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lundi 3 février 2014
Hystérie politico-médiatique ? Le camp des petits saints…
À quelles lois scélérates, à quelle répression policière et judiciaire veut-on nous préparer ?
La droite, la gauche… Deux sensibilités, deux partis, deux France qui structurent notre histoire depuis près de deux cents ans et dont l’alternance au pouvoir est comme la pulsation de notre vie politique. Même si la tonalité en est pacifique, même si elle se situe sur un plan avant tout moral, même s’il s’agit moins de chercher de nouveaux poux à Hollande que de défendre une conception traditionnelle de la famille, même si les réponses que donne la société à des questions de conscience ne recoupent pas exactement la frontière entre les deux camps, il n’est pas douteux que les organisateurs, les participants et les slogans de la Manif pour tous se situent plutôt à droite, et que voir la droite descendre dans la rue – ce qui lui est moins habituel et moins familier qu’à la gauche – éveille l’étonnement, l’agacement et finalement l’inquiétude de celle-ci.
De là à susciter le déferlement d’analyses alarmistes, de titres provocateurs, de propos outranciers et de mises en garde solennelles que l’on pouvait relever hier matin, avant même que le premier manifestant se soit manifesté entre l’École militaire et la place Denfert-Rochereau, il y a un pas qu’ont franchi gouvernement et médias avec une allégresse et un ensemble qui donnaient l’impression très nette d’une manœuvre concertée.
Chargé du maintien de l’ordre public et de la paix sociale, ce dont ses comportements récents permettent de douter, le ministre de l’Intérieur (et des Cultes) s’est exprimé dans l’interview qu’il a accordée au Journal du Dimanchedans des termes que n’aurait pas désavoués, ces derniers jours, son homologue ukrainien. Au trébuchet de quelle balance, et avec quelles arrière-pensées M. Manuel Valls a-t-il pesé des mots qui ne sont pas dignes de ses responsabilités ? À en croire le lointain successeur de Georges Clemenceau, « la République reste fragile… Des forces sombres se sont mises à prospérer… Le point commun avec les années trente, c’est cet antirépublicanisme et la détestation violente dans les mots comme dans les actes de nos valeurs et de nos principes. Derrière tout cela, c’est la France qui est visée dans son idéal… Nous assistons à une union des extrêmes. C’est du jamais vu en France (sic)…J’appelle tous les républicains à réagir… La démonstration est faite une bonne fois pour toutes que le FN (qui ne s’est guère associé à la Manif pour tous et moins encore à Jour de colère, NDLR) est une formation d’extrême droite qui n’est pas sortie d’une idéologie nauséabonde… »
Le Monde daté dimanche-lundi faisait chorus en titrant sur cinq colonnes à la une sur « Le réveil de la France réactionnaire ». Le Parisien-Dimanche, pas en reste, faisait sa manchette sur « La France crispée » et évoquait l’émeute factieuse du 6 février 1934. France Inter, sans surprise, confirmait une fois de plus que, pour être radio de service public, on n’en est pas moins radio de parti pris, et donnait la parole à une historienne selon qui les manifestations « de droite » véhiculent la haine et l’appel au meurtre, comme chacun a pu le constater le 30 mai 1968, le 24 juin 1984 ou le 24 mai 2013. « Un papa, une maman » et les petits drapeaux bleus et roses rappellent à cette dame les défilés des Ligues et les parades de Nuremberg.
Bref, d’un côté, on l’a compris, il y a les forces du Bien, du Progrès, des Lumières, le camp des Petits saints. De l’autre, la Bêtise au front de taureau, la Réaction, le Mal et, bien sûr – coucou la revoilà –, la Bête immonde.
À quelles lois scélérates, à quelle répression policière et judiciaire veut-on nous préparer ? Et si ce n’est pas le cas, n’y aurait-il pas là au moins quelque excès ?
dimanche 27 octobre 2013
Il y a urgence à restaurer le sens des mots !
L’identité nationale de la France repose principalement sur deux piliers : son histoire et sa langue. La première est sourdement minée par une absurde repentance. La seconde se corrompt jour après jour. Dans De l’universalité de la langue française (1783), Rivarol soulignait un élément qui ne dépend pas du nombre des francophones, la qualité intrinsèque du français : « Ce qui n’est pas clair n’est pas français. » Disant cela, il faisait écho au classique Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. » Mais Rivarol ajoutait : « Les langues passent et se dégradent en suivant le déclin des empires. » À entendre le débat politique actuel, nous y sommes.
