TOUT EST DIT

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samedi 13 août 2011

La fin de la démocratie ?

La lettre récente de Jean-Claude TRICHET à Silvio BERLUSCONI est un véritable oukase sans précédent, qui met sous tutelle le gouvernement italien.
Le Président de la B.C.E. ne fixe plus des objectifs, mais impose les détails d’une politique en décidant, non seulement pour le chef du gouvernement italien, mais aussi pour le Parlement.

C’est une dérive particulièrement grave qui met fin à la démocratie nationale, sans pour autant y substituer la moindre démocratie européenne, si tant est qu’elle puisse exister.
En imposant une politique, dont d’ailleurs l’efficacité n’a jamais été prouvée (libéralisation du marché du travail, privatisations diverses, etc…) Jean-Claude TRICHET s’arroge les prérogatives des autorités politiques du pays et se transforme en Gouverneur non élu d’un nouveau protectorat.
L’Union Européenne achève ainsi de discréditer totalement l’idée européenne qui sera, bien évidemment, assimilée à des sacrifices aussi injustes qu’inutiles. Car, bien sûr, si l’Italie en est là, comme l’Espagne ou la Grèce, c’est parce qu’elle est victime de la politique de l’euro cher, imposée par le dogmatisme de Monsieur TRICHET.
Le principal responsable se prétend le sauveur…
On le voit donc bien, l’euro, folie économique, devient le moyen d’imposer un fédéralisme antidémocratique. N’était-ce pas d’ailleurs l’objectif de départ, puisque beaucoup savaient qu’il était impossible de réussir une monnaie unique, plaquée sur des économies différentes ?
Le rêve de Messieurs MINC, TRICHET, ou autres, est à la faveur de cette crise de se débarrasser des peuples et de leurs élus.
La fameuse gouvernance dont ils parlent tant revient à concentrer, dans les mains d’une vingtaine de personnes, tous les pouvoirs : le Conseil de la B.C.E. (non élu), la Commission de Bruxelles (non élue), la Cour de Justice de Luxembourg (non élue).
20 personnes imbues de leur dogme au service d’une pensée mondialiste non réaliste et des intérêts d’une petite minorité veulent imposer encore plus de sacrifices aux populations, toujours plus de privilèges pour leurs obligés.
Le choix est simple aujourd’hui, soit les peuples déjouent la manœuvre, soit ils paieront cher leur nouvel esclavage.

Près de 1.500 "retraités fantômes" débusqués en Grèce

Le plus important fonds de pension grec a débusqué 1.473 "retraités fantômes" qui "touchent" une pension bien qu'ils soient officiellement déclarés décédés.

Rovertos Spyropoulos, qui préside le fonds IKA-ETAM, a annoncé que des mesures étaient en cours pour traîner devant les tribunaux quiconque aurait touché de l'argent provenant de parents retraités décédés.

Ce scandale, qui coûte environ deux millions d'euros par mois à la collectivité, intervient alors que le pays, qui croule sous une dette colossale, est soumis à une sévère cure d'austérité imposée par le FMI et l'Union européenne en échange d'une aide d'urgence massive.

La fraude a été mise au jour à la suite de vérifications faites en début d'année par le fonds de pension sur des retraités nés il y a plus de 100 ans, puis dans les années qui ont immédiatement suivies.

"Je crains vraiment qu'une fois ces vérifications terminées le 3 septembre, ce chiffre sera multiplié", a confié Rovertos Spyropoulos.

L'enquête sur ces "retraités fantômes" a été lancée après la découverte par le gouvernement socialiste, soucieux de maîtriser un déficit public incontrôlé, de quelque 9.000 retraités centenaires dans les registres officiels - ce qui ferait de la Grèce le pays comptant le plus de centenaires au monde.

Or, le dernier recensement officiel de 2001 fait état d'un chiffre de 1.716 personnes âgées de cent ans et plus.

Les retraités représentent près du quart des 11 millions de Grecs.

COMBIEN DE GENS PERSOIVENT LES ALLOCATIONS ET AUTRES AIDES SOCIALES EN FRANCE, ET CE SANS EN AVOIR RÉELLEMENT DROIT ?

vendredi 12 août 2011

Les muscles de Mr. Cameron

Les catastrophes servent souvent les destins des hommes politiques parce qu’ils sont des révélateurs de caractère. Ce sera peut-être le cas de David Cameron, prototype parfait, jusque-là, d’un Premier ministre sans grande envergure. Il n’a ni l’incroyable culot d’une Margaret Thatcher, ni le brio de Tony Blair. Et s’il a gagné les élections après une longue période de disette pour les conservateurs, c’est d’abord en raison de l’usure des travaillistes et du manque absolu de charisme d’un Gordon Brown à bout de souffle. M. Cameron n’a pas eu de chance non plus avec le timing de l’histoire : quand il a enfin pu entrer à Downing Street, c’était à un moment où le Royaume-Uni était en déclin après avoir connu une période économique faste.

Et c’est ce chef du gouvernement en demi-teinte qui a dû affronter les pires émeutes de l’histoire de la Grande-Bretagne depuis des décennies. C’est lui aussi qui a considéré l’heure suffisamment grave pour convoquer les députés de la Chambre des Communes à Westminster en pleines vacances, un symbole qui est loin d’être anodin dans une démocratie aussi soigneusement codifiée et où les usages ne se bousculent pas à la légère.

Le discours d’hier à Westminster a donc été pour lui une sorte de rite de passage qu’il a accompli en se glissant sans surprise dans les habits rigides et résistants d’un dirigeant aussi responsable qu’inflexible. Il sait qu’il a le soutien d’une immense majorité de la population et de la presse anglaises. Qui pourrait trouver des excuses au déchaînement de jeunes dont la seule motivation a semblé se résumer au vol, au pillage et au vandalisme ? Le Labour de M. Milliband n’a pratiquement aucun angle d’attaque politique. Même le discours sur les conséquences de la gestion ultralibérale du pouvoir depuis plusieurs mois n’a pratiquement aucune chance d’être audible.

M. Cameron qui avait surtout à convaincre son propre camp de sa capacité d’homme d’État, et à contrer des personnalités alliées mais critiques comme le maire de Londres Boris Johnson qui avait mis en cause son manque de réactivité initial, a pu annoncer une « riposte » musclée sans craindre de heurter les préventions démocratiques du pays de l’habeas corpus.

En revanche, la chasse ouverte aux réseaux sociaux est étrange de candeur et révélatrice de l’ignorance sidérante de nombreuses personnalités politiques à l’égard d’un mode de communication qu’ils ne comprennent pas. Comment peut-on prétendre séparer le grain de l’ivraie sur Twitter ou réglementer l’usage du réseau fermé de Blackberry (BMB) ? Les Britanniques seraient-ils prêts à abdiquer devant la peur en renonçant à leur traditionnel attachement aux libertés publiques pour des gages de sécurité ? Rien n’est moins sûr mais cette grande question de l’après-émeutes est désormais posée à toute une société traumatisée.

Crise boursière : au secours Angela...

Les étés ordinaires, les sondages portent sur des questions cruciales. Êtes-vous plutôt tongs ou sandales, glace au chocolat ou au citron ?

Cette année, les sondeurs ont du boulot, ils doivent réviser leurs classiques de fond en comble. Côté météo déjà, ressortir le questionnaire jauni des années précédentes sur les crémes solaires ou les boissons fraîches passerait pour une provocation. Cette fois-ci, l’estivant doit trancher un dilemne cornélien : êtes-vous ciré ou parapluie, polaire ou doudoune ?

Avec la crise ensuite, un institut de sondage a posé une autre question hors de saison. La question de confiance, celle qui fâche : sur qui comptez-vous pour éviter la crise financière et économique fatale ?

Et là les Français n’y vont pas par quatre chemins: ils font d’abord confiance à eux-mêmes. C’est sauve-qui-peut, les femmes et les enfants d’abord.

Parmi les sauveurs possibles, les Français voient tout de même Angela Merkel. C’est gentil pour Nicolas Sarkozy et Barack Obama à peine mieux traités que les traders et les agences de notation en fond de classement. Pareil voisinage leur ira droit au cœur. La Chancelière allemande malmenée dans son pays n’a plus qu’à traverser le Rhin pour s’aligner à la Présidentielle de 2012...

Une autre consultation lancée par un magazine met tout le monde d’accord. Les sondés remettent majoritairement leur sort entre les mains du Bon Dieu. Les ventes de cierges vont exploser...

