TOUT EST DIT

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dimanche 3 juillet 2011

Amartya Sen : "L'euro fait tomber l'Europe"

Quand, en 1941, Altiero Spinelli, Eugenio Colorni et Ernesto Rossi signèrent le fameux Manifeste de Ventotene, ils appelaient à une "Europe libre et unie". La déclaration de Milan qui suivit en 1943, fondant le Mouvement fédéraliste européen, réaffirma cet engagement pour une Europe unie et démocratique. Tout cela s'inscrivait dans le prolongement naturel de la quête démocratique de l'Europe inaugurée par le mouvement européen des Lumières, qui, à son tour, inspira le monde entier.

C'est pourquoi il est très affligeant que l'on soit aussi peu inquiet du danger qui menace aujourd'hui le régime démocratique de l'Europe, lequel se manifeste insidieusement par la priorité accordée aux impératifs financiers. La tradition du débat public démocratique est sapée par le pouvoir incontrôlé que détiennent les agences de notation qui de facto dictent aux gouvernements démocratiques leurs programmes, souvent avec le soutien d'institutions financières internationales.
Il convient ici de distinguer deux enjeux différents. Le premier concerne ce que le journaliste et économiste Walter Bagehot (1826-1877) et le philosophe John Stuart Mill (1806-1873) considéraient comme la nécessité d'un "gouvernement par le débat". Tant que les gardiens de la finance entretiennent une vision réaliste des actions qui s'imposent, l'espace public démocratique doit leur prêter l'oreille la plus attentive. C'est important !
Mais cela ne signifie pas qu'on doive leur accorder le pouvoir suprême ni qu'ils puissent dicter leur loi à des gouvernements démocratiquement élus, sans que l'Europe exerce aucune résistance organisée. Le pouvoir des agences de notation ne peut être contenu et encadré que par des personnalités politiques exerçant un pouvoir exécutif au niveau européen. Or pour l'heure, un tel pouvoir n'existe pas.
Deuxième point, on voit mal en quoi les sacrifices imposés par ces chevaliers de la finance à des pays en difficulté constituent le remède décisif pour assurer la pérennité à long terme de leur économie, ni même que ces sacrifices soient en mesure de garantir celle de la zone euro dans le cadre non réformé d'un système financier intégré et d'un club de la monnaie unique à la composition inchangée.
Le diagnostic des problèmes économiques tel que l'établissent les agences de notation n'a en rien le statut de vérité absolue, contrairement à ce que ces dernières prétendent. Pour mémoire, le travail de certification des établissements financiers et des entreprises accomplis par ces agences avant la crise économique de 2008 était si lamentable que le Congrès américain a envisagé d'engager des poursuites contre elles.
Puisque désormais une grande partie de l'Europe s'efforce de juguler au plus vite les déficits publics par le biais de coupes claires dans les dépenses publiques, il est essentiel d'étudier avec réalisme quelles seront les répercussions des mesures adoptées dans ce but, tant sur le quotidien des gens que sur la création de recettes publiques par la croissance économique. Ce qui manque à l'heure actuelle, outre un projet politique plus ambitieux, c'est une réflexion économique plus développée sur les effets et l'efficacité de cette stratégie de réduction maximale des déficits dans "le sang, la sueur et les larmes".
La noble morale du "sacrifice" a incontestablement des effets grisants. C'est la philosophie du corset "ajusté" : "Si madame est à l'aise dans celui-ci, c'est certainement qu'il faut à madame la taille en dessous." Mais si les appels à la rigueur financière se traduisent trop mécaniquement par des compressions brutales et drastiques, on risque non seulement d'imposer plus de privations que nécessaire, mais aussi de tuer la poule aux oeufs d'or de la croissance.
Cette tendance à ignorer le rôle de la croissance dans la production de recettes publiques devrait faire partie des premiers sujets à passer au crible de la réflexion critique et ce, de la Grande-Bretagne à la Grèce.
En Grande-Bretagne, il faudrait ainsi s'interroger sur la pertinence des mesures initiées par le gouvernement (sans que le débat public ait été vraiment encouragé, d'ailleurs), tandis qu'en Grèce, ce sont des mesures imposées de l'extérieur qui sont mises en cause, dans un pays dont les marges de manoeuvre pour contester les injonctions des caïds de la finance sont des plus minimes.
Ces réductions budgétaires poussées à leur maximum risquent de diminuer les dépenses publiques autant que les investissements privés. Si cela se traduit également par une réduction des stimuli de croissance, les recettes publiques pourraient, elles aussi, chuter douloureusement.
Le lien qui unit croissance et recettes publiques a été amplement observé dans de nombreux pays, de la Chine au Brésil en passant par les Etats-Unis et l'Inde. Là encore, des leçons sont à tirer de l'Histoire. De nombreux pays affichaient à la fin de la seconde guerre mondiale une lourde et préoccupante dette publique ; mais une croissance économique soutenue a permis d'alléger rapidement ce fardeau. De même, les déficits colossaux que trouva Bill Clinton à son entrée en fonctions en 1992 fondirent sous sa présidence sous l'effet, en grande partie, de la rapidité de la croissance.
Comment certains pays de la zone euro se sont-ils retrouvés dans une situation aussi calamiteuse ? La décision saugrenue d'adopter une monnaie unique, l'euro, sans plus d'intégration politique et économique a certainement joué son rôle dans cette crise, au-delà même des irrégularités financières commises par des pays comme la Grèce ou le Portugal (au-delà, également, de cette culture de "l'excès d'honneur" qu'a soulignée à juste titre l'ancien commissaire européen Mario Monti, et qui dans l'Union européenne permet à ces irrégularités d'être commises impunément).
A leur décharge, le gouvernement grec, et en particulier son premier ministre Georges Papandréou, font tout ce qu'ils peuvent envers et contre les résistances politiques, et il faut aussi saluer leurs efforts pour sortir la Grèce de cette culture de la corruption qui gangrène les entreprises et les relations économiques.
Cependant, ni les bénéfices à long terme des profondes réformes entreprises par la Grèce ni la bonne volonté douloureuse d'Athènes de satisfaire aux exigences des gardiens de la finance internationale ne dispensent l'Europe de s'interroger sur la pertinence des conditions - et du calendrier - imposés à la Grèce.
Aujourd'hui, l'austérité présente aux yeux des financiers des attraits de court terme ; mais il n'est pas certain du tout que ces gardiens perçoivent avec netteté comment la Grèce pourra renouer avec la croissance, quand pour l'heure elle connaît une récession plutôt brutale. Outre le freinage de l'économie induit par ces énormes compressions budgétaires menées dans le but de maintenir à tout prix l'appartenance de la Grèce à la zone euro, les caractéristiques mêmes de l'euro tiennent les biens et services grecs à des prix élevés et souvent non compétitifs sur les marchés internationaux.
C'est pour moi une piètre consolation de rappeler que j'étais fermement opposé à l'euro, tout en étant très favorable à l'unité européenne pour les raisons qu'Altiero Spinelli avait soulignées avec tant de force. Mon inquiétude venait notamment du fait que chaque pays renonçait ainsi à décider librement de sa politique monétaire et des réévaluations des taux de change, toutes choses qui, par le passé, ont été d'un grand secours pour les pays en difficulté. Cela permettait de ne pas déstabiliser excessivement le quotidien des populations au nom d'une volonté acharnée de stabilisation des marchés financiers. Certes on peut renoncer à l'indépendance monétaire, mais quand il y a par ailleurs intégration politique et budgétaire, comme c'est le cas pour les Etats américains.
La formidable idée d'une Europe unie et démocratique a changé au fil du temps et l'on a fait passer au second plan la politique démocratique pour promouvoir une fidélité absolue à un programme d'intégration financière incohérente. Repenser la zone euro soulèverait de nombreux problèmes, mais les questions épineuses méritent d'être intelligemment discutées (l'Europe doit s'engager démocratiquement à le faire) en prenant en compte de façon réaliste et concrète le contexte différent propre à chaque pays.
Dériver au gré des vents financiers que souffle une pensée économique obtuse et entachée de graves lacunes, souvent proférée par des agences affichant de piteux résultats en termes d'anticipation et de diagnostic, est bien la dernière chose dont l'Europe ait besoin.
Il faut enrayer la marginalisation de la tradition démocratique européenne : c'est une nécessité impérieuse. On ne l'exagérera jamais assez.

Grèce: l'opposition refusera 1 autre aide

Nouvelle Démocratie, principal parti d'opposition grec, a annoncé samedi qu'elle voterait contre un second plan de sauvetage, sauf si le gouvernement de George Papandréou change de politique économique.

"Nous voterons contre (le nouveau plan de sauvetage), s'ils ne changent pas de politique économique", a déclaré Antonis Samaras, chef de file du parti conservateur de la Nouvelle démocratie dans une interview à l'hebdomadaire Real News.

