dimanche 1 janvier 2012
"Bayrou ne sera pas au second tour" (E1)
Et les politiques les plus agaçants sont…
Sarkozy échoue au pied du podium
Russie : Poutine démine
Une dizaine d'interpellations
Europe: les dates clés de janvier
- 4 janvier: Une estimation rapide de l'indice des prix à la consommation pour la zone euro pourrait influencer la politique monétaire de la BCE, et montrer à quel point la crise ralentit l'économie. Selon Bloomberg, les analystes prévoient une baisse de l'inflation: 2,8% en décembre, alors qu'elle était à 3% en novembre.
- 7 janvier: les chefs d'entreprises espagnols et les syndicats doivent parvenir, à cette date, à un accord sur la réforme du travail. L'accord sera centré sur l'éducation, les vacances, la résolution des différends en dehors du travail et les règles de participation des travailleurs. Ils auraient déjà fait de substantiels progrès vers un accord. Cependant, couplé avec les modifications du budget du gouvernement, pourrait provoquer grèves et protestations.
- 9 janvier: Selon l'indiscrétion d'un fonctionnaire européen, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy pourraient se rencontrer à Berlin le 9 janvier afin de discuter de la position franco-allemande sur la politique économique de la zone euro. Cette réunion n'est cependant pas confirmée.
- 12 janvier: le conseil des gouverneurs de la BCE doit se réunir à Francfort afin d'arrêter ses décisions à propos de la politique monétaire. Cette décision dépendra beaucoup de l'indice des pris à la consommation, notamment en Allemagne, et des risques sur la stabilité des prix.
- 20 janvier: A cette date devrait prendre fin le voyage des représentants de la troïka (Commission européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne) en Grèce. Le but de cette visite est de discuter avec le gouvernement de coalition d'un deuxième plan de renflouement de 130 milliards d'euros et du projet d'échange de dette avec le secteur privé. La Grèce va devoir combler un trou de 1,2 milliard d'euros du budget de l'an prochain, ce qui rend de nouvelles mesures d'austérité incontournables.
- 23-24 janvier: Les ministres de finances des 27 pays de la zone euro se rencontreront à ces dates. La clé ici seront les relations entre le ministre britannique Georges Osborne, qui ne fait pas partie de la zone euro, et les autres ministres, car les tensions entre ministres pourraient changer la face de l'Union Européenne.
- 30 janvier: Les leaders de l'Union européenne se réuniront pour un sommet, cette fois pour tenter de trouver une solution face au fort taux de chômage.
- 31 janvier: Cette date est la limite pour les détenteurs privés d'obligations grecques pour accepter un accord d'échange avec le gouvernement grec. Bien que ces entretiens aient été menées à huis clos, le pronostic pour une transaction réussie apparaît sombre.
Les personnalités les plus agaçantes de 2011
Chaque année qui s'achève connaît son lot de classements et de palmarès. L'hebdomadaire VSD Nikos Aliagas et de Patrick Sébastien. Ségolène Royal en politique et Franck Ribery en sport sont eux aussi des récidivistes. La présidente du conseil régional de Poitou-Charentes (70%) devance ainsi Dominique Strauss-Kahn et la candidate Europe-Ecologie à la présidentielle Eva Joly. Nicolas Sarkozy est quatrième. Quant à Frank Ribéry, il se place devant son coéquipier de l'équipe de France Karim Benzema et l'entraîneur de l'Olympique de Marseille Didier Deschamps. dévoile ainsi les têtes à claques de 2011. Selon ce sondage en ligne, Benjamin Castaldi remporte la palme pour la deuxième année consécutive dans la catégorie télé, suivi de En revanche, si l'ancien président du FMI se fait voler la vedette en politique, il se rattrape en formant avec Anne Sinclair le couple le plus agaçant de l'année avec 58% des votes, devant Johnny et Laeticia Hallyday, et Eric Naulleau et Eric Zemmour. Enfin, en "arts et spectacles", c'est le philosophe et écrivain Bernard-Henri Levy qui rafle la mise avec 50% des voix, précédant Joey Starr, Tristane Banon et Carla Bruni-Sarkozy. A noter que Yannick Noah, désigné personnalité préférée des Français pour la septième année consécutive en août dernier, est paradoxalement classé sixième.
