lundi 3 février 2014
François Hollande, comme Pinocchio…
Dans la plupart des grandes démocraties du monde, la chose qu’on pardonne le moins aux gouvernants est le mensonge.
Les cireurs de pompes présidentielles dans les médias célèbrent les nerfs froids d’un président qui a mis fin à cet insupportable relent monarchique qu’était la Première dame de France. C’est tout juste s’ils ne le féliciteraient pas pour cette décision historique et républicaine. La plupart des gens de bon sens, et même des journaleux de gauche, si le locataire de l’Élysée et de la Lanterne était « de droite », verraient davantage dans ce lamentable vaudeville une goujaterie phallocrate et un manquement dramatique à la dignité d’une fonction aussi essentielle au pays et à son image. Les mauvais esprits pourraient même estimer que l’installation officielle d’une favorite tandis qu’une autre était déjà en réserve rappelait au contraire la monarchie, côté boudoir.
D’ailleurs, lorsqu’on impose le « mariage pour tous » et qu’on s’en exonère soi-même pour donner libre cours à ses élans (on va dire sentimentaux), c’est qu’on a tendance à s’octroyer quelques privilèges. Enfin, il y a quand même quelque chose de royal, si j’ose dire, dans le comportement présidentiel. C’est le roi des menteurs. Après Ségolène et les quatre enfants issus du couple, il n’a pas craint de parler de Valérie comme de la femme de sa vie. Quelle formule élégante à l’adresse de la mère de ses enfants qui venait, logiquement, de le mettre à la porte !
Le fait important se situe dans l’aveu présidentiel. Dans les cafés du commerce, il est coutumier de dire que les politiques sont tous des menteurs. Ceux qui le disent souhaitent toutefois que ce ne soit pas absolument vrai, et que ce soit même faux pour l’élu qu’ils connaissent et auquel ils apportent leurs suffrages. Dans le cas de M. Hollande s’applique la formule « Il ment comme il respire ». Le mensonge est chez lui structurel, et il l’a même institutionnalisé. Qu’il n’ait aucun principe est aujourd’hui une évidence. Il a d’ailleurs exactement le même comportement dans sa vie privée et dans sa vie publique : mensonge et mépris pour ceux ou celles qui lui ont fait confiance.
Ce qu’il a fait à la Première dame est assez semblable à ce qu’il a fait au peuple français. Il a été élu contre une politique dont il niait la nécessité et pour établir plus de justice sociale au profit du plus grand nombre. Rattrapé par une crise dont il négligeait la réalité, il est contraint de faire de manière compliquée et un peu dissimulée ce qu’il prétendait condamnable : allonger la durée de cotisation, faciliter les licenciements, baisser les charges, sans autre contrepartie que le recul de la politique familiale. Il voulait inverser la courbe du chômage. Il l’a stabilisée à grands renforts d’emplois subventionnés et de radiations.
Dans la plupart des grandes démocraties du monde, la chose qu’on pardonne le moins aux gouvernants est le mensonge. Un président américain n’y aurait pas survécu. Et c’est bien légitime, car le moteur de la démocratie est la confiance. Lincoln disait : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps, ou tromper tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps. » C’est pourtant ce que tente M. Hollande, et c’est la raison pour laquelle, favorite ou pas, nous sommes bel et bien en monarchie puisque nous subissons le roi des menteurs.
Hystérie politico-médiatique ? Le camp des petits saints…
À quelles lois scélérates, à quelle répression policière et judiciaire veut-on nous préparer ?
La droite, la gauche… Deux sensibilités, deux partis, deux France qui structurent notre histoire depuis près de deux cents ans et dont l’alternance au pouvoir est comme la pulsation de notre vie politique. Même si la tonalité en est pacifique, même si elle se situe sur un plan avant tout moral, même s’il s’agit moins de chercher de nouveaux poux à Hollande que de défendre une conception traditionnelle de la famille, même si les réponses que donne la société à des questions de conscience ne recoupent pas exactement la frontière entre les deux camps, il n’est pas douteux que les organisateurs, les participants et les slogans de la Manif pour tous se situent plutôt à droite, et que voir la droite descendre dans la rue – ce qui lui est moins habituel et moins familier qu’à la gauche – éveille l’étonnement, l’agacement et finalement l’inquiétude de celle-ci.
De là à susciter le déferlement d’analyses alarmistes, de titres provocateurs, de propos outranciers et de mises en garde solennelles que l’on pouvait relever hier matin, avant même que le premier manifestant se soit manifesté entre l’École militaire et la place Denfert-Rochereau, il y a un pas qu’ont franchi gouvernement et médias avec une allégresse et un ensemble qui donnaient l’impression très nette d’une manœuvre concertée.
Chargé du maintien de l’ordre public et de la paix sociale, ce dont ses comportements récents permettent de douter, le ministre de l’Intérieur (et des Cultes) s’est exprimé dans l’interview qu’il a accordée au Journal du Dimanchedans des termes que n’aurait pas désavoués, ces derniers jours, son homologue ukrainien. Au trébuchet de quelle balance, et avec quelles arrière-pensées M. Manuel Valls a-t-il pesé des mots qui ne sont pas dignes de ses responsabilités ? À en croire le lointain successeur de Georges Clemenceau, « la République reste fragile… Des forces sombres se sont mises à prospérer… Le point commun avec les années trente, c’est cet antirépublicanisme et la détestation violente dans les mots comme dans les actes de nos valeurs et de nos principes. Derrière tout cela, c’est la France qui est visée dans son idéal… Nous assistons à une union des extrêmes. C’est du jamais vu en France (sic)…J’appelle tous les républicains à réagir… La démonstration est faite une bonne fois pour toutes que le FN (qui ne s’est guère associé à la Manif pour tous et moins encore à Jour de colère, NDLR) est une formation d’extrême droite qui n’est pas sortie d’une idéologie nauséabonde… »
Le Monde daté dimanche-lundi faisait chorus en titrant sur cinq colonnes à la une sur « Le réveil de la France réactionnaire ». Le Parisien-Dimanche, pas en reste, faisait sa manchette sur « La France crispée » et évoquait l’émeute factieuse du 6 février 1934. France Inter, sans surprise, confirmait une fois de plus que, pour être radio de service public, on n’en est pas moins radio de parti pris, et donnait la parole à une historienne selon qui les manifestations « de droite » véhiculent la haine et l’appel au meurtre, comme chacun a pu le constater le 30 mai 1968, le 24 juin 1984 ou le 24 mai 2013. « Un papa, une maman » et les petits drapeaux bleus et roses rappellent à cette dame les défilés des Ligues et les parades de Nuremberg.