"Nous voulons annihiler le déficit. Nous ne voulons pas que le peuple grec, que les classes moyennes grecques et les familles grecques se retrouvent à genoux", a-t-il ajouté. La Nouvelle démocratie a voté contre le plan d'austérité cette semaine. La seule mesure soutenue par le parti d'opposition est le vaste plan de privatisations censé rapporter à l'Etat 50 milliards d'euros sur cinq ans.

Samaras a également appelé à la tenue d'élections anticipées. "Nous avons besoin de trois choses: un plan B, un gouvernement différent qui aurait la crédibilité de l'appliquer et une transition en douceur du plan initial qui a échoué au plan B", a-t-il déclaré.

La Grèce a accumulé au fil des ans une dette souveraine de 340 milliards d'euros, l'équivalent de 150% de sa richesse nationale et de 30.000 euros par habitant.
Après le premier plan d'assistance de 110 milliards d'euros lancé l'an dernier, Athènes avait notamment généralisé la retraite à 65 ans, gelé les pensions de retraite et les traitements des fonctionnaires et relevé la TVA de deux points, à 23%.

Pour Juncker, la Grèce devra se résoudre à perdre une grande partie de sa souveraineté

Après le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide internationale de 12 milliards d'euros pour la Grèce au cours du week-end, le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a prédit que le pays sera confronté à de sévères limitations de sa souveraineté, comparant la situation d'Athènes à celle de l'Allemagne de l'Est après la réunification.
Dans un entretien publié dimanche dans le magazine allemand Focus, M. Juncker explique que "la souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte" en raison de "la vague de privatisations à venir" d'un montant de 50 milliards d'euros. "Il serait inacceptable d'insulter les Grecs mais il faut les aider. Ils ont dit qu'ils étaient disposés à accepter le savoir faire de la zone euro", a observé Jean-Claude Juncker.

Dans le cadre des mesures d'aide financière de la part de l'UE et du FMI, le Parlement grec a notamment voté la création d'une agence de privatisation. Cette agence, pilotée par des experts européens, sera fondée, selon les dires de M. Juncker, "sur le modèle de la 'Treuhand' allemande", cet organisme qui avait vendu 14 000 firmes est-allemandes de 1990 à 1994. Des privatisations qui doivent commencer "immédiatement", selon le ministre des finances allemand, Wolfgang Schauble.
"LES SALAIRES ONT AUGMENTÉ DE 106,6 % EN 10 ANS"
La Treuhand était censée revendre les actifs publics en faisant un bénéfice mais elle a clôturé ses comptes sur un énorme déficit de 270 milliards de marks (172 milliards de dollars ou 118,4 milliards d'euros). Quatre millions d'Allemands étaient salariés des entreprises passées dans le giron de la Treuhand en 1990. Seulement 1,5 million d'emplois demeuraient lorsque l'agence ferma en 1994.
Dans les colonnes de Focus, Jean-Claude Juncker souligne néanmoins que la Grèce est pour une bonne part responsable de sa crise. "De 1999 à 2010, les salaires ont augmenté de 106,6 % alors même que l'économie ne se développait pas au même rythme. La politique des revenus était totalement hors de contrôle et ne reposait en rien sur [les gains de] productivité".
Désormais, l'Eurogroupe envisage un second plan d'aide à la Grèce, dont les grandes lignes ont été discutées samedi. Le secteur financier, par la voix de l'Institut de la Finance internationale (IIF), a fait savoir qu'il était prêt à s'engager dans un effort "volontaire, coopératif, transparent et large" pour soutenir la Grèce, via un "rollover" de la dette grecque. M. Juncker s'est dit convaincu que les mesures prises pour aider la Grèce "résoudrait la question grecque".

EN BREF




Tous au régime sec

Público, 1 juillet 2011
"Vague de rigueur sociale en Europe", titre le quotidien Público, en allusion aux "nouveaux plans d'austérité qui rognent les avancées de l'Etat-providence sur le chemin du redressement des finances publiques" approuvés par les gouvernements européens ces derniers jours. Aux protestations en Grèce après le vote du nouveau plan d'austérité s'ajoutent la grève des fonctionnairess contre la réforme des retraites au Royaume-Uni, tandis qu'au Portugal, la prime extraordinaire de Nöel sera réduite de moitié pour ceux qui gagnent plus…que le salaire minimum et qu'en Italie, Silvio Berlusconi pénalise les couches les moins favorisées avec sa réforme de l'impôt sur le revenu, remarque Público. "Même la Commission européenne devra se serrer la ceinture", ajoute le quotidien de gauche, avec une réduction de 5% du nombre des fonctionnaires ou le passage de l'âge de la retraite de 63 à 65 ans. "L'hymne officiel européen, arrangement de l'Ode à la joie de Beethoven, commence à ressembler à la Marche funèbre de Chopin", conclut Público.




Aide la Grèce et la Grèce t’aidera

Handelsblatt, 1 juillet 2011
Après les banques françaises, les allemandes ont accepté de consacrer 3,2 milliards d'euros pour acheter des obligations grecques à l'échéance des obligations actuelles. Un geste pour le sauvetage de la Grèce qui est aussi un "autosauvetage", considère le Handelsblatt. Ces 3,2 milliards d’euros représentent la somme que les banques allemandes vont gagner d’ici à 2014 avec les obligations grecques qu'elle détiennent actuellement et qu’elles veulent réinvestir en Grèce. Ainsi, elles empêchent "une défaillance totale du remboursement de ces obligations" et s'assurent que les intérêts seront bien payés par Athènes. Pour Handelsblatt, "ce modèle attractif pour les banques n’aide pas vraiment la Grèce", car il ne fait que retarder le règlement des problèmes.


Lacrymogènes de rigueur

Eleftherotypia, 30 juin 2011
Pendant que les députés grecs votaient en faveur du plan de rigueur présenté par le gouvernement, "la place Syntagma était en ébullition", raconte Eleftherotypia, qui évoque en Une la "colère contre le terrorisme de l'Etat". Car "effrayés par la foule des manifestants, les policiers ont lancé des gaz lacrymogènes, transformant la place en champ de guerre", déplore le quotidien de gauche. "Bilan : plus de 100 blessés et une station de métro transformée en salle de premiers secours. L'image est triste et rappelle celle des émeutes de décembre 2008. Mais, cette fois, à l'exception d'environ 200 casseurs, les manifestants n'étaient pas des semeurs de troubles. Ils veulent exprimer leur colère et vont continuer à se mobiliser."
De son côté, Kathimerini voit dans le vote du Parlement "un soulagement financier sur fond de violence".  "Le message est passé en Europe, la Grèce se lance dans une nouvelle cure d'austérité, malgré la violence dans les rues", se félicite le quotidien de centre droit. "Les Européens se sont relayés pour parler de 'bonne nouvelle' pour la Grèce. Ils assurent ainsi le versement de la cinquième tranche du prêt de 110 milliards d'euros, soit 12 milliards. L'espoir d'un nouveau prêt est également relancé."

Un objectif stratégique pour les peuples d'Europe, battre la spéculation contre l'euro !

Voici enfin un objectif stratégique pour le peuple européen, ce peuple présenté comme divisé, malmené par les médias internationaux, faiblement représenté sur la scène mondiale, ce peuple qui doute de son avenir économique ; voici donc qu'on peut lui proposer un objectif stratégique : battre la spéculation internationale qui cherche à détruire sa monnaie.

La création de l'euro a été une grande avancée pour l'Europe et un succès sur le plan international. Un des plus grands marchés de consommation dans le monde n'aurait pas pu fonctionner avec une quinzaine de monnaies flottant entre elles. La crise actuelle, provoquant une cascade de dévaluations compétitives, aurait disloqué le système et infligé des secousses graves aux entreprises. Les Européens auraient découvert l'angoisse de vivre dans un champ de ruines monétaires.

Sur le plan technique, cette création de l'euro a été un succès. En une décennie, l'euro est passé devant le yen, la livre sterling et le franc suisse, pour devenir la deuxième monnaie d'usage mondial, après le dollar. Mais, dès sa naissance, l'euro a fait l'objet de critiques de la part d'une grande partie du système financier anglo-saxon, notamment celui qui est concentré à New York. L'argumentation était simple : vous ne réussirez pas à créer l'euro et, si vous le faites, par la suite, vous échouerez ! Ce raisonnement a été tenu par Alan Greenspan, quelques années avant que la calamiteuse gestion monétaire ait assuré la déconfiture d'une bonne partie du système bancaire américain.

