samedi 27 août 2011
Fillon s’en prend au PS
A l’heure du chômage, le Premier ministre a consacré vendredi son premier déplacement de rentrée au thème de l’emploi. Et « taclé » les socialistes.
Après l’annonce jeudi des très mauvais chiffres du chômage pour le troisième mois consécutif et la présentation la veille du plan de rigueur –dont certains craignent qu’il ne casse une croissance déjà faible, François Fillon a sciemment choisi de faire de l’emploi « le » thème de sa rentrée. Cinq ministres l’accompagnaient à Beauvais (Oise) : Xavier Bertrand (Travail), Luc Chatel (Education), Nadine Morano (Apprentissage), Laurent Wauquiez (Enseignement supérieur) et Jeannette Bougrab (Jeunesse). Façon de montrer que le gouvernement tout entier est mobilisé, et que la bataille contre le chômage est plus que jamais l’une de ses priorités. Au même titre que la lutte contre les déficits.
Sous un temps automnal, le Premier ministre s’est arrêté dans les travées de l’entreprise d’électricité Telecoise, qui mise avec succès sur l’apprentissage. C’est l’un des leviers d’action sur lesquels l’exécutif entend mettre l’accent pour développer l’emploi. « Nous avons l’objectif d’avoir 800.000 jeunes en alternance en 2015 », a affirmé Fillon.
Devant un parterre d’élus UMP rassemblés à la mairie de Beauvais, François Fillon est longuement revenu sur la situation « difficile », et il a attribué les difficultés d’emploi à une « population active de plus en plus nombreuse, et à une forte démographie ». Il s’est ensuite montré préoccupé par les jeunes. « En cette période, notre jeunesse est en droit de s’interroger sur son avenir », a-t-il lancé. Et de dérouler quelques mesures spécifiques, malgré une marge de manœuvre financière étroite.
Des fleurs pour Woerth
Pour ne pas être accusé de grever encore un peu plus le budget de l’Etat, il est revenu sur la philosophie de ces dispositifs : « Ce ne sont pas des allocations financées sur l’endettement ni des idées démagogiques, mais des mesures concrètes », a-t-il déclaré. Puis il a insisté : « On n’a pas le droit de mentir à la jeunesse et de lui promettre tout et n’importe quoi. »
Alors que les ténors du PS sont réunis à La Rochelle, le Premier ministre leur a lancé quelques messages, endossant pour l’occasion son costume préféré de politique responsable et crédible : « Présenter les mesures, ce n’est pas le rôle le plus agréable, mais je le préfère à celui qui consiste à combattre la réforme des retraites. » Après avoir salué l’ex-ministre et désormais député UMP Eric Woerth – présent dans la salle – comme « l’artisan de la réforme des retraites si importante », il a enfoncé le clou : « Tant que l’opposition n’aura pas reconnu la nécessité d’une telle réforme, son discours sur la réduction des déficits n’aura aucune crédibilité. »
Apothéose
Dans France-Soir, hier, notre envoyée spéciale à New York, Sandrine Briclot, expliquait que Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel, risquait maintenant son emploi, des poursuites judiciaires pour avoir menti, voire l’expulsion des Etats-Unis. Telle serait l’apothéose de l’affaire Strauss-Kahn dont La Fontaine reste le meilleur chroniqueur : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Puisque M. Strauss-Kahn est désormais libre et que l’on ne risque plus de tirer sur une ambulance, on peut librement se prononcer, voire s’indigner, quand on entend Martine Aubry déclarer que « la preuve est faite que cet acte de viol n’a pas eu lieu ». Je me bornerai à citer quelques déclarations de journalistes entendues sur les radios ou télés depuis 48 heures.
Serge July, ex-directeur de Libération : « Contrairement à ce que disent certains socialistes, DSK n’est pas blanchi, la justice américaine n’a pas dit qu’il est innocent. »
Nicole Bacharan, spécialiste des Etats-Unis : « On ne peut pas dire que DSK a été blanchi, il n’aurait pu l’être que par un jury, moi je ne sais toujours pas si cette femme a été violée. »
Hervé Chabalier, fondateur de l’agence Capa : « C’est une justice qui ne résout pas l’affaire, la suspicion restera pour nombre de gens. »
Patrick Poivre d’Arvor : « La tache existe et restera toujours. »
Christophe Hondelatte, de Faites entrer l’accusé : « Moi, je ne sais pas s’il est innocent. »
Yves Tréard, du Figaro : « Il n’est ni blanchi ni réhabilité. »
Ghislaine Ottenheimer, de Challenge : « Il y a un doute. »
On pourrait multiplier les commentaires de ces journalistes de haut niveau. Mme Aubry a de la chance d’avoir la foi du charbonnier, mais elle est bien seule.
Primaires pliées au PS ?
François Hollande est-il en passe de gagner les primaires socialistes du mois d’octobre ? C’est l’opinion qui prévaut chez de nombreux responsables socialistes avant l’université d’été de La Rochelle.
D’abord, il y a les chiffres des sondages : non seulement M. Hollande fait la course en tête depuis l’autodestruction de DSK, mais son avance s’accroît sur ses rivaux, au point de devenir irréversible. Selon la dernière enquête Harris Interactive, François Hollande augmente le différentiel avec Martine Aubry chez les sympathisants de gauche, 42 % pour lui, 28 % pour elle, mais il décolle aussi chez les sympathisants socialistes où il obtient 49 % contre 30 % à l’ancienne première secrétaire. C’est un véritable décrochage pour Martine Aubry qui espérait combler son retard pendant l’été et qui a multiplié les initiatives, avec interview au 20 heures de TF1 et lettre aux électeurs. Certains fabiusiens proches de Mme Aubry déplorent en privé son décrochage et l’absence de dynamique politique en sa faveur.
Est-ce pour autant plié en faveur de François Hollande ? Pas tout à fait, il reste 50 jours de campagne pour les primaires, mais déjà l’exercice de comparaison entre les candidats pour être le meilleur adversaire face à Nicolas Sarkozy joue en faveur de François Hollande. Le choix des électeurs qui voteront aux primaires se fera davantage, semble-t-il, sur la personnalité du futur champion de la gauche que sur les mesures contenues dans les programmes. Pour Martine Aubry, le fait d’avoir remplacé au pied levé Dominique Strauss-Kahn, qu’elle s’apprêtait à soutenir, n’est pas du tout un avantage et l’appui éventuel de DSK ne pourrait que lui être fatal.
