Interviewé hier soir sur France 2, le chef de l'Etat a tenté de clore le volet politique de l'affaire Bettencourt. Le ministre du Travail, Eric Woerth, qu'il a défendu, devra néanmoins quitter son poste de trésorier de l'UMP. « Réformer, c'est bousculer des intérêts », a-t-il insisté en cherchant à se poser en président entièrement absorbé par son « devoir ».
Se saisir de la première éclaircie dans l'affaire Bettencourt pour tenter de clore la polémique et réexpliquer aux Français sa politique. Telle était la mission que s'était assignée hier soir Nicolas Sarkozy, interviewé sur France 2 par le journaliste David Pujadas. L'exécutif comme la majorité comptaient beaucoup sur cette intervention télévisée pour permettre au chef de l'Etat de reprendre la main au moment où sa cote de popularité atteint son plus bas niveau depuis son élection en 2007 - 33 % d'opinions favorables selon un sondage LH2 pour « Le Nouvel Observateur » publié hier. Une heure durant, Nicolas Sarkozy a donc justifié, chiffres à l'appui, ses réformes afin de convaincre qu'il s'acquitte de son devoir de « régler toutes les questions concrètes qui se posent aux Français ». Lui qui s'était tenu à une relative réserve médiatique depuis la défaite de son camp aux régionales afin de présidentialiser son image a veillé à s'exprimer calmement et à éviter tout terme polémique, cherchant à se poser en « homme d'équilibre et de sang-froid ». Comme s'il voulait rôder le profil de « président-protecteur » dont il entend faire son credo pour la prochaine présidentielle.
Encore fallait-il répondre aux questions sur l'affaire Bettencourt. Tentant de clore le volet politique de cette affaire, le chef de l'Etat s'est appuyé sur le rapport « extrêmement fouillé » du chef de l'Inspection générale des finances, Jean Bassères, dédouanant l'ancien ministre du Budget Eric Woerth de toute intervention écrite dans le traitement de la contribuable Liliane Bettencourt. Eric Woerth est « un homme honnête (...), qui vient de subir la calomnie et le mensonge avec une dignité qui fait honneur à la classe politique », a-t-il souligné, précisant que le ministre du Travail porterait jusqu'au bout la réforme des retraites.
« Campagne de calomnie »
Afin de contrer le soupçon de conflit d'intérêts dénoncé par la gauche, il a néanmoins souhaité la création d'une commission transpartisane afin de « modifier » la législation sur le sujet et « conseillé » à Eric Woerth, qui y est prêt (voir ci-dessous) d' « abandonner » son poste de trésorier de l'UMP. L'exécutif estime qu'un tel changement de pied ne sera plus perçu comme un aveu de culpabilité. Interrogé sur le soupçon de financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007, qui demeure, il a nié être « un intime » de Liliane Bettencourt et dénoncé une « campagne » de « calomnie » motivée par ses réformes qui « bousculent des intérêts » et « gênent un certain nombre de gens ». Pas question pour autant de revenir sur le bouclier fiscal, même si le montant rétrocédé à la milliardaire - 30 millions d'euros -a pu choquer. Après avoir défendu le procureur de Nanterre, Philippe Courroye - « un homme compétent » -, le chef de l'Etat n'a pas voulu commenter le souhait du PS de le voir dessaisi au profit d'un juge indépendant - « que la justice décide ». « Je n'ai absolumenent rien à cacher », a-t-il insisté.
« Autopersuasion », selon Aubry
Contrairement aux dirigeants de l'UMP qui ont manié ces jours-ci l'invective à l'égard du site Mediapart, le chef de l'Etat s'en est bien gardé - « ce n'est pas mon rôle ». Toujours par souci d'apparaître comme un homme « honnête », guidé par l' « équilibre » et la « justice ». « Je me méfie autant des gens qui idolâtrent l'argent que des gens qui le détestent », a-t-il souligné. Cherchant à reprendre langue avec l'électorat traditionnel de la droite, il a promis une amplification de l'action du gouvernement en matière de sécurité, d'agriculture et de médecine libérale. Il a surtout défendu longuement la réforme des retraites, réfutant que le report de l'âge légal puisse être injuste. « La première injustice, c'est de ne pas avoir d'argent pour payer la retraite des retraités », a-t-il insisté, précisant que les pensions de 1,5 million de personnes sont financées « par la dette ». S'il est prêt à modifier - un peu -le projet de loi, Nicolas Sarkozy a affirmé que les « manifestations » programmées en septembre n'auront « pas d'incidence » sur le contenu du texte. Martine Aubry n'a vu dans cette intervention qu' « autosatisfaction » et « autopersuasion ».
mardi 13 juillet 2010
Bousculé par l'affaire Bettencourt, Sarkozy se pose en homme de « sang-froid »
Sarkozy suggère à Eric Woerth de quitter ses fonctions de trésorier de l'UMP
Réagissant ce lundi soir sur France 2 aux divers rebondissements de l'affaire Bettencourt-Woerth, le chef de l'Etat a expliqué avoir conseillé à son ministre du Travail d'abandonner ses fonctions de trésorier du parti présidentiel pour se consacrer "uniquement" à la réforme des retraites. Sur ce sujet, il assure qu'il restera ferme sur les 62 ans
mais qu'il reste ouvert sur d'autres points. Enfin, sur la question des niches fiscales, le chef de l'Etat a promis que les aides à l'emploi à domicile seraient préservées. L'opposition a réagi, Martine Aubry a notamment déclaré que ce discours n'apportait aucune clarification.
Nicolas Sarkozy a renouvelé lundi soir sa confiance à son ministre du Travail, Eric Woerth mais il lui a "conseillé" de renoncer à ses fonctions de trésorier de l'UMP. "Eric Woerth est un homme honnête, compétent qui a toute ma confiance et toute celle du Premier ministre" et il défendra la réforme des retraites "selon le calendrier prévu", a déclaré le président de la République lors d'une émission spéciale sur France 2.
Le Président de la République a ajouté qu'il souhaitait voir son ministre du Travail, attaqué pour les liens qui lui sont prêtés avec Liliane Bettencourt, se consacrer désormais "exclusivement" à cette réforme. Interrogé plus précisément sur les soupçons de conflit d'intérêt pesant sur Eric Woerth dans l'affaire Bettencourt, le chef de de l'Etat a expliqué en avoir parlé à son ministre. "Mon conseil serait plutôt qu'il n'exerce plus ces fonctions" (de trésorier de l'UMP, ndlr).
Au delà du cas personnel d'Eric Woerth, Nicolas Sarkozy a souhaité élargir le débat sur la question des conflits d'intérêts. "J'ai entendu qu'il y avait des propositions des uns ou des autres sur le sujet et je suis très attentif à ces propositions. (...) Je demanderai à une commission représentant toutes les familles politiques de réfléchir dès la semaine prochaine à la façon dont on doit ou non compléter ou modifier la loi pour éviter dans l'avenir toute forme qui pourrait intervenir de conflit d'intérêts" a ainsi annoncé le Président avant de préciser que "ça ne concernera pas que les ministres" mais "aussi les parlementaires, et pourquoi pas telle ou telle personne qui exerce une responsabilité."
Abordant le thème de la corruption, Nicolas Sarkozy a convenu qu'"il y avait, dans notre pays, des habitudes, c'est incontestable, un certain laisser-aller, trop d'appartements de fonction, trop de voitures de fonction, trop de mauvaises habitudes." "Ces mauvaises habitudes, il faut y mettre un terme" a ajouté le Président de la République.
Pas de remaniement avant octobre
En revanche, Nicolas Sarkozy exclut toute accélération dans son calendrier politique : "Je suis président de la République, chef de l'Etat d'un pays de 65 millions d'habitants. Je n'ai pas le droit de céder à l'agitation du milieu, je n'ai pas le droit de céder à la fébrilité du commentateur" a-t-il rétorqué à ceux qui réclament un remaniement immédiat. Et d'ajouter : "Si je devais écouter tous les conseils qui me sont donnés, j'aurais fait un premier remaniement après les régionales et j'aurais fait un deuxième remaniement maintenant. Et sans doute les mêmes auraient recommandé un troisième remaniement après la réforme des retraites. Cela donne la valse des ministres et des ministères et une image ridicule de notre pays. Il y aura donc une nouvelle étape de l'action politique que je conduirai après la réforme des retraites à la fin du mois d'octobre. Je l'ai toujours indiqué. Cette étape-là marquera le dernier tiers de mon quinquennat"
A propos des retraites, Nicolas Sarkozy a souhaité mettre les points sur le i : "Je dis : les 62 ans, nous n'y toucherons pas. Je dis : l'équilibre des cotisations public/privé, c'est une question de justice. On ne peut pas y toucher. Sur le reste, nous serons très à l'écoute de ce que nous diront nos interlocuteurs."
