TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO
Affichage des articles dont le libellé est Marc Vignaud. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marc Vignaud. Afficher tous les articles

vendredi 28 juin 2013

Mais où est passé le pacte de François Hollande pour la croissance ?


Il l'avait promis pendant la campagne présidentielle, François Hollande renégocierait le traité budgétaire européen accepté parNicolas Sarkozy. Et puis, realpolitik oblige, le président socialiste l'avait signé dès son arrivée à l'Élysée. Mais pas à n'importe quel prix, jurait-il. En échange, lui président avait réorienté l'Europe vers la croissance et non plus la seule austérité. La preuve ? L'Europe avait signé en grande pompe un pacte pour la croissance de 120 milliards d'euros. Sauf qu'un an après, le fameux plan de François Hollande semble bien avoir fait pschitt. La preuve par les chiffres.
Lire notre article de l'époque : Comment François Hollande compte sauver la zone euro

Seulement 16 milliards sur 55 dépensés

Le plan endossé par les Européens prévoyait d'abord de mobiliser les fonds structurels européens non utilisés, faute de projets crédibles ou de cofinancement suffisant des États concernés, de la période 2007-2013. Montant annoncé : 55 milliards, quasiment la moitié du plan de Hollande. Eh bien un an après, à peine 16 milliards ont été dépensés. Une goutte d'eau à l'échelle européenne, répartie sur 8 pays où le chômage des jeunes dépassait les 30 %. La France, avec ses 25 %, était donc trop bonne élève pour y avoir droit.
Où donc est allé l'argent ? Difficile de le savoir précisément : un million de jeunes chômeurs auraient bénéficié de cette manne pendant 18 mois tout comme quelque 55 000 projets de PME, notamment des start-up, selon une source européenne au fait du dossier. Et alors qu'il reste 39,5 milliards à dépenser, les États peinent à présenter à la Commission européenne des projets solides ! Trop souvent, les subventions sont saupoudrées sur une myriade d'initiatives qui font plaisir aux élus, mais dont l'utilité est douteuse ... La France ne fait pas exception. "Par rapport à l'enveloppe disponible, par rapport à l'urgence de l'année dernière, nous n'avons pas constaté la mobilisation de la structure administrative à la hauteur de l'impulsion politique qui avait été donnée", explique une source proche du dossier. 
En attendant, l'emploi des jeunes sera à nouveau au coeur du prochain sommet européen. La Commission en est à presser les chefs d'État de ne pas en rester aux grandes déclarations, mais de passer enfin aux actes. Les chefs d'État et de gouvernement décideront si oui ou non ils mettent enfin en oeuvre une promesse martelée, mais toujours pas concrétisée de "garantie jeunesse". En clair, 6 milliards du prochain budget pluriannuel européen (2014-2020, encore en négociation entre le Parlement et les exécutifs nationaux) pourraient être utilisés dès 2014-2015, pour faire en sorte qu'aucun jeune ne se retrouve au chômage plus de 4 mois sans se voir proposer une alternative (emploi, formation, apprentissage). La Commission réclame aux États un "plan de mise en oeuvre" de cette garantie d'ici octobre. Encore faudra-t-il ensuite passer à l'application sur le terrain.

Les "project bonds" encore dans les limbes

Deuxième élément du pacte de croissance : les "projects bonds", ces obligations européennes émises pour financer des grands projets. Véritable somme mise sur la table ? 230 millions pris sur les crédits du budget européen. Grâce à cette garantie, la Banque européenne d'investissement est censée pouvoir lever de l'argent sur les marchés jusqu'à 4,5 milliards. Suite à une décision du conseil des ministres, huit projets d'infrastructures viennent à peine d'être sélectionnés (autoroutes en Allemagne, en Italie et en Belgique ; grilles énergétiques reliant le Royaume-Uni et l'Allemagne à des éoliennes offshore ; interconnexions gazières en provenance d'Afrique du Nord pour l'Espagne et l'Italie). Cette phase qualifiée de "pilote" pourrait être étendue à d'autres projets en cas de succès. Curieusement pour l'instant, aucun ne concerne la France : le projet Ulcos de captage de CO2 pour les hauts fourneaux de Florange, notamment, a pour l'heure été recalé. Ces projets seront pilotés par des consortiums privés pour trouver des financements complémentaires sur les marchés grâce à la garantie publique apportée par la BEI pour maximum 20 % du montant du projet.

60 milliards de prêts de la BEI en attente

Gros morceau du pacte de croissance de François Hollande, l'augmentation de capital de 10 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement par les États membres a été bouclée en décembre 2012. Les États lui ont apporté 10 milliards supplémentaires. Une somme qu'elle doit multiplier par 6 (60 milliards) en utilisant un "effet de levier", grâce à sa notation triple A sur les marchés. Seul problème, cet argent n'a pas encore été dépensé ! La question se pose même encore de savoir à quoi il doit être utilisé... La Commission a tout juste proposé au Conseil européen la semaine dernière de l'affecter en tout ou partie pour soutenir les petites et moyennes entreprises qui n'ont plus accès au crédit dans les pays du sud ou à des coûts prohibitifs. Sauf qu'elle ne peut pas le faire directement pour ne pas perdre son triple A en prenant des risques excessifs. L'idée complexe imaginée par la Commission consiste donc à utiliser des fonds européens du prochain budget pluriannuel pour prêter à la BEI qui elle-même reprêtera de l'argent aux banques privées à la condition qu'ils prêtent exclusivement aux PME. Trois schémas techniques sont envisagés : dans la version la plus optimiste, où l'argent du budget européen garantirait à la fois les prêts de la BEI et ceux des banques, cela permettrait de mobiliser 100 milliards de prêts pour les PME d'ici à 2020. Si elles ne tombent pas toutes en faillite d'ici là.

lundi 10 juin 2013

Alain Madelin : le Medef doit arrêter "de tendre sa sébile à l'État"

L'ex-ministre de Juppé est sévère sur les revendications du Medef. Fin des 35 heures, baisses de charges... Deux mauvaises idées, selon ce grand libéral.