Au sabir de Leonarda et de sa famille, dont on aimerait savoir quelle est la langue familière, répond le délire verbal des politiques. L’inflation lexicale chasse les mots justes et subvertit le sens des discours. Lorsqu’un député socialiste parle de « rafle » à propos de l’interpellation de la jeune Kosovare, il use d’un terme impropre puisqu’une rafle est une arrestation massive, mais il le fait avec perversité : l’arrestation de jeunes devant leurs camarades, ça ne vous rappelle rien ? Non plus perverse, mais odieuse et stupide, la formule employée par un responsable de l’extrême gauche pour qualifier la proposition présidentielle d’un retour de la fille sans les parents : « cruauté abjecte ». On pouvait dire bien des choses : que c’était généreux et maladroit ; que c’était scandaleusement contraire à la loi et aux conventions ; que c’était, en un mot, « hollandais »… Mais si cela est « cruel » et « abject », que reste-t-il désormais pour désigner l’horreur ? À part « génocide » si la victime appartient à une minorité, on ne voit plus…
Un autre mésusage du vocabulaire est comique : notre très laïciste ministre de l’Éducation veut « sanctuariser » les écoles. Le problème, c’est qu’un sanctuaire, par définition, c’est un lieu particulièrement réservé aux cérémonies d’un culte religieux, et dont l’enceinte est protégée par l’invisible frontière entre le sacré et le profane. Curieuses inversion des termes et confusion des esprits…
On en arrive à cette extrémité qu’avait imaginée Orwell, décrivant à travers la « novlangue » le processus de la manipulation totalitaire du langage, à savoir que les mots finissent par suggérer le contraire de ce qu’ils disent. Ainsi en est-il du mot « citoyen », qu’un manifestant en faveur de Leonarda n’hésite pas à employer pour la désigner, en oubliant qu’une résidente illégale et temporaire n’est évidemment pas une citoyenne. « Républicain » est, de même, un concept vidé de tout sens par ceux qui en abusent. Il peut bien sûr désigner ce qui touche au régime qui a succédé à la monarchie. Mais il qualifie d’abord ce qui a trait à la chose publique, au bien commun de tous les Français, aux institutions qui organisent le pouvoir de ceux qui sont censés le réaliser. Lorsqu’il est employé pour expulser de la vie démocratique un parti qui ne menace en rien le régime, et que l’on conteste ainsi la légitimité du vote de ses électeurs, on voit apparaître cette contradiction qui consiste à discriminer au nom d’une République et de ses principes au premier rang desquels figureraient la liberté, l’égalité… et la non-discrimination ! La République n’est plus un mot que définit une idée, c’est un stimulus destiné à provoquer un réflexe dans un contexte que le rationnel a déserté et que l’émotionnel a envahi : certains appellent « valeurs de la République » les préjugés de leur idéologie afin de susciter le respect et la sympathie que la République n’a pas à nourrir à l’égard de ce qui affaiblit la nation et l’État. De même avait-on qualifié de « pour tous » des unions qui ne pouvaient concerner que quelque-uns…
La résistance qui grandit en France contre la chute du pays doit aussi être un combat pour notre langue. Il est urgent et nécessaire, à nouveau, et comme l’écrivait Mallarmé, de « donner un sens plus pur aux mots de la tribu ».
samedi 26 octobre 2013
Hollande : « Je n’suis pas bien portant »
C’est en 1934 que le chanteur Gaston Ouvrard interpréta pour la première fois sur la scène d’un music-hall ce qui devait être son plus grand succès. Quelques amateurs connaissent encore les paroles loufoques de Je n’suis pas bien portant : « J’ai la rate/Qui s’dilate/J’ai le foie/Qu’est pas droit/J’ai l’pylore/Qui s’colore/J’ai l’gésier/Anémié/L’estomac/Bien trop bas » et le refrain :« Ah bon Dieu qu’c’est embêtant d’être toujours patraque !/Ah bon Dieu qu’c’est embêtant je n’suis pas bien portant ! »
La chanson et son auteur bénéficiant d’une longévité exceptionnelle, notre dernier comique troupier se fit encore applaudir une dernière fois dans son uniforme de tourlourou et son air fétiche lors d’une émission de Guy Lux en 1971.
Propulsé sur le devant de notre scène politique à la suite de la double défaillance des deux vedettes qui devaient figurer à l’affiche, le premier président comique de la Ve République a pris l’habitude de chantonner ces derniers temps sous les lambris de l’Élysée, sur de nouvelles paroles et la même musique, une version modernisée de Je n’suis pas bien portant, dont Boulevard Voltaire, qui a pu se la procurer, est heureux de vous offrir l’exclusivité :
« J’ai l’chômage/Qui s’propage/Le courage/Qui fout l’camp/Les sondages/Désolants. J’ai l’PS./Qu’est en baisse/Le Désir/D’pire en pire/ Ségolène/Qui s’démène/Manuel Valls/Au pinacle/Mais Ayrault/À zéro/Les impôts/Bien trop gros », etc.
Le refrain est resté celui d’Ouvrard. Oui, François Hollande est bien patraque et ce n’est pas demain qu’il sera bien portant. La grotesque gestion par le chef de l’État de l’affaire Leonarda n’a fait que précipiter le discrédit où celui-ci s’enlisait depuis des semaines. Car il y a un moment que, pour lui, les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent, comme dit une autre chanson.
