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jeudi 16 février 2012
Au revoir, M. le Président
Voilà, c’est fini… Le premier quinquennat de Nicolas Sarkozy s’est achevé hier soir vers 20 h 15. Même si, bien sûr, il occupera encore la fonction jusqu’au bout de son mandat, le président a passé la main au candidat. Il a sans doute été sincère dans son impatience à recouvrer sa liberté de mouvement même si on peut s’étonner de son excitation à retrouver le contact avec les Français comme si ces cinq années passées à l’Élysée avaient été un exil. Bien préparé, il a été techniquement bon, plutôt habile dans sa façon de manipuler le produit – lui-même – et manifestement plus à l’aise sur le plateau d’une inoffensive Laurence Ferrari que sous les ors compassés de son palais. Mais après ?
Cette honnête prestation lui a permis de dérouler très professionnellement son argumentaire, mais pas de faire la différence. Certains, saluant l’artiste, l’auront trouvé gaullien mais il est resté l’homme de l’éternelle promesse. Ah, cet alléchant « J’ai des choses à dire aux Français » sans qu’il ne donne jamais la moindre idée de ce qu’il avait précisément d’inédit à leur dire, comme une allégorie de l’attente déçue qui plombe aujourd’hui son déficit de popularité. Le président a séduit sûrement, mais il n’aura guère convaincu. Sobre et apaisé mais vaguement répétitif, ce Sarkozy 2 a enterré le Sarkozy 1 qui s’était promis de rompre avec le conformisme de gouvernement. Emblématique d’une imagination revue à la baisse par la crise, la très pépère, très gestionnaire et très incantatoire « France forte » de 2012 a sorti du cadre l’ambitieuse « France d’après » de 2007, et éteint le souffle du parc des expositions de Versailles. Dream is over ? La mélancolie de John Lennon serait-elle toujours d’actualité en ces temps de doute absolu ?
Voilà, c’est fini aussi - après tout, ça n’arrive pas qu’aux politiques - pour les deux quinquennats d’écriture nocturne que j’achève ce matin avec ce 1960 e et dernier éditorial dans les DNA. J’ai aimé passionnément ce lien quotidien avec vous. Je l’ai toujours voulu libre de tout esprit partisan, mais critique, c’est vrai, à l’égard de tous les pouvoirs, parce que c’est son rôle, tout simplement. J’ai agacé - et parfois même exaspéré - ou amusé. Plu ou déplu. Correspondu avec les uns et les autres avec le respect de tous et le goût du débat. Vous allez tous me manquer. Beaucoup. Comme toutes les équipes, valeureuses, de cette belle maison que sont les Dernières Nouvelles d’Alsace dont je dirai toujours fièrement qu’elles étaient « mon » journal.
lundi 13 février 2012
Le match Sarkozy-Bayrou
On en suffoque déjà pour eux. Quand Nicolas Sarkozy promet à ses adversaires qu’ils « ne vont plus respirer », c’est une promesse qu’il est sûr de tenir. Depuis la semaine dernière, c’est leur champ de vision qu’il occupe déjà. En quelques jours, il a pris tout l’espace médiatique parvenant, quoi qu’on en pense, à créer sinon du suspense au moins une attente sur sa déclaration de candidature.
C’est une question de rite plus que d’information. Ce non-événement est toujours important et l’expérience a montré qu’il doit être réussi : pour l’avoir négligé ou pétrifié, Edouard Balladur et Lionel Jospin ont perdu, d’emblée, quelques points précieux. Ce quelque chose d’indéfinissable qui vous marque un candidat pour toute sa campagne.
Le chef de l’Etat, lui, ne décevra pas sur ce point. Le bruit est assuré. Quant à sa tonalité, l’interview exclusive publiée par le Figaro magazine ce week-end l’a donnée, révélant la stratégie sans surprise du candidat virtuel : il veut d’abord rassembler le peuple de droite autour de valeurs presque caricaturalement conservatrices. Comme en 2007, il fait le pari de siphonner l’électorat de Marine Le Pen. Dans l’immédiat, il donne clairement la priorité au score du 22 avril qui, selon lui, remettra les compteurs à zéro, sur les spéculations du lointain 6 mai.
