TOUT EST DIT

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lundi 16 septembre 2013

La fin d'un modèle économique

La fin d'un modèle économique


Bien sûr, la reprise n'est toujours pas inscrite, là, sur le papier. La Grèce, l'Italie, l'Espagne sont toujours en récession et le président de la BCE Mario Draghi a prévenu à la veille du week-end que les prochains trimestres ne seraient pas aussi enthousiasmants que le rebond d'activité enregistré au printemps. Comment en serait-il autrement ? Les politiques budgétaires restent partout restrictives, même si elles ont gagné un peu de temps et de souplesse pour s'ajuster. Les déséquilibres macroéconomiques sont toujours prégnants, la dette publique et le chômage continuent d'augmenter dans de nombreux pays de la zone euro ; enfin, les banques n'ont pas fini de réduire leur bilan, ce qui les rend hyper sélectives dans leur politique de prêts.

Le retour de la confiance

Pourtant, chacun peut constater que les choses s'améliorent. L'éclatement de la zone euro a cessé d'être une option envisageable ; la confiance revient peu à peu grâce à la politique rassurante de la BCE ; les excès des stratégies de purge budgétaire ont été corrigés. Surtout, les réformes structurelles menées avec plus ou moins de détermination par les pays du sud de l'Europe commencent à porter leurs fruits. Pas partout. En Italie, le niveau de productivité est inférieur à ce qu'il était au début de la récession. Mais en Espagne, les progrès sont unanimement reconnus et salués. L'activité y est tirée depuis plusieurs trimestres par la demande extérieure, qui a constitué l'indispensable relais à l'effondrement de la demande intérieure. Comme en Irlande, les exportations y progressent désormais à un rythme plus rapide que le commerce mondial, ce qui sous-entend que l'Espagne arrache des parts de marché à ses voisins les moins dynamiques. Qu'on le veuille ou non, la réduction des salaires et l'abandon de l'indexation automatique sur l'inflation y sont pour quelque chose. Le Portugal suit la même voie que son grand frère, même si sa base industrielle est moins diversifiée et la valeur ajoutée qu'elle dégage moins importante. Affirmer que ces pays se sont réorientés vers un nouveau modèle de développement est certainement prématuré et excessif. Ce qui est sûr, c'est qu'ils ont tourné le dos, pour longtemps, au modèle de crédit facile et improductif qui les a amenés au bord de l'abîme.

vendredi 26 avril 2013

Les conseilleurs mauvais joueurs

Président de l'Assemblée, présidents des groupes PS, ministres : les piliers de la majorité sapent depuis un an l'autorité de François Hollande.


Comment cesser le brouhaha des conseilleurs ? A dix jours de l'anniversaire de son élection à l'Elysée, François Hollande tente de tracer de nouvelles voies pour éviter que l'on s'attarde sur son bilan. Il réfléchit à une nouvelle architecture gouvernementale. Il devient tranchant pour être plus lisible par l'opinion - il a dit « non » à l'amnistie sociale. Il est prêt à recevoir les parlementaires. Mais il y a un cadeau qu'il aura bien du mal à obtenir, le silence des poids lourds socialistes. Claude Bartolone, le président de l'Assemblée, théorise depuis plusieurs jours : « Je ne me tairai plus. » François Rebsamen, le président du groupe PS au Sénat, explique benoîtement : si François Hollande « ne voulait pas que je l'affaiblisse, il fallait qu'il me propose l'Intérieur » (Public Sénat).
Les chefs d'Etat redoutent en général les électrons libres sans affectation. Martine Aubry, Lionel Jospin, auraient pu en être. C'est finalement des personnalités bien pourvues, des proches même, qui depuis un an jouent une musique dissonante. Nicolas Sarkozy avait un trublion en la personne de Jean-François Copé ; François Hollande gère près d'une dizaine de Copé. Dans la seule journée d'hier, Claude Bartolone a redit son hostilité à la publication du patrimoine des élus, François Rebsamen a défendu le texte sur l'amnistie sociale, Bruno Le Roux (président du groupe PS à l'Assemblée) s'est dit personnellement favorable à la PMA, Bertrand Delanoë (maire de Paris) a souhaité « des actes symboliques envers les catégories sociales » et Stéphane Le Foll (ministre de l'Agriculture) a prôné « une phase offensive ». Et pourtant, la journée était faste : Arnaud Montebourg était concentré sur le lancement d'une nouvelle filière, la « silver economy » ! Tous se disent bien intentionnés (et le sont parfois) mais ils n'oublient jamais leurs intérêts. Additionnées, ces prises de parole sapent depuis un an l'autorité de François Hollande. Il tente de tenir un équilibre entre une gauche qui veut desserrer l'étau budgétaire, et Bruxelles, les marchés, les entreprises qui veulent des réformes. Ces piliers de sa majorité pourraient le relayer, être sa colonne vertébrale. Ils ne le font pas, le président est seul, non pas en équilibre : équilibriste.

vendredi 20 août 2010

Le cancer est la maladie qui a le plus d'impact sur l'économie

En France, le coût du cancer est estimé à 12,8 milliards de dollars en 2009, suite à une augmentation de 16,8 % des cas sur un an. Mais ce phénomène est mondial puisqu'il s'étend désormais aux pays en voie de développement.

La santé est la clé de la croissance, et la maladie un frein à la productivité. Avec un coût de 895 milliards de dollars en 2008, soit 1,5% du PIB mondial, le cancer se place en tête des maladies en terme d'impact sur l'économie. L'étude menée par l'American Cancer Society aborde pour la première fois le fléau en terme de coûts et de pertes sur la productivité, afin de lui trouver une réponse globale. Il est aussi, cette année, la première cause de mortalité dans le monde, selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

La France n'échappe pas à cette tendance. Avec une augmentation de 16,8% des cas en 2009, le coût total du cancer dans l'Hexagone est ainsi estimé à 12,8 milliards de dollars. A l'échelle européenne, les nouveaux cas ont coûté 82,6 millions de dollars. Un bilan économique qui place le cancer en tête des maladies dans le monde, et devance ainsi de près de 20% les maladies cardio-vasculaires, selon les chiffres publiés par l'association du coureur cycliste Lance Armstrong, «Livestrong».
Les pays en voie de développement, foyers de nouveaux cas

Alors que le cancer reste perçu comme la «maladie des riches», faibles et moyens revenus compteront bientôt davantage de nouveaux cas de cancer que les revenus aisés. En 2009, les revenus moyens ont représenté 39,9% des nouveaux cas de cancer. A l'horizon 2020, elle sera la tranche la plus touchée, avec 6,6 millions de nouveaux cas dans le monde, suivie par les très hauts revenus, avec 5,9 millions de nouveaux cas.

En cause : le mode de vie occidental que les pays en voie de développement adoptent de plus en plus. Calqués sur les pays développés, leurs nouveaux régimes de vie participent à l'augmentation des cas. De fait, 61% des nouveaux cas de malades se situent dans les pays en voie de développement en 2009. Une tendance qui inquiète les chercheurs. «On sait à présent que sans une intervention immédiate, le bilan économique et humain du cancer augmentera considérablement dans les pays à faibles ou moyens revenus, avec l'explosion de la demande de système de sécurité sociale et l'accroissement des coûts qu'ils ne pourront supporter», analyse John R. Seffrin, de l'American Cancer Society.

Pour les chercheurs, SIDA et Malaria ne sont donc plus les maladies sur lesquelles l'aide internationale doit se concentrer. Face au cancer, l'urgence est de mettre en place les même moyens de lutte et de prévention que pour ces maladies. D'ici à 2020, le nombre de nouveaux cas de cancer augmentera de 16,8 millions dans le monde, soit cinq fois plus que les nouveaux malades du SIDA. Car si l'impact économique du cancer pèse de plus en plus, le développement des méthodes de détection et de prévention dans ces pays seraient, elles, un moteur de croissance, autant qu'un moyen de sauver des vies.


Jeanne Dussueil

jeudi 12 août 2010

Immigration clandestine : la France est devenue un pays de passage

Eric Besson a fixé à 200 le nombre de filières d'immigration clandestine à démanteler d'ici à la fin de l'année. Cette criminalité organisée est devenue de plus en plus rémunératrice pour les passeurs, qui n'hésitent pas à mettre la vie de leurs « clients » en danger pour passer les frontières.
Depuis quelques mois, la communication du ministère de l'Immigration a changé de ton. Hier, c'était le nombre de personnes expulsées qui faisaient la une des communiqués de presse. Aujourd'hui, c'est le nombre de filières clandestines démantelées. Pas moins de deux depuis le début du mois d'août, trois autres filières de grande ampleur interpellées au mois de juin. La volonté du ministre est clairement affichée : « Les filières d'immigration clandestine constituent désormais la deuxième activité criminelle dans le monde, derrière le trafic de drogue. Elles doivent être combattues sans répit […] Nous devons lutter sans relâche ni pitié contre cette forme d'esclavagisme moderne. »
Démanteler 200 filières

Depuis le début de l'année, les services de police ont démantelé 122 filières, soit une croissance de plus de 60 % par rapport à 2009 selon le ministère. Comme pour les expulsions, Eric Besson a fixé un objectif chiffré : 200 filières doivent avoir été démantelées d'ici fin 2010. Côté police, la lutte contre les filières d'immigration clandestines est une préoccupation déjà ancienne face à laquelle la France est plutôt bien armée par rapport à ses voisins européens. C'est l'Ocriest (Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et de l'emploi d'étrangers sans titre), placé sous la tutelle de la police aux frontières, qui en est l'acteur majeur. Près de 600 personnes y travaillent.

