TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO
Affichage des articles dont le libellé est Catherine Nay. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Catherine Nay. Afficher tous les articles

vendredi 18 avril 2014

Génération com


Recordman de l’impopularité, François Hollande a nommé à Matignon le seul ministre qui jouit d’un consensus au sein de la population, comme s’il en espérait un effet contagieux. C’est un choix fait sous la contrainte. Le président n’a pas l’intention de laisser le pouvoir traverser la Seine et il a tout verrouillé : la composition du gouvernement baptisé “de combat” porte son immatriculation. Mis à part les deux nouveaux, Ségolène et l’ami Rebsamen, il a repris les mêmes. La feuille de route du premier ministre a été balisée dès dimanche soir : le pacte de responsabilité corrigé du pacte de solidarité.
Manuel Valls arrive pour mettre de l’ordre, faire travailler en équipe ce gouvernement resserré. En organisant des réunions du gouvernement deux fois par mois à Matignon, il espère éliminer les couacs, bloquer les initiatives individuelles intempestives. L’absence des Verts va déjà beaucoup l’y aider. La première sortie de Ségolène sur l’écotaxe prouve que le naturel revient au galop. Sauf que Manuel Valls est un autoritaire. On l’a vu sur TF1, le front serré, le regard noir, le ton empreint de gravité. Ça ne rigolait pas ! Même s’il n’a énoncé que des évidences. Un contraste avec Jean-Marc Ayrault, qui exprimait une volonté carrée avec un verbe trop cotonneux. Et, pour la discipline, il avait un côté prof débordé par ses élèves.
Valls, c’est la génération de la com. On attend de lui qu’il explique, fasse la pédagogie de la politique Hollande. C’est le gros ratage du président : trop avare de paroles, il n’a pas su créer de lien avec les Français. Une absence très anxiogène pour le pays. Le 14 janvier, il leur annonçait le pacte de responsabilité : 30 milliards de baisse des charges pour les entreprises, moyennant des contreparties sous forme d’emplois (pour l’instant, aucun engagement…), auquel s’est ajouté dimanche soir le pacte de solidarité pour diminuer les impôts et les cotisations sociales des Français. François Hollande demande à son premier ministre d’aller vite. Il va lui falloir tordre le bras d’une majorité qui s’annonce très rétive.
Il y a aussi le mystère des 50 milliards d’économies sur trois ans. Un effort sans précédent dont on ne sait rien mais avec lequel François Hollande espère amadouer Bruxelles. « Encore une minute, monsieur le bourreau… » Rendant hommage à Jean-Marc Ayrault, le président a osé dire : « Il a rétabli la situation très dégradée dont nous avons hérité. » Gros mensonge. C’est pire, tous les clignotants sont au rouge : dette, déficit, dépenses publiques, malgré une hausse des impôts sans précédent.
Et l’on s’interroge. Comment cela va-t-il fonctionner entre ce président, qui navigue sur une ligne perpétuellement floue, contradictoire et transactionnelle, et ce premier ministre, qui ne supporte que les ordres clairs et précis ?