Bref, d’un côté, on l’a compris, il y a les forces du Bien, du Progrès, des Lumières, le camp des Petits saints. De l’autre, la Bêtise au front de taureau, la Réaction, le Mal et, bien sûr – coucou la revoilà –, la Bête immonde.
À quelles lois scélérates, à quelle répression policière et judiciaire veut-on nous préparer ? Et si ce n’est pas le cas, n’y aurait-il pas là au moins quelque excès ?
dimanche 2 février 2014
L'étude qui montre que devenir riche rend salaud (et que c'est notamment à cause des pauvres)
D'après un chercheur américain en psychologie sociale, plus une personne s'enrichit, moins elle aura tendance à faire preuve de compassion et d'empathie.
"A mesure que la richesse des personnes augmente, on constate qu'elles ont tendance à faire de moins en moins preuve de compassion et d'empathie. A l'inverse, elles se préoccupent beaucoup plus de leur bon droit, de leurs mérites et de leur propres intérêts", a déclaré Paul Piff, chercheur en psychologie sociale à l'université de Berkeley, lors de l'édition 2013 de la conférence Tedx. Le fait de s'enrichir rend-il effectivement plus narcissique et individualiste ? Que constate-t-on vraiment ?
Therry Gallois : S’enrichir apporte davantage de pouvoir et/ou de puissance. L’argent permet aussi de renvoyer aux autres une image de soi-même qui est valorisée : on affiche sa valeur au travers des possessions. Et plus on s'enrichit, plus on a peur de « retomber ». On nourrit une angoisse plus ou moins consciente de la ruine, qui va avoir pour conséquence l’individualisation et l’oubli des personnes autour de soi. Lorsque la richesse est forte et rapide, surtout, le mouvement ascensionnel est tel que la peur de redescendre est encore plus intense.
Des éléments de personnalité s’ajoutent à cela, qui peuvent atténuer ou amplifier le phénomène. Si la valeur de solidarité n’est pas ancrée dans l’éducation de la personne, la dérive égocentrique est bien plus marquée.
Paul Piff a mené plusieurs expériences qui lui ont permis de constater des changements d'attitude chez les individus dès que leur situation s'améliore d'une manière ou d'une autre : arrogance, esprit de compétition, baisse du niveau de solidarité... Comment expliquer que ces réflexes participent d’une volonté de se protéger ?
La peur de la ruine est plus ou moins consciente. Les sujets qui partent de niveaux bas ou moyens et qui construisent une richesse par quelque moyen que ce soit sont les premiers concernés. Le réflexe est de protéger la situation nouvelle à tout prix.
Cela signifie-t-il que l'empathie, la solidarité et l'humilité dont une personne à faibles revenus pourrait faire preuve ne sont qu'une façade ? Sommes-nous tous des égoïstes en puissance qui n'attendent que la hausse de leur niveau de vie pour se révéler ?
Ne soyons pas aussi extrêmes. Notre personnalité joue, ainsi que l’éducation de chacun. Le monde dans lequel nous avons été élevés nous influence énormément. On peut chercher à s’enrichir beaucoup sans pour autant oublier les autres.
Notons que les mentalités américaine et française sont très différentes par rapport à l’argent et la réussite. Chez nous, l’argent a un effet de culpabilisation évident. Chez les anglo-saxon au contraire la réussite et l’argent sont valorisés, puisqu’ils sont censés favoriser le partage : les dons sont beaucoup plus courant là-bas. Il serait d’ailleurs intéressant de mener des études comparatives plus poussées.
Quelle est la responsabilité de l'entourage ? Ce dernier, par ses attentes, peut-il pousser celui qui a réussi à se retrancher du monde ?
La notion de justice est très présente notre monde occidental. Lorsqu’on voit des fortunes construites rapidement, grâce à un héritage ou à l’euro-million par exemple, la bienveillance laisse vite place à l’envie : pourquoi lui et pas moi ? Cela est très présent dans nos mentalités, ce qui peut déclencher une position de retrait chez le possédant, soit parce qu’il se protège, soit parce qu’il se sent rejeté. Certains gagnants du loto ont été jusqu’à dilapider leur richesse pour revenir à leur situation d’avant. L’argent génère toujours attirance et répulsion, nous n’avons pas beaucoup évolué sur ce point.
De tels comportements narcissiques sont-ils plus courants aujourd'hui qu'avant ? Pourquoi ?
Notre rapport à l’argent est en train d’évoluer, car nous en parlons beaucoup plus qu’avant. La notion de réussite est de plus en plus mise en avant, et est même vécue par certains jeunes comme un objectif. Le revirement s’est effectué dans les années 1980.
Cela veut-il également dire qu'une plus grande exigence morale et éthique pèse sur les riches pour éviter qu'ils ne cèdent au narcissisme et au mépris de classe ? Comment se prémunir contre cette dérive ?
Si on prend l’exemple de quelqu’un comme Bill Gates, on peut supposer que son évolution s’est faite par étapes. Il a dû passer par un moment de protection à l’égard du monde, puis son sentiment de sécurité lié à sa fortune qui est considérable, mêlé à sa culture du don à l’américaine, l’a poussé à se poser des questions et à revenir à une position d’empathie. Intérieurement, il a beaucoup « voyagé », il est au-delà de toutes les peurs inhérentes à la richesse.
La France, l'investissement, et le biais de narration
Les trois Christs d'Ypsilanti
Un beau matin, à la fin des années 50, trois hommes se rencontrèrent pour la première fois dans l'hôpital national d'Ypsilanti, . Ils commençaient une expérience étrange, qui ne devait jamais être recommencée plus tard, sous la supervision du psychologue Milton Rokeach, qui allait durer deux ans et les conduire, chaque jour, dans cette même pièce pour y discuter. Ils n'avaient pas grand chose en commun, à part une caractéristique :chacun d'entre eux se prenait pour la réincarnation de Jésus-Christ.
L'objectif du psychologue, en les faisant se rencontrer chaque jour, et confronter leurs histoires, était de les guérir. La bible précise qu'il n'y a qu'un seul fils de Dieu. Si réellement chacun d'eux se prenait pour le Christ, ils allaient subir un choc; en constatant que les histoires des autres étaient les mêmes que la leur, cela les conduirait à remettre leur propre histoire en question. Comment allaient-ils pouvoir préserver leur croyance, Mais pendant deux ans, rien de tel ne s'est passé. Les trois hommes ont conversé, en sont parfois venus aux mains; chacun d'eux a demandé aux deux autres de cesser de s'illusionner et de commencer à le révérer, sans succès. Interrogés sur le fait d'être dans un hôpital psychiatrique, avec deux autres individus partageant le même délire, chacun d'eux aboutissait à la même conclusion : les fous, c'étaient les deux autres. Ils mettaient une ingéniosité particulière à déceler les failles dans le discours des deux autres; mais jamais ils n'ont remis en cause leur propre croyance.
