TOUT EST DIT

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jeudi 16 juin 2011

Luc Oursel succédera à Anne Lauvergeon à la tête d'Areva

L'Etat a décidé de ne pas reconduire à la tête d'Areva Anne Lauvergeon, dont le mandat s'achève à la fin du mois, et de la remplacer par Luc Oursel, directeur général délégué du groupe, a annoncé Matignon, jeudi soir 16 juin dans un communiqué, confirmant des informations de presse.

Le premier ministre a reçu dans la journée l'actuelle numéro un d'Areva pour lui faire part de ce choix, qui sera soumis prochainement à l'approbation du conseil de surveillance du groupe, précise Matignon.
"Luc Oursel sera notamment chargé de mettre en œuvre un plan d'amélioration de la performance de l'entreprise afin de renforcer sa compétitivité et de poursuivre son développement", précise Matignon. Le deuxième mandat de la présidente du directoire d'Areva se termine à la fin du mois.
SOUTIENS EN FAVEUR D'ANNE LAUVERGEON
Cette décision survient alors que la mobilisation en faveur de Mme Lauvargeon s'est intensifiée face à la volonté prêtée à Nicolas Sarkozy de ne pas reconduire la patronne du groupe nucléaire, dont l'Etat est actionnaire majoritaire (à hauteur de 90 %).
Jeudi soir, Les Echos signalaient qu'une lettre signée de 17 des 19 membres du comité exécutif d'Areva a été remise jeudi matin au président du conseil de surveillance, Jean-Cyril Spinetta. Les signataires évoquent leur souhait de "conserver la dynamique insufflée par Anne Lauvergeon". "Cette dynamique est reconnue par tout le corps social et le management de l'entreprise, ainsi que par les clients et les principaux leaders d'opinions internationaux, soulignent-ils. Il est pour nous totalement clair qu'Anne Lauvergeon est la seule personnalité de l'entreprise disposant des compétences et qualités requises pour conduire Areva dans les années à venir." Ces soutiens à l'actuelle dirigeante d'Areva s'ajoutent à ceux de parlementaires de tous bords et du comité de groupe européen, qui se sont exprimés ces derniers jours.

Le choix de M. Oursel, ingénieur des mines déjà bien ancré au sein d'Areva, marque la volonté d'écarter Anne Lauvergeon sans heurter les salariés, inquiets à la perspective qu'un "outsider" prenne la tête du groupe dans le contexte difficile de l'après-Fukushima. Il "témoigne d'une volonté de l'Etat actionnaire de privilégier […] l'expérience industrielle et la connaissance du nucléaire, acquises par Luc Oursel chez Areva", souligne Matignon.

La Grèce verse 10 millions d’€ pour la destruction du cimetière juif de Thessalonique

Personne ne conteste la vérité historique en Grèce : Le 6 décembre 1942, le plus vaste et plus ancien cimetière juif d'Europe a été détruit pendant l'occupation Nazi.

Après les morts, les Nazis s'occupèrent des vivants déportant de la communauté juive de Thessalonique vers les camps. Seuls 4% en reviendront.
Pourtant, en dépit de la proportion dantesque de ce drame, il me semble que le choix du gouvernement grec de procéder à un telle indemnisation est doublement inopportun.
D'abord pour d' évidentes raisons de circonstances économiques.
Comment peut on expliquer à l'ensemble de la population qu'elle doit se serrer la ceinture chaque mois d'un cran de plus, rogner les salaires, minimiser les retraites, vendre les biens de la nation et privatiser les services publics et se permettre des gestes de largesses envers une seule communauté afin de compresser des spoliations vielles de 65 ans ?

Cette inopportunité n'est elle pas elle même contre-productive ? Ne présente-elle pas, au contraire de ses objectifs de lutte contre l'antisémitisme, un risque réel fissurer le ciment national qui a historiquement uni de façon remarquable les juifs grecs au reste des hellènes ?
Et ce risque est d'autant plus absurde que justement le comportement envers les juifs en Grèce a été notablement protecteur y compris pendant l'occupation.
D'où aussi l'autre inopportunité qu'il faut soulever : celle de faire porter injustement la responsabilité politique de la destruction du cimetière de Thessalonique aux hellènes.
Car enfin, qu'ont à voir les contribuables grecs contemporains avec la destruction de ce cimetière juif en 1945 ?

PROJET D'AVENIR ???


Grèce : “Abandonner l’euro, un scénario catastrophe”

FRANCE-SOIR L’austérité est-elle vraiment une bonne solution pour redresser un pays ?
JÉRÔME CREEL Il y a un consensus chez les économistes, qui est que l’austérité budgétaire implique dans un premier temps un ralentissement de la croissance. Pendant les premières années, les déficits augmentent et les recettes diminuent. C’est dans cette phase que se trouve la Grèce pour l’instant. Pour autant, le pays ne peut pas échapper à une telle cure. Il vit depuis trop longtemps au-dessus de ses moyens, il lui faut d’abord rentrer dans les clous budgétaires avant de redémarrer. 
F.-S. La méthode choisie est-elle la bonne ?
Le problème du plan d’austérité actuel, c’est que geler les salaires va avoir des conséquences sur les dépenses des fonctionnaires, et que les hausses des impôts impacteront ceux qui les payent. Il serait probablement plus utile de s’assurer que tout le monde paye bien ses impôts. Si le système fiscal fonctionnait, les recettes de l’Etat seraient bien meilleures. Il faut donc mettre les moyens pour mieux surveiller les contribuables. Une autre solution peu évoquée serait de réduire le budget de la défense : le pays prend prétexte de ses tensions historiques avec la Turquie pour maintenir ce poste à un niveau élevé, alors que l’appartenance à l’Union européenne pourrait lui permettre de réduire les dépenses.
F.-S. On peut donc s’attendre à une reprise dans un deuxième temps ?
J. C. Oui. Mais la question, c’est de savoir en combien de temps la reprise peut revenir. Je me garderais bien de donner des estimations. Historiquement, les pays qui ont observé des politiques de restrictions budgétaires suivies par une croissance forte sont ceux qui avaient à leur disposition d’autres leviers, comme la dévaluation de leur monnaie ou la fermeture des frontières. Le problème de la Grèce, c’est qu’elle ne peut faire ni l’un ni l’autre.
F.-S. La seule solution pour le pays est-elle d’abandonner l’euro ?
J. C. Même pas. A l’heure actuelle, pour ce faire, la Grèce devrait sortir de l’Union européenne. Sans parler de ça, le problème, c’est qu’elle a perdu de sa crédibilité auprès des marchés financiers. En revenant à la drachme, elle va à nouveau avoir du mal à emprunter, et pour compenser elle devra dévaluer. Le risque, c’est qu’elle perde en compétitivité et endommage plus durablement son économie. Dans ces conditions, abandonner l’euro s’apparenterait à un scénario catastrophe.
F.-S. Sans même parler de quitter l’Union européenne…
J. C. En l’état actuel des choses, la Grèce est soutenue par l’Union européenne, on envisage de rallonger la durée de remboursement des dettes… Aujourd’hui, les Grecs bénéficient aussi de leur appartenance à l’Union, qui leur assure une certaine attractivité. Pourvu que le pouvoir grec donne des gages de reprise en main, les tensions pourraient s’abaisser et le pays pourrait regagner un peu de marge de manœuvre. S’ils ferment la porte à l’Europe, ils courent le risque de se retrouver complètement marginalisés.

Les banques françaises menacées

Ce qui ressemblait mercredi à une excellente opportunité d’investissement s’apparente aujourd’hui à un véritable gouffre financier. Les banques françaises présentes en Grèce se trouvent aujourd’hui fragilisées. Le système bancaire français détient 10,5 milliards d’euros d’obligations grecques, mais le problème n’est pas tant les obligations d’Etat détenues que les filiales sur place, qui sont, elles, plus impliquées dans l’économie locale. Le Crédit agricole, par exemple, possède une filiale sur place baptisée Emporiki, qui a prêté pas moins de 21 milliards d’euros aux entreprises locales ! En cas d’effondrement du pays, c’est autant d’argent qui pourrait disparaître dans la nature.

Inquiétude

Ces chiffres inquiètent l’agence de notation Moody’s, qui commence à se pencher sur la situation des banques prêteuses. Elle a annoncé mercredi qu’elle allait étudier la situation de trois groupes bancaires français, le Crédit agricole, la Société générale et BNP-Paribas, et qu’elle pourrait éventuellement abaisser leur note. Pour l’instant, en dehors de la baisse du cours de Bourse, la décision de Moody’s n’a pas d’effet. A plus long terme, les banques pourraient devenir plus réticentes à prêter aux Etats. Ce qui aggraverait encore la situation des économies les plus fragiles.

