samedi 3 décembre 2011
Crise : Merkel veut une "union budgétaire"
Droit de vote des étrangers : Aubry est pour
Contrairement au président de la République, la première secrétaire du Parti socialiste s'y déclare favorable. Dans une tribune parue dans Libération vendredi, elle s'explqiue disant « parce qu'ils participent activement à la vie de la cité, les étrangers en situation régulière doivent enfin prendre part aux élections locales en détenant le droit de vote ». Une position claire et définitive déjà affirmée dans le passé.
"Nous avons démontré la capacité d'une marche en avant"
Selon elle, la république « n'a pas achevé la construction démocratique en France ». « Or, l'on ne peut plus longtemps verser des larmes de crocodile devant les difficultés de l'intégration et refuser d'examiner la forme avancée d'intégration politique qu'offre le vote des étrangers aux élections locales» précise la maire de Lille.Tout en reconnaissant qu'il faut conserver « la règle de nationalité française pour les élections nationales », Martine Aubry suggère « qu'en ouvrant le droit de vote aux élections locales aux autres Européens, (...) nous avons démontré la capacité d'une marche en avant ». La première secrétaire du PS se dit favorable à cette réforme car « par temps de grande crise économique et sociale, la cohésion et la citoyenneté locales sont des réponses et des remparts face aux populismes, d'où qu'ils viennent ».
Une prise de position qui ravira sans doute François Hollande, s'étant déjà exprimé sur le sujet. Au PS, les ténors veulent conserver l'unité.
vendredi 2 décembre 2011
M. Juppé accuse "les socialistes " de "ressusciter les vieux démons de la germanophobie"
Le ministre a aussi critiqué "les dirigeants socialistes [qui] accusent la France de se mettre à la remorque de l'Allemagne. Par exemple, François Hollande qui déclare : 'Depuis plusieurs mois, c'est Mme Merkel qui décide et M. Sarkozy qui suit'. Non seulement c'est faux – et il sera facile de le démontrer – mais c'est irresponsable".
"CE N'EST PAS L'ALLEMAGNE QUE J'ACCUSE"
La veille, le ministre des affaires européennes, Jean Leonetti, avait également accusé "les responsables socialistes" de faire preuve de "germanophobie hystérique".
Arnaud Montebourg, troisième homme de la primaire du Parti socialiste, avait plaidé mercredi en faveur d'une confrontation dure avec Angela Merkel qu'il a accusée d'être en train de "tuer l'euro" et de mener "une politique à la Bismarck", en référence au chancelier allemand qui a vaincu la France en 1870.
Le soir même, face aux prises de distance de plusieurs membres du PS, dont François Hollande, M. Montebourg avait précisé : "Ce n'est pas l'Allemagne que j'accuse, c'est l'annexion par la droite prussienne de la droite française que je condamne." Il a ensuite développé son propos dans une tribune publiée sur le site Rue89.
Angela Merkel, 57 ans, deux mariages. Nicolas Sarkozy, 56 ans, trois mariages. Les tourtereaux ne sont plus de prime jeunesse, ils ont laissé loin derrière eux l’âge des emballements et des passions... C’est donc bien un mariage de raison que nous proposent Nicolas et Angela. Une union anti-crise, en quelque sorte. Car rester seul, nous explique Nicolas, c’est être faible face aux malheurs de la vie, et courir le risque de perdre sa liberté... Pourquoi pas ? Mais nous, sa famille, on constate que la promise est bien puissante. On a même l’impression que le contrat de mariage a été rédigé en allemand, Nicolas étant prêt à signer tout pour s’attacher les avantages d’Angela. On a déjà connu ça: il y a vingt ans, François s’unissait à Helmut à Maastricht, pour l’empêcher d’aller vivre sa vie avec sa cousine est-allemande. Ils ont eu un enfant, l’euro. C’est décidément curieux, la vie...
