TOUT EST DIT

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samedi 3 décembre 2011

Crise : Merkel veut une "union budgétaire"

La chancelière s’exprimait vendredi devant le Bundestag, le Parlement allemand. Comme Nicolas Sarkozy la veille, elle a répété la nécessité de réformer les traités européens. Dans le but de construire une "union budgétaire". 

Après Nicolas Sarkozy à Toulon, Angela Merkel devant le Bundestag. Dans un discours prononcé vendredi devant les députés allemands, la chancelière a répété son souhait de réformer l’Union économique et monétaire européenne. La dirigeante souhaite précisément une union budgétaire, qui déboucherait ainsi sur une responsabilité conjointe des dettes entre Etats-membres. Un renforcement des compétences communautaires qui pourrait se faire au détriment des souverainetés nationales, comme le critiquait le Parti socialiste français cette semaine.
Mais pour Angela Merkel, cette perspective serait synonyme d’une "union de la stabilité". "Nous ne parlons pas seulement d'une union budgétaire, nous sommes sur le point de la réaliser", a-t-elle affirmé, ajoutant qu’il fallait des "règles strictes, au moins pour la zone euro". Des nouvelles règles qu’il faudra créer en modifiant les traités européens, comme le signifiait la veille le président français. Et "l’élément central" de ces réformes, pour Angela Merkel, réside en "un nouveau plafond d’endettement européen".

L’indépendance de la BCE, "le bien suprême de nos démocraties"

Une mesure que la chancelière défendra dès lundi à Paris. Elle y rencontrera Nicolas Sarkozy afin de s'entendre sur des propositions précises, avant de partir pour Bruxelles en fin de semaine prochaine. C’est dans la capitale européenne que, le 8 et le 9 décembre, se tiendra un nouveau sommet des dirigeants européens. Une réunion une nouvelle fois présentée comme décisive pour sauver la zone euro de la crise de la dette.
La principale division entre Paris et Berlin porte sur les statuts de la Banque centrale européenne. Alors que la France souhaite réformer la BCE pour qu’elle s’engage davantage dans la lutte contre la crise, Angela Merkel a réaffirmé vendredi que son indépendance était "le bien suprême de nos démocraties". Et a rappelé le devoir principal de la BCE, sous les applaudissements de son auditoire : "assurer la stabilité de la monnaie".
Mais la chancelière allemande n’a pas caché l’existence de "difficultés à surmonter" entre les partenaires européens. Et l’a réaffirmé : la solution miracle pour sortir de la crise n’existe pas. Pour tenter d’y remédier, il faut "un processus", a affirmé Angela Merkel. Un processus qui "va prendre des années", a-t-elle précisé.

La revanche de Martine Aubry

C’est de la pure politique-fiction et pourtant ce scénario court de plus en plus dans les discussions privées entre les militants socialistes. De quoi s’agit-il ? Tout simplement de la victoire à l’arraché de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012, le président sortant étant considéré par une très courte majorité des électeurs comme le meilleur protecteur du pays face à la crise et à ses conséquences dramatiques. Du coup, François Hollande battu, comme autrefois Lionel Jospin, annonce son retrait de la vie politique nationale. La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, reprend alors la direction des opérations, et anime avec courage et pugnacité la campagne des élections législatives. Découragé un instant par sa nouvelle défaite à l’élection présidentielle, le peuple de gauche se reprend vite et se mobilise pour les législatives. Comme en 1997, le Front national, dopé par le très beau score de Marine Le Pen au premier tour, tente vainement de passer des accords avec l’UMP afin d’obtenir un groupe parlementaire au Palais Bourbon. Devant le refus catégorique de la droite, le FN organise partout des triangulaires au deuxième tour et fait battre une centaine de députés sarkozystes, la gauche s’empare de la majorité et, avec les écologistes, exige la direction du gouvernement. Respectueux du scrutin, Nicolas Sarkozy, comme ses prédécesseurs Mitterrand et Chirac, appelle la chef de la majorité à Matignon et Mme Aubry devient Premier ministre de cohabitation. C’est la revanche de la « dame des 35 heures », qui s’entoure de ses principaux soutiens, à commencer par Laurent Fabius que l’on n’avait guère entendu soutenir Hollande mais qui a joué un rôle majeur pour la victoire législative. On a vite oublié la primaire et François Hollande, vive la gauche de cohabitation ! Certains socialistes joueraient-ils leur partie pour que cette fiction devienne une réalité ? On peut parfois se le demander.

Droit de vote des étrangers : Aubry est pour

Martine Aubry s'est déclarée favorable au droit de vote des étrangers, en situation régulière, aux élections locales.
Voilà quelques jours que Martine Aubry ne s'était plus exprimée. Sur des sujets mineurs, la première secrétaire du Parti socialiste restée dans l'ombre de François Hollande. Défaite aux primaires, elle n'avait pas envie de s'exposer. « Il faut parfois savoir un peu se protéger » affirmait récemment un proche de la maire de Lille. Mais voilà, il faut aussi savoir défendre ses positions et surtout montrer les différences entre l'UMP et le PS. Alors, Martine Aubry est sortie du bois sur un sujet cher à la droite et Nicolas Sarkozy, le droit de vote des étrangers.

Contrairement au président de la République, la première secrétaire du Parti socialiste s'y déclare favorable. Dans une tribune parue dans Libération vendredi, elle s'explqiue disant « parce qu'ils participent activement à la vie de la cité, les étrangers en situation régulière doivent enfin prendre part aux élections locales en détenant le droit de vote ». Une position claire et définitive déjà affirmée dans le passé.

"Nous avons démontré la capacité d'une marche en avant"

Selon elle, la république « n'a pas achevé la construction démocratique en France ». « Or, l'on ne peut plus longtemps verser des larmes de crocodile devant les difficultés de l'intégration et refuser d'examiner la forme avancée d'intégration politique qu'offre le vote des étrangers aux élections locales» précise la maire de Lille.
Tout en reconnaissant qu'il faut conserver « la règle de nationalité française pour les élections nationales », Martine Aubry suggère « qu'en ouvrant le droit de vote aux élections locales aux autres Européens, (...) nous avons démontré la capacité d'une marche en avant ». La première secrétaire du PS se dit favorable à cette réforme car « par temps de grande crise économique et sociale, la cohésion et la citoyenneté locales sont des réponses et des remparts face aux populismes, d'où qu'ils viennent ».
Une prise de position qui ravira sans doute François Hollande, s'étant déjà exprimé sur le sujet. Au PS, les ténors veulent conserver l'unité.
C'EST DANS LA PURE TRADITION ÉLECTORALISTE  QUE CETTE GROSSE SALOPE SE PRONONCE. 
SANS PRÉJUGER DES CONSÉQUENCES DE CE TYPE DE LOI, SI UN JOUR ELLE DEVAIT VOIR LE JOUR.

vendredi 2 décembre 2011

M. Juppé accuse "les socialistes " de "ressusciter les vieux démons de la germanophobie"

 Le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, a dénoncé, vendredi 2 décembre, dans un communiqué "les socialistes" qui "prennent les risques de ressusciter en France les vieux démons de la germanophobie", et ce "par pure tactique politicienne, avec pour seul objectif l'affaiblissement du président français".

Dans le cas d'espèce, M. Juppé s'est essentiellement attaqué aux propos tenus par le député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg :  "'Nationalisme allemand', 'politique à la Bismarck', 'droite prussienne'. L'emploi de ces termes fait froid dans le dos. Il est honteux, par hargne partisane, de fragiliser notre acquis le plus précieux : la réconciliation, l'amitié franco-allemande."
Le ministre a aussi critiqué "les dirigeants socialistes [qui] accusent la France de se mettre à la remorque de l'Allemagne. Par exemple, François Hollande qui déclare : 'Depuis plusieurs mois, c'est Mme Merkel qui décide et M. Sarkozy qui suit'. Non seulement c'est faux – et il sera facile de le démontrer – mais c'est irresponsable".
"CE N'EST PAS L'ALLEMAGNE QUE J'ACCUSE"
La veille, le ministre des affaires européennes, Jean Leonetti, avait également accusé "les responsables socialistes" de faire preuve de "germanophobie hystérique".
Arnaud Montebourg, troisième homme de la primaire du Parti socialiste, avait plaidé mercredi en faveur d'une confrontation dure avec Angela Merkel qu'il a accusée d'être en train de "tuer l'euro" et de mener "une politique à la Bismarck", en référence au chancelier allemand qui a vaincu la France en 1870.
Le soir même, face aux prises de distance de plusieurs membres du PS, dont François Hollande, M. Montebourg avait précisé : "Ce n'est pas l'Allemagne que j'accuse, c'est l'annexion par la droite prussienne de la droite française que je condamne." Il a ensuite développé son propos dans une tribune publiée sur le site Rue89.