Le danger de cette stratégie de 1er tour, c’est l’erreur de calcul. Elle repose en l’espèce sur un problème de mémoire : il y a cinq ans, et contrairement aux apparences, c’est plus avec les voix de Bayrou qu’avec celles du FN que le candidat Sarkozy a finalement gagné contre Ségolène Royal. L’aurait-il oublié ? Ses propositions de référendum sur l’immigration et sur les chômeurs mettent mal à l’aise les centristes de l’UMP - Jean-Louis Borloo l’a claironné – et au-delà lui aliènent l’électorat de la droite modérée.
François Bayrou sait qu’il peut tirer parti de ce positionnement fébrile. En parlant de « ligne de fracture » dans le journal de France 2, hier soir, il a choisi des mots encore plus tranchants que cassants pour prendre ses distances avec l’Elysée… tout en se reconnaissant dans certaines valeurs de droite. Après avoir tenté – vainement si on en juge par les sondages - de récupérer des voix au centre gauche en plaçant quelques banderilles dans le flanc de Hollande, le voilà donc qui se retourne et cible sans merci le sortant. Des oscillations de boussole qui désorientent les hésitants. Faute de repères, elles pourraient à nouveau empêcher le troisième homme de 2007 de trouver la voie en solitaire dont il rêve pour accéder au second tour.
samedi 11 février 2012
La machine à remonter le temps
Faut-il désespérer de la politique ?
Posée de cette façon, abrupte, la question semble apporter de l’eau à la rivière antiparlementariste déjà grise de colères et gonflée de tant de frustrations. Faudrait-il donc la taire pour ne pas donner de la voix à l’extrême ? Que nous reste-t-il alors, pour adjurer les compétiteurs de la présidentielle d’adapter enfin leurs stratégies, leurs comportements et leurs mots à la France mutante dont ils semblent aujourd’hui presque étrangers à force d’y vivre en lisière.
Tout change autour d’eux, à une vitesse vertigineuse parfois. Tout s’écroule aussi, et le « nouveau monde » qu’ils célèbrent, pourtant, à longueur de discours accélère sa gestation au rythme de transformations visibles à l’œil nu. Mais chez ces agités immobiles, chevaliers du futur se contentant de caracoler dans leur pré carré, rien ne bouge. Ou si peu. Comme dans ces publicités où les héros restent insolemment indifférents au cataclysme qui se produit en arrière plan, cette campagne électorale parvient à rester miraculeusement hors du temps. Au point que les observateurs se lassent d’observer ce qu’ils vivent comme un jour sans fin.
Grâce à la machine à remonter le temps de l’homme de l’Élysée, nous sommes donc revenus cinq ans plus tôt. On dénonce le poison (supposé) de l’immigration par des ingrédients détournés, et le « cancer » de l’assistanat est montré du doigt sous une appellation plus aimable, mais en Wauquiez-collé. La gauche peine à définir les efforts à venir autrement qu’en termes impressionnistes. Marine Le Pen fait du Jean-Marie Le Pen, le cru Bayrou 2012 ressemble comme deux gouttes de Jurançon au cru 2007, quand la campagne d’Eva Joly, elle, ne ressemble à rien. Les acteurs (et actrices) sont très en retard sur leur public qui connaît l’histoire par cœur.
La France d’aujourd’hui vaut mieux, beaucoup mieux que le visage sinistré par les peurs qu’on lui inflige. Elle attend, parfois sans en avoir conscience, qu’on lui parle de l’essentiel et qu’on l’aide à le décrypter. Les nouveaux équilibres d’une société métissée, le bon dosage des libertés publiques, les contradictions de l’écologie, la place du travail quand l’emploi est rare ou chèrement payé, les rythmes inédits du pays de l’art de vivre, la redéfinition du dialogue social : toutes ces interrogations pourraient servir à dessiner le devenir d’une nation. À réveiller le désir de construire plutôt qu’à s’adonner au traditionnel jeu de massacre si prévisible parce qu’il appartient au passé.
vendredi 10 février 2012
Sarkozy, candidat !
On se demande bien pourquoi les rumeurs ont couru toute la journée d’hier sur l’annonce de la candidature du président de la République. Les médias se sont excités comme des fous sur la date, le lieu et même le stade où il pourrait se déclarer. Mais c’est fait mesdames et messieurs ! C’est fait ! Quand on regardera cette présidentielle 2012 dans le rétroviseur, le petit tour de Nicolas Sarkozy à Fessenheim apparaîtra comme le prologue de sa campagne.
