dimanche 29 mai 2011
Zapatero a un héritier contre son gré
"Voie libre pour Rubalcaba", annonce La Vanguardia. Le ministre de l'Intérieur sera le candidat à la succession du Premier ministre José Luís Rodríguez Zapatero, qui ne se représentera pas en 2012. Sa principale rivale, la ministre de la Défense Carmen Chacón "très blessée, jette l'éponge" et ne se présentera pas aux élections primaires du Parti socialiste (PSOE), alors qu'elle était soutenue par Zapatero, explique le quotidien. Après une semaine de crise au sein du PSOE, provoquée par la lourde défaite aux élections locales du 22 mai, Chacón est "la dernière victime politique" de Zapatero, estime José Antich, le directeur de La Vanguardia. Le premier ministre "risquait une épitaphe politique de dimensions colossales : son parti fracturé et une démission forcée de son poste de secrétaire général". Un prix trop élevé, "même pour un politicien qui a demontré avoir plus de vies qu'un chat". Alfredo Pérez Rubalcaba est désormais "le seul filet de sauvetage des socialistes" face à l'opposition conservatrice, conclut le journal.
Après Mladić, une chance à saisir
La Serbie a ainsi tourné une page importante de son histoire en se dégageant – bien que lentement – de son passé guerrier. Un passé qui n’a plus d’héritiers politiques légaux, mais qui a fait de nombreuses victimes et engendré bon nombre de bourreaux. La Serbie a aussi soldé ses comptes avec la justice internationale.
On peut se demander aussi si, pendant le mandat des gouvernements précédents, surtout celui de Vojislav Kostunica, il existait une véritable volonté d’arrêter Mladić et de l’envoyer à la prison du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye. Et si l’absence de volonté politique dans ce sens ne représentait pas une violation grave de la loi passable de poursuites judiciaires.
Mladić n'est pas le seul problème de la Serbie
Ce sont des questions légitimes et importantes, auxquelles le pouvoir actuel doit donner des réponses crédibles. Toutefois, ce qui importe aujourd’hui, c’est l’acte qui a permis de mettre fin à cette longue traque, l’acte qui donne une grande occasion à la Serbie de sortir d’un cercle vicieux. Il serait trop facile de croire que Mladić et Hadžić [le dernier fugitif, accusé lui aussi de crimes de guerre] constituent le seul et le plus grave problème de la Serbie sur le chemin qui mène aux institutions euro-atlantiques.Quoi qu’il en soit, la nature de l’homme fait que les erreurs du passé s’effacent des mémoires devant les réussites d’aujourd’hui. En mettant fin à la cavale de Mladić, le président Boris Tadić et sa coalition politique [conduite par le Parti démocrate] ont prouvé leur détermination à tourner la page de la manière le plus éclatante possible. Cette arrestation est un aussi un coup porté à la droite nationaliste, qui va certainement donner de la voix : quelques manifestations auront lieu.
Mais cela s’arrêtera sûrement là, car la Serbie n’a plus de forces politiques capables de rassembler des foules autour d’un “héros serbe” comme Mladić. Rappelons-nous que Karadzic a été arrêté la veille de la scission du Parti radical serbe (ultranationaliste), qui a donné naissance à une nouvelle formation nationaliste, le Parti serbe du progrès. Celui-ci flirte désormais avec des idées proeuropéennes, certes de façon contradictoire et brouillée, mais qui excluent une confrontation avec la justice internationale.
Pas de sortie du cauchemar sans solution au Kosovo
L’arrestation de Mladić va aussi renforcer la position de la Serbie dans la région, car l’incapacité du pays – ou son manque de la volonté – à respecter ses engagements à l’égard de la justice internationale était son talon d’Achille, et pour les pays voisins le prétexte idéal pour ne pas respecter les leurs.Aujourd’hui cette histoire est finie, la Serbie est presque définitivement sortie des années 1990. Je dis presque, car il ne peut y avoir de sortie définitive de ce cauchemar sans une solution durable au problème du Kosovo. S’il renonçait à faire sortir définitivement la Serbie de l’ornière, le pouvoir actuel aurait raté une occasion historique. Encore une fois, sa chance est là.
samedi 28 mai 2011
DSK : pourquoi ils n'ont rien dit
Cette censure volontaire de la presse n'est pas uniquement liée à une volonté de protéger les puissants. Elle est dictée par la nécessité de respecter la loi. L'article 9 du Code civil est souvent brandi pour empêcher la parution d'articles ou de livres dévoilant des secrets intimes: «Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée: ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.» De quoi faire réfléchir plus d'un directeur de rédaction ou d'un éditeur avant de faire tourner les rotatives.
