TOUT EST DIT

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jeudi 19 janvier 2012

Dernière station avant l’autoroute

Comment en aurait-il pu être autrement ? Comme prévu, le sommet de crise est resté dans les brumes. À commencer par l’échéance des grandes décisions. Le «fin janvier» du président de la République serait donc l’horizon indépassable sur lequel se découperont les «bases d’une refondation sociale», pour reprendre la formule allégorique du secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé. En attendant cette échéance lyrique, on a fait hier dans le pratique, voire le petit bricolage.

La réunion de l’Élysée de ce mercredi 18 janvier, ce fut comme une matinée de courses au rayon quincaillerie des grandes enseignes: la satisfaction de trouver de quoi rafistoler mais la confirmation, aussi, que l’outil miraculeux n’existe pas. Juste un petit viatique pour gagner du temps.

Dans le panier des partenaires sociaux, des promos bienvenues. Créer 1 000 CDD (admirable précision: ils auront droit à l’assurance chômage...) pour renforcer les équipes de Pôle Emploi, c’est évidemment une idée pertinente. Comment les agents pourraient-ils régler humainement et efficacement les cas posés par un chômage de masse quand ils doivent traiter plus de 120 «dossiers» à la fois, et, pour les record(wo)men jusqu’à 450 voire 500 ? Au moment des grandes espérances de la fusion ANPE-Assedic, on avait promis que le total n’excéderait pas 60...

Le président de la République et sa majorité se convertissent sur le tard aux vertus palliatives du traitement social du chômage. Prévoir une formation pour chaque demandeur d’emploi, très bien, mais franchement cela devrait aller de soi et la France ne fait que rattraper son retard dans ce domaine. Quant au recours au chômage partiel, une solution à l’allemande vers laquelle s’oriente désormais la politique du gouvernement, il est globalement approuvé par les centrales syndicales qui le réclamaient depuis des mois. Au moins, avec ça, on aura un peu avancé. Les financements de ces mesures sparadraps ? On verra. Difficile, dans l’urgence, de se débarrasser des mauvaises habitudes.

Le président a écouté. Il va maintenant supporter sur ses seules épaules tout le poids des décisions qu’il va annoncer. Une stratégie audacieuse, à la limite du kamikaze. Car cette fois, il ne pourra pas se rater. Dernière station avant l’autoroute de la campagne ! Il a parié sur la récompense d’un courage proclamé sans savoir si les Français adhéreront à une rigueur mal définie. Faute d’une définition convaincante d’un effort néo-gaullien, il est à craindre que l’adjectif «social», label d’une nouvelle TVA, ne soit qu’un placebo sans plus d’effet.

Incarner l'action

Renforcer le dispositif du chômage partiel, favoriser l'embauche des jeunes dans les très petites entreprises, remettre en selle les chômeurs de longue durée... Qui pourrait raisonnablement s'opposer à un tel arsenal de mesures en faveur de l'emploi dans un pays aussi lourdement plombé par le chômage ? Personne de bonne volonté, ni à gauche ni à droite.

À l'issue d'une rencontre avec les partenaires sociaux hâtivement qualifiée de sommet social, Nicolas Sarkozy a finalement réussi une sorte de service minimum, propre sans doute à désamorcer les velléités syndicales unitaires à défaut de renverser les courbes du chômage à court terme.

En fait, dans la continuité de ses dernières annonces - TVA, taxe Tobin - il a surtout cherché à donner le change politique. Le Président sortant veut montrer jusqu'au bout de son mandat qu'il est l'incarnation tout à la fois du président protecteur et de l'homme d'action, du capitaine rassurant et du réformateur courageux. En soi, rien à redire, au contraire. Un Président qui semble se décarcasser jusqu'au terme de son mandat, ça nous change un peu.

Sauf que ce Président, qui passe une fois de plus les frontières droite-gauche pour redécouvrir les vertus de l'apprentissage, de la reconversion des exclus et de la nécessité de muscler les moyens de Pôle emploi, est le même qui avait laissé un peu en friche ces dossiers cruciaux depuis des années. Le soupçon d'opportunisme électoraliste est pour le moins permis.

Si, aujourd'hui, personne ne peut rejeter a priori son catalogue de l'urgence, personne non plus ne peut croire tout à fait à sa faisabilité immédiate, financière et sociale. Dans sa posture délibérément volontariste, Nicolas Sarkozy feint d'ignorer qu'il y a une élection essentielle au printemps, une sorte de mur démocratique qui peut l'arrêter aussi net que ses vélléités d'action du moment. Il feint surtout de croire qu'il y a des mesures efficaces à prise rapide sur l'emploi dans une situation de récession. Ce qui n'est malheureusement pas le cas.

Le choix du Président est assumé crânement, mais bâti sur un pari redoutable. Car les mesures du « sommet » ne sont apparemment que la face émergée d'une révolution beaucoup plus radicale que Nicolas Sarkozy se prépare à annoncer et à mettre en oeuvre dès la fin du mois... Sans doute après le discours programme de François Hollande. Les profondes réformes envisagées sur le financement de la protection sociale et la libéralisation du temps de travail sont potentiellement deux bombes explosives à fragmentation électorale majeure. Dans leur contenu présumé, elles renouent avec le libéralisme décomplexé que prônait Nicolas Sarkozy il y a cinq ans.

Conscient qu'il ne décolle pas dans les sondages, malgré son activisme, il semble tenté par la voie d'une sorte de va-tout, en rendossant son habit de candidat de la rupture. Les indécis et déçus du sarkozysme se rallieront-ils, comme le patronat, hier, à son panache ? La recette victorieuse de 2007 peut-elle être reconduite ? Le gros cactus, pour Nicolas Sarkozy, c'est qu'il ne peut plus incarner simplement l'homme d'un projet. Il est aussi qu'il le veuille ou non, l'homme d'un bilan.

L’épreuve de force a commencé

Après plusieurs semaines de polémique, la Commission européenne a lancé une triple procédure d’infraction contre le gouvernement hongrois. Mais qui de Budapest ou Bruxelles cèdera le premier ? La presse hongroise n’attend pas de grand changement.
Le 17 janvier, la Commission a envoyé trois lettres de mise en demeure au gouvernement hongrois, et lui a donné un mois pour se conformer au droit européen dans trois domaines : l’indépendance de la Banque nationale, l’indépendance du système judiciaire et l’indépendance de l'autorité de contrôle de la protection des données. Si Budapest ne répond pas dans ce délai, l’exécutif européen pourra engager une procédure devant la Cour de justice européenne. De son côté, le Parlement européen devait débattre de cette procédure d’infraction, le 18 janvier, en présence du Premier ministre Viktor Orbán.
Bruxelles a frappé “les trois coups” contre Viktor Orbán, annonce Népszabadság en Une. Pour le quotidien de centre gauche, l'Europe
ne dit pas autre chose aujourd’hui que : soit le peuple hongrois se réveille et change de gouvernement lors des prochaines élections, soit on assistera à la faillite de l’Etat et le gouvernement acceptera enfin les ’diktats’ européens. Pour la diplomatie européenne, il n’y pas d’autres scénarios.
Pour autant, note Népszabadság, les institutions communautaires risquent de ne pas disposer des moyens de pression nécessaires :
Logo – Népszabadság, Budapest
La Commission parle le langage de la loi, le Parlement européen celui de la politique, mais Orbán ne comprend que le langage de la force. La force en Europe est le Conseil, c’est-à-dire les Etats membres eux-mêmes. Si les politiques nationaux (surtout ’les grands’) se décidaient à envoyer un avertissement déterminé et sans équivoque, peut-être cela marcherait. [...] Il ne faut pas sous-estimer les pressions du Parlement européen, mais quelles sont les conséquences ces débats ? Aucune.
Magyar Nemzet, de son côté, estime que “la Commission européenne critique trois lois concrètes et ce n’est pas la fin du monde. Il ne s’agit que de questions techniques, pas politiques ou émotionnelles. Aujourd’hui, c’est aux juristes de jouer.” Mais le quotidien de droite met en garde :
Logo – Magyar Nemzet, Budapest
L’Europe n’a pas confiance en la Hongrie, ni dans sa politique économique, ni dans son engagement démocratique. Mais nous n’avons pas le temps de bouder. Il faut parler de tous les sujets parce que l’Union n’a pas intérêt à mettre la Hongrie à genoux. Comme on l’a vu le week-end dernier [une manifestation antieuropéenne organisée par le parti de l’extrême droite Jobbik a eu lieu, au cours de laquelle – entre autres – les manifestants ont brulé des drapeaux européens], l’extrême droite peut profiter des critiques exagérées de l’Union.
L’enjeu de la période qui s’ouvre est “la Hongrie ou Orbán”, résume Népszava en une. Mais il ne faut pas oublier l’essentiel, rappelle le quotidien de gauche. Et les trois infractions pointées par la Commission,
[...] ne sont que la partie visible de l’iceberg. Le problème principal est qu’Orbán construit un système politique et économique qui n’est pas conforme aux valeurs européennes. [...] On peut se justifier, marchander, jouer avec les mots comme des juristes. Mais à Strasbourg aujourd’hui les députés européens vont jeter à la tête d’Orbán des critiques beaucoup plus profondes. Et il faut rentrer dans le rang, non à Strasbourg, mais à la maison. Et le plus vite possible.

