TOUT EST DIT

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lundi 29 septembre 2014

Merci Mario

 Merci Mario

Les chiffres sont si astronomiques qu’on peine à les appréhender. La dette publique de la France, qui était de 1 000 milliards d’euros en 2003, a franchi les 2 000 milliards aujourd’hui. Faut-il rappeler qu’en 1980, en équivalent euros, elle était inférieure à 100 milliards ? Et pourtant, la France continue à augmenter ses dépenses publiques et bafoue, pour la troisième fois, les règles européennes visant à limiter le déficit budgétaire des Etats membres.
Aujourd’hui la France n’est ni en faillite ni en défaut sur sa dette. Elle peut même emprunter à des taux d’intérêt quasi-nuls et continuer à s’endetter comme si de rien n’était. Cet état de grâce, elle le doit d’abord à la Banque centrale européenne. C’est l’existence de la monnaie unique qui permet de compter sur la puissance économique allemande pour éviter l’écroulement financier des pays qui refusent de se réformer. Et c’est la BCE qui, par sa politique monétaire laxiste, génère un excès de liquidités qui ne demandent qu’à se placer dans la dette souveraine de la deuxième économie de la zone euro.
C’est bien cette abondance de cash qui permet de rendre indolore le coût du risque et d’anesthésier les marchés. Droguée à la dette, la France ne réalise pas qu’elle s’est placée sous une épée de Damoclès que le président de la BCE, Mario Draghi, tient dans ses mains. Le jour où, poussée par une remontée des taux aux Etats-Unis ou par un durcissement de la politique allemande, la banque centrale devra serrer les boulons, le réveil sera douloureux. Il sera alors trop tard pour se demander pourquoi on n’a pas réformé le pays pendant qu’on le pouvait. Et comme toujours ce sont les Français – du moins ceux qui payent des impôts – qui devront mettre la main au portefeuille.

lundi 25 août 2014

Le bateau ivre

Le bateau ivre

« Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots » écrivait Arthur Rimbaud. L’image du bateau ivre s’impose en cette rentrée où l’on voit la politique du gouvernement vilipendée sur la place publique par certains de ses principaux ministres. La houle est forte, certes, et les vents contraires. Mais on croyait que le capitaine François Hollande avait fixé le cap, dans sa grande interview auMonde la semaine dernière. Quelques jours ont suffi pour comprendre que la barre n’était pas tenue.
Les frondeurs du PS, loin de revenir dans le sillage de l’Elysée et de Matignon, ont reçu ce week-end des renforts de poids venus des rangs mêmes du gouvernement. Après Arnaud Montebourg, c’est Benoît Hamon qui a réclamé un changement de cap économique, à gauche toute.
Les règles de la Ve République qui posent le président de la République en arbitre du jeu politique et le Premier ministre en chef de la majorité imposent au couple exécutif de réagir, faute de quoi la paralysie le guetterait. « Aucun ministre ne peut remettre en cause la politique qui est conduite » proclamait lui-même François Hollande en avril 2013. Le chef de l’Etat est, aujourd’hui comme alors, confronté à la contradiction fondamentale de son quinquennat : comment mener une politique de réformes avec une majorité qui n’en veut pas ?
Parce qu’il a cru pouvoir concilier les contraires, qu’il s’est bercé d’illusions sur la profondeur de la crise et qu’il n’a pas voulu jouer cartes sur table, le président de la République est confronté aujourd’hui à un problème autrement plus sérieux : celui de restaurer sa crédibilité et son autorité, en France comme auprès de nos partenaires européens. Faute de quoi l’esquif gouvernemental continuera à être ballotté par les flots, jusqu’à s’écraser sur les récifs.