Ainsi, pour Dominique Strauss-Kahn, les rédactions n'ont-elles pas souhaité franchir le pas. Si le journaliste Jean Quatremer a publié sur son blog un article où il explique que «le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement», c'est parce que son journal, Libération, n'a pas voulu le faire, «au nom de la loi sur la protection de la vie privée», explique Laurent Joffrin, son directeur à l'époque. Quand Le Nouvel Observateur veut raconter en 1998 l'histoire du passage de DSK à une soirée particulière dans un club échangiste de la capitale, l'hebdomadaire prend bien soin de ne pas publier de nom. Mais procède par allusions : «Ce soir, il y a un plus: le ministre doit venir. Un vrai ministre. (...) soudain il arrive. C'est bien lui. Un léger frémissement parcourt les troupes. Deux femmes l'accompagnent, jeunes, grandes et minces. "Il fait plus gros qu'à la télé, tu trouves pas?" Son sourire est presque électoral. Il entre dans le salon, serre quelques mains, l'habitude sans doute. Une blonde d'une cinquantaine d'années le salue par son prénom. Il fait semblant de la reconnaître puis, sans plus s'attarder aux mondanités, s'engouffre dans la pièce du fond, traînant derrière lui ses deux compagnes, dont une qu'il commence à lutiner chaudement, dès le couloir. (...) "Tu crois qu'il peut vraiment devenir président?" murmure une des spectatrices à sa voisine.» Le Tout-Paris politique et médiatique comprend immédiatement. Le lecteur, c'est moins sûr.
Bien sûr, les couloirs des journaux bruissaient des rumeurs d'infidélité chronique qui couraient sur le compte de DSK. Bien sûr, les journalistes qui côtoyaient les services de police revenaient régulièrement avec des «tuyaux» un peu particuliers. DSK aurait été surpris par une patrouille en mauvaise posture un soir dans un endroit fréquenté par des prostituées. Rien d'illégal, même s'il s'agit d'un comportement peu compatible avec celui que les Français peuvent attendre d'un prétendant à l'Elysée. Mais comment vérifier une telle information? Comment être sûr qu'il ne s'agit pas d'une manipulation politique ? Officiellement, personne n'est au courant d'une telle histoire. Impossible d'avoir une confirmation de l'événement.
Jusqu'à son arrestation à New York, DSK a toujours su ou pu éviter le grand déballage. Grâce à ses communicants bien sûr, mais aussi à son réseau et ses amis. Il suffit de voir comment BHL, Jean-François Kahn et les autres se sont immédiatement mobilisés, cette semaine, pour le défendre, négligeant la victime présumée, une simple femme de ménage.
Dans leur ensemble, les médias français refusent de s'engager dans la voie des tabloïds anglo-saxons pour lesquels la vie privée peut s'afficher en une. Au fond, même les journaux people de France n'ont pas cherché à enquêter sur la vie secrète des hommes politiques en général et de DSK en particulier. Tout le monde s'en tient à la ligne rappelée la semaine dernière par Le Canard enchaîné : «DSK courait les jupons et les boîtes échangistes. La belle affaire! C'est sa vie privée et elle n'en fait pas un violeur en puissance. Pour Le Canard, l'information s'arrête toujours à la porte de la chambre à coucher.»
L'affaire Tristane Banon aurait certes dû alerter davantage. Quand ce jeune écrivain a raconté l'agression dont elle assure avoir été la victime, peu de journaux ont relayé son histoire. Elle l'a racontée dans l'émission de Thierry Ardisson sur Paris Première en présence de journalistes politiques, mais au fond, elle-même ne souhaitant pas porter plainte contre DSK, comment embrayer sur ses attaques? D'autant qu'en face, les équipes de Strauss-Kahn ont su habilement déminer l'affaire. Grâce à ses communicants, DSK réussit à passer entre les gouttes.
«On est resté sur l'idée que ce n'était pas une pathologie et que le comportement de DSK correspondait à l'image d'Epinal de l'homme politique, le séducteur», analyse un spécialiste en communication. Anne Sinclair, l'épouse de DSK, a elle-même mis fin aux débats en répondant à L'Express, qui lui demandait en 2006 si elle ne souffrait pas de la réputation de séducteur de son mari: «Non, j'en suis plutôt fière! C'est important de séduire, pour un homme politique. (...) Je suis un peu blindée sur le pouvoir de la rumeur.»
Une rumeur qui ne l'a pas épargnée. Comment celle qui a été au cœur de la vie politico-médiatique pendant plus de vingt ans pouvait-elle ignorer ce qui se disait ou s'écrivait sur DSK? En 2000 sort le livre de deux journalistes, Vincent Giret et Véronique Le Billon, Les Vies cachées de DSK. Les auteurs racontent dans un chapitre qu'«un soir de septembre 1992, Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur, et Martine Aubry, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle, sont les invités d'honneur d'une réception donnée par l'ambassadeur de France à Tokyo. (...) Ces deux-là s'adorent. (...) Ils distillent un même humour vachard, se relaient sans temps mort dans les karaokés de la capitale nippone jusqu'aux premières lueurs du jour et rejettent avec le même dédain l'esprit de sérieux de leurs aînés. Ils savourent la douce insouciance de ceux qui savent que l'avenir leur appartient. De cette folle équipée naît une rumeur colportée dans toutes les salles de rédaction: Martine et Dominique filent le parfait amour...»
DSK se situe dans la lignée des grands hommes politiques français qui arborent leurs conquêtes féminines comme les généraux leurs médailles. Après tout, pour ne parler que des présidents de la Ve République, Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac n'ont-ils pas aussi une réputation de grands séducteurs? Bernadette Chirac a expliqué dans son livre Conversation, paru en 2001, à propos de son mari, qu'«il avait un succès formidable. Bel homme, et puis enjôleur, très gai. Alors les filles, ça galopait (...). Mon père m'avait dit: "Vous êtes son point fixe." La suite lui a donné raison. Mon mari est toujours revenu au point fixe.»