Une souveraineté...européenne

Pourquoi à Toulon ? Par plaisir d’aller défendre une perte de souveraineté en pays frontiste ? Par superstition, en espérant réitérer l’effet du discours du 25 septembre 2008 qui lui avait permis de frapper l’opinion et de prendre la barre de l’Europe ?
Trois ans après avoir annoncé la fin de la crise, la réforme du capitalisme financier et des agences de notation, la maîtrise de la dette, le président de la République risque de mettre en relief les limites de son volontarisme. Et d’afficher le temps perdu.
Alors, relativisant sa responsabilité en période électorale, il replace nos difficultés dans le temps : trente ans de laxisme, la faute à la gauche avec les 35 h (jamais abrogées) et la retraite à 60 ans, une Europe qui fonctionne mal… Il rappelle qu’aucune banque n’a fermé, note que les salaires et les retraites n’ont pas fondu, souligne que les amortisseurs sociaux rendent la crise moins douloureuse.
Bien. Mais face à l’urgence d’un effondrement de l’euro ? Face à des emprunts et à une dette qui risquent de devenir incontrôlables ? Nicolas Sarkozy met la discipline nationale au service d’une souveraineté… européenne.
Au plan intérieur, le message est assez convenu. Il confirme la rigueur pour amplifier le désendettement : réduire la dépense publique, ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux, travailler plus (heures supplémentaires), réformer le financement du modèle social, contrôler l’immigration, réfléchir au coût du travail, inscrire une règle d’or antidéficit dans la Constitution. La diète pour alléger la dette.
Le plus important, mais aussi le plus flou, c’est ce qu’a dit le Président de l’Europe. Qu’il faille un nouveau traité est une évidence. Mais il faudra du temps avant de construire cette Union plus politique - qui ne serait pas une super-administration qui dirait la règle et les sanctions - mais qui s’accompagnerait de davantage de démocratie. Qui lierait solidarité et discipline. Qui combinerait relance industrielle et réciprocité commerciale aux frontières de l’Union. À ce stade, on en reste au niveau des principes, pour après-demain.
Demain matin, à défaut de changer le rôle de la BCE d’un coup de baguette magique, la solution - qui sera précisée lundi - consiste à jouer solidaire et à harmoniser les politiques budgétaires et sociales pour réduire les écarts qui menacent la monnaie unique. Avec cette idée clé : on maîtrise mieux son destin et sa souveraineté à plusieurs que tout seul.
Cette idée, à cinq mois d’une présidentielle, est un risque pour Nicolas Sarkozy. À cause de ses désaccords avec Angela Merkel, mais aussi des différences d’approche au sein de la droite : le Front National, les souverainistes comme Nicolas Dupont-Aignan, ou la « droite populaire » au sein de l’UMP vont y trouver matière à se démarquer du président sortant.
Mais il est aussi un violent activateur de divisions à gauche. Quand on entend Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg, on voit bien que le clivage européen est moins entre droite et gauche qu’entre intégration et souveraineté. L’approche partisane qui caractérise la présidentielle ne facilite pas le consensus pour construire ce qui aurait dû l’être depuis le traité de Maastricht.

Les trois leçons à tirer du discours de Toulon

Nous n'avons pas le choix: il faut embrasser la voie allemande, même si la discipline budgétaire ne nous fait pas plaisir. Notamment parce que Nicolas Sarkozy a échoué à nous protéger de la crise et à réguler le capitalisme. Enfin, le président est candidat par le haut et Hollande doit s'élever au même niveau, car l'élection à venir nécessite des candidats d'une hauteur himalayenne.


Présidentielle 2012 : François Hollande pédale dans la choucroute !

Le dernier sondage TNS Sofres confirme la tendance des trois dernières semaines : le candidat socialiste François Hollande obtiendrait au premier tour de la présidentielle 31 %, contre 28 % à Nicolas Sarkozy et 16,5 % à Marine Le Pen. L’écart ne cesse donc de se resserrer entre les deux principaux candidats et l’avance mirobolante de M. Hollande au lendemain de la primaire n’est plus qu’un souvenir. Cette primaire dont on a tant vanté les mérites a donné une fausse impression et se retourne en fait contre son vainqueur. Beaucoup de dirigeants socialistes croyaient que la primaire serait une formidable rampe de lancement pour attirer les électeurs, or elle apparaît aujourd’hui comme un simple parcours éliminatoire à destination des militants et des sympathisants du Parti socialiste. Après la primaire tout reste à faire et à construire, et le candidat victorieux n’était pas prêt. D’où un parcours désastreux, et l’impression partagée même au PS que le candidat pédale dans la semoule. L’accord électoral « réacteurs nucléaires contre sièges dorés de députés » ne cesse de montrer sa nocivité et d’alimenter les polémiques entre écologistes et socialistes. La manière dont le candidat prend ses distances avec cet accord l’enfonce, et l’ouverture faite au centriste François Bayrou jette un trouble supplémentaire.Dans notre système, il faut d’abord gagner le premier tour avant de prendre des initiatives pour le second et pour les élections législatives qui suivront. Cette curieuse démarche de François Hollande commence à troubler ses partisans. La première secrétaire du PS n’hésite pas à choisir un des siens contre un proche de François Hollande pour un siège en or, ce qui est un signe. Enfin, le candidat ne sait même pas où il habite ! Son QG électoral navigue entre la rue de Grenelle, la Madeleine et la place Vauban ; c’est tout un symbole, car dans le même temps Martine Aubry tient fermement la Rue de Solferino, et Nicolas Sarkozy l’Elysée.

Et maintenant il veut refonder l'Europe

À situation de crise, discours anti-crise et dramatisation de l'enjeu. Au soir du discours de Toulon, acte II, il est vain de se demander quel Nicolas Sarkozy s'est adressé aux Français dans un discours solennel, aux accents graves, sinon catastrophistes quand il a mis en garde contre le spectre des années 30. Président ou candidat, le personnage du Janus élyséen est bien installé, la dialectique de campagne rodée. Il nous mijote un slogan du genre : dans un monde en désordre, confiez votre destin à celui qui dit la vérité ! La symbolique du retour sur les lieux de la crise du capitalisme lui a permis de légitimer sa politique de rigueur. Elle se poursuivra, ainsi le maintien du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Car hors le désendettement de la France, point de salut ! Plus prédicateur que professeur, Nicolas Sarkozy a usé d'images simples, parfois simplificatrices. L'entrée en pré-campagne l'a conduit, certes pas à abuser d'engagements - l'État étant impécunieux, il n'a rien à promettre, sinon l'effort - mais à exhorter les valeurs traditionnelles de la droite, tout en éreintant son rival socialiste. À la veille d'un sommet devant jeter les bases d'une « refondation » de l'Europe - après celle, en jachère, du capitalisme, son grand chantier -, il s'est employé à réconcilier souverainistes et pro-européens. Un vrai exercice de funambulisme quand il s'agit de tenir les deux bouts de la corde, unité nationale et intégration européenne, et de répondre aux critiques sur la perte d'influence de la France. Enfin, avocat de la règle d'or, il a donné les gages attendus à l'intransigeante Angela Merkel.

Union


Angela Merkel, 57 ans, deux mariages. Nicolas Sarkozy, 56 ans, trois mariages. Les tourtereaux ne sont plus de prime jeunesse, ils ont laissé loin derrière eux l’âge des emballements et des passions... C’est donc bien un mariage de raison que nous proposent Nicolas et Angela. Une union anti-crise, en quelque sorte. Car rester seul, nous explique Nicolas, c’est être faible face aux malheurs de la vie, et courir le risque de perdre sa liberté... Pourquoi pas ? Mais nous, sa famille, on constate que la promise est bien puissante. On a même l’impression que le contrat de mariage a été rédigé en allemand, Nicolas étant prêt à signer tout pour s’attacher les avantages d’Angela. On a déjà connu ça: il y a vingt ans, François s’unissait à Helmut à Maastricht, pour l’empêcher d’aller vivre sa vie avec sa cousine est-allemande. Ils ont eu un enfant, l’euro. C’est décidément curieux, la vie...