Être libéral ne revient pas à défendre le patronat. Pas pourAlain Madelin en tout cas. L'ancien ministre libéral, aujourd'hui à la tête d'un fonds d'investissement, estime que le Medef a tout faux. La TVA sociale qu'il réclame, ou sa version gouvernementale - le crédit d'impôt compétitivité-emploi ,- revient à faire "payer aux consommateurs une part de leurs salaires". Quant aux 35 heures, elles sont négociables dans chaque entreprise depuis 2008 ! Les vraies solutions libérales seraient ailleurs. 
Le Point : Deux candidats pour la présidence du Medef sont toujours en lice. Pierre Gattaz et Geoffroy Roux de Bézieux. Mais pour vous, quel que soit le choix des chefs d'entreprise, cela ne changera pas l'ADN du patronat français...
Alain Madelin : Chaque candidat a ses qualités, entre un Medef d'entreprise familiale et patrimoniale - dont on a besoin (Pierre Gattaz, NDLR) - et un Medef d'entrepreneuriat (Roux de Bérieux, NDLR). La question est de savoir quelle est la doctrine de l'organisation. Je suis un peu triste de la voir s'enfermer dans des revendications difficiles à défendre.
Par exemple ?
Sur la compétitivité, il faut mettre l'accent sur celle de l'État qui doit gagner en productivité. La compétitivité des entreprises passe, elle aussi, par des gains de productivité et donc l'investissement. Or le patronat - il est vrai écrasé par les impôts et les charges - essaie simplement d'obtenir une baisse du coût du travail.
S'il est écrasé par les charges et l'impôt, cette demande est légitime, non ?
Si vous comparez à d'autres pays, dont l'Allemagne, le coût du travail a effectivement augmenté enFrance. Mais ce n'est pas sous le poids des charges et de la fiscalité. Simplement, les salaires ont augmenté plus vite que les gains de productivité. Le patronat demande donc à l'État de reprendre de l'argent aux salariés via l'impôt pour le redonner aux entreprises. Par exemple, sous la forme d'une TVA sociale, ce qui revient à faire payer aux consommateurs une part de leur salaire. Or, le surcoût du travail par rapport à la productivité résulte d'un mauvais dialogue social. Il faut aborder le coût du travail avec beaucoup de prudence, car la situation n'est pas la même d'une entreprise à l'autre ni d'une branche à l'autre. L'exemple de Toyota montre qu'on peut produire des voitures en France au coût du travail français tout en étant compétitif. Je ne vois pas en quoi le crédit d'impôt compétitivité-emploi, qui fait surtout baisser le coût du travail à La Poste ou dans la grande distribution, est de nature à améliorer la compétitivité de la France. C'est pourquoi, à mes yeux, le Medef ne devrait pas dire qu'il faut baisser les salaires pour être plus compétitif - ce qui a été fait, c'est vrai, en Grèce ou en Espagne -, car, à ce compte-là, on ne baissera jamais assez le salaire des Français. La preuve, le gouvernement a eu beau faire un énorme cadeau de 20 milliards aux entreprises, certains réclament pas moins de 50 milliards de plus. Cela veut dire qu'on n'en fera jamais assez. Le Medef devrait défendre l'augmentation de la productivité pour que la France puisse s'offrir notre coût du travail. Il doit plaider pour une politique de réinvestissement massif. Cela passe par une compétitivité de la fiscalité du capital. Or lorsque même l'ancienne majorité s'est mise à dire qu'il fallait aligner la fiscalité du capital sur celle du travail, on n'a pas trop entendu le patronat.
Vous dites en somme que le gouvernement a tout faux, qu'il faut faire exactement l'inverse de ce qu'il a entrepris...
Oui, les mauvais gouvernements suscitent de mauvais patronats. Pourquoi ? Sachant que le Medef ne peut pas obtenir de réforme de fond, il se rabat sur des réformes beaucoup plus médiocres qu'il a des chances d'obtenir. Je comprends que le Medef se dise "les réformes sont tellement difficiles à mener qu'il faut trouver tous les prétextes pour reprendre de l'argent. Récupérons de l'argent grâce à la TVA sociale, grâce aux investissements d'avenir, par le crédit d'impôt compétitivité..." J'aimerais bien qu'il se réclame un peu plus du "laissez-nous faire" plutôt qu'il se tourne à chaque instant vers l'État, dont il se plaint par ailleurs parce qu'il ne lui laisse pas assez de liberté. L'accord intervenu avec les partenaires sociaux le 11 janvier sur le marché du travail est excellent de ce point de vue : non pas tant pour ses acquis concrets que par la méthode : celle d'un vrai paritarisme.
Une autre revendication des patrons, qui remonte beaucoup du terrain, c'est de mettre définitivement fin aux 35 heures...
D'abord je rappelle que les entreprises reçoivent plus de 22 milliards d'allègement de charges sociales (dont beaucoup au titre de la réduction du temps de travail, NDLR) auxquels elles n'entendent pas renoncer ! Les entreprises à fort taux de main-d'oeuvre sont donc encouragées au détriment des entreprises plus capitalistiques, ce qui n'est pas forcément bon pour la compétitivité. Deuxièmement, la loi de 2008 sur le temps de travail est exemplaire : elle privilégie l'accord d'entreprise sur l'accord de branche et l'accord de branche sur la loi pour la fixation de la durée du travail. La souplesse contractuelle existe donc déjà, même si elle peut être perfectionnée. Tout abandon de la durée légale du travail serait incompatible avec le droit européen et empêcherait de fixer le seuil au-delà duquel le salarié est payé en heures supplémentaires. La vraie question est celle du fonctionnement du marché du travail qui ne permet pas une bonne allocation des talents ni une bonne formation professionnelle. Ce fonctionnement fausse la formation du prix du travail via le smic et les effets de seuil liés aux allègements de charges sur les bas salaires.
Faut-il alors supprimer le smic et garantir le revenu des travailleurs modestes via une allocation du type du RSA ?
C'est à aborder avec beaucoup de prudence. Nous avons une vraie paupérisation en France, avec la "smicardisation" de la société et la baisse du salaire moyen. Le nombre des familles qui vivent dans l'angoisse de la fin du mois ne cesse d'augmenter. Je déconseille donc de toucher au smic, même s'il peut effectivement constituer une barrière à l'entrée sur le marché du travail pour les personnes à faible productivité. La logique voudrait qu'on réfléchisse, à terme, à une fixation du smic dans chaque profession et à sa régionalisation, car le coût de la vie n'est pas le même à Paris ou en Moselle. En attendant, peut-être peut-on jouer avec le RSA comme l'avait esquissé Lionel Jospin. Personnellement, je réfléchirais à l'utilité d'un vrai revenu familial minimum garanti en fusionnant les minimas sociaux, du RSA et de la prime pour l'emploi, ce qui serait un moyen, certes imparfait, de traiter le cas des travailleurs pauvres.
Au final, vers qui irait votre préférence pour cette élection au Medef ?
Je n'ai pas encore regardé les programmes. Mais je me tournerais vers celui qui tendrait le moins sa sébile vers l'État et qui se réclamerait du "laissez-nous faire, laissez-nous entreprendre". Malheureusement, le patronat français n'aime pas la concurrence. C'est pour cela qu'il faut un gouvernement fort pour l'imposer aux patrons. Si vous n'aimez pas la richesse, que vous n'aimez pas les patrons, si vous pensez que ce sont des pilleurs, des profiteurs, etc., il existe un moyen très simple de leur faire rendre gorge, c'est la concurrence. Dans d'autres pays en Europe, des gouvernements de gauche sont les meilleurs défenseurs de la concurrence. En France, on défend d'abord les monopoles d'État et les situations d'oligopole dans l'espoir de faire des grandes entreprises françaises des champions européens.
Oui, mais trop de concurrence peut tuer l'emploi, en tirant les investissements vers le bas et en favorisant l'offre "low cost"...
Le but d'une économie n'est pas de créer de l'emploi, mais de créer des richesses. C'est la fameuse théorie d'Alfred Sauvy : des emplois se créent dans des secteurs à forte valeur ajoutée pendant que d'autres emplois coûteux à faible valeur ajoutée disparaissent et que la richesse se déverse dans d'autres secteurs. La France subventionne les entreprises de main-d'oeuvre plutôt que de faire produire à meilleur marché à l'étranger. Cela ne fait rien pour la compétitivité. Au contraire, cela gaspille des ressources. Il faut trouver le bon équilibre entre l'emploi et la compétitivité

mercredi 29 mai 2013

Banque de France : petit manuel de libéralisation à l'usage de Hollande

La Banque de France a dessiné un véritable programme de gouvernement mercredi. L'occasion pour le président de définir son "socialisme de l'offre" ?