Et François Mitterrand? L'homme qui a collectionné les conquêtes et réussi à cacher pendant des années l'existence de sa seconde famille. Cette histoire est emblématique du fonctionnement des médias. Tant que c'est l'extrême droite et sa presse, comme Minute, qui évoque ces sujets, aucune reprise n'est tolérée. Ce système a de nouveau fonctionné quand Marine Le Pen a mis en cause le comportement de Frédéric Mitterrand pendant ses voyages en Thaïlande. Au lieu de s'intéresser aux faits, la plupart des commentateurs se sont insurgés contre les attaques de l'extrême droite et ont sommé les politiques comme les médias de ne pas les suivre.
Concernant François Mitterrand, les journalistes se sont retranchés derrière ce prétexte de la vie privée pour justifier leur refus de publier des informations sur l'existence de sa fille Mazarine. Occultant totalement le fait que le Président utilisait allègrement les moyens de l'Etat, donc l'argent des contribuables, pour loger sa seconde famille. Et qu'il a été jusqu'à mettre sur écoute téléphonique des journalistes, notamment Edwy Plenel, alors au Monde, voire des artistes comme Carole Bouquet, totalement étrangère à cette histoire...
Seul moyen de contourner l'obstacle, le roman. Françoise Giroud publie en 1983 Le Bon Plaisir, où elle raconte l'histoire d'un président amené à cacher sa double vie à la presse. Toute ressemblance avec des personnages existants est-elle fortuite? La maison d'édition, Mazarine, est-elle une clé de l'énigme? Difficile d'imaginer que Françoise Giroud, très introduite dans les cercles du pouvoir, ignorait totalement la situation de Mitterrand. Sa biographe, Laure Adler, assure que ce roman n'est pas inspiré de la vie du Président mais raconte une histoire similaire vécue par un dirigeant socialiste encore en activité. Mais son nom ne sera pas dévoilé. Au nom du respect de la vie privée...
Faute de pouvoir donner les informations, on s'en remet alors aux humoristes. Des «Guignols de l'info» à Nicolas Canteloup, de Laurent Gerra à Stéphane Guillon, ceux-ci s'en donnent à cœur joie. Puisant leur inspiration au cœur même des salles de rédaction, à l'affût de tout ce que peuvent leur raconter les journalistes. Ils sont d'autant plus drôles que tout le monde devine que sous leurs exagérations perce un morceau de la vérité. Le 28 mars, Nicolas Canteloup-DSK explique qu'«au FMI, on (lui) a donné une mission en trois points: sauver le monde, aider les pays émergents et repeupler la planète en fécondant les femmes. C'est comme ça, je n'y peux rien, c'est ma mission». Eclats de rire dans le studio de la rue François-Ier. A RTL, Laurent Gerra n'est pas en reste. Le 26 avril, l'humoriste met en scène le directeur du FMI le jour de Pâques. «J'ai beau être directeur du FMI, je suis un homme comme tout le monde. Le week-end de Pâques, je m'emmerde car le FMI est fermé et les secrétaires aussi. Alors j'attends mardi, la réouverture des bureaux, car il y a des stagiaires, des interprètes à talons...» Là encore, les rires éclatent dans le studio de la rue Bayard.
Les humoristes à la place des éditorialistes? En février 2009, Stéphane Guillon n'hésitait pas à endosser ce rôle, quand il officiait sur France Inter le matin. Juste avant l'arrivée de DSK, invité de la matinale, au lendemain des révélations sur l'affaire Piroska Nagy, l'humoriste écrit un billet qui fera date: «Dans quelques minutes, Dominique Strauss-Kahn va pé-né-trer (silence) dans ce studio. Evidemment, des mesures exceptionnelles de sécurité ont été prises au sein de la rédaction. Pardon, sein est un mot que je n'ai pas le droit de prononcer aujourd'hui pour ne pas réveiller la bête. Cinq seuils d'alerte sont prévus dans cette matinale. Le dernier étant l'évacuation pure et simple du personnel féminin d'Inter vers d'autres étages...» DSK est en route vers la station quand il entend la chronique. Son premier réflexe est de faire demi-tour et d'annuler sa participation. Finalement, le directeur général du FMI se rend à la radio mais commence par cette déclaration : «J'ai assez peu apprécié les commentaires de votre humoriste. Les responsables politiques comme moi ont le droit, même le devoir, sans doute, d'être critiqués par les humoristes. Mais l'humour, c'est pas drôle quand c'est principalement de la méchanceté.»
«S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité», écrit Tacite dans les Annales. Est-ce pour cette raison que la réaction de DSK est aussi virulente? En tout cas, il ne se contente pas de cette remarque et décide de ne plus répondre aux invitations de la station publique. Même quand les journalistes lui proposeront de l'inviter les jours où Stéphane Guillon n'officie pas à l'antenne. Refus catégorique. Pas question de revenir tant qu'il sera employé par la radio.
Cette stratégie du boycott est un moyen de pression relativement classique pour contraindre les médias à éviter les sujets qui fâchent. Quand L'Express a publié la lettre de Piroska Nagy, son directeur, Christophe Barbier, a dû affronter la colère des communicants de DSK. Pressions sur les actionnaires, pressions par l'intermédiaire de la publicité, toutes les armes sont utilisées par les politiques pour contraindre un média à être plus compréhensif. Le contact direct est aussi efficace. Avant d'accéder à l'Elysée, quand Nicolas Sarkozy rencontrait un jeune journaliste, il ne manquait pas de lui dire sur un ton parfaitement courtois qu'il connaissait très bien son directeur de la rédaction, voire son actionnaire. Mais il n'était pas le seul à user de cet artifice pour impressionner les journalistes.
