TOUT EST DIT

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jeudi 29 décembre 2011

Les candidats lilliputiens gênent Nicolas Gulliver

Etre le seul candidat de son camp afin d’arriver en tête lors du premier tour de l’élection présidentielle et créer ainsi une irrésistible dynamique pour le second, fut la stratégie gagnante de Nicolas Sarkozy en 2007. Une stratégie à laquelle il croit toujours mais qu’il aura, semble-t-il, malgré le retrait prématuré de Jean-Louis Borloo, beaucoup de mal à renouveler en 2012. Reste bien sûr François Bayrou (voir dans Présent de mardi) dont la cote, en hausse continue dans les enquêtes d’opinion, atteindrait 15 %. Mais ce dernier, qui paraît mordre avec la même appétence dans l’électorat PS que dans celui de l’UMP (réunissant centre gauche et centre droit), préoccupe pour le moment beaucoup moins Nicolas Sarkozy que les minuscules candidats à droite de l’UMP ou prétendant capter des voix sur le terrain de cette dernière pour un ailleurs improbable.

Parmi ces candidatures certaines ressemblent fort à des règlements de compte. Bien sûr Christine Boutin veut se battre pour « porter les valeurs de la démocratie chrétienne » – elle a fondé pour cela le Parti chrétien démocrate (PCD) –, une sensibilité politique dont les électeurs, sans se définir explicitement ainsi, paraissent plutôt se reconnaître dans la démarche de François Bayrou. Même si ce dernier, catholique pratiquant affirmé, se revendique dans son action politique d’une laïcité à la neutralité intransigeante, refusant toute référence publique à son identité religieuse. Cette réserve pourrait justifier la candidature de Mme Boutin. D’autant que celle-ci a d’excellentes idées à promouvoir : « l’inscription du mariage composé d’un homme et d’une femme dans la Constitution » et « l’inscription des racines judéo-chrétiennes de l’Europe dans les futurs traités européens ». Toutefois Christine Boutin porte aussi une rancune tenace à Nicolas Sarkozy, coupable, lors du remaniement de 2009, de l’avoir virée sans trop d’égards du gouvernement où elle détenait le portefeuille du Logement et de la Ville, alors qu’elle souhaitait y demeurer. Sa difficulté actuelle à trouver les 500 signatures nécessaires, qu’elle impute à une manœuvre élyséenne, exacerbe sa mauvaise humeur vis-à-vis du chef de l’Etat. Au point de le menacer, il y a quelques jours, de lâcher « une bombe atomique en pleine campagne électorale » (voir dans Présent de vendredi dernier l’article de Jeanne Smits). Si l’Elysée continue à lui faire des misères, Mme Boutin se propose en somme d’hiroshimatiser la Sarkozie. Rien de moins… A l’entendre on pense à la chanson de Boris Vian, « La java des bombes atomiques » :

Mon oncle un fameux bricoleur faisait en amateur

Des bombes atomiques

(…)

Pour fabriquer une bombe A, mes enfants croyez-moi

C’est vraiment de la tarte

La question du détonateur se résout en un quart d’heure

Mais une chose me tourmente

C’est que celles de ma fabrication n’ont qu’un rayon d’action

De trois mètres cinquante

Sarkozy ne s’inquiète pas trop de la bombinette de tante Christine, au rayon sans doute encore plus limité que celle du tonton de Boris Vian. D’autant que la fabricante de bombes atomiques a prévenu qu’elle se montrerait « raisonnable » si d’aventure Nicolas Sarkoy se trouvait en passe d’être menacé par Marine Le Pen. Le seul parti que Mme Boutin souhaiterait vraiment désintégrer, c’est le Front national. Mais la formule de la bombe anti-Marine, que tous les partis de l’UMPS cherchent désespérément, n’a pas encore été trouvée. Si la bombinette B est au mieux un pétard mouillé, Christine Boutin nous aura au moins démontré que dans cette compétition qui s’annonce à couteaux tirés elle n’entendait pas laisser à Jean-Luc Mélenchon ou à Eva Joly le monopole de l’outrance verbale.

Dominique de Villepin plane…

La rancune et la vengeance à l’égard de Nicolas Sarkozy, quoi qu’en dise Dominique de Villepin, ne sont sans doute pas absentes de la candidature « surprise » de celui-ci, annoncée le 11 décembre dernier. Une candidature, assure Villepin, uniquement motivée par « le devoir », « la volonté de servir », et de s’opposer « à la Républiques des partis » qui selon lui dictent leur choix aux électeurs. « Ce n’est pas à l’UMP de choisir le président de la République, ce n’est pas au parti socialiste, pas plus qu’au MoDem ou au Front national, c’est aux Françaises et Français ! (…) Je ne veux pas que cette élection présidentielle soit kidnappée par les partis politiques. » Ce qui ne sera évidemment pas le cas avec Dominique de Villepin puisque celui-ci n’a plus de structure politique. Dans la tradition gaullienne qu’il revendique, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac se pose donc en candidat planant « au-dessus des partis », réaffirmant, chaque fois qu’on lui tend un micro, sa détermination d’aller « jusqu’au bout » de la course élyséenne. Bien entendu, au passage, et bien que tous deux aient soi-disant fumé le calumet de la paix, Dominique de Villepin ne manque pas de décrocher quelques coups de pieds dans les tibias de Nicolas Sarkozy : « Nous avons aujourd’hui, il le revendique, un président de droite. La France ne peut pas vivre avec un président hémiplégique qui représente une seule partie des Français. (…) Il faut un président qui rassemble. » Sarkozy, lui, disperse…

Hormis le désir toujours vif d’embêter l’actuel chef de l’Etat, il se pourrait aussi que la candidature de Dominique de Villepin réponde à un autre objectif… faire diversion aux casseroles qui tintinnabulent avec insistance derrière lui : hier Clearstream, aujourd’hui les valises de Robert Bourgi et l’affaire Relais et Châteaux. Peut-être également, appeler à l’aide sous forme de chantage à l’adresse du président de la République : ou tu viens à ma rescousse, ou je continue à t’embêter… Des considérations effectivement très au-dessus des partis…

Dans les eaux profondes des sondages

Guignant un peu le même électorat que l’ex-Premier ministre – celui de Français à la fibre nationale mais que leur gaullisme invétéré empêche de rejoindre Marine Le Pen – Nicolas Dupont-Aignan se revendique, lui, comme « souverainiste et gaulliste social ». En 2007 il avait quitté l’UMP pour fonder Debout la République. Debout, et même grimpé sur la statue du général, atteindra-t-il cette fois la queue du Mickey ? C’est-à-dire son paquet de 500 signatures qu’en 2007 il avait raté. Les sondages lui donnent actuellement 1 % des intentions de vote. Un début que Dupont-Aignan semble trouver plutôt encourageant. « Je ne peux que progresser », se réjouit-il. Ou rester définitivement en rade…

1 %… On ne peut guère descendre plus bas. Eh bien si : c’est le cas d’un autre Lilliputien, le patron du Nouveau Centre, Hervé Morin, que les sondeurs, au vu de ses résultats, ont méchamment surnommé Mister Zéro. A la tête d’un groupuscule « dont la force est de compter dans ses rangs 39 parlementaires », Hervé Morin « n’a pourtant reçu le soutien que de 17 d’entre eux ». Des soutiens qui, en outre, rétrécissent au lavage (de tête) puisqu’ils ne sont plus, au dernier pointage, que treize. (Un chiffre porte-bonheur, dit-on.) Expert en chevaux, Hervé Morin risque de vider les étriers avant même de quitter l’écurie. Désarçonné en quelque sorte par son propre parti…

Il y a aussi le candidat de Chasse Pêche Nature et Traditions (CPNT) qui, en 2007, avait réuni sur son nom 1,15 % des suffrages. Mais qui espère cette année retrouver les 4,23 % obtenus par son prédécesseur, Jean Saint-Josse, en 2002. Toutefois, avant de participer à la chasse aux électeurs, Nihous doit d’abord aller, comme les autres concurrents, à la pêche aux signatures. Une pêche qui pour lui non plus ne s’annonce pas vraiment miraculeuse.

