TOUT EST DIT

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dimanche 29 mai 2011

Invisibles

Elles sont cinq familles en France, entre l’Yonne et l’Ariège, qui ne touchent plus d’allocations familiales. Peu s’en soucient, dans le bruit des actualités que l’on sait. On ignore qui elles sont, on devine simplement le manque financier qui doit s’ajouter à tant de détresse.
On sait juste que ces familles sont coupables des absences scolaires de leurs enfants. On connaît aussi l’auteur de leur disgrâce : Éric Ciotti, député UMP et président du conseil général des Alpes-Maritimes, qui a réintroduit dans notre droit cette punition financière. Une loi efficace, jure-t-on en haut lieu, qui aurait ramené 7.000 enfants à l’école, par peur, et tant pis pour ces cinq familles – 20 personnes, 30 ? – chassées de la bénévolence nationale.

Éric Ciotti est un personnage de notre République, qui fait du bruit à la droite de la droite, et réalise le rêve de tous les politiques : changer la vie. Éric Ciotti n’est pas un réformateur social, qui rendra notre société un peu moins insupportable ; mais il change la vie des faibles, qu’il pourchasse et stigmatise avec une constance remarquée. L’été dernier, il proposait, dans ce journal, d’envoyer en prison les parents des jeunes délinquants. Ce joli mois de mai, il vient de lancer une « brigade antifraudeurs », financée par son conseil général, qui traquera ceux qui abuseraient du RSA.

Un département, en charge de l’aide sociale, qui se proclame policier et y consacre 16 fonctionnaires : véhémente gabegie ! Le soubassement idéologique et l’effet de propagande – les chômeurs sont des tricheurs en puissance – ne sont pas inédits ; Patrick Buisson et Laurent Wauquiez les avaient installés, mais avec moins de sens pratique. Les incorruptibles de Ciotti feront rendre gorge aux miséreux, c’est plus commode que de taxer les fortunes. Ainsi s’installe une République brutale au prétexte de l’équité, où les mêmes paient toujours et encore. Victimes absolues, cibles anonymes qui n’existent que pour être blessées.

Dans l’horreur de l’affaire DSK, on redécouvre – l’avait-on oublié ? – l’abîme social qui sépare un gouvernant du monde d’une immigrée africaine à New York. Certains en tirent des leçons de morale faciles et odieuses. Ce n’est pas la richesse d’Anne Sinclair qui devrait intriguer, qu’elle n’a volée à personne, et qui n’a jamais influé sur les positions publiques de l’homme de gauche Strauss-Kahn. Mais il est bon de se rappeler ce qu’est l’existence des oubliés de l’actualité, que réveillent les seules tragédies.

La vie des peuples invisibles, là-bas, et ici aussi. Immigrés de nos chambres d’hôtel ; femmes brutalisées que les bruits médiatiques, entre DSK et Tron, renvoient à ce malheur qu’elles n’osent exprimer ; naufragés de la vie, éperdus de chômage et qui ne tiennent plus leurs gosses, et que tous les Ciotti du monde ne rateront pas. Invisibles de tous les pays, pardonnez-nous.

Zapatero a un héritier contre son gré

"Voie libre pour Rubalcaba", annonce La Vanguardia. Le ministre de l'Intérieur sera le candidat à la succession du Premier ministre José Luís Rodríguez Zapatero, qui ne se représentera pas en 2012. Sa principale rivale, la ministre de la Défense Carmen Chacón "très blessée, jette l'éponge" et ne se présentera pas aux élections primaires du Parti socialiste (PSOE), alors qu'elle était soutenue par Zapatero, explique le quotidien. Après une semaine de crise au sein du PSOE, provoquée par la lourde défaite aux élections locales du 22 mai, Chacón est "la dernière victime politique" de Zapatero, estime José Antich, le directeur de La Vanguardia. Le premier ministre "risquait une épitaphe politique de dimensions colossales : son parti fracturé et une démission forcée de son poste de secrétaire général". Un prix trop élevé, "même pour un politicien qui a demontré avoir plus de vies qu'un chat". Alfredo Pérez Rubalcaba est désormais "le seul filet de sauvetage des socialistes" face à l'opposition conservatrice, conclut le journal.

Après Mladić, une chance à saisir

En arrêtant le responsable du massacre de Srebrenica et du siège de Sarajevo, les autorités de Belgrade tournent une page sombre de l'histoire de leur pays. Mais elle ne doivent pas gâcher l'occasion de normaliser sa situation, prévient un éditorialiste serbe. 

Les services de sécurité serbes ont arrêté Ratko Mladić dans la maison de son cousin, à Lazarevo, un village près de Zrenjanin, dans le nord de la Serbie. Plus exactement, ils ont arrêté un citoyen qui se présentait comme Milorad Komadic, ce qui n’est pas sans rappeler l’arrestation en 2008 d’un certain Dragan Dabić, plus connu sous le nom de Radovan Karadžić.
La Serbie a ainsi tourné une page importante de son histoire en se dégageant – bien que lentement – de son passé guerrier. Un passé qui n’a plus d’héritiers politiques légaux, mais qui a fait de nombreuses victimes et engendré bon nombre de bourreaux. La Serbie a aussi soldé ses comptes avec la justice internationale.
Tandis que ce feuilleton macabre arrive à son terme, de nombreuses questions restent sans réponse. Pourquoi toute cette histoire a-t-elle duré si longtemps ? Pourquoi Mladić n’est-il pas depuis plusieurs années déjà à La Haye ? Pourquoi les gouvernements précédents n’ont-ils pu l’arrêter, pourquoi la “traque”, si tant est qu’il y en ait eu une, avait-elle toujours deux ou trois jours de retard par rapport au fugitif ? Qui, au sommet de l’Etat, notamment dans l’armée, aidait Mladic pendant toutes ces années ? Les responsables seront-ils poursuivis ? Les institutions de l’Etat, certaines, du moins, savaient-elles où se cachait Mladic et ne se livraient-elles pas à des calculs et à des marchandages inavouables ?
On peut se demander aussi si, pendant le mandat des gouvernements précédents, surtout celui de Vojislav Kostunica, il existait une véritable volonté d’arrêter Mladić et de l’envoyer à la prison du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye. Et si l’absence de volonté politique dans ce sens ne représentait pas une violation grave de la loi passable de poursuites judiciaires.

Mladić n'est pas le seul problème de la Serbie

Ce sont des questions légitimes et importantes, auxquelles le pouvoir actuel doit donner des réponses crédibles. Toutefois, ce qui importe aujourd’hui, c’est l’acte qui a permis de mettre fin à cette longue traque, l’acte qui donne une grande occasion à la Serbie de sortir d’un cercle vicieux. Il serait trop facile de croire que Mladić et Hadžić [le dernier fugitif, accusé lui aussi de crimes de guerre] constituent le seul et le plus grave problème de la Serbie sur le chemin qui mène aux institutions euro-atlantiques.
Mais, sans la résolution de ce problème, il ne pouvait y avoir de progrès substantiel, d’autant plus que la politique du gouvernement concernant le Kosovo se trouve de nouveau dans l’impasse, et en contradiction avec sa volonté de rejoindre l’Union européenne.
Quoi qu’il en soit, la nature de l’homme fait que les erreurs du passé s’effacent des mémoires devant les réussites d’aujourd’hui. En mettant fin à la cavale de Mladić, le président Boris Tadić et sa coalition politique [conduite par le Parti démocrate] ont prouvé leur détermination à tourner la page de la manière le plus éclatante possible. Cette arrestation est un aussi un coup porté à la droite nationaliste, qui va certainement donner de la voix : quelques manifestations auront lieu.
Mais cela s’arrêtera sûrement là, car la Serbie n’a plus de forces politiques capables de rassembler des foules autour d’un “héros serbe” comme Mladić. Rappelons-nous que Karadzic a été arrêté la veille de la scission du Parti radical serbe (ultranationaliste), qui a donné naissance à une nouvelle formation nationaliste, le Parti serbe du progrès. Celui-ci flirte désormais avec des idées proeuropéennes, certes de façon contradictoire et brouillée, mais qui excluent une confrontation avec la justice internationale.