Sarkozy : «L'Europe a besoin de plus de politique»
• Vers moins de décisions à l'unanimité en UE
«L'Europe a besoin de plus de politique. Je veux dire de plus de responsabilité politique». Tout en soulignant son attachement à un fonctionnement intergouvernemental de l'Union européenne, le président français estime qu'il «nous faut décider maintenant d'aller sans crainte vers davantage de décisions prises à la majorité qualifiée» au sein de la zone euro. Jusqu'à présent, les décisions importantes aux sommets européens se prennent à l'unanimité, ce qui rallonge d'autant les négociations.
• Un sommet franco-allemand lundi prochain
«La France milite avec l'Allemagne pour un nouveau Traité» européen. Le chef de l'État a insisté sur son attachement à l'axe franco-allemand. Il a annoncé qu'il recevrait lundi prochain la chancelière Angela Merkel à Paris : «Ensemble nous ferons des propositions pour garantir l'avenir de l'Europe». Propositions qui seront soumises aux partenaires européens lors du sommet des chefs d'État et de gouvernement, jeudi et vendredi prochains.
• Règle d'or budgétaire
Nicolas Sarkozy a rappelé l'importance d'une règle d'or sur les déficits publics, que les socialistes refusent d'adopter. «Chaque pays de la zone euro doit adopter une règle d'or qui inscrira dans son ordre juridique l'objectif d'équilibre budgétaire. La France doit l'adopter. L'idéal, si chacun faisait preuve de responsabilité, serait de le faire avant la présidentielle», a-t-il assuré.
• «L'Europe peut être balayée par la crise»
«L'Europe peut être balayée par la crise si elle ne se ressaisit pas», a prévenu Nicolas Sarkozy. «Au cœur de la crise européenne, il y a la crise de l'euro, a-t-il ajouté. C'est la plus grave. Elle peut tout emporter.» La fin de l'euro multiplierait la dette française «par deux», a prévenu Nicolas Sarkozy.
• «La peur est revenue»
«La peur est revenue», celle «pour la France de perdre la maîtrise de son destin» dans la crise de la zone euro, assure le président. Il a évoqué «cette peur qui détruit la confiance» et «qui paralyse les consommateurs, qui empêche l'investisseur d'investir, l'entrepreneur d'entreprendre, le patron d'embaucher, le banquier de prêter», assurant que «la seule façon de conjurer cette peur, c'est de dire la vérité».
• Un sommet sur l'emploi en janvier prochain
«En janvier prochain, j'inviterai tous les partenaires sociaux à participer à un sommet sur l'emploi pour que chacun puisse apporter des solutions, faire des propositions», a annoncé Nicolas Sarkozy. La feuille de route est fixée : «Lever les tabous sur les freins à la compétitivité française». «Sur l'emploi, on n'a pas tout essayé», a insisté le président. «Mais à la fin, il n'y a que la croissance qui viendra à bout du chômage».
• Un cycle de désendettement
Nicolas Sarkozy annonce «un nouveau cycle économique», celui du «désendettement, qui ramènera le balancier de l'économie vers le travail et la production que les pays développés avaient eu tendance à trop sacrifier». Le chef de l'Etat veut que la France réponde à la crise «par le travail, par l'effort et par la maîtrise de nos dépenses.»
• Réforme du financement de la protection sociale
Le président Nicolas Sarkozy a déclaré que «la réforme du financement de notre modèle social est devenue urgente». «On ne peut pas financer notre protection sociale comme hier en prélevant uniquement sur les salaires quand les frontières sont plus ouvertes et qu'il faut faire face à la concurrence de pays à bas salaires».
• Les critiques contre «les fautes graves» de la gauche
Le chef de l'Etat a distillé des piques à l'encontre de la gauche et de ses mesures les plus emblématiques, «des fautes graves dont nous payons aujourd'hui les conséquences». Le PS avait accusé cette semaine Nicolas Sarkozy de confondre son rôle de chef de l'Etat et de candidat à la présidentielle et de faire campagne avec les deniers de l'Elysée.