1 % par ci, 2 % par là… Si tous ces minis candidats s’alignaient sur la ligne de départ, ils pourraient facilement confisquer pour le premier tour 5 à 8 % des voix éventuelles de Nicolas Sarkozy. Une perte de gain qui, si selon toute probabilité Marine Le Pen et François Bayrou continuent de grimper, peut se révéler bien embêtante pour le candidat de l’UMP. Le Gulliver de l’Elysée entravé lors du premier tour par cinq minuscules candidats ? Cinq Lilliputiens du suffrage universel ? Dans les fiches de littérature que Carla Bruni prépare pour son époux, il va falloir qu’elle se dépêche de lui en rédiger une sur Jonathan Swift.

Les mystères de Pyongyang

Un vrai chagrin sous des torrents de larmes ? Les images de la télévision nord-coréenne montrant de nouveau des scènes d’hystérie collective au passage du cortège funèbre de Kim Jong-Il laissent vraiment perplexe. Elles inquiètent aussi. Une population coupée du monde depuis presque 70 ans, affamée, terrorisée, soumise au lavage de cerveau dès l’enfance, a été parfaitement dressée pour obéir aveuglément. Pour répondre sans réfléchir aux ordres de sa dynastie communiste dans une force armée de plus d’un million de soldats (avec un service militaire de huit ans !). Et gare à ceux qui oseraient manifester l’une ou l’autre velléité déplaisant au régime : les camps de concentration existeraient par dizaines.

La Corée du Nord, apparemment détentrice de l’arme atomique, représente un danger bien réel. Et imprévisible car nul ne sait qui est exactement aux commandes. Kim Jong-Un, fils cadet du dictateur défunt, choisi parce que plus malléable que son frère aîné en résidence surveillée à Pékin ? Le « conseil de régence » formé de ses tantes et oncles ? Ou l’armée, véritable Etat dans l’Etat. Elle accapare entre 15 % et 25 % du PIB, possède usines, fermes, magasins, circuits de distribution… Le mystère reste entier. Pyongyang rappelle la Rome de l’Antiquité tardive lorsque les prétoriens faisaient et défaisaient les empereurs, sans oublier les intrigues de palais poussant aux « disparitions » et aux assassinats.

Ne pas savoir qui dirige le pays signifie tout ignorer de sa politique, du moins dans l’avenir. L’immédiat n’apportera guère de changement. Sous une propagande effrénée, le régime versera encore dans son chantage habituel pour mendier de l’aide alimentaire en contrepartie d’un abandon, jamais vérifié, de ses ambitions nucléaires.

Mais plus tard ? La prudence règne à Séoul et à Tokyo. Comme les Etats-Unis qui déploient 25 000 soldats dans le Sud (plus les marins et l’aéronavale), le gouvernement de Séoul et le Japon misent pour l’instant sur le statu quo, en l’espérant moins offensif et en rêvant d’une évolution économique à la chinoise. Paradoxalement, Washington, Tokyo et Séoul comptent sur la Chine pour qu’elle garde son « protégé » du Nord à la longue laisse. En effet, un rapprochement des deux Corée, bien que très hypothétique, créerait dans cette région d’Asie des bouleversements aux conséquences imprévisibles ! On voit mal la Chine accepter deux Corée réconciliées et transformées en concurrents économiques. Encore moins une Corée unifiée et démocratique à sa porte…

Réveiller la citoyenneté

Il y a peu, ce fait divers bien banal et pourtant riche d’enseignements : une fillette de 9 ans arbore à l’école un maquillage provocant qui lui vaut un avertissement de la directrice. Fureur de la mère qui parle de « discrimination » et invoque le droit de sa fille au libre choix de son image. L’enfant est réputée « autonome » et il n’y a donc qu’à s’incliner puisque telle est sa volonté.

Ajoutons-y un souvenir récent de voyage en train. Deux très jeunes filles échangent si bruyamment qu’au bout d’une heure de trajet, je décide de les appeler, d’un ton aimable, à plus de discrétion. Réaction presque indignée et empreinte d’arrogance : « Mais Monsieur, si on vous dérange, vous n’avez qu’à changer de place ! » Je n’y avais pas pensé…

Dans les deux cas, se trouve revendiqué le droit à la singularité, au nom du respect de l’authenticité de chacun. « Prenez-moi tel(le) que je suis et veux être. » Une célèbre enseigne de restauration rapide l’a bien compris qui nous invite à venir dans ses établissements « comme nous sommes ».

Sans leur accorder plus d’importance qu’ils n’en méritent, on ne peut s’empêcher de voir dans ces deux faits comme la métaphore de la difficulté actuelle à vivre ensemble. Si le problème n’est en rien nouveau, l’est en revanche l’écart croissant entre l’individu, plus sûr que jamais de son bon droit (confondu avec son désir) et le « faire société », impliquant mise en sourdine des particularités au profit de la généralité incarnée dans la citoyenneté.

Dans un contexte culturel où les individus peinent à se rassembler dans des structures plus larges (parti, syndicat, église, Nation…), ce problème s’apparente à la quadrature du cercle. Une chose semble acquise : on n’en reviendra pas au « vieux » social dans lequel les individus disparaissaient comme sucre dans l’eau. La cohésion s’opérait par fusion dans une masse de labeur et souvent de combat. Ce modèle est aujourd’hui périmé, rendu caduc par la revendication des particularités de chacun.

Le défi est de parvenir à trouver la formule permettant de concilier, de manière équilibrée et stable, l’initiative d’individus autonomes et l’action collective. Cette tâche redoutable prendra probablement des décennies. Les contours du nouveau modèle s’en esquissent au sein du vaste monde associatif. Par exemple, à Amnesty International dont les membres, souvent « individuels », collaborent avec efficacité dans une oeuvre puissamment collective. On peut aussi citer le Pacte civique, groupement d’associations présidé par Jean-Baptiste de Foucauld, qui entend allier, en temps de crise, transformation collective et changement personnel.

Cela dit, ne nous payons pas de mots. S’agissant de la grande société, de la société politique, de la Nation et de l’espace public, dont l’appartenance n’est pas affaire de choix, on ne fera pas l’économie d’un passage obligé par le statut de citoyen. Un choix de société exigeant de tous l’arrachement aux particularités pour entrer en généralité. À l’heure où la citoyenneté s’éveille dans tant de pays, pourquoi ne se réveillerait-elle pas chez nous ?

mercredi 28 décembre 2011

2011, l’année du traducteur

Avec l'accession des romans de Stieg Larsson et Haruki Murakami au rang de best-sellers internationaux, la traduction n'avait pas connu pareil succès depuis 30 ans. Mais atteindra-t-elle jamais le graal de la fidélité absolue ? 

Il fut un temps, nous dit le chapitre 11 de la Genèse, où “toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots”. Au lendemain du Déluge, les survivants décidèrent de fêter leur chance et leur salut selon une tradition éprouvée, en construisant un édifice triomphal. La Bible traduit cette aspiration en ces termes : “Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel”. “Faisons-nous un nom, clament les enfants de Noé, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.”
Pas de chance. Si l'on en croit l'Ancien Testament, cette volonté d'union de l'humanité n'était pas du goût du Tout-Puissant. Le désir démiurgique de l'homme était donc voué à l'échec, et le projet avorté a été baptisé Babel.
Comme nous le précise [la Bible traduit par Louis Segond], “c'est là que l'Eternel confondit le langage de toute la terre”. Et pour faire bonne mesure, il dispersa sur toute la surface du globe ces peuples aux langues désormais différentes.