Pas de sortie du cauchemar sans solution au Kosovo

L’arrestation de Mladić va aussi renforcer la position de la Serbie dans la région, car l’incapacité du pays – ou son manque de la volonté – à respecter ses engagements à l’égard de la justice internationale était son talon d’Achille, et pour les pays voisins le prétexte idéal pour ne pas respecter les leurs.
Aujourd’hui cette histoire est finie, la Serbie est presque définitivement sortie des années 1990. Je dis presque, car il ne peut y avoir de sortie définitive de ce cauchemar sans une solution durable au problème du Kosovo. S’il renonçait à faire sortir définitivement la Serbie de l’ornière, le pouvoir actuel aurait raté une occasion historique. Encore une fois, sa chance est là.

samedi 28 mai 2011

DSK : pourquoi ils n'ont rien dit

Ceux qui savent ne parlent pas. Ceux qui parlent ne sont pas entendus. Connivence ? Autocensure ? Légitime respect de la vie privée et de la loi ? Le «cas DSK» pose la question de l'omerta à la française.
Quinze jours après l'annonce de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn par la police de New York, la stupéfaction a laissé place à la polémique. Pour la grande majorité des Français, c'est une certitude: journalistes et politiques savaient et n'ont rien dit. Ils ne pouvaient ignorer les pulsions de DSK mais, comme d'habitude, ont refusé d'en parler dans leurs médias, dans le seul but de le protéger. La réalité est évidemment plus complexe.
Cette censure volontaire de la presse n'est pas uniquement liée à une volonté de protéger les puissants. Elle est dictée par la nécessité de respecter la loi. L'article 9 du Code civil est souvent brandi pour empêcher la parution d'articles ou de livres dévoilant des secrets intimes: «Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée: ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.» De quoi faire réfléchir plus d'un directeur de rédaction ou d'un éditeur avant de faire tourner les rotatives.
Ainsi, pour Dominique Strauss-Kahn, les rédactions n'ont-elles pas souhaité franchir le pas. Si le journaliste Jean Quatremer a publié sur son blog un article où il explique que «le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement», c'est parce que son journal, Libération, n'a pas voulu le faire, «au nom de la loi sur la protection de la vie privée», explique Laurent Joffrin, son directeur à l'époque. Quand Le Nouvel Observateur veut raconter en 1998 l'histoire du passage de DSK à une soirée particulière dans un club échangiste de la capitale, l'hebdomadaire prend bien soin de ne pas publier de nom. Mais procède par allusions : «Ce soir, il y a un plus: le ministre doit venir. Un vrai ministre. (...) soudain il arrive. C'est bien lui. Un léger frémissement parcourt les troupes. Deux femmes l'accompagnent, jeunes, grandes et minces. "Il fait plus gros qu'à la télé, tu trouves pas?" Son sourire est presque électoral. Il entre dans le salon, serre quelques mains, l'habitude sans doute. Une blonde d'une cinquantaine d'années le salue par son prénom. Il fait semblant de la reconnaître puis, sans plus s'attarder aux mondanités, s'engouffre dans la pièce du fond, traînant derrière lui ses deux compagnes, dont une qu'il commence à lutiner chaudement, dès le couloir. (...) "Tu crois qu'il peut vraiment devenir président?" murmure une des spectatrices à sa voisine.» Le Tout-Paris politique et médiatique comprend immédiatement. Le lecteur, c'est moins sûr.
Bien sûr, les couloirs des journaux bruissaient des rumeurs d'infidélité chronique qui couraient sur le compte de DSK. Bien sûr, les journalistes qui côtoyaient les services de police revenaient régulièrement avec des «tuyaux» un peu particuliers. DSK aurait été surpris par une patrouille en mauvaise posture un soir dans un endroit fréquenté par des prostituées. Rien d'illégal, même s'il s'agit d'un comportement peu compatible avec celui que les Français peuvent attendre d'un prétendant à l'Elysée. Mais comment vérifier une telle information? Comment être sûr qu'il ne s'agit pas d'une manipulation politique ? Officiellement, personne n'est au courant d'une telle histoire. Impossible d'avoir une confirmation de l'événement.
Jusqu'à son arrestation à New York, DSK a toujours su ou pu éviter le grand déballage. Grâce à ses communicants bien sûr, mais aussi à son réseau et ses amis. Il suffit de voir comment BHL, Jean-François Kahn et les autres se sont immédiatement mobilisés, cette semaine, pour le défendre, négligeant la victime présumée, une simple femme de ménage.
Dans leur ensemble, les médias français refusent de s'engager dans la voie des tabloïds anglo-saxons pour lesquels la vie privée peut s'afficher en une. Au fond, même les journaux people de France n'ont pas cherché à enquêter sur la vie secrète des hommes politiques en général et de DSK en particulier. Tout le monde s'en tient à la ligne rappelée la semaine dernière par Le Canard enchaîné : «DSK courait les jupons et les boîtes échangistes. La belle affaire! C'est sa vie privée et elle n'en fait pas un violeur en puissance. Pour Le Canard, l'information s'arrête toujours à la porte de la chambre à coucher.»
L'affaire Tristane Banon aurait certes dû alerter davantage. Quand ce jeune écrivain a raconté l'agression dont elle assure avoir été la victime, peu de journaux ont relayé son histoire. Elle l'a racontée dans l'émission de Thierry Ardisson sur Paris Première en présence de journalistes politiques, mais au fond, elle-même ne souhaitant pas porter plainte contre DSK, comment embrayer sur ses attaques? D'autant qu'en face, les équipes de Strauss-Kahn ont su habilement déminer l'affaire. Grâce à ses communicants, DSK réussit à passer entre les gouttes.
«On est resté sur l'idée que ce n'était pas une pathologie et que le comportement de DSK correspondait à l'image d'Epinal de l'homme politique, le séducteur», analyse un spécialiste en communication. Anne Sinclair, l'épouse de DSK, a elle-même mis fin aux débats en répondant à L'Express, qui lui demandait en 2006 si elle ne souffrait pas de la réputation de séducteur de son mari: «Non, j'en suis plutôt fière! C'est important de séduire, pour un homme politique. (...) Je suis un peu blindée sur le pouvoir de la rumeur.»
Une rumeur qui ne l'a pas épargnée. Comment celle qui a été au cœur de la vie politico-médiatique pendant plus de vingt ans pouvait-elle ignorer ce qui se disait ou s'écrivait sur DSK? En 2000 sort le livre de deux journalistes, Vincent Giret et Véronique Le Billon, Les Vies cachées de DSK. Les auteurs racontent dans un chapitre qu'«un soir de septembre 1992, Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur, et Martine Aubry, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle, sont les invités d'honneur d'une réception donnée par l'ambassadeur de France à Tokyo. (...) Ces deux-là s'adorent. (...) Ils distillent un même humour vachard, se relaient sans temps mort dans les karaokés de la capitale nippone jusqu'aux premières lueurs du jour et rejettent avec le même dédain l'esprit de sérieux de leurs aînés. Ils savourent la douce insouciance de ceux qui savent que l'avenir leur appartient. De cette folle équipée naît une rumeur colportée dans toutes les salles de rédaction: Martine et Dominique filent le parfait amour...»
DSK se situe dans la lignée des grands hommes politiques français qui arborent leurs conquêtes féminines comme les généraux leurs médailles. Après tout, pour ne parler que des présidents de la Ve République, Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac n'ont-ils pas aussi une réputation de grands séducteurs? Bernadette Chirac a expliqué dans son livre Conversation, paru en 2001, à propos de son mari, qu'«il avait un succès formidable. Bel homme, et puis enjôleur, très gai. Alors les filles, ça galopait (...). Mon père m'avait dit: "Vous êtes son point fixe." La suite lui a donné raison. Mon mari est toujours revenu au point fixe.»
Et François Mitterrand? L'homme qui a collectionné les conquêtes et réussi à cacher pendant des années l'existence de sa seconde famille. Cette histoire est emblématique du fonctionnement des médias. Tant que c'est l'extrême droite et sa presse, comme Minute, qui évoque ces sujets, aucune reprise n'est tolérée. Ce système a de nouveau fonctionné quand Marine Le Pen a mis en cause le comportement de Frédéric Mitterrand pendant ses voyages en Thaïlande. Au lieu de s'intéresser aux faits, la plupart des commentateurs se sont insurgés contre les attaques de l'extrême droite et ont sommé les politiques comme les médias de ne pas les suivre.
Concernant François Mitterrand, les journalistes se sont retranchés derrière ce prétexte de la vie privée pour justifier leur refus de publier des informations sur l'existence de sa fille Mazarine. Occultant totalement le fait que le Président utilisait allègrement les moyens de l'Etat, donc l'argent des contribuables, pour loger sa seconde famille. Et qu'il a été jusqu'à mettre sur écoute téléphonique des journalistes, notamment Edwy Plenel, alors au Monde, voire des artistes comme Carole Bouquet, totalement étrangère à cette histoire...
Seul moyen de contourner l'obstacle, le roman. Françoise Giroud publie en 1983 Le Bon Plaisir, où elle raconte l'histoire d'un président amené à cacher sa double vie à la presse. Toute ressemblance avec des personnages existants est-elle fortuite? La maison d'édition, Mazarine, est-elle une clé de l'énigme? Difficile d'imaginer que Françoise Giroud, très introduite dans les cercles du pouvoir, ignorait totalement la situation de Mitterrand. Sa biographe, Laure Adler, assure que ce roman n'est pas inspiré de la vie du Président mais raconte une histoire similaire vécue par un dirigeant socialiste encore en activité. Mais son nom ne sera pas dévoilé. Au nom du respect de la vie privée...
Faute de pouvoir donner les informations, on s'en remet alors aux humoristes. Des «Guignols de l'info» à Nicolas Canteloup, de Laurent Gerra à Stéphane Guillon, ceux-ci s'en donnent à cœur joie. Puisant leur inspiration au cœur même des salles de rédaction, à l'affût de tout ce que peuvent leur raconter les journalistes. Ils sont d'autant plus drôles que tout le monde devine que sous leurs exagérations perce un morceau de la vérité. Le 28 mars, Nicolas Canteloup-DSK explique qu'«au FMI, on (lui) a donné une mission en trois points: sauver le monde, aider les pays émergents et repeupler la planète en fécondant les femmes. C'est comme ça, je n'y peux rien, c'est ma mission». Eclats de rire dans le studio de la rue François-Ier. A RTL, Laurent Gerra n'est pas en reste. Le 26 avril, l'humoriste met en scène le directeur du FMI le jour de Pâques. «J'ai beau être directeur du FMI, je suis un homme comme tout le monde. Le week-end de Pâques, je m'emmerde car le FMI est fermé et les secrétaires aussi. Alors j'attends mardi, la réouverture des bureaux, car il y a des stagiaires, des interprètes à talons...» Là encore, les rires éclatent dans le studio de la rue Bayard.
Les humoristes à la place des éditorialistes? En février 2009, Stéphane Guillon n'hésitait pas à endosser ce rôle, quand il officiait sur France Inter le matin. Juste avant l'arrivée de DSK, invité de la matinale, au lendemain des révélations sur l'affaire Piroska Nagy, l'humoriste écrit un billet qui fera date: «Dans quelques minutes, Dominique Strauss-Kahn va pé-né-trer (silence) dans ce studio. Evidemment, des mesures exceptionnelles de sécurité ont été prises au sein de la rédaction. Pardon, sein est un mot que je n'ai pas le droit de prononcer aujourd'hui pour ne pas réveiller la bête. Cinq seuils d'alerte sont prévus dans cette matinale. Le dernier étant l'évacuation pure et simple du personnel féminin d'Inter vers d'autres étages...» DSK est en route vers la station quand il entend la chronique. Son premier réflexe est de faire demi-tour et d'annuler sa participation. Finalement, le directeur général du FMI se rend à la radio mais commence par cette déclaration : «J'ai assez peu apprécié les commentaires de votre humoriste. Les responsables politiques comme moi ont le droit, même le devoir, sans doute, d'être critiqués par les humoristes. Mais l'humour, c'est pas drôle quand c'est principalement de la méchanceté.»
«S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité», écrit Tacite dans les Annales. Est-ce pour cette raison que la réaction de DSK est aussi virulente? En tout cas, il ne se contente pas de cette remarque et décide de ne plus répondre aux invitations de la station publique. Même quand les journalistes lui proposeront de l'inviter les jours où Stéphane Guillon n'officie pas à l'antenne. Refus catégorique. Pas question de revenir tant qu'il sera employé par la radio.
Cette stratégie du boycott est un moyen de pression relativement classique pour contraindre les médias à éviter les sujets qui fâchent. Quand L'Express a publié la lettre de Piroska Nagy, son directeur, Christophe Barbier, a dû affronter la colère des communicants de DSK. Pressions sur les actionnaires, pressions par l'intermédiaire de la publicité, toutes les armes sont utilisées par les politiques pour contraindre un média à être plus compréhensif. Le contact direct est aussi efficace. Avant d'accéder à l'Elysée, quand Nicolas Sarkozy rencontrait un jeune journaliste, il ne manquait pas de lui dire sur un ton parfaitement courtois qu'il connaissait très bien son directeur de la rédaction, voire son actionnaire. Mais il n'était pas le seul à user de cet artifice pour impressionner les journalistes.
Lors de son dernier passage à Paris, dans le but de préparer sa prochaine candidature à l'Elysée, DSK a déjeuné avec les rédactions de trois journaux: Libération, Le Nouvel Observateur et Marianne. Son objectif était clair, ainsi que Denis Jeambar l'a raconté dans Marianne la semaine dernière: DSK «dit que Mariannen'a pas d'autre choix que de le soutenir dans ce combat. Il se découvre peu soucieux à cet instant précis de l'indépendance des journaux, pas du tout menaçant, mais pressant. Il est clair que son propos est délibéré et pas du tout improvisé. (...) Si la requête est choquante, elle a le mérite d'être claire et de montrer la conception qu'a Dominique Strauss-Kahn de la presse: c'est un rapport de soumission qu'il sollicite, un engagement militant.» En fin de compte, DSK demande à ces journaux de ne pas entrer dans les polémiques que pourrait lancer la droite pendant la campagne présidentielle, même si elles pouvaient être fondées sur des vérités, au nom de leur volonté commune de se débarrasser de Nicolas Sarkozy !
Et, pour les convaincre d'adhérer à sa stratégie, DSK leur révèle, à en croire les propos off qui lui sont attribués, qu'effectivement il en a «sans doute fait un peu trop dans le passé» avec les femmes. Mais qu'au fond, ce n'est plus le sujet. Comme le confirme un dirigeant d'Euro RSCG: «Les études montraient que les Français savaient. Il n'y avait pas tromperie sur la marchandise puisqu'on n'a jamais cherché à montrer DSK comme un homme vertueux.» Les amis politiques de DSK brossaient le portrait d'un séducteur certes compulsif, mais jamais violent. L'un d'eux assurait même récemment qu'il s'était «calmé» depuis l'affaire Piroska Nagy. «La vraie question, pour un spécialiste en communication, est de savoir pourquoi personne ne lui a conseillé de se soigner si ces pulsions atteignaient de telles proportions.» «Cette page est tournée», assurait DSK. Comment, dès lors qu'il ferme lui-même la porte, entrer dans sa part d'ombre sans le froisser?
A André Rousselet, qui estimait connaître 30 % de la vie de François Mitterrand, l'ancien Président répondit: «30%, c'est beaucoup!» Pour un ami du couple, Anne Sinclair ne connaissait «que 40% de ce que faisait DSK».