Lui-même a jugé bon de faire du teasing de communicant, faisant saliver un public acquis en promettant « des surprises », comme un garnement tout content de jouer un bon tour. Décidément, il y a quelque chose de définitivement enfantin chez cet homme saisi par la gourmandise devant la nouvelle aventure électorale qui s’offre à lui et sur laquelle il est manifestement impatient de se jeter comme un affamé.
Croire que la persistance des mauvais sondages pourrait au dernier moment le décourager de s’engager, ce serait bien mal le connaître. En Alsace, la terre qui lui a donné ses meilleurs scores il y a cinq ans, il a montré à quel point l’adversité des pronostics a plutôt tendance à le doper. Le style, la méthode, les éléments de discours donnent aussi une indication sur une stratégie qui sera extrêmement offensive. Il s’agissait de ridiculiser son rival de gauche sur un terrain industriel. Tout un programme.
Le chef de l’État est trop professionnel pour se laisser conduire par la témérité. Il s’assure qu’il ne sera pas trahi par le décor ou l’ambiance. À Fessenheim, le succès était acquis d’avance auprès de salariés légitimement inquiets à l’idée de voir s’arrêter leur outil de travail. En défiant François Hollande de venir expliquer ici même leur colère, il propose à son adversaire ce qu’il s’est prudemment gardé de faire ailleurs.
Le candidat socialiste est prévenu : il va devoir affronter un tapis de bombes. Redoutable guerrier, le président, qui n’a pas réussi l’opération décrédibilisation, essaie maintenant l’usure. Tout y passera. Fukushima ? Connaît pas. N’en déplaise à Angela, modèle au top, un référendum sur le nucléaire n’est pas pour demain…
jeudi 9 février 2012
Faites entrer les accusés
Cette Cour-là est sans pitié et pourtant respectée. Peut-être parce que sa sentence n’a pas de conséquence. Elle ne dit pas le droit, elle fait les comptes. Et chaque année, elle égrène son boulier, redoutable addition de gaspillages d’autant plus difficiles à excuser que l’argent public vaut de plus en plus cher.
Cette fois, pourtant, ses célèbres anecdotes tintent comme des histoires dérisoires dans le fracas d’un jugement qui sonne le glas des dernières illusions de l’élite politique du pays. Le rapport n’aligne pas seulement 1 600 pages de sombres nombres, il dessine une ligne d’horizon étriquée qui laisse peu d’espace, bien peu d’espace, si peu d’espace, aux compétiteurs de la présidentielle. À la lecture d’une telle somme, il leur faudra un haut degré de mental pour s’élever au-dessus des calculs implacables : comment oser les trajectoires de l’imaginaire qui projetteraient la nation vers l’avant quand la crise la retient plus que jamais dans ses rets.
L’intérêt d’un tel texte, c’est qu’il échappe aux dédales contingents du pouvoir dont il visite les travers sans complaisance, et sans politesse particulière. Le politiquement correct est décapé à tous les coins de paragraphe laissant apparaître la vérité toute nue d’une France qui parvient de plus en plus difficilement à cacher ses blessures sous sa superbe.
Les enjeux de 2012 s’imposent de la même façon à tous les prétendants, invalidant par avance les accusations rustiques et les défenses rudimentaires comme si la Cour leur disait : assez d’enfantillages les enfants ! Le gouvernement est crédité d’efforts incontestables mais largement insuffisants pour espérer réduire sensiblement le déficit public. Les conquérants de la gauche sont prévenus : ils ne pourront pas promettre l’impossible à moins de défier le réel. Les uns et les autres n’ont qu’à bien se tenir. L’autosatisfaction des uns et les fausses illusions des autres sont renvoyées dos à dos. Faites entrer les accusés ?
Président de cette Cour des comptes non élue, Philippe Séguin répétait souvent d’un ton fataliste que la politique était l’art de gérer l’impuissance. Issu du PS et placé là par la grâce pluraliste respectable d’un omniprésident UMP, son successeur, Didier Migaud affiche à son tour et dans un autre style une distance qui invite la République au sursaut, et ses élus à un détachement salutaire. Sauront-ils inventer une pratique à la hauteur de ce que leur impose l’inconnu ?
mercredi 8 février 2012
L’inventaire et le droit
Le charme du respect des temps de parole à la télévision, c’est l’alternance des acteurs. Quand l’un sort par la porte de TF1, l’autre rentre, à coup sûr, par celle de France Télévisions. La scène a l’apparence d’un plateau. Elle a la réalité d’un prétoire où le jeu de rôles de la démocratie fait se succéder le procureur et l’avocat. Les deux ont été convaincants.