La bourse n'est pas qu'un jeu de société

« L'argent est un bon serviteur mais un mauvais maître ». Le constat d'Alexandre Dumas restera moderne pour l'éternité. « Dis papa, c'est quoi la bourse ? C'est quoi la crise ? » Allez expliquer ça simplement aux enfants. On pourrait répondre que la société repose de plus en plus sur de l'argent virtuel. On utilise des euros qu'on n'a pas - et les États sont les plus dispendieux en la matière - souvent prêtés par des banques. Ou alors on achète des bouts immatériels d'entreprises - des parts - pour leur donner les moyens de se développer, et surtout en espérant les revendre plus tard quand elles auront pris de la valeur. « Ça veut dire que plus on a de l'argent, plus on peut en gagner, sans travailler ? C'est pas juste ! » Ils comprennent vite, les petits. On peut aussi perdre de l'argent juste parce qu'une rumeur annonce qu'on va en perdre ! La bourse, c'est un grand jeu de société, où l'on bluffe, on gagne, on perd, et ça va de plus en plus vite, on s'affole ; ça monte et ça descend sans aucune logique. C'est virtuel, mais avec des conséquences dans la vie réelle. Ce que Brassens disait pour la chanson est vrai pour tous les secteurs d'activité : « C'est très emmerdant, cette histoire d'argent. Ça ne nous rapporterait rien qu'on le ferait quand même ! Si on était payé comme un fonctionnaire pour faire ce que l'on fait, on continuerait . » Est-il possible de remettre en cause cette suprématie du dieu argent, surtout le virtuel, sans passer pour un utopiste rétrograde ? Peut-on réinjecter dans la société des valeurs humaines, plus précieuses, mais qui ne font apparemment pas avancer l'économie ?

Quelle note la France mérite-t-elle pour sa dette ?

Dagong, jeune agence de notation chinoise, attribue à la France une note nettement moins bonne que ses consoeurs anglo-saxonnes. A-t-elle raison?

Les trois grandes agences de notation anglo-saxonnes ont tenu à rassurer après la dégradation de la note de la dette américaine par Standard & Poor's: la France, dotée d'un AAA, ne suivra pas le même chemin. Du moins dans les prochains mois. Une agence fait exception, la chinoise Dagong. Elle attribue au pays une note AA-, tout en prévenant qu'elle pourrait bientôt l'abaisser. Des grandes agences et de la petite nouvelle, qui a raison?
Dagong n'est pas sévère qu'avec la France. «Elle a une vision beaucoup plus négative que les agences occidentales des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de la Belgique, de l'Italie, de l'Espagne, observe dans une note Patrick Artus, responsable de la recherche économique chez Natixis. En ce qui concerne la situation des finances publiques et la croissance potentielle, nous ne pouvons que donner raison à Dagong par rapport aux trois grandes agences de notation.»
Mais la note financière d'un État, qui reflète le risque que ce dernier ne rembourse pas -ou mal- sa dette, n'est pas basée uniquement sur des critères purement comptables. D'ailleurs, la France ne mériterait qu'un AA si seuls les seules statistiques étaient prises en compte par Standard & Poor's, d'après les calculs de Natixis.

Risques politiques

«Le fossé entre Dagong et les trois grandes agences s'explique ainsi dans l'appréhension des risques politique et de gouvernance», relève Juan Carlos Rodado, économiste chez Natixis et auteur d'une étude sur la méthodologie des agences de notation. Un exemple: le Venezuela est noté plus sévèrement par Standard & Poor's (BB-) que par Dagong (BB+), parce que la première a moins confiance dans le gouvernement Chavez. Moody's, Fitch et Standard & Poor's, contrairement à Dagong, font aussi peser sur une note le poids de l'histoire. Si un pays a mal remboursé ses créanciers par le passé, comme la Russie en 1998, le jugement final sera plus sévère. Ce facteur défavorise les pays en développement, et profite aux Occidentaux.
Au coeur même des arguments chiffrés, l'agence chinoise valorise plus fortement la croissance économique et les réserves de change, c'est-à-dire la trésorerie dégagée par l'ensemble d'une économie grâce notamment aux exportations. Cette manière de faire favorise clairement les pays émergents, grands exportateurs (comme la Chine) et en phase de rattrapage économique.
L'agence Dagong se montre toutefois bien trop sévère en général, estime Jean-Christophe Caffet, économiste en charge de la France, chez Natixis également: «Elle n'a placé quasiment aucun grand pays en catégorie AAA, et ceux qu'on y retrouve sont des marchés de la dette plutôt étroits dans lesquels on ne peut pas réellement investir, comme la Norvège, le Danemark le Luxembourg ou la Nouvelle-Zélande.»

Question d'indépendance

Certains émettent en outre des doutes sur la crédibilité de l'agence Dagong. Elle ne compte qu'une vingtaine d'analystes pour noter 67 pays, contre 70 à 80 pour 126 chez Standard & Poor's. De plus, ses liens avec le gouvernement de Pékin font douter certains économistes chinois, rapporte Le Monde. Enfin, sa méthode même, comme le glisse Juan Carlos Rodado, n'est pas innocente: «quand Dagong sous-estime à ce point le risque politique, on comprend l'intérêt sous-jacent». À savoir favoriser les pays émergents proches de la Chine.

"On ne touche pas à la TVA" (Baroin)

Le ministre de l'Economie François Baroin a exclu vendredi sur RTLun relèvement de la TVA pour concourir à la réduction des déficits publics, y voyant une "solution de facilité".
"On ne touche pas à l'impôt sur les sociétés, on ne touche pas à l'impôt sur le revenu, on ne touche pas aux prélèvements sociaux et on ne touche pas à la TVA", a asséné le ministre alors que le gouvernement doit annoncer le 24 août un train de mesures supplémentaires pour contenir les déficits.

Il y a à cela "deux raisons", a-t-il ajouté. "C'est un choix politique assumé par le gouvernement de ne pas faire porter l'effort de réduction des déficits sur une augmentation d'impôts car c'est la solution de facilité".

Ensuite, "le modèle économique français est assis sur la consommation et la TVA impacte sur la consommation, on accélérerait donc la réduction de la consommation des ménages et ça abîmerait notre croissance en profondeur", a assuré M. Baroin. "On a fait nous le choix de travailler sur les dépenses, donc on réduit les dépenses de l'Etat, de l'assurance-maladie, des collectivités locales. On ne veut pas augmenter les prélèvements obligatoires", a-t-il souligné.

WAOUHH ELLE A TROUVÉ ÇA TOUTE SEULE ????



Sauvez les jeunes, pas les banques

L’Europe vole au secours de ses marchés financiers mais pas de sa jeunesse, dont les droits élémentaires en matière d’éducation, de travail et de logement sont de plus en plus bafoués. Alors, pour se défendre, elle applique ce qui est devenu la règle : prends ce que tu peux et file. 

La jeunesse n’est ni un groupe social homogène, ni une place financière au bord de l’abîme. Et c’est bien dommage pour elle, car si elle était l’un ou l’autre, cela fait longtemps que des plans de sauvetage nationaux et internationaux auraient fait pleuvoir les milliards pour lui assurer une éducation, un travail, un logement – bref un avenir  – ainsi que le voudrait le principe de solidarité entre générations.
L’incapacité des responsables politiques ou leur absence de volonté pour parvenir à un consensus sur ces questions mine progressivement les piliers d’une société de consommation, au sein de laquelle un nombre croissant de citoyens se retrouvent à vue d'œil spectateurs d’un capitalisme joyeux, mais réservé à une élite.
Le système capitaliste n’est supportable qu’à condition qu’une majorité puisse y participer. Il perd tout attrait dès lors qu'il devient le jouet de marchés aussi libres qu’instables. Il devient alors un système dépassé et sans alternative qui crée chez les jeunes citoyens, nouveaux arrivés dans la société, un sentiment d’incertitude, de scepticisme et d’angoisse pour l’avenir. Privés de toute perspective d’avenir, les jeunes finissent alors par se présenter par milliers à la porte de ceux qui les ont dépouillés pour réclamer leur dû.
La Grèce, l’Espagne, le Chili, Israël et le Royaume-Uni en font aujourd’hui l’expérience à une échelle différente. Aussi nationales que soient les revendications de ces différents mouvements, ils comportent tous les mêmes revendications fondamentales : les jeunes veulent accéder à l’éducation, au travail et au logement.