L'office est composé de groupes opérationnels structurés par grandes régions (Chine, Asie du Sud-Est, Asie méridionale, Moyen-Orient, Afrique et Amérique du Sud), épaulés par une unité de renseignement et d'analyse stratégique en relation constante avec Europol et Interpol. Equipés de matériels de pointe pour la captation d'image et la géolocalisation via les téléphones portables notamment, les policiers de l'Ocriest passent au minimum six mois sur chacune de leurs enquêtes, où se mêlent le plus souvent des passages clandestins de frontières, de la fraude documentaire et du travail illégal. Pour Jean-Michel Fauvergue, patron de l'Ocriest, l'une des difficultés vient de la dilution des filières : « Il y a souvent plusieurs réseaux qui entrent en jeu pour un même client, avec une multitude d'acteurs : les rabatteurs, les passeurs, les logeurs, les employeurs. C'est une chaîne à plusieurs maillons. »
Autre difficulté, le fait que la France soit devenue un « pays de rebond » -de passage -, et plus seulement un pays de destination finale, les populations migrantes sont donc plus fluctuantes dans l'Hexagone : « Beaucoup de clandestins marocains ou algériens cherchent à gagner le Royaume-Uni, et il n'est plus rare de voir des Maliens qui veulent aller au Canada. Par ailleurs, les pays sources de migration deviennent à leur tour des pays de destination, comme l'Algérie ou la Libye par exemple. »
De plus en plus coûteux

Les routes de migrations fluctuent donc à grande vitesse et les tarifs, eux, n'en finissent pas de grimper : 15.000 euros pour être acheminé d'Irak en France, parfois jusqu'à 30.000 euros pour les pays plus lointains comme la Chine. Et tous les profits sont bons à prendre : certains passeurs facturent les nuits passées en centre de rétention pour les clandestins qu'ils récupèrent à leur sortie. D'autres, comme à Cherbourg, leur font payer les repas distribués par les associations d'aide aux migrants. Si le voyage est de plus en plus coûteux, il est aussi de plus en plus dangereux : les noyades sont fréquentes après embarcation en mer, et les trafiquants n'hésitent plus à faire passer leurs clients par des camions frigorifiques, des cuves contenant des produits toxiques. Sans compter les cas d'exploitation sexuelle et par le travail. « La dangerosité de ce type de criminalité s'est clairement accrue. Les passeurs mettent souvent la vie de leurs clients en danger et les règlements de comptes entre eux sont de plus en plus violents. En comparaison de la gravité des faits, les peines encourues sont trop basses », estime Jean-Michel Fauvergue. La peine maximale pour associations de malfaiteurs avec circonstances aggravantes est de dix ans de prison. La plupart du temps, les peines prononcées tournent autour de trois ans.
MARIE BELLAN

mercredi 11 août 2010

Les hommes clefs du président

Certains pourraient passer la main à l'automne mais tous sont, encore aujourd'hui, des rouages importants du dispositif élyséen.

· Claude Guéant : la pièce maîtresse

A soixante-cinq ans, le secrétaire général de l'Elysée a pris en janvier sa retraite… d'ancien préfet. Pas question, en revanche, d'abandonner la politique. Au contraire, son nom circule pour entrer au gouvernement. Ce haut fonctionnaire travailleur et discipliné, fin connaisseur des questions de sécurité (il fut directeur général de la police nationale), est l'homme de confiance de Nicolas Sarkozy, qu'il suit depuis 2002. Il fut son directeur de campagne en 2007 et est aujourd'hui incontournable au « château », au point d'être parfois surnommé « le Premier ministre bis ». Car Claude Guéant n'agit pas que dans l'ombre : aucun secrétaire général ne s'est autant affiché dans les médias pour relayer la parole du président.

· Henri Guaino : la « plume »

Comme Claude Guéant, il travaille au même étage que Nicolas Sarkozy, qu'il a rejoint pendant la campagne en 2006. Conseiller spécial et « plume » du président, ce gaulliste social de cinquante-trois ans, né d'une mère femme de ménage et d'un père inconnu, est, à l'Elysée, un personnage atypique, au caractère bien trempé. Passé par les cabinets de Philippe Séguin puis de Charles Pasqua, Henri Guaino fit campagne pour le « non » au traité de Maastricht avant de devenir, en 1995, l'un des artisans du discours sur la « fracture sociale » de Jacques Chirac. Nommé commissaire général au Plan, débarqué par Lionel Jospin en 1998, cet économiste, grand pourfendeur de la pensée unique, se frotta une fois au suffrage universel. Tête de liste séguiniste dans le 5 e arrondissement de Paris aux municipales de 2001, il n'obtint que 9,6 % des voix, loin derrière Jean Tiberi.

· Raymond Soubie : le social

Plus discret que Claude Guéant et Henri Guaino, le conseiller social du chef de l'Etat est, lui aussi, une pièce maîtresse du dispositif élyséen. Son influence a pu se mesurer lors du limogeage de Xavier Darcos, avec lequel il entretenait des relations très difficiles. Expert reconnu des questions sociales, cet énarque de soixante-neuf ans, fondateur du cabinet de conseil en ressources humaines Altedia, peut se targuer d'avoir noué des relations de confiance avec les syndicats comme avec le patronat. Il a fait ses premières armes au cabinet de Joseph Fontanet, ministre du Travail en 1969, avant de rejoindre Matignon, en 1974, comme conseiller de Jacques Chirac puis de Raymond Barre - qui lui proposa même, en vain, le ministère du Travail. Raymond Soubie a préparé en amont la dernière réforme des retraites, comme il avait piloté, fin 2007, celle des régimes spéciaux. Il a laissé entendre que la réforme serait sa dernière oeuvre à l'Elysée.

· Xavier Musca : le financier

Bon connaisseur de la finance et des marchés internationaux, proche de Nicolas Sarkozy qu'il connaît depuis trente ans, ce pur produit de la méritocratie républicaine est, depuis 2009, secrétaire général adjoint de la présidence, attaché aux affaires économiques. Discret et peu connu du grand public, ce fils de postier, formé à l'ENA, a passé une grande partie de sa carrière au Trésor. Ancien conseiller d'Edouard Balladur à Matignon, directeur de cabinet de Francis Mer à Bercy, le Corse Xavier Musca (cinquante ans) pourrait prendre du galon. Il a notamment oeuvré en coulisses, lors de la crise grecque, pour obtenir une solution acceptable par l'Allemagne.

· Franck Louvrier : la communication

Il est l'un des plus anciens conseillers de Nicolas Sarkozy, dont il gère la communication depuis 1997. Très efficace, ce Nantais de quarante-deux ans, arrière-petit-fils d'un des plus proches collaborateurs d'Aristide Briand, a été l'un des hommes clefs de la conquête de l'Elysée. Marginalisé par Cécilia Sarkozy en 2007 (au profit de David Martinon), revenu en grâce après le divorce du chef de l'Etat, Frank Louvrier a fait son baptême du feu électoral aux dernières régionales, sur la liste UMP en Loire-Atlantique. Elu conseiller régional, il rêve désormais de croiser le fer avec Jean-Marc Ayrault, à Nantes, aux municipales de 2014.


PIERRE-ALAIN FURBURY

jeudi 5 août 2010

Un pouvoir d'achat mité

C' est une véritable vague de hausses de prix qui se profile à l'horizon. Aujourd'hui, l'annonce d'un renchérissement de l'assurance auto d'au moins 3 % l'an prochain. Hier, un projet de relèvement des tarifs de l'électricité de 3,4 % au 15 août. Avant-hier, le gaz, qui a flambé de 9 %. La hausse des cours des matières premières, comme le blé actuellement ou le fer un peu plus tôt, va finir par peser à l'autre bout de la chaîne, du côté des consommateurs. Et bien d'autres coûts sont orientés à la hausse, après souvent des années de baisse. A tel point qu'il faut commencer à s'interroger sur l'impact macroéconomique de cette accumulation.

Premier point essentiel : cette vague n'est pas une vague d'inflation à proprement parler. Il n'y a pas d'emballement généralisé des prix, et encore moins des salaires. Il n'y a donc pas de raison d'envisager un resserrement de la politique monétaire, qui serait en l'occurrence inefficace. Chaque hausse s'explique par des raisons bien spécifiques, indépendantes les unes des autres. Les assureurs vont augmenter leurs tarifs à cause des événements climatiques et d'une poussée des accidents causant des dégâts matériels. EDF relève ses prix pour financer la maintenance et la construction d'équipements dont personne ne conteste la nécessité et que l'électricien aurait du mal à financer par l'emprunt, comme il le fit jadis pour ses centrales nucléaires.

Second point essentiel : même si elles ne relèvent pas de l'inflation, ces hausses vont ronger le pouvoir d'achat des Français. Leurs revenus vont aussi être érodés par des décisions gouvernementales, comme le moindre remboursement de certains médicaments, l'amputation de niches fiscales et les hausses d'impôt pour financer les retraites. Or le pouvoir d'achat est le principal propulseur de la croissance. Et il avait résisté pendant la terrible récession de l'an dernier, avec une progression de 1,6 %, pratiquement autant que la moyenne des six années précédentes. Alors que le PIB, qui mesure la production mais aussi l'ensemble des revenus générés dans le pays, a reculé de 2,6 % ! Mais les causes de cette résistance - les mesures de relance et la stagnation des prix -ont disparu. Le pouvoir d'achat de l'ensemble des Français risque de gagner à peine à 1 % cette année et encore moins l'an prochain. Le gouvernement ne doit évidemment pas bloquer les prix pour éviter leur hausse. Mais il doit tout faire pour rassurer les Français sur les finances publiques, condition sine qua non pour qu'ils acceptent de tirer sur leur épargne afin de préserver leur niveau de vie - et la croissance.




JEAN-MARC VITTORI

mercredi 4 août 2010

« Nous allons simplifier et rendre plus efficaces les aides fiscales à l'accession à la propriété »

Les grands principes de la réforme des aides fiscales à l'accession à la propriété sont arrêtés. La ministre de l'Economie annonce la suppression du crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt immobilier, pour financer un nouveau prêt à taux zéro renforcé.

La réforme des dispositifs d'aide à l'accession à la propriété, prévue dans le budget 2011, est-elle arrêtée ?
Les grands principes sont décidés, mais je voudrais d'abord rappeler pourquoi le ministère de l'Economie suit ce dossier de près, en lien étroit avec Jean-Louis Borloo et Benoist Apparu. D'abord, la construction constitue un secteur clef, à fort effet multiplicateur sur l'économie. C'est ensuite un domaine qui fait intervenir de nombreux leviers fiscaux. L'objectif est d'améliorer l'accession à la propriété, sachant qu'il n'y a que 58 % de Français propriétaires contre 66 % en Europe. Il y a aujourd'hui un maquis compliqué d'aides. Le dispositif a montré son coût, mais pas son efficacité.

