jeudi 29 décembre 2011
mercredi 28 décembre 2011
2011, l’année du traducteur
Pas de chance. Si l'on en croit l'Ancien Testament, cette volonté d'union de l'humanité n'était pas du goût du Tout-Puissant. Le désir démiurgique de l'homme était donc voué à l'échec, et le projet avorté a été baptisé Babel.
Comme nous le précise [la Bible traduit par Louis Segond], “c'est là que l'Eternel confondit le langage de toute la terre”. Et pour faire bonne mesure, il dispersa sur toute la surface du globe ces peuples aux langues désormais différentes.
Les Terriens parlent une seule langue
En ce début de XXIe siècle, le monde demeure un patchwork de plus de 5 000 langues distinctes et concurrentes. Pourtant, pour qui rêve encore d'une langue universelle, les perspectives ont rarement été aussi encourageantes : 2011 a été une année hors du commun pour l'art de la traduction. Serait-il donc possible de rebâtir la tour de Babel ?De nombreux linguistes rejoignent désormais l'idée pionnière du philosophe Noam Chomsky selon laquelle, en dépit de lexiques mutuellement incompréhensibles, “les Terriens parlent une seule langue” – cela sauterait d'ailleurs aux yeux de tout Martien de passage, assure Chomsky. Pour toutes sortes de raisons, jamais nous n'avons été aussi proches de la compréhension mutuelle.
Grâce notamment à la force de frappe des médias internationaux, un marché d'une ampleur inédite se fait jour pour la littérature traduite, en particulier en anglais britannique ou américain.
Des versions qui ont parfois avec l'original aussi peu de ressemblance que l'envers d'un tapis persan avec son endroit – mais cela ne semble en rien entamer leur attrait pour le lecteur.
Depuis peu, une soif nouvelle de “fictions étrangères” (en témoignent par exemple la trilogie Millenium de Stieg Larsson, ou 1Q84, d'Haruki Murakami) est venue nourrir une tendance de fond, renouvelant du même coup le lectorat de certaines superstars de la littérature internationale tels Umberto Eco, Roberto Bolaño et Péter Nádas.
Il faut sans doute remonter aux années 1980, et au succès international des romans de Milan Kundera, Gabriel García Márquez et Mario Vargas Llosa, pour retrouver une volonté aussi marquée d'ouvrir le marché du livre aux fictions traduites.
Les traducteurs sont des rockstars
De nouvelles éditions [en anglais] de Guerre et Paix de Tolstoï, de Madame Bovary de Flaubert ou de A la Recherche du temps perdu, de Proust, poussent sous le feu des projecteurs les traducteurs, espèce timide s'il en est.Leur confrère David Bellos, dont le dernier ouvrage, intitulé Is That A Fish in Your Ear? Translation and the Meaning of Everything, paru cet automne, souligne pourtant qu'au Japon, “les traducteurs sont des rockstars” et possèdent même un ouvrage consacré aux cancans de leur milieu, La vie des traducteurs, le B.A.-BA.
Cette explosion du lectorat mondial de fictions n'aurait pas été rendue possible sans un autre phénomène : selon le British Council, confirmé par de nombreuses autres sources fiables, près de la moitié de la population mondiale, soit 3,5 milliards d'individus, possède au moins “des notions d'anglais”. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une langue peut être transmise et comprise presque partout sur la planète.
Ce phénomène linguistique inédit est soutenu par la puissance des médias. Lindsey Hilsum, responsable du service étranger de la chaîne britannique Channel 4 News, qui avait demandé le sens d'un graffiti en arabe peint sur un mur de Tripoli, a été surprise par le clin d'œil interculturel : “Kadhafi, vous êtes le maillon faible. Au revoir.” .
Devant ces horizons nouveaux, Google, on ne s'en étonnera pas, est à l'avant-garde de la prochaine révolution de la traduction, modifiant ses techniques et sa portée. Pour rivaliser avec cette pratique éminemment humaine qu'est la traduction, le géant de l'Internet a lancé un programme approchant le graal de l'intelligence artificielle, capable de traduire le “langage naturel”.
Google Traduction puise dans de richissimes archives de traduction et se fonde sur les probabilités pour déduire le sens le plus probable, en fonction du contexte.
Pour cela, le service dispose d'une base de données de plusieurs milliers de milliards de mots issus de documents des Nations unies, de la série des Harry Potter, d'articles de presse ou de documentations et rapports d'entreprises.