L'Europe remède et « poison » de la Grèce

La protestation populaire enfle en Grèce qui a connu hier une mobilisation sans précédent depuis la junte militaire des années 70. La récession dans laquelle le pays est plongé est, elle aussi, douloureusement inédite. La crise de la dette n'a de cesse de s'aggraver, malgré le plan de soutien de l'Europe et du FMI. La banqueroute menace, le temps est compté. Le spectre de la faillite se double d'une crise de confiance : les Grecs ne croient plus dans leur système politique, ils se défient du gouvernement, des syndicats et bien sûr des institutions internationales qu'ils accusent d'asphyxier l'économie. Contexte ô combien explosif et en apparence inextricable : la Grèce a vécu au-dessus de ses moyens, elle n'a plus la capacité d'emprunter seule sur les marchés pour financer son déficit ; elle doit rembourser mais à des taux plus raisonnables que ceux qui lui sont imposés. Aussi se tourne-t-elle vers l'Europe qui certes vient à son secours mais lui prescrit, en échange, une potion amère. La crise de la dette aggrave l'austérité qui s'ajoute à l'austérité... qui désespère le peuple des « indignés ». La tentation est forte de s'affranchir de la tutelle de l'Europe et de sortir de l'euro. Un scénario jugé apocapyptique en ce qu'il déstabiliserait la zone euro, et mortifère pour la Grèce. Car jusqu'à présent, c'est l'Europe qui lui a permis d'éviter le pire. Et c'est elle qui va remettre la main à la poche, encore faut-il qu'elle s'accorde sur la manière de faire participer les banques privées. La solution passe par davantage d'Europe. La rue en colère ne l'entend pas ainsi ; elle ne veut plus payer les pots cassés.

LE SOUTIEN DE PARIS 




La Grèce abat sa dernière carte

Le projet de privatisation massive, en discussion au Parlement, fait descendre les Athéniens dans la rue.

La Grèce, toujours plus près du gouffre. Au lendemain d’une troisième journée de grève générale, émaillée de violents affrontements dans le centre d’Athènes, Georges Papandréou a abattu la seule carte politique dont il dispose encore pour faire passer un nouveau plan de rigueur. Le Premier ministre socialiste grec, engagé dans un intense marchandage avec l’opposition, a annoncé dans la soirée un remaniement de son gouvernement pour aujourd’hui. Doublé d’un vote de confiance au Parlement. «Il faut un effort national car nous sommes à un moment historique crucial et nous devons prendre des décisions cruciales», a expliqué le chef du gouvernement qui s’est entretenu au téléphone avec Antonio Samaras, son rival de droite. Le très impopulaire leader du Pasok aurait même offert de démissionner pour faciliter la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Immédiatement refusé par l’opposition.
Colonne. Alors que des dizaines de milliers de Grecs étaient descendus hier dans la rue pour dire haut et fort que «la Grèce n’est pas à vendre» (lire ci-contre), le gouvernement entamait au Parlement la discussion de cette nouvelle cure d’austérité dont la colonne vertébrale consiste en un programme de privatisations massives inédit en Europe. Selon le gouvernement, le vote de ce plan conditionne le versement de la cinquième tranche du prêt de 110 milliards d’euros accordé en 2010 par l’UE et le FMI, dont 53 milliards au total ont été versés à ce jour. Ce qui signifie que si les députés le rejettent lors du vote prévu à la fin du mois, la Grèce se retrouvera en cessation de paiement…
Tiercé. A côté des 28,4 milliards d’euros d’économies que doivent rapporter d’ici 2015 de nouvelles coupes dans les dépenses couplées à des hausses d’impôts, l’Etat grec espère engranger au total 50 milliards de recettes en vendant des actifs très variés. Des transports (trains, ports et aéroports) à l’énergie avec la compagnie nationale d’électricité en passant par les loisirs (loterie, tiercé) ou la gestion de l’eau, les privatisations partielles ou totales d’une trentaine d’entreprises publiques doivent rapporter 15 milliards. Mais c’est la vente du parc immobilier de l’Etat qui fera rentrer le plus d’argent dans les caisses. Le gouvernement en attend 35 milliards. Les monuments et les îles - que le tabloïd allemand Bild a suggéré de vendre «en partie» - ne seront évidemment pas cédés. Même en l’absence d’un cadastre général réclamé de longue date par l’Europe, le patrimoine mobilier et immobilier total de la Grèce est évalué à 280 milliards d’euros, ce qui laisserait une certaine marge.
Réclamé par la troïka des créanciers (Commission européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne) qui a placé la Grèce sous étroite surveillance, ce plan de privatisations ne sera pas géré par l’Etat grec lui-même. Une «agence au management indépendant et professionnel» sera créée afin de veiller à l’application du plan. L’UE a demandé que cette agence compte en son sein des représentants étrangers, inspirée du modèle allemand de la Treuhandanstalt, qui avait démantelé les conglomérats est-allemands après la chute du mur. Il s’agit, explique la troïka, de faire en sorte que «les interférences politiques quotidiennes» ne viennent pas compromettre ce nouveau plan.
«Bradage.» «Il fallait privatiser et réformer plus vite. A force de traîner, le gouvernement n’est pas dans une position de force pour marchander avec les repreneurs», estime Angelos Tsakanikas, chercheur au centre de réflexion patronal IOBE. «Réservé» sur le succès de ce plan, il n’y voit pourtant «pas d’alternative. J’imagine que les Grecs vont le subir, mais au prix cette fois d’un véritable coût politique pour la majorité socialiste». Une bonne partie de la base du Pasok, qui refuse ce «bradage» du pays, reste vent debout contre les nouvelles mesures. Ce programme sera-t-il suffisant pour mettre la Grèce sur la voie d’un désendettement durable? Les économistes en doutent désormais. 50 milliards d’euros de cessions, cela ne ramènerait la dette qu’à environ 130 % du PIB contre 157 % aujourd’hui.

L'Europe impuissante à enrayer le chaos grec

Les marchés s'inquiètent de l'incapacité des Européens à trouver un accord pour sauver Athènes. Le premier ministre grec a annoncé ce mercredi le remaniement de son gouvernement pour la fin de semaine.

La course contre la montre pour sauver la Grèce d'une banqueroute prend des allures de marathon s'effectuant au rythme d'un sprint. Échec de la réunion exceptionnelle des ministres des Finances de la zone euro, mercredi à Bruxelles; grève générale à Athènes; remaniement du gouvernement Papandréou qui aura lieu jeudi ou vendredi; nouveau coup de semonce des agences de notation contre les banques françaises et grecques… tous ces événements réunis ont fait chuter de 1,49% l'indice CAC 40 mercredi et fait plonger la monnaie unique sous la barre des 1,42 dollar.

Outre les tensions politiques qui vont crescendo en Grèce, c'est surtout le blocage total au niveau européen sur les mesures à prendre pour refinancer Athènes qui inquiète les observateurs. Jusqu'à présent, le calendrier misait sur un accord formellement approuvé lors du sommet des chefs d'État les 23 et 24 juin prochain. Mais mercredi, les ministres des Finances luxembourgeois et slovaque ont tous deux laissé entendre que les divergences étaient telles qu'on ne pouvait exclure l'absence d'accord avant le 11 juillet. Une telle hypothèse serait dramatique car le Parlement grec est supposé, d'ici là, avoir adopté sa nouvelle stratégie de réduction de ses déficits à moyen terme.

Éviter un scénario noir

Pour éviter ce scénario noir, l'Europe entame à partir de jeudi et jusqu'au 23 juin une série de réunions cruciales. Le premier acte se déroulera à Berlin où la chancelière allemande Angela Merkel doit recevoir, jeudi après-midi, le candidat à la succession de Jean-Claude Trichet à la présidence de la BCE - Mario Draghi - en attendant un sommet avec le président français, Nicolas Sarkozy, vendredi. Ces deux rencontres seront décisives pour infléchir la position allemande. Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, porté par une partie de l'opinion publique, veut en effet obliger les investisseurs à accepter un rallongement de sept ans de la date de remboursement des obligations grecques qu'ils détiennent. Une telle option serait assimilée à un défaut. Dans ce cas, selon un document de travail européen cité mercredi par le Financial Times, il faudrait trouver 20 milliards supplémentaires pour refinancer les banques grecques. Ces chiffres sont brandis par les opposants à la mesure allemande - France et BCE en tête - pour qui la meilleure des solutions consiste à demander «volontairement» aux banques de maintenir inchangées leurs expositions à la dette grecque. Cette opération, connue sous le label «d'initiative de Vienne», reste pourtant hautement hasardeuse. L'agence Fitch a précisé mercredi qu'elle considérerait une telle démarche comme un défaut si les nouveaux titres émis devaient s'avérer de qualité inférieure aux précédents et s'ils ne permettent pas à la Grèce de se prémunir définitivement contre un défaut de paiement.
Le second acte de ce drame se déroulera à partir de dimanche. Les ministres européens des Finances se retrouveront au Luxembourg pour une nouvelle réunion. Prévu lundi à l'origine, ce sommet a été avancé d'une journée pour faciliter la recherche d'un compromis. Signe que de tous bords on s'attend encore à de longues et difficiles tractations, alors que la Grèce s'enfonce un peu plus chaque jour dans le chaos.

À Athènes, «on n'a plus rien à perdre»

Les «Indignés» grecs se réunissent, depuis trois semaines, sur la place Syntagma devant le Parlement.

