TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

jeudi 16 février 2012

Moody's place sous surveillance plusieurs institutions financières

Moody's a prévenu, jeudi 16 février, qu'elle pourrait abaisser les notes de crédit de 17 grandes banques mondiales et de 114 institutions financières européennes, témoignant de l'impact de la crise de la dette souveraine européenne sur le système financier. L'agence dit examiner les notes de crédit à long terme d'une série de banques ainsi que leur solidité.

"Les groupes qui opèrent sur les marchés de capitaux sont confrontés à des défis changeants, avec des conditions de financement plus fragiles, des spreads de crédit plus larges, un durcissement de la régulation et des conditions d'activité plus difficiles", a écrit Moody's dans un communiqué.
Parmi les établissements concernés, et qui pourraient voir leur note abaissée de deux crans, figurent BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Natixis, Deutsche Bank, HSBC, Barclays ou encore Goldman Sachs. D'autres banques pourraient même voir leur note de crédit réduite de trois crans, en particulier UBS, Credit Suisse et Morgan Stanley. Bank of America et Nomura pourraient voir la leur reculer d'un cran.
Moody's explique que son action sur 114 institutions financières de 16 pays européens reflète l'impact de la crise de la dette et la détérioration des notes de crédit de leurs gouvernements. Moody's a également dégradé jeudi les notes de plusieurs compagnies d'assurance, évoquant leurs exposition à l'Espagne et à l'Italie. Parmi les compagnies déclassées figurent Generali et Allianz. Moody's a confirmé les notes d'Axa, Aviva et leurs filiales, tout en abaissant leur perspective de stable à négative.
COLLECTIVITÉS LOCALES DÉGRADÉES
L'agence de notation annonce qu'elle abaisse aussi la note d'une multitude de collectivités locales ou d'entreprises en Europe. En France, c'est la perspective sur les notes de la SNCF (Aa1) de Réseau ferré de France (Aaa), de Technicolor (Aaa) et de Thales (A2), qui a été abaissée à "négative". Moody's précise avoir confirmé la note A1 du groupe européen d'aéronautique et de défence EADS (A1) et sa perspective stable.
En Italie, ont été notamment abaissées d'un cran les notes de long terme de la Lombardie (à A1), la ville ainsi que la province de Milan (à A2), la ville de Florence (à Baa1) et la province de Florence (à A3), la Toscane (à A3), la province de Turin (à A2), l'Ombrie (à A3), la Vénétie ainsi la ville de Venise (A3).
En Espagne, des notes sont abaissées d'un cran : la Castille-et-Leon (A3) et l'Andalousie (A3). D'autres de deux crans : Madrid (A3), la Catalogne (Baa3), le Pays basque (A2), la Galice (A3), l'Estrémadure (A3) ou encore la Biscaye (A2). Au Portugal, Lisbonne a reculé d'un cran, à Ba3.
En Autriche, la note de la Carinthie a été abaissée d'un cran à A1.
En Grande-Bretagne, c'est la perspective de la note (A2) du groupe d'enrichissement de l'uranium Urenco qui a été abaissée à "négative".
Moody's avait abaissé lundi d'un cran les notes de l'Italie, à A3, et du Portugal, à Ba3. Celle de l'Espagne avait abaissée de deux crans à A3. L'agence avait par ailleurs abaissé à négative la perspective associée à la note Aaa (maximale) qu'elle attribue à l'Autriche, à la France et à la Grande-Bretagne.

Nicolas Sarkozy souhaite redonner la parole aux Français

“Oui, je suis candidat à l’élection présidentielle”. Fin du suspense. Invité au 20-Heures de TF1, Nicolas Sarkozy s’est donc officiellement lancé dans la course à l’Élysée. Cette décision, il l’avait prise “il y a plusieurs semaines”, car, a-t-il expliqué, ne pas briguer un second mandat reviendrait à “un abandon de poste “dans un contexte international marqué par ”une succession de crises”.
Et de lancer face à Laurence Ferrari: “C’est parce que j’ai des choses à dire aux Français, des propositions à leur faire”. Des propositions ? Le tout nouveau candidat en a détaillé quelques unes en fixant ses grandes priorités. Tour d’horizon.
Des référendums
Il a ainsi indiqué que “l’idée centrale” de son prochain quinquennat, s’il est réélu, serait de “redonner la parole au peuple français”. Il a confirmé son intention de le consulter par référendum d’abord sur le ”chômage”, son “indemnisation” et la “formation des chômeurs”. Une valeur, le travail
Il en a aussi profité pour exposer sa vision de la société dans laquelle, estime-t-il, “l’assistanat n’a pas sa place” et le travail “est la valeur centrale”. ”Je crois au travail, à la responsabilité, l’autorité, à la solidarité”. Il souhaite ainsi “la solidarité pour ceux qui ne peuvent pas travailler. La formation ou l’emploi pour ceux qui ont la force de travailler”.
Un changement
Candidat à sa propre succession, le chef de l’État souhaite néanmoins incarner le changement. Il a assuré que s’il était réélu, un second quinquennat de sa part ”ne sera pas conforme au premier”. Une campagne
”Quelle campagne je vais faire? Je vais essayer de dire la vérité, de poser les bonnes questions, de proposer des idées fortes. [...] Et finalement je vais vous dire, pour moi, cette campagne c’est comme une forme de soulagement”.
Un slogan
Nicolas Sarkozy a aussi décliné le slogan de sa campagne, “la France forte”. “Il faut que les Français comprennent que si la France est forte, ils seront protégés” a-t-il ainsi déclaré en agitant le spectre de la situation de la Grèce.
Un tacle à Hollande
Le président candidat n’a pas manqué de décocher quelques flèches à son adversaire socialiste. Il a déploré la “longue litanie” de critiques contre lui de François Hollande. “Je comprends qu’il me critique, mais il n’a pas des idées à mettre sur la table?” a-t-il lancé avant de le tacler à son tour en mettant notamment en cause sa volonté de créer 60 000 postes dans l’éducation en cinq ans.

Veut-on sauver la Grèce ou la mener à la guerre civile ou à un coup d'Etat militaire ?

Même si l'Europe en est venue à injecter 21 000 euros par Grecs pour tenter de sauver le pays, les mesures imposées à la population rendent la vie en Grèce tellement difficile qu'elles ne peuvent qu'attiser un vent de révolte.
«En Grèce, les sages parlent et les imbéciles décident ». Cette phrase d’Anacharsis date du VIème siècle avant Jesus Christ. Elle est pourtant bel et bien d’actualité aujourd’hui encore.
Les évènements de ces derniers jours à Athènes, où de véritables émeutes accompagnées d’incendies de bâtiments publics se produisent sans que les forces de l’ordre arrivent à ramener le calme, montrent que le pays est au fond du gouffre économiquement et au bord du chaos politiquement.
Il faut dire, c’est vrai, que les Grecs ont beaucoup de choses à se reprocher : de la fraude fiscale généralisée dont le peuple dans son ensemble se satisfaisait pleinement aux dépenses d’armement démesurées qui faisaient qu’un pays d’un peu plus de 10 millions d’habitants était parmi les plus gros importateurs mondiaux de matériel militaire, tout dans ce pays était « cul par-dessus tête » depuis des décennies.
Après un premier plan de sauvetage de 110 milliards d’euros, un second plan de 130 milliards est en train d’être mis en route pour éviter une faillite qui est, de toute façon, inéluctable. Faites le calcul, le total des aides dépasse aujourd’hui les 21 000 € par habitant ce qui est une aberration vu la situation économique désespérée du pays. De plan de rigueur en plan de rigueur, la Grèce a continué à s’enfoncer jour après jour. Depuis l’été dernier 60000 TPE-PME ont fait faillite et le PIB s’effondre sans discontinuer.
Les dernières mesures ont été la goutte d’eau qui fait déborder le vase avec une baisse du salaire minimum de 22% pour les plus de 25ans et de 32% pour les moins de 25 ans (qui devraient d’ailleurs porter l’affaire devant la HALDE grecque pour discrimination). Le salaire minimum grec, qui était de 877€ par mois en 2006, a pourtant déjà été réduit à 751 €. Faites le calcul : un jeune grec de moins de 25 ans touchera alors le salaire mirobolant de 510 € par mois tandis qu’un grec de plus de 25 ans émargera à 585 €. Inutile de dire que si vous avez contracté un crédit avec vos revenus de 2006, il ne vous reste plus qu’à vous mettre en faillite personnelle (si cela existe chez les Hellènes) ou à attendre la saisie de vos biens. Pour être déjà allé en Grèce, il est purement et simplement impossible de vivre avec des revenus aussi faibles, les prix de l’essence étant par exemple sensiblement équivalents à ceux pratiqués en France.
Cette colère est d’autant plus légitime que les injustices sont toujours de rigueur au plus haut niveau. Les armateurs sont toujours exonérés d’impôts comme cela est écrit dans la Constitution alors que la Grèce est la première puissance maritime européenne pour la marine marchande et l’Eglise orthodoxe continue elle aussi à ne pas payer d’impôts ou presque.
Inutile de dire que de telles injustices couplées à un avenir des plus sombres ne peut qu’inciter à la révolte qui pourra se terminer soit en guerre civile soit en coup d’état militaire comme ce fût le cas le 21 avril 1967 et ce ne sont pas les propos de l’ancien Premier Ministre Georges Papandreou lors du débat sur le plan d’austérité qui vont inciter les grecs à rentrer chez eux. Celui-ci a en effet déclaré : "Notre système politique est responsable collectivement de tous les fonctionnaires que nous avons embauchés par favoritisme, des privilèges que nous avons accordés par la loi, des demandes scandaleuses que nous avons satisfaites, des syndicalistes et des hommes d'affaires que nous avons favorisés et des voleurs que nous n'avons pas mis en prison".
On comprend mieux dès lors l’écoeurement de tout un peuple face à une classe politique qui a semé avec une énergie débordante les raisins de la colère. Vingt sept siècles plus tard, Anacharsis nous montre qu’il était vraiment un visionnaire.