La personne : une imprenable citadelle


Prisonniers oubliés dans des geôles qui sont soit d'un autre temps, soit ultramodernes et qui, trop souvent, dans les deux cas, ne respectent pas la dignité de la personne. Disparus, faussement recherchés, parfois par ceux-là même qui les ont éliminés.

Individus arrêtés qui ne savent même pas ce qui leur est reproché et qui croupissent dans des culs-de-basse-fosse en attendant des mois, des années que leur procès ait lieu et qu'ils puissent enfin se défendre.

Torturés, massacrés, parce qu'ils sont d'une autre ethnie, d'un autre parti.

On pourrait ainsi poursuivre la litanie des malheurs infligés à l'homme par l'homme et cela malgré la déclaration des droits de l'homme ratifiée par presque tous les gouvernants du monde. Comme il est vaste, l'écart entre les droits proclamés et les faits, les tristes faits vécus...

« Les prisonniers oubliés », c'était le titre de l'article qu'un avocat britannique, Peter Benenson, publiait, le 28 mai 1961, dans le journal The Observer. L'auteur y demandait l'amnistie (suppression d'une peine pénale) pour deux étudiants portugais emprisonnés sous la dictature de Salazar, pour avoir porté un toast à la liberté. Ce jour-là, la célèbre organisation Amnesty International était née. C'était il y a cinquante ans. C'est cet anniversaire qui est fêté aujourd'hui par les quelque trois millions de sympathisants et d'adhérents, qui militent dans plus de 150 pays.

Amnesty International, qui s'est vu décerner le Prix Nobel de la Paix en 1977, a rendu quelque 20 000 rapports et mené plus de 3 000 missions. Protestations, campagnes publiques de soutien, manifestations, lettres aux autorités font partie de l'arsenal de l'association, mais la médiatisation n'est pas toujours la meilleure méthode, car elle peut accroître le péril pour les personnes concernées.

Le champ d'actionreste immense

Aussi, Amnesty International recourt également à la médiation, aux négociations diplomatiques. Le résultat est, globalement, que de nombreux prisonniers d'opinion ont été libérés grâce à ses actions. Rappelons-nous Sakharov, le dissident soviétique, ou Rigoberta Menchu, porte-parole des Indiens du Guatemala. Aujourd'hui, ce sont les 172 prisonniers restant à Guantanamo, ce sont les prisonniers politiques en Syrie, en Libye ou les massacrés de Côte d'Ivoire sur lesquels se porte l'attention.

Le champ d'action reste immense : l'abolition de la peine de mort dans le monde entier, la défense de la liberté d'expression, l'exigence de réparations pour les victimes, l'obligation de rendre des comptes pour les gouvernants qui commettent des exactions, etc.

Aujourd'hui, Amnesty International rassemble, en France, plus de 400 groupes et antennes qui militent aux quatre coins du pays pour faire avancer les campagnes menées au national ou à l'international.