samedi 31 décembre 2011
François Hollande : "2012, l'année du changement" par francoishollande
Grèce : Papademos populaire malgré la crise
Le Premier ministre grec Lucas Papadémos demeure populaire malgré les mesures d'austérité mises en oeuvre par son gouvernement de coalition pour éviter la faillite au pays, à en croire samedi un sondage rendu public.
Soixante-six pour cent des personnes interrogées disent avoir une bonne ou plutôt bonne opinion de Papadémos, contre 25% qui le voient sous un jour défavorable, selon l'enquête de l'institut Kapa pour le journal To Vima. Les neuf pour cent restants ne se prononcent pas.
Le sondage, réalisé les 28 et 29 décembre, indique d'autre part que les conservateurs de la Nouvelle démocratie (ND) arriveraient en tête de législatives si elles avaient lieu aujourd'hui. Mais avec 21,4% seulement, ce parti serait loin d'avoir la majorité. Les socialistes du Pasok ne recueilleraient que 12,6%, les communistes du KKE 9,3% et le parti d'extrême droite LAOS 5,3%.
Grèce: grève sur l'Acropole
L'Acropole d'Athènes, monument phare de l'antiquité grecque, ainsi que les principaux sites et musées du pays sont restés porte close aujourd'hui en raison d'une grève des gardiens protestant contre leur non-paiement le week-end.
"Fermé pour cause de grève du personnel", indique une affichette à l'entrée de l'Acropole, où des groupes de dizaines de touristes exprimaient leur déception, a rapporté une photographe de l'AFP. L'Union panhellénique des gardiens des sites archéologiques (Peyfa) a relancé cette mobilisation, qui touche la plupart des sites et musées, en raison "du non-règlement du problème du paiement des week-ends", a affirmé à l'AFP un de ses responsables, Costas Oikonomou. Après le vote cet automne d'une loi imposant de nouvelles mesures de rigueur au pays, "le paiement des week-ends a été purement et simplement supprimé, le ministère de la Culture nous avait promis de régler la question mais n'a rien fait".
Les gardiens, qui avaient mené mené plusieurs journées d'actions d'avertissement fin novembre, seront en grève "tous les samedis jusqu'à un règlement", a-t-il affirmé.
La Grèce, qui est parmi les premiers pays à être frappés par la crise de la dette depuis deux ans, est soumise à une austérité draconienne sous la pression de ses créanciers, l'UE et le FMI, en échange de sa mise sous perfusion financière, au prix d'importantes réductions des salaires surtout dans la fonction publique. Les grèves des gardiens des sites et musées sont fréquentes en Grèce, au grand désespoir des opérateurs touristiques.
Grèce: Elefthérotypia, un quotidien historique de gauche, risque la faillite
La société propriétaire du quotidien historique de gauche Elefthérotypia, l'un des principaux journaux grecs, a demandé vendredi à la justice d'être soumise à une procédure spéciale, prévue pour les entreprises en difficulté financière, a-t-on appris de source judiciaire.
Cette procédure, prévue dans le code des faillites, permet à l'entreprise d'élaborer avec l'accord de ses créanciers un plan de restructuration et d'assainissement afin d'éviter la faillite, selon la même source.
Comptant environ 800 journalistes, administratifs et techniciens, "le quotidien n'a pas été publié depuis une semaine en raison des grèves reconductibles de 48 heures du personnel réclamant des salaires impayés depuis le mois d'août", a indiqué à l'AFP Panos Sokos, représentant des employés.
Me Dimitris Klokotaras, l'avocat du personnel, estime que "le recours à la justice n'est qu'une manoeuvre de la société pour éviter de payer les arriérés" et que le journal "ne risque pas la faillite".