Les Terriens parlent une seule langue

En ce début de XXIe siècle, le monde demeure un patchwork de plus de 5 000 langues distinctes et concurrentes. Pourtant, pour qui rêve encore d'une langue universelle, les perspectives ont rarement été aussi encourageantes : 2011 a été une année hors du commun pour l'art de la traduction. Serait-il donc possible de rebâtir la tour de Babel ?
De nombreux linguistes rejoignent désormais l'idée pionnière du philosophe Noam Chomsky selon laquelle, en dépit de lexiques mutuellement incompréhensibles, “les Terriens parlent une seule langue” – cela sauterait d'ailleurs aux yeux de tout Martien de passage, assure Chomsky. Pour toutes sortes de raisons, jamais nous n'avons été aussi proches de la compréhension mutuelle.
Grâce notamment à la force de frappe des médias internationaux, un marché d'une ampleur inédite se fait jour pour la littérature traduite, en particulier en anglais britannique ou américain.
Des versions qui ont parfois avec l'original aussi peu de ressemblance que l'envers d'un tapis persan avec son endroit – mais cela ne semble en rien entamer leur attrait pour le lecteur.
Depuis peu, une soif nouvelle de “fictions étrangères” (en témoignent par exemple la trilogie Millenium de Stieg Larsson, ou 1Q84, d'Haruki Murakami) est venue nourrir une tendance de fond, renouvelant du même coup le lectorat de certaines superstars de la littérature internationale tels Umberto Eco, Roberto Bolaño et Péter Nádas.
Il faut sans doute remonter aux années 1980, et au succès international des romans de Milan Kundera, Gabriel García Márquez et Mario Vargas Llosa, pour retrouver une volonté aussi marquée d'ouvrir le marché du livre aux fictions traduites.

Les traducteurs sont des rockstars

De nouvelles éditions [en anglais] de Guerre et Paix de Tolstoï, de Madame Bovary de Flaubert ou de A la Recherche du temps perdu, de Proust, poussent sous le feu des projecteurs les traducteurs, espèce timide s'il en est.
Leur confrère David Bellos, dont le dernier ouvrage, intitulé Is That A Fish in Your Ear? Translation and the Meaning of Everything, paru cet automne, souligne pourtant qu'au Japon, “les traducteurs sont des rockstars” et possèdent même un ouvrage consacré aux cancans de leur milieu, La vie des traducteurs, le B.A.-BA.
Cette explosion du lectorat mondial de fictions n'aurait pas été rendue possible sans un autre phénomène : selon le British Council, confirmé par de nombreuses autres sources fiables, près de la moitié de la population mondiale, soit 3,5 milliards d'individus, possède au moins “des notions d'anglais”. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une langue peut être transmise et comprise presque partout sur la planète.
Ce phénomène linguistique inédit est soutenu par la puissance des médias. Lindsey Hilsum, responsable du service étranger de la chaîne britannique Channel 4 News, qui avait demandé le sens d'un graffiti en arabe peint sur un mur de Tripoli, a été surprise par le clin d'œil interculturel : “Kadhafi, vous êtes le maillon faible. Au revoir.” .
Devant ces horizons nouveaux, Google, on ne s'en étonnera pas, est à l'avant-garde de la prochaine révolution de la traduction, modifiant ses techniques et sa portée. Pour rivaliser avec cette pratique éminemment humaine qu'est la traduction, le géant de l'Internet a lancé un programme approchant le graal de l'intelligence artificielle, capable de traduire le “langage naturel”.
Google Traduction puise dans de richissimes archives de traduction et se fonde sur les probabilités pour déduire le sens le plus probable, en fonction du contexte.
Pour cela, le service dispose d'une base de données de plusieurs milliers de milliards de mots issus de documents des Nations unies, de la série des Harry Potter, d'articles de presse ou de documentations et rapports d'entreprises.

Le rêve de la traduction parfaite

Le rêve d'une vraie langue universelle repose, au fond, sur celui de la traduction parfaite. Outre les enseignements que nous offre l'épisode de Babel, l'histoire de la Bible elle-même et de ses versions est édifiante.
Cette année, le 400e anniversaire de sa plus prestigieuse traduction en anglais, la Bible du roi Jacques (King James Bible) aura été l'occasion de réjouissances, mais aussi de poursuivre la réflexion : peut-on fournir une traduction idéale, ou définitive, de pareille œuvre ? Toute nouvelle version n'est-elle pas inévitablement marquée par le contexte social et culturel dans lequel a travaillé le traducteur ?
Le sort que connaissent les traductions postérieures de la Bible en anglais témoigne de la difficulté à rendre un texte de façon intemporelle dans une langue qui est, elle, en perpétuelle évolution. Les chantres de la Bible du roi Jacques, traduite du temps de Shakespeare, sont horrifiés par certaines tournures des traductions modernes, qu'ils jugent ridicules.
Ainsi, les “wolves in sheep's clothing” [Matthieu 7:15, “Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs”], retraduits dans la New English Bible, semblent tout à coup sortir d'un film des Monty Python – “men dressed up as sheep” [littéralement des “hommes déguisés en brebis” ; d'ailleurs traduit par “déguisés en agneaux” dans la dernière traduction française en date, confiée à des écrivains, La Bible, nouvelle traduction, Bayard, 2001].
Certes, 2011 a bien été un excellent cru pour la traduction, et la compréhension mutuelle entre les hommes bénéficie bien d'avancées technologiques majeures, mais les fameux jeux de langage de Wittgenstein ont encore de beaux jours devant eux.
Face à la multiplicité des langues de ce monde, Google Traduction continuera ainsi de buter sur le casse-tête de la saucisse de Francfort. Non, il ne s'agit pas d'une énigme pour linguistes allemands, mais d'une question simple. Que désigne un “hot dog” en anglais ? Un sandwich garni d'une saucisse, ou un adorable chiot ?

Scènes d'hystérie collective aux obsèques de Kim Jong-il

La télévision nord-coréenne a diffusé des images de ces funérailles aux allures martiales, qui n'étaient pas sans rappeler celles de son père Kim Il-Sung.

Triste anniversaire

Dix ans, ce devrait être au moins l’âge de raison pour l’euro. Mais c’est encore de maladie infantile dont souffre la monnaie unique européenne. Alors qu’on la croyait à l’abri des mauvaises infections, la voilà qui connaît même l’un de ces accès de fièvre répétitifs qui peuvent à tout moment l’emporter pendant l’hiver. Le plus triste, c’est que personne n’éprouve de véritable affection pour elle. Pas même d’attachement particulier au delà, pour ses protecteurs, de la certitude de sa nécessité. Aura-t-elle jamais été populaire ? Trop nordique dans son dessin. Trop allemande dans sa rigueur. jusqu’à son nom - préféré à «l’écu » de VGE qui sonnait tellement français - jugé d’emblée froid. Impersonnel. Comme « la zone » sur laquelle elle règne qui suggère davantage les urgences hospitalières - il faut la sauver ! - que le voyage dans l’histoire que nous proposaient Pasteur ou Richelieu.

Ah, la nostalgie du franc… Elle ne s’est pas vraiment éteinte, animée par le souvenir flou de l’âge d’or des trente glorieuses. Et régulièrement revient la tentation de ressusciter la semeuse des rêves de prospérité d’une France pleinement souveraine et maîtresse absolue de son destin monétaire et politique. Et qu’importe si cette illusion anachronique coûterait des fortunes, elle berce les langueurs monotones.

L’euro a l’odeur aigre de la crise après avoir longtemps traîné derrière lui un lourd parfum de soupçon. Le passif psychologique qui leste son image est chargé. Calcul impossible, la division par 6,55 avait servi - une bonne partie de l’opinion en reste persuadée - à dissimuler une augmentation des prix. Désormais, on lui reproche d’avoir incité les démocraties à remplir leurs valises de dettes jusqu’à ce qu’elles deviennent des boulets paralysants. Et qu’ils sont agaçants ces Britanniques qu’on disait isolés avec leur livre sterling avec leur livre sterling, et qui paraderaient presque aujourd’hui avec un AAA que la Banque d’Angleterre rend nettement plus durable que le nôtre. Quant aux autres Etats sceptiques qui ne tentèrent pas l’aventure, eh bien ils entendent le rester.