L'Elysée est prêt à en discuter pendant l'été avec les partenaires sociaux.
Les aides à l'emploi à domicile préservées
Le Président a également apporté des précisions sur la question des niches fiscales que le gouvernement entend raboter. "Avec le Premier ministre, nous avons décidé de trouver (...) entre sept, huit, neuf milliards d'économies" sur les niches fiscales. Nicolas Sarkozy a reconnu que certaines d'entre elles "seront supprimées" tout en insistant sur le fait que les aides à l'emploi à domicile seront préservées, "moyennant quelques modifications techniques".
Réactions de l'opposition
La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry , a estimé qu'il n'avait apporté aucune clarification. "On a presque l'impression qu'il est au coeur d'un complot", a-t-elle déclaré sur France 3. Elle a également précisé que l'intervention de Nicolas Sarkozy se résumait à de "l'auto-persuasion" et de "l'auto-satisfaction". Elle a ajouté "je l'ai trouvé vivant dans un autre monde, très loin des Français et aussi très loin de la vérité, sur le chômage, les retraites, la sécurité".
Le président de la République est apparu ces derniers jours, au fil du déluge de commentaires provoqués par l'affaire Bettencourt, comme un funambule. Avec ces signes fugaces et cruels montrant que l'artiste pouvait ne plus maîtriser sa trajectoire. Son calendrier, en langage politique. Le président de la République s'est naturellement efforcé, hier soir face à David Pujadas dans une mise en scène intimiste, de convaincre du rétablissement de l'artiste. Si tant est qu'il se soit jamais vraiment senti en péril... Grave, concentré, pédagogue, presque ennuyeux, Nicolas Sarkozy n'a pas chuté. Adressant ainsi un pied de nez narquois à ses adversaires comme à ses amis les plus encombrants. La calomnie, a-t-il expliqué, il s'y était préparé.
Convaincu, compassionnel, complice : la tonalité était claire. Le chef de l'État a consacré un quart de son intervention à « l'affaire », soutenant sans concession son ministre du Travail. Il ne pouvait en être autrement à la veille de la présentation en conseil des ministres du projet de réforme des retraites préparé par Éric Woerth.
Cette réforme, l'hôte de l'Élysée l'a défendue certes techniquement mais avec force. Exonérant au passage les syndicats de toute responsabilité : pérenniser les retraites sera l'œuvre de Sarkozy, point. Même conviction dans la défense du bouclier fiscal.
La compassion n'est que l'envers de cette fermeté. Le président de la République en a lardé ses propos. Invoquant l'injustice qu'il y aurait à faire croire que la réforme n'est pas nécessaire quand 10% des pensions sont financés par l'emprunt. Il n'a pas hésité à faire mention des « souffrances » dont les manifestations de rue sont à ses yeux le reflet : Nicolas Sarkozy les fait siennes. A deux reprises aussi, il a pris pitié de l'agriculture, dont il veut à tout prix défendre le modèle « français et européen ».
Le ton complice a surgi peu à peu, après quelques tours de chauffe. Quoiqu'il en pense, le président de la République s'est bien gardé d'attaquer les médias. Il sait trop bien que les journaux sont dans la même barque que les pouvoirs qu'ils agacent : l'Etat fournit les rames. Complicité matoise encore révélée par cette réflexion sur l'argent. Réputé proche des parrains de l'économie française, Nicolas Sarkozy affirme qu'il se méfie autant des gens qui idolâtrent l'argent que de ceux qui le détestent. Nul doute qu'il ait trouvé dans ce trait une clé pour gagner la sympathie des Français. Au rapport à l'argent si compliqué.
Notre Président n'a pas changé. Toujours cette gouaille, qui avale des syllabes et des mots, et fait dire aux gens : il cause comme nous. Toujours cette projection du corps vers l'avant, ces mouvements de tête désordonnés, qui surprennent. Nous le savons désormais, il n'aura jamais l'onctuosité de François Mitterrand, ni la componction de Jacques Chirac. Et pourtant, hier soir, Nicolas Sarkozy a fait Président. A sa manière à lui, entre avocat et VRP, combatif, démonstratif, partisan et convaincant. On a cru par moments revoir le candidat, son tempérament, ses impatiences, et déjà cette volonté de faire Président avant l'heure - on a revu, en fait, le candidat d'avant le Fouquet's. Je suis le chef de l'Etat, a-t-il maintes fois répété. Qu'on partage ses convictions ou non, il faut convenir qu'hier soir, il a pleinement été notre Président le temps d'un entretien télévisé.
Mal emmanché : ce 14-Juillet destiné aussi à célébrer à Paris le cinquantenaire des indépendances en Afrique francophone fait l’objet de tant de contestations qu’on en viendrait presque à dire « stop ». Même si les contentieux sont nombreux, les rencontres valent mieux que les ignorances réciproques.
Les difficultés, il est vrai, ne manquent pas entre la France et ses anciennes colonies. On trouvera facilement, avec chacun des 14 pays concernés, quelques sérieux motifs de fâcheries. La plus spectaculaire est bien entendu celle qui continue avec la Côte d’Ivoire : élu en 2000 pour cinq ans, Laurent Gbagbo s’accroche au pouvoir et reporte sans cesse la présidentielle. Il ne viendra pas. Quant au Malgache Andry Rajoelina, en mal de légitimité, il n’a pas été invité.
Les autres chefs d’État, eux, seront là. Ils participeront ce soir à un dîner de travail avant que des détachements de leurs armées descendent les Champs-Élysées demain. L’organisateur de ces festivités, l’ancien ministre de la culture Jacques Toubon, voit là « un hommage aux soldats africains qui ont combattu pour la France ». Si l’ambition est bien celle-là, elle pourrait fournir l’occasion à Nicolas Sarkozy de soutenir l’alignement des retraites des anciens combattants des troupes coloniales sur celles de leurs compagnons d’armes français. C’est depuis la fin mai une exigence du Conseil constitutionnel.
À supposer qu’il soit possible de solder cette partie du passé (la mémoire, c’est une autre histoire…), l’avenir pourra alors s’inviter autour de la table. Nicolas Sarkozy va répétant qu’il veut rénover les rapports entre les pays de l’ancien empire et la métropole. Des évolutions récentes, la plus nette reste le recul de l’engagement économique et surtout militaire de l’ancienne puissance sur le continent, et les formes du partenariat qui devrait se nouer demeurent encore très floues. Il faudra travailler à donner un nouveau contenu à ces relations. À la fois plus généreux (moins clientéliste) et plus responsable (moins paternaliste). Si cela pouvait être une conséquence de ce 14-Juillet africain, il pourrait alors être célébré comme une bonne idée.
On a coutume, en France, de dénoncer l’irresponsabilité dont feraient souvent preuve les organisations syndicales, leur refus de regarder au-delà de leur propre intérêt. Raison de plus pour saluer leur attitude vis-à-vis d’Éric Woerth. Les syndicats se refusent à exploiter les soubresauts de l’affaire Bettencourt pour tenter d’affaiblir encore davantage le ministre en charge de la réforme des retraites, projet qui suscite pourtant leur opposition virulente.
Le débat public aurait beaucoup à gagner si cette attitude était davantage partagée. La France doit aujourd’hui faire face à des échéances graves : la réforme des retraites, le rétablissement des comptes publics, la lutte contre un chômage qui progresse dans la quasi-indifférence. Elle ne doit donc pas dilapider son énergie dans des polémiques et des attitudes destructrices. L’avertissement vaut pour les partis d’opposition et pour les médias. Il vaut tout autant pour le gouvernement et ses porte-parole dont certaines réactions sont disproportionnées. Par exemple lorsque Xavier Bertrand utilise l’expression « méthodes fascistes » à propos du site Internet Mediapart. À cet égard, il faut espérer que, ce soir sur France 2, Nicolas Sarkozy résistera à la tentation de régler des comptes avec tel ou tel organe de presse. Ce serait jeter de l’huile sur le feu.