Corrections fraternelles  


 Le programme économique de François Hollande ? Ce sont les socialistes qui en parlent le mieux. Ainsi Michel Rocard : se rapportant aux prévisions de l’Insee et de l’OCDE, l’ancien premier ministre considère ni plus ni moins que « l’hypothèse de croissance sur laquelle se fonde François Hollande n’est pas plausible ». Dans un colloque du groupe de réflexion Inventer à gauche, il a même estimé, la semaine dernière, que le pire de la crise était devant nous, ce qui pourrait mettre François Hollande « en grande difficulté ». À ce jour, l’intéressé n’a pas réagi… De son côté, la Cour des comptes, présidée par Didier Migaud, ancien président socialiste de la commission des finances de l’Assemblée nationale, n’est guère plus indulgente envers le programme de Hollande. Il faut, dit la Cour dans son rapport annuel, poursuivre le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, diminuer drastiquement les dépenses, voter la règle d’or sur l’équilibre budgétaire. Exactement l’inverse des promesses du candidat socialiste. Le réveil risque d’être douloureux.

L'hyper-candidat pressé d'en découdre 

Maintenant, c'est fait ! Nicolas Sarkozy est candidat à sa succession, il a enfilé un autre costume. En réalité, ce qui a changé depuis hier soir, c'est que désormais il fait campagne en le disant. D'évidence, il avait hâte d'y entrer, du mal à réfréner son envie d'en découdre. S'il lance l'offensive plus tôt que prévu, c'est certes parce qu'il a besoin de temps pour combler son retard et redonner le moral à ses troupes. C'est surtout parce que le nouveau souffle de « vérité » qu'il pense incarner relèguera au second plan le bilan controversé d'un président impopulaire. C'est aussi parce qu'un candidat dispose d'une liberté de parole plus grande et à cet égard Nicolas Sarkozy a innové avec le concept de la non-critique... polémique : il prendra l'élection par le peuple, il parlera au peuple et certainement pas de son rival, promis-juré, sauf qu'énonçant sa vertueuse intention il s'est enflammé sur celui qu'avec condescendance il qualifie de « sans doute estimable ». Pour le reste, l'hyper-président a cédé la place à l'hyper-candidat et celui-ci est déjà dans le dur de la campagne. Il organisera le débat autour des fondamentaux de la droite et se dressera en capitaine du bateau France secoué par la tempête économique. Au final, une officialisation sans effet de surprise et telle est l'habileté du moment. La règle d'or, en la matière, est de ne pas manquer l'acte de déclaration. Nicolas Sarkozy a maîtrisé l'exercice, le verbe sûr et clair, y compris pour condamner les propos homophobes d'un député UMP. Le candidat semble plus à l'aise sous les spots de la télévision que le président sous les ors de l'Elysée. « Vérité » d'un soir ?

Métamorphose d’un président candidat en candidat président  

 Le candidat perçait de plus en plus fortement dans sa chrysalide présidentielle. Il apparaissait depuis des mois par bandes successives, toujours plus visibles. La mue est achevée, nous dit-il aujourd’hui. Le président s’est transformé en candidat. Microscopique métamorphose car pour la plupart des Français la différence semble à peu près inexistante. Depuis plusieurs mois déjà la chenille élyséenne, accélérant sa mutation en candidat papillon, voletait à sa guise dans la campagne présidentielle. Et l’agence de notation Moody’s vient de faire au président candidat, quarante-huit heures avant sa transmutation en candidat présidentiel, un cadeau d’entrée en campagne : elle met la France, avec ses cinq années de sarkozysme, sous « perspective négative », prélude à une prochaine dégradation. Le 16 janvier dernier, après la dégradation de la France par Standard and Poor’s, Nicolas Sarkozy s’était réjoui, un peu hâtivement, que Moody’s, la seule agence qui semblait compter à ses yeux, maintenait son triple A à la France. Alors qu’il ne s’agissait que d’un sursis, avec mise sous observation. Maudit soit Moody’s ! En tout cas ces observations défavorables nous rappellent que « le vrai marqueur de la présidentielle » ce sera bien notre endettement et nos déficits publics. Et d’une manière plus générale, nos finances et notre économie en capilotade… Une campagne clopin-clopant ? Initialement Nicolas Sarkozy souhaitait rentrer en campagne le plus tard possible. Comme François Mitterrand l’avait fait le 22 mars 1988. Mais son handicap dans les sondages était trop lourd pour prolonger l’atermoiement – je n’ose pas écrire le suspens – jusqu’au mois prochain. L’éditorialiste de La République du Centre constate de façon amusante : « Celui qui voulait être le président du triple A est devenu, par la force des choses, le candidat du triple galop pour rattraper son retard sur François Hollande. » Un triple galop qu’il va devoir conduire avec la hantise de se voir retirer un fer supplémentaire par quelque maréchal-ferrant des agences de notations. Par la faute de ces dernières, la campagne de Nicolas Sarkozy va-t-elle se dérouler, comme le chantait si bien notre regretté ami Pierre Dudan, clopin-clopant ? Bayrou : « surplace » ou « rétropédalage » ? Vanité et dérision du métier d’observateur politique. Il y a quinze à peine un hebdomadaire titrait : Et si la droite ralliait Bayrou… L’hypothèse, pour n’être pas la plus probable, paraissait néanmoins sur le point de devenir crédible. Nicolas Domenach, chroniqueur de Marianne, écrivait : « Si Nicolas Sarkozy s’effondre, le leader centriste peut-il rassembler les élus de la droite ? Politique-fiction ? Pour l’instant, oui. Mais il y croit, et certains préparent des appels en sa faveur. Ils sont nombreux à le juger seul capable de battre François Hollande. » Le candidat du MoDem percevait paraît-il des signes du destin en sa faveur. « La sortie de route de Dominique Strauss-Kahn. L’expulsion de Nicolas Hulot, le renoncement de Jean-Louis Borloo »… François Bayrou se voyait déjà « devenir le champion de substitution face à François Hollande ». Une sorte de plan B, « que certains travaillent déjà à mettre en œuvre ». Ses partisans parlaient de « transcender » le centre et s’imaginaient « déborder » la gauche et la droite « par les gens d’en bas que leur candidat réconcilierait avec ceux d’en haut ». Une sorte « d’appel au peuple ». D’où le slogan lancé le mois dernier : « produire français », qui sonnait de façon un peu insolite dans la bouche de cet européiste à tous crins. Le Béarnais reprend volontiers à son compte la devise d’Henri IV, « ce qui doit arriver ne peut manquer ». Dégringolé au fond du trou électoral après sa percée à l’élection présidentielle de 2007 (près de 19 % des suffrages), François Bayrou avait redémarré, « telle une fusée », dans les dernières semaines de 2011. Las ! La fusée semble déjà sur le point de retomber… La devise d’Henri IV s’efface peu à peu derrière la réflexion d’André Gide : « Il y a un temps pour vivre. Et un temps pour se souvenir d’avoir vécu. » L’ambition présidentielle de François Bayrou semble être déjà entrée dans la seconde phase. Référendum « dum-dum » Après avoir fait, entre 2007 et 2011, quelques pas en direction du PS, il paraissait, ces dernières semaines, dénoncer l’irréalisme du programme de François Hollande. Mais, depuis le week-end dernier, après l’interview du chef de l’Etat dans Le Figaro magazine, Bayrou, qui n’est pas à un zigzag près, change une fois de plus de trajectoire. Il fustige à nouveau Nicolas Sarkozy. Et en des termes souvent outranciers. Pour le centriste, l’idée avancée par le président de la République d’un éventuel référendum sur les droits des chômeurs est « indigne ». Et de vaticiner : « Une société se juge au traitement qu’elle réserve aux plus faible de ses membres (…) L’idée, pour gagner des voix, d’un référendum organisé sur les droits des chômeurs, c’est la négation de ce qu’un chef d’Etat doit à un pays comme la France. » En quoi le fait de vouloir inciter les chômeurs à trouver une formation plus en adéquation avec le marché du travail, et surtout leur en donner les moyens, serait une démarche « indigne » ? L’un des cadres du MoDem insiste « Au cynisme électoraliste de Sarkozy, Bayrou répond par des valeurs humanistes. » C’est-à-dire par les valeurs subversives de la gauche et de la franc-maçonnerie (voir à ce sujet l’article de Rémi Fontaine dans Présent de mardi). Sur le « cynisme électoraliste de Sarkozy » Bayrou ne fait en l’occurrence qu’ajouter une surenchère mal venue et déplacée. Le candidat du MoDem, après un « surplace » dans les sondages suivi d’une légère glissade, se chercherait « un nouvel élan ». Mais sa nouvelle rampe de lancement, fustiger le discours soi-disant droitier de Nicolas Sarkozy le plus violemment possible, du haut d’une insupportable posture morale, est franchement pourrie. François Bayrou pense que Nicolas Sarkozy, par ses déclarations appelant au référendum sur le droit des étrangers expulsables et sur les chômeurs, lui a offert « le bol d’air politique qui lui faisait cruellement défaut ». Mais il s’agit d’un air que par ses déclarations intempestives d’humaniste progressiste, intolérant et moralisateur, il s’est ingénié à vicier… A propos de ces référendums, un lecteur me reproche de ne pas en avoir parlé dans mon article de mardi sur l’interview du président de la République. Je n’en ai pas parlé en effet, parce qu’il s’agit de vaines promesses que Nicolas Sarkozy, s’il est élu, se gardera bien de tenir. Sans doute n’y croit-il pas lui-même… Juste avant mercredi soir… Selon le dernier sondage publié avant la déclaration présidentielle de mercredi soir, François Hollande et Nicolas Sarkozy arrivent toujours en tête avec respectivement 28 % et 24 % des intentions de votes. Marine Le Pen se maintient à 20 %. Bayrou patine à 12 %. Et Mélenchon, l’homme auto-proclamé « du bruit et de la fureur », n’arrive toujours pas à atteindre la barre des 10 %. Mélenchon ou beaucoup de bruit pour rien ?