François Hollande veut-il vraiment mettre en oeuvre un socialisme de l'offre ? Veut-il vraiment "faire dans les moments difficiles des choix courageux pour préserver l'emploi, pour anticiper les mutations industrielles (...), ce qu'a fait Gerhard Schröder", comme il l'a affirmé devant Angela Merkel au congrès du SPD allemand ? Eh bien, il n'a plus qu'à suivre le véritable programme de gouvernement économique que lui a adressé le gouverneur de la Banque de France, dans sa traditionnelle lettre annuelle, à l'occasion de la présentation de son rapport. Réforme profonde du marché du travail pour lutter contre le chômage ; réduction maîtrisée des dépenses publiques, notamment via une nouvelle réforme des retraites ; restauration de la compétitivité des entreprises ; choc d'offres de logements, telles doivent être les lignes directrices de l'an II du quinquennat de François Hollande, selon Christian Noyer. Un parfait manuel de libéralisation de l'économie française, jamais essayé auparavant. "Le monde a changé, et donc il faut changer le modèle de croissance", a expliqué le gouverneur. Et abandonner le vieux modèle de croissance français fondé sur "la consommation" et "la demande intérieure", financé à crédit.

Libéralisation du marché du travail

Le constat : "Parmi les pays développés, la France fait partie de ceux qui consacrent à la politique de l'emploi les ressources financières les plus importantes, mais enregistre aussi un taux de chômage parmi les plus élevés, en particulier chez les jeunes."
Le remède : Mettre fin à la "complexité", la "multiplicité" et le "saupoudrage" des aides à l'emploi. "Ne visent-elles pas à compenser des rigidités qu'il serait plus efficace - et moins coûteux - de corriger directement ?" L'accord interprofessionnel du 11 janviersigné par le patronat et une partie des syndicats contient des "avancées considérables", aux yeux de la Banque de France. Les droits rechargeables à l'assurance chômage, notamment, incitent à la reprise plus rapide d'un emploi, puisqu'ils permettent de conserver les droits à indemnisation accumulés antérieurement en cas de nouvelle perte d'emploi. Mais "l'effort doit être poursuivi". L'assurance chômage devrait être réformée elle aussi pour inciter à la reprise d'emploi. "La réduction de la durée d'indemnisation devrait être envisagée dès que la conjoncture s'améliorera significativement." Mais la réduction du taux de remplacement, particulièrement favorable pour les revenus les plus élevés, devrait être entamée "dès maintenant". Cela tombe bien, puisque les paramètres de l'assurance chômage doivent être rediscutés dans les prochains mois par les partenaires sociaux. Autre chantier, d'ailleurs s'inscrit à l'agenda 2013 par François Hollande, la réforme de la formation, qui n'est pas assez centrée sur les chômeurs.

Réduction du déficit public

Le constat : "Les efforts ont reposé dans un premier temps sur des mesures de prélèvements obligatoires pour obtenir des résultats rapides."
Le remède : "Concentrer les efforts sur la dépense publique, compte tenu du niveau élevé de pression fiscale atteint et de l'impossibilité d'augmenter les charges des entreprises sans dégrader à nouveau l'activité et l'emploi." Pour y parvenir, Christian Noyer a identifié trois axes. D'abord, "infléchir la progression de la masse salariale dans la fonction publique" : les fonctionnaires devraient accepter une baisse de leur GVT, c'est-à-dire du "glissement vieillissement technicité" - un indice qui fait progresser les salaires des fonctionnaires chaque année -, en plus du gel du point d'indice, et ce pour tenir compte de l'allongement de la durée de vie au travail. Ensuite, mener à bien la réforme des retraites. Avec une proposition-choc : désindexer les pensions de l'inflation, au moins temporairement (et au passage une désindexation "partielle temporaire" des prestations sociales aux ménages), en plus d'un nouvel allongement de la durée de cotisation. Car, "utilisé seul", le seul allongement de la vie au travail "conduirait à faire porter toute la part de l'effort sur les actifs et les jeunes générations". "Pour l'instant, on n'a rien demandé aux retraités", alors qu'ils "disposent de ressources largement égales à celles des actifs. C'est une question d'équité intergénérationnelle", a estimé le gouverneur de la Banque de France, en répondant aux questions des journalistes. Enfin, Christian Noyer veut "une simplification radicale des structures administratives", avec, pour chaque structure, une "compétence exclusive dans un domaine particulier".

Redressement de la compétitivité des entreprises

Le constat : "Depuis dix ans, la France perd des parts de marché à l'exportation (...) et creuse son déficit extérieur."
Le remède : Ne ne pas augmenter le smic de façon discrétionnaire, ne pas augmenter les cotisations sociales pour les entreprises. Y compris pour financer la réforme des retraites ! La progression des salaires, elle, doit ralentir pour ne pas dépasser le rythme de progression de la productivité. Car, pour Christian Noyer, la compétitivité-coût, celle qui sous-tend le prix de vente, est essentielle dans la dégradation des marges des entreprises. Le gouverneur de la Banque de France refuse de faire une différence nette avec la compétitivité-hors coût (qualité des produits, gamme...). Son raisonnement est simple : l'augmentation du travail a entraîné une compression des marges des entreprises pour maintenir les prix, ce qui a provoqué une baisse de l'investissement, de la recherche-développement et, par ricochet, de la compétitivité-qualité des produits français. Autre recommandation : faire baisser le coût du travail dans les services, le premier gisement d'emplois non délocalisables, "dans lesquels l'écart salarial avec nos concurrents s'est creusé le plus rapidement". Cela passe par une libéralisation des professions protégées, comme l'avait demandé la commission Attali, surtout si elle est menée en même temps que celle du marché du travail. Car le prix excessif des services pèse fortement sur la rentabilité des entreprises industrielles. S'il reste donc beaucoup à faire, Christian Noyer décerne tout de même un bon point au gouvernement pour son "pacte de compétitivité" et notamment le crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) de 20 milliards en faveur des entreprises. Mais ce n'est qu'"un premier pas essentiel".