lundi 10 juin 2013

Droit de regard: cinquante nuances de rose

Droit de regard: cinquante nuances de rose


François Hollande était l’invité d’honneur du cent cinquantième anniversaire de la naissance du SPD, à Leipzig. Devant un parterre composé des plus hautes autorités du pays — dont Angela Merkel —, il a prononcé un discours qui a fait des vagues en France. Car ce que l’on en retient surtout est l’hommage appuyé à Gerhard Schröder, le chancelier qui, avec son Agenda 2010, avait opéré une réforme drastique de l’État providence. Des efforts douloureux pour les Allemands. En décembre 2012, Jean-Marc Ayrault estimait que si Schröder avait redressé l’industrie, il avait trop accru la pauvreté, ce qu’il ne voulait pas faire en France. En clair, Schröder n’était pas son modèle.
Cet hymne du président français au schröderisme a révulsé l’aile gauche du PS. Mais il faut lire son discours comme celui d’un homme qui s’adapte au terrain. Venu devant le SPD, il a vanté les mérites de la “social-démocratie” et rendu hommage à plusieurs grands leaders historiques, du temps où le salaire minimum était à leur programme (il n’existe toujours pas en Allemagne). Et il y a eu bien sûr ce coup de chapeau à Schröder, « à ses réformes courageuses qui ont préservé l’emploi ». Assis au premier rang, l’intéressé buvait du petit-lait même s’il ne rate pas une occasion de critiquer le manque d’ambition réformatrice de François Hollande. Lequel ayant dit cela, a souligné combien « nos deux pays étaient différents et nos cultures syndicales singulières ». « Tout n’est pas transposable », a-t-il dit, précisant que, lui, ce qu’il garde de la social-démocratie, c’est « le sens du dialogue, la recherche du compromis et la synthèse permanente entre la performance économique et la justice sociale ». Du schröderisme dans sa version la plus light. Comprenez : “Vous, c’est vous, et nous, c’est nous…”
Les socialistes annoncent pour la fin de l’année une réforme des retraites qui, disent-ils, va décoiffer et faire des mécontents. Attendons la fin de l’an II. Concession à la social-démocratie, François Hollande cajole les chefs d’entreprise. Finis les discours punitifs. Il l’a compris, sans eux, pas de croissance, pas d’emploi. Et lui, qui avait fait de la finance son ennemi, vient de renoncer à légiférer sur les hauts salaires des dirigeants. Une promesse non tenue. Jean-Christophe Cambadélis s’est étranglé, la gauche du PS ne l’a pas digéré. Le hollandisme, c’est “Cinquante nuances de rose”.
Le plus grand virage de Leipzig est la conclusion du discours : « Unies, la France et l’Allemagne feront avancer l’Europe », a proclamé François Hollande. Façon de tourner la page, après un an de bisbilles et de tensions amicales. Il aura rencontré la chancelière le 30 mai afin d’élaborer une contribution commune avant le prochain sommet européen de juin. Une première depuis qu’il est à l’Élysée.

jeudi 28 mars 2013

À charge… et à charge

À charge… et à charge


La mise en examen de Nicolas Sarkozy par le juge Gentil a relégué au second plan la démission de Jérôme Cahuzac. Le grand séisme serait son renvoi en correctionnelle.
Son avocat, maître Herzog, a demandé l’annulation de la mise en examen à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux. S’il y a rejet, il se pourvoira en cassation. Le temps de la justice n’est pas celui de la politique. Ce qui risque d’être très nuisible à l’éventuel retour de Nicolas Sarkozy, alors qu’il demeure le favori à droite. Il est un justiciable comme les autres. Il est “présumé innocent”, mais il a perdu la maîtrise de son calendrier. Autant dire sa liberté. L’ancien président est mis en examen pour “abus de faiblesse”. Une incrimination que l’on a peine à croire fondée.
L’affaire Bettencourt commence en 2007 avec la plainte de la fille de la milliardaire contre le photographe François-Marie Banier. Il a reçu de Liliane Bettencourt, que sa fille juge défaillante, des centaines de millions d’euros en cadeaux divers. Sordide.
Le nom de Nicolas Sarkozy n’apparaît qu’en 2010 — en fait celui d’Éric Woerth, trésorier de l’UMP — dans les enregistrements du majordome. Le juge flaire un financement illicite de la campagne électorale. Les faits étant prescrits, il faut trouver un nouveau chef d’accusation. Le juge doit démontrer que le président était un familier de Liliane Bettencourt.
D’où l’exploration de ses agendas. Il n’y est pourtant noté qu’une seule visite, en février 2007 : un rendez-vous avec André Bettencourt.
En novembre dernier, Nicolas Sarkozy, convoqué par le juge à Bordeaux, avait passé douze heures dans son cabinet. Il en était sorti “témoin assisté”. Jeudi, le juge l’a confronté à quatre employés de la maison Bettencourt. Tous ont dit ne l’avoir vu qu’une seule fois. Là où ils divergent, c’est sur sa tenue vestimentaire. Le juge y a décelé « des indices graves ou concordants ».
Les amis de Nicolas Sarkozy s’indignent. Henri Guaino parle de déshonneur de la justice. Une maladresse, même si le respect de son indépendance ne doit pas interdire au citoyen de s’interroger sur ceux qui exercent la profession. Ceux qui ont eu affaire au juge Gentil témoignent de sa dureté, de son refus de la contradiction. Il instruit à charge, disent-ils, et jamais à décharge. Il fait partie de ces magistrats qui se sont sentis méprisés par Nicolas Sarkozy, qui les avait traités de« petits pois » et, autre affront, qui voulait supprimer les juges d’instruction. Cinq jours avant de lancer des perquisitions chez Nicolas Sarkozy, le juge cosignait dans le Monde une tribune, véritable réquisitoire contre la politique de l’ancien président. En novembre, Thierry Herzog avait révélé qu’il avait confondu Betancourt (Íngrid) et Bettencourt (Liliane) sur les agendas. Une humiliation. Comment croire dès lors que le juge Gentil instruit sereinement ?