On appelle biais de narration notre tendance à appréhender les faits qui nous entourent comme un récit. Nous préférons recevoir l'information sous forme d'histoire; racontée sous cette forme, l'idée la plus saugrenue nous paraît plus plausible. Les publicités qui racontent une histoire nous semblent bien plus crédibles que les autres; et lorsque notre cerveau a appréhendé la réalité sous forme d'un récit, il nous est très difficile d'en sortir. Un autre biais intervient, le biais de confirmation : lorsque de nouvelles informations nous parviennent, nous sélectionnons et ne retenons que celles qui viennent confirmer le récit d'origine, en excluant automatiquement toutes les autres.
Les trois Christs d'Ypsilanti nous paraissent aberrants parce que leur croyance est pathologique; mais nous partageons les mécanismes mentaux qui les ont conduit, tout au long de l'expérience, à préserver leur certitude. Il faut se méfier des histoires; si elles sont le moyen par lequel notre cerveau rend le monde intelligible, elles nous empêchent aussi de comprendre la réalité - qui ne se plie pas toujours à la structure narrative.
77%
Il y a quelques jours, un chiffre tombait comme un coup de tonnerre : les investissements directs étrangers vers la France ont chuté de 77% en 2013, selon un rapport de la CNUCED. Ce chiffre a donné lieu à toute une série d'articles alarmistes : les étrangers fuient l'économie française, on en a enfin la preuve. Et de s'interroger gravement sur les facteurs qui permettraient de redresser la barre, sur le déclin national qui s'accélère, poussé par la frénésie fiscale du gouvernement actuel.
Il n'y a pas de mal à s'interroger sur l'attractivité de l'économie française et ses facteurs; mais le chiffre de la variation d'une année sur l'autre des Investissements Directs Etrangers est un très mauvais indicateur pour le faire. Le graphique ci-dessus, qui illustre cet article, le montre : ce chiffre est extrêmement volatil. Les IDE vers la France ont baissé de 50% entre 2007 et 2008, pour remonter de 74% entre 2010 et 2011. Un tout petit nombre d'opérations détermine d'énormes fluctuations; par ailleurs, ironiquement, si une entreprise étrangère est très bien implantée en France, elle aura tendance à se financer sur le marché des capitaux national plutôt que de faire appel à sa société-mère, ce qui tendra à réduire les entrées d'IDE. Si vraiment les IDE d'une année sur l'autre étaient significatifs, il faudrait surtout s'interroger pour la Suisse, dont les IDE entrants ont diminué de 98% si l'on en croit le même rapport!
Personne n'a écrit que l'attractivité française s'effondrait en 2008 (-50%); ni que la France avait redoré son blason de manière éclatante en 2011 (+74%). Mais cette année, le chiffre est "inquiétant". Pourquoi?
Parce qu'il s'inscrit dans un récit. Dans ce récit, les capitaux fuient la France, l'homme malade de l'Europe, le pays incapable de se réformer contrairement à tous les autres qui ont fait "le nécessaire". Au lieu de faire des efforts, les français ont préféré voter pour des socialistes qui ne savent que voter des hausses d'impôt et faire fuir les entreprises.
Peu importe que la France ait mieux traversé la crise depuis 2007 que la moyenne européenne. Qu'il y ait, en matière de politique économique, beaucoup plus decontinuité que de différences entre le gouvernement actuel et le précédent, y compris dans les revirements brouillons. Ce qui est d'ailleurs assez compréhensible: dès lors qu'on a décidé d'accepter le même faisceau de contraintes, on limite inéluctablement le champ des possibilités. Le biais de confirmation fera que toute information contradictoire sera négligée, considérée comme non pertinente. 77% de baisse des IDE est un problème pour la France, 98% de baisse une statistique étonnante pour la Suisse. Les efforts du gouvernement pour persuader le monde entier que la France est un pays raisonnable auront le même effet : s'ils ont tellement besoin de se justifier, c'est la preuve qu'il y a un problème!
Les récits changent la réalité
On pourrait croire qu'à notre époque informée, dans laquelle il suffit de quelques minutes pour disposer sur n'importe quel sujet d'une formation considérable, les erreurs ont tendance à disparaître par exposition aux faits. C'est exactement l'inverse qui se produit. Loin d'être un moyen de se confronter à des idées qui pourraient nous faire changer d'avis, la profusion d'information nous permet au contraire de picorer exactement ce qui confirme nos idées préétablies. Les réseaux sociaux, dans lesquels nous choisissons ceux que nous écoutons et avec lesquels nous discutons, servent de caisse de résonance; même la recherche google, dont les résultats sont de plus en plus personnalisés sur la base de notre historique de navigation, organise le biais de confirmation au lieu de nous en préserver. Et la tentation de se référer à une histoire pour aborder un sujet est toujours très forte; l'auteur de ces lignes y a succombé récemment. C'est une erreur : en croyant corriger une idée fausse, on ne fait au bout du compte que la conforter.
Selon les psychologues, il y a un contenu commun à tous les récits qui nous marquent. Le personnage qui a des défauts, est soumis à des épreuves, et soit échoue et en paie les conséquences, ou au contraire parvient à surmonter ses travers pour s'en sortir, est la trame de pratiquement tous les récits célèbres. Lorsque des faits nous sont présentés sous cette forme, il est presque impossible de résister à cette présentation. Mais c'est dangereux.
Peu de choses ont été plus nuisibles, depuis le début de la crise de la zone euro, que lerécit de la crise causée par quelques pays impécunieux qui doivent désormais s'en sortir à force d'épreuve qui les sortira de leurs tares. De la même façon, le récit d'une France fuie par les investisseurs étrangers pousse à des politiques s'imaginant qu'il suffit de quelques carottes fiscales pour résoudre tous les problèmes. Au lieu de traiter les vrais problèmes de l'économie française, on cherche simplement à changer le récit que s'en font les commentateurs; le plus souvent, sans succès.
