jeudi 25 août 2011
Austérité en poudre
Le saupoudrage est une vieille recette française. En général, il est utilisé pour distribuer des subventions : les sommes sont d’autant plus minimes que les récipiendaires sont nombreux. François Fillon a montré hier que le saupoudrage fonctionnait aussi dans l’autre sens.
Son plan anti-déficit est une addition de mesures qui paraissent au premier abord moins « méchantes » que les propos alarmants des derniers jours le laissaient craindre. À y regarder de près, cependant, il y a bien un tour de vis, ou, plus exactement, de nombreux tours de vis catégoriels. On ne touche pas aux gros boulons du haut de l’édifice budgétaire, mais on ajoute des rivets un peu partout dans les coins. En d’autres termes, on fait les fonds de tiroir. Les fumeurs, les détenteurs de patrimoine, les très riches et les entreprises sont en première ligne. Les mécontents seront nombreux, mais ils sont assez dispersés pour ne pas être en mesure de constituer un front commun massif. C’est du moins ce qu’espère l’exécutif.
Ce plan sera-t-il suffisant ? À moyen ou long terme, certainement pas, car ce n’est pas de douze milliards d’économies dont la France a besoin pour résorber sa dette et pour garantir sa capacité d’emprunter à des taux raisonnables, mais de bien plus. On se demande d’ailleurs si ces douze milliards sont réalistes, car certaines mesures, telle la taxation exceptionnelle des plus hauts revenus, sont surtout symboliques. La création d’une tranche supplémentaire de l’impôt, comme en Allemagne, la suppression de la TVA à 5,5 % dans la restauration – c’est l’une des niches fiscales les plus coûteuses –, l’abrogation du « paquet fiscal » très dispendieux de 2007, auraient été mieux accueillies, à la fois par les marchés et par beaucoup de Français. Mais de telles mesures auraient obligé Nicolas Sarkozy, qui a déjà été contraint de démanteler son « bouclier fiscal », à désavouer pratiquement toute sa politique financière, ce qui est trop demander à huit mois de la présidentielle.
Le saupoudrage d’hier est un signe pour dire à tout le monde – aux investisseurs comme aux électeurs — que le gouvernement s’attelle à assainir les comptes. Le vrai plan d’austérité est pour les lendemains des élections de 2012, et il s’imposera aux vainqueurs de la présidentielle et des législatives, quels qu’ils soient. L’austérité en poudre de 2011 est un échantillon lyophilisé de celle qui nous attend.
DSK en visite privée au FMI la semaine prochaine
Dominique Strauss-Kahn envisage de venir au Fonds monétaire international (FMI) pour une visite "privée", a indiqué jeudi 25 août à la presse un porte-parole du FMI, David Hawley. "Comme tout ancien directeur général du FMI, M. Strauss-Kahn serait le bienvenu au fonds. Je crois qu'il a l'intention de passer au quartier général, à titre personnel", a déclaré M. Hawley.
FAUT BIEN QU'IL RENDE VISITE À TOUTES CELLES QU'IL A NIQUÉ !!
(Oui, c'est bas, mais ça fait du bien !)
53 % de Français contre le retour de DSK dans le débat politique
L'affaire DSK a laissé des traces. Selon les résultats d'un sondage CSA pour 20 Minutes, BFM-TV et RMC, une majorité de Français (53 %) ne souhaite pas que Dominique Strauss-Kahn participe au débat politique dans les prochains mois. Posée lundi et mardi, la question anticipait toutefois un abandon des charges pénales par la justice américaine contre l'ancien directeur général du FMI.
Si le taux est sensiblement le même chez les hommes que chez les femmes, les écarts sont par contre notables selon les convictions politiques : le chiffre grimpe ainsi à 61 % chez les sympathisants de droite mais tombe à 43 % chez les sympathisants PS et à 47 % chez ceux de gauche.Les sondés avaient par ailleurs le choix avec deux autres propositions, dont une candidature de DSK à la primaire, qu'ils ont approuvée à 23 %, ou une simple prise de position en faveur d'un des candidats déclarés, hypothèse qui a les faveurs de 19 % des personnes interrogées. 5 % des sondés ne se prononcent pas.
HOLLANDE BIEN PLACÉ POUR LA PRIMAIRE...
Concernant la primaire socialiste, 29 % des sondés déclarent qu'ils iront certainement (14 %) ou probablement (15 %) voter, un chiffre en baisse de 4 points par rapport au mois de juillet. Chez les sympathisants socialistes, le chiffre plafonne à 50 %, en baisse de 9 points.
Parmi le sous-échantillon de sympathisants PS désireux de participer à la primaire, François Hollande recueille 45 % de préférences (+ 3 par rapport à juillet), Martine Aubry baisse de 2 points à 39 %, Ségolène Royal passe de 11 à 10 %. Manuel Valls recueille 3 %, Arnaud Montebourg 2 % et Jean-Michel Baylet 1 %. Ces chiffres sont à analyser avec prudence compte tenu de la taille de l'échantillon. "A sept semaines de la primaire, la préférence de choix la plus souvent exprimée se porte sur François Hollande, aussi bien parmi ceux déclarant qu'ils y participeront (37 %) que parmi les seuls sympathisants socialistes", note le sondeur CSA, tout en notant qu'il ne s'agit pas "d'intentions de vote".
... ET DEVANCE SARKOZY
Quant aux intentions de vote pour l'élection présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy et le candidat du PS, qu'il s'agisse de François Hollande, Martine Aubry ou Ségolène Royal, se qualifieraient pour le second tour si le premier tour avait lieu dimanche, avec une Marine Le Pen en légère baisse à 15 %.
Alors qu'au mois de juillet, Marine Le Pen et Ségolène Royal étaient au coude-à-coude à 17 % derrière le chef de l'Etat (28 %), la présidente de la région Poitou-Charente dépasse désormais la leader d'extrême droite, avec 19 % contre 15 %, mais perd contre le président (19 % contre 26 %). Dans l'hypothèse Aubry, la maire de Lille et le chef de l'Etat sont au coude-à-coude, à 26 %. Seul François Hollande parvient à devancer Nicolas Sarkozy, avec 27 % d'intentions de vote contre 26 %.
Derrière, Marine Le Pen recueille 15 % d'intentions de vote dans les trois scénarios, alors que Jean-Louis Borloo en obtient 8 %. François Bayrou oscille de 7 à 9 %, Eva Joly de 5 à 7 % et Jean-Luc Mélenchon de 6,5 à 9 %. "Une part importante de l'électorat continue à se porter sur l'un des trois candidats de l'espace central, souligne CSA, avec une légère avance de Jean-Louis Borloo sur François Bayrou, cependant que Dominique de Villepin obtiendrait un score nettement plus faible".
IL Y A DONC, PRESQUE 47% DE FRANÇAIS POUR SON RETOUR EN POLITIQUE !?
L’arbre qui cache la forêt
Quel courage à neuf mois de la présidentielle, diront certains ! Quel opportunisme, surtout, en donnant l’impression de s’adapter aux circonstances économiques avec l’art de montrer l’arbre qui cache la forêt ! Car c’est bien «machine arrière» qui a été commandé depuis la passerelle de l’Élysée. «Machine arrière», à petite vapeur certes, pour la loi «TEPA», cette panacée économique du sarkozysme qui a contribué à creuser la dette, passée en cinq ans de 65 % à 85 % du PIB. Même si un arsenal de mesures payées à crédit a aussi permis de passer le cap social des premières crises financières. Pas celle en cours en pleine tempête sur l’euro.
Cependant, reprendre quelques cadeaux fiscaux «à la grecque» et raboter de nouveau les fameuses niches fiscales pour racler un milliard cette année et onze l’année prochaine ne suffiront sans doute pas, même en ajoutant une faible taxation exceptionnelle des plus hauts revenus et – entre autres annonces – une contribution sur les sodas…
Personne n’est dupe, d’autres efforts seront nécessaires pour ramener le déficit budgétaire à 3 % en 2013, voire en dessous en 2014. Déjà les projets sortent des cartons. L’harmonisation franco-allemande de l’impôt sur les sociétés pourrait, outre d’autres bénéfices pour l’État, mettre fin aux multiples exonérations à la française, amplifiées depuis les lois Aubry sur les 35 heures, peaufinées par l’équipe Raffarin et étendues aux heures supplémentaires sous le quinquennat Sarkozy. Et ce serait du positif.
Mais pour le reste, chut ! Ne surtout pas s’étendre sur les mauvaises nouvelles, ne pas parler d’austérité à la veille de deux campagnes électorales décisives, ces grand-messes où chantent les promesses mirobolantes. Silence sur les sujets qui fâchent ! Pas de lamentations non plus, car, selon François Fillon, les Français ne sont pas les plus mal lotis comparés aux Italiens ou aux Grecs. Inutile qu’ils se serrent la ceinture, ils sont juste invités à persévérer dans leur régime hypocalorique. En respectant une diète qui tient dans les gels budgétaires et, notamment dans le gel des dotations aux collectivités territoriales. Avec, forcément, des répercussions sur le quotidien de tout un chacun.
Une cure jusqu’à quand ? Limitée au jour où le déficit budgétaire descendra à 3 % comme pour la taxe sur les hauts revenus ? Inutile de se leurrer. Le projet actuel a pour principal but de maintenir le «triple A» de la France, au moins jusqu’aux échéances du printemps 2012. Sans jamais prononcer ce mot électoralement suicidaire qu’est «impôt», bien que des prélèvements cachés soient déjà décidés (sur les assurances complémentaires). Ensuite, il faudra freiner la dette abyssale (1600 milliards), peut-être grâce à une nouvelle politique européenne, plus sûrement par de nouvelles rentrées. Le chef de l’État qui sortira des urnes en mai prochain n’aura d’autre choix que de serrer la vis. En veillant à ne pas étouffer la croissance. En veillant surtout à l’équité fiscale et sociale. Le moins évident…
Quel courage à neuf mois de la présidentielle, diront certains ! Quel opportunisme, surtout, en donnant l’impression de s’adapter aux circonstances économiques avec l’art de montrer l’arbre qui cache la forêt ! Car c’est bien «machine arrière» qui a été commandé depuis la passerelle de l’Élysée. «Machine arrière», à petite vapeur certes, pour la loi «TEPA», cette panacée économique du sarkozysme qui a contribué à creuser la dette, passée en cinq ans de 65 % à 85 % du PIB. Même si un arsenal de mesures payées à crédit a aussi permis de passer le cap social des premières crises financières. Pas celle en cours en pleine tempête sur l’euro.