Les vertus de la faible inflation et du dynamisme des échanges que portait l’euro ont été inhibées par la mauvaise coordination manifeste de ses opérateurs. Les nuits bruxelloises de l’automne 2011 au chevet de l’objet sulfureux ont fait oublier la légèreté du printemps 2002 quand il avait rapproché Paris d’Amsterdam, Berlin de Madrid, Rome de Dublin. Contre toute attente l’argent - un seul et même argent - avait alors généré une furtive fraternité.

TRAGÉDIE, HISTOIRE D'UN PEUPLE MANIPULÉ





Beau temps, mauvaise nouvelle

Les glaciers fondent, les déserts avancent, la neige ne tombe plus à Noël. À part Claude Allègre, tout le monde s’en est rendu compte en levant les yeux au ciel : ça chauffe chaque année un peu plus pour la terre. Pour le moment, on se contente de monter la clim’ au lieu de baisser l’émission massive à l’origine de l’effet de serre. Le degré d’intolérance de la planète à cette montée de température sera atteint plus vite que prévu.

Depuis 1994, l’ONU et le G20 n’ont pas su imposer des mesures fermes et efficaces pour bloquer le thermomètre, en fermant le robinet des gaz à effet de serre, ouvert plein pot par un milliard de Chinois. On ne peut décemment pas demander à ces nouveaux champions du CO 2, de reprendre leurs vélos grinçants de l’époque Mao et de renoncer à la voiture qui nous est bien utile depuis un siècle. La solution ne peut être que mondiale et partagée. Entre la crise, la Syrie, l’inflation... les dossiers brûlants ne manquent pas lors des réunions de l’ONU et les sommets du G20. Mais si le dossier climat reste au réfrigérateur, les dirigeants vont passer leur temps à traiter dans l’urgence les catastrophes, les conflits, les désastres économiques provoqués par cette chaleur. Le beau temps ne sera bientôt plus une bonne nouvelle.

Les leçons de notre jeunesse

La France en récession, la France en campagne électorale. Dure année qui s'achève, rude année qui s'annonce. Le temps est loin où l'on nous expliquait que l'une des vertus du modèle social français était d'amortir la crise. C'était en 2008-2009. Nous faisions alors mieux que nos voisins allemands, plus durement touchés sur le coup. Aujourd'hui nous les envions, et les Français anticipent non pas des jours meilleurs, mais plus difficiles.

Sans vouloir dévaloriser la politique, reconnaissons que nous ne pouvons tout lui demander. Aucune solution miracle ne sortira des urnes, souvent en retard sur les réalités. La circulation des idées et des personnes va beaucoup plus vite. L'avenir est à ceux qui bougent, qui inventent, qui défrichent. À ceux qui regardent le monde pour y découvrir les opportunités à développer, les chances à saisir. À ceux qui se laissent heureusement surprendre, et qui n'enferment pas le futur dans les catégories d'hier. Tous les Français ne deviendront pas chefs d'entreprise, mais nous avons besoin de « libérer » ceux qui peuvent prendre des initiatives pour qu'ils puissent proposer du travail à d'autres.

C'est du côté de la jeunesse qu'il faut regarder. À la différence de la génération qui a grandi pendant les Trente Glorieuses, elle sait qu'elle n'a rien à perdre. Le chômage qui la frappe cruellement lui a appris qu'elle ne doit pas compter sur « le système », mais sur elle-même. Du coup, elle a l'esprit affûté. Elle croit en elle et dispose de ressources profondes.

Elle sait que la vie est dans l'échange, dans le mouvement, bien plus que dans les assurances et autres garanties. Qu'elle ne vivra pas de ce qu'elle recevra de l'État, mais de ce qu'elle sera capable de proposer, d'offrir, de produire et de mettre, disons-le, sur le marché... Notre pays a trop longtemps douté, comme le montre la faiblesse de ses exportations.

Cette jeunesse est déjà à l'aise dans la France de demain qui sera diverse, multiculturelle, pluriconfessionnelle, n'en déplaise à ceux qui croient aux lignes Maginot. Alors qu'on s'interroge sur l'avenir d'une Europe à laquelle les leaders politiques nationaux n'ont pas voulu donner les moyens de son existence, trop soucieux de défendre leur pré carré, cette jeunesse a grandi en ignorant les frontières de nos vieux pays. Elle n'a pas tardé à oublier de compter en francs, en lires, en marks... Et elle n'est pas disposée à venir en arrière.

Depuis trente ans, elle a compris, cette jeunesse, que les puissances sont fragiles. Elle a vu s'effondrer le communisme, chanceler le monde libéral, tomber des dictateurs. Elle voit la Chine triomphante déjà sous la menace d'une implosion sociale... Elle a grandi dans un monde qui s'est très largement transformé : nouvelles technologies, nouveaux métiers, mélange des cultures... Par conséquent, elle sait qu'il faut penser autrement. Qu'il faut explorer l'incertitude, non pour trembler, mais pour y découvrir ce que nous n'avons pas encore vu, ce que nous n'avons pas exploré. Nous sommes, nous apprend-elle, dans le temps des pionniers. Rien n'est garanti, mais beaucoup est possible.

C'est vers elle qu'il faut se tourner, pour l'accompagner, l'épauler, lui transmettre la part vive de l'héritage, et avec elle inventer un avenir inédit. Car une chose est sûre : ceux qui voudront s'en tenir, par définition, aux solutions d'hier seront en dehors du coup. Il est temps de se décoincer...

Des élections législatives anticipées fin avril en Grèce

Des élections législatives se tiendront en Grèce après Pâques, fin avril, a annoncé mardi 27 décembre le ministre des finances Evangelos Vénizélos, ajoutant que l'avenir du pays se jouerait le mois prochain sur le plan de refinancement de la dette.

"L'avenir du pays se décidera entre le 16 janvier et les deux ou trois semaines suivantes, au cours des négociations sur le nouveau programme" d'aide de la zone euro, dont le plan de refinancement de la dette, a ajouté M. Vénizélos lors d'une réunion du parti socialiste Pasok, l'une des trois formations de la coalition gouvernementale du premier ministre, Lucas Papademos.
Cette annonce semble indiquer que les conservateurs grecs du parti Nouvelle Démocratie (ND, droite) ont renoncé à leur exigence d'élections législatives anticipées dès le 19 février prochain, pour laisser quelques semaines supplémentaires à M. Papademos pour mettre en œuvre les réformes.
Le porte-parole de ND, Yannis Michelakis, a en effet déclaré mardi que son parti accepterait sous certaines conditions de repousser la date des élections, mais pas au-delà de la Pâque orthodoxe qui tombe le 15 avril. "Tout changement de la date du 19 février, sur laquelle nous nous étions mis d'accord, dépend des discussions sur la dette", a-t-il rappelé sur la radio Vima.
L'APPLICATION DU PLAN D'AIDE
M. Papademos, un technocrate, dirige le gouvernement formé en novembre par le Pasok, le parti socialiste auparavant seul au pouvoir, le parti de la Nouvelle Démocratie et le parti d'extrême droite Laos.
Sa principale tâche est la définition des modalités et l'application du deuxième plan d'aide de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI), convenu en octobre. Il doit aussi faire passer au Parlement grec les mesures d'austérité promises en échange de cette aide.
Une troïka représentant l'UE, le FMI et la Banque centrale européenne (BCE) est attendue en janvier à Athènes pour vérifier si les objectifs fixés dans un premier plan d'aide en 2010 ont été atteints par la Grèce et comment ce pays prépare les mesures pour obtenir le deuxième volet de l'aide.
Avec une économie en pleine récession, le gouvernement a de plus en plus de mal à atteindre ces objectifs d'assainissement des finances publiques et certains au sein du cabinet commencent à suggérer que d'autres mesures d'austérité seront nécessaires.