Au revoir, M. le Président 

Voilà, c’est fini… Le premier quinquennat de Nicolas Sarkozy s’est achevé hier soir vers 20 h 15. Même si, bien sûr, il occupera encore la fonction jusqu’au bout de son mandat, le président a passé la main au candidat. Il a sans doute été sincère dans son impatience à recouvrer sa liberté de mouvement même si on peut s’étonner de son excitation à retrouver le contact avec les Français comme si ces cinq années passées à l’Élysée avaient été un exil. Bien préparé, il a été techniquement bon, plutôt habile dans sa façon de manipuler le produit – lui-même – et manifestement plus à l’aise sur le plateau d’une inoffensive Laurence Ferrari que sous les ors compassés de son palais. Mais après ? Cette honnête prestation lui a permis de dérouler très professionnellement son argumentaire, mais pas de faire la différence. Certains, saluant l’artiste, l’auront trouvé gaullien mais il est resté l’homme de l’éternelle promesse. Ah, cet alléchant « J’ai des choses à dire aux Français » sans qu’il ne donne jamais la moindre idée de ce qu’il avait précisément d’inédit à leur dire, comme une allégorie de l’attente déçue qui plombe aujourd’hui son déficit de popularité. Le président a séduit sûrement, mais il n’aura guère convaincu. Sobre et apaisé mais vaguement répétitif, ce Sarkozy 2 a enterré le Sarkozy 1 qui s’était promis de rompre avec le conformisme de gouvernement. Emblématique d’une imagination revue à la baisse par la crise, la très pépère, très gestionnaire et très incantatoire « France forte » de 2012 a sorti du cadre l’ambitieuse « France d’après » de 2007, et éteint le souffle du parc des expositions de Versailles. Dream is over ? La mélancolie de John Lennon serait-elle toujours d’actualité en ces temps de doute absolu ? Voilà, c’est fini aussi - après tout, ça n’arrive pas qu’aux politiques - pour les deux quinquennats d’écriture nocturne que j’achève ce matin avec ce 1960 e et dernier éditorial dans les DNA. J’ai aimé passionnément ce lien quotidien avec vous. Je l’ai toujours voulu libre de tout esprit partisan, mais critique, c’est vrai, à l’égard de tous les pouvoirs, parce que c’est son rôle, tout simplement. J’ai agacé - et parfois même exaspéré - ou amusé. Plu ou déplu. Correspondu avec les uns et les autres avec le respect de tous et le goût du débat. Vous allez tous me manquer. Beaucoup. Comme toutes les équipes, valeureuses, de cette belle maison que sont les Dernières Nouvelles d’Alsace dont je dirai toujours fièrement qu’elles étaient « mon » journal.

Premier tour 

Avant le second tour, il y a le premier. Ce n’est pas évident pour tout le monde. Certains font déjà une campagne de second tour, comme s’ils étaient sûrs d’être qualifiés pour le combat final, en prononçant des discours sur le “rassemblement des Français” qui ne sont qu’un habillage trompeur. Nicolas Sarkozy, lui, est entré en campagne pour le premier tour – « je rassemble mes propres forces », avant de vouloir diviser celles de l’adversaire. On est élu sur son programme, pas sur deux à la fois. Devant les épreuves de la crise que nous rappellent les chiffres du chômage et les émeutes d’Athènes, des voix s’élèvent à droite – ce réflexe n’existe pas à gauche – pour plaider en faveur de l’“union nationale” : on ne peut s’en sortir qu’en se retroussant les manches tous ensemble. Certes, nous ne nous en sortirons que par le travail et l’intelligence – mais sous l’autorité de qui ? Les candidats (Bayrou, Villepin) qui font miroiter l’idée de l’“union nationale” sont des chefs sans troupes. Le gros des forces se tient dans un camp ou dans l’autre. Dans une présidentielle qui se termine par un duel, les appels au consensus, au compromis, à l’union, à l’accord secret, etc., ne sont que des leurres. Même Jacques Chirac, réélu en mai 2002 avec 82 % des voix contre Jean-Marie Le Pen, ne s’y était pas prêté, bien que la tentation en fût forte, puisque la majorité de la droite et la gauche s’étaient portées sur lui. Gouvernement d’union nationale ? Il semble le regretter dans ses mémoires (le Temps présidentiel, Robert Laffont), mais il fournit les raisons pour lesquelles il ne s’y était pas résolu. D’abord, parce qu’il sortait d’une cohabitation avec Lionel Jospin et qu’il estimait nécessaire d’avoir « plus de clarté et d’efficacité dans l’action gouvernementale ». Ensuite, parce qu’un « nouveau compromis politique entre des dirigeants d’opinions divergentes sur la plupart des grands sujets eût probablement abouti à ces mêmes impasses que les résultats du 21 avril [le premier tour] avaient, d’une certaine manière, sanctionnées ». Il y avait enfin un motif supplémentaire : « Celui de faire durablement apparaître le Front national comme la seule force d’alternance face à une coalition de partis traditionnels que plus rien ou presque ne distinguerait aux yeux de l’opinion. » Et qui aurait vu Jospin aussitôt rallier Chirac ? Il y a pourtant les Allemands, nous objectera-t-on. Ceux-ci ont en effet montré que de “grandes coalitions” entre socialistes et chrétiens-démocrates étaient capables de gouverner. Mais la constitution de ces coalitions donne lieu à d’intenses et longues négociations pour l’établissement d’un cahier des charges commun. Pourquoi ne serait-ce pas possible en France ? Parce que le Parti socialiste et nos grands syndicats n’ont toujours pas renoncé au principe même de la lutte des classes. Que peut-on trouver dans le programme de François Hollande qui soit compatible avec celui de Nicolas Sarkozy ? Même d’accord sur le diagnostic de la crise et la nécessité de conserver l’euro, matrice de l’économie européenne, ils divergent sur tout : sur les effectifs de fonctionnaires et la réduction des dépenses publiques, le niveau des impôts et la politique familiale, les retraites, la protection sociale et l’indemnisation des chômeurs. Mais pas seulement. Ils s’opposent aussi sur l’essentiel : sur notre identité, la politique d’immigration, la légalisation du mariage homosexuel, de l’euthanasie, du cannabis, du vote des étrangers non européens aux élections locales, etc. Il n’y a de compromis possible que lorsque l’on est d’accord pour ne rien faire. On ne va pas à la bataille en suggérant à l’adversaire qu’à l’issue du combat on fera comme s’il n’avait pas eu lieu. La droite ne doit pas se nourrir d’illusions. Si François Hollande gagne, il entraînera ses troupes à la victoire aux élections législatives – de telle sorte que tous les pouvoirs soient désormais réunis entre des mains socialistes : majorité des exécutifs municipaux et régionaux, Sénat, Assemblée nationale, gouvernement et présidence de la République. Quelle revanche ! Qui viendra parler d’union nationale aux socialistes ? Ils ne sont pas partageux. Et l’on se rappelle comment fut accueillie l’“ouverture” pratiquée par Nicolas Sarkozy au lendemain de sa victoire de 2007. François Bayrou ne fut pas le dernier à s’en moquer. Cette politique aura pourtant eu une vertu, celle d’en montrer la vanité. Dans le triptyque des valeurs de Nicolas Sarkozy, travail, autorité, responsabilité, les deux dernières ne se partagent pas.