De la médiocrité du personnel politique actuel
De la médiocrité du personnel politique actuel
Entendons-nous bien. Je parle du personnel politique actuel, actif et présent médiatiquement, dans son ensemble, d’un bout à l’autre de l’échiquier idéologique. J’en exclus quelques rares personnalités qui me paraissent supérieures à la moyenne (exemple: Laurent Wauquiez, Henri Guaino, Nicolas Dupont-Aignan). Les autres me donnent le sentiment d’être privés d’épaisseur comme on dit, de vision de l’avenir, de lucidité, voire d’humanité. Il se présentent comme de purs communicants, à la recherche du bon mot, de la polémique, du slogan qui va faire parler d’eux. Ils n’ont pas beaucoup étudié, ni lu, ni réfléchi, parvenus au sommet grâce à leur réseau familial, clanique, relationnel, et poussés vers le haut par une vanité quasi pathologique, inversement proportionnelle à leurs facultés intellectuelles. Privés d’éthique, de notion de la vérité ou du mensonge, incapables de travailler en profondeur sur l’avenir de la société, les réalités, ils versent dans l’agressivité fébrile, le sectarisme forcené – c’est toujours la
faute des autres – ou bien le politiquement correct absolu, ou encore la fuite en avant dans l’utopie et la provocation. Ils lisent les fiches préparées par leur entourage, hors d’état d’improviser et de penser par eux-mêmes; roués au débats crétins de la télévision où il faut radoter en gueulant pour se sentir vainqueur. Ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’est l’intérêt général, le bien commun, le destin d’une nation. Ils sont dans le calcul à la petite semaine, la tactique, le bon coup. L’idée de ne pas être un jour Calife à la place du Calife, bomber le torse sous les ors du Palais, les indigne, les révulse, leur est insupportable. Et pourquoi pas eux? Hein? Pourquoi? Vous avez compris, je ne les aime pas beaucoup. J’aime trop la politique, l’échange d’idées et l’intérêt général pour supporter ces nouveaux tartarins qui ont envahi la scène politicienne.
samedi 1 février 2014
La grande allusion !
La grande allusion !
Décidément, Nicolas Sarkozy n'en finit pas de semer des petits cailloux sur le chemin de son retour en politique. Au point que la ficelle est de plus en plus grosse. Aujourd'hui, la question n'est plus de savoir s'il se prépare au match revanche de 2017 mais quand il fera l'annonce officielle de sa candidature. Tout le reste relève d'une véritable comédie. Franchement, personne n'avait cru à son retrait définitif de la politique. Sans doute n'y croyait-il pas lui-même. Simplement, il a de plus en plus de mal à refréner son envie de retour. Admettons que la faute ne lui en incombe pas totalement. Nicolas Sarkozy exploite une conjoncture doublement favorable.
Il y a d'abord la déception générée par les mauvais résultats de la politique de François Hollande, et, d'autre part, l'incapacité de l'UMP à dépasser ses querelles de chefs pour définir une doctrine et adopter des positions cohérentes en qualité de principal parti d'opposition. D'où la « stratégie des cartes postales » adoptées par Nicolas Sarkozy. Hier, à l'occasion d'un déplacement en Charente-Maritime, il a franchi un nouveau palier en multipliant, avec force mimiques, les propos allusifs sur « l'autorité » ou le « mensonge ». Pas besoin d'un dessin.
Toute la question est de savoir si, cédant à son tempérament, Nicolas Sarkozy ne va pas trop vite en besogne. Pour un « ex », un retour réussi en politique doit passer par une période de « décompression » et un oubli momentané. Histoire de gommer la saturation de l'opinion, de se corriger, et d'élaborer un nouveau projet.
Manifestement, Sarkozy a moins changé qu'il ne veut bien le dire. Dans sa conception bonapartiste du rapport direct avec le pays, il entend bien se soustraire à cette primaire dévalorisante que le conseil national de l'UMP vient pourtant de doter d'une haute autorité. En vérité, les non-dits de Nicolas Sarkozy installent la vie politique française dans une forme de feuilleton fictionnel incompatible avec les défis du moment. Il serait préférable que Nicolas Sarkozy arrête son « cinéma » et cesse de nous jouer la « grande allusion » !
Le microcosme et les Français
Le microcosme et les Français
Le monde médiatique ne cesse de me sidérer par sa puérilité. Son rapport à l’ancien président de la République est révélateur. Hier, les radios, (même ma préférée, radio-classique), ne bruissaient que d’un événement, une petite phrase de Nicolas Sarkozy prononcée en Charente-maritime "Je n’aime pas les vacances". Ces mots donnaient lieu à mille supputations sur son "retour prochain" en politique. Je me souviens du traitement médiatique haineux,assassin envers sa personne dont il fut l’objet pendant son quinquennat: "voyou", "fou", "dictateur", "inculte", et les amalgames historiques nauséeux. Aujourd’hui, le même monde, fébrile, est aux aguets du moindre signe le plus infime de sa part. Il me fait penser à une meute qui brûle d’impatience dans l’attente que le lièvre sorte enfin de son terrier pour le prendre en chasse… On lui reprochait son ego et son culte de la personnalité. Mais pourtant, c’est le microcosme médiatique, la France d’en haut, comme un bambin en quête de sensations fortes, qui a besoin de lui, d’une figure centrale, d’un maître à haïr et à dénigrer. Sur la scène politique actuelle, les rôles sont bien calés, les personnages convenus, entre un pouvoir discrédité, une opposition démocratique morcelée, une droite protestataire en quête éperdue de respectabilité. Les personnages en sont tous assez fades et prévisibles, sans grand intérêt. Il manque à l’évidence le trublion, le feu follet, celui qui met le feu au poudres. Oui mais la France "d’en bas", celle de Monsieur et Madame Toutlemonde que nous croisons sur le marché du samedi matin, a l’esprit bien ailleurs: les études des enfants, garder son travail, trouver un appartement, finir le mois… De mille conversations, nous savons qu’elle n’a aucun goût pour les sauveurs, ne compte pas sur l’homme providentiel, ne croit plus aux solutions miracles. Elle n’attend pas grand chose du politique, mais au moins qu’il lui parle droit dans les yeux et cesse de la balader.
Désormais, c’est aux actes et aux résultats qu’elle jugera et le cas échéant, retrouvera la confiance. Les petits jeux l’indiffèrent, et le rêve, c’est fini…
François Hollande ne voit pas l'intérêt de le faire avant 2017 mais, oui ou non la France peut-elle s'en sortir sans modifier les traités européens ?
Lors du sommet franco-britannique organisé vendredi, David Cameron a maintenu sa position, appelant à une révision des traités de l'UE d'ici 2017. La France "souhaite que la zone euro puisse être davantage coordonnée, intégrée et s'il y a des modifications de textes, elles ne nous paraissent pas aujourd'hui de l'ordre de l'urgence", a déclaré François Hollande.