mardi 19 août 2014

La France qui gagne

Une France qui brille, qui vole de succès en succès, qui récolte médailles et félicitations ? C’est arrivé, ce week-end, aux championnats d’Europe d’athlétisme à Zurich. Le contraste est cruel avec les performances de nos athlètes du gouvernement, qui enregistrent échec sur échec. Le meneur de l’équipe de France, François Hollande, est obligé, depuis deux ans, de renoncer un à un à ses objectifs, de la diminution du chômage à la relance de la croissance en passant par la réduction des déficits publics et la distribution de pouvoir d’achat. Le président de la République serait bien inspiré d’étudier les recettes de celui qui est l’âme des exploits des athlètes français à Zurich : Ghani Yalouz. Le directeur technique national résume ainsi sa méthode : « Une bonne dose de bon sens, des valeurs, de l’humain et de l’exigence. » Pour lui, la qualité d'un manager se mesure à sa capacité à « fédérer une équipe autour d'un objectif commun ». « J’agis en rassembleur », dit-il.
A cette aune, la performance de l’équipe coachée par François Hollande et Manuel Valls est piteuse. Plus de huit Français sur dix ne font pas confiance au gouvernement pour redresser l’économie, selon un sondage Ifop publié dimanche par le JDD. « Il nous manque l’étincelle » dit dans le même journal l’ex ministre des Finances Pierre Moscovici, qui contribua pourtant à l’étouffer en abusant de l’assommoir fiscal lors de son passage à Bercy. Il nous manque, surtout, le dessein, la volonté et la méthode. Comme l’explique Ghani Yalouz, pour gagner, il faut tout donner, ne rien lâcher. Et mouiller le maillot. Car en politique, encore plus qu’en sport, ce qui compte, c’est le résultat.

mercredi 30 juillet 2014

Entre la Russie et l’Europe, une stratégie perdant – perdant

Etre acculé, Vladimir Poutine sait ce que cela veut dire. Enfant dans le Leningrad d’après-guerre, muni d’un bâton, il pourchassait les rats dans la cage d’escalier de son immeuble décrépit. Un jour, a-t-il raconté dans son autobiographie, il en coinça un gros dans un cul-de-sac. Privé d’échappatoire, le rongeur lui sauta au visage, lui occasionnant la peur de sa vie.
Aujourd’hui, c’est le président russe qui est acculé. Provoqué manifestement par un tir de missile sol-air de ses protégés ukrainiens, le crash du Boeing de la Malaysia Airlines, qui a fait 298 morts, a rebattu les cartes. En mars, les Européens avaient honteusement fermé les yeux sur l’annexion de la Crimée par Moscou. Là, ils ont réagi avec vigueur, étendant mardi, pour la première fois, leurs sanctions à des secteurs clés d’une économie russe déjà en piteux état : la haute technologie, la prospection et l’exploitation pétrolière, l’armement, l’accès au marché financier occidental.
Le raidissement européen, programmé, était inévitable. Il n’y a aucun doute que Vladimir Poutine, tout à ses chimères de restauration de la puissance russe, porte une lourde responsabilité dans l’escalade.
Mais l’Europe ne doit en aucun cas s’arrêter là. Car elle a autant à perdre que la Russie dans une spirale des mesures de rétorsion. Des dizaines de milliers d’emplois sont en jeu (rien que le contrat Mistral a créé 1 000 emplois à Saint-Nazaire). Seule une détente russo-occidentale peut stopper la guerre civile en Ukraine, offrir un avenir à ce pays charnière et garantir l’approvisionnement énergétique européen. Tout en restant ferme, l’Europe doit tendre la main à Vladimir Poutine. Pour lui offrir une échappatoire. En espérant qu’il aura l’intelligence de la saisir.

