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vendredi 1 mai 2015
Les voeux brouillés
Même si de nos jours on divorce facilement, encore convient-il de prendre quelques précautions. Surtout que l’argent est souvent au centre de la séparation. Dans le couple, l’un calcule combien la rupture va lui coûter, l’autre combien elle lui rapportera. Et bien sûr, pour l’un c’est trop et pour l’autre, pas assez. Une Américaine a obtenu un milliard de dollars, ce qui n’est pas négligeable et constitue un record pour compenser les vœux brouillés du mariage. Elle jugea toutefois la compensation insuffisante au regard de la fortune de son ex, un magnat du pétrole milliardaire. Elle saisit donc la justice pour obtenir davantage. Laquelle l’a déboutée. Pourquoi ? La dame avait déjà encaissé son chèque. Comme quoi, il vaut mieux endosser ses responsabilités que ses chèques.
mardi 24 février 2015
Une mission de l'Etat
Comme c’est l’hiver, comme il neige, comme des vacances scolaires ont eu la bête idée de se tenir à cette période, les télévisions ont consacré ce week-end l’essentiel de leurs journaux aux embouteillages, phénomène qu’elles révèlent plusieurs fois par an. Sans doute par pudeur, leur coût, proprement exorbitant, a été passé sous silence : deux mille euros par an par foyer possédant une voiture, soit une facture de 17 milliards d’euros pour la France. Selon les spécialistes, la construction de nouvelles routes et la modernisation permettraient facilement de réduire une telle charge. Voilà toutefois qui semble délicat, notamment à cause de l’opposition prévisible des écologistes. Aussi une seule solution : l’Etat, si protecteur, doit d’urgence interdire les embouteillages.
vendredi 20 février 2015
Statistiques lointaines
La moindre statistique sur la Chine donne le vertige. Ces gens-là étant assez nombreux, tout événement mobilise des foules considérables. Comme on célèbre actuellement le nouvel an et l’avènement de la chèvre, manifestation fort prisée des Chinois, il est prévu qu’ils se déplaceront 3, 6 milliards de fois à cette occasion. Déjà 295 millions de tickets de train et 42 millions de billets d’avion ont été vendus. Quant à ceux qui se souhaiteront la bonne année par texto, ils n‘ont pas à s’inquiéter : dix millions de messages seront transmis par minute. On fait certes pâle figure à côté d’eux. Mais le nombre n’a jamais triomphé. Nous avons notre revanche : nos vins surpassent sans mal leur alcool de riz et il est d’un ridicule achevé de manger du foie gras avec des baguettes.
mardi 17 février 2015
La fin des fins
Ceux qui ne sont plus des perdreaux de l’année en sont encore tout retournés. Pour condamner les propos de Roland Dumas, beaucoup de politiques ont évoqué la formule de Chateaubriand, popularisée par de Gaulle : « La vieillesse est un naufrage ». Chacun ayant son avis sur l’aphorisme, pas question de trancher. Pour ma part, possédant quelques compétences en la matière vu mon âge, j’assure que ce temps-là est surtout celui des paradoxes. D’abord, plus on est vieux, plus on a l’impression d’être resté jeune. Ensuite, les tracas abandonnent leur statut d’ennuis pour celui - satisfaisant - d’occupations. Enfin, plus on sait, moins on peut. La démonstration ainsi faite, reste une vérité qu’on ne peut cacher et, somme toute, assez déplaisante : la vieillesse finit toujours mal.
mercredi 11 février 2015
Une minute de gloire
Les petites phrases eurent leur heure de gloire. Elles assuraient à leur auteur une notoriété certaine. Quelques-unes sont restées telle celle de Philippe Séguin : « Ce n’est pas parce que les caisses sont vides qu’elles sont inépuisables ». Aujourd’hui la mode en est passée ou les talents ont décliné. Aussi convient-il de saluer bien bas la tentative de Jean-Christophe Lagarde qui s’essaie au genre et qui dirige, je crois, un parti politique. Surfant sur l’affaire du jour, il a déclaré préférer « un Tiki sans papiers » à « deux Kouachi qui, eux, ont des papiers ». Certes, on ne voit pas bien le rapport. Certes, personne ne défendra des assassins. Certes, l’intelligence de la pensée n’est pas évidente. Mais déjà, le voilà un peu moins inconnu.