Cependant, reprendre quelques cadeaux fiscaux «à la grecque» et raboter de nouveau les fameuses niches fiscales pour racler un milliard cette année et onze l’année prochaine ne suffiront sans doute pas, même en ajoutant une faible taxation exceptionnelle des plus hauts revenus et – entre autres annonces – une contribution sur les sodas…
Personne n’est dupe, d’autres efforts seront nécessaires pour ramener le déficit budgétaire à 3 % en 2013, voire en dessous en 2014. Déjà les projets sortent des cartons. L’harmonisation franco-allemande de l’impôt sur les sociétés pourrait, outre d’autres bénéfices pour l’État, mettre fin aux multiples exonérations à la française, amplifiées depuis les lois Aubry sur les 35 heures, peaufinées par l’équipe Raffarin et étendues aux heures supplémentaires sous le quinquennat Sarkozy. Et ce serait du positif.
Mais pour le reste, chut ! Ne surtout pas s’étendre sur les mauvaises nouvelles, ne pas parler d’austérité à la veille de deux campagnes électorales décisives, ces grand-messes où chantent les promesses mirobolantes. Silence sur les sujets qui fâchent ! Pas de lamentations non plus, car, selon François Fillon, les Français ne sont pas les plus mal lotis comparés aux Italiens ou aux Grecs. Inutile qu’ils se serrent la ceinture, ils sont juste invités à persévérer dans leur régime hypocalorique. En respectant une diète qui tient dans les gels budgétaires et, notamment dans le gel des dotations aux collectivités territoriales. Avec, forcément, des répercussions sur le quotidien de tout un chacun.
Une cure jusqu’à quand ? Limitée au jour où le déficit budgétaire descendra à 3 % comme pour la taxe sur les hauts revenus ? Inutile de se leurrer. Le projet actuel a pour principal but de maintenir le «triple A» de la France, au moins jusqu’aux échéances du printemps 2012. Sans jamais prononcer ce mot électoralement suicidaire qu’est «impôt», bien que des prélèvements cachés soient déjà décidés (sur les assurances complémentaires). Ensuite, il faudra freiner la dette abyssale (1600 milliards), peut-être grâce à une nouvelle politique européenne, plus sûrement par de nouvelles rentrées. Le chef de l’État qui sortira des urnes en mai prochain n’aura d’autre choix que de serrer la vis. En veillant à ne pas étouffer la croissance. En veillant surtout à l’équité fiscale et sociale. Le moins évident…
La rigueur fait recette
Comment rassurer les marchés sans « désespérer » le monde du travail miné par un chômage massif ? Comment cultiver la rigueur sans casser la croissance ? Comment accroître l'impôt sans froisser l'électeur ? Rarement le devoir budgétaire de rentrée aura été aussi difficile et risqué pour le gouvernement.
La faute au rebond d'une crise protéiforme ¯ boursière, financière, bancaire, économique ¯ venue pour une bonne part de l'extérieur. La faute aussi à quelques relâchements du gouvernement. Avant de se convertir bruyamment à la règle d'or de l'équilibre des finances publiques, Nicolas Sarkozy a pratiqué, comme ses prédécesseurs, le hors-piste budgétaire.
Mis en oeuvre par un orfèvre assumé de l'orthodoxie gestionnaire, François Fillon, le plan d'assainissement fera-t-il recette auprès des marchés et évitera-t-il au pays le noeud coulant de taux d'intérêt asphyxiants ? Difficile de supputer les réactions d'acteurs financiers de plus en plus imprévisibles. En revanche, on peut penser que la potion amère du retour à la bonne santé illustre un volontarisme minimal qui ne donnera pas à l'opposition les ingrédients d'une mayonnaise polémique durable et politiquement très rentable.
Bien sûr, les leaders socialistes auront beau jeu d'ironiser sur la remise en cause bien tardive du dernier emblème de la politique sarkoziste de rupture : la défiscalisation des heures supplémentaires. Une mesure qui s'est avérée coûteuse, inefficace, et même contre-productive en termes d'emplois.
La copie gouvernementale est suffisamment habile pour parer d'éventuelles attaques frontales. D'abord, la rigueur qui en est le moteur assumé n'est plus taboue dans le champ politique français. Son credo fait largement recette de part et d'autre de la frontière majorité-opposition.
Les ténors socialistes comme ceux de l'UMP partagent la conviction de base que la lutte contre les déficits publics est la condition sine qua non de la croissance. Et qu'elle passe inévitablement par une augmentation des impôts, fut-elle ciblée sur les niches fiscales ! Pour un peu, François Hollande et Martine Aubry en remontreraient même à François Fillon dans le rigorisme gestionnaire ! Le socialisme dépensier ¯ keynésien ¯ s'est singulièrement dévalué, ces derniers temps.
Ensuite, la rigueur fait la manche à tous les guichets. Elle n'épargne apparemment pas grand monde. Le rabot de Matignon rase tous azimuts. Mieux, il donne l'impression de privilégier la chasse au gros. Au prix d'un marketing médiatique savamment articulé avec les « victimes » elles-mêmes, le chef du gouvernement cherche à faire accroire qu'il frappe d'abord les plus riches. Alors que la contribution sur les très hauts revenus relève plus, du symbole que d'une lourde ponction sonnante et trébuchante. Elle est centrale dans l'affichage politique du gouvernement, marginale à la caisse.
Enfin, les deux mesures les plus spectaculaires ¯ remodelage de la défiscalisation des heures supplémentaires et taxation exceptionnelle des hauts revenus ¯ montrent bien que la rigueur évite les chemins escarpés des réformes impopulaires. C'est là, sans doute, la vraie faiblesse du plan Fillon: son manque d'audace réformatrice.
Prudence électorale oblige ? Une fois de plus, le pouvoir fait du toilettage là il faudrait de la chirurgie. Il se garde de toucher au coeur du chef-d'oeuvre baroque ¯ inefficace et injuste ¯ que constitue notre fiscalité. Et s'il se décide à rogner, passagèrement, les hauts revenus, c'est pour mieux oublier de s'attaquer aux racines des salaires « exorbitants ». Il en atténue les effets. Il n'en soigne pas les causes.
Apple: Steve Jobs démissionne de son poste de DG
Steve Jobs, le fondateur d'Apple, a annoncé mercredi soir sa démission de ses fonctions de directeur général du groupe dans une lettre adressée à la fois au conseil d'administration et à l'ensemble de la communauté Apple.
Sans surprise, cette annonce a entraîné un décrochage des actions Apple dans les cotations électroniques après-Bourse. Selon les dernières cotations disponibles, le titre Apple se négociait autour de 357 dollars, contre une clôture de plus de 376 dollars hier soir.
Au début de l'année, le patron d'Apple avait déjà décidé de prendre ses distances vis-à-vis du groupe informatique afin de se consacrer à sa santé.
Le dirigeant s'était déjà absenté près de six mois en 2009 pour soigner un cancer du pancréas.
Voici la traduction de l'intégralité du courrier envoyé hier par Steve Jobs:
'Au conseil d'administration d'Apple et à la communauté Apple:
J'ai toujours déclaré que si un jour j'étais dans l'incapacité d'honorer mes responsabilités et les attentes en tant que directeur général d'Apple, je serais le premier à le faire savoir. Malheureusement, ce jour est arrivé.
Je décide en conséquence de démissionner de mon poste de directeur général d'Apple. J'aimerais demeurer, si le conseil le juge opportun, président du conseil d'administration, directeur et salarié d'Apple.
En ce qui concerne mon successeur, je recommande fortement l'application du plan de succession et nomme Tim Cook directeur général d'Apple.
Je pense que les jours les plus brillants et les plus novateurs d'Apple restent à venir. Et je suis impatient d'assister et de contribuer à son succès au sein de mes nouvelles fonctions.
Je me suis fait quelques uns des meilleurs amis de ma vie chez Apple et je vous remercie tous pour les nombreuses années durant lesquelles j'ai pu travailler avec vous.
Steve.'
Le régime minceur du professeur Fillon
Quand il enfile l'habit de père-la-rigueur, on ne peut pas dire que François Fillon soit à contre-emploi, ou que le rôle qu'il endosse lui déplaise. N'avait-il pas été le premier à oser le mot tabou de « rigueur », ou à sonner l'alerte sur la dette, au grand dam de l'Elysée ? Aussi, rien d'étonnant à ce que Nicolas Sarkozy demande à son Premier ministre, qu'il ne doit décidément pas regretter d'avoir relégitimé, de prendre la main pour délivrer les mauvaises nouvelles des arbitrages budgétaires de 2012. Un exercice ô combien acrobatique puisqu'il s'agit à la fois de rassurer les marchés en maintenant le cap de la réduction des déficits publics et, à huit mois de la présidentielle, de faire passer la pilule d'un nouveau tour de vis. En bon artisan de l'orthodoxie budgétaire, François Fillon a donc sorti son couteau suisse pour tailler dans les dépenses, raboter les niches fiscales, limer les hauts revenus, mais aussi dégainé l'arme lourde du tabac. Son plan, substantiel, marque le début d'une cure d'austérité sévère et durable, ainsi qu'un tournant. D'abord Nicolas Sarkozy s'est rallié à l'idée d'une taxation, certes symbolique, frappant les ultrariches. La critique - massive, déstabilisante - des cadeaux fiscaux aux plus riches qui se sont enrichis malgré la crise, a eu raison du dogme conservateur. Ensuite il s'est résolu à continuer à détricoter la loi TEPA, marqueur emblématique du sarkozysme, en rabotant le dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires. Dans le premier cas, on peut y voir un pied de nez au projet socialiste, silencieux sur ce point ; dans le second, un petit geste en direction des syndicats. Dans les deux cas, une forme de reniement.