Aujourd'hui, il ne s'agit plus de critiques, mais d'attaques délibérées contre l'euro. Celles-ci ne proviennent pas des gouvernements, mais des opérateurs spéculatifs. Ces derniers, qui disposent encore d'une masse abondante de liquidités, à New York comme à Londres, évaluée à plus de 4 trillions d'euros, ne cherchent pas à les investir de façon durable dans des entreprises, à la manière des fonds souverains chinois et arabes, mais à réaliser des profits à court terme, en pianotant sur les ordinateurs des marchés.

Ils ont choisi pour cible spéculative la dislocation de l'euro. Il est vrai que certains petits pays de la zone euro ont conduit des gestions budgétaires irresponsables, aggravées par la crise. Mais l'objet de la spéculation n'est pas seulement de tirer profit de ces fautes de gestion : c'est, au-delà, de s'attaquer au système monétaire lui-même.

On peut en voir la preuve dans deux indices. Le premier, c'est que la spéculation semble suivre une piste, comme un fauve reniflant le sang, passant successivement d'un pays de la zone euro au suivant : Grèce, Irlande, Portugal, tout en louchant du côté de l'Espagne. Le second indice est que la spéculation ne s'intéresse pas à la Grande-Bretagne, ce dont je me réjouis, bien que son déficit budgétaire soit supérieur (10,5% du PIB) à la moyenne des déficits de la zone euro, pour la seule raison que ce pays n'appartient pas à cette zone.

Ainsi, la spéculation new-yorkaise attaque la monnaie européenne. La réponse doit être sans pitié : les Européens doivent défendre leur monnaie et battre la spéculation.

Les dirigeants de l'euro-Europe, en particulier Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à Fribourg, ainsi que le gouverneur de la Banque d'Italie, Mario Braghi, ont fait à ce sujet d'excellentes déclarations.

La stratégie victorieuse comporte deux aspects. Le premier est psychologique : il consiste à affirmer que l'euro n'est pas en danger. Une monnaie flottante qui s'appuie notamment sur les économies allemande, française, néerlandaise et italienne et dont le cours reste toujours supérieur à son cours d'introduction (1 E = 1,17 $) ne peut pas être détruite par le marché. Il n'existe aucun précédent.

Le second est technique : il s'agit de contrer la spéculation sur son terrain. Pour cela, ses mouvements doivent être suivis minutieusement au jour le jour. Pour réaliser les " sauvetages ", un important dispositif, et qui semble suffisant, a été mis en place.

C'est à la Banque centrale européenne qu'il revient de surveiller les activités du secteur bancaire.

Il subsiste un maillon manquant : celui de la dette émise par les Trésors publics nationaux.

Aussi paraît-il souhaitable de créer une " cellule antispéculation " regroupant les meilleurs spécialistes des Trésors français, allemand et italien, notamment pour suivre au jour le jour les mouvements spéculatifs sur les bons et sur les titres de la dette, et imaginer les mesures propres à les contrarier.

La crise a rendu évidente la nécessité d'une plus grande cohérence entre les politiques économiques. N'utilisons pas l'expression malheureuse de " gouvernance économique ", car une grande partie de cette " gouvernance " restera nationale. Utilisons plutôt l'expression " coordination exigeante ".

La bataille est engagée. La spéculation, encouragée par la presse financière internationale, paraît sûre de son arrogance. Faisons-lui mordre la poussière. Et que vive l'euro !

Il faut restructurer la dette grecque

on peut estimer à 3 milliards d'euros les pertes pour le Trésor français sur les 9 milliards versés à la Grèce.
La Grèce est désormais insolvable et ingouvernable. Sa dette publique représentera 158 % du PIB à la fin de 2011. Pour la stabiliser, il faudrait un excédent budgétaire durable de 6 % du PIB, totalement hors de portée. Et ce d'autant que, pour la cinquième année, l'économie sera en récession (de 5 %), tandis que le taux de chômage culmine à 16 % de la population active. Toutes raisons qui expliquent la dégradation de la Grèce à CCC, deux degrés avant le défaut, et le niveau record des taux à deux ans qui culminent à 27,55 %. Face à des manifestations de plus en plus violentes, la base politique du gouvernement de Georges Papandréou ne cesse de se rétrécir. La Grèce ne dispose ni de la croissance potentielle ni de la classe politique qui lui permettraient d'éviter la faillite.

Le défaut grec constitue un choc potentiel comparable à celui de la chute de Lehman Brothers. Il impacterait d'abord les banques, les établissements grecs se trouvant en faillite, tandis que les institutions financières européennes devraient passer en perte une partie des 162 milliards de leurs créances grecques, puis de leurs risques sur l'Irlande, le Portugal et l'Espagne. A travers la BCE, le système européen de banques centrales est engagé à hauteur de 45 milliards d'euros sur la Grèce, à comparer à 81 milliards de capital et de de réserves. Il peut absorber un défaut grec jusqu'à une décote de 50 %, mais pas une extension de la crise au Portugal ou à l'Irlande, sauf à exiger une recapitalisation ou à émettre de la monnaie au prix de l'inflation. Enfin, les Etats sont doublement vulnérables. D'un côté pointe une menace de panique sur la dette des Etats surendettés ou en crise politique, à l'image du Portugal et de l'Irlande, qui empruntent déjà à 12 %, mais aussi de l'Espagne, de l'Italie et de la Belgique. De l'autre, les Etats créanciers, en tête desquels figurent la France pour 62 milliards d'euros et l'Allemagne pour 50 milliards, se trouveraient déstabilisés. D'ores et déjà, on peut estimer à 3 milliards d'euros les pertes pour le Trésor français sur les 9 milliards versés à la Grèce. La restructuration de la dette grecque est donc à la fois inéluctable et à très haut risque.

La Grèce affiche une dette de 350 milliards d'euros, dont la décote minimale est de 70 %, et un besoin de financement supplémentaire de 140 milliards d'euros pour les années 2012 à 2014. Cette situation tragique n'est nullement de la responsabilité des agences de notation, qui ont joué leur rôle d'alerte en dégradant la dette grecque dès 2004. Elle relève au premier chef des dirigeants grecs, qui ont construit un modèle de développement fondé sur la protection du secteur public (800 000 fonctionnaires sur 5 millions d'actifs) et sur la consommation à crédit, tout en maquillant délibérément les comptes du pays. Et en second lieu de l'Union et des Etats européens, qui délivraient encore en 2007 un satisfecit à Athènes. L'Europe n'a cessé d'agir trop peu, trop tard et en ordre dispersé. Ainsi, le plan de mai 2010 prévoyant une aide de 110 milliards d'euros a permis de gagner du temps, mais sans que ce délai soit utilisé pour élaborer une sortie de crise cohérente. Il est voué à l'échec compte tenu de l'effondrement de la croissance, de la stagnation des recettes fiscales, des atermoiements face aux nécessaires privatisations (300 milliards d'euros d'actifs potentiels), de l'impossibilité de recourir à la dévaluation ou à l'inflation. La Grèce refuse toute remise en question de la gouvernance de l'Etat et de l'économie, avec une activité souterraine qui représente 20 à 30 % du PIB et qui va de pair avec une corruption endémique.

Seule une restructuration ordonnée peut sauver la Grèce et l'euro. Un nouveau plan d'aide de 80 milliards d'euros se limiterait à accroître la dette grecque, différant le défaut pour aggraver les pertes. La reprise de la dette grecque par les Etats excédentaires est irréaliste. L'implosion de l'euro autour d'une zone réduite à l'Allemagne et aux pays excédentaires, tandis que les nations déficitaires - dont la France - reviendraient aux monnaies nationales, aurait un coût économique et social prohibitif et porterait un coup fatal à la construction européenne. La restructuration ordonnée peut seule permettre le retour de la croissance en Grèce et la stabilisation de l'euro. Du côté grec, elle passe par la réforme du modèle économique, avec la collecte effective de l'impôt et un programme massif de privatisation réalisé sous le contrôle de l'Union. Parallèlement serait engagée une opération de conversion de la dette en eurobonds, avec des taux inférieurs et des durées plus longues. Il revient à l'Europe de mettre un terme à la crise des risques souverains en proposant un cadre institutionnel et une stratégie économique clarifiés : effort de compétitivité dans les pays déficitaires et soutien de la consommation dans les pays excédentaires ; révision de la politique de taux d'intérêt et de change de la BCE qui tue la compétitivité de l'Europe du Sud ; harmonisation fiscale et surveillance budgétaire ; transfert de la régulation financière à l'Union ; création d'un Trésor européen et émission d'eurobonds actant la solidarité au sein de la zone euro. La seule issue à cette crise financière et monétaire est politique : il n'est pas d'euro soutenable sans fédéralisme économique européen.