L’anti système, l’anti Hollande  


 Je suis le candidat du peuple contre François Hollande le candidat du système. Nicolas Sarkozy s’est habillé hier en champion des «Français lucides», des Français «dépossédés du pouvoir par ceux qui tournent en rond entre gens qui se connaissent». En les citant ou non, il désigne les médias, les sondages, les élus, les énarques, les syndicats, les marchés, les partis, son entourage même qui imposent leurs blocages, opposent leurs conservatismes et confisquent la parole populaire. Pour franchir ces obstacles et finir son travail, il brandit le référendum. Nicolas Sarkozy change de slogan sans renoncer au «ensemble tout devient possible»de 2007. A l’époque, il était propulsé et suivi par l’essentiel de ce système dont il se pose maintenant en victime et qu’il tente d’attacher comme un boulet à son concurrent principal érigé en adversaire unique. Histoire de priver d’espace tous les autres. Pour mieux renvoyer une image d’un Hollande issu de l’appareil, du consensus, sans expérience d’homme d’action, héritier d’un Jospin capitulant à Renault Vilvoorde, le Président candidat vante sans modestie sa force, son dynamisme, son énergie de «capitaine dans la tempête qui n’abandonne pas le navire». Pour ne pas s’exposer à la critique d’un bilan qu’il assume et ne pas laisser le monopole du changement à l’adversaire socialiste, il avance un mandat non conforme et proclame la première élection du XXIé siècle. Nicolas Sarkozy a beau placer le référendum au coeur de son programme, pour la présidentielle, il préfère un face à face à... un référendum sur sa personne et son bilan.

Le vrai coup d'envoi 

Toute déclaration de candidature, et spécialement celle d'un président sortant, relève de la formalité à la fois banale et périlleuse. La décision de Nicolas Sarkozy, confirmée hier soir de manière à la fois grave et conventionnelle, était si peu une surprise que le principal danger était de faire un flop. Mais ce risque n'est rien à côté de ceux que vise à déjouer son entrée dans le match présidentiel. La première grande inquiétude de l'Élysée était ¯ et demeure un peu ¯ que Marine Le Pen prive Nicolas Sarkozy de second tour. L'étroitesse de leur écart dans les intentions de vote explique que le Président, qui espérait se déclarer le plus tard possible, façon François Mitterrand, ait accéléré son calendrier. Ainsi, pour la première fois, on a en même temps un candidat président en campagne et un Parlement qui vote les réformes du président candidat ! Sa seconde crainte était que l'avance de François Hollande compromette toute chance de réélection. Jamais un candidat n'est parvenu à combler un tel retard en 66 jours. Pour relever le défi, il ne pouvait plus prolonger la fable du lièvre et de la tortue. Au risque d'apparaître à la remorque du calendrier socialiste, son urgence était de déshabituer les Français de l'idée que François Hollande, le candidat qui n'aurait pas de programme, serait déjà installé à l'Élysée. Beaucoup va se jouer dans les quinze jours à venir. Logiquement, l'officialisation de sa candidature devrait accentuer la bipolarisation autour des deux favoris et permettre à Nicolas Sarkozy de gagner quelques points pour prétendre faire jeu égal, au premier tour, avec François Hollande. S'il devait rester scotché autour de 25 % ou rechuter dans quelques jours, il n'aurait plus grand-chose à espérer, compte tendu de ses réserves de voix pour le second tour. Pour faire mentir le pronostic dominant et atténuer un antisarkozysme qu'il sait plus fort que l'envie de gauche, il va jouer le tout pour le tout, se battre chaque seconde, prendre tous les risques. D'un point de vue arithmétique, il peut compter sur le retrait de Christine Boutin, d'Hervé Morin, peut-être de Dominique de Villepin. Mais ça ne suffira pas. Il lui faudra à la fois remobiliser la droite et affaiblir la gauche autour du thème d'une France forte et protectrice. Vis-à-vis de son camp, il va marteler le propos sur les valeurs ¯ le travail, la rigueur, le refus de l'assistanat ¯ pour retrouver les déçus de 2007. Quitte, en fin de campagne, à insister sur des thématiques rassembleuses ¯ écouter le peuple, son idée centrale ¯ plus agréables aux oreilles des humanistes de l'UMP, des radicaux de Jean-Louis Borloo et des centristes de François Bayrou. Un grand classique, au fond, de toute campagne. Vis-à-vis de la gauche, il va essayer de noyer François Hollande sous une pluie de critiques et de propositions déstabilisantes. Au dynamisme et au courage du capitaine dans la tempête, il va opposer, comme il a commencé de le faire hier soir, l'irresponsabilité et la faiblesse de la gauche. Exercice délicat dont l'abus risque, au contraire du but recherché, de valoriser un François Hollande bien décidé à rester stoïque dans le tumulte de la campagne.

mercredi 15 février 2012

Nicolas Sarkozy peut-il battre François Hollande?