Ce n’est déjà pas si mal.
vendredi 6 février 2015
Casqué et sans masque
La confession de François Hollande (« Je n’ai rien à cacher ») constitue une profonde révélation. Elle éclaire d’un jour nouveau un des mystères de son quinquennat. C’était par jeu, assez enfantin d’ailleurs, qu’il se rendait casqué, en scooter, chez sa bonne amie. Des malveillants voulurent voir dans ces équipées nocturnes une volonté de dissimulation et un souci de discrétion. Les sots ! Le Président, qui ne reconnait comme secrets que ceux de l’Etat, n’avait en réalité aucun désir de se dérober à la curiosité publique. Seul le hasard a pu donner l’impression contraire. Il faut donc admettre notre erreur et battre notre coulpe. Même s’il n’est pas certain que l’aveu présidentiel nous en apprenne beaucoup plus : l’authenticité d’un homme tient aussi à ce qu’il masque.
jeudi 29 janvier 2015
La constance sapinesque
Comment ne pas être d’accord avec Michel Sapin lorsqu’il proclame que « le bashing anti France, ce n’est plus possible, ce n’est pas supportable » ? Certains répliqueront que s’il y a dénigrement, c’est qu’il y a quelque chose à dénigrer. Mais ce serait là médiocre réponse. Il faut plutôt approuver le ministre des finances : son passé plaide pour lui. Sa capacité à se tromper dans ses prévisions, le chômage en particulier, son optimisme forcené, sa prédisposition à changer d’analyse, son habileté pour l’adaptation, servis par une allure de notable, sont autant de garanties. D’autant que cette inconstance se double d’une grande fidélité. Jadis, il dénonçait le « dandysme de l’autodérision » et appelait au « souffle de la réforme ». C’était en 2001. Il était déjà ministre.
vendredi 16 janvier 2015
Fanfan et Manu
Dieu que l’amour est une jolie chose ! Il est encore plus émouvant lorsqu’il surgit au sommet de l’Etat. Car, tant à l’Elysée qu’à Matignon, on le proclame : jamais les relations entre le Président et le Premier ministre n’ont été aussi bonnes. L’entente est totale, la confiance infinie. Les tragédies de l’autre semaine ont accouché d’un alliage censé être indestructible. Au point que les conseillers du Château parlent d’ « une profonde fusion de l’exécutif ». Et ceux du chef du gouvernement sont encore plus explicites : pour eux, « il s’agit d’une extraordinaire articulation du duo ». Les mauvais esprits verront une opération de communication de ces extatiques. Qu’ils glosent. Chut, nous, ne réveillons pas les deux amoureux : Fanfan et Manu sont en pleine lune de miel.
vendredi 9 janvier 2015
Par trois mots
« Je suis Charlie »… En trois mots, par trois mots, une grande partie du monde se retrouve aujourd’hui unie. Des peuples, pourtant si éloignés les uns des autres, ressentent le besoin de partager la même émotion et éprouvent la même envie de le faire savoir. Au point que le slogan n’est plus seulement l’expression de la solidarité et la manifestation de la tristesse mais aussi un cri de guerre pour la paix et contre le terrorisme. Voilà ce que confirme également la tragédie de Paris : par l’instantanéité d’internet et la puissance des réseaux sociaux, nous ne sommes plus jamais seuls. Là où hier encore, il aurait fallu des semaines pour mobiliser, désormais, en à peine quelques heures, une cause parvient à s’imposer.
Encore faut-il, et heureusement, qu’elle soit juste.
lundi 5 janvier 2015
BONNE ET HEUREUSE ANNÉE A TOUS
Réapparition
L’année commence bien. Cécile Duflot est réapparue. Elle nous manquait. Certains êtres sont comme ça : qu’ils s’éloignent et beaucoup de repères s’en vont. Heureusement, elle n’a pas changé : la même finesse, le même goût de la nuance. Encore ne faudrait-il pas croire que l’ancienne ministre se contente de rabâcher de vieilles recettes. Pas du tout : ce combat qu’elle mène contre la politique de Hollande, elle le conduit au nom de la modernité. La modernité, quelle jolie trouvaille : en son nom de nos jours, tout est vite justifié. Et Mme Duflot a une formule qui dira quelque chose aux seniors et qu’elle a dû longtemps ciselée : la loi Macron, dit-elle, est « un grand bond en arrière ». Il est vrai qu’elle ne peut être accusée, elle, de pratiquer le moindre bond en avant.