Lundi, Nicolas Sarkozy avait crucifié avec efficacité « l’absence de sens de l’État » du candidat socialiste, présumé coupable de vouloir renégocier le dernier traité européen. Mardi, François Hollande a plaidé pour remettre sur le métier un texte qui a oublié de parler de la croissance, déminant, avec une décontraction très étudiée, les arguments de l’accusation.
Le duo contradictoire se met donc en place, occupant de plus en plus l’espace, comme en témoigne l’écart qu’il creuse, dans les derniers sondages, avec ses poursuivants Marine Le Pen et François Bayrou. L’hypothèse d’un match à quatre s’éloigne un peu, au moins pour le moment, pour laisser jouer la logique bipolaire de la présidentielle.
Hollande a montré hier qu’il serait aussi coriace que le président est battant. Les deux rivaux ont cela de commun qu’ils ne se laissent pas impressionner par l’argument censé les coincer. Le socialiste a, semble-t-il, trouvé la bonne distance. Il a cultivé, hier soir, un calme placide qui ne sera pas le moindre de ses atouts dans la compétition. Évidemment quand il a fallu commenter l’excès de langage de son collègue dans l’hémicycle, il a pris de larges détours. Comment répondre sans se défausser quand le point Godwin – le moment où, dans une conversation, on en vient à faire référence à la Seconde guerre mondiale - a été largement dépassé ? Voire, explosé ?
Le candidat a étonné ses camarades par sa maîtrise, en net progrès, des sujets qui fâchent. Il les a surpris, aussi, par son audace en s’engageant à supprimer la Cour de justice de la République, création d’une époque où « l’Etat-PS » avait engendré des affaires peu ragoûtantes.
En prêchant pour « la même justice pour tous », le voilà qui se place, le premier, sur le terrain – qui sera très convoité – de la morale publique. Une posture loin d’être innocente quand le cas Woerth ressurgit, enveloppé de ses vastes et encombrantes zones d’ombre.
lundi 6 février 2012
Doublement débile
Débile. 1. Faible de constitution 2. (Fam) Stupide.
L’adjectif défini par le petit Larousse illustré s’applique particulièrement bien à la dernière polémique créée par Claude Guéant. Il a suffi que le ministre de l’Intérieur déclare devant des étudiants de l’Uni que « toutes les civilisations ne se valent pas » pour enflammer la controverse sur Twitter et inspirer la chronique politique dominicale.
Oui toute cette affaire est doublement débile, à commencer par le propos du ministre de la police qui, semble-t-il, parle plus vite qu’il ne pense. Le dernier raccourci sémantique qu’il vient d’emprunter à toute vitesse l’exposait, il le savait, au dérapage. Qu’importe, il a préféré une nouvelle fois faire crisser les pneus. L’essentiel était-il, comme pour l’un de ces jeunes des cités qu’il a dans le collimateur, de faire du bruit ? Si oui, c’est gagné !
Comme l’a fait diplomatiquement remarquer Alain Juppé, M. Guéant a allègrement confondu « civilisation » et « régime politique » au risque d’invalider d’emblée son hasardeuse démonstration. En somme, il soustrait la culture. Du coup, l’argument était, comment dire ? « faible de constitution ». Et plus prosaïquement, stupide puisque de sophisme en sophisme, il ne démontre rien, et n’aboutit nulle part sinon à l’infini d’un certain néant intellectuel.
La réaction de la gauche n’en a pas moins été, elle aussi, « faible de constitution » et pour tout dire « stupide ». Fallait-il perdre autant d’énergie à dénoncer le calcul politicien du ministre pour vampiriser des voix du Front national ? Cette hargne a dérapé dans un contresens. Car – et c’est bien le plus navrant - le ministre a sans doute été sincère dans sa déclaration. Il pense vraiment ce qu’il dit. Il n’a donc pas eu à trop forcer sa nature pour prétendre ne pas voir où était le problème.