L'esprit des traders est dans la rue

Les jeunes d’aujourd’hui vivent dans des conditions qui ne leur permettent pas, ou plus, de satisfaire ces exigences, qui sont en réalité des droits fondamentaux. Dans bon nombre de villes israéliennes ou anglaises, il ne suffit plus d’avoir fait de bonnes études et d’avoir un travail pour pouvoir se loger et encore moins envoyer ses enfants à l’école.
Pendant que les gouvernements injectent des milliards d’euros sur les marchés simplement pour ne pas fâcher le sacro-saint Dow Jones, les prestations sociales partent en fumée. Seuls les quelques gagnants du système, ceux qui suivent avec angoisse l’évolution des cours de la bourse ou discutent de la différence entre jeunes frustrés et jeunes criminels en sirotant leur thé, eux seuls peuvent s’étonner de voir ces politiques dénoncées comme pur cynisme dans des pays comme l’Espagne, la Grèce ou le Royaume-Uni où le taux de chômage atteint respectivement, 44%, 38% et 20% des jeunes.
Les sommes évaporées à la bourse ne sont rien comparées à l’affaiblissement du lien social. Lorsqu’on se bat pour étudier dans des amphithéâtres bondés sans pouvoir nourrir l’espoir de réaliser un jour ses rêves, Facebook ne suffit plus comme exutoire. Il suffit alors, comme en Angleterre, d’un incident certes tragique mais banal, pour laisser libre cours à la frustration réprimée, à l'abri dans la foule. C’est ainsi que les gens dont les revendications sont justes se transforment en vandales et en pillards. On reproduit à petite échelle ce à quoi on assiste à grande échelle : prendre tout ce qu’on peut et ficher le camp. L’esprit des traders est dans la rue.
Ni les forces de police, ni les belles paroles ne mettront un frein à ces débordements. Les dirigeants politiques doivent agir, et vite. La génération qui est aujourd’hui dans la rue, aura-t-elle la chance de voir un jour cela? On peut en douter.


Jeunes

Un vent de révolte souffle en Europe

"Les jeunes de l’Europe ont-ils perdu confiance en l’avenir?" s’interroge en une le quotidien danois Jyllands-Posten qui rappelle, alors que la police anglaise essaye de calmer les émeutiers, qu'il y a six mois seulement un tout autre groupe de jeunes anglais, en l’occurrence des étudiants de la prestigieuse Université de Cambridge manifestait également. Et qu’à Rome, Madrid et Athènes les jeunes sont aussi descendus dans les rues très récemment.
Le journal poursuit en expliquant que selon plusieurs experts ce n’est qu’une question de temps avant que les émeutes britanniques s’étendent à d’autres régions européennes : "Beaucoup de pays en Europe ont les mêmes problèmes sous-jacents d’une jeunesse mise à l’écart dans des quartiers populaires", analyse le professeur de l’Université de Stirling en Ecosse, David Bell.
C’est notamment la crise financière qui rend la vie des jeunes difficile, explique Jyllands-Posten. Car, si les jeunes ont grandi dans des temps de prospérité, cette époque semble maintenant derrière nous. Et ce développement heurte surtout les jeunes, note le journal en citant une étude de l’institut d’analyse IZA, montrant que si les jeunes profitent en général des relances économiques, c’est aussi eux qui sont les plus touchés par le déclin économique.

Après l’immobilisme, la panique

Les hésitations des dirigeants européens et la multiplication des rumeurs sont à l’origine du nouveau plongeon subi pas les bourses mondiales. Pour éviter que l’euro ne soit emporté par la tourmente, une intégration fiscale est nécessaire. Et seule Angela Merkel peut faire peser la balance dans un sens ou dans l’autre.
La tranquillité qu’a amené l’intervention de la Banque centrale européenne le 8 août aura été de courte durée : les bourses du monde entier ont connu hier une journée de panique sans précédent depuis la crise financière de 2008. Madrid, notamment, a dévissé de 17 points en neuf sessions seulement.
Il est à craindre désormais que la dette française ne soit la prochaine cible des mouvements spéculatifs, ce qui ne fait qu’accroître l’agitation. Le président français n’a pas hésité à interrompre ses vacances, une décision qui en dit long sur la gravité de la situation, et même les déclarations bienveillantes des agences de notation n’ont guère suffi à calmer le jeu.
Nicolas Sarkozy ne sera certainement pas le seul à devoir écourter ses congés, et d’ailleurs le président de la Commission européenne, José Manuel Durão Barroso, devrait revenir dès que possible à Bruxelles pour s’attaquer à cette situation très grave. Et Zapatero devrait faire de même, étant donné les conséquences de cette conjoncture désastreuse sur l’économie espagnole et le système financier, sans parler de l’appauvrissement des familles.

L'intégration complète ou la disparition de l'euro

Il est évident que l’objectif du sommet du 21 juillet, à savoir éviter la contagion à l’Espagne depuis les pays en difficulté, n’a pas été atteint. La BCE a dû sauver in extremis l’Italie et l’Espagne, respectivement troisième et quatrième économie de la zone euro ; quant à la France, qui occupe la deuxième place, elle est d’ores et déjà en ligne de mire.
L’Allemagne pourra-t-elle continuer à ignorer cette situation du haut de son insolente prospérité ? Jusqu’à présent, Merkel a accepté avec réticence le courant majoritaire aux Conseils européens, favorable à des opérations de sauvetage, qui, dans le cas de la Grèce, n’ont d’ailleurs pas fonctionné. D’où une fronde interne qui menace de plus en plus la stabilité politique de l’Allemagne.
Tout indique que le moment approche où il n’y aura plus que deux solutions : soit une intégration budgétaire complète de la zone euro, que refusent de nombreux économistes allemands, soit la disparition de la monnaie unique, ce qui signerait l’arrêt de mort du projet européen. Merkel a fait preuve jusqu’à présent d’un engagement sans faille en faveur de l’Europe, mais elle a aussi été capable de faire volte-face sur des questions aussi graves que l’énergie nucléaire. Une fois de plus, l’avenir de l’Europe dépend de ce que va décider l’Allemagne.

Socgen rime-t-elle avec amen ?

Au coeur des ténèbres du marché, la banque française est ballotée de rumeurs en spéculations. Une habitude.
Engluée dans les PIGS (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne), la banque rouge et noire n’a pas vu venir le coup de l’Albion jamais trop perfide. Une rumeur lancée par le Daily Mail a officiellement provoqué une vertigineuse chute de son cours en bourse, en partie provoquée l’ouverture du parapluie de l’Autorité des marchés financiers (suspension des ventes à découvert) et fait surgir le spectre glaçant d’un défaut de paiement, de sa part et de sa mère patrie, le vibrant hexagone.
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Bien heureusement, son patron Frédéric Oudéa se montre fier et droit dans la tempête, faisant montre d’un aplomb digne de son surnom,« la poire belle hellène », récolté du temps de son enthousiasme pour l’économie qui gît désormais sous l’acropole.
Depuis des mois pourtant, comme l’a relevé Bakchich, les difficultés de la SG s’accumulent. Et le mauvais vent a commencé de souffler bien avant les rumeurs propagées par le Daily mail.
Pour rappel :
- la baisse, annoncée le 5 mai, de 14% de ses profits du premier trimestre par rapport à l’année dernière
- la chute de 51,9% depuis le début de l’année (au 25 juillet) du cours de l’action de sa filiale, Geniki Bank, détenue à 88% et qui ne lui a jamais ramené un centime d’euro depuis son acquisition en 2004. Le 4 mai, Geniki rendait compte d’une nouvelle perte de 98,6 millions d’euros au premier trimestre, le double de celle subie l’année précédente
- l’annonce par Moody’s Investors Service, le 15 juin, d’une surveillance de la note SocGen, avec une perspective de révision à la baisse
- la dégringolade de 14,4% du cours de l’action Société Générale entre le 1er et le 11 juillet suivie d’une inquiétante réplique le 18 juillet (-5,5%) à l’annonce des résultats des tests de résistance de 90 banques européennes, (« les tests montrent que la Société Générale est en queue de peloton des grandes banques européennes avec une position en capital plus tendue que celle de ses grandes rivales » confiait aux médias François Chaulet de Montsegur Finance).
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De plus, lorsqu’ils font état de l’exposition de la banque aux « fameuses » créances souveraines européennes, les commentaires des professionnels sont en règle générale majoritairement sévères pour ne pas dire franchement flippant : « Un défaut de la Grèce déclencherait une catastrophe pour la Société Générale » (Jacques-Pascal Porta de Ofi Gestion Privée).