vendredi 23 décembre 2011

Bêtises, mensonges et solutions

1 "L'austérité va nous tuer"
La Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Irlande et maintenant la France. Le temps de la rigueur est arrivé. Le sommet européen des 8 et 9 décembre l'a même consacré. Plus question de s'éloigner des critères de Maastricht (pas plus de 3 % du PIB de déficit budgétaire et de 60 % du PIB de dette publique), règle d'or que l'on recommande d'in-scrire dans les Constitutions. Les récalcitrants seront sanctionnés.
Question : à trop serrer la vis, ne va-t-on pas plonger l'Europe en récession ? Ce qui n'arrangerait rien, bien au contraire. Le ralentissement de l'activité limite en effet les rentrées fiscales. Le projet de nouveau traité entre les vingt-six parle de sanctionner les récalcitrants.
Pour Jean-Paul Fitoussi, directeur de recherche à l'OFCE, la récession est inévitable. Il ajoute même qu'elle sera "implacable et durable" : le PIB de la zone euro, selon lui, devrait osciller entre + 1 et - 1 % durant dix ans. Quand on voit dans quel état se trouve la Grèce, condamnée à l'austérité après tout de même cinq années de récession, on se demande si l'Europe ne va pas au suicide.
"La priorité, aujourd'hui, ce n'est pas de relancer la croissance, mais de rétablir la confiance. Revenir aux équilibres, explique ce haut fonctionnaire international,est indispensable. Si l'on dévie de la trajectoire, la spéculation et les marchés seront impitoyables." Sans la confiance, explique notre interlocuteur, le désordre continuera de régner sur les marchés financiers. C'est tout le sens de l'avertissement récent de Standard - Poor's sur une grappe de pays et de banques de la zone euro.
Si les pays menacés ne prennent pas de mesures pour assainir leurs finances publiques, ils s'exposent à de sérieuses secousses. Mais une récession n'arrangera rien, et même l'Allemagne pourrait être touchée.
Croissance ou confiance ? Le dilemme, en plus d'être dangereux, semble indépassable. Il y aurait bien une solution. Les pays européens du noyau dur, c'est-à-dire ceux qui maîtrisent plutôt bien leurs finances publiques et possèdent un excédent extérieur, devraient prendre des mesures de relance. Sur le papier, c'est beau. Mais les pays dans ce cas (Pays-Bas, Autriche, Luxembourg...) sont peu nombreux et ne pèsent pas grand- chose s'ils ne sont pas rejoints par l'Allemagne (un quart du PIB de la zone euro). Or l'Allemagne n'entend pas prendre de risques. Si son déficit budgétaire se résorbe (1 % du PIB cette année), le niveau de sa dette (82 % du PIB) l'incite à la prudence.
Dans ces conditions, si la France était tentée de faire seule de la relance, elle le paierait très cher
2 "il faut nationaliser les banques"
Depuis le début de l'automne et les déclarations fracassantes de Christine Lagarde, directrice générale du FMI, l'idée progresse que les banques françaises sont fragilisées par leur stock élevé de dette souveraine et doivent être recapitalisées. Car, même si elles sont toutes bénéficiaires, elles doivent être consolidées. L'Autorité bancaire européenne a récemment estimé à 7,3 milliards d'euros leur besoin d'argent frais, sur les 114 milliards nécessaires pour l'ensemble des banques de la zone euro. Jusqu'ici, les intéressées ont assuré pouvoir s'en sortir sans avoir à tendre la sébile à l'Etat. Mais, au vu du massacre dont elles sont depuis victimes en Bourse - qui risque de décourager leurs actionnaires de remettre au pot -, la nationalisation pourrait être un recours possible."Le cours des banques étant actuellement très bas[20 euros seulement pour la Société générale, qui cotait le double début juillet) ],l'Etat pourrait faire une jolie plus-value s'il entrait aujourd'hui au capital des grands établissements tricolores pour en ressortir dans deux ans", admet un dirigeant de banque. A condition d'avoir les moyens d'intervenir... Or, même sous-évaluée, BNP Paribas vaut encore 40 milliards d'euros, ce qui signifie que presque 20 milliards seraient nécessaires pour en prendre le contrôle. L'Etat ne disposant d'aucune marge de manoeuvre budgétaire, il faudrait que le Trésor emprunte pour investir dans les banques, ce qui reviendrait à dégrader son fameux ratio dette/PIB, scruté au jour le jour par les agences de notation. Absurde, quand on sait que les banques françaises en elles-mêmes ne sont pas en mauvaise santé, mais que c'est la dette souveraine qu'elles détiennent dans leurs comptes qui inquiète les investisseurs...
"On est dans une crise de confiance qui, au départ, touche les Etats, non les banques. Si ceux-ci s'endettent pour voler au secours de leurs banques, comme ils l'ont fait en 2008, les marchés vont s'affoler encore un peu plus", poursuit ce spécialiste du secteur. Autre limite : si l'on regarde en arrière, les expériences de l'Etat banquier sont loin d'être convaincantes. On se souvient du Crédit lyonnais, banque publique dont la folie des grandeurs et les copinages en tout genre ont coûté cher au contribuable. Plus récemment, la nationalisation d'une Northern Rock au bord de l'implosion par le gouvernement britannique en 2008 s'est traduite, après sa revente au secteur privé, par une moins-value pour l'Etat de quelque 400 millions de livres. Une trajectoire funeste qui semble également menacer l'Etat actionnaire de Dexia et qui devrait donc inciter à la plus grande prudence !
3 "C'est la faute aux spéculateurs"
Ils avancent masqués, sautent d'un paradis fiscal à l'autre, dissimulent leurs positions hors des bilans... La finance de l'ombre, celle des spéculateurs, des hedge funds, des traders plus ou moins couverts par leur hiérarchie, est toujours en action, en dépit des grandes déclarations du G20. Sorte de voltigeurs, ils détectent les premiers les failles et les anomalies. Ils repèrent les poches de grisou comme les canaris dans les mines de charbon. Ainsi ont-ils spéculé sur le fait que les taux d'intérêt des obligations des pays de la périphérie de la zone euro (Grèce, Espagne, Portugal...) allaient augmenter, et ils ont eu raison. Mais, ensuite, les mouvements affectant les grosses masses de capitaux sont le fait des banques, des assurances et autres investisseurs de long terme qui gèrent l'épargne des entreprises et de tout un chacun. Ainsi, ce qui a provoqué la flambée des taux italiens cet été, davantage que la spéculation, c'est le fait que les banques de la péninsule ne voulaient plus prendre en pension des bons du Trésor italien. D'ailleurs, jusqu'ici, l'année 2011 n'a guère profité aux hedge funds et autres Goldman Sachs. Même le "grand" Henry Paulson, l'homme qui avait anticipé la crise des subprimes, est mal en point. Preuve que les spéculateurs ne gagnent pas toujours, ou du moins que tous ne gagnent pas en même temps. L'Europe peut d'ailleurs difficilement accuser les spéculateurs de ses tourments, car elle s'est mise toute seule dans un piège en laissant trop de zones grises dans son Union monétaire P. B.
4 "Débarrassons-nous des agences de notation"
Moody's, Fitch, Standard - Poor's. Les trois agences de notation ne font pas de cadeau : S - P n'a pas hésité à mettre "sous surveillance négative" l'ensemble de la zone euro, au risque d'aggraver la crise, le jour même où le couple franco-allemand dévoilait à Paris son projet commun de réforme des traités pour renforcer la discipline budgétaire ! Les agences se soucient exclusivement de donner une appréciation sur la capacité d'un Etat, d'une entreprise, d'une banque à rembourser ses emprunts. Un jugement critique et les taux d'intérêt ont toutes les chances d'augmenter.
L'attitude des agences n'est pas très bien comprise. Déjà, parce qu'elles ne portent pas toujours les mêmes appréciations. Ensuite, parce que leur avis n'est pas scientifique. Comme on l'a vu dans le cas de Berlusconi, les agences portent aussi des appréciations politiques, dont l'objectivité est par nature indémontrable."La notation est essentiellement fondée sur l'opinion des analystes et dépend donc du jugement d'hommes et de femmes", témoigne Norbert Gaillard, auteur sur le sujet d'un "Que sais-je ?". Historiquement, elles ont à leur actif d'épouvantables ratés. Rien vu sur Enron ou Tyco, rien vu non plus sur l'Argentine ou l'Islande. Rien vu, surtout, sur les subprimes.
Alors, pourquoi ne pas se débarrasser des agences ? C'est que le monde de la finance a horreur du vide. Si plus personne, même de manière imparfaite, ne note les crédits, ce sera la bouteille à l'encre, l'anarchie. La porte ouverte à toutes les escroqueries, rumeurs, magouilles. Les notes des agences, toujours approximatives et parfois erronées, constituent des repères indispensables. Tellement indispensables qu'elles déterminent la composition du portefeuille des fonds d'investissement, des assurances, mais aussi des banques. Ceux qui sont mécontents des "Big Three" ont tout loisir de s'appuyer sur Dagong, l'agence chinoise, qui, au passage, a depuis longtemps déjà dégradé la France. L'idée s'est fait jour de lancer des agences publiques. Pourquoi pas ? Mais leur jugement sur les dettes des collectivités publiques serait alors suspect. Reste une voie peu explorée. Soumettre les agences à des contrôles et ne pas hésiter à les sanctionner lourdement en cas de défaillances avérées. Bruxelles travaille sur le sujet mais semble bien hésitant Marc Vignaud
5 "mon argent n'est plus à l'abri"
Que se passerait-il si, par malheur, la zone euro venait à imploser ? Les autorités se veulent rassurantes. Elles font valoir, immanquablement, que l'Etat garantit les dépôts bancaires à hauteur de 100 000 euros par personne et par établissement. Petit conseil, donc : si vous avez davantage que cette somme dans une seule banque, mieux vaut mettre ses oeufs dans d'autres paniers. Le raisonnement a de quoi rassurer. Mais il fait abstraction d'une chose : la crise de l'euro met en évidence une crise des Etats, dont certains sont en faillite. Comment, donc, pourraient-ils alors se porter garants ? La fuite vers les placements or démontre bien que les particuliers ne sont plus tout à fait sereins. D'autant que, en même temps que les Etats, les banques de la zone euro, récemment dégradées en grappe, sont elles aussi suspectées. Si la crise est extrême, personne ne pourra plus rien garantir. Heureusement, on n'en est pas là, et le pire n'est pas toujours sûr. Mais quel Irlandais ou quel Islandais s'attendait que le ciel lui tombe sur la tête ?
Concernant l'assurance-vie, en cas de menace, l'autorité de tutelle peut actionner le fonds de garantie qui couvre les avoirs à hauteur de 70 000 euros par assuré et par compagnie, quel que soit le nombre de contrats souscrits.
Les contrats en euros posent un problème spécifique. A priori, ce sont les plus sûrs. Les assureurs garantissent en effet le capital investi. Problème : ces contrats regorgent d'obligations d'Etat qui, jusqu'à peu, étaient considérées comme des placements en béton. Mais maintenant ? Les assureurs auront-ils assez de surface pour faire face à une défaillance de pays comme l'Italie ou l'Espagne ? Tous se veulent apaisants, car, depuis le début de la crise, ils ont eu le temps de recomposer leur portefeuille."Espérons qu'ils disent vrai", confie un gestionnaire de fonds M. V.
6 "Il faut revenir au franc"
Demain, on ne rasera pas gratis. Faire croire que revenir au franc, c'est ouvrir les portes du paradis est illusoire. Certes, la France a toutes les peines du monde à tenir son rang dans l'euro à cause de son manque de compétitivité (déficit commercial prévu cette année : 75 milliards d'euros) et du mauvais état de ses finances publiques. Mais un passage au franc ne lui redonnerait pas instantanément la santé. L'opération ne s'apparente pas à une banale dévaluation. L'euro est une monnaie qui, quoique partagée, est étrangère à chacun de ses membres. La Banque de France, qui joue aujourd'hui le rôle de supplétif, devrait instantanément retrouver ses anciens attributs. Elle devrait en plus être en mesure de faire tourner ses rotatives pour imprimer des billets en francs. Hypothèse pas aussi incongrue que cela, car, selon le Wall Street Journal, la Banque d'Irlande serait en train de recenser les moyens dont elle pourrait disposer pour imprimer des livres...
Outre les difficultés pratiques, un passage au franc doit s'entourer du plus grand secret. Sauf à voir s'accélérer les fuites de capitaux, que l'on constate d'ailleurs aujourd'hui en Grèce. Le jour "J", tout doit être réglé comme du papier à musique. De manière préventive et transitoire, il serait avisé de rétablir un contrôle des changes. Même avec toutes les précautions, le franc nouveau serait dévalué (10 % ? 20 % ? 30 % ? plus ?). Sauf si, bousculé par la tourmente financière, l'euro lui-même avait décroché, ce qu'on ne peut exclure. Si ce n'est pas le cas, la dévaluation va mécaniquement gonfler la dette publique française, qui dépasserait 100 % du PIB, seuil à partir duquel on entre dans la zone infernale, celle dont on a du mal à sortir. Il y aurait bien un moyen de lever l'obstacle : prononcer un défaut. Sacré traumatisme, car la France n'a pas connu ça... depuis 1812. Et, donc, solution impraticable. Dans ce cas, le triple A de la France, déjà chancelant aujourd'hui, ne serait plus qu'un souvenir et les taux d'intérêt commenceraient à monter.
Pour conjurer ce risque, une seule solution : serrer les boulons. A court terme, en effet, la dévaluation renchérit mécaniquement les importations et ne dope les exportations que plus tard, ce qui, dans l'instant, accroît le déficit commercial. L'inflation risque aussi de se rallumer. Pour rétablir la situation, il faut freiner la dépense publique pour freiner la consommation. Ce qui promet une austérité plus sévère que celle à laquelle la France est condamnée aujourd'hui. Pas facile dans un pays qui compte déjà 9 % de chômeurs. En cas de retour au franc, tout se jouerait dans les premiers mois. Un retour à la normale prendrait du temps. Surtout si l'on travaille sur un scénario que les Roubini et autres Stiglitz n'excluent pas : une explosion de la zone euro. Alors, là, il faudra attacher les ceintures P. B.
Click here to find out more!
Patrick Bonazza, Mélanie Delattre, Marc Vignaud

