut de paiement. Qui dit défaut de paiement, dit sortie de l’euro, ce que les Grecs ne veulent pas parce qu'ils n’ont aucun intérêt à en sortir.
Au terme de cette réunion, personne ne voit comment trouver un compromis. En arrivant, les Grecs semblaient avoir fait des concessions importantes dans la mesure où ils ne demandaient plus une annulation de la dette. Ils ont même affirmé qu'ils pouvaient accepter 70% environ du programme actuel des réformes imposées par les créanciers.
Du côté de l’Eurogroupe, on a gommé des textes le terme de "troïka" dont les Grecs ne veulent plus entendre parler pour le remplacer par celui d’ "institutions". Ceci dit, les Grecs savent bien qu’il s’agit des mêmes acteurs : le FMI, la BCE et la Commission européenne. Il n’y pas d’autres solutions pour monter des financements.
Après des heures de discussions, Yanis Varoufakis est revenu en arrière. Juste au moment où il apprenait qu’il y avait encore 30.000 Grecs qui manifestaient dans les rues pour réclamer des actes de résistances pour refuser le maintien du FMI. Il n’a donc pas cédé.
Les Européens ont, eux, des exigences très simples. Ils demandent qu’Athènes termine la mise en œuvre des mesures de redressement qui étaient attachées au deuxième plan d’aide, quitte à le prolonger un peu après le 28 février pour laisser du temps afin de préparer le 3è plan.
Sur ce troisième plan, les Européens sont prêts à réaménager les calendriers de remboursement, ils sont prêts à abaisser les normes budgétaires. Ils restent cependant inflexibles sur l’impossibilité d’annuler les dettes : c’est évidemment incontournable.
L’Europe demande aussi la mise en œuvre d’une réforme fiscale qui reviendrait à créer des impôts et à stopper l’évasion fiscale. La réalité, c’est que les Européens ne veulent pas laisser Alexis Tsipras mettre en œuvre la totalité de son programme et ainsi mette fin à 5 années de gestion budgétaire qui porte ses fruits.
La croissance grecque pourrait être de 2,5 % en 2015 avec une reprise de l’emploi. A partir de là, tout est possible. Sauf qu'actuellement, tout est bloqué pour des raisons strictement politiques. Le gouvernement grec est soutenu par 30.000 grecs qui sont tous les soirs dans la rue. Les gouvernements européens ne peuvent pas offrir aux Grecs ce qu'ils refusent à leur opinion publique depuis des années.
L’Allemagne que l'on avait tellement critiquée et l’Europe du Nord, ont retrouvé la croissance et l’emploi. L’Europe du Sud, L’Espagne, l’Italie et le Portugal vont beaucoup mieux. La Grèce aussi. Reste la France où la croissance est absente, où le chômage continue de croitre. C’est aussi le pays où la rigueur budgétaire a été la moins appliquée.

vendredi 6 février 2015

Le gouvernement grec va devoir composer avec les réalités économiques... (et ça ne l'arrange pas vraiment)

Le Premier ministre grec, à l’issue de sa tournée en Europe et de la fermeté de la BCE, a été obligé de revenir sur ses promesses et de reconnaitre qu’il lui faudra reprendre le programme de réformes. Tsipras admet que s’il voulait profiter des avantages de l’euro, il ne pouvait pas s’affranchir de quelques obligations élémentaires.