Le jeu des cinq familles socialistes
Dans la vie du PS, l'Université d'été de La Rochelle est à la fois un petit théâtre où s'exercent les rivalités, et une grand-messe où l'on scande les vertus de l'unité et les espoirs de conquête. Rarement elle aura été aussi semée d'embûches et eu autant valeur de test de crédibilité. La première raison - déjà, les crispations sont palpables - est qu'elle marque l'entrée en scène des cinq candidats à l'investiture. Ils sont engagés dans une primaire qui pousse plus à la division qu'au rassemblement. Une compétition qui les oblige à afficher leurs différences sans trahir le projet du parti, avec le risque que les chicayas l'emportent sur le débat d'idées. C'est source de confusion, quand bien même l'ouverture s'est déroulée dans une ambiance somme toute feutrée. La deuxième raison tient au mano a mano entre une patronne du PS reléguée au rang de challenger, et François Hollande, l'outsider promu favori. Martine Aubry n'a plus le choix, elle doit faire décoller une campagne largement parasitée. Enfin, la crise financière condamne le PS à adapter, sinon à revoir, son projet, et donc à sortir du brouillard programmatique. Les sondages le disent à l'envi : les Français souhaitent une victoire de la gauche mais ils ne font pas plus confiance aux socialistes qu'à Sarkozy pour les sauver de la crise. C'est une épreuve de responsabilité qui attend le PS ce week-end, sa « présidentiabilité » qui se joue. Il ne faudra pas désespérer le peuple de gauche, ni se tromper d'adversaire. Si l'esprit d'unité ne devait être qu'un slogan lénifiant et ce rendez-vous un hymne à la fraternité, comme dirait Royal, qui sonne faux, alors les Français sauraient s'en souvenir.
Un parfum de crise
Et si l’Allemagne à son tour faisait défaut en pleine tourmente financière, en réduisant à néant les plans de sauvetage laborieusement établis pour la Grèce et les autres pays en difficulté, jusqu’à refuser le Fonds européen de stabilité (FESF) ? Non pour des raisons économiques: notre voisin reste de loin le meilleur élève de la classe européenne. Mais par malaise politique proche de la crise gouvernementale.
D’abord, il y a eu l’admonestation du président fédéral Wulff dénonçant la Banque centrale de Francfort qui outrepasserait son mandat et renierait son indépendance en rachetant les obligations des sinistrés de la zone euro... avec l’aval tacite du gouvernement Merkel. Des critiques inattendues de la part d’un personnage normalement réduit aux fonctions protocolaires, chrétien-démocrate de surcroît. Mais elles reflètent une opinion largement partagée outre-Rhin: l’Allemagne payerait pour les autres, dans une zone euro qui se transformerait en «union de transfert», contrairement au traité de Lisbonne, contrairement aux textes fondateurs de la monnaie unique. D’où plusieurs requêtes déposées auprès de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Elle doit commencer à se prononcer en novembre, laissant planer une épée de Damoclès sur tout le système politique : voir s’installer un «gouvernement des juges».
A cette inconnue s’ajoute la grogne de nombreux députés CDU/CSU-FDP. La chancelière prendrait de plus en plus d’engagements, encore le 16 août à Paris auprès de Nicolas Sarkozy, sans le Bundestag. Or l’Allemagne est une pure démocratie parlementaire où le poids de l’assemblée fédérale pèse lourd. Cette grogne pourrait déjà se manifester fin septembre, lors du vote sur le fameux FESF...
Plus inattendue était la volée de bois vert administrée par l’ancien chancelier Helmut Kohl à celle qu’il appelait sa «gamine». Il a fallu que cet octogénaire en ait vraiment gros sur le cœur pour sortir de sa réserve ! Helmut Kohl reproche à la chancelière son manque de solidarité européenne («elle casse mon Europe») et au gouvernement actuel de naviguer «sans boussole», en citant aussi les sacrifices que lui a su consentir pour la réunification allemande. Et en vilipendant la politique étrangère de Berlin qui dans l’affaire libyenne s’est désolidarisée de Paris et de Washington, les alliés traditionnels de l’Allemagne.
Evidemment, pour l’opposition SPD-Grünen portée par les sondages, cette polémique est pain bénit. Bien que le SPD accuse à son tour Angela Merkel de «trahir l’héritage de Konrad Adenauer et de Willy Brandt», l’idée d’une «grande coalition» n’est plus à exclure, au cas où la chancelière se débarrasserait de son insignifiant allié libéral (lire ci-dessous). Les sociaux-démocrates plaident pour une Europe – et une zone euro – plus solidaire et ne rejettent pas, pour sortir de la crise des dettes, les «euro-obligations» honnies par le FDP et les ultras du camp chrétien-démocrate.
Mais Angela Merkel qui a toujours su écarter ses rivaux et mettre au pas ses grognards n’a pas dit son dernier mot. On verra lors de la prochaine plénière du Bundestag. En attendant, l’ambiance reste électrique...
Et si l’Allemagne à son tour faisait défaut en pleine tourmente financière, en réduisant à néant les plans de sauvetage laborieusement établis pour la Grèce et les autres pays en difficulté, jusqu’à refuser le Fonds européen de stabilité (FESF) ? Non pour des raisons économiques: notre voisin reste de loin le meilleur élève de la classe européenne. Mais par malaise politique proche de la crise gouvernementale.
D’abord, il y a eu l’admonestation du président fédéral Wulff dénonçant la Banque centrale de Francfort qui outrepasserait son mandat et renierait son indépendance en rachetant les obligations des sinistrés de la zone euro... avec l’aval tacite du gouvernement Merkel. Des critiques inattendues de la part d’un personnage normalement réduit aux fonctions protocolaires, chrétien-démocrate de surcroît. Mais elles reflètent une opinion largement partagée outre-Rhin: l’Allemagne payerait pour les autres, dans une zone euro qui se transformerait en «union de transfert», contrairement au traité de Lisbonne, contrairement aux textes fondateurs de la monnaie unique. D’où plusieurs requêtes déposées auprès de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Elle doit commencer à se prononcer en novembre, laissant planer une épée de Damoclès sur tout le système politique : voir s’installer un «gouvernement des juges».
A cette inconnue s’ajoute la grogne de nombreux députés CDU/CSU-FDP. La chancelière prendrait de plus en plus d’engagements, encore le 16 août à Paris auprès de Nicolas Sarkozy, sans le Bundestag. Or l’Allemagne est une pure démocratie parlementaire où le poids de l’assemblée fédérale pèse lourd. Cette grogne pourrait déjà se manifester fin septembre, lors du vote sur le fameux FESF...
Plus inattendue était la volée de bois vert administrée par l’ancien chancelier Helmut Kohl à celle qu’il appelait sa «gamine». Il a fallu que cet octogénaire en ait vraiment gros sur le cœur pour sortir de sa réserve ! Helmut Kohl reproche à la chancelière son manque de solidarité européenne («elle casse mon Europe») et au gouvernement actuel de naviguer «sans boussole», en citant aussi les sacrifices que lui a su consentir pour la réunification allemande. Et en vilipendant la politique étrangère de Berlin qui dans l’affaire libyenne s’est désolidarisée de Paris et de Washington, les alliés traditionnels de l’Allemagne.
Evidemment, pour l’opposition SPD-Grünen portée par les sondages, cette polémique est pain bénit. Bien que le SPD accuse à son tour Angela Merkel de «trahir l’héritage de Konrad Adenauer et de Willy Brandt», l’idée d’une «grande coalition» n’est plus à exclure, au cas où la chancelière se débarrasserait de son insignifiant allié libéral (lire ci-dessous). Les sociaux-démocrates plaident pour une Europe – et une zone euro – plus solidaire et ne rejettent pas, pour sortir de la crise des dettes, les «euro-obligations» honnies par le FDP et les ultras du camp chrétien-démocrate.
