TOUT EST DIT

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mercredi 15 juin 2011

Grèce : le déficit budgétaire continue d'exploser en 2011

Alors que les ministres des finances de l'Eurogroupe tenaient mardi une réunion pour évoquer le plan d'aide à la Grèce, le ministère des finances grec a annoncé que le déficit budgétaire du pays a dérapé sur les cinq premiers mois de 2011, s'établissant à 10,275 milliards d'euros alors que l'objectif était de 9,072 milliards. En un an, le déficit public grec s'est donc creusé de 12,9 %, malgré le plan de soutien de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI).
Ce résultat, sur la base d'estimations "provisoires", découle surtout d'un manque à gagner de 1,936 milliard sur le total des recettes par rapport aux objectifs fixés par le budget. Les dépenses budgétaires, elles, sont en hausse de 6,4 % par rapport aux cinq premiers mois de 2010, à 27,592 milliards, soit 1,015 milliard de plus que prévu.
LA HAUSSE DES DÉPENSES SE POURSUIT
Le ministère a imputé dans un communiqué cette évolution au recul plus grave que prévu de la croissance au dernier trimestre 2010, à un tassement des recettes des impôts, et à une hausse des retours sur avances "du fait du règlement de différends d'années passées".
La hausse des dépenses, en dépit d'un an de rigoureuse austérité, est, elle, due au déblocage d'une ligne de crédit de 375 millions d'euros pour acquitter une part des lourdes dettes des hôpitaux, et au poids du service de la dette, avec des dépenses en hausse de 8,3 % sur un an, à 5,844 milliards.
Le gouvernement socialiste grec a prévu des mesures d'économies supplémentaires de 6,4 milliards en 2011, pour pallier ce dérapage. Le programme, qui suscite la fronde jusque dans les rangs de la majorité, doit être soumis au vote du Parlement fin juin.
LE PAYS LE MOINS BIEN NOTÉ DU MONDE
La situation de la Grèce continue d'inquiéter l'Europe, alors que les agences de notation parient sur une banqueroute du pays. Mardi 14 juin, les pays de la zone euro se sont réunis pour tenter d'avancer dans la mise au point d'un nouveau plan d'aide à la Grèce. L'enjeu principal est de réduire les divergences entre les pays sur la manière d'y faire participer les banques, alors que les agences de notation parient sur une banqueroute du pays.
Soulager la Grèce du poids de son énorme dette – près de 350 milliards d'euros – sans qu'elle soit considérée en défaut de paiement : tel est l'enjeu des discussions entre les ministres des Finances de l'Union monétaire à Bruxelles. Elles devront en principe être bouclées lundi 20 juin lors d'une nouvelle rencontre.
Après les 110 milliards d'euros de prêts sur trois ans promis l'an dernier à Athènes par les Européens et le Fonds monétaire international, qui s'avèrent insuffisants, "on parle de 80 milliards d'intervention nouvelle" du FMI et des Européens, a indiqué le ministre belge des Finances, Didier Reynders. Selon lui, l'engagement des créanciers privés pourrait représenter de son côté "autour de 25 milliards d'euros", soit 105 milliards d'euros au total. Une participation des créanciers privés à laquelle tient beaucoup Berlin, et qui semble avoir convaincu tous les protagonistes.
L'agence Standard and Poor's a prévenu lundi que, quelle que soit l'option retenue, elle considérerait cela "de facto comme un défaut" et baisserait encore sa note sur la Grèce. Elle vient déjà de la dégrader à "CCC", faisant du pays le plus mal noté du monde.

Peu de dividendes politiques à attendre

La représentation nationale va se pencher sur la « prime aux dividendes ». Lancée voilà deux mois, cette mesure était destinée à jouer, sur le plan du pouvoir d'achat, un rôle similaire à l'abrogation du bouclier sur le plan fiscal : à savoir casser l'image d'une politique trop ostensiblement tournée en faveur des riches, voire des hyper riches. Mais, de même que l'abrogation du bouclier fiscal - brouillée par la réduction simultanée de l'ISF - a pu être surtout perçue comme une nouvelle astuce sans réelle réorientation budgétaire, cette nouvelle mesure risque un flop encore plus assuré. Cette « prime contre dividendes » réussit même l'exploit d'être rejetée autant par les syndicats de salariés - qui dénoncent une manière de ne surtout pas revaloriser les salaires - que par le patronat - qui y voit une nouvelle contrainte et une immixtion intolérable dans la gestion des entreprises. Surtout, « la prime de 1 000 ¤ obligatoire pour tous les salariés d'une entreprise délivrant des dividendes à ses actionnaires », vantée au départ, n'est plus qu'un lointain souvenir. Le principal intérêt de cet examen à l'Assemblée devrait donc être de savoir à quoi cette mesure va enfin vraiment ressembler. Dans le même temps, la valse des rétributions des banquiers, traders et grands patrons se poursuit, renvoyant l'image d'une totale indécence à la grande majorité de la population. Dans ce contexte, cette nouvelle initiative ne devrait pas non plus apporter beaucoup de dividendes, politiques, au futur candidat Nicolas Sarkozy.

mardi 14 juin 2011

Ne laissez pas tomber la Grèce : l'appel de Theodorakis

Le Comite Consultative du Mouvement de Citoyens Indépendants, créé à l’initiative du compositeur, penseur et homme politique grec Mikis Theodorakis, lance un appel aux Européens : en laissant la Grèce s'effondrer, c'est toute l'Europe qu'on assassine ! 

Les journalistes seraient-ils enclins à apprécier « l’idéologie allemande » des PIG’S, qui nous présente le destin de la Grèce comme le résultat de la fainéantise et de la roublardise de son peuple ? En tout cas, un rideau de fer constitué de désinformation et d’ignorance, à tous les sens du terme, s’est édifié entre les évènements en Grèce et l’information du public.
Le premier mérite de l’appel de Mikis Théodorakis, que nous publions ci-dessous, est d’appeler à abattre ce mur. Oui, nous méritons d’être mieux informés sur ce qui se passe en Grèce. La puissance des manifestations notamment, a été occultée dans les médias.
Il existe une deuxième raison de diffuser cet appel. En exigeant des Grecs qu’ils vendent à l’encan – dans les pires des conditions - les trente plus grosses entreprises du pays, en attendant de solder le Parthenon et les îles, l’Union européenne est en train de massacrer le berceau de l’Europe, le pays qui est au fondement de sa culture et de ses arts.

L’aventure grecque n’interpelle pas seulement les Européens sur le manque de solidarité qui entoure son fonctionnement. Elle devrait remettre en question le poids tout à fait exorbitant des agences de notation, l’absurdité d’une politique monétaire qui s’aligne sur les pays les plus prospères au détriment de ceux qui suivent, la bêtise des règles d'un Traité européen qui plombe les pays en difficulté au lieu de les aider à sortir la tête de l’eau. Une phrase de l'écrivain résume tout : « Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit.»
Alors, vive Theodorakis !

Philippe Cohen
Merci à Gérard Filoche pour nous avoir signalé cet appel

Aux citoyens indignés de Grèce et d'Europe

« Nous saluons les dizaines de milliers, voire les centaines de milliers de nos concitoyens, jeunes pour la plupart, qui se sont rassemblés sur les places de toutes les grandes villes pour manifester leur indignation à l’occasion de la commémoration du mémorandum (accord cadre signe entre le gouvernement grec, l’UE, le FMI et la BCE, en Mai 2010 et renouvelé depuis régulièrement),  demandant le départ du gouvernement de la Honte et de tout le personnel politique qui a géré le bien public, détruisant, pillant et asservissant la Grèce. La place de tous ces individus n’est pas au Parlement, mais en prison.

Nous saluons les premières Assemblées générales qui se déroulent dans les centres de nos villes et la démocratie immédiate que s’efforce de découvrir le mouvement inédit de notre jeunesse. Nous saluons les travailleurs de la fonction publique qui ont entrepris manifestations, grèves et occupations pour défendre un Etat qui, plutôt que le démantèlement prévu par le FMI, a désespérément besoin d’une amélioration et d’une réforme radicales. Par leurs mobilisations, les travailleurs de l’Hellenic Postbank, de la Régie nationale d’électricité et de la Société publique de loterie et de paris sportifs défendent le patrimoine du peuple grec qu’entendent piller les banques étrangères, par le truchement de leur gouvernement fantoche à Athènes.