Quand il enfile l'habit de père-la-rigueur, on ne peut pas dire que François Fillon soit à contre-emploi, ou que le rôle qu'il endosse lui déplaise. N'avait-il pas été le premier à oser le mot tabou de « rigueur », ou à sonner l'alerte sur la dette, au grand dam de l'Elysée ? Aussi, rien d'étonnant à ce que Nicolas Sarkozy demande à son Premier ministre, qu'il ne doit décidément pas regretter d'avoir relégitimé, de prendre la main pour délivrer les mauvaises nouvelles des arbitrages budgétaires de 2012. Un exercice ô combien acrobatique puisqu'il s'agit à la fois de rassurer les marchés en maintenant le cap de la réduction des déficits publics et, à huit mois de la présidentielle, de faire passer la pilule d'un nouveau tour de vis. En bon artisan de l'orthodoxie budgétaire, François Fillon a donc sorti son couteau suisse pour tailler dans les dépenses, raboter les niches fiscales, limer les hauts revenus, mais aussi dégainé l'arme lourde du tabac. Son plan, substantiel, marque le début d'une cure d'austérité sévère et durable, ainsi qu'un tournant. D'abord Nicolas Sarkozy s'est rallié à l'idée d'une taxation, certes symbolique, frappant les ultrariches. La critique - massive, déstabilisante - des cadeaux fiscaux aux plus riches qui se sont enrichis malgré la crise, a eu raison du dogme conservateur. Ensuite il s'est résolu à continuer à détricoter la loi TEPA, marqueur emblématique du sarkozysme, en rabotant le dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires. Dans le premier cas, on peut y voir un pied de nez au projet socialiste, silencieux sur ce point ; dans le second, un petit geste en direction des syndicats. Dans les deux cas, une forme de reniement.
Perspective réaliste
Tout au long du mois de juin, les principaux médias du monde ont beaucoup parlé de la Turquie, généralement en bien. Mais, à mon avis, ils n’ont pas tout dit et rien en tout cas d’une donnée nouvelle qui est venue, depuis peu, transformer l’équation turque.
Mais d’abord où en était la Turquie au début de cette année ? Ce pays de 80 millions d’habitants, qui aspire à devenir membre de l’Union européenne bien que la plupart de son étendue soit en Asie, est en pleine renaissance politique, économique et culturelle depuis le début de ce XXIe siècle.
Héritier d’un grand empire et d’une belle civilisation, il a traversé une longue période de déclin avant d’être rudement secoué, il y a près d’un siècle, par Mustafa Kemal Atatürk.
Mais c’est seulement en 2001 qu’il est entré dans ce cycle vertueux qui l’a conduit depuis lors, pas à pas, vers la démocratie, la prospérité et une grandeur retrouvée.
Les élections législatives du 12 juin 2011 ont donné près de 50 % des voix, une belle majorité au Parlement et le pouvoir pour la troisième fois consécutive à la formation de Recep Tayyip Erdogan, le Parti de la justice et du développement (AKP).
Ce parti héritier d’une formation islamiste a très bien géré l’économie : elle connaît, depuis dix ans, une croissance « à la chinoise » de l’ordre de 8 à 9 % l’an. Le revenu par habitant a doublé et les exportations ont quadruplé en valeur. Les investissements étrangers ont afflué et les émigrés sont revenus.
Membre fondateur de l’OTAN, la Turquie en est aujourd’hui le pays militairement le plus important après les États-Unis. Quant à son économie, elle se classe au 17e rang mondial.
Mais ce dont Erdogan est le plus fier, c’est d’avoir fait de la Turquie en dix ans une quasi-démocratie dont les performances ne cessent de s’améliorer, un pays « en paix avec son identité islamique » et un modèle pour les nations arabo-musulmanes. Avec le président Abdullah Gül et le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, il a élaboré et mis en œuvre une politique extérieure originale qui a fait de la Turquie un acteur remarqué de la scène internationale.
C’est tout récemment que la donnée nouvelle évoquée au début de cet article a été introduite par ce « printemps arabe » dont on n’a pas fini de mesurer l’impact sur la vie internationale.
Il a surpris tout le monde et a déconcerté trois grands pays du Moyen-Orient : Israël, Iran, Arabie saoudite. Ils l’ont non seulement mal accueilli, mais, à ce jour, ne savent pas comment le prendre.
La Chine et la Russie ont eu la même réaction négative et ont fait chorus avec eux.
L’Europe, les États-Unis et la Turquie se sont trouvés, eux, ensemble et dans un camp opposé : celui de pays qui, passé un moment de surprise et d’hésitation, ont décidé courageusement d’épouser le changement et d’aider les peuples à se débarrasser de leurs tyrans.
C’est là un clivage nouveau et important. Pour Israël d’abord : gouverné par le tandem Netanyahou-Lieberman, il va vers un isolement encore plus grand ; pour la Turquie ensuite : son Premier ministre, Erdogan, voit soudain son « nous voulons voir l’Union européenne comme une alliance de civilisations » passer du stade de l’utopie à celui de la perspective réaliste.
En 2023, dans douze ans, sera célébré le centenaire de la République turque fondée par Kemal Atatürk. Est-il irréaliste d’imaginer qu’Erdogan – il n’aura alors que 69 ans et pourra être passé du poste de Premier ministre à celui de président – obtienne, pour cette date charnière, l’adhésion de son pays, la Turquie, à l’Union européenne ?
Ce qu'il faudrait vraiment faire pour réduire le déficit
François Fillon a dévoilé il y a quelques heures les nouvelles mesures d'économies et les engagements de réduction du déficit public. L'ampleur de l'effort est chiffré à 15 milliards d'euros. Or il est possible d'en faire beaucoup plus.
François Fillon va détailler ce mercredi à 18 heures les nouvelles mesures d'économies prévues pour tenir les engagements de réduction du déficit public - 5,7% du PIB dès cette année, 4,6% l'an prochain et 3%, le seuil fixé par les traités européens, en 2013. Selon le gouvernement, l'effort nécessaire pour y parvenir correspond à 4 milliards d'économies supplémentaires cette année et 10 milliards l'an prochain. De ce qui a fuité dans la presse ces derniers jours, on connaît les principales pistes du gouvernement, à savoir un nouveau coup de rabot sur certaines niches fiscales et sociales et la d'une taxe sur les ménages les plus riches. De nombreuses voix s'élèvent déjà pour dire que ces mesures d'économies ne sont pas assez ambitieuses. Voici pourquoi.
Raboter toutes les niches fiscalesAu printemps 2010, le gouvernement avait annoncé un coup de rabot de 10% sur les niches fiscales. En réalité, seule une vingtaine - sur plus de 500 - ont été rabotées de 10%, alors que de nombreux parlementaires de la majorité plaidaient pour un coup de rabot généralisée. Celui-ci rapporterait, vu le coût des niches fiscales (75 milliards) et sociales (45 milliards), près de 12 milliards d'euros. Mais le gouvernement préfère, aujourd'hui encore, agir au compte-gouttes. Si le plafond global des niches, fixé à 6% du revenu plus 18.000 euros, pourrait être abaissé, seules quelques niches devraient subir un nouveau coup de rabot - de 10 ou 15%. Il s'agit notamment de réduction d'impôts au titre d'investissements dans l'immobilier (dispositif Scellier, PTZ, dispositif Bouvard, investissements dans les DOM, fin de l'abattement sur les plus-values de ventes des résidences secondaires, etc.).
Supprimer les plus coûteuses les moins efficacesDepuis l'instauration de la défiscalisation des heures supplémentaires en 2007, l'opposition de gauche et les syndicats réclament sa suppression. Selon eux, le dispositif est coûteux (plus de 4 milliards d'euros de manque à gagner par an), rapporte peu de pouvoir d'achat, génère des abus et freine les embauches. Un diagnostic partagé par la Cour des comptes et confirmé par un récent parlementaire. Autre cheval de bataille de la gauche et de la Cour des comptes: la TVA réduite (5,5%) dans la restauration, entrée en vigueur en 2010. Cette niche coûte plus de 3 milliards d'euros par an et ses effets sur l'emploi et sur les prix à la consommation sont contestés. Autres pistes: le service de recherche économique de la banque Natixis vient de publier une étude qui propose une liste de 17 niches fiscales susceptibles d'être supprimées, "sans effets dommageables à long terme sur l'économie française", assurent ses auteurs. Il s'agit par exemple, outre la TVA dans la restauration et la défiscalisation des heures supplémentaires, du taux réduit de TVA pour les travaux de rénovation, de la réduction d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile ou encore du régime du bénéfice mondial ou consolidé pour les entreprises. Gain attendu: 20 milliards d'euros. Las. Le gouvernement envisage de revenir seulement en partie sur la défiscalisation des heures supplémentaires, et seules quelques rares niches sont sur la sellette.
Taxer le capital à hauteur du travailC'est ce que proposent les socialistes. Une autre étude économique de Natixis montre qu'aligner lla taxation du patrimoine des ménages sur celle des revenus (c'est-à-dire augmenter le taux de taxation du capital de 25 points) permettrait de dégager plus de 40 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires. Le gouvernement envisage de relever de 12,3% à 14% les prélèvements sociaux sur l'épargne (dividendes et plus-values), ce qui porterait le niveau global d'imposition (CSG+ impôts) à 33%, contre 41 pour le taux marginal de l'impôt sur le revenu.
Augmenter les impôtsEn contrepartie de l'allègement de l'ISF voté dans le cadre de la réforme de la fiscalité du patrimoine en juin dernier, de nombreux parlementaires de la majorité - notamment le président de la commission des finances du Sénat, le centriste Jean Arthuis, et le président de la commission des affaires sociales de l'Assemblée, l'UMP Pierre Méhaignerie - pour la création d'une nouvelle tranche marginale de l'impôt sur le revenu, à 46% contre 41% aujourd'hui, pour les revenus supérieurs à 100.000 ou 150.000 euros. Cela rapporterait au moins 1 milliard d'euro chaque année. Le gouvernement a d'ores et déjà annoncé que les très riches allaient être mis à contribution pour réduire la dette de la France. Mais il semble privilégier une taxe symbolique alors que de nombreux ménages aisés échappent encore en grande partie à l'impôt grâce aux innombrables niches fiscales. La piste qui tient aujourd'hui la corde est une taxe de 1% à 2% sur les revenus dépassant un million d'euros par an. Cela concernerait 30.000 foyers et rapporterait 150 à 300 millions d'euros.