La mondialisation, qui crée tant de problèmes, appelle aussi cette mondialisation des intelligences et des coeurs. Amnesty International fut parmi les premières organisations à savoir rassembler ces bonnes volontés, ces lucidités, ces courages qui permettent à l'indignation, non seulement de s'exprimer, mais aussi de rétablir cette dignité qui fait de chaque personne une « imprenable citadelle ».
François Régis Hutin

Imposer la liberté

Les transitions démocratiques ne sont jamais simples, l'Irak, l'Iran, l'Afrique en sont les témoins sanglants. Dans les pays arabes, sans croissance et sans classes moyennes, l'aide des Occidentaux est indispensable pour faire triompher l'émancipation des peuples et la justice sociale. En quittant l'incantation pour proposer la construction de nouveaux équilibres, les chefs d'État ont, à Deauville, écarté les principales menaces qui pèsent sur les jeunes démocraties. Ils ont aussi envoyé un message clair de soutien à ceux qui luttent en Syrie, en Libye et au Yémen. Les escarmouches diplomatiques et la raideur des relations franco-américaines n'ont pas entravé la très concrète priorité accordée au soutien des printemps arabes. Il n'y a pas de meilleur moyen pour rendre la liberté contagieuse.

En stabilisant la situation des pays fragilisés par les révoltes, les aides permettent de limiter les dysfonctionnements inévitables. De nombreux facteurs peuvent faire évoluer ces sociétés ? qui viennent de se libérer et sont donc vulnérables ? vers des situations incontrôlables. Les Occidentaux n'aiment pas l'inconnu. On l'a bien vu avec l'assistance qu'ils apportaient aux tyrans en les considérant comme leurs alliés sûrs. L'intérêt des soutiens est de résorber le plus rapidement possible les difficultés et de relancer les mécaniques démocratiques.

Le pire pour ces populations serait de faire le douloureux constat qu'elles ne vivent pas mieux qu'avant et qu'elles n'ont rien gagné dans une révolte qui a coûté beaucoup de vies. Si le désordre politique rejoint l'insatisfaction économique, le danger est réel d'une fuite en avant qui peut ramener ce que l'on a voulu « dégager ». Ceux qui se sont battus et ont vu tomber leurs compagnons ne doivent jamais avoir le sentiment qu'on leur vole leur révolution.

Il y a une vraie noblesse de la part du G8 à se ranger du côté de la liberté et à favoriser le passage à une ère nouvelle. Mais les pays donateurs cherchent aussi à s'exonérer de leurs hésitations et des soutiens aux régimes dictatoriaux. La France devra multiplier les chèques pour faire oublier la visite de Kadhafi, Bachar al-Assad au 14 juillet et l'avion de Ben Ali.

Un leadership qui se perd

Franchement, à quoi aura servi ce G 8 à Deauville, peut-être un des derniers car Barack Obama serait réticent pour organiser une prochaine rencontre aux Etats-Unis ? A un grand show politique où les puissants de ce monde s’offrent en spectacle après avoir confronté leurs positions bien connues ? L’aide au printemps arabe a-t-elle vraiment été décidée après de fébriles palabres en Normandie ?

Il s’agit pour l’essentiel de prêts multilatéraux et bilatéraux depuis longtemps négociés et auxquels s’ajoute la contribution des pays du Golfe. Pour l’après-Fukushima et la sûreté du nucléaire, que de généralités ! Et sur la Libye, rien de vraiment nouveau en exigeant le départ de Kadhafi…

L’importance très relative de ce club des puissants se mesure également au nombre des manifestants. Par exemple, au G8 - G7 de Gênes en 2001, les antimondialistes se comptaient par dizaines de milliers dans des affrontements meurtriers avec les forces de l’ordre. En 2007, pour la rencontre de Heiligendamm, l’Allemagne du nord avait été placée en état de siège. A Deauville, les policiers étaient beaucoup plus nombreux que les manifestants… Parce que le vrai gouvernement du monde, dans ses pouvoirs économiques, financiers et même politiques, se situe désormais au niveau du G 20 où siègent aussi la Chine et les « émergents ». Et la prochaine réunion de cet aréopage en novembre à Cannes ne passera pas inaperçue aux yeux des opposants au néolibéralisme régissant la planète !

Les statistiques économiques confirment aussi ce glissement. Dans les années 1980, les pays du G 7 (sans la Russie) accaparaient à peu près les deux tiers du Produit intérieur brut mondial. Aujourd’hui, beaucoup, beaucoup moins…

Certes, la « puissance » réelle ou supposée ne relève pas seulement des performances économiques. Elle repose aussi sur l’organisation des Etats, sur la démocratie et les libertés. Des valeurs que Deauville a célébrées en constatant que le printemps arabe veut les faire siennes. Le « modèle occidental », bien que cette évocation soit taboue, triompherait-il ? Curieusement en association avec la Russie, une grande démocratie comme chacun sait…

A l’heure où de nombreux théoriciens dissertent de nouveau sur le « déclin de l’Occident », ne faut-il pas voir en le G 8 un club qui se hérissonne pour défendre ses valeurs sous l’impulsion d’une avant-garde idéologique… anglo-saxonne ? Le discours de Barack Obama mercredi au Westminster Hall à Londres est significatif. Dans une véritable ode à l’Angleterre qui a donné au monde les droits de l’homme, la démocratie et la libre entreprise, il a célébré le modèle anglo-saxon en décrivant un axe Washington-Londres « indispensable à ce moment de l’Histoire », le Royaume-Uni étant « le plus important et le plus fidèle allié des Etats-Unis »…

Pour Obama, avec une exception polie pour la France (« notre plus ancien allié »…), l’Europe continentale et institutionnelle passe visiblement au second plan politique derrière ce leadership anglo-saxon. Il est vrai qu’à Deauville, l’Europe a une fois de plus étalé ses divisions en la personne de la chancelière Merkel opposée à l’intervention en Libye et faisant cavalier seul dans la question nucléaire.

Bref, l’UE reste un conglomérat flou autorisant même un comble de la part du président des Etats-Unis, le pays le plus endetté de la planète : Français, Allemands et Italiens ont surtout été priés de régler le problème de la dette grecque pour éviter une nouvelle tourmente monétaire sous le signe de l’euro…

Recherche en Grèce d'un consensus politique sur la rigueur

Le Premier ministre grec, George Papandréou, a réuni vendredi les représentants des partis politiques pour tenter de dégager un consensus sur les mesures d'austérité nécessaires pour sortir le pays de la crise.

Ce consensus est jugé indispensable avant le déblocage d'une nouvelle tranche de l'aide allouée par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI), soit 12 milliards d'euros.

L'opposition s'est pour l'heure déclarée hostile aux mesures proposées par le gouvernement pour sortir de la crise résultant d'un endettement massif. Après les avoir rencontrés un par un, le Premier ministre a demandé au président Karolos Papoulias de convoquer les chefs de file de tous les partis.

Le conservateur Antonis Samaras, dirigeant de la Nouvelle démocratie, qui a voté contre le plan sauvetage adopté l'an dernier, a déjà fait savoir qu'il continuerait à s'opposer au plan d'austérité.

Ses homologues de la Coalition de gauche et du Parti communiste, qui n'hésitent pas à boycotter ce genre de rencontres, ont également accepté l'invitation du Premier ministre, tout comme le dirigeant du LAOS, formation d'extrême gauche.

Selon le quotidien Kathimerini, le Premier ministre envisage de remanier son équipe et pourrait inviter des personnalités de l'opposition à y siéger moyennant leur soutien au plan d'austérité.

Le gouvernement a démenti mercredi avoir l'intention de procéder à un référendum sur les nouvelles mesures d'austérité ou sur l'euro.

Les syndicats du personnel des entreprises publiques menacées de privatisation ont par ailleurs annoncé une grève de 24 heures le 15 juin.

Athènes a annoncé lundi une série de nouvelles mesures budgétaires visant à économiser plus de cinq milliards d'euros et à ramener le déficit public à 7,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2011.

Les marchés financiers continuent toutefois à douter de la crédibilité du plan d'assainissement d'Athènes. Ceci alimente les spéculations sur la possibilité d'un nouveau plan d'aide et d'une restructuration de la dette publique qui pourrait forcer les prêteurs à renoncer à une partie de leurs créances.

Le FMI pourrait décider de ne pas verser sa contribution à la prochaine tranche d'aide que doit recevoir la Grèce s'il n'a pas l'assurance que les pays européens tiendront leurs engagements sur les douze prochains mois, a averti jeudi Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. (

vendredi 27 mai 2011

L'incendie DSK

L'affaire DSK, et sa mécanique à suspense, ne quittera pas de sitôt l'imaginaire national. Disons, sans se payer de mots, qu'elle aura imposé le trépan d'une tragédie moderne.

Ce traumatisme public qu'elle dispense incendie l'opinion. On y voit poindre de brûlantes introspections. Ainsi la protestation des femmes françaises contre la jactance d'un machisme sûr de lui et dominateur. Ainsi encore la découverte, dans la justice américaine, du poids culturel de nos deux pays sur leurs institutions. Ainsi enfin du populaire et populiste procès intenté aux connivences élitaires, de la politique et de la presse.

Il y a, dans ces divagations, à boire et à manger. Mais le signe d'une société qui bouge en ses tréfonds. Et d'un "mai rampant", dans les reins et les coeurs.