mercredi 18 janvier 2012

Hervé Morin rencontrera Nicolas Sarkozy vendredi à l'Elysée

Cela fait quelque temps que court, dans l'équipe qui entoure Hervé Morin, le candidat Nouveau centre (NC) à l'élection présidentielle, l'hypothèse d'un retrait. L'intéressé dément vigoureusement, mais certains de ses proches estiment que, compte tenu de ses scores dans les sondages, où il ne dépasse pas 1 %, et de la guérilla que mènent contre sa candidature les principaux ténors de son parti (François Sauvadet, Jean-Christophe Lagarde, Maurice Leroy, André Santini...), il lui faut réussir à se ménager une porte de sortie, pourquoi pas dès le mois de février.

Un rendez-vous auquel le candidat centriste doit se rendre, vendredi 20 janvier, ne manquera pas d'alimenter les spéculations. M. Morin doit rencontrer Nicolas Sarkozy, à l'Elysée. Une rencontre, précise-t-il, qu'il n'a pas sollicitée. C'est Olivier Biancarelli, le conseiller politique du chef de l'Etat, qui aurait fait la démarche d'inviter l'ancien ministre de la défense, il y a une dizaine de jours.
M. Morin, qui était désireux de se faire accompagner d'un témoin, sera flanqué, pour l'occasion, par Yvan Lachaud, le président du groupe Nouveau centre à l'Assemblée nationale. Le député du Gard n'a jamais été un partisan de la candidature du président de son parti. Comme de nombreux députés du Nouveau centre, dont la réélection dépend d'accords passés avec l'UMP. Mais M. Lachaud s'est toujours attaché à ne pas entrer en conflit ouvert avec M. Morin. Ce qui lui permet, aujourd'hui, de jouer les médiateurs.
"MES INTENTIONS RESTENT LES MÊMES"
M. Morin assure que ce rendez-vous n'augure pas d'un renoncement. "Mes intentions restent les mêmes", affirme-t-il au Monde. Pour autant, au Nouveau centre, la plupart des élus se projettent déjà dans l'après. Et dans le choix qu'il leur faudrait faire, si M. Morin décidait de renoncer à sa candidature.
Un choix qui se résumerait à deux noms : Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Jean-Christophe Lagarde, le numéro 2 du Nouveau centre, a d'ores et déjà annoncé qu'il donnerait son choix à la fin du mois de janvier, sans attendre un éventuel retrait de M. Morin. La boussole de M. Lagarde, qui a médiatisé récemment sa rencontre avec M. Bayrou, indiquerait plutôt, pour l'heure, la direction de l'Elysée.
M. Sarkozy veille, en ce moment, à choyer les centristes de la majorité, alors que M. Bayrou monte dans les sondages. Ainsi M. Morin remarquait-il, mercredi 18 janvier, à l'occasion de ses vœux à la presse, que M. Sarkozy avait pris position récemment en faveur de plusieurs thèmes chers aux centristes : la TVA sociale, la réduction des cotisations sociales pour les entreprises, la règle d'or, la taxe Tobin... Mais le député de l'Eure ne s'en satisfait pas. Pour lui, en voulant aller trop vite, en faisant les choses de manière précipitée, le président de la République risque de "casser" ces "belles idées".

La folle manœuvre d'un monstre des mers

Le naufrage du paquebot de croisière italien, c'est d'abord une tragédie humaine. Elle pourrait se doubler d'un désastre écologique. C'est aussi l'histoire d'une erreur humaine, d'une inconscience. Le capitaine du Costa Concordia a failli. Il n'a emprunté ni la route habituelle, ni une route autorisée. Le Costa naviguait à 150 mètres d'une île quand la coque a heurté un rocher, l'un de ces écueils que les pêcheurs de la zone connaissent. Pas lui ? Il a sacrifié à une tradition de courtoisie qui consiste à s'approcher des côtes, légèreté d'autant plus coupable que, ce faisant, il aurait voulu gratifier un membre de l'équipage. Un peu comme si un pilote d'avion s'offrait un vol en rase-mottes, un caprice, pour saluer un ami ! Il a abandonné le navire, refusé de remonter à bord pour diriger les secours, au demeurant tardifs. On se frotte les yeux pour y croire. On se dit que si l'on sait faire monter 4 200 passagers dans ces palais flottants pour casser les prix, on doit bien être capable de les en faire descendre avec une certaine méthode. Le chauffard des mers sera tenu pour premier responsable de la catastrophe. Il n'est jamais que le maillon faible d'un système qui pousse au gigantisme. La globalisation a transformé le transport maritime, soumis à toujours plus de concurrence et de nécessité de réduire les coûts. À l'ère du low-cost, on n'a pas hissé les exigences de la sécurité à la hauteur des enjeux économiques. Le capitaine abandonné ne manquera pas de l'invoquer pour sa défense. De même que l'on ne peut s'empêcher de rappeler que c'est l'accidentologie, donc le malheur humain, qui en général fait avancer la réglementation sur la sécurité.

Là-haut sur la montagne…

C’est beau, un « sommet social ». C’est haut et ambitieux comme une ascension. Une métaphore jamais banale qui évoque l’effort et le rassemblement au-dessus des nuages noirs de la crise et des discordes d’en bas. Un moment aussi où les partenaires sociaux et l’exécutif acceptent de se livrer à la confrontation de leurs intérêts contradictoires. Oui, c’est beau un pays qui se parle. Enfin.

Dommage que ce moment — d’exception, hélas — arrive tard. Si tard. Et sans doute trop tard. Pourquoi faut-il qu’en France on attende le pire pour ouvrir un dialogue tétanisé à force de se crisper ? Le souvenir des accords de Grenelle conclus dans le chaos de la fin du mois de mai 1968 et dont le nom — la rue du ministère du Travail — est aujourd’hui sanctuarisé, n’est pas la meilleure des inspirations. En 2012, qui pourrait croire sérieusement qu’un miracle durable puisse sortir d’une journée voire d’une nuit fiévreuse de négociations ? Comme s’il devait y avoir un avant et un après, ce 18 janvier, annoncé comme une date décisive par l’exécutif, porte, à l’évidence, un cahier des charges bien trop lourd sur ses épaules.

Qu’il soit orchestré, de bout en bout, à commencer par son menu, par le président de la République montre déjà ses limites. Tout doit-il donc venir d’en haut ? Les syndicats seraient-ils seulement conviés pour avaliser les décisions difficiles qu’il faudra bien prendre pour éviter le désastre de la dette ?

La tenue de ce conclave à moins de cent jours de la présidentielle n’est guère rassurante. Ainsi, il a fallu entrer dans la dernière ligne droite du quinquennat pour mettre sur la table les solutions qui fâchent. La TVA sociale, Borloo l’avait déjà sortie des cartons du sarkozysme en 2007, avant d’être gentiment prié de quitter Bercy. Merci Jean-Louis. Et voilà qu’elle revient, présentée comme une idée neuve, pour faire la fermeture. Et on s’étonne que ce ne soit pas un triomphe !

Diminuer les charges qui pèsent sur le travail est évidemment un impératif français mais ce débat controversé — les économistes se partagent entre les pour et les contre — est plutôt mal engagé. Va-t-on réduire les cotisations sociales patronales ou salariales, ou les deux ? Pourquoi avoir maquillé une taxe sur les consommateurs en taxe anti-délocalisations ? Ce sujet, très complexe, c’est en début de mandat qu’il fallait le déminer pour éclairer la réflexion sur notre modèle social. Le manipuler quand la campagne électorale est déjà engagée est non seulement tardif, mais improductif. On regarde alors rarement vers les grandes altitudes…

Jean-Jacques

Notre Président, réputé grand lecteur, a naturellement pratiqué Jean-Jacques Rousseau, tricentenaire aujourd’hui célébré. Il a pleuré à ses Confessions, médité sur son Contrat social. Et il en a peut-être hérité son style si particulier, à « mieux aimer être homme à paradoxes qu’homme à préjugés ». Aux syndicats invités ce matin à l’Elysée, il expliquera sans doute, en plaidoyer pour la pingrerie de sa bourse vide, qu’on « jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère ». Les bougres lui répliqueront qu’il est « dans leur nature d’endurer patiemment la nature des choses, mais non la mauvaise volonté d’autrui ». Ils ajouteront que « l’ordre social ne vient pas de la nature », et que c’est « pour parvenir au repos que chacun travaille »… Mais brisons-là la querelle élyséenne. Et concluons avec Jean-Jacques sur une morale de disette : « La source du vrai bonheur est en nous ».