Le pacifisme exemplaire de ces manifestations a démontré que lorsque la police et les agents provocateurs ne reçoivent pas l’ordre d’intervenir, le sang ne coule pas. Nous appelons les policiers grecs à ne pas être les instruments des forces obscures qui tenteront certainement, à un moment donné, de réprimer dans le sang les jeunes et les travailleurs. Leur place, leur devoir et leur intérêt est d’être aux côtés du peuple grec, des protestations et des revendications pacifiques de celui-ci, aux côtés de la Grèce et non des forces obscures qui dictent leur politique au gouvernement actuel.

Un an après le vote du mémorandum, tout semble attester son échec. Après cette expérience, on ne peut plus s’autoriser la moindre illusion. La voie qu’a emprunté et continue de suivre le gouvernement, sous la tutelle des banques et des instances étrangères, de Goldman Sachs et de ses employés européens, mènent la Grèce à la catastrophe. Il est impératif que cela cesse immédiatement, il est impératif qu’ils partent immédiatement. Jour après jour, leurs pratiques révèlent leur dangerosité pour le pays. Il est étonnant que le procureur général ne soit pas encore intervenu contre le Ministre de l’Economie et des Finances, après les récentes déclarations tenues par ce dernier sur l’imminence de la faillite et l’absence de ressources budgétaires. Pourquoi n’est-il pas intervenu suite aux déclarations du président de la Fédération des patrons de l’industrie et de la commissaire européenne grecque Mari Damanaki sur une sortie de l’euro ? Pourquoi n’est-il pas intervenu contre le terrorisme de masse avec lequel un gouvernement en faillite, sous le diktat de la Troïka [UE - FMI - BCE], tente une nouvelle de fois d’extorquer le peuple grec ? Par leur catastrophisme, leurs allusions tragiques et tout ce qu’ils inventent et déblatèrent pour effrayer les Grecs, ils ont réussi à humilier le pays dans le monde entier et à le mener réellement au bord de la faillite. Si un chef d’entreprise s’exprimait de la même façon que le fait le Premier ministre et ses ministres lorsqu'ils parlent de la Grèce, il se retrouverait immédiatement derrière les barreaux pour malversation grave.

Nous nous adressons aussi aux peuples européens. Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. Ne croyez-pas les mensonges grossiers et absurdes de journaux compromis qui veulent vous convaincre que le problème est dû soi-disant à la paresse des Grecs alors que, d’après les données de l’Institut statistique européen, ceux-ci travaillent plus que tous les autres Européens !

Les travailleurs ne sont pas responsables de la crise ; le capitalisme financier et les politiciens à sa botte sont ceux qui l’ont provoquée et qui l’exploitent. Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.
Il n’y a pas d’autre solution qu’une restructuration radicale de la dette, en Grèce, mais aussi dans toute l’Europe. Il est impensable que les banques et les détenteurs de capitaux responsables de la crise actuelle ne déboursent pas un centime pour réparer les dommages qu’ils ont causés. Il ne faut pas que les banquiers constituent la seule profession sécurisée de la planète !

Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches.Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes. Comment peut-on proposer un ancien collaborateur de la Goldman Sachs pour diriger la Banque centrale européenne ? De quelle sorte de gouvernements, de quelle sorte de politiciens disposons-nous en Europe ?

Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire a été le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. Nous ne vous demandons pas un traitement de faveur parce que nous avons subi, en tant que pays, l’une des pires catastrophes européennes aux années 1940 et nous avons lutté de façon exemplaire pour que le fascisme ne s’installe pas sur le continent.

Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme. »

Le Comite Consultative du Mouvement de Citoyens Indépendants. « L’ Etincel » (*)

Athenes, 26 Mai 2011
(*) Créé à l’initiative de Mikis Theodorakis

La vie des autres

Quel décalage entre le défilé de nos jours ordinaires et cette corrida de l'actualité qui, épisode après épisode, jette dans l'arène et sacrifie pour nous séduire des puissants corrompus, des politiques pervers et des moralisateurs-tricheurs rendus fous par l'irrépressible attraction des caméras. Quelle distorsion entre la vraie vie des vraies gens et ce monde arrogant qui ne regarde que les rois et les reines. Ce monde qui ne laisse aucune place à l'éducation populaire, aucune chance à la culture urbaine, ce monde qui ne propose aucune alternative à la domination de l'argent et dans lequel BHL fait figure d'idéal intellectuel. Dans la vie des autres, ceux pour qui le monde n'est ni le FMI, ni l'orgie de richesses, c'est l'injustice qui est insultante.

Que ceux qui ont de l'argent le dépensent n'est pas un scandale. Ce qui l'est c'est que, par une étrange cécité, la pauvreté des pauvres nous soit devenue banale. C'est d'oublier de porter notre regard sur ceux qui travaillent sans gagner leur vie. À scruter le monde par le seul oeilleton de l'économie, le droit à l'humain est devenu un accessoire et les solitudes ont été ensevelies sous les états d'âme des princes étalés à la Une.

La société fonctionne comme une mécanique de sélection des élites qui, tout à leur endogamie, ne refont plus le monde et feignent d'ignorer que la politique ce n'est pas choisir des hommes mais de choisir des idées. Le discours de nos dirigeants s'adresse à des électeurs, à des consommateurs, rarement à des femmes et à des hommes. On parle du vivre ensemble comme d'une matière scolaire mal définie et la solidarité de la communauté nationale est classée parmi les cancers. Le débat sur la répartition de la richesse n'existe plus et nous croyons encore que la rénovation des quartiers qui ne brasse pas les populations et n'intègre pas, peut faire fonction de politique de la ville.

Le rideau de l'indifférence et des non-événements a estompé hier la douleur d'un gosse mort seul, sans l'argent pour acheter son traitement. Il a flouté aussi la souffrance de ceux qui en rentrant d'un petit boulot vont coucher dans leur voiture ou dans un carton. Nous ne sommes plus que des éléments statistiques. L'homme est un document pour l'homme.

Un minimum de morale politique

L’affaire Ferry n’aurait pu être qu’anecdotique si elle n’avait concerné que la probité de l’ancien ministre de l’Education nationale. Mais elle va bien au-delà de cela. Nul ne conteste, en effet, l’honnêteté du philosophe, ni la régularité juridique de son détachement administratif ou la prise en charge de sa rémunération par l’université, et demain par Matignon. Pas d’hypocrisie : c’est une pratique courante pour tous les gouvernements de la V e République, et quand elle exerçait le pouvoir, la gauche n’a pas été en reste pour recourir à ce genre particulier de petits arrangements entre amis.

Ce qui choque, c’est le bricolage. Indigne d’un État moderne qui devrait pouvoir éviter ces financements en dérivation ou, à défaut, être en capacité d’exercer un contrôle plus strict sur cette utilisation de l’argent public. Le scandale serait plutôt là. Car si certaines des fonctions qui sont ainsi rémunérées correspondent à un réel travail pour la nation, d’autres ne sont que postes de convenances où certaines personnalités de la République peuvent tranquillement pantoufler avec une fiche de salaire à la fin du mois. De Gaulle avait raison de railler l’éventail infini de ces comités Théodule qui ne servent à rien sinon à pondre des rapports promis au placard voire au classement vertical. Sans compter les comités et autres missions de circonstance qui refont des études déjà faites et bien faites mais oubliées ou délaissées du seul fait d’avoir été commandées par un autre gouvernement.

Au moment où l’exécutif réclame des efforts aux Français et quand la majorité s’interroge sur les abus supposés des bénéficiaires du RSA, la France ne peut se permettre de tolérer que des émoluments publics soient versés sans réelle contrepartie. L’opinion refuse désormais que ces facilités profitant à une toute petite caste politique passent en pertes et profits. Quant à la morgue des bénéficiaires qui n’ont même pas la décence de reconnaître le privilège dont ils profitent, elle ne passe plus.

Les temps changent et ils laisseront de moins en moins d’espace aux fantaisies du pouvoir, surtout quand elles sont financières. Tout s’accélère et le mouvement impose désormais un minimum d’exemplarité aux hommes et aux femmes qui exercent des responsabilités politiques.

Un phénomène européen qui a désormais un symbole : voilà même que la championne de la combinazione, l’Italie, se rebelle ! Elle, qui pendant si longtemps préféra fermer les yeux sur les incroyables libertés prises par Silvio Berlusconi face à la justice de son propre pays, a jeté un non massif à la figure de son Premier ministre arrogant qui osait prêcher l’abstention. C’est bien le signe, encourageant, que nos sociétés informées ne veulent plus accepter ni l’impunité, ni l’opacité illégitime. Ce n’est pas de la philosophie. Juste un minimum de morale.