Sarkozy : «L'Europe a besoin de plus de politique»

A Toulon, le chef de l'État a annoncé qu'il recevrait Angela Merkel lundi pour élaborer des propositions de réforme de l'Europe. Retrouvez les points forts de son discours.
Nicolas Sarkozy a choisi Toulon pour prononcer son discours sur la sortie de crise. En ligne de mire, le sommet européen des chefs d'État et de gouvernement les 8 et 9 décembre.
• Vers moins de décisions à l'unanimité en UE
«L'Europe a besoin de plus de politique. Je veux dire de plus de responsabilité politique». Tout en soulignant son attachement à un fonctionnement intergouvernemental de l'Union européenne, le président français estime qu'il «nous faut décider maintenant d'aller sans crainte vers davantage de décisions prises à la majorité qualifiée» au sein de la zone euro. Jusqu'à présent, les décisions importantes aux sommets européens se prennent à l'unanimité, ce qui rallonge d'autant les négociations.
• Un sommet franco-allemand lundi prochain
«La France milite avec l'Allemagne pour un nouveau Traité» européen. Le chef de l'État a insisté sur son attachement à l'axe franco-allemand. Il a annoncé qu'il recevrait lundi prochain la chancelière Angela Merkel à Paris : «Ensemble nous ferons des propositions pour garantir l'avenir de l'Europe». Propositions qui seront soumises aux partenaires européens lors du sommet des chefs d'État et de gouvernement, jeudi et vendredi prochains.
• Règle d'or budgétaire
Nicolas Sarkozy a rappelé l'importance d'une règle d'or sur les déficits publics, que les socialistes refusent d'adopter. «Chaque pays de la zone euro doit adopter une règle d'or qui inscrira dans son ordre juridique l'objectif d'équilibre budgétaire. La France doit l'adopter. L'idéal, si chacun faisait preuve de responsabilité, serait de le faire avant la présidentielle», a-t-il assuré.
• «L'Europe peut être balayée par la crise»
«L'Europe peut être balayée par la crise si elle ne se ressaisit pas», a prévenu Nicolas Sarkozy. «Au cœur de la crise européenne, il y a la crise de l'euro, a-t-il ajouté. C'est la plus grave. Elle peut tout emporter.» La fin de l'euro multiplierait la dette française «par deux», a prévenu Nicolas Sarkozy.
• «La peur est revenue»
«La peur est revenue», celle «pour la France de perdre la maîtrise de son destin» dans la crise de la zone euro, assure le président. Il a évoqué «cette peur qui détruit la confiance» et «qui paralyse les consommateurs, qui empêche l'investisseur d'investir, l'entrepreneur d'entreprendre, le patron d'embaucher, le banquier de prêter», assurant que «la seule façon de conjurer cette peur, c'est de dire la vérité».
• Un sommet sur l'emploi en janvier prochain
«En janvier prochain, j'inviterai tous les partenaires sociaux à participer à un sommet sur l'emploi pour que chacun puisse apporter des solutions, faire des propositions», a annoncé Nicolas Sarkozy. La feuille de route est fixée : «Lever les tabous sur les freins à la compétitivité française». «Sur l'emploi, on n'a pas tout essayé», a insisté le président. «Mais à la fin, il n'y a que la croissance qui viendra à bout du chômage».
• Un cycle de désendettement
Nicolas Sarkozy annonce «un nouveau cycle économique», celui du «désendettement, qui ramènera le balancier de l'économie vers le travail et la production que les pays développés avaient eu tendance à trop sacrifier». Le chef de l'Etat veut que la France réponde à la crise «par le travail, par l'effort et par la maîtrise de nos dépenses.»
• Réforme du financement de la protection sociale
Le président Nicolas Sarkozy a déclaré que «la réforme du financement de notre modèle social est devenue urgente». «On ne peut pas financer notre protection sociale comme hier en prélevant uniquement sur les salaires quand les frontières sont plus ouvertes et qu'il faut faire face à la concurrence de pays à bas salaires».
• Les critiques contre «les fautes graves» de la gauche
Le chef de l'Etat a distillé des piques à l'encontre de la gauche et de ses mesures les plus emblématiques, «des fautes graves dont nous payons aujourd'hui les conséquences». Le PS avait accusé cette semaine Nicolas Sarkozy de confondre son rôle de chef de l'Etat et de candidat à la présidentielle et de faire campagne avec les deniers de l'Elysée.
• «La réforme des retraites ne pouvait plus être différée»
«Permettre la retraite à 60 ans sans financement était une décision socialement injuste», a-t-il lancé, en référence à la mesure mise en place en 1983 par François Mitterrand. «Depuis trente ans, ceux qui travaillent et qui sont proportionnellement de moins en moins nombreux ont vu peser lourdement sur leurs revenus la charge de ceux, de plus en plus nombreux, qui vivent plus longtemps (…) C'est pour cette raison que la réforme des retraites ne pouvait plus être différée et qu'il a fallu en accélérer le calendrier. Contester cette réalité, c'est mentir gravement aux Français.»
• «Il faut travailler davantage»
Idem sur les 35 heures : «Ce n'est pas en choisissant une politique de partage du travail qui a échoué partout dans le monde que la France tirera le meilleur parti de ses ressources», a expliqué Nicolas Sarkozy. «Entre gagner moins et travailler davantage, je suis convaincu que la deuxième solution est préférable à la première. C'est plus juste et cela nous permettra de sortir de la crise au lieu de l'aggraver», a-t-il ajouté.
• Suppression du veto à l'ONU : «une faute»
Le chef de l'Etat a également fait plusieurs allusions à l'accord conclu entre socialistes et écologistes. «Nous avons connu l'époque des marchandages entre partis. Le résultat, ce fut l'impuissance, l'abaissement et la confusion», a-t-il assuré, en référence à la IVe République. Il s'est aussi fermement opposé à la suppression du droit de veto de la France au sein du conseil de sécurité de l'ONU, une proposition évoquée dans l'accord. «Ce ne serait ni plus ni moins qu'une faute», a-t-il jugé.
• Contre un renoncement au nucléaire
Sur la question du nucléaire, Nicolas Sarkozy, qui avait déjà accusé les socialistes de brader l'industrie française dans le cadre de l'accord signé avec les écologistes, a réitéré ses critiques. «Ce n'est pas en renonçant à notre indépendance énergétique et en boudant l'énergie nucléaire dans laquelle la France a investi depuis un demi-siècle tant d'intelligence et d'argent qu'elle valorisera au mieux ses atouts. Cette voie tourne le dos au progrès», a-t-il assuré.

SOYONS SÉRIEUX, A-T-IL VRAIMENT LA TRONCHE D'UN PRÉSIDENT ? 

DSK prend ses distances avec le livre de Michel Taubmann

Dominique Strauss-Kahn s'est dit jeudi 1er décembre "engagé ni par les écrits, ni par les déclarations ou témoignage de quiconque, souvent inexacts", alors qu'un livre de Michel Taubmann défendant la thèse du complot dans l'affaire du Sofitel de New York, sort le jour même en librairie. "Comme mes avocats ont eu l'occasion de le dire, je réserve mes explications à la justice, qu'elle soit française ou américaine", ajoute l'ancien directeur du FMI dans un communiqué transmis par son avocate Frédérique Baulieu.