Appeler au calme ne signifie en aucune façon négliger les questions que soulève l’affaire Bettencourt : les risques de conflit entre l’intérêt public et les intérêts privés, le cumul plus que discutable entre les fonctions de ministre et celles de trésorier de parti, le maintien de pratiques nuisibles en matière de financement politique, l’équité fiscale… Mais discuter de tels sujets dans un climat de passion est peut-être le meilleur moyen de ne pas en tirer de conséquences. Il importe au plus haut point que les réformes à envisager soient examinées posément et démocratiquement, par exemple dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire. Il y aurait là une forme de persévérance civique qui donnerait toute sa légitimité au calme souhaité.
La justice helvétique, hier, a décidé de rendre sa liberté à Roman Polanski. Tout bien réfléchi, elle estime que la demande d’extradition des USA présente peut-être… “un vice”.
L’arrestation du cinéaste à Zurich, en septembre 2009, avait produit l’effet d’une bombe. La cause?? Un procureur californien veut l’entendre, pour le viol d’une adolescente commis trois décennies plus tôt. On croyait pourtant le dossier clos, suite à une transaction financière. Immoral, mais légal, au pays de l’oncle Sam.
L’auteur de “Rosemary’s Baby” proteste, on lui fait un enfant dans le dos. “Un acharnement indigne”, proclament les soutiens du septuagénaire. Il a déjà “payé”, avec son carnet de chèques, et sa victime ne réclame que le droit à l’oubli.
En dépit des arguments avancés, la Confédération demeure intransigeante. À l’époque, elle n’a pas grand-chose à refuser aux Américains. En plein scandale boursier, Washington menace de l’inscrire sur la liste noire des paradis fiscaux. D’où la nécessité de “montrer patte blanche”, en emprisonnant le mauvais diable. Au moins le temps que la tempête
se calme et que la prospérité revienne…
À lire ainsi l’histoire, la libération surprise de Polanski devient une bonne nouvelle. La Suisse n’a plus peur des États-Unis, la crise bancaire est donc finie?!
Une intervention aussi attendue et réclamée n'est efficace que si elle apporte du nouveau. Au plus bas dans les sondages, au point d'avoir perdu, dimanche, la législative partielle dans le fief UMP de Rambouillet, Nicolas Sarkozy devait frapper fort pour atténuer la crise de confiance qui mine l'exécutif et fragilise la fin du quinquennat.
Le style même de l'émission - un entretien sobre sur le perron de l'Élysée - et le moment choisi - un soir sans foot ni vélo, entre un rapport favorable à Éric Woerth et la présentation de la réforme des retraites - témoignent à eux seuls de la gravité du rendez-vous avec les Français.
Les « affaires » au rayon des accessoires oubliés ? En avocat précis et plutôt serein, Nicolas Sarkozy confirme dans sa fonction et défend Éric Woerth. Mais, en souhaitant son départ, désormais probable, de trésorier de l'UMP, il admet la possibilité d'un problème dans l'exercice de responsabilités qui peuvent s'avérer conflictuelles.
Nicolas Sarkozy convainc moins quand il affirme que la « calomnie » subie par Éric Woerth tient à ses responsabilités de ministre des retraites. Depuis des mois, la gauche parlementaire pointait du doigt la conflictualité entre la fonction de ministre et celle de trésorier d'un parti. Et ce n'est pas l'opposition qui a révélé les affaires, mais des journalistes. Soucieux d'apaiser le climat, le Président se permet d'ailleurs de prendre de la distance avec ceux de ses amis qui règlent des comptes avec les médias.
Un gouvernement capable de restaurer la confiance ? Nicolas Sarkozy n'aime pas subir le calendrier. Éric Woerth défendra donc la réforme des retraites et le gouvernement sera remanié fin octobre, comme déjà annoncé. Cent jours pendant lesquels le pays sera gouverné par une équipe en sursis. Mais, à vrai dire, céder aux injonctions des uns et des autres de changer d'équipe maintenant n'aurait pas davantage été une preuve d'autorité.
Des règles de gouvernance fondées sur l'éthique, une république irréprochable ? En annonçant une commission pluraliste - alors qu'il gèle la commission d'enquête demandée par l'opposition - il promet de préciser la notion de conflit d'intérêts, mais ne s'étend pas sur les suspicions liées au financement de l'UMP ou à la fraude fiscale de certains gros contribuables. En confirmant que les ministres seront mis sous surveillance, il reconnaît des « maladresses » insupportables en période de crise.
Des garanties aux classes populaires et moyennes victimes de la rigueur ? Sur les retraites, le Président maintient le cap. Il promet d'être attentif aux carrières longues, à la pénibilité, aux polypensionnés. Il annonce, dans la foulée, l'ouverture du dossier de la dépendance. Il rappelle le poids de la fiscalité sur les hauts revenus, mais défend aussi le bouclier fiscal pour les plus aisés. Il invoque le poids de la contrainte internationale pour justifier sa politique.
Au total, aura-t-il été convaincant ? C'est toute la difficulté de Nicolas Sarkozy, faire mentir cette réflexion du philosophe américain Ralph Waldo Emerson : « Ce que tu es parle si fort qu'on n'entend plus ce que tu dis. » Les prochains sondages seront regardés de très près.
ALTERMONDIALISME – 10 ans de forum social pour quoi faire ?
Le Forum social mondial (FSM) fête cette année ses dix ans. L'occasion pour les altermondialistes du monde entier de se retrouver aux sources du mouvement à Porto Alegre au Brésil. L'opportunité pour nous de faire un point sur le chemin parcouru durant cette décennie
Qui sont les altermondialistes ?
L'idéologie défendue par les altermondialistes est claire : prouver qu'un autre monde est possible, loin des logiques néolibérales. L'idée n'est pas nouvelle mais a germé en 1999 lors de grandes manifestations à Seattle. Face à une mondialisation menaçante, des leaders venus du monde entier et de différents courants politiques ou associatifs se décident à agir ensemble. L'altermondialisme est né et se concrétise en janvier 2001 sous la forme d'un premier Forum social mondial (FSM), se tenant en marge du Forum économique mondial de Davos (Suisse). Dans la ville brésilienne de Porto Alegre, les altermondialistes débattent des valeurs qui leur sont chères, parmi lesquelles la justice économique, la suppression des dettes des pays pauvres, l'autonomie des peuples ou encore la protection de l'environnement.
Qu'ont-ils accompli ?
Alors que le 9e FMS s'est ouvert lundi et ce pour 5 jours, à Porto Alegre (il n'y a pas eu de FMS en 2008), l'heure est au bilan. Malgré les nombreuses conférences, discussions, textes et autres chartes, le mouvement altermondialiste n'a pas réussi à bouleverser le monde et ses dérives financières. Les institutions internationales comme le G20, le FMI ou l'OMC n'ont pas modifié leur politique. Les pays pauvres sont toujours aussi endettés. Le néolibéralisme économique domine encore le monde. La crise a tout de même permis de mettre les idées des altermondialistes à l'agenda des dirigeants, notamment en matière d'assainissement des marchés financiers. En perte de vitesse à l'international, le mouvement hétérogène s'est consacré à des problématiques locales, en aidant par exemple à la protection de l'environnement ou aux droits des peuples.
Quel avenir ?
Après une visibilité forte du mouvement entre 1999 et 2004, notamment à cause de manifestations spectaculaires voire violentes, l'altermondialisme n'attire plus les médias. Dans la foule, pourtant de plus en plus compacte, de ses membres, aucune grande figure ne se distingue pour incarner l'idéologie. Sans l'intérêt des médias, le mouvement serait-il en train de s'essouffler ? "Lorsque le mouvement altermondialiste émerge il y a dix ans, c'est en fait un immense cri que l'on pousse. Au-delà de ce cri, le temps est venu de se poser des questions. Comment perdurer? Comment fonctionner?", estime David Eloy, rédacteur en chef de la revue Altermondes. Les altermondialistes ont décidé d'être au plus près des mouvements sociaux. Ainsi en 2010, 27 forums régionaux vont être organisés dans le monde.
Si l'avenir reste incertain, la solution vient peut-être d'Amérique du Sud. Les chefs d'Etat du sous-continent américain embrassent avec joie les idées altermondialistes. Le président brésilien Lula et ses homologues vénézuélien, bolivien et équatorien assistent d'ailleurs actuellement aux débats.
Damien Bouhours
Aubry fustige "l'auto-persuasion" et "l'auto-satisfaction" de Sarkozy
Martine Aubry, première secrétaire du PS, a estimé lundi sur France 3 que l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy se résumait à de "l'auto-persuasion" et de "l'auto-satisfaction".