Mais Angela Merkel qui a toujours su écarter ses rivaux et mettre au pas ses grognards n’a pas dit son dernier mot. On verra lors de la prochaine plénière du Bundestag. En attendant, l’ambiance reste électrique...
Vers un idéal qui rassemble
« Jette-leur du grain, ils se battront. Fais-les construire une cathédrale, ils s'uniront » (Saint-Exupéry).
N'est-ce pas un peu ce qui nous arrive avec cette société de consommation qui produit énormément et gaspille à tout va ? N'est-ce pas cela qui attise les convoitises, provoque les surenchères funestes autant que les frustrations redoutables ? En effet, dans cette course, il y a les gagnants qui peuvent profiter de nombreux biens et facilités, mais aussi les perdants qui vont, tôt ou tard, tenter de s'en emparer par la ruse ou par la violence.
C'est un peu ce que l'on a vu se produire dans nos sociétés riches : combien de pillages lors de manifestations tournant à l'émeute, ces dernières années à Londres, Paris, Los Angeles, etc. C'est ainsi que l'on voit se déliter la cohésion sociale et se renforcer les individualismes, en même temps que s'accroissent les peurs et le sentiment d'insécurité.
Ce que l'on constate aussi à l'intérieur de nos sociétés occidentales commence à attiser les rivalités et les divisions d'un pays à l'autre, ainsi qu'entre les sociétés riches du Nord et celles du Sud moins développées.
Tout cela est renforcé par la mondialisation qui, du coup, est fortement critiquée, au point que certains en appellent à une sorte d'hypothétique repli sur soi, avec fermeture plus ou moins hermétique des frontières aux produits et aux ressortissants étrangers.
Un grand projet
Quelles cathédrales faudrait-il donc bâtir, aujourd'hui, pour rassembler les citoyens dans un effort commun auquel chacun serait appelé à contribuer selon ses qualités et ses compétences, pour l'amélioration du sort de tous ? Répondre à cette question est d'autant plus urgent que la crise actuelle est plus lourde de menaces en tout genre.
Bien sûr, nous vient à l'esprit l'Union européenne, ce merveilleux et considérable projet qui, peu à peu, a pris forme en soixante ans. Il paraît malheureusement un peu essoufflé aujourd'hui ; moins enthousiasmant car, au lieu de constater les avancées, on y voit surtout des problèmes. Certes, ces problèmes existent en Europe comme dans le monde entier, où nous ressentons de plus en plus directement des soubresauts.
Mais appeler à la « démondialisation », comme on l'entend de plus en plus ces temps-ci, ne résoudra rien, bien au contraire. D'abord parce que la « démondialisation » ne se décrète pas plus que la mondialisation ne le fut. Celle-ci est une résultante de l'ensemble des évolutions techniques et relationnelles à travers les moyens de transport rapides et les réseaux de communication instantanée qui couvrent la planète et atteignent les lieux les plus reculés, les moins accessibles. Cela ne s'arrêtera pas, même si un pays ou un groupe de pays tente de sortir du jeu planétaire.
Dans cette mondialisation, l'Europe est une réalité toute nouvelle. C'est le moment de lui donner vie davantage. C'est-à-dire plus de présence aux hommes d'aujourd'hui, plus d'audace dans les réformes du système financier mondial, plus de rigueur dans la gestion, plus de liens avec les autres pays, plus de soutien des pays pauvres où l'on meurt encore de faim.
Voilà les cathédrales que notre siècle devrait construire, pour que l'homme, tout homme, tous les hommes, grandissent sur les chemins de la montée humaine.
La revue Études va consacrer son numéro de septembre à ces questions. 14, rue d'Assas, 75006 Paris.
Les plus belles planques de la République
Malgré la crise et les déficits publics, les favoris du pouvoir continuent à décrocher des jobs tranquilles et bien payés.
Il est vrai que cette militante RPR depuis 1983 avait depuis longtemps abandonné sa blouse blanche et ses seringues pour être nommée chargée de mission auprès de Nicolas Sarkozy, alors secrétaire national à la jeunesse du parti. Devenue plus tard attachée de presse, puis conseillère parlementaire, Isabelle Deleu était ces derniers temps en poste au cabinet de Christine Lagarde, à Bercy. Son agenda est aujourd’hui nettement moins chargé : début juillet, elle ne s’était toujours pas installée dans son nouveau bureau et le standard indiquait ignorer sa date d’arrivée.
Bah ! Cette chanceuse n’est pas la première à trouver refuge dans une planque de la République : voilà des lustres qu’amis et obligés du pouvoir se font offrir des jobs pas trop harassants et souvent très bien payés. Avec, en prime, la garantie de l’emploi et une retraite aux petits oignons. Dans un contexte de crise et de chasse aux déficits publics, ce favoritisme passe de plus en plus mal dans l’opinion, comme l’a montré l’affaire Ferry. Certes, en signant à tour de bras des décrets nommant ses protégés dans la haute fonction publique, Nicolas Sarkozy ne fait que perpétuer la pratique du «tour extérieur», largement répandue sous Mitterrand et Chirac. «Après tout, il est normal d’ouvrir les grands corps à d’autres profils que les énarques, commente le député socialiste René Dosière, grand pourfendeur des gaspillages de l’Etat. Mais encore faudrait-il que les personnalités choisies possèdent les compétences requises.»
Ce n’est pas toujours le cas… Ainsi, en dépit de l’avis défavorable émis le 10 janvier par une commission d’aptitude, Dominique Tiberi, le fils de l’ancien maire de ¬Paris, a été catapulté contrôleur général économique et financier, comme notre infirmière. A en croire les mauvaises langues, François Fillon, qui rêve de conquérir la mairie de Paris aux prochaines municipales, aurait ainsi voulu se ménager le soutien de Jean Tiberi.
Encore faudrait-il aussi que les emplois publics généreusement distribués ne soient pas fictifs. Agacé par de fréquentes dérives, Didier Migaud, le président de la Cour des comptes, n’a pas hésité à écrire à François Fillon, il y a quelques mois, pour s’interroger sur la réalité du travail fourni par deux inspecteurs généraux de l’Education nationale nommés au tour extérieur. En dix-huit ans, Jean Germain, actuel maire PS de Tours, n’a pondu que dix courtes lettres manuscrites et un mince rapport.
Quant à l’élu UMP guyanais Léon Bertrand, ex-ministre du Tourisme sous la présidence Chirac, il a attendu dix-huit mois pour se rendre à une réunion de travail de son corps d’inspection, en 2009. Il était temps : quelques jours plus tard, il était mis en examen pour «délit de favoritisme et corruption passive». Le coup de semonce de la Cour des comptes n’y changera sans doute rien : dans les allées du pouvoir, de multiples occasions permettent d’obtenir de belles planques.