La tragédie se repaît toujours de la chute d'un "grand". Et foudroyé, ce coup-ci, par le sexe, champion de l'inconscient humain, rôdeur des souterrains où les interdits sociaux le confinent.

"Grand", DSK l'était. Par sa direction brillante d'un aréopage suprême, le FMI. Par sa candidature bien accueillie à la présidence de la France. Par le rayonnement et l'immense fortune d'Anne Sinclair, son épouse, journaliste vedette, longtemps plus célèbre que lui.

Nul ne sait encore ce qui s'est réellement passé au Sofitel. Mais la disgrâce de DSK aura d'emblée semé à tous vents sa réputation d'homme à femmes. Elle ne fait pas de ce don Juan un "grand seigneur méchant homme". Mais l'indulgence empressée d'amis fidèles de DSK aura suffi pour réveiller, chez nombre de femmes, une indignation significative : elles veulent que la compassion pour le "présumé innocent" s'accompagne d'une égale compassion pour la "présumée victime". Elles dénoncent le refus d'entendre la plainte "ancillaire" des femmes.

Accès d'un féminisme militant ? Non ! Réaction plutôt naturelle de leur émancipation ! Elles ont conquis la maîtrise des naissances. Bronché contre la soumission conjugale. Revendiqué une parité de traitement dans l'entreprise ou la Nation. Comme les Italiennes de Berlusconi, les Françaises en ont assez du spectacle avantageux des coqs de basse-cour. Elles vivent comme un malaise le soutien préjugé du "maître et seigneur". L'oubli effarant de l'employée du Sofitel dans le babil éploré des mâles dominants leur donne le bourdon. Leur protestation n'est que le "marqueur" d' une évolution qui, bien au-delà de l'alcôve, investit tous les foyers.

Fruit d'une culture et de moeurs pour nous étrangères, la justice américaine impose à tout prévenu, puissant ou misérable, un parcours avilissant. Ces menottes infligées à un homme non encore jugé ont choqué la France. Je me réjouis qu'on en ait, chez nous, interdit le protocole. Même si nous savons qu'un prévenu célèbre - pourvu qu'il eût été, chez nous, mis en examen - eût certes échappé au corridor infamant, mais nullement au déferlement médiatique. La même procédure américaine nous choquera encore lorsque l'opulence de la défense déchaînera, contre la plaignante, une inquisition propre à démolir son témoignage.

Conclusion ? Il n'y en a pas. La justice et la vérité ne font nulle part un couple idéal. Aucune justice n'est parfaite. L'américaine a ses travers, la nôtre aussi.

Une censure de connivences entre journalistes et politiques ? L'univers médiatique défie toute généralité. L'audiovisuel d'abord, puis le Net - avec ses foules de ragoteurs mais ses bons sites professionnels - ont explosé l'"écrit". Aucune déontologie ne régente ce pandémonium.

Chaque média aborde la vie privée selon ses critères. Certains en font commerce, d'autres refusent d'y toucher. Le droit français la protège bien plus strictement que l'anglo-saxon. Pour la presse d'information, on tient que c'est mépriser la politique que de la traquer dans les draps de lit.Le Canard enchaîné, peu suspect de ménager les caciques, répète qu'il ne fouillera pas les alcôves. Dieu merci, il ne sera pas le seul !

On dira que, chez un homme public, une dépendance à l'alcool, à la drogue, au sexe, et qui menacerait la dignité de sa charge, mérite d'être rapportée. C'est à chaque journaliste d'en décider selon sa conscience. Des livres, des journaux ont, ces derniers mois, mentionné le goût affiché de DSK pour les femmes. Mais, sans plainte ou délit, ni le droit français ni l'éthique française n'autorisaient des dénonciations de trou de serrure et des diffamations de surcroît délictueuses.

Il est possible que les remous de l'affaire DSK, la prolifération de l'image et des images volées, la personnalisation croissante des hommes de pouvoir importent, peu à peu, chez nous, les usages américains. Qu'y faire ? Les médias évoluent au gré de leurs lecteurs. Et les démocraties au gré de leurs citoyens.

Pour en finir avec le machisme

Il y aura décidément un avant et un après : on n'a pas fini de tirer les enseignements de l'affaire Strauss-Kahn.

D'abord, la bonne conscience d'une partie de la gauche, bien plus prompte à repérer la paille dans l'oeil de Sarkozy que la poutre dans celui de ses propres amis.

Ensuite, la collusion des puissants, toujours plus pressés de défendre la présomption d'innocence de l'un des leurs que la présomption de sincérité de son accusatrice guinéenne. À croire que, pour eux, la parole d'une femme de ménage ne vaudra jamais rien, ou si peu. Question de classe, que voulez-vous. Après ça, étonnez-vous que la marée populiste continue de monter dans nos provinces à la vitesse du cheval au galop.

Enfin et surtout, l'affreux sexisme et le consternant machisme d'un microcosme politico-médiatique qui semble vivre encore dans la préhistoire de la modernité, quand la femme n'avait sa place que dans la cuisine ou au lit et inversement. En la réduisant de surcroît à un rôle de "Marie, couche-toi là", disponible à toute heure pour leur bon plaisir, certaines de nos "élites" masculines ont mis au jour ce qu'il faut bien appeler leur arriération mentale.

Face aux questions que soulève l'affaire DSK, nous ne nous en sortirons pas avec l'antiaméricanisme ou le complotisme, nouvelle idéologie des imbéciles, qui sont les deux faces d'un même mal : une sorte de déni, de refus de la réalité. Nous sommes désormais condamnés à réfléchir sur notre "modèle français".

Cette sale affaire aura au moins eu le mérite de nous placer face à nos tares et à nos archaïsmes. Puissions-nous, à cette occasion, balayer devant notre porte toutes les rognures d'un passé machiste.

Tombé dans le panneau

En voulant réagir très vite à l’augmentation de 20 % en avril du nombre de morts sur les routes, le gouvernement a confondu vitesse et précipitation et il est tombé par sa faute dans le panneau !

La politique engagée par Jacques Chirac et continuée par Nicolas Sarkozy pour réduire le nombre des victimes de la route de manière drastique est une politique de salut public qui doit être maintenue et renforcée : de 10.000 morts il y a vingt ans, on est passé à 4.000, et l’objectif de 3.000 est atteignable dès lors que l’exécutif démontre une volonté sans failles. L’assouplissement du mode de récupération des points a été une erreur car elle a été interprétée à tort ou à raison comme un signal de pause dans l’effort, aussitôt suivi d’une flambée des accidents. La réaction hâtive du Premier ministre et le conseil interministériel du 11 mai ont abouti au cafouillage des radars et des panneaux. L’insuffisante coordination entre MM. Fillon et Guéant, l’absence de concertation avec un groupe parlementaire UMP, toujours prompt à des éruptions de populisme routier, ont conduit à cette cacophonie, et l’ancien ministre des Transports, Dominique Bussereau, a eu raison de tancer ses collègues, accusés de « gérer cette affaire comme des amateurs et des débutants en politique ». Même si le président de la République a réaffirmé sa fermeté en disant « qu’on ne fait pas d’électoralisme quand il s’agit de vie ou de mort », il y a du flottement dans l’opinion à la veille des week-ends à haut risque de l’Ascension et de la Pentecôte, et c’est regrettable.

Un procès très délicat

«Justice est faite», avait déclaré le président Obama après la liquidation de ben Laden. « Justice sera faite », devrait-on dire, lorsque Ratko Mladic comparaîtra devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, et seulement lorsque le jugement sera rendu. Deux approches de la justice vraiment très différentes, l’une américaine, l’autre européenne ! Il est vrai que si ben Laden et Mladic ont tous deux le sang de milliers d’innocents sur les mains, le dernier est hors d’état de nuire depuis 1995 tandis que le chef d’al-Qaïda continuait son djihad. Et à l’encontre du général bosno-serbe, il ne s’agit pas d’assouvir une vengeance. Mais de stabiliser les Balkans toujours fragiles, en mettant du baume sur les plaies des guerres civiles yougoslaves, en prouvant que les crimes de guerre ne restent pas impunis et en montrant les nationalismes sous leur forme la plus hideuse qui va jusqu’au génocide.

Ces considérations politiques et morales à l’origine du TPIY vont-elles atteindre leurs buts ? Pas sûr ! Selon un récent sondage, Mladic reste un héros pour 40% des Serbes, de même que Slobodan Milosevic. Encore le mois dernier, des manifestants ont violemment réclamé à Zagreb la libération du « héros » croate, le général Ante Gotovina, « purificateur ethnique » de la Krajina condamné à 25 ans de prison par le TPIY...

Qu’il ait fallu seize ans pour arrêter Mladic - en réalité vraiment recherché par la Serbie depuis 2008 seulement - prouve à quel point les « réseaux » de la guerre civile restent puissants, et partout dans les nouveaux États des Balkans, que les criminels présumés soient serbes, bosno-serbes, croates ou bosniaques musulmans. Partout, les complicités sont évidentes. Le cas Mladic est même exemplaire: l’homme ne se cachait guère et physiquement il n’a pas beaucoup changé depuis 1995. Parfaitement reconnaissable, Mladic a profité de protections haut placées, vraisemblablement dans l’armée...