"J'ai trouvé un président de la
République qui parlait d'abord de lui-même, avant de parler des Français. Je l'ai trouvé vivant dans un autre monde, très loin des Français et aussi très loin de la vérité, sur le chômage, les retraites, la sécurité", a déclaré Mme Aubry.
"Comme d'habitude, des grands mots et une réalité qui est toujours différente. Pas de changement de cap qui ramènerait un peu d'espérance face à cette crise morale que nous traversons et face à cette terrible crise économique et sociale, on continue comme avant, l'auto-persuasion et l'auto-satisfaction", a-t-elle poursuivi.
Sur l'affaire Bettencourt/Woerth, "nous attendions ce soir des clarifications et des décisions et nous n'avons eu ni les unes ni les autres", a estimé le maire de Lille.
Pour Mme Aubry, "on avait l'impression qu'il était au coeur d'un complot tout ça pour masquer des questions totalement embarrassantes et totalement floues".
Interrogée sur le "conseil" de Nicolas Sarkozy à Eric Woerth de quitter ses fonctions de trésorier de l'UMP, Mme Aubry a répondu: "C'est déjà une chose que nous demandons depuis trois ans. Ca veut bien dire qu'on reconnaît là qu'il y a un conflit d'intérêts".
Pour aller "jusqu'au bout" des conséquences de ces conflits d'intérêts, Mme Aubry a redemandé une commission d'enquête parlementaire et un "juge indépendant".
"La France de Nicolas Sarkozy, c'est Mme Bettencourt qui reçoit 30 millions d'euros au titre du bouclier fiscal (...) et c'est 30 millions de Français qui sont à quelques euros près, pour terminer leur mois", a-t-elle lancé, évoquant la suppression de l'APL pour les étudiants.
"Voilà la justice vue par Nicolas Sarkozy!", a-t-elle lancé.
Fustigeant les "contre-vérités permanentes" du président, elle a ajouté: "On aurait aimé qu'il y ait un peu de répondant en face", critiquant implicitement l'interviewer David Pujadas.
"Nous faire croire qu'il n'y aurait en France que 10.000 personnes qui auraient travaillé (exposées) aux intempéries, sur des charges lourdes (...) c'est totalement aberrant", a-t-elle asséné.
Vous avez le sentiment d'écouter votre adversaire de 2012 ? "L'adversaire de la gauche, l'adversaire des socialistes, oui", a-t-elle répondu..
Sarkozy renouvelle sa confiance à Woerth et reste ferme sur les retraites
Après un mois de polémiques qui ont atteint le sommet de l'Etat, Nicolas Sarkozy espérait, ce lundi soir sur France 2, parvenir à mettre un point final à l'affaire Bettencourt-Woerth et recentrer le débat sur les «problèmes de fond», à commencer par la réforme des retraites.
Pour sa première prestation en direct depuis le 25 janvier, le chef de l'Etat a été interrogé un peu plus d'une heure par David Pujadas, sur une terrasse des jardins de l'Elysée. Installé face à Nicolas Sarkozy, une table les séparant, le journaliste de France 2 a débuté l'entretien par le feuilleton Bettencourt, qui atteint de plein fouet le ministre du Travail, Eric Woerth, en charge de la réforme emblématique des retraites.
Voici les principales déclarations du chef de l'Etat :
«Eric Woerth sera le ministre qui défendra» la réforme des retraites. «Eric Woerth est un homme honnête, c'est un homme compétent, c'est un homme qui a toute ma confiance et celle du Premier ministre», a immédiat souligné le chef de l'Etat. «Il sera donc le ministre qui défendra cette réforme si nécessaire des retraites selon le calendrier qui était prévu».
Sarkozy mis en cause dans l'affaire Bettencourt : «Une honte». Emprunt d'une colère froide, Nicolas Sarkozy a jugé que c'était «une honte» de l'avoir accusé d'avoir «ramassé des enveloppes» d'argent chez Liliane Bettencourt, comme l'avait rapporté le site Médiapart citant des premières déclarations, démenties ensuite, de l'ex-comptable de la patronne de l'Oréal. Pour symbole de son honnêteté, il a rappelé : «Le seul président qui a fait rentrer la Cour des comptes à l'Elysée, c'est moi ! Et j'ai voulu nommer un député de l'opposition comme président» au décès de Philippe Séguin.
«Mon conseil, c'est plutôt que (Woerth) abandonne» ses fonctions de trésorier UMP. En revanche, pour couper court à toute polémique, il a «conseillé» à son ministre du Travail de quitter ses fonctions de trésorier de l'UMP afin qu'il se consacre «exclusivement» à la réforme des retraites. «Je lui ai dit que je souhaitais qu'il se consacre exclusivement à cette importante réforme des retraites, que son honneur maintenant était lavé, que les soupçons étaient levés, et que mon conseil c'est plutôt qu'il abandonne cette responsabilité de trésorier», a-t-il dit.
«Si j'avais été un homme d'argent, j'aurais fait une autre carrière». A ses détracteurs, le chef de l'Etat rétorque qu'il aurait fait «une autre carrière» s'il avait été «un homme d'argent», comme certains de ses opposants le dépeignent. «Qu'est-ce que c'est, depuis quelques semaines, que cette attitude vis à vis de l'argent ?», s'est-il interrogé. «J'entends des gens qui disent leur détestation de l'argent. Mon Dieu ! Je me méfie autant des gens qui idolâtrent l'argent que des gens qui le détestent. Cela revient aux mêmes choses. C'est un rapport malsain», a-t-il lancé.
Pas de remaniement avant la rentrée. Malgré les appels pressants de la gauche et de plusieurs ténors de sa propre majorité, Nicolas Sarkozy a confirmé que le remaniement ministériel aurait lieu en octobre après la réforme des retraites, ajoutant que ceux qui préconisaient une «équipe resserrée» avaient «raison».
«La retraite, je dis : les 62 ans, on n'y touche pas». Appelant à cesser de «perdre du temps avec la calomnie pour nous concentrer sur l'essentiel», le président a abordé dans le détail le sujet des retraites. Il a réaffirmé qu'il n'accepterait pas de revenir sur le recul de l'âge de départ à la retraite à 62 ans ni sur l'alignement des cotisations retraites public-privé : «La retraite (à) 62 ans, on n'y touche pas.» En revanche, il s'est dit ouvert sur le reste.
«Il faut cesser cette marche folle de l'augmentation d'impôts». Interrogé sur sa politique de réduction des déficits, le chef de l'Etat s'est refusé à employer ce terme «connoté en France», lui préférant l'adjectif «rigoureux». «Le mot rigueur, ça veut dire baisser les salaires, je ne le ferai pas, augmenter les impôts, je ne le ferai pas». «De tous les pays du monde, la France est celui qui taxe le plus les contribuables. La fiscalisation sur les plus riches est la plus importante», a-t-il martelé. «Ce qui ne me fait pas peur, c'est le mot rigoureux (...) Rigoureux ça veut dire qu'on revient à l'équilibre (des comptes publics, ndlr), je le ferai», a ajouté le chef de l'Etat, réaffirmant l'engagement de la France à ramener son déficit public à 3% du produit intérieur brut (PIB) en 2013, ce qui revient à un effort d'économies d'environ 100 milliards d'euros en trois ans.
Niches fiscales : «Nous avons décidé d'essayer de trouver 10% d'économies». Le gouvernement travaille encore à la réduction des niches fiscales sur lesquelles il souhaite «trouver 10% d'économies» mais les exonérations pour les emplois à domiciles ou les aides à la personne seront globalement préservées, a indiquéNicolas Sarkozy. En revanche, il a annoncé la modification du dispositif par lequel l'Etat prend en charge les cotisations sociales sur les bas salaires qui ne prendra plus en compte les 13e mois, comme c'est le cas actuellement.
Défense du bouclier fiscal... et de Liliane Bettencourt Quid du bouclier fiscal, notamment mis en cause dans l'affaire Bettencourt ? Pas question de le supprimer. «En France, le bouclier fiscal, ça signifie que personne ne paye plus de 50 % de son revenu. Si en France, on n'a plus personne ou investir et dépenser ?» a lancé le chef de l'Etat. Interrogé sur l'intérêt de maintenir ce dispositif contesté, qui permet à un contribuable de ne pas payer plus de 50% de ce qu'il gagne en impôts, le chef de l'Etat a évoqué le cas de Liliane Bettencourt, qui «paye plusieurs millions d'euros d'impôts par mois». «Mme Bettencourt, qui est propriétaire de L'Oréal, je souhaite qu'elle reste propriétaire de L'Oréal et que L'Oréal - 17 milliards de chiffre d'affaires, 64 000 employés - ne parte pas dans un autre pays», a expliqué Nicolas Sarkozy. «Parce qu'à ce moment, qui le paierait ? (...) c'est les employés qui perdraient leur emploi», a estimé le président de la République.