La journée d’hier a imposé une  épreuve douloureuse au  Premier ministre grec, Alexis Tsipras, et à son ministre de l’Économie, Yanis Varoufakis. Alors que le Premier ministre était venu à Paris, espérant que François Hollande lui  apporte un soutien en espèces, il est reparti les mains vides... ou plutôt non pas vide, pleines de déception.
La France, comme l’ensemble des pays européens, refusent cette procédure d’annulation de dettes que demandent les Grecs. Ils refusent pour des raisons de principes d’abord, mais les principes on pourrait s’assoir dessus. C’est aussi pour des raisons financières, parce que cela risquerait de mettre en difficulté trois grandes banques françaises : la Société Générale, la BNP et le Crédit Agricole qui ont 45 milliards de crédits.
Plus grave, il n’a obtenu un soutien politique que très symbolique. Quand le chef du gouvernement grec a indiqué au Président qu'il comptait sur la France pour relancer la croissance en Europe, beaucoup se sont demandés s’il plaisantait ou pas. Le Président français lui a répondu du bout des lèvres. Et pour cause, la France aurait du mal à donner des leçons de croissance vu que depuis deux ans et demi la gouvernance de François Hollande tourne en rond et s’avère incapable de relancer la croissance en France.
Pendant ce temps-là, le ministre de l’Économie est allé, tel un cow-boy, demander de l’aide à la BCE, où il s’est fait accueillir très fraichement. Pas question, pour Mario Draghi de refinancer les banques grecques avant que le Premier ministre ait négocié un nouveau programme avec la zone euro. En moins d’une heure la rencontre a été pliée.
Au moins, les choses sont claires. Le gouvernement grec a trois semaines pour trouver des financements. C’est-à-dire pour présenter un plan cohérent qui pourra être négocié à Bruxelles et à Francfort. Le ministre de l’Économie a ce plan sous le coude depuis pas mal de temps. Il lui fallait créer un psychodrame en Europe pour faire passer la pilule aux Grecs qui auront du mal à l’avaler. Après cette tournée désastreuse, ils pourront expliquer qu’ils n’ont pas le choix.
Le plan demandera un rééchelonnement, une sorte  de dette perpétuelle. Il s’engagera à rembourser sans dire quand précisément. Personne ne sera dupe mais les règles comptables seront respectées. On évite les effets systémiques.
La BCE, comme toutes les banques centrales du monde, va prendre de la mauvaise dette. Dans le droit bancaire cela s’appelle une structure de défaisance. On avait créé une telle structure pour éponger les dettes du Crédit Lyonnais épuisé par la folie des grandeurs de la gouvernance Mitterrand.
Mais il va falloir que la Grèce reprenne son programme de réforme. Beaucoup font mine de découvrir que la Grèce est sous tutelle, mais ce n’est pas nouveau. La Grèce est sous tutelle depuis 2011. Comme n’importe quelle entreprise en difficulté. L’intérêt de tous, c’est que la Grèce puisse se relever afin de sauver le peuple grec de la misère et sauver les créances de la ruine. La procédure de mise en tutelle est plutôt une bonne procédure pour protéger les autres d’un dysfonctionnement.
Cette affaire appelle deux remarques qui peuvent être salutaires pour l’avenir.
1ère remarque, la communauté européenne a assez bien fonctionné contrairement à ce qui s’est passé lors des crises précédentes. La Grèce qui s’était mise dans l’idée de créer la zizanie entre les partenaires, de les mettre en désaccords en espérant en tirer des  avantages, n’a pas réussi. Les membres de la zone euro sont restés tous sur la même ligne obligeant le gouvernement grec à amender ses ambitions.
2ème  remarque, pour arriver au pouvoir, la gauche radicale a empilé les promessesqui sont irréalisables.
Alexis Tsipras aussi jeune soit-il, aussi énergique soit-il, a totalement nié la réalité. Il vient de dire pour la première fois que la Grèce est potentiellement en faillite depuis dix ans et qu’elle n’a jamais rien fait pour s’en sortir au contraire. 
On a menti aux Grecs. La majorité qui gouverne la Grèce a menti au peuple grec pour être élue, alors qu'elle aurait pu lui dire la vérité. Elle le pouvait.
Ça rappelle quand même étrangement l’attitude de  François Hollande au moment de la présidentielle. Pas besoin d’expliquer la vérité parce que la croissance reviendra comme par miracle, pensait-il.
Mais en économie comme en politique, les miracles n’existent pas. Les partis extrêmes qui en font commerce en profitent mais ils se déconsidèrent aussi. Quand les électeurs grecs vont s’apercevoir  qu’ils ont été trompés, ils vont se détourner de leurs dirigeants. En France, il a fallu moins de six mois pour que la réputation de François Hollande s’effondre.
Si au moins, les grands partis de gouvernement, en profitaient pour présenter des programmes responsables et compatibles avec les réalités, on aurait une chance d’avancer. Si la démocratie permet partout en Europe, à des gouvernants d’arriver au pouvoir en promettant tout et son contraire, on ne donnera pas cher de la démocratie.