Le rêve de la traduction parfaite
Le rêve d'une vraie langue universelle repose, au fond, sur celui de la traduction parfaite. Outre les enseignements que nous offre l'épisode de Babel, l'histoire de la Bible elle-même et de ses versions est édifiante.Cette année, le 400e anniversaire de sa plus prestigieuse traduction en anglais, la Bible du roi Jacques (King James Bible) aura été l'occasion de réjouissances, mais aussi de poursuivre la réflexion : peut-on fournir une traduction idéale, ou définitive, de pareille œuvre ? Toute nouvelle version n'est-elle pas inévitablement marquée par le contexte social et culturel dans lequel a travaillé le traducteur ?
Le sort que connaissent les traductions postérieures de la Bible en anglais témoigne de la difficulté à rendre un texte de façon intemporelle dans une langue qui est, elle, en perpétuelle évolution. Les chantres de la Bible du roi Jacques, traduite du temps de Shakespeare, sont horrifiés par certaines tournures des traductions modernes, qu'ils jugent ridicules.
Ainsi, les “wolves in sheep's clothing” [Matthieu 7:15, “Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs”], retraduits dans la New English Bible, semblent tout à coup sortir d'un film des Monty Python – “men dressed up as sheep” [littéralement des “hommes déguisés en brebis” ; d'ailleurs traduit par “déguisés en agneaux” dans la dernière traduction française en date, confiée à des écrivains, La Bible, nouvelle traduction, Bayard, 2001].
Certes, 2011 a bien été un excellent cru pour la traduction, et la compréhension mutuelle entre les hommes bénéficie bien d'avancées technologiques majeures, mais les fameux jeux de langage de Wittgenstein ont encore de beaux jours devant eux.
Face à la multiplicité des langues de ce monde, Google Traduction continuera ainsi de buter sur le casse-tête de la saucisse de Francfort. Non, il ne s'agit pas d'une énigme pour linguistes allemands, mais d'une question simple. Que désigne un “hot dog” en anglais ? Un sandwich garni d'une saucisse, ou un adorable chiot ?
Dix ans, ce devrait être au moins l’âge de raison pour l’euro. Mais c’est encore de maladie infantile dont souffre la monnaie unique européenne. Alors qu’on la croyait à l’abri des mauvaises infections, la voilà qui connaît même l’un de ces accès de fièvre répétitifs qui peuvent à tout moment l’emporter pendant l’hiver. Le plus triste, c’est que personne n’éprouve de véritable affection pour elle. Pas même d’attachement particulier au delà, pour ses protecteurs, de la certitude de sa nécessité. Aura-t-elle jamais été populaire ? Trop nordique dans son dessin. Trop allemande dans sa rigueur. jusqu’à son nom - préféré à «l’écu » de VGE qui sonnait tellement français - jugé d’emblée froid. Impersonnel. Comme « la zone » sur laquelle elle règne qui suggère davantage les urgences hospitalières - il faut la sauver ! - que le voyage dans l’histoire que nous proposaient Pasteur ou Richelieu.
Ah, la nostalgie du franc… Elle ne s’est pas vraiment éteinte, animée par le souvenir flou de l’âge d’or des trente glorieuses. Et régulièrement revient la tentation de ressusciter la semeuse des rêves de prospérité d’une France pleinement souveraine et maîtresse absolue de son destin monétaire et politique. Et qu’importe si cette illusion anachronique coûterait des fortunes, elle berce les langueurs monotones.
L’euro a l’odeur aigre de la crise après avoir longtemps traîné derrière lui un lourd parfum de soupçon. Le passif psychologique qui leste son image est chargé. Calcul impossible, la division par 6,55 avait servi - une bonne partie de l’opinion en reste persuadée - à dissimuler une augmentation des prix. Désormais, on lui reproche d’avoir incité les démocraties à remplir leurs valises de dettes jusqu’à ce qu’elles deviennent des boulets paralysants. Et qu’ils sont agaçants ces Britanniques qu’on disait isolés avec leur livre sterling avec leur livre sterling, et qui paraderaient presque aujourd’hui avec un AAA que la Banque d’Angleterre rend nettement plus durable que le nôtre. Quant aux autres Etats sceptiques qui ne tentèrent pas l’aventure, eh bien ils entendent le rester.
Les vertus de la faible inflation et du dynamisme des échanges que portait l’euro ont été inhibées par la mauvaise coordination manifeste de ses opérateurs. Les nuits bruxelloises de l’automne 2011 au chevet de l’objet sulfureux ont fait oublier la légèreté du printemps 2002 quand il avait rapproché Paris d’Amsterdam, Berlin de Madrid, Rome de Dublin. Contre toute attente l’argent - un seul et même argent - avait alors généré une furtive fraternité.