vendredi 8 mars 2013

La gauche frileuse

La gauche frileuse


Lors des funérailles de son mari, on ne voyait qu’elle serrant sa fille de 8 ans dans ses bras. Basma Khalfaoui, un beau visage, où se lisaient le chagrin, la douceur et aussi une force incroyable. L’assassinat de Chokri Belaïd, figure de l’opposition laïque de gauche, le 6 février, à Tunis, a provoqué un grand choc dans le pays, qui s’est mis en grève. Le premier ministre a dû démissionner. Des dizaines de milliers de Tunisiens ont scandé, lors des obsèques, “Le peuple veut une autre révolution, non à la violence”. La Tunisie n’est ni l’Égypte ni l’Algérie. L’assassinat politique n’a jamais fait partie de ses moeurs. Depuis Bourguiba, les femmes y ont acquis un statut d’autonomie avec des droits uniques dans le monde arabe. Ben Ali ne les avait pas supprimés.
À l’invitation du journal Opinion internationale, Basma Khalfaoui a passé cinq jours à Paris. Plus de 1 000 personnes sont venues lui manifester leur soutien. C’est à Paris qu’elle l’a appris : l’assassin présumé de son mari serait un salafiste lié aux ligues de la protection de la révolution, ces milices islamistes progouvernementales. « Le plus important n’est pas de savoir qui est l’assassin [qui court toujours], mais qui a commandité ce crime », a-t-elle dit à Jean-Pierre Elkabbach, sur Europe 1. Elle accuse le parti Ennahda, qui domine le gouvernement. La veille de son assassinat, son mari dénonçait à la télévision ces ligues qui sèment la violence. Il avait prévenu le gouvernement que des drames allaient se produire, car il y a trop d’armes en circulation. Jamais, dit-elle, on ne l’a écouté. Par son silence, Ennahda a donc participé à banaliser la violence. Basma Khalfaoui demande la dissolution immédiate de ces ligues. Elle a peu de chances d’être exaucée, le nouveau premier ministre est le ministre de l’Intérieur sortant.
Basma Khalfaoui est devenue, malgré elle, le symbole de la lutte contre la violence islamiste. Elle reprend le flambeau de son mari, exige des élections démocratiques, sans cesse repoussées par le gouvernement. Elle est déjà une femme menacée. Sur les réseaux sociaux, circule sa photo, le visage barré d’une croix sanglante.
Si Bertrand Delanoë et Jean-Paul Huchon l’ont reçue, au Quai d’Orsay, elle a rencontré le directeur de cabinet du ministre, mais pas Laurent Fabius, et à l’Élysée, le sherpa du président, mais pas François Hollande. C’était service minimum et en catimini. Vu le combat qu’elle incarne, on s’interroge : pourquoi tant de frilosité ? Faut-il y voir une repentance ? Valérie Trierweiler recevra à déjeuner le 8 mars, à l’Élysée, des femmes d’exception pour la Journée de la femme. Basma Khalfaoui a été invitée. Ce qu’elle a d’abord mal pris. Mais peut-être s’y rendra-t-elle, dans l’espoir de rencontrer le président. Elle a besoin de son soutien.