lundi 28 juillet 2014

Rule, Britannia

Il était une fois deux vieux pays, héritiers d’une riche histoire, tous deux de poids économique comparable, qui furent pareillement frappés par un tsunami économique venu d’Amérique. C’était il y a six ans. Submergés, les deux pays ont, chacun de leur côté, appliqué des recettes opposées pour sortir la tête de l’eau.
Quand la France comptait sur le gilet de sauvetage étatique pour surnager et colmatait les fuites à coups de dépenses sociales, la Grande-Bretagne jetait du lest par-dessus bord et misait tout sur l’entreprise. Elle a réformé son marché du travail, pour le rendre plus flexible. Elle a taillé dans les effectifs de la fonction publique, diminué les dépenses sociales, allégé l’impôt sur les sociétés et supprimé la tranche maximale de l’impôt sur le revenu.
La leçon de l’histoire apparaît en pleine lumière cet été. La Grande-Bretagne vogue vers le grand large, portée par des courants favorables. La France est toujours échouée sur les hauts-fonds. La première affiche un dynamisme économique insolent : le Fonds monétaire international (FMI) vient de réviser à la hausse sa prévision de croissance à 3,2 % cette année et 2,7 % l’an prochain. Aucun grand pays occidental ne fait mieux. Le taux de chômage outre-Manche va tomber à 6,9 % de la population active cette année et continuera à refluer rapidement. En France, il dépasse les 10 % et le FMI ne prévoit aucune décrue avant 2016, au plus tôt. Pôle Emploi vient d’annoncer une nouvelle hausse du nombre de ses inscrits au mois de juin. Est-ce un hasard si, des deux pays, la France est celui où le poids de l’Etat ne cesse d’augmenter ? Le Royaume-Uni a déjà fêté son jour de libération fiscale le 12 mai. Chez nous, c’est seulement le 28 juillet.

lundi 30 juin 2014

L’économie n’est pas le football

L’économie n’est pas le football

La gauche au pouvoir peut-elle faire gagner les Bleus ? En foot, c’est possible (bien qu’en 2014, cela reste à confirmer). En revanche en économie, c’est mal parti. L’équipe de France des entrepreneurs, qui, toutes chapelles confondues, vient de faire entendre sa voix dans le Journal du Dimanche, n’a plus confiance, ni dans le sélectionneur François Hollande, ni dans le coach Manuel Valls. C’est un carton jaune que les huit associations patronales signataires remettent à l’exécutif, sommé de passer enfin de la parole aux actes : appliquer le Pacte de responsabilité, stabiliser l’environnement fiscal et réglementaire, mettre en œuvre les réformes structurelles.
Car ce dont souffrent les entreprises, c’est de la modification incessante et incohérente des règles du jeu, de l’intervention intempestive sur le terrain d’arbitres qui se prennent pour des joueurs et, surtout, de ministres ou d’élus qui marquent contre leur camp. On a vu, encore la semaine dernière, l’Assemblée nationale augmenter deux taxes de séjour qui pénalisent un secteur, le tourisme, représentant plus de 7 % du PIB français. Après la vindicte anti-patrons qui a stoppé l’investissement, le choc fiscal qui a asséché la consommation et la loi logement qui a bloqué la construction, il ne faut pas s’étonner si la France est à l’arrêt.
Le vrai drame est que l’économie n’est pas un match de foot : ce n’est pas parce que certains perdent que d’autres gagnent. Au contraire, quand les entrepreneurs ont le dessous, ce sont les chômeurs, les consommateurs et l’ensemble des citoyens qui trinquent. Mais s’ils venaient à retrouver les moyens et l’envie d’investir, d’embaucher et d’innover, tout le pays en profiterait. Allez les Bleus !