Des élections législatives anticipées fin avril en Grèce
Des élections législatives se tiendront en Grèce après Pâques, fin avril, a annoncé mardi 27 décembre le ministre des finances Evangelos Vénizélos, ajoutant que l'avenir du pays se jouerait le mois prochain sur le plan de refinancement de la dette.
"L'avenir du pays se décidera entre le 16 janvier et les deux ou trois semaines suivantes, au cours des négociations sur le nouveau programme" d'aide de la zone euro, dont le plan de refinancement de la dette, a ajouté M. Vénizélos lors d'une réunion du parti socialiste Pasok, l'une des trois formations de la coalition gouvernementale du premier ministre, Lucas Papademos.Le porte-parole de ND, Yannis Michelakis, a en effet déclaré mardi que son parti accepterait sous certaines conditions de repousser la date des élections, mais pas au-delà de la Pâque orthodoxe qui tombe le 15 avril. "Tout changement de la date du 19 février, sur laquelle nous nous étions mis d'accord, dépend des discussions sur la dette", a-t-il rappelé sur la radio Vima.
L'APPLICATION DU PLAN D'AIDE
M. Papademos, un technocrate, dirige le gouvernement formé en novembre par le Pasok, le parti socialiste auparavant seul au pouvoir, le parti de la Nouvelle Démocratie et le parti d'extrême droite Laos.
Sa principale tâche est la définition des modalités et l'application du deuxième plan d'aide de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI), convenu en octobre. Il doit aussi faire passer au Parlement grec les mesures d'austérité promises en échange de cette aide.
Une troïka représentant l'UE, le FMI et la Banque centrale européenne (BCE) est attendue en janvier à Athènes pour vérifier si les objectifs fixés dans un premier plan d'aide en 2010 ont été atteints par la Grèce et comment ce pays prépare les mesures pour obtenir le deuxième volet de l'aide.
Avec une économie en pleine récession, le gouvernement a de plus en plus de mal à atteindre ces objectifs d'assainissement des finances publiques et certains au sein du cabinet commencent à suggérer que d'autres mesures d'austérité seront nécessaires.
Poutine : «Je n'ai pas besoin de tricherie pour gagner»
Le premier ministre russe a une nouvelle fois exclu mardi de remettre en cause le résultat des législatives avant d'annoncer la promotion de Vladislav Sourkov, proche conseiller et théoricien de la «démocratie dirigée».
Faute de «programme unifié», de «moyens compréhensibles», «d'objectifs clairs» et de leaders «capables de faire des choses concrètes», l'opposition se contente, selon lui, de «délégitimer le processus électoral». Or, affirme-t-il ,«il ne saurait être question de discussions sur une révision» des résultats des législatives. «Nous devons mettre un terme à toutes ces insinuations», conclut-il.
«Le pouvoir en place est dans un cul de sac historique», relève Andreï Illarionov, président de l'Institut d'analyse économique. «Il s'attache à provoquer et à discréditer les organisateurs des manifestations, mais surtout, il prépare sa revanche», juge cet économiste qui n'exclut pas «une répression brutale, à la biélorusse».
Rassemblement anti-fraudes
Lundi, deux militants d'opposition, Yaroslav Nikitenko et Serguei Oudaltsov, ont été condamnés à 10 jours de prison. Oudalstov, leader du Front de gauche, venait tout juste de purger une peine de 15 jours pour avoir participé au tout premier rassemblement anti-fraudes, organisé le 4 décembre, jour du scrutin. «Son seul moyen de résister est une grève de la faim qui met sa vie en danger. C'est l'arbitraire le plus total!», s'inquiète l'étoile montante de la contestation, le sulfureux blogueur Alexeï Navalny, qui réclame sa libération immédiate.En parallèle, Vladimir Poutine s'attèle à réunir ses barons les plus loyaux. Après avoir été désigné, la semaine dernière, chef de l'administration présidentielle, Vladislav Sourkov, architecte des mouvements de jeunesse pro-Kremlin et principal idéologue de la «démocratie dirigée» , a été nommé mardi vice-premier ministre. Son admiration pour l'homme fort du pays est inconditionnelle: «Je pense que Poutine est un homme que Dieu et le destin ont envoyé à la Russie lorsqu'elle traversait une période difficile», déclarait-il en juillet.