Dans la grotte d’Oudéa

Quant à l’aptitude de ses équipes de direction à faire face aux défis de l’avenir, elle est diversement appréciée. Comment ne pas évoquer à ce chapitre, les propos très durs récemment tenus par Deminor, la société belge dont la mission consiste à conseiller les actionnaires floués.
Evoquant par exemple le rôle de Frédéric Oudéa, patron des finances de la banque de 2003 à 2008 avant d’en prendre la présidence, Fabrice Remon, patron du bureau de Paris de Deminor, n’y est pas allé par quatre chemins : « La Société Générale aurait du mettre à sa tête quelqu’un n’ayant pas eu de conflit d’intérêt et de suffisamment indépendant plutôt qu’Oudéa qui est si impliqué dans la crise  ». Comme en écho, Anis Bouayad, fondateur de Stratégie Alliance est plus expéditif encore : «  Oudea a de la chance de ne pas avoir été viré avec Bouton. La logique aurait voulu que pas un membre du Comité de Direction ne soit épargné, à commencer par Oudéa, bien qu’il n’aurait pas été dans l’intérêt de l’actionnaire de décapiter toute la direction générale de la banque…  »

PIGS, des économies de cochons

Le coup le plus terrible a sûrement été porté bien involontairement par Kian Abouhossein, analyste chez JP Morgan à Londres qui a cru bien faire en déclarant que «  La Société générale possède une superbe affaire dans les dérivés actions  » allant même jusqu’à prévoir qu’elle est le leader mondial de ce business en 2011 devant Goldman Sachs Group.
Et tout cela, donc bien avant la rumeur du Daily Mail. Ou la montée en flèche de l’indice des CDS (credit défault swap) de la Société Générale. Comme si l’on s’attendait effectivement à un défaut de paiement…
A lire ou relire sur Bakchich
Canal+ et ses satellites faisaient l’objet d’une valorisation très optimiste lors de la fusion Vivendi Universal. Heureusement, Daniel Bouton n’était pas loin.
BNP, Crédit Agricole, Société Générale. Les grandes banques françaises ont trouvé leur dernier motif d’angoisse, que les Grecs les envoient se faire voir.
 
 
Du statut de « terroriste » à celui d’icône, pour Jérôme Kerviel, il n’y a qu’un pas. Celui de la guerre de communication que se sont livrés la banque et son trader désormais vedette. Avec l’incarcération de ce dernier, la SocGen gagne la première (…)
Le procès de Jérôme Kerviel, accusé par la Société générale de lui avoir fait perdre en 2008 près de 4,9 milliards d’euros, s’ouvre mardi. Un vrai débat de société… à responsabilité limitée.
Quel monde odieux que la finance ! Jérôme Kerviel, accusé d’avoir fait perdre la bagatelle de 5 milliards d’euros à la Société générale, début janvier 2008, se fait fort, dans l’ouvrage qu’il publie, de nous instruire sur un monde sans pitié. « Aucun trader (…)
Dans la presse cette semaine, on apprend que les banquiers ne sont ni des gens téméraires, ni des de grands résistants et que les petits noirs font Obama.

Le taux de chômage atteint 16,6% en mai en Grèce, nouveau record

Le taux de chômage a grimpé à 16,6% au mois de mai en Grèce, alors que le gouvernement a obtenu une aide internationale pour faire face à la crise de la dette, ont annoncé jeudi les services en charge des statistiques.
A la même période l'an passé, le taux de chômage s'élevait à 12%, et en avril 2011, à 15,8%.
L'agence nationale de la statistique a fait état jeudi de 220.534 personnes sans emploi de plus en mai dernier par rapport au même mois en 2010, soit une augmentation de 36,6%, pour un nombre total de 822.719 chômeurs dans un pays qui compte environ 11 millions d'habitants.
Les dirigeants européens ont accepté en juillet de mettre en oeuvre un deuxième plan de sauvetage financier de 109 milliards d'euros en faveur de la Grèce. En contrepartie, le gouvernement a imposé des mesures d'austérité drastiques, augmentant les impôts et réduisant les retraites et les salaires dans le secteur public.

jeudi 11 août 2011

Qui détient la dette de la France ?

Qui achète et possède la dette publique de la France ? Cette question, apparemment simple, est plus complexe qu'il n'y paraît. Et éminemment stratégique, alors que notre pays atteint un record d'endettement, à hauteur de 85 % de son produit intérieur brut (PIB), soit 1 646,1 milliards d'euros, en progression de 110 milliards d'euros depuis un an.
Comment est composée la dette publique ?
La dette publique est en fait triple : celle de l'Etat proprement dit, mais aussi celle des collectivités locales et celle des administrations publiques.
Sur les 1 646,1 milliards dus par la France, 1 286 le sont par l'Etat lui-même, selon l'Insee, soit l'essentiel. Les administrations locales (régions, départements, communes), sont endettées à hauteur de 156 milliards d'euros ; les administrations de sécurité sociale (assurance maladie, caisse nationale d'assurance vieillesse) pour 191 milliards d'euros. Enfin, les organismes divers d'administration centrale (établissements et agences dépendant de l'Etat) doivent 11,6 milliards d'euros.
Le déficit cumulé, conséquence de plus de trente années de budgets déficitaires, a été empruntée à divers acteurs financiers : Etats, entreprises, grandes banques... Ceux-ci achètent des produits, émis par la France et remboursables à plus ou moins long terme. La fameuse note "AAA" du pays permet de réaliser des emprunts à des taux réduits. De 1 % à 4 % en fonction de la durée de l'emprunt contracté, selon le dernier bulletin mensuel (en PDF) de l'Agence France Trésor (AFT), chargée d'émettre ces produits et de réaliser les emprunts pour l'Etat.
Qui achète des titres de dette publique en France ?
Les produits émis par l'Etat sont au nombre de trois, qu'on peut classer en deux catégories. D'abord les titres de long terme. Ce sont les obligations assimilables au trésor (OAT), les plus importants en volume, remboursables en sept à cinquante ans, qui peuvent être à taux fixe ou variable. Ensuite, ceux à court terme, de deux genres : les bons du Trésor à intérêt annuel (BTAN), d'une durée de deux ou cinq ans ; et les bons du Trésor à taux fixe et à intérêts précomptés (BTF), émis pour des périodes très courtes (de l'ordre de quatre à sept semaines).
La France emprunte environ un tiers de sa dette à ses propres banques et sociétés de crédit. Avec une particularité : le pays est plus endetté auprès des compagnies d'assurance (20 %), qui "achètent" des titres de dette française pour les placements d'assurance vie, qu'auprès de ses banques. Contrairement à la situation du reste de l'Europe, les établissements bancaires français possèdent moins de 14 % de la dette nationale.
Quel part de dette est détenue par des étrangers ?
La dette française est détenue à plus de 65 % par des "non-résidents" français. Un chiffre en baisse : jusque fin 2010, il se situait plutôt autour de 70 %. Mais un chiffre qui n'a eu de cesse de grimper ces dernières années : en 1993, seuls 32 % de la dette française était détenus par des non-résidents.
La situation française en Europe est particulière : selon une étude publiée en avril par la fondation pour l'innovation politique (Fondapol), notre pays est en troisième position de l'Union européenne, derrière le Portugal (75 % de la dette détenue par des non-résidents) et la Grèce (71 %). En moyenne, 53 % de la dette des pays européens est détenue par des non-résidents. C'est une différence majeure avec un Etat comme le Japon, dont l'énorme endettement (plus de 200 % de son PIB) est essentiellement possédé par ses épargnants. Les Etats-Unis, quant à eux, ont un tiers de leur dette aux mains de non-résidents.
Le terme de "non-résidents" recoupe une série d'acteurs : fonds de pension, grandes banques, compagnies d'assurance, fonds souverains... Il est impossible de savoir précisément quel pays possède le plus : la loi interdit la divulgation de cette information, à part aux vendeurs eux-mêmes. Ce qui pose question : la provenance des possesseurs de dette revêt en effet un caractère de plus en plus crucial.
Quelles conséquences au fait que la dette soit détenue hors des frontières ?
Le fait que la dette nationale soit détenue par des acteurs étrangers est un atout autant qu'une faiblesse. Un atout, car c'est une preuve de l'attractivité du territoire national et de la confiance qu'il obtient auprès des marchés. Mais une faiblesse, car le pays est d'autant plus sensible aux questions de conjonctures que sa dette est placée sur des marchés internationaux. La Grèce ou le Portugal, qui avaient également une dette majoritairement située à l'étranger, en ont ainsi payé les conséquences.
La dette des pays de la zone euro est en grande partie possédée par des non-résidents d'autres pays de la zone. C'est ainsi que, en 2010, 52 % des dettes de la France et de l'Allemagne étaient détenus au sein de la zone euro, et donc libellés dans cette monnaie. Par ailleurs, 60 % de la dette des deux pays sont détenus en Europe au sens large (en incluant Norvège ou Suisse).
C'est une sécurité, dans la mesure où l'Europe est capable de politiques contracycliques. La France a ainsi racheté une partie de la dette grecque au terme de l'accord du 21 juillet. Mais c'est aussi un danger, puisqu'un pays de la zone qui ferait défaut (qui se montrerait incapable de s'acquitter du paiement de ce qu'il doit) fragiliserait toute la zone et la monnaie européennes.
Restent donc 40 % à 48 % de la dette française qui sont détenus hors de l'Europe, et donc sur des marchés internationaux. Cette part est la plus vulnérable aux aléas de la conjoncture et à l'affolement de la sphère financière.

Les refus de solidarité

Une fois de plus, on n'a pas célébré le 4 août. En 1789, la noblesse renonça solennellement à ses privilèges. Aujourd'hui, la noblesse d'argent n'y songe guère. Sauf à agir comme de nombreux milliardaires américains, répondant à l'appel de l'un des leurs, Warren Buffett. Ils ont donné le plus gros de leur fortune à des institutions éducatives ou d'assistance sociale.