dimanche 11 mai 2014

Du danger des idées reçues

Du danger des idées reçues


Dans un pays sans croissance comme l’est, malheureusement, le nôtre, nos dirigeants seraient bien avisés d’éviter de dilapider notre énergie. Comme le sang qui irrigue l’être humain, celle-ci est le moteur de notre économie. Et là encore plus qu’ailleurs, le pragmatisme est impératif, tant les innovations techniques et les découvertes peuvent bouleverser les conditions de production et de consommation en quelques années. Le spectaculaire renouveau énergétique des Etats-Unis, qui se nourrit de l’exploitation des gaz et du pétrole de schiste, le prouve. A l’inverse, l’exemple allemand, une fois n’est pas coutume, nous montre ce qu’il ne faut pas faire : engagé au début du siècle, confirmé par Angela Merkel après Fukushima, le tournant énergétique destiné à sortir du nucléaire est un fiasco qui coûte la somme faramineuse de 23 milliards d’euros chaque année aux entreprises et aux consommateurs allemands ! Voilà où conduit une politique fondée sur l’idéologie d’une mythique « énergie douce » et sur le dogme antinucléaire. Le chef du Parti social-démocrate et ministre de l’Energie, Sigmar Gabriel, le reconnaît : le plan est « proche de l’échec. » Subventionner à grands frais le photovoltaïque et l’éolien ne suffit pas à empêcher un recours accru au charbon, grand émetteur de gaz carbonique, pour compenser la fermeture des centrales atomiques. Résultat, l’Allemagne est aujourd’hui le plus gros pollueur d’Europe, avec des émissions de CO2 qui ont encore augmenté de 2 % en 2013, là où la France fait plutôt figure d’élève modèle grâce à son nucléaire. Heureusement, les Verts ont quitté la majorité. Puisse la ministre Ségolène Royal ne pas faire leur politique à leur place.

jeudi 1 mai 2014

La gauche et l’entreprise : sortir du psychodrame


La gauche et l’entreprise : sortir du psychodrame

La journée de mardi a apporté deux bonnes nouvelles. La première : en France, les entreprises n’écoutent plus le gouvernement. Après Vivendi qui, malgré la désapprobation officielle, cède sa téléphonie mobile à Numericable, voici Alstom qui, en dépit des coups de menton d’Arnaud Montebourg, engage des négociations avec l’américain General Electric. Il faut s’en réjouir, car ce n’est pas en faisant la guerre aux investisseurs étrangers qu’on favorisera la croissance. Seconde bonne nouvelle : la majorité de gauche a voté, cahin-caha, un programme de stabilité pour trois ans, passant par des économies de 50 milliards d’euros et une baisse des charges sur les entreprises.
Dans les deux cas, ce qui était en jeu, c’était la confiance des entrepreneurs, clé de leur propension à investir et donc de leur capacité à créer de l’emploi. Par leur vote, les députés socialistes, du moins la grande majorité d’entre eux, ont posé un premier jalon pour réconcilier la gauche de gouvernement avec la réalité : ce sont les entreprises, en créant de la richesse, et non l’Etat, en générant de la dette, qui garantissent notre prospérité future. Certes, il en faudra beaucoup plus pour construire un centre de production France compétitif, lutter contre le chômage de masse et combattre le découragement des entreprises qui, depuis deux ans, votent avec leurs pieds en délocalisant sièges sociaux et cadres dirigeants. Ce qui annonce d’autres déchirements au PS. Mais 55 ans après le congrès de Bad Godesberg du Parti social-démocrate allemand, la grande conversion de la gauche socialiste française à l’économie de marché a enfin débuté. On doit l’encourager, même si on n’a plus que ses yeux pour pleurer le temps perdu.

vendredi 4 avril 2014

Pour un salaire minimum minimal


Bernard de Clairvaux enseignait déjà au XIIe siècle que le chemin qui mène à l’enfer est pavé de bonnes intentions. Le débat qui renaît autour du smic le montre une fois de plus. Il est louable, bien sûr, de lutter contre la pauvreté, réduire les inégalités, améliorer le pouvoir d’achat des défavorisés. La réalité est que le smic, parce qu’il est uniforme, parce qu’il est instrumentalisé par l’Etat, et surtout parce qu’il est trop élevé (relativement au niveau de productivité), crée des effets pervers devenus désastreux à l’heure du chômage de masse. Il plombe la compétitivité en alourdissant le coût du travail des entreprises de main d’œuvre ; il bloque l’entrée des jeunes sur le marché du travail ; il détruit des emplois en favorisant les délocalisations et les suppressions d’effectifs ; il évince les plus faibles du marché du travail. Perversité suprême, il oblige l’Etat, pour compenser ces effets négatifs, à concentrer les allègements de charges sur les bas salaires, alors qu’à l’heure de la mondialisation, c’est plutôt le coût du travail qualifié qu’il faudrait soulager.
Des propositions de bon sens sont aujourd’hui émises par un éminent socialiste, Pascal Lamy («Un petit boulot, c’est mieux que pas de boulot»), et par un proche de François Hollande, le brillant économiste Philippe Aghion, qui suggère dans un livre choc de geler le smic. Saluons ces initiatives! Les expériences menées à l’étranger montrent que c’est en réduisant de façon massive le coût du travail qu’on pourra inverser la courbe du chômage. Et en concentrant la formation sur les salariés les moins payés qu’on accroîtra la valeur ajoutée et donc le vrai prix du travail. Le Premier ministre Manuel Valls s’est prononcé, dans le passé, pour un marché du travail moins régulé. Il est au pied du mur.