En verrouillant son système, Vladimir Poutine semble galvaniser davantage ceux qui exigent son départ. «Ce vote qui est prévu ne peut pas être considéré comme une élection. Elle ne sera pas légitime quoiqu'il arrive. Nous ne la reconnaîtrons jamais», martèle Alexeï Navalny, qui n'exclut pas de se déclarer candidat si la rue réussit à obtenir «des élections libres». Pour transcender les dissensions qui agitent la nébuleuse de l'opposition, il appelle les Russes à sortir encore plus massivement dans la rue: «Peut-être que c'est une vision trop primaire, mais si un million de personnes sortent dans la rue, ils ne pourront rien nous faire. Ils devront satisfaire nos revendications»
Le coût des débats PS pas imputé à Hollande pour 2012
La commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques considère que les dépenses des médias pour couvrir la campagne «n'ont pas été exposées au profit direct» du candidat PS à l'Elysée. Elles ne peuvent donc pas être imputées à ses comptes de campagne.
La commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a tranché. Les dépenses consenties par les chaînes de télévision et de radio dans le cadre des primaires socialistes ne seront pas imputées aux comptes de campagne de François Hollande. «Sous réserve des observations éventuelles du Conseil constitutionnel, la commission considère (…) que de telles dépenses, qui n'ont pas été exposées au profit du candidat désigné in fine et en vue de son élection, n'ont pas à être rattachées à son compte de campagne», a expliqué le président de la commission, François Logerot, en réponse à l'UMP qui avait soulevé le problème le 9 décembre dernier.
Le parti majoritaire, par la voix de Franck Riester, son secrétaire national en charge de la communication, avait demandé à la CNCCFP si les dépenses des médias devaient être intégrées au compte de campagne du candidat socialiste, pointant également du doigt un partage inégal, selon lui, du temps de parole dans les médias entre l'UMP et le PS au troisième trimestre 2011. Contacté par Le Figaro, le député de Seine-et-Marne n'était pas joignable dans l'immédiat.
Une primaire rentable pour le PS
«Les dépenses engagées lors de ces émissions se rapportent à des confrontations contradictoires entre plusieurs pré-candidats du même parti, en vue de la désignation de l'un d'entre eux», a justifié François Logerot dans un courrier adressé au secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé. Mais la primaire a rapporté au Parti Socialiste entre 1 et 1,5 millions d'euros, selon des chiffres que le parti a lui-même communiqués.
Un excellent résultat, probablement réalisé grâce à la médiatisation dont a bénéficié le processus de désignation du candidat socialiste. Car si sa médiatisation de la primaire n'a pas rapporté directement de l'argent au parti, elle lui a assuré une véritable popularité, notamment par le biais des quatre débats télévisés organisés et diffusés à des heures de grande écoute en septembre et octobre.
L'euro fête ses dix ans sans tambour ni trompette
La zone euro a "sous-estimé les risques"
Eurosceptiques et europhiles se livrent désormais un duel sans merci. Les premiers reprochant à la monnaie unique d'être surévaluée et de pénaliser les exportations quand ses défenseurs louent « des prix stables pour les consommateurs, plus de sécurité pour les entreprises et les marchés ». Tout le monde a « sous-estimé les risques », juge Philip Whyte, pour qui la forte baisse des taux d'intérêt après l'arrivée de la monnaie unique, notamment en Europe du Sud, a incité gouvernements, entreprises et ménages à s'endetter démesurément.En dépit de ses avantages indéniables pour voyager, « les consommateurs n'ont jamais été très heureux (avec l'euro), ils ont toujours gardé cette perception initiale qu'il signifiait une augmentation des prix », constate André Sapir, économiste du centre Bruegel de recherche sur les politiques économiques en Europe. Si la BCE a effectivement veillé à la stabilité des prix, avec une inflation limitée à 2% par an en moyenne depuis 1999, la focalisation des consommateurs sur leurs achats quotidiens comme le pain ou l'essence a provoqué un phénomène d'inflation ressentie dans tous les pays où l'euro a été introduit. Et ceux qui font toujours la conversion dans leur monnaie nationale « la font fatalement avec les prix d'il y a 10 ans », d'où le sentiment de forte inflation qu'éprouvent de nombreux Européens encore aujourd'hui, selon André Sapir.