Les premiers servis ? Ceux qui, comme Léon Bertrand, ont perdu leur job à la suite d’un remaniement. Conseillers obscurs mais dévoués de ministres en vue, ils sont des dizaines à obtenir le Graal : un poste de haut fonctionnaire, comme les vrais énarques. Benoît Parayre, titulaire d’un Deug de philosophie, a ainsi été nommé, en décembre dernier, inspecteur général de l’administration du développement durable. Fidèle collaborateur de Jean-Louis Borloo, dont il était le conseiller presse depuis 2005, il a pu profiter à plein du départ du gouvernement de son patron. En quittant leurs fonctions, les ministres eux-mêmes ont aussi droit à des lots de consolation. Roger Karoutchi, ex-secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, peut en témoigner. Quelques semaines à peine après son éviction du gouvernement, il s’est vu offrir le poste d’ambassadeur auprès de l’OCDE. «Ne croyez pas que je me tourne les pouces toute la journée ! Je prends mon job très au sérieux», se défend-il.
Il n’est pas le seul à profiter des largesses du corps diplomatique : à son grand dam, le Quai d’Orsay doit régulièrement ouvrir aux recasés du pouvoir ses postes peu stratégiques, mais garantis sans soucis. Xavier Darcos en sait quelque chose. Après avoir quitté le ministère du Travail en mars 2010, pour cause de défaite aux régionales, il a commencé par exiger la présidence du château de Versailles, occupée par l’ex-ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon. Ce dernier s’étant défendu comme un beau diable, Darcos a dû se rabattre sur un poste d’«ambassadeur pour l’action culturelle extérieure de la France». Avant de prendre la présidence de l’Institut de France, la nouvelle vitrine internationale tricolore lancée au début du mois de janvier.
Autre ministre en rupture de gouvernement, Rama Yade a, elle aussi, trouvé un havre au Quai. Un mois après avoir été remerciée par Sarkozy, elle a été propulsée, en décembre dernier, ambassadrice auprès de l’Unesco à Paris. Avant d’être contrainte de démissionner par son ministre de tutelle, Alain Juppé, pour cause de soutien trop affiché à Jean-Louis Borloo. Cette effrontée aurait mieux fait de refuser d’emblée cette -faveur empoisonnée… A noter que les sinécures du Quai ne font pas forcément saliver tout le monde. Ainsi, Fadela Amera, qui s’était vu proposer à sa sortie du gouvernement un poste d’ambassadrice auprès de l’Union pour la Méditerranée, dont le siège est à Barcelone et l’activité en sommeil, a balayé l’offre d’un revers de main : elle a préféré se faire nommer par décret inspectrice générale des Affaires sociales.
Mais laissons là les hochets diplomatiques. Pour se faire recaser, les pistonnés du pouvoir peuvent aussi compter sur les commissions de réflexion et autres comités Théodule. Le Conseil d’analyse de la société, l’un des innombrables organismes publics consultatifs, a ainsi été créé sur mesure en 2004 pour son président, l’ex-ministre de l’Education Luc Ferry. En plus de ses livres, chroniques et autres conférences tarifées dans les entreprises ou congrès divers, le philosophe a pu cumuler cette nouvelle fonction avec un siège au Conseil économique et social.
Au Palais d’Iéna, personne ne se souvient cependant l’avoir jamais aperçu durant son mandat de cinq ans, achevé en décembre dernier. Sans la tempête médiatique qu’il a lui-même déclenchée en juin dernier, le philosophe continuerait aussi à être payé par la fac Paris-VII (4 500 euros mensuels), où il était officiellement dispensé de cours pour cause de détachement au Conseil d’analyse de la société. Une planque peut en cacher une autre… On le sait, Matignon a accepté de rembourser les sommes versées par l’université Paris-Diderot, l’employeur du philosophe fantôme.
Faut-il toujours être un chouchou du pouvoir ou un petit soldat méritant des cabinets ministériels pour bénéficier de placards dorés ? Même pas. Ceux qui agacent et font des bourdes parviennent, eux aussi, à décrocher des avantages, pourvu qu’ils débarrassent le plancher. Ainsi l’ancien ministre de la Santé, Jean-François Mattéi, coupable d’avoir mal géré la canicule de l’été 2003. Pour le consoler de l’avoir congédié comme un laquais du gouvernement, Jacques Chirac l’a expédié au Conseil d’Etat, en service extraordinaire. Il y pointe toujours.
Pas à plaindre non plus, Gilles Dufeigneux, l’ex-chef adjoint de cabinet de François Fillon à Matignon. En septembre dernier, ce sanguin avait dû démissionner après avoir insulté des policiers lors d’un contrôle d’alcoolémie. Quelques semaines plus tard, il a été propulsé délégué interministériel aux grands événements sportifs. Ce qui entraîna au passage un jeu de chaises musicales : ce poste envié était en effet occupé par un autre proche de François Fillon, Frédéric Jugnet, président du club de basket de Sablé-sur-Sarthe, ville dont le Premier ministre a longtemps été maire. Qu’à cela ne tienne : ce prof de gym est entré à l’inspection générale de la Jeunesse et des Sports, où il gagne 6 000 euros net par mois. Il y est, paraît-il, très bien dans ses baskets.
Olivier Drouin
Le très confortable Conseil économique et social
Ce Conseil ne sert à rien, il faudrait le supprimer», fulmine le député UMP Hervé Mariton. Que les 233 membres de l’assemblée consultative se rassurent : leur institution, rebaptisée en 2008 Conseil économique, social et environnemental (Cese), n’est pas près de disparaître. Non que nos gouvernants se passionnent pour les débats des représentants syndicaux, patronaux ou associatifs qui y somnolent. Mais parce que le Cese est bien pratique pour distribuer les récompenses : l’Elysée peut y nommer 40 amis tous les cinq ans au titre de «personnalités qualifiées». Parmi les heureux PQ (comme on les appelle au Palais d’Iéna) de la dernière fournée figurent ainsi quelques cas édifiants : Hervé Marseille, maire UMP de Meudon, récompensé pour avoir laissé sa place à Jean Sarkozy au conseil d’administration de l’Epad ; Danièle Dussaussois, ex-élue des Hauts-de-Seine, remerciée pour avoir cédé sa place aux dernières cantonales à Isabelle Balkany (qui a été battue) ; ou encore l’ancien conseiller de l’Elysée Pierre Charon, reconduit pour cinq ans dans la noble institution bien qu’il y mette rarement les pieds. Pour leurs excellents services (quelques-uns y travaillent vraiment), tous perçoivent une indemnité de 3 800 euros brut par mois.
Conseil supérieur de l’audiovisuel : 10.000 euros net par mois
Christine Kelly : Auteur de l’hagiographie «François Fillon, le secret et l’ambition», l’ex-journaliste de LCI est devenue en 2009 membre du CSA pour une durée de six ans.
Francine Mariani : Epouse du patron de Dexia, proche de Sarkozy, cette énarque, nommée conseillère d’Etat au tour extérieur, a été choisie par le président pour siéger au CSA.