Les certitudes du M. Guéant flattent l’ignorance véhémente de ceux qui liront dans ses paroles un nouvel encouragement à dévaloriser publiquement, à coup de sous-entendus, les communautés non européennes. Si c’était le but – on se gardera des procès d’intention – il n’y a plus qu’à se féliciter que M. Guéant ne soit pas ministre des Affaires étrangères. Il est temps que les élections arrivent car à ce rythme la France pourrait se mettre à dos toute cette Méditerranée dont il n’y a pas si longtemps elle vantait encore l’Union avec elle au nom de tant d’héritages communs.
Complotite aiguë
ça ressemble à une nouveauté. Ca brille comme une nouveauté. C’est séduisant comme une nouveauté. Mais c’est un produit recyclé…. La théorie du complot ne date pas d’hier mais en ces temps de crise elle connaît un succès français aussi inquiétant qu’inattendu, et d’autant plus spectaculaire qu’elle répond à des interrogations sans réponse. Un film si puissamment anxiogène qu’il parvient à noyer les vraies questions sur la situation du pays. Ça marche toujours : plus la menace est vague, et plus elle est efficace. Les politiques, effrayés par leur impuissance à peser sur les grands équilibres économiques, ont, les premiers, brandi le glaive contre l’ennemi invisible. François Hollande n’a-t-il pas théâtralement déclaré la guerre à « la finance internationale. » Avant lui, Nicolas Sarkozy avait depuis longtemps promis de tordre le cou aux pirates des paradis fiscaux. On a vu le résultat. Et voilà que les journalistes s’y mettent. Avec circus politicus, qui a fait le buzz cette semaine, deux d’entre eux dénoncent les réseaux occultes qui manipuleraient les démocraties du monde. Les dirigeants de nos pays ne seraient que des marionnettes de quelques officines cosmopolites déterminées à profiter de la faiblesse du reste de l’humanité. Comme toujours, ces démonstrations sont à première vue convaincantes, reposant invariablement sur des enquêtes « fouillées » et menées aux quatre coins du monde. Les éléments de preuves, il y en a, sont presque trop bien ficelés, cependant, pour ne pas inspirer la méfiance. C’est toujours la même histoire : quand on pose un postulat, il est assez aisé de trouver les éléments qui le rendent cohérent. Les illuminati seraient donc toujours à l’œuvre à moins que les scénaristes avec cartes de presse n’aient trop regardé la série « The Event ». Cette façon de mettre nos sociétés sous tension est une de ces manipulations, officiellement pour la bonne cause, mais non sans visées commerciales, qui n’est pas sans risque. De la mise en cause des élites souterraines à l’ostracisation d’un groupe ou d’une communauté, il n’y a qu’une frontière mince qu’en d’autres temps certains ont franchie en véhiculant le pire. Instrumentaliser certaines vérités pour achever de déconsidérer la démocratie représentative n’est assurément pas recommandable.
ça ressemble à une nouveauté. Ca brille comme une nouveauté. C’est séduisant comme une nouveauté. Mais c’est un produit recyclé…. La théorie du complot ne date pas d’hier mais en ces temps de crise elle connaît un succès français aussi inquiétant qu’inattendu, et d’autant plus spectaculaire qu’elle répond à des interrogations sans réponse. Un film si puissamment anxiogène qu’il parvient à noyer les vraies questions sur la situation du pays. Ça marche toujours : plus la menace est vague, et plus elle est efficace. Les politiques, effrayés par leur impuissance à peser sur les grands équilibres économiques, ont, les premiers, brandi le glaive contre l’ennemi invisible. François Hollande n’a-t-il pas théâtralement déclaré la guerre à « la finance internationale. » Avant lui, Nicolas Sarkozy avait depuis longtemps promis de tordre le cou aux pirates des paradis fiscaux. On a vu le résultat. Et voilà que les journalistes s’y mettent. Avec circus politicus, qui a fait le buzz cette semaine, deux d’entre eux dénoncent les réseaux occultes qui manipuleraient les démocraties du monde. Les dirigeants de nos pays ne seraient que des marionnettes de quelques officines cosmopolites déterminées à profiter de la faiblesse du reste de l’humanité. Comme toujours, ces démonstrations sont à première vue convaincantes, reposant invariablement sur des enquêtes « fouillées » et menées aux quatre coins du monde. Les éléments de preuves, il y en a, sont presque trop bien ficelés, cependant, pour ne pas inspirer la méfiance. C’est toujours la même histoire : quand on pose un postulat, il est assez aisé de trouver les éléments qui le rendent cohérent. Les illuminati seraient donc toujours à l’œuvre à moins que les scénaristes avec cartes de presse n’aient trop regardé la série « The Event ». Cette façon de mettre nos sociétés sous tension est une de ces manipulations, officiellement pour la bonne cause, mais non sans visées commerciales, qui n’est pas sans risque. De la mise en cause des élites souterraines à l’ostracisation d’un groupe ou d’une communauté, il n’y a qu’une frontière mince qu’en d’autres temps certains ont franchie en véhiculant le pire. Instrumentaliser certaines vérités pour achever de déconsidérer la démocratie représentative n’est assurément pas recommandable.