• «La réforme des retraites ne pouvait plus être différée»
«Permettre la retraite à 60 ans sans financement était une décision socialement injuste», a-t-il lancé, en référence à la mesure mise en place en 1983 par François Mitterrand. «Depuis trente ans, ceux qui travaillent et qui sont proportionnellement de moins en moins nombreux ont vu peser lourdement sur leurs revenus la charge de ceux, de plus en plus nombreux, qui vivent plus longtemps (…) C'est pour cette raison que la réforme des retraites ne pouvait plus être différée et qu'il a fallu en accélérer le calendrier. Contester cette réalité, c'est mentir gravement aux Français.»
• «Il faut travailler davantage»
Idem sur les 35 heures : «Ce n'est pas en choisissant une politique de partage du travail qui a échoué partout dans le monde que la France tirera le meilleur parti de ses ressources», a expliqué Nicolas Sarkozy. «Entre gagner moins et travailler davantage, je suis convaincu que la deuxième solution est préférable à la première. C'est plus juste et cela nous permettra de sortir de la crise au lieu de l'aggraver», a-t-il ajouté.
• Suppression du veto à l'ONU : «une faute»
Le chef de l'Etat a également fait plusieurs allusions à l'accord conclu entre socialistes et écologistes. «Nous avons connu l'époque des marchandages entre partis. Le résultat, ce fut l'impuissance, l'abaissement et la confusion», a-t-il assuré, en référence à la IVe République. Il s'est aussi fermement opposé à la suppression du droit de veto de la France au sein du conseil de sécurité de l'ONU, une proposition évoquée dans l'accord. «Ce ne serait ni plus ni moins qu'une faute», a-t-il jugé.
• Contre un renoncement au nucléaire
Sur la question du nucléaire, Nicolas Sarkozy, qui avait déjà accusé les socialistes de brader l'industrie française dans le cadre de l'accord signé avec les écologistes, a réitéré ses critiques. «Ce n'est pas en renonçant à notre indépendance énergétique et en boudant l'énergie nucléaire dans laquelle la France a investi depuis un demi-siècle tant d'intelligence et d'argent qu'elle valorisera au mieux ses atouts. Cette voie tourne le dos au progrès», a-t-il assuré.
DSK prend ses distances avec le livre de Michel Taubmann
Dominique Strauss-Kahn s'est dit jeudi 1er décembre "engagé ni par les écrits, ni par les déclarations ou témoignage de quiconque, souvent inexacts", alors qu'un livre de Michel Taubmann défendant la thèse du complot dans l'affaire du Sofitel de New York, sort le jour même en librairie. "Comme mes avocats ont eu l'occasion de le dire, je réserve mes explications à la justice, qu'elle soit française ou américaine", ajoute l'ancien directeur du FMI dans un communiqué transmis par son avocate Frédérique Baulieu.
Comme le journaliste américain Edward Epstein, Michel Taubmann, biographe et ardent défenseur de Dominique Strauss-Kahn, estime que l'ex-favori de la présidentielle française a été victime d'un complot, dont la femme de chambre américaine aurait été un maillon. Dans le livre intitulé Affaires DSK, la contre-enquête, Dominique Strauss-Kahn dit regretter une "relation consentie mais stupide avec Nafissatou Diallo. Ce jour-là, j'ai ouvert la porte à toutes les autres affaires", admet-il.Ces affirmations ont été qualifiées de "délire total" par les avocats de Nafissatou Diallo, qui accuse DSK de l'avoir contrainte à une fellation dans une suite du Sofitel de New York le 14 mai dernier.
"DÉLIRE"
"Le délire est plutôt de leur côté que du mien", a répondu jeudi le journaliste français de 55 ans, qui relaie dans son livre une enquête de son confrère américain Edward Epstein, parue dans le magazine de l'intelligentsia new yorkaise The New York Review of Books.