Raboter toutes les niches fiscalesAu printemps 2010, le gouvernement avait annoncé un coup de rabot de 10% sur les niches fiscales. En réalité, seule une vingtaine - sur plus de 500 - ont été rabotées de 10%, alors que de nombreux parlementaires de la majorité plaidaient pour un coup de rabot généralisée. Celui-ci rapporterait, vu le coût des niches fiscales (75 milliards) et sociales (45 milliards), près de 12 milliards d'euros. Mais le gouvernement préfère, aujourd'hui encore, agir au compte-gouttes. Si le plafond global des niches, fixé à 6% du revenu plus 18.000 euros, pourrait être abaissé, seules quelques niches devraient subir un nouveau coup de rabot - de 10 ou 15%. Il s'agit notamment de réduction d'impôts au titre d'investissements dans l'immobilier (dispositif Scellier, PTZ, dispositif Bouvard, investissements dans les DOM, fin de l'abattement sur les plus-values de ventes des résidences secondaires, etc.).
Supprimer les plus coûteuses les moins efficacesDepuis l'instauration de la défiscalisation des heures supplémentaires en 2007, l'opposition de gauche et les syndicats réclament sa suppression. Selon eux, le dispositif est coûteux (plus de 4 milliards d'euros de manque à gagner par an), rapporte peu de pouvoir d'achat, génère des abus et freine les embauches. Un diagnostic partagé par la Cour des comptes et confirmé par un récent parlementaire. Autre cheval de bataille de la gauche et de la Cour des comptes: la TVA réduite (5,5%) dans la restauration, entrée en vigueur en 2010. Cette niche coûte plus de 3 milliards d'euros par an et ses effets sur l'emploi et sur les prix à la consommation sont contestés. Autres pistes: le service de recherche économique de la banque Natixis vient de publier une étude qui propose une liste de 17 niches fiscales susceptibles d'être supprimées, "sans effets dommageables à long terme sur l'économie française", assurent ses auteurs. Il s'agit par exemple, outre la TVA dans la restauration et la défiscalisation des heures supplémentaires, du taux réduit de TVA pour les travaux de rénovation, de la réduction d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile ou encore du régime du bénéfice mondial ou consolidé pour les entreprises. Gain attendu: 20 milliards d'euros. Las. Le gouvernement envisage de revenir seulement en partie sur la défiscalisation des heures supplémentaires, et seules quelques rares niches sont sur la sellette.
Taxer le capital à hauteur du travailC'est ce que proposent les socialistes. Une autre étude économique de Natixis montre qu'aligner lla taxation du patrimoine des ménages sur celle des revenus (c'est-à-dire augmenter le taux de taxation du capital de 25 points) permettrait de dégager plus de 40 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires. Le gouvernement envisage de relever de 12,3% à 14% les prélèvements sociaux sur l'épargne (dividendes et plus-values), ce qui porterait le niveau global d'imposition (CSG+ impôts) à 33%, contre 41 pour le taux marginal de l'impôt sur le revenu.
Augmenter les impôtsEn contrepartie de l'allègement de l'ISF voté dans le cadre de la réforme de la fiscalité du patrimoine en juin dernier, de nombreux parlementaires de la majorité - notamment le président de la commission des finances du Sénat, le centriste Jean Arthuis, et le président de la commission des affaires sociales de l'Assemblée, l'UMP Pierre Méhaignerie - pour la création d'une nouvelle tranche marginale de l'impôt sur le revenu, à 46% contre 41% aujourd'hui, pour les revenus supérieurs à 100.000 ou 150.000 euros. Cela rapporterait au moins 1 milliard d'euro chaque année. Le gouvernement a d'ores et déjà annoncé que les très riches allaient être mis à contribution pour réduire la dette de la France. Mais il semble privilégier une taxe symbolique alors que de nombreux ménages aisés échappent encore en grande partie à l'impôt grâce aux innombrables niches fiscales. La piste qui tient aujourd'hui la corde est une taxe de 1% à 2% sur les revenus dépassant un million d'euros par an. Cela concernerait 30.000 foyers et rapporterait 150 à 300 millions d'euros.
L’UE, pour le peuple mais sans le peuple
Il y a un point sur lequel les populistes ont raison : l'Union n'écoute pas ses citoyens. Et l'action des dirigeants et des institutions ne fait que renforcer l'impression que l'intégration européenne se fait à coups de mesures technocratiques sur lesquelles les populations n'ont pas d'emprise.
Alors forcément, lors de la conférence qu'il a donnée récemment à Berlin, en pleine crise de l'euro, il a captivé son public. Il a accusé les élites politiques de faillir à leur devoir de rendre l'Europe à ses citoyens. "Le processus d'intégration européenne, qui s'est toujours fait sans consulter la population, est aujourd'hui arrivé dans une impasse", a déclaré Habermas pendant une table ronde organisée par le Conseil européen des relations étrangères. "Il ne peut pas aller plus loin sans passer de son système d'administration habituel à une administration impliquant davantage la population".
Les élites politiques "se cachent la tête dans le sable", a-t-il ajouté. "Elles s'obstinent à poursuivre leur projet élitiste et à priver la population européenne de ses droits."
Ceux qui abondent dans le sens de Habermas citent souvent pour preuve le comportement du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui représente les 27 Etats membres.
Désignés derrière des portes closes
Ces derniers mois, aucun des deux n'a daigné expliquer au grand public ce qui arrive à l'Europe et à l'euro. Lorsqu'ils donnent des interviews, ils ont tendance à s'adresser à une audience élitaire. Aucun ne cherche à parler aux citoyens. "Je doute qu'ils aient jamais songé à organiser des réunions publiques", commente Paweł Świeboda, directeur de DemosEuropa, un centre de recherche indépendant à Varsovie.Barroso et Van Rompuy ont été désignés derrière des portes closes. La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy, qui excluent souvent le grand public des questions européennes, ont eu une forte influence sur le choix de la personne qui devait prendre la tête de Bruxelles. Selon les analystes, ils ont préféré des leaders velléitaires qui seraient à leur botte.
Ceux qui demandent davantage de démocratie dans l'Union européenne pour donner une vraie légitimité aux patrons de Bruxelles et les contraindre à justifier leurs décisions en public se heurtent à deux grands obstacles.Le premier est la détermination des Parlements nationaux à s'accrocher à ce qui reste de leur pouvoir. Aujourd'hui, les deux tiers des lois sont approuvés à Bruxelles puis soumises à l'approbation des Parlements nationaux. Il n'est donc pas étonnant que les parlementaires allemands soient aussi préoccupés par la crise de l'euro.
Il faudrait reprendre les traités européens
Le plan consistant à créer un gouvernement économique pour la zone euro, dont Merkel et Sarkozy ont vaguement donné les grandes lignes après s'être réunis à Paris le 16 août, implique que le budget et le système fiscal allemands soient en partie soumis à Bruxelles. Un tel gouvernement est un pas logique vers une plus grande intégration économique. Mais, demandent les parlementaires, où sont dans ce plan la transparence et la responsabilité démocratique ? Pour Habermas, on ne les trouve tout simplement nulle part.Le deuxième obstacle est que pour avoir plus de démocratie, il faudrait reprendre les traités européens qui, entre autres choses, disent comment les responsables doivent être choisis à Bruxelles et comment doivent fonctionner les institutions. "C'est un grand problème pour la légitimité", explique Krzysztof Bledowski, économiste spécialiste de l'Europe et conseiller en chef à Manufacturers Alliance, un lobby d'Arlington, Virginie, qui suit de près ce qui se passe en Europe. Mais aucun dirigeant européen ne veut revenir sur ces traités laborieusement négociés. L'UE pourrait au moins être démocratisée par petites touches. Mais "l'Europe fonctionne sur la base de la méthode et du processus, et ces choses passent avant la démocratie", précise Świeboda.
Les décisions très importantes comme l'instauration de l'euro ou l'élargissement sont prises dans un premier temps petit à petit, ce qui rend difficile pour les opposants de réunir suffisamment de soutien dans la population au fil des étapes. Et une fois que le processus a pris de la vitesse, il devient encore plus difficile à arrêter. La Commission et les Etats membres allèguent toujours qu'une interruption serait trop risquée et coûterait trop cher. Et que, de plus, tout le monde tirera avantage d'une plus grande intégration.
Il est vrai que l'UE n'existerait pas sous sa forme actuelle sans la "méthode Monnet", comme on l'appelle parfois du nom du père de l'Europe, Jean Monnet, sous la houlette duquel ont été prises les premières modestes décisions sur la mise en commun des productions de charbon et d'acier, au début des années 1950.
Les partis populistes pourraient récupérer l'argument
Pas à pas, et inexorablement, cette méthode a mené à la création d'un marché commun pour toutes les marchandises. Elle a également été appliquée lorsque la Grèce est entrée dans la zone euro en 2001, malgré les mises en garde de certains économistes et investisseurs sur la crédibilité du pays, puis lorsque la Bulgarie et la Roumanie ont rejoint l'UE en 2007, malgré les avertissements des autorités chargées de la sécurité et de la justice sur la corruption endémique et les trafics qui sévissent dans les deux pays. Personne n'a voulu entendre ces sonnettes d'alarme. Le processus ne pouvait pas être arrêté. Les critiques sur cette façon de prendre les décisions ne sont pas non plus bienvenues."La réponse du statu quo est que, vu que l'Europe est la solution, il ne faut pas la remettre en cause", explique Świeboda. "Si vous émettez des doutes sur la Commission, par exemple, on vous considère aussitôt comme un eurosceptique." Cette méthode a apporté de l'eau au moulin des partis populistes et eurosceptiques, que les pro-Europe traitent d'anti-Europe. Mais les partis populistes, de plus en plus courtisés par la droite, ont raison sur un point : l'UE n'écoute pas ses citoyens.
"Nous manquons de vrais dirigeants européens", déclare Andrea Römmele, professeur de communication en politique et dans la société civile à la Hertie School of Governance à Berlin. "Il y a tellement de questions nationales et européennes qui sont liées, qu'il est grand besoin que les dirigeants européens communiquent avec leur public et renforcent l'Europe."
La crise de l'euro est le parfait exemple de l'échec des dirigeants dans ce domaine. Pour les partisans d'une plus grande intégration, lorsque l'Europe sortira de cette crise – si elle en sort un jour –, la façon de gouverner à Bruxelles et dans les capitales européennes ne pourra pas rester la même qu'avant. Si les portes de l'UE ne s'ouvrent pas de part en part à la démocratie et à la responsabilité, l'Europe deviendra la proie des populistes.