Exception


Qui connaît Bernard Tapie en Chine, aux Etats-Unis ou au Nigéria ? Beaucoup plus de monde qu’on ne le pense... Car le Phénix national s’est immiscé dans la bataille pour la direction du Fonds monétaire international. C’est de lui, de ses relations réelles ou supposées avec Madame Lagarde et notre Président, que dépend en effet la succession de Dominique Strauss-Kahn. Aujourd’hui, trois magistrats diront si une enquête doit être ouverte contre la ministre de l’Economie, lui bloquant peut-être ainsi la route de Washington. Et franchement, l’on se met un peu à la place des Chinois, des Américains et des Nigérians: que doivent-ils penser de ces «frenchies», qui leur créent un scandale mondial avec la sexualité de DSK, puis les embrouillent avec une sombre affaire d’escroquerie à la sauce radicale ? Mais ça, Mesdames et Messieurs, que cela plaise ou déplaise, c’est l’exception française !

Il faut sauver Asia Bibi

« Mon cachot n'a pas de fenêtre, et je n'ai pas vu le soleil depuis trois mois, témoigne Asia Bibi, mère de famille pakistanaise et ouvrière agricole, condamnée à mort pour blasphème (1). Depuis que je suis isolée, je ne sors plus jamais de ces quatre murs et personne n'est autorisé à entrer pour nettoyer. [...] Chaque jour, je vais chercher tout au fond de moi la force de tenir, je me bats pour garder un peu de dignité. »

Voici deux ans, le 14 juin 2009, Asia Bibi travaillait dans les champs d'un exploitant agricole avec les autres femmes du petit village d'Ittan Waki, au Pendjab. Soudain, une foule démontée s'approche, réclame sa mort en l'accusant d'avoir insulté Mahomet. À l'origine du drame, une dispute qui dégénère : ayant bu l'eau du puits, elle fut accusée de rendre le gobelet impur...

Elle est traînée devant l'imam du village : « Si tu ne veux pas mourir, tu dois te convertir à l'islam. Es-tu d'accord pour te racheter en devenant une bonne musulmane ? » « Non, je ne veux pas changer de religion. [...] Je n'ai pas insulté le Prophète », répond-elle. Elle sera battue, jetée en prison, puis condamnée à mort au terme d'un étrange procès.

Le musulman Salman Taseer, gouverneur du Pendjab, et le chrétien Shabbaz Bhatti, ministre des Minorités, prennent sa défense. Tous deux seront assassinés. Tous deux voulaient abolir la loi contre le blasphème, qui condamne à mort ceux qui sont accusés d'avoir insulté Mahomet. Les musulmans en sont les premières victimes.

La mort à petit feu

Un mollah a promis 500 000 roupies à ceux qui la tueraient. Même en prison, elle n'est pas en sécurité car des condamnés à mort se font assassiner. De plus, ses conditions d'emprisonnement sont inhumaines. Combien de temps va-t-elle tenir ? Elle vit dans un cachot si petit qu'elle peut toucher les murs en étendant les bras. À côté de sa couche, un trou tient lieu de sanitaire. Elle souffre du froid, de l'humidité, de l'insalubrité... Ce genre de traitement, sous couvert de la protéger, la conduit à la mort avant même que sa cause ne soit entendue en appel. C'est comme si la sentence des mollahs était en train d'être appliquée à petit feu.

À cette torture, s'ajoute un autre drame : toute sa famille est menacée. Son mari comme ses enfants doivent se cacher. Pourtant, du fond de l'enfer, Asia Bibi trouve la force de résister à la haine et d'appeler ses enfants à se tourner vers l'amour et la vie : « Il faut que l'humanité embellisse, qu'elle progresse. [...] Dieu n'est qu'amour et il ne peut être responsable de la folie des hommes, de toute la haine du monde. [...] À mes enfants... Je veux que, quoi qu'il arrive, ils parviennent à construire leur vie et à transmettre tout l'amour que je ressens pour eux. Ils sont comme des graines d'espérance et d'amour, dont j'espère qu'ils vont donner un jardin florissant. »

Les conditions de détention d'Asia Bibi sont inhumaines. Sa vie est en danger. Il est nécessaire de la transférer au plus vite dans un lieu de vie digne et de lui permettre de faire valoir son innocence. La liberté de conscience et la liberté religieuse sont les fondements de la paix. La loi contre le blasphème, qui tue tant de musulmans et de chrétiens, n'est pas digne de ce grand pays.



(1) Blasphème, Asia Bibi et Anne-Isabelle Tollet, Oh ! Éditions. Les droits d'auteurs servent à la défense d'Asia Bibi.

A quel jeu jouent les agences de notation ?

Alors qu’elles n’avaient pas vu venir les crises précédentes, Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch sont soupçonnées de poursuivre leur entreprise de déstabilisation de la zone euro. Mais en s'en prenant cette fois aux pays les plus solides. A quoi jouent les agences de notation ? s'interroge Libération. 

Les agences de notation veulent-elles la peau de l’euro? Après avoir dégradé à tour de bras, depuis dix-huit mois, les dettes publiques des pays périphériques de la zone euro, dont certaines ont été ramenées au rang d’obligations pourries, elles menacent désormais de déclarer la Grèce en défaut de paiement.
Pourquoi? Parce que les Etats européens ont osé envisager une participation volontaire des institutions financières privées (banques, assurances, fonds de gestion, etc.) au sauvetage de ce pays. Une façon d’interdire une solution qui permettrait de sauver la Grèce d’une faillite qu’elles estiment, pur hasard, quasi certaine.
Comme si les marchés n’étaient déjà pas suffisamment nerveux, les agences s’attaquent aussi au club très fermé des Etats notés AAA, la note la plus élevée (ils sont quatorze). Elles ont ainsi annoncé au cours de ces dernières semaines que la France ou encore l’Autriche pourraient perdre, à plus ou moins long terme, leur triple A qui leur permet de se financer à moindre coût sur les marchés.
Mais la zone euro n’est pas la seule visée par cette frénésie: dans la foulée, elles ont menacé de dégradation les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Beaucoup d’économistes se demandent à quel jeu jouent les agences. "Si l’actif le plus sûr, la dette américaine, n’est plus sans risque, on change de monde", juge Laurence Boone, professeure d’économie à l’Ecole normale supérieure de Cachan (Val-de-Marne).
Les agences prennent le risque de déstabiliser la planète financière qui sera privée de placements sûrs, ce qui pourrait précipiter une nouvelle crise mondiale. Même si les agences répondent qu’elles font le travail pour lequel elles sont payées et que le marché n’a pas besoin d’elles pour se faire une religion, deux études démontrent leur responsabilité directe dans l’instabilité financière actuelle. Elles émanent du Fonds monétaire international (FMI) – étude datée de février – et de la Banque centrale européenne (BCE) – étude publiée il y a quelques jours.
Dans les deux cas, la conclusion est la même: les dégradations, qui ratifient les craintes du marché autant qu’elles les suscitent, ont un effet direct sur les investisseurs qui exigent automatiquement des taux d’intérêt plus élevés pour se couvrir du risque supplémentaire. Surtout, dans un marché de la dette très intégré comme l’est celui de la zone euro, ces dégradations ont un effet déstabilisateur sur l’ensemble des autres pays, y compris les mieux notés. En particulier parce que leurs établissements financiers possèdent de la dette de tous les pays de la zone euro: une dégradation affecte donc automatiquement leur solvabilité.