Comme le journaliste américain Edward Epstein, Michel Taubmann, biographe et ardent défenseur de Dominique Strauss-Kahn, estime que l'ex-favori de la présidentielle française a été victime d'un complot, dont la femme de chambre américaine aurait été un maillon. Dans le livre intitulé Affaires DSK, la contre-enquête, Dominique Strauss-Kahn dit regretter une "relation consentie mais stupide avec Nafissatou Diallo. Ce jour-là, j'ai ouvert la porte à toutes les autres affaires", admet-il.
>> Lire "Les chevaliers blancs de la cause strauss-kahnienne"
Ces affirmations ont été qualifiées de "délire total" par les avocats de Nafissatou Diallo, qui accuse DSK de l'avoir contrainte à une fellation dans une suite du Sofitel de New York le 14 mai dernier.
"DÉLIRE"
"Le délire est plutôt de leur côté que du mien", a répondu jeudi le journaliste français de 55 ans, qui relaie dans son livre une enquête de son confrère américain Edward Epstein, parue dans le magazine de l'intelligentsia new yorkaise The New York Review of Books.
Taubmann soutient la thèse d'une relation sexuelle consentie voire provoquée par Mme Diallo qui pourrait, selon lui, avoir volé l'un des téléphones portables que DSK a perdu le 14 mai. "Dominique Strauss-Kahn a été piégé. Cet homme-là n'a violé personne ni à New York ni à Paris ni nulle part", a affirmé M. Taubmann mercredi soir sur Canal+. Pour lui, "c'est une affaire politique, ce n'est pas une affaire de moeurs" et elle soulève "des questions qui concernent les services secrets".
>> Lire notre éclairage : "DSK au Sofitel, le masque du complot"
Parmi ses soupçons : le 13 mai, DSK se rend compte "que sa messagerie internet a été piratée et que des informations confidentielles le concernant sont maintenant en possession des plus hauts dirigeants de l'UMP".
"C'EST FINI"
C'est le commissaire Jean-Christophe Lagarde, mis en examen dans l'affaire de proxénétisme du Carlton de Lille, qui informe DSK que des mails se trouveraient au siège de l'UMP, selon Taubmann. "La scène racontée par Nafissatou Diallo est invraisemblable, elle n'a pas eu lieu", écrit M. Taubmann, évoquant "les lois de la physique" pour démontrer que cette femme, plutôt grande et forte, n'a pu être maintenue, agenouillée, par DSK.
M. Taubmann décrit la scène d'un DSK "sortant de la salle de bains en tenue d'Adam". Nafissatou lui lance "un regard suggestif". DSK, selon lui, "a vu une proposition". M. Taubmann mentionne un épisode jamais rapporté jusqu'alors : en sortant de sa chambre, pour quitter l'hôtel, DSK croise Nafissatou Diallo dans le couloir, à l'étage.
"'Hello', lui lance-t-il tout en faisant un geste de la main. Elle lui répond du regard", écrit le narrateur selon lequel la femme de chambre, comme en témoignent les vidéos qu'il a vues, a ensuite un comportement "décontracté".
M. Taubmann s'attarde aussi sur l'affaire du Carlton de Lille, dans laquelle le nom de DSK est cité. Celui-ci juge "insupportable" que son nom soit associé à la prostitution mais reconnaît avoir "participé à des soirées libertines". "Mais d'habitude, les participantes à ces soirées ne sont pas des prostituées", dit-il. "La prostitution, le proxénétisme, je les ai en horreur", ajoute DSK, qui, à propos de son mode de vie, dit avoir "décidé de rompre avec tout cela. C'est fini".

L'UE se donne un mois pour frapper le pétrole iranien

Après le cri d'alarme de l'AIEA sur le nucléaire, les Vingt-Sept durcissent leurs sanctions contre Téhéran.

Le compte à rebours est lancé pour frapper Téhéran là où ça fait mal. L'Union européenne a décidé d'adopter, en janvier au plus tard, un train de sanctions présentées comme sévères contre la finance, le transport et l'énergie - en clair le pétrole iranien dans toutes ses dimensions.
Après le cri d'alarme de l'AIEA sur le nucléaire militaire, la mise à sac de l'ambassade britannique à Téhéran a balayé les réticences. «Nous avons décidé de travailler sur des sanctions plus dures et sans précédent», assure jeudi Alain Juppé, dans une allusion transparente à un éventuel embargo sur le pétrole. Le texte arrêté, jeudi à Bruxelles, vise aussi les Gardiens de la révolution, branche de l'armée chargée de réprimer toute dissidence interne.

Rappel des ambassadeurs

La formulation retenue est assez diplomatique pour couvrir les pays en pointe - la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne - et ceux qui ont émis des réserves - l'Italie, l'Espagne et la Grèce. Il s'agit «d'atteindre sévèrement le système financier iranien, celui des transports et celui de l'énergie». L'embargo, soutenu par Paris et Berlin, n'est plus à exclure. Londres milite aussi pour isoler financièrement Téhéran. Les États-Unis l'on fait en novembre, paralysant de fait une partie des rentrées pétrolières.
À ce jour, les Vingt-Sept ont déjà frappé les actifs de centaines d'entreprises iraniennes. L'UE applique depuis juillet 2010 une interdiction des nouveaux investissements dans le pétrole et le gaz. Jeudi, elle a ajouté à sa liste noire les noms de 143 sociétés et 37 personnes, visées par des gels d'avoirs et des interdictions de visa. Elle a aussi marqué son «indignation» face à l'attaque contre la représentation britannique et prévoit de coordonner les rappels d'ambassadeurs. Pour d'éventuelles sanctions pétrolières, la difficulté à surmonter est l'inégale répartition du fardeau entre le sud et le nord de l'Europe. L'UE a importé 5,8% de son brut d'Iran l'an dernier. Mais le sacrifice serait plus rude pour l'Espagne (15% de ses approvisionnements), la Grèce (14%) ou l'Italie. S'ajoute dans ces trois capitales une fatigue avouée de devoir assumer, après la Libye et la Syrie, le contrecoup des sanctions à chaque rebondissement politique dans le monde musulman.
Cette fois, c'est Athènes qui appelle à l'aide. Ses finances à sec, la Grèce a trouvé à Téhéran un fournisseur très obligeant qui lui fournit le pétrole à crédit. «Il faut en tenir compte et veiller à ce que l'interruption des livraisons de l'Iran puisse être compensée par une hausse de production ailleurs», explique Alain Juppé. À ses yeux, c'est tout à fait possible.
Les réticences de la Grèce et les réserves de l'Italie expliquent le délai que s'accorde l'UE, comme ce fut le cas avec la Libye au début de l'année. Des contacts vont donc être noués avec d'autres puissances pétrolières de la région. Il s'agit aussi d'éviter un effet pervers bien connu des professionnels: tout embargo risque de provoquer un effet temporaire de rareté qui, par le biais d'une hausse des cours, bénéficie au producteur sanctionné s'il trouve d'autres clients…

jeudi 1 décembre 2011

DSK : l’homme qui n’avait rien à se reprocher

Que feraient les journalistes sans Strauss-Kahn ? Depuis le mois de mai dernier, on entend monter des rédactions parisiennes chaque matin la même litanie : « Donnez-nous notre DSK quotidien ». Et ils sont exaucés. Parfois au-delà encore de ce qu’ils osaient espérer.

Aujourd’hui, c’est la très attendue version de DSK lui-même sur le Sofitel et le Carlton (DSK ne fait pas dans l’hôtel Formule 1) qui nourrit l’actu. Il parle. Il jacte, il passe à confesse, il se met à table, dirait notre ami Dodo la Saumure. C’est Michel Taubmann, le biographe officiel et ardent défenseur des Strauss-Kahn, qui a recueilli ses propos pour son livre Affaires DSK, la contre-enquête dont il donne de larges extraits à Paris-Match.

« Rien ne serait arrivé si je n’avais pas eu cette relation stupide mais consentie avec Nafissatou Diallo » explique l’ex-favori à la présidentielle. « Ce jour-là, j’ai ouvert la porte à toutes les autres affaires. »

DSK regrette essentiellement de s’être fait prendre.

Dominique Strauss-Kahn accuse clairement Nafissatou Diallo de l’avoir provoqué. Voyant le gros DSK sortir nu de sa douche, la femme de chambre aurait attardé son regard sur la partie la moins pudique de cette superbe anatomie. « Un regard suggestif » dans lequel DSK qui sait que personne ne lui résiste, surtout en tenue d’Adam, aurait vu « une proposition ».

Sept minutes après, après une relation « consentie et non payée », Nafissatou Diallo aurait volé le blackberry de sa prestigieuse conquête.