Herman Van Rompuy
L’homme à tout faire
L’idée, reprise par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy lors de leur rencontre du 16 août, de désigner Herman Van Rompuy en tant que "M. euro" n’est que la dernière nomination par cooptation au sein des institutions européennes. "Dès son élection à la présidence du Conseil européen, en 2010, l’ancien Premier ministre belge avait mis au clair deux choses", écrit à ce sujet ABC : "Qu’il était conscient que sa désignation était le fruit de la volonté claire des l’axe franco-allemand et qu’il entendait son mandat comme une mission pour sauver l’Etat providence, pilier de l’organisation socio-politique du Vieux continent face aux défis de l’économie mondialisée".
La preuve que "cet homme à l’apparence ductile sait ce qu’il fait", note le quotidien madrilène, "c’est qu’il n’a pas répondu à la proposition franco-allemande sur son nouveau rôle à la tête du gouvernement économique européen, sur lequel l’axe franco-allemand a placé ses espoirs de sauver l’euro. Sa première réaction a été un voyage officiel en Norvège, un pays qui n’appartient ni à l’UE ni à la zone euro, mais dont la monnaie dépend de la monnaie unique, comme si rien ne s’était passé."
mercredi 24 août 2011
Le « non-lieu » de DSK ne libère pas pour autant le PS
Le juge a donc officiellement confirmé la recommandation faite lundi par le procureur de Manhattan, Cyrus Vance (voir l’article de Caroline Parmentier : « Une victoire à la Cyrus » dans ce blog), d’abandonner les poursuites contre Dominique Strauss-Kahn. Le volet pénal du dossier a été refermé mardi après-midi. Non-lieu donc en faveur de l’ancien directeur du FMI. « Les preuves physiques, scientifiques et d’autres natures montrent que l’accusé a eu un rapport sexuel précipité avec la plaignante, mais n’établissent pas de manière indépendante son affirmation d’un rapport sous la contrainte et non consenti », constatait le texte en provenance du bureau du procureur. L’enquête a toutefois permis de préciser que la femme de ménage avait utilisé sa clef magnétique pour ouvrir la chambre de Dominique Strauss-Kahn à 12 h 06. Et ce dernier, à 12 h 13, téléphonait à sa fille Camille. Ce qui s’est passé entre Mme Diallo et lui s’est donc déroulé en 7 minutes. Douche non comprise puisque celle-ci, du moins pour le mari d’Anne Sinclair, avait eu lieu avant. Un peu court pour un rapport « consenti ». Ce rapport, médicalement établi, a donc eu lieu dans la plus grande précipitation. DSK, l’homme pressé… Et sans doute pressant !
Mais les multiples mensonges de la plaignante, qualifiée par le procureur de « menteuse compulsive », ses parjures devant la justice ont discrédité son témoignage, tout autant que ses relations douteuses. Dans une confrontation parole contre parole, celle, éraillée, de Nafissatou Diallo ne pouvait plus prétendre tenir le choc contre celle de l’ex-directeur du FMI. Pour autant, comme le résume parfaitement l’éditorial du Monde daté de mercredi, « faute de pouvoir établir avec certitude devant un jury la crédibilité du témoignage de la victime présumée, sur lequel repose exclusivement l’accusation sexuelle, le procureur de l’Etat de New York ne blanchit pas totalement M. Strauss-Kahn : il reconnaît simplement que les incohérences apparues au cours de l’enquête, dans la version de la jeune femme, ne lui permettraient pas de convaincre douze jurés de la bonne foi de celle-ci, au-delà du doute raisonnable ». Acquitté mais pas vraiment innocenté, Dominique Strauss-Kahn se retrouve dans une sorte de zone grise. Très loin en tout cas du blanc-bleu…
Les tabloïds américains traduisent ce décalage entre innocence et non-lieu à leur manière, triviale. « DSK n’est peut-être pas coupable d’agression sexuelle, mais il est coupable d’être un saligaud. (…) Il se croit aussi irrésistible pour les femmes de chambre qu’il l’est pour sa riche femme. » Or toutes les femmes de chambre n’ont pas les mêmes goûts qu’Anne Sinclair…
Après la décision du juge, Dominique Strauss-Kahn a prononcé une brève allocution, évoquant « la fin d’un d’une épreuve terrible et injuste » et affirmant : « j’ai hâte de rentrer dans mon pays ». Seules les secousses d’un tremblement de terre l’ont empêché, en fin de journée, de récupérer son passeport.
Le PSK (Parti de Strauss-Kahn)
Les dirigeants socialistes, dans leur ensemble, et bien sûr tout spécialement les strauss-kahniens, se réjouissent de cette issue. « C’est du bonheur », s’est exclamé Martine Aubry. « On attendait tous qu’il puisse enfin sortir de ce cauchemar ». Pas si vite. D’abord le « cauchemar » judiciaire n’est pas tout à fait terminé pour DSK puisqu’en France deux plaintes l’attendent. Celle de Tristane Banon qui affirme avoir été violentée par lui en 2003, comparant son agresseur à un « chimpanzé en rut ». Plainte pour laquelle une enquête préliminaire est actuellement en cours à Paris. Et puis il y a maintenant la plainte déposée mardi par l’avocat de Nafissatou Diallo pour « tentative de subordination de témoin », contre un adjoint au maire de Sarcelles, que Kenneth Thompson accuse d’avoir fait pression sur une femme, pour la dissuader de témoigner contre DSK.
L’effet suspicion
Disons-le : ces deux plaintes paraissent un peu, sur le plan juridique, des pétards mouillés. Mais elles vont renforcer dans l’immédiat le « cauchemar médiatique » qui pour DSK risque de se prolonger. Et ajouter quelques graffitis obscènes sur son étiquette de « saligaud » que la presse américaine lui a si obligeamment accrochée dans le dos…
Ce cauchemar médiatique dans lequel DSK s’est lui-même enfermé risque de devenir pour le PS, au-delà du « bonheur » bien factice de Martine Aubry, une sorte de mauvais rêve, pénible à supporter. Même si l’ancien directeur du FMI se trouve aujourd’hui « innocenté » par « défaut de témoin » (selon l’expression du procureur), cette affaire a mis en lumière, sur celui dont le PS s’apprêtait à faire son candidat pour l’Elysée, plusieurs zones gênantes de sa personnalité. Ses relations « compulsives » avec les femmes, bien sûr, mais aussi son insolente richesse. Cette seconde caractéristique n’est certes pas répréhensible. Mais elle contraste de façon violente avec la majorité de ce « peuple de gauche » dont le PS prétend incarner les aspirations. N’oublions pas non plus que la mère de Tristane Banon, elle-même ex-maîtresse de DSK, est aussi une élue socialiste, fricotant avec tout le gratin de la rue Solférino. Le linge sale de la famille socialiste, que ce soit à New York ou à Paris, se trouve ainsi étalé aux fenêtres.
Pour les candidats de ce parti l’affaire DSK et ses suites peuvent donc agir comme un poison lent. Après s’être infiltré dans les esprits de façon subliminale, il peut se déclarer à retardement, après plusieurs mois d’incubation. Par exemple les électrices de gauche peuvent réaliser au moment du vote que tels candidats à la rose (comme les ballets du même nom ?) appartiennent au même parti que DSK, ce multimillionnaire qui considère les femmes comme des objets destinés à satisfaire ses désirs. Le même réflexe de rejet peut se déclencher chez le père de famille songeant à ses filles. Et puis bien sûr chez tous ceux qui connaissent des fins de mois difficiles et qui se souviendront dans l’isoloir que Strauss-Kahn et son épouse évoluent à des années-lumière de leurs contingences financières. Des candidats du PSK (Parti de Strauss-Kahn) qui, lorsqu’ils prétendront lutter contre les excès de la finance, risquent désormais d’apparaître aussi peu crédibles qu’une vulgaire Nafissatou Diallo. Ou pour le moins déclencheront-ils chez leurs électeurs potentiels un « doute raisonnable ». On connaissait L’Effet Glapion, pièce de Jacques Audiberti sur la réalité des illusions. L’affaire DSK pourrait bien se transformer, pour le PS, en une sorte d’Effet suspicion.
Un effet contre lequel semble vouloir s’immuniser François Hollande lorsqu’il souligne qu’il était « candidat avant l’affaire DSK, pendant et après ». Martine Aubry ne peut pas en dire autant…
Le retour prochain de DSK embarrasse le Parti socialiste
Trois mois après le coup de tonnerre de "l'affaire DSK", qui a bouleversé la configuration de la primaire, les socialistes se retrouvent à la veille de l'ouverture de leur université d'été de La Rochelle, vendredi 26 août, face à une inconnue : l'avenir de leur ancien champion, sacré, avant son arrestation, comme le vainqueur potentiel de la présidentielle de 2012 face à Nicolas Sarkozy, mais dont l'image est désormais considérablement ternie, en dépit de l'abandon des poursuites pénales par le procureur de New York.
Son mandat au FMI, qui courait en principe jusqu'à l'automne 2012, l'obligeait à la plus stricte réserve sur le plan de la politique intérieure française. Le candidat virtuel avait programmé son entrée en lice après le 15 juin. Il avait prévu de démissionner à cette date de son poste du FMI pour revenir en France, et comptait sur l'appui de son allié du congrès de Reims, Martine Aubry, qu'il distançait très nettement dans les sondages. Son arrestation le 14 mai à l'aéroport JFK a suspendu tous ses projets politiques. Le rêve des strauss-kahniens s'est brisé.
"NE LUI METTONS PAS UNE PRESSION SUPPLÉMENTAIRE"
Trois mois ont passé. Dominique Strauss-Kahn est désormais libre, mais sans mandat du FMI et sans statut de candidat en France. Le 13 juillet, la compétition de la primaire s'est ouverte sans lui. Six candidats se sont déclarés : François Hollande, Martine Aubry, Ségolène Royal, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Jean-Michel Baylet, du Parti radical de gauche (PRG). Quelle place, quel rôle désormais pour DSK ? L'embarras des socialistes était perceptible, mardi 23 août, malgré le "soulagement" exprimé à l'unisson.En juin, concluant à l'empêchement de leur mentor, les partisans de DSK se sont pour la plupart répartis entre Martine Aubry, la première secrétaire, alliée de DSK, et François Hollande, l'outsider qui a décidé d'aller "jusqu'au bout", quelle que soit la décision de DSK. Entre les deux principaux rivaux, les surenchères ont été fortes pour obtenir les ralliements des partisans de Dominique Strauss-Kahn. Martine Aubry a convaincu les strauss-kahniens installés dans l'appareil du PS, François Hollande les grands élus.