mardi 25 novembre 2014

La France essaie d’arracher quelques jours de sursis à Bruxelles pour son budget

La négociation du budget 2015 avec Bruxelles tourne à la farce. La France aurait obtenu un nouveau sursis de 4 mois. Plus surréaliste encore, la Commission de Bruxelles aurait accepté d’attendre vendredi pour le lui annoncer.
Tout le monde, à Bruxelles, sait maintenant que notre projet de budget 2015 est complètement dépassé par les déficits et l’endettement. Surtout depuis que le Président a promis qu’il n’augmenterait pas les impôts. Comme Bercy n’a reçu aucune consigne pour réduire les dépenses, on va à nouveau déraper.
Normalement, la France devrait être mise sous tutelle comme l’avaient été, l’Espagne, la Grèce et l’Italie. Mais personne en Europe ne veut prendre ce risque d’humilier la deuxième puissance économique de la zone euro. Moralité, on fait semblant d’enregistrer les promesses de réformes égrenées par le couple Valls-Macron.
L’Allemagne et l’ensemble des pays de l’Europe du Nord ont fait sortir hier des études qui montrent clairement qu’avant la crise, la France et l’Allemagne étaient synchronisées, il y avait donc une coopération et une solidarité face aux marchés. Les mêmes études montrent qu’aujourd’hui, la France approche un endettement de 100 % du PIB. Nous sommes à 98% alors que les autres pays sont à 70%. Cela veut dire que la France n’est pas à l’abri d’un accident obligataire et que cet accident serait systémique.
Pour calmer les milieux financiers, la France a judicieusement fait filtrer une étude qui prône un gel des salaires et un assouplissement des 35 heures pendant les deux prochaines années. L’assouplissement des 35 heures, tout le monde est d’accord. En revanche pour le gel des salaires, on voit mal la France s’y engager. C’est la partie brute du salaire qu'il faut raboter, pas le pouvoir de dépenser ce que l’on touche. On risque d’asphyxier tout le système.
Fort d’appuyer ce type de réforme, Michel Sapin et Emmanuel Macron espèrent bien convaincre jeudi leurs homologues allemands qu'ils ont besoin d’une part importante du plan d’investissement de 300 milliards d’euros dont Junker parlera mercredi.
L’agenda est serré. La France a réussi à faire reporter le premier acte; on en aurait pris plein la tête. Mercredi, Junker sort le plan. Jeudi la France rencontre l’Allemagne pour lui promettre ce que les Allemands  voudront bien croire. Vendredi, la Commission annoncera que la France a encore 4 mois pour se mettre en règle. 4 mois c’est loin. A l’Élysée comme à Matignon, on commence à dire que tout cela va mal se terminer. Selon les petits malins qui observent la vie politique, 4 mois c’est la durée que Manuel Valls aurait fixé afin de mettre un terme à sa mission.
Le printemps sera chaud et l’automne aussi. Sacré réchauffement climatique, en politique non plus il n’y a plus de saisons.