La femme de chambre aurait été là en mission commandée, selon Taubmann qui enfonce le clou de la thèse du complot contre le futur président socialiste de la République. « On » aurait dit à Nafissatou de regarder DSK de façon suggestive, d’accepter ce qui allait forcément s’en suivre et de dérober un de ses portables. Celui du FMI.

« Dominique Strauss-Kahn n’a jamais violé personne ni à New York, ni à Paris, ni nulle part », martèle Michel Taubmann : « c’est une affaire politique, ce n’est pas une affaire de mœurs et elle soulève des questions qui concernent les services secrets ».

A propos de l’affaire du Carlton, DSK juge « insupportable » que son nom soit associé à la prostitution mais reconnaît avoir participé à des soirées « libertines ». Là, grand moment de galanterie et d’élégance dont DSK est coutumier : « D’habitude, les participantes à ces soirées ne sont pas des prostituées » (pensez-vous !). « Quand quelqu’un vous présente sa copine (« vous propose » est le mot juste), vous ne lui demandez pas si c’est une prostituée et quand on vous invite à une soirée, vous ne demandez pas à voir la facture. » Dominique Strauss-Kahn sait vivre.

De même quand David Roquet, le patron d’une filiale d’Eiffage Immobilier-BTP, lui rend visite à Washington avec deux « secrétaires » peu farouches de l’entreprise de bâtiment, le directeur du FMI ne se pose aucune question : ce sont des « copines » de « copains » (parmi ces copains, Fabrice Paszkowski, militant socialiste et Jean-Christophe Lagarde, policier, chef de la Sûreté départementale). Le but de cette rencontre : des réunions de travail en vue de préparer la future présidentielle. Entre deux réunions : parties fines avec les secrétaires d’Eiffage. Deux filles de Dodo la Saumure.

A son biographe, Dodo Strauss-Kahn confie avoir eu « une vie sexuelle libre » qu’il « n’est pas le seul à mener dans le monde politique ou des affaires », précise-t-il : « Je n’avais rien à me reprocher. Je n’ai jamais rien fait d’illégal. Mais j’ai décidé de rompre avec tout cela, c’est fini. »

Intéressante précision donnée involontairement par Taubmann, tout le monde connaissait les frasques et les pulsions de DSK et tout le monde les cachait. Jusqu’au président de la République bien sûr qui avait vu passer des « notes blanches » sur son futur-ex-rival alors qu’il était à l’Intérieur. Lorsque l’économiste Alain Minc a demandé à Sarkozy si en nommant Strauss-Kahn directeur du FMI il ne prenait pas le risque de mettre en selle un futur concurrent, Sarko a aussitôt rétorqué : « Mais voyons, tu sais très bien qu’il ne peut pas être candidat ! »

Les ayatollahs jouent avec le feu

Le monde a un problème avec l'Iran. Voilà un pouvoir fanatique, oppresseur, dont l'élection est contestée. D'autant plus dangereux qu'il est divisé. Un pays puissant, soutenu par la Russie et la Chine qui lui offrent une sorte de protection diplomatique. Nanti d'une arme commerciale considérable en tant que deuxième producteur de pétrole : toute représaille à son endroit peut faire flamber le cours du brut. Voilà un régime qui joue avec le feu. Un jour défie le « Grand Satan » américain, un autre menace de rayer Israël de la carte, et par-dessus tout joue avec le feu nucléaire. L'autorité mondiale du nucléaire en a acquis la conviction, sinon la preuve. À deux pas de Téhéran, des installations sont aptes à tester des explosions nucléaires ; il ne faudrait que plusieurs mois pour fabriquer la bombe. Il en détient l'expertise, la technologie, les ressources, probablement la motivation politique. Les intentions prétendument pacifistes de son programme ne trompent pas. Surtout pas la Grande-Bretagne qui a prononcé à son égard les sanctions économiques les plus dures. Cette fermeté a valu à son ambassade à Téhéran d'être attaquée par des miliciens radicaux. Un acte gravissime : la neutralité d'une enceinte diplomatique participe d'un principe intangible. L'Iran n'en a cure, qui continue à braver les Occidentaux, use d'une rhétorique toujours plus belliqueuse et se rapproche dangereusement de la ligne rouge. Cette surenchère peut-elle durer, empirer ? Les marges de manœuvre sont étroites. L'isolement de la république islamique certes grandit. Mais l'équilibre du monde est fragile, personne n'est prêt à partir en guerre contre elle.

Un ticket pour le cirque

C’était une séquence inévitable. On se demandait seulement à quel moment de la représentation elle allait survenir. C’est fait! Le PS fait semblant de s’indigner. L’Élysée fait semblant de s’étonner. En campagne, le président de la République? Oui, gagné, vous l’avez deviné: il est simplement «dans son rôle» quand il va auprès des Français. Et tous les recours des amis de François Hollande auront beaucoup de mal à faire la démonstration du contraire.

Il faut rendre à Nicolas Sarkozy cette justice: il n’a pas attendu la dernière année avant la présidentielle pour enchaîner les déplacements en province. Un exercice régulier auquel il s’astreint depuis le début de son mandat et qui constitue un point incontestablement positif de sa pratique du pouvoir. Qui pourrait sérieusement reprocher au chef de l’État de sortir le plus souvent possible de ce que Mitterrand appelait sa «cage» - la drôle de bonbonnière de l’ancien palais de la Pompadour - pour aller au contact de ses concitoyens?

Le problème, ce sont les détails et, au-delà, les motivations. Le président fait plus souvent des sauts de quelques heures en région - dans le genre opérations-éclairs avec sirènes hurlantes, centres villes bloqués des heures à l’avance, et auditoire trié sur le volet - qu’il n’y voyage vraiment. Toujours pressé de rentrer à Paris, il ne prend même jamais le temps de passer la nuit dans l’une ou l’autre austère préfecture comme le faisait Chirac. Mais il n’oublie jamais, en revanche, d’éreinter ses adversaires de l’opposition dans des discours censés, pourtant, rester au-dessus de la mêlée.

Politiquement, c’est de bonne guerre. Le président sortant est forcément avantagé, c’est vrai et ce n’est pas nouveau, mais où tracer la frontière entre l’intérêt politique personnel du candidat et la politesse du président? C’est juste une question d’élégance démocratique et d’exigence éthique. Deux scrupules dont ne s’encombre guère l’énergique conquérant à sa propre succession. Le prétendant, lui, peut bien pleurnicher sur un usage abusif des moyens de l’État, il n’est pas sûr qu’il émeuve la France sur ce point.

Faut-il s’étonner que ce sketch annoncé ne passionne guère les Français? Mais c’est comme le cirque, et c’est tant mieux: la prévisibilité des numéros n’empêche pas l’attrait pour le spectacle de la présidentielle, et pour le geste final du vote. Il faut en être, et vite, vite, prendre son ticket pour s’assurer qu’on sera bien sur la liste électorale. Même dévaluée, la magie de la démocratie n’a pas de prix.

L'Europe à reculons

Il n'est pas besoin d'être un grand clerc de la finance pour mesurer, et donc redouter, la confusion qui règne chez les leaders européens face à la crise de la zone euro. Rarement, les signaux envoyés aux opinions publiques auront été aussi contradictoires. D'un côté, on mesure, chaque jour, la tentation du réflexe national que la crise peut induire ; de l'autre, on entend parler d'une solution fédérale que même les militants les plus fervents de la cause européenne n'osaient plus imaginer. On serait, ainsi, à la veille d'un changement radical. Dans un sens, ou dans l'autre.

La confiance ne régnant plus, l'anxiété est reine. Le yoyo des marchés l'alimente à merveille. Entre les expertises sinistres des économistes et la cacophonie des politiques, le citoyen européen se réveille chaque matin avec le sentiment de devoir assister à un enterrement de première classe : celui de l'euro, et avec lui, de l'Europe. Le monde de la finance aurait, paraît-il, déjà sorti son costume sombre. Au cas où.

C'est au nom de ce risque d'éclatement, de « désintégration », comme le disait hier encore un commissaire européen, que la mobilisation est invoquée. Au nom d'une idée bien établie - l'Europe s'est forgée dans les crises - et d'un constat généralisé - la crise est profonde et peut être fatale - le fameux grand saut pour une plus grande intégration économique est le seul recours.