Les agences tentent de faire oublier leurs erreurs... en dégradant

Les agences ont non seulement été incapables de voir venir la crise américaine des subprimes en juillet 2007, des produits notés triple A jusqu’au jour de leur effondrement, mais aussi de prédire la crise de la dette souveraine de la zone euro, comme le souligne le FMI. Une erreur qu’elles tentent depuis de faire oublier par une frénésie de dégradations.
L’historique est accablant: pendant dix ans, les agences, en particulier les trois géants du secteur, Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch, ont systématiquement ignoré les problèmes structurels des économies périphériques. Ce n’est qu’à partir de décembre 2009, soit après que le gouvernement grec a reconnu avoir menti sur l’ampleur de son déficit public, que le cycle des dégradations a commencé.
A l’époque, la Grèce était notée A, soit la cinquième meilleure note sur une échelle en comportant une vingtaine. Dix-huit mois plus tard, elle se retrouve au rang d’obligation pourrie: le 9 mai, Standard & Poor’s a dégradé la note grecque en obligations spéculatives, suivies le 31 mai par Fitch, et le 2 juin par Moody’s. La descente aux enfers de l’Irlande et du Portugal a été identique, même si leur dette se situe encore juste au-dessus du niveau spéculatif.
Tout comme les canards sauvages, les agences volent en groupe. A chaque fois, elles dégradent un pays à quelques jours d’intervalle et livrent au mot près les mêmes analyses. Elles suivent souvent les peurs du marché, mais elles les anticipent aussi, ce qui donne de belles prédictions autoréalisatrices. La dégradation oblige les investisseurs à vendre en vertu des règles prudentielles, ce qui fait baisser la valeur des obligations et confirme le marché dans sa peur d’un effondrement de la dette…
La zone euro et le FMI ont mis la Grèce, l’Irlande et le Portugal, en mobilisant plusieurs dizaines de milliards d’euros, à l’abri d’un défaut qu’ils écartent politiquement. "Mais, pour les agences, l’aide assure seulement la liquidité pour un an et non la solvabilité", explique Laurence Boone. C’est notamment pour cela que les agences estiment que la probabilité de défaut de la Grèce est "d’au moins 50%" d’ici trois à cinq ans. Au risque de déstabiliser toute la zone euro. La Commission européenne n’entend pas laisser faire.

Un an a passé…pour rien

Le 13 juin 2010, les Belges se rendaient aux urnes et donnaient au pays une double majorité: au Nord, les nationalistes flamands, au Sud, les socialistes francophones. Depuis, et malgré d'innombrables tentatives, le pays est toujours sans gouvernement. Et la presse belge célèbre sans joie ce premier anniversaire.
Il y a tout juste un an, la Belgique se prenait une "grosse claque" , selon les termes du Soir : pour la première fois, les nationalistes flamands gagnaient les élections parlementaires. Avec d'un côté les 27,8% de la Nieuwe-Vlaamse Alliantie (Nouvelle Alliance Flamande, N-VA) de Bart de Wever, premier parti en Flandre, de l'autre les 37,6% du Parti socialiste (PS), qui domine la Wallonie, le pays se retrouvait déchiré entre deux partis et deux conceptions communautaires du pays.
Un an après, aucun accord de gouvernement n'a pu être trouvé — en dépit des nombreuses missions de "conciliation", "médiation" et autre "exploration" — et l'exécutif se limite aux affaires courantes. Les Belges quant à eux, s'ils sont pour beaucoup lassés et dépités d'une situation qu'ils jugent inextricable, restent paradoxalement toujours confiants dans la capacité de leurs leaders à finalement trouver une issue à la crise.
Pour l'éditorialiste du Soir, la Belgique survit, mais "elle est juste… un peu moins belge:

En un an, en effet, les francophones ont fini par partager au moins une conviction commune avec le nord du pays: nous sommes deux populations qui vivent sous le même toit mais en partageant peu de choses communes. Vrai, faux? On ne se pose plus la question désormais, on a acté. Même si cela n’est toujours pas le prélude à une séparation: elle reste une menace, et non un désir ou un projet.
La Belgique n’est plus vécue comme un mariage mais comme une cohabitation. En un an, les francophones ont fini par acter ce que les Flamands majoritairement leur répètent depuis des mois: nous devons gérer les choses différemment, car nos situations, nos envies, nos politiques sont différentes. […]
La longueur des négociations a, de plus, ancré dans la vie de tous les jours cette certitude que l’on pouvait, au fond, vivre heureux chacun chez soi. Les gouvernements régionaux assurent, prennent les décisions qui font tourner le quotidien. Et voilà soudain les Wallons qui se sentent très wallons, quasi capables comme les Flamands de rouler tout seuls. C’est illusoire, évidemment, car nombre de problèmes qui sont à charge du fédéral ne sont plus ou pas réglés. […]
Le plus étrange dans cette situation est qu’alors que chacun est désormais convaincu par la nécessité de réformes qui donnent à chaque région davantage d’autonomie, un accord communautaire paraît plus que jamais impossible […]
Ce qui bloque? Une négociation avec un parti nationaliste dont les exigences sont fluctuantes et placées très haut. Et qui empêche les autres partis flamands de 'craquer'. Et, sachant depuis hier que la N-VA affiche 33 % d’intentions de vote et que De Wever atteint les 53 % de taux de popularité, on se dit qu’il n’y a pas de raison que ça change. Fatigant, inquiétant et désespérant.
Côté flamand, l'éditorialiste du Morgen Yves Desmet explique pour sa part qu’un an après les élections, non seulement les négociations se trouvent au point mort, mais aussi les rapports de force politiques:


La base de l’échiquier est restée la même, les deux mêmes formations politiques restent les forces dirigeantes: le PS et la N-VA gagnent même en électorat grâce à leur immobilisme et leur entêtement.
Malgré cette impasse, Desmet remarque que la confiance des citoyens dans la politique de leur pays s’est renforcée: "même si rien ne se conclut, l’on trouve qu’ils font du bon travail". Il voit deux raisons pour expliquer ce paradoxe:
Pour la première fois depuis bien longtemps, la politique ne porte plus sur 'rien' ou sur des mesquineries, mais sur des choix instrumentaux et lourds qui pressent. […] Mais en même temps, un sentiment de fausse sécurité s’installe. Car même au bout d’un an sans gouvernement, ce pays continue à marcher, l’économie reprend, et personne n’a l’impression dans son entourage habituel de vivre dans un ‘failed state’ ["Etat raté", en anglais dans le texte]. Si tout semble tourner de façon automatique, pourquoi ne pourrait-on pas se permettre de continuer cet entêtement et cet immobilisme pendant un petit bout de temps?
Et tandis que la Libre Belgique consacre sa une au le leader nationaliste flamand, De Standaard a demandé à des personnalités flamandes d'envoyer un message à Bart De Wever et à Elio Di Rupo. Ces lettres, écrit l'éditorialiste, montrent qu'il n'y a:
qu'incompréhension et frustration du fait de l’incapacité des deux leaders à mettre de l’eau dans leur vin. Il y a de la peur sur ce qui va suivre et de l’agacement sur l’immobilité de ceux qui étaient appelés à donner une autre tournure à l’histoire." En fait, note De Standaard, les lecteurs nous disent que "nous devons tous payer le prix fort d’un an de ‘couteaux tirés’.

Les agences de notations dépréciées

RTR2D8EM_Comp Les agences de notation veulent-elles la peau de l’euro ? Après avoir dégradé à tour de bras, depuis dix-huit mois, les dettes publiques des pays périphériques de la zone euro, dont certaines ont été ramenées au rang d’obligations pourries, elles menacent désormais de déclarer la Grèce en défaut de paiement. Pourquoi ? Parce que les Etats européens ont osé envisager une participation volontaire des institutions financières privées (banques, assurances, fonds de gestion, etc.) au sauvetage de ce pays. Une façon d’interdire une solution qui permettrait de sauver la Grèce d’une faillite qu’elles estiment, pur hasard, quasi certaine.