mardi 9 décembre 2014
"M. Petites Blagues" s'exporte
"M. Petites Blagues" s'exporte
Il n’est pas vrai que la France ait perdu toute influence. Notre chef, par exemple, est connu partout pour sa drôlerie et son goût de la plaisanterie. Au point d’avoir été surnommé « M. Petites Blagues » par un de ses compagnons socialistes. Aussi doit-on voir peut-être, sans doute, sûrement, une conséquence de cette réputation dans un projet du ministère de la justice russe : celui-ci envisage de gérer le stress des détenus dans les prisons par l’humour. Canulars et autres railleries deviendraient le lot commun dans des établissements où, c’est le moins que l’on puisse dire, on ne rigole pas. Toutefois attention en utilisant cette thérapie : une mauvaise blague et ce sera l’émeute. Car l’humour est toujours à manier avec précaution : il ne faut pas plaisanter avec lui.
lundi 8 décembre 2014
La force du malentendu
La force du malentendu
Au fond il suffit d’attendre pour que tout se réalise. Depuis longtemps, beaucoup préconisent de mettre les villes à la campagne où l’on respire mieux. Grâce à Anne Hidalgo, ce sera bientôt chose faite. Jeanne d’Arc de l’air du temps, elle entend bouter la pollution hors de Paris. Le diesel n’y aura plus droit de cité et le centre de la capitale sera quasi piétonnier. Déjà elle triomphe : 60% des Parisiens n’ont plus de voiture alors qu’ils n’étaient que 40% il y a une dizaine d’années. C’est bien la preuve de la prise de conscience d’automobilistes qui, par ailleurs mais c’est un détail, ne peuvent ni circuler, ni stationner. Bref, comme on dit dans l’entourage de François Hollande à propos de la réélection du chef de l’Etat : « Sur un malentendu, ça peut marcher »
vendredi 5 décembre 2014
Retraité grâce à Pékin
Retraité grâce à Pékin
Pour peu que l’on ait l’esprit cynique, il est des nouvelles réjouissantes. Apprendre que les Chinois vont financer le trou de la sécu est l’une d’elles. Leurs épargnants pourront en effet bientôt acheter de la dette sociale française en yuans. C’est dire qu’ils financeront en partie nos retraites et contribueront à notre protection sociale. Qu’ils participent à notre confort de vie illustre l’abnégation de ce grand peuple. Ce qui, l’on en conviendra, est assez méritoire de la part d’une nation où les salaires sont si bas, l’assistance aux travailleurs quasi nulle et la pénibilité une notion inconnue. Notre reconnaissance est telle que nous devrions être prêts à admettre que la Joconde, notre Joconde, représente une esclave chinoise comme le prétend un chercheur italien.
mercredi 3 décembre 2014
A gauche toute
A gauche toute
Depuis quelques temps déjà, nous n’accordons plus qu’un intérêt fort modéré aux sondages. Leurs indications sur nos comportements sont si précises et si invérifiables qu’elles vous ôtent toute joie de vivre. La même mésaventure risque d’arriver à certaines études scientifiques. L’une d’elles toute récente va jusqu’à jurer que les gauchers gagnent moins d’argent (de 10 à 12%) que les droitiers ! Ils seraient, les pauvres, pas assez performants et souffriraient davantage de troubles psychologiques. Encore ne faut-il pas désespérer : cette différence salariale ne concerne que les gauchers qui ont une mère droitière ! Il est dommage que le savant n’ait pas poussé plus loin ses recherches : qu’en est-il, par exemple, des gauchers engagés à gauche ou des droitiers gauchistes ?
vendredi 21 novembre 2014
Le vin est tiré
De nos jours, le Beaujolais nouveau n’a pas la vogue qu’il a connue. Le temps n’est plus où la France communiait le 20 novembre pour saluer l’ouverture des bouteilles et l’arrivée du petit vin dont on disait qu’il sentait la banane une année, la vanille une autre. La mode est passée : trop de marketing tue le marketing et engendre la lassitude. Sauf au Japon, premier consommateur étranger du nectar. Il est vrai que les viticulteurs bourguignons ne reculent devant rien pour y vendre leur produit. Ainsi, sans craindre la vulgarité, ils ont rempli un immense spa de Beaujolais où les amateurs nippons se sont baignés en buvant le primeur. Ces soiffards étaient ravis. En fait, ils appliquaient un dicton célèbre de Tokyo qui proclame : « Quand le vin est tiré, il faut le boire ».