Apostolia Kyrioudi est déterminée. Tous les jours depuis trois semaines, elle participe, avec son mari, son fils de 24 ans et ses amis, aux rassemblements des «Indignés» devant le Parlement. Mercredi, elle a été rejointe par des milliers de manifestants grévistes et membres des syndicats. «Nous avons battu tous les records! Ce n'est pas une surprise, nous étouffons, dit-elle. La rigueur nous a ruinés, psychologiquement et économiquement. On n'a plus rien à perdre maintenant.»
Apostolia encourage son fils Tassos à camper, le soir, dans les tentes installées en contrebas, face au Parlement. «Il est diplômé de droit et il n'arrive pas à trouver de travail. Je n'ai pas les moyens de l'envoyer à l'étranger. Ici, au moins, il se sent utile. Le soir, il parle aux assemblées générales. Les centaines d'“Indignés” s'organisent pour sortir le pays de cette occupation par les créanciers étrangers», déclare-t-elle.
La plupart des Grecs comparent en effet la tutelle budgétaire internationale à une nouvelle dictature, après celle des Colonels, que le pays traversa de 1967 à 1973. La référence se retrouve sur les banderoles et dans les slogans scandés par des manifestants. Même s'il n'a pas connu le soulèvement des Grecs contre les Colonels, Tassos reprend les slogans criés en chœur qui l'évoquent. «La junte, aujourd'hui, c'est le FMI. Mes parents ont du mal à payer leurs factures et les prix augmentent sans cesse. Pendant un an, on nous a dit de serrer les dents et que tout irait mieux. Et là, on nous demande encore de nous serrer la ceinture. Moi, j'ai honte de demander à ma mère de l'argent pour aller au cinéma.»
Mercredi, les «Indignés» ont tout fait pour éviter les affrontements entre policiers et manifestants. Il ne fallait pas que se perde dans la violence le message lancé aux politiques en cette journée symbolique. Dès les premières tensions, les jeunes formaient des chaînes humaines pour encercler les semeurs de troubles encagoulés.

Injustice sociale

Dans l'après-midi, les débats des «Indignés» ont vite repris. S'ils se félicitent de la mobilisation des Grecs, ils ne crient pas victoire. Au fond, chacun reconnaît que le pays a besoin de réformes, mais le sentiment d'injustice sociale prévaut. Anna Vayena, célèbre actrice grecque, compare la situation à un restaurant «où une autre table aurait consommé du caviar et nous devrions payer leur note». La plupart des Grecs, et surtout dans les classes populaires, ont le sentiment de payer à tort quarante ans de laxisme budgétaire de la classe politique.
Pour Jens Bastian, chercheur au think-tank Eliamep, la Grèce traverse une crise sociétale profonde, qui pourrait marquer un tournant dans l'histoire. «L'État n'a plus d'argent à distribuer aux gens. Et les “Indignés” sont prêts à se battre bec et ongles pour protéger ce qu'il leur reste de droits sociaux. Ces prochains mois, la Grèce devra établir un nouveau contrat social entre les élites politiques et les citoyens. C'est là tout l'enjeu», dit-il.
En attendant, les «Indignés» sont bien décidés à prolonger l'occupation de la place Syntagma jusqu'au vote du second plan de rigueur, le 28 juin prochain.

Volutes

Il arrive que les débats politiques soient des paradis artificiels où les arguments perdent totalement le sens de la réalité. Ainsi va la question de la dépénalisation du cannabis où le manque de lucidité le dispute à l’angélisme, et l’illusion à la raison. Tant de certitudes assénées font tourner la tête quand le bon sens n’a plus toute la sienne. Car enfin, qui pourra prétendre détenir la moindre vérité sur les moyens à employer pour limiter l’emballement de la consommation des drogues?

Une très large majorité de Français reste favorable à une interdiction pure et simple de la fabrication et de la vente du cannabis. Un pourcentage - 70 %! - qu’il faut rapprocher de celui, éloquent, du nombre de jeunes de 17 ans (l’âge moyen où on passe le bac) ayant déjà fumé, ou fumant régulièrement un joint: 49%. Interrogez vos ados: ils vous confirmeront que l’information est exacte et que le résultat serait même légèrement supérieur à la majorité absolue. A l’évidence, quelque chose ne colle pas, si on peut dire. Un pays moderne peut-il continuer à détourner pudiquement le regard quand il ferait sans doute mieux d’ouvrir les yeux sur un fait de société que personne ne peut plus ignorer?

L’autre réalité, c’est que la prohibition à la française, l’une des plus rigoureuses d’Europe, a totalement échoué à tuer le trafic et à dégoûter du pétard. Elle aurait même tendance à nourrir le premier et à stimuler le goût du second. Il faut bien l’admettre: l’interdit a eu pour conséquence d’enrichir les truands sans protéger les jeunes. Faut-il continuer comme ça? Certainement pas... Mais il y a bien un tabou sur le tabou, et la fermeté ne change rien à l’affaire. Tonton pourquoi tu tousses?

La levée de la prohibition préconisée par l’ancien ministre de l’intérieur Daniel Vaillant, avec beaucoup plus de précautions que ne le disent ses détracteurs, a le mérite d’ouvrir une piste de réflexion. Mieux vaudrait, dit-il, contrôler un produit en vente libre et «bio» (mais surveillé) que n’avoir absolument aucune prise sur un produit interdit et le plus souvent trafiqué qui circule au vu et au su de tout le monde. Une option qui n’est pas sans danger car si elle permettrait de régler une partie du problème en asphyxiant, partiellement, les ressources de nombre de petits caïds, nul ne sait comment une consommation totalement en roue libre pourrait dériver vers l’accoutumance à des drogues plus sévères. Les expériences des pays qui ont déjà expérimenté cette méthode ne sont pas toutes concluantes, loin de là et cela devrait inviter tous les procureurs à la modestie.

Le sujet nécessite le traitement le plus dépassionné, le plus libre et le plus large possible. A l’échelle de l’Europe? Ce dossier est l’affaire d’un continent. Pour le moment, il entretient surtout les volutes de notre petit univers politique. Qui partent en fumée, comme dirait Bashung.

Grèce - A vendre !





Grèce - A vendre ! par Khalemvideo

Dette grecque : quand la finance fait sa loi !

Le sort des Grecs parait se jouer soit dans la rue à Athènes, autour du Parlement, soit dans les couloirs de la Commission de Bruxelles. C'est une illusion, le pouvoir réel est entre les mains des agences de notation financière ou dans celui des grandes banques qui ont mis en place leurs propres critères, voire leur propre juridiction! En attendant, Moody's a mis trois banques françaises sous surveillance négative.

Pour les citoyens, l’avenir de la Grèce, et partant de la zone Euro, se jouerait à Bruxelles. Réunis le 14 juin à Bruxelles, les ministre des Finances de l’Union se réuniront encore la semaine prochaine, dans le but de parvenir à un accord le 26 juin à l’occasion du conseil européen, réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement. Hélas, il s’agit en partie d’une mise en scène, car le pouvoir réel est ailleurs, en particulier dans les agences de notation et les grandes banques internationales. La seule solution pour la Grèce serait de réduire sa dette. A 330 milliards d’euros, celle-ci représente un fardeau de 150% de son PIB. Pour commencer à la réduire, il faudrait qu’elle dégage un excédent budgétaire de …10% du PIB !  Pour parvenir à une dette « soutenable », il faudrait en retirer une partie, et allonger les échéances pour le reste. C’est alors que les agences de notation financière  montrent où est le véritable pouvoir. Dans plusieurs avertissements convergents, les désormais célèbres Standard & Poor’s, Moodys et Fitch, qui n’avaient rien vu à redire des produit subprimes jusqu’en 2007, ont annoncé qu’à la moindre modification dans les termes des obligations d’Etat, elle déclareraient la Grèce en « défaut de paiement », ce qui interdirait à Athènes de lever le moindre euros sur les marchés,  ruinerait les banques et l’économie grecques, et poseraient aussi quelques problèmes aux grandes banques allemandes et françaises. Les agences, qui cotaient les emprunts subprimes AAA,  sont intransigeantes face aux Etats. Selon Fitch, même « l’échange volontaire » d’un ancien emprunt grec contre un nouveau entrainerait la déclaration de défaut. Comme un avertissement, Moody's a placé les banques françaises BNP-Paribas, Société Générale et Crédit Agricole sous surveillance négative au prétexte de leur exposition au risque grec.

Pire encore, en cas de défaut, c’est un comité de 15 banquiers de l’Association Internationale des Swaps et Dérivés (ISDA), comprenant,  entre autres, Merril Lynch, Barclays, Citibank, JP Morgan, Société générale, UBS…  qui déciderait souverainement d’honorer les CDS, (crédit défaut swap) ces produits financiers complexes qui ont permis aux spéculateurs d’attaquer la Grèce. 5,2 milliards d’euros de CDS  ont été souscrits, et c’est autant de profits faciles qui seraient réalisés. Là encore, les Etats ne peuvent rien,  car l’ISDA ne reconnaît aucune autre autorité qu’elle même. La finance a créé sa propre loi et sa propre justice. Et les institutions politiques européennes, Commission, BCE ou gouvernements des Etats membres, acceptent d’être liées par le jugement d’organismes privés. Jusqu’à quand ? 