Non seulement les deux courbes que le Président et ses conseillers surveillent comme le lait sur le feu, celle du chômage et celle de l’impopularité, ne s’inversent pas, mais elles poursuivent leur inexorable montée parallèle dans un contexte où tout le reste baisse : prestige de la France, autorité de l’État, production, pouvoir d’achat. L’État, à bout de ressources, ne cesse d’inventer de nouvelles taxes qui soulèvent de telles réactions qu’à peine instaurées elles sont retirées, ce qui oblige à créer d’autres impôts qui suscitent naturellement les mêmes oppositions et désormais les mêmes révoltes et à reculer devant la colère, les menaces et désormais les actions des catégories et des individus concernés. Les agriculteurs, les ouvriers, les chômeurs, les retraités, les classes moyennes, et jusqu’aux Bretons, sont entrés en dissidence. La majorité se fissure, les ministres font mine d’interrompre leurs disputes le temps d’un Conseil puis reprennent aussitôt leurs querelles, les écologistes multiplient les pieds de nez au gouvernement où ils siègent, les députés et les sénateurs socialistes bravent les consignes et certains vont jusqu’à repousser les projets du gouvernement, les élus comme les battus claquent la porte du PS. Et voici qu’il faut repartir en guerre contre l’hydre du djihadisme dont on s’était un peu vite targué d’avoir coupé les têtes. Ah bon Dieu qu’c’est embêtant…
Encore le Président a-t-il dans son malheur la chance qu’une réforme de circonstance ait réduit à cinq ans la durée de son mandat. Plus que trois ans et demi, et ce sera la quille, comme aurait dit Ouvrard.
Cela dit, quand on voit où en est François Hollande dix-huit mois après sa prise de fonction, il est permis de se demander dans quel état seront sa personne, la présidence et notre pays en 2017, et même s’il réussira à tenir jusqu’au bout, comme il en a le droit. Dès à présent, deux quasi-certitudes : que ce soit avec la majorité actuelle, que ce soit, après une éventuelle dissolution, avec une majorité hostile, le plus probable est qu’il sera contraint à une cohabitation qui videra de sa substance la coquille présidentielle. Quant au candidat de la gauche à la prochaine élection présidentielle, il y a peu de chances qu’il se prénomme François. La nature, et particulièrement la nature politique, a horreur du bide.
samedi 19 octobre 2013
Affaire Leonarda : des lycéens manipulés…
Ardente, courageuse, généreuse, spontanée, prompte à se lever contre l’injustice… Et nous qui, parfois, désespérions de la jeunesse de France ! Qu’on lui donne une grande cause à défendre et, comme aux jours les plus glorieux de notre histoire, comme en juillet 1830, comme en novembre 1940, comme en mai 1968, la voilà qui n’hésite pas à sécher les cours pour sécher les pleurs de Leonarda, la voilà qui bloque l’entrée des lycées et des collèges au nez et à la barbe des proviseurs, la voilà qui descend dans la rue, la voilà qui marche de la Nation à la Bastille, qui condamne les expulsions, qui dénonce l’oppression, qui brave la répression, qui demande la démission d’un ministre, qui proclame que« nous sommes tous des Khatchik et des Leonarda », qui exige que la France accueille sans plus tarder toute la misère du monde (ce qui ne signifie pas que chaque lycéen et chaque lycéenne soient prêts à partager leur chambre, leur salle de bains et leurs céréales du matin avec une famille arménienne ou une famille kosovare, ni même qu’ils renoncent à leurs vacances de la Toussaint pour maintenir la pression sur le gouvernement).
Leur générosité fût-elle plus théorique qu’effective et plus émotionnelle que réfléchie, il serait malvenu de railler ou de blâmer l’élan du cœur qui pousse des adolescents à se solidariser avec leurs camarades expulsés. Mais, sauf à céder aux facilités de la démagogie, on se doit de leur dire que cette générosité est dévoyée. Ce n’est pas parce qu’il était étranger, ce n’est pas parce qu’il était arménien, ce n’est pas parce que la France et M. Valls seraient racistes, xénophobes ou égoïstes, que le jeune Khatchik a été reconduit manu militaridans son pays d’origine, mais pour vol à l’étalage, qui n’est pas la meilleure façon de se faire admettre dans le pays qui vous donne l’hospitalité. Quant à la pauvre Leonarda, ce n’est pas à la République de lui rendre des comptes mais plutôt au père violent, voleur, menteur et imposteur qui est cause de son malheur.
Générosité dévoyée, donc, mais aussi générosité manipulée. Le Front de gauche, le NPA, Lutte ouvrière, tous les groupuscules d’extrême gauche et la gauche du PS se sont naturellement abattus comme des rapaces sur deux faits divers qu’ils ont racontés et travestis à leur manière dans l’intention de mieux les récupérer. Mais c’est surtout, comme on pouvait s’y attendre, la FIDL, l’UNL, SOS Racisme, l’UNEF, qui ont sauté sur l’occasion. Le passage par ces organisations est depuis des années, quasi institutionnellement, la première étape et le point de départ du cursus honorum des dirigeants socialistes de ce pays, et ce n’est pas Jean-Christophe Cambadélis, David Assouline, Harlem Désir ou Delphine Batho qui me démentiront. Les agitateurs d’aujourd’hui sont les cadres de demain, et nous pouvons dès aujourd’hui inscrire dans nos tablettes le nom d’Ivan Dementhon, ce jeune leader lycéen qui a promis que les manifestations reprendraient à la rentrée. Le malheur des uns est le tremplin des autres.
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