Taubmann soutient la thèse d'une relation sexuelle consentie voire provoquée par Mme Diallo qui pourrait, selon lui, avoir volé l'un des téléphones portables que DSK a perdu le 14 mai. "Dominique Strauss-Kahn a été piégé. Cet homme-là n'a violé personne ni à New York ni à Paris ni nulle part", a affirmé M. Taubmann mercredi soir sur Canal+. Pour lui, "c'est une affaire politique, ce n'est pas une affaire de moeurs" et elle soulève "des questions qui concernent les services secrets".
>> Lire notre éclairage : "DSK au Sofitel, le masque du complot"
Parmi ses soupçons : le 13 mai, DSK se rend compte "que sa messagerie internet a été piratée et que des informations confidentielles le concernant sont maintenant en possession des plus hauts dirigeants de l'UMP".
"C'EST FINI"
C'est le commissaire Jean-Christophe Lagarde, mis en examen dans l'affaire de proxénétisme du Carlton de Lille, qui informe DSK que des mails se trouveraient au siège de l'UMP, selon Taubmann. "La scène racontée par Nafissatou Diallo est invraisemblable, elle n'a pas eu lieu", écrit M. Taubmann, évoquant "les lois de la physique" pour démontrer que cette femme, plutôt grande et forte, n'a pu être maintenue, agenouillée, par DSK.
M. Taubmann décrit la scène d'un DSK "sortant de la salle de bains en tenue d'Adam". Nafissatou lui lance "un regard suggestif". DSK, selon lui, "a vu une proposition". M. Taubmann mentionne un épisode jamais rapporté jusqu'alors : en sortant de sa chambre, pour quitter l'hôtel, DSK croise Nafissatou Diallo dans le couloir, à l'étage.
"'Hello', lui lance-t-il tout en faisant un geste de la main. Elle lui répond du regard", écrit le narrateur selon lequel la femme de chambre, comme en témoignent les vidéos qu'il a vues, a ensuite un comportement "décontracté".
M. Taubmann s'attarde aussi sur l'affaire du Carlton de Lille, dans laquelle le nom de DSK est cité. Celui-ci juge "insupportable" que son nom soit associé à la prostitution mais reconnaît avoir "participé à des soirées libertines". "Mais d'habitude, les participantes à ces soirées ne sont pas des prostituées", dit-il. "La prostitution, le proxénétisme, je les ai en horreur", ajoute DSK, qui, à propos de son mode de vie, dit avoir "décidé de rompre avec tout cela. C'est fini".
L'UE se donne un mois pour frapper le pétrole iranien
Après le cri d'alarme de l'AIEA sur le nucléaire, les Vingt-Sept durcissent leurs sanctions contre Téhéran.
Après le cri d'alarme de l'AIEA sur le nucléaire militaire, la mise à sac de l'ambassade britannique à Téhéran a balayé les réticences. «Nous avons décidé de travailler sur des sanctions plus dures et sans précédent», assure jeudi Alain Juppé, dans une allusion transparente à un éventuel embargo sur le pétrole. Le texte arrêté, jeudi à Bruxelles, vise aussi les Gardiens de la révolution, branche de l'armée chargée de réprimer toute dissidence interne.