vendredi 7 février 2014

Les Jeux Potemkine du tsar Poutine


Le favori de l’impératrice Catherine II, Grégoire Potemkine, fit édifier de faux villages prospères en 1787 pour cacher à la souveraine et à sa délégation de dignitaires étrangers, parmi lesquels l’ambassadeur de France, la réalité misérable des campagnes bordant le Dniepr. C’est du moins ce que relate la légende, qui n’aime rien tant qu’embellir la réalité et qui a laissé de cet épisode le nom des « villages Potemkine ».
Et si les Jeux olympiques de Sotchi n’étaient que la version du XXIe siècle des fameux villages ? Les JO d’hiver les plus chers de l’histoire (50 milliards de dollars), organisés dans l’endroit le plus chaud de Russie, au bord de la zone de guerre du Caucase du Nord, sont censés projeter l’image d’un Vladimir Poutine au faîte de sa gloire, régnant sur une Russie prospère et influente, qui a maté les terroristes tchétchènes, qui fait jeu égal sur la scène mondiale avec les dirigeants des Etats-Unis et de Chine et qui peut faire sortir de terre les projets les plus pharaoniques.
Rien n’est plus faux. L’Etat russe, aussi obèse qu’inefficace, règne sur un peuple dont la démographie s’est effondrée, la rente des hydrocarbures ne suffit plus à alimenter une croissance devenue anémique, la corruption est endémique. Plus grave pour Poutine, l’alliance historique qu’il a orchestrée entre les services de sûreté de l’Etat, les oligarques qui contrôlent les immenses richesses du sous-sol et l’Eglise orthodoxe, vacille sous les coups de boutoir d’une classe moyenne qu’il a lui-même contribué à faire émerger. C’est aujourd’hui la classe moyenne ukrainienne, qui aspire à plus de liberté, qui montre le chemin à suivre. Tôt ou tard, la Russie suivra.

samedi 1 février 2014

Le genre de la République est le neutre

Le genre de la République est le neutre


La séparation conceptuelle entre le sexe, déterminé par la biologie, et le genre, vu comme le résultat d’une construction culturelle et politique, ouvre depuis plusieurs décennies un riche champ d’investigation aux sciences humaines. Que cette idée scientifiquement prometteuse devienne, dans la France de 2014, l’objet d’une foire d’empoigne obscurantiste, témoigne de l’état de déliquescence dans lequel se trouve notre débat public. Objets de défiance croissante de la part des citoyens, les partis ne sont plus capables de porter les grandes controverses qui agitent les esprits. Ils devraient donc réfléchir à deux fois avant d’allumer des incendies.
La gauche est certes dans son rôle lorsqu’elle cherche à faire progresser la société ; elle ne l’est plus lorsqu’elle dégoupille grenade sociétale après grenade sociétale, dans l’espoir – d’ailleurs fondé – d’alimenter la poussée de l’extrême-droite au détriment des partis du centre-droit. Il est pitoyable que le Parti socialiste en soit réduit à de tels artifices, dans un pays où le chômage de masse et le délabrement de nos finances publiques devraient mobiliser 100% des énergies du gouvernement et des élus.
Il est tout aussi pitoyable que l’UMP abdique toute réflexion de fond sur sa ligne doctrinale au profit de vaines querelles de personnes. Résultat, ses responsables n’ont plus aujourd’hui de position commune sur les questions de société ou la place de l’Etat. En l’occurrence, c’est le rôle de l’Etat de lutter contre les inégalités, et celles entre les hommes et les femmes sont encore très importantes en France. Mais ce n’est pas son rôle d’imposer l’enseignement à l’école d’une idéologie particulière, fût-elle d’avant-garde.