Poutine : «Je n'ai pas besoin de tricherie pour gagner»

Le premier ministre russe a une nouvelle fois exclu mardi de remettre en cause le résultat des législatives avant d'annoncer la promotion de Vladislav Sourkov, proche conseiller et théoricien de la «démocratie dirigée».

«En tant que candidat je n'ai besoin d'aucune tricherie», lance Vladimir Poutine qui promet une élection présidentielle «transparente, claire et objective» couronnée sans nul doute par sa victoire. «Que ce soit clair pour tout le monde, je veux m'appuyer sur l'expression de la volonté populaire, sur la confiance», insiste-t-il. Devant les membres de son «Front populaire», une vaste agrégation de syndicats, de partis et d'associations créée pour redonner un second souffle à son parti Russie Unie, le candidat n'a que mépris pour ses opposants.
Faute de «programme unifié», de «moyens compréhensibles», «d'objectifs clairs» et de leaders «capables de faire des choses concrètes», l'opposition se contente, selon lui, de «délégitimer le processus électoral». Or, affirme-t-il ,«il ne saurait être question de discussions sur une révision» des résultats des législatives. «Nous devons mettre un terme à toutes ces insinuations», conclut-il.
«Le pouvoir en place est dans un cul de sac historique», relève Andreï Illarionov, président de l'Institut d'analyse économique. «Il s'attache à provoquer et à discréditer les organisateurs des manifestations, mais surtout, il prépare sa revanche», juge cet économiste qui n'exclut pas «une répression brutale, à la biélorusse».

Rassemblement anti-fraudes

Lundi, deux militants d'opposition, Yaroslav Nikitenko et Serguei Oudaltsov, ont été condamnés à 10 jours de prison. Oudalstov, leader du Front de gauche, venait tout juste de purger une peine de 15 jours pour avoir participé au tout premier rassemblement anti-fraudes, organisé le 4 décembre, jour du scrutin. «Son seul moyen de résister est une grève de la faim qui met sa vie en danger. C'est l'arbitraire le plus total!», s'inquiète l'étoile montante de la contestation, le sulfureux blogueur Alexeï Navalny, qui réclame sa libération immédiate.
En parallèle, Vladimir Poutine s'attèle à réunir ses barons les plus loyaux. Après avoir été désigné, la semaine dernière, chef de l'administration présidentielle, Vladislav Sourkov, architecte des mouvements de jeunesse pro-Kremlin et principal idéologue de la «démocratie dirigée» , a été nommé mardi vice-premier ministre. Son admiration pour l'homme fort du pays est inconditionnelle: «Je pense que Poutine est un homme que Dieu et le destin ont envoyé à la Russie lorsqu'elle traversait une période difficile», déclarait-il en juillet.
En verrouillant son système, Vladimir Poutine semble galvaniser davantage ceux qui exigent son départ. «Ce vote qui est prévu ne peut pas être considéré comme une élection. Elle ne sera pas légitime quoiqu'il arrive. Nous ne la reconnaîtrons jamais», martèle Alexeï Navalny, qui n'exclut pas de se déclarer candidat si la rue réussit à obtenir «des élections libres». Pour transcender les dissensions qui agitent la nébuleuse de l'opposition, il appelle les Russes à sortir encore plus massivement dans la rue: «Peut-être que c'est une vision trop primaire, mais si un million de personnes sortent dans la rue, ils ne pourront rien nous faire. Ils devront satisfaire nos revendications»

POUTINE EST FOU, C'EST CERTAIN, IL EST DÉMENT.
C'EST À LUI QU'IL FAUT IMPOSER UNE PSYCHOTHÉRAPIE.

Le coût des débats PS pas imputé à Hollande pour 2012

La commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques considère que les dépenses des médias pour couvrir la campagne «n'ont pas été exposées au profit direct» du candidat PS à l'Elysée. Elles ne peuvent donc pas être imputées à ses comptes de campagne.

La commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a tranché. Les dépenses consenties par les chaînes de télévision et de radio dans le cadre des primaires socialistes ne seront pas imputées aux comptes de campagne de François Hollande. «Sous réserve des observations éventuelles du Conseil constitutionnel, la commission considère (…) que de telles dépenses, qui n'ont pas été exposées au profit du candidat désigné in fine et en vue de son élection, n'ont pas à être rattachées à son compte de campagne», a expliqué le président de la commission, François Logerot, en réponse à l'UMP qui avait soulevé le problème le 9 décembre dernier.

Le parti majoritaire, par la voix de Franck Riester, son secrétaire national en charge de la communication, avait demandé à la CNCCFP si les dépenses des médias devaient être intégrées au compte de campagne du candidat socialiste, pointant également du doigt un partage inégal, selon lui, du temps de parole dans les médias entre l'UMP et le PS au troisième trimestre 2011. Contacté par Le Figaro, le député de Seine-et-Marne n'était pas joignable dans l'immédiat.
Une primaire rentable pour le PS

«Les dépenses engagées lors de ces émissions se rapportent à des confrontations contradictoires entre plusieurs pré-candidats du même parti, en vue de la désignation de l'un d'entre eux», a justifié François Logerot dans un courrier adressé au secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé. Mais la primaire a rapporté au Parti Socialiste entre 1 et 1,5 millions d'euros, selon des chiffres que le parti a lui-même communiqués.

Un excellent résultat, probablement réalisé grâce à la médiatisation dont a bénéficié le processus de désignation du candidat socialiste. Car si sa médiatisation de la primaire n'a pas rapporté directement de l'argent au parti, elle lui a assuré une véritable popularité, notamment par le biais des quatre débats télévisés organisés et diffusés à des heures de grande écoute en septembre et octobre.

CELA FERA PLUS D'UN AN DE CAMPAGNE POUR LE PS, 
BRAVO !!!

L'euro fête ses dix ans sans tambour ni trompette

Dix ans et pas tout à fait toutes ses dents. Voilà une décennie que l'euro a remplacé dans les porte-monnaies de millions d'Européens le franc, le mark ou la lire, après avoir conquis les marchés financiers dès 1999. Mais même fort aujourd'hui d'une armée de pièces et de billets, présente dans 17 pays européens (332 millions de personnes), la monnaie unique n'est pas parvenue à s'imposer définitivement. Entre les marchés qui remettent en cause jusqu'à son existence et les politiques qui veulent lui faire la peau, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan ou Jean-Pierre Chevènement en tête dans l'Hexagone, la devise européenne « fête » son anniversaire sans tambour ni trompette.
« Tout semblait aller pour le mieux jusqu'à la crise financière, qui a mis en lumière les failles institutionnelles de la zone euro », explique Philip Whyte, chercheur au Centre for European Reform de Londres. La crise de la dette, survenue en Grèce en 2010 avant de gagner les autres pays membres, n'a rien arrangé.