jeudi 18 septembre 2014

Les 5 vraies questions auxquelles François Hollande doit répondre

François Hollande n’a plus rien à perdre. Il est tombé au fond des sondages, il n’a toujours pas de résultats, les agences de notation sont sur son dos, les européens ne comprennent plus rien et, au final, François Hollande n’a plus de majorité parlementaire. Cerise sur le gâteau, il a perdu le vrai pouvoir qui est maintenant à Matignon.
Le président de la République ne pourra pas faire toute sa conférence de presse sur la politique étrangère, le seul et le dernier domaine de la gouvernance où il a encore quelques initiatives et quelques résultats.
Il ne pourra pas d’autant que l’opinion publique et la classe politique l’attendent sur les dossiers domestiques. Mais que dire après la communication fleuve de Manuel  Valls cette semaine. Que dire après les mises en cause personnelles et le cafouillage du remaniement. Autant d’évènements lamentables qui ont hypothéqué la rentrée.
Dans une situation aussi désespérée, il pourrait au contraire tout se permettre, jouer son va-tout. Si sa nature profonde est de conduire la gauche et la France sur les routes de la sociale démocratie, à l’Allemande ou à l’Anglos- saxonne. C’est en plus ce que souhaitent une grande majorité des français et la quasi-totalité du monde des affaires.
Dans ce cas-là, il pourrait enfin y aller. Voilà les questions auxquelles il devrait répondre sans ambiguïté pour avoir une chance de reprendre une partie de la confiance perdue.
1ère question, expliquer clairement pourquoi il a fait une campagne présidentielle avec autant de mensonges et de contrevérités. Méconnaissait-il la réalité de la situation à ce point ? Pourquoi ne pas l’avoir dit plutôt que de promettre monts et merveilles. L’époque où les hommes politiques achetaient leur voix est révolue. Le savait-il ?
2ème question, expliquer clairement quelle peut être la place de la France dans la mondialisation. Que faire pour affronter cette globalisation qui peut nous asphyxier si l’on continue de s’en cacher par du protectionnisme stérile.
3ème question, expliquer clairement une conviction forte en faveur de l’innovation et de l’intelligence. Si l’avenir est la politique de l’offre, il faut dire que l'on fera tout pour faciliter cette logique d’offre.
4ème question, expliquer clairement qu'il faut défendre l’économie de marché, le seul système dans le monde capable de créer de la richesse. Expliquer quel doit être le rôle respectif de l’État et du privé.
5ème question, expliquer clairement qu’il nous faut travailler à l’unification fédérale européenne. Seule et dernière aventure à proposer aux jeunes générations.


Mes confrères commentateurs de la politique diront que s’il développe un tel discours, il se suicide, il se tue. Mais n’est-il pas déjà mort ? Il n’a plus rien à perdre, autant qu’il dise la vérité des faits et des chiffres. Le temps des promesses est révolu. Définitivement. Pour la gauche, mais aussi pour la droite.
 