114,7 milliards d'euros


C'est le montant des capitaux qu'une trentaine de banques européennes devront trouver d'ici au 30 juin 2012 pour consolider leurs bilans, selon l'Autorité bancaire européenne. Pays les plus concernés : Grèce (30 milliards), Espagne (26,2), Italie (15,4) et Allemagne (13,1).

L'ombre de Walter Eucken


" La protection de la monnaie constitue une condition primordiale pour le maintien de l'économie de marché et pour la liberté de la société et de l'Etat. " Angela Merkel, l'actuelle chancelière allemande, pourrait reprendre mot pour mot cette réflexion de son prestigieux prédécesseur, Konrad Adenauer. Réflexion qui s'inspire en droite ligne d'une école largement méconnue en France, apparue dans les années 50, sur les ruines de l'Allemagne nazie. L'ordolibéralisme, c'est le nom de ce courant de pensée, avait son grand maître, Walter Eucken (1891-1950), le fondateur de l'école de Fribourg, fils de Rudolph Eucken, Prix Nobel de littérature. Angela Merkel lui est restée fidèle. Dans un discours prononcé en février à Fribourg, justement, elle regrettait qu'" il n'y ait pas d'Eucken dans tous les pays ".
Au coeur de l'ordolibéralisme, qui donnera naissance à l'" économie sociale de marché " chère à Ludwig Erhard, il y a l'idée que l'Etat, associé aux partenaires sociaux, fait respecter sans faiblir un ensemble de règles économiques et sociales inspirées du libéralisme. Rien à voir avec le laisser-faire à la Frédéric Bastiat ou à la Adam Smith. Selon Walter Eucken, pour échapper à l'arbitraire public ou privé, l'économie doit être gouvernée par la loi. C'est cette loi qui, en interdisant toute interférence politique dans la gestion de la monnaie, a fait la réussite du Deustche Mark et le succès de la lutte contre l'inflation, ce mal absolu qui avait précipité l'Allemagne dans le chaos avant guerre. C'est la même loi qu'Angela Merkel essaie d'appliquer à l'Europe, comme si celle-ci était tout entière convertie à l'ordolibéralisme. D'où les malentendus. Ainsi, Merkel s'attache avec force à faire respecter les règles (comme l'indépendance de la BCE) ou à les renforcer (c'est le sens du nouveau traité et sa règle d'or). Et Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, est tout à fait dans la ligne quand il prétend que les eurobonds sont comme de l'" eau de mer incapable d'étancher la soif "