Crise en Grèce : un nouveau gouvernement formé jeudi

A la crise financière s'ajoute une crise politique. A la suite des manifestations de mercredi, à Athènes, émaillées d'incidents, le Premier ministre Georges Papandréou a annoncé dans la soirée un remaniement. «Demain, je formerai un nouveau gouvernement et immédiatement après, je demanderai la confiance au Parlement», a-t-il déclaré dans une brève déclaration télévisée, prenant acte du refus de l'opposition conservatrice de parvenir à un accord pour former un gouvernement d'union nationale.

  «J'ai fait des efforts constants de coopération» en direction du principal parti d'opposition, Nouvelle démocratie (droite), qui «a considéré l'ensemble de cet effort en termes de communication» a-t-il déploré. «Je continuerai sur la même route, la route de mon devoir avec le groupe parlementaire du Pasok (socialiste)», a-t-il dit. Se heurtant jusque là au refus de l'opposition de droite de l'épauler, Georges Papandréou doit aussi faire face à une fronde jusque dans les rangs de sa majorité. La défection mardi du député Georges Lianis, dénonçant «l'échec» de la politique suivie, réduit à 155 sièges sur 300 sa majorité au parlement. Un autre député socialiste a récemment indiqué qu'il voterait contre le plan.

Entre 20.000 et 40.000 manifestants

Dans la journée, des dizaines de milliers de manifestants ont envahi les rues de la capitale pour protester contre les mesures d'austérité en préparation. Brandissant trompettes, casseroles, et sifflets devant un impressionnant dispositif policier, la foule, mêlant adhérents des syndicats et militants du mouvement des «Indignés», s'est massée autour autour du Parlement, où devait être débattu le nouveau plan de rigueur, pour un vote attendu fin juin. La police a compté plus de 20.000 personnes, les médias et observateurs au moins le double.

En marge de la manifestation, un groupe de jeunes a jetté des cocktails Molotov, des pierres et d'autres projectiles sur les membres des forces antiémeutes. La police a tenté de reprendre le contrôle de la place Syntagma (place de la Constitution), devant le Parlement, en tirant des gaz lacrymogènes qui ont éparpillé la foule, sans la faire partir. Au total, une trentaine de personnes ont été blessées et hospitalisées, dont beaucoup pour des problèmes respiratoires.
Après une première vague d'austérité en 2010, le gouvernement socialiste a bâti un projet d'économies à moyen terme, sur la période 2012-2015, destiné à obtenir de nouvelles aides financières pour éviter la faillite du pays. Le vote du plan est en effet l'une des conditions posées pour obtenir le versement de la cinquième tranche du prêt de 110 milliards d'euros accordé en 2010 par l'UE et le FMI - 53 milliards ont déjà été versés - et une probable deuxième aide financière. Le pays se trouve au bord d'un défaut de paiement, selon les agences de notation financière.

Dans le même temps, à Bruxelles, les créanciers du pays peinaient à s'entendre sur la façon d'aider le pays, menacé de défaut de paiement, selon les agences de notation financière. Les créanciers se déchirent en effet sur l'effort à demander aux banques privées : certains craignent qu'un trop fort engagement des banques dans le plan de sauvetage ne déclenche de facto un défaut de paiement de la Grèce, qui pourrait entraîner l'effondrement de l'ensemble de la zone euro.

Grèce : le malade va-t-il mourir ...guéri ?

A force de potions austère le malade (grec) va-t-il mourir...guéri ? Le Prix Nobel Joseph Stiglitz  annonçait déjà il y a plusieurs mois que «l'austérité va mener l'Europe au désastre !  ». Les violentes manifestations de mercredi, venant après d'autres, témoignent du degré d'exaspération d'une population : le traditionnel cortège syndical a été éclipsé par l'afflux de citoyens de tout bord, répondant à l'appel des "Indignés" grecs, mouvement de protestation populaire lancé le 25 mai en plein cœur d'Athènes sur le modèle espagnol. En dépit de l'appel des animateurs de ce rassemblement à en maintenir le caractère pacifique, des escarmouches ont opposé sur la place des petits groupes à la police, qui a riposté avec des gaz lacrymogènes, avant que la foule ne se reforme à nouveau. Dans la rue, les manifestants tournaient surtout leur colère contre la classe politique, scandant régulièrement "voleurs" à l'adresse du parlement et des voitures officielles aperçues.


La droite a menti, maquillant les chiffres pour laisser croire aux Grecs qu'ils vivaient dans la prospérité




Car le gouvernement précédent de droite a menti, maquillant les chiffres pour laisser croire aux Grecs qu'ils vivaient dans la prospérité. Et c'est le gouvernement Papandréou qui a découvert que le pays était en faillite. Or cette même droite, bien qu'elle porte une immense responsabilité dans cette dette, refuse toute idée d'union nationale, à la différence de ce qui se passe en Irlande et au Portugal, ce qui inquiète les partenaires d'Athènes. Après une première vague d'austérité en 2010 et sous la pression croisée des marchés, qui lui interdisent l'accès au refinancement, et de ses créanciers, le gouvernement a du se résoudre à un nouveau tour de vis, avec des économies nouvelles de 28,4 milliards d'euros d'ici à 2015 et des privatisations massives.  La Grèce peut-elle s'en sortir ? Les réformes promises ne sont pas ou mal appliquées et la lutte contre la fraude fiscale marque le pas. Selon la troïka (Commission, BCE et FMI) après "un solide départ pendant l'été 2010, la mise en œuvre des réformes s'est arrêtée au cours des derniers trimestres. Il y a de clairs risques politiques et des problèmes de capacité administrative dans l'application du programme" de réforme. Le Premier ministre grec ne dit pas autre chose : « l'un des problèmes majeurs que nous avons eus dans la mise en œuvre de notre programme est la capacité de nos fonctionnaires à faire de profonds changements et réformes. » Pourtant  le gouvernement a fortement resserré les vis (les 5,75%)- mais la récession est profonde (les -4,5%), et sans fin, précisément en raison de cet ajustement précipité. Du coup, les recettes budgétaires baissent et... le déficit ne se résorbe pas vraiment (-9,5%).





Les jeunes qui manifestent et se sont définis comme « la génération 700 euros » sont eux-mêmes victimes de cette société bloquée, de cette administration inefficace


Faut-il resserrer encore ? Cela signifie persister à appliquer un remède qui affaiblit le patient. Car le malade est dans un sale état. La Constitution elle-même devrait être revue et une partie de la législation, devenue illisible, devrait être changée. Les jeunes qui manifestent et se sont définis comme « la génération 700 euros » sont eux-mêmes victimes de cette société bloquée, de cette administration inefficace. A tel point que les Grecs sont favorables à la privatisation des services publics tellement ils les trouvent indigents ! Les Grecs sont prêts à ces réformes car ils n'ont plus confiance dans leur classe politique. Pendant des années les Grecs ont vécu comme s'ils n'avaient pas d'état, fraudant le fisc, usant de la corruption et des passe-droits. La Grèce par exemple ne connait pas l'institution du cadastre qui permettrait de taxer l'immobilier !


Le problème ne sera pas résolu par des cures supplémentaires d'austérité et par une construction d'un nouveau « vivre ensemble »




Le Grèce devrait réduire son armée pléthorique, comptant sur l'Europe pour sa protection face à l'ennemi historique turc. Elle devrait cesser de financer l'église orthodoxe qui, bien sûr, échappe à l'impôt. Le problème ne sera pas résolu par des cures supplémentaires d'austérité et par une construction d'un nouveau « vivre ensemble ». Ce qui suppose, un peu à la manière de l'Allemagne de l'Ouest par rapport à la RDA, que l'Europe investisse, notamment dans les énergies renouvelables en utilisant le soleil plutôt que la Grèce creuse encore son déficit par l'importation de pétrole. Si l'Europe ne fait pas fonctionner sa solidarité, comme elle le doit, en fonction des traités. Les slogans, au départ juste évocateurs du ras-le-bol de la crise, deviennent de plus en plus antigouvernementaux.  « Anti-politiques »même. Les députés sont conspués, accusés d'avoir spolié le pays en acceptant l'aide internationale qui a, selon les «indignés», précipité la Grèce dans la crise. Car la Grèce peut très bien connaitre un précipité chimique qui fasse passer le berceau de la démocratie vers des formes inquiétantes de populismes.

mercredi 15 juin 2011

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Comment la Grèce peut-elle éviter la faillite ?

Pour un Etat, faire faillite ne signifie pas, comme pour une entreprise, se retrouver en liquidation judiciaire. Aucun risque, donc, de voir les colonnes du Parthénon s'en aller orner les halls d'entrée des banques allemandes et françaises – les principales créancières de la Grèce. Mais, à en croire Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, une faillite d'Athènes – une incapacité à honorer le remboursement de sa dette – pourrait avoir "des conséquences encore plus dramatiques que l'effondrement de Lehman Brothers", banque américaine dont la banqueroute, en septembre 2008, avait déclenché une crise financière mondiale.