mercredi 29 janvier 2014

L’Allemand qui inversa la courbe du chômage

L’Allemand qui inversa la courbe du chômage


Quelle horreur ! François Hollande conseillé par Peter Hartz, le père de la réforme du marché du travail en Allemagne ! L’homme qui a conseillé et inspiré le chancelier Gerhard Schröder, et dont les recettes ont permis de diviser par deux le taux de chômage ! Les cris d’orfraie ont fusé. Pour Jean-Claude Mailly (FO), il est « celui qui a cassé le droit des chômeurs en Allemagne», pour Thierry Lepaon (CGT), il est « le père des minijobs». Pour Florian Philippot (FN), il est «l’homme qui a saccagé les droits des travailleurs». L’Elysée s’est empressé de démentir. Fin de l’histoire.
Quel dommage ! Car en réalité, si François Hollande ne devait avoir qu’un seul collaborateur, ce devrait être lui. Peter Hartz a tout simplement remis l’Allemagne au travail. Il a su bâtir il y a dix ans un consensus entre syndicats et patronat, entre Etat fédéral et Länder, pour affirmer que le chômage de masse (plus de 11% de la population active à l’époque) était un cancer insupportable, que l’Allemagne n’était plus compétitive, que le « traitement social » du chômage avait échoué, et qu’il fallait donc développer une politique de prévention, en rendant plus intéressant le fait de travailler que d’être au chômage. En réhabilitant la responsabilité individuelle plutôt que l’assistanat.
Cette politique a réussi car le chancelier a déployé une volonté politique sans faille pour surmonter des obstacles qui n’étaient pas moins nombreux en Allemagne à l’époque qu’ils ne le sont en France aujourd’hui. Gerhard Schröder et son parti, le SPD, ont payé un prix politique élevé pour cela. Mais la courbe du chômage a été inversée. Pour de bon. Par un dirigeant social-démocrate qui était, aussi, un homme d'Etat.

lundi 20 janvier 2014

Effeuillons le millefeuille

Effeuillons le millefeuille


La France détient le record mondial du nombre de collectivités territoriales. A elle seule, elle compte 40% des municipalités de l’Union européenne. Pour un pays centralisé, c’est un comble. Mais pour un pays en quête d’économies à réaliser, c’est une aubaine. Aux traditionnelles communes, héritées des paroisses du Moyen-Âge, se sont ajoutés à la Révolution les départements, dans les années 60 les régions, et aujourd’hui les intercommunalités et les métropoles. Chaque nouvelle couche est née d’une bonne intention mais dans les faits, chacune accroît les coûts et ajoute un niveau de complexité et de dilution des responsabilités.
Modifier la carte de la France suppose de repenser l’organisation de l’Etat mais aussi ses missions. Aujourd’hui, l’Etat intervient malheureusement sur presque tout et les collectivités locales aussi, créant enchevêtrements, doublons et blocages. Il faut simplifier, en privilégiant la rationalité (plutôt au bénéfice de la région) et la proximité (plutôt au bénéfice des regroupements de communes).
François Hollande a raison d’ouvrir le chantier territorial, de vouloir diminuer le nombre de régions et d’inciter aux fusions de communes. Mais il a tort d’exclure d’emblée l’idée de supprimer les départements, même si les gros contingents de conseillers généraux PS expliquent sans doute le conservatisme présidentiel. Car il suffit de regarder chez nos voisins européens pour constater qu’on peut très bien vivre sans départements. Leur suppression, et la fusion des petites communes, figuraient l’an dernier parmi les principales recommandations adressées à la France par l’OCDE. Voilà une bonne source d’économies à réaliser.

mardi 17 décembre 2013

Merkel se hollandise ; Hollande va-t-il se merkeliser ?