Contrôle général économique et financier : 8.000 euros net par mois
Isabelle Deleu : Cette conseillère de Christine Lagarde a eu de la chance : trois mois avant le départ au FMI de l’ex-ministre, elle avait été nommée au tour extérieur dans un grand corps de l’Etat.
Dominique Tiberi : Malgré l’avis défavorable d’une commission d’évaluation, le conseiller municipal et fils de Jean Tiberi a été bombardé par décret contrôleur général de 1re classe.
Conseil d’Etat : 7.500 euros net par mois
Arno Klarsfeld : L’ex-avocat et conseiller à Matignon n’a jamais été un bourreau de travail. Nommé au Conseil d’Etat en octobre 2010, il n’y vient que par intermittence.
Inspection générale des affaires sociales : 6.500 euros net par mois
Fadela Amara : Non reconduite au gouvernement, l’ex-présidente de Ni putes ni soumises a été nommée par décret en janvier dans l’un des grands corps d’inspection de l’Etat.
Inspection générale de l’éducation nationale : 4.500 euros net par mois
Fabrice Larché : Ex-chef de cabinet de Valérie Pécresse à l’Enseignement supérieur, il a été nommé par décret en 2007 à l’aca-
démie de Paris. Une décision fustigée par la Cour des comptes.
Christophe Borgel : Cet élu socialiste bénéficiait d’un emploi de complaisance comme inspecteur de l’académie de Paris.
Il a pu régulariser sa situation en passant un simple oral.
Conseil économique et social : 3.800 euros brut par mois
Maud Fontenoy : Très appréciée de Sarkozy, la navigatrice avait décliné un poste au gouvernement en 2007. Mais,
entre deux voyages, elle ne refuse pas de venir siéger au Palais d’Iéna.
Pierre Charon : Renouvelé pour un mandat de cinq ans, l’ex-conseiller de Sarkozy est aussi président du domaine de Chambord et chargé de mission au Grand Paris.
Au revoir et merci, Steve Jobs
L'un des hommages les plus remarqués après l'annonce du départ, jeudi 25 août, de Steve Jobs de son poste de PDG d'Apple pour raisons de santé a été rendu par un homme qui lui a donné beaucoup de fil à retordre : Paul Allen, cofondateur, avec Bill Gates, de Microsoft, éternel rival d'Apple. Paul Allen, qui avait lui-même dû quitter Microsoft dans les années 1980 pour combattre un cancer, a salué en Steve Jobs "l'un des plus grands innovateurs de notre industrie".
Ce ne sont pas les quelque 110 millions d'utilisateurs d'iPhone, ni les 300 millions de paires d'oreilles branchées sur la musique de leur iPod, ni les heureux propriétaires du dernier-né des produits Apple, la tablette iPad, ni même ceux qui ont découvert les joies de la souris reliée à l'ordinateur personnel grâce au premier Macintosh, lancé en 1984, qui le contrediront.
Grand innovateur de la technologie informatique, comme ses deux compatriotes de la Côte ouest Bill Gates et Paul Allen, Steve Jobs a aussi été un génie du marketing et du design, un visionnaire et un révolutionnaire. Il est l'homme qui a tiré d'une technologie complexe et – malgré toute l'agilité de la souris – rébarbative des objets de consommation de masse simples, ludiques, lumineux, et formidablement utiles.
Il est aussi le patron qui a, dans un retournement spectaculaire, sorti de l'ornière à partir de 1997 une entreprise emblématique de la Silicon Valley dont il s'était fait éjecter douze ans plus tôt par des financiers. Cette même entreprise qu'il avait fondée, à l'âge de 21 ans, avec Stephen Wozniak, autre génie de l'informatique, est aujourd'hui, grâce à lui, un colosse financier de 350 milliards de dollars, dont la capitalisation a même dépassé un moment celle du géant pétrolier Exxon.
A tous ces égards, dans la lignée de Thomas Edison ou d'Henry Ford, Steve Jobs symbolise l'excellence de l'innovation américaine et le génie qui a donné ses lettres de noblesse à la Silicon Valley. Avec, aussi, l'arrogance qui caractérise parfois les capitaines d'industrie américains : ses détracteurs lui reprochent un penchant de plus en plus autoritaire et, peut-être accentuée par la maladie, une obsession du contrôle. Sous son impulsion, Apple est devenu un partenaire impitoyable en affaires, profitant au maximum de sa position de supériorité sur le marché.
Nul ne sait encore si l'état de santé de cet homme de 56 ans, atteint d'une forme rare de cancer du pancréas, lui permettra de continuer à inspirer les talentueuses équipes d'Apple. Steve Jobs a conservé le titre de président, et son successeur, Tim Cook, a déjà tenu les rênes de l'entreprise avec succès lors des précédentes absences du PDG. Le charisme et la magie personnelle de Steve Jobs vont, bien sûr, cruellement manquer à la "firme à la pomme".
Mais on peut aussi parier que, en bon chef d'entreprise et se sachant malade depuis huit ans, Steve Jobs a mis en place le dispositif susceptible de perpétuer le succès d'une société qui, à l'ère de la mondialisation, a révolutionné la vie de dizaines de millions de gens à travers la planète.
Femmes ne devenez pas des hommes comme les autres !
Caroline de Haas nous offre, dans une tribune parue récemment dans le Monde.fr, une longue et laborieuse argumentation destinée à écraser définitivement les derniers "sursauts réactionnaires" - entendez par là l'opinion des malheureux catholiques qui n'ont pas la chance de penser comme elle. Désormais, c'est l'Eglise qu'on met à l'index, avec une rhétorique digne des plus belles caricatures de l'Inquisition. Le sous-titre de cet écrit - "Existe-t-il des pseudo-essences féminine ou masculine ?" - annonce parfaitement l'ouverture intellectuelle de la discussion qu'il propose. Quand une question contient autant sa propre réponse, on croirait lire un petit catéchisme totalitaire...
Mais pourquoi faudrait-il, pour être sûr de l'établir définitivement, confondre cette égalité indéniable avec une identité plus que douteuse ? Pourquoi faudrait-il, pour assurer que la femme n'est pas inférieure à l'homme, s'évertuer à démontrer qu'elle n'est pas différente de lui ? Pourquoi fragiliser un combat aussi légitime, une démonstration aussi solide, en voulant le fonder sur un raisonnement aussi absurde ? Oui, l'homme n'est pas une femme, la femme n'est pas un homme. Alors que notre société prend conscience, enfin, de la nécessité de respecter vraiment la nature telle qu'elle est, de renoncer à la modeler selon les excès de son désir de toute-puissance, pourquoi ne pas respecter notre propre nature, telle qu'elle est, sans chercher à la nier ? On condamnerait à raison une entreprise qui, pour exploiter une nappe de pétrole, chercherait à cacher l'existence des différentes espèces qu'elle mettrait en danger ; de la même façon, poursuivre le projet politique de l'homoparentalité, par exemple, n'autorise personne à nier la réalité naturelle de la différence sexuelle. Oui, l'homme est la femme sont différents ; ne soyons pas indifférents à cette dualité essentielle de notre nature, sachons au contraire l'apprivoiser, l'aimer, comme nous apprenons à respecter et à admirer la nature telle qu'elle est.