Lors de son dernier passage à Paris, dans le but de préparer sa prochaine candidature à l'Elysée, DSK a déjeuné avec les rédactions de trois journaux: Libération, Le Nouvel Observateur et Marianne. Son objectif était clair, ainsi que Denis Jeambar l'a raconté dans Marianne la semaine dernière: DSK «dit que Mariannen'a pas d'autre choix que de le soutenir dans ce combat. Il se découvre peu soucieux à cet instant précis de l'indépendance des journaux, pas du tout menaçant, mais pressant. Il est clair que son propos est délibéré et pas du tout improvisé. (...) Si la requête est choquante, elle a le mérite d'être claire et de montrer la conception qu'a Dominique Strauss-Kahn de la presse: c'est un rapport de soumission qu'il sollicite, un engagement militant.» En fin de compte, DSK demande à ces journaux de ne pas entrer dans les polémiques que pourrait lancer la droite pendant la campagne présidentielle, même si elles pouvaient être fondées sur des vérités, au nom de leur volonté commune de se débarrasser de Nicolas Sarkozy !
Et, pour les convaincre d'adhérer à sa stratégie, DSK leur révèle, à en croire les propos off qui lui sont attribués, qu'effectivement il en a «sans doute fait un peu trop dans le passé» avec les femmes. Mais qu'au fond, ce n'est plus le sujet. Comme le confirme un dirigeant d'Euro RSCG: «Les études montraient que les Français savaient. Il n'y avait pas tromperie sur la marchandise puisqu'on n'a jamais cherché à montrer DSK comme un homme vertueux.» Les amis politiques de DSK brossaient le portrait d'un séducteur certes compulsif, mais jamais violent. L'un d'eux assurait même récemment qu'il s'était «calmé» depuis l'affaire Piroska Nagy. «La vraie question, pour un spécialiste en communication, est de savoir pourquoi personne ne lui a conseillé de se soigner si ces pulsions atteignaient de telles proportions.» «Cette page est tournée», assurait DSK. Comment, dès lors qu'il ferme lui-même la porte, entrer dans sa part d'ombre sans le froisser?
A André Rousselet, qui estimait connaître 30 % de la vie de François Mitterrand, l'ancien Président répondit: «30%, c'est beaucoup!» Pour un ami du couple, Anne Sinclair ne connaissait «que 40% de ce que faisait DSK».
Franchement, à quoi aura servi ce G 8 à Deauville, peut-être un des derniers car Barack Obama serait réticent pour organiser une prochaine rencontre aux Etats-Unis ? A un grand show politique où les puissants de ce monde s’offrent en spectacle après avoir confronté leurs positions bien connues ? L’aide au printemps arabe a-t-elle vraiment été décidée après de fébriles palabres en Normandie ?
Il s’agit pour l’essentiel de prêts multilatéraux et bilatéraux depuis longtemps négociés et auxquels s’ajoute la contribution des pays du Golfe. Pour l’après-Fukushima et la sûreté du nucléaire, que de généralités ! Et sur la Libye, rien de vraiment nouveau en exigeant le départ de Kadhafi…
L’importance très relative de ce club des puissants se mesure également au nombre des manifestants. Par exemple, au G8 - G7 de Gênes en 2001, les antimondialistes se comptaient par dizaines de milliers dans des affrontements meurtriers avec les forces de l’ordre. En 2007, pour la rencontre de Heiligendamm, l’Allemagne du nord avait été placée en état de siège. A Deauville, les policiers étaient beaucoup plus nombreux que les manifestants… Parce que le vrai gouvernement du monde, dans ses pouvoirs économiques, financiers et même politiques, se situe désormais au niveau du G 20 où siègent aussi la Chine et les « émergents ». Et la prochaine réunion de cet aréopage en novembre à Cannes ne passera pas inaperçue aux yeux des opposants au néolibéralisme régissant la planète !
Les statistiques économiques confirment aussi ce glissement. Dans les années 1980, les pays du G 7 (sans la Russie) accaparaient à peu près les deux tiers du Produit intérieur brut mondial. Aujourd’hui, beaucoup, beaucoup moins…
Certes, la « puissance » réelle ou supposée ne relève pas seulement des performances économiques. Elle repose aussi sur l’organisation des Etats, sur la démocratie et les libertés. Des valeurs que Deauville a célébrées en constatant que le printemps arabe veut les faire siennes. Le « modèle occidental », bien que cette évocation soit taboue, triompherait-il ? Curieusement en association avec la Russie, une grande démocratie comme chacun sait…
A l’heure où de nombreux théoriciens dissertent de nouveau sur le « déclin de l’Occident », ne faut-il pas voir en le G 8 un club qui se hérissonne pour défendre ses valeurs sous l’impulsion d’une avant-garde idéologique… anglo-saxonne ? Le discours de Barack Obama mercredi au Westminster Hall à Londres est significatif. Dans une véritable ode à l’Angleterre qui a donné au monde les droits de l’homme, la démocratie et la libre entreprise, il a célébré le modèle anglo-saxon en décrivant un axe Washington-Londres « indispensable à ce moment de l’Histoire », le Royaume-Uni étant « le plus important et le plus fidèle allié des Etats-Unis »…
Pour Obama, avec une exception polie pour la France (« notre plus ancien allié »…), l’Europe continentale et institutionnelle passe visiblement au second plan politique derrière ce leadership anglo-saxon. Il est vrai qu’à Deauville, l’Europe a une fois de plus étalé ses divisions en la personne de la chancelière Merkel opposée à l’intervention en Libye et faisant cavalier seul dans la question nucléaire.