Un amour de Sarkozy

En 2007, les Français ont élu Nicolas Sarkozy parce qu'ils ont cru qu'il les aimait puisqu'il le leur avait dit. Il y avait aussi sa façon de les regarder : la tête penchée de tendresse, les yeux langoureux d'émotion, la bouche humide de désir. Il leur parlait d'une voix mielleuse et assourdie, comme s'ils étaient malades. Ou dans un grand restaurant. Il n'a pas hésité à les inonder de promesses, comme tous les gens qui veulent vraiment nous épouser. Les Français se sont rendus au bureau de vote de leur quartier, tout frémissants dans la robe blanche de leurs espoirs. Le soir même, ont déchanté : le nouveau mari était allé faire la fête avec ses vieux potes et quelques nanas bien roulées dans un clandé chicos où la plupart des Français n'auraient pas les moyens de se payer à dîner, laissant du coup nos compatriotes seuls devant la téloche, une baguette sous le bras et un béret sur la tête. Il reviendra aux historiens du mariage en France de faire le compte des malentendus, infidélités (incessants flirts et clins d'oeil du mari président à d'autres peuples mariés : Américains, Russes et même Chinois), déceptions, scènes de ménage, menaces, insultes et autres coups de gueule ayant fini par éloigner Sarkozy de la France au point qu'on les dit - et les sent - au bord de la séparation. Dans une telle perspective, le pauvre Nicolas perdrait un logement de rêve proche du quartier des cinémas - celui des Champs-Elysées, où habitèrent avant lui Victor Hugo et Honoré de Balzac -, toute une police et toute une armée pour le protéger des coups du sort dont il semble toujours craindre on ne sait quoi, des moyens de transport haut de gamme, une surexposition médiatique mondiale qui rassure cet homme sensible toujours sur le point de se demander s'il existe, et ainsi de suite (athi, en thaï).

Le président Sarkozy a peut-être cru qu'il suffisait à un mari de travailler - il dirait bosser - dix-huit heures sur vingt-quatre, prouvant ainsi son attachement à la bonne marche des affaires du couple, pour s'attirer les grâces d'une femme, mais la France n'est pas une femme comme les autres. Sous ses airs bourrus, voire agressifs à la fin de certains repas trop arrosés, il y a un petit coeur qui bat. Elle a inventé l'amour courtois à une époque, le Moyen Age, où le reste du monde en était à l'amour grossier. Si M. Sarkozy, qui est loin d'être un mauvais bougre, avait jeté un oeil sur les films, les livres et les chansons préférés de son épouse (sérénades de Boon, idylles de Musso, langueurs de Raphaël), il aurait compris que le Français est une Française. Il n'a qu'un but dans la vie : l'amour. Que dis-je, un but ? une obsession. L'amour en tout, partout, toujours. Au bureau, dans le bus, en boîte, sur Internet. Le faire, mais aussi y rêver, en parler, l'écrire. Le Français a épousé Nicolas Sarkozy par amour et non par intérêt, comme l'a cru ce jeune homme toujours un peu étranger aux sentiments profonds de son épouse locale. Oui, il a déçu par son côté replié, froid, distant, raide, sec. Il n'était pas comme ça avant le mariage. Il était le contraire. Peut-être a-t-il été atteint par le syndrome, fréquent chez les gens de l'Est, dont je fais moi-même partie, du détachement après la conquête. Et chez les Auvergnats : Giscard était pareil. C'est toujours la même chose quand un séducteur atteint sa cible : elle tombe et il se retrouve, une nouvelle fois, face à lui-même. Ce qu'il déteste, sinon il ne passerait pas sa vie à séduire les autres. Il lui faut repartir en chasse. Mais qui chasser quand on a déjà abattu la France ?

Il reste un peu moins d'un an à Nicolas pour réchauffer le coeur froid de notre pays, prêt à battre pour d'autres que lui : un énarque corrézien à lunettes, une fougueuse Bretonne blonde, un poète symboliste maudit par la justice, un écologiste zézayant en hélicoptère, un ex-trotskiste qui trotte sur les plateaux télé. Elle se demande même, la France, si elle ne tenterait pas pour la première fois de sa longue histoire conjugale (quatorze siècles) le mariage gay avec une Lilloise. Elle a déjà eu un Lillois, le général de Gaulle. Fiançailles héroïques en Angleterre, brève rencontre après guerre, longue bouderie campagnarde, union française, coups et blessures en Mai 68, divorce par référendum. Mes meilleurs souvenirs.

L’été prometteur du Président

L’été 2011 a bien commencé pour Nicolas Sarkozy. L’automne dernier, il était pratiquement battu à la prochaine présidentielle : soit parce qu’il était éliminé du second tour par Marine Le Pen, soit parce que l’homme providentiel du PS, Dominique Strauss-Kahn, l’écrasait en finale. Aujourd’hui, l’été s’annonce mieux, pas forcément radieux mais prometteur, et les signes positifs abondent.

La libération des otages d’Afghanistan est un paramètre intéressant. Non seulement nos deux journalistes ont été sauvés, quel qu’en soit le prix ; quand on aime, dit-on, on ne compte pas ! Mais, surtout, Nicolas Sarkozy a su faire dans la modestie et la discrétion, deux qualités rares pour lui. Sa gestion sobre, sans tirer la couverture à lui, a permis aux médias de saluer les hommes de l’ombre, militaires, diplomates et agents de la DGSE. La « présidentialité » de M. Sarkozy en sort renforcée. C’est tard, disent les grognons ; mieux vaut tard que jamais.La promotion de Christine Lagarde à la tête du FMI, opération menée de main de maître par l’Elysée, est un grand succès qui efface le grand désastre de Dominique Strauss-Kahn à New York. C’est bon pour l’Europe, malade de la Grèce, bon pour la France et bon pour Sarkozy.
Le remaniement du gouvernement, à condition de ne pas trop flairer dans les cuisines, est politiquement satisfaisant pour la majorité présidentielle. Il fait une large place aux chiraquiens, notamment à ce François Baroin qui ira loin, mais en même temps il casse le pack des mousquetaires chiraquiens qui ont revu la devise de d’Artagnan : « Aucun pour tous, chacun pour soi. »
Rien n’est donc joué, mais Nicolas Sarkozy sort du trou.

“DSK is back !”

DSK accusé d’agression sexuelle, menotté, humilié, incarcéré, puis assigné à résidence avec bracelet électronique : la France fut sidérée, abasourdie. Six semaines plus tard, alors que l’ancien directeur du FMI a dû démissionner de son poste et a été remplacé, alors que le Parti socialiste avait fait un trait sur son éventuelle candidature et que Martine Aubry s’était, par devoir, lancée à la poursuite de François Hollande, le formidable coup de théâtre de vendredi provoque une nouvelle sidération et tout redevient possible, imaginable en ce qui concerne l’avenir de M. Strauss-Kahn.Tout le monde ou presque le croyait politiquement fini, y compris l’auteur de ces lignes, et tout peut arriver : « DSK is back ! » On devra quand même s’interroger sur les mystères de la femme de chambre et sur les failles d’une accusation qui n’a pas vu passer l’essentiel de sa personnalité.
En tout cas, le PS ne pourra en rester là : s’il n’y a ni procès, ni condamnation rien n’empêchera DSK de faire connaître sa volonté d’être candidat aux primaires. S’il le faisait, Martine Aubry serait obligée de se retirer et face à un homme injustement traité, revenu du bout de l’enfer, les socialistes pourraient être tentés de se rassembler autour de lui. A moins que M. Strauss-Kahn ne choisisse une autre voie de retour. Il sait que son cauchemar new-yorkais a abîmé son image en termes de candidature à l’Elysée avec une coloration négative en matière de mœurs et de fortune. Peut-être préférera-t-il un itinéraire plus discret et une rentrée dans l’atmosphère politique moins fracassante. On le saura vite, mais cet homme, vu ce qu’il a subi, aura la rage de revenir au premier plan.

Nafissatou Diallo : "Je sais ce que je fais"

Au lendemain de la libération sur parole de Dominique Strauss-Kahn, les soupçons autour de Nafissatou Diallo se renforcent.