Zone euro : les limites de l'austérité

Depuis le déclenchement de la crise grecque, les Européens ne sont plus égaux devant le crédit. Sur le marché obligataire, les Allemands se financent actuellement à dix ans au taux infime de 1,75 %. Les Grecs, au taux faramineux de 28,3 %. Depuis deux ans, le pays riche emprunte quasiment gratis, le pays pauvre alourdit son fardeau. En vain. La dette publique grecque est passée de 116 % à 160 % du PIB.

Autant dire que, vu d'Athènes, quelles qu'aient été les responsabilités grecques et elles sont réelles, le principe de solidarité, pièce maîtresse de la construction européenne, est pour le moins imperceptible. Comme au Portugal, comme en Espagne, les plans d'austérité imposés à la Grèce ont, pour l'instant, eu essentiellement pour effet d'étrangler l'économie et les salaires, sans faire baisser les taux. Longtemps laxistes et brusquement sévères, les agences de notation déclassent des pans entiers du continent. Sans se soucier des efforts budgétaires engagés, ni des populations touchées.

En Grèce, la corde sociale est, dans ce contexte, largement usée. En témoignent les grèves à répétition et la contraction fiscale induite par ce coup de barre trop violent. Le risque de défaut, chaque matin, est réel. Et face à ce risque, l'Europe, jusqu'ici, n'a pas tranché. Elle n'a ni sacrifié Athènes ni sauvé les Grecs. Une bonne part des spéculations prospère sur cette hésitation. Et si l'Europe a préféré accompagner Athènes chez ses créanciers plutôt que de créer des obligations européennes, c'est parce que l'Allemagne le veut ainsi.

Or, si la corde est usée à Athènes, elle pourrait l'être dans d'autres pays dégradés vendredi. Notamment en Italie, le patient qui préoccupe le plus en raison de son économie (la troisième de l'UE) et surtout de sa dette (1900 milliards d'euros). Cette année, Rome, qui doit lever 242 milliards d'euros sur les marchés financiers, sera le premier emprunteur de la zone euro et subit des taux à 7 %, intenables à moyen terme. Dans une interview au Financial Times, hier, la fourmi Mario Monti (et non la cigale Berlusconi) a clairement demandé à Berlin de tout faire pour contribuer à faire baisser les taux. Faute de quoi, estime-t-il, l'énorme effort de discipline demandé aux citoyens ne sera plus soutenable.

Avec une Grèce aux confins de la galaxie, une Grande-Bretagne sortie de son orbite, une zone euro découpée en quatre portions par les agences de notation et un noyau dur, le couple franco-allemand au bord de la scission malgré ses velléités de fusion, l'Europe ressemble à une dangereuse centrifugeuse. Le manque de gouvernance et de convergence, désigné comme l'une des causes de la crise avec, bien sûr, l'endettement excessif, ne peut que s'accroître avec de tels différentiels. La crise, telle qu'elle est gérée, creuse le fossé et mine durablement les chances de croissance.

Lors des guerres balkaniques des années 1990, l'Europe politique peina à éteindre l'incendie qui se propageait à ses portes et il fallut l'intervention américaine pour arrêter les responsables du nettoyage ethnique. Aujourd'hui, alors que l'incendie financier menace Athènes et Rome (et en fait tout le monde), le salut, on le sait, ne viendra pas de Washington. Le décrochage de la France charge Berlin d'une responsabilité particulière. Car sans relance, la rigueur exigée par l'Allemagne ne sera synonyme que de déflation. Un mot encore plus redoutable que l'austérité.

La fin du mythe de l’égalité

Que ce soit le projet de traité européen, la dégradation de neuf pays par Standard & Poor’s ou les remontrances à la Hongrie, tout démontre actuellement que dans l’UE, les plus forts sont en train d’imposer leur loi aux plus petits, déplore un éditorialiste polonais. 

Les événements des trois dernières semaines ont fait définitivement tomber l'hypocrisie de l'Union européenne, qui consiste à faire croire que les Etats qui la composent sont égaux, bien que différents.
Premièrement, la zone euro a décidé de se réunir, de délibérer et de prendre des décisions en comité restreint. Sans les autres et donc sans nous [les Polonais]. Cela sape et limite aussi bien le rôle de la Commission européenne, qui s'appuie depuis sa création sur le principe de l'égalité entre les Etats, que celui du Parlement dont les sièges sont distribués entre les pays membres en proportion de leur population.
Si le pacte européen de stabilité est adopté sous sa forme actuelle, on créera une union dans l'Union. Pour bon nombre de questions, cette union restreinte dictera ses conditions aux autres, comme le fait  aujourd'hui "Merkozy".

Les 26 ne pourront plus rien contre l'Allemagne

Deuxièmement, la décision de dégrader les notes financières de 9 pays de la zone euro, n'aura pas nécessairement de répercussions sur le coût de leur dette (la baisse de la note des Etats-Unis n'a eu aucune influence de ce genre; quant à la dette de l'Italie, elle est aujourd'hui moins chère que lorsque le pays bénéficiait d’une meilleure note).
Cette dégradation influencera en revanche très certainement la hiérarchie informelle entre les Etats membres et le poids de leur voix au sein de l'Union. Ainsi, le leadership de l'Allemagne, qui a conservé sa note, se voit clairement conforté. Tout comme l'est la politique allemande d'austérité prudente. L'Allemagne pourra vraisemblablement emprunter encore moins cher et stimuler davantage le marché, en creusant encore un peu plus son avantage économique sur le reste de l'Europe.
En conséquence, les critères quantitatifs du traité de Lisbonne (le calcul de la majorité qualifiée au sein du Conseil européen sur un double critère : le nombre d’Etats et le poids démographique) perdront en importance face au rôle croissant des critères qualitatifs (qualité de l'Etat et de l'économie).
On va même assister au déclin de "Merkozy", déséquilibré par le poids d'une Merkel trop puissante face à Sarkozy. Il sera encore plus difficile d'entreprendre quoi que ce soit en Europe sans l'Allemagne. Quant aux 26 autres pays membres, ils ne pourront rien contre les Allemands (sauf faire exploser l'Union).

Des différences institutionnalisées

La procédure de décision et la répartition des voix au sein du Parlement, de la Commission et du Conseil, si laborieusement négociées dans le traité de Lisbonne, volent en éclats. Pendant un certain temps, l'Union sera comme le football à l'époque où tout le monde jouait, mais où seule l'Allemagne gagnait.
Troisièmement, le durcissement de la rhétorique et des décisions politiques envers la Hongrie démontrent que dans l'Union, certains pays peuvent se permettre plus de choses que d'autres. Certes, Orbán tient une rhétorique détestable et conduit une politique économique stupide. Mais institutionnellement, il n'a rien fait qui ne serait pas toléré dans d'autres pays.
Son assaut sur les médias n'est pas plus anti-libertaire que ce que ont fait Sarkozy avec la télévision publique française, et précédemment, Berlusconi avec les médias italiens. Quant à la BBC, elle dépend, depuis toujours, directement du gouvernement concernant la nomination de ses dirigeants.
De même, la Banque centrale hongroise ne sera nullement plus dépendante du gouvernement que ne l'est la Banque d'Angleterre ou la Fed américaine. La communauté internationale a tranquillement toléré et tolère toujours de semblables procédés en France, en Italie, en Angleterre, ou aux Etats-Unis, non pas parce qu'ils sont passés inaperçus, ni même par sa timidité devant de grandes puissances, mais tout simplement parce qu’elle n'y voyait rien de répréhensible.
Les vieilles et grandes démocraties, tout comme les obligations allemandes, profitent du capital de confiance qui a toujours fait défaut aux jeunes et petites démocraties.
Dans une certaine mesure, ces différences ont toujours existé et ont toujours compté. Sauf qu'à présent, on les exprime ouvertement et on n'hésite pas à les institutionnaliser. On ne sait pas quelles en seront les conséquences à long terme pour la Pologne et pour l'UE. Généralement, l'adaptation de la forme (institutionnelle) au contenu (par exemple économique) a pour effet de rationaliser les institutions. Mais aujourd'hui, on a affaire à des émotions, c'est-à-dire à la politique.
Les différences amplifiées émotionnellement et politiquement, les différences divulguées et institutionnalisées, deviennent inconfortables pour tout le monde. De nombreux pays auront encore plus du mal à accepter la position de l'Allemagne dans l'Union. L'Allemagne, elle, aura encore plus du mal à accepter le maintien de ses efforts de solidarité et de retenue [dans l'exercice de sa puissance].
Cela signifie qu'en dehors des tensions économiques et de politiques intérieures, il faut nous attendre à de grandes tensions internationales et à des problèmes décisionnels majeurs. Au moins jusqu'à ce qu'une nouvelle logique ne remplace l'hypocrisie du mythe fondateur de l'Union. Cela ne se fera ni rapidement ni sans peine.