Bref, l’UE reste un conglomérat flou autorisant même un comble de la part du président des Etats-Unis, le pays le plus endetté de la planète : Français, Allemands et Italiens ont surtout été priés de régler le problème de la dette grecque pour éviter une nouvelle tourmente monétaire sous le signe de l’euro…
Recherche en Grèce d'un consensus politique sur la rigueur
Le Premier ministre grec, George Papandréou, a réuni vendredi les représentants des partis politiques pour tenter de dégager un consensus sur les mesures d'austérité nécessaires pour sortir le pays de la crise.
Ce consensus est jugé indispensable avant le déblocage d'une nouvelle tranche de l'aide allouée par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI), soit 12 milliards d'euros.
L'opposition s'est pour l'heure déclarée hostile aux mesures proposées par le gouvernement pour sortir de la crise résultant d'un endettement massif. Après les avoir rencontrés un par un, le Premier ministre a demandé au président Karolos Papoulias de convoquer les chefs de file de tous les partis.
Le conservateur Antonis Samaras, dirigeant de la Nouvelle démocratie, qui a voté contre le plan sauvetage adopté l'an dernier, a déjà fait savoir qu'il continuerait à s'opposer au plan d'austérité.
Ses homologues de la Coalition de gauche et du Parti communiste, qui n'hésitent pas à boycotter ce genre de rencontres, ont également accepté l'invitation du Premier ministre, tout comme le dirigeant du LAOS, formation d'extrême gauche.
Selon le quotidien Kathimerini, le Premier ministre envisage de remanier son équipe et pourrait inviter des personnalités de l'opposition à y siéger moyennant leur soutien au plan d'austérité.
Le gouvernement a démenti mercredi avoir l'intention de procéder à un référendum sur les nouvelles mesures d'austérité ou sur l'euro.
Les syndicats du personnel des entreprises publiques menacées de privatisation ont par ailleurs annoncé une grève de 24 heures le 15 juin.
Athènes a annoncé lundi une série de nouvelles mesures budgétaires visant à économiser plus de cinq milliards d'euros et à ramener le déficit public à 7,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2011.
Les marchés financiers continuent toutefois à douter de la crédibilité du plan d'assainissement d'Athènes. Ceci alimente les spéculations sur la possibilité d'un nouveau plan d'aide et d'une restructuration de la dette publique qui pourrait forcer les prêteurs à renoncer à une partie de leurs créances.
Le FMI pourrait décider de ne pas verser sa contribution à la prochaine tranche d'aide que doit recevoir la Grèce s'il n'a pas l'assurance que les pays européens tiendront leurs engagements sur les douze prochains mois, a averti jeudi Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. (
vendredi 27 mai 2011
«Justice est faite», avait déclaré le président Obama après la liquidation de ben Laden. « Justice sera faite », devrait-on dire, lorsque Ratko Mladic comparaîtra devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, et seulement lorsque le jugement sera rendu. Deux approches de la justice vraiment très différentes, l’une américaine, l’autre européenne ! Il est vrai que si ben Laden et Mladic ont tous deux le sang de milliers d’innocents sur les mains, le dernier est hors d’état de nuire depuis 1995 tandis que le chef d’al-Qaïda continuait son djihad. Et à l’encontre du général bosno-serbe, il ne s’agit pas d’assouvir une vengeance. Mais de stabiliser les Balkans toujours fragiles, en mettant du baume sur les plaies des guerres civiles yougoslaves, en prouvant que les crimes de guerre ne restent pas impunis et en montrant les nationalismes sous leur forme la plus hideuse qui va jusqu’au génocide.
Ces considérations politiques et morales à l’origine du TPIY vont-elles atteindre leurs buts ? Pas sûr ! Selon un récent sondage, Mladic reste un héros pour 40% des Serbes, de même que Slobodan Milosevic. Encore le mois dernier, des manifestants ont violemment réclamé à Zagreb la libération du « héros » croate, le général Ante Gotovina, « purificateur ethnique » de la Krajina condamné à 25 ans de prison par le TPIY...
Qu’il ait fallu seize ans pour arrêter Mladic - en réalité vraiment recherché par la Serbie depuis 2008 seulement - prouve à quel point les « réseaux » de la guerre civile restent puissants, et partout dans les nouveaux États des Balkans, que les criminels présumés soient serbes, bosno-serbes, croates ou bosniaques musulmans. Partout, les complicités sont évidentes. Le cas Mladic est même exemplaire: l’homme ne se cachait guère et physiquement il n’a pas beaucoup changé depuis 1995. Parfaitement reconnaissable, Mladic a profité de protections haut placées, vraisemblablement dans l’armée...