En se déclarant officiellement candidat, le président entre dans la bataille pour tenter de combler son retard. Il est résolu à dégainer l'artillerie lourde. Cette fois, la campagne est lancée, à droite comme à gauche. 
Des marchés financiers apaisés, une conjoncture plus calme et, surtout, une amélioration de l'emploi pour la rentrée: quand Nicolas Sarkozy part en vacances, en août 2011, il mise sur un climat favorable pour sa précampagne présidentielle. Quelques jours plus tard, il rentre à Paris pour une rencontre avec Angela Merkel: la crise frappe de nouveau. 
Et c'est tout son calendrier qu'il doit repenser. Autant il a déjà en tête la stratégie des valeurs qu'il compte dégainer quand sa candidature deviendra une évidence, autant il va lui falloir improviser une politique en réaction à la conjoncture. Parfois, il hésitera - par exemple, sur la TVA sociale. Parfois même, il se trompera: le discours de Toulon, conçu pour mettre en scène le président sauvant la France de la crise, n'aura pas les conséquences espérées. 
Quand 2011 s'achève, une évidence s'impose: avant même d'avoir commencé, sa campagne est contrariée. Seule la gauche est alors susceptible de redonner le moral à des troupes UMP proches de l'abattement. Passé l'euphorie de la primaire, elle y réussit par quelques couacs retentissants. "Si François Hollande voulait nous aider, il ne s'y prendrait pas autrement", s'exclame François Fillon, juste après le cafouillage du PS sur le quotient familial. Voilà les élus, quelque peu requinqués, qui se bousculent pour intégrer la cellule Riposte.  
"Tu n'as qu'à faire deux réunions par semaine !" suggère le chef de l'Etat à Brice Hortefeux. L'annonce d'une TVA sociale, le 31 décembre, doit servir à Nicolas Sarkozy de dernier contre-feu pour éviter la dégradation de la France par les agences de notation et écarter tout risque d'un troisième plan de rigueur, a-t-il expliqué à des élus. Le 1er janvier, il juge que ses soutiens n'assurent pas assez le service après-vente de ses annonces. Un député, sollicité par le conseiller aux affaires parlementaires de l'Elysée, Olivier Biancarelli, rédige un communiqué... dans une station à ski, à une terrasse de restaurant, à 3 000 mètres d'altitude. 
Rester maître de tout, du calendrier et des idées : telle est l'obsession du président candidat. "Il n'y a rien dans le projet, c'est très bien comme ça", dit-il à propos du projet de l'UMP, qu'il conçoit surtout comme un écran de fumée pour ménager l'effet de surprise.  
Les états d'âme ne sont pas le genre de la maison
Mais, le 13 janvier, le train déraille, avec l'annonce par l'agence de notation Standard & Poor's de la perte du triple A. Deux jours plus tard, en visite à Amboise, Nicolas Sarkozy affiche sa mine des mauvais jours. Avant son discours, il retrouve dans la loge les ministres et les locaux de l'étape. Il prend à part Hervé Novelli - le député a le malheur de compter parmi les amis d'Alain Madelin, que le président a vu quelques jours plus tôt. "Alain, il est vraiment insupportable. Il n'a rien compris. La dérégulation, c'est ce qui nous a amenés là", s'emporte-t-il, sans même chercher la conversation. 
A son retour à Paris, toujours énervé, il reçoit Jean-Louis Borloo. A trois jours du sommet social, l'ex-candidat putatif à la présidentielle pense tenir sa revanche de l'automne 2010, quand Matignon lui échappa. "La ligne Borloo contre la ligne Buisson !" confie l'ancien ministre, sûr de son fait. Peine perdue. Nicolas Sarkozy optera pour des solutions différentes de celles préconisées par le président du Parti radical.  
Des bas, des hauts. Le 16 janvier, Nicolas Sarkozy s'envole pour aller recevoir la Toison d'or à Madrid. Dans l'avion, la bonne nouvelle tombe : l'agence Moody's se donne un nouveau délai pour décider de mettre, ou non, le triple A de la France sous perspective négative. "Yes !" s'écrie le chef de l'Etat, joignant le geste à la parole. L'argument servira à contrebalancer la dégradation par Standard & Poor's. 
Mais les doutes sont loin d'être balayés. Il n'a pas échappé au président que, depuis plusieurs semaines, le centriste Pierre Méhaignerie boude les petits déjeuners de la majorité. Les états d'âme ne sont pas le genre de la maison Sarkozy. "Avant une réunion avec lui, dans l'antichambre, on se dit que nous n'avons aucune chance; et on repart rassérénés et on ne réenvisage la défaite que deux jours plus tard, quand l'effet vitamine C s'est dilué !" admet un responsable de l'UMP.  
"Tes voyages en province, ce sont des émissions de télé"
Chaque semaine, le chef de l'Etat reçoit les ténors de la droite. "Tes voyages en province ne sont pas des voyages en province, ce sont des émissions de télé, lance une fois Jean-Pierre Raffarin. Tu aimes la politique, mais tu ne dis pas aux Français que tu les aimes." Un autre jour, c'est Alain Juppé qui intervient: "Tu sous-estimes Marine Le Pen. Isabelle [NDLR: la femme du ministre des Affaires étrangères] me dit qu'elle fait des dégâts terribles dans le public féminin." 
Le 29 janvier, le président s'invite à la télévision. Au-delà des annonces, l'émission est jugée décisive: l'audience est au rendez-vous - "Ce n'était pas glamour et, pourtant, seulement 300 000 personnes ont décroché", se réjouira le président en privé -, les études qualitatives réalisées par l'Elysée sont jugées encourageantes. A compter de ce jour, les conseillers du chef de l'Etat considèrent qu'une attente est créée autour du candidat.  
Dès lors, tout s'emballe. Nicolas Sarkozy n'attendra pas mars. Il a personnellement veillé à ce que le Sénat, passé à gauche, adopte le droit de vote des étrangers aux élections locales, s'assurant auprès d'élus de l'UMP que rien n'entravera le scrutin. Ce sera une munition pour la suite. Pour parler des valeurs et s'adresser en priorité aux 31 % de Français ayant voté pour lui au premier tour en 2007, un média s'impose, le Figaro Magazine. Avant la déclaration de candidature, rassurer son électorat, pour se consacrer ensuite au face-à-face avec Hollande - "Mon problème n'est pas d'attaquer son programme, c'est de montrer qu'il se trompe de diagnostic." 
Cette séquence-là a été pensée depuis longtemps. Avec une idée majeure, défendue aussi par Patrick Buisson, homme clef de la campagne: dès lors que les Français ont l'impression de perdre de la souveraineté, il faut leur rendre du pouvoir, via le référendum. Peu importe, aux yeux du président, qu'il explique le contraire de ce qu'il disait il y a cinq ans (dans une interview à L'Express en mars 2007): "Croyez-vous que, si je suis élu, je vais aussitôt dire aux Français: "Excusez-moi, j'ai besoin de vous demander votre avis sur un autre sujet?"" 
De toute manière, avec Nicolas Sarkozy, le bruit suscité est toujours supérieur à ses propres mots. Il ne s'engage pas à organiser deux référendums sur le chômage et l'immigration, il se contente d'en agiter l'hypothèse. Des élus modérés, comme l'ancien ministre Dominique Bussereau, sont au bord de la rupture et ne se rassurent qu'en lisant le texte de l'entretien. Le débat s'enflamme. Hollande veut transformer la présidentielle en un référendum sur Sarkozy? "Chiche, nous aussi allons y recourir, mais sur les idées", décrypte un proche du chef de l'Etat. "En balayant l'idée, Hollande a balayé le peuple", espère un autre. 
Jouer le peuple contre le système a toujours constitué une ligne directrice pour le président. "Les candidats de l'élite, Jospin et Balladur, ont tous échoué", relève-t-il, au moment où le Figaro Magazine sort dans les kiosques. "Tu as vu le sondage?": selon TNS-Sofres pour i-Télé, 63% des Français approuvent le référendum sur les chômeurs, et le chiffre n'a pas échappé au président. Si ses propositions sur d'autres sujets sont moins bien perçues, il écarte l'objection. "Je pense que lui se fiche un peu du mariage homo, mais il veut les catholiques", note un fidèle. Les sarkozystes ont aussi relevé que, sur ce point comme sur l'euthanasie, le socialiste se montrait "très permissif": le candidat UMP ne manquera donc pas de le tacler.  
"Je dois être un produit neuf"
"Les idées me protègent", a l'habitude de dire ce président si mal aimé. Jusqu'à quel point doit-il néanmoins parler de lui, pour réparer ses erreurs? Nicolas Sarkozy a cherché à rassurer les députés qu'il reçoit : "Ne croyez pas que personne ne me rappelle les conneries que j'ai faites." En janvier, il a terminé la première version d'un livre, poussant loin, très loin, l'analyse personnelle. C'est à Emmanuelle Mignon, son ancienne directrice de cabinet du début du quinquennat, revenue dans le premier cercle, de retravailler le texte. 
Le sortant a prévenu ses proches: "Je dois être un produit neuf." Pour cela, il prônera le changement du modèle tout entier. Pas une mince affaire: "Un match à deux, en quinze jours, ce n'est pas gagnable, il faut deux mois et demi, indique Sarkozy en petit comité. Hollande n'a pas de puissance personnelle, il ne supportera pas un long face-à-face." Cette fois, le moment d'accélérer est venu, en avance sur le calendrier prévu, et malgré les mauvaises surprises, comme le rejet, le 13 février, de la TVA sociale par la commission des finances de l'Assemblée nationale. "Je ne peux pas vous en dire plus, excusez-moi, mais je suis assez content de la manière dont je vais me déclarer." 

Président-candidat, candidat-président 


Un suspense insoutenable pour nous. Quasi surhumain, intellectuellement parlant, pour lui. Hier, Nicolas Sarkozy, au prix d'un ultime effort, n'a pas prononcé le mot, la formule qui aurait officialisé sa candidature. C'est donc ce soir, de la manière la plus classique qui soit, un « 20 Heures », sur la chaîne la plus regardée, que le non-événement deviendra événement. Au sens où sa déclaration le plongera réellement dans l'arène pour un choc, qu'on peut présumer frontal, face à François Hollande. Ce moment de télévision ne changera rien pour les Français. Le président deviendra juste candidat à plein temps, en affrontement direct avec le favori des sondages. Tel est - un duel qu'il aborde paradoxalement en challenger - le but recherché. Car le « teasing » nous a déjà beaucoup appris de ses intentions. Nicolas Sarkozy a préempté le côté droit, et même droitier, de l'échiquier politique. Il veut parler au peuple, labourer le terrain des valeurs, ressusciter le bon vieux clivage droite-gauche. Il y avait urgence à sortir du bois. Son accélération renvoie à une inquiétude, un péril. Il doit maintenant renverser la vapeur, restaurer le lien de confiance, reconquérir un électorat déçu ou tenté par Marine Le Pen. Son talent politique ne sera pas de trop ; sera-t-il suffisant ? Il a été l'homme de la rupture mais n'incarne plus le changement. On ne doute pas qu'il sonne la charge contre Hollande, surprenne, mouille la chemise, au fond qu'il réponde à l'impatience des troupes UMP. Mais la question est autre : comment créer le nécessaire électrochoc ? Elle est de savoir, pour paraphraser la chanson, si les Français ont encore envie d'avoir envie de lui...

Présidentielle 2012 : Sarkozy, l'homme qui ose, souffre et fonce

Président « bling bling » en 2007, Nicolas Sarkozy, à l'épreuve du pouvoir et de la crise, est devenu, en 2012, plus grave, voire plus « sage ». Reste tout de même un tempérament qui le pousse à bousculer, au risque de heurter parfois. Portrait.

« Si on perd, ce sera à cause de ça... », soupire un membre de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. « Ça », c'est, à l'initative de Cécilia, la réunion au Fouquet's avec un petit cercle de grands patrons le soir de la victoire de 2007 pendant que le peuple patientait à la Concorde. « Ca », c'est le « bling bling » (Ray-Ban et vacances de milliardaires) du début de son mandat, c'est l'image de « président des riches » qui lui colle à la peau.

« Ça », c'est aussi, tout simplement, la personnalité de Nicolas Sarkozy: son style décomplexé d'homme qui ose tout, sa conviction inébranlable qu'il est capable de renverser des montagnes à lui tout seul, cette énergie boulimique qui lui a permis de mener à bien de nombreuses réformes, mais qui a souvent bousculé et parfois heurté les Français. Cinq ans plus tard, alors que Sarkozy se lance dans la bataille pour un nouveau mandat, cette personnalité-là est son premier handicap... et sa grande force.