Si nos milliardaires français, pourtant sollicités, en faisaient autant, la somme recueillie permettrait à elle seule de financer l'aide alimentaire à la Corne d'Afrique mourant de faim. Il est vrai qu'aux États-Unis, on vient d'assister au refus des fortunés de laisser augmenter leurs impôts pour diminuer la dette, tout en exigeant qu'on limite les programmes exprimant la solidarité avec les plus faibles.

En France, les refus de solidarité sont du même ordre. Les rémunérations, les avantages financiers complémentaires, les retraites considérables assurées à vie au bout de peu d'années en responsabilité, constituent un ensemble qu'on peut qualifier d'indécent. Sans que, pour autant, les privilégiés se rendent compte de cette indécence. Recevoir des millions d'indemnités après une mauvaise gestion alors que cette gestion réduit les salariés au chômage, voilà qui ne semble gêner aucun bénéficiaire.

Il est question de déchoir de la nationalité française des récidivistes français depuis moins de dix ans. Pourquoi ne pas retirer alors la nationalité aux « émigrés », aux « réfugiés » fiscaux en Suisse ou au Liechtenstein ? Les sommes dont chacun d'eux prive la collectivité nationale sont tellement plus importantes que le larcin, même renouvelé, d'un jeune délinquant dans un grand magasin !

Nous vivons en un temps étrange. Oui, il faut, pour faire progresser les désavantagés par leur milieu social, que l'enseignement soit plus individualisé. Donc, on supprime massivement le nombre d'enseignants. Il faut que les malades, dans les hôpitaux, reçoivent des soins plus humanisés. Donc, on supprimera massivement les postes d'infirmières. Il faut que les plus démunis soient aidés, logés, nourris. On diminuera donc drastiquement le soutien aux associations qui ont cette visée. Qu'est-ce qu'une solidarité proclamée, mais déniée dans les faits ?

C'est ce déni qui crée le sentiment justifié d'une rupture dans notre société, entre une petite strate ignorant la solidarité, et une strate sans cesse grandissante de citoyens et de citoyennes qui trouvent leur liberté de plus en plus abstraite, faute d'une marche perceptible vers plus d'égalité, faute aussi d'une fraternité ressentie.

Mais qui calmera les agences de notation ?

S'ils sont prompts à dénoncer l'"oligopole" des agences de notation financière, les responsables européens ont jusqu'ici été incapables de prendre des mesures concrètes pour contrer leur pouvoir, déplore le quotidien portugais Público.

Un chœur de responsables politiques de l’Union européenne, mais pas seulement, est venu hier, le 6 juillet, dénoncer publiquement l’"oligopole" (le mot est du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble) des agences de notation financière. Alors que la dette du Portugal vient d’être descendue en catégorie "spéculative", à l’incompréhension, à l’indignation et aux critiques s’est ajoutée la promesse, faite par Wolfgang Schäuble, que l’UE allait “faire des efforts” pour en finir avec le pouvoir dévastateur de ces agences dans la zone euro.

La promesse pourrait être belle, si elle n’était usée jusqu’à la corde. Depuis 2008, les dirigeants européens multiplient les menaces contre les agissements absurdes de ces agences, sans qu’aucune mesure concrète n’ait été prise pour les empêcher de faire du tort. Alors que les Etats-Unis ont modifié leur réglementation bancaire pour réduire leur pouvoir et que la Chine, s’est tout simplement dotée d’une agence nationale, l’Europe n’est jamais allée au-delà des vœux pieux, renforçant ainsi l’impression de vacance des idées et du pouvoir qui se dégage de Bruxelles, de Paris et de Berlin.

Face à ce vide, il est normal que les agences bombent le torse et cherchent à explorer jusqu’à ses limites la vulnérabilité de l’euro. Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les difficultés du Portugal (sans parler de la Grèce) à assumer ses engagements : il se dégage également de l’action des agences une sorte de nécrophilie qui les fait se comporter en vautours planant au-dessus de la fragile monnaie unique. Incapable de leur tenir tête, offrant chaque jour au monde une nouvelle preuve de sa confusion, l’Europe ne réagit que quand elle se retrouve dans les cordes.

De leur côté, constatant la grande fragilité de ceux qui leur ont promis la bataille et qui reconnaissent parallèlement des pertes pour les investisseurs privés dans la restructuration de la dette grecque, les agences agissent de la façon la plus naturelle : elles augmentent la pression et étendent leur offensive. Quand la politique s’incline devant la force organisée des capitaux financiers, il n’y a pas grand-chose à espérer.

Contrepoint

Ne tirons pas sur les agences

Ne tirons pas sur les agences"La réaction indignée des politiques face à l’abaissement de la note du Portugal par l’agence Moody’s n’est pas une surprise", note le Financial Times Deutschland. "Tous les moyens sont bons pour détourner l’attention du public et éviter de voir nos propres faiblesses. Disons-le clairement : l’Europe a les nerfs en pelote." "Même Angela Merkel est venue mettre son grain de sel", qui préfère se fier "à la Commission européenne, à la Banque centrale européenne et au FMI. Autrement dit : arrêtez donc de prendre les agences de notation tant au sérieux. Un soupçon s’insinue alors : les politiques ne seraient-ils pas en train de tirer sur le messager ?" "Cela ne fait-il pas déjà longtemps que l’on reproche aux agences de ne pas avoir su discerner – ou trop tard – des faillites comme celle de Lehman Brothers ?", s'interroge le quotidien économique. "Après s’être laissées endormir, voilà qu’elles feraient preuve de précipitation. Ce n’est pas mieux. Une chose est sûre en tout cas : jusqu’à présent, toutes leurs rétrogradations se sont avérées justes." Pour le FT Deutschland, "les appels d’Angela Merkel à l’émancipation de l’Europe vis-à-vis des agences de notation, pourraient nous entraîner sur une voie dangereuse : on parle beaucoup des conflits d’intérêts des agences de notation où l’émetteur de la dette est également celui qui paie pour faire évaluer son propre niveau de solvabilité. Mais personne ne parle des conflits d’intérêts des institutions en qui Angela Merkel place toute sa confiance. L’Union européenne et le FMI ont avancé plusieurs centaines de milliards – certes couverts par diverses garanties nationales – rien que pour la Grèce. Voilà qui n’est pas exactement la garantie d’un jugement impartial sur la solvabilité des Etats ou l’urgence d’un plan d’austérité."

mercredi 10 août 2011

Encore une leçon des Anglais !

Ça chauffe à Londres et dans plusieurs autres grandes villes britanniques, à quelques encablures de lieux très appréciés des touristes français… Ces actes nous parlent en France, notamment après les émeutes des quartiers de 2005 et les étés chauds des années 1980. Pas plus que nous, notre voisin au communautarisme assumé, ne semble finalement avoir réussi à maîtriser ses quartiers difficiles, l'exclusion et la criminalité qu'ils génèrent. Même si la City a résisté hier à la tentation du krach financier, la crise financière mondiale n'est peut-être pas si innocente dans cette soudaine flambée de violences et de pillages qui touche des quartiers défavorisés. Les mesures d'économie drastiques prises par le nouveau gouvernement conservateur britannique ont touché en premier les budgets sociaux, de l'éducation et de la santé. Autant d'argent qui permettait d'atténuer les rigueurs de la crise de l'emploi, qui frappe aussi l'Angleterre. Car les exclus du système sont là-bas aussi, surtout les jeunes et les minorités. Le rappel des limites et des risques des politiques d'austérité touchant d'abord les populations fragiles, est brûlant, particulièrement en cet été où la récession s'annonce, sitôt la crise financière passée. La France devra elle aussi y songer, tant pour préserver son modèle social, certes imparfait, que la paix dans les quartiers, déjà mis à mal par le manque de qualification et d'éducation, y compris familiale, le chômage, l'absence de perspectives mais aussi de moyens pour pallier l'ennui. Le déploiement de policiers en grand nombre ne résout les problèmes qu'un temps... Mais cela, nous, on le sait déjà !

Krach boursier, l'effrayant scénario de 1929

À l'heure où les Bourses mondiales plongent, retour sur les conséquences économiques et sociales de la plus grave crise de l'histoire.
La finance mondiale est dans le rouge. Les places du monde affichent leur fragilité, laissant poindre le risque d'un krach boursier, tel le "lundi noir" d'octobre 1987 ou le "vendredi 13" d'octobre 1989, un scénario qui pourrait bouleverser notre quotidien. La plus grande crise économique de l'histoire, celle d'octobre 1929 aux États-Unis, a déjà fourni son lot d'enseignements et de tragédies. Retour sur l'événement.