Les " nonistes " en politique


Marine Le Pen
Présidente du FN
" Le Royaume-Uni et l'ensemble des pays européens qui ont fait le choix de conserver leur monnaie nationale profitent aujourd'hui de ce choix judicieux, le choix de la raison. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Nicolas Dupont-Aignan
Président de Debout la République
" L'euro, c'est comme le Mediator.(...)Il était censé consacrer l'Union. La monnaie unique n'a fait qu'exacerber les différences, les nationalismes. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Jean-Pierre Chevènement
Président du Mouvement républicain et citoyen
" Le citoyen n'est pas forcément capable de mesurer l'erreur qui a été commise. Mais(...)il comprend que cette affaire(...)n'est pas très catholique. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Christine Boutin
Présidente du Parti chrétien-démocrate
" L'euro reste la monnaie forte pour les échanges internationaux et on crée (...) une monnaie nationale (...), l'eurofranc, [pour] (...) augmenter le pouvoir d'achat. "

Les " nonistes " chez les intellectuels


Jacques Sapir
Professeur à l'EHESS
" L'euro (...) est condamné. Les moyens évoqués pour stabiliser puis résorber les déséquilibres (...)sont aujourd'hui soit insuffisants, soit politiquement impossibles. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Emmanuel Todd
Démographe, historien
" Les classes dirigeantes européennes, complètement affolées, n'arrivent plus à gérer l'autodestruction de l'usine à gaz qu'elles ont construite et qu'elles appellent l'euro. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Jean-Jacques Rosa
Professeur à Sciences po
" Il y a une impossibilité de l'euro. On ne peut pas avoir la même monnaie (...) pour des économies qui évoluent de façon divergente et où les coûts ne sont pas semblables. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Alain Cotta
Professeur à HEC
" Cette monnaie est (...) condamnée (...).Pour la France, le bilan n'est pas mauvais, il est exécrable.(...)Nous allons vers des ajustements beaucoup plus impressionnants que ce à quoi on nous prépare. "

samedi 15 octobre 2011

Crise de la dette - La France renverse sa stratégie

Paris se résigne à accentuer la restructuration de la dette grecque. Une nouvelle approche risquée, mais peut-être salutaire.

À peine le "chemin de croix" de la ratification du plan de sauvetage du 21 juillet est-il achevé que tout est à recommencer. Le feu vert du Parlement slovaque à l'extension du fonds de soutien à la zone euro (FESF) n'a en aucun cas mis un point final à la crise des dettes souveraines en Europe. Elle reste même la première menace sur l'économie mondiale.
Au point de devenir le sujet n° 1 - avec le risque de récession - du G20 finances qui se tient vendredi et samedi à Paris. Les priorités de la présidence française, telles que la réforme du système monétaire international, sont reléguées au second plan. Des discussions bilatérales, avec l'Allemagne notamment, doivent permettre de faire avancer le dossier. "La priorité absolue, c'est d'avoir trouvé les éléments de stabilité de la zone euro" d'ici au sommet de Cannes de clôture de la présidence française, explique-t-on maintenant à Bercy.
Nouvelle approche
Un virage à 180 degrés : depuis des mois, Paris affirmait s'en tenir à la stratégie définie au beau milieu de l'été pour sauver la Grèce, c'est-à-dire une décote des titres grecs détenus par les banques limitée à 21 %, une nouvelle aide européenne de 109 milliards d'euros et l'extension du rôle du FESF pour venir en aide aux pays en difficulté.
Or force est de constater que cette stratégie ne marche pas. La Grèce est étranglée par ses dettes. Le nouveau FESF ne parvient pas à conjurer le risque de contagion aux autres pays en difficulté, qui affole les marchés.
Conséquence, les banques européennes, gorgées de dettes souveraines à risque, n'inspirent plus confiance aux investisseurs. Elles hésitent même à se prêter entre elles, faisant peser la menace d'un gel du crédit en zone euro comme en 2008, après la faillite de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers.
Restructuration dure
La France reconnaît maintenant que le secteur privé va devoir participer davantage à l'effort grec. Il pourrait être demandé aux banques d'éponger jusqu'à 50 % de perte sur leurs obligations. Cette restructuration dure de la dette semble devenue indispensable, mais pourrait fragiliser encore un peu plus les établissements financiers de la zone euro.
Paris s'est donc résigné à soutenir la recapitalisation des banques, comme le demande Christine Lagarde au FMI depuis fin août. À condition toutefois que le processus soit européen. Car Bercy veut à tout prix éviter de donner l'impression que les établissements français sont effectivement en difficulté. "Nous maintenons notre diagnostic sur la situation des banques françaises", explique-t-on, en justifiant l'augmentation des fonds propres par la nécessité de produire "un choc de confiance" dans la zone. Le ministère de l'Économie estime que les banques hexagonales n'auront pas besoin de faire appel à un guichet public. La discussion doit déterminer le niveau de réserve que les établissements devront atteindre et selon quel calendrier. Il plaide pour que le FESF puisse être mobilisé, y compris pour venir en aide aux banques des États qui ne sont pas sous programme de l'UE et du FMI.
Faire du FESF une banque ?
La France travaille donc activement à un nouveau renforcement de la force de frappe du fonds, aujourd'hui limitée à 440 milliards d'euros. Trop peu pour retenir le domino italien s'il venait à tomber. Toute la question est de savoir comment procéder, les Allemands refusant de remettre la main au portefeuille. Bercy espère encore la transformation du fonds en banque afin de lui donner un accès au guichet de la Banque centrale européenne. "On pense que c'est ce qui marcherait le mieux", explique-t-on, tout en pointant l'opposition de l'institution de Francfort et celle de Berlin. Le ministère de l'Économie travaille également sur d'autres pistes impliquant des bailleurs de fonds européens, voire internationaux. L'objectif est que la solution retenue ne nécessite pas une nouvelle approbation des parlements nationaux, une procédure bien trop longue et trop risquée.
Une stratégie risquée
Nicolas Sarkozy espère avoir fait adopter "des réponses durables, globales et rapides avant la fin du mois" pour que "l'Europe arrive au G20 unie et avec les problèmes résolus". Mais le plan européen est à double tranchant : la nouvelle restructuration de la dette grecque pourrait raviver l'inquiétude des investisseurs sur les autres pays européens aidés, l'Irlande et surtout le Portugal. Si la Grèce ne peut pas honorer à 100 % ses dettes, pourquoi ses voisins du Sud le feraient-ils ? Un affolement des marchés relancerait alors les doutes sur la solidité de l'Espagne et même de l'Italie.
C'est pourquoi certains économistes - de moins en moins nombreux, il est vrai - estiment que les Européens jouent aux apprentis sorciers. Pour parer ce risque, Paris assure vouloir à tout prix éviter un événement de crédit sur la Grèce, un mécanisme qui déclencherait l'activation des CDS, ces titres d'assurances contre un risque du défaut du pays. Car, non seulement les spéculateurs, qui ont acheté ces titres dans l'espoir d'empocher le pactole sans détenir de dette grecque, seraient récompensés, mais en plus ils se mettraient à jouer avec la dette d'autres pays. Selon Jean-Marc Daniel, économiste, professeur à l'ESCP Europe, cela se réglera devant la justice. Avec une forte incertitude sur l'issue des procédures.

jeudi 8 septembre 2011

L'hypothèse du naufrage grec

Malgré l'austérité, la dette explose. Le FMI pourrait laisser les Européens seuls face à leurs responsabilités.