"Jamais tu ne réussiras", lui lance son père

Cette volonté sans faille est sans doute née d'une enfance que Sarkozy n'a pas aimée. Né le 28 janvier 1955 à Paris, il est le fils d'Andrée (qu'il surnomme affectueusement « Dadu ») et de Pal Sarközy de Nagy-Bocsa, un immigré hongrois, père volage et absent. « Avec le nom que tu portes et les résultats que tu obtiens, jamais tu ne réussiras en France », lance Pal à ce fils dont il juge les résultats scolaires médiocres. Moqué pour sa taille, le jeune Nicolas, bien qu'élevé dans la commune hyper-bourgeoise de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), « se considérait comme un pauvre au milieu des riches », résume Patrick Devedjian. Le « petit Français au sang mêlé », comme il se définira lui même en 2007, se réfugie auprès de son grand-père, et attend sa revanche.

Le jeune militant RPR, avocat de formation, prendra une première revanche dès 1983 en enlevant, à seulement 28 ans et à la surprise générale, la mairie de Neuilly à Charles Pasqua après le décès d'Achille Peretti. Une victoire au culot, déjà. Dès lors, son ascension est aussi rapide qu'irrésistible. Elu député des Hauts-de-Seine en 1988, il reprend les rênes du RPR en 1999, en pleine campagne européenne, après la démission fracassante de Philippe Séguin. Il se jette dans la bataille, persuadé qu'il peut changer à lui tout seul le cours électoral. La défaite sera d'autant plus cinglante.

"Le petit salaud", s'exclame Bernadette

Si le jeune Sarkozy est entré en politique par admiration pour Jacques Chirac, qui fera de lui un de ses intimes, c'est Edouard Balladur qui le fait ministre en 1993: à seulement 38 ans, il hérite du Budget et devient porte-parole du gouvernement. Il rompt alors avec Chirac pour miser sur Balladur à la présidentielle de 1995. En campagne, tous les coups sont permis pour celui qui devient le porte-flingue du Premier ministre. Les Chirac en garderont une rancoeur tenace contre celui que Bernadette, à l'éoque en colère, baptisera « le petit salaud ». Balladur éliminé, Sarkozy entame une traversée du désert qui ne s'achèvera vraiment qu'en 2002.
Après bien des hésitations, Jacques Chirac le nomme alors ministre de l'Intérieur. Sarkozy ne laisse pas passer sa chance: il se démultiplie et adopte un discours sécuritaire musclé. Les Français applaudissent. En quelques années, le « premier flic de France » s'impose comme le candidat naturel de la droite, envers et contre la Chiraquie. Candidat de rupture par rapport à un Chirac vieillissant (traité de « roi fainéant »), « Sarko » défend les valeurs d'une droite décomplexée. En 2004, l'Elysée ne parvient pas à l'empêcher de prendre les rênes de l'UMP. Dès lors, plus rien -pas même son adversaire socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal- ne pourra stopper le candidat du « travailler plus pour gagner plus »: il est élu triomphalement le 6 mai 2007 (avec 53% des voix).

"Il a souffert comme j'ai rarement vu souffrir un homme"

Mais la victoire est amère: Sarkozy entre à l'Elysée quand son épouse Cécilia le quitte. Tout au long de cette campagne, « il a souffert comme j'ai rarement vu souffrir un homme » , confiera son amie Isabelle Balkany. C'est d'ailleurs Cécilia, qui refusait obstinément de sortir de chez elle, que le président-élu attendit désespérément au Fouquet's au soir de le victoire.

Président jeune et moderne, Sarkozy introduit d'emblée une rupture radicale de style à l'Elysée. Il s'affiche en short grimpant quatre à quatre les marches du Château après son footing quotidien, s'accorde (sous couvert de rationaliser le budget élyséen) une confortable augmentation de salaire, n'hésite pas à rabrouer un râleur d'un « casse toi pov' con ». En l'espace de seulement quelques mois, il divorce de Cécilia, et tombe amoureux de Carla Bruni, ex-mannequin devenue chanteuse (qu'il épousera en février 2008). Le 19 octobre 2011, il devient aussi le premier président en exercice à avoir un enfant avec la naissance de Giulia.

Parallèlement, Sarkozy enchaîne les réformes à un rythme endiablé: paquet fiscal, service minimum, autonomie des universités, RSA, carte judiciaire... Un vrai tourbillon politique. « Hyperprésident » par tempérament, il ne laisse guère d'espace à ses ministres ni même à son Premier ministre François Fillon, relégué au rang de « collaborateur ». Le ministre centriste Maurice Leroy s'avoue bluffé par le « travail colossal » qu'il abat. « Quel que soit le sujet, il est toujours au moins aussi calé que le ministre en charge du sujet ».

Ses colères sont terribles

Mais Sarkozy n'est pas tendre avec son équipe: ses colères sont terribles, et il traite régulièrement ses ministres de « nuls ». Résultat: aucun membre de son entourage n'osera le mettre en garde lorsqu'il s'obstine à vouloir nommer son fils Jean à la tête de l'Epad (Etablissement public d'aménagement de la Défense), une promotion-éclair qui scandalise les Français. Il finira par reculer, mais les dégâts dans l'opinion sont considérables. Et durables.

« C'est avec la crise qu'il a intériorisé la fonction, il est devenu plus grave », se souvient une ministre. Celui qui aime bousculer est à son tour surpris par l'effondrement financier et bancaire mondial provoqué par la faillite de Lehman Brothers fin 2008. Dans la tourmente, ses qualités d'énergie et d'initiative font merveille pour mettre sur pied un plan de sauvetage européen des banques. Mais la crise va le contraindre à renoncer à la plupart de ses objectifs de 2007.

Il modère sa consommation de chouquettes

Plus grave, Sarkozy se cultive aussi, sous l'influence de sa nouvelle épouse. Celui qui se moquait des lecteurs de la « Princesse de Clèves » en 2007 dîne désormais régulièrement avec des intellectuels, étale ses lectures ou ses goûts cinématographiques. Toujours adepte du jogging et du vélo, il surveille sa ligne en modérant sa consommation de chocolat et de chouquettes, ses deux péchés mignons. Il se couche tôt, « une vraie vie d'ascète, pas du tout 'bling bling'», sourit Alain Carignon, un de ses visiteurs réguliers. Il reçoit beaucoup, « écoute tout le monde, mais décide tout seul », comme le résume le président (UMP) de l'Assemblée Bernard Accoyer. A l'Elysée, Sarkozy a désormais appris à se taire, aussi.

Pour autant, a-t-il un temps envisagé de ne pas se présenter pour un second mandat, de quitter la politique pour « faire du fric » comme il en caressait l'idée en 2008? Ministres et proches sont formels: pas une seule seconde. C'est mal le connaître. « La campagne de 2007, il l'a gagnée tout seul, se souvient Chantal Jouanno. Et cette fois encore, il est convaincu qu'il pourra tout renverser ».


La France fait mieux que l'Allemagne fin 2011

L'activité en France a crû de 0,2% au quatrième trimestre, alors qu'en Allemagne, elle a reculé de 0,2%. Mais sur l'année 2011, la croissance française atteint +1,7%, soit moins que les +3% enregistrés outre-Rhin.

Face aux remous provoqués par la crise de la zone euro, l'économie française a résisté. Elle a enregistré une croissance de +0,2% au quatrième trimestre 2011, après +0,3% au troisième, rapporte l'Insee ce mercredi. Sur l'année, l'activité progresse de +1,7%. «Un chiffre conforme à la prévision du gouvernement publiée en août dernier», souligne le ministre de l'Économie François Baroin.
Composant le plus dynamique de la croissance au quatrième trimestre, l'investissement des entreprises non financières a progressé de +1,4%, après un recul les trois mois précédents. «L'investissement des entreprises accélère fortement alors que l'emploi se replie, relève Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis AM. Cela est contradictoire à court terme.» L'économie française a détruit 31.900 emplois durant les trois derneirs mois de l'année.

Après Boutin, Morin ? 