Rappel des ambassadeurs
La formulation retenue est assez diplomatique pour couvrir les pays en pointe - la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne - et ceux qui ont émis des réserves - l'Italie, l'Espagne et la Grèce. Il s'agit «d'atteindre sévèrement le système financier iranien, celui des transports et celui de l'énergie». L'embargo, soutenu par Paris et Berlin, n'est plus à exclure. Londres milite aussi pour isoler financièrement Téhéran. Les États-Unis l'on fait en novembre, paralysant de fait une partie des rentrées pétrolières.À ce jour, les Vingt-Sept ont déjà frappé les actifs de centaines d'entreprises iraniennes. L'UE applique depuis juillet 2010 une interdiction des nouveaux investissements dans le pétrole et le gaz. Jeudi, elle a ajouté à sa liste noire les noms de 143 sociétés et 37 personnes, visées par des gels d'avoirs et des interdictions de visa. Elle a aussi marqué son «indignation» face à l'attaque contre la représentation britannique et prévoit de coordonner les rappels d'ambassadeurs. Pour d'éventuelles sanctions pétrolières, la difficulté à surmonter est l'inégale répartition du fardeau entre le sud et le nord de l'Europe. L'UE a importé 5,8% de son brut d'Iran l'an dernier. Mais le sacrifice serait plus rude pour l'Espagne (15% de ses approvisionnements), la Grèce (14%) ou l'Italie. S'ajoute dans ces trois capitales une fatigue avouée de devoir assumer, après la Libye et la Syrie, le contrecoup des sanctions à chaque rebondissement politique dans le monde musulman.
Cette fois, c'est Athènes qui appelle à l'aide. Ses finances à sec, la Grèce a trouvé à Téhéran un fournisseur très obligeant qui lui fournit le pétrole à crédit. «Il faut en tenir compte et veiller à ce que l'interruption des livraisons de l'Iran puisse être compensée par une hausse de production ailleurs», explique Alain Juppé. À ses yeux, c'est tout à fait possible.
Les réticences de la Grèce et les réserves de l'Italie expliquent le délai que s'accorde l'UE, comme ce fut le cas avec la Libye au début de l'année. Des contacts vont donc être noués avec d'autres puissances pétrolières de la région. Il s'agit aussi d'éviter un effet pervers bien connu des professionnels: tout embargo risque de provoquer un effet temporaire de rareté qui, par le biais d'une hausse des cours, bénéficie au producteur sanctionné s'il trouve d'autres clients…
jeudi 1 décembre 2011
Évolution des libertés - des journaux clandestins aux révolutions via l'Internet
Par Jerzy Buzek, président du Parlement européen et ancien membre de Solidarnosc en Pologne.
Neuf jours après la chute du dictateur libyen, alors que je me promenais dans les rues de Tripoli, un homme d'âge moyen m'aborde et me dit: "Mon ami - nous avons besoin que vous nous aidiez, nous sommes disposés à accepter votre aide".
Le Prix Sakharov a une Égyptienne et à une Syrienne
Nous aspirons tous aux mêmes libertés
La solidarité doit toujours l'emporter
L'Eurogroupe pourrait donner de l'oxygène à la Grèce
ZONE EURO. Les ministres des Finances de la zone euro se réunissent mardi 29 novembre 2011 à partir de 17 h à Bruxelles pour étudier plusieurs dossiers chauds au sein de l'Eurogroupe
D'abord, faire un point sur la crise de la dette. Cette réunion a lieu alors que la situation se dégrade dans la zone euro. Le quotidien économique français La Tribune a annoncé que la France pourrait se voir appliquer par l'agence de notation Standard & Poor's une perspective négative dans une dizaine de jours, prélude à la perte du fameux triple A.
S&P a refusé de commenter ce qu'elle qualifie de "rumeur". L'idée de proposer un nouveau pacte de stabilité entre les pays bénéficiant du triple A est toujours discutée.
Ensuite, l'Eurogroupe pourrait enfin débloquer le versement de la tranche de prêt de 8 mrds€ à la Grèce. Une enveloppe qui avait été gelée après la décision unilatérale de Georges Papandreou de lancer un référendum. Le nouveau gouvernement grec devrait finalement s'engager par écrit à appliquer les réformes demandées par l'Europe et le FMI dans le cadre du plan de sauvetage du pays. Sans cette somme, l'État grec tomberait en faillite d'ici à la mi-décembre 2011.
Enfin, à l'ordre du jour le Fonds de secours pour les pays en difficulté (FESF) destiné à éviter la contagion de la crise de la dette à l'Italie et à l'Espagne. Le FESF pourrait se muer en un mécanisme d'assurances permettant une garantie sur les pertes éventuelles des investisseurs acquéreurs de dettes des pays fragiles.