La décision du juge Michael Obus, mardi 23 août, de lever toutes les accusations contre l'ancien patron du FMI peut-elle modifier de nouveau la configuration de la primaire ? A l'issue de l'audience new-yorkaise, les strauss-kahniens ont salué la fin d'un long "cauchemar", mais peu se hasardent à un pronostic politique.
Reviendra-t-il sur la scène politique, comment, pour qui ? A Paris, sur le plateau de BFM TV, un de ses lieutenants, Jean-Christophe Cambadélis, passé chez Martine Aubry résumait la situation : "Je ne sais pas quel sera l'état d'esprit de Dominique Strauss-Kahn." "Personne ne le sait. Mais il a besoin de respirer, de se poser, de se reconstruire. Au moment où il retrouve sa liberté, ne lui mettons pas une pression supplémentaire", ajoute Christophe Borgel, un autre lieutenant passé chez Martine Aubry. Tous deux reconnaissent que les "strauss-kahniens sont de nouveau chamboulés", mais estiment que le retour en France de DSK "ne peut pas gêner" la campagne de Martine Aubry.
"UNE AFFAIRE QUI LE PLACE EN DEHORS DU JEU"
Mardi, à la sortie d'un bureau national du PS consacré à la crise économique, la candidate à la primaire, pressée de réagir à la décision de la justice américaine, s'est dite "très heureuse pour Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair". Martine Aubry avait beaucoup insisté ces derniers jours sur ses liens téléphoniques constants avec DSK et son épouse.Les strauss-kahniens qui ont rallié François Hollande sont plus tranchés : ils estiment que DSK ne peut plus revenir dans la course à la présidentielle et espèrent la neutralité de l'ancien patron du FMI jusqu'à l'issue de la primaire le 16 octobre, puis son engagement derrière le candidat qui sera désigné. "Je me réjouis de la décision de la justice américaine, mais, sur le plan politique, elle ne remet pas en cause le fait qu'il s'est mis dans une affaire épouvantable qui le place en dehors du jeu. C'est un gâchis terrible", juge Gérard Collomb, le maire de Lyon, qui avait été l'un de ses plus fervents partisans.
"Je suis respectueux de sa liberté, il fera ce qu'il voudra, mais je lui conseille de ne pas prendre position dans la primaire", estime le député du Finistère, Jean-Jacques Urvoas. "Quand il souhaitera reprendre sa place dans le débat public, il faut que ce soit une voix utile à la gauche et au pays", a déclaré Pierre Moscovici, l'ancien lieutenant de DSK.
François Hollande, évoque, lui, son "rôle essentiel dans la campagne du futur candidat socialiste à la présidentielle en raison de son expertise sur la crise". La veille, le député de Corrèze avait redit que rien ne le détournerait de sa route. L'ombre de DSK continue de planer sur le PS.
Les différents scénarios du retour de DSK
La justice américaine a abandonné les charges contre Dominique Strauss-Kahn. Et maintenant, que va-t-il faire? S'engager dans la primaire? Endosser le rôle d'un conseiller? Les différentes hypothèses.
Dominique Strauss-Kahn est tiré d'affaire. C'est désormais officiel: le juge a abandonné les charges, suivant les recommandations du procureur Cyrus Vance. Certes, l'ancien patron du FMI doit encore affronter une plainte au civil déposée par Nafissatou Diallo, ainsi que deux actions intentées en France.
Mais il va pouvoir revenir à Paris - il a "hâte" de rentrer en France, explique-t-il en sortant du tribunal. Et sitôt qu'il aura posé le pied sur le sol français, les micros se tendront par dizaines, les caméras se braqueront sur lui et il faudra répondre à cette question: quel rôle souhaite-t-il occuper dans la campagne présidentielle? Trois possibilités.
Pourtant, cette hypothèse est de loin la plus improbable, parce qu'il sort d'une épreuve éreintante, qui laissera certainement des traces dans l'opinion publique.
D'ailleurs, au PS, tous les cadres se réjouissent de cette décision, mais personne n'envisage un retour dans la course à l'Elysée, même ses plus proches, tels que le maire de Sarcelles, François Pupponi: "C'était le combat de sa vie (...) il faut essayer de tourner la page, le laisser reprendre ses esprits."
Plus qu'en tant que candidat, c'est en soutien que DSK pourrait faire son retour politique. Vers qui se tournerait-il alors? Difficile pour lui de ne pas s'engager derrière Martine Aubry, en souvenir de leur pacte de Marrakech.
Mais aujourd'hui, la maire de Lille accuse encore plusieurs points de retard sur François Hollande. Si dans un mois, l'écart se maintient, Dominique Strauss-Kahn prendra-t-il le risque de soutenir une candidate qui part perdante?
Le plus sûr serait encore d'attendre le 16 octobre, soit la fin de la primaire pour ensuite intégrer l'équipe de campagne du candidat à la présidentielle. Que ce soit Hollande ou Aubry, DSK pourra s'appuyer sur ses soutiens, présents dans les deux camps, pour "faire son trou".
Enfin, il sera difficile pour le candidat désigné d'occulter l'expertise économique de l'ancien ministre et dirigeant du FMI. En ces temps de crise et d'explosion de la dette publique, la voix de DSK comptera.
Il pourrait parfaitement prendre ses distances et enfiler les habits d'un lointain conseiller économique, qui publierait quelques tribunes dans des journaux prestigieux. Et qui évoluerait loin des caméras. Cela le changerait.
Mais il va pouvoir revenir à Paris - il a "hâte" de rentrer en France, explique-t-il en sortant du tribunal. Et sitôt qu'il aura posé le pied sur le sol français, les micros se tendront par dizaines, les caméras se braqueront sur lui et il faudra répondre à cette question: quel rôle souhaite-t-il occuper dans la campagne présidentielle? Trois possibilités.
Un retour immédiat et fracassant sur la scène socialiste
Largement en tête des sondages pendant des mois et des mois, Dominique Strauss-Kahn laissera-t-il échapper ce qui semble être sa dernière chance d'accéder à l'Elysée ? Il lui faudrait alors revenir immédiatement en France et faire savoir qu'il veut intégrer la primaire. Au vu de l'épreuve judiciaire qu'il vient de traverser, on voit mal ses camarades s'opposer à ce retour, au nom du règlement. Pourtant, cette hypothèse est de loin la plus improbable, parce qu'il sort d'une épreuve éreintante, qui laissera certainement des traces dans l'opinion publique.
D'ailleurs, au PS, tous les cadres se réjouissent de cette décision, mais personne n'envisage un retour dans la course à l'Elysée, même ses plus proches, tels que le maire de Sarcelles, François Pupponi: "C'était le combat de sa vie (...) il faut essayer de tourner la page, le laisser reprendre ses esprits."
Un retour en douceur
Mais aujourd'hui, la maire de Lille accuse encore plusieurs points de retard sur François Hollande. Si dans un mois, l'écart se maintient, Dominique Strauss-Kahn prendra-t-il le risque de soutenir une candidate qui part perdante?
Le plus sûr serait encore d'attendre le 16 octobre, soit la fin de la primaire pour ensuite intégrer l'équipe de campagne du candidat à la présidentielle. Que ce soit Hollande ou Aubry, DSK pourra s'appuyer sur ses soutiens, présents dans les deux camps, pour "faire son trou".
Enfin, il sera difficile pour le candidat désigné d'occulter l'expertise économique de l'ancien ministre et dirigeant du FMI. En ces temps de crise et d'explosion de la dette publique, la voix de DSK comptera.
Un retour tout en discrétion
Exposé au monde entier les menottes aux poignets, considéré comme un délinquant sexuel pendant plusieurs semaines, raillé pour toutes les relations qu'on lui a prêtées, DSK aura-t-il l'énergie nécessaire pour s'engager à nouveau en politique? Il pourrait parfaitement prendre ses distances et enfiler les habits d'un lointain conseiller économique, qui publierait quelques tribunes dans des journaux prestigieux. Et qui évoluerait loin des caméras. Cela le changerait.
Ni blanchi ni innocenté, mais libéré
L'homo mediaticus est incorrigible. Hier, les articles, vidéos, émissions consacrés à l'abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn pour crimes sexuels, ont été les plus consultés. L'emballement est autant du côté des émetteurs que des récepteurs. DSK se retrouve unanimement « blanchi », synonyme d'innocenté, ce que DSK n'a pas pu être car il n'y a pas eu de procès. Il ne sera jamais coupable non plus dans l'affaire du Sofitel, même si la procédure continue sur le plan civil. Pendant que l'Histoire se joue en Libye, c'est vers le tribunal de New York, devant se prononcer dans une sordide affaire d'agression sexuelle, que nous nous tournions tous, jusqu'à la nausée. Pour DSK d'abord, ce fait divers est impitoyable. Il a tout perdu dans cette affaire, qui en a réveillé d'autres. Pour le PS, ensuite, qui a dû rebattre les cartes de sa primaire au plus mauvais moment, le « ouf ! » de soulagement ne sonne pas juste. « Laissons-lui le temps de choisir comment être utile à notre pays
et nous de travailler », dit en substance François Hollande. Maintenant, il y a « nous » et « lui ». Pour les médias et leurs consommateurs, enfin, il y a de sacrées leçons à tirer. Le doute doit toujours empêcher les conclusions hâtives. La justice américaine a abandonné les poursuites contre DSK. Là est la seule certitude. Petite consolation : hier le bureau national du PS ne s'est pas focalisé que sur DSK. Il en est ressorti des déclarations intéressantes sur la crise financière, la dette, la présidentielle
et même sur la fin du régime de Kadhafi. La politique reprendrait-elle le dessus sur le fait divers ?
Vers un État palestinien ? Acte II
Les dés sont maintenant jetés : Riyad al-Malki, ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne, a annoncé, le 13 août, que le président Mahmoud Abbas présenterait, le 20 septembre, à l'Assemblée générale de l'Onu, une demande d'adhésion d'un État palestinien.
Il s'agira de la deuxième tentative pour créer un tel État. En effet, en 1947, lorsque la Grande-Bretagne annonça son intention d'abandonner son mandat sur la Palestine, les Nations Unies créèrent une commission qui, en septembre 1947, soumit deux plans. L'un proposait un État fédéral, constitué par un État juif et un État arabe. L'autre proposait le partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe.