Pour la Serbie, qui aura peut-être pour prix de sa coopération le statut de «candidate à l’UE», son arrestation est particulièrement délicate. Le procès pourrait prouver que le général accusé du massacre de Srebrenica n’était pas aux ordres du fantasque président bosno-serbe Radovan Karadzic mais dépendait de Belgrade dont il recevait les ordres, donc directement de Slobodan Milosevic et indirectement d’une kyrielle d’irrédentistes. Or ces hommes qui étaient pour le moins au courant jouent aujourd’hui encore un rôle non négligeable dans les partis politiques (reconvertis en « démocrates » ou non) et dans la société serbe. Un procès Mladic pourrait déraper dangereusement en devenant celui de la Serbie des années 1990. Avec les protagonistes de l’époque toujours aux affaires.
Un écueil à éviter absolument pour la tranquillité des Balkans. Et de toute l’Europe.
Restructuration de la dette grecque : Berlin change son fusil d'épaule
Le ministre allemand des Finances a assuré dans un entretien au Handelsblatt que la restructuration de la dette grecque aurait des conséquences encore plus dramatiques que l'effondrement de Lehman Brothers.
La semaine dernière, celui-ci avait pourtant envisagé un allongement des délais de remboursement de l'aide internationale si les créanciers privés participaient. Une restructuration douce ou un reprofilage. Difficile pour les marchés de s'y retrouver dans ces conditions.
Ces derniers commentaires ne seront toutefois pas pour déplaire aux représentants de la BCE qui ont à maintes reprises ces derniers jours appuyé les risques d'une restructuration, appuyant tantôt le "scénario de l'horreur", tantôt la "catastrophe" ou "l'effondrement du système" encouru. La BCE a même abattu, ces derniers jours, sa carte maîtresse : la menace de ne plus accepter de titres de dette grecs en dépôt de garantie lors de ses opérations de prêts aux banques de la zone euro. Une menace réitérée aujourd'hui par Christian Noyer au micro de BFM.
"Tous les scénarios pour soutenir la Grèce n'ont pas encore été épuisés" assure Schäuble
Berlin tente-t-il d'éviter le conflit avec la BCE ? "Nous avons toujours été bien inspirés de respecter l'indépendance" de la BCE, déclare notamment Wolfang Schäuble au Handelsblatt. Et d'ajouter : "tous les scénarios pour soutenir la Grèce n'ont pas encore été épuisés" au sein de l'Union européenne. Reste que pour le ministre, "les mesures de disciplines budgétaires seules ne pourront pas résoudre les problèmes" du pays qui a besoin d'améliorer sa compétitivité. "Il faut une perspective de croissance à moyen et long terme".
De son côté, Christian Noyer a balayé le risque d'un effet domino menaçant la France dans la crise des dettes souveraines qui sévit actuellement en zone euro." Tous les cas sont différents. C'est facile pour les opérateurs de marché de dire 'c'est un effet domino, l'un tombera après l'autre', tout cela n'a pas de sens", a-t-il déclaré, citant les exemples grec, irlandais et portugais. "Cette assimilation est très factice."
jeudi 26 mai 2011
Merci, Monsieur Guéant, vous nous faites redécouvrir les vertus de la prévention contre la délinquance. Grâce à vous, nous voici préservés du zèle de Monsieur Fillon, qui prétendait faciliter la répression de nos excès de vitesse par des radars inopinés. Vous vous rendez compte, il prétendait nous sanctionner sans prévenir, juste pour avoir roulé trop vite ! Avec vous, il y aura un panneau de limitation de vitesse, puis un radar pédagogique, et enfin seulement le radar répressif. On devrait d’ailleurs songer à mettre entre les deux un gendarme pédagogique, qui clignoterait sans verbaliser… Bien sûr, il paraît que la vitesse est souvent cause des accidents. Mais les autres n’ont qu’à faire attention. Et les parents n’ont qu’à pas laisser leurs bambins passer sous nos roues. Encore merci, Monsieur Guéant, grâce à vous, les chauffards français se sentent partout chez eux.
Vu de Paris, ce serait une excellente opération. Comment ne pas se réjouir à l’idée qu’une Française puisse succéder à un Français à la direction générale du Fonds monétaire international? Au fond, ce serait presque un miracle si Christine Lagarde parvenait à s’asseoir à Washington dans le fauteuil de Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui l’un des hommes les plus décriés en Amérique. Comme elle l’a dit elle-même: être Français n’est pas vraiment un avantage pour briguer le poste...
Mais la ministre de l’Économie et des finances, d’ordinaire peu connue pour son audace, fait montre d’un certain culot. À 55 ans, l’ambition aidant, voilà la locataire de Bercy conquérante, elle qui resta si longtemps effacée dans l’ombre du président qui l’avait promue au- delà de ses espérances. Aujourd’hui, après avoir attendu le meilleur moment pour se découvrir, elle brave le scandale mondial créé par le sulfureux démissionnaire auquel elle prétend succéder. Mieux, elle souligne son incontestable réussite à la tête d’une institution en déclin sinon moribonde quand il en avait pris les rênes en 2007.
Si elle n’a pas la surface, ni l’épaisseur politique de DSK, elle a indiscutablement le profil de la fonction. Proche des milieux de la finance, plutôt à l’aise, par tempérament, dans les négociations internationales, parlant un anglais parfait qui ravit les journalistes de télé des États-Unis, et disposant de l’expérience d’une puissante avocate d’affaires à Chicago, elle est bien armée pour assumer les responsabilités auxquelles elle se destine.