Egalité ne veut pas dire nécessairement identité ; pour tomber dans cette confusion élémentaire, Caroline de Haas fragilise son beau combat, et tombe souvent à côté de la plaque. Elle veut prouver que nous avons les mêmes cerveaux, également réceptifs à la culture ambiante ; personne n'en doute... Mais nous ne sommes pas que des cerveaux ! L'être humain est un corps, doté de sa part d'animalité, d'instinct, de sensibilité ; et ce corps est sexué. Cette réalité physique ne dépend pas de notre culture. Partageant une égale rationalité, comment ne pourrions-nous pas reconnaître que l'homme et la femme sont génétiquement, organiquement, charnellement différents ? Et de même que la biodiversité est reconnue comme un patrimoine à protéger, pourquoi ne pas regarder cette différence comme un trésor à protéger et à découvrir ?
Reconnaître l'évidence biologique, et l'expérience psychologique, de la différence des sexes, n'empêche pas d'affirmer leur égalité, bien au contraire. Méfions-nous : le combat du gender pour affirmer une identité illusoire pourrait bien constituer, par une ruse de l'histoire, la victoire paradoxale de la phallocratie, et apporter une réussite encore jamais atteinte aux forces d'aliénation de la femme. Lorsque le féminisme en vient à nier l'existence de la femme, on est en droit de se demander qui y gagne dans son long et légitime combat. Lorsque Caroline de Haas exige que la femme soit considérée comme identique à l'homme, elle renonce à construire un modèle d'individualité propre, autonome, et se laisse finalement aliéner par le modèle masculin, succombant à l'ancestrale prédominance qu'elle dénonce. La liberté de la femme ne consiste pas à ne pas pouvoir être elle-même !
Le féminisme du gender partage le projet du machisme le plus inégalitaire : fermer toute possibilité de dialogue. Je n'ai rien à échanger avec celui qui m'est identique, comme avec mon inférieur. Dans l'un et l'autre cas, rien à apprendre, rien à recevoir – rien à donner non plus. Mais de l'être qui est mon égal sans être identique à moi-même, de celui-là seulement, je désire la relation, car elle est la promesse d'une découverte et d'un enrichissement mutuel. Femmes, vous nous fascinez pour ce que vous êtes ; notre différence est le difficile trésor qu'il nous appartient d'apprivoiser ensemble. Pour y parvenir, reconnaître et vivre notre égalité est une nécessité concrète ; mais proclamer notre identité serait notre commun échec. Femmes, ne vous laissez pas aliéner, ne devenez pas des hommes comme les autres !
Helmut Kohl fait la leçon à Angela Merkel
Partenaire infidèle, politique fautive : dans une interview au bimestriel allemand Internationale Politik, l'ancien chancelier allemand Helmut Kohl déplore le manque de prévisibilité de la politique (intérieure et extérieure) allemande sous Angela Merkel. Le "chemin clair" suivi par l'ancien Chancelier vers la réunification et l'intégration européenne chancelle: Nous "risquons de tout perdre aujourd'hui", prévient Kohl. Nous devons retrouver notre fiabilité d'antan. Les relations transatlantiques, l'Europe unifiée et l'amitié franco-allemande sont "des piliers élémentaires. Si nous perdions cet ancrage, les conséquences seraient catastrophiques."
L'ancien chef du gouvernement constate un "degré effrayant de manque de courage" et se déclare convaincu que "les grandes transformations du monde actuel ne sauraient excuser le manque de vision et d'idées sur le camp à qui on appartient, et la direction que l'on veut prendre", critiquant de manière indirecte son successeur et ancienne protégée Angela Merkel. Pour remplir un rôle de leader européen, il faut de la passion et de la dureté : "Si on ne les a pas, on n'est pas à sa place". A propos de la crise grecque, Helmut Kohl considère que "on ne doit même pas se poser la question de savoir si l'on est solidaire avec la Grèce." "Si j'avais été Chancelier, je n'aurais pas donné mon accord à l'entrée de la Grèce dans la zone euro sans réformes fondamentales dans ce pays", assure l'ancien dirigeant. "Avec moi, l'Allemagne n'aurait pas violé les critères de stabilité de l'euro. Ces fautes ont été commises. Mais la bonne nouvelle est qu'elles sont réparables. Toutefois, nous ne devons pas faire comme si c'était uniquement une question d'argent. L'Europe dans la crise a besoin d'un paquet de mesures préventives, pas idéologiques par lequel on peut remettre l'euro sur le droit chemin et assurer son avenir."
Pour l'instant, il est difficile d'évaluer l'impact de ces critiques sur les débats au sein de la CDU. Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, traditionnellement proche du parti chrétien-démocrate, Helmut Kohl a réclamé "des points de vue et des principes" clairs, car le parti n'apporte aucune réponse à la question de savoir "si quelqu'un qui refuse les euro-obligations peut être un bon Européen." En réponse aux critiques de Kohl, la FAZ note que "l'intégration a atteint un point où les différences fondamentales de mentalité et de culture entre les Vingt-Sept ne peuvent être masquées par les références à l'histoire (…) et beaucoup d'argent allemand."
Le mauvais calcul d’Helsinki
En demandant à la Grèce de garantir le prêt qu'elle recevra pour l'aider à rétablir ses finances, la Finlande créé un précédent dangereux en Europe pour des raisons purement électorales, déplore le Helsingin Sanomat.
Le désordre créé par les garanties sur les prêts demandées à la Grèce constitue une exception majeure à la traditionnelle attitude finlandaise au sein de l'Union [Helsinki a obtenu que la Grèce verse des garanties financières en échange de sa participation au plan de sauvetage]. La confiance accordée à la Finlande, les compromis faits par elle, et son image de bâtisseuse et partisane de la communauté qu'elle s’était forgée, tout cela est mis à mal.Envisager une vengeance des autres pays de l'UE sur le terrain politique ou économique est peut être une crainte inutile, mais sur la scène internationale, il est important de savoir comment les actions de chacun sont interprétées par les autres. La Finlande a perdu sa position de force : son poids a diminué et son habileté à promouvoir ses propres ambitions s’est réduite. Ce n'est pas seulement un coup porté à son image, mais aussi à sa capacité de négociation.
Quand le Premier ministre, Jyrki Katainen (Parti de la coalition nationale, conservateur) se rendra aux sommets européens pour expliquer les objectifs de la Finlande, il sera pour longtemps considéré comme le représentant d’un pays qui prend ce qui est bon et laisse le reste. La ministre des Finances, Jutta Urpilainen (sociale-démocrate) sera considérée comme celle qui fait passer les intérêts de son pays avant ceux de l'ensemble de la zone euro.