L'Assemblée générale se prononça, le 29 novembre 1947, pour un plan de partage qui maintenait des colonies juives dans l'État arabe et créait une zone internationale de Jérusalem. Ce plan fut refusé par les Arabes qui s'armèrent, les Juifs aussi. Ce fut la guerre. Mais, le 14 mai 1948, Ben Gourion proclama « la création de l'État juif de Palestine qui prendra le nom d'Israël ». Celui-ci fut admis comme membre des Nations unies le 10 mai 1949. L'acte I s'acheva donc sans création d'un État arabe de Palestine.
Pourquoi cet acte II ? Parce que l'impasse dans laquelle se trouvent les négociations israélo-palestiniennes ne laisserait plus aux Palestiniens que cette seule solution pour obtenir la création de l'État auquel ils estiment avoir droit. Qu'ils aient ce droit ne devrait pas être contesté dans son principe et d'ailleurs, depuis l'origine, il ne l'est pas. Que cet État doive comprendre la Cisjordanie et la bande de Gaza ne devrait pas l'être davantage.
Néanmoins les obstacles demeurent. Les Palestiniens demandent le retour aux frontières d'avant la guerre de 1967, frontières que Nétanyahou juge « indéfendables ». Des échanges de territoires, certes, sont envisagés, mais permettraient-ils de rendre ces frontières « défendables » ? Rien ne le garantit.
À chacun ses exigences. Côté palestinien, l'on demande l'arrêt de la colonisation en Cisjordanie, le retour en Israël des réfugiés, Jérusalem-Est pour capitale. Côté israélien, l'on demande d'être reconnu comme « l'État juif d'Israël » ; l'on exige que le Hamas, au pouvoir à Gaza et soi-disant réconcilié avec le Fatah au pouvoir en Cisjordanie, reconnaisse formellement l'existence d'Israël, ce qu'il a jusqu'à présent refusé, et qu'il renonce à la violence contre les territoires israéliens.
En septembre, les États-Unis ont prévenu que, faute d'une reprise des négociations et même en cas d'un vote majoritaire à l'Assemblée générale en faveur d'un État Palestinien, ils opposeront leur veto au Conseil de sécurité.
L'Union européenne, une fois de plus, sera-t-elle divisée, l'Allemagne votant contre, la France votant pour ? Il serait pourtant souhaitable qu'une position commune soit trouvée. Ne pourrait-elle être de subordonner un vote favorable à une déclaration claire par le Hamas de reconnaissance de l'État d'Israël, sans pour autant spécifier « juif » ? Ce serait bien le moins, en effet, que celui qui demande la création d'un État palestinien accepte l'existence d'un État d'Israël membre de l'Onu depuis 1949. En franchissant ce pas, le Hamas s'honorerait et il serait alors normal qu'il soit rayé de la liste des organisations terroristes. Les Palestiniens y gagneraient en considération et en soutien international, notamment financier, ce dont ils auront le plus grand besoin.
Laver plus blanc que blanc
La vérité s’est définitivement échappée. DSK est libre, certes, mais il ne sera jamais formellement innocenté puisqu’aucun procès ne permettra de savoir ce qui s’est effectivement passé dans la suite 2806 du Sofitel Manhattan.
Il s’en est donc sorti et il va conforter le taux de réussite de ses deux avocats qui promettaient, dès le premier jour, de le tirer de ce mauvais pas. En bons professionnels, ils se sont contentés de jouer en contre, exploitant les erreurs de l’adversaire sans jamais que leur client ait à nous convaincre qu’il n’avait pas commis le crime qu’on lui reprochait.
Les faits sont là : Dominique Strauss-Kahn gagne parce que Nafissatou Diallo, en mentant plusieurs fois, s’est tiré une balle dans le pied, renversant la charge de la preuve. Une mauvaise nouvelle pour toutes les femmes violées qui sont déjà si peu nombreuses — moins de 8 % — à oser porter plainte contre leur agresseur. Les voilà prévenues : il faudra qu’elles soient des clones de sœur Emmanuelle avec une vie sans tâche.
Franchement, les supporters français de DSK n’ont pas de quoi triompher de cette façon, sans la réserve minimum qu’on était en droit d’attendre d’eux devant les zones grises laissées par ces trois mois d’enquête. Qu’ils se réjouissent de l’issue favorable dont bénéficie leur ami, très bien, c’est une preuve respectable d’affectueuse fidélité. Mais, oui, il est profondément choquant de les entendre s’exprimer comme si le feuilleton de New York ne se résumait qu’à une odieuse machination et à un lynchage médiatique.
L’indécence, c’est de vouloir laver plus blanc que blanc. Car affirmer que DSK est « blanchi » demeure un abus de langage. Le rapport du procureur n’écarte pas expressément l’hypothèse que le rapport sexuel précipité ait été forcé : il ne peut simplement pas le prouver.
L’abandon des poursuites ne signifie pas que les faits ne se sont pas produits mais que la crédibilité de la plaignante était insuffisante pour aller devant un tribunal.
Si la présomption d’innocence de DSK doit, naturellement, être respectée, elle n’interdit pas de rester circonspect devant un faisceau de doutes et de témoignages concordants qui, eux, n’ont pas été inventés par Mme Diallo. Quant aux affaires périphériques — dont une mise en cause par une collaboratrice du FMI — elles projettent une ombre sur la personnalité cachée de l’ex-champion que le PS s’apprêtait à se donner sans aucun état d’âme.
Aujourd’hui comme hier, les socialistes préfèrent faire semblant de ne pas voir que leur héros a un sérieux problème avec les femmes, et qu’il est plus grave que l’aimable « légèreté » d’un séducteur. En déroulant le tapis rouge au grand expert sur le mode « sa voix comptera », ils rhabillent en grandeur d’âme un manque de courage politique. Intéressée, cette générosité primaire pourrait leur coûter très cher parmi l’électorat féminin.
La vérité s’est définitivement échappée. DSK est libre, certes, mais il ne sera jamais formellement innocenté puisqu’aucun procès ne permettra de savoir ce qui s’est effectivement passé dans la suite 2806 du Sofitel Manhattan.
Il s’en est donc sorti et il va conforter le taux de réussite de ses deux avocats qui promettaient, dès le premier jour, de le tirer de ce mauvais pas. En bons professionnels, ils se sont contentés de jouer en contre, exploitant les erreurs de l’adversaire sans jamais que leur client ait à nous convaincre qu’il n’avait pas commis le crime qu’on lui reprochait.
Les faits sont là : Dominique Strauss-Kahn gagne parce que Nafissatou Diallo, en mentant plusieurs fois, s’est tiré une balle dans le pied, renversant la charge de la preuve. Une mauvaise nouvelle pour toutes les femmes violées qui sont déjà si peu nombreuses — moins de 8 % — à oser porter plainte contre leur agresseur. Les voilà prévenues : il faudra qu’elles soient des clones de sœur Emmanuelle avec une vie sans tâche.
Franchement, les supporters français de DSK n’ont pas de quoi triompher de cette façon, sans la réserve minimum qu’on était en droit d’attendre d’eux devant les zones grises laissées par ces trois mois d’enquête. Qu’ils se réjouissent de l’issue favorable dont bénéficie leur ami, très bien, c’est une preuve respectable d’affectueuse fidélité. Mais, oui, il est profondément choquant de les entendre s’exprimer comme si le feuilleton de New York ne se résumait qu’à une odieuse machination et à un lynchage médiatique.
L’indécence, c’est de vouloir laver plus blanc que blanc. Car affirmer que DSK est « blanchi » demeure un abus de langage. Le rapport du procureur n’écarte pas expressément l’hypothèse que le rapport sexuel précipité ait été forcé : il ne peut simplement pas le prouver.
L’abandon des poursuites ne signifie pas que les faits ne se sont pas produits mais que la crédibilité de la plaignante était insuffisante pour aller devant un tribunal.
Si la présomption d’innocence de DSK doit, naturellement, être respectée, elle n’interdit pas de rester circonspect devant un faisceau de doutes et de témoignages concordants qui, eux, n’ont pas été inventés par Mme Diallo. Quant aux affaires périphériques — dont une mise en cause par une collaboratrice du FMI — elles projettent une ombre sur la personnalité cachée de l’ex-champion que le PS s’apprêtait à se donner sans aucun état d’âme.
Aujourd’hui comme hier, les socialistes préfèrent faire semblant de ne pas voir que leur héros a un sérieux problème avec les femmes, et qu’il est plus grave que l’aimable « légèreté » d’un séducteur. En déroulant le tapis rouge au grand expert sur le mode « sa voix comptera », ils rhabillent en grandeur d’âme un manque de courage politique. Intéressée, cette générosité primaire pourrait leur coûter très cher parmi l’électorat féminin.
Un Eldorado en demi-teinte
Il affiche le PIB et la dette extérieure par habitant les plus élevés au monde et se classe parmi les derniers selon l’indice Happy Planet. Et, ce qui est plus étonnant encore, il ne souhaite pas que ça change. Bienvenue dans la capitale criblée de dette de la complaisance européenne.
Au cœur de l’Europe se trouve une nation pourrie jusqu’à la moelle dont l’économie est fortement tributaire des caprices des marchés financiers mondiaux. Elle est réputée pour son secret bancaire, qui, selon certaines informations, aurait permis au dirigeant nord-coréen Kim Jong Il d’amasser des milliards de dollars.La dette extérieure par habitant y est 84 fois plus élevée qu’aux Etats-Unis, un pays pourtant lourdement endetté (la part de chacun des habitants – homme, femme et enfant – représente environ 3,31 millions d’euros). La démocratie est une véritable chimère. Le pays est dirigé par un chef d’Etat non élu, désigné par filiation héréditaire, qui dispose non seulement du pouvoir de dissoudre le Parlement, mais aussi de nommer certains de ses membres. Les citoyens s’inquiètent de l’avenir de leur pays, qui semble de plus en plus vulnérable. Pas étonnant lorsqu’on sait que l’équivalent de 25 % de la population traverse chaque jour la frontière pour venir travailler sur le territoire et que celle-ci est composée à 44 % d’étrangers.
Mais où donc se trouve ce coin paumé, ce cancer du continent européen ? S’agit-il de la Grèce ? D’un pays des Balkans ? Pas exactement. Il s’agit en réalité du Grand-Duché de Luxembourg, un minuscule territoire peuplé de 503 000 habitants et situé entre la Belgique, la France et l’Allemagne.