Ce saut, Paris l'appelle, depuis un moment déjà, un gouvernement économique. Berlin préfère parler d'une union fiscale. Un même constat de départ les unit : un étage manquait à la construction de l'union monétaire, il faut y remédier. Mais, derrière le mot intégration, les recettes divergent de part et d'autre du Rhin. La Chancelière veut modifier, même légèrement, les traités pour rendre incontournable, sous peine de sanctions automatiques, la discipline budgétaire. Nicolas Sarkozy plaide pour une intervention à l'américaine de la Banque centrale européenne, afin d'éteindre l'incendie.

La méthode, on le voit, n'est pas la même. Le calendrier non plus. Angela Merkel escompte un effet calmant d'un changement pourtant aventureux des traités ; le président français - comme d'autres en Europe - estime que seul un instrument de court terme, comme la BCE, peut calmer les marchés. Le temps presse, il est vrai, et ce critère peut peser très lourd.

Le débat doctrinal est légitime. On peut aisément comprendre les refus allemands de faire marcher la planche à billets, et pas seulement dans le souvenir de Weimar. Et tout aussi aisément l'insistance de Paris sur la nécessaire vitesse d'exécution. Ce que l'opinion comprend moins facilement, c'est la curieuse alternative entre l'officier des pompes funèbres et l'inspecteur fiscal. Entre la mort de l'euro et la rigueur punitive.

Il n'est pas irréaliste de penser que, sans un soutien à la croissance, le remède pourrait être aussi fatal que le mal. En outre, au-delà de la conjoncture de court terme, le choix d'une plus grande intégration comporte la délégation d'une part de souveraineté et exige une vision d'ensemble. Sujet sensible, compte tenu des référendums du passé et de la poussée populiste du moment.

Nicolas Sarkozy ce soir à Toulon, et Angela Merkel demain devant le Bundestag, vont devoir expliquer, à la veille d'un sommet européen crucial, s'ils veulent plus d'Europe comme on saute dans un canot de sauvetage, ou au nom d'un vrai projet.

Évolution des libertés - des journaux clandestins aux révolutions via l'Internet

Par Jerzy Buzek, président du Parlement européen et ancien membre de Solidarnosc en Pologne.

Neuf jours après la chute du dictateur libyen, alors que je me promenais dans les rues de Tripoli, un homme d'âge moyen m'aborde et me dit: "Mon ami - nous avons besoin que vous nous aidiez, nous sommes disposés à accepter votre aide".

J'ai été ému et impressionné par son regard empli d'espoir et d'enthousiasme. Il a réveillé en moi de puissants souvenirs de mon propre pays, la Pologne, il y a de cela 22 ans, lorsque nous nous battions également pour notre liberté.
Cette rencontre m'a également conforté dans mon opinion fondamentale que nous voulons tous la même chose, que nous venions de Libye, de Pologne ou de toute autre région du monde. Partout dans le monde, les peuples veulent vivre en démocratie, être capables de prendre la destinée de leur pays en main et d'assurer un avenir stable à leurs enfants.
Au sein de l'Union européenne, nous considérons la liberté comme un droit naturel, un dû. D'autres populations, souvent proches de nous, en ont été privées.
Au cours de ma visite en Libye, je n'ai eu de cesse de songer aux souffrances du plus ancien prisonnier d'opinion, Ahmed al-Sanusi. Il a passé plus de 30 ans dans les geôles libyennes, payant le prix fort pour avoir tenté de renverser le régime Kadhafi.
J'ai éprouvé un sentiment d'humilité et d'honneur en pensant à ce que cet homme courageux a enduré au nom de ses convictions. J'ai également songé avec fierté que le Parlement européen venait de reconnaître son sacrifice personnel en lui décernant le Prix Sakharov 2011 pour la liberté de l'esprit. Il partage le Prix de cette année avec quatre autres lauréats militants du Printemps arabe qui symbolisent tous le courage, la lutte et le sacrifice de ceux qui se battent pour défendre la dignité et la liberté, ainsi qu'un gouvernement responsable et réactif.
Ce Prix, baptisé ainsi en mémoire du célèbre dissident politique soviétique Andreï Sakharov, est décerné par le Parlement européen chaque année depuis 1988 à des personnalités ou à des organisations qui ont contribué de façon décisive à la défense des droits de l'homme ou de la démocratie. C'est la meilleure contribution et le meilleur soutien que nous puissions apporter à leur lutte héroïque.

Le Prix Sakharov a une Égyptienne et à une Syrienne

Le Parlement européen estime que les droits fondamentaux incluent non seulement le droit à la vie et à l'intégrité physique, mais aussi la liberté d'expression et celle de la presse. Ces deux dernières libertés sont des critères essentiels pour mesurer le degré d'ouverture et de démocratie d'une société.
En Pologne, il y a de cela 30 ans, nous publiions des journaux clandestins du fond de caves noires et froides. Ils étaient distribués à nos concitoyens par des personnes prenant de grands risques dans l'espoir d'une vie plus digne. Nous avions également réussi à créer des réseaux d'information avec d'autres dissidents de la Tchécoslovaquie, la Lituanie, la Lettonie et la Hongrie communistes.
Vu d'ici, nos activités clandestines tenaient du film d'espionnage. Pour bien des gens, cependant, notre passé n'a rien d'une fiction. C'est leur réalité actuelle.
Parmi ces personnes courageuses figurent les lauréats du Prix Sakharov de cette année, par exemple Mme Mahfouz, égyptienne, et Mme Zeitouneh, syrienne. Elles ont contribué à organiser des grèves en faveur des droits fondamentaux en publiant leurs protestations sur des blogs et sur Youtube, Facebook et Twitter.
Ces messages ont incité les Égyptiens à faire valoir leurs droits sur la place Tahrir. En Syrie, le blog de Mme Zeitouneh révèle les atrocités qui se produisent actuellement dans son pays. Ses messages sont devenus une source d'information importante pour les médias internationaux.

Nous aspirons tous aux mêmes libertés

C'est une leçon à retenir. Les femmes sont, depuis le début, aux côtés des hommes dans ces révolutions. Après avoir été longtemps victimes de discriminations, elles ont fait preuve d'un même courage, d'une grande fierté et transformé les étincelles des révolutions de leurs pays en flammes de liberté.
Que ce soit dans l'ancienne Europe communiste ou dans le récent Printemps arabe, nous aspirons tous aux mêmes libertés. La seule différence réside dans la manière d'y parvenir.
Le Printemps arabe nous a clairement montré qu'un changement fondamental s'était produit dans la manière de lutter pour la liberté. La presse écrite clandestine a été remplacée par l'Internet et les médias sociaux.
Nous sommes à un moment capital marqué par de nouvelles "révolutions internet" où les personnes établissent des relations et des réseaux en ligne et s'unissent en partageant leurs expériences et objectifs communs au travers des nouvelles technologies.
 Nous ne devrions pas laisser passer ces événements sans en tirer les bons enseignements.

La solidarité doit toujours l'emporter

Le Parlement européen organise aujourd'hui à Bruxelles une conférence Sakharov de haut niveau sur les droits de l'homme afin de fournir une plateforme de haut niveau très visible pour mettre en avant les droits de l'homme ainsi que le rôle de l'Union européenne dans leur promotion et leur défense.
Cette conférence vient à point nommé pour examiner le rôle puissant des nouvelles technologies dans la lutte pour les droits de l'homme. De plus, elle constitue également l'occasion idéale d'examiner les problèmes de droits de l'homme dans les pays en transition, en particulier au regard des évolutions internationales actuelles telles que le Printemps arabe.
 Elle réunit des lauréats du Prix Sakharov, des personnalités publiques de renommée internationale, des militants et des défenseurs des droits de l'homme, des ONG et des députés au Parlement européen.
 Les questions relatives aux droits de l'homme figurent toujours au premier rang des priorités du Parlement. En tant que seule institution européenne démocratiquement élue, le Parlement européen s'efforce de garantir que les droits et les libertés sont défendus et promus au sein de l'Union européenne et au-delà.
Nous voulons que les personnes engagées dans la lutte pour les droits de l'homme à travers le monde voient dans Bruxelles non seulement la capitale de l'Union, mais aussi une plateforme des droits de l'homme. 
C'est pourquoi nous souhaiterions aller au-delà d'une seule conférence et renforcer notre propre réseau: le réseau du Prix Sakharov. Je sais, de par l'expérience de mon propre pays, à quel point il peut être difficile de rétablir des procédures et des institutions démocratiques en partant de rien. Je sais également qu'il importe de créer des réseaux de personnes dont l'expérience et le soutien peuvent être utiles. Je sais que la solidarité doit toujours l'emporter.
Pour en revenir à l'homme rencontré à Tripoli, je peux lui dire la chose suivante: l'Union européenne est à vos côtés et aux côtés des peuples du monde entier en quête de liberté. Les droits de l'homme et leur défense figurent au premier rang de nos préoccupations et de nos devoirs. Vous avez également un devoir: favoriser le développement de la Libye libre avec l'aide de vos propres réseaux nationaux établis par la société civile, les organisations non gouvernementales, les intellectuels, les organisations de femmes et les médias pluralistes.
 Je puis vous assurer mon ami que le Parlement européen ne fera jamais la moindre concession lorsque les droits de l'homme sont menacés. Nous sommes à vos côtés. Toujours.