Pour la Serbie, qui aura peut-être pour prix de sa coopération le statut de «candidate à l’UE», son arrestation est particulièrement délicate. Le procès pourrait prouver que le général accusé du massacre de Srebrenica n’était pas aux ordres du fantasque président bosno-serbe Radovan Karadzic mais dépendait de Belgrade dont il recevait les ordres, donc directement de Slobodan Milosevic et indirectement d’une kyrielle d’irrédentistes. Or ces hommes qui étaient pour le moins au courant jouent aujourd’hui encore un rôle non négligeable dans les partis politiques (reconvertis en « démocrates » ou non) et dans la société serbe. Un procès Mladic pourrait déraper dangereusement en devenant celui de la Serbie des années 1990. Avec les protagonistes de l’époque toujours aux affaires.

Un écueil à éviter absolument pour la tranquillité des Balkans. Et de toute l’Europe.

Justice pour Srebrenica

Le 11 juillet 1995, la ville de Srebrenica tombe aux mains des forces serbes de Bosnie. La population civile est alors regroupée. Puis contrainte de marcher durant quatre kilomètres vers la zone industrielle. Les soldats de Ratko Mladic procèdent alors au tri. D'un côté, les femmes et les enfants sont déportés pour « nettoyer » le territoire. De l'autre, les hommes âgés de 16 à 70 ans sont poussés vers des hangars. Dans les quatre jours qui suivent, près de 8 000 musulmans bosniaques vont être assassinés, puis enterrés dans les fosses communes que les soldats de Mladic leur ont fait creuser. L'Europe assiste, inerte, au retour des horreurs du passé, dans une « zone de sécurité » de l'Onu.

Ce massacre, le crime de guerre le plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, est alors le point culminant de la politique de nettoyage ethnique en cours dans les Balkans. Les Serbes n'en sont pas les seuls responsables, mais Srebrenica devient rapidement un symbole de barbarie. D'autant plus douloureux qu'il est perpétré sous le regard impuissant de 400 casques bleus hollandais, censés protéger les populations civiles.

C'est cette horreur, et cet affront, que l'arrestation, hier, du « boucher des Balkans » vient, en partie, de laver. Les mères, les veuves, les soeurs, les filles de ces hommes massacrés pour leur seule appartenance ethnique ont exprimé leur sentiment que justice pouvait enfin être faite. Car Mladic, avec la caution du président serbe Slobodan Milosevic, et surtout celle du chef des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, était le principal responsable de la stratégie de découpage ethnique en Bosnie.

L'oeuvre de justice que permet l'arrestation et la rapide extradition de Mladic à La Haye vaut pour les victimes. Elle vaut aussi pour la Serbie, les Balkans et l'Europe. Le message lancé aux criminels en cavale est sans équivoque. Même quinze ans après les faits, crimes de guerre et génocides ne connaissent pas de prescription. C'est un signal important qui renforce les juridictions pénales internationales. De façon encore plus éloquente que la mort de Ben Laden, récemment.

Pour la Serbie, engagée depuis quelques mois dans un effort de pacification vis-à-vis du Kosovo et demandeuse du statut de candidate à l'adhésion à l'Union européenne, c'est aussi un signal politique. La cavale de Mladic ¯ et les soutiens au sein des forces armées qui l'ont favorisée ¯ constituaient un obstacle majeur sur la route de Belgrade vers Bruxelles.

Saisie par le conseil des ministres européens, la Commission européenne doit rendre, en octobre, un rapport sur le respect ou non par la Serbie des critères à remplir pour l'obtention du statut de candidat. En novembre dernier, la Commission soulignait ses réserves en matière de corruption, de réforme du système judiciaire, de réconciliation avec le Kosovo. Des progrès ont été récemment accomplis sur ce dernier volet, mais Bruxelles attend des résultats concrets.

L'arrestation de Mladic n'est pas tout, mais elle donne un élan politique considérable au rapprochement de Belgrade et de l'Europe. « La Serbie a vocation à entrer dans l'Union européenne », a très clairement affirmé, hier, Nicolas Sarkozy. L'élargissement n'est certes pas un thème porteur actuellement dans l'opinion européenne, mais la pacification des Balkans est vitale pour les populations qui furent durement frappées par la guerre il y a quinze ans. Elle l'est aussi pour l'Europe.

Restructuration de la dette grecque : Berlin change son fusil d'épaule

Le ministre allemand des Finances a assuré dans un entretien au Handelsblatt que la restructuration de la dette grecque aurait des conséquences encore plus dramatiques que l'effondrement de Lehman Brothers.

Ce n'est pas l'un des membres de la Banque centrale européenne, fermement opposés à la restructuration de la dette grecque et dont les commentaires se sont durcis ces derniers jours, qui a tenu ses propos. Mais le ministre de Finances allemand, Wolfgang Schäuble, au quotidien économique allemand Handesblatt. Pour lui, une restructuration pourrait provoquer une ruée des créanciers de la Grèce pour récupérer leur argent et donc précipiter le défaut. Or une faillite de la Grèce pourrait avoir "des conséquences encore plus dramatiques que l'effondrement de Lehman Brothers".
La semaine dernière, celui-ci avait pourtant envisagé un allongement des délais de remboursement de l'aide internationale si les créanciers privés participaient. Une restructuration douce ou un reprofilage. Difficile pour les marchés de s'y retrouver dans ces conditions.
Ces derniers commentaires ne seront toutefois pas pour déplaire aux représentants de la BCE qui ont à maintes reprises ces derniers jours appuyé les risques d'une restructuration, appuyant tantôt le "scénario de l'horreur", tantôt la "catastrophe" ou "l'effondrement du système" encouru. La BCE a même abattu, ces derniers jours, sa carte maîtresse : la menace de ne plus accepter de titres de dette grecs en dépôt de garantie lors de ses opérations de prêts aux banques de la zone euro. Une menace réitérée aujourd'hui par Christian Noyer au micro de BFM.
"Tous les scénarios pour soutenir la Grèce n'ont pas encore été épuisés" assure Schäuble
Berlin tente-t-il d'éviter le conflit avec la BCE ? "Nous avons toujours été bien inspirés de respecter l'indépendance" de la BCE, déclare notamment Wolfang Schäuble au Handelsblatt. Et d'ajouter : "tous les scénarios pour soutenir la Grèce n'ont pas encore été épuisés" au sein de l'Union européenne. Reste que pour le ministre, "les mesures de disciplines budgétaires seules ne pourront pas résoudre les problèmes" du pays qui a besoin d'améliorer sa compétitivité. "Il faut une perspective de croissance à moyen et long terme".
De son côté, Christian Noyer a balayé le risque d'un effet domino menaçant la France dans la crise des dettes souveraines qui sévit actuellement en zone euro." Tous les cas sont différents. C'est facile pour les opérateurs de marché de dire 'c'est un effet domino, l'un tombera après l'autre', tout cela n'a pas de sens", a-t-il déclaré, citant les exemples grec, irlandais et portugais. "Cette assimilation est très factice."

153 FRANKLIN STREET  THE NEW DSK'S JAIL











Non, le G8 n'est pas inutile

Cette réunion nous ramène aux sujets essentiels, comme Fukushima. Et, pour la France, réussir une année de G8 nous permet de rester parmi les pays qui comptent vraiment.


jeudi 26 mai 2011

Radars


Merci, Monsieur Guéant, vous nous faites redécouvrir les vertus de la prévention contre la délinquance. Grâce à vous, nous voici préservés du zèle de Monsieur Fillon, qui prétendait faciliter la répression de nos excès de vitesse par des radars inopinés. Vous vous rendez compte, il prétendait nous sanctionner sans prévenir, juste pour avoir roulé trop vite ! Avec vous, il y aura un panneau de limitation de vitesse, puis un radar pédagogique, et enfin seulement le radar répressif. On devrait d’ailleurs songer à mettre entre les deux un gendarme pédagogique, qui clignoterait sans verbaliser… Bien sûr, il paraît que la vitesse est souvent cause des accidents. Mais les autres n’ont qu’à faire attention. Et les parents n’ont qu’à pas laisser leurs bambins passer sous nos roues. Encore merci, Monsieur Guéant, grâce à vous, les chauffards français se sentent partout chez eux.