La zone euro a "sous-estimé les risques"

Eurosceptiques et europhiles se livrent désormais un duel sans merci. Les premiers reprochant à la monnaie unique d'être surévaluée et de pénaliser les exportations quand ses défenseurs louent « des prix stables pour les consommateurs, plus de sécurité pour les entreprises et les marchés ». Tout le monde a « sous-estimé les risques », juge Philip Whyte, pour qui la forte baisse des taux d'intérêt après l'arrivée de la monnaie unique, notamment en Europe du Sud, a incité gouvernements, entreprises et ménages à s'endetter démesurément.
En dépit de ses avantages indéniables pour voyager, « les consommateurs n'ont jamais été très heureux (avec l'euro), ils ont toujours gardé cette perception initiale qu'il signifiait une augmentation des prix », constate André Sapir, économiste du centre Bruegel de recherche sur les politiques économiques en Europe. Si la BCE a effectivement veillé à la stabilité des prix, avec une inflation limitée à 2% par an en moyenne depuis 1999, la focalisation des consommateurs sur leurs achats quotidiens comme le pain ou l'essence a provoqué un phénomène d'inflation ressentie dans tous les pays où l'euro a été introduit. Et ceux qui font toujours la conversion dans leur monnaie nationale « la font fatalement avec les prix d'il y a 10 ans », d'où le sentiment de forte inflation qu'éprouvent de nombreux Européens encore aujourd'hui, selon André Sapir.
Personne ne songe sérieusement à un retour aux anciennes monnaies nationales même si la nostalgie gagne du terrain, notamment chez les Allemands, qui étaient très attachés au deutschemark synonyme du miracle économique d'après-guerre et qui ont l'impression de devoir toujours passer à la caisse pour leurs voisins. Selon les économistes, une fin de l'euro serait catastrophique pour les banques européennes, à cause de la dépréciation prévisible des monnaies des pays d'Europe du Sud dont elles sont créancières. Et l'Allemagne, dont la monnaie s'apprécierait considérablement, verrait fondre sa compétitivité à l'export, avec des pertes d'emplois massives à la clé.

mardi 27 décembre 2011

Sciences Po Paris et la « discrimination positive »

Après l’admission de bacheliers issus de ZEP sur dossier et entretien, instituée en 2001, Sciences Po Paris continue l’application d’une « discrimination positive » portée par « son très politique directeur [dixit “Le Figaro”] », Richards Descoings.

A partir de 2013, l’examen d’entrée en première année comportera une sélection sur dossier, un plus grand nombre d’oraux et la suppression de l’épreuve de culture générale. Réflexion entendue à Sciences Po Paris : « La culture générale nous semble la moins utile. Qui peut prétendre en avoir une à l’âge de 17 ans ? » Eh bien, ceux qui en ont une justement, acquise par la lecture, le travail, la curiosité intellectuelle (1).

Suppression donc de la culture générale qui, paraît-il, serait discriminante (à la différence de la « discrimination positive » qui est tout aussi discriminante, mais comme c’est pour la bonne cause…). Cela ne suffit cependant pas à faire le bonheur de la responsable de l’égalité des chances à l’Essec, Chantal Dardelet : « Ce n’est pas évident de mesurer les conséquences d’un tel changement. Sciences Po supprime (sic) la culture générale, effectivement discriminante socialement [c’est une aberration de le prétendre, mais passons…], mais impose un oral de langue avec une note éliminatoire. Or, les épreuves de langues sont les plus discriminantes : pour bien parler anglais, il faut avoir voyagé à l’étranger, avoir fait des échanges scolaires, etc. »

Pour bien parler anglais, peut-être, mais pour bien parler arabe, un séjour en Seine-Saint-Denis devrait faire l’affaire, non ?

Directeur des études et de la scolarité, Hervé Crès indique : « Un candidat qui a un très bon dossier académique et est très engagé dans une ONG ou qui fait de la musique à haut niveau, par exemple, n’a pas forcément le temps de se préparer au concours. Pourtant, il aura peut-être un profil que nous voudrons avoir chez nous. » Alors autant supprimer carrément le concours pour un gus qui serait impliqué dans une de ces innombrables associations usines à gaz ou qui joue de la flûte traversière… Sur le sujet, Hervé Crès peut être très ferme : « Nous ne voulons pas recruter des copies, mais des individualités. »

Sélectionner les étudiants en fonction de leur « personnalité » plutôt que sur leurs connaissances est destiné – disons les choses clairement – à favoriser les populations des banlieues (2). On fera donc une place au lascar à la tchatche facile (mais sans culture générale) et on éliminera l’étudiant plus réservé, moins démonstratif (mais cultivé). Ça va devenir un truc façon « Star Ac » ou « Loft Story » avec la promotion des grandes gueules mal élevées et l’élimination des personnes plus réservées. Sciences Po ? Oui. Sciences Po de chagrin…

(1) On souligne à Sciences Po : « On s’est aperçu que les questions [de culture générale] étaient parfois trop compliquées et qu’on avait fixé la barre un peu trop haut. »

(2) Ce qu’on nous vend sous le vocable « classes populaires ».

Combattre le chômage sans fatalisme ni tabous

Les conséquences de la crise économique sont, hélas !, implacables. Chaque jour depuis trois mois, la France compte un millier de chômeurs supplémentaires. En un an, quelles que soient les catégories retenues, le chômage a progressé de plus de 5 %. Selon les derniers chiffres, l'on comptait, en novembre, 2 844 800 demandeurs d'emploi, soit le plus mauvais résultat depuis douze ans.

Pour la France entière, départements d'outre-mer compris, deux seuils symboliques ont été franchis : plus de 3 millions de chômeurs de catégorie A et plus de 5 millions d'inscrits à Pôle emploi, toutes catégories confondues. La dégradation est encore plus forte pour les plus de 50 ans (+ 15 %), pour les femmes (+ 7 %) et pour les chômeurs de longue durée (+ 7 %).
L'espoir exprimé par Nicolas Sarkozy de ramener le chômage sous le seuil de 9 % de la population active avant la fin de son mandat ne se réalisera donc pas. Avec la récession annoncée, c'est au contraire la barre des 10 % qui sera franchie en 2012 contre à peine 6 % en Allemagne.
Le chef de l'Etat ne pouvait imaginer pire contexte pour briguer un second mandat. Il a été d'autant mieux avisé, le 1er décembre à Toulon, d'inviter les partenaires sociaux à un sommet sur l'emploi, le 18 janvier, afin que "chacun puisse apporter des solutions, faire des propositions". "La crise ne doit pas nous faire baisser les bras", avait ajouté M. Sarkozy. Mieux vaut tard que jamais. Mais c'est bien tard, et pour deux raisons qui ne permettent guère d'espérer des miracles de ce prochain rendez-vous. La première tient à l'état des relations entre l'Elysée et les centrales syndicales.
Nicolas Sarkozy avait pourtant marqué des points au début de son mandat. En 2007, il avait négocié avec pragmatisme la loi sur le service minimum dans les transports, puis la réforme des régimes spéciaux de retraite. Il avait ensuite eu le courage de réformer les règles archaïques de la représentativité, afin de rendre les syndicats plus légitimes et de faire progresser la démocratie sociale. Mais, depuis deux ans, la réforme des retraites menée au pas de charge, sans réelle concertation, a installé un climat de défiance qu'il sera bien difficile de dissiper à trois mois de l'élection présidentielle.
La seconde raison est plus profonde : le chômage de masse qui gangrène la société française signe l'échec des politiques de l'emploi menées par la gauche et par la droite depuis quarante ans. Or, au-delà de l'amortisseur des emplois aidés, autrefois brocardé par M. Sarkozy et aujourd'hui réactivé, bien des pistes méritent d'être explorées : de l'élargissement du chômage partiel (à l'Allemande) à la "flexisécurité" (à la scandinave), de la "sécurité sociale professionnelle" prônée par la CGT et la CFDT au "contrat de génération" préconisé par M. Hollande ou à l'allégement des charges sociales sur le travail souhaité par le patronat.
A défaut d'amorcer la décrue du chômage, souhaitons au moins que le sommet de janvier, puis la campagne électorale permettent d'affronter le problème sans fatalisme, ni tabous.

La majorité ne veut pas croire au scénario de la France rose

INFOGRAPHIE - Depuis que le Sénat a basculé, la gauche se prend à rêver au «grand chelem» si elle gagne présidentielle et législatives en 2012.