Dans les conditions actuelles, en respectant les traités, la France peut-elle sortir de la crise ? Peut-elle s'en sortir sans une relance européenne et un deal franco-allemand ?
Nicolas Goetzmann : La zone euro ne peut que survivre avec les traités actuels, elle ne peut pas vivre ou espérer. La demande de révision des traités est pourtant une aubaine pour François Hollande, il s’agirait pour lui de prendre la balle au bond et d’imposer de réelles réformes de fond. Mais cela suscite d’aller dans le dur, et cela se prépare. Pour cela, il va falloir convaincre l’Allemagne, comme vous le mentionnez, mais le terrain est peut-être favorable. Les récents évènements dans les pays émergents ne sont pas bons pour le modèle actuel de la zone euro, car ce modèle repose sur la demande extérieure. De plus, les statistiques publiées cette semaine, sur la baisse du crédit, la baisse de l’inflation, sont autant de menaces supplémentaires pour l’économie européenne. Pour être clair, ça clignote au rouge de tous les côtés depuis quelques jours et si la BCE ne réagit pas jeudi prochain, la situation peut déraper très vite. Le contexte est tel que l’Allemagne pourrait être prête à négocier. François Hollande dispose d’une « chance » historique, maintenant, de renverser la tournure désastreuse de son quinquennat. Imposer la relance monétaire, avec fermeté.
Alain Fabre : Si vous faites référence aux derniers traités, non seulement au traité de stabilité budgétaire, c'est grâce aux traités que la France peut sortir de la crise. La crise qu'elle connaît aujourd'hui est une crise de compétitivité mais aussi d'une incapacité à maitriser ses dépenses publiques, ses déficits. S'imposer une contrainte internationale pour atteindre son objectif est certainement pour la France le meilleur levier pour cela. Les traités lui apportent un soutien important pour fluidifier et consolider sa politique économique.
En refusant de modifier les traités européens, François Hollande se tire-t-il une balle dans le pied ?
Nicolas Goetzmann : Il faut être sérieux, les propositions faites par François Hollande au début de cette année ne sont pas une réponse aux problèmes de la France ou de la zone euro. Il faut tout de même se rendre compte que les Etats-Unis ont injecté plus de 3000 milliards dans leur économie pour obtenir des résultats satisfaisants. A l’échelle de la France, cela représenterait plus de 400 milliards d’euros. Alors que la baisse de charges envisagée par le président est de 10 milliards et les baisses de dépenses publiques prévues vont de toute façon neutraliser ces efforts. Il est donc grotesque d’envisager un véritable effet de ces mesures, eu égard au contexte actuel. Les montants sont dérisoires et la méthode de l’offre ne répond pas à une crise de la demande.
La zone euro marche sur la tête depuis 6 ans, et l’euro est devenu l’outil de sa propre destruction. C’est-à-dire que la défiance actuelle des peuples européens, en raison du chômage, de la précarité, ne sont que le résultat d’une gestion désastreuse de la monnaie européenne. L’euro est son propre ennemi. Il suffirait de réadapter la façon dont on gère cette monnaie pour permettre de faire baisser le chômage suffisamment rapidement pour redonner du souffle au projet européen. Plus on attend, plus le risque de voir l’ensemble se replier sur lui-même est important.
La zone euro marche sur la tête depuis 6 ans, et l’euro est devenu l’outil de sa propre destruction. C’est-à-dire que la défiance actuelle des peuples européens, en raison du chômage, de la précarité, ne sont que le résultat d’une gestion désastreuse de la monnaie européenne. L’euro est son propre ennemi. Il suffirait de réadapter la façon dont on gère cette monnaie pour permettre de faire baisser le chômage suffisamment rapidement pour redonner du souffle au projet européen. Plus on attend, plus le risque de voir l’ensemble se replier sur lui-même est important.
Alain Fabre : Les Anglais cherchent à renégocier certains traités en faisant pression sur les Européens pour attirer l'Europe vers une économie de libre-échange plutôt que vers une zone intégrée. Je pense qu'il ne faut pas rentrer dans le jeu des Anglais.
Il y a de toute façon deux Europe, complémentaires. Il faut s'en réjouir. Il y a la zone euro qui se construit sur un projet politique et sur des institutions fédérales. Les Anglais sont en dehors car ils ne rentreront jamais dans l'euro. Cela nous permet de faire une Europe politique que les Anglais ne veulent surtout pas voir émerger. Depuis le XVIIIe siècle, les Anglais ne veulent pas voir d'hégémonie européenne. Dès que l'Europe s'unifie, dès qu'un pays prend l'ascendant sur les autres pour structurer l'Europe, les Anglais se mettent en travers car ils estiment que cela amoindrirait leur capacité d'influence.
Si des modifications doivent être faites, quelles sont les priorités ? Faut-il, par exemple, changer le mandat de la Banque centrale européenne pour mettre la politique de l'emploi au même rang des priorités que la stabilité des prix ?
Nicolas Goetzmann : C’est exactement ça. Voici concrètement la situation :
Les traités européens prévoient ceci : l’article 127, paragraphe 1, du traité définit l’objectif principal de l’Eurosystème : « L’objectif principal du Système européen de banques centrales [...] est de maintenir la stabilité des prix ». Sur le site de la BCE, et si vous n’avez pas encore compris, voici ce que vous pouvez lire : « Par conséquent, la stabilité des prix constitue non seulement l’objectif principal de la politique monétaire conduite par la BCE mais aussi un objectif de l’Union européenne dans son ensemble. Ainsi, le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et le traité sur l’Union européenne fixent une hiérarchie claire entre les objectifs de l’Eurosystème, le maintien de la stabilité des prix constituant la contribution la plus importante que la politique monétaire puisse apporter à la réalisation d’un environnement économique favorable et d'un niveau d’emploi élevé. »
A l’inverse, voici le mandat de la Fed : « promouvoir effectivement les objectifs que sont l’emploi maximum, des prix stables, et des taux d’intérêts de long terme mesurés ».
La différence ? La BCE fait de l’inflation sa priorité absolue alors que la FED en fait un objectif équivalent à celui de l’emploi maximum. Le résultat ? 12% de chômage et 0,8% d’inflation en zone euro, et 6,7% de chômage et 1,5% d’inflation aux États-Unis. Le mandat de la BCE est une honte, c’est un blanc-seing donné au chômage de masse.