Déficitaire depuis 2008, comme plusieurs médias grecs pour cause de crise, la société propriétaire du quotidien, X.K.Tegopoulos S.A, "a entamé en été son assainissement et demandé un emprunt auprès d'une banque grecque, qui jusqu'ici n'a pas été octroyé", explique M. Sokos.
Les banques grecques, qui détiennent un grand nombre d'obligations de l'Etat, sont soumises depuis septembre à un contrôle international en vue de leur recapitalisation dans le cadre de la restructuration de la dette grecque.
Ce contrôle a limité l'octroi de crédits aux entreprises, dont plusieurs souffrent de manque de liquidités.
Depuis sa fondation en 1975, un an après la chute de la junte, Elefthérotypia, surnommé "le journal des rédacteurs", a cultivé une image de tribune libre pour les mouvements de gauche. Il fut parmi les premiers quotidiens à publier les revendications des groupes extrémistes grecs dans les années 80 et 90.
La crise de la dette depuis deux ans a provoqué la fermeture de deux quotidiens grecs tandis que les licenciements sont monnaie courante. Une chaîne privée de télévision a récemment cessé de transmettre son programme pour cause de grève du personnel, impayé depuis plusieurs mois.
vendredi 30 décembre 2011
La Grèce vend des Airbus pour réduire sa dette
La Grèce a annoncé vendredi 30 décembre avoir vendu quatre Airbus A340 usagés à une société de Miami spécialisée dans la vente d'avions d'occasion, Apollo Aviation, pour 40,4 millions de dollars (31 millions d'euros), afin de s'assurer des liquidités.
Un communiqué du gouvernement indique que la vente a été approuvée par un comité ministériel de cinq membres chargé de la privatisation. Une source au ministère des finances a donné le prix. "Apollo Aviation Group a été le plus offrant", a précisé le gouvernement.Les quatre appareils appartenaient précédemment à la flotte d'Olympic Airlines, la compagnie aérienne d'Etat, privatisée en 2009. Le gouvernement grec tentait de vendre ces avions depuis novembre 2010.
Athènes s'était engagée l'année dernière à réaliser un train de privatisations en échange d'un plan de sauvetage de l'Union européenne et du Fonds monétaire international. Le processus de privatisation devrait permettre de lever 5,5 milliards d'euros avant la fin de l'année et 50 milliards avant 2015. Le ministère des finances espère terminer l'année avec 1,8 milliard d'euros en revenus et 9,3 autres milliards en 2012.
Charles Gave, économiste ; L’abandon de l’euro n’est pas souhaitable.
Vous avez vanté dans vos chroniques les mérites d’une sortie de la zone euro de la Grèce, puis plus récemment de l’Italie. Pouvez-vous expliquer votre raisonnement ?
Je ne pense pas avoir vanté les mérites de la sortie de l'euro de l'Italie et de la Grèce. J'ai simplement dit que ces deux pays ne pouvaient pas s'en sortir avec un taux de change "allemand", que le problème n'était pas la dette mais l'absence de croissance dans ces pays créés de toutes pièces et inutilement par ces taux de change fixes et surévalués, ce qui amenait à une augmentation des déficits budgétaires et de la dette en bout de course. La dette est le résultat, non la cause.
L'Euro a bloqué -volontairement- les mécanismes d'ajustement entre pays européens que constituaient les taux de change.
De ce fait ni l'Italie, ni la Grèce, ni la France, d’ailleurs, ne sont compétitifs vis-à-vis de l'Allemagne. Pour faire simple, nous avons remplacé la probabilité d'une dévaluation italienne tous les trois ou quatre ans par la certitude d'une faillite de l'Italie. Pas un vrai progrès à mon avis.
Ne risque-t-on pas d’ajouter une crise à la crise ?
Le chômage en Europe est à un plus-haut historique hors Allemagne, la moitié des pays européens sont en faillite, le système bancaire de l'euro est en train de s’effondrer partout y compris et surtout en Allemagne.