Outre le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt immobilier que vous allez supprimer, il y a le prêt à taux zéro, sous condition de ressources, et le Pass-Foncier…

Nous allons passer à un seul et unique outil, qui sera un prêt à taux zéro renforcé. Le nouveau prêt à taux zéro sera universel, c'est-à-dire sans condition de ressource, mais il sera réservé aux primo-accédants. L'aide sera concentrée en fonction de trois critères : elle sera accentuée pour les faibles revenus, les zones géographiques d'habitation en forte tension (zone A) et les achats dans le neuf. Sans exclure pour autant les ventes dans l'ancien et les zones B et C. De même, nous allons cibler les faibles revenus, mais aussi les classes moyennes, trop souvent exclues. Les barèmes précis seront finalisés et annoncés par le ministère du Logement à la rentrée, pour une entrée en vigueur début 2011.

Quel sera le coût du nouveau dispositif ?

Aujourd'hui, le prêt à taux zéro et le crédit d'impôt représentent un coût de 2,8 milliards d'euros, dont 1,6 milliard pour le seul crédit d'impôt. Le nouveau dispositif coûtera 2,6 milliards par an en régime de croisière. Un mécanisme prévoira, si l'on constate un dérapage en cours d'année, d'ajuster automatiquement les barèmes afin de « refroidir » le système.

Y aura-t-il plus de bénéficiaires ?

Oui, car aujourd'hui les banques ne prennent pas en considération le crédit d'impôt pour accorder un prêt. L'argent redéployé sur le nouveau prêt à taux zéro, avec des plafonds à la hausse, va accroître la solvabilité des ménages.

Avez-vous eu des états d'âme en supprimant le crédit d'impôt, une mesure emblématique de la loi Travail, emploi, pouvoir d'achat de 2007 ?

Non, car on ne tourne pas du tout le dos à la valeur travail. Il s'agit de simplifier et d'être plus efficace. Une chose importante : les bénéficiaires actuels continueront de bénéficier du crédit d'impôt, qui dure cinq ans.

Allez-vous revoir les conditions de financement du PTZ avec les banques ?

Nous allons leur demander de faire un effort, notamment sur les frais de commissionnement.

Comment fluidifier le marché de l'immobilier ?

J'ai réuni récemment les acteurs de la filière afin d'envisager les moyens fiscaux d'accélérer les mutations des propriétés immobilières et d'éviter la rétention des terrains à bâtir. Le gouvernement travaille sur deux pistes. La première concerne la taxe sur les plus-values de cession des maisons, immeubles et terrains. Aujourd'hui, plus vous vendez tôt le bien acquis, plus vous payez d'impôt. Cela incite à conserver son bien le plus longtemps possible. Nous réfléchissons à inverser l'ordre des priorités. En clair, la taxe irait croissante dans le temps. Deuxième piste : la taxe foncière. Elle peut être majorée pour les terrains à bâtir, mais c'est une option à la discrétion des communes. L'idée serait de rendre cette majoration systématique, afin d'inciter les propriétaires à construire ou à vendre.

Les professionnels s'inquiètent d'un relèvement du taux de TVA à 5,5 % sur les travaux de rénovation des bâtiments…

En matière de niches, tous les sujets sont ouverts, y compris celui-ci. Nous sommes en phase d'expertise et la question ne sera pas tranchée avant septembre. Une chose est sûre : il faut conserver un mécanisme simple, qui n'incite pas à la fraude.

Le Conseil des ministres a nommé hier Jean-Dominique Comolli commissaire général aux participations de l'Etat. Quel sera son rôle ?

Jusqu'à maintenant, il existait un directeur de l'Agence des participations de l'Etat, qui fonctionnait dans l'orbite du Trésor avec comme objectif principal l'optimisation de la gestion de ses nombreuses participations sur le plan patrimonial. Dorénavant, ce commissaire, Jean-Dominique Comolli, me sera directement rattaché et, surtout, il aura une mission plus large, plus politique. Quand l'Etat est actionnaire d'entreprises qui emploient plus de 1,5 million de salariés, il ne peut pas se contenter d'être un gestionnaire de portefeuille ! Il doit orienter les stratégies, décider dans un certain nombre de domaines.

Lesquels ?

J'en vois quatre. L'emploi, d'abord, qu'il s'agisse de la gestion des compétences ou de ressources humaines -et on a vu à France Télécom que c'était nécessaire. Ensuite, la politique vis-à-vis des sous-traitants, des PME. Le troisième domaine dans lequel une politique générale doit être privilégiée est la parité, pour qu'une meilleure représentation des femmes et des minorités soit mise en oeuvre. Enfin, en matière industrielle, une unité de vue doit prévaloir, y compris pour les entreprises dans lesquelles le Fonds stratégique d'investissement (FSI) intervient. On ne remet pas en cause les statuts du FSI, mais on rappelle qu'il y a un Etat actionnaire avec ses propres prérogatives. Avec le nouveau Commissaire, je tiendrai deux fois par an une réunion avec les patrons des grandes entreprises où l'Etat est présent, pour évoquer leur stratégie et leur implication sur tous ces sujets.

C'est la réaffirmation de la tutelle de l'Etat sur ces entreprises ?

Cela permettra en tout cas un pilotage plus fin. Je prends un autre exemple : dans les entreprises publiques, les successions ne sont pas toujours bien gérées. Il faudrait des rendez-vous avant l'expiration des deuxièmes mandats, avec un travail des comités ad hoc internes. L'objectif est de faciliter les transitions.

Vous avez aussi choisi un nouveau directeur pour le FSI…

Nous avons retenu la candidature de Jean-Yves Gilet, patron de la branche des aciers inoxydables chez Arcelor Mittal, qui va remplacer Gilles Michel. La mission ne change pas : il devra continuer à investir pour soutenir des entreprises (1,5 milliard déjà investi dans 35 entreprises qui emploient près de 50.000 personnes). Plusieurs gros dossiers sont en cours, et notamment à CMA-CGM puisque, vous le savez, Albert Frère et le FSI négocient leur entrée chez l'armateur. Je suis optimiste.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANTOINE BOUDET, ETIENNE LEFEBVRE ET DOMINIQUE SEUX,

jeudi 29 juillet 2010

Le travail d'aujourd'hui tue l'emploi de demain

L'emploi -le chômage, en fait ! -est un problème récurrent de la société française. Quelle que soit la conjoncture économique, le pays a du mal à passer sous la barre des 10 % et, lorsqu'il y parvient, la tendance à la baisse ne se confirme pas sur une longue période. Les économistes ont depuis longtemps fourni toutes les explications, à défaut d'avoir pu proposer des moyens concrets et surtout applicables de sortir de cette situation qui nous distingue de tous nos voisins européens. Certains d'entre eux, l'Espagne notamment, ont une fourchette plus ouverte que celle de la France, mais réussissent de ce fait, en bonne période, à atteindre des situations de quasi-plein-emploi, quitte à retomber brusquement ensuite sur un taux de chômage double du nôtre. Nous échappons en partie à ces soubresauts, mais nous connaissons un chômage endémique ! Parallèlement, un nouveau problème est apparu depuis peu : le travail est devenu psychologiquement difficile, angoissant, « stressant ». Cela conduit une proportion non négligeable de ceux qui subissent cette pression à la maladie professionnelle, voire, dans le pire des cas, au suicide. Ce qui nous paraît à la fois intéressant et troublant, c'est que, si ces phénomènes sont bien connus et largement commentés, rares sont ceux qui font un lien entre les deux. La segmentation de la pensée qui caractérise les modes de raisonnement dominants -par opposition à une approche systémique de la réalité -classe chaque phénomène dans une « boîte » et n'envisage pas de passerelles entre ces « silos mentaux ». Cette forme de fuite devant la complexité de la réalité constitue une limite certaine à la recherche de solutions collectives.

Et pourtant… La question n'est bien sûr pas d'expliquer l'un par l'autre, dans une logique de causalité directe et absolue qui serait un non-sens intellectuel. Elle est de regarder si l'un des phénomènes, la détérioration prononcée du travail, ne rend pas plus compliquée la solution de l'autre, la réduction durable du taux de chômage.

Quelle est en effet la conséquence majeure de la détérioration du travail sur les comportements des salariés ? Pour faire court, elle les conduit à des stratégies de retrait, à un désinvestissement du travail, à la fois émotionnel et en temps, au profit d'un investissement dans d'autres sphères, la sphère privée sous toutes ces formes, où ils peuvent vivre la « vraie vie ». Ce « transfert d'investissement » est bien perçu par les DRH, qui parfois ont du mal à y faire face, soit qu'ils tentent de proposer, à la population cadre en particulier, un « deal » plus attractif, soit qu'ils engagent leurs entreprises dans des politiques de contrôle contraignant qui ne disent pas leur nom, telles que la multiplication des indicateurs de gestion, censés « encadrer » les comportements au travail.

Par ailleurs, ces comportements de retrait face à la dureté croissante du travail rejoignent un phénomène beaucoup moins connu et surtout enfoui sous un accord implicite de toutes les parties concernées pour n'en pas parler, celui des « poches de sous-travail ». Soient tous les secteurs, publics ou privés, dans lesquels le « taux d'engagement » des personnels (c'est-à-dire la proportion du temps passé réellement à travailler par rapport au temps de travail supposé ou officiel) tombe en dessous d'un seuil que l'on peut estimer à 65 %. Ces phénomènes, que nos travaux nous permettent régulièrement d'identifier, n'apparaissent que très rarement au grand jour. Ils sont vécus par la collectivité comme « honteux » et il faut que la Cour des comptes s'en empare - dans le cas des contrôleurs aériens par exemple -pour qu'ils arrivent de façon éphémère sur l'agenda médiatique, avant d'être à nouveau recouverts d'un silence consensuel.