Une carte inespérée pour le chef de l’État. Après s’être mordu les doigts d’avoir soutenu, à ses dépens, son concurrent, il tient une occasion de rattraper une stratégie perdante avec une postulante directement issue de sa propre écurie. Contrairement à leur première secrétaire, Martine Aubry, les socialistes, eux, ne se grandissent pas en dénigrant une femme qui, assurément, fera très correctement le job en défendant les intérêts de l’Europe. Les dirigeants de l’Union ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en apportant un soutien unanime à leur très libérale petite camarade. Et si elle risque de traîner les casseroles de l’affaire Tapie, soyons justes, c’est le président qui les lui a accrochées dans le dos avec une incroyable légèreté...
On pourrait chanter l’hymne à la joie, sans état d’âme, si l’accession de Mme Lagarde à la tête du FMI n’était qu’une affaire de cocorico, de prestige national ou de résistance de la vieille Europe. Ce serait oublier la légitimité des pays émergents à convoiter un pouvoir qui les concerne directement. Quel signal de modernité et d’ouverture serait donné au monde du XXI e siècle si l’un des leurs était finalement choisi! De quoi se consoler largement de la perte de ce qui a fini par être considéré, insolemment, comme une chasse gardée.
L’Ecosse, une indépendance à inventer
Le système d’autonomie de l'Ecosse, appelé "dévolution" ou transfert de compétences, a été mis en place par les travaillistes en 1997. Cette décentralisation partait du principe que plus les Ecossais auraient d’autonomie, moins ils aspireraient à l’indépendance. Beaucoup estiment aujourd’hui que c’est l’inverse qui s’est produit. D’autres font valoir qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions.
L'identité nationale n'est pas au coeur des revendications
La victoire du SNP a frappé les esprits en Espagne. Car enfin, comment ne pas faire le parallèle avec les aspirations à l’indépendance d’une partie de la population basque et catalane ? Il existe pourtant d’énormes différences. Le Royaume-Uni s’est constitué il y a quatre siècles avec l’accession de Jacques VI d’Ecosse au trône d'Angleterre, l’union étant consacrée par la fusion volontaire des parlements anglais et écossais un siècle plus tard, en 1707.Contrairement au Royaume-Uni, l’Espagne offre un ensemble complexe de 17 régions autonomes, ayant différents degrés d’ambition autonomistes. Pour revenir au cas de l’Ecosse, c’est le pauvre, et non le riche, qui veut partir [à la différence de l’Espagne, où la Catalogne et le Pays basque sont des régions riches]. Et l’identité nationale des Ecossais et des Anglais n’est pas au cœur des revendications.
Quelle qu’en soit la raison, la possibilité qu’Alex Salmond, le charismatique leader indépendantiste, appelle à un référendum, ne provoque pas un tollé politique au Royaume-Uni. "Il est un peu optimiste de la part du SNP de penser qu'il peut gagner un référendum sur l’indépendance, estime l’historien Sebastian Balfour, professeur émérite d’Etudes contemporaines espagnoles à la London School of Economics. Le SNP subirait gravement les conséquences d’un résultat négatif, car la situation de l’Ecosse est très particulière et tout à fait différente de celle de l’Espagne, dans la mesure où il y a bien plus d’Anglais que d’Ecossais en faveur de l’indépendance de l’Ecosse, et moins d’Anglais contre que d’Ecossais. Bon nombre d’Ecossais souhaitent préserver l’union avec l’Angleterre. C’est comme si les Anglais avaient troqué leur identité nationaliste-impérialiste contre une identité post-nationale, une identité civique disons moins locale, ou régionale. Et je doute fort que le SNP, pour l’instant, pose la question du référendum. En revanche, et ce n’est pas du tout la même chose, je crois que sa stratégie à long terme est de démontrer sa capacité à gérer ses affaires dans le sens des intérêts de l’Ecosse".
L'Ecosse plus écossaise que la Catalogne n'est catalane
Dans quelle mesure cette victoire écrasante du SNP peut-elle avoir une incidence sur l’Espagne ? "Elle peut renforcer jusqu’à un certain point le courant indépendantiste dans l’opinion, mais je ne pense pas qu’elle ait beaucoup de répercussions, commente Balfour. Cela ne me paraît pas si important. Il y a de grandes différences, et en réalité aujourd’hui l’Ecosse se rapproche davantage de la Catalogne et du Pays basque, en ce sens qu’elle possède un parti nationaliste ayant la majorité au Parlement. En Espagne, cette situation ne date pas d’hier".L’Ecosse est nationaliste "dans le sens où les gens se sentent avant tout écossais ; mais ils sont aussi britanniques", renchérit David McCrone, co-directeur de l’Institut de gouvernance de l’Université d’Edimbourg. "En Catalogne, cette question se situe sur une échelle à cinq degrés : être catalan, mais pas espagnol ; être plus catalan qu’espagnol ; être aussi catalan qu’espagnol ; être plus espagnol que catalan ; être espagnol, mais pas catalan. A cet égard, l’Ecosse est plus écossaise que la Catalogne n’est catalane. Ce phénomène est très lié à l’immigration depuis le reste de l’Espagne. Et il n’est peut-être pas non plus sans rapport avec la question linguistique".