Bien sûr, parfois, une ligne dure, égoïste et qui ignore tous les autres points de vue peut être défendue par un pays s'il s'agit d'un intérêt national majeur. Mais cette fois-ci, la ligne a été uniquement choisie pour des raisons politiques internes à court terme. Il s’agissait de promettre quelque chose pour satisfaire le peuple pendant la campagne électorale et la formation du gouvernement [au printemps dernier] afin d’éviter que les Vrais Finlandais [le parti populiste anti-européen] ne remporte une victoire.
On peut donc imaginer l’état d’esprit des ministres finlandais pendant les négociations avec la Grèce : d’un côté la raison et la justesse, de l’autre la politique. Dans cette situation, il est possible qu’obtenir des garanties de prêt soit finalement ce qui pouvait arriver de mieux. Mais cela ne correspond pas aux exigences d’unité de l’Union européenne. La réponse de l'Europe était attendue : cela ne fonctionne pas.
Moins enthousiaste au sujet des garanties de prêt, le Parti de la coalition nationale ne peut pas aisément modifier sa position car cela enflammerait les relations avec les Sociaux Démocrates (SDP) et affaiblirait le Premier ministre. Katainen a en effet exigé des garanties, y compris au sommet.
Maintenant que la Chancelière allemande, Angela Merkel, a rejeté l’accord entre Helsinki et Athènes, le gouvernement a le temps de choisir une alternative. Il est cependant impossible pour la Finlande de se retirer du soutien financier apporté à la Grèce, car cela ouvrirait la porte à d’autres pays qui ne souhaitent plus participer pour des raisons de politiques intérieures. Il est difficile de reculer quand cela représente un revers politique à la fois au niveau national et international.
Opinion
Du danger de faire cavalier seul
L'avenir de l’Union européenne ne dépend pas de ses organisations distantes et apparemment effrayantes, mais plutôt des Etats membres et de leurs responsables politiques. La Finlande en est un bon exemple. Nous sommes en danger si nos responsables se réfugient dans des questions secondaires telles que les garanties apportées par la Grèce, et ne s’engagent pas à défendre l’idée que le bien-être de chaque Finlandais est complètement dépendant de ce qui se passe dans le reste du monde, et qu’agir seul aujourd’hui nous fera échouer demain.
Olli Kivinen (Helsingin Sanomat, extraits)
vendredi 26 août 2011
Dans un monde qui se cherche...
Le monde que l'on retrouvera en septembre a continué de dériver, depuis juin. Contrairement aux espoirs, l'été n'aura pas permis de revenir en arrière, d'oublier, d'effacer. Le sentiment devient prégnant d'un monde qui se cherche et ne se trouve pas, le sentiment d'une crise qui n'en finit pas et que l'on ne comprend plus. Impression horrible d'une apesanteur non maîtrisée. Comme dans ces dessins animés où le héros continue à courir dans le vide au-dessus du précipice avant de chuter.
L'été 2011 aura été meurtrier à bien des égards. Meurtrier sur les marchés financiers au premier chef : la longue descente aux enfers des indices boursiers en témoigne. Meurtrier aussi pour la sérénité internationale : l'Europe va de sommet en sommet sans parvenir à rassurer ; les États-Unis sont en pleine crise existentielle, brusquement révélée par la perte de leur notation AAA ; la Chine, qui détient plus de 1 000 milliards de dollars de titres américains, rappelle très sèchement à l'ordre ces derniers ; les pays émergents peinent à endosser les responsabilités qui doivent accompagner l'affirmation de leur puissance...
Le monde est en plein désarroi. Et l'Europe est le dos au mur. Dans ce contexte, grande est la tentation de laisser faire. Après tout, cela nous dépasse ! Ce serait une faute. Nos dirigeants ont une responsabilité historique. Faire l'Europe ou passer par pertes et profits le travail des cinquante dernières années.
Achever la construction européenne
Mais nos dirigeants ne feront rien, pas plus en France qu'en Allemagne ou en Grèce, si les populations, c'est-à-dire nous-mêmes, ne montrons pas que ce défi est aussi le nôtre. Nous ne pouvons pas nous contenter d'espérer que nos dirigeants trouvent un accord improbable à l'occasion d'un des sommets qui se succèdent sous la pression des marchés.
Le destin de l'Europe est aussi entre les mains des peuples. Savoir ce qu'ils sont prêts à accepter, ce que nous sommes prêts à accepter est essentiel, crucial. Le simplisme de la formule « l'Allemagne paiera » montre que l'on ne comprend pas un pays qui a fait des efforts depuis dix ans et à qui l'on demande de serrer de trois crans sa ceinture pour ses voisins. Les jugements à l'emporte-pièce sur les pays du Sud qui n'ont qu'à renforcer l'austérité ne sont pas plus convaincants : avoir en ligne de mire dix ou quinze ans de rigueur va pousser les plus jeunes ou les moins armés au désespoir ou à l'émigration. Il faut pourtant que les pays en crise fassent des efforts et que les pays plus solides leur tendent la main.
Il faut achever la construction européenne et aller vers une forme de fédéralisme financier en ayant à l'esprit que les choix ne sont simples pour personne ! S'il y a un doute sur la volonté commune d'aller de l'avant, la peur gagnera et, avec la peur, la spéculation. Celle-ci prospère sur le doute et les ambiguïtés. Les milliards mobilisés sont nécessaires. Ils ne sont pas ou plus suffisants. C'est d'un cap dont l'Europe a besoin aujourd'hui et pas seulement de carburant !
La crise économique est devenue politique. Nous avançons certes à tâtons, mais nous n'avons d'autres choix que d'avancer. Sinon nous risquons un plan B, B comme banqueroute.
DE BONS FRANÇAIS !?????
Il n’a pas fallu bien longtemps aux politiques de notre pays pour voter une loi contre le téléchargement gratuit pour ne pas pénaliser les artistes qui emmènent leur fric à l’étranger, mais lorsqu’il
s’agit de s’occuper de leur cas, là il n’y a plus personne !!!!!!!!!!!!
Le cas d'Emmanuelle BEART... est particulièrement interessant.
Et l’ignoble Florent Pagny, qui vit en Argentine, a refusé de payer ses impôts en France, mais vient donner des leçons de générosité aux français
avec les enfoirés. C’est effectivement bien un enfoiré.
Mais celui de NOAH qui vit aux USA et ne vient en France que pour vendre ses
disques et ponctionner encore plus les Couillons de Français qui l"élisent
régulièrement le FRANCAIS le plus populaire de l'année....Et en plus il fait
des commentaires sur la France ....
Pour DSK pas de probleme... pour lui tout est net d'impot.
Instructif
A l'aube dune période d'austérité et d'un plan de rigueur pour la France,
il peut être intéressant de connaître la liste (non exhaustive, tirée du "Nouvel Observateur" n° 2359 du 21 Janvier 2010) des personnalités qui ont fui fiscalement le pays pour s'installer en Suisse , ou dans un autre paradis fiscal.