Confrontées à ces problèmes, les entreprises cherchent toutes solutions permettant de réduire leur dépendance vis-à-vis du travail humain. A défaut de pouvoir lutter efficacement -et rapidement -contre ces maux, elles se tournent vers tout ce qui va permettre de maîtriser à nouveau les rythmes de travail, sans avoir à affronter des problèmes sociaux qui viendraient encore compliquer leur situation actuelle. On voit donc réapparaître ici et là du travail à la chaîne, qui oblige le salarié à s'adapter au rythme de celle-ci, perdant ainsi « l'autonomie de son geste » ; notre pays devient progressivement le champion du monde de la mécanisation, comme si la disparition du travail humain au profit du robot était par définition un progrès donc non contestable. La réalité, c'est que la dureté du travail d'aujourd'hui et les stratégies de retrait qui en découlent se cumulent au sous-travail « éparpillé » et contribuent ainsi, dans des proportions qui jusque-là n'ont fait l'objet d'aucune étude, à tuer l'emploi de demain.

FRANÇOIS DUPUY ( CONSULTANT.)

vendredi 23 juillet 2010

Jour J pour la publication des « stress tests » bancaires

C'est aujourd'hui, peut-être même dès ce matin, que les résultats des tests de résistance sont publiés, mettant fin à des semaines de spéculation. Reste à savoir si l'exercice suffira à rassurer sur la santé des banques européennes.
Le feuilleton des tests de résistance touche à sa fin. C'est aujourd'hui, et peut-être même dès ce matin, que les résultats seront publiés, après des semaines de suspense. L'enjeu est d'importance : il s'agit pour les dirigeants de banques, les régulateurs et les chefs d'Etat européens de convaincre les investisseurs de la solidité du système bancaire européen et de sa capacité de résistance à un éventuel choc souverain analogue à celui qu'a connu le secteur en mai. Depuis la crise grecque, les investisseurs craignent en effet que la grande exposition des banques européennes à la dette souveraine de la zone euro ne les fragilise. Appliqués à 91 banques, censées représenter 65 % des actifs du secteur au niveau européen, les tests doivent évaluer la résistance du système lorsqu'il est soumis à des scénarios de chocs de crédit ou de marché, notamment sur la dette souveraine. Les banques devraient même, selon Reuters, dévoiler leur exposition aux obligations souveraines. L'objectif est de montrer aux marchés que les banques européennes parviennent à conserver un ratio de fonds propres suffisant - en l'occurence, supérieur ou égal à 6 % -même soumises à une situation de stress.

Recapitalisation en cas d'échec

Depuis la crise grecque, certaines banques se sont en effet trouvées plusieurs fois dans l'incapacité de se refinancer, y compris sur le marché interbancaire, à cause des craintes relatives à leur exposition à la dette souveraine, les banques espagnoles étant parmi les plus pénalisées. Ces dernières ont donc été les premières à militer en faveur de l'exercice, en particulier pour la publication des résultats banque par banque - une première en Europe, où la précédente série de tests pratiqués au niveau européen, en 2009, n'avait donné lieu qu'à une publication de résultats agrégés.

En cas d'échec, la ou les banques concernées devront se recapitaliser, soit directement en levant des fonds sur les marchés, soit en réactivant les dispositifs de soutien publics, soit encore en faisant appel, par l'intermédiaire des Etats, au fonds européen de stabilisation financière. Les tests vérifient ainsi indirectement la dépendance des établissements aux politiques de soutien. Ils devraient aussi conduire à des rapprochements, permettant de recapitaliser, à l'occasion, certains acteurs jugés trop petits. Dans certains pays, le régulateur n'a pas attendu l'issue des tests, puisque le mouvement de consolidation a déjà commencé en Espagne, avec des fusions de caisses d'épargne, et en Grèce. La publication doit aussi mettre fin à des semaines de spéculations sur les hypothèses, la méthodologie et les résultats, qui ont fini par jeter le discrédit sur l'ensemble de l'exercice. Plusieurs régulateurs européens ont ainsi fait savoir que les banques sous leur surveillance avaient réussi les tests, y compris dans des pays réputés fragiles. La majorité des banques auraient donc passé les tests sans encombre. A quelques exceptions près : la banque allemande HRE aurait, sans surprise, échoué. La banque slovène NLB a aussi annoncé mercredi son intention de lever 400 millions d'euros. Et sur les 6 banques grecques testées, une seule devrait pourrait finalement devoir se recapitaliser, la banque publique Agricultural Bank of Greece. Verdict aujourd'hui.

ELSA CONESA

Fiscalité des haut revenus : la France, plus proche de la norme, conserve ses spécificités

La France a un régime en apparence pénalisant au regard des taux d'impôts pratiqués dans d'autres pays européens, et elle est la seule à avoir un ISF. Mais les déductions fiscales permettent de contrebalancer ce tableau. Avec la loi Tepa, la France se rapproche de la norme, alors que d'autres pays alourdissent actuellement la fiscalité des plus riches.
De tous les pays du monde, la France est celui qui taxe le plus les contribuables aisés. » Interrogé le 12 juillet dernier à la télévision, le président de la République, Nicolas Sarkozy, s'était insurgé de ce poids pénalisant les plus aisés. Sur un plan global, le chef de l'Etat est dans le vrai. Selon les calculs de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), le taux de prélèvements obligatoires en France (43,5 % en 2007) est parmi les plus élevés du monde (voir graphique). Dans le détail toutefois, la réalité de l'imposition des contribuables aisés est plus difficile à cerner.

Rattraper le décalage

Au regard des seuls taux d'imposition sur les revenus pratiqués par les différents pays européens, la France ne se classe pas parmi les plus « sévères » vis-à-vis des personnes à hauts revenus. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l'Allemagne ou encore la Belgique disposent de taux marginaux plus élevés. Mais le poids de la CSG, qui s'ajoute, est important. L'OCDE souligne de toute façon que, pour la France, les chiffres sont à corriger du fait de la possibilité de déductions fiscales. « La France offre un nombre relativement important de déductions fiscales qui faussent les chiffres », indique Jens Lundgaard, chef adjoint de la Division des statistiques et politiques fiscales de l'OCDE. « Notre fiscalité globale paraît facialement pénalisante au regard des taux d'impôts pratiqués dans d'autres pays européens (en cumulant taxation des revenus, des plus-values et des successions), mais plusieurs dispositions permettent de limiter de façon importante l'impact de cette fiscalité : niches fiscales mais aussi mesures visant à réduire l'impôt sur les plus-values mobilières et à favoriser l'anticipation de la transmission du patrimoine de son vivant », confirme Stephan Chenderoff, directeur de la gestion de fortune chez Cyrus Conseil. Philippe Lorentz et Céline Huet, avocats chez August & Debouzy, soulignent aussi que « si la France semble pratiquer une fiscalité peu favorable au contribuable, il en va différemment en pratique, sous réserve de bien maîtriser les différents outils fiscaux progressivement mis en place par le législateur ». D'où la nécessité d'être bien informé et d'anticiper sa fiscalité en fonction de ses choix de vie. Mais dans le cas contraire, le poids de l'impôt devient très lourd.

Avec l'effet des niches fiscales, le taux moyen d'imposition sur le revenu des « très hauts revenus » (1 % des Français les plus riches) est, au final, de l'ordre de 20 %, souligne l'Insee (lire page 3). Le mouvement opéré ces dernières années par la France (réforme du barème de l'impôt sur le revenu, loi Tepa, loi Dutreil sur la transmission d'entreprises, etc.) a principalement eu pour objectif de rattraper le décalage avec nos voisins européens qui s'étaient engagés dans des réformes visant à alléger les prélèvements obligatoires dès le milieu des années 1990. « La France peut être perçue comme naviguant à contre-courant à l'heure où la tendance de certains Etats européens est au durcissement », relèvent les avocats d'August & Debouzy.

Le point noir de la France

En effet, du fait de la crise financière et des difficultés budgétaires de nombreux pays européens, la fiscalité des hauts revenus aurait plutôt tendance à augmenter. En Grande-Bretagne ou encore en Espagne (voir ci-dessous). D'autres pays ont suivi cette voie. Comme le constate Jens Lundsgaard, « l'Irlande constitue un cas important d'un petit pays ayant alourdi la fiscalité des plus hauts revenus pour résoudre ses difficultés budgétaires ».

Si beaucoup de pays réfléchissent à l'alourdissement de la fiscalité des plus riches, aucun cependant n'envisage d'instaurer un impôt spécial sur le patrimoine, à l'instar de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) français. « La France s'est au fil du temps isolée », poursuivent les avocats d'August & Debouzy. En dépit du bouclier fiscal qui limite en partie les effets pervers de l'ISF (lire ci-dessous), « il a psychologiquement un effet très néfaste sur les contribuables soumis à cet impôt alors qu'il est globalement l'impôt le moins cher avec un taux marginal à 1,8 %, mais avec un effet annuel répétitif », avance Stephan Chenderoff.

Pour Pascal Julien Saint-Amand, président du réseau notariale Althémis, l'ISF reste bien le point noir de la France. Mais en dehors de cela, « notre régime est dans la norme européenne en imposition sur le revenu, un peu supérieur en impôt sur les plus-values et inférieur à la moyenne sur les successions et donations, si l'on tient compte de la loi Tepa (exonération de la transmission au conjoint) et de la loi Dutreil sur les entreprises ».


RICHARD HIAULT ET FRÉDÉRIC SCHAEFFER

jeudi 22 juillet 2010

Avec le lancement de l'iPad, Apple réalise le meilleur trimestre de son histoire

Le groupe californien est en passe de devenir la première société technologique au monde, en termes de revenus, avec la publication d'un chiffre d'affaires trimestriel de 15,7 milliards de dollars. La nouvelle tablette tactile, l'iPad, vendue à plus de 3 millions d'exemplaires, a largement contribué à la réalisation de ces performances en apportant 14 % des revenus.
Les chiffres commencent à donner le tournis. Au troisième trimestre de l'exercice fiscal 2009-2010 (clos le 30 septembre), Apple a vu son chiffre d'affaires s'élever à 15,7 milliards de dollars, soit une hausse de 61 % par rapport à l'an dernier. C'est tout simplement le meilleur trimestre jamais réalisé par la société, période de fêtes comprise. Steve Jobs n'a pas manqué de qualifier, dans un communiqué, ces performances de « phénoménales », dépassant largement les attentes du groupe.