L’Europe se dégrade elle-même

La dégradation de 9 pays de la zone euro, parmi lesquels la France, montre clairement que la politique européenne de fonds de sauvetage doublée de l'austérité fiscale a mis à plat le continent. Il est temps qu'Angela Merkel et ses partenaires trouvent une solution crédible à la crise, écrit Wolfgang Münchau. 

La semaine dernière avait été le théâtre d’une brève euphorie, mais la réalité nous a rattrapés. La nouvelle tombée le 13 janvier n’est pas vraiment une surprise. La dégradation de la note de la France était un choc annoncé.
Tout comme l’échec des négociations entre les investisseurs et le gouvernement grec au sujet d’une participation volontaire à la restructuration de la dette publique hellène. Une proposition fondamentalement irréaliste a été rejetée. Ne feignons pas d’en être étonnés.
Pourtant, ces deux événements sont importants parce qu’ils nous dévoilent le mécanisme à l’œuvre derrière ce qui nous attend probablement cette année. La zone euro est emportée dans une spirale faite de dégradations, de chute du produit intérieur brut, de hausse de la dette et de nouvelles dégradations. La récession n’en est qu’à ses débuts.
Il est désormais probable que la Grèce se déclare en défaut de paiement pour l’essentiel de sa dette et qu’elle soit même contrainte de quitter l’euro. Quand cela se produira, les feux de la rampe se braqueront aussitôt sur le Portugal, et ce sera le signal d’une nouvelle série de dégradations contagieuses.

Une géographie économique remodelée

Le Fonds européen de stabilité financière (FESF), institution dépourvue de moyens, est lui aussi menacé de dégradation [mécaniquement] puisqu’il a emprunté sa notation à ses membres. Compte tenu de son organisation, sa capacité de prêt effective s’en trouve ainsi affectée. Même si la dégradation de la note française n’est pas une surprise, les Etats membres de la zone euro ne disposent d’aucun plan de secours, tout juste de quelques scénarios destinées à colmater les brèches dans l’urgence.
Ils pourraient décider de gérer simultanément le FESF et son successeur permanent. Ou d’allouer immédiatement à ce dernier l’ensemble des capitaux du FESF. Ce qui creusera un peu plus des budgets nationaux à l’aube d’une année difficile.
En dégradant la note de la France et de l’Autriche mais pas celle de l’Allemagne et des Pays-Bas, Standard & Poor’s a également réussi à donner une forme à ce que pourrait être la géographie économique en cas d'éclatement. Politiquement, il aurait été beaucoup plus facile de faire face à une dégradation de tous les membres titulaires d’un triple A.
L’Allemagne est dorénavant le seul grand pays à se voir décerner la meilleure note. Une décision qui va compliquer la tâche de Berlin quand il lui faudra accepter les obligations de la zone euro. La différence de notation s’enfonce comme un coin entre la France et l’Allemagne et déséquilibrera encore un peu plus leur relation.
La nouvelle de la relégation a suscité une réaction épidermique qui nous prouve une fois encore que la crise et la recherche d’une solution se déroulent dans des univers parallèles. Le commentaire d’Angela Merkel, qui a déclaré que l’UE devait maintenant se hâter de boucler le traité fiscal, est caractéristique de cette rupture. Quoi qu’il advienne, la discipline fiscale reste leur/ seule réponse.
Cette réaction à la crise passe à côté du poids écrasant du secteur privé dans le déséquilibre interne de la zone euro. La conclusion du traité fiscal, aujourd’hui principale priorité de la politique de l’Union, est au mieux une diversion hors de propos.
Il est plus que probable qu’elle ne fasse qu’accentuer la tendance à une austérité pro-cyclique du genre de ce que nous avons vu en Grèce. Je m’attends par ailleurs à voir l’UE infliger des réglementations vengeresses aux agences de notation. Que cela soit justifié ou non, ce n’est là encore qu’une diversion.

Un système qui continue de se déliter

Il y a quelque temps, je soutenais que le sommet de décembre était la dernière chance d’un redémarrage intégral du système. A l’époque, on aurait pu envisager un marchandage grandiose portant sur un budget commun de la zone euro, des euro-obligations, une politique capable de maîtriser les déséquilibres internes de la zone et, dans ce contexte, l’imposition de restrictions sévères aux budgets nationaux.
Merkel et ses acolytes à Berlin et à Bruxelles ont voulu se targuer d’une réussite parce que le sommet des 8 et 9 décembre ne débouchait sur aucune des solutions évoquées ci-dessus, à l’exception du rééquilibrage du budget.
Maintenant que Merkel a obtenu ce qu’elle voulait, le système continue de se déliter. A chaque tour de la spirale, le coût financier et politique de résolutions inefficaces se fait plus lourd. Nous avons dépassé le stade où les électorats et leurs représentants sont prêts à payer le prix toujours plus élevé qu’implique la réparation du système.
La semaine dernière, une poignée de députés vétérans de la CDU au pouvoir, que je considérais auparavant comme des ténors de la modération, ont affirmé qu’un départ de la Grèce de la zone euro ne serait finalement pas si grave. Les attentes évoluent rapidement, et il en va de même de la disposition à accepter une fin brutale.
Et non, l’énorme injection de liquidités à laquelle a procédé la Banque centrale européenne (BCE) ne va pas non plus résoudre le problème. Loin de moi l’idée de sous-estimer l’importance de cette décision. La BCE a empêché un effondrement du crédit, et c’est tout à son honneur.
Le retour de l’argent à long terme et sans limite pourrait même avoir un impact marginal sur la volonté des banques de prendre part aux enchères de la dette publique. Avec de la chance, cela pourrait nous permettre de surmonter la rude période de refinancement de la dette au printemps prochain. Mais une averse de liquidités ne suffit pas à répondre au problème sous-jacent d’une absence d’ajustement macroéconomique.
Même les réformes économiques, aussi nécessaires soient-elles pour d’autres raisons, ne peuvent résoudre ce problème. C’est une illusion européenne de plus. Nous en sommes désormais au point où, pour sortir efficacement de la crise, il faudrait une autorité fiscale centralisée et puissante, dotée du pouvoir de fiscaliser et d’allouer des ressources dans toute la zone euro. Ce qui, bien sûr, n’arrivera pas.
Telle est l’ultime implication de la dégradation des notes de la semaine dernière. Nous n’en sommes plus au stade où un bricolage technique pourrait encore fonctionner. La boîte à outils est vide.


Contrepoint

Une intrusion anti-démocratique

Face à la dégradation tous azimuts "aussi gonflée que contradictoire" de neuf pays de la zone euro par S&P, la Süddeutsche Zeitung est passablement indignée : "Un monopole jette la pierre à la politique de gouvernements démocratiquement élus", déplore le quotidien de Munich, appelant à responsabiliser ces “examinateurs auto-proclamés” :
L'agence lance son message que personne n'avait demandé, au bon moment, deux semaines avant le prochain sommet de l'UE : ‘Faites ce que nous vous disons. Vous n’avez pas le choix.’ Elle n'hésite pas à mettre des pays du club de l'euro à un même niveau avec des pays en développement. Qui prête de l'argent à l'Italie ou à l'Espagne court le même risque que s'il envoyait son argent en Inde, en Colombie ou aux Bahamas. C'est absurde, c'est ridicule. […] Mais il y a plus dangereux : Standard & Poor’s […] tente d'intervenir directement dans la politique européenne. C'est n'est pas la tâche d'une agence de notation. Les Américains poussent de plus en plus ouvertement les Européens du continent à adopter les principes anglo-saxons dans leurs politiques économique et financière. C'est-à-dire, imprimer de l'argent quand nécessaire, pour sauver des banques et initier des programmes de relance. Qui ne le fait pas obtient des mauvais notes.