La fièvre de la spéculation s'empare des États-Unis. Des millions d'Américains, du banquier au cireur de chaussures, s'endettent pour acheter des actions et tirer profit de l'irrésistible flambée des cours. Or la valeur des titres grimpe beaucoup plus vite que la production des entreprises. Dès octobre, l'optimisme cède à la panique. Les spéculateurs cherchent à revendre à tout prix leurs actions sur le marché. Mais nombre d'entre elles ne trouvent plus d'acheteurs. Ainsi débute la grande dépression. Les cours de la Bourse plongent. Le Dow Jones perd 90 % de sa valeur. Les banques sont désormais touchées.

Bidonvilles

Priss en tenaille entre l'effondrement de la valeur de leurs actifs, les défauts de remboursement de leurs emprunteurs et la réduction de leur activité de crédit, un quart des établissements font faillite. Ceci va engendrer la fermeture de 76 000 entreprises. L'engrenage infernal débute. Les produits ne trouvent plus d'acheteurs. Les habitants sont chassés des logements qu'ils ont achetés à crédit. Très vite, deux millions d'Américains deviennent des sans-abri. Les médecins et les commerçants n'ont plus de clients.

Après la banqueroute et la faillite, le pays est frappé de plein fouet par le chômage. En trois ans, le nombre de demandeurs d'emploi explose, passant de un à quinze millions. Les routes du pays sont littéralement prises d'assaut par la population, à la recherche désespérée de toute sorte de travail. Les banquiers se retrouvent à laver les sols, quand ils ne se défenestrent pas. Ils sont bientôt rejoints pas des milliers de paysans ruinés par la chute de 60 % des prix agricoles. L'Amérique voit naître des centaines de "hoovervilles", sortes de bidonvilles empruntant le nom du président républicain, où tentent de survivre des milliers de chômeurs.

Distribution de soupe populaire

Le gouvernement tente bien de distribuer de la soupe aux familles les plus démunies, mais il ne peut rien contre la multiplication de manifestations de la faim, qu'il réprime sévèrement. Une violence qui touche même les anciens combattants américains, férocement délogés par des soldats en juin 1932 à Washington parce qu'ils réclamaient le versement de leur pension. Faute de moyens financiers, le commerce extérieur des États-Unis s'arrête. Le revenu national chute de moitié pour reculer à 41 milliards d'euros en 1932. La même année, le pays enregistre près de 80 000 faillites. L'élection en 1933 du président démocrate Franklin Roosevelt et l'adoption de son "New Deal" n'y changeront rien.

Les banques américaines possédant de nombreux intérêts en Europe, le rapatriement d'urgence de leurs avoirs, additionné au ralentissement des échanges internationaux, heurte durablement les établissements du Vieux Continent. Très vite, la crise se propage. En France, où les salaires baissent de 25 %, elle est aggravée par les mesures déflationnistes des gouvernements Tardieu et Laval. L'Allemagne est aussi touchée avec un chômage qui atteint les 25 %. Ce chiffre record contribuera à alimenter la colère d'une population séduite par le discours populiste d'Adolf Hitler, qu'elle élira le 30 janvier 1933. La crise perdurera jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

"Les Chinois veulent s'emparer du monde"

L'économiste Antoine Brunet estime que Pékin a provoqué la crise de la dette en Occident en maintenant un yuan sous-évalué.

Antoine Brunet, économiste, président d'AB Marchés et coauteur de La visée hégémonique de la Chine, décrypte les déclarations chinoises après la dégradation de la note souveraine américaine.
Le Point.fr : que pensez-vous des déclarations venues de Chine après la dégradation de la note souveraine américaine ?
Antoine Brunet : Qu'elles viennent du pouvoir lui-même ou des médias officiels, les déclarations disent principalement deux choses. D'abord, qu'il serait temps que les États-Unis se rendent compte qu'ils dépensent beaucoup plus qu'ils ne produisent, ensuite qu'il serait temps qu'ils réduisent leurs dépenses, et en particulier les militaires. C'est totalement paradoxal. Car la Chine contribue depuis maintenant dix ans à la désindustrialisation des États-Unis, mais aussi de l'Europe. Au lieu de produire nous-mêmes, la Chine nous oblige à acheter du made in China grâce à sa monnaie sous-évaluée. Cela se traduit par un déficit budgétaire, mais aussi par un déficit extérieur croissant. Les gouvernements occidentaux essaient alors de maintenir artificiellement l'activité en augmentant la dépense publique et la consommation, comme avec la prime à la casse en France.
N'est-ce pas donner trop d'importance à la Chine dans les problèmes de dette des Occidentaux ?
La Chine n'est pas le petit pays qu'elle a longtemps prétendu être. Le PIB de la Chine a déjà dépassé depuis deux ans l'américain, même si ce n'est pas le chiffrage officiel. L'ONU a reconnu que la production manufacturière chinoise a dépassé celle des États-Unis en 2010. Les travaux publics explosent depuis plusieurs années : la production d'autoroutes, d'aéroports, de ports, de bâtiments est beaucoup plus forte qu'aux États-Unis. La Chine est aussi le premier consommateur d'énergie primaire au monde (charbon, pétrole, électricité...), elle est la première consommatrice de ciment, de cuivre, d'acier... Il est impossible de faire ces constatations et de continuer à croire que le PIB chinois fait la moitié du PIB américain ! En maintenant, année après année, un excédent de 6 % de son PIB, la Chine a donc la capacité de déstabiliser les autres pays de la planète. Cela concerne non seulement les pays occidentaux, mais aussi des pays comme l'Inde et le Brésil, qui n'enregistre un excédent que parce que la Chine le transforme en un émirat. Elle importe du Brésil son soja, son sucre, son pétrole, son minerai, son fer et son bois. Les Brésiliens se plaignent de se voir imposer les importations à coups de yuans faibles.
La Chine ne s'est-elle pas engagée à laisser le yuan se réévaluer ?
Le yuan ne s'est réévalué qu'entre juillet 2005 et 2008 quand le Congrès américain a manifesté des signes clairs d'impatience à l'égard de la Chine. Il a alors progressé de 21 %. Mais cela n'a pas empêché la monnaie chinoise de se déprécier dans le même temps face à l'euro. Depuis la crise de 2008, qui a affaibli politiquement les pays occidentaux, la Chine se permet de ne plus réévaluer du tout. De juillet 2010 à juillet 2011, la hausse, de 6,48 à 6,60 dollars, a été dérisoire.
La Chine n'a-t-elle pas intérêt à laisser sa monnaie s'apprécier pour contrôler son inflation ?
Normalement, oui. Pourquoi la Chine ne le fait-elle pas ? Parce que, ce qui l'intéresse, c'est de déstabiliser les pays occidentaux sur tous les fronts, économique, social, budgétaire. En déstabilisant les finances publiques, elle oblige par exemple les gouvernements à revenir sur un certain nombre de dispositifs sociaux, ce qui va susciter la colère des gens.
Comment expliquer cette volonté ?
Les Chinois veulent s'emparer du monde, ils veulent ravir "l'hégémonie mondiale" des États-Unis. Cela ne concerne pas uniquement l'économie. Les Chinois appliquent la même démarche sur le plan territorial, dans la course aux armements, par les alliances diplomatiques. La Chine vient de faire basculer le Pakistan dans une alliance avec elle, a déclaré que la mer de Chine du Sud lui appartenait. Elle est aussi en pointe sur l'armement. Elle ne cesse de surprendre les Occidentaux par ses nouvelles capacités militaires. Ce qui explique que la Chine demande aux États-Unis une baisse de leurs dépenses militaires. Les États-Unis ont déjà renoncé au projet de station sur la Lune pour des raisons budgétaires, alors que la Chine accélère son projet.
Doit-on craindre que la Chine se débarrasse de ses bons du Trésor américain ?
On a tendance à penser que, comme les États-Unis sont des clients majeurs de la Chine, celle-ci ne peut pas déstabiliser trop fort les économies occidentales. Mais il ne faut pas oublier que la Chine a réussi, principalement ces six dernières années, à se constituer de nouveaux marchés pour ses exportations dans les pays exportateurs de matières premières, comme la Russie, l'Asie centrale, le Moyen-Orient, l'Australie, l'Amérique du Sud, beaucoup de pays africains... La Chine diversifie déjà ses réserves de change. C'est elle qui est derrière la flambée de l'or. Si le métal jaune augmente autant, c'est que les hedge funds ont bien compris que la Chine ne laisserait jamais reculer l'or, pour mieux disqualifier le dollar comme réserve mondiale. La Chine est aussi à l'origine de l'appréciation de la monnaie coréenne, brésilienne, suisse...