Alain Fabre : Il est surtout important de bien faire fonctionner ce qui est à l'œuvre depuis le début de la crise de la zone euro, en particulier les institutions fédérales. La Banque centrale a fait sa mue en devenant un vrai prêteur de dernier ressort. Elle a un fonctionnement assez similaire aux autres banques centrales internationales et cela est plutôt bien. Il y a tout un tas d'éléments qui vont dans le bon sens.
Un autre élément pourrait être mis en avant par les Européens : il absolument réduire la concurrence par les normes. Il est important que la zone euro ait des taux d'impôts dont les écarts soient resserrés, notamment l'impôt sur les sociétés. Par exemple on a 12,5% d'impôt sur les sociétés en Irlande, 43% en France et entre les deux l'Italie, l'Allemagne… Dans un système fédéral comme aux États-Unis ou en Allemagne, les États ne se font pas concurrence entre eux. Il faut donc éviter que les États de la zone euro se fassent concurrence entre eux. La France doit donc accepter de converger avec les politiques de ses voisins en la matière.
Les règles budgétaires, 3% de déficit et 60% d'endettement public, sont-elles encore appropriées à la zone euro ?
Nicolas Goetzmann : Elles le sont si la BCE fait son travail, c’est-à-dire si elle relance et que la croissance additionnée de l’inflation atteint 5%. Parce que c’est sur cette base que ces règles ont été développées. 5% de croissance nominale permettent d’avoir un déficit de 3% sans impacter le niveau de dette qui se situe à 60% maximum. On refait le calcul : une économie vaut 100, elle a une croissance nominale de 5%, elle se retrouve donc à 105 en fin de l’année. Le déficit est de 3%, soit 3. Mon niveau de dette autorisé est de 60%, soit 60. Au total, et à la fin de l’année nous avons un PIB de 105, une dette existante de 60 + les 3 de déficits, soit 63. Et 63, c’est 60% de 105. Et voilà c’est magique, bravo les technocrates.
Le problème c’est que la croissance est à 0 depuis 6 ans, ce qui veut dire que la brillante formule tombe à l’eau. Mais ce n’est pas grave, il faut quand même appliquer le reste parce que c’est la règle. Et voilà comment nous nous retrouvons avec un chômage de masse, des impôts qui crèvent le plafond et une dette de 93% du PIB. C’est un cas qui devra être étudié, parce qu’il atteint des sommets.
Alain Fabre : Elles ont déjà le mérite d'exister. Je pense que, même si toute règle de ce type-là a un côté arbitraire et artificiel, le fait qu'elles existent obligent les États à agir.L'Europe est malade d'un excès d'endettement public. Tout ce qui va dans le sens du désendettement va donc dans le bon sens. Il faut l'encourager. Il faut absolument que les États se désendettent pour que l'épargne se dirige plutôt vers le secteur productif que vers les besoins des États. C'est un facteur qui permettra à moyen terme de réactiver la croissance.
D'un point de vue plus général, n'y a-t-il pas une forme de déconnexion entre le fonctionnement de l'Union européenne et les démocraties qui la composent ?
Nicolas Goetzmann : Il y a une déconnexion entre les règles du traité et la réalité. Les Traités sont bâtis sur l’idée d’un monde de bisounours ou les crises n’existent pas. En tout état de cause, ils ont été imaginés en ne prenant pas en compte une seule seconde ce qui s’est passé en 1929. C’est-à-dire que les moyens de lutter contre les causes même de l’autodestruction européenne entre 1939-45 n’ont même pas été prévus lors de la rédaction des traités. Le vide. Alors soit on les révise pour donner à l’Europe les moyens de lutter soit l’Europe va continuer à se désagréger.
Bien évidemment la situation ne fait pas rêver les Européens. Le problème est aussi que les problèmes monétaires ne sont pas non plus des sujets grand public, et que la pression politique autour de la stabilité des prix est très vive. La génération des dirigeants aux commandes a été bercée par des problèmes d’inflation dans les années 1970, et ils y voient le mal absolu. Mais ils ont oublié la déflation, et c’est ce que nous vivons aujourd’hui.
Alain Fabre : C'est un problème qu'il faut traiter. Le fait d'avoir une monnaie unique et une banque centrale indépendante a eu pour effet de mettre en évidence le besoin d'une politique budgétaire commune ou convergente. Comme les politiques économiques sont la base de la démocratie libérale – pas d'imposition sans représentation – il faudra mettre en œuvre des mécanismes de contrôle des dépenses au niveau fédéral. Il ne faut cependant pas se dire que pour l'instant, il n'y a rien à faire. L’Allemagne en est un bon exemple. Le Bundestag joue un grand rôle dans le suivi de la politique économique européenne. L’Assemblée nationale est de ce point de vue en retard.
"Le déclin n’est pas une fatalité pour la France"
2040. Alassane Bono, le directeur béninois du FMI, s'installe en France pour organiser une énième restructuration financière de sa dette publique abyssale. Le soir, il écrit de longues lettres à sa femme, restée au Bénin, dans lesquelles il lui raconte en détails, à la manière du sage Usbek de Montesquieu dans les "Lettres persanes", le triste sort de l'ex-cinquième puissance mondiale.
Dans cette fiction d'anticipation, de nombreux pays d'Afrique, forts d'une croissance continue depuis le début des années 2000, ont rejoint le cercle des puissances prospères et influentes, dans lequel figurent toujours les pays européens qui ont su se réformer, à l'image de l'Allemagne et de l'Europe du Nord.
En 2031, la France a quitté l'euro
Quid de la France ? Nicolas Baverez, invité jeudi 30 janvier de la deuxième édition des « Matinales de Travaux publics » organisées par « La Tribune » et la Fédération nationale des Travaux Publics, force le trait et voit dans l'ex-pays des Lumières est devenu, sans surprise, l'homme malade de l'Europe. Un nain politique, une aberration économique et une catastrophe sociale. Le chômage y dépasse 25% de la population active, en partie car la politique fiscale confiscatoire et la lourdeur de l'Etat providence ont fait fuir depuis longtemps les grandes entreprises et les jeunes talents. De gigantesques bidonvilles s'étendent au nord de Paris.
Comme Marine Le Pen l'avait souhaité, la France a quitté l'euro en 2031, mais la dévaluation de la monnaie et l'inflation galopante ont ruiné les classes moyennes. Au milieu de cette débâcle, les dirigeants, de gauche comme de droite, pratiquent la politique de l'autruche, s'accrochant désespérément à la sauvegarde du modèle social. De toute façon, qui les écoute ? En 2032, l'extrême-droite a pris le pouvoir, avant qu'une sixième République naisse de ses cendres deux ans plus tard…
Ce qui peut arriver sans changement profond
Ce sombre tableau, qui relève aujourd'hui de la science-fiction, peut-il devenir réalité ? Prédire l'avenir relève d'un exercice périlleux. Nicolas Baverez, qui dépeint dans son livre des dirigeants qui ressemblent étrangement à des personnalités politiques actuelles, revendique la crédibilité de ce scénarii catastrophe.