Greece Nears Deal With Private Creditors: CEO

Greece is nearing a deal with private creditors that would give them cash and securities with a market value of about 32 cents per euro of government debt, according to Bruce Richards, a hedge-fund manager on the creditors’ committee.
“I’m highly confident the deal will get done,” said Richards, chief executive officer of New York-based Marathon Asset Management LP, in a telephone interview today with Bloomberg Businessweek.
Marathon, which has $10 billion under management, is on the committee of 32 private creditors that formed in November to negotiate with Greece, the International Monetary Fund and the European Union. It’s not a member of the smaller steering committee directly involved in negotiations. The talks, under the auspices of the Institute for International Finance, broke off Jan. 13 and are scheduled to resume tomorrow in Athens with Greek Prime Minister Lucas Papademos and Finance Minister Evangelos Venizelos.
Richards, 51, said he expects Greece won’t make a 14.5 billion euro ($18.5 billion) bond repayment scheduled for March 20. He expects a deal with creditors to be in place before then. Investors who agree will probably be paid the new package of cash and bonds shortly after that date, he said.
Pantelis Kapsis, Greek government spokesman, declined to comment.

Talks ‘Continuing’

There are still obstacles to concluding what negotiators term a “consensual restructuring.” Official lenders may object if they conclude that the deal would be too expensive for Greece, which would force the country to go back for more official support in the future.
“I can only tell you the negotiations are continuing,” said Frank Vogl, an IIF spokesman. “I can’t tell you whether they’ll be successful.” The IIF, a global association of financial institutions, is led by Deutsche Bank AG (DBK) CEO Josef Ackermann.
An agreement reached Oct. 26 called for private holders of just more than 200 billion euros worth of Greek government bonds to accept new bonds with a face value of half that amount, or about 100 billion euros. As part of the deal, euro-zone members agreed to kick in 30 billion euros in unspecified support. That could take the form of buying bonds from the private holders at 100 cents on the euro in cash, leaving them with new bonds with a face value of 70 billion euros.

Talks on Interest

Negotiations since then have centered on the interest rate new bonds will pay, with Germany among those insisting on a low rate and the private creditors demanding a higher one.
The new bonds will probably pay annual interest of 4 percent to 5 percent and have a maturity of 20 years to 30 years, Richards said. They may trade for about half of their face value, he predicted. Altogether, the net present value of the deal for the bondholders will be about 32 cents on the euro, he estimated.
It’s not yet clear whether the deal will cover all outstanding Greek bonds or just those maturing by the end of 2020, Richards said. He also said that the deal probably won’t contain a sweetener to reward creditors in case of a strong improvement in the health of the Greek economy in coming years.
The tentative deal may win support from investors holding 70 percent to 80 percent of the privately held Greek bonds, he estimated. He favors the deal, suggesting investors who refuse may get back less.
“There’s a very, very high probability that this goes through,” he said. “It’s the best deal creditors can get.”
Marathon, which was founded in 1998 by Richards and Louis Hanover, began in August to raise a new fund to take advantage of the European debt crisis.
“We’re very focused on this opportunity,” Richards said, declining to discuss the fund or to say how much Marathon has invested in Greek bonds.
To contact the reporter on this story: Peter Coy in New York at pcoy3@bloomberg.net
To contact the editor responsible for this story: David Scheer at dscheer@bloomberg.net.

mardi 17 janvier 2012

Le Royaume-Uni redoute d'être le prochain pays à perdre son AAA

La dégradation, par Standard & Poor's (S&P) de neuf membres de la zone euro, dont la France, inquiète le Royaume-Uni. Sur le thème : l'île d'Albion sera-t-elle la prochaine sur la liste des pays qui perdent leur triple A ?

De fait, l'une des faiblesses invoquée par l'agence américaine de notation à l'appui de sa décision d'abaisser la note de la France d'un cran est l'anémie de la croissance. Ce même critère pourrait mettre en péril le maintien du AAA britannique, sésame garant de sa solvabilité qui lui permet de s'endetter à bas coût.
Londres s'inquiète de voir ses partenaires européens mettre en cause la légitimité de son AAA. Après les attaques récentes de Paris sur son économie, l'Allemagne a, à son tour, attaqué. Ainsi, pour Michael Fuchs, numéro deux du groupe parlementaire de la CDU, la formation politique de la chancelière Angela Merkel, "si l'on veut être cohérent, il faudrait aussi dégrader le Royaume-Uni" dont la dette et le déficit budgétaire structurel sont plus élevés qu'en France.
A lire le rapport alarmiste publié ce week-end par le cabinet comptable Ernst & Young, la reprise économique outre-Manche est "paralysée" par la crise de la zone euro qui absorbe deux cinquièmes des exportations du royaume. Le document prévoit une récession au dernier trimestre 2011 et au premier trimestre 2012.
Tout en applaudissant la cure d'austérité draconienne poursuivie sans relâche par Londres, les agences de notation s'inquiètent des perspectives peu réjouissantes de croissance. Les exportations et l'investissement du secteur privé n'ont pas pris le relais de la consommation et des dépenses publiques, affectées par la crise. La productivité est pénalisée par la baisse des crédits bancaires aux petites et moyennes entreprises, moteurs traditionnels de l'innovation et de la création d'emplois ainsi que par la réduction du budget de la formation professionnelle.
La politique de la Banque d'Angleterre - qui fait marcher la planche à billets et achète sans retenue de la dette souveraine britannique - milite pour sa part pour le maintien du AAA. Mais, l'injection de liquidités par l'institut d'émission présente des risques d'aggravation d'une inflation déjà élevée, à 4,8 % pour l'heure.
Comme le fait remarquer Liam Halligan, économiste auprès du gestionnaire de patrimoine Prosperity Capital Management, à cette dette officielle s'ajoutent les engagements, selon ses propres termes, "cachés" de l'Etat britannique : le poids des retraites dans le secteur public et la facture des projets défaillants du partenariat privé-public.
Il cite également le coût colossal de la nationalisation de plusieurs banques et organismes de prêts hypothécaires, dont Royal Bank of Scotland et Lloyds, à la suite de la crise financière de 2008-2009. Et à voir la vente au rabais de Northern Rock à Virgin Money, les revenus tirés de la cession future des établissements publics pourraient être bien inférieurs aux prévisions optimistes du Trésor.
Enfin, l'agence Moody's a publié fin décembre 2011 une mise en garde sur le triple A du Royaume-Uni, en raison, notamment, de la montée du déficit budgétaire et de la croissance quasi nulle (Le Monde du 23 décembre 2011).
Reste que malgré ces nuages, Richard McGuire, analyste obligataire auprès de la Rabobank, est persuadé que l'économie britannique garde deux atouts de poids pour conserver le AAA : "Sa propre devise et une politique fiscale crédible."

Télescopage

S’il fallait se résigner à opposer les règles de l’économie contemporaine à la démocratie, la journée d’hier serait un modèle. Le discours volontiers caricatural d’un Jean-Luc Mélenchon aura eu de quoi faire son miel du galimatias que les agences de notation nous ont imposé. L’une dégrade, l’autre pas. La gauche embraye sur les prévisions de la première, et le surlendemain la droite se surexcite, à la limite, sur la seconde. « Le peuple » n’y comprend rien. La presse fait semblant de trouver un ordre immanent à l’anarchie des analystes financiers mais la plume hésite à se noyer dans les marécages de calculs dérisoires qui lui échappent.

Une seule certitude : ça va mal, comme l’a confessé, à Strasbourg, et le plus gravement du monde, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, et toutes les petites manœuvres pour exploiter les oscillations positives ou négatives du désastre n’y pourront rien changer. Que Moody’s et Fitch conservent le triple A deux jours après que Standard & Poor’s l’eut ramené à un simple double (plus) suffit à démontrer l’inanité des spéculations sur ce nouveau symbole qui ridiculise de grandes et vieilles nations au gré de ses humeurs. À quoi bon perdre du temps en vaines conjectures sur ces thermomètres approximatifs quand, de toute façon, il apparaît indiscutable — hélas — que la situation de la France est mauvaise, sinon critique ? Le petit jeu de ping-pong entre le clan Sarkozy et l’équipe Hollande est d’un pathétique navrant. Un président de la République qui refuse de répondre à une question simple sur la première lettre de l’alphabet. Une opposition qui fait semblant de croire, contre toute raison, que le programme du candidat PS est insensible à la crise. Et les amis de l’un qui accusent les amis de l’autre de se réjouir du malheur national… Tant d’intelligence réduite à tant de mesquinerie infantile c’est un spectacle affligeant. Assez ! Quel mépris pour eux-mêmes. Quel mépris pour nous ! Quel mépris à l’égard des électeurs ! Quel cadeau fait aux extrêmes !