L'Eurogroupe pourrait donner de l'oxygène à la Grèce

ZONE EURO. Les ministres des Finances de la zone euro se réunissent mardi 29 novembre 2011 à partir de 17 h à Bruxelles pour étudier plusieurs dossiers chauds au sein de l'Eurogroupe

D'abord, faire un point sur la crise de la dette. Cette réunion a lieu alors que la situation se dégrade dans la zone euro. Le quotidien économique français La Tribune a annoncé que la France pourrait se voir appliquer par l'agence de notation Standard & Poor's une perspective négative dans une dizaine de jours, prélude à la perte du fameux triple A.

S&P a refusé de commenter ce qu'elle qualifie de "rumeur". L'idée de proposer un nouveau pacte de stabilité entre les pays bénéficiant du triple A est toujours discutée.

Ensuite, l'Eurogroupe pourrait enfin débloquer le versement de la tranche de prêt de 8 mrds€ à la Grèce. Une enveloppe qui avait été gelée après la décision unilatérale de Georges Papandreou de lancer un référendum. Le nouveau gouvernement grec devrait finalement s'engager par écrit à appliquer les réformes demandées par l'Europe et le FMI dans le cadre du plan de sauvetage du pays. Sans cette somme, l'État grec tomberait en faillite d'ici à la mi-décembre 2011.

Enfin, à l'ordre du jour le Fonds de secours pour les pays en difficulté (FESF) destiné à éviter la contagion de la crise de la dette à l'Italie et à l'Espagne. Le FESF pourrait se muer en un mécanisme d'assurances permettant une garantie sur les pertes éventuelles des investisseurs acquéreurs de dettes des pays fragiles.

Au cours de cette séance des pays de l'Eurogroupe, qui seront rejoints par les autres pays européens mercredi 30 novembre 2011, sera nommé officiellement le nouveau représentant français au directoire de la Banque centrale européenne, Benoît Coeuré. Actuellement directeur général adjoint du Trésor français, il remplacera l'Italien Lorenzo Bini Smaghi.

Le principe de panique à l’oeuvre

Angoisses, alarmisme, peur de l’apocalypse : pour le futurologue Matthias Horx, l’homme n’est pas guidé par les faits, mais par son état d’esprit. Ce qui vaut également pour la crise de l’euro. 

Dans son nouveau thriller, The Fear Index [“L’index de la peur”, éditions Hutchinson] l’historien et auteur à succès Robert Harris décrit le moyen de faire fortune en exploitant la peur.
En voici l’intrigue : physicien de génie, le docteur Hoffmann (Edgar Allan Poe n’est pas loin), ancien chercheur de l’accélérateur de particules Large Hadron Collider, met au point un hedge fund informatisé.
A l’échelle de la milliseconde, VIXAL-4 scanne le Web en quête de signes de panique, ciblant des termes comme terrorisme, alerte, horreur, fin, déclin, crise, banqueroute, danger, gouffre, inquiétude, accident nucléaire.
Dès que les indicateurs clignotent, il peut parier aussitôt sur une chute des cours et engranger des milliards en quelques secondes. Le hedge fund enregistre une croissance annuelle de 80 %.
Naturellement, les choses dérapent. La machine commence à spéculer de son propre chef, semant la panique. Le mariage, la famille et la psyché du héros finiront par sombrer avec l’ensemble de l’économie mondiale.

La "crise" n’existe que parce que tous y croient

Supposons un instant que cette fiction soit depuis longtemps une réalité, et que la crise de la zone euro ne soit que le résultat d’une angoisse collective. Une angoisse qui monte. Qui se propage. Qui maraude de cerveau en cerveau. Une infection collective. Pour alimenter le système, un ordinateur central type HAL ou Big Brother ne serait même pas nécessaire.
La "crise" n’existerait que parce que tous y croient. J’entends d’ici les oracles de la crise me dire : n’existe-t-il pas des faits vérifiables ? Les banques ne sont-elles pas responsables de la crise de l’immobilier, n’ont-elles pas poussé les pays européens à s’endetter ?
Ou sa variante – nos dirigeants politiques irresponsables n’ont-ils pas continuellement agi à l’encontre des marchés en jetant sans vergogne l’argent du contribuable par les fenêtres, aux frais des générations futures ?
Peut-être tout cela n’entre-t-il plus en ligne de compte depuis longtemps. Dans son nouveau livre, Mood Matters [“L’humeur compte”, éditions Springer], le futurologue et génie des mathématiques John Casti montre comment l’état d’esprit conditionne l’histoire.
Avec un argument radical : ce ne sont pas les événements du monde réel qui décident de l’avenir, mais exclusivement les attentes collectives fictives. Comment disait Epictète, déjà, 2000 ans et plus ? "Ce qui trouble les gens, ce ne sont pas les événements, mais l’idée qu’ils se font des événements".

Une industrie de la peur et de l'effroi dans les médias

Les vilains spéculateurs ne sont pas les seuls à spéculer contre l’euro. Depuis longtemps, une industrie de la peur et de l’effroi est à l’œuvre dans les médias, qui misent essentiellement sur la surenchère de titres chocs.
"Ambiance d’apocalypse dans la zone euro" ; "La fin du règne de l’argent" ; "L’adieu à la prospérité". Des professeurs en colère viennent pérorer dans les émissions de débat sur l’air de "je l’ai toujours su". A chaque nouveau débat, la petite musique de la peur monte d’une octave.
Cette "fearconomy" [économie de la peur] n’a-t-elle pas supplanté depuis longtemps déjà une économie réelle qui, elle, doit miser sur le changement, l’ajustement et le renouvellement ?
Terrorisme, alerte, horreur, fin, déclin, crise, banqueroute, danger, gouffre, inquiétude et accident nucléaire ne forment-ils pas le modèle économique le plus formidable de tous les temps, si l’on considère que l’homme est au plus profond de son être un angoissé ?
"Nous sommes profondément convaincus”, confie le docteur Hoffmann dans le roman de Robert Harris, “que c’est l’informatisation elle-même, l’interconnexion du monde entier, qui est la cause du vent de panique mondial. Et qui nous permet de nous faire de l’argent, et même un paquet !"

La dictature du court terme à l'assaut des Etats

A force de se projeter dans l’éclatement de la zone euro, les opérateurs de marché en créent les conditions. 

Vive la crise! Pour les marchés financiers, la crise de la dette publique dans la zone euro n’a pas que de mauvais côtés. Les agences de notation dégradent les notes attribuées à la dette des Etats les plus fragiles, comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, et maintenant la Belgique… Ces pays, dans la ligne de mire des spéculateurs, ne peuvent se refinancer sur les marchés qu’à des taux de plus en plus élevés. La France n’est pas épargnée. Bonne affaire, pour les créanciers!