En ce qui concerne l’Ecosse, la langue n’est pas un problème. "La langue a été éliminée en tant que péage que les gens doivent payer pour être écossais, explique McCrone. Etre écossais est une question territoriale, pas une question linguistique ou ethnique. Résultat, les gens qui viennent en Ecosse se sentent plus facilement écossais. La langue ne devient pas une raison d’être, un élément essentiel de l’identité nationale ou une manière d’exprimer ses différences comme c’est le cas avec la langue au Québec". Ou bien au Pays de Galles, où le nationalisme est plus faible qu’en Ecosse, mais où presque un Gallois sur quatre parle gallois.
Le degré d'autonomie en question
Pour toutes ces raisons, le débat sur l’indépendance en Ecosse est plus pragmatique qu’au Pays basque ou en Catalogne. A en croire McCrone, la victoire du SNP n’est pas vraiment celle de l’indépendantisme face à l’unionisme : elle est surtout révélatrice du degré d’autonomie que souhaitent les Ecossais."Ces vingt dernières années, certains d’entre nous se sont moins concentrés sur la distinction entre indépendance et autonomie et ont davantage réfléchi à la question de l’évolution de l’autonomie proprement dite. Le débat porte en réalité sur le degré d’autonomie et les moyens d’en obtenir davantage".McCrone se moque de l’attitude simpliste de Londres face à la question écossaise. "La vision de la métropole tend à privilégier deux points de vue : soit l’Ecosse ne sera jamais indépendante, soit l’indépendance est inévitable, explique-t-il. Je pense que c’est bien plus compliqué que cela. Nous vivons dans un monde où la signification de l’indépendance est problématique. En réalité, le débat porte sur des degrés d’autonomie. Si par indépendance on entend le classique Etat indépendant du XIXe siècle, avec une armée, des frontières, etc., évidemment on est loin du compte. Ce n’est pas le monde dans lequel nous vivons".
Et McCrone d’ajouter : "Nous vivons dans un monde où l’autonomie se partage à différents niveaux. Tant l’Etat espagnol que l’Etat britannique sont membres de l’Union européenne. Et l’UE a du pouvoir. Ce n’est pas une question de souveraineté absolue, mais de souveraineté partagée".
"Ma prédiction personnelle, c’est que le Royaume-Uni va s’engager dans une voie confédérale, poursuit le chercheur. En d’autres termes, le moment venu, il y aura des degrés d’autonomie plus importants. De même qu’il y en a, pour des raisons très différentes et dans un autre contexte, en Belgique. Le transfert de compétences en Flandres et en Wallonie est considérable. Nous nous orientons vers un monde confédéral, et non pas un monde d’Etats absolument indépendants. Un monde où l’Ecosse, la Catalogne, et bien sûr le Pays basque, vont aller plus loin dans l’autonomie. Les choses changent. Et le comportement qu’auront les gouvernements centraux est absolument essentiel. En Grande-Bretagne, les conservateurs ont tiré quelques enseignements de ce qui s’est passé. Il ne sont plus aussi agressifs et bornés que lorsqu’ils avaient autrefois le pouvoir. Reste à savoir si cela va durer".
Le Royaume-Désuni de Grande-Bretagne est-il pour demain ? Comme le rappelle Alex Salmond, "on nous disait qu’il n’y aurait jamais de Parlement écossais, et il y en a un. On nous disait que nous ne remporterions jamais d’élections, et nous en avons gagné en 2007. On nous disait que nous n’aurions jamais la majorité absolue, et nous l’avons. Aujourd’hui, on nous dit que nous ne gagnerons jamais un référendum sur l’indépendance". Qui sait !
Le pétrole ne garantit pas l'indépendance
Jean-François Kahn quitte le journalisme
Jean-François Kahn, figure de la presse française, va annoncer qu'il quitte le journalisme, dans son bloc-note à paraître dans la prochaine édition vendredi de Marianne, selon la rédaction de l'hebdomadaire qu'il a fondé.
Le journaliste de 72 ans, évoquera dans ce dernier point de vue, la polémique suscitée par le commentaire qu'il avait fait à la radio sur l'affaire Strauss-Kahn: "si c'est "un troussage de domestique, c'est pas bien". Il s'est ensuite excusé de cette déclaration.
Le directeur de Marianne, Maurice Szafran, reviendra lui aussi sur l'affaire DSK et ce commentaire dans la prochaine édition de l'hebdomadaire.
L'annonce de cette retraite de Jean-François Kahn a fait l'objet d'un mail interne à la rédaction de l'hebdomadaire, a révélé le site lepoint.fr.
De l'Algérie au Centre
Reporter pendant la guerre d'Algérie, il sera un des journaliste qui révélera l'affaire Ben Barka, homme politique marocain disparu mystérieusement alors qu'il devait être protégé par les services français.
Il a été notamment chroniqueur sur Europe, directeur de la rédaction des Nouvelles littéraires et a participé à la célèbre émission politique L'Heure de vérité avant de créer en 1984 L'Événement du Jeudi et ensuite Marianne qu'il a dirigé jusqu'en 2007 avant d'y tenir son "bloc-note". Il est l'auteur de nombreux ouvrages, surtout des livres politique. Il a fait un bref passage en politique, élu centriste en 2008 à la députation européenne à laquelle il avait renoncé aussitôt.


