Au cours de cette séance des pays de l'Eurogroupe, qui seront rejoints par les autres pays européens mercredi 30 novembre 2011, sera nommé officiellement le nouveau représentant français au directoire de la Banque centrale européenne, Benoît Coeuré. Actuellement directeur général adjoint du Trésor français, il remplacera l'Italien Lorenzo Bini Smaghi.
Le principe de panique à l’oeuvre
En voici l’intrigue : physicien de génie, le docteur Hoffmann (Edgar Allan Poe n’est pas loin), ancien chercheur de l’accélérateur de particules Large Hadron Collider, met au point un hedge fund informatisé.
A l’échelle de la milliseconde, VIXAL-4 scanne le Web en quête de signes de panique, ciblant des termes comme terrorisme, alerte, horreur, fin, déclin, crise, banqueroute, danger, gouffre, inquiétude, accident nucléaire.
Dès que les indicateurs clignotent, il peut parier aussitôt sur une chute des cours et engranger des milliards en quelques secondes. Le hedge fund enregistre une croissance annuelle de 80 %.
Naturellement, les choses dérapent. La machine commence à spéculer de son propre chef, semant la panique. Le mariage, la famille et la psyché du héros finiront par sombrer avec l’ensemble de l’économie mondiale.
La "crise" n’existe que parce que tous y croient
Supposons un instant que cette fiction soit depuis longtemps une réalité, et que la crise de la zone euro ne soit que le résultat d’une angoisse collective. Une angoisse qui monte. Qui se propage. Qui maraude de cerveau en cerveau. Une infection collective. Pour alimenter le système, un ordinateur central type HAL ou Big Brother ne serait même pas nécessaire.La "crise" n’existerait que parce que tous y croient. J’entends d’ici les oracles de la crise me dire : n’existe-t-il pas des faits vérifiables ? Les banques ne sont-elles pas responsables de la crise de l’immobilier, n’ont-elles pas poussé les pays européens à s’endetter ?
Ou sa variante – nos dirigeants politiques irresponsables n’ont-ils pas continuellement agi à l’encontre des marchés en jetant sans vergogne l’argent du contribuable par les fenêtres, aux frais des générations futures ?
Peut-être tout cela n’entre-t-il plus en ligne de compte depuis longtemps. Dans son nouveau livre, Mood Matters [“L’humeur compte”, éditions Springer], le futurologue et génie des mathématiques John Casti montre comment l’état d’esprit conditionne l’histoire.
Avec un argument radical : ce ne sont pas les événements du monde réel qui décident de l’avenir, mais exclusivement les attentes collectives fictives. Comment disait Epictète, déjà, 2000 ans et plus ? "Ce qui trouble les gens, ce ne sont pas les événements, mais l’idée qu’ils se font des événements".
Une industrie de la peur et de l'effroi dans les médias
Les vilains spéculateurs ne sont pas les seuls à spéculer contre l’euro. Depuis longtemps, une industrie de la peur et de l’effroi est à l’œuvre dans les médias, qui misent essentiellement sur la surenchère de titres chocs."Ambiance d’apocalypse dans la zone euro" ; "La fin du règne de l’argent" ; "L’adieu à la prospérité". Des professeurs en colère viennent pérorer dans les émissions de débat sur l’air de "je l’ai toujours su". A chaque nouveau débat, la petite musique de la peur monte d’une octave.
Cette "fearconomy" [économie de la peur] n’a-t-elle pas supplanté depuis longtemps déjà une économie réelle qui, elle, doit miser sur le changement, l’ajustement et le renouvellement ?
Terrorisme, alerte, horreur, fin, déclin, crise, banqueroute, danger, gouffre, inquiétude et accident nucléaire ne forment-ils pas le modèle économique le plus formidable de tous les temps, si l’on considère que l’homme est au plus profond de son être un angoissé ?