Le malade et le thermomètre

En effet, la dégradation des notes est réputée traduire un risque plus grand qui, lui-même, justifierait des taux plus élevés. C’est ainsi que l’Italie, aujourd’hui dans l’œil du cyclone, se finance à la fin novembre sur les marchés à des taux supérieurs à 7% pour des emprunts à dix ans, contre 5% il y a trois mois.
Est-ce la bonne méthode pour contribuer au redressement? Si on prend l’exemple de la France, une hausse d’un point du taux d’intérêt correspond à une rallonge de 10 milliards d’euros sur cinq ans du service de la dette.
Les agences se défendent, au prétexte qu’elles ne font que mesurer un niveau de solvabilité en croisant de nombreux paramètres. Certes, ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on guérit un malade; ce n’est pas non plus en tapant dessus. On ne peut imaginer que la sanction suffise à redresser l’économie.
Ce serait plutôt le contraire: en empruntant plus cher, les pays alourdissent leur endettement… ce qui justifie une nouvelle dégradation, et ainsi de suite jusqu’au naufrage. Comme pour la Grèce. Avec des implications sociales imputées à l’euro et qui sont en fait les conséquences de la dépendance des Etats aux marchés.

Le principe des prophéties auto-réalisatrices

Les marchés ont ainsi la capacité d’émettre des prophéties… auto-réalisatrices. En brandissant la menace d’une dégradation puis en l’appliquant, les agences de notation (qu’aucune instance ne contrôle) modifient le rapport de forces entre Etats et créanciers et la confiance que ceux-ci accordent à ceux-là. De sorte que les Etats s’endettent encore plus. Elles peuvent donc justifier a posteriori leur décision par l’évolution d’une situation qu’elles ont elles-mêmes contribué à créer.
Certes, les Etats placés sous les projecteurs ont laissé filer leur endettement. On soulignera toutefois qu’une partie du problème de la dette souveraine provient de la crise bancaire déclenchée par ces mêmes opérateurs financiers. Mais on ne règlera pas le problème si on ne laisse pas le temps à ces Etats de mettre en place les conditions de l’assainissement. Tel est pourtant le mode opératoire des acteurs des marchés financiers, qui jouent ainsi l’éclatement de la zone euro.

La dictature du court terme

La pression opérée par les agences de notation et les spéculateurs va dans le sens souhaité par les adversaires de l’euro, qui peuvent se prévaloir de la crise de la dette souveraine pour justifier leurs attaques. Les europhobes ont trouvé leurs alliés. Le dernier rapport en date est celui de l’agence Moody’s le 28 novembre, menaçant tous les pays de la zone euro, France et Allemagne comprises ainsi que d’autres pays jusqu’à présent épargnés. «Alors que la zone euro dans son ensemble dispose de solides atouts économiques et financiers, les faiblesses institutionnelles continuent à empêcher la résolution de la crise et pèsent sur la notation», commente Moody’s.
L’agence de notation, comme on le voit, n’est pas négative sur les atouts de la zone euro. Mais la mise en œuvre d’une solution à l’échelle de la zone, avec la construction de nouvelles solidarités, implique de refondre la gouvernance de l’euro. Or, Moody’s veut obstinément méconnaître les impératifs du temps politique qui ne permettent pas de résoudre les «faiblesses institutionnelles» pointées par l’agence dans les délais souhaités par les marchés. C’est la mécanique des marchés contre celle des démocraties.
Car les marchés, eux, se situent dans des perspectives de court terme, et de plus en plus. Moody’s l’évoque clairement:
«En l'absence de mesures politiques pour stabiliser les conditions de marché à court terme, ou bien si ces conditions se stabilisent pour toute autre raison, le risque crédit va continuer à s'accroître.»
Cette dictature de l’immédiateté est celle de la finance qui se projette de moins en moins dans des investissements de long terme pour privilégier des opérations au rendement rapide. «Nous sommes dans une crise de l’argent facile à court terme», diagnostique René Ricol, commissaire à l’investissement et coordinateur des politiques de soutien aux entreprises.

Les marchés contre les Etats

La crise bancaire née en 2007 a poussé les Etats à corriger les excès de l’argent fou en introduisant de nouvelles régulations. Mais en édictant des contraintes nouvelles, les législateurs ont forcément obligé les marchés à se projeter dans un avenir plus lointain, plus conforme aux intérêts souverains. D’où ce bras de fer entre les marchés financiers et les gouvernements, les premiers voulant affaiblir les seconds pour empêcher toute régulation et pouvoir à nouveau imposer leur dictature du court terme.
Les Etats l’emporteront-ils malgré tout? «C’est tout l’enjeu de l’engagement d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy», souligne René Ricol. Rien n’est encore écrit. Le couple franco-allemand qui sert de centre de gravité à la zone euro n’a pas trouvé l’équation qui enraierait les attaques des marchés et les dissuaderait de jouer l’éclatement de la zone euro. Or, le temps joue contre les Etats.
Lire aussi : "La crise de la dette"

Le climat, autre victime de la crise

C'était il y a deux ans à peine et pourtant déjà une autre époque. À Copenhague, le Sommet sur le réchauffement climatique était perçu comme « un rendez-vous unique pour l'histoire de l'humanité », comme le caractérisait lyriquement Jean- Louis Borloo, alors ministre de l'Environnement auréolé de la dynamique de son « Grenelle » et du volontarisme sarkozyen en la matière. Dans la capitale scandinave devait se jouer l'avenir de la planète. Mais devant l'échec du Sommet et l'affichage des égoïsmes nationaux, le problème « essentiel », devenu impossible à résoudre, a disparu des calendriers. Et c'est ainsi que le nouveau Sommet sur le réchauffement se déroule, depuis lundi, dans un silence assourdissant à Durban... Depuis 2009, il est vrai qu'une autre crise planétaire, financière et plus immédiate, est venue réorienter les priorités vers le court terme et les préoccupations plus directement locales. La confrontation, fortuite, des sujets d'actualité, est d'ailleurs édifiante. Depuis la décision du Conseil d'État, c'est la hausse probable des tarifs de l'énergie qui inquiète et mobilise aujourd'hui le gouvernement et l'opinion (et, là encore, c'est un constat d'impuissance politique qui peut être tiré face aux intérêts économiques privés). De quoi redonner, plus généralement, consistance au fameux - et fallacieux - adage qui fait des préoccupations environnementales un souci de riche. S'il est évident que connaître les possibilités de se chauffer cet hiver est prioritaire sur le climat qu'il fera dans cinquante ans, c'est de la responsabilité des politiques de ne pas sacrifier l'un au profit de l'autre.

Oui, l’euro passera Noël !


C’est la nouvelle mode des commentateurs, des experts et des soi-disant prophètes de l’économie et de la finance depuis que le JDD a titré dimanche dernier : « L’euro va-t-il passer Noël ? ». Et chacun d’ajouter sa pierre à l’édifice du pessimisme et du défaitisme : Jacques Attali, l’ancien conseiller de Mitterrand, assure que « l’euro ne passera pas Noël », Eric Zemmour que « la zone euro n’existe plus de fait » et Nicolas Baverez que « la France et la zone euro se sont fracassées sur le mur de la dette ». N’en jetez plus, la coupe est pleine et pourtant il y a beaucoup de gens, dont je suis, qui pensent que l’euro peut-être défendu, sauvé et conforté, à certaines conditions d’effort et de courage de la part des responsables politiques. Car il existe des solutions aux problèmes posés par la crise de la dette aux pays européens.– La première solution consiste à modifier les compétences de la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle puisse prêter aux Etats comme les banques centrales américaines, anglaises ou japonaises, ce qui explique que ces pays peuvent emprunter à taux faible. L’Allemagne est contre mais elle évolue dans le bon sens et Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont affirmé à Strasbourg l’indépendance de la BCE, une façon de dire que si elle veut, elle peut.


– En attendant que cela intervienne le couple franco-allemand envisage de proposer aux membres de la zone euro qui le souhaitent un mini-pacte de stabilité. Cela concernerait les Etats ayant les économies les plus fortes : Allemagne, Autriche, Pays-Bas ainsi que la France et l’Italie. Ces Etats s’engageraient à faire converger leurs fiscalités et à contrôler mutuellement leurs budgets nationaux. Ce plan secret, s’il est annoncé à Toulon demain par Nicolas Sarkozy et vendredi au Bundestag par la chancelière Merkel, peut être la première phase du sauvetage.


Non, décidément, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure, l’euro n’est pas mort !