vendredi 1 février 2013

Paris-Berlin : panne de réseau

Paris-Berlin : panne de réseau
La France et l’Allemagne ont célébré à Berlin les cinquante ans de leur réconciliation. Les députés français ont été reçus au Bundestag. De retour à Paris, beaucoup d’entre eux avouent avoir mesuré le fossé qui sépare nos deux pays. Le rapport entre les économies est devenu trop inégal. La France décline, l’Allemagne est la locomotive de l’Europe avec son industrie florissante, son plein emploi, ses excédents. De quoi éprouver, du côté français, comme un complexe d’infériorité et un peu d’agacement : longtemps, la France était le premier pays agricole européen. Depuis la réunification, l’Allemagne est passée devant. Nous importons du lait parce qu’il est produit à moindre coût dans ses fermes de l’Est, à petits salaires (inférieurs au smic) et sur d’immenses surfaces.
Côté allemand, on s’est montré fort amical mais avec un zeste de condescendance dans les discours, sur le thème : “En 2000, nous étions les malades de l’Europe, vous nous avez aidés. On est prêts à vous aider aujourd’hui.” Traduction : c’est à votre tour d’engager les réformes que nous avons eu le courage de faire.
Et le couple franco-allemand ? Après cinquante années de mariage, il n’est pas dans une dynamique de départ, forcément. Il n’y a pas d’hostilité entre Hollande et Merkel. C’est peut-être pire : la relation est dépourvue de substance. Ils ne se comprennent pas. Depuis huit mois, ils n’ont eu aucun long tête-à-tête. François Hollande les refusait par souci de se distinguer de Nicolas Sarkozy, qui oeuvrait en tandem avec la chancelière. La crise bancaire, en 2008, et la crise de l’euro, en 2009, les ont obligés à travailler de concert.
« Le courant passe entre nous sans qu’il y ait besoin de mettre de l’électricité », a expliqué François Hollande. Résultat : une panne dans le réseau. Les nouvelles résolutions du tandem prises à Berlin se distinguent par leur manque d’imagination. La chancelière a proposé à François Hollande de le tutoyer, preuve qu’elle souhaite que leur relation s’améliore. Elle a qualifié de « premier succès » l’accord intervenu en France sur le marché du travail, façon de l’encourager à aller plus loin. Seules la compétitivité et l’innovation permettront à l’Europe, selon elle, de conserver son modèle social et d’accélérer la croissance. Pierre Moscovici a demandé à l’Allemagne d’utiliser ses excédents pour soutenir la demande intérieure et la croissance. Écoutez les différences…
La chancelière, qui est en campagne électorale, soupçonne toujours François Hollande de souhaiter son échec. Il en avait émis le voeu devant ses amis du SPD durant la campagne présidentielle. Ce qui veut dire que, d’ici les législatives de septembre outre-Rhin, rien d’important ne se passera dans le couple franco-allemand.

dimanche 4 novembre 2012

L’indiscipline au pouvoir

L’indiscipline au pouvoir 


Les socialistes auraient tout pour être heureux. Un des leurs est à l’Élysée. Ils disposent de tous les leviers du pouvoir mais, hélas, la conjoncture n’est pas de gauche.
En 1981, les caisses étaient pleines, François Mitterrand avait pu dispenser ses largesses pendant deux ans avant de fermer les robinets, vu les dégâts causés à l’économie. Le socialisme ne marchant pas, il entonnait un nouveau credo : “l’Europe”.
En 1997, Lionel Jospin accédait à Matignon pour cinq ans au moment où la croissance s’envolait. La croyant pérenne, il s’est dispensé de réformer les retraites. Il a mis en place les 35 heures, l’industrie en a payé le prix. L’hôpital ne s’en est toujours pas remis.
Mais en 2012, comment réenchanter le rêve quand tous les clignotants sont au rouge (dette, chômage, commerce extérieur) et qu’il faut, pour rassurer les marchés, réduire d’urgence le déficit à 3 % (ce qui est courageux) ?
Alors, on fait payer les riches, bien sûr. Mais pas qu’eux – 6 Français sur 10, selon les calculs – et les entreprises aussi – 10 milliards d’euros. On n’augmente pas les dépenses (seulement 0,3 %) mais on ne fait pas d’économies.
La conjoncture mauvaise n’explique pas les couacs à répétition. Il y en a toujours eu, dans tous les gouvernements. Il faut du temps pour s’installer au pouvoir, prendre ses marques. Mais pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, le président, le premier ministre, trente-trois excellences sur trente-huit n’ont jamais été ministres.
La culture du gouvernement n’est pas innée chez les socialistes où la culture des courants n’est pas la grande école de la discipline. Rester dix ans dans l’opposition n’est pas non plus la meilleure préparation aux affaires. On s’oppose. On travaille peu.
Jean-Marc Ayrault est sur la sellette. La presse en a fait son bouc émissaire. Les socialistes rappellent que les six premiers mois furent aussi terribles pour François Fillon, mais ça n’était pas le même cas de figure. Avec Nicolas Sarkozy, tout se décidait à l’Élysée, tout partait de lui. Son cabinet était une sorte de gouvernement bis avec des poids lourds : Raymond Soubie, pour le social, et Claude Guéant s’exprimaient à leur guise. Ce dernier avait donné une interview la veille de la déclaration de politique générale de François Fillon, qui l’avait très mal pris.
Du jamais-vu en effet ! L’Élysée lui pompait son oxygène. Pour la presse, il était “Mr. Nobody ”.
À contrario François Hollande laisse toute latitude à Jean-Marc Ayrault pour agir et s’exprimer. Il savait d’avance qu’il n’était pas un grand communicant mais quelqu’un de loyal qui ne guignerait jamais l’Élysée. Le chef d’état-major idéal.
On en arrive au problème de la gouvernance élyséenne. François Mitterrand réunissait chaque semaine le premier ministre, les présidents de groupe, le premier secrétaire pour caler l’action et la communication. François Hollande, lui, refuse par principe tout contact officiel avec eux. Il ne reçoit pas non plus les parlementaires. Vous vous souvenez de son « Moi, président […] ». Ce qui ne l’empêche pas de tirer les ficelles par des coups de téléphone tous azimuts. Jean-Marc Ayrault y perd son latin, d’où cette impression de flou. 