Mineurs délinquants : «Appliquer la suppression des allocations sociales avec fermeté». «Nous avons décidé avec le ministre de l'intérieur de faire de la Seine-Saint-Denis une priorité. Je souhaite impliquer la responsabilité pénale des parents et appliquer la suppression des allocations sociales avec fermeté. Nous allons créer en outre une vingtaine d'établissements de réinsertion pour lutter contre les décrochages scolaires. J'ai demandé qu'on constitue un fichier pour que tout jeune qui sort de l'école à 16 ans, ne le fasse pas sans formation, ni travail.»
«Le visage désastreux» des Bleus. Interrogé sur le fait de savoir pourquoi il avait reçu Thierry Henry à son retour du Mondial le 24 juin, jour de mobilisation syndicale contre la réforme des retraites, Sarkozy a confirmé que c'est bien Thierry Henry qui avait demandé à le voir. «Pourquoi j'ai reçu Thierry Henry ? Il a porté le maillot de l'équipe de France 124 fois, dignement. Il a été le joueur qui a marqué le plus de buts pour l'équipe de France. Ca compte», a-t-il dit. Quant au «visage donné par l'équipe de France en Afrique du Sud... désastreux. J'ai dit : les responsables doivent partir. Ils sont partis. Ne les accablons pas. Les joueurs ne doivent pas toucher de primes. Ils n'ont pas touché de primes», a poursuivi le chef de l'Etat.
lundi 12 juillet 2010
Retraites, remaniement, otages : les autres sujets abordés par le président
* Sur la réformes des retraites : "Je dis : les 62 ans, nous n'y toucherons pas. Je dis : l'équilibre des cotisations public-privé, c'est une question de justice. On ne peut pas y toucher", a déclaré le chef de l'Etat. "Sur le reste, nous serons très à l'écoute de ce que nous diront nos interlocuteurs", a-t-il ajouté. Le chef de l'Etat a précisé qu'il aurait des contacts pendant l'été avec les partenaires sociaux. "Je m'attends à ce qu'il y ait des manifestations. Je sais qu'il y a de la souffrance. Ce qui aura une influence, c'est l'idée que nous nous ferons de la justice. Ce n'est pas l'importance des manifestations", a-t-il déclaré.
* Sur un remaniement ministériel : "Si je devais écouter tous les conseils qui me sont donnés, j'aurais fait un premier remaniement après les régionales et j'aurais fait un deuxième remaniement maintenant. Et sans doute les mêmes auraient recommandé un troisième remaniement après la réforme des retraites. Cela donne la valse des ministres et des ministères et une image ridicule de notre pays", a-t-il fait valoir. "Il y aura donc une nouvelle étape de l'action politique que je conduirai après la réforme des retraites à la fin du mois d'octobre. Je l'ai toujours indiqué. Cette étape-là marquera le dernier tiers de mon quinquennat", a annoncé M. Sarkozy en précisant que ceux qui préconisaient une "équipe resserrée" avaient "raison".
* Sur les niches fiscales : "Nous avons décidé d'essayer de trouver 10 % d'économies" sur les niches fiscales, qui représentent un manque à gagner d'environ 75 milliards d'euros par an pour l'Etat. "On est en train d'y travailler" et les économies seront de l'ordre de 7 à 9 milliards d'euros, a précisé le chef de l'Etat. Interrogé sur le "coup de rabot" général de 10 % évoqué pour toutes les niches, M. Sarkozy a assuré : "Nous n'avons pas encore décidé". Il a toutefois affirmé que les exonérations pour l'emploi d'un salarié à domicile ou les aides à la personne, qui bénéficient à de nombreuses familles, seraient globalement conservées, hormis des ajustements dans le calcul des cotisations. En revanche,
il a annoncé la modification du dispositif par lequel l'Etat prend en charge les cotisations sociales sur les bas salaires qui ne prendra plus en compte les 13e mois, comme c'est le cas actuellement.
* Sur le bouclier fiscal : Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois exclu toute suppression du bouclier fiscal, de même que de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). "Nous sommes le dernier pays à avoir un impôt sur la fortune, parce que je l'ai voulu", a-t-il affirmé, ajoutant : "Quand on a de l'argent, il est normal de payer des impôts".
* Sur le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux dans les collectivités territoriales : L'Etat a "supprimé 100 000 postes de fonctionnaire en 3 ans", "dans le budget 2011 nous en supprimerons encore 34 000" selon la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. "Je propose que les collectivités territoriales prennent la même règle que l'Etat", a-t-il ajouté, reprenant une suggestion qu'il avait déjà faite lors de la dernière conférence sur les déficits. "Il n'y a aucune raison que l'Etat s'impose une gestion rigoureuse et que les collectivités territoriales, notamment les régions, continuent une politique d'augmentation du nombre de fonctionnaires : 34 000 chaque année depuis 10 ans à compétence constante", a-t-il estimé. Pressé de dire si les régions ne s'étaient pas vu transférer de nouvelles compétences, il a répondu : "Aucune !" "Tout le monde applaudit au 'un sur deux', qu'est-ce qui empêche les régions de France d'appliquer la même règle ?" a-t-il lancé, soulignant que c'était un "appel à la responsabilité".
* Sur les otages français à l'étranger : A propos des deux journalistes de France 3 retenus en Afghanistan depuis décembre 2009. "Nous ferons tout pour les sortir de la situation où ils se sont mis" (...). "Nous n'avons pas d'inquiétude brûlante. Nous discutons. J'ai en revanche une inquiétude beaucoup plus brûlante pour un autre de nos compatriotes retenu en otage quelque part dans le Sahel. C'est ça la vérité", a poursuivi le chef de l'Etat. Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a publié dimanche un message à l'attention de Paris dans lequel il menace de tuer un Français enlevé en avril au Niger, si Paris ne répond pas à ses demandes d'ici à quinze jours.
* Création d'une vingtaine d'internats pour élèves difficiles : "Nous allons créer, dès la rentrée prochaine, dont deux en Seine-Saint-Denis, des établissements adaptés de réinsertion scolaire" pour des collégiens et lycéens "dont personne ne veut" (...). "On en aura une vingtaine dès la rentrée prochaine avec encadrement renforcé", a-t-il précisé, soit deux fois plus que prévu jusqu'alors à l'horizon 2011.
Nicolas Sarkozy annonce la création d'une commission pour éviter les conflits d'intérêts
Tout en renouvelant sa confiance au ministre du travail, Eric Woerth, mis en cause dans l'affaire Bettencourt, Nicolas Sarkozy a conseillé à son ministre d'abandonner son poste de trésorier de l'UMP et annoncé la création d'une commision pour éviter "toute forme de conflits d'intérêts", lundi 12 juillet au soir dans un entretien sur
France 2.
Eric Woerth est "lavé de tout soupçon par le rapport de l'IGF, je n'ai aucune raison de m'en séparer" a-t-il indiqué. C'est "un homme honnête, c'est un homme compétent, c'est un homme qui a toute ma confiance et celle du premier ministre", a dit le chef de l'Etat. "Il sera donc le ministre qui défendra cette réforme si nécessaire des retraites selon le calendrier qui était prévu", a-t-il poursuivi. "Le 13 juillet, demain, le conseil des ministres adoptera le texte de réforme, le 6 septembre le Parlement en discutera en séance plénière, les commissions travailleront dès le mois de juillet et à la fin du mois d'octobre, ce texte sera voté", a ajouté Nicolas Sarkozy.
"MON CONSEIL C'EST PLUTÔT QU'IL ABANDONNE CETTE RESPONSABILITÉ"
Il a par ailleurs dit que c'était "une honte" d'avoir accusé Eric Woerth d'avoir "ramassé des enveloppes" d'argent chez Mme Bettencourt, comme l'avait rapporté le site Mediapart citant des premières déclarations, partiellement démenties ensuite, de l'ex-comptable de la patronne de L'Oréal. Ces présumées enveloppes auraient été distribuées avant la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Certains ont suggéré qu'elles auraient pu servir au financement de sa campagne présidentielle.