"Ne t'inquiète pas, ce mec a beaucoup d'argent. Je sais ce que je fais". C'est cette phrase tenue par Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui accuse DSK d'agression sexuelle, qui a mis la puce à l'oreille des enquêteurs. La conversation, révélée par le New York Times, a été tenue le lendemain de l'accusation lors d'une discussion téléphonique avec son ami emprisonné dans une prison de l'Arizona pour trafic de cannabis. Elle aurait également parlé du montant que rapporteraient les poursuites contre l'ancien directeur du FMI. Les services du procureur ont mis plusieurs semaines à traduire la conversation car elle était tenue en Fulani, un dialecte guinéen. 
Un autre quotidien, le New York Post, évoque également le passé trouble de la femme de chambre. Elle aurait, en effet, déjà eu des relations tarifées avec des clients du Sofitel. Les enquêteurs assurent que la jeune femme menait un train de vie supérieur à ses moyens grâce à de "généreux" donateurs. Le quotidien américain évoque même une possible appartenance de Nafissatou Diallo à un réseau de prostitution guinéen.  

samedi 2 juillet 2011

Mythe grec et budget bruxellois

La Grèce est le berceau de l'Europe, et la mère de nombreux mythes qui peuvent être recyclés en métaphores journalistiques. Le rocher de Sisyphe, les travaux d'Hercule, ou le tonneau des Danaïdes ont déjà beaucoup été utilisés pour éclairer la situation dans laquelle se trouve le pays et son gouvernement. Permettons-nous d'ajouter ici l'histoire de Dédale.
Comme l'architecte enfermé par le roi Minos, avec son fils Icare, dans le labyrinthe qu'il avait construit, l'Union européenne se retrouve coincée par la crise à un point où tous les chemins difficiles mènent à une impasse. D'un côté, la politique d'austérité imposée au Grecs depuis un an : non seulement, elle n'a eu pratiquement aucun effet sur la réduction des déficits et la réforme d'un système corrompu et inefficace mais, comme de nombreux experts l'avaient signalé, elle a annihilé les possibilités d'une croissance économique pourtant nécessaire pour sortir de la crise. De l'autre, les plans de sauvetage : les 110 milliards promis ont creusé le fossé psychologique entre Européens du Nord et du Sud, et entrainé un raidissement de l'Allemagne dans les négociations européennes sans pour autant soulager les Grecs et offrir de réelle perspective de sortie de crise.
Autre orientation possible, la restructuration de la dette grecque. Mais l'impasse est immédiate puisque les dirigeants européens craignent la réaction des marchés et une extension de la crise à d'autres pays de la zone euro. Dans le même temps, certains de ces mêmes dirigeants prennent la direction d'une plus grande intégration économique et d'un "fédéralisme de crise" menant vers la création d'euro-obligations et une coordination supranationale des politiques fiscales et budgétaires. Mais dans ce cas, leur démarche se heurte aux intérêts divergents des pays membres. Et en tout état de cause, l'approfondissement de l'intégration politique et économique est à contre-courant de l'opinion publique qui exprime son euroscepticisme dans les urnes.
Bref, où que l'on regarde, l'UE-Dédale est en bien mauvaise posture. Et comme le personnage du mythe, elle va devoir trouver un moyen de sortir par le haut du labyrinthe. De manière surprenante, c'est la Commission européenne que fournit un élément de la solution. Cette semaine, dans sa présentation du projet de budget pour les années 2014-2020, l'exécutif communautaire qualifie de "financements prioritaires" les "projets transfrontaliers dans les domaines de l’énergie, des transports et des technologies de l’information" et propose une "augmentation significative de l’enveloppe prévue au titre de la recherche et de l’innovation pour investir dans notre compétitivité, et des fonds supplémentaires en faveur de la jeunesse européenne".
C'est-à-dire qu'il identifie les domaines dans lesquels les Européens doivent investir (et s'investir) pour sortir du déclin économique et social dans lequel ils sont empêtrés. 
Malheureusement, ces belles perspectives sont contradictoires aves les politiques  imposées par Bruxelles et les Vingt-Sept aux pays en crise et même dans la plupart des pays européens. Et l'on sait très bien que les bonnes intentions affichées par la Commission avant les négociations qui vont débuter ne l'engagent à rien puisqu'elle pourra rejeter la responsabilité sur les Etats, voir sur le Parlement, si toutes ces ambitions étaient revues à la baisse.
Austérité réelle contre ambitions sur le papier : les dirigeants européens ne pourront pas longtemps gouverner sur cette contradiction que les peuples européens ressentent au quotidien. C'est en oubliant la réalité qu'Icare, le fils de Dédale, s'est brûlé les ailes.

Une fébrilité coupable 

La nouvelle journée new-yorkaise que la France a vécue hier laisse derrière elle une désagréable sensation de malaise. Avouons-le : on ne sait plus trop quoi penser de cette affaire dont le fait principal - une agression sexuelle dans une chambre d’hôtel - s’estompe peu à peu derrière l’écran des convictions intimes.

Les médias peinent tellement à reconnaître leur état de désorientation qu’ils se laissent aller volontiers à l’intensité des emballements successifs et désordonnés du feuilleton DSK. C’est sans doute une question d’oreille : hier, même si les reporters sont restés prudents, la tonalité des télévisions et radios, elle, a pratiquement disculpé l’ancien directeur du FMI. Elle a suggéré un lien mécanique entre les mensonges de son accusatrice et son innocence. À tel point que la décision du juge de lever l’assignation à résidence du Français a presque déçu : toute la journée, sur les ondes, n’avait-on pas fait monter le suspense en évoquant l’éventualité d’un abandon total des charges pesant sur lui ?

En donnant presque exclusivement la parole aux amis de DSK, le 20 heures de France 2, lui, a mutilé l’information. Si vous l’aviez pris en cours, vous pouviez croire qu’un acquittement avait été prononcé ! Et tant pis si dans le même temps la chaîne ne s’est pas gênée pour rediffuser la pénible séquence d’un DSK menotté, au mépris de toute éthique proclamée. Ce fut le triomphe d’une présomption d’innocence fourre-tout. Elle supplante, c’est vrai, la présomption de culpabilité. C’est même la marque d’un haut degré de civilisation. Une valeur fondatrice. Mais cette conception élémentaire de la justice ne saurait être défigurée par un dangereux simplisme. La vérité ne se livre jamais facilement. Elle peut-être complexe et contradictoire jusqu’à l’indéchiffrable. Même l’homme le plus honorable ne peut-être exonéré de tout soupçon quand les faits semblent accablants. Comment pourrait-il prétendre être totalement à l’abri de lui-même ?

Si la fidélité des amis de Dominique Strauss-Kahn - tout à coup plus nombreux - est estimable, leur certitude est dérangeante. Comme s’ils déniaient désormais à Nafissatou Diallo le droit de se plaindre parce qu’elle aurait menti. Comme si la jeune femme irréprochable défendue spontanément, il y a un mois et demi, par la direction du Sofitel, et ses voisins du Bronx n’avait jamais été, finalement, qu’une odieuse manipulatrice. Et voilà même qu’on moque ces féministes, forcément enragées, qui avaient pris fait et cause pour elle !

Hopla, un coup de gomme ! Et pourquoi pas, maintenant, DSK de retour dans la course des primaires quand il en est, à l’évidence, disqualifié? Une fébrilité coupable qui altère un peu plus l’image des journalistes, en réduisant à néant la distance que nous devons toujours nous efforcer de conserver par rapport aux événements.


DSK : dans le Bronx, on croit à la manipulation

Les habitants du Bronx ne croient pas aux mensonges de Nafissatou Diallo. Ils pointent la naïveté et la crédulité de la plaignante.

Le 15 mai dernier, Nafissatou Diallo n'avait aucune idée du risque qu'elle prenait en appelant un détenu. Car les services du procureur de New York font écouter la plupart des conversations reçues par les prisonniers. Or cette «relation» de la victime présumée de Dominique Strauss-Kahn a été arrêtée en possession de 400 livres (soit plus de 180 kilos) de marijuana.
Et ce suspect n'a pas encore été jugé. Le ministère public est donc à l'affût de toute information susceptible de nourrir son dossier d'accusation. Selon le New York Times , la femme de chambre «a discuté de l'intérêt de poursuivre les accusations» contre Dominique Strauss-Kahn, moins de 24 heures après le début du scandale, la veille 14 mai.
C'est après cet appel intercepté que la police a été chargée d'enquêter sur les fréquentations de la femme du chambre du Sofitel ainsi que sur son compte en banque et les mouvements d'argent qu'on peut y lire. Entre l'importance des dépôts en liquide -de l'ordre de 100.000 dollars en deux ans (près de 69.000 euros)- et le fait qu'ils ont été effectués en plusieurs endroits des États-Unis, les enquêteurs pensent avoir reconnu un mode opératoire classique des trafiquants de drogue. En poussant un peu plus leurs recherches, les détectives sont tombés sur au moins quatre contrats de téléphone mobile chez divers prestataires, qu'elle alimentait régulièrement. Pourquoi tous ces téléphones, alors qu'elle a affirmé à la police n'en posséder qu'un? Ici encore, les agents du NYPD croient avoir reconnu une méthode familière des dealers: le portable rechargeable sans abonnement à long terme.
Vendredi, la police new-yorkaise refusait de livrer le nom du suspect incarcéré et ne voulait pas non plus donner d'informations sur ses origines géographiques.
Quant au procureur Cyrus Vance Jr., il n'a évoqué ni la conversation téléphonique, ni le compte en banque de l'employée du Sofitel. De son côté, dans une déclaration publique à la sortie du tribunal criminel de Manhattan, Kenneth Thompson, l'avocat de Nafissatou Diallo, a affirmé vendredi que sa cliente ignorait que ce détenu était un trafiquant de drogue.