Faut-il que les candidats à la présidentielle soient à ce point aveuglés par les lumières du pouvoir pour se ruer comme des affamés vers la sombre pénitence de l’Élysée ? Récupérer une note dégradée pourra prendre dix-quinze ans. De quoi user deux ou trois mandats… et couper l’appétit. Mais non. Il faut croire que les ministères protègent du réel pour rester autant convoités. Hier soir, à l’heure de la rédaction de cet éditorial, mon fils de 17 ans révisait un cours d’économie sur Tocqueville. Je ne sais pas pourquoi, l’ironie du télescopage m’a fait sourire…

On espère toucher le fond

La campagne présidentielle va-t-elle enfin s'attaquer aux questions qui intéressent les électeurs ? Les candidats – déclarés ou non – peuvent-ils redescendre dans la «France d'en bas » ? Tous ces capitaines ne montrent pas de cap, ne semblent pas avoir de boussole. Ou alors celle des agences de notation. D'accord, les conséquences d'une dégradation peuvent se ressentir dans la vie courante. Quels sont ses effets ? Les connaissent-ils ? Et comment les combattre ? Rigueur, austérité, relance... ça veut dire quoi, bon sang !
À Maubeuge, des médias ont décidé d'ouvrir des carnets de campagne. Les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses, mais ont de moins en moins les moyens de vivre. Quelle fantastique sujet pour un homme politique postulant au premier rang de l’État ! Nos vieux sont-ils une charge ou un atout pour la société ? Comment changer notre relation aux personnes fragilisées d'une manière générale ?
Ce sera sans doute plus facile de « rebondir » sur l'affaire Élodie Kulik. L'auteur du viol a été confondu dix ans après les faits et alors qu'il est mort entretemps. Grâce à quoi ? À une technique ultramoderne reposant sur un fichier d'empreintes génétiques. La Justice - et donc la sécurité – serait à ce prix, en contradiction avec la notion de liberté individuelle. Qu'en pensent les candidats ? Au petit jeu de qui tirera le premier sur le contenu, on risque d'attendre longtemps les favoris. Les challengers ont le champ libre : qu'ils s'en emparent !

Et si la faillite de la Grèce était LA solution ?


Vendredi, alors que Standard & Poor's se préparait à annoncer la dégradation de la France, les négociations sur la dette grecque tournaient au vinaigre. La Grèce, qu'on aurait presque oubliée, risque de nouveau de faire défaut.

Ce qu'il y a de bien avec la crise européenne, c'est que c'est sans fin.

Que s'est-il passé ?

Vous vous souvenez qu'en novembre dernier, les banques qui avaient prêté de l'argent à la Grèce acceptaient gracieusement une décote de 50%. Ce qui signifiait que si elles avaient prêté 100 euros à l'Etat grec, elles acceptaient – avec le sourire – de n'en retrouver que 50 à la fin du prêt.

En pratique, elles doivent échanger les obligations grecques qu'elles détiennent contre de nouvelles obligations à 30 ans et d'un taux d'intérêt (le coupon) inférieur.

Cette opération dite de haircut doit permettre à la Grèce d'effacer près de 100 milliards d'euros de dettes.

D'où l'importance d'accepter de perdre avec le sourire
L'acceptation des banques est fort importante : elle doit éviter une faillite désorganisée – du moins sur le papier. Les dirigeants européens ont essayé de faire croire aux marchés que :
1. la Grèce ne faisait pas faillite ;
2. ce n'était pas un accident de crédit mais un abandon volontaire de créance.

L'important était de ne pas déclencher les assurances contre le risque de défaut de la Grèce, les CDS (credit defaut swap) qui ne s'enclenchent qu'en cas d'accident de crédit. Or une décote volontaire n'est pas considérée comme un défaut.

Ces CDS sont détenus par des banques européennes mais vendus par les banques américaines. Or ces dernières n'ont ni l'envie ni la santé financière de sortir sans sourciller ces milliards.

Voilà donc ce qui était prévu sur le papier.

Quelques semaines plus tard, cette mascarade vole en éclat.

Crispation autour d'un coupon
Vendredi dernier, les banques et autres créanciers particuliers de la Grèce (fonds de pension, fonds d'investissement, etc.), répondant aussi au doux nom de PSI (private sector involvement), ont quitté la table des négociations.

Le coeur du problème : cette fameuse décote évidemment. Ou plutôt le taux d'intérêt des nouvelles obligations. Le secteur privé penche pour 5%, le FMI pour 2% et les gouvernements européens pour 4%. Or ce n'est pas un point de détail : selon le taux d'intérêt fixé, la réduction de dettes pourrait atteindre 80%. On comprend donc pourquoi le secteur privé s'accroche à ses points de pourcentage – et qu'il ait quitté la table des négociations la semaine dernière.

Le problème est qu'un accord doit être trouvé rapidement. La Grèce est censée rembourser 14,5 milliards d'euros de dettes en mars prochain. Milliards qu'elle n'a évidemment pas. Le FMI doit donc fournir à la Grèce de quoi faire face à ses créanciers. Mais avant de payer, le Fonds préférerait que les conditions de la restructuration de la dette grecque soient acceptées par toutes les parties concernées.

Que va-t-il se passer ? Il y a de grandes chances qu'un accord soit finalement trouvé. Mais c'est un signe de plus que la restructuration de la dette grecque ne va pas si bien se passer que cela. Jusqu'à quand les banques vont-elles accepter d'oublier l'argent que la Grèce leur doit ?

Faut-il laisser la Grèce faire faillite ?
Et surtout, ces tergiversations risquent de rendre plus séduisante la perspective d'un vrai défaut de la Grèce.

Pourquoi ?

Pour l'opinion publique allemande, la perspective d'un défaut – et même d'une sortie de la zone euro de la Grèce – présente certains avantages. N'oubliez pas que l'Allemagne se sent maintenant bien isolée au sein de l'euro : elle est un des seuls pays à avoir conservé son AAA.

La dégradation récente de la note française pèse, comme nous l'avions prévu, sur la note du Fonds européen de stabilité financière. Hier, Standard & Poor's a dégradé le FESF, de AAA à AA+. Ce qui va limiter sa capacité d'emprunt et donc d'action. Comme le rappelle Le Figaro, l'agence de notation avait prévenu qu'à moins que l'Allemagne augmente sa participation financière au FESF, celui-ci serait dégradé dans la foulée de la France.

Là encore, cette décision augmente les crispations allemandes. Nos voisins d'outre-Rhin n'ont aucune envie de sauver à eux seuls la zone euro.

Pour certains investisseurs privés (comme les fonds d'investissement), une telle solution impliquerait le déclenchement des CDS – ils pourraient donc retrouver une plus grande partie de leur argent.

Ne reste donc plus que les banques. Evidemment, elles préféreraient ne pas avoir à payer ces CDS. Mais au pire, que feraient-elles ? Les banques européennes iraient chercher des liquidités supplémentaires auprès de la BCE. C'est ce qu'elles font depuis le début de la crise : elles échangent des dettes pourries ou douteuses contre de la liquidité auprès de l'Institution de Francfort.

Tout cela pour quoi ?
Si vous n'êtes pas encore convaincu de la nécessité de préparer votre portefeuille à ce que nous réserve les semaines et les mois qui viennent, voici une dernière information d'importance.

Même si les investisseurs privés acceptent la décote de 50%, la dette publique grecque atteindra toujours 120% du PIB en... 2020 !

Voix

Beau sujet, au menu aujourd’hui d’une réunion du parti présidentiel : la France silencieuse. La France des Français qui ont des choses à dire mais n’ont pas la parole. La classe moyenne, dirait Monsieur Wauquiez, soit tous les Français à l’exception des très pauvres et des très riches, ce qui permet d’embrasser une large majorité, silencieuse ou pas. L’UMP entend évidemment opposer sa France silencieuse à la France de l’opposition qui parle pour ne rien dire. Mais l’opposition prétend justement porter la voix des Français qui, n’ayant pas le pouvoir, n’ont pas la parole. Nonobstant, François Bayrou dit s’exprimer pour ceux qui veulent renverser la table, et Marine Le Pen au nom des oubliés de la démocratie… Franchement, pour nous tous qui ne causons pas dans le poste, c’est flatteur d’entendre tous ces politiques jurer de nous donner la parole. Serait-ce pour nous prendre notre voix ?