Pourquoi les Chinois affirment-ils soutenir la dette européenne en achetant les titres des pays en difficulté ?
Ce sont des pyromanes qui veulent faire croire qu'ils sont des pompiers. Leur plan est de prêter à l'Europe pour s'emparer de ses actifs. Les Chinois savent qu'ils ne seront pas remboursés ou espèrent se rembourser sur les gages qu'ils prendront. Certains disent qu'il faut se servir des liquidités chinoises pour résoudre les problèmes de financement occidentaux. Si on fait cela, dans quelques années, la Chine se sera emparée d'entreprises comme Total Air Liquide ou Generali.
Comment les Occidentaux peuvent-ils réagir ?
La seule solution, c'est d'imposer à la Chine des représailles douanières jusqu'à ce qu'elle cède sur sa politique de change. Au diable, M. Lamy et son OMC. Il faut maintenant renverser le jeu mené par la Chine depuis dix ans. Il faut mettre 100 % de droits de douane sur le made in China.
Cela ne risque-t-il pas de déclencher des représailles massives ?
On aura certes une période de guerre économique, avec deux-trois ans de hausse des prix manufacturés, mais avec la perspective d'une issue positive. L'alternative est de toujours reculer jusqu'à nous retrouver démunis de nos actifs, de notre technologie et inférieurs sur le plan militaire.

Mission de la dernière chance pour la Turquie en Syrie

Le ministre des Affaires étrangères d'Ankara était mardi à Damas pour exiger du président syrien Bachar el-Assad la fin de la répression, qui a déjà fait plus de 2000 morts. 

Faut-il y voir un message du régime syrien au ministre turc des Affaires étrangères? Alors qu'Ahmet Davutoglu se trouvait mardi à Damas pour demander une nouvelle fois à Bachar el-Assad de mettre fin à la répression, l'armée syrienne est entrée dans Binnich, ville proche de la frontière avec la Turquie. Le chef de la diplomatie turque et le président syrien se sont rencontrés pendant six heures. Supervisée par les États-Unis, la visite d'Ahmet Davutolgu a été précédée par un échange verbal musclé entre Damas et Ankara, traduisant une nette dégradation des relations turco-syriennes.
Que le président syrien renvoie «immédiatement ses soldats dans leurs casernes et libère tous les prisonniers»: c'est, en substance, les propos que Hillary Clinton a adressés à son homologue turc dimanche, lors d'un long entretien téléphonique, a résumé Mark Toner, porte-parole du département d'État. «Elle a demandé au ministre des Affaires étrangères de répercuter ses messages au président syrien», a-t-il déclaré.
Avant le départ d'Ahmet Davutoglu, l'augmentation du trafic diplomatique à Ankara a montré l'intérêt que portaient les Américains à cette visite. Le délégué américain aux Affaires moyen-orientales, Fred Hof, se trouvait également à Ankara lundi. Selon les médias, les autorités turques se seraient bien passées de la divulgation de ces deux informations, craignant qu'Ahmet Davutoglu ne soit perçu à Damas comme «l'émissaire des Américains», ce qui réduirait encore ses chances de réussite.

«Un message ferme» 

Le premier ministre turc avait annoncé, samedi, qu'il était à «bout de patience» face au bain de sang syrien et qu'il dépêchait son ministre des Affaires étrangères afin de transmettre «un message ferme» à Damas. Le régime syrien a aussitôt rétorqué, par le biais d'un des conseillers du président, que la «réponse serait encore plus ferme». Il a tenu parole. Mardi, selon l'agence officielle syrienne, Bachar el-Assad a répondu au ministre turc qu'il n'allait «pas fléchir dans la poursuite des groupes terroristes», qualificatif donné aux manifestants par le pouvoir.
Ahmet Davutoglu, artisan de la réconciliation turco-syrienne ces dernières années, et qui s'est rendu des dizaines de fois dans le pays voisin, était habitué à un accueil plus chaleureux. Ce refroidissement très marqué des relations est révélateur de la mauvaise passe que traverse la diplomatie turque, axée sur le concept de «zéro problème» avec les voisins. Le rapprochement avec Damas constituait l'image de marque de cette stratégie chère à Ahmet Davutoglu. Elle a longtemps expliqué, outre la crainte d'une guerre civile à sa porte, la modération des propos de la Turquie face à la répression en Syrie. Ankara n'a toujours pas appelé à la démission de Bachar el-Assad, alors qu'il n'avait pas hésité à réclamer les départs de Hosni Moubarak et de Mouammar Kadhafi.
Mais la recrudescence de la violence contre les civils oblige le gouvernement turc à durcir le ton. La répression ces derniers jours dans la ville de Hama, où l'armée syrienne avait tué plus de 20.000 personnes en 1982 pour mater une révolte des Frères musulmans, explique aussi sa crispation. Ces massacres restent présents dans la mémoire des Turcs religieux, également sunnites. «Quelle conscience pourrait accepter, a dit Recep Tayyip Erdogan, que trente ans après, et pendant le Ramadan, cette ville blessée souffre une nouvelle fois?»

Mesures contre-productives 

Constatant son impuissance au bout de cinq mois d'efforts constants, le gouvernement turc semble sur le point de baisser les bras. «L'Ouest pourrait en arriver à voter des sanctions et nous nous rangerions à ses côtés», a également déclaré le premier ministre. En revanche, il semblait peu probable qu'Ankara prenne des mesures unilatérales. Les autorités turques ont toujours rechigné à mettre en place des sanctions commerciales contre des régimes de la région, en Irak ou en Iran par exemple, les considérant comme contre-productives.
«Le fait est que la Turquie dispose de peu de moyens de pression sur Assad», explique Sami Kohen, éditorialiste au quotidien Milliyet. Un divorce entre Ankara et Damas aurait pour conséquence d'isoler complètement la Syrie, et donc de renforcer l'emprise de Téhéran. Vendredi, Ahmet Davutoglu a confirmé qu'une cargaison d'armes iraniennes à destination de la Syrie avait été interceptée dans l'est de la Turquie.

«Toutes les grandes villes du monde produisent ces désordres»

Sociologue, professeur à la London School of Economics, Tony Travers revient sur les émeutes de Tottenham.

Les violences ont démarré à Tottenham, là où un policier avait été lynché en 1985 après la mort d'une femme noire de 49 ans, cela ne peut être une coïncidence ?
Tony TRAVERS. - Il y a un passé sans aucun doute. La marche de samedi (pour réclamer justice après la mort de Mark Duggan NDLR) a eu lieu à Broadwater Farm, là où les troubles ont commencé dans les années 1980. Mais les choses ont vraiment changé depuis, les autorités locales et la police ont fait beaucoup d'efforts pour améliorer leurs relations avec la population locale, et celles-ci sont bien meilleures aujourd'hui.
Qu'est-ce que ces événements nous apprennent de la société britannique ?
À Londres aujourd'hui, comme il y a plusieurs centaines d'années, il y a des moments de désordres civils et occasionnellement des émeutes. Mais toutes les grandes villes du monde produisent ces mêmes désordres. On ne peut pas dire que la population originaire des Caraïbes soit responsable des troubles. J'ai regardé les reportages à la télévision et j'ai vu beaucoup de Blancs aussi parmi les pilleurs.
Quelles sont les motivations de ces jeunes ? Sont-ils en colère contre la police ou le gouvernement ?
Certains hommes politiques (Ken Livingstone, l'ancien maire de Londres, NDLR) pensent que cette colère est causée par les coupes budgétaires, mais la plupart de ces coupes ne sont pas encore effectives. Cela dit, dans des quartiers comme celui de Tottenham, même après des années de croissance économique à Londres, le taux de chômage reste élevé, particulièrement chez les jeunes. Donc oui, de nombreux jeunes gens sont oisifs et cette oisiveté les incite à mal se comporter.
La police a-t-elle bien réagi lors des incidents ?
On ne donne jamais raison à la police ! C'est vrai qu'elle a admis elle-même être en sous-effectif samedi soir. Mais soit elle emploie la méthode forte et il y a des confrontations, soit elle ne l'emploie pas et cela génère des émeutes. C'est ce qui s'est passé la nuit dernière.
A-t-elle un problème de crédibilité, après le scandale des écoutes qui a permis de découvrir que certains policiers étaient corrompus et vendaient des informations à la presse ?
Cela n'aide pas. Le fait que la police ait eu une mauvaise presse et que le chef de Scotland Yard ait dû démissionner affecte forcément l'attitude des gens dans la rue. Ce serait naïf de penser le contraire.
Peut-on s'attendre à des émeutes comme il y en a eu à Paris en 2005 ?
Les banlieues londoniennes sont très différentes des banlieues de Paris ou de Marseille, elles sont beaucoup plus mixtes. À Londres ce sont des petites rues avec des appartements à terrasses, et non des barres d'immeubles comme en France. Je ne pense pas que l'on va assister à une éruption de violences. Il pourrait y avoir une ou deux nuits supplémentaires d'incident isolés, mais les autorités locales, le gouvernement et la police, soumis à une énorme pression, ont le souci d'y mettre fin.
Comment la police va-t-elle faire ?
La meilleure chose à faire est d'envoyer en masse des policiers à pied, dans les rues. C'est une politique coûteuse, mais quand on envoie des hélicoptères ou des voitures, cela donne une impression de trouble, alors que des policiers à pied, cela donne une impression de contrôle. La police doit être aussi beaucoup plus à la pointe des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou les messageries instantanées de Black­Berry. Ces nouveaux outils permettent de perturber l'ordre public comme ce n'était pas possible avant.