Eric Woerth est accusé de "conflit d'intérêts", d'abord pour avoir été au même moment ministre du budget (de 2007 à mars 2010) et trésorier du parti présidentiel l'UMP, mais aussi parce que dans le même temps, son épouse, Florence, gérait une partie de la fortune de Liliane Bettencourt, l'héritière des cosmétiques L'Oréal.
Alors que de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer la double casquette d'Eric Woerth, le président de la République a indiqué qu'il avait conseillé à son ministre d'abandonner son poste de trésorier : "Je lui ai dit que je souhaitais qu'il se consacre exclusivement à cette importante réforme des retraites, que son honneur maintenant était lavé, que les soupçons étaient levés, et que mon conseil c'est plutôt qu'il abandonne cette responsabilité", a-t-il dit. "Je ne suis pas en charge du fonctionnement de l'UMP, c'est Xavier Bertrand qui en est en charge", a-t-il ajouté pour signifier que la décision formelle ne lui appartenait pas.
Et pour éviter à l'avenir "toute forme de conflit d'intérêts", le président a annoncé la mise en place la semaine prochaine d'une "commission représentant toutes les familles politiques". "Sur cette question de conflit d'intérêts, j'ai entendu qu'il y avait des propositions des uns ou des autres sur le sujet et je suis très attentif à ces propositions", a expliqué le président. "Je demanderai à une commission représentant toutes les familles politiques de réfléchir dès la semaine prochaine à la façon dont on doit ou non compléter ou modifier la loi pour éviter dans l'avenir toute forme qui pourrait intervenir de conflit d'intérêts", a-t-il annoncé. "Je précise que ça ne concernera pas que les ministres, cela doit concerner aussi les parlementaires, et pourquoi pas telle ou telle personne qui exerce une responsabilité", a-t-il ajouté.
"CE SERAIT INDÉPENDANT DE DIRE 'CE SERAIT BIEN QU'ON CHANGE DE JUGE' ?
Nicolas Sarkozy a par ailleurs défendu la conduite des enquêtes dans l'affaire Woerth-Bettencourt par le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, soupçonné par des syndicats de magistrats et l'opposition d'avoir une approche partiale de l'affaire. "Comme c'est curieux, lorsqu'au début de la semaine dernière les éléments étaient à charge contre Eric Woerth, personne ne posait cette question, comme par hasard les juges étaient indépendants", a estimé M. Sarkozy. "Maintenant que les témoignages s'effondrent les uns après les autres, que l'honnêteté d'Eric Woerth éclate en plein jour, le même juge devient quelqu'un dont il faut soupçonner la partialité", s'est-il étonné. Placé sous l'autorité hiérarchique du ministre de la justice, le procureur Courroye est réputé proche du chef de l'Etat. Il a rappelé que le procureur était "compétent" dans cette affaire "parce qu'il a été saisi en son temps d'une procédure pour abus de faiblesse engagées par la fille de Mme Bettencourt à l'endroit de Mme Bettencourt".
Le président a rejeté l'idée de changer de cadre procédural alors que de nombreuses personnes, dont Dominique de Villepin et François Bayrou, demandent qu'un juge d'instruction – magistrat indépendant et inamovible – soit saisi des enquêtes dans l'affaire Bettencourt. "Vous croyez que ce serait indépendant de dire 'ce serait bien qu'on change de juge', qu'on en mette un autre ? Ce n'est pas ma conception de l'indépendance de la justice", a-t-il martelé.
"LA RÉPONSE, C'EST BIEN SOUVENT LA CALOMNIE"
"J'ai été élu pour résoudre les problèmes de la France et des Français, des problèmes qui n'ont pas été résolus depuis des années parce qu'ils sont très difficiles (...) notamment la réforme des retraites", a-t-il ajouté. Selon lui, quand on met en forme des réformes, on "bouscule des intérêts, des situations acquises", on "gêne un certain nombre de gens. La réponse, c'est bien souvent la calomnie". "On l'a connu il y a trois mois : ma femme et moi, on a subi les pires racontars, mensonges. Il y a quatre ans, lorsque j'ai pris la présidence de l'UMP, j'ai eu à faire face à l'invraisemblable affaire Clearstram. Et voilà qu'avec la réforme des retraites, on me décrit comme quelqu'un qui, depuis 20 ans, irait chez Mme Bettencourt pour ramasser des enveloppes. C'est une honte !" s'est exclamé M. Sarkozy.
"J'ai lu dans la presse le témoignage du maître d'hôtel de Mme Bettencourt qui travaillait chez eux depuis 17 ans. Il a dit : 'En 17 ans, j'ai vu Nicolas Sarkozy au domicile de M. et Mme Bettencourt deux fois, peut-être trois fois'. Et à chaque fois, dit-il, c'était soit pour un déjeuner, soit pour un dîner, avec plusieurs personnes", a encore dit M. Sarkozy. "Vous m'imaginez, pendant un dîner, devant les convives à table, repartant avec de l'argent ?" a-t-il demandé.
"Il ne s'agit pas pour moi d'être victime de quoi que ce soit. J'étais prêt" mais "c'est une perte de temps par rapport à ce que les gens attendent de moi. Et ils attendent une chose très simple : "Sortez-nous de la crise", a-t-il ajouté.
"LA FRANCE N'EST PAS UN PAYS CORROMPU"
Enfin, en réponse à la socialiste Ségolène Royal qui dénonçait le 29 juin "un système Sarkozy corrompu", le président a affirmé : "La France n'est pas un pays corrompu". "La classe politique gauche-droite confondue est en général honnête. Les fonctionnaires français sont des gens d'une grande rigueur", a ajouté M.Sarkozy. Mais le chef de l'Etat a reconnu qu'"il y avait, dans notre pays, des habitudes, c'est incontestable, un certain laisser-aller, trop d'appartements de fonction, trop de voitures de fonction, trop de mauvaises habitudes. C'est exact et je le reconnais bien volontiers".
"Ces mauvaises habitudes, il faut y mettre un terme", a-t-il dit en rappelant qu'il avait décidé des mesures pour réduire les avantages dont bénéficient les ministres. "J'ai promis une République irréprochable, c'est ce que nous faisons", a martelé le président de la République.
Ile-de-France : RFF va investir 4 milliards d'euros sur 3 ans
Réseau ferré de France (RFF) a annoncé lundi qu'il allait engager pour les trois prochaines années 4 milliards d'euros pour investir et assurer le fonctionnement, la maintenance et le développement de son réseau en Ile-de-France.
"RFF engagera globalement, pour les trois prochaines années, 4 milliards d'euros pour le fonctionnement, la maintenance, la modernisation et le développement du réseau de l'Ile-de-France", a annoncé RFF dans un dossier
de presse.
Sur ces 4 milliards, 2 milliards d'euros seront consacrés au "fonctionnement et l'entretien" et 2 milliards à l'"investissement, dont la moitié au titre du renouvellement et de la fiabilisation du réseau".
"Par ailleurs, 150 millions d'euros seront engagés par RFF en faveur d'équipements pour les personnes à mobilité réduite, au titre de la mise en accessibilité de plus de 200 gares", a ajouté le réseau.
Ces travaux portent sur les cheminements en gares, la remise en état des quais, la création d'ascenseurs et l'adaptation ou la mise en place d'équipements spécifiques.
RFF, à travers ces 4 milliards, a notamment pour objectif de réduire de 30% les irrégularités liées à ses infrastructures.
Constitué en étoile autour de Paris, le réseau ferré en Ile-de-France compte 3.783 km de voies, plus de 400 gares, et près de 500 passages à niveaux.
Le réseau ferré en Ile-de-France comporte par ailleurs cinq lignes de RER (dont deux, la A et la B, sont partagées avec la RATP) neuf lignes dites "Transilien" au départ des grandes gares parisiennes, une rocade fret ainsi qu'un système grande vitesse (la ligne à grande vitesse Nord, Est, Sud-Est et Atlantique).