Ce qui inquiète les Européens, c'est l'effet domino. Le Portugal, l'Italie, l'Irlande, l'Espagne, dont les finances sont très dégradées, se retrouveraient la proie des spéculateurs, incapables de financer leurs économies à des taux acceptables. Les observateurs les plus pessimistes, comme l'Américain Nouriel Roubini, voient dans les difficultés de la Grèce les prémices d'un éclatement de la zone euro, condamnée à se séparer de ses membres les plus faibles, ceux de la "périphérie".
Soulager la Grèce du poids de sa dette abyssale – près de 350 milliards d'euros – sans qu'elle soit considérée en défaut de paiement : tel est l'enjeu des discussions quotidiennes entre les grands argentiers de la zone euro et le cabinet de Georges Papandréou. Entre le maintien d'un statu quo intenable et ce défaut de paiement, des pistes existent.
Sortir de l'euro. A une autre époque, la Grèce aurait pu dévaluer la drachme pour diminuer la valeur de sa dette et redonner de la compétitivité à l'économie nationale. Mais la drachme n'existe plus et une telle solution impliquerait une sortie de l'euro : trop coûteux pour Athènes, inenvisageable pour les Européens.
Soutenir financièrement la Grèce. C'est pour l'heure la ligne que suivent les partenaires d'Athènes : en 2010, l'Union européenne et le FMI ont débloqué 110 milliards d'euros pour permettre au gouvernement grec de continuer à fonctionner sans avoir besoin de se tourner vers des marchés financiers devenus inaccessibles. 53 milliards d'euros ont été versés à ce jour et de nouveaux fonds devraient être dégagés les 23 et 24 juin lors du Conseil européen à Luxembourg. Le chiffre de 60 milliards d'euros est évoqué.
Ces prêts ont deux objectifs : permettre à la Grèce de fonctionner au quotidien ; montrer aux investisseurs que la zone euro est solide et solidaire, et par là garder leur confiance pour que les autres pays ne soient pas victimes d'une éventuelle défiance. C'est cet aspect qui fait de la Grèce, selon les mots de l'économiste William de Vijlder, une sorte de "cobaye".
Privatiser. Déjà engagé, le plan de privatisations ne peut être qu'un complément à des plans plus ambitieux. Mais son ampleur devrait permettre de dégager des sommes non négligeables : allant de l'énergie aux transports en passant par les banques et les télécoms, ce vaste plan est censé rapporter 50 milliards d'euros d'ici à 2015. Jérôme Crill, économiste à l'OFCE et professeur à ESCP-Europe, met toutefois en garde contre des privatisations si massives qu'elles se solderaient par une prise de contrôle étrangère sur le pays : "La Grèce est déjà un pays sous quasi tutelle, ce serait dangereux qu'elle perde en plus le contrôle de ses grandes entreprises et s'expose à des délocalisations."

La piste chinoise. Fin 2010, une délégation emmenée par le premier ministre chinois, Wen Jiabao, était à Athènes. Pékin s'était alors engagé à soutenir la prochaine émission d'obligations grecques, sans qu'il soit possible de savoir si cette promesse a été tenue. Rien d'étonnant à ce soudain intérêt chinois pour la Grèce, explique Nicolas Dromel, chercheur au CNRS, associé à l'Ecole d'économie de Paris, qui rappelle que les fonds souverains chinois ont déjà acheté des parts des dettes portugaise et espagnole : "Cela rentre dans une stratégie chinoise de devenir les prêteurs du monde. Les Chinois ont de grandes capacités d'épargne et sont patients, ils n'ont pas besoin de récupérer leur mise rapidement. Ils peuvent se permettre d'être moins frileux que les autres pays."
Rééchelonner la dette. Accorder plus de temps à l'emprunteur pour rembourser ses dettes, soit une restructuration "douce" : une solution défendue notamment par Berlin – qui souhaiterait accorder un répit de sept ans à Athènes – ou par le chef de file des ministres des finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker. Un tel rallongement des échéances de remboursement doit recueillir le soutien des créanciers publics comme privés. Ces derniers semblent prêts à des concessions : plusieurs banques françaises et allemandes ont indiqué récemment soutenir une telle initiative si elle était appuyée par une large base d'investisseurs. Cette hypothèse paraît donc la plus crédible à court terme.
Mais aussi "douce" soit-elle, cette solution constitue déjà un aveu de faiblesse propre à provoquer l'effet domino tant redouté. La Banque centrale européenne s'y oppose, estimant qu'elle sèmerait le doute chez les investisseurs quant à la crédibilité de la zone euro. La BCE insiste par ailleurs sur le caractère "purement volontaire" de la participation du secteur privé à ce plan, faute de quoi les marchés risqueraient de s'affoler.
Pour Jérôme Crill, l'enjeu d'un tel plan est "presque d'ordre sémantique" : "Objectivement, tout plan qui implique une restructuration revient pour les Européens à s'avouer vaincus, à reconnaître que la zone euro, si riche soit-elle, n'a pas les moyens de se défendre : l'objectif serait alors uniquement de minimiser la catastrophe, de la faire passer pour autre chose qu'un défaut de paiement." L'agence de notation Standard & Poor's a d'ores et déjà prévenu qu'elle n'était pas dupe en indiquant qu'elle considérerait un rééchelonnement "de facto comme un défaut" et baisserait encore sa note sur la Grèce. Elle vient déjà de la dégrader à CCC, faisant du pays le plus mal noté au monde.

Négocier une décote de la dette. C'est la version "dure" de la restructuration, qui consiste à négocier un "haircut" avec les créanciers, une réduction pure et simple des montants qui leur sont dus. Les créanciers, conscients qu'il vaut mieux récupérer une partie de la mise plutôt que de tout perdre, doivent toutefois donner leur accord. L'hypothèse est pour l'instant taboue : le risque de contagion serait immense et toute l'Europe pâtirait de cet aveu de faiblesse. Les décideurs européens estiment aussi que cette solution mettrait en danger les banques de tout le continent et particulièrement les banques hellènes, grandes créancières de la Grèce.
Nombreux sont ceux qui croient pourtant cette solution inéluctable, tant la dette grecque est importante (de l'ordre de 140 % du PIB). Certains l'appellent même de leurs vœux, comme Nicolas Dromel. Pour lui, il s'agit d'un "mal nécessaire" pour en finir avec le surendettement : "Continuer à aligner les prêts et les aides ne suffira pas, puisque Athènes n'arrive pas à accroître ses revenus et à diminuer suffisamment ses dépenses pour retrouver une situation équilibrée. Autant une restructuration dure n'était pas envisageable l'année dernière, en sortie de crise financière, autant elle l'est cette année." Une telle solution, qui verrait la Grèce disqualifiée pour plusieurs années sur les marchés, serait aussi un signal fort envoyé aux autres pays en difficulté et les pousserait à une gestion plus rigoureuse. Ils comprendraient, explique Nicolas Dromel, qu'"on ne peut pas sauver tout le monde tout le temps".
Un consensus : réformer. Si ces solutions de court terme ne s'excluent pas nécessairement entre elles, les observateurs s'accordent pour dire qu'elles doivent toutes s'accompagner d'un programme de réformes extrêmement sévère, le seul qui permettrait au pays de retrouver une stabilité à long terme. Les aides accordées depuis 2010 par l'UE et le FMI s'accompagnent d'ailleurs de dures contreparties – des "sacrifices" pour Jérôme Crill : hausse des taxes, baisse du salaire des fonctionnaires, baisse des pensions, fin du treizième mois... Des mesures censées rapporter des milliards d'euros, mais à un horizon assez lointain.
Pour Jérôme Crill, il serait bien plus intéressant de lutter contre l'évasion et la fraude fiscales, estimées fin 2010 à "environ 30 % du produit intérieur brut", selon la brigade financière grecque. Surtout, surmonter ce problème serait "plus efficace en terme de revenus et plus facile à accepter par la population qu'une mesure comme la suppression du treizième mois", assure l'économiste de l'OFCE.

Le Premier ministre grec prêt à se sacrifier pour l'austérité

Selon Skynews, le chef du gouvernement grec, George Papandreou, serait prêt à démissionner au profit d'un gouvernement d'union nationale pour sauver le plan d'austérité. 

Selon Sky News, le chef du gouvernement grec, George Papandreou, serait prêt à démissionner au profit d'un gouvernement d'union nationale pour sauver le plan d'austérité.
"Si je suis le problème, je ne vais pas rester bloqué sur mon fauteuil. Je peux débattre de tout, y compris d'un gouvernement d'union nationale", a déclaré le Premier ministre au chef de l'opposition, Antonis Samaras, selon la chaîne de télévision Net TV.
Le gouvernement grec va "assumer ses responsabilités" pour sortir le pays de la crise, a déclaré mercredi le Premier ministre grec, engagé dans un intense marchandage avec son opposition de droite pour qu'elle épaule une politique d'austérité contestée dans la rue. "Nous assumons nos responsabilités envers le peuple et le pays, nous allons continuer d'avancer et prendre les mesures nécessaires pour sortir le pays de la crise", a déclaré George Papandreou, alors que des milliers de gens ont protesté dans la journée à Athènes et Salonique contre les nouvelles mesures d'austérité soumises au Parlement pour tenter d'éviter que la Grèce fasse défaut sur sa dette.
"Il faut un effort national car nous sommes à un moment historique crucial et nous devons prendre des décisions cruciales" a-t-il ajouté. "Je crois au bénéfice de l'entente nationale, je suis toujours en contact avec les autres chefs de partis, à partir de là, chacun assume ses responsabilités" a-t-il dit.