Personne ne songe sérieusement à un retour aux anciennes monnaies nationales même si la nostalgie gagne du terrain, notamment chez les Allemands, qui étaient très attachés au deutschemark synonyme du miracle économique d'après-guerre et qui ont l'impression de devoir toujours passer à la caisse pour leurs voisins. Selon les économistes, une fin de l'euro serait catastrophique pour les banques européennes, à cause de la dépréciation prévisible des monnaies des pays d'Europe du Sud dont elles sont créancières. Et l'Allemagne, dont la monnaie s'apprécierait considérablement, verrait fondre sa compétitivité à l'export, avec des pertes d'emplois massives à la clé.
mardi 27 décembre 2011
Combattre le chômage sans fatalisme ni tabous
Les conséquences de la crise économique sont, hélas !, implacables. Chaque jour depuis trois mois, la France compte un millier de chômeurs supplémentaires. En un an, quelles que soient les catégories retenues, le chômage a progressé de plus de 5 %. Selon les derniers chiffres, l'on comptait, en novembre, 2 844 800 demandeurs d'emploi, soit le plus mauvais résultat depuis douze ans.
Pour la France entière, départements d'outre-mer compris, deux seuils symboliques ont été franchis : plus de 3 millions de chômeurs de catégorie A et plus de 5 millions d'inscrits à Pôle emploi, toutes catégories confondues. La dégradation est encore plus forte pour les plus de 50 ans (+ 15 %), pour les femmes (+ 7 %) et pour les chômeurs de longue durée (+ 7 %).Le chef de l'Etat ne pouvait imaginer pire contexte pour briguer un second mandat. Il a été d'autant mieux avisé, le 1er décembre à Toulon, d'inviter les partenaires sociaux à un sommet sur l'emploi, le 18 janvier, afin que "chacun puisse apporter des solutions, faire des propositions". "La crise ne doit pas nous faire baisser les bras", avait ajouté M. Sarkozy. Mieux vaut tard que jamais. Mais c'est bien tard, et pour deux raisons qui ne permettent guère d'espérer des miracles de ce prochain rendez-vous. La première tient à l'état des relations entre l'Elysée et les centrales syndicales.
Nicolas Sarkozy avait pourtant marqué des points au début de son mandat. En 2007, il avait négocié avec pragmatisme la loi sur le service minimum dans les transports, puis la réforme des régimes spéciaux de retraite. Il avait ensuite eu le courage de réformer les règles archaïques de la représentativité, afin de rendre les syndicats plus légitimes et de faire progresser la démocratie sociale. Mais, depuis deux ans, la réforme des retraites menée au pas de charge, sans réelle concertation, a installé un climat de défiance qu'il sera bien difficile de dissiper à trois mois de l'élection présidentielle.
La seconde raison est plus profonde : le chômage de masse qui gangrène la société française signe l'échec des politiques de l'emploi menées par la gauche et par la droite depuis quarante ans. Or, au-delà de l'amortisseur des emplois aidés, autrefois brocardé par M. Sarkozy et aujourd'hui réactivé, bien des pistes méritent d'être explorées : de l'élargissement du chômage partiel (à l'Allemande) à la "flexisécurité" (à la scandinave), de la "sécurité sociale professionnelle" prônée par la CGT et la CFDT au "contrat de génération" préconisé par M. Hollande ou à l'allégement des charges sociales sur le travail souhaité par le patronat.
A défaut d'amorcer la décrue du chômage, souhaitons au moins que le sommet de janvier, puis la campagne électorale permettent d'affronter le problème sans fatalisme, ni tabous.
La majorité ne veut pas croire au scénario de la France rose
INFOGRAPHIE - Depuis que le Sénat a basculé, la gauche se prend à rêver au «grand chelem» si elle gagne présidentielle et législatives en 2012.
Dès le 14 mai dernier, le président du MoDem, François Bayrou, avait évoqué ce scénario, visionnaire à l'époque puisque le Sénat n'avait pas encore basculé à gauche, en soulignant: «L'élection du candidat du PS signifierait la concentration entre les mêmes mains, pour la première fois dans l'histoire de la République, de tous les pouvoirs locaux et nationaux.» Le 10 décembre, à Pau, le candidat centriste à l'Élysée a cette fois mis en garde l'opinion publique: «Je ne crois pas que l'on sortira le pays de ses difficultés en donnant à ce parti (le PS) tous les pouvoirs, de la plus petite commune jusqu'à la présidence de la République.»«Cela pourrait mettre la France K.-O.»