Comme si les marchés n’étaient déjà pas suffisamment nerveux, les agences s’attaquent aussi au club très fermé des Etats notés AAA, la note la plus élevée (ils sont quatorze). Elles ont ainsi annoncé au cours de ces dernières semaines que la France ou encore l’Autriche pourraient perdre, à plus ou moins long terme, leur triple A qui leur permet de se financer à moindre coût sur les marchés.
Mais la zone euro n’est pas la seule visée par cette frénésie : dans la foulée, elles ont menacé de dégradation les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Beaucoup d’économistes se demandent à quel jeu jouent les agences. «Si l’actif le plus sûr, la dette américaine, n’est plus sans risque, on change de monde», juge Laurence Boone, professeure d’économie à l’Ecole normale supérieure de Cachan (Val-de-Marne). Les agences prennent le risque de déstabiliser la planète financière qui sera privée de placements sûrs, ce qui pourrait précipiter une nouvelle crise mondiale. Même si les agences répondent qu’elles font le travail pour lequel elles sont payées et que le marché n’a pas besoin d’elles pour se faire une religion, deux études démontrent leur responsabilité directe dans l’instabilité financière actuelle. Elles émanent du Fonds monétaire international (FMI) - étude datée de février - et de la Banque centrale européenne (BCE) - étude publiée il y a quelques jours.
RTR2N6O0_Comp Dans les deux cas, la conclusion est la même : les dégradations, qui ratifient les craintes du marché autant qu’elles les suscitent, ont un effet direct sur les investisseurs qui exigent automatiquement des taux d’intérêt plus élevés pour se couvrir du risque supplémentaire. Surtout, dans un marché de la dette très intégré comme l’est celui de la zone euro, ces dégradations ont un effet déstabilisateur sur l’ensemble des autres pays, y compris les mieux notés. En particulier parce que leurs établissements financiers possèdent de la dette de tous les pays de la zone euro : une dégradation affecte donc automatiquement leur solvabilité.
Les agences ont non seulement été incapables de voir venir la crise américaine des subprimes en juillet 2007, des produits notés triple A jusqu’au jour de leur effondrement, mais aussi de prédire la crise de la dette souveraine de la zone euro, comme le souligne le FMI. Une analyse que partage Michel Barnier, le commissaire européen chargé du Marché intérieur et des Services : «Je pense même qu’elles sont l’une des causes de la crise parce qu’elles ont mal évalué les risques. Elles ne sont pas les seules à s’être trompées, mais elles ont clairement échoué dans leur mission», a-t-il déclaré hier à Libération. Une erreur qu’elles tentent depuis de faire oublier par une frénésie de dégradations.
L’historique est accablant : pendant dix ans, les agences, en particulier les trois géants du secteur, Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch, ont systématiquement ignoré les problèmes structurels des économies périphériques. Ce n’est qu’à partir de décembre 2009, soit après que le gouvernement grec a reconnu avoir menti sur l’ampleur de son déficit public, que le cycle des dégradations a commencé. A l’époque, la Grèce était notée A, soit la cinquième meilleure note sur une échelle en comportant une vingtaine. Dix-huit mois plus tard, elle se retrouve au rang d’obligation pourrie : le 9 mai, Standard & Poor’s a dégradé la note grecque en obligations spéculatives, suivies le 31 mai par Fitch, et le 2 juin par Moody’s. La descente aux enfers de l’Irlande et du Portugal a été identique, même si leur dette se situe encore juste au-dessus du niveau spéculatif.
RTR2NED8_Comp Tout comme les canards sauvages, les agences volent en groupe. A chaque fois, elles dégradent un pays à quelques jours d’intervalle et livrent au mot près les mêmes analyses. Elles suivent souvent les peurs du marché, mais elles les anticipent aussi, ce qui donne de belles prédictions autoréalisatrices. La dégradation oblige les investisseurs à vendre en vertu des règles prudentielles, ce qui fait baisser la valeur des obligations et confirme le marché dans sa peur d’un effondrement de la dette…
«On peut se poser de sérieuses questions sur le rôle qu’elles jouent dans la crise de la zone euro, observe Barnier. Et notamment si elles tiennent compte de l’existence d’une solidarité financière considérable.» La zone euro et le FMI ont mis la Grèce, l’Irlande et le Portugal, en mobilisant plusieurs dizaines de milliards d’euros, à l’abri d’un défaut qu’ils écartent politiquement. «Mais, pour les agences, l’aide assure seulement la liquidité pour un an et non la solvabilité», explique Laurence Boone. C’est notamment pour cela que les agences estiment que la probabilité de défaut de la Grèce est «d’au moins 50%» d’ici trois à cinq ans. Au risque de déstabiliser toute la zone euro. La Commission européenne n’entend pas laisser faire. Et Barnier d’agiter un premier carton jaune : «Il faut réguler les agences bien davantage qu’elles ne le sont aujourd’hui.»

lundi 13 juin 2011

Chirac et "l'humour corrézien"




Télézapping : Chirac et "l'humour corrézien" par lemondefr

Les leçons à tirer de la petite phrase de Chirac



La Grèce vend son CO2 pour combler le déficit

Le quotidien grec Eleftherotypia a révélé, dimanche 12 juin, qu’une vente aux enchères de quotas européens (EUA) de CO2 aura lieu mardi 14 juin à la Bourse d’Athènes. Un million de tonnes de CO2 pourraient ainsi être mis sur le marché, ce qui pourrait rapporter jusqu’à 170 millions d’euros à l’État grec. Un bien maigre butin, face à l’abyssale dette publique grecque de 330 milliards d’euros, soit 142,8% du PIB.
La Bourse d’Athènes, qui supervise la vente avec le ministère de l’environnement grec, avait annoncé que 10 millions d’EUA seraient vendus en 2011. Des ventes aux enchères devraient avoir lieu tous les derniers mercredis du mois, excepté en août et en décembre, selon les autorités de marchés. Un quota européen de CO2 est équivalent à une tonne de gaz carbonique. «Une EUA donne au propriétaire d’une usine située dans un pays membre de l’Union européenne le droit d’émettre dans l’atmosphère une tonne de CO2 ou l’équivalent pendant une certaine période», affirme un porte-parole de la Bourse d’Athènes.
Un nouveau plan d’aide européen pourrait bientôt être voté pour aider la Grèce à surmonter ses difficultés financières. De son côté, le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures d’austérité, destinées à économiser 28 milliards d’euros d’ici à 2015. Elles seront examinées par le Parlement le 15 juin. Un appel à la grève générale a été lancé pour ce jour-là, afin de protester contre ces nouvelles mesures.

Pourquoi la BCE est opposée à toute restructuration de la dette grecque

Le président de l'institution européenne a insisté jeudi à Francfort sur le rejet par son institution de toute option débouchant sur un "événement de crédit", s'opposant ainsi à la position de Berlin.

Jean-Claude Trichet l'a martelé à nouveau jeudi, lors de sa conférence de presse qui a suivi la réunion du conseil de la BCE : « La Banque centrale européenne est contre un événement de crédit. » Autrement dit, le gouverneur réaffirme son opposition résolue à toute idée d'une « restructuration de la dette », en l'occurrence celle de la Grèce, comme le demande l'Allemagne.
Le débat devrait donc être vif lors de la réunion de l'Eurogroupe le 20 juin, préambule au Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement les 23 et 24 juin, qui devra trancher sur l'aide à apporter à une Grèce incapable de pouvoir se financer sur les marchés en 2012 comme prévu.
Plusieurs pays, dont l'Allemagne, qui font face à l'hostilité croissante de leurs opinions publiques, veulent réduire au minimum leur contribution à une nouvelle aide à la République hellénique dont les besoins pour faire face à ses engagements d'ici à 2014 sont estimés à quelque 90 milliards d'euros. Ces États souhaitent donc que les détenteurs privés d'obligations grecques participent aussi à l'effort.
« Dans l'affaire grecque, les Européens sont dans une impasse. Le gouvernement allemand dit qu'il faut une restructuration de la dette, les agences disent qu'une restructuration est une forme de défaut, et la BCE dit qu'elle n'acceptera pas des obligations en défaut en collatéral », résume Maurice de Boisséson, chez Octo Finances.Surtout, le risque d'un « événement de crédit » pourrait s'avérer préjudiciable pour la BCE, et mettre à mal son indépendance sur laquelle s'est bâtie sa réputation.
En effet, dans le cadre de la résolution de la crise de la dette souveraine dans la zone euro, elle a acheté des obligations des pays fragiles à hauteur de 444 milliards d'euros, dont 190 milliards d'euros de papier grec, selon une étude du think tank Openeurope. De facto, une décote de ces actifs la rendrait extrêmement vulnérable, et très dépendante des États de la zone euro, qui devraient la recapitaliser. « Si la Grèce devait restructurer la moitié de sa dette, un niveau où elle redeviendrait soutenable, la BCE pourrait subir entre 44,5 milliards et 65,8 milliards d'euros de pertes sur les obligations et les titres en collatéral des banques grecques qu'elle détient », ont calculé Raoul Ruparel et Mats Persson, chez Openeurope.
Une solution pour sortir de l'impasse consisterait en un rachat par les États de la zone euro, via le Fonds européen de stabilité financière (FESF), de ces titres détenus par la BCE. « Cette option discutée il y a quelques mois était tombée à l'eau. Il serait de l'intérêt de tous de la faire aboutir au Conseil européen des 23 et 24 juin », juge Bruno Cavalier, chez Oddo Securities. Robert Jules

Pourquoi l'affaire DSK nous invite à changer de République

Dans le débat sur la vie privée, relancé par l'affaire Strauss-Kahn, inculpé pour le viol d'une femme de chambre à New York, les Français oublient souvent l'effet du fondement de leur vie politique : les institutions. Pourtant, la Ve République et sa personnalisation du pouvoir portent en germe la dérive actuelle.