vendredi 9 mars 2012

Promesses envolées

La campagne ne répond pas aux attentes des Français. Ils n’apprécient pas le ton agressif entre les candidats. L’abstention risque d’être forte. La crise et l’endettement pèsent sur la campagne.
Pour la première fois, l’espoir comme le rêve sont absents des discours : 2012 est un cru sans promesses. Les politiques ne sont pas des magiciens. Mais l’ont-ils jamais été ?
“Tout est possible”, proclamait en 1981 le candidat Mitterrand. Élu, il a ouvert les vannes : smic +10 %, allocations familiales + 25 %, allocation vieillesse + 20 %. C’était “l’autre logique”, 1936 dans une version XXL, avec les nationalisations. « Je serai en mesure de recruter, sur les plans public et privé, un million de jeunes dans l’année », promettait le candidat. En voyage en Lorraine, il assurait : « Aucune entreprise ne devra fermer. » Laurent Fabius annonçait pour octobre une croissance à 3,3 ! Elle n’atteindra jamais la moitié du chiffre. Un an plus tard, c’était l’heure des révisions déchirantes. Bientôt deux plans de rigueur : blocage des prix et des salaires, hausse des tarifs publics, gaz, électricité, SNCF, limitation à 2 000 francs par personne et par an de devises pour les voyages à l’étranger. Autant fermer les frontières, le franc est dévalué de 2,5 % alors que le mark est réévalué de 5 %. C’est la fin de la sidérurgie et aussi le glas de la magie distributive. François Mitterrand voulait rompre avec le capitalisme, il a rompu avec le socialisme.
1995. “La France pour tous”. Jacques Chirac choisit le thème de la fracture sociale, promet une grande loi-cadre contre l’exclusion. Il veut revaloriser le smic, les retraites, promet de réinsérer un million de chômeurs de longue durée. Une orientation très sociale inspirée par Philippe Séguin. Elle coexiste avec le libéralisme d’Alain Madelin : la baisse des impôts. Une fois élu, il nomme Alain Juppé, « le meilleur d’entre nous », à Matignon. Façon de consacrer la poursuite de l’engagement européen de la France. Mission impossible car Jacques Chirac a promis tout et son contraire. Trop d’impôts tuent l’impôt, disaitil. Six mois plus tard, les Français devront payer 30 milliards d’impôts et de cotisations supplémentaires. La TVA passe de 18,6 à 20,6. Nécessité fait loi : il faut préparer l’entrée de la France dans l’euro. Six mois après son élection, Jacques Chirac le démontrait avec brio : les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent.
Mai 2007. Nicolas Sarkozy parie sur le volontarisme : “travailler plus pour gagner plus”. Il sera le président du pouvoir d’achat. Il ira chercher la croissance avec les dents. Août : les premiers nuages noirs, qui se déverseront en orage mondial durant l’été 2008, se profilent déjà à l’horizon. Le 16 août, la Bourse chute de 5 points. On connaît la suite : crise financière, récession en 2009 qui hypothèquent sa stratégie de relance. Septembre : le cours mondial du blé atteint des records historiques. Cette envolée se répercute sur le prix du pain et de tous les produits alimentaires : entre 7 et 10 % d’augmentation sur le panier de la ménagère. Le prix du pétrole dépasse les 100 dollars le baril en décembre.
Morale de l’histoire : les promesses ? Mieux vaut ne point trop en faire.