lundi 8 septembre 2014

Hollande attend Draghi et désespère Merkel

Mario Draghi, le président de la BCE doit, ce jeudi, rendre public les prévisions économiques de la zone euro et préciser un programme d’intervention et de soutien  monétaire dont il avait parlé lors de la conférence de Jacksonville, il y a deux semaines. François Hollande l’attend avec impatience, mais il est bien le seul en Europe.
Aucun chef d’État ou de gouvernement en Europe ne se berce d’illusions sur la capacité de la BCE à faire des miracles pour sauver les pays qui sont en difficultés. Et ce, pour deux raisons principales.
La première, c’est que la BCE n’a pas de mandat pour injecter de la monnaie aux pays qui ne veulent pas ou ne peuvent pas se soigner eux-mêmes. Elle pourrait le faire si la zone euro était organisée comme un vaste état fédéral : les États-Unis d’Europe, le rêve des fondateurs, l’aventure qu’il aurait été opportun d’offrir aux nouvelles générations. Cette ambition est encore à l’état de projet, abimée par les tendances protectionnistes que la crise a réveillé. Enfin, techniquement, la BCE a déjà utilisé beaucoup de  moyens  pour intervenir, elle en a surtout quatre :
Le premier, c’est le taux directeur, le taux d’intérêt que les banques règlent lorsqu’elles empruntent des liquidités. Ce taux est désormais au plancher de ce que la banque pourrait faire 0,15%. Jamais l’argent n’a coûté aussi peu cher.
Le deuxième, c’est le taux de dépôt. Il s’agit du taux que la BCE applique pour rémunérer les liquidités que les banques lui confient. Plus ce taux est bas, moins les banques ont avantage à stériliser l’argent. Elles sont donc plus enclines à faire des crédits à l’économie. Actuellement ce taux de rémunération est négatif, ça veut dire que les banques doivent payer pour déposer des liquidités. Bref, elles sont pénalisées quand elles ne travaillent pas. La BCE peut difficilement aller plus loin.
Les prêts à long terme. C’est une arme redoutable utilisée par les banques centrales américaine et anglaise. Dans ce cas, la BCE prête à long terme (parfois très long terme) aux banques. Mario Draghi a annoncé qu’il allait ouvrir plusieurs lignes de crédit pour près de 500 milliards d’euros sur 4 ans. C’est la troisième fois que la BCE le ferait depuis le début de la crise. C’est ce programme sur lequel il devrait donner quelques précisions. C’est ce programme que la France attend avec impatience parce que ça permettrait des refinancements encore moins chers qu’actuellement. Ces prêts à très long terme reviennent pour les bénéficiaires à repousser les échéances à plus tard. Certains diraient « aux calanques grecques… « 
Enfin, l’assouplissement quantitatif, le quantitative easing . C’est l’arme non conventionnelle de la BCE. Il est à la politique monétaire, ce que sont les gaz chimiques dans la guérilla urbaine. Les américains en sont les champions. Cela revient à brancher la planche à billets, la BCE injecte des liquidités en rachetant des titres et principalement des obligations d’État. En clair, ça revient à écraser les dettes publiques. La BCE est très prudente avec ce système pour une seule raison : il lui faut décider quelles dettes elle peut racheter. Quel État de la zone euro va-t-elle alléger de son fardeau et pourquoi ? Tant que la zone euro ne sera pas organisée en fédération avec un seul budget, une seule fiscalité, une dette commune, les arbitrages politiques seront toujours délicats. Il faut bien se rendre compte que d’écraser des dettes publiques c’est prendre le risque de ruiner ou de léser des créanciers et permettre aux débiteurs de s’exonérer de ses engagements et de ses obligations.
<--pagebreak-->
Mario Draghi ne branchera pas, ou alors très peu, la planche à billets en dépit des demandes pressantes de la France et de François Hollande. Ce dernier a, de son coté, la pression d’une grande partie de sa majorité.
Au contraire, Mario Draghi va une fois de plus exhorter les pays de la zone euro à entreprendre des réformes de structures pour retrouver leur compétitivité. Il ne s’agit pas d’ajouter de l’austérité à la rigueur, il s’agit de réformer le droit du travail, l’organisation de la production et surtout de réduire les dépenses publiques de fonctionnement afin d’alléger le poids de la fiscalité.
Pour appuyer son raisonnement, le président de la BCE va rendre publique les prévisions économiques dans la zone euro qui sont très mauvaises : pas d’activité, pas d’emplois, risques sérieux de déflation.
Parallèlement, il va souligner la situation particulière de l’Irlande et de l’Espagne qui affichent des signes forts de redressement avec des taux annuels de croissance supérieurs à 2%. Or l’Espagne et l’Irlande sont les deux pays qui ont appliqué des plans de réformes les plus aboutis. Ces réformes de structures portent leurs fruits aujourd hui. En revanche, la France et l’Italie sont à la traine.
Parallèlement les prévisions de Davos qui viennent de sortir vont dans le même sens. Les pays qui ont commencé à restaurer leur compétitivité s’en sortent mieux que les autres
Ces statistiques expliquent la détermination du gouvernement Valls, Sapin, Macron dans la mise en œuvre d’une politique « sociale libérale » qui tienne compte de la réalité des comptes et leur refus de céder à des facilités monétaires qui, de toute façon, sont impossibles à mettre en œuvre dans le cadre actuel de la zone euro.
Mais les tergiversations de François Hollande, sa visite à Mario Draghi la semaine dernière et la cacophonie du discours politique français agacent profondément la chancelière allemande. Angela Merkel est désespérée  par la presse d’outre Rhin. Les journaux allemands rappellent avec moult détails que François Hollande est dans la même situation que Schröder en 2003.« Le chancelier allemand a tout fait pour restaurer la compétitivité de l’économie allemande, il a violé ses amis socialistes, il a obligé les syndicats à trouver des compromis, il a mis son job en jeu, il a risqué sa peau, mais il n’a rien cédé. Aujourd hui le pays lui doit beaucoup. »
La presse allemande cette semaine doute très fortement de la capacité de François Hollande à aller jusqu’au bout de son entreprise de modernisation, même s’il est poussé par son entourage immédiat. Pour les éditorialistes allemands, si la France ne se reforme pas dans les deux ans, la France se retrouvera dans la situation du Japon en 1990 avec des dettes encore plus grandes. Le japon qui est, 20 ans plus tard, a peine sorti de sa dépression. Le spectre japonais plane sur l’hexagone.

