TOUT EST DIT

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mercredi 18 janvier 2012

La folle manœuvre d'un monstre des mers

Le naufrage du paquebot de croisière italien, c'est d'abord une tragédie humaine. Elle pourrait se doubler d'un désastre écologique. C'est aussi l'histoire d'une erreur humaine, d'une inconscience. Le capitaine du Costa Concordia a failli. Il n'a emprunté ni la route habituelle, ni une route autorisée. Le Costa naviguait à 150 mètres d'une île quand la coque a heurté un rocher, l'un de ces écueils que les pêcheurs de la zone connaissent. Pas lui ? Il a sacrifié à une tradition de courtoisie qui consiste à s'approcher des côtes, légèreté d'autant plus coupable que, ce faisant, il aurait voulu gratifier un membre de l'équipage. Un peu comme si un pilote d'avion s'offrait un vol en rase-mottes, un caprice, pour saluer un ami ! Il a abandonné le navire, refusé de remonter à bord pour diriger les secours, au demeurant tardifs. On se frotte les yeux pour y croire. On se dit que si l'on sait faire monter 4 200 passagers dans ces palais flottants pour casser les prix, on doit bien être capable de les en faire descendre avec une certaine méthode. Le chauffard des mers sera tenu pour premier responsable de la catastrophe. Il n'est jamais que le maillon faible d'un système qui pousse au gigantisme. La globalisation a transformé le transport maritime, soumis à toujours plus de concurrence et de nécessité de réduire les coûts. À l'ère du low-cost, on n'a pas hissé les exigences de la sécurité à la hauteur des enjeux économiques. Le capitaine abandonné ne manquera pas de l'invoquer pour sa défense. De même que l'on ne peut s'empêcher de rappeler que c'est l'accidentologie, donc le malheur humain, qui en général fait avancer la réglementation sur la sécurité.

mardi 6 décembre 2011

Nogent plus urgent que le bois de Boulogne

Le scénario de Greenpeace, experte en désobéissance civile, était réglé comme du papier à musique. Son coup d'éclat, après que ses militants se sont introduits dans la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, a réussi. L'image fait le tour du web. Le défi lancé par l'organisation écologiste, selon laquelle « le nucléaire sûr n'existe pas », ébranlera quelques certitudes. On n'est pas loin de penser en effet qu'on entre dans une centrale comme dans un moulin ! Cette intrusion révèle a minima une faille dans le dispositif, si l'on veut bien songer que neuf militants se sont promenés pas très loin du cœur de la centrale, certes sans pénétrer dans le saint des saints, surprotégé quant à lui. EDF, comme à son habitude, minimise l'incident mais ne convainc pas : on a compris qu'elle ne voulait pas créer un phénomène de victimisation mais pourquoi diable ont-ils été interpellés un quart d'heure après avoir été repérés ? Car au final, l'électricien contribue à alimenter le doute autour de l'idée de vulnérabilité du nucléaire. Cette opération soulève aussi une contradiction spectaculaire entre un discours officiel sur une sécurité à toute épreuve et les moyens folkloriques de visiteurs armés de pinces et banderoles. Elle arrive à point nommé après Fukushima qui oblige à s'interroger - imaginer l'inimaginable - et à réévaluer les risques et les normes. Prévoir l'imprévisible, n'est-ce pas au fond ce que le commando a déjoué ? Cette action aura enfin montré au ministre de l'Intérieur un autre sens des priorités : il y a mieux à faire et plus urgent à Nogent-sur-Seine qu'à commenter un contrôle de police au bois de Boulogne !