Les dealers du Bronx 

Selon ce que l'on a pu apprendre de cette Guinéenne de 32 ans, elle n'entretenait à New York que des relations au sein de la communauté africaine, notamment parmi les immigrés originaires de Guinée, du Sénégal et de Gambie.
Le Bronx, en particulier ses quartiers sud où vivent ces Africains déshérités, abrite de nombreux gangs de dealers. Mais les rois du trafic y restent les Sud-Américains et les Portoricains. Toutefois, pour celui des produits moins rémunérateurs comme la marijuana, le «pot » comme on l'appelle à New York, des Africains se seraient emparés d'une partie du marché.
A Harlem, autour de la 116ème rue, où vivent de nombreux Guinéens, comme dans la partie du Bronx où Nafissatou Diallo habitait, l'incrédulité régnait vendredi. «Une petite paysanne peule comme elle ne savait rien de la drogue, dit Maladho Diallo, président de la mosquée Fouta Islamic Center (Bronx). Elle a été manipulée parce qu'elle était trop naïve», ajoute-t-il.

L’Europe sera cosmopolite ou coulera

Etat-nation ou fédération : pour le sociologue Ulrich Beck, ce choix binaire classique pour l'avenir de l'Union est dépassé. Il est temps de lui donner un caractère cosmopolite, plus ouvert et démocratique. 

A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, le processus d’unification européen avait un objectif précis : "plus jamais ça !". Il s’agissait de faire d’anciens ennemis de bons voisins. A présent que ce miracle s’est réalisé, la paix sur le continent n’est plus un thème fédérateur. Cela ne fait plus aucun doute : le projet européen a urgemment besoin d’une nouvelle raison d’être. Il y a trois thèses.

Première thèse :

La refondation de l’Europe ne peut attendre car l’Union est aujourd’hui travaillée par trois processus autodestructeurs qui se renforcent mutuellement : la xénophobie, l’anti-islamisme et l’hostilité à l’Europe. Les critiques de "l’islam" – qui abuserait des libertés occidentales – parviennent à faire le lien entre la xénophobie et une forme de discernement. Il est tout d’un coup possible de se dire opposé à l’immigration au nom de la sagesse.
Avec les plans de sauvetage des pays d’Europe du sud s’est développée une nouvelle forme de ressentiment nationaliste ainsi qu’une dangereuse logique de conflit et de répartition. Les pays renfloueurs doivent imposer des plans d’une telle rigueur que le remède semble pire que le mal pour Athènes. Les Grecs ont l’impression d’être soumis à un "diktat de l’UE" qui déroge à leur indépendance autant qu’à leur fierté nationales. Des deux côtés, le processus nourrit la haine de l’Europe.
De toutes parts, on s’en prend au "doux monstre de Bruxelles", pour reprendre la formule de Hans Magnus Enzensberger. Derrière ces mots se cache la conviction que nous faisons tout, tout seuls. Ce "nous" étant un "nous, Allemands", "nous, Français" et peut-être "nous, Luxembourgeois".
Voilà le nouveau grand mensonge, la nouvelle "lucidité" allemande. Partout, on parle de l’Europe comme si l’Allemagne en était entièrement indépendante. La question est alors enfin posée : et si l’Union européenne s’effondrait vraiment ? Combien cela nous coûterait-il de recréer douze monnaies nationales, de réinstaurer des contrôles et des douanes aux frontières, de reformer vingt-sept espaces réglementaires ?

Deuxième thèse :

L’Europe ne souffre ni de la crise de l’euro, ni du manque de volonté pour une union politique, ni de l’absence de grand mouvement citoyen européen. Tout cela ne sont que les symptômes d’un autre mal, plus profond. L’Europe est victime d’un malentendu sur elle-même. En effet, le grand objectif "d’Etats-Unis d’Europe" transforme tous ses pays membres en rivaux implacables qui remettent en question leur existence réciproque. Tant que l’alternative sera "l’Europe ou les Etats nations" et qu’une troisième solution restera hors de question, tous les discours sur "l’Europe" ne pourront qu’inspirer la crainte.

Troisième thèse :

La "troisième voie impossible" consisterait à faire une Europe et une Allemagne cosmopolites. Il s’agit alors de clairement établir la distinction entre nation et nationalisme. Tous ceux qui, face à la déliquescence de l’Europe, prônent un "retour à la nation", font preuve de naïveté autant que d’anti-patriotisme. Ils sont naïfs car ils omettent du parler du coût phénoménal que représenterait la disparition de l’UE, et leur comportement est anti-patriotique parce qu’il fait courir un danger à l’Allemagne alors que l’avenir de l’Allemagne est dans un cosmopolitisme, source de progrès tant pour l’Allemagne que pour l’Europe.
Une Allemagne cosmopolite aurait besoin d’un nouveau concept de souveraineté. L’Europe, en effet, ne décourage pas les nations, elle les renforce. Les Etats membres peuvent faire entendre leur voix dans l’espace européen et au-delà. Ils peuvent directement influer sur les résultats de la politique européenne. La résolution de leurs problèmes nationaux – criminalité, immigration, environnement, agriculture, coopération scientifique et technologique – est possible grâce à la puissance cumulée de l’UE.
Une Allemagne cosmopolite aurait également besoin d’un nouveau concept identitaire et d’intégration permettant aux citoyens de vivre ensemble, au-delà des frontières, sans sacrifier les différences et les particularités de chacun sur l’autel de l’homogénéité nationale. La diversité de l’Europe en termes de langues, de modes de vie, d’art, de formes de démocratie, doit être synonyme d’ouverture au monde de la conscience nationale allemande, et non perçue comme une menace.
Il s’agit enfin de décider du sort de l’Union européenne, ou plus précisément du sort de la Grèce et de ses répercussions pour l’Allemagne. Pour reprendre la formule de Willy Brandt, les peuples "allemands et européens sont désormais, et espérons à jamais, inséparables".
Il est temps de transférer la Causa Europa des têtes nationales aux pieds du cosmopolitisme. L’éternelle crise européenne est une occasion à saisir pour les responsables politiques allemands ! Une nouvelle politique européenne, inventer un nouvel alphabet européen dans l’ABC des réglementations financières, environnementales et sociales, voilà qui pourrait être au cœur du projet d’une coalition gouvernementale rouge-verte. L’UE ne serait plus un "doux monstre" mais une Europe sociale des travailleurs et des citoyens, une Europe transparente et fondamentale aux yeux des citoyens, capable d’apporter sa propre légitimation démocratique et ses réponses politiques aux problèmes mondiaux. Une Europe qui rend leur voix aux citoyens. Mais où se trouve le Willy Brandt de l’Europe ?

vendredi 1 juillet 2011

La lettre du procureur aux avocats de DSK

Voici l'intégralité de la lettre adressée aux avocats de Dominique Strauss-Kahn par le bureau du procureur de New York sur les doutes autour de la version de Nafissatou Diallo.

Dear Messrs. Taylor and Brafman,

In connection with the above-captioned case, the People disclose the following information to the defense pursuant to Criminal Procedure Law 240.20 as well as Brady v. Maryland, 373 U.S. 83 (1963) and its doctrinal progeny.

In an application for Asylum and for Withholding of Removal dated December 30, 2004, the complainant provided the United States Departiment of Justice Immigration and Naturalization Service with factual information about herself, her background and her experiences in her home country of Guinea. This information was in the form of a written statement attached to her application, and was submitted as a basis for her request for asylum.

In her application, she certified under penalty of perjury that her written statement was true. In substance, the complainant's statement claimed that she and her husband had been persecuted and harassed by the dictatorial regime that was then in power in Guinea. Among other things, the complainant stated that the home that she shared with her husband was destroyed by police and soldiers acting on behalf of the regime, and that she and her husband were beaten by them.

When her husband attempted to return to what was left of their home the next day, she stated that he was again beaten, arrested and imprisoned by police and soldiers. She stated that she also was beaten when she attempted to come to her. husband's aid. In her statement, she attributed the beatings to the couple's opposition to the regime. She stated that during her husband's incarceration, he was tortured, deprived of medical treatment and eventually died as a result of his maltreatment.

FoIlowing his death, according to her, she began to denounce the regime and finally fled the country in fear of her life, entering the United States in January 2004 to seek refuge (she has told prosecutors that she used a fraudulent visa). She repeated these facts orally during the course of her asylum application process.