La firme à la pomme serait en passe de devenir le premier groupe technologique au monde en termes de revenus, devant Microsoft. Sur la même période, le géant du logiciel, qui publie ses résultats ce soir, aurait enregistré un chiffre d'affaires de 15,3 milliards de dollars, selon les estimations du consensus des analystes financiers. Tout un symbole...

Le lancement de l'iPad a largement contribué à cette performance. La tablette tactile, dont la commercialisation a débuté le 3 avril aux Etats-Unis puis le 28 mai dans 10 autres pays, dont la France, s'est écoulée à 3,3 millions d'exemplaires au cours du trimestre. Sur la période, il s'est ainsi vendu quasiment autant d'iPad que de Mac (3,5 millions d'unités), alors que les ventes d'ordinateurs ont elles-même bondi de 33 % en un an, en volume. « Il n'y a donc pas de cannibalisation entre les différents produits, remarque Carolina Milanesi, analyste chez Gartner. Au contraire, les utilisateurs se convertissent progressivement à l'ensemble de l'écosystème Apple. »


Toujours plus

Le chiffre d'affaires généré par l'iPad s'élève à 2,2 milliards de dollars, soit plus que celui issu des ventes d'iPod (1,5 milliard). Le succès de la nouvelle tablette devrait s'amplifier dans les prochains mois, puisqu'elle sera commercialisée dans 9 pays supplémentaires à partir de vendredi, et que les concurrents d'Apple n'ont pas encore sorti leurs propres produits. Mardi, le cabinet de recherche iSuppli a ainsi revu à la hausse ses estimations de ventes pour l'iPad à 12,9 millions en 2010, contre 7,1 millions initialement. Le volume pourrait grimper à 36,5 millions l'an prochain, puis à 50,4 millions en 2012.

L'iPhone a confirmé son statut de « vache à lait » pour le groupe. Les ventes du « smartphone », écoulé à 8,4 millions d'exemplaires, ont représenté un tiers du chiffre d'affaires global du trimestre. Les revenus ont certes reculé de 2 % par rapport au trimestre précédent (janvier-avril). La sortie de l'iPhone 4, le 24 juin, aurait incité certains utilisateurs à reporter leur achat. Mais les ventes devraient repartir à la hausse dès ce trimestre, compte tenu du bon démarrage de l'iPhone 4 malgré le problème d'antenne reconnu par le groupe. Les analystes financiers ne doutent pas, dans ces conditions, que le géant californien ne dépasse à nouveau son objectif d'un chiffre d'affaires de 18 milliards de dollars de juillet à septembre. Les bonnes performances commerciales se sont traduites dans les comptes, ce trimestre, par un bond de 78 % du bénéfice net, à 3,25 milliards de dollars. Apple a également généré plus de 4 milliards de cash. La firme à la pomme dispose désormais d'une trésorerie supérieure à 45 milliards. Bon nombre d'observateurs s'interrogent encore sur l'utilisation qui en sera faite...

ROMAIN GUEUGNEAU

lundi 19 juillet 2010

Retraites des fonctionnaires : trois réformes qui rapportent gros

Le projet de loi de réforme des retraites est examiné à partir de demain par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale. L'augmentation des cotisations, la fin des départs anticipés pour les parents de trois enfants et la réforme du minimum garanti permettront d'économiser près de 3 milliards d'euros par an dès 2015.
Alors que le projet de loi de réforme des retraites est examiné à partir de demain par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, le gouvernement vient de fournir aux députés l'impact financier précis des mesures qui touchent spécifiquement les fonctionnaires. Au total, elles rapporteront près de 5 milliards d'euros à l'horizon 2020. La montée en charge sera puissante, puisque les économies annuelles s'élèveront à 2,8 milliards en 2015, quatre ans à peine après l'entrée en vigueur de la réforme.

Celle qui permet de réaliser le plus d'économies est la hausse du taux de cotisation des fonctionnaires. Fixé à 7,85 % du traitement brut aujourd'hui, il passera à 10,55 %, au même niveau que dans le privé. Cette harmonisation sera étalée jusqu'en 2021, au rythme de 0,27 point de cotisation par an. Chaque année, ce sont 280 millions d'euros de plus qui tomberont dans l'escarcelle de l'Etat et de la CNRACL, la caisse de retraite des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers. La barre des 3 milliards d'euros devrait être atteinte en 2020.
Chiffrage théorique

Deuxième mesure, la fermeture du dispositif de retraite anticipée des parents de trois enfants. L'impact financier de l'extinction de cette possibilité de départ après quinze ans de service est plus difficile à mesurer, note le ministère du Travail dans le rapport qu'il a remis au Parlement. Il dépend en effet « du choix des agents en matière d'exercice de l'option de départ anticipé ». Combien de fonctionnaires qui remplissent les conditions aujourd'hui - 3 enfants et quinze ans de service -vont-ils partir à la fin de l'année pour bénéficier de cette possibilité avant l'entrée en vigueur de la réforme, au risque d'amputer le niveau de leur pension ? A ce stade, le gouvernement ne se risque pas à fournir d'hypothèses. Le chiffrage qu'il donne est théorique, puisqu'il « suppose que les agents privilégieront le maintien de leur pension par rapport à l'anticipation du départ ». Dans ces conditions, cette mesure rapporterait près d'un milliard d'euros en 2020.

Troisième réforme spécifique aux fonctionnaires, celle du minimum garanti. Ce niveau plancher de pension est aujourd'hui calculé de façon plus avantageuse que le minimum contributif, son équivalent pour le privé. Le rapprochement des règles permettra une économie de plus de 900 millions d'euros en 2020.

VINCENT COLLEN

mardi 13 juillet 2010

Un président qui n'aime pas remanier ses gouvernements

Nicolas Sarkozy a toujours eu un rapport complexe à cette arme politique qu'est le remaniement gouvernemental, la banalisant ou la magnifiant, selon les moments. Et il s'est toujours inscrit en « rupture » par rapport à la pratique assidue qu'en faisait Jacques Chirac.
Les demandes ouvertes (Jean-Pierre Raffarin) ou discrètes (d'un bon nombre de parlementaires) en faveur d'un remaniement gouvernemental susceptible de stopper la polémique Woerth-Bettencourt sont jusqu'à présent restées lettre morte. Elles ont même sans doute été contre-productives. Nicolas Sarkozy a tout fait depuis trois semaines pour éviter d'avoir à changer l'équipe Fillon. Et s'il a fait partir Alain Joyandet et Christian Blanc récemment, c'est sous la contrainte du premier, qui a imposé sa démission. La position stratégique d'Eric Woerth, ministre du Travail conduisant la réforme des retraites et trésorier de l'UMP, n'explique pas seule la protection dont il a bénéficié. Le président de la République déteste plus que tout se faire imposer son agenda, a fortiori par des médias auxquels il s'oppose frontalement (en l'occurence Mediapart).

Sa capacité à dicter l'actualité, à imposer les thèmes du débat, à surprendre, avait beaucoup fait pour son élection en 2007. Le scrutin de 2012 couronnera une nouvelle fois -il en est persuadé -le candidat « maître de l'agenda ».
Arme à usage offensif

A cela s'ajoute un rapport très complexe à cette arme politique qu'est le remaniement ministériel, qu'il peut tout aussi bien banaliser que magnifier, selon les moments. D'abord parce que Jacques Chirac l'a couramment utilisée et que sur ce point Nicolas Sarkozy est toujours aussi soucieux de « rupture ». Et ensuite parce que lui-même a toujours considéré le gouvernement comme secondaire par rapport à la force d'impulsion de l'Elysée. Changer des ministres n'a donc aucune raison d'être un événement en soi. La plupart du temps, depuis trois ans, Nicolas Sarkozy a opéré des remaniements au fil de l'eau, sans tambour ni secrétaire général prenant le micro sur le perron de l'Elysée, juste par un communiqué indiquant le remplacement de tel ministre par tel autre.

Reste que le chef de l'Etat ne veut pas non plus se priver de quelque arme politique que ce soit. Justement, pour cela, il considère que le remaniement doit n'être utilisé qu'à des fins offensives, jamais défensives. Pas de remaniement pour résoudre un problème politique, pour tourner la page d'une élection perdue par exemple (comme cela avait été le cas des régionales), ou pour répondre à une polémique, fût-elle particulièrement violente.
Nouvelle phase du quinquennat

Le chef de l'Etat entend changer le gouvernement en octobre, après la réforme des retraites, pour ouvrir une nouvelle phase du quinquennat, celle qui conduira à la présidentielle de 2012. Il ne veut pas « griller cette cartouche » avant, selon l'expression employée par la majorité, a fortiori si le ministre incriminé n'a rien à se reprocher, rappelle-t-il, sur le plan légal. Et tant pis s'il a dans le même temps été rattrapé par la volonté de banaliser l'événement, récemment, en annonçant ce remaniement… quatre mois à l'avance.
CÉCILE CORNUDET

Bousculé par l'affaire Bettencourt, Sarkozy se pose en homme de « sang-froid »

Interviewé hier soir sur France 2, le chef de l'Etat a tenté de clore le volet politique de l'affaire Bettencourt. Le ministre du Travail, Eric Woerth, qu'il a défendu, devra néanmoins quitter son poste de trésorier de l'UMP. « Réformer, c'est bousculer des intérêts », a-t-il insisté en cherchant à se poser en président entièrement absorbé par son « devoir ».
Se saisir de la première éclaircie dans l'affaire Bettencourt pour tenter de clore la polémique et réexpliquer aux Français sa politique. Telle était la mission que s'était assignée hier soir Nicolas Sarkozy, interviewé sur France 2 par le journaliste David Pujadas. L'exécutif comme la majorité comptaient beaucoup sur cette intervention télévisée pour permettre au chef de l'Etat de reprendre la main au moment où sa cote de popularité atteint son plus bas niveau depuis son élection en 2007 - 33 % d'opinions favorables selon un sondage LH2 pour « Le Nouvel Observateur » publié hier. Une heure durant, Nicolas Sarkozy a donc justifié, chiffres à l'appui, ses réformes afin de convaincre qu'il s'acquitte de son devoir de « régler toutes les questions concrètes qui se posent aux Français ». Lui qui s'était tenu à une relative réserve médiatique depuis la défaite de son camp aux régionales afin de présidentialiser son image a veillé à s'exprimer calmement et à éviter tout terme polémique, cherchant à se poser en « homme d'équilibre et de sang-froid ». Comme s'il voulait rôder le profil de « président-protecteur » dont il entend faire son credo pour la prochaine présidentielle.