é le 09/08/2011 à 18:22 | © 2011 AFP Pressée de réagir, la zone euro doit composer avec le temps politique

Malgré de nombreux appels à mettre rapidement en place les mesures prises lors du sommet de juillet, la zone euro doit composer avec le temps du politique et les réticences de certains à entériner une nouvelle aide à la Grèce, au risque d'étendre la crise de la dette.
Face aux tensions qu'ont connues très récemment l'Espagne et l'Italie, les responsables politiques sont montés au créneau pour demander du temps aux marchés. Objectif: les faire patienter jusqu'en septembre.

Ce délai est "un prix juste et nécessaire à payer pour vivre en démocratie", avait lancé vendredi le commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn.
De son coté, le ministre grec des Finances Evangélos Vénizélos a pressé mardi ses partenaires européens à appliquer rapidement les décisions prises par la zone euro pour le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF).
"Il est particulièrement important d'appliquer rapidement et intégralement les décisions prises lors du sommet du 21 juillet sur le nouveau rôle du FESF (...) dans ce contexte de crise mondiale économique", a indiqué M. Vénizélos dans un communiqué.
En théorie, les Parlements nationaux doivent reprendre leurs travaux à la rentrée et approuver les mesures prises le 21 juillet par les dirigeants de la zone euro. Sauf que dans les faits, les délais divergent d'un pays à un autre.
L'Italie devrait adopter sans passage devant son Parlement les mesures prises lors du sommet de la zone euro. En cas de difficultés, le gouvernement italien pourrait avoir recours à un décret-loi, une procédure rapide.
La France a de son côté annoncé début août une session extraordinaire du Parlement du 6 au 8 septembre pour approuver les mesures visant à endiguer la crise de la dette, dont le renforcement du FESF.
La Belgique attend, elle, l'avis du Conseil d'Etat le 25 août pour valider les modifications du fonds de soutien européen.
En Espagne, les décisions prises le 21 juillet doivent être approuvées en conseil des ministres fin août, avant d'être ratifiées "le plus vite possible" par le Parlement. Ce feu vert parlementaire doit être obtenu le 26 septembre au plus tard, en raison des élections législatives anticipées de novembre.
Malgré ces exceptions, la plupart des pays de la zone euro n'ont pas encore dévoilé leur calendrier ou ont des agendas peu concordants.
En Allemagne, le Bundestag doit voter d'ici fin septembre sur les décisions du 21 juillet et sur la création du mécanisme permanent de soutien, appelé à remplacer le FESF dès mi-2013. La date exacte n'est pas connue.
Le Parlement finlandais ne devrait pas se prononcer avant le mois d'octobre, a confié à l'AFP une source gouvernementale.
Pire: la Slovaquie doit attendre une décision de son Parlement qui ne devrait voter sur ces sujets qu'à la fin de l'année. Un deuxième vote pour entériner le mécanisme permanent de soutien devrait avoir lieu d'ici fin 2012.
Ces différences d'agendas risquent à moyen terme d'inquiéter les marchés financiers, soucieux de voir la zone euro résoudre la crise de la dette.
Un risque élevé de blocages est à attendre également, alors que le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble avait déjà averti qu'il refusait de "signer un chèque en blanc" pour le rachat d'obligations par le FESF, une des mesures-phare prises le 21 juillet.
En Allemagne, l'adoption des décisions européennes pourrait fort bien déclencher une crise politique intérieure: une partie des députés de la majorité (conservateurs/libéraux) critique depuis des mois la gestion de la crise, sur le thème "l'Allemagne ne doit pas payer pour les erreurs des autres".
Même si le nombre de "non" est difficile à évaluer à l'heure actuelle, la chancelière Angela Merkel ne fera vraisemblablement pas le plein de voix de la majorité lors du vote de septembre.
En Finlande, les risques de tension sont importants même si les mesures devraient être adoptées, selon une source gouvernementale. "Cela est dans l'intérêt de la Finlande", a-t-elle confié à l'AFP.
Enfin, en Slovaquie, la situation risque d'être tendue alors que le gouvernement en place est composé de quatre partis politiques, dont un réputé pour son euroscepticisme. La coalition au pouvoir va devoir compter sur le grand parti d'opposition (socialiste) pour ratifier ces mesures.

mardi 9 août 2011

Le spectre d'une dépression boursière

L'ensemble des économies occidentales pourrait plonger en cas de déprime prolongée sur les Bourses mondiales.

La situation financière est grave. Suffisamment en tout cas pour que les ministres des Finances et les gouverneurs des Banques centrales se fendent, lundi matin, d'un communiqué affirmant leur engagement "à prendre toutes les initiatives nécessaires de manière coordonnée pour soutenir la stabilité financière et promouvoir une croissance économique plus forte". Après une semaine de baisse généralisée sur les différentes places financières mondiales, les dirigeants des vingt économies les plus importantes de la planète veulent à tout prix éviter la poursuite de la chute boursière, voire un krach brutal. Mais une telle éventualité est dans toutes les têtes, après la dégradation de la note américaine par l'agence de notation Standard & Poor's, vendredi.
En soi, la décision de l'agence de notation américaine - pour l'heure non suivie par Fitch et Moody's - reste pourtant "assez symbolique", car elle ne "remet pas en cause la solvabilité des États-Unis", qui figurent toujours parmi les pays les mieux notés du monde, explique Gunther Capelle-Blancard, professeur à l'université de Paris I et spécialiste de finance internationale. Les États-Unis ont d'autant plus la capacité de rembourser leur dette que le dollar reste la monnaie de réserve internationale et qu'il n'existe pas d'alternative crédible à court terme. Washington peut continuer à faire marcher la planche à billets.
Récession
La dégradation de la note américaine ne constitue donc pas à elle seule une raison objective de krach. Mais elle intervient au plus mauvais moment. Les investisseurs sont déjà échaudés par la crise de la dette européenne, mais aussi par le ralentissement des économies occidentales. Dans un tel contexte d'incertitude, bien malin qui pourra prévoir "l'étincelle qui conduira à une crise" généralisée, explique Gunther Capelle-Blancard. Les marchés amplifient souvent les tendances, guidés par un comportement moutonnier totalement irrationnel. S'ils devaient céder à la panique, cela pourrait avoir des conséquences économiques désastreuses sur l'économie réelle. Les investisseurs subiraient alors d'importantes pertes potentielles, se sentiraient moins riches et seraient donc plus réticents à investir. Un cercle vicieux s'enclencherait, avec une baisse des investissements, des embauches, une stagnation des salaires. Largement de quoi faire replonger les économies occidentales dans la récession.
Les banques, gorgées de titres de créance américaine (752 milliards de dollars fin mars, selon la Banque des règlements internationaux), et déjà fragilisées par la défiance envers les dettes espagnole et italienne, sont particulièrement exposées à une panique boursière. Une baisse trop prononcée de leur valeur pourrait les obliger à fermer de nouveau les vannes du crédit à l'économie, car elles doivent respecter des exigences réglementaires de fonds propres. Certains établissements commencent déjà à être réticents à se prêter entre eux, ce qui pourrait déraper en un blocage du marché interbancaire, similaire à celui déclenché fin 2008, après la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers.
Des États impuissants
Une mécanique infernale qui pourrait s'accompagner de phénomènes monétaires. La baisse de confiance dans le dollar fait déjà baisser sa valeur face aux autres devises, telles que l'euro ou le yen. Une catastrophe pour l'économie japonaise, déjà victime de sa monnaie surévaluée et des conséquences du séisme et du tsunami de février dernier.
Face à autant de risques cumulés, les dirigeants du G20 ont moins de marge de manoeuvre que lors de la précédente crise de 2008. Ils ne peuvent plus compter sur l'arme budgétaire pour relancer la croissance. Ils ne peuvent que s'engager à accélérer la politique de rigueur pour juguler leur déficit et leur dette. C'est pourquoi ils se limitent à des déclarations d'intention très générales, comme celle de lundi matin. Seules les Banques centrales disposent encore de moyens d'action puissants, notamment la Banque centrale européenne. Dimanche, elle a fait savoir qu'elle allait racheter de la dette italienne et de l'espagnole afin de faire retomber la pression sur les taux d'intérêt exigés par les investisseurs pour les détenir. Les banquiers centraux peuvent aussi s'entendre pour corriger les déséquilibres entre les grandes monnaies. Reste à savoir si cela sera suffisant.