D’inébranlables convictions motivaient sa candidature, malheur à qui oserait l’entraver. En bloquant les indispensables parrainages, par exemple… Elle menaçait alors de disperser l’UMP, façon puzzle, aux quatre coins du cher et vieux pays. L’Élysée tremblait, le camp majoritaire claquait des dents. L’ennemie intime, forte de 0,5 % d’intention de vote, allait faire sauter la baraque. Dieu merci, la paix revient. L’aigle vengeur rentre au bercail sur les ailes d’une colombe. Christine Boutin avait promis “la bombe atomique”, un écran de fumée suffira. Elle se range aux côtés de Nicolas Sarkozy. Après tant d’anathèmes, la voici en solennelle communion avec le président. Par quel miracle ? “En refusant le mariage gay et l’euthanasie, il a rejoint les valeurs que je porte”. C’est le chef de l’État qui se rallie à Christine Boutin, et non l’inverse ! La démocrate-chrétienne peut donc “manger son chapeau” en gardant la tête haute. Saluons l’acrobatie. On attend désormais les nobles raisons qu’invoquera Hervé Morin pour justifier son renoncement. Le centriste s’apprêterait, à son tour, à se désister en faveur du champion de la droite. On l’a pourtant entendu, l’air martial, jurer dix fois plutôt qu’une : “J’irai jusqu’au bout”. Civile ou militaire, la retraite en rase campagne reste un exercice périlleux. L’ex-ministre de la Défense devra trouver les mots pour justifier ses contradictions tactiques. Parce que la troupe, derrière, commence à fatiguer…

Style  

Notre Président est devenu un candidat. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Je n’ai pas changé, j’ai appris, nous dit-il. Pour porter sa parole de candidat, il a choisi une femme jeune et belle, Nathalie Kosciusko-Morizet. Comme l’était (et l’est toujours) Rachida Dati en 2007. Mais la porte-parole d’aujourd’hui est diplômée de Polytechnique, petite-fille d’un Ambassadeur de France issu de la noblesse polonaise. Celle d’hier, fille de maçon marocain, n’avait qu’une maîtrise de sciences économiques… C’est là peut-être la marque de cinq années au pouvoir : le temps n’est plus à bousculer les vieilles élites, à imposer la belle et rebelle Rachida aux magistrats, mais à rassurer avec la diaphane Nathalie. Cela n’interdit certes pas de poursuivre la rupture – mais nous savons depuis hier qu’elle n’aura plus le même visage, ni le même style.

Pourquoi l'Allemagne inspire la France 

 En France comme en Allemagne, le soutien apporté par Angela Merkel à Nicolas Sarkozy a été beaucoup commenté. Si l'on se rapporte à un sondage publié en janvier 2012 par l'Ifop, la stratégie de rapprochement du président de la République avec la chancelière allemande peut être considérée comme un pari calculé. 86 % des Français et 79 % des Françaises ont en effet une bonne image de l'Allemagne. 74 % pensent qu'elle obtient de meilleurs résultats que la France dans la gestion de l'économie. Et 62 % considèrent que notre pays devrait s'inspirer davantage du modèle économique et social de son voisin. 

Ce sondage montrait aussi que les Français qualifient désormais moins la relation avec l'Allemagne avec les mots « amitié » ou « confiance » qu'avec celui de « partenariat ». En quelque sorte, à mesure que les souvenirs de la guerre et de la réconciliation s'éloignent, les Français ont une conception plus utilitariste et fonctionnelle de la relation franco-allemande. Ils savent que tout n'est pas rose outre-Rhin : la société est vieillissante, les politiques familiales sont beaucoup moins incitatives qu'en France, il existe une importante catégorie de travailleurs pauvres, rémunérés moins de cinq euros l'heure. 

 Cependant, l'Allemagne a une force : elle peut annoncer un chômage inférieur de moitié à celui de la France ; ses industriels exportent des produits de haute technologie dans le monde entier ; son système scolaire laisse beaucoup moins de jeunes sur le bord de la route. Et cela, les Français en sont aussi conscients et aimeraient s'en inspirer. Un récent séjour en Pologne (pays qui a une histoire encore plus douloureuse que la France avec l'Allemagne) m'a permis d'observer les mêmes perceptions. L'Allemagne apparaît là-bas (notamment aux plus jeunes qui n'ont pas connu le communisme) comme le « pays sérieux » qui sait trouver les compromis internes pour s'en sortir. Comme l'a bien observé Jacqueline Hénard, correspondante à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung, il en découle en Europe un « leadership de fait » de l'Allemagne, que celle-ci n'a pas forcément cherché à susciter. 

 Alors essayons, nous aussi, Français, de nous montrer attractifs. Soyons conscients que la crédibilité de notre pays ne saurait se limiter au champagne et aux parfums. Elle nécessite un renouveau complet de l'économie qui implique un assainissement des dépenses publiques, une réorientation de nos industries vers le haut de gamme, et une réforme de notre marché du travail et de notre fiscalité. En gros, ce que les Allemands ont fait au cours des dix dernières années. Mais sommes-nous capables d'assumer de tels choix qui requièrent une croyance dans le compromis et une inscription dans la durée ? C'est toute la question. Le sociologue Raymond Aron regrettait souvent que la politique soit considérée, par beaucoup en France, comme un enchantement. Il y opposait la tradition wébérienne allemande selon laquelle la politique serait, au contraire, l'art collectif de trouver les meilleurs compromis pour résoudre des problèmes. En 2012, cette conception de la politique permet aux Allemands d'être plus sereins. Cela explique d'ailleurs l'attirance des Français pour leurs voisins : une majorité d'entre nous est bien consciente de la nécessité des réformes et, surtout, croit de moins en moins à l'idée que la politique devrait procurer du rêve.


Grèce: Le travail pour survivre

Le sixième plan de rigueur en deux ans vient d'être adopté par le parlement grec. Cette fois, le tour de vis place la majorité des Grecs dans des difficultés non plus pour vivre, mais pour survivre...

De notre envoyée spéciale à Athènes

Des mégaphones, ça, oui, il en vend. C’est même l’une des choses qu’il vend le plus, Nicolaou Thanos, depuis deux ans, avec toutes ces manifestations. Pour le reste des produits de sa boutique, «les gens continuent d’acheter mais seulement les prix d’entrée. Les accessoires comme les clés USB se vendent bien, mais plus les autoradios et autres produits désormais considérés comme luxueux.» Un régime sans fantaisie que s’applique à lui-même ce père de cinq enfants. «Tout mon argent va dans la nourriture. Pour ce qui est des vêtements, on fait le minimum.» Plus question de loisirs.
Theodora faisait de la danse l’année dernière encore mais a dû interrompre ses cours faute de moyens. En guise de sorties, cette étudiante timide de 19 ans regarde des films téléchargés avec des amis. Son père est chauffeur de taxi, sa récente licence achetée en bonne et due forme et de nouvelles taxes ont plombé son activité. Pour ne pas l’aider, «les gens prennent le bus, ils n’ont plus assez d’argent pour le taxi», ajoute la jeune femme. C’est désormais sa mère, productrice d’huile d’olives, qui assume les charges. La solidarité familiale, en Grèce, est une institution, et remise au goût du jour par les temps qui courent.

Le drapeau noir en signe de deuil

Thomais Vekiou, petite brune aux yeux vifs, en sait quelque chose. Sa mère ne touche pas de pension de retraite alors la travailleuse sociale de 41 ans lui verse une partie de ses 700 euros de salaire tous les mois. Un salaire en baisse de 40% depuis l’année dernière, jure-t-elle. Elle participe aux  manifestations dès qu’elle le peut. Celle de mardi la concernait tout particulièrement : son employeur, une organisation d’aide aux ouvriers, va être fermé par l’Etat. D’ici six mois elle devrait être au chômage. Un chant partisan retentit dans la foule. L’un de ses collègues dresse un drapeau noir en signe de deuil.

Bien loin de se douter de ce qui se passe au même moment devant le ministère du Travail, Giota Tsatsaki fume une cigarette avant de reprendre son service à l’hôtel. Elle a sorti sa calculette depuis l’annonce du nouveau plan d’austérité : le mois prochain, peut-être le suivant, elle va perdre 200 euros par mois, sur un salaire de base de 690 euros. Elle fait partie de ces salariés du privé, ceux du bas de l’échelle, accablés par le dernier plan d’austérité. Elle est désemparée, écrase son mégot et retourne travailler.

mardi 14 février 2012

Où sont nos « grands intellectuels » ? 

Il y a dix ans, disparaissait Pierre Bourdieu, le sociologue le plus célèbre de son temps. On peut se demander si, avec lui, ne s'éteignait pas une lignée beaucoup plus ancienne et prestigieuse : celle des « intellectuels engagés ». Certes, il y a toujours des « intellectuels », mais on n'en distingue guère qui pourraient, aujourd'hui, rivaliser en notoriété avec ce que furent, en leur temps, Sartre, Foucault, voire Bourdieu. Il y a à cela plusieurs raisons. La première tient à la médiatisation intensive de la vie intellectuelle qui est venue parasiter le mode traditionnel de consécration de l'intellectuel. Auparavant, existait un « cursus » classique. Un homme, généralement universitaire, se distinguait dans sa spécialité d'origine, puis mettait à profit le crédit ainsi accumulé pour intervenir politiquement, défendre des causes, s'arrogeant peu à peu un véritable pouvoir d'influence. Sartre a, bien sûr, été en son temps l'incarnation la plus pure de cet « intellectuel total ». L'univers médiatique bouscule ce schéma en mettant sur orbite des intellectuels d'un type nouveau, qui compensent par leur savoir-faire médiatique le faible prestige qui était le leur dans le champ académique. D'aucuns distingueront dans le personnage de Bernard-Henri Lévy l'exemple même de « l'intellectuel médiatique » qui accède à la lumière, moins par l'éclat de son oeuvre que par un art consommé de la mise en scène de sa propre personne. Même si les causes qu'il a défendues, de la Bosnie à la Libye, ne justifient pas l'ironie de ses nombreux détracteurs. Cette évolution majeure tient aux mutations de la société démocratique elle-même. Si la figure du « grand intellectuel » a été à ce point dominante en France, c'est qu'elle compensait souvent un déficit de liberté. Ce n'est pas un hasard si elle surgit au XVIIIe siècle lorsque, à la suite de Voltaire, face à une monarchie restée absolue, se constitue la « République des Lettres ». Ce n'est pas un hasard non plus si, un siècle plus tard, à nouveau des écrivains, à l'image d'Émile Zola, sont les premiers défenseurs du capitaine Dreyfus. Notre société s'est profondément transformée. En élevant sans cesse le degré de connaissance de leurs membres, en multipliant les occasions de porter des jugements sur la chose publique (élections, sondages, courrier des lecteurs, réseaux sociaux, etc.), en élargissant toujours plus l'espace de la critique, les sociétés démocratiques ont, peu à peu, rendu sinon superflu tout du moins secondaire l'apport des intellectuels de profession. Il est une autre évolution, plus forte, si bien pressentie par Alexis de Tocqueville. L'individu démocratique, aussi humble soit-il, se sent l'égal de tout autre et supporte mal qu'on lui dicte d'en haut ce qu'il doit penser. La figure du « maître-penseur » qui, du haut de sa chaire, annonce la vérité à la face du monde, ne convient plus à une société où chacun tient à son opinion. L'intellectuel contemporain doit accepter d'être un citoyen ordinaire, sans doute mieux informé, mais qui est davantage là pour accompagner le débat public que pour le diriger. Un déclassement finalement salutaire auquel Pierre Bourdieu, dont la modestie ne fut jamais la vertu principale, refusait obstinément de se résigner.