Certes, les cyclistes et les randonneurs considèrent ce pays bucolique comme un paradis de verdure et les banquiers s’émerveillent devant son extraordinaire richesse (le PIB par habitant, qui atteignait 108 832 dollars en 2010, est le plus élevé au monde).
Rues propres, boutiques de luxe et bistrots chics
Mais il y a forcément quelque chose qui cloche. Les malheureux citoyens du Luxembourg – qui figure à l’avant-dernier rang des pays européens selon l’indice Happy Planet (et juste après le Soudan, un pays pourtant déchiré par la guerre) – achètent plus de cigarettes et d’alcool et ont une empreinte carbone plus élevée que n’importe quel autre pays du monde. Et pourtant, leur devise nationale est : "Nous voulons rester ce que nous sommes". Etait-il possible que ce petit duché débauché détienne le secret des forces ténébreuses qui déchirent actuellement l’Europe ? Il me fallait absolument découvrir la vérité.Le jour de mon arrivée, une belle journée d’été sans nuages, les rues tranquilles et bien entretenues de la capitale du Luxembourg, qui porte le nom très original de Luxembourg, m’ont semblé plutôt accueillantes. Ce n’est que lorsque je plongeai mon regard dans les profondeurs de la gorge qui sépare la ville depuis le pont Adolphe, un magnifique pont de pierre, que je fus saisi du vertige de l’abîme. Au centre-ville, une fanfare militaire composée de 18 musiciens jouait Come Fly With Me tandis que des Blancs élégamment vêtus entraient et sortaient des boutiques de luxe situées aux abords de la charmante vieille ville. Au loin, une rangée de bâtiments abritant des banques d’investissement brillait au soleil, leurs façades modernes réfléchissant pareillement la lumière.
Dans la rue de la Boucherie, la rue la plus branchée de la vieille ville – le genre d’endroit, me dit le serveur, où les banquiers se retrouvent le week-end pour ingurgiter des quantités impressionnantes d’alcool –, j’entrai dans un bistrot chic d’où s’échappait un rythme pulsé. Selon Panagiotis Meidianis, un serveur de 18 ans arborant une banane tronquée, la bouteille de whisky se vend moitié moins cher au Luxembourg que dans sa Grèce natale, où les habitants touchent, surtout dans le contexte actuel, une fraction du revenu luxembourgeois. "Le week-end, quand on ferme, ils en veulent toujours plus", raconte Meidianis en parlant de ses clients. "Bizarrement pourtant, il n’y a jamais de bagarres."
La dette? "Personne n'en parle ici"
Mais qu’est-ce qu’un Grec peut bien connaître au Luxembourg ? Il me fallait un vrai Luxembourgeois. Je convins donc d’un rendez-vous avec Georges Hausemer, l’auteur de l’un des rares romans publiés en lëtzebuergesch [luxembourgeois]. Paru en 1998, Iwwer Wasser [au-dessus de l’eau] raconte l’histoire d’un mariage brisé ayant pour toile de fond l’univers des banques et de la finance, que l’auteur décrit lui-même comme un "portrait en miniature" de la société luxembourgeoise.Mais lorsque je lui demandai si sa part de la dette extérieure – ses 3,31 millions d’euros – l’empêchait de dormir la nuit, il eut l’air surpris : "C’est vrai ? Personne n’en parle, ici. On est un peu perdus." Il aborda l’empiètement des autres cultures et des langues "étrangères" – le français, utilisé dans les institutions officielles, ainsi que l’anglais et l’allemand, plus répandus dans les milieux d’affaires. Le résultat, selon lui ? Un pays de banquiers et de commerçants qui est en train "de perdre tout le reste".
Pour mieux comprendre la raison d’être* du Luxembourg moderne, je retrouvai Igor, un chic banquier trentenaire qui avait accepté de s’entretenir avec moi à condition que je ne mentionne pas son nom de famille ou le nom de la société pour laquelle il travaille. Igor m’expliqua que la crise financière de 2008 avait provoqué un véritable Sturm und Drang au Luxembourg.
Il se plaignit de l’état du marché immobilier local, qui demeure en-deçà de son niveau maximum, et de la hausse des impôts décidée par le gouvernement pour faire face à la crise. "Combien ?" lui demandai-je, horrifié. "Oh, pas grand-chose", répondit-il (pour les citoyens à haut revenu, le taux d’imposition a augmenté de 1 %).
Un instituteur peut toucher jusqu'à 100 000 dollars par an
Mais pourquoi endurer de telles épreuves ? "Je pense qu’on ne peut trouver meilleure qualité de vie ailleurs", me confia Igor en se glissant dans sa berline sport gris métallisé. "Surtout avec toutes les aides de l’Etat."Peut-être m’étais-je adressé aux mauvaises personnes ? Peut-être aurait-il fallu que je m’entretienne avec un représentant de la jeunesse insatisfaite ? Avant d’arriver dans le duché, j’avais pris contact avec l’un de ses artistes contemporains les plus réputés, le jeune réalisateur à succès Max Jacoby. Mais je découvris qu’il habitait à Londres. Par courriel, il me confia qu’il était désormais incapable de s’imaginer vivre au Luxembourg. Après quelque temps, "ça lui démangeait et il avait envie de partir". Ah ! J’avais enfin trouvé un jeune révolutionnaire en devenir, forcé à l’exil à cause de sa vision créative !
M. Jacoby me décrivit le confort soporifique de son pays natal, où un instituteur expérimenté peut toucher jusqu’à 100 000 dollars par année [plus de 69 000 euros]. "Pourquoi travailler comme artiste et peiner à joindre les deux bouts quand tu peux gagner ta vie de manière tout à fait convenable en enseignant l’alphabet ?" Je le poussai à exprimer les raisons profondes de sa frustration : "Impossible de trouver un vrai restaurant chinois là-bas. Et il n’y a pas un seul restaurant coréen."
Le pays ne produit pas grand-chose
Je décidai finalement de me jeter dans la gueule du loup et de m’entretenir avec Lucien Thiel, ancien directeur de l’Association des Banques et Banquiers et président du groupe parlementaire CSV. A ma grande surprise, M. Thiel ressemble plus à un Père Noël bienveillant qu’à un banquier influent.Comment en étions-nous arrivés là ? Cette folie pouvait-elle durer indéfiniment ? Il m’invita à m’asseoir et m’expliqua que le pays s’était d’abord enrichi grâce à la présence d’une puissante industrie sidérurgique et qu’il s’était ensuite spécialisé dans les produits bancaires de niche. Aujourd’hui, me dit-il, le Grand-Duché se classe au deuxième rang après les Etats-Unis pour les activités de fonds d’investissement.
Et la dette ? D’après Thiel, l’économie du Luxembourg n’est pas menacée, car le pays ne produit pas grand-chose. Je me grattai la tête, perplexe. "Ce n’est pas que nous soyons si productifs, mais nous avons cette énorme quantité d’argent à administrer, et c’est une aubaine pour nous", me dit Thiel avec un clin d’œil.
J’insistai : il devait bien s’inquiéter un peu, non ? Son sourire s’estompa légèrement. "Ce que je redoute, c’est qu’on en vienne à considérer notre qualité de vie exceptionnelle comme un cadeau de Dieu et qu’on ne le voit plus que comme un acquis. Demandez aux gens d’ici ce qu’ils veulent et ils vous répondront : rester aussi riches que nous le sommes en ce moment."
*En français dans le texte
Que réserve l’après-Kadhafi ?
Si la presse européenne salue dans son ensemble la chute du régime libyen et l'impulsion que cette dernière aura sur le "printemps arabe", elle apparaît plus prudente quant à l'avenir du pays. Un avenir dans lequel l'Europe a un rôle déterminant à jouer.
Plus sceptique, son confrère de Rczeczpospolita Marek Magierowski estime que "l’UE peut conseiller les Libyens sur le moyen d’organiser des élections libres, comment créer un système de partis politiques ou les soutenir financièrement, mais tôt ou tard, les conseillers vont rentrer à Bruxelles, les fonds vont s’épuiser et la Libye restera seule. Ce sera un processus très douloureux, car, tout comme l’Afghanistan, la Libye est un Etat composite, une constellation de 150 tribus ayant chacune des intérêts propres. Une Libye démocratique et pacifique est une perspective séduisante, mais elle apparaît lointaine".
Selon Fisk par ailleurs, la Libye ne sera pas le dernier pays à vivre les effets du "Printemps arabe" : Bahrein, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Yémen et, surtout, la Syrie, sont les prochains sur la liste. Car, demande-t-il, "combien de temps passera-t-il avant que les Européens se demandent pourquoi, si l’OTAN a été si efficace en Libye, elle ne pourrait pas être employée contre les légions d’Hafez el-Assad en Syrie, en utilisant Chypre comme porte-avion" ?
Pour le Spiegel, la déroute de Kadhafi est un "Triomphe pour Sarkozy" et "une honte pour Merkel" : "le gouvernement ne voulait absolument pas participer à l’intervention militaire contre la dictature de Kadhafi", écrit le magazine, "maintenant on connaît la portée de cette mauvaise décision." Le sort du régime Kadhafi est un "succès de Nicolas Sarkozy, des Américains et des Britanniques", affirme encore Der Spiegel, selon lequel "la crédibilité de l'Allemagne comme défenseur des droits de l'homme et sa réputation comme partenaire fiable en ont pris un coup".
Dans le Corriere della Sera, l’éditorialiste Antonio Ferrari invite toutefois l’Union européenne à "ne pas rester spectatrice" des changements en cours dans le monde arabe : "ce qui se passe dans le monde arabe devrait répandre la conviction qu’il existe la possibilité de transformer les ‘révolutions de printemps’ en véritable opportunité, ou encourager les différents pays à ce qu’elle le devienne. Nos voisins immédiats en tireraient un avantage et nous aussi."
La concurrence entre Paris et Rome sur l’après-Kadhafi s’exerce également au niveau commercial, et en particulier autour du pétrole, note La Stampa, selon laquelle "la France et l’Italie visent à faire le plein de pétrole libyen. La Russie, la Chine et le Brésil", dont des sociétés pétrolières étaient implantées en Libye et qui étaient opposées à une intervention militaire, "risquent de le payer le prix fort".
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