Encore fallait-il répondre aux questions sur l'affaire Bettencourt. Tentant de clore le volet politique de cette affaire, le chef de l'Etat s'est appuyé sur le rapport « extrêmement fouillé » du chef de l'Inspection générale des finances, Jean Bassères, dédouanant l'ancien ministre du Budget Eric Woerth de toute intervention écrite dans le traitement de la contribuable Liliane Bettencourt. Eric Woerth est « un homme honnête (...), qui vient de subir la calomnie et le mensonge avec une dignité qui fait honneur à la classe politique », a-t-il souligné, précisant que le ministre du Travail porterait jusqu'au bout la réforme des retraites.
« Campagne de calomnie »

Afin de contrer le soupçon de conflit d'intérêts dénoncé par la gauche, il a néanmoins souhaité la création d'une commission transpartisane afin de « modifier » la législation sur le sujet et « conseillé » à Eric Woerth, qui y est prêt (voir ci-dessous) d' « abandonner » son poste de trésorier de l'UMP. L'exécutif estime qu'un tel changement de pied ne sera plus perçu comme un aveu de culpabilité. Interrogé sur le soupçon de financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007, qui demeure, il a nié être « un intime » de Liliane Bettencourt et dénoncé une « campagne » de « calomnie » motivée par ses réformes qui « bousculent des intérêts » et « gênent un certain nombre de gens ». Pas question pour autant de revenir sur le bouclier fiscal, même si le montant rétrocédé à la milliardaire - 30 millions d'euros -a pu choquer. Après avoir défendu le procureur de Nanterre, Philippe Courroye - « un homme compétent » -, le chef de l'Etat n'a pas voulu commenter le souhait du PS de le voir dessaisi au profit d'un juge indépendant - « que la justice décide ». « Je n'ai absolumenent rien à cacher », a-t-il insisté.
« Autopersuasion », selon Aubry

Contrairement aux dirigeants de l'UMP qui ont manié ces jours-ci l'invective à l'égard du site Mediapart, le chef de l'Etat s'en est bien gardé - « ce n'est pas mon rôle ». Toujours par souci d'apparaître comme un homme « honnête », guidé par l' « équilibre » et la « justice ». « Je me méfie autant des gens qui idolâtrent l'argent que des gens qui le détestent », a-t-il souligné. Cherchant à reprendre langue avec l'électorat traditionnel de la droite, il a promis une amplification de l'action du gouvernement en matière de sécurité, d'agriculture et de médecine libérale. Il a surtout défendu longuement la réforme des retraites, réfutant que le report de l'âge légal puisse être injuste. « La première injustice, c'est de ne pas avoir d'argent pour payer la retraite des retraités », a-t-il insisté, précisant que les pensions de 1,5 million de personnes sont financées « par la dette ». S'il est prêt à modifier - un peu -le projet de loi, Nicolas Sarkozy a affirmé que les « manifestations » programmées en septembre n'auront « pas d'incidence » sur le contenu du texte. Martine Aubry n'a vu dans cette intervention qu' « autosatisfaction » et « autopersuasion ».

ELSA FREYSSENET

mercredi 16 juin 2010

Retraites : l'âge légal de départ porté à 62 ans en 2018, les hauts revenus mis à contribution

Eric Woerth présente ce matin l'avant-projet de loi de réforme des retraites. L'âge légal de départ devrait être relevé de 60 à 62 ans en 2018, mais le passage à 63 ans ne devrait pas être acté. Le besoin de financement sera comblé en 2020, voire avant. Les assujettis à la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu seront mis à contribution.
C'est le grand jour pour Eric Woerth. Le ministre du Travail présente ce matin le projet de loi de réforme des retraites, qui devait faire l'objet de derniers arbitrages hier soir à l'Elysée, en présence de Nicolas Sarkozy et de François Fillon. L'âge légal de la retraite, jusqu'alors fixé à 60 ans, devrait être relevé à 62 ans dès 2018 (à raison de 4 mois de plus par génération). L'âge du départ sans décote devrait être décalé de 65 à 67 ans. L'horizon de la réforme devrait être limité à 2020. « Il est juste que la réforme soit progressive (…), mais le rendez-vous ne doit pas être trop éloigné pour ne pas tirer un trait sur l'avenir », a déclaré hier Nicolas Sarkozy. Le passage à 63 ans ne serait pas acté. Le message de l'exécutif sera le suivant : le besoin de financement tous régimes va être assuré en 2020, voire même avant. Et les déficits à venir à court terme devraient être financés par le Fonds de réserve des retraites.

Le président de la République devait aussi prendre hier soir les dernières décisions concernant les mesures propres aux fonctionnaires et les nouvelles recettes qui viendront financer les retraites, afin de boucler l'équation. Le gouvernement les présentera comme « justes », l'opposition et les syndicats critiqueront des mesures « purement symboliques » au regard de l'ampleur des déficits. Elles doivent rapporter entre 3 et 4 milliards d'euros par an à court terme, autour de 5 milliards à l'horizon 2020.
Taxes sorties du bouclier fiscal

Côté entreprises, les treizièmes mois et autres primes annuelles seront désormais pris en compte dans le calcul des allégements de charges, ce qui permettra d'économiser 2 milliards d'euros. La mise à contribution des plus riches et des revenus du patrimoine se traduira ensuite par le relèvement de plusieurs impôts, censés couvrir une palette large et représentative.

La tranche marginale d'impôt sur le revenu devrait être relevée de 40 % à 41 %, voire 42 %, chaque point supplémentaire rapportant un peu plus de 200 millions d'euros. La mesure concerne 350.000 foyers déclarant plus de 69.783 euros par part, soit 1 % de la population. Elle prendra la forme d'une contribution exceptionnelle (au-delà des 40 %), afin d'être exclue du bouclier fiscal.

Mais le gouvernement ne veut pas frapper les seuls revenus du travail. Trois autres hausses d'impôt, au moins, sont prévues, sauf surprise de dernière minute : le prélèvement forfaitaire libératoire, qui frappe les intérêts bancaires et les dividendes (actions, obligations, etc.), devrait être relevé de 18 % à 19 %, voire 20 % au maximum. Cette hausse a l'avantage de cibler les plus riches et non l'ensemble des épargnants : seules les classes supérieures de l'IR ont intérêt à choisir ce dispositif plutôt que la taxation au barème de l'impôt sur le revenu. Problème : à l'heure où le gouvernement entend renforcer les fonds propres des entreprises, elle donne un signal négatif aux détenteurs d'actions. L'imposition des plus-values mobilières et immobilières, qui s'élève respectivement à 18 % et 16 %, sera également relevée de 1 ou 2 points. Là encore, cette hausse serait sortie du bouclier. Compte tenu de l'ampleur des exonérations (résidence principale, biens de plus de 15 ans, etc.), chaque point supplémentaire n'apporterait pas plus d'une centaine de millions. Le gouvernement veut également relever les cotisations patronales et salariales (2,5 %) sur l'attribution et la levée de stock-options (quelques dizaines de millions).

Dernière mesure, officialisée hier par Eric Woerth à l'Assemblée nationale : la nouvelle mise à contribution des retraites chapeaux dont bénéficient les cadres supérieurs et hauts dirigeants dans certaines entreprises. Il s'agira d'une contribution spécifique pesant sur les bénéficiaires, en plus de la taxation existante des employeurs. Là encore, quelques dizaines de millions de recettes sont attendus.

L'Elysée a assuré hier qu'il tiendrait compte « des remarques et suggestions des partenaires sociaux » d'ici à vendredi avant de mettre la dernière main au texte.

VINCENT COLLEN, ÉTIENNE LEFEBVRE ET LUCIE ROBEQUAIN

lundi 19 avril 2010

La paralysie du ciel européen suscite des critiques croissantes des compagnies aériennes

Les aéroports du nord de la France vont rester fermés au moins jusqu'à mardi matin, mais quelques vols sont annoncés aujourd'hui au sud d'une ligne Nice-Bordeaux. La paralysie presque totale du ciel européen, provoquée par les cendres du volcan islandais, est toutefois de plus en plus critiquée par les compagnies aériennes.

Un beau ciel bleu, sans la moindre traînée blanche d'avion : tel est le spectacle paradoxalement consternant pour des centaines de milliers de voyageurs qu'offrait la majeure partie du ciel européen hier. Et cette situation sans précédent devrait encore durer en France au moins jusqu'à mardi matin, au nord d'une ligne Nice-Bordeaux, a annoncé hier François Fillon. Les ciels britannique et allemand devraient eux aussi rester paralysés ce lundi pendant une grande partie de la journée. « Les conditions météorologiques laissent penser que la situation sera encore difficile pendant plusieurs jours et, dans ces conditions, tous les aéroports au nord d'une ligne Nice-Bordeaux resteront fermés au moins jusqu'à mardi 9 heures », a annoncé le Premier ministre français. « En revanche, les aéroports du sud de cette ligne fonctionnent et nous allons profiter de cette situation pour re-router un maximum de vols à partir de ces aéroports, ce qui va permettre de rapatrier le plus grand nombre possible de nos concitoyens bloqués à l'étranger », a-t-il poursuivi.
Vols d'essai hier

Dès hier, la compagnie Air France annonçait qu'elle assurerait aujourd'hui sept vols long-courriers au départ de Toulouse, « si les conditions météorologiques le permettent » à destination de New York, Fort-de-France, Dakar, Saint-Denis-de-La-Réunion, Hong Kong, São Paulo et Dubaï au départ de Pau. Les passagers des vols annulés devaient être acheminés dès hier soir par car au départ de Roissy-CDG. Neuf vols long-courriers ont également pu se poser hier à Bordeaux, Toulouse, Nice et Marseille. Par ailleurs, Air France et d'autres compagnies comme KLM et Lufthansa ont procédé à des vols d'essai, hier, et n'ont détecté aucune anomalie provoquée par le nuage de cendres. « Si ces tests sont positifs, ils vont permettre de déplacer à vide des avions qui sont aujourd'hui bloqués en région parisienne pour aller les positionner sur ces plates-formes et augmenter nos capacités de transport », a expliqué François Fillon.