Merkel se hollandise ; Hollande va-t-il se merkeliser ?


Le Parti social-démocrate allemand, dont les militants ont approuvé ce week-end l’alliance gouvernementale avec Angela Merkel, n’a plus grand chose à voir avec celui qui, sous Gerhard Schröder au tournant du siècle, a libéralisé en profondeur le marché du travail. Le SPD de Sigmar Gabriel n’a qu’une idée en tête : faire oublier son dernier passage au gouvernement et les réformes qu’il a alors menées.
En s’alliant avec lui pour son troisième mandat, Angela Merkel a pris le risque de handicaper durablement l’économie allemande. Ainsi, l’instauration d’un salaire minimum devrait, à elle seule, coûter 1 million d’emplois, selon l’institut économique Ifo du Munich. Mais d’un autre côté, la relance de la consommation qui pourrait s’ensuivre, conjuguée au programme d’investissements publics de 23 milliards d’euros sur quatre ans, devrait apporter un ballon d’oxygène à la zone euro. Le Parti socialiste français qui dénonçait il y a huit mois « l’intransigeance égoïste de la chancelière Merkel » ne peut que s’en réjouir.
Le gouvernement de François Hollande et Jean-Marc Ayrault serait cependant bien avisé de répondre aux dernières décisions de Berlin par des avancées courageuses sur la voie des réformes. Car si l’Allemagne peut se permettre aujourd’hui des mesures redistributives, c’est parce qu’elle a pris il y a dix ans des mesures favorables à la croissance. L’inquiétude vis-à-vis de la France exprimée hier par le gouverneur de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, est partagée à Berlin. Les pistes conseillées par le patron de la BCE sont au nombre de trois : restauration de la compétitivité des entreprises et donc allègement des charges, retour à la stabilité fiscale, baisse des dépenses publiques. Quand Angela Merkel se hollandise, Hollande est appelé à se merkeliser. D’urgence.

vendredi 6 décembre 2013

L’Afrique doit être son propre gendarme

L’Afrique doit être son propre gendarme


Même avec l’aval de l’ONU et de l’Union africaine, l’intervention française à Bangui est une aventure militaire sans lendemain, sans réel soutien et sans guère de justification. La Centrafrique est la plus malheureuse de nos ex-colonies africaines. Elle est sous le joug de bandes armées. Les coupeurs de routes, de bras et de jambes s’y livrent à des exactions. Ces faits suscitent la pitié et la compassion. Impliquent-ils pour autant un déploiement de l’armée française ? Et d’ailleurs, pour faire la guerre à qui ? Nos partenaires européens, eux, restent l’arme au pied. Michel Rocard disait en 1989 que la France ne pouvait pas héberger chez elle toute la misère du monde. Elle ne peut pas non plus être le justicier de toutes les atrocités de la planète.
La France n’a pas d’intérêts stratégiques en Centrafrique. Aucun groupe terroriste ne l’utilise comme base arrière contre nous. Aucun génocide ne s’y déroule. Il y a très peu d’expatriés sur place et les grands groupes français s’en désintéressent. En réalité, ce pays est victime d’une gouvernance en faillite, d’une absence d’Etat de droit, de la corruption généralisée et de la cupidité pour ses mines de diamants, d’or et d’uranium. C’est aux grands pays africains d’y restaurer la loi et l’ordre.
L’Afrique, en plein essor, a beaucoup d’atouts pour être le continent de l’avenir. La première condition est qu’elle prenne en main sa sécurité. La France l’a bien compris qui pousse les forces africaines à prendre très vite le relais de son opération à Bangui. Si le sommet Afrique-France qui se tient jusqu’à samedi à Paris pouvait faire avancer cette cause, il n’aurait pas été totalement inutile.