L'achat d'un nombre respectable de boîtes de cigares ; le déplacement coûteux, en jet privé, d'un ministre (dans l'exercice de ses fonctions) ; un permis de construire contesté ; un salaire confortable accordé à une personnalité de la majorité pour une mission temporaire ; des logements de fonction ministériels prêtés à des proches ; un possible conflit d'intérêts concernant une des principales têtes du gouvernement ; et enfin, un soupçon de financement politique illégal. De toutes ces « fautes » présumées, certaines sont potentiellement graves - si une instance objective et indépendante en établit la preuve -, d'autres sont vénielles (même si elles révèlent des comportements choquants). Mais jetées ensemble dans le grand chaudron médiatique, elles s'amalgament et se mettent mutuellement, si l'on peut dire, en valeur. L'effet le plus clair de cet enchaînement ravageur est de compromettre des réformes (des retraites, des collectivités locales, de la gestion budgétaire…) dont l'impact financier et économique est hors de proportion avec celui des « affaires ».
L'électeur qui a contribué à porter Nicolas Sarkozy à la tête de l'Etat peut légitimement lui adresser deux reproches. Le premier est d'avoir manqué de vigilance sur le comportement de certains membres de son équipe. Le second, bien plus grave, est d'avoir mis en péril des changements structurels sur lesquels il s'était engagé. Tout dirigeant politique décidé à agir sait qu'il devra affronter l'impopularité : il dispose, dans ce domaine, d'un capital de résistance qu'il doit savoir gérer au plus juste. Nicolas Sarkozy a commencé à gaspiller le sien dès le soir de son élection, avec son dîner au Fouquet's, puis avec un certain nombre de démonstrations tapageuses et de formules malheureuses. Ce qu'on considérait au début du quinquennat comme un simple travers, la contrepartie naturelle d'un tempérament hyperactif, est devenu un boulet paralysant. Pour que l'exécutif récupère ce minimum d'adhésion populaire indispensable à la poursuite des réformes, il ne suffira pas d'un remaniement ministériel.
FAVILLA
C'était il y a trois ans. Au coeur de l'été 2007, le grand public apprenait un mot nouveau, « subprime », et découvrait que de nombreux produits d'épargne réputés sans risques en contenaient, à des doses plus ou moins fortes. La suite a montré combien l'évaluation des risques de ces instruments financiers et de leur chapelet de dérivés laissait à désirer : un produit financier jugé aussi sûr que des obligations allemandes la veille pouvait basculer le lendemain dans la catégorie des actifs « toxiques », virtuellement sans valeur. C'était il y a trois ans et les agences de notation, responsables de ces évaluations, étaient clouées au pilori, leurs méthodes contestées, leur indépendance mise en cause, leur immense influence dénoncée.
Que s'est-il passé depuis ? Pas grand-chose, en vérité. Le rapport publié vendredi par l'Autorité des marchés financiers témoigne que, en dépit de leur faillite dans l'affaire Enron, la crise du « subprime » ou la déconfiture de Lehman Brothers, les agences de notation suscitent toujours autant de critiques. L'AMF relaie un grief adressé depuis longtemps à ces juges privés de la finance : comme les marchés, ils sont moutonniers. L'autorité française estime ainsi que le comportement procyclique des agences de notation a jeté de l'huile sur le feu dans la crise des dettes souveraines européennes. Aux Etats-Unis, ce sont surtout les méthodes des agences de notation qui ont été dénoncées. Une commission d'enquête du Congrès a auditionné d'anciens salariés de Moody's qui ont affirmé avoir subi des pressions pour noter favorablement des produits financiers risqués.
Au regard de critiques exprimées depuis plusieurs années, les remèdes proposés paraissent tardifs et timides. Un récent règlement de l'Union européenne contraint désormais les agences de notation à s'enregistrer auprès des autorités boursières nationales. Rien de bien révolutionnaire ! Aux Etats-Unis, le projet de réforme financière actuellement soumis au Congrès comporte un point clef : les notes des agences de notation ne pourront plus être considérées comme des « opinions » et relever du premier amendement de la Constitution sur la liberté d'expression. Autrement dit, elles seront attaquables devant un juge, ce qui n'est pas rien dans un pays aussi procédurier.
Mais le vrai contrepoids à l'influence des agences de notation est à chercher du côté des investisseurs et des institutions financières qui les font vivre. Il est temps que ces derniers se fient davantage à leur propre jugement dans l'évaluation de la solidité d'une signature. Bref, qu'ils renouent avec la base de leur métier.
Dans leur traditionnelle "tournée des plages", les jeunes de l'UMP rament. Ils ont beau distribuer tongs et stylos à l'effigie du parti, on les boude. Plombé par les "affaires", l'exercice de com' estival tombe à l'eau. À peine si le juilletiste ensablé se redresse au passage de la caravane bleue. Ou alors, c'est pour lancer des remarques assassines, sur l'air de "tous pourris".
Le vacancier n'a que reproches aux lèvres. Le film des récents événements, "whisky, cigares et jet privé", l'exaspère. Même la démission de deux ministres n'a pas réussi à calmer le jeu. Le feuilleton Woerth-Bettencourt, parfois au détriment de la présomption d'innocence, en remet une couche chaque jour. Du coup, la classe politique tout entière se trouve soupçonnée de "relations incestueuses" avec l'argent.
Un inquiétant rejet des élites se dessine. Nicolas Sarkozy y est sans doute pour quelque chose. Ce soir, à la télévision, le fêtard repenti du Fouquet's s'appliquera à endiguer la vague de populisme qui monte. Accuser la presse de "manipulations" ne suffira pas. Le chef de l'Etat devra trouver les mots justes, quitte à battre un peu sa coulpe, pour regagner la confiance des Français.
Sinon, sous les parasols du Touquet, le jeune UMP continuera de se faire rabrouer. Et pas seulement par les vieux communistes...
Gilles Debernardi
Il a donc décidé de parler le jour de la St Olivier. C'est un hasard du calendrier évidemment, mais on souhaite au président de la République d'aborder son rendez-vous télévisé de ce soir avec la paix et la résistance qui caractérisent l'arbre qu'on célèbre aujourd'hui à travers un prénom.
Il en aura besoin. Rarement un président de la République aura abordé une telle épreuve médiatique dans des conditions aussi difficiles. S'il a sauvé la face en résistant aux injonctions de ceux qui le pressaient de parler immédiatement - il a eu raison de rester ferme sur la gestion de son propre agenda - le chef de l'État donne malgré tout le sentiment d'aller au devant des caméras avec une épée dans le dos.
La présentation du projet de loi de réforme des retraites en conseil des ministres le lendemain lui donne un excellent prétexte, et une raison valable, de s'exprimer. Sur ce sujet essentiel, il est parfaitement légitime qu'il fasse le point sur sa religion en la matière, et prenne des engagements autrement que de façon empirique, comme cela a été le cas depuis le début du débat sur le dossier. Mais évidemment tous les Français qui l'écouteront ce soir en prime time - et on peut parier qu'il seront fort nombreux - le regarderont surtout pour « savoir ». Certains savourent à l'avance, un peu grossièrement, ce moment où le funambule va encore une fois défier la pesanteur politique, ou perdre son équilibre.
Ils risquent, de toutes façons, d'en être pour leurs frais. Sur « l'affaire », le président ne dira rien, sinon quelques formules de circonstance. C'est trop tard ou trop tôt. Que pourrait-il dire d'intéressant qui ne le mette en porte-à-faux ?
Il a retrouvé un peu de marge de manoeuvre après la publication du rapport de l'Inspection générale des Finances (IGF) qui disculpe totalement son protégé. Il y avait peu de chances que le document, rédigé par une administration dépendant du ministre du Budget, soit dérangeant, mais ça va mieux en le disant. Le chef de l'État se fera un plaisir de surfer sur ces excellentes conclusions - tombées opportunément un dimanche d'été. Et il saura évidemment s'en servir pour prendre l'avantage sur l'adversaire.
Ceux qui l'imaginaient déjà au fond du trou (politique) se font des illusions en oubliant l'exceptionnelle combativité du personnage. L'essentiel ne sera pas tant ce qu'il dira que la façon avec laquelle il le dira. Tout tiendra dans ces minutes qu'aucun conseiller de communication ne saurait prétendre maîtriser. Ce soir, c'est définitivement un nouveau Sarkozy qui va parler. Il n'annoncera sans doute pas de remaniement, ce lourd machin qu'il n'aurait aucun intérêt à se lancer maintenant. Ce ne sont pas de nouvelles têtes - fûssent-elles expérimentées - qui pourront changer quoi ce soit à la perception du gouvernement. Un changement serait purement psychologique autant qu'éphémère. Mieux vaut garder cette carte pour l'automne. En attendant, il n'aura pas d'autre choix que de réussir sa prestation.