jeudi 26 juin 2014

François Hollande est vraiment le dernier à croire à la reprise économique

C’est assez incompréhensible et d’ailleurs personne ne comprend. François Hollande persiste à croire possible une reprise de l’économie française cette année. Tous les chiffres, tous les indicateurs et toutes les prévisions prouvent le contraire. A tel point que la France va rester la seule économie de la zone euro en panne de croissance.
Du coté des entreprises, rien ne brille.
Le moral est en berne. Il n’a pas bougé depuis presque un an. Ce moral s’était un peu redressé en fin d’année 2013 quand le président a amorcé son virage de politique économique. A ce moment-là, il a pris en compte les contraintes européennes, il a abandonné les facilités du rêve de la relance et il a implicitement admis que la charge fiscale avait plombé la reprise.
Le problème, c’est que le pacte de compétitivité (cette combinaison savante entre une baisse des charges, une baisse des dépenses publiques, un retour en grâce de l’entreprise considérée enfin comme l’acteur majeur de la création de valeur) n’a encore trouvé aucune traduction réelle. Le miracle ne s’est toujours pas produit.
Les difficultés politiques pour faire adopter une loi de finances rectificative hypothèquent encore les projections. Comment prévoir et investir dans un univers qui n’est pas stabilisé et sécurisé ? Plus grave, on sent bien que Manuel Valls est obligé d’acheter des voix pour trouver une majorité socialiste. En achetant des voix, il dépense de l’argent, il freine ses recettes. Donc, il creuse le déficit qu’il a pourtant promis de réduire.
Les indicateurs de climat dans le secteur des services, de l’industrie et du bâtiment sont actuellement très dégradés. La température dans les entreprises est plus basse aujourd’hui qu’en juin de l’année dernière.
Autre facteur, la perspective de prix est médiocre. Les prix sont stables. Les entreprises ne peuvent pas espérer une croissance en valeur. A défaut d’une croissance en volume, la valeur nominale (l’inflation) pourrait faire illusion et amorcer les moteurs.
Ce qui est à peine croyable aujourd’hui en France, c’est que tout le monde a ces chiffres : les chefs d’entreprise, les responsables politiques, les membres du gouvernement, les syndicats. Tout le monde … et pourtant le président de la République fait comme si ces chiffres étaient faux. Il croit au retour de croissance, au retournement économique. Et l’Élysée donne des éléments de langage aux ministres pour qu’ils tiennent un discours optimiste.  Alors que personne n’est dupe. Tout se passe comme si le président voulait avoir raison contre tout le monde.
Premier point, il est évident que la croissance française est plombée, parce que les trois moteurs de l’activité sont plombés. La consommation est freinée par la hausse de la TVA, et la crainte d’une baisse des dépenses publiques. L’investissement des entreprises est paralysé par l’incertitude, la fiscalité sur le capital et la complexité administrative.
Second point, il est évident que la croissance ne reviendra pas sans confiance et que la confiance sera restaurée que si et seulement si le gouvernement ouvre les chantiers de réformes structurelles capables de baisser les frais généraux de la maison France et d’accroître sa compétitivité.
Il n’a encore rien ouvert.
Troisième point , il est évident que la France n’a plus de bouc émissaire pour l’exonérer de l’effort de redressement qu’ont fait tous les pays en Europe depuis 2009. La gauche n’a rien tenté de sérieux. Elle a cru qu'il suffirait de changer de président de la République, elle a cru qu’une politique de relance par la dépense suffirait, elle a cru aux vieilles utopies keynésiennes, elle a cru que la Banque centrale européenne ferait un job à la place du gouvernement. La banque centrale est allée au bout du bout de sa capacité d’intervention. La gauche a même cru que tout était de la faute de l’euro.
Résultats, le gouvernement n’a plus aucun levier pour espérer sortir du piège de la stagnation . Jamais la France ne s’est retrouvée dans une situation aussi handicapée. 