Optimisme 

 L’actualité est avare de bonnes nouvelles. Et voici que, soudain généreuse, elle nous en offre deux en une journée. Deux victoires comme on les aime, du pot de terre contre le pot de fer. A Lyon, la victoire de Paul François, simple paysan, contre le géant américain Monsanto. A Turin, la victoire des milliers d’anonymes victimes de l’amiante contre le groupe suisse Eternit… Voilà qui réchauffe l’esprit et le cœur en ces temps de glaciation : deux preuves en une que la justice n’est pas condamnée à être au service des puissants. Et que notre santé peut peser plus lourd que leur argent. Mais le plus réjouissant, à Lyon comme à Turin, c’est la défaite du défaitisme, du « à quoi bon », du « ça ne vaut pas la peine ». Car la leçon d’optimisme de ces deux jugements, c’est bien qu’il suffit que quelques personnes, quelque part, disent « non » - et tiennent bon.

Grèce : à quoi joue Merkel ?

Et si l’Allemagne voulait forcer Athènes à sortir de l’euro ? 

Le traitement infligé à la Grèce par l’Union européenne – totalement sous la coupe allemande dans ce dossier – est sans précédent dans l’Europe de l’’après-guerre. Les ultimatums s’ajoutent aux diktats, on n’épargne aucune humiliation publique aux dirigeants d’Athènes. A Bruxelles et à Berlin, on ne semble pas se soucier outre mesure de la possible, voire probable déstabilisation politique d’un pays situé dans une zone géographique sensible.

Pas trop l'air de plaisanter !!
Pourquoi tant de haine ? L’argument type « chat échaudé craint l’eau froide » expliquant que l’Europe ne veut pas se laisser encore un fois rouler dans la farine par ces Hellènes dont il « faut se méfier, même lorsqu’ils apportent des présents » (Virgile) est un peu courte. Il n’est pas besoin d’être prix Nobel d’économie pour comprendre que l’étranglement de la Grèce par une cure d’austérité impitoyable, sans qu’elle soit assortie d’un programme d’aide à la relance économique du pays, va à l’encontre du but affiché. La récession provoquée va rendre Athènes encore moins capable d’assainir ses comptes et de rembourser ses dettes car les rentrées fiscales attendues ne seront pas au rendez-vous. Même le plus borné des Allemands est capable de comprendre cela.
Alors, à quoi jouent Angela Merkel et son redoutable ministre des finances Wolfgang Schäuble ? Un rapide coup d’œil dans la presse d’outre-Rhin et notamment dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), le journal qui reflète la pensée des milieux d’affaires allemands, donne la clé de l’énigme. Pour les éditorialistes de la FAZ, la cause grecque est entendue : ce pays est inamendable. La gabegie, le clientélisme, la corruption sont inscrits dans ses gènes, et il est inutile de s’éreinter comme Sisyphe (un autre Grec) pour lui faire retrouver le sentier escarpé de la vertu. Or, on sait d’expérience que la pensée-FAZ n’est jamais très éloignée de celle des cercles gouvernementaux lorsque la droite est au pouvoir. La preuve en est administrée par la position contraire adoptée par l’hebdomadaire de centre-gauche Der Spiegel qui tire à boulets rouges sur le Spardiktat (le diktat de l’austérité) imposée par Berlin aux héritiers de Platon et Démosthène.
Pour comprendre le jeu allemand, il suffit de se reporter aux statistiques du commerce extérieur de notre grand voisin. 55% des exportations de la RFA sont effectuées vers les pays de la zone euro, et 80% en direction des pays de l’UE. L’Allemagne a donc un intérêt majeur à la préservation de la stabilité monétaire de cette zone de chalandise pour ses produits, car la clientèle des pays émergents, même si elle est prometteuse, serait loin de compenser les pertes provoquées par un désordre économique et monétaire sur l’ensemble du continent. C’est en constatant que le risque de faillite de la Grèce, dont le PIB ne représente que 3% de celui de l’eurozone, était de nature à déstabiliser l’ensemble de l’édifice que Berlin a décidé de contraindre Athènes à sortir de la monnaie unique. On peut lire, toujours dans la FAZ, que les principaux acteurs de l’économie allemande ont fait marcher leur calculette : provisionner les pertes consécutives à un défaut grec est, au bout du compte, moins coûteux que de remplir le tonneau des Danaïdes. Comme il est politiquement impossible d’obtenir de l’UE une décision d’expulsion de la Grèce de la zone euro, il faut donc procéder autrement.
Il faut amener les Grecs à décider eux-mêmes d’abandonner la monnaie unique en leur serrant tellement la vis qu’ils craquent comme une vieille planche malmenée par un bricoleur amateur. C’est pourquoi les images des manifestations violentes d’Athènes, ou la perspective d’une victoire électorale des anti-européens lors des élection anticipées d’avril n’ont rien d’effrayant pour la chancelière et ses amis, bien au contraire. Les seuls exportateurs allemands qui risquent de perdre des plumes dans l’affaire sont les marchands d’armes, fournisseurs principaux d’une armée surdimensionnée en raison de l’interminable conflit avec la Turquie sur la question chypriote. Mais les marchés pour ce genre de produits, les machines à tuer haut de gamme, sont loin d’être saturés. Pour le reste, le dommage causé par une Grèce ramenée à son destin balkanique à la balance commerciale allemande est négligeable. Le Portugal est aussi dans la ligne de mire des snipers germaniques : il ne pèse pas beaucoup plus lourd que la Grèce dans l’économie européenne, et il est également menacé par la spirale mortelle austérité-déflation-défaut de paiement.
En revanche, la France, l’Italie et même l’Espagne n’ont dans l’avenir proche, aucun souci à se faire. Les exportateurs allemands n’ont aucun intérêt à voir ces marchés perdre en solvabilité, car c’est vers eux, plus le Royaume-Uni et les Etats-Unis qu’ils écoulent la plus grande partie de leurs produits. L’Allemagne est donc en train de remodeler l’Europe continentale à sa convenance, comme une zone de libre-échange où elle fait la loi sans obligation de solidarité avec ses maillons les plus faibles. Vae victis !

48 BATIMENTS ENDOMMAGÉS OU DÉTRUITS 150 MAGASINS PILLÉS

Le centre d’Athènes offrait un visage de désolation ce lundi après une nuit de violences liées à un nouveau plan de rigueur. Près d’une cinquantaine de bâtiments ont été totalement ou partiellement endommagés notamment deux cinémas historiques. Et, selon les autorités, 150 magasins ont été pillés. 
Ce propriétaire d’un magasin de vêtements était écoeuré. “La situation est pire que jamais pour les entreprises grecques. Et maintenant, on vandalise, on brûle, on casse. Cela donne une idée de ce à quoi il faut s’attendre à l’avenir”. Les violences ont éclaté en marge d’une importante manifestation à l’appel de la gauche et des syndicats, notamment d’Adedy, la centrale syndicale de la fonction publique.

athenes par murphybrac
“La classe politique est censée avoir voté avec sa conscience, mais elle ne nous a pas convaincus, a indiqué le vice-président d’Adedy. Nous continuerons à nous battre le plus possible afin de changer cette politique, afin que les gens puissent exprimer leur opposition à cette politique”. Le nouveau plan d’austérité, adopté peu avant minuit ce dimanche par le Parlement grec, prévoit une baisse de 22% du salaire minimum. Une austérité imposée par les créanciers de la Grèce afin de pouvoir échapper à la faillite.