Le Premier ministre s'est ensuite entretenu au téléphone avec son rival de droite, Antonis Samaras, et selon la télé publique Net, les deux hommes ont entamé un intense marchandage autour d'une ouverture du gouvernement au delà des rangs socialistes.
Selon Net, aucun accord n'avait toutefois été trouvé en fin d'après-midi, alors que les services du Premier ministre ont indiqué qu'il fera ultérieurement une intervention télévisée. Selon des fuites du camp conservateur relayées par les médias, M. Samaras aurait conditionné tout soutien à un remplacement de M. Papandréou à la tête du gouvernement, et à une renégociation du plan de redressement dicté au pays par ses créanciers, zone euro et Fonds monétaire international.
De source gouvernementale, un scénario d'élections anticipées, agité récemment par les médias grecs, a en tout cas été "totalement" exclu.
Mercredi, devait commencer dans la soirée au Parlement l'examen du projet de loi budgétaire comprenant un nouveau volet d'austérité d'ici à 2015, prévoyant des économies nouvelles de 28,4 milliards d'euros d'ici à 2015 et des privatisations massives. Ce nouveau plan de rigueur est destiné à obtenir une nouvelle aide financière auprès des créanciers du pays, une nouvelle fois au bord de la faillite.

Grèce: des manifestations dégénèrent

Déployés en nombre dans le centre d'Athènes, les policiers grecs ont tiré des gaz lacrymogènes aujourd'hui pour repousser des manifestants qui tentaient de bloquer le Parlement, où le gouvernement devait lancer un débat sur les nouvelles mesures d'austérité prévues en contrepartie des prêts internationaux qui ont évité à la Grèce de faire faillite l'an dernier. Des manifestants ont de leur côté lancé des engins incendiaires sur le bâtiment abritant dans le centre d'Athènes le ministère de la Justice.

Nouvelles coupes budgétaires

Les heurts se sont produits au moment où le premier ministre Georges Papandréou, en butte à une révolte ouverte au sein de son camp socialiste et au refus de l'opposition conservatrice de soutenir les nouvelles réductions, s'entretenait avec le président Karolos Papoulias de la grave crise de la dette qui frappe le pays. L'agence Standard & Poor's jours a de nouveau dégradé la note de la dette souveraine de la Grèce lundi soir.

Effort national

"Un effort national est requis. Parce que nous sommes à un moment historiquement crucial et à un moment de décisions cruciales", a déclaré M. Papandréou au chef d'Etat, ajoutant demeurer en contact avec les dirigeants de l'opposition pour obtenir leur soutien en faveur des nouvelles réductions. "Mais d'un autre côté, chacun doit assumer ses responsabilités", a jugé le Premier ministre. "En tout cas, nous irons de l'avant" et prendrons les "décisions nécessaires" pour sortir le pays de la crise. Ses propos, rapportés par ses services, ont apaisé les craintes d'une possible annonce d'élections anticipées.

Dans le cadre d'une grève générale de 24 heures, une grande partie du centre de la capitale grecque était fermée à la circulation et aux passants. Le dispositif de sécurité était destiné à permettre aux députés d'accéder en voiture au Parlement. Quelque 5.000 policiers, dont des centaines d'agents anti-émeute, étaient mobilisés. Des bus étaient stationnés et des barrières érigées pour empêcher les protestataires d'encercler le bâtiment. La situation s'est tendue près d'une entrée du Parlement quand des manifestants ont essayé de renverser les barrières et jeté des bouteilles en plastique en direction des policiers anti-émeute, qui ont riposté.

Trois banques françaises dans le collimateur de Moody's en raison de leur exposition à la Grèce

Moody's envisage d'abaisser la note des banques françaises BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole du fait de leur exposition à la Grèce, dont la même agence d'évaluation financière a baissé la note début juin, selon une série de communiqués publiés mercredi 15 juin.

L'évaluation des trois établissements français aura pour objet principal leur exposition à la dette de l'Etat grec et à celle du secteur privé. N'écartant plus un défaut de paiement d'Athènes, Moody's mesurera notamment "l'incohérence potentielle qui pourrait exister entre un défaut ou une restructuration [de la dette grecque] et les notes actuelles" des établissements français.

Moody's précise que l'examen ne devrait pas entraîner d'abaissement de notation de plus d'un cran dans le cas de BNP Paribas et du Crédit agricole. La note à long terme du Crédit agricole est actuellement de Aa1, la deuxième plus élevée dans la hiérarchie de Moody's, tandis que celle de BNP Paribas est de Aa2, un cran en dessous.
Par contre, pour la Société générale, la dégradation pourrait atteindre deux crans, dans la mesure où l'examen inclura également une réévaluation du soutien dit "systémique", c'est-à-dire l'aide que pourraient fournir les pouvoirs publics en cas de crise grave. Actuellement, l'apport de ce soutien potentiel à la note de la Société générale est plus élevé que pour les autres banques françaises, souligne l'agence.
EXPOSITIONS DIFFÉRENTES
Moody's rappelle que l'exposition à la Grèce n'est pas de même nature pour les trois banques. Dans le cas du Crédit agricole, elle tient avant tout à sa filiale Emporiki et concerne donc pour l'essentiel des créances privées. L'agence considère que l'effet "secondaire" d'un défaut de l'Etat grec pourrait être "significatif" pour la banque, du fait de cette exposition à l'économie locale.
Pour BNP Paribas et la Société générale, en revanche, c'est avant tout le portefeuille de titres d'Etat qui est concerné. Il atteignait, fin mars, 2,5 milliards d'euros pour la Société générale et 5 milliards d'euros pour BNP Paribas. Il n'était que de 600 millions d'euros pour le Crédit agricole.
Par ailleurs, la Société générale possède également une filiale en Grèce, Geniki, mais avec un portefeuille de prêts au secteur privé nettement plus restreint que celui d'Emporiki, à 3,4 milliards d'euros contre 21,1 milliards d'euros, rappelle Moody's.
L'agence précise que, lors de son évaluation, elle prendra également en compte le profil financier "solide" des établissements français, l'effet de taille et la diversité de leurs sources de revenus.
Moody's a abaissé de trois crans la note de la Grèce début juin, de B1 à Caa1, et a indiqué qu'elle envisageait de l'abaisser de nouveau, citant une "augmentation du risque que la Grèce ne puisse stabiliser son endettement sans une restructuration de sa dette".
PARIS MINIMISE
Sur France Info, Laurent Wauquiez, ministre des affaires européennes français, a cherché à minimiser les risques liés à l'intention de Moody's d'abaisser la note des trois établissements bancaires du fait de leur exposition à la Grèce. "Les banques françaises ont des expositions qui sont en Grèce, liées à l'économie grecque, elles sont parfaitement publiques, donc il n'y a absolument rien qui est caché et par ailleurs le secteur bancaire français est moins exposé par exemple que le secteur bancaire allemand", a-t-il affirmé. Selon des chiffres publiés le 6 juin par la Banque des règlements internationaux (BRI), les banques allemandes détenaient fin 2010 un total de 22,6 milliards de dollars (15,3 milliards d'euros) de dette publique grecque, contre 15 milliards de dollars (10,5 milliards d'euros) pour les banques françaises. "Je crois que sur tous ces sujets, il faut du calme, de la sérénité", a dit M. Wauquiez.
DIFFICILES NÉGOCIATIONS AUTOUR DU PLAN D'AIDE
La zone euro peine à boucler un nouveau plan d'aide financière indispensable à la Grèce en raison de divergences sur l'effort à demander aux banques créancières du pays, menacé de banqueroute à en croire les agences de notation.
Les ministres des finances de la zone euro se sont de nouveau réunis mardi, mais les négociations achoppent sur la question de la participation des créanciers privés. Ils doivent  se retrouver dimanche à Luxembourg, un jour plus tôt qu'initialement prévu, et poursuivront leurs discussions le lendemain.
Pour la Grèce et la zone euro, le temps presse. L'enjeu des discussions est de trouver d'ici à la fin du mois un moyen d'éviter la faillite à la Grèce, toujours incapable d'emprunter elle-même sur les marchés pour financer son déficit, sans que les modalités de cette aide n'équivalent à un défaut de paiement pour Athènes.
L'Allemagne exige qu'une nouvelle aide s'accompagne d'une "participation du secteur privé", à savoir les banques, assureurs et autres fonds détenteurs de dette grecque. Berlin a réussi à imposer l'idée à ses partenaires européens, mais la manière d'y parvenir continue de les diviser.

Grèce : Les "indignés" dans la rue

Les administrations et les transports maritimes et urbains étaient sérieusement perturbés mercredi en Grèce, jour de grève générale à l'appel des principales centrales du pays, tandis que des manifestations massives se préparaient à Athènes et dans d'autres villes.