mercredi 14 mai 2014

Élections européennes, les chefs d’entreprise appréhendent le fiasco


Les élections européennes vont tourner à la catastrophe. C’est le point de vue de nombreux chefs d’entreprise qui craignent que cet euroscepticisme n’entraîne une vague d’abstention et de refus de l’Europe… Sauf qu’après cela, qu’est ce qu’on fait ?
Beaucoup de grands patrons et notamment ceux du Cac40,  que l’on retrouve dans la très secrète et puissante Association des grandes entreprises françaises  (l’AFEP), ne décolèrent pas contre les responsables politiques et contre les organisations syndicales, y compris contre le Medef , parce qu’ils considèrent que les ambitions européennes sont complètement passées à la trappe, que la campagne pour les élections européennes tourne au festival des menteurs  et des escrocs intellectuels et que l’on en arrive à dire n’importe quoi  sur l’euro et l’Europe,qui seraient coupables  de tout.
Ils redoutent : une abstention record, une montée du Front national et une tendance à déconstruire l’ensemble européen.
Il y a eu dans la construction européenne et le fonctionnement de la zone euro, d’énormes erreurs de commises. Bien ! Mais c’est le passé.
Première série d’erreurs, l’élargissement  a été trop rapide et mal géré. On a accueilli des pays pour des raisons politiques alors que ces pays n’étaient pas en mesure d’assumer les contraintes économiques. L’ensemble est ingouvernable.  Les règles d’organisation de cette copropriété donnent autant de poids dans la décision communautaire à un petit pays comme la Grèce qu’à l’Allemagne ou à la France. Comme si dans votre immeuble, l’étudiant qui possède un petit studio  avait autant de pouvoir que la famille qui occupe le 200 m2 du dernier étage. Cela ne peut pas marcher. Or, l’europe est une sorte de copropriété.
La deuxième série d’erreurs  se situe au niveau monétaire. Nous n’avons pas mis assez de politique dans la gestion commune des pays de la zone euro.Bref, l’évolution normale aurait été d’initier des institutions fédérales. Ce mouvement a été bloqué. Il s’est arrêté à la mise en place d’un début d’harmonisation  budgétaire et fiscale. Le dernier traité adopté à l’arraché a bien institué le contrôle a priori des budgets, l’objectif de règle d’or, et la mise en place d’un gouvernement économique, mais reconnaissons que la crise a rendu l’application de cette coordination très difficile.
Sans gouvernement fédéral et sans coordination des politiques nationales, l’euro n’a jamais pu être géré au profit d’une politique de croissance. Pour fonctionner comme la réserve fédérale américaine, il aurait fallu que la Banque centrale européenne (BCE) puisse, par exemple, racheter de la dette publique… Mais laquelle ? Il aurait fallu que la BCE puisse choisir entre la dette grecque et la dette espagnole ou française. Cela n’était évidemment pas dans ses statuts. Qui plus est, ce serait politiquement hors de question puisque cette action reviendrait à imposer aux plus riches de contribuer à couvrir les besoins de plus faibles sans pouvoir les contrôler ou les gérer.
Les membres de l’AFEP,  l’association française des entreprises privées, considèrent que tous ces dysfonctionnements ont alimenté les sentiments négatifs qui se développent à l’encontre de l’Europe, mais que le climat politique et les effets de la crise vont encore aggraver la perspective du scrutin européen. Le résultat est que l’euro et l’Europe vont encore être mis à mal.