Une France rose en 2012: c'est le scénario catastrophe pour la majorité. Même durant les deux septennats de François Mitterrand, le Sénat était resté la forteresse de la droite. Mais si la gauche remporte en 2012 la présidentielle puis, dans la foulée, les élections législatives, elle aura tout: l'Élysée, Matignon, les deux assemblées parlementaires, 21 régions sur 22, 61 départements sur 101 (dont 56 en métropole), et 27 des 39 villes de plus de 100.000 habitants.Dès le 14 mai dernier, le président du MoDem, François Bayrou, avait évoqué ce scénario, visionnaire à l'époque puisque le Sénat n'avait pas encore basculé à gauche, en soulignant: «L'élection du candidat du PS signifierait la concentration entre les mêmes mains, pour la première fois dans l'histoire de la République, de tous les pouvoirs locaux et nationaux.» Le 10 décembre, à Pau, le candidat centriste à l'Élysée a cette fois mis en garde l'opinion publique: «Je ne crois pas que l'on sortira le pays de ses difficultés en donnant à ce parti (le PS) tous les pouvoirs, de la plus petite commune jusqu'à la présidence de la République.»

 «Cela pourrait mettre la France K.-O.»

 Le scénario est bien sûr «espéré» au PS, comme le précise Jean-Jack Queyranne. Le président de la région Rhône-Alpes, qui ne se représentera pas aux législatives, explique que «si la gauche gagne la présidentielle, elle a de bonnes chances de remporter ensuite les législatives. Ce serait une logique de confirmation .» Queyranne ajoute qu'il y a «de très fortes attentes des présidents de région» qui souhaitent que l'État «leur délègue des responsabilités nouvelles en matière économique». une nouvelle réforme de la décentralisation et une réforme fiscale.
À droite, on ne veut évidemment pas se résoudre à ce scénario d'une France repeinte en rose. «Ce serait une première. Heureusement, cela reste une hypothèse. Il faut mettre le doigt sur le fait que la gauche munie de tous les pouvoirs pourrait mettre la France K.-O.», explique le ministre des Transports, Thierry Mariani.
«Si la gauche gagne tous les pouvoirs, elle aura le pays à dos six mois après», veut croire Jacques Myard (Yvelines). Bien placé pour savoir qu'en 1981 un tel scénario, prédit par le RPR de l'époque, n'avait pas empêché François Mitterrand de rester le maître à l'Élysée pendant quatorze ans, avec tout de même deux législatives perdues et deux fois deux ans de cohabitation.
«Je ne peux pas croire à une marée totalement rose, car cela voudrait dire que les Français n'ont pas compris l'engagement quotidien du chef de l'État pour les protéger de la crise», explique Alain Gest (Somme), pour qui les élus UMP doivent se mobiliser pour «faire la pédagogie» du bilan de Nicolas Sarkozy.

 « Partir à la reconquête »

«On peut encore gagner, c'est l'argument essentiel. Il faut revenir à nos fondamentaux», résume Christian Vanneste (Nord). «La France rose, ce serait un affaiblissement du pluralisme, et un danger pour l'équilibre de nos institutions», estime Patrice Martin-Lalande (Loir-et-Cher).
«Si, par malheur, la gauche avait tous les leviers de pouvoir, on aurait alors un sacré travail de renaissance idéologique à faire», reconnaît Hervé Mariton (Drôme). «C'est un vrai problème. Le fait que nous ayons négligé les élections locales est extrêmement dangereux», prévient Bernard Debré. Le député de Paris se veut lucide: «Si la gauche remporte tous les pouvoirs, nous devrons partir à la reconquête, ville après ville.» Et ce, dès 2014. «Quand on perd, c'est que l'on a été mauvais. Jamais les élections nationales ne revêtiront un tel enjeu», insiste Lionnel Luca (Alpes-Maritimes).

La surprise de Sarkozy

Tout va très bien madame la marquise

Signal d’alarme

Dans les milieux autorisés, on s’autorise à penser (comme disait Coluche en se moquant gentiment des périphrases journalistiques) que les Restos du Cœur sont un indicateur. Leur succès est le signe d’un échec. Et non seulement ils ne désemplissent pas, mais ils affichent presque complet. Une fréquentation en progression de 25 % en trois ans : nombre d’établissements se réjouiraient de ce résultat quand celui-là préférerait tirer le rideau de fer faute de clients.

Le rouge est donc mis. Les prolongements de la « crise » de 2008 sont sur le point de déborder une institution — non-gouvernementale — de la pauvreté. Il n’est plus possible, pour les Restos, de rester une entreprise marginale capable de compenser le déficit de solidarité d’une société qui ne fait pas de quartiers. À leur corps défendant, ils sont devenus « trop» indispensables. Et l’appel à la générosité nationale que leurs responsables ont lancé pour trouver cinq millions supplémentaires résonne comme un signal d’alarme : le pays ne peut plus compter sur quelques-unes de ces associations « exceptionnelles » — comme l’a qualifiée le président Sarkozy — pour relever le défi posé par l’augmentation exponentielle des personnes en situation de précarité, voire de danger.

« Aujourd’hui, on n’a plus le droit d’avoir faim, ni d’avoir froid », chantent toujours Les Enfoirés, vingt-six ans après l’écriture d’une chanson qui espérait provoquer un déclic, et rester éphémère. Comme une évidence oubliée… À quatre mois de la présidentielle, ce refrain devrait résonner dans la tête de tous les candidats comme une musique entêtante. Pas pour les culpabiliser à bon compte, pas pour tirer des larmes misérabilistes et pas davantage pour inspirer des déclarations pleines de bons sentiments aussi indiscutables que sans lendemain en pleine période des fêtes. Non, c’est bien un sursaut politique qu’exige la situation concrète des 860 000 bénéficiaires — dépasseront-ils bientôt le million ? — qui se résignent — c’est le verbe approprié — à venir manger aux Restos du Cœur. Ce n’est pas une affaire d’argent mais de réalisme. Au moment où l’Insee confirme, pour novembre, une aggravation de l’augmentation inexorable du chômage, il est temps de se préparer à affronter sans faux-fuyants de pure communication, et sans slogan commode, la vérité d’un pays qui se fracture sous nos yeux. Et d’envisager comme un programme prioritaire de combattre le sauve-qui-peut qui le guette.

L'Histoire accélère, accrochez-vous !

« Puissiez-vous vivre en des temps intéressants. » Cette traditionnelle formule de voeux chinoise paraît bien superflue en cette fin d'année 2011. Les temps sont devenus trop intéressants. L'Histoire accélère et se complexifie à la fois.

Symboliquement, un long cycle historique de plus de deux siècles se conclut sous nos yeux. Il a vu la domination quasi absolue de l'Occident européen, puis américain, sur le monde. Le flambeau de l'Histoire semble en train de passer de l'Occident vers l'Asie. Un mouvement accéléré dernièrement par la crise de la dette souveraine européenne. Sur ce plan, 2011 a bien été, en partie au moins, « l'Année de l'Europe »... mais à son détriment.

Notre continent est apparu comme « l'homme malade du monde ». Les pays émergeant derrière la Chine vont-ils, avant qu'il ne soit trop tard, venir massivement à notre secours ou vont-ils être entraînés, eux aussi, dans « la grande récession » devenue mondiale ? Ce dernier scénario pourrait avoir des conséquences politiques imprévisibles sur des régimes autoritaires, traditionnellement plus fragiles que les pays démocratiques face aux secousses économiques.

L'Histoire demeure également ouverte sur un plan régional, celui de la Révolution arabe. Pour bien saisir la portée de ces événements, il faut imaginer que nous sommes en juillet 1790. Le Printemps arabe a commencé il y a un an. C'est le début d'un cycle historique long qu'il convient de juger sans angélisme, mais également sans peur irraisonnée. La victoire des partis se revendiquant de l'islam était inévitable. Par un effet de « zoom », nous avons sans doute surestimé la représentativité des manifestants qui, de Tunis au Caire, semblaient si proches de nous. La place Tahrir n'était pas toute l'Égypte. Les partis islamiques sont très divers. Il n'y a pas un islam, mais des islams.