mercredi 18 janvier 2012
Là-haut sur la montagne…
C’est beau, un « sommet social ». C’est haut et ambitieux comme une ascension. Une métaphore jamais banale qui évoque l’effort et le rassemblement au-dessus des nuages noirs de la crise et des discordes d’en bas. Un moment aussi où les partenaires sociaux et l’exécutif acceptent de se livrer à la confrontation de leurs intérêts contradictoires. Oui, c’est beau un pays qui se parle. Enfin.
Dommage que ce moment — d’exception, hélas — arrive tard. Si tard. Et sans doute trop tard. Pourquoi faut-il qu’en France on attende le pire pour ouvrir un dialogue tétanisé à force de se crisper ? Le souvenir des accords de Grenelle conclus dans le chaos de la fin du mois de mai 1968 et dont le nom — la rue du ministère du Travail — est aujourd’hui sanctuarisé, n’est pas la meilleure des inspirations. En 2012, qui pourrait croire sérieusement qu’un miracle durable puisse sortir d’une journée voire d’une nuit fiévreuse de négociations ? Comme s’il devait y avoir un avant et un après, ce 18 janvier, annoncé comme une date décisive par l’exécutif, porte, à l’évidence, un cahier des charges bien trop lourd sur ses épaules.
Qu’il soit orchestré, de bout en bout, à commencer par son menu, par le président de la République montre déjà ses limites. Tout doit-il donc venir d’en haut ? Les syndicats seraient-ils seulement conviés pour avaliser les décisions difficiles qu’il faudra bien prendre pour éviter le désastre de la dette ?
La tenue de ce conclave à moins de cent jours de la présidentielle n’est guère rassurante. Ainsi, il a fallu entrer dans la dernière ligne droite du quinquennat pour mettre sur la table les solutions qui fâchent. La TVA sociale, Borloo l’avait déjà sortie des cartons du sarkozysme en 2007, avant d’être gentiment prié de quitter Bercy. Merci Jean-Louis. Et voilà qu’elle revient, présentée comme une idée neuve, pour faire la fermeture. Et on s’étonne que ce ne soit pas un triomphe !
Diminuer les charges qui pèsent sur le travail est évidemment un impératif français mais ce débat controversé — les économistes se partagent entre les pour et les contre — est plutôt mal engagé. Va-t-on réduire les cotisations sociales patronales ou salariales, ou les deux ? Pourquoi avoir maquillé une taxe sur les consommateurs en taxe anti-délocalisations ? Ce sujet, très complexe, c’est en début de mandat qu’il fallait le déminer pour éclairer la réflexion sur notre modèle social. Le manipuler quand la campagne électorale est déjà engagée est non seulement tardif, mais improductif. On regarde alors rarement vers les grandes altitudes…
mercredi 12 octobre 2011
Jalousie primaire
En politique aussi, la jalousie est mauvaise conseillère. Mais quelle mouche a-t-elle piqué Nicolas Sarkozy pour qu’il se laisse aller à manifester son agacement contre les primaires de la gauche? Le président de la République joue perdant-perdant dans cette affaire... qui ne le concernait pas. Il donne l’impression d’être mauvais joueur et il s’abaisse à descendre sur le terrain de la politique intérieure qu’il se faisait fort, pourtant, de dédaigner: n’était-il pas résolu à rester sur les hauteurs, moins périlleuses pour son image, des grands enjeux internationaux?
Gardien de la constitution, le chef de l’État s’est senti obligé d’en faire une interprétation toute personnelle afin de disqualifier le double rendez-vous électoral de la gauche qui, selon lui, détournerait l’esprit de la V e République. Un postulat plus inspiré par le ressentiment politique que par une analyse rigoureuse du droit constitutionnel.