"Nous sommes profondément convaincus”, confie le docteur Hoffmann dans le roman de Robert Harris, “que c’est l’informatisation elle-même, l’interconnexion du monde entier, qui est la cause du vent de panique mondial. Et qui nous permet de nous faire de l’argent, et même un paquet !"
La dictature du court terme à l'assaut des Etats
A force de se projeter dans l’éclatement de la zone euro, les opérateurs de marché en créent les conditions.
Vive la crise! Pour les marchés financiers, la crise de la dette publique dans la zone euro n’a pas que de mauvais côtés. Les agences de notation dégradent les notes attribuées à la dette des Etats les plus fragiles, comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, et maintenant la Belgique… Ces pays, dans la ligne de mire des spéculateurs, ne peuvent se refinancer sur les marchés qu’à des taux de plus en plus élevés. La France n’est pas épargnée. Bonne affaire, pour les créanciers!
Le malade et le thermomètre
En effet, la dégradation des notes est réputée traduire un risque plus grand qui, lui-même, justifierait des taux plus élevés. C’est ainsi que l’Italie, aujourd’hui dans l’œil du cyclone, se finance à la fin novembre sur les marchés à des taux supérieurs à 7% pour des emprunts à dix ans, contre 5% il y a trois mois.Est-ce la bonne méthode pour contribuer au redressement? Si on prend l’exemple de la France, une hausse d’un point du taux d’intérêt correspond à une rallonge de 10 milliards d’euros sur cinq ans du service de la dette.
Les agences se défendent, au prétexte qu’elles ne font que mesurer un niveau de solvabilité en croisant de nombreux paramètres. Certes, ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on guérit un malade; ce n’est pas non plus en tapant dessus. On ne peut imaginer que la sanction suffise à redresser l’économie.
Ce serait plutôt le contraire: en empruntant plus cher, les pays alourdissent leur endettement… ce qui justifie une nouvelle dégradation, et ainsi de suite jusqu’au naufrage. Comme pour la Grèce. Avec des implications sociales imputées à l’euro et qui sont en fait les conséquences de la dépendance des Etats aux marchés.
Le principe des prophéties auto-réalisatrices
Les marchés ont ainsi la capacité d’émettre des prophéties… auto-réalisatrices. En brandissant la menace d’une dégradation puis en l’appliquant, les agences de notation (qu’aucune instance ne contrôle) modifient le rapport de forces entre Etats et créanciers et la confiance que ceux-ci accordent à ceux-là. De sorte que les Etats s’endettent encore plus. Elles peuvent donc justifier a posteriori leur décision par l’évolution d’une situation qu’elles ont elles-mêmes contribué à créer.Certes, les Etats placés sous les projecteurs ont laissé filer leur endettement. On soulignera toutefois qu’une partie du problème de la dette souveraine provient de la crise bancaire déclenchée par ces mêmes opérateurs financiers. Mais on ne règlera pas le problème si on ne laisse pas le temps à ces Etats de mettre en place les conditions de l’assainissement. Tel est pourtant le mode opératoire des acteurs des marchés financiers, qui jouent ainsi l’éclatement de la zone euro.
La dictature du court terme
La pression opérée par les agences de notation et les spéculateurs va dans le sens souhaité par les adversaires de l’euro, qui peuvent se prévaloir de la crise de la dette souveraine pour justifier leurs attaques. Les europhobes ont trouvé leurs alliés. Le dernier rapport en date est celui de l’agence Moody’s le 28 novembre, menaçant tous les pays de la zone euro, France et Allemagne comprises ainsi que d’autres pays jusqu’à présent épargnés. «Alors que la zone euro dans son ensemble dispose de solides atouts économiques et financiers, les faiblesses institutionnelles continuent à empêcher la résolution de la crise et pèsent sur la notation», commente Moody’s.L’agence de notation, comme on le voit, n’est pas négative sur les atouts de la zone euro. Mais la mise en œuvre d’une solution à l’échelle de la zone, avec la construction de nouvelles solidarités, implique de refondre la gouvernance de l’euro. Or, Moody’s veut obstinément méconnaître les impératifs du temps politique qui ne permettent pas de résoudre les «faiblesses institutionnelles» pointées par l’agence dans les délais souhaités par les marchés. C’est la mécanique des marchés contre celle des démocraties.