Nous sommes en France en 1934 pendant la déflation Laval-Rueff créée par un attachement fanatique de Rueff (comprendre Trichet) à l'étalon or (comprendre l’euro). La Suède et l'Angleterre ayant abandonné cette imbécillité qu'était l’étalon or se comportèrent beaucoup mieux. Je ne suis pas devin et je ne sais pas si nous allons ajouter une crise à la crise. Ce que je sais c'est que la politique actuelle nous amène certainement à la faillite de même que la ligne Maginot nous garantissait d'être défaits en cas de conflit avec l'Allemagne. Les stratégies défensives échouent toujours et partout. Comme disait de Gaulle : à quoi sert une place forte « imprenable » ? A être prise.
Quel impact aurait une telle décision sur la santé des économies restant dans la zone euro ?
Si un pays sort, tout le monde sort. Ce sera comme de crier au feu dans un cinéma qui n’a pas de sorties de secours. Si vous divisez une économie entre "rentiers" qui ne prennent aucun risque (fonctionnaires, retraités, détenteurs d’obligations) dont tous les revenus sont perçus en monnaie nationale et les entrepreneurs qui sont soumis à la concurrence internationale et donc dont tout ou partie des revenus sont perçus en monnaie internationale (le dollar), un retour aux changes nationaux favoriserait :
- le rentier allemand et défavoriserait l’entrepreneur allemand, ce dont tout le monde en Europe a besoin, y compris l’Allemagne
- l’entrepreneur du sud et défavoriserait le consommateur rentier local. La balance commerciale des pays du Sud retournerait très vite à l’équilibre et la croissance reviendrait dans ces pays, ce qui leur permettrait de servir sans problème les intérêts sur leurs dettes et d’acheter de nouveau des produits à l’Allemagne
Je ne connais pas d’exemple historique où sortir d’une solution technocratique pour aller vers une solution de liberté pour les marchés n’ait pas amené à une amélioration très rapide de la situation. La fin de l’euro ne serait pas une mauvaise nouvelle, ce serait une bonne nouvelle, un peu comme la chute du mur de Berlin.
Le prix ne serait-il pas trop élevé pour les sortants. Dévaluation, renchérissement des prix des importations (dont pétrole), difficulté de financement des banques, de l’Etat, chômage en forte hausse, etc. ?
Honnêtement, le prix à payer pour arrêter cette monstrueuse erreur que nous devons aux Trichet, Delors, Prodi, etc., qui cherchaient tous à recréer l’Empire romain où les libertés individuelles fleurissaient très peu au travers d’un Etat européen supra- national, technocratique et non démocratique, dont leur classe aurait été les maîtres et nous les sujets, me paraît très faible par rapport aux coûts que nous aurons à payer si cette classe, qui elle ne souffre pas, continue à nous entraîner dans ce désastre, tant elle est incapable de reconnaître ses erreurs. Mais comme dans les pays arabes, nous allons assister au grand réveil des peuples et c’est dans ce réveil que réside mon espoir.
Pouvez-vous détaillez le plus précisément possible les enchaînements macroéconomiques que vous imaginez ?
Alors là, honnêtement, aucune idée. Ce n’est pas moi qui ai monté un système qui ne peut pas marcher et dont on ne peut pas sortir. Ce que je sais par contre c’est ce qu’il y aura après quand la poussière sera retombée. La consommation en Europe du Sud a été égale à la consommation gagnée à laquelle il fallait ajouter la consommation « empruntée ». La consommation en Europe du Sud (qui ne pourra plus emprunter) va donc tomber au niveau de la consommation gagnée moins le remboursement des dettes. Parallèlement, les recettes fiscales (TVA) liées à la consommation en Europe du Sud vont s’écrouler et les déficits primaires vont y exploser, malgré, ou à cause devrais-je dire, des augmentations d’impôts, ce qui veut dire que les systèmes étatiques clientélistes vont devoir se reformer dans la douleur et dans l’urgence comme c’est déjà le cas en Grèce, en Espagne, en Italie et bientôt en France. Je répète donc ce que je dis depuis le début de la crise grecque : rien dans les valeurs de consommation en Europe, aucune valeur qui ait un Etat, en particulier du Sud, comme gros client ou comme régulateur. Aucune obligation d’aucun pays du Sud. Se concentrer sur les valeurs exportatrices qui ne vendent rien aux Etats ni à la consommation en Europe.