« C'est un ouvrage de politique-fiction qui n'a rien de fantaisiste. La France de 2014 porte en elle les germes de celle que je décris en 2040 : une économie en panne, une société fracturée, le déni du pouvoir qui n'ose pas réformer depuis vingt-cinq ans. J'ai seulement imaginé ce qui pourrait se produire si la classe politique ne met pas en œuvre un changement de cap profond », explique-t-il.
Le taux de chômage confirme le déclin de la France
L'auteur de « La France qui tombe », publié en 2003, et de « Réveillez-vous ! », adressé aux candidats à la présidentielle de 2012, estime que les dernières statistiques économiques confirment le déclin de la France. L'inversion de la courbe du chômage n'est toujours pas d'actualité malgré la promesse de François Hollande. Ainsi, 170 000 personnes ont rejoint les rangs des chômeurs de catégorie A en 2013 (ceux qui n'ont pas du tout travaillé), portant le total à 3,5 millions et à 5,2 millions en comptant ceux des catégories B et C.
Du côté des finances publiques, si le déficit est passé de 4,8% du PIB en 2012 à 4,1% en 2013, le chemin pour atteindre le standard européen de 3% semble encore long et difficile. La dette, attendue à 95% du PIB fin 2014, se rapproche dangereusement du palier symbolique des 100%, qui pourrait entraîner, selon Nicolas Baverez, une spirale de dévaluations de la part des agences de notation.
La France manque d'attractivité
« La zone euro, même renforcée avec l'union bancaire, les capacités financières étendues de la Banque centrale, le mécanisme de solidarité ou le traité budgétaire, pourrait ne pas survivre si la dette française est attaquée »
En panne de croissance, la France manque aussi d'attractivité. Selon le dernier rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), les investissements directs étrangers dans l'Hexagone ont chuté de 77% en 2013, pour tomber à 4,1 milliards d'euros. Un chiffre révélateur, qui semble donner crédit à la thèse de Nicolas Baverez et d'autant plus inquiétant qu'ils ont progressé de 37,7% dans l'Union européenne et de 11% dans le monde…
Mais tout n'est pas perdu...
A la différence de nombreux indécrottables pessimistes, persuadés que la France a déjà raté l'occasion de se réformer en profondeur, Nicolas Baverez croit aux effets d'un virage à 180 degrés de la politique économique. Car la 2ème puissance européenne derrière l'Allemagne conserve des atouts, reconnaît-il : une démographie dynamique, du travail qualifié, des entrepreneurs, des universités performantes, une marque France exceptionnelle qui en fait la première destination touristique mondiale, des infrastructures de transports, un patrimoine riche...
Tel un pied-de-nez à ses détracteurs, qui le taxent d'indécrottable « déclinologue », l'ancien haut fonctionnaire de la Cour des comptes se montre même optimiste sur la capacité du pays à « repartir sur de bons rails » si « on arrête l'indécision et les mesures dévastatrices comme la taxe à 75% ou le retour en arrière sur les retraites ».
Le pacte de responsabilité, une lumière au bout du tunnel ?
Devant des chefs d'entreprises du secteur du bâtiment étonnés, le libéral donne son quitus au « pacte de responsabilité » lancé début janvier par François Hollande. « En engageant l'Etat à faire baisser les charges des entreprises en échange d'un million d'emplois et en promettant d'économiser 50 milliards d'euros en trois ans en coupant dans les dépenses publiques, François Hollande a enfin compris que le principal levier de croissance est l'aide aux entreprises. C'est un virage économique majeur », estime Nicolas Baverez. La dernière fois que l'Etat a opéré une telle rupture, c'était en 1983, lors du fameux tournant de la rigueur de François Mitterrand, qui a entériné la conversion de la gauche à l'économie de marché.
L'initiative de François Hollande est-elle le premier pas vers une véritable évolution de la politique économique française ? Le président doit encore réaliser le plus difficile : négocier avec les partenaires sociaux et appliquer son ambitieuse révolution idéologique. Ce serait encore une goutte d'eau dans l'océan des réformes nécessaires pour faire repartir durablement l'économie hexagonale : 35 heures, réforme de l'assurance-chômage, collaboration renforcée avec l'Allemagne, relance de l'industrie et de l'agriculture… Des réformes difficiles, mais que Nicolas Baverez juge indispensables pour faire en sorte que la France de 2040 vue par Alassane Bono reste de la science-fiction.
A contre-courant
A contre-courant
Eh bien, je vais m’exprimer à contre courant de l’air du temps et de la mode dominante, sur Internet, dans la rue, au Parlement… Il n’est pas d’opposant plus déterminé que je ne le suis à la politique actuelle, le matraquage fiscal et social qui plombe l’économie et l’emploi, le clientélisme (journée de carence), la politique étrangère, éducative, de sécurité et d’immigration… Je suis en désaccord avec son style, sa méthode présidentielle (affaire Léonarda). Cependant, je n’arrive pas à comprendre les attaques qui se focalisent sur la personne et la légitimité de François Hollande. Elles me rappellent, inversées, les mesquineries de la haine anti-Sarkozy en 2007-2012. Oui, il est le président élu démocratiquement par la majorité des Français pour 5 ans, avec 51% des voix. C’est ainsi. Un éditorialiste du Point le compare explicitement à un "pingoin". Cette agression contre le physique d’une personne me répugne. Les déchaînements de ces derniers jours contre ce Monsieur, les livres et papiers, qui après l’avoir encensé pour sa "gentillesse", le traitent de dangereux caractériel, me font penser à ces lynchages à coups de pied d’un homme, une fois qu’il est bien à terre. A quoi cela sert-il? Voyons, les présidentielles sont dans 3 ans et demi. Croit-on que les coups portés à sa personne vont le pousser à partir? Bien sûr que non et si tel était le cas, il n’y aurait plus de pouvoir politique possible à l’avenir. D’ailleurs, à l’heure d’aujourd’hui, personne n’est prêt à le remplacer. En s’en prenant à l’homme, on néglige la critique de la politique. Penser l’affaiblir, 40 mois à l’avance, au point d’empêcher une réélection en 2017? C’est la pire des méthodes car elle ne peut qu’entraîner une réaction contraire de l’électorat. Et puis quoi, si en 2017, notre camp l’emporte, que ce passera-t-il dans ces conditions, une nouvelle déferlente de haine contre le prochain président, la paralysie, la violence, l’extrémisme, la guerre civile? L’Elysée devient-il le bouc émissaire des névroses de la société française?