Car les marchés, eux, se situent dans des perspectives de court terme, et de plus en plus. Moody’s l’évoque clairement:
«En l'absence de mesures politiques pour stabiliser les conditions de marché à court terme, ou bien si ces conditions se stabilisent pour toute autre raison, le risque crédit va continuer à s'accroître.»Cette dictature de l’immédiateté est celle de la finance qui se projette de moins en moins dans des investissements de long terme pour privilégier des opérations au rendement rapide. «Nous sommes dans une crise de l’argent facile à court terme», diagnostique René Ricol, commissaire à l’investissement et coordinateur des politiques de soutien aux entreprises.
Les marchés contre les Etats
La crise bancaire née en 2007 a poussé les Etats à corriger les excès de l’argent fou en introduisant de nouvelles régulations. Mais en édictant des contraintes nouvelles, les législateurs ont forcément obligé les marchés à se projeter dans un avenir plus lointain, plus conforme aux intérêts souverains. D’où ce bras de fer entre les marchés financiers et les gouvernements, les premiers voulant affaiblir les seconds pour empêcher toute régulation et pouvoir à nouveau imposer leur dictature du court terme.Les Etats l’emporteront-ils malgré tout? «C’est tout l’enjeu de l’engagement d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy», souligne René Ricol. Rien n’est encore écrit. Le couple franco-allemand qui sert de centre de gravité à la zone euro n’a pas trouvé l’équation qui enraierait les attaques des marchés et les dissuaderait de jouer l’éclatement de la zone euro. Or, le temps joue contre les Etats.
Lire aussi : "La crise de la dette"
C’est la nouvelle mode des commentateurs, des experts et des soi-disant prophètes de l’économie et de la finance depuis que le JDD a titré dimanche dernier : « L’euro va-t-il passer Noël ? ». Et chacun d’ajouter sa pierre à l’édifice du pessimisme et du défaitisme : Jacques Attali, l’ancien conseiller de Mitterrand, assure que « l’euro ne passera pas Noël », Eric Zemmour que « la zone euro n’existe plus de fait » et Nicolas Baverez que « la France et la zone euro se sont fracassées sur le mur de la dette ». N’en jetez plus, la coupe est pleine et pourtant il y a beaucoup de gens, dont je suis, qui pensent que l’euro peut-être défendu, sauvé et conforté, à certaines conditions d’effort et de courage de la part des responsables politiques. Car il existe des solutions aux problèmes posés par la crise de la dette aux pays européens.– La première solution consiste à modifier les compétences de la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle puisse prêter aux Etats comme les banques centrales américaines, anglaises ou japonaises, ce qui explique que ces pays peuvent emprunter à taux faible. L’Allemagne est contre mais elle évolue dans le bon sens et Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont affirmé à Strasbourg l’indépendance de la BCE, une façon de dire que si elle veut, elle peut.
– En attendant que cela intervienne le couple franco-allemand envisage de proposer aux membres de la zone euro qui le souhaitent un mini-pacte de stabilité. Cela concernerait les Etats ayant les économies les plus fortes : Allemagne, Autriche, Pays-Bas ainsi que la France et l’Italie. Ces Etats s’engageraient à faire converger leurs fiscalités et à contrôler mutuellement leurs budgets nationaux. Ce plan secret, s’il est annoncé à Toulon demain par Nicolas Sarkozy et vendredi au Bundestag par la chancelière Merkel, peut être la première phase du sauvetage.
Non, décidément, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure, l’euro n’est pas mort !





