Au cinquième jour de quasi-paralysie du trafic aérien, la pression est en effet de plus en plus forte de la part des transporteurs, des aéroports et des millions de voyageurs empêchés de voyager, pour obtenir un assouplissement des restrictions de vol. Depuis jeudi, ce sont en effet pas moins de 63.000 vols qui auront été annulés en Europe, avec la fermeture de 313 aéroports, qui aurait affecté plus de 6,8 millions de passagers, selon l'Association des compagnies européennes, qui réclamait hier « une réévaluation immédiate des mesures ». Hier soir, le commissaire européen chargé des Transports, Siim Kallas, a également estimé que la situation actuelle n'était « pas viable » pour l'Union européenne, ajoutant qu'il espérait que 50 % des vols prévus en Europe puissent être assurés aujourd'hui. Signe de l'impatience des compagnies, KLM a estimé hier soir que l'espace aérien européen était « sûr » et a fait décoller après autorisation de l'aviation civile trois cargos vers l'Asie. En Allemagne, Lufthansa et Air Berlin ont même manifesté leur impatience, face à ces fermetures d'aéroport décidées « sur la base d'une simulation informatique du Vulcanic Ash Advisory Center à Londres », selon le patron d'Air Berlin, Joachim Hunold. « En Allemagne, il n'y a même pas eu de ballon météo pour mesurer si et combien de cendres volcaniques se trouvent dans l'air », a-t-il critiqué.

Si les images satellite retraitées par les services météorologiques permettent bien de localiser le nuage, elles apportent peu d'indications sur sa densité, ainsi que sur ses déplacements. D'où l'intérêt des tests, afin de ne pas se limiter au principe de précaution. Autre piste explorée : la possibilité pour les avions de voler plus bas que les couloirs aériens actuels, afin de rester sous le nuage. Avec toutefois l'inconvénient d'accroître le bruit et la consommation des appareils, et le risque non négligeable d'user prématurément les moteurs.

« La priorité est de s'occuper des passagers en souffrance et de savoir comment remettre en place le système, déclarait hier le directeur général d'Air France-KLM Pierre-Henri Gourgeon. C'est pourquoi Air France va procéder à des vols d'évaluation. Les conditions économiques seront évoquées dans un second temps. » Parti à Shanghai jeudi dernier pour l'annonce de la candidature de China Eastern dans l'alliance SkyTeam, le patron d'Air France-KLM n'a pu rentrer en France que la nuit dernière, sur l'unique vol d'Air France en provenance de Chine qui s'est posé hier soir à Marseille, et a dû regagner la capitale en voiture.
BRUNO TREVIDIC,

mardi 22 décembre 2009

Ségolène Royal, cauchemar du Parti socialiste


Ségolène Royal n'est plus Ségolène Royal. Deux ans et demi après sa défaite, la candidate à la présidentielle de 2007 a changé de statut. Non seulement elle n'a plus les faveurs de l'opinion, mais une majorité de Français désapprouvent désormais ses choix, son discours, sa stratégie. Elle ne passe plus, loin de là, pour la meilleure opposante à Nicolas Sarkozy, pire, elle est perçue comme un handicap pour l'opposition. Réalisée en décembre pour Canal+, une enquête BVA (1) montre que, pour trois Français sur quatre, Ségolène Royal est « plutôt un handicap » pour le Parti socialiste. Les deux tiers des sympathisants de gauche le pensent et 70 % des seuls sympathisants du PS. C'est surtout son positionnement, en fort décalage avec la formation de la rue de Solférino, quoique non en rupture avec elle, qui est sanctionné. Ainsi, 60 % des sympathisants de gauche et 62 % des Français interrogés pensent que la présidente de la région Poitou-Charentes devrait « soutenir les positions de son parti ».

Plus préoccupant encore : si elle apparaît comme un mauvais service rendu au PS, la stratégie de Ségolène Royal est aussi perçue comme jouant en sa défaveur. Sa cote de popularité est tombée à des niveaux qu'elle n'avait pas connus depuis de nombreuses années. Dans le baromètre politique de décembre TNS Sofres - Logica pour « Le Figaro Magazine » (2), seuls 28 % des Français disent souhaiter lui voir jouer un rôle dans les mois et les années à venir. Deux points seulement devant François Hollande et 10 points derrière la première secrétaire, Martine Aubry. Son fonctionnement très personnel et le privilège donné au temps court, celui du coup médiatique, sur le temps long, celui de la réflexion politique, ont lassé au-delà de ses plus fidèles soutiens. Sa glissade dans l'opinion a fini par persuader de nombreux ténors socialistes que Ségolène Royal ne constitue plus ni une menace pour eux-mêmes ni une chance pour 2012. Ceux qui, au PS, la croient politiquement finie sous-estiment la puissance de ses ressorts et surestiment leur propre capacité à rassembler les galaxies de la gauche. La « femme debout » a un genou à terre, mais elle peut tout à fait se relever.

Trois solides constats plaident en ce sens. Le premier est assez contre-intuitif : c'est le socle de crédibilité sur lequel peut encore s'appuyer Ségolène Royal. Avoir affronté Nicolas Sarkozy au deuxième tour et avoir réalisé un score plus qu'honorable continue de la qualifier pour la fonction auprès d'une part de l'électorat. Selon BVA, 39 % des sympathisants de gauche pensent qu'elle ferait « un bon président », à égalité avec Martine Aubry (40 %), derrière Dominique Strauss-Kahn et Bertrand Delanoë mais loin devant tous les autres.

Le deuxième constat est celui de son positionnement particulier, voire unique, à l'épicentre de trois univers de la gauche, ceux que l'institut Viavoice identifie comme la « gauche antisystème écologiste », la « gauche anticonsumériste » et la « gauche sociale-libérale ». Pour François Miquet-Marty, directeur général adjoint de Viavoice, « personne d'autre ne pourra parler dans les mois à venir à toutes ces familles à la fois ». Rester sur ses thèmes de prédilection, la famille, l'éducation et l'écologie, lui permet de renforcer cette position, potentiellement plus rassembleuse que celle d'une Martine Aubry (« gauche interventionniste ») ou d'un DSK (« gauche sociale-libérale »).

Au service de cette situation politique, Ségolène Royal, dispose d'une intuition intacte de ce qui monte de la société. Exemples : elle a été l'un des rares dirigeants politiques à se saisir de la question du stress au travail, juste avant que n'éclate la polémique autour des suicides en série à France Télécom, la première à identifier l'impopularité de la taxe carbone… Ce serait un tort de négliger ce lien particulier avec une « France d'en bas » si prompte à se détourner de la politique. Même s'il ne croit plus guère dans les chances de celle dont il a été très proche, le sénateur François Rebsamen observe : « On verra si notre prochain candidat fait autant de voix qu'elle dans les quartiers populaires… » Enterrer politiquement l'ancienne présidentiable socialiste serait d'autant plus prématuré qu'elle a déjà montré sa capacité de rebond. En septembre 2005, elle plafonnait à 30 % d'opinions favorables dans les sondages, à peu près son niveau actuel.

Le troisième élément est ce que son ancien directeur de campagne, Jean-Louis Bianco, appelle une « ténacité indestructible ». C'est cela qui inquiète le plus ses concurrents au PS : peut-elle conduire une Ségolène Royal qui donne de plus en plus de marques d'indépendance à se présenter en 2012, au besoin en s'affranchissant des primaires ? François Rebsamen doute qu'elle fasse cavalier seul : « Elle ne finira pas sa carrière politique en dehors du parti. » Mais tous ne partagent pas cet avis. Pour Pierre Moscovici, animateur des Ateliers du changement du PS, « il faut absolument internaliser Ségolène Royal », sous peine de la voir faire cavalier seul. Une peur souvent inavouée mais largement partagée au PS, car elle ressuscite le « cauchemar » de 2002, celui d'une double candidature dans la famille socialiste et radical-socialiste, synonyme d'absence au deuxième tour. « Si elle voit qu'elle n'a aucune chance aux primaires, ce qui est probable, ou si elle pense que le processus n'est pas sérieux, ce qui est possible, elle est capable de partir sous sa propre bannière, même pour faire 10 % », résume un hiérarque du parti. C'est l'un des grands enjeux internes des régio-nales : la perte d'une ou plusieurs régions (Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Ile-de-France pour citer les plus « fragiles ») et un large succès de Ségolène Royal en Poitou-Charentes la relanceraient pour 2012. Avec ou sans le PS.


JEAN-FRANCIS PÉCRESSE

vendredi 18 décembre 2009

Copenhague : les chefs d'Etat à la rescousse

Les chefs d'Etat ont multiplié hier les déclarations volontaristes à la tribune de la convention sur le climat à Copenhague. Les Etats-Unis ont promis d'étudier la création d'un fonds à hauteur de 100 milliards de dollars, mais la vérification des réductions d'émissions est devenue l'enjeu central des négociations.
Si ce n'est pas maintenant, alors quand ? » hier dans les couloirs du centre de conférence de Copenhague, les ONG ont multiplié les appels aux chefs d'Etat pour la conclusion d'un accord « juste, ambitieux et contraignant » afin de limiter la hausse de température sous les 2 °C. C'est maintenant ou jamais, ont confirmé les leaders mondiaux qui se sont succédé à la tribune de l'ONU, mais en coulisse les négociations ont continué à se gripper. En colère devant les cafouillages de la négociation diplomatique, qui patine autour de deux textes avec la constitution de pas moins de 11 groupes de travail, Nicolas Sarkozy a résumé brusquement la situation. « Un échec à Copenhague serait catastrophique. Tous, nous aurions des comptes à rendre à l'opinion publique mondiale et à notre opinion publique. Les scientifiques, nous ont dit ce qu'il fallait faire et nous ont prévenus que nous étions la dernière génération à pouvoir le faire. »
Climat d'anxiété croissant

Délaissant le discours qu'il avait préparé, il a invité les chefs d'Etat ainsi que le président brésilien Lula da Silva à se réunir après leur dîner chez la reine du Danemark toute la nuit s'il le faut pour sortir de la nasse. Une invitation sous forme d'ultimatum des présidents brésilien et français, auteurs d'un texte commun, déterminés à reprendre le leadership des négociations pour éviter un échec.