Il n'en demeure pas moins que la situation de « l'Empire du Milieu » du monde arabe ¯ l'Égypte ¯ est très préoccupante, comme celle d'un pays souvent décrit comme « les Balkans » du Moyen-Orient : la Syrie. Le retrait des États-Unis d'Irak et, à terme, d'Afghanistan, ouvre une ère très incertaine où se mêlent les appétits des uns et les peurs des autres, de la Turquie au Pakistan, en passant, bien sûr, par l'Iran.

La quête de modernité ne se limite pas au monde arabe. Elle s'exprime désormais avec force dans une Russie dont les citoyens s'indignent, toujours plus nombreux, de la corruption qui règne dans les plus hautes sphères du système.

À ces mouvements de plaques tectoniques symboliques, il convient d'ajouter un mouvement tellurique bien réel celui-là. Au Japon, pendant quelques heures, sous le double effet du tremblement de terre et du tsunami, l'homme semble avoir perdu le contrôle de l'atome. La catastrophe de Fukushima a été un révélateur tout à la fois de la résilience de la société japonaise et des lourdeurs de son système politique et bureaucratique. Elle nous a aussi rappelé que l'énergie nucléaire n'est pas, ne peut pas être, une énergie comme les autres.

L'année 2011 apparaît bien comme celle de toutes les incertitudes. Elle n'a pas apporté, comme le proclament certains, la démonstration que la dé-mondialisation s'impose. Mais elle nous rappelle avec force que les systèmes démocratiques doivent trouver des réponses à leur incapacité structurelle à agir vite et penser loin.

La tentation suicidaire du centrisme

Certains libéraux ou partis se disant libéraux sont en train de gâcher une chance unique dans le contexte de crise actuel en se rapprochant du centre et de ses positions fédéralistes et pro-euro.

Ils sont en train de répéter le même type d’erreur qui les avait amenés à encenser la politique américaine des années 90, qui n’avait rien de libérale, mais qui était du keynésianisme indirect consistant à utiliser le système bancaire et financier pour créer de la croissance artificielle en gonflant une bulle de crédit géante. Ils y ont laissé évidemment une grande partie de leur crédibilité maintenant que cette bulle est en train d’imploser.

Aujourd’hui, ces « libéraux » — qui n’en sont pas à mon avis — se mettent à soutenir un système de monnaie unique en train d’imploser sous le poids de ses contradictions (comment peut-on croire que la Grèce et l’Allemagne puissent partager les mêmes standards associés à cette monnaie unique ?), et dont le maintien à flot entraîne des coûts exorbitants pour les États dont les finances sont encore à peu près viables.

Il faut être réaliste : la zone euro est déjà en faillite aujourd’hui.

L’euro et plus généralement le « rêve européen » étaient une création de phase euphorique de fin de bull market. L’optimisme extrême aidant, on voulait croire qu’il était possible d’amener la Grèce, le Portugal ou l’Italie du Sud au niveau de l’Allemagne et du Danemark à l’aide de quelques traités, de normes bureaucratiques et de subventions diverses. C’est évidemment l’inverse qui est en train de se produire, à savoir qu’en voulant mutualiser, on supprime toute concurrence stimulante entre pays européens, et les plus irresponsables contaminent les autres et les tirent vers le bas. Le grand marché baissier en train de s’installer depuis la fin 2007 détruira cette utopie, quelles que soient les gesticulations des dirigeants actuels.

Les libéraux français disposent aujourd’hui d’une opportunité historique, il leur suffit de s’opposer de façon claire au courant fédéraliste, à toute initiative visant à poursuivre la fuite en avant dans la dette, en particulier par l’extension à l’échelle européenne de la monétisation (eurobonds, rachats de dettes publiques par la BCE, FESF), à toute initiative visant à ajouter une couche de bureaucratie et de « super-étatisme » fédéral aux couches étatistes déjà en place.

Et de proposer à la place :

* Une restructuration générale (faillite ordonnée proposée par exemple par Vincent Bénard), portant à la fois sur le système bancaire, et sur les dettes publiques des États les plus fragiles.
* Un démantèlement de la zone euro, avec retour aux monnaies nationales, indispensable pour stopper l’hémorragie de la balance des paiements courants des pays européens les moins performants, et leur donner la possibilité d’entamer ensuite un nouveau cycle de croissance comparable à celui observé en Argentine après la restructuration de 2001-2002.

La crise en cours se chargera de toute façon de ce démantèlement.

Aux libéraux d’anticiper, de se montrer intelligents en proposant d’organiser ce démantèlement de façon ordonnée au lieu de se ridiculiser dans les années à venir auprès de l’opinion publique en s’associant à un « troupeau » de dirigeants fédéralistes qui fonce vers le précipice, dont les centristes sont les représentants « en pointe ».

Ron Paul aux États-Unis récolte aujourd’hui les fruits d’un positionnement clair et sans compromissions, et de son opposition au « système Fed ». Il sera certainement au moins en mesure d’avoir une influence importante sur les élections à venir en 2012, et plus la crise se développera, plus cette influence grandira.

Nos libéraux feraient bien de s’inspirer de cet exemple au lieu de soutenir des centristes qui sont aujourd’hui les plus ardents défenseurs de l’eurocratie, des banques centrales et des politiques « coordonnées » de monétisation et de fuite en avant dans la dette, donc de la mutualisation de l’irresponsabilité.

Les Bayrou, Morin et consorts sont pour moi les pires adversaires du libéralisme. Il est à mon avis essentiel que les libéraux le disent et s’opposent à leurs projets de façon claire !

A Moscou : "Poutine a volé nos voix et il ne s'en cache même pas"




Face à la rue, Poutine veut une «psychothérapie nationale»

Le premier ministre russe a encouragé lundi les responsables politiques à mieux communiquer avec leurs concitoyens.

À la rue qui le somme de quitter la scène politique, Vladimir Poutine a répondu lundi par une pirouette. Le premier ministre russe, qui ne s'était guère exprimé depuis sa longue intervention télévisée du 15 décembre, a pris la parole devant le Conseil d'État, un organe consultatif composé de 89 dirigeants de la Fédération russe. À cette occasion, il a invité les responsables politiques à «communiquer» davantage, jugeant que ses concitoyens ont besoin d'une «psychothérapie nationale».
Vladimir Poutine a aussi multiplié les références au Roosevelt de la Grande dépression, dont il entend faire un modèle face à la crise qui ébranle son système de gouvernance. À l'époque, a-t-il dit, «Roosevelt intervenait à la radio sur de nombreux thèmes, pas seulement sur les questions d'emploi. Le but principal était de mener une psychothérapie nationale pour redonner aux citoyens confiance en l'avenir». Poutine somme la classe politique d'investir le champ médiatique, notamment «l'Internet et la télévision». «Nous disposons de nombreux moyens de communiquer avec la société et nous ne les utilisons pas efficacement. Il faut redoubler d'efforts», dit-il.

Contrôle direct

Ce «remède» risque, au mieux, de faire hurler de rire l'opposition qui dénonce l'incapacité du candidat Poutine à faire face aux questions de son temps. «Pour le moment, le pouvoir s'en tient à une imitation d'action politique. Il n'est pas dans l'action mais dans la communication», dénonce le député de Russie Juste Ilya Ponomarev, membre du comité d'organisation du meeting de samedi.
À la différence de Dmitri Medvedev, Vladimir Poutine est réputé pour sa défiance envers les nouveaux moyens de communication, à l'exception notable des web-caméras installées à sa demande sur les chantiers de reconstruction des maisons détruites par les incendies de l'été 2010. À l'époque, ces initiatives avaient été raillées par les éditorialistes moscovites, qui y ont vu un «aveu patent de l'échec de la verticale du pouvoir». Elles traduisent aussi l'incapacité de Vladimir Poutine à concevoir les nouveaux médias autrement qu'à travers le prisme du contrôle direct - l'œil, la voix -, alors qu'ils sont par définition hors de prise.