Le scénario est bien sûr «espéré» au PS, comme le précise Jean-Jack Queyranne. Le président de la région Rhône-Alpes, qui ne se représentera pas aux législatives, explique que «si la gauche gagne la présidentielle, elle a de bonnes chances de remporter ensuite les législatives. Ce serait une logique de confirmation .» Queyranne ajoute qu'il y a «de très fortes attentes des présidents de région» qui souhaitent que l'État «leur délègue des responsabilités nouvelles en matière économique». une nouvelle réforme de la décentralisation et une réforme fiscale.À droite, on ne veut évidemment pas se résoudre à ce scénario d'une France repeinte en rose. «Ce serait une première. Heureusement, cela reste une hypothèse. Il faut mettre le doigt sur le fait que la gauche munie de tous les pouvoirs pourrait mettre la France K.-O.», explique le ministre des Transports, Thierry Mariani.
«Si la gauche gagne tous les pouvoirs, elle aura le pays à dos six mois après», veut croire Jacques Myard (Yvelines). Bien placé pour savoir qu'en 1981 un tel scénario, prédit par le RPR de l'époque, n'avait pas empêché François Mitterrand de rester le maître à l'Élysée pendant quatorze ans, avec tout de même deux législatives perdues et deux fois deux ans de cohabitation.
«Je ne peux pas croire à une marée totalement rose, car cela voudrait dire que les Français n'ont pas compris l'engagement quotidien du chef de l'État pour les protéger de la crise», explique Alain Gest (Somme), pour qui les élus UMP doivent se mobiliser pour «faire la pédagogie» du bilan de Nicolas Sarkozy.
« Partir à la reconquête »
«On peut encore gagner, c'est l'argument essentiel. Il faut revenir à nos fondamentaux», résume Christian Vanneste (Nord). «La France rose, ce serait un affaiblissement du pluralisme, et un danger pour l'équilibre de nos institutions», estime Patrice Martin-Lalande (Loir-et-Cher).«Si, par malheur, la gauche avait tous les leviers de pouvoir, on aurait alors un sacré travail de renaissance idéologique à faire», reconnaît Hervé Mariton (Drôme). «C'est un vrai problème. Le fait que nous ayons négligé les élections locales est extrêmement dangereux», prévient Bernard Debré. Le député de Paris se veut lucide: «Si la gauche remporte tous les pouvoirs, nous devrons partir à la reconquête, ville après ville.» Et ce, dès 2014. «Quand on perd, c'est que l'on a été mauvais. Jamais les élections nationales ne revêtiront un tel enjeu», insiste Lionnel Luca (Alpes-Maritimes).
Face à la rue, Poutine veut une «psychothérapie nationale»
Le premier ministre russe a encouragé lundi les responsables politiques à mieux communiquer avec leurs concitoyens.
Vladimir Poutine a aussi multiplié les références au Roosevelt de la Grande dépression, dont il entend faire un modèle face à la crise qui ébranle son système de gouvernance. À l'époque, a-t-il dit, «Roosevelt intervenait à la radio sur de nombreux thèmes, pas seulement sur les questions d'emploi. Le but principal était de mener une psychothérapie nationale pour redonner aux citoyens confiance en l'avenir». Poutine somme la classe politique d'investir le champ médiatique, notamment «l'Internet et la télévision». «Nous disposons de nombreux moyens de communiquer avec la société et nous ne les utilisons pas efficacement. Il faut redoubler d'efforts», dit-il.
Contrôle direct
Ce «remède» risque, au mieux, de faire hurler de rire l'opposition qui dénonce l'incapacité du candidat Poutine à faire face aux questions de son temps. «Pour le moment, le pouvoir s'en tient à une imitation d'action politique. Il n'est pas dans l'action mais dans la communication», dénonce le député de Russie Juste Ilya Ponomarev, membre du comité d'organisation du meeting de samedi.À la différence de Dmitri Medvedev, Vladimir Poutine est réputé pour sa défiance envers les nouveaux moyens de communication, à l'exception notable des web-caméras installées à sa demande sur les chantiers de reconstruction des maisons détruites par les incendies de l'été 2010. À l'époque, ces initiatives avaient été raillées par les éditorialistes moscovites, qui y ont vu un «aveu patent de l'échec de la verticale du pouvoir». Elles traduisent aussi l'incapacité de Vladimir Poutine à concevoir les nouveaux médias autrement qu'à travers le prisme du contrôle direct - l'œil, la voix -, alors qu'ils sont par définition hors de prise.


