Ségolène Royal, "tête à claque", veut porter plainte contre VSD
Royal dénonce des "agressions verbales"
« Ségolène Royal dénonce le caractère moralement très violent du dernier numéro de VSD en cette période de fêtes familiales la traitant de "tête à claques" de l'année et autres agressions verbales », selon un communiqué publié jeudi après-midi. « Elle se réserve le droit de porter plainte », précise le texte."L'appât du gain ne saurait tout justifier"
Les motifs de plainte sont nombreux. Ainsi, l'élue socialiste pourrait évoquer : « harcèlement moral (le même article ayant été publié par VSD à la même date l'an dernier) », « atteinte à sa dignité de mère de famille, de tels propos étant particulièrement odieux pour des enfants, même adultes », et enfin « injure publique à l'égard de ses fonctions d'élue qu'elle exerce avec dignité et honnêteté, ces propos étant de nature à porter atteinte à sa réputation locale et internationale ». L'ex-candidate à l'Elysée en 2007 conclut : « L'appât du gain ne saurait tout justifier de la part de journaux à sensation en mal de sujets élevant le débat public. »jeudi 29 décembre 2011
Oui, l'éventuelle perte du triple A de la France serait une catastrophe
L'agence Standard and Poor's a placé il y a une semaine les notes de quinze Etats de la zone euro sous surveillance avec implication négative. Le délai entre un placement sous surveillance et une décision sur la note est généralement de trois mois environ, mais, dans le cas de la zone euro, et tout particulièrement de la France, S & P a laissé entendre qu'il pourrait être beaucoup plus court.
La majorité tente de banaliser l'impact d'une perte du triple A. En réalité, une telle dégradation de la note souveraine de notre pays en pleine tempête sur les marchés contre la zone euro constituerait un événement politique majeur à quatre mois de l'élection présidentielle. Et la fin d'une époque pour notre pays, habitué depuis la création de la zone euro à bénéficier de taux d'emprunt très bas pour financer la dérive de ses déficits.
1. Sur le plan financier, tout d'abord, les implications d'une perte du triple A seraient réelles sur les charges annuelles de la dette, dans les prochains budgets de l'Etat.
Certes, les taux d'intérêt servis à l'émission de la dette française se sont déjà dégradés : le spread OAT-Bund, qui mesure l'écart de taux d'intérêt entre les emprunts d'Etat français à dix ans (les obligations assimilables du Trésor) et les emprunts d'Etat allemands de même durée et qui indique donc la différence de solidité financière que les grands créanciers internationaux établissent entre les deux pays, s'établit déjà à 125 points de base (1,25 %), contre 30 points en mai : les marchés nous notent donc déjà en BBB +. C'est aujourd'hui la prime réclamée par les investisseurs pour acheter de la dette française plutôt qu'allemande.
Toutefois, une dégradation "officielle" de la note de la France, qui plus est de deux crans comme il est possible, constituerait une étape décisive d'un mouvement de réajustement à la hausse du risque français. Ce réajustement pourrait atteindre rapidement jusqu'à 1 % d'intérêt supplémentaire (100 points de base). Dans cette hypothèse, réaliste, les taux français à 10 ans, actuellement de 3,1 %, quitteraient la proximité des rives des taux allemands (aujourd'hui de 1,85 %) pour se rapprocher, à 4 %, voire plus, des niveaux de taux appliqués à l'Espagne (5,4 %) ou à l'Italie (6,7 %).