La Grèce fonce-t-elle droit dans le mur ? La question est sur toutes les lèvres. De plus en plus d'économistes, allemands en particulier, jugent inévitable sa sortie de la zone euro. Les nuages s'amoncellent au-dessus d'Athènes.
Une dette "hors de contrôle"
Malgré la cure d'austérité drastique imposée par l'Union européenne et le FMI, le gouvernement socialiste ne parvient pas à atteindre ses objectifs de déficit public. Notamment parce qu'il peine à convaincre les Grecs de payer leurs impôts. Selon la presse nationale, les inspecteurs de la troïka (Union européenne, BCE, FMI) s'attendent désormais à voir le trou budgétaire atteindre 8,8 % du PIB, alors que Athènes s'était engagé en juin à le limiter à 7,4 %. Quant au PIB, il devrait baisser de 4,5 % en 2012, soit un point de plus qu'attendu.
Autant de mauvaises nouvelles qui ont poussé des experts du bureau du Budget de l'État, un organisme chargé d'informer le parlement grec, à considérer que la dette du pays était "hors de contrôle". D'environ 130 % du PIB en 2009, elle pourrait dépasser les 160 % à la fin de l'année ! Même si ce jugement a aussitôt été qualifié de "gaffe" par le ministre des Finances Evangelos Venizélos, cela devrait inciter les bailleurs internationaux à la prudence.
L'appui incertain du FMI
La troïka a d'ailleurs interrompu brutalement vendredi son audit trimestriel du pays entamé fin août, officiellement pour "permettre aux autorités de terminer leur travail technique" lié au "budget 2012" et aux "mesures structurelles de renforcement de la croissance". Mais les inspecteurs seraient en réalité insatisfaits des progrès hellènes, notamment sur le programme de privatisations censé atteindre 50 milliards d'euros. L'enjeu est de taille, car ils doivent décider le 15 septembre s'ils débloquent ou non la sixième tranche du premier plan d'aide de 110 milliards d'euros décidé en mai 2010. "Dans ce genre de cas (le non-respect des objectifs fixés, NDLR), la doctrine ordinaire du FMI est de suspendre l'aide", rappelle le chef économiste d'Oddo Securities, Bruno Cavalier, dans une note publiée lundi. Une telle issue remettrait en cause le plan de financement du pays.
Le second plan d'aide menacé
Mais le blocage pourrait aussi bien venir des partenaires européens de la Grèce. La Slovaquie rechigne à payer pour Athènes. Seul pays de la zone euro à avoir refusé de participer au premier plan de soutien, le Parlement de Bratislava menace maintenant de repousser aux calendes grecques la ratification de l'accord du 21 juillet, qui prévoit l'augmentation des moyens du FESF, censé prêter 109 milliards d'euros supplémentaires. "La Grèce doit se déclarer en faillite et l'Italie doit commencer à faire des économies", a jugé le chef du parlement slovaque, Richard Sulik, membre d'un des quatre partis de la coalition de droite au pouvoir, capable à lui seul de bloquer l'approbation du Parlement. Quant à la Finlande, elle a demandé à Athènes de lui mettre de côté une réserve d'argent, censée produire des intérêts, pour se garantir contre un éventuel non-remboursement. Si d'autres pays devaient formuler les mêmes exigences, cela pourrait rendre le second plan de sauvetage européen caduc.
Les marchés n'y croient plus
Reflets de toutes ces inquiétudes, les taux d'intérêt sur les obligations grecques à deux ans dépassent les 50 %. Un record. En comparaison, le Portugal, autre pays d'Europe sous perfusion, ne paye pas plus de 15 % et l'Allemagne moins de 0,50 %... À l'évidence, les investisseurs parient sur un défaut d'Athènes, voire sa sortie de la zone euro.

 

mercredi 10 août 2011

"Les Chinois veulent s'emparer du monde"

L'économiste Antoine Brunet estime que Pékin a provoqué la crise de la dette en Occident en maintenant un yuan sous-évalué.

Antoine Brunet, économiste, président d'AB Marchés et coauteur de La visée hégémonique de la Chine, décrypte les déclarations chinoises après la dégradation de la note souveraine américaine.
Le Point.fr : que pensez-vous des déclarations venues de Chine après la dégradation de la note souveraine américaine ?
Antoine Brunet : Qu'elles viennent du pouvoir lui-même ou des médias officiels, les déclarations disent principalement deux choses. D'abord, qu'il serait temps que les États-Unis se rendent compte qu'ils dépensent beaucoup plus qu'ils ne produisent, ensuite qu'il serait temps qu'ils réduisent leurs dépenses, et en particulier les militaires. C'est totalement paradoxal. Car la Chine contribue depuis maintenant dix ans à la désindustrialisation des États-Unis, mais aussi de l'Europe. Au lieu de produire nous-mêmes, la Chine nous oblige à acheter du made in China grâce à sa monnaie sous-évaluée. Cela se traduit par un déficit budgétaire, mais aussi par un déficit extérieur croissant. Les gouvernements occidentaux essaient alors de maintenir artificiellement l'activité en augmentant la dépense publique et la consommation, comme avec la prime à la casse en France.
N'est-ce pas donner trop d'importance à la Chine dans les problèmes de dette des Occidentaux ?
La Chine n'est pas le petit pays qu'elle a longtemps prétendu être. Le PIB de la Chine a déjà dépassé depuis deux ans l'américain, même si ce n'est pas le chiffrage officiel. L'ONU a reconnu que la production manufacturière chinoise a dépassé celle des États-Unis en 2010. Les travaux publics explosent depuis plusieurs années : la production d'autoroutes, d'aéroports, de ports, de bâtiments est beaucoup plus forte qu'aux États-Unis. La Chine est aussi le premier consommateur d'énergie primaire au monde (charbon, pétrole, électricité...), elle est la première consommatrice de ciment, de cuivre, d'acier... Il est impossible de faire ces constatations et de continuer à croire que le PIB chinois fait la moitié du PIB américain ! En maintenant, année après année, un excédent de 6 % de son PIB, la Chine a donc la capacité de déstabiliser les autres pays de la planète. Cela concerne non seulement les pays occidentaux, mais aussi des pays comme l'Inde et le Brésil, qui n'enregistre un excédent que parce que la Chine le transforme en un émirat. Elle importe du Brésil son soja, son sucre, son pétrole, son minerai, son fer et son bois. Les Brésiliens se plaignent de se voir imposer les importations à coups de yuans faibles.
La Chine ne s'est-elle pas engagée à laisser le yuan se réévaluer ?
Le yuan ne s'est réévalué qu'entre juillet 2005 et 2008 quand le Congrès américain a manifesté des signes clairs d'impatience à l'égard de la Chine. Il a alors progressé de 21 %. Mais cela n'a pas empêché la monnaie chinoise de se déprécier dans le même temps face à l'euro. Depuis la crise de 2008, qui a affaibli politiquement les pays occidentaux, la Chine se permet de ne plus réévaluer du tout. De juillet 2010 à juillet 2011, la hausse, de 6,48 à 6,60 dollars, a été dérisoire.
La Chine n'a-t-elle pas intérêt à laisser sa monnaie s'apprécier pour contrôler son inflation ?
Normalement, oui. Pourquoi la Chine ne le fait-elle pas ? Parce que, ce qui l'intéresse, c'est de déstabiliser les pays occidentaux sur tous les fronts, économique, social, budgétaire. En déstabilisant les finances publiques, elle oblige par exemple les gouvernements à revenir sur un certain nombre de dispositifs sociaux, ce qui va susciter la colère des gens.
Comment expliquer cette volonté ?
Les Chinois veulent s'emparer du monde, ils veulent ravir "l'hégémonie mondiale" des États-Unis. Cela ne concerne pas uniquement l'économie. Les Chinois appliquent la même démarche sur le plan territorial, dans la course aux armements, par les alliances diplomatiques. La Chine vient de faire basculer le Pakistan dans une alliance avec elle, a déclaré que la mer de Chine du Sud lui appartenait. Elle est aussi en pointe sur l'armement. Elle ne cesse de surprendre les Occidentaux par ses nouvelles capacités militaires. Ce qui explique que la Chine demande aux États-Unis une baisse de leurs dépenses militaires. Les États-Unis ont déjà renoncé au projet de station sur la Lune pour des raisons budgétaires, alors que la Chine accélère son projet.
Doit-on craindre que la Chine se débarrasse de ses bons du Trésor américain ?
On a tendance à penser que, comme les États-Unis sont des clients majeurs de la Chine, celle-ci ne peut pas déstabiliser trop fort les économies occidentales. Mais il ne faut pas oublier que la Chine a réussi, principalement ces six dernières années, à se constituer de nouveaux marchés pour ses exportations dans les pays exportateurs de matières premières, comme la Russie, l'Asie centrale, le Moyen-Orient, l'Australie, l'Amérique du Sud, beaucoup de pays africains... La Chine diversifie déjà ses réserves de change. C'est elle qui est derrière la flambée de l'or. Si le métal jaune augmente autant, c'est que les hedge funds ont bien compris que la Chine ne laisserait jamais reculer l'or, pour mieux disqualifier le dollar comme réserve mondiale. La Chine est aussi à l'origine de l'appréciation de la monnaie coréenne, brésilienne, suisse...