Des centaines de manifestants appartenant au mouvement de protestation populaire des « indignés », affluaient tôt mercredi matin sur la place centrale de Syntagma devant le parlement, submergée par des drapeaux grecs ou espagnols ainsi que des banderoles, dont plusieurs indiquaient « No pasaran » (« ils ne passeront pas », en espagnol), « Résistez ». Campant sur la place Syntagma depuis trois semaines, les indignés grecs ont prévu de former une chaîne humaine et d'encercler le parlement, où doit commencer mercredi l'examen du projet de loi budgétaire comprenant un nouveau volet d'austérité d'ici à 2015, dicté par les créanciers du pays, Union européenne et Fonds monétaire international.

Le Parlement en état de siège

Mercredi matin, la police a placé une barre de fer en travers de la rue, devant l'entrée du parlement, des dizaines de fourgons policiers sont stationnés devant l'entrée du bâtiment afin de permettre l'accès aux députés et d'empêcher la foule de s'en approcher. Plusieurs artères autour du parlement étaient fermées à la circulation et aux piétons. Les rassemblements à l'appel des syndicats devraient commencer en fin de matinée. La tension sociale ne cesse de monter en Grèce ces derniers jours, des manifestants s'en sont récemment pris à des députés et des membres du gouvernement socialiste dénonçant « la nouvelle rigueur », qui devrait être imposée au pays selon le projet budgétaire à moyen terme 2012-2015 destiné à tenter d'obtenir une nouvelle aide financière de l'Europe et du FMI. La Grèce a déjà subi en 2010, une première vague d'austérité - qui a alimenté la récession - en échange d'un premier prêt de 110 milliards d'euros débloqué en mai l'an dernier par la zone euro et le FMI pour que la Grèce, incapable de se refinancer elle-même sur les marchés financiers, puisse éviter la faillite, et que la cohésion de la zone euro soit maintenue.

« Tout pour tout le monde »

Selon le gouvernement, le vote par le Parlement de ce projet de loi est la condition pour le versement de la cinquième tranche de ce premier prêt, dont 53 milliards au total ont été versés à ce jour par UE et FMI.
Au moment où le pays ne pourra pas accéder au marché en 2012 comme prévu initialement, la zone euro s'est de nouveau penchée mardi sur la Grèce pour discuter d'un nouveau plan d'aide financière. Mais les discussions peinent à aboutir en raison de divergences sur l'effort à demander aux banques créancières du pays, menacé de banqueroute selon les agences de notation. Dans la rue mercredi, les slogans et banderoles pariaient sur un vaste soulèvement populaire, certains collectant des signatures pour un référendum sur le plan d'austérité. « Para todos todo » (« tout pour tout le monde ») était inscrit en espagnol sur une banderole devant le Parlement. Sur d'autres, on lisait « Le parlement doit devenir leur prison », « Non à la gouvernance mondiale », « Voleurs, prenez vos bagages et quittez le pays »« C'est à nous de parler maintenant ». En sifflant et en applaudissant, certains portant des drapeaux grecs, les manifestants appelaient les forces anti-émeutes « à jeter leurs boucliers et à rejoindre la foule ».

Pourquoi la Grèce va entrainer l’euro dans sa chute

Standard & Poor's vient une fois encore de s’en prendre à l’économie grecque, qui affiche désormais la note la plus basse du monde. Si l’on tient compte de l’histoire de la Grèce, connue pour son dysfonctionnement politique et économique, les seize autres pays de la zone euro sont eux aussi en danger, estime l'Irish Times. 

Encore un peu, et la Grèce ne sera plus qu’un Etat en déshérence. Sa société manque de cohésion, elle est profondément divisée. Son économie est en état de choc. Et à en juger par l’histoire du pays, nous sommes à l’aube de très graves ennuis. Il y a plus d’un an, quand la troïka des institutions qui supervisent aujourd’hui le renflouement de l’Irlande a débarqué à Athènes, d’aucuns espéraient que le pays le plus mal gouverné de l’Europe développée pourrait être ramené dans le droit chemin.
La Grèce venait de se doter d’un nouveau gouvernement, dont les plus hauts responsables avaient l’air de vouloir vraiment mettre en place des réformes radicales. Nombre de Grecs, surtout les jeunes et les cadres, conscients du degré de dysfonctionnement de leur pays, étaient en faveur d’une rupture. Beaucoup disaient que cette crise était synonyme de chance.

La Grèce en défaut de paiement une année sur deux depuis 1820

Ce discours-là a vécu. Aujourd’hui, la crise n’est plus synonyme que de menaces et de risques. Ce qui, sous bien des aspects, n’a rien de surprenant. Le dysfonctionnement chronique de l’Etat hellène est établi depuis longtemps. Depuis l’indépendance, il y a presque deux cents ans, la Grèce a connu la guerre civile, des soulèvements, des déplacements massifs de population, des dictatures et le terrorisme.
Rien ne reflète mieux l’échec de l’Etat que la question qui a propulsé le pays sous les feux de l’actualité internationale depuis dix-huit mois : le chaos budgétaire. D’après une étude menée par les historiens de l’économie Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, l’Etat grec s’est trouvé en défaut de paiement près d’une année sur deux depuis sa fondation dans les années 1820. Se débattant sous le fardeau d’une dette publique qui est la deuxième du monde, il semble sur le point de renouer avec cette tradition.
L’incapacité de l’Etat grec à préserver sa solvabilité s’explique en partie par l’histoire. Ayant passé des siècles en tant que province dominée par l’empire ottoman, la Grèce a été coupée des changements progressifs qu’ont vécus la politique et la société en Europe occidentale. Une des conséquences en a été une société civile faible et une tradition limitée dans le domaine de l’indépendance des institutions. En Grèce, les détenteurs du pouvoir politique en usent avec un degré d’absolutisme inhabituel dans le reste de l’Europe démocratique.
Le fait que la Grèce ait joué le rôle de catalyseur dans la crise de la dette souveraine en Europe en est l’exemple le plus pertinent. Dans les pays où l’exercice du pouvoir se heurte à des limites, les statisticiens travaillent indépendamment sur leurs chiffres. En Grèce, au cours des dix dernières années, le gouvernement a obligé l’institut national des statistiques à communiquer des chiffres monstrueusement trafiqués, plaçant à sa tête des hommes de son choix pour veiller à ce qu’il en aille ainsi.
C’est à l’issue d’un changement de gouvernement que l’on a pris toute la mesure de la fraude, à la fin de 2009. Pendant les premiers mois de 2010, le marché obligataire a peu à peu compris que l’Etat grec était ruiné. Et depuis, le monde subit les conséquences de la crise de la dette souveraine de la zone euro.
Les dimensions de l’économie noire grecque sont le reflet non seulement de la faiblesse de l’Etat, incapable d’imposer la loi équitablement, mais aussi du manque de solidarité de sa société. Une étude réalisée par l’économiste allemand Friedrich Schneider montre qu’en 2010, l’économie parallèle de la Grèce représentait un quart de l’économie officielle. La Grèce, sur ce plan, arrivait en tête du classement des 21 pays développés pris en compte dans cette étude.
La corruption généralisée de la vie publique est un autre facteur expliquant la faillite de l’Etat grec. D’après l’ONG Transparency International, la Grèce était l’Etat le plus corrompu des pays européens développés en 2009 et son indice de perception de la corruption la situait au 57e rang mondial (l’Irlande était 16e).
Une fois entrée dans les mœurs, la corruption est une habitude très difficile à combattre. Elle a notamment pour effet de polariser la société. Ce n’est pourtant pas comme si la société grecque n’en avait pas souffert. Soumis à une dictature militaire jusqu’en 1974, les Grecs ont subi toutes les formes d’injustices associées à ce type de régime, des arrestations arbitraires à la torture en passant par les exécutions sommaires.

0,5 du PIB annuel grec consacré à la recherche

Tout cela après une guerre civile qui coûta la vie à près de 50 000 personnes au cours de la deuxième moitié des années 40. La Grèce reste la société la plus militarisée d’Europe et affiche toujours les dépenses de défense les plus importantes du continent. Les violences de rue sont monnaie courante et le pays abrite toujours une nébuleuse de cellules terroristes, même si celles-ci sont moins actives depuis quelques années. Si la situation économique continue de se dégrader, certains milieux pourraient se radicaliser et en désespoir de cause se tourner vers la violence extrémiste.
Il existe un risque de détérioration important. Les contraintes sociales et la corruption généralisée ne sont pas en elles-mêmes des facteurs de faiblesse économique – il suffit de regarder l’exemple de l’Inde et de la Chine – mais elles n’arrangent rien. Malheureusement pour la Grèce, même si ces deux problèmes disparaissaient du jour au lendemain, il est peu probable que cela suffise à enrayer son déclin économique.
La Grèce exporte tellement peu qu’elle constitue l’économie la plus fermée des 27 pays membres de l’UE. Un petit pays de tout juste 10 millions d’habitants ne peut pas s’enrichir sans exportation.
Aucun pays ne peut s’enrichir sans innovation. L’un des meilleurs indicateurs de la capacité d’un pays à innover se trouve dans le montant des dépenses de recherche et développement. En Grèce, l’Etat et les entreprises consacrent 0,5 % du PIB annuel à la recherche, soit moins d’un tiers de la moyenne européenne. Parmi les 15 membres historiques de l’UE, la Grèce a toujours affiché le budget de recherche le plus faible.
La situation de la Grèce ne pousse guère à l’optimisme. L’économie, le système politique et la société sont en panne. Ce n’est pas seulement une mauvaise nouvelle pour les Grecs mais aussi pour leurs 16 partenaires de la zone euro. Si la Grèce s’effondre, elle pourrait bien entraîner la monnaie unique dans sa chute.