En quoi ces primaires qui consultent le peuple directement et sans exclusive seraient-elles incompatibles avec l’esprit d’un scrutin vu par le Général comme la rencontre d’un homme (d’une femme) avec le pays ?
Le reproche présidentiel est d’autant plus singulier que si Nicolas Sarkozy avait conquis l’UMP en 2005, c’était pour s’imposer comme le candidat incontestable du grand parti de la majorité ! Un chemin électoral logique soigneusement balisé et une approche parfaitement légitime, certes, mais pas une démarche particulièrement gaulliste...
Circonstance aggravante, le futur prétendant à sa propre succession joue perso et marque contre son camp. A quoi bon critiquer un processus que son propre Premier ministre et de nombreuses personnalités UMP ont jugé «moderne» et d’avenir, pour la droite comme pour la gauche?
Voilà le chef de l’État surpris en plein agacement anachronique au moment même où il pourrait profiter des tensions inévitables du PS. Quand Arnaud Montebourg, allié objectif de l’Élysée, sème un désordre inespéré chez l’adversaire socialiste, il a gâché une formidable occasion de se taire. Aurait-il oublié que son silence est d’or? Que ses chances de réélection tiennent, pour partie, à sa capacité à garder sang-froid, à résister à son tempérament colérique - son pire ennemi- et à apparaître comme un rassembleur serein des siens? Seule explication rationnelle, l’attente d’une naissance imminente a peut-être fini par lui porter sur les nerfs.
Les dirigeants de l’UMP qui pleurnichent, avec une mesquinerie infantile, sur le temps consacré par les médias à la compétition à gauche n’ont même pas cette excuse. Comme si la télé avait encore un pouvoir magique sur les électeurs quand elle ne peut prétendre qu’à rendre fous les états-majors politiques.
En politique aussi, la jalousie est mauvaise conseillère. Mais quelle mouche a-t-elle piqué Nicolas Sarkozy pour qu’il se laisse aller à manifester son agacement contre les primaires de la gauche? Le président de la République joue perdant-perdant dans cette affaire... qui ne le concernait pas. Il donne l’impression d’être mauvais joueur et il s’abaisse à descendre sur le terrain de la politique intérieure qu’il se faisait fort, pourtant, de dédaigner: n’était-il pas résolu à rester sur les hauteurs, moins périlleuses pour son image, des grands enjeux internationaux?
Gardien de la constitution, le chef de l’État s’est senti obligé d’en faire une interprétation toute personnelle afin de disqualifier le double rendez-vous électoral de la gauche qui, selon lui, détournerait l’esprit de la V e République. Un postulat plus inspiré par le ressentiment politique que par une analyse rigoureuse du droit constitutionnel.
En quoi ces primaires qui consultent le peuple directement et sans exclusive seraient-elles incompatibles avec l’esprit d’un scrutin vu par le Général comme la rencontre d’un homme (d’une femme) avec le pays ?
Le reproche présidentiel est d’autant plus singulier que si Nicolas Sarkozy avait conquis l’UMP en 2005, c’était pour s’imposer comme le candidat incontestable du grand parti de la majorité ! Un chemin électoral logique soigneusement balisé et une approche parfaitement légitime, certes, mais pas une démarche particulièrement gaulliste...
Circonstance aggravante, le futur prétendant à sa propre succession joue perso et marque contre son camp. A quoi bon critiquer un processus que son propre Premier ministre et de nombreuses personnalités UMP ont jugé «moderne» et d’avenir, pour la droite comme pour la gauche?
Voilà le chef de l’État surpris en plein agacement anachronique au moment même où il pourrait profiter des tensions inévitables du PS. Quand Arnaud Montebourg, allié objectif de l’Élysée, sème un désordre inespéré chez l’adversaire socialiste, il a gâché une formidable occasion de se taire. Aurait-il oublié que son silence est d’or? Que ses chances de réélection tiennent, pour partie, à sa capacité à garder sang-froid, à résister à son tempérament colérique - son pire ennemi- et à apparaître comme un rassembleur serein des siens? Seule explication rationnelle, l’attente d’une naissance imminente a peut-être fini par lui porter sur les nerfs.
Les dirigeants de l’UMP qui pleurnichent, avec une mesquinerie infantile, sur le temps consacré par les médias à la compétition à gauche n’ont même pas cette excuse. Comme si la télé avait encore un pouvoir magique sur les électeurs quand elle ne peut prétendre qu’à rendre fous les états-majors politiques.
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