In interviews in connection with the investigation of this case, the complainant admitted that the above factual information, which she provided in connection with her asylum application, was false. She stated that she fabricated the statement with the assistance of a male who provided her with a cassette recording of the facts contained in the statement that she eventually submitted. She memorized these facts by listening to the recording repeatedly.

In several interviews with prosecutors, she reiterated these falsehoods when questioned about her history and background, and stated that she did so in order to remain consistent with the statement that she had submitted as part of her application. Additionally, in two separate interviews with assistant district attorneys assigned to the case, the complainant stated that she had been the victim of a gang rape in the past in her native country and provided details of the attack.

During both of these interviews, the victim cried and appeared to be markedly distraught when recounting the incident. In subsequent interviews, she admitted that the gang rape had never occurred. Instead, she stated that she had lied about its occurrence and fabricated the details, and that this false incident was part of the narrative that she had been directed to memorize as part of her asylum application process. Presently, the complainant states that she would testify that she was raped in the past in her native country but in an incident different than the one that she described during initial interviews.

In the weeks following the incident charged in the indictment, the complainant told detectives and assistant district attorneys on numerous occasions that, after being sexually assaulted by the defendant on May 14, 2011 in Suite 2806, she fled to an area of the main hallway of the hotel's 28th floor and waited there until she observed the defendant leave Suite 2806 and the 28th floor by entering an elevator.

It was after this observation that she reported the incident to her supervisor, who arrived on the 28th floor a short time later. In the interim between the incident and her supervisor's arrival, she claimed to have remained in the same area of the main hallway on the 28th floor to which she had initially fled. The complainant testified to this version of events when questioned in the Grand jury about her actions following the incident in Suite 2806. The complainant has since admitted that this account was false and that after the incident in Suite 2806, she proceeded to clean a nearby room and then returned to Suite 2806 and began to clean that suite before she reported the incident to her supervisor.

Additionally, the complainant has stated that for the past two tax years, she declared a friend's child in addition to her own as a dependent on her tax returns for the purpose of increasing her tax refund beyond that to which she was entitled . She also admitted to misrepresenting her income in order to maintain her present housing.

Finally, during the course of this investigation, the complainant was untruthful with assistant district attorneys about a variety of additional topics concerning her history, background, present circumstances and personal relationships.

Please do not hesitate to contact us with any questions.

Sincerely,
Joan Illuzzi-Orbon, Assistant District Attorney
John (Artie) McConnell, Assistant District Attorney

DSK: après le rebondissement

Dans l'affaire Strauss-Kahn il y a plusieurs temps à observer. Aujourd'hui c'est le temps judiciaire, c'est savoir ce qui va s'effondrer en matière d'accusation. Le procureur va-t-il conserver des chefs d'accusation? Ou bien l'affaire va-t-elle se terminer ce soir?

Bains de foule d'hier et d'aujourd'hui

Nicolas Sarkozy agrippé à l'épaule au cours d'un bain de foule, puis déséquilibré par un inconnu. Il chancelle, parvient toutefois à garder son self contrôle. Le geste est violent, l'image forcément dérangeante. Il s'agit tout de même d'un acte par lequel on attente à celui qui incarne l'État, le premier dépositaire de l'autorité publique. Passons sur la réaction peu confraternelle, niveau cour de récréation, d'un Dominique de Villepin banalisant l'incident et ironisant sur la République qui n'est pas en danger. Certes. Les incivilités lancées par des citoyens irascibles à l'endroit des grands qui nous gouvernent émaillent l'histoire de la République. Comment néanmoins ne pas observer que jadis, un de Gaulle ou un Mitterrand, qui en ont serré des mains, scandé des foules, tout en marquant la distance inhérente à leur statut, n'avaient jamais été importunés. Serait-ce à dire que la personne du Président n'est plus sacrée, voire que Nicolas Sarkozy, qui aspirait à désacraliser la fonction, a réalisé son ambition à l'insu de son plein gré ? Il reste que c'est la première fois qu'il est physiquement pris à partie, et que certaines visites de terrain lui ont déjà valu des déboires. Ainsi le célèbre « Casse-toi pauv'con », en réplique à un perturbateur, qui avait contribué à ternir son image, ou le limogeage d'un préfet, coupable de n'avoir pas su empêcher le chahut du cortège présidentiel. Cet incident ne restera pas sans conséquence, quand bien même le chef de l'État ne portera pas plainte, rompant avec une pratique qui l'avait vu saisir la justice pour moins que cela. Quant au dispositif de sécurité, il sera, n'en doutons pas, inspecté jusqu'au dernier bouton de guêtre.

Christine Lagarde, vue d’Athènes

À l’heure de voter un nouveau plan d’austérité, le Parlement grec affronte une foule ulcérée. La portée symbolique de l’image marque les esprits. Tout comme la banderole tendue sur l’Acropole, colline où fut jadis inventée la démocratie : “Les peuples ont le pouvoir”.

Sur fond de grève générale, le désespoir court les rues d’Athènes. C’est que le spectre de la dette publique, là-bas, a pris corps. Pour solder des décennies de tricheries budgétaires et rassurer les marchés, Papandreou doit serrer la vis. Quitte à étrangler le pays, qu’une angoissante précarité étouffe déjà.

Nombre de citoyens, au bout du rouleau, demandent grâce et se révoltent. Brandissant la crise financière, conséquence des dérives bancaires, on leur réclame d’énormes sacrifices. Ils refusent d’y consentir, indifférents à la menace d’une mise en faillite de l’Etat. Puisque, de toute façon, l’avenir paraît sans issue…

Voici pourquoi, parmi les gaz lacrymogènes de la place Syntagma, le nom de Christine Lagarde ne fut même pas prononcé. Aucun manifestant n’imagine que l’ex-championne de natation synchronisée puisse empêcher la Grèce de couler. Au contraire.

CL va remplacer DSK, et puis après ? Vu de la base, le FMI reste le bras armé d’une impitoyable machine ultralibérale. À tort ou à raison, les peuples en souffrance n’en attendent rien de bon. À leurs yeux, faute d’infléchir un système destructeur, l’institution de Washington continue de l’incarner.

Volontarisme européen

Après un intermède hongrois sans relief, la présidence polonaise de l'Union européenne peut-elle générer un regain du volontarisme communautaire, une accélération du cours de l'histoire ? Construit sur un nationalisme ombrageux, le logiciel politique polonais ne laisse que peu de place à l'espoir, peu de crédit aux europtimistes

Après avoir une fois encore sauvé les meubles in extremis, à Athènes, l'Union risque de poursuivre durant les prochains mois sa route cahotante entre le pire de l'éclatement de la zone euro et le meilleur d'une intégration accentuée, plus efficace et plus juste. Bref, le fédéralisme assumé, mot qui fait encore un peu peur, ce n'est pas pour demain, même si c'est un bon ciment pour répondre aux défis du marché et de la concurrence de pays-continents comme la Chine ou l'Inde.

Reconnaissons-le a minima, face à des marchés qui ont l'avantage sur les politiques de la rapidité et du cynisme, l'Union européenne et ses partenaires (BCE, FMI) ont jusque-là fait mieux que résister. Ils n'ont pas seulement colmaté les énormes brèches financières des pays en déroute ¯ Irlande, Grèce, Portugal ¯ en créant un fonds ad hoc. Ils ont aussi bâti une digue du futur, via un mécanisme européen permanent de stabilité, assez richement doté. Ils ont entrouvert la voie d'un fédéralisme européen qui existe déjà... À la banque centrale européenne (BCE).

Quoi qu'il en soit, le plus dur est peut-être devant. Sous les coups de boutoir des marchés qui n'ont pas d'état d'âme, l'Union va devoir rester très vigilante dans la résolution d'une équation grecque à trois inconnues -politique, économique, sociale- dont la variable sociale n'est pas la moins importante. Jusqu'où ira l'acceptabilité citoyenne d'un effort douloureux et plutôt mal partagé ?

L'Europe est surtout condamnée à aller plus vite et plus loin dans l'intégration économique communautaire. Il faudra tôt ou tard surmonter, et le plus tôt sera le mieux, l'anomalie européenne majeure d'une monnaie sans État. Sans bousculer la respiration démocratique de chacun, sans doute, sans attendre non plus la Saint Glinglin, c'est-à-dire l'effondrement possible de la maison commune. Tant que l'Europe fonctionnera comme un vieux syndicat intercommunal du fin fond de la province ¯ je partage le minimum et je conserve l'essentiel de mes prérogatives ¯ il y aura du souci à se faire sur son avenir.

Ne rêvons pas trop d'une hypothétique harmonisation fiscale. Le refus irlandais de céder le moindre pouce de terrain sur son avantage dérogatoire en matière d'impôt sur les sociétés, malgré l'aide massive de ses partenaires, laisse à penser que les verrous sont solides. Pour autant l'Europe, si elle ne veut pas souffrir les affres de l'implosion, doit impérativement échafauder une gouvernance économique digne de ce nom.