Il faut en finir avec ce climat pourri et revenir à la politique au sens noble du terme, la préparation de l’alternance et du programme de gouvernement…
Le genre de la République est le neutre
Le genre de la République est le neutre
La séparation conceptuelle entre le sexe, déterminé par la biologie, et le genre, vu comme le résultat d’une construction culturelle et politique, ouvre depuis plusieurs décennies un riche champ d’investigation aux sciences humaines. Que cette idée scientifiquement prometteuse devienne, dans la France de 2014, l’objet d’une foire d’empoigne obscurantiste, témoigne de l’état de déliquescence dans lequel se trouve notre débat public. Objets de défiance croissante de la part des citoyens, les partis ne sont plus capables de porter les grandes controverses qui agitent les esprits. Ils devraient donc réfléchir à deux fois avant d’allumer des incendies.
La gauche est certes dans son rôle lorsqu’elle cherche à faire progresser la société ; elle ne l’est plus lorsqu’elle dégoupille grenade sociétale après grenade sociétale, dans l’espoir – d’ailleurs fondé – d’alimenter la poussée de l’extrême-droite au détriment des partis du centre-droit. Il est pitoyable que le Parti socialiste en soit réduit à de tels artifices, dans un pays où le chômage de masse et le délabrement de nos finances publiques devraient mobiliser 100% des énergies du gouvernement et des élus.
Il est tout aussi pitoyable que l’UMP abdique toute réflexion de fond sur sa ligne doctrinale au profit de vaines querelles de personnes. Résultat, ses responsables n’ont plus aujourd’hui de position commune sur les questions de société ou la place de l’Etat. En l’occurrence, c’est le rôle de l’Etat de lutter contre les inégalités, et celles entre les hommes et les femmes sont encore très importantes en France. Mais ce n’est pas son rôle d’imposer l’enseignement à l’école d’une idéologie particulière, fût-elle d’avant-garde.
vendredi 31 janvier 2014
Le billet de Michel Schifres
La vie dure de l’inné
Convenons-en, ce n’est pas énorme mais cette découverte est de celles qui laissent rêveur : chacun d’entre nous a de 1 à 3% de l’homme de Néandertal dans ses gènes. Après trois cents siècles, cet ancêtre subsiste toujours dans l’homme contemporain. Mieux : mis bout à bout, ces mini morceaux d’ADN néandertalien répartis dans les humains d’aujourd’hui permettraient de reconstituer 20% de son génome. Il faut être ou scientifique ou poète pour pouvoir imaginer l’impact de cette révélation et les conséquences de cet héritage. Nous, on remarquera simplement que certains ont dépassé la proportion moyenne : ils ont hélas surtout fixé les traces néandertaliennes dans leurs neurones. En tout cas, l’inné a la vie dure. Comme dit Sarkozy, « quand on a été président, on le reste ».
Notre colère les rend furieux
Notre colère les rend furieux
De Jean-François Copé au CRIF en passant par l’imam de Drancy, et de Mgr Barbarin à Julien Dray en passant par le MRAP, ils sont tous d’accord. Le député socialiste Annick Lepetit a parfaitement résumé la position du système UMPS et de « la France républicaine » à l’égard de Jour de Colère. Elle le décrit comme « l’agrégation de l’intégrisme, du racisme, de l’antisémitisme et du poujadisme, un déferlement de haine et de violence ». Ajoutons-y une déclaration de Julien Dray : face à ces manifestants, « il ne suffit pas d’appliquer les lois républicaines ». Phrase sibylline. Envisage-t-il des lois d’exception ?
Julien Dray s’exprimait dans Le Parisien de mercredi, qui consacrait, annoncées en une, pas moins de trois pages à Jour de Colère. Une des photos montre un homme exécutant une quenelle type. C’est impoli, mais là n’est pas la question : la quenelle existe et le ras-le-bol a trouvé son signe. Un père de famille de cinq enfants, tout ce qu’il y a de plus tradi et bien élevé, me racontait ainsi sa manif, gouailleur : « J’ai passé l’après-midi à faire des quenelles. » La focalisation extrême des autorités à l’égard d’un geste lui a donné une valeur contestataire qui dépasse les interprétations qu’on peut en donner.
Notre colère les rend furieux. Elle n’est pas convenable. Elle manque de respectabilité. Elle sort des clous, ceux qu’ont martelés de longue date le système médiatique et le système scolaire. La lutte contre le racisme, contre l’homophobie… Mais notre colère, aussi, les inquiète. Deposuit potentes de sede ! Il renverse les puissants de leur trône, ou les parlementaires de leur siège. Alors beaucoup condamnent mais « essayent de comprendre » les raisons de la colère. Mgr Podvin veut « décrypter ce climat lourd et inquiétant », Henri Guaino « comprendre » la colère du peuple. L’élite se fait benoîte.
De dimanche en dimanche
En ce début 2014, les manifs se suivent. Se ressemblent-elles ? Le responsable lyonnais de la Manif pour tous, François de Viviés, a tenu à établir que les deux mouvements sont totalement distincts. Dans les faits, ce n’est pas vrai à divers plans : inspiration, organisation et, plus encore, participation. Combien, dimanche dernier, de personnes qui avaient défilé à chacune des Manifs pour tous de 2013 ! En trouvant, d’ailleurs, que la retenue n’avait pas apporté grand-chose au mouvement. Peut-être l’a-t-elle privé de la victoire.
Que la Manif et le Jour aient plus d’un manifestant et d’une idée en commun, il n’y a qu’à considérer la haine du système à leur égard : c’est la même. Ce que n’a pas compris François de Viviés. Faisant allusion aux slogans de Jour de Colère, il a déclaré : « s’il est nécessaire, nous demanderons aux forces de police de venir nous assister pour arrêter les gens qui proféreraient de telles insultes ». Précaution inutile. Que ce soit lors des Manifs pour tous ou à Jour de Colère, la police intervient et embarque sans qu’on ait insulté personnes ni composé le 17. On sait d’expérience qu’elle arrête les plus paisibles et ordinaires manifestants qui soient.
Considérant que, dimanche en début de soirée, la Place Vauban où arrivaient les Coléreux a servi de souricière, les organisateurs parisiens de la Manif pour tous du 2 février refusent les Invalides que veut leur imposer la préfecture comme terminus. Ne facilitons pas la tâche de Manuel Valls.
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