L'histoire en crise

Un jour, on vote une loi sur le génocide arménien de 1915 ; un autre, on célèbre Jeanne d'Arc sur tous les tons... L'histoire devient une ressource symbolique instrumentalisée par certains acteurs politiques ¯ pas tous, heureusement ! ¯ s'arrogeant le droit de décider de la vérité historique.

Il fut un temps où l'histoire était presque sacrée. Elle permettait aux écoliers d'accéder à un récit ponctué de grandes dates : 732, 1515, 1789... Elle offrait aux instituteurs un facteur puissant d'intégration. L'histoire des chercheurs rayonnait bien au-delà de nos frontières ; la France, nation universelle, adressait au monde entier un message chargé de valeurs et de connaissances que ses historiens contribuaient à produire et à diffuser.

Au milieu du XXe siècle, l'École des Annales a constitué une forte inflexion et l'apogée de cette période où l'histoire était prééminente en France. Les historiens français occupaient une place internationale de premier plan. Marc Bloch, Lucien Febvre, puis Fernand Braudel et Ernest Labrousse, ont incarné une historiographie renouvelée, reliée aux autres disciplines des sciences de l'homme, qui apparaissaient un peu comme les demoiselles d'honneur de la reine de beauté qu'elle était.

Les historiens français, dans l'ensemble, produisent aujourd'hui des connaissances d'excellente facture. Ils constituent un milieu nombreux, dense et actif. Mais leur prépondérance mondiale n'est plus ce qu'elle était et leur importance dans la vie intellectuelle et scientifique de notre pays pas davantage. Les professeurs d'histoire éprouvent souvent, comme d'autres, le sentiment d'une chute sociale exacerbée par l'attitude des pouvoirs publics, qui réduisent la place de leur discipline dans certains programmes, ou le comportement d'élèves qui contestent le contenu des cours au nom de leur mémoire familiale.

La fin d'une place privilégiée

À l'étranger, en dehors de milieux professionnels spécialisés, nos meilleurs historiens sont moins connus et célébrés qu'à l'époque, pourtant relativement proche, où l'on s'enthousiasmait dans de larges cercles pour les travaux de Jacques Le Goff, Georges Duby, Emmanuel Le Roy Ladurie, François Furet, Jean-Pierre Vernant, et tant d'autres. Et, en France, l'histoire a perdu son aura. Des mémoires la contestent, portées par des groupes réclamant la reconnaissance de leurs souffrances passées. Des lois « mémorielles » sont votées qui donnent l'impression que les politiques prennent la place des historiens. À l'école publique, une partie de l'enseignement sur des dossiers sensibles, la Shoah par exemple, est confiée à d'autres que des historiens de métier. Et dans la vie scientifique, l'histoire n'occupe assurément plus la place privilégiée qui était la sienne parmi les autres disciplines des sciences de l'homme et de la société.

Plus la société devient multiculturelle et moins il est possible de promouvoir un récit national oublieux des différences, qu'elles soient anciennement présentes sur le territoire national ou apportées par l'immigration. De plus, la globalisation pèse sur la vie sociale et économique de notre pays, le monde devient multipolaire : dès lors, l'idée d'une historiographie rayonnant comme un soleil depuis Paris apparaît comme singulièrement dépassée. Le changement affaiblit nos vieilles conceptions de l'histoire et nos façons de l'enseigner. Certains acteurs politiques s'engouffrent dans l'espace ouvert par ces carences.

(*) Sociologue.

Nadine et Marine : Y’a pas photo !

La ministre de l’Apprentissage, Nadine Morano, a illustré une nouvelle fois dimanche combien les dirigeants de l’UMP obéissent toujours servilement au principe dialectique du « pas d’ennemi à gauche », faisant bien mériter à cette formation son surnom d’« UMPS » comme machine à perdre de « la droite piégée », au service idéologiquement et stratégiquement de la gauche.

Lors de l’émission Le Grand Jury-RTL/Le Monde/LCI, si la ministre a réitéré sa charge contre François Hollande qu’elle avait qualifié récemment d’« homme dangereux pour la France », elle a accusé Marine Le Pen d‘être dangereuse « à un degré beaucoup plus élevé que François Hollande ». Selon elle, la vague bleu Marine « c’est cataclysmique pour la France et d’autant plus pour les personnes les plus fragiles et les plus modestes ».

Marine Le Pen « parle de patriotisme, alors que ce n’est pas une patriote, c’est une nationaliste », a tenté d’expliquer sommairement Nadine Morano. Et d’enchaîner pathétiquement : « Ce qui me fait de la peine, c’est le discours qu’elle tient aux ouvriers, elle les berne. Elle leur fait croire que leur niveau de vie va augmenter si elle arrivait au pouvoir, elle leur fait croire qu’en fermant les frontières nous serions plus protégés, elle leur fait croire que avec tout irait mieux si nous sortions de l’euro. Alors que si nous sortions de l’euro, ce seraient eux qui en pâtiraient le plus, ce seraient les ouvriers, les personnes qui ont les revenus les plus modestes. »

A court d’arguments, elle a repris le couplet éculé déjà entonné par le très établi Laurent Joffrin, à gauche de la gauche caviarde : « Marine Le Pen vit dans un château sur les hauteurs de Saint-Cloud » et « elle utilise les ouvriers, leurs peurs, leurs angoisses, je ne le laisserai pas faire », a lancé la brave ministre.

Entre Marine et Nadine, y’a pas photo, comme on dit, pour discerner laquelle est l’intruse dans le camp de l’anti-gauche. Pas besoin d’un dessin de Chard non plus pour comprendre que, lorsqu’on tient ce langage pavlovien, lorsque « le plus dangereux » est toujours sur sa droite et jamais sur sa gauche, on obéit plus ou moins (in)consciemment à une praxis subliminale qui est celle de la gauche, à une logique de la continuité révolutionnaire qui contredit assurément la candidature de rupture que prétendait incarner Sarkozy. Rappelons, par exemple (au moment où le « débat » ressort curieusement à « droite »), que c’est Nadine Morano (avec Roselyne Bachelot) et non pas Christine Boutin qui est restée au gouvernement, devenant secrétaire d’Etat à la famille (sic), alors qu’elle n’a jamais caché ses positions en faveur de la reconnaissance des familles homoparentales !

Face à de tels ministres UMP, mentalement de gauche, Marine Le Pen n’a pas de mal à dénoncer, elle, « le mensonge devenu industriel sous Nicolas Sarkozy », en se présentant comme la seule candidate possible et crédible pour la rupture, à travers la sortie de l’euro, le protectionnisme national et le nationalisme à la française. Sur l’euro, la dette, l’immigration, le mariage homosexuel, l’industrie, les racines chrétiennes de la France…, « le boomerang des mensonges est en train de revenir à toute vitesse » sur sa tête, a-t-elle déclaré dimanche en meeting près de Rouen.

« Le mondialisme n’est pas seulement un système économique sauvage et dépassé » mais aussi une « idéologie » visant à « encourager le nomadisme », à rendre les hommes « interchangeables », « anonymes », et à affaiblir les cultures, a-t-elle affirmé, en invoquant « ce violent amour de la France » grâce auquel l’oublié, l’anonyme retrouverait une voix, un visage… « Se souviennent-ils seulement, a-t-elle lancé à l’adresse de ses concurrents, ou sûrement en ont-ils honte, que la France plonge aussi ses racines dans le christianisme ? C’est pourtant notre histoire, notre identité, que ça leur plaise ou pas ! »

Si Marine Le Pen reprend significativement le slogan de Jean le Bon (« Père gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche ! »), c’est que la (fausse) droite en France est foncièrement à gauche et qu’à sa manière, la fille de Jean-Marie Le Pen propose en effet une alternative nationale ou bien un « pas d’ennemi à droite » bien compris qui est le contraire du « pas d’ennemi à gauche ». Cela mérite considération.

S&P abaisse la note du Fonds européen de stabilité financière à AA+

L'agence de notation Standard & Poor's a annoncé lundi 16 janvier qu'elle abaissait la note à long terme du Fonds européen de stabilité financière (FESF), la dégradant de AAA à AA+. S&P confirme la note à court terme A-1+ et précise que la perspective est en développement.