Car hier, les négociations ont tourné en rond dans un climat d'anxiété croissant. Dans la soirée, le porte-parole de Barack Obama a affirmé que le président préférait rentrer les mains vides « plutôt qu'avec un mauvais accord ». De son côté, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, He Yafei, a affirmé que les négociations climat « risquent d'échouer » si les pays ne se concentrent pas « sur ce qui rapproche ». Dans la matinée, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton avait pourtant relancé la partie, en annonçant que les Etats-Unis étaient prêts à étudier une enveloppe globale de financement de long terme qui atteindrait 100 milliards de dollars par an pour la lutte contre le réchauffement et qui serait alimentée par des mécanismes de financement innovant, rejoignant la proposition européenne. « Nous sommes en train de sortir du couloir de la mort grâce à cette offre », avait souligné hier un responsable de WWF international, tandis que Jenifer Morgan, responsable climat du WWF estimait que cette annonce était de nature à faire bouger les lignes. Mais la proposition américaine est soumise à une obligation de transparence de toutes les grandes économies sur leurs actions de réduction d'émission. Une transparence également prônée par la chancelière d'Allemagne, Angela Merkel et qui vise directement la Chine qui a refusé toute la semaine toute intrusion visant à vérifier ses émissions de CO2 ou sur sa politique climat. Dans la soirée les observateurs estimaient que la déclaration de He Yafei assurant que, sur la question de la vérification des émissions, son pays est « ouvert à un dialogue et à une coopération qui ne soit pas intrusive et n'enfreigne pas notre souveraineté », réprésente une ouverture susceptible de faire bouger les lignes. « La Chine [...] ne peut considérer que la transparence des efforts de chacun soit une remise en cause de la souveraineté de chacun », a insisté Nicolas Sarkozy. Il a rappelé que l'essentiel d'un accord était à portée de main, si chacun cessait de se quereller sur la nature juridique des textes. « Que ceux qui veulent un texte sous le protocole de Kyoto, le gardent. Que ceux qui préfèrent un texte sous la Convention de l'ONU sur le climat, le fassent. Mais, qu'au moins, nous parvenions à la rédaction d'un chapeau politique commun clair, avec un renvoi dans les six mois maximum pour mettre l'accord sous une forme juridique »,a-t-il déclaré.
Un texte unique

Une position que ne partagent pas tous les Européens, certains continuant à préférer l'adoption d'un texte unique. Mais les pays du G77 et la Chine ont fait de la conservation du protocole de Kyoto une question de principe rappelant qu'il a fallu huit ans pour obtenir la ratification du protocole de Kyoto. Et dans les couloirs, les observateurs lisaient avec attention une note confidentielle provisoire des Nations unies montrant que les propositions des parties restent « non soutenables »et pourraient conduire à un réchauffement de trois degrés.
ANNE BAUER ET JULIE CHAUVEAU

mardi 20 octobre 2009

AvtoVAZ : l'allié de Renault menacé de cessation de paiements

Fortement touché par la crise, le groupe russe, dont Renault est copropriétaire, reconnaît que sa situation financière est très tendue. Il évoque la possible suppression de 21.800 emplois.
AvtoVAZ, le grand partenaire russe de Renault, est menacé de cessation de paiements. Oleg Lobanov, le vice-président d'AvtoVAZ en charge des finances, a reconnu hier que le risque était là. D'ici à la fin de l'année, la dette principale du groupe pourrait s'élever à plus de 75 milliards de roubles (1,7 milliard d'euros). « AvtoVaz examine quelques variantes de restructuration de sa dette (…) Si ces variantes échouent, il ne nous restera pas d'autre choix », a-t-il prévenu.

Le géant post-soviétique de l'automobile, qui a notamment besoin de 38 milliards de roubles pour restructurer ses dettes et de 42 milliards de roubles pour financer son programme d'investissement d'ici à 2014, prévoit désormais de proposer aux banques d'Etat des obligations pour quelque 50 milliards de roubles. Des négociations ont été lancées avec la Sberbank et VTB, les deux principaux créanciers du groupe. Ils ont prévenu qu'ils ne voulaient pas devenir copropriétaires d'AvtoVAZ en cas de conversion des dettes du groupe en actions. De son côté, Renault, qui détient 25 % du capital, est « prêt à soutenir » le groupe, a affirmé hier son PDG Carlos Ghosn, sans plus de précision.

Le plan de survie d'AvtoVAZ passe aussi par une forte réduction des effectifs. Les discussions avec Renault en vue de fabriquer ensemble des véhicules sur une même chaîne de montage pourraient aboutir en 2012, avec la possible production de cinq modèles différents (deux de la marque Lada, deux Renault et un Nissan). D'ici là, AvtoVAZ pourrait supprimer 21.800 emplois, a déclaré hier Igor Komarov, le président d'AvtoVAZ. Ces réductions reviennent à diminuer de près d'un quart le personnel à Togliatti, la ville sur la Volga où le groupe dispose d'une vaste et vieillissante usine.
Rumeurs sur les chiffres de l'emploi

Depuis plusieurs semaines, alors que la baisse des ventes de véhicules en Russie a plongé un peu plus encore AvtoVAZ dans la crise, de multiples chiffres plus ou moins officiels ont circulé sur le nombre de suppressions d'emplois nécessaire pour réformer le complexe de Togliatti. Dans un premier temps, le groupe avait chiffré les pertes potentielles à plus de 27.000 emplois avant de les ramener à 5.000 dans le court terme. Mais, depuis, un rapport gouvernemental publié par la presse moscovite avait évoqué la nécessité de 50.000 suppressions, soit la moitié des effectifs, afin de rendre l'entreprise financièrement rentable.

jeudi 14 mai 2009

Les syndicats s'unissent pour exiger une relance de l'Europe sociale

a Confédération européenne des syndicats (CES) appelle à des manifestations à Madrid aujourd'hui, puis à Berlin, Bruxelles et Prague. Elle réclame un « New Deal social » et un « vrai plan de relance » basés sur la sécurité de l'emploi.
Contrairement aux idées reçues, il n'y a pas qu'en France qu'on manifeste contre la crise. A l'appel de la Confédération européenne des syndicats (CES), des « euromanifestations » sont attendues aujourd'hui à Madrid, demain à Bruxelles et samedi à Berlin et Prague. Des mobilisations plus locales sont aussi prévues à Luxembourg, Bucarest, Birmingham et Genève. La CES espère réunir, en tout, 200.000 personnes pour réclamer un « New Deal social. » Ce total reste limité, en raison notamment des faibles mobilisations prévues cet après-midi en Espagne (lire-ci dessous), mais il s'annonce toutefois plus important que lors des précédents rassemblements européens. Face à une crise qui n'épargne aucun pays et à l'approche des élections européennes du 7 juin, les syndicats s'attachent de plus en plus à unir leurs forces pour souligner que « seule l'Union européenne est en mesure de soutenir financièrement les Etats afin de combattre la crise et ses conséquences sociales ».

En relais des actions nationales des derniers mois en France, Allemagne, Islande, Grèce ou encore Italie, les 82 syndicats (issus de 36 pays) membres de la CES font de ces mobilisations le point de convergence de leur revendication commune de voir l'Europe se doter de « politiques sociales et de l'emploi mettant l'accent sur la sécurité et non sur la flexibilité ». « C'est à cette condition que l'Europe sociale prendra toute sa dimension », explique la CES, qui propose d'annexer un « protocole de progrès social » aux traités européens.
Dumping social dénoncé

Début mai, Jean-Claude Juncker, chef de file des ministres des Finances de la zone euro, a pronostiqué une « crise sociale » en Europe, potentiellement « explosive » en raison de la flambée du chômage. Mais lors du mini-sommet sur l'emploi organisé la semaine dernière à Prague, l'Union s'est contentée de dresser un catalogue général d'outils face au chômage. Dès lors, la protection de l'emploi et la revalorisation des salaires sont au coeur des revendications des organisations de salariés, qui dénoncent une « fuite en avant par le dumping social ». « La Commission ne cesse d'évoquer le développement de la libre circulation des travailleurs, mais c'est le cheval de Troie de nouvelles dérégulations. Elle s'enfonce dans les politiques qui ont mené à la crise », insiste Joël Decaillon, secrétaire confédéral de la CES.

Face à la menace de réflexes protectionnistes des Etats membres, les centrales réclament l'instauration d'un « vrai plan de relance européen », centré sur une politique industrielle commune et des efforts accrus sur la recherche pour miser sur l'économie verte à la reprise. « L'idée selon laquelle l'addition des 27 plans de relance nationaux ferait un plan européen est absurde. Il faut développer une vraie vision commune à moyen terme pour relancer le marché de l'emploi, sans quoi tous les pays seront vite confrontés, comme en Grèce, à une explosion de la jeunesse », poursuit Joël Decaillon.

Côté français, les 5 centrales membres de la CES (CFDT, CGT, FO, CFTC et Unsa) participeront aux cortèges. Après avoir obtenu fin avril l'abandon du projet de révision de la directive européenne sur le temps de travail, « il s'agit d'affirmer que les travailleurs refusent une Europe de la déréglementation qui a trop longtemps prévalu », résume FO. Bernard Thibault (CGT) défilera à Bruxelles puis à Berlin, et Jean-Claude Mailly (FO) à Bruxelles. François Chérèque (CFDT), retenu pour raisons familiales, sera absent. Il aura l'occasion de se rattraper dès les 27 et 28 mai : toujours sous l'égide de la CES, les leaders syndicaux européens se retrouveront alors à Paris pour débattre de la crise et signer une déclaration commune.