Le vote  en faveur des partis extrémistes de droite ou de gauche marquera très fortement le rejet de l’Europe, le refus de l’euro. C’est explicitement le projet affiche par Marine Lepen.
"Sortons de l’Euro, et tous nos problèmes seront réglés".
Le poids des abstentions sera lui aussi interprété comme une indifférence à  l’Europe, alors que l’abstention sera en fait une façon de marquer le rejet de la politique  Hollande.
Pour le reste du monde et pour les Européens, la France passera pour un pays qui tourne le dos à l’Europe.
Or, pour tous les acteurs du monde de l’entreprise, pour une majorité d’économistes,l’aventure européenne est le seul grand projet que les européens ont été capables de mettre en place. Par ailleurs, dans un monde complétement globalisé, où il n’existe que quelques pôles de développement (l’Asie, l’Afrique et les Amériques) les pays européens n’ont qu’une solution pour sauver leur propre modèle et leur propre culture, s’unir dans un ensemble cohérent.
Pour les chefs d’entreprise, la sortie de l’euro serait donc une catastrophe et un retour en arrière historique  irrattrapable. A très court terme, l’abandon de l’euro entrainerait une chute de l’activité importante, une dévaluation dont  les avantages  ne dépasseraient pas six mois puisque nous n’avons pas d’exportations.Les frontières seraient donc rétablies, les droits de douane aussi, et quant à la dette, elle deviendrait impossible à rembourser en franc, ce qui veut dire que les épargnants seraient ruinés.  Mais au-delà  de cette "chienlit technique", il est évident que la fin de la construction européenne laisserait la place à une Europe des pays en concurrence exacerbée de laquelle seuls les plus forts sortiraient vivant. Et le seul État en Europe véritablement en ordre de marche est l’Allemagne.
Sortir de l’euro parce que on ne supporterait plus la discipline soit disant imposée par l’Allemagne reviendrait à lui faire le cadeau de pouvoir exercer son pouvoir économique sans limite.
Ce que les grands patrons ne comprennent pas, c’est l’incapacité des responsables politiques à faire la pédagogie de cette Europe. Ils ont tous peur de l’Europe et de son image sur les électeurs, donc ils n’en parlent pas. Et pourtant, ce sont bien eux qui ont façonné cette image d’une Europe impuissante et coupable de tous nos maux. Ce sont eux qui ont utilisé l’Europe comme le bouc émissaire des effets de leur incompétence et de leur lâcheté.
Résultat de cette débauche démagogique et populiste : la campagne pour les européennes n’existe pas. Les rares débats se résument  à des batailles politiciennes ridicules.
Les chefs d’entreprise ne s’expriment pas.
Leurs représentants syndicaux  (Medef, CGPME) sont aux abris, les jeunes qui sont massivement pour la construction européenne  ne s’expriment pas. Ils n’iront d’ailleurs pas voter. Beaucoup grâce à Erasmus vivent l’Europe tous les jours. Ils sont à Barcelone ou à Berlin, ils parlent l’anglais, l’allemand ou l’espagnol contrairement à leurs parents qui dans les années 1960-70 préféraient les cours de gym, au cours de deuxième langue. Bravo.
Quant  à la presse, elle relate le spectacle politique  pour des lecteurs qui ne lisent plus les journaux. Et pour cause, le spectacle politique ne les intéresse plus. Il n’a aucun sens. A gauche comme à droite, chez les soi-disant libéraux  comme chez les néo-conservateurs. Reste les extrémistes qui sont les seuls à présenter un programme. Mais quel programme !
Au lendemain des élections européennes, la France va se réveiller groggy.