TOUT EST DIT

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vendredi 2 décembre 2011

L'UE se donne un mois pour frapper le pétrole iranien

Après le cri d'alarme de l'AIEA sur le nucléaire, les Vingt-Sept durcissent leurs sanctions contre Téhéran.

Le compte à rebours est lancé pour frapper Téhéran là où ça fait mal. L'Union européenne a décidé d'adopter, en janvier au plus tard, un train de sanctions présentées comme sévères contre la finance, le transport et l'énergie - en clair le pétrole iranien dans toutes ses dimensions.
Après le cri d'alarme de l'AIEA sur le nucléaire militaire, la mise à sac de l'ambassade britannique à Téhéran a balayé les réticences. «Nous avons décidé de travailler sur des sanctions plus dures et sans précédent», assure jeudi Alain Juppé, dans une allusion transparente à un éventuel embargo sur le pétrole. Le texte arrêté, jeudi à Bruxelles, vise aussi les Gardiens de la révolution, branche de l'armée chargée de réprimer toute dissidence interne.

Rappel des ambassadeurs

La formulation retenue est assez diplomatique pour couvrir les pays en pointe - la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne - et ceux qui ont émis des réserves - l'Italie, l'Espagne et la Grèce. Il s'agit «d'atteindre sévèrement le système financier iranien, celui des transports et celui de l'énergie». L'embargo, soutenu par Paris et Berlin, n'est plus à exclure. Londres milite aussi pour isoler financièrement Téhéran. Les États-Unis l'on fait en novembre, paralysant de fait une partie des rentrées pétrolières.
À ce jour, les Vingt-Sept ont déjà frappé les actifs de centaines d'entreprises iraniennes. L'UE applique depuis juillet 2010 une interdiction des nouveaux investissements dans le pétrole et le gaz. Jeudi, elle a ajouté à sa liste noire les noms de 143 sociétés et 37 personnes, visées par des gels d'avoirs et des interdictions de visa. Elle a aussi marqué son «indignation» face à l'attaque contre la représentation britannique et prévoit de coordonner les rappels d'ambassadeurs. Pour d'éventuelles sanctions pétrolières, la difficulté à surmonter est l'inégale répartition du fardeau entre le sud et le nord de l'Europe. L'UE a importé 5,8% de son brut d'Iran l'an dernier. Mais le sacrifice serait plus rude pour l'Espagne (15% de ses approvisionnements), la Grèce (14%) ou l'Italie. S'ajoute dans ces trois capitales une fatigue avouée de devoir assumer, après la Libye et la Syrie, le contrecoup des sanctions à chaque rebondissement politique dans le monde musulman.
Cette fois, c'est Athènes qui appelle à l'aide. Ses finances à sec, la Grèce a trouvé à Téhéran un fournisseur très obligeant qui lui fournit le pétrole à crédit. «Il faut en tenir compte et veiller à ce que l'interruption des livraisons de l'Iran puisse être compensée par une hausse de production ailleurs», explique Alain Juppé. À ses yeux, c'est tout à fait possible.
Les réticences de la Grèce et les réserves de l'Italie expliquent le délai que s'accorde l'UE, comme ce fut le cas avec la Libye au début de l'année. Des contacts vont donc être noués avec d'autres puissances pétrolières de la région. Il s'agit aussi d'éviter un effet pervers bien connu des professionnels: tout embargo risque de provoquer un effet temporaire de rareté qui, par le biais d'une hausse des cours, bénéficie au producteur sanctionné s'il trouve d'autres clients…

jeudi 24 novembre 2011

Crise de la dette : Paris et Berlin cherchent la parade

Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et l'Italien Mario Monti se retrouvent pour un minisommet à Strasbourg, sur fond de crise politique et institutionnelle de l'Europe. 

Après avoir tourné la page Berlusconi, l'Italie retrouve sa place à la table des grands. Mario Monti, le nouveau chef du gouvernement, se joindra aujourd'hui à Nicolas Sarkozy et à Angela Merkel pour un rendez-vous presque inopiné, mais nécessaire: la crise financière ne marque aucun répit et la contagion menace de gagner toute la zone euro.
Le sommet de Strasbourg, avec trois dirigeants qui «pèsent» à eux seuls 70% de l'euro, survient à un moment clé. Malgré les plans d'aide ou les changements de gouvernement dans les pays les plus fragiles -Espagne, Grèce, Portugal, Irlande et Italie-, le malaise européen persiste, preuve qu'il ne se résume pas à l'addition de problèmes nationaux. L'urgence n'est plus seulement de circonscrire le foyer grec, ou même de dresser un «pare-feu» pour stopper l'incendie aux abords de la Méditerranée. L'Europe fait maintenant face à une crise politique et institutionnelle et doit trouver un remède à la dimension de l'enjeu.
Le sommet tripartite n'a pas d'ordre du jour précis, mais chacun des trois dirigeants arrive à Strasbourg armé d'un plan de bataille européen. Pour la France, dont la note AAA est menacée à cinq mois de l'élection présidentielle, l'urgence est de stopper la contagion et de s'en donner les moyens. Le fonds européen de stabilité financière (FESF) peinant à se mettre en place, Paris plaide pour un recours -ou au moins la menace d'un recours- à des interventions massives de la Banque centrale européenne afin de casser la spéculation.

Opposition frontale, sans étincelles publiques 

Nicolas Sarkozy ne s'est pas encore publiquement prononcé pour la mobilisation des ressources en principe illimitées de la BCE, transformée en prêteur de dernier ressort. Mais ses lieutenants l'ont fait pour lui. C'est la seule dissuasion crédible et «la meilleure réponse pour éviter la contagion à l'Espagne ou à l'Italie», assure le ministre des Finances, François Baroin.
Avec Angela Merkel l'opposition s'annonce frontale, bien qu'une rencontre franco-allemande donne rarement lieu à des étincelles en public. Pour la chancelière, demander à la BCE de racheter des emprunts publics reviendrait à déshabiller Pierre pour rhabiller Paul: «au bout d'un moment, on se rendra compte que ce qui est dans le bilan de la BCE doit être recapitalisé et on se retournera encore vers les États», explique-t-elle.
Nul doute que Berlin attend pour dévoiler son jeu. L'Allemagne n'aurait rien à gagner d'une fracture de l'union monétaire et du marché unique dont elle a su tirer le meilleur profit. «Elle bougera dès qu'elle aura confiance dans la capacité des pays de l'euro à mieux gérer leurs comptes», murmure-t-on à Bruxelles. La coalition au pouvoir a fixé son prix: une discipline de fer à l'échelle de l'UE et une intégration politique plus poussée.
La tension à propos de la BCE pourrait investir Mario Monti du rôle de conciliateur. Deux fois commissaire européen, cet expert de la mécanique communautaire s'est défié du «directoire» franco-allemand lorsqu'il était à Bruxelles, jusqu'à ce qu'il rejoigne le Palazzo Chigi. L'Italien est aussi en pointe sur un dossier qui agace Nicolas Sarkozy et surtout Angela Merkel: le lancement d'euro-obligations afin de financer les déficits de la zone euro. En clair, une mutualisation du risque à l'échelle des Dix-Sept.
C'est précisément le projet que la Commission européenne a choisi de pousser à la veille du sommet de Strasbourg. Il s'accompagnerait d'un droit de regard quasi inquisitorial de Bruxelles dans les débats budgétaires nationaux. À défaut, «il sera difficile, sinon impossible de maintenir la monnaie commune», assure le président de la Commission, José Manuel Barroso.