L'impact de ce point d'intérêt supplémentaire sur nos charges d'intérêts annuelles serait très conséquent, et ce rapidement : de l'ordre de 2,5 à 3 milliards d'euros annuels à l'horizon de douze à dix-huit mois, avant d'atteindre près de 15 milliards d'euros par an à l'horizon 2017, une fois répercuté sur l'ensemble de notre stock de la dette publique, dont la maturité est proche de cinq ans. Quinze milliards, soit l'équivalent de deux points de TVA, ou encore de la somme des budgets alloués au ministère de la culture, de l'agriculture, des affaires étrangères, de l'écologie et des transports...
L'incidence d'une perte du triple A est donc très loin d'être négligeable. Elle serait également durable, la position de la France par rapport aux autres grands Etats européens étant également peu favorable sur les autres critères d'appréciation retenus par les marchés que sont le déficit primaire, le rythme de l'ajustement, la flexibilité de ses dépenses, ses marges de manoeuvre fiscales ou encore la situation de sa balance des paiements. Nous pourrions par conséquent mettre plusieurs années à en retrouver le niveau.
Et tout cela chargerait encore un peu plus la barque du programme d'ajustement nécessaire pour revenir à une trajectoire soutenable des finances publiques, déjà estimé selon les économistes à près de 80 milliards d'euros.
2. La perte de son AAA par la France aurait également un impact majeur sur les mécanismes de solidarité européens qui viennent d'être difficilement mis en place pour contenir la crise de la zone euro.
Un éventuel abaissement de la note française, deuxième contributeur au Fonds européen de stabilité financière (FESF), pèserait inévitablement sur la notation de cet instrument financier indispensable pour gérer la crise de la dette. Elle aggraverait sans nul doute les risques d'assèchement du marché du crédit en Europe, au moment où la zone euro y est plus que jamais confrontée, contraignant la Banque centrale européenne (BCE) à jouer les pompiers de service.
Les entreprises françaises, les moins bien notées d'entre elles, souffrent déjà depuis plusieurs semaines de la nervosité des marchés sur les incertitudes des mois à venir. Une perte du triple A de la France se traduirait immédiatement par des implications négatives sur leurs conditions de financement et des difficultés accrues à accéder au marché, au moment où elles planifient leurs investissements pour l'année à venir. Et alors même qu'elles s'apprêtent à affronter un ralentissement de leurs commandes et de leurs exportations en Europe, dans un contexte de marges laminées par la hausse des prix des matières premières et du pétrole.
3. Enfin, la dégradation de la note de la France sur les marchés constituerait un événement politique majeur, à quatre mois de l'élection présidentielle.
Elle remettrait en cause le discours asséné par la majorité depuis près de dix-huit mois, qui a présenté le maintien de la crédibilité financière de notre pays sur la scène internationale comme la contrepartie du "plus d'impôt et de rigueur" mis en oeuvre en France et accru depuis le mois d'août dans le cadre du programme antidéficit du gouvernement.
Dans le domaine fiscal, les prélèvements ont déjà augmenté d'une vingtaine de milliards d'euros cette année et augmenteront encore de 20 milliards supplémentaires en 2012, avant une dizaine de milliards de plus en 2013. 20 + 20 + 10 = 50. D'ici à la fin de l'année 2013, la France subira, avec 50 milliards d'euros de plus en trois ans, la hausse d'impôts la plus importante jamais enregistrée depuis la création de la Ve République.
Le gouvernement avait jusqu'ici tenté d'occulter la réalité de ce choc fiscal considérable, en privilégiant la multiplication de nouvelles taxes ou mesures d'assiettes à la hausse générale des taux des grands impôts d'Etat, une première "ligne Maginot" qui s'est effondrée avec les hausses du dernier budget 2012 sur la TVA et l'impôt sur le revenu...
La perte du triple A viendrait remettre en cause la seconde ligne de défense du gouvernement : la nécessité de maintenir la notation de la France sur les marchés. D'ici quelques semaines, les Français pourraient donc malheureusement se retrouver confrontés à la fois à la hausse très importante des impôts, et à la dégradation de notre note sur les marchés. Sans plus de visibilité sur la manière de se sortir de ce piège de la dette, qui menace aujourd'hui son économie.




