Le ministre du Travail n'a pas chômé hier

Xavier Bertrand n'a pu retenir sa joie. Sans attendre l'annonce officielle, faite par Pôle Emploi en fin de journée, le ministre du Travail avait annoncé dès le matin sur RTL « la » bonne nouvelle : un recul du chômage pour le quatrième mois consécutif (une évolution également perceptible sur le plan régional). De quoi même pronostiquer dans la foulée un début de sortie de crise… Une fois le détail des statistiques connu, l'enthousiasme devait être un peu tempéré. Certes, la baisse du nombre global de demandeurs d'emploi, d'un mois sur l'autre, est préférable à la situation inverse. Mais des points noirs demeurent. Ainsi, la situation des seniors et des chômeurs de longue durée se dégrade. Et le nombre de chômeurs « ayant exercé une activité réduite » est à la hausse. Deux signes, d'une hausse de la précarité et d'une aggravation du fossé entre « inclus » et « exclus », qui ne donnent guère motif à se réjouir. Enfin, si Xavier Bertrand peut affirmer qu'« on n'avait pas connu ça depuis le début 2008, c'est-à-dire avant la crise », les effets de celle-ci sont toujours perceptibles en matière de destruction d'emplois. Un constat rappelé aussi par l'OCDE hier : si une reprise modeste est en marche en France, la récession laissera des traces durables sur le marché du travail. À défaut d'être un vrai signe de retournement de tendance, l'information d'hier est au moins bonne… pour le gouvernement, qui peut y voir la démonstration que sa politique paye. D'où l'empressement ministériel à surfer sur la nouvelle. Dans cette bataille-là aussi, il n'y a pas de petites avancées.

Washington, vu de Paris...

Vu de Paris, ce serait une excellente opération. Comment ne pas se réjouir à l’idée qu’une Française puisse succéder à un Français à la direction générale du Fonds monétaire international? Au fond, ce serait presque un miracle si Christine Lagarde parvenait à s’asseoir à Washington dans le fauteuil de Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui l’un des hommes les plus décriés en Amérique. Comme elle l’a dit elle-même: être Français n’est pas vraiment un avantage pour briguer le poste...

Mais la ministre de l’Économie et des finances, d’ordinaire peu connue pour son audace, fait montre d’un certain culot. À 55 ans, l’ambition aidant, voilà la locataire de Bercy conquérante, elle qui resta si longtemps effacée dans l’ombre du président qui l’avait promue au- delà de ses espérances. Aujourd’hui, après avoir attendu le meilleur moment pour se découvrir, elle brave le scandale mondial créé par le sulfureux démissionnaire auquel elle prétend succéder. Mieux, elle souligne son incontestable réussite à la tête d’une institution en déclin sinon moribonde quand il en avait pris les rênes en 2007.

Si elle n’a pas la surface, ni l’épaisseur politique de DSK, elle a indiscutablement le profil de la fonction. Proche des milieux de la finance, plutôt à l’aise, par tempérament, dans les négociations internationales, parlant un anglais parfait qui ravit les journalistes de télé des États-Unis, et disposant de l’expérience d’une puissante avocate d’affaires à Chicago, elle est bien armée pour assumer les responsabilités auxquelles elle se destine.

Une carte inespérée pour le chef de l’État. Après s’être mordu les doigts d’avoir soutenu, à ses dépens, son concurrent, il tient une occasion de rattraper une stratégie perdante avec une postulante directement issue de sa propre écurie. Contrairement à leur première secrétaire, Martine Aubry, les socialistes, eux, ne se grandissent pas en dénigrant une femme qui, assurément, fera très correctement le job en défendant les intérêts de l’Europe. Les dirigeants de l’Union ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en apportant un soutien unanime à leur très libérale petite camarade. Et si elle risque de traîner les casseroles de l’affaire Tapie, soyons justes, c’est le président qui les lui a accrochées dans le dos avec une incroyable légèreté...

On pourrait chanter l’hymne à la joie, sans état d’âme, si l’accession de Mme Lagarde à la tête du FMI n’était qu’une affaire de cocorico, de prestige national ou de résistance de la vieille Europe. Ce serait oublier la légitimité des pays émergents à convoiter un pouvoir qui les concerne directement. Quel signal de modernité et d’ouverture serait donné au monde du XXI e siècle si l’un des leurs était finalement choisi! De quoi se consoler largement de la perte de ce qui a fini par être considéré, insolemment, comme une chasse gardée.



Le G8, club de puissants ?


Un sommet informel. Quelques puissances invitées, les plus grandes. Des échanges discrets. C'est ainsi qu'en 1975 débuta l'histoire des G (5, puis 6, 7 et 8), à l'initiative de Valéry Giscard d'Estaing. Deux éléments dominaient alors le monde : la guerre froide, et le choc pétrolier qui, brutalement, venait de mettre un terme aux Trente Glorieuses. Adossé au Rideau de fer, ce club occidental était le plus riche, le plus représentatif d'un modèle économique capitaliste sur le point de triompher.

Trente-six ans plus tard, changement de décor. Le club en tant que tel est plus ou moins le même, rejoint en 1998 par la Russie. Un climat de crise économique est de nouveau d'actualité. Mais tout le reste a changé. La discrétion a cédé le pas à l'hypermédiatisation. La causerie informelle s'est muée en sommet blindé. Les puissants de ce monde sont contraints, depuis longtemps, de tracer des périmètres de sécurité de plus en plus vastes, pour se prémunir des attentats et de la société civile.

Mais, au fait, sont-ils toujours aussi puissants ? En 1975, près des deux tiers de la richesse mondiale étaient assis autour de la table. Aujourd'hui, les deux cinquièmes. C'est encore beaucoup. Suffisamment pour rendre utiles ces échanges entre Grands, même si, depuis deux ans, il a bien fallu se résoudre à élargir la table et à créer un autre club, le G20, pour juguler la crise économique et financière.

Car la division Est-Ouest des débuts, qui répondait à des critères économiques mais pas seulement, a laissé la place à un clivage Nord-Sud, facilement assimilable à un fossé riches-pauvres. C'est ce qui a provoqué, au fil des sommets, la montée de la contestation altermondialiste, pour rappeler les puissances économiques non plus seulement à une logique de puissance, mais à un devoir de responsabilité. Aujourd'hui, les données ont encore évolué, car le fait majeur de la décennie écoulée, c'est l'arrivée des émergents : Chine, Inde, Brésil. Admis au G20, pas au G8.

On mesure l'ambiguïté de l'exercice, dans cette ère où aucun modèle stable de gouvernance n'a encore été trouvé. On assiste, sommet après sommet, à une sorte de gouvernance à géométrie variable, en fonction des sujets, des intérêts. L'Onu n'est impliquée que lorsque les Cinq du Conseil de sécurité cherchent une caution juridique et morale, comme dans l'opération anti-Kadhafi. À Deauville, la tentation sera grande de créer même des sous-groupes au sein du G8, Américains, Britanniques et Français n'ayant pas les mêmes vues que les Russes sur le dossier libyen ou la Syrie.

Ce sommet, pourtant, a une opportunité à saisir, s'il veut briser cette image de club de vétérans des équilibres de 1945. Apporter un soutien franc et massif aux évolutions en cours dans le monde arabe. La Tunisie et l'Égypte comptent parmi les invités. La hauteur du financement et la force du soutien politique que le G8 leur accordera, pour aider leur transition démocratique fortement menacée par l'effondrement du tourisme, sera à cet égard un signal important.

De même, la présence de plusieurs chefs d'État africains engagés sur une voie plus démocratique, dont le tout nouveau président ivoirien, ne doit pas seulement servir à rendre la photo de groupe plus décente. Elle doit rappeler aux Huit que développement et démocratie sont des valeurs partagées. Surtout au moment où les échanges Sud-Sud sont en plein essor. Sous peine, sinon, de s'enfermer dans un club nordique.

L’Ecosse, une indépendance à inventer

La récente victoire électorale des nationalistes relance l'idée d'une indépendance de l'Ecosse. Mais si l'on regarde l'exemple de la Catalogne et du Pays basque, c'est une Europe des confédération qui se profile, estime El País. 

La  victoire écrasante et inattendue du Scottish National Party [SNP, Parti national écossais] aux élections régionales du 5 mai, où il a raflé contre toute attente 69 sièges sur les 129 en jeu, ouvre la voie à la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. Considérée comme une chimère il y a 10 ou 15 ans, la possibilité de l’indépendance commence à être prise au sérieux, même si de récents sondages révèlent que paradoxalement, les Anglais souhaitent davantage la rupture que les Ecossais.
Le système d’autonomie de l'Ecosse, appelé "dévolution" ou transfert de compétences, a été mis en place par les travaillistes en 1997. Cette décentralisation partait du principe que plus les Ecossais auraient d’autonomie, moins ils aspireraient à l’indépendance. Beaucoup estiment aujourd’hui que c’est l’inverse qui s’est produit. D’autres font valoir qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions.