Cette décision est la conséquence de l'abaissement de la note de la France et de l'Autriche, qui faisaient partie des Etats notés "AAA" et permettaient au Fonds, par leurs garanties, de bénéficier de la note optimale de S&P. Les deux pays, désormais notés AA+, font partie des neuf pays européens sanctionnés par l'agence vendredi. Depuis, S&P considère donc que les obligations du FESF ne sont plus totalement soutenues, autant par les pays membres du Fonds que par des valeurs mobilières notées AAA.
Standard & Poor's n'exclut toutefois pas de relever la note à "AAA" si des garanties financières supplémentaires devaient lui être accordées. "Si nous constatons que les obligations à long terme du FESF sont pleinement soutenues par les garanties des Etats membres bénéficiant d'un triple A, nous pourrions relever sa note à 'AAA'", indique S&P. L'agence estime qu'il y a une probabilité qu'elle relève la note du FESF ou au contraire l'abaisse dans les deux ans.
LA CAPACITÉ DE PRÊT "PAS REMISE EN CAUSE"
Le patron du FESF, Klaus Regling, a toutefois estimé que la capacité de prêts du Fonds ne sera pas remis en cause par cette décision. "L'abaissement d'un cran de la note du FESF ne va pas réduire sa capacité de prêts de 440 milliards d'euros. Le FESF a les moyens de remplir ses engagements actuels et éventuellement d'autres, d'ici la mise en œuvre du Mécanisme européen de stabilité (MES) en juillet", a affirmé M. Regling.
Quant au président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, il a estimé lundi que l'Europe se trouve dans une situation économique "très grave". "Durant les tout derniers mois de 2011, l'incertitude sur la durabilité de certains souverains et sur la résistance du système financier, combinée à des perspectives de croissance sombres, ont débouché sur de sérieuses perturbations du fonctionnement normal des marchés financiers et de l'économie réelle." Invité par le Parlement européen en qualité de président du comité européen du risque systémique (ESRB), il a toutefois appelé à "apprendre à se passer" des agences de notation, ou à ne les considérer que comme "un paramètre parmi beaucoup d'autres".
Le ministre des finances français, François Baroin, a lui estimé lundi soir qu'il n'y avait "pas besoin d'agir" sur le Fonds européen de stabilité financière. "Le FESF conserve intacte sa capacité de prêt, avec des moyens suffisants et garantis pour remplir l'ensemble de ses engagements présents et à venir", affirme-t-il dans un communiqué.
DÉBATS SUR UN RENFLOUEMENT DU FESF
Mario Draghi a par ailleurs estimé que le Fonds de secours européen, privé de sa note "AAA", devrait être renfloué pour garder sa force de frappe en l'état. Selon lui, "il faut des contributions supplémentaires des pays encore notés AAA" pour que le FESF conserve "la même capacité" ou puisse prêter "au même taux".
Le scénario d'une hausse des garanties est toutefois mal engagé, l'Allemagne – premier contributeur du Fonds – ayant catégoriquement refusé lundi de remettre au pot pour le FESF. Les dégradations par Standard and Poor's de plusieurs pays européens avaient déjà relancé vendredi le débat sur la nécessité d'un renflouement du Fonds de secours de la zone euro (FESF), avec de sérieux clivages entre les capitales européennes.
La chancellière allemande, Angela Merkel, avait notamment indiqué préférer, avant même cette décision de S&P, une dégradation du FESF plutôt que de le renflouer. Les dégradations "ne vont pas torpiller le travail du FESF et je ne vois pas de besoin d'y changer quelque chose", avait-elle assuré. Lundi, le ministère allemand des finances a été dans le même sens, assurant qu'il n'était "pas besoin d'agir sur le FESF actuellement".
La capacité de prêts de l'actuel FESF est de 250 milliards d'euros environ, sur une enveloppe initiale de 440 milliards, un montant insuffisant s'il fallait venir en aide à un pays comme l'Italie. Un fonds permanent de secours, le MES, devrait commencer à fonctionner dès le mois de juillet, remplaçant au bout d'un an cet instrument temporaire qu'est le FESF. Le MES doit avoir une capacité de prêt de 500 milliards d'euros et un capital propre de 80 milliards, apporté par les Etats membres.

De Madrid, Nicolas Sarkozy contre-attaque sur le Triple A et accuse l’opposition d’agitation

Nicolas Sarkozy ne veut pas se laisser déstabiliser par la perte du triple A de la France décidée par Standard and Poor's. Il a ainsi contre-attaqué, lundi 16 février, à Madrid, lors de sa conférence de presse aux côtés du président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy. Le chef de l’Etat sait qu’il sera interrogé sur le sujet et le décrochage de la France par rapport à l’Allemagne. Il a préparé son coup et refuse de répondre au journaliste. « Vous n'avez peut-être pas eu les dernières informations ? Donc pouvez-vous me poser une autre question avec les dernières informations ? », demande M. Sarkozy au cours d’un échange aigre doux.
Traduction, le chef de l’Etat veut qu’on donne autant de poids à la décision de Moody’s, qui ne prendra pas de décision sur la France avant avril. Dans la journée, à Paris, ce fut un tir groupé de l’UMP. Derrière la presse, c’est l’opposition qui est visée. « Ceux qui commentent peuvent se laisser aller à des outrances, dire des choses qu’on a oubliées le lendemain. Quand on est au gouvernement, on n’a pas le droit, on ne peut pas se permettre ce genre d’agitation », accuse M. Sarkozy pendant la conférence de presse. Et d’instrumentaliser son voyage en Espagne pour faire la leçon à l’opposition.
L’occasion était rêvée, alors que le roi d’Espagne Juan Carlos avait remis à Nicolas Sarkozy dans la matinée les insignes de chevalier dans l’ordre de la toison d’or. Une première depuis le président Gaston Doumergue en 1926. Cette distinction exceptionnelle a été remise notamment pour le soutien indéfectible de Nicolas Sarkozy dans la lutte contre le terrorisme de l’ETA dès sa nomination au ministère de l’intérieur en 2002. « Il n’y a plus de Pyrénées dans la lutte contre le terrorisme », expliqua le récipiendaire, avant de conclure, ému. « Croyez bien que c’est un jour que je n’oublierai pas. » Et c’est toute l’Espagne qui était effectivement reconnaissante : outre M. Rajoy, tous les premiers ministres espagnols s’étaient déplacés: le socialiste sortant Jose Luis Zapatero, le conservateur Jose Maria Aznar, ami de George Bush, et le socialiste Felipe Gonzalez, qui fit entrer l’Espagne dans l’Union européenne.
Et tous ont posé, tout sourire, aux côtés du roi et de son épouse. « J’admire cette démocratie espagnole qui peut rassembler tous les présidents du gouvernement sans que personne ne se sente atteint dans son identité politique », a salué M. Sarkozy, avant d’attaquer sur la règle d’or, adoptée par consensus avant les élections générales espagnoles, qui ont vu le retour de la droite. « C’est la même maturité qui permis à Mariano Rajoy, président du Partido Popular, de voter aux côtés du gouvernement socialiste de Luis Rodriguez Zapatero une règle d’or », a déclaré le chef de l’Etat.
« Quand on est dans l’opposition et que l’on sait, dans l’intérêt de son pays, faire un geste vers le gouvernement, on se grandit », a déroulé M. Sarkozy, avant de conclure : « Il y a sans doute à s’inspirer de la démocratie espagnole ». Une démocratie où droite et gauche s’affrontent souvent très violemment.
 "Il faut agir tout de suite"
Il n’empêche, après avoir accusé l’opposition de n’avoir soutenu aucune de ses réformes, en particulier celle des retraites, le chef de l’Etat a défendu sa stratégie consistant à multiplier les annonces de réformes à moins de cent jours de la présidentielle. « Pour celui qui est au chômage, pensez vous qu’il ait le temps qu’on attende la campagne électorale ? Il faut agir tout de suite », assuré M. Sarkozy. « Il n’y a jamais de risque à dire la vérité au pays dont on a la responsabilité, les gens sont lucides, très intelligents, ils comprennent tout. »
M. Rajoy a apporté son soutien à l’idée d’une taxe Tobin, défendue par M. Sarkozy et indiqué son souhait de voir son pays jouer tout son rôle en Europe. M. Sarkozy l’a soutenu alors que le sommet tripartite de Rome, qui devait rassembler M. Sarkozy, le président du conseil italien Mario Monti et la chancelière allemande Angela Merkel a été reportée à la fin février.
La campagne électorale s’est poursuivie à l’ambassade de France à Madrid, devant les Français de l’étranger, où M. Sarkozy a vanté son bilan, de nouveau justifié la gratuité du lycée français à l’étranger pour les enfants d’expatriés. Jamais il n’a noté que les expatriés n’étaient pas contribuables français. En revanche, le chef de l’Etat a défendu la double nationalité, combattue par une partie de la Droite populaire. « Les Français qui ont une autre nationalité restent Français et appartiennent pleinement à la communauté nationale ». D’ailleurs, les Français de l’étranger auront le droit de vote aux législatives, M. Sarkozy ayant créé onze circonscriptions à travers la planète.