Pourquoi les Chinois affirment-ils soutenir la dette européenne en achetant les titres des pays en difficulté ?
Ce sont des pyromanes qui veulent faire croire qu'ils sont des pompiers. Leur plan est de prêter à l'Europe pour s'emparer de ses actifs. Les Chinois savent qu'ils ne seront pas remboursés ou espèrent se rembourser sur les gages qu'ils prendront. Certains disent qu'il faut se servir des liquidités chinoises pour résoudre les problèmes de financement occidentaux. Si on fait cela, dans quelques années, la Chine se sera emparée d'entreprises comme Total Air Liquide ou Generali.
Comment les Occidentaux peuvent-ils réagir ?
La seule solution, c'est d'imposer à la Chine des représailles douanières jusqu'à ce qu'elle cède sur sa politique de change. Au diable, M. Lamy et son OMC. Il faut maintenant renverser le jeu mené par la Chine depuis dix ans. Il faut mettre 100 % de droits de douane sur le made in China.
Cela ne risque-t-il pas de déclencher des représailles massives ?
On aura certes une période de guerre économique, avec deux-trois ans de hausse des prix manufacturés, mais avec la perspective d'une issue positive. L'alternative est de toujours reculer jusqu'à nous retrouver démunis de nos actifs, de notre technologie et inférieurs sur le plan militaire.

mardi 9 août 2011

Le spectre d'une dépression boursière

L'ensemble des économies occidentales pourrait plonger en cas de déprime prolongée sur les Bourses mondiales.

La situation financière est grave. Suffisamment en tout cas pour que les ministres des Finances et les gouverneurs des Banques centrales se fendent, lundi matin, d'un communiqué affirmant leur engagement "à prendre toutes les initiatives nécessaires de manière coordonnée pour soutenir la stabilité financière et promouvoir une croissance économique plus forte". Après une semaine de baisse généralisée sur les différentes places financières mondiales, les dirigeants des vingt économies les plus importantes de la planète veulent à tout prix éviter la poursuite de la chute boursière, voire un krach brutal. Mais une telle éventualité est dans toutes les têtes, après la dégradation de la note américaine par l'agence de notation Standard & Poor's, vendredi.
En soi, la décision de l'agence de notation américaine - pour l'heure non suivie par Fitch et Moody's - reste pourtant "assez symbolique", car elle ne "remet pas en cause la solvabilité des États-Unis", qui figurent toujours parmi les pays les mieux notés du monde, explique Gunther Capelle-Blancard, professeur à l'université de Paris I et spécialiste de finance internationale. Les États-Unis ont d'autant plus la capacité de rembourser leur dette que le dollar reste la monnaie de réserve internationale et qu'il n'existe pas d'alternative crédible à court terme. Washington peut continuer à faire marcher la planche à billets.
Récession
La dégradation de la note américaine ne constitue donc pas à elle seule une raison objective de krach. Mais elle intervient au plus mauvais moment. Les investisseurs sont déjà échaudés par la crise de la dette européenne, mais aussi par le ralentissement des économies occidentales. Dans un tel contexte d'incertitude, bien malin qui pourra prévoir "l'étincelle qui conduira à une crise" généralisée, explique Gunther Capelle-Blancard. Les marchés amplifient souvent les tendances, guidés par un comportement moutonnier totalement irrationnel. S'ils devaient céder à la panique, cela pourrait avoir des conséquences économiques désastreuses sur l'économie réelle. Les investisseurs subiraient alors d'importantes pertes potentielles, se sentiraient moins riches et seraient donc plus réticents à investir. Un cercle vicieux s'enclencherait, avec une baisse des investissements, des embauches, une stagnation des salaires. Largement de quoi faire replonger les économies occidentales dans la récession.
Les banques, gorgées de titres de créance américaine (752 milliards de dollars fin mars, selon la Banque des règlements internationaux), et déjà fragilisées par la défiance envers les dettes espagnole et italienne, sont particulièrement exposées à une panique boursière. Une baisse trop prononcée de leur valeur pourrait les obliger à fermer de nouveau les vannes du crédit à l'économie, car elles doivent respecter des exigences réglementaires de fonds propres. Certains établissements commencent déjà à être réticents à se prêter entre eux, ce qui pourrait déraper en un blocage du marché interbancaire, similaire à celui déclenché fin 2008, après la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers.
Des États impuissants
Une mécanique infernale qui pourrait s'accompagner de phénomènes monétaires. La baisse de confiance dans le dollar fait déjà baisser sa valeur face aux autres devises, telles que l'euro ou le yen. Une catastrophe pour l'économie japonaise, déjà victime de sa monnaie surévaluée et des conséquences du séisme et du tsunami de février dernier.
Face à autant de risques cumulés, les dirigeants du G20 ont moins de marge de manoeuvre que lors de la précédente crise de 2008. Ils ne peuvent plus compter sur l'arme budgétaire pour relancer la croissance. Ils ne peuvent que s'engager à accélérer la politique de rigueur pour juguler leur déficit et leur dette. C'est pourquoi ils se limitent à des déclarations d'intention très générales, comme celle de lundi matin. Seules les Banques centrales disposent encore de moyens d'action puissants, notamment la Banque centrale européenne. Dimanche, elle a fait savoir qu'elle allait racheter de la dette italienne et de l'espagnole afin de faire retomber la pression sur les taux d'intérêt exigés par les investisseurs pour les détenir. Les banquiers centraux peuvent aussi s'entendre pour corriger les déséquilibres entre les grandes monnaies. Reste à savoir si cela sera suffisant.