Un jour de février, 509 ans avant notre ère, Sextus Tarquin, fils du roi de Rome Tarquin le Superbe, surgit dans la demeure du noble Collatin et abusa par la violence de sa femme Lucrèce. Meurtrie, cette dernière se donne la mort quelques jours plus tard. Ôtant alors, selon le récit de Tite-Live, le poignard de son corps fumant, Lucius Brutus jure alors « d'abolir à tout jamais la monarchie ». Le drame privé était devenu une crise d'État qui finit par « rendre à Rome le nom de monarchie odieux », rappelle Plutarque. Instinctivement, le peuple romain ne fit aucune distinction entre le geste de Sextus et le régime personnel de son père. Ce dernier, nous dit encore Tite-Live, fut le premier à « gouverner avec des conseillers privés, sans demander l'avis du peuple et du Sénat ». La personnalisation du pouvoir, inédite jusqu'alors, avait conduit à ce que les actes privés du roi et des siens étaient devenus des actes politiques.
Deux millénaires et demi plus tard, la France peut à son tour ressentir ce fait : dans un régime poussé à l'extrême de sa personnalisation comme celui de la Ve République, la distinction entre vie privée et vie publique n'a guère de sens. Depuis qu'en 2001 a été instauré le quinquennat et, surtout, la préséance de l'élection présidentielle sur l'élection législative, le pouvoir exécutif n'est guère limité : le Parlement est une chambre d'enregistrement et il est loisible au président de « gouverner avec des conseillers privés ». Du reste, cette personnalisation, par le canal du scrutin majoritaire, irrigue l'ensemble de la vie politique française. Partout, il faut voter pour un homme, c'est-à-dire d'abord pour une apparence. Le début de la campagne présidentielle actuelle, qui s'annonce déjà comme l'une des plus déplorables que la République ait connue, n'a-t-il pas montré qu'un bon candidat doit renoncer à tout embonpoint pour convaincre les Français. Car, enfin, comment le peuple confierait-il son destin à un personnage légèrement enveloppé ?
Dans un tel système, rien n'est plus logique que la volonté du peuple d'en savoir le plus possible sur les hommes et les femmes qui sollicitent son suffrage. La vie privée d'un candidat est une part de sa personnalité et puisque celui qui deviendra le chef suprême n'aura guère de contre-pouvoirs en face de lui, il ne semble pas scandaleux que l'électeur en ait une connaissance exhaustive. Avant de donner des pouvoirs quasi illimités à un candidat, ne doit-on pas juger pleinement de son courage, de ses lâchetés, de ses forces et de ses faiblesses de caractère ? Si l'élection présidentielle est réellement, comme le prétendent les candidats, une « rencontre entre un homme et le pays », n'est-il pas légitime que le pays exige de l'homme qu'il se mette à nu ? Ne doit-on pas avoir connaissance de sa réalité intime pour faire contrepoids à la propagande de l'apparence ? L'examen de la vie privée devient alors une défense contre les stratégies publicitaires des candidats. Aussi pourra-t-on établir toutes les thèses savantes que l'on voudra sur la moralité, le respect de la vie privée ou la spécificité « latine » de la France, la logique des institutions de ce pays mène à un dévoilement de la vie privée des candidats à la fonction suprême, justement parce qu'elle n'a jamais été aussi suprême.
Le débat sur la vie privée ne doit donc pas faire l'impasse sur l'essentiel : la superstructure institutionnelle. Le peuple romain, après la mort de Lucrèce, ne voulut plus entendre parler de rois, il donna le pouvoir exécutif à deux consuls dont les pouvoirs, égaux entre eux, étaient surveillés et encadrés par le peuple, le Sénat et les tribuns. L'historien grec Polybe a fait de cette constitution la source de la conquête romaine du monde connu. Et pourtant, les consuls étaient élus chaque année. Mais la France est encore engluée dans la propagande gaulliste de l'après-guerre qui veut que, sans pouvoir personnel, l'État soit inefficace et décadent. Pourtant, c'est bien le régime parlementaire de la IIIe République qui parvint à redresser par deux fois, en 1871 et 1918, une France épuisée par la guerre. Malgré l'instabilité ministérielle chronique, malgré des scrutins de listes, malgré l'absence de pouvoir personnel ! Son échec de 1940 est militaire et moral plus que politique. Plutôt donc que de se lamenter sur les unes des médias consacrés aux historiettes érotiques des uns et des autres, les Français devraient donc s'interroger sur les institutions qui nous ont conduits à ces excès. Car Régime polyarchique ou parlementaire, les alternatives existent, que la France se soucie désormais d'abord de ses immenses défis économiques, sociaux et politiques.

DIGEST La solution du casse-tête grec est-elle en Uruguay ?

Les médecins de l'Union européenne et du FMI qui cherchent au chevet de la Grèce un remède à son endettement chronique devraient peut-être s'inspirer du succès d'une recette uruguayenne. En 2003, ce pays d'Amérique latine est en effet parvenu à organiser une restructuration de sa dette souveraine plutôt bien acceptée, qui lui a permis de revenir se financer sur les marchés au bout de quelques mois seulement.

Incapable à l'époque de financer sa dette, l'Uruguay avait demandé à ses créanciers de participer à un échange de titres prolongeant de cinq ans l'échéance de la moitié d'entre eux, sans modifier leur valeur faciale ni leur coupon.

Craignant dans le cas contraire un sort bien moins enviable, 90% des créanciers de l'Uruguay avaient répondu à l'appel, en mars 2003.

En restructurant sa dette, Montevideo a ainsi pu se donner la marge de manoeuvre et le temps nécessaire à l'application des réformes dont son système bancaire avait besoin.

Pour la Grèce, une telle stratégie pourrait permettre d'éviter un défaut pur et simple sur le mode argentin ou des plans de sauvetage sur fonds publics de plus en plus difficiles à faire accepter aux contribuables européens.

Présidentielle : évitons la grande illusion

Dans moins d'un an, un nouveau mandat présidentiel aura commencé et nous nous apprêterons à désigner les députés de la 14e législature. Un an, ce n'est rien de trop pour obtenir des différents candidats un exposé détaillé de leur programme et pas seulement des slogans ou des formules simplistes. Le prochain mandat sera en effet déterminant pour l'avenir de notre pays car il y a longtemps qu'il ne s'est trouvé dans une situation si critique.

Dette souveraine au-delà de 85 % du PIB, manque de compétitivité, désagrégation du tissu social, état lamentable de l'éducation... et même production intellectuelle éteinte, influence en régression : aux yeux du monde, notre pays ne produit plus de concepts éclairants ni même d'utopies fécondes, mais des illusions fondées sur le déni de réalité, le rejet du changement et de ce qui est « autre ». Préférera-t-on s'écharper encore sur le temps de travail, avec une droite rivée dans sa posture multiséculaire (elle annonçait déjà la catastrophe lorsqu'on décida de limiter la durée quotidienne à 12 heures dans les années 1840) et une gauche qui prétend toujours que le travail se divise comme les parts d'un gâteau (contrairement à ce que toutes les recherches modernes démontrent) ? Feindrons-nous d'ignorer les mutations profondes du vaste monde qui nous entoure - et dont nous représentons moins de 1 % de la population et 3 % du PIB - comme si nous pouvions nous en affranchir ou décider pour les 7 autres milliards d'êtres humains ?

Probable candidat à droite, Nicolas Sarkozy vantera sa capacité de mise en mouvement. Elle est indéniable, mais à tout mouvement, il faut un cap. Or, ses choix économiques sont flous - on l'a vu passer sans transition du libéralisme à des tentations dirigistes - et son modèle de société hésitant, quoiqu'on imagine qu'il incline vers le type anglo-américain. Vouloir réformer au pas de charge une société inquiète et dépressive sans démontrer l'intention d'en préserver les fondements (autrement que par du Guaino), c'est risquer le blocage. À l'inverse, à gauche, on maintient le cap de l'infantilisation, avec un programme socialiste qui fleure bon « L'île aux enfants » et les années 1980 : retour aux emplois-jeunes, à la retraite à 60 ans, intervention tous azimuts de l'État, un zeste de protectionnisme...

Sans parler du tour de passe-passe sur la dette : on fixe tout bonnement le taux de croissance à un niveau qui la rend supportable (on peut aussi espérer gagner au Loto). Ce que l'on ferait si cette lettre au Père Noël n'était pas exaucée, surtout n'en parlons pas. Nulle part, il n'est question d'efforts. Bref, entre la figure du père agité et autoritaire, et celle de la mère exagérément protectrice, on aimerait ne pas devoir choisir.