À une large majorité, le Parlement européen a donné, jeudi, son feu vert à la naissance du SEAE, le Service européen pour l'action extérieure. L'Europe se dote ainsi d'un véritable service diplomatique, comme le prévoit le traité de Lisbonne. La responsable de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, très critiquée depuis sa nomination, disposera, d'ici à la fin de l'année, d'une intendance qui lui faisait défaut. Espérons que la politique suivra. En somme, que l'organe créera la fonction.
Car, au-delà du choix des personnes et des périls bureaucratiques, la naissance de ce service revêt un enjeu considérable. On peut même dire que c'est sans doute le seul projet d'envergure transnationale actuellement sur la table de l'Union, à l'instar de ce que furent l'union monétaire ou l'élargissement. Pour le mener à bien, l'Union européenne doit éviter un écueil et poursuivre trois objectifs.
L'écueil, ce serait de donner l'impression que rien ne change dans les options diplomatiques des grandes capitales, et que ce service n'est, en fait, qu'une administration de plus. À plein régime, le SEAE occupera environ 6 000 fonctionnaires, répartis entre Bruxelles et les 136 représentations diplomatiques de l'Union dans le monde. À l'heure où la rigueur impose à tous les budgets nationaux des coupes sévères dans les services publics, le devoir d'efficacité des nouveaux diplomates européens n'en sera que plus grand.
Pour être efficace, il faut des objectifs. Jamais, compte tenu de divergences d'intérêts aussi légitimes qu'inévitables, les Vingt-Sept ne seront d'accord sur tout en matière de politique extérieure. Ce qui importe, c'est de définir deux ou trois priorités afin de confirmer, rapidement, la raison d'être de ce service diplomatique. Les relations avec la Chine ou la Turquie, la régulation financière, le Proche-Orient... On est tenté de dire : peu importe le sujet. C'est l'utilité même de ce service diplomatique qui doit être évidente.
Pour cela, un équilibre est nécessaire. La naissance de ce service a donné lieu à de vives luttes d'influence depuis janvier. Entre capitales, tout d'abord, pour préempter les postes-clés. Paris aurait ainsi obtenu celui de secrétaire général que devrait occuper Pierre Vimont, actuel ambassadeur de France à Washington. Berlin et Varsovie ceux de secrétaires adjoints. Il faudra saupoudrer, c'est inévitable. L'important, c'est que l'Union vaille plus que la simple somme de ses membres. On peine à le constater depuis quelques mois.
Quant aux luttes entre les institutions européennes, notamment entre le Parlement, soucieux d'étendre son pouvoir de contrôle, et le Conseil, souvent amnésique quand on évoque l'aventure communautaire, elles ont débouché sur un compromis. Le service comptera 60 % de fonctionnaires européens et 40 % de diplomates nationaux.
Il ne fait aucun doute que le brassage de tous ces diplomates au service d'une action commune sera, à moyen terme, un facteur d'intégration de nos élites respectives. Ce qui semble beaucoup moins acquis, c'est la volonté politique des gouvernements actuels de se départir de leur vision purement intergouvernementale de l'Union. C'est pourtant à ce prix que peut naître une authentique diplomatie européenne, et pas seulement une intendance.
L'IGF assure qu'Eric Woerth n'est pas intervenu dans le dossier fiscal de Liliane Bettencourt
e ministère du budget a mis en ligne, dimanche soir, sur son site Internet, le rapport (PDF) de l'inspection générale des finances sur le rôle d'Eric Woerth dans la situation fiscale
de Liliane Bettencourt.
Selon le document de l'IGF, l'ancien ministre du budget "n'est pas intervenu pour demander, empêcher ou orienter une décision ou un contrôle portant sur Mme Bettencourt, MM. Banier ou de Maistre". Le rapport affirme également que "les informations obtenues dans le cadre du contrôle fiscal de M. Banier, notamment de source judiciaire, n'étaient pas de nature à conduire l'administration à déclencher un examen de la situation fiscale personnelle de Mme Bettencourt."
Un rapport très ciblé. En moins de douze pages, le document répond à deux questions. D'abord, le ministre du budget était-il informé de la situation fiscale de Banier, Bettencourt, Patrice de Maistre et des sociétés Téthys et Clymène, et est-il intervenu ? La mission établit que le ministre a été informé de l'existence d'un contrôle fiscal à l'encontre de François-Marie Banier, mais n'est pas intervenu.
En outre, le rapport fait part d'une rencontre entre Patrice de Maistre et Eric Woerth, le 22 juin 2009, sur les conséquences fiscales d'une fondation Schueller-Bettencourt, "sans la présence des services" fiscaux. M. de Maistre a également saisi la cellule fiscale du ministère dans un autre cas. Dans les deux situations, le rapport souligne que les dossiers ont fait l'objet d'un traitement normal.
L'autre question soulevée par le rapport concerne les données sur la situation fiscale de François-Marie Banier. Ces informations étaient-elles de nature à justifier un examen de la situation de Liliane Bettencourt ? Le rapport assure qu'"aucun procès-verbal ne laisse supposer la détention de comptes non déclarés". Sur les dons, d'environ un milliard d'euros, reçus par le photographe de la part de la milliardaire, la mission explique que "les obligations déclaratives relatives aux donations examinées par le vérificateur étaient régulièrement remplies". "Et le montant des dons, rapportés au patrimoine de la donatrice, ne soulève pas, de ce point de vue, d'interrogation".
En conclusion, le rapport assure que le ministre du budget n'a eu aucune intervention dans le dossier. Seul bémol, les rapporteurs estiment qu'"il conviendrait de s'interroger sur la tradition consistant à créer au sein du cabinet du ministre une équipe dédiée au traitement des situations fiscales individuelles, dont l'existence même nourrit la suspicion".
Ce rapport avait été commandé par l'actuel ministre du budget, François Baroin. L'Inspection générale des finances (IGF) est un service d'inspection ministériel, placé sous la tutelle du ministre de l'économie et du ministre du budget. Le rapport est signé de l'inspecteur général des finances, Jean Bassères.
La publication du rapport ne va pas clore l'affaire. La majorité ne cachait pas qu'elle attendait précisément de ce rapport qu'il blanchisse Eric Woerth des accusations dont il est l'objet. Devant des députés de la majorité, Nicolas Sarkozy avait assuré, le 7 juillet, qu'il était "assez confiant sur le fait que (l'IGF) ne trouvera pas de faute ". La publication de ce rapport intervient à la veille d'une intervention télévisée de Nicolas Sarkozy.
"Je compte beaucoup sur le rapport de l'IGF", avait déclaré Eric Woerth lui-même mardi. "C'est pas vraiment des gens faciles. C'est des gens autonomes", ajoutait-il. Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, avait pour sa part estimé sur France inter qu'"une fois remis le rapport de l'inspection générale des finances, tout le monde devra se taire". Dimanche soir, il s'est félicité de la publication du rapport, estimant qu'il mettait "un terme à la suspicion volontairement entretenue à l'encontre d'Eric Woerth et à des semaines de malveillance".
A gauche, plusieurs élus avaient par avance mis en cause sa validité et demandé la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire. Le porte-parole des députés PS, Jean-Marc Ayrault avait ainsi estimé que "l'Inspection générale travaille sur les ordres du gouvernement et c'est le directeur de l'IGF qui fait ce rapport. Comment voulez qu'en si peu de jours, il y ait le temps de faire des investigations ?". "Tout ça, ce sont des moyens pour se disculper, des moyens pour éviter que la vérité éclate", avait-il ajouté. Dans un chat sur Le Monde.fr, le député Arnaud Montebourg estimait vendredi que "l'Inspection générale des finances répond aux instructions de l'actuel ministre du budget, et est donc totalement liée aux intérêts du pouvoir." Après la publication du document, le député Bruno le Roux dénonce un "rapport partiel et partial".
L'association Transparence International avait aussi contesté l'objectivité de ce rapport, avant même sa publication. "L'IGF opère sous l'autorité directe" du ministère des finances et "ne dispose d'aucun des attributs d'une autorité d'enquête indépendante", avait affirmé son président, Daniel Lebègue.
Surtout, trois enquêtes préliminaires sont aujourd'hui ouvertes par le procureur de Nanterre Philippe Courroye. L'une porte sur les enregistrements pirates, une deuxième sur le financement illégal de partis politiques. Et une troisème, ouverte vendredi, sur un éventuel blanchiment de fraude fiscal de la part de Liliane Bettencourt.
Nabil Wakim