L'identité nationale n'est pas au coeur des revendications

La victoire du SNP a frappé les esprits en Espagne. Car enfin, comment ne pas faire le parallèle avec les aspirations à l’indépendance d’une partie de la population basque et catalane ? Il existe pourtant d’énormes différences. Le Royaume-Uni s’est constitué il y a quatre siècles avec l’accession de Jacques VI d’Ecosse au trône d'Angleterre, l’union étant consacrée par la fusion volontaire des parlements anglais et écossais un siècle plus tard, en 1707.
Contrairement au Royaume-Uni, l’Espagne offre un ensemble complexe de 17 régions autonomes, ayant différents degrés d’ambition autonomistes. Pour revenir au cas de l’Ecosse, c’est le pauvre, et non le riche, qui veut partir [à la différence de l’Espagne, où la Catalogne et le Pays basque sont des régions riches]. Et l’identité nationale des Ecossais et des Anglais n’est pas au cœur des revendications.
Quelle qu’en soit la raison, la possibilité qu’Alex Salmond, le charismatique leader indépendantiste, appelle à un référendum, ne provoque pas un tollé politique au Royaume-Uni. "Il est un peu optimiste de la part du SNP de penser qu'il peut gagner un référendum sur l’indépendance, estime l’historien Sebastian Balfour, professeur émérite d’Etudes contemporaines espagnoles à la London School of Economics. Le SNP subirait gravement les conséquences d’un résultat négatif, car la situation de l’Ecosse est très particulière et tout à fait différente de celle de l’Espagne, dans la mesure où il y a bien plus d’Anglais que d’Ecossais en faveur de l’indépendance de l’Ecosse, et moins d’Anglais contre que d’Ecossais. Bon nombre d’Ecossais souhaitent préserver l’union avec l’Angleterre. C’est comme si les Anglais avaient troqué leur identité nationaliste-impérialiste contre une identité post-nationale, une identité civique disons moins locale, ou régionale. Et je doute fort que le SNP, pour l’instant, pose la question du référendum. En revanche, et ce n’est pas du tout la même chose, je crois que sa stratégie à long terme est de démontrer sa capacité à gérer ses affaires dans le sens des intérêts de l’Ecosse".

L'Ecosse plus écossaise que la Catalogne n'est catalane

Dans quelle mesure cette victoire écrasante du SNP peut-elle avoir une incidence sur l’Espagne ? "Elle peut renforcer jusqu’à un certain point le courant indépendantiste dans l’opinion, mais je ne pense pas qu’elle ait beaucoup de répercussions, commente Balfour. Cela ne me paraît pas si important. Il y a de grandes différences, et en réalité aujourd’hui l’Ecosse se rapproche davantage de la Catalogne et du Pays basque, en ce sens qu’elle possède un parti nationaliste ayant la majorité au Parlement. En Espagne, cette situation ne date pas d’hier".
L’Ecosse est nationaliste "dans le sens où les gens se sentent avant tout écossais ; mais ils sont aussi britanniques", renchérit David McCrone, co-directeur de l’Institut de gouvernance de l’Université d’Edimbourg. "En Catalogne, cette question se situe sur une échelle à cinq degrés : être catalan, mais pas espagnol ; être plus catalan qu’espagnol ; être aussi catalan qu’espagnol ; être plus espagnol que catalan ; être espagnol, mais pas catalan. A cet égard, l’Ecosse est plus écossaise que la Catalogne n’est catalane. Ce phénomène est très lié à l’immigration depuis le reste de l’Espagne. Et il n’est peut-être pas non plus sans rapport avec la question linguistique".
En ce qui concerne l’Ecosse, la langue n’est pas un problème. "La langue a été éliminée en tant que péage que les gens doivent payer pour être écossais, explique McCrone. Etre écossais est une question territoriale, pas une question linguistique ou ethnique. Résultat, les gens qui viennent en Ecosse se sentent plus facilement écossais. La langue ne devient pas une raison d’être, un élément essentiel de l’identité nationale ou une manière d’exprimer ses différences comme c’est le cas avec la langue au Québec". Ou bien au Pays de Galles, où le nationalisme est plus faible qu’en Ecosse, mais où presque un Gallois sur quatre parle gallois.

Le degré d'autonomie en question

Pour toutes ces raisons, le débat sur l’indépendance en Ecosse est plus pragmatique qu’au Pays basque ou en Catalogne. A en croire McCrone, la victoire du SNP n’est pas vraiment celle de l’indépendantisme face à l’unionisme : elle est surtout révélatrice du degré d’autonomie que souhaitent les Ecossais."Ces vingt dernières années, certains d’entre nous se sont moins concentrés sur la distinction entre indépendance et autonomie et ont davantage réfléchi à la question de l’évolution de l’autonomie proprement dite. Le débat porte en réalité sur le degré d’autonomie et les moyens d’en obtenir davantage".
McCrone se moque de l’attitude simpliste de Londres face à la question écossaise. "La vision de la métropole tend à privilégier deux points de vue : soit l’Ecosse ne sera jamais indépendante, soit l’indépendance est inévitable, explique-t-il. Je pense que c’est bien plus compliqué que cela. Nous vivons dans un monde où la signification de l’indépendance est problématique. En réalité, le débat porte sur des degrés d’autonomie. Si par indépendance on entend le classique Etat indépendant du XIXe siècle, avec une armée, des frontières, etc., évidemment on est loin du compte. Ce n’est pas le monde dans lequel nous vivons".
Et McCrone d’ajouter : "Nous vivons dans un monde où l’autonomie se partage à différents niveaux. Tant l’Etat espagnol que l’Etat britannique sont membres de l’Union européenne. Et l’UE a du pouvoir. Ce n’est pas une question de souveraineté absolue, mais de souveraineté partagée".
"Ma prédiction personnelle, c’est que le Royaume-Uni va s’engager dans une voie confédérale, poursuit le chercheur. En d’autres termes, le moment venu, il y aura des degrés d’autonomie plus importants. De même qu’il y en a, pour des raisons très différentes et dans un autre contexte, en Belgique. Le transfert de compétences en Flandres et en Wallonie est considérable. Nous nous orientons vers un monde confédéral, et non pas un monde d’Etats absolument indépendants. Un monde où l’Ecosse, la Catalogne, et bien sûr le Pays basque, vont aller plus loin dans l’autonomie. Les choses changent. Et le comportement qu’auront les gouvernements centraux est absolument essentiel. En Grande-Bretagne, les conservateurs ont tiré quelques enseignements de ce qui s’est passé. Il ne sont plus aussi agressifs et bornés que lorsqu’ils avaient autrefois le pouvoir. Reste à savoir si cela va durer".
Le Royaume-Désuni de Grande-Bretagne est-il pour demain ? Comme le rappelle Alex Salmond, "on nous disait qu’il n’y aurait jamais de Parlement écossais, et il y en a un. On nous disait que nous ne remporterions jamais d’élections, et nous en avons gagné en 2007. On nous disait que nous n’aurions jamais la majorité absolue, et nous l’avons. Aujourd’hui, on nous dit que nous ne gagnerons jamais un référendum sur l’indépendance". Qui sait !


  Economie

Le pétrole ne garantit pas l'indépendance

Selon la Neue Zürcher Zeitung, "une indépendance de l'Ecosse ne serait pas raisonnable d'un point de vue économique", même si elle dispose "d'autre biens que le pétrole, le whisky et les cornemuses." Avec 15 453 milliards de livres (17 811 milliards d'euros) générés en 2007, l'énergie reste la source principale de revenus, précise le quotidien zurichois. Mais avec les variations des prix et la baisse des réserves de pétrole, établir un budget stable à moyen terme "présenterait un réel défi pour l'Ecosse". L'énergie éolienne, capable de modérer ces pertes est certes "en plein développement mais reste pour l'instant une opération à perte". Les finances, l'autre pilier de l'économie écossaise, est également instable en temps de crise, explique la NZZ. La Royal Bank of Scotland et la HBOS ont dû être sauvées par les contribuables britanniques. "Le rêve d'indépendance mènerait donc à un réveil brutal pour les Ecossais. Une plus grande autonomie financière, en revanche, pourrait dynamiser leur économie", conclut le journal.

Jean-François Kahn quitte le journalisme

Jean-François Kahn, figure de la presse française, va annoncer qu'il quitte le journalisme, dans son bloc-note à paraître dans la prochaine édition vendredi de Marianne, selon la rédaction de l'hebdomadaire qu'il a fondé.
Le journaliste de 72 ans, évoquera dans ce dernier point de vue, la polémique suscitée par le commentaire qu'il avait fait à la radio sur l'affaire Strauss-Kahn: "si c'est "un troussage de domestique, c'est pas bien". Il s'est ensuite excusé de cette déclaration.
Le directeur de Marianne, Maurice Szafran, reviendra lui aussi sur l'affaire DSK et ce commentaire dans la prochaine édition de l'hebdomadaire.
L'annonce de cette retraite de Jean-François Kahn a fait l'objet d'un mail interne à la rédaction de l'hebdomadaire, a révélé le site lepoint.fr.

De l'Algérie au Centre

Reporter pendant la guerre d'Algérie, il sera un des journaliste qui révélera l'affaire Ben Barka, homme politique marocain disparu mystérieusement alors qu'il devait être protégé par les services français.
Il a été notamment chroniqueur sur Europe, directeur de la rédaction des Nouvelles littéraires et a participé à la célèbre émission politique L'Heure de vérité avant de créer en 1984 L'Événement du Jeudi et ensuite Marianne qu'il a dirigé jusqu'en 2007 avant d'y tenir son "bloc-note". Il est l'auteur de nombreux ouvrages, surtout des livres politique. Il a fait un bref passage en politique, élu centriste en 2008 à la députation européenne à laquelle il avait renoncé aussitôt.