On est loin d'un discours raisonné sur les forces et faiblesses de la France vis-à-vis du monde qui l'entoure. Oublié le progrès considérable qu'ont été, après des siècles de guerre, la construction européenne et la création de l'euro, qu'il faut maintenant parfaire par une intégration plus poussée. Pas évoquée, la réduction des multiples rentes et inefficiences qui grèvent notre pays et le font ressembler par certains aspects à ses cousins du sud de l'Europe. Omis, le score accablant des élèves de CM2, dont 70 % ne savent pas répondre à la question : « J'ai payé 22 euros pour 10 objets, combien devrais-je payer si j'en achète 15 ? »

Saura-t-on énoncer une proposition qui distingue les questions de la création de richesse (productivité et compétitivité) et de leur redistribution ? Osera-t-on dire aux Français qu'ils devront, comme nos voisins allemands, accomplir des efforts considérables pour défendre un modèle de société qui protège les plus faibles, faute de quoi les créanciers finiront par nous obliger, comme ailleurs, à procéder à des coupes drastiques ? Chassons les illusions pour éviter les désillusions.

Ce qu'il faut savoir sur le rééchelonnement de la dette grecque

La BCE a beau répéter que cette forme "douce" de restructuration est trop dangereuse, Berlin insiste pour faire participer les créanciers privés au nouveau plan d'aide à la Grèce. 
Pour une fois, on ne peut pas dire que la BCE est le bras armé de l'Allemagne dans la zone euro. Le clivage entre les deux ne cesse de s'approfondir sur la question de la participation des créanciers privés dans le nouveau plan d'aide à la Grèce. Alors que Berlin veut rééchelonner la dette publique grecque, la BCE estime que cela ressemblerait dangereusement à une restructuration et aurait donc des conséquences désastreuses sur le secteur bancaire grec et européen. Si l'Allemagne était initialement plutôt isolée, il semblerait d'après le Spiegel qu'un compromis se dessine avec ses partenaires réticents. Les créanciers privés pourraient être appelés à participer à hauteur de 20 à 35 milliards d'euros, affirme l'hebdomadaire allemand. Si rien n'est encore décidé, la zone euro n'a en tout cas pas complètement tourné le dos à cette solution puisqu'elle a déclaré vendredi qu'elle analysait "la faisabilité d'un rééchelonnement" sur une base volontaire. En quoi cela consisterait ?
Qu'est qu'un rééchelonnement ? Il s'agit de rallonger la durée des prêts. L'Allemagne propose d'allonger de sept ans les maturités pour toutes les obligations en circulation. Contrairement à une vraie restructuration, l'idée est qu'en fin de compte les investisseurs soient remboursés à 100%.
Cela réduit les besoins de financement de la Grèce pendant quelques années et lui donne donc plus de temps pour travailler à l'assainissement de ses finances publiques sans avoir à se préoccuper de se refinancer sur les marchés.
A priori, "la Grèce pourrait suspendre pendant sept ans le remboursement du principal et n'aurait à payer que les intérêts", explique Cyril Régnat, stratégiste chez Natixis.

Le rééchelonnement est la solution prônée par le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble qui estime par ailleurs qu'elle installera "une répartition équitable des risques entre le contribuable et les créanciers privés", envoyant ainsi "le signal que l'on ne peut pas transférer tous les risques au contribuable".
S'il doit être volontaire, comment inciter les investisseurs à participer?Ce ne serait pas une tâche facile. En effet, "un rééchelonnement a un impact sur la valorisation en mark to market des titres, explique Cyril Régnat. C'est l'effet purement mécanique de l'actualisation : plus la maturité est éloignée, plus la valeur actuelle est faible. Cet effet est surtout fort pour les titres de courte maturité". Sauf qu'en pratique, "la plupart des créanciers ne valorisent pas leurs obligations en mark to market mais en 'loan to maturity', c'est à dire à leur valeur nominale. Elles ne seraient donc pas affectées par un rééchelonnement". Les créanciers pourraient même en sortir gagnants. Car allonger la maturité des prêts de sept ans signifie aussi sept ans de plus de coupons.
Surtout, il faut voir l'alternative : si le choix est entre un rééchelonnement et un défaut unilatéral d'un pays qui ne peut tout simplement plus payer, alors les investisseurs auront vite fait le calcul. Comme le dit Karl Whelan sur le blog Irish Economy , "c'est une approche de la négociation à la Don Corleone, avec des offres qu'on ne peut pas refuser". D'ailleurs, l'Association bancaire allemande n'est pas opposée à cette proposition.
  Est-ce que cela représenterait un "événement de crédit ?"
C'est ce que craint la BCE. Mais d'abord, qu'est ce qu'un "événement de crédit ?". Il s'agit d'une action entamant la solvabilité du pays et qui est donc susceptible de déclencher le règlement des CDS ( les produits dérivés dont les marchés se servent pour se couvrir contre ou spéculer sur le risque de défaut de l'Etat) et donc de créer la panique sur les marchés. L'International Swaps and Derivatives Association (ISDA) a dit que tant qu'il est volontaire, un rééchelonnement ne constituerait pas un événement de crédit. Sauf que les agences de notation ne croient guère à l'aspect "volontaire" et ont toutes décrété qu'un réechelonnement serait assimilé par les marchés à un événement de crédit.
La BCE craint donc qu'un rééchelonnement crée une réaction en chaîne dans tous les maillons faibles de la zone euro. La BCE détient elle-même des milliards d'euros d'obligations publiques grecques, soit directement soit au travers des garanties fournies par les banques en échange de ses prêts. Cela explique peut-être, selon certains observateurs, sa crainte de les voir perdre de leur valeur. Mais les pertes éventuelles de la BCE seraient au final comblées par ses "actionnaires", les Etats européens, et en premier lieu l'Allemagne.

Le mariage gay, un vrai sujet de fond

Peut-on être contre le principe du mariage entre deux personnes de même sexe, et cependant respecter et apprécier les personnes homosexuelles? Assurément oui. Pourtant, dire «non» publiquement dans ce débat de société semble un acte de courage, tant la pression médiatique vous ferait vite ranger dans la case homophobe.Les députés socialistes qui ont déposé un projet de loi dans ce sens, à un an de la présidentielle, ont judicieusement choisi leur moment. Il faut connaître la position des uns et des autres sur ce genre de sujet profond avant d’éventuellement leur accorder une voix. Malheureusement, le dialogue ne s’est pas engagé sous les meilleurs auspices. Une fois encore, les promoteurs de la loi parlent d’«évidence républicaine», de «discrimination» voire de «haine», mettent la modernité dans leur camp, et traquent le dérapage anti-homo dans les discours de ceux qui ne voient pas d’intérêt à désacraliser l’institution qu’est le mariage. C’est d’ailleurs un argument des «pour»: on se marie, on divorce, on se remarie, ou on vit seul avec ses enfants… Bref le mariage ne fonde plus forcément la famille comme la défendent les «contre».
Mais on n’entendra pas les arguments. On résumera le vote de mardi à un «pour ou contre» - d’ailleurs plus au «contre» qu’imposeront l’UMP et le gouvernement.
Pourquoi pas un referendum? Pas sûr que la voie la plus audible médiatiquement serait celle que choisiraient les Français. Sans doute viendraient-ils d’ailleurs plus aux urnes que pour les dernières élections. Aucun des deux camps n’aura le courage de demander leur avis aux citoyens sur ce vrai sujet de fond.

Le jeu, mirage pour temps incertains

Étrange situation que la nôtre. Même si les statistiques économiques semblent nous annoncer la reprise, le pays reste menacé par une crise sociale provoquée par une désespérance que les grandes organisations sociales et politiques ne pourront pas canaliser.

L'Europe danse au-dessus du volcan des dettes souveraines, et elle se demande si, en venant une nouvelle fois au secours d'une Grèce qui a trop longtemps vécu à crédit et dont l'État est incapable de lutter contre la corruption et l'évasion fiscale, elle fera la soudure jusqu'au retour de la croissance. En d'autres termes, elle achète du temps en espérant que, d'ici là, aucune catastrophe supplémentaire ne viendra mettre à bas l'euro et les banques... Quant à la chute de Dominique Strauss-Kahn, elle a créé un effet de souffle qui bouleverse les scénarios de la future présidentielle.

En ces temps incertains, on ne peut être que frappé par l'importance qu'ont prise les jeux de hasard : paris, poker, lotos et cartes à gratter...