dimanche 9 novembre 2014
Au panthéon des comiques
Nous avons une très grande chance en France : les hommes politiques y sont drôles. Depuis longtemps le Président est connu pour ses petites blagues. Brice Hortefeux vient de le rejoindre au panthéon des comiques. Lui pratique plutôt l’humour à l’anglaise, pince sans rire, tout en distanciation. Il assure que Sarkozy a une règle : « ne pas s’en prendre aux autres ». On savait pourtant que l’ancien chef de l’Etat avait la dent dure, le jugement rapide et le sens de la formule. Il est vrai qu’Hortefeux, prudent et aguerri, précise que cette profession de foi vaut pour la campagne interne à l’UMP. Fort bien sauf que cet engagement est quelque peu absurde : si l’on ne s’en prend pas aux autres, à qui donc s’en prendre ? A soi-même ? Allons, il y a des limites au masochisme.
mardi 4 novembre 2014
Le retour de M. 3%
Le retour de M. 3%
Au fond, les choses sont assez simples : un homme d’Etat se caractérise par sa constance et sa capacité à ne pas dévier de son socle. A cet égard, le Président François Hollande est exemplaire. Quelques mois avant la primaire socialiste, sa position dans les sondages l’avait fait surnommer « Monsieur 3% ». En mai dernier, c’était encore ce pourcentage qui traduisait le désir des Français de le voir se représenter. Et voilà que le chiffre maudit refait surface : 3% seulement des personnes interrogées jugent réussie sa politique de l’emploi. Tel le capitaine Haddock et son sparadrap, il n’arrive pas à se débarrasser du nombre maléfique. Reste un mystère : comment se fait-il qu’avec un tel talisman, le chef de l’Etat ne parvienne pas à limiter les déficits publics à 3% ?
lundi 3 novembre 2014
L'avenir du futur
L'avenir du futur
Ils doivent le savoir : les politiques nous surestiment. Habitués à résoudre sans faiblir les maux les plus difficiles tel le chômage, habités par une vision que personne ne peut leur contester, ils pensent que nous sommes à leur image. Et ils nous proposent des objectifs certes exaltants mais largement au-dessus de nos forces. Mme Royal a ainsi expliqué que notre société était en mutation, que ce qui a fait la puissance du pays hier n’aurait plus le même le poids demain et qu’il convenait de se préparer à ces changements. Raisonnement imparable. Bref, a-t-elle conclu, il faut dessiner « l’horizon du futur ». Beau programme mais lourde tâche. Déjà, dans le présent, l’horizon a la sotte tendance de s’éloigner au point qu’on ne l’atteint jamais. Alors l’horizon au futur…
mardi 28 octobre 2014
Et basta
Et basta
Dire ou ne pas dire la vérité… La ministre de la Culture ayant admis qu’elle n’avait pas lu notre Prix Nobel de littérature, une polémique s’est aussitôt enclenchée. Les avis sont tranchés mais les uns et les autres négligent le voluptueux confort intellectuel que procure l’insuffisance. A l’heure où les savants, les spécialistes et les experts, c’est-à-dire tout le monde, tiennent le haut du pavé, avouer son ignorance est un luxe : au moins ne se trompe-t-on pas. Tout comme il serait grossier de battre un pleutre même si c’est sans danger, critiquer un indécis est de mauvais goût. Le « je ne sais pas » est en réalité une manifestation de liberté. Il permet de se sortir des situations les plus délicates. Par exemple, comment conclure ce billet ? Je ne sais pas et basta.
lundi 27 octobre 2014
Revanche
Revanche
Aussi tendues soient-elles avec le conjoint, les enfants ou les amis, les relations ne sont jamais aussi délicates qu’avec le fisc. A peine a-t-on compris un de ses éclaircissements que le suivant l’obscurcit. Et certainement le plus grand exploit des temps modernes est de parvenir à lire entièrement la notice explicative de la déclaration de revenus. Aussi les soucis de quelques parlementaires avec le Trésor public est une merveilleuse revanche. Quoi, même les plus grands spécialistes de la fiscalité ne s’y retrouvent pas ? Quoi, voilà le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, une sommité, auteur de la disposition où il est en défaut, qui a une interprétation différente de Bercy ? Quoi, c’est donc vrai, les cordonniers sont les plus mal chaussés ?
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