¯ Élaborer un budget commun qui ne soit pas une coquille vide comme il l'est aujourd'hui : avec seulement 1 % de la richesse globale produite versée dans la cagnotte commune on est évidemment loin du compte.

¯ Accélérer la convergence des budgets nationaux, initiée par « le « pacte pour l'euro ». Encore faut-il la faire vivre.

¯ Bâtir, enfin, un politique de projets concrets communs en matière de recherche, d'éducation, d'innovation... Ces trois têtes de chapitre, çà ne vous rappelle pas quelque chose ? Eh oui ! le grand emprunt que la France a lancé. En solo...


Princesses


A chaque pays ses richesses naturelles : le charbon en Pologne, le blé en France, le diamant en Afrique du Sud - et la princesse à Monaco. La richesse naturelle se cultive, s’entretient et, surtout, se renouvelle. Prenez le charbon, dont il a fallu revoir l’image salie par la pollution. Voyez aussi la princesse de Monaco : Grace, Caroline, Stéphanie, et aujourd’hui Charlene. Toutes somptueuses, toutes différentes. Glamour façon Hollywood avec Grace, le scandale coulé sous le tapis. Classe façon chic parisien avec Caroline, le drame en prime. Sexe façon disco avec Stéphanie, la rengaine en punition. Et maintenant beauté façon mondialisation people avec Charlene, l’enfant caché en buzz… N’en doutons pas, la saga « Albert et Charlene sur le rocher » ne fait que débuter. Nous en redemanderons, sans cesse, et ils fourniront, toujours très pros. L’exploitation de princesse, à Monaco, c’est un vrai métier.

Dans la caverne de Platon

Tel le mirage décrit par le philosophe athénien, les solutions adoptées pour empêcher que la crise de la dette grecque n'emporte l'euro avec elle sont autant de paradoxes que les Européens ne veulent pas voir, estime le directeur adjoint d'El Mundo. 

Ne nous réjouissons pas trop vite de l’approbation du plan d’austérité grec. La situation n’est pas sans rappeler celle du Mythe de la Caverne, la célèbre allégorie de La République de Platon. Nous autres Européens sommes dans le rôle des esclaves enchaînés depuis la naissance qui ne voient que les ombres des objets qui sont derrière eux. Et c’est pour cette raison que nous ne voulons pas voir la réalité de la crise grecque.
Dans le cas grec, la multiplication des raisonnements absurdes dépasse l’entendement.
Pour la première fois, on a réussi par exemple à faire passer pour solvable un pays techniquement en faillite. L’UE insiste pour sauver un pays ruiné, avec un déficit budgétaire qui représente 10% du PIB et une dette de 350 milliards qui dépasse les 150% de toute la richesse produite en un an. Et elle veut nous faire croire que sans privatiser les actifs de l’Etat (en supposant que quelqu’un voudrait les acheter) on pourra éponger la dette.
Cette aberration s’explique par une autre aberration encore plus énorme, qui consiste, selon Merkel et Sarkozy, à nous faire croire que nous prenons nous-même les décisions alors qu’en réalité on nous les impose. Et c’est ce qu’ont pu vérifier les banques allemandes et françaises qui ont été invitées à remettre une partie de la dette grecque. Au final, il n’y  pas d’annulation de la dette au sens strict, mais bien un rééchelonnement généreux de la dette.
Autre paradoxe, ce réajustement qui n’en est pas un. La Grèce a reçu il y a  un an 110 milliards qui n’ont servi à rien. Le gouvernement de George Papandréou, que tout le monde est si prompt à blanchir, devait appliquer un plan strict d’austérité. Mais malgré tout ce qu’on a entendu sur les tourments infligés aux Grecs, ce n’était apparemment qu’un écho déformé de la réalité. L’eurodéputé du PP Antonio López Istúriz a révélé il y a quelques jours de qu’au lieu de privatiser 55 entreprises publiques pour réduire la dette publique, Athènes en avait nationalisé 41 autres. Quatrième paradoxe : ce sauvetage va finir par couler le pays.
Le leader de l’opposition Antonis Samaras n’avait pas tort quand il disait que l’augmentation des impôts allait faire s’effondrer l’économie et  augmenter encore plus la fraude fiscale. Si Papandréou avait été un peu plus audacieux, il aura réduit le nombre des fonctionnaires non de 15% mais de 25% et il ne se serait pas limité à privatiser 50 milliards d’actifs mais bien la totalité des 300 milliards d’actifs disponibles. Car pour corriger les comptes de cette fumisterie grecque, seules des mesures radicales s’imposent.
Dans l’allégorie de Platon, un esclave parvient à sortir de la caverne, il y découvre la réalité extérieure et retourne dans la caverne pour expliquer à ses compagnons que les ombres ne sont pas la vérité, qu’à l’extérieur existent des choses qui sont la cause et le fondement de ces ombres. Les esclaves commencent par se moquer de lui et comme il insiste, ils envisagent même de le tuer.
Samaras est le seul à être sorti de la caverne grecque et c’est pour cela qu’il a si mauvaise presse, Papandréou lui est encore à mi-chemin et la majorité des Grecs et des Européens sont derrière, aveuglés par le soleil.

OPINIONS

Oui à l'austérité pour tous

Oui à l'austérité pour tous
"ναί!", "Oui !" en grec, titre Die Presse, au lendemain du vote par lequel les députés grecs ont adopté la première partie du plan d'austérité de 78 milliards d'euro censé sauver le pays de la faillite. Ce "oui", affirme le quotidien de Vienne, s’applique bien au-delà de la Grèce : selon le quotidien viennois en effet, pour d'autres pays européens potentiellement en faillite – le Portugal, l'Irlande ou l'Espagne, voire l'Italie – "faire des économies radicales représente la seule porte de sortie". "Les protestations sont violentes", admet Die Presse, "mais l'obligation d'économiser est inévitable. Des gouvernements s'effondrent, et les nouveaux, qui jouaient les opposants bruyants auparavant, sont obligés de mettre en œuvre ces mêmes politiques que leurs prédécesseurs ont dû abandonner. Ils sont tous en butte à des structures rouillées, une fonction publique inflexible et inéfficace, des privilèges et des sinécures défendus depuis trop longtemps par leurs titulaires et à des systèmes sociaux qui ne sont plus viables".
La Frankfurter Allgemeine Zeitung rend elle aussi hommage à "l'exemple grec", et en particulier au Premier ministre d’Athènes : "Aucun Premier ministre ne voudra payer le prix que le gouvernement Papandréou est obligé de payer", écrit ainsi le quotidien allemand : "le gouvernement grec à dû abandonner la souveraineté nationale dans une mesure qui dépasse de loin ce qui est habituel et nécessaire pour un Etat membre de l'Union européenne. Depuis des mois, les représentants du peuple grec, pourtant élus, ne peuvent plus prendre de façon indépendante des décisions cruciales."

Vidéo : Nicolas Sarkozy violemment agrippé par un spectateur

En déplacement à Brax, dans le Lot-et-Garonne jeudi, Nicolas Sarkozy a été violemment agrippé par une personne présente dans la foule. L'incident qui a eu lieu vers midi a été filmé par une caméra de télévision. Sur les images, on voit le chef de l'État serrer les mains de sympathisants amassés derrière une barrière lorsqu'un inconnu s'avance, empoigne Nicolas Sarkozy et l'attire vers les barrières, le déséquilibrant légèrement.
Immédiatement des gardes du corps encerclent le président pendant que quatre autres officiers de sécurité se jettent sur l'individu, le maîtrisant sans ménagement. A l'issue de cette interpellation, la personne, dont l'identité n'a pas été révélée, a été été placée en garde à vue dans les locaux de la Section de recherche de gendarmerie d'Agen, selon les gendarmes.

Trois ans de prison et 45.000 euros d'amende.

Agé de 43 ans et demeurant dans le Lot-et-Garonne, l'agresseur n'est pas connu des services de sécurité. Sur le plan judiciaire, ses faits peuvent être qualifiés en violences aggravées du fait de la qualité de dépositaire de l'autorité publique du chef de l'Etat. Un délit passible de trois ans de prison et de 45.000 euros d'amende.

Depuis son élection, c'est la première fois que le chef de l'Etat est physiquement pris à partie lors d'un déplacement public. Jusqu'alors, personne n'avait réussi à dépasser le dispositif de sécurité entourant le président Sarkozy pour s'en prendre physiquement à lui.
En janvier 2009, lors d'une cérémonie de voeux dans la Manche, le cortège présidentiel avait été bousculé, mais pas le président lui-même. Le préfet et un haut responsable policier du département avaient ensuite été limogés.