Il suffit d'allumer sa télévision pour subir l'avalanche de publicités en la matière. Le PMU, qui se cantonnait naguère aux courses de chevaux, a élargi sa palette vers le football, le tennis et quelques autres sports. La Française des Jeux a récemment instauré un deuxième tirage de l'Euromillions dans la semaine et ne cesse de faire preuve de « créativité ».

La concurrence des jeux en ligne se fait particulièrement agressive, en offrant jusqu'à 100 € de bonus (par tranche, par exemple, de 10 € pour 10 € engagés sur le site de jeu !), voire 600 € s'il s'agit de poker ! Bien entendu, on vous rappelle, par un petit bandeau réglementaire que « jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance », en indiquant même un numéro de téléphone pour appeler au secours... Mais il n'empêche que tout est fait pour installer l'addiction...

Il est vrai que le jeu apparaît comme une occasion de renverser la fatalité grâce à un coup heureux du hasard. Un moyen de rejoindre ceux que la télévision et la presse nous présentent comme les fortunés de notre temps... Ce que je ne peux atteindre par mes seuls efforts quotidiens, peut-être le hasard me le donnera-t-il. La clientèle ne manque pas, car les parieurs et les joueurs ne sont pas, dans leur immense majorité, une poignée de riches qui « flambent », mais souvent des gens modestes.

Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République, avait donné ce chiffre : entre 12 à 15 millions de Français peinent à boucler leurs fins de mois... Ce sont eux que visent les sociétés de jeux. C'est à eux que l'on vend du vent, sans leur dire que chaque jour, le total des gains des joueurs est largement inférieur à leurs pertes...

On ne leur dit pas non plus que le mirage individuel du « banco » est à l'opposé de ce dont nous avons le plus besoin : une mobilisation commune pour reprendre en main notre destin. Ainsi le piège se referme-t-il : dans une société qui a l'impression que l'avenir est infiniment incertain, c'est à la chance qu'on nous invite à nous remettre, chacun pour soi.

Or, moins nous affrontons collectivement et politiquement nos difficultés, plus nous sommes livrés à l'incertitude des temps. Faut-il ajouter que cela vaut aussi pour les États, puisqu'en Europe, l'illusion que « notre pays » peut se sauver tout seul des problèmes mondiaux, en se fiant à sa bonne étoile et à son génie propre, a rarement été aussi forte ?

(*) Éditeur et écrivain.

Humour corrézien

Il a suffi d’une petite boutade pour qu’elle anime un week-end de Pentecôte dont l’humeur politique s’annonçait pourtant paisible. Mais quelle boutade mes amis, ! Du miel pour des journalistes du 7 e jour en manque de polémique. Un ancien président de la République annonçant, tonitruant, qu’il votera à la présidentielle pour son ancien adversaire socialiste, ce n’est tout de même pas courant, même en rigolant.


C’est tellement énorme qu’on acceptera la thèse du trait d’humour corrézien avancée par François Hollande lui-même et reprise hier de bon cœur par Jacques Chirac. Après tout, cette version est sans doute vraie. Prononcée dans des circonstances particulièrement décontractées, la « plaisanterie « arrange bien les deux hommes, soucieux de ne pas choquer les ultras de leurs camps respectifs qui apparentent volontiers leur élasticité républicaine à une forme de trahison. Complices d’une certaine simplicité - corrézienne ? - ils entretiennent des relations marquées par un respect mutuel que le temps a poli, arasant les aspérités désagréables des débats d’antan. L’ancien premier secrétaire du PS n’a-t-il pas préfacé récemment et sans états d’âme l’excellente biographie consacrée par notre (non moins excellent) confrère de Sud-Ouest, Bruno Dive, au « Dernier Chirac » (éditions Jacob Duvernet) ?


Il n’est pas certain cependant que leur bonne blague d’un samedi de juin ait fait rire aux éclats Nicolas Sarkozy. Sans pitié, le président la mettra sur le compte de l’usure de son prédécesseur dont il commente l’état de santé - devant les éditorialistes qu’il reçoit à sa table - avec les ellipses de langage lourdes de sous-entendus qu’on réserve généralement à l’évocation d’un grand malade.


L’important dans l’humour, c’est ce qu’il trahit derrière le paravent de la drôlerie. Les saillies de l’inconscient, les blessures, les douleurs, l’orgueil, l’émotion... Jacques Chirac n’est plus l’animal politique qu’il fut pendant plus de 40 ans mais il n’en reste pas moins un grand professionnel à la retraite qui ne parle ni n’écrit à la légère. Sans le préméditer, il a probablement rendu la monnaie de sa pièce à son successeur qui, depuis son accession à la fonction suprême, n’a jamais guère eu d’élégance à son égard - les sibyllines allusions aux « rois fainéants » étaient à la limite de la méchanceté brute - et encore moins le soir de son élection où il n’eut pas un seul mot pour lui. Un épisode douloureux confessé dans le second tome de ses mémoires présidentiels, sorti en librairie cette semaine.


L’inspiration de l’humour chiraco-hollandais est finalement très sérieuse. Elle révèle les tensions, les frustrations mais aussi les conformismes qui étouffent la vie politique. Elle préfigure, aussi, la fin d’un système à bout de souffle, mais verrouillé, où la sincérité des élans, récupéré par les uns et exagérément interprété par les autres, n’a pas sa place.

Quel plaisantin, ce Chirac…

Quand la boutade lui monte au nez, Jacques Chirac est irrésistible. Son “je voterai Hollande en 2012”, c’était de l’humour corrézien. Rien d’autre. Une de ces blagues de comice agricole qui jaillit entre ripaille et promenade digestive. Un bon tour de maître Jacques finalement, sans autre ambition que d’amuser la galerie…

Et dire qu’à droite comme à gauche certains ont cru entendre un cri du cœur, une pique de plus contre son successeur après la parution du tome 2 de ses Mémoires où Jacques Chirac n’épargne pas Nicolas Sarkozy. Encore un peu et ils imaginaient l’ancien président s’inviter aux journées d’été du PS à La Rochelle et pourquoi pas voter aux primaires socialistes en octobre…

Retraité taquin, Jacques Chirac cultive un goût prononcé pour la saillie facétieuse. Jamais il ne lui serait venu à l’esprit de lancer une pierre aussi ravageuse dans le jardin de Nicolas Sarkozy. Son propos était juste destiné à détourner le discours politique des chemins boueux où il se hasarde pour le ramener vers les rives souriantes de la galéjade… Une bouffée d’air pur dans une pré-campagne déjà irrespirable.

François Hollande l’a bien compris, même si le compliment présidentiel l’a plus embarrassé que rendu ivre de joie.

Jacques Chirac doit jubiler : il a suffi d’un trait d’humour certes un peu lourdaud pour que le microcosme s’agite et s’irrite. À l’évidence, il craint les chatouilles…

Grèce : des milliers de manifestants contre l'austérité à Athènes

Des milliers de Grecs ont manifesté pour le troisième dimanche consécutif devant la Parlement à Athènes pour protester contre le nouveau plan d'austérité préparé par le gouvernement et pour soutenir un appel à la grève générale lancé pour mercredi prochain.


Au moins 15.000 personnes, selon la police, se sont rassemblées sur la place Syntagma, la plus vaste de la capitale. En raison d'un week-end de trois jours en Grèce, la participation était cependant nettement en baisse par rapport aux quelque 100. 000 manifestants dénombrés dimanche dernier par la presse.
Les participants ont annoncé leur intention de former une chaîne humaine autour du Parlement mercredi prochain, jour de la grève générale et du début de l'examen parlementaire du plan d'austérité présenté par le gouvernement.
Le Premier ministre grec Georges Papandréou et son parti ne bénéficient de la confiance que d'un quart de la population, selon un sondage publié dimanche.
Seules 26% des personnes interrogées font encore confiance à M. Papandréou, selon l'enquête Public Issue publiée par le quotidien Kathimerini. Le même sondage il y a un mois donnait 34% de personnes lui accordant leur confiance.
Le gouvernement veut faire approuver par le Parlement une nouvelle série de mesures d'austérité destinées à économiser 28 milliards d'euros d'ici à 2015, en réponse aux demandes des créanciers de la Grèce, qui espèrent ainsi obtenir une nouvelle aide financière.
Des milliers de manifestants protestent depuis un mois contre ce tour de vis supplémentaire, perçu comme imposé de l'étranger pour répondre à une crise provoquée par des années de gabegie.