Vu d'Athènes

Le rééchelonnement ou la menace d'un suicide

Le débat fait rage sur la place de la Constitution où, depuis deux semaines, les "indignés" d’Athènes se rassemblent par milliers le soir pour manifester leur colère face à la situation économique et sociale du pays. Parmi eux, Yannis Varoufakis, professeur d'économie à l'Université d'Athènes, a envoyé une lettre au Premier ministre Georges Papandréou, rapporte dans To Vima  Pantelis Kapsis, l'un des éditorialistes les plus influents du pays. Le professeur invite Papandréou à descendre sur la place pour "annoncer aux manifestants que l’heure est venue de redresser la tête et de voir les choses en face : nous ne recevrons plus un sou de l’Europe si nous n’appliquons pas les mesures qu’elle impose."
Mais pour Kapsis, quand bien même le Premier ministre parviendrait ainsi à convaincre ses concitoyens du bien-fondé de l'austérité et des privatisations massives réclamées, "de toutes les façons, nous feront défaut – car il nous sera impossible de faire un nouveau prêt et de rembourser notre dette". "Le professeur Varoufakis n’est pas fou", poursuit l'éditorialiste. "Il sait aussi que l’Europe ne veut pas de la faillite grecque, d’où la nécessité de la réouverture du débat sur les eurobonds [titres européens de la dette]. Mais on sait que certains veulent écarter la Grèce de l’euro. Le rééchelonnement n’est qu’une pommade. C’est comme menacer de nous suicider…reste à savoir si cela va arriver .


Le Soleil devrait connaître une longue période inhabituelle d'hibernation

Le Soleil devrait connaître une longue période inhabituelle de très faible activité, selon trois recherches dévoilées mardi aux Etats-Unis, ce qui pourrait affecter le climat terrestre.
Des astronomes américains ont observé une diminution des taches solaires et un ralentissement de l'activité près des pôles, des signes que le Soleil s'achemine vers une période prolongée de calme plat.
Alors que le cycle actuel du Soleil, le 24e débuté en 2008, commence à accélérer son activité vers un maximum qui se mesure en nombre de taches, des recherches sur l'activité intérieure de l'astre, de sa surface visible et de sa couronne laissent penser que le prochain cycle pourrait être très calme voire inexistant, selon des scientifiques du "National Solar Observatory" (NSO) et de l'"Air Force Research Laboratory".
"Si nous ne nous sommes pas trompés, le cycle actuel pourrait être le dernier d'activité solaire maximum que nous verrons avant plusieurs décennies", souligne Frank Hill, directeur adjoint du NSO, en commentant les résultats de ces recherches. Il est le principal auteur de l'une d'elles.
Qualifiant ce phénomène de "très inhabituel et d'inattendu", l'astronome a estimé que cela "affecterait un grand nombre de choses, de l'exploration spatiale au climat terrestre".
Ainsi, dans le passé, une faible activité magnétique solaire prolongée a coïncidé avec des glaciations sur notre planète. Pendant ces périodes, l'atmosophère terrestre se refroidit et se contracte et les tempêtes magnétiques près des pôles (aurores boréales), des phénomènes qui peuvent perturber les systèmes de communication terrestres, se raréfient.
"Le fait que trois observations totalement différentes du Soleil pointent dans la même direction est une solide indication que le cycle des taches solaires pourrait s'acheminer vers une hibernation", ajoute Frank Hill.

Une hibernation qui ne compensera pas le réchauffement lié aux émissions de CO2

Le nombre de taches solaires s'accroît et retombe tous les onze ans environ (durée d'un cycle), ce qui correspond à la moitié de la période à la fin de laquelle les pôles magnétiques s'inversent.
La première question est celle de savoir si ce ralentissement de l'activité solaire présage d'un second "Minimum de Maunder", une période de 70 ans de 1645 à 1715 sans aucune tache solaire et durant laquelle l'Europe a connu un petit âge glaciaire.
Matt Penn et William Livingston de l'Université Cornell (New York) ont constaté une tendance à long terme d'affaiblissement des taches solaires et prédit que les éruptions dans le champ magnétique du Soleil lors du prochain cycle seront si faibles que très peu de taches se formeront, voire aucune.
Ces taches résultent d'éruption de flux magnétiques provenant de l'intérieur du Soleil et qui empêchent des gaz moins chauds en surface d'y retourner.
Pour qu'une tache se forme, le champ magnétique solaire doit avoir une force minimum de 1.500 gauss (unité de mesure électromagnétique). Or, selon ces chercheurs, la force moyenne du champ magnétique solaire a diminué de 50 gauss par an depuis treize ans et va tomber au-dessous de ce minimum.
Mais selon Georg Feulner du Potsdam Institute en Allemagne, une forte réduction de l'activité solaire ne compensera pas le réchauffement lié aux émissions de CO2 résultant des activités humaines.
Il a calculé dans une récente étude qu'une période similaire au "Minimum de Maunder" ferait baisser les températures de 0,3 degré Celsius, or la hausse attendue d'ici la fin du siècle par le groupe intergouvernemental d'experts de l'ONU sur le climat (Giec) est de 3,7 à 4,5 degrés.

La lente sortie du berlusconisme


Des désertions dans son propre camp. Des défaites cuisantes comme celle subie à Milan il y a deux semaines. Un désaveu cinglant et personnel, infligé par 57 % des électeurs lors du référendum de ce week-end... La parabole politique de Silvio Berlusconi a, depuis un an, amplement amorcé sa phase descendante. Reste à écrire sa sortie de scène. Le morceau le plus difficile de la pièce tragi-comique dont il tient le premier rôle.

La réponse des Italiens aux questions référendaires qui leur étaient posées dimanche marque probablement un tournant. Non seulement l'invitation faite par le Cavaliere à déserter les urnes n'a pas été suivie, mais les résultats parlent clair. 95 % et plus des votants ont dit non au nucléaire, contrairement aux désirs du gouvernement. Non à l'ouverture au privé de la gestion des ressources hydriques, contrairement aux projets de privatisation caressés par l'exécutif.

Enfin, et c'est politiquement le plus significatif, vingt-six millions d'Italiens ont demandé l'abrogation d'une des lois faites sur mesure par les avocats-parlementaires de Berlusconi pour renforcer son immunité face aux innombrables procédures judiciaires en cours. L'électorat de gauche ne suffit pas à expliquer ce chiffre. C'est bien un désaveu de ses propres électeurs que Berlusconi doit encaisser. Les scores sans appel enregistrés en Vénétie ou en Lombardie en témoignent.

Plébiscite renversé, ce référendum traduit une envie de participation de la société italienne que l'on disait un peu trop vite lobotomisée par les paillettes du berlusconisme. Le rejet du nucléaire n'est pas nouveau dans la Péninsule, mais il est redit avec une vigueur qui pourrait, après les choix de l'Allemagne, contribuer à relancer le débat en Europe.

En outre, dans un pays fortement individualiste, la demande de service public que dénote le vote sur l'eau est, elle aussi, indicative d'un besoin de changement profond. Enfin, la mobilisation des promoteurs de ce référendum et surtout des jeunes, sur Internet, marque une évolution notable dans la communication politique. Le savant boycottage de cette initiative par les responsables de la télévision publique (et aussi évidemment des chaînes dont Berlusconi est le propriétaire) a été sans effet. La télécommande du pouvoir était sans pile. Le « grand communiquant » dépassé.

Tous ces éléments donnent à réfléchir aux représentants de la Ligue du Nord, soutien vital pour Berlusconi. Ce parti protestataire a fait de son ancrage sur le territoire (du Nord en l'occurrence) sa raison d'être et de durer. Or sa base est en colère. Dans une économie déprimée, les exportateurs lombards ou vénitiens sont las de l'image de l'Italie colportée par le bunga-bunga. Beaucoup d'analystes considèrent la rupture avec la Ligue, tôt ou tard, inévitable. On sera peut-être fixé rapidement, puisqu'un vote de confiance délicat est prévu la semaine prochaine.

Reste la difficulté de faire des prévisions avec Berlusconi. Sa longévité ne tient plus uniquement à l'absence d'alternative crédible à gauche, ou au retour sur investissement que sa conception du fisc garantit à ses électeurs. Elle tient pour beaucoup aux dimensions hors norme de son pouvoir économique, médiatique, politique. Il a tellement occupé l'espace public depuis vingt ans, que sa sortie en est devenue complexe. Comme une armoire encombrante. Très encombrante même. Surtout pour ses alliés. Il vient de perdre plusieurs batailles, mais le bouquet final n'est pas encore écrit.