S'ils l'ont fait en toute légalité (achat dune résidence en Suisse, séjour inférieur à 6 mois sur le sol français), il est par contre inadmissible que certains d'entre eux continuent à s'immiscer dans la vie politique française, en participant activement aux campagnes électorales, pour soutenir tel ou tel candidat, ou pire, en étant officiellement investi par l'Etat pour représenter la France à l'étranger, comme c'est le cas actuellement pour Alain Delon qui est le parrain officiel du
pavillon français à l'exposition universelle de Shanghai.
Parmi les plus actifs dans ce domaine, il y a donc :
Alain Delon (à Genève depuis 1999).
Johnny Hallyday à Gstaad depuis 2006 (le concert du 14/07/2009 à coûté 500 000 € payé par le contribuable Français).
Patricia Kaas
Emmanuelle Béart (qui manifeste EN FRANCE pour que les Français accueillent et nourrissent les "sans papiers"... puis s'en retourne en Suisse, tranquillement...).
Daniel Auteuil
Marc Levy
Michel Houellebecq
Parmi les sportifs on peut citer :
Alain Prost
Jean Alesi
Richard Virenque
Les tennismen :
Guy Forget
Richard Gasquet
Henri Leconte
Amélie Mauresmo
Gaël Monfils
Cédric Pioline
Jo-Wilfried Tsonga
qui payent tous leurs impôts en Suisse.
Moins étonnant, mais encore plus scandaleux, des Personnalités
des affaires qui exercent actuellement (ou ont exercé récemment)
un pouvoir politique économique ou financier en France, parmi eux :
Antoine Zacharias (Vinci).
Claude Berda (AB groupe, TF1).
Daniel Hechter (couturier).
Jean-Louis David (salons de coiffure, cosmétiques).
Mais aussi des rentiers et des héritiers, dont les fortunes ont
été créées en France, avec la participation de centaines de milliers d'ouvriers français :
Eric Peugeot.
Jean Taittinger (PDG de la société du Louvre, ancien ministre de la justice et député de la Marne).
Philippe Hersant (patron de presse du Groupe Hersant).
Corinne Bouyques (héritière de la fortune Bouygues).
Les familles :
Defforey (Carrefour).
Mulliez (Auchan).
Halley (Promodès).
Tous résidant à Genève ou aux environs.
Si ces gens n'aiment pas (fiscalement) la France, qu'ils la quittent et qu'ils l'oublient, et surtout qu'ils n'en profitent pas quand ils en ont besoin (comme par exemple pour venir s'y faire soigner).
A tous les français qui vont se serrer la ceinture dans un proche avenir, nous proposons de boycotter les concerts, les disques et les livres de tous ceux qui ne participeront pas à l'effort de solidarité nationale et aux médias, nous demandons de ne plus offrir de tribunes télévisées (pour la promotion de films et de disques) aux artistes concernés et de ne plus faire de sponsoring aux sportifs exilés.
Aux députés nous demandons d'instaurer une loi pour qu'il ne soit plus possible pour un évadé fiscal de venir se faire soigner en France (dans un hôpital public) ni de représenter officiellement la France à l'étranger.
Maintenant, il reste à trouver le Député qui aura le cran de présenter un texte, et là, c'est pas gagné !!!....
Austérité, devoir de rentrée
C’est une punition collective que toute la petite classe politique s’inflige à elle-même. Copier cent fois : « je ne dois pas parler d’austérité ». D’abord, c’est un gros mot. Très vilain. Ensuite, ça fait perdre des points. On ne le citera pas, donc. Jamais. Mais on sait qu’il va falloir le décliner à coup de périphrases comme dans une sorte de ni oui — ni non.
A la colonie de vacances de La Rochelle, on se serait bien passé de cet exercice-là. Comment va-t-on avouer aux Français qu’il faudra bien commencer par régler le problème de la dette si on veut que « demain [soit] meilleur qu’aujourd’hui » comme l’a écrit Martine Aubry dans sa lettre aux Français ?
Voilà le PS contraint de composer dans une matière qu’il n’a pas choisie. Pour l’épreuve du printemps 2012, il aurait préféré le français. La conjugaison au futur par exemple, ce temps de la fiction qui laisse libre cours à l’imaginaire sans trop s’encombrer du réel. Mais la crise financière de ce mois d’août a confisqué l’intitulé du sujet.
En levant la main le premier avec son plan dans sa poche, deux jours avant leur université d’été, François Fillon a clairement imposé le thème des économies budgétaires. Du coup, pas question, après lui, de se laisser aller à une quelconque digression sans risquer de manquer de sérieux — voire de passer pour d’angéliques irresponsables — aux yeux d’un pays qui attend des réponses rassurantes.
Il va donc falloir faire mieux que le gouvernement, et ce n’est pas gagné à six semaines d’une compétition interne dont le but du jeu sera exactement inverse puisqu’il faudra présenter une copie plus séduisante que celle des autres petits camarades.
La présidentielle ne s’annonce vraiment pas comme la récréation démocratique si longtemps attendue. Adieu, ballons d’essais dans le ciel de l’avenir, ce sera un concours de vertu.
Les socialistes s’infligent déjà un handicap en refusant bêtement d’accepter la règle d’or prenant le risque d’être incompris ou de passer pour de mauvais joueurs. Les cartes sont sans doute un peu biseautées mais pourquoi rejeter un principe dont le bon sens vient d’être validé par leurs propres amis socialistes du gouvernement espagnol ?
Favoris aux examens blancs des sondages, les prétendants PS, transis par la peur du désamour interne, préfèrent laisser le pouvoir sortant mener le jeu. Au chapitre de l’exemplarité, les membres du gouvernement et le président de la République ont pourtant des réflexes de cancres, refusant de diminuer leurs appointements au prétexte… qu’on ne baissera pas le salaire des fonctionnaires.
C’est vrai qu’avec 20 000 euros mensuels net à l’Élysée et un peu moins de 12 000 pour un ministre (sans compter les indemnités de logement), c’est un effort surhumain que leur ancien collègue Borloo a demandé à ceux qui demandent des efforts aux salariés. Le symbole ? Allons, allons, vous êtes populiste…
C’est une punition collective que toute la petite classe politique s’inflige à elle-même. Copier cent fois : « je ne dois pas parler d’austérité ». D’abord, c’est un gros mot. Très vilain. Ensuite, ça fait perdre des points. On ne le citera pas, donc. Jamais. Mais on sait qu’il va falloir le décliner à coup de périphrases comme dans une sorte de ni oui — ni non.
A la colonie de vacances de La Rochelle, on se serait bien passé de cet exercice-là. Comment va-t-on avouer aux Français qu’il faudra bien commencer par régler le problème de la dette si on veut que « demain [soit] meilleur qu’aujourd’hui » comme l’a écrit Martine Aubry dans sa lettre aux Français ?
Voilà le PS contraint de composer dans une matière qu’il n’a pas choisie. Pour l’épreuve du printemps 2012, il aurait préféré le français. La conjugaison au futur par exemple, ce temps de la fiction qui laisse libre cours à l’imaginaire sans trop s’encombrer du réel. Mais la crise financière de ce mois d’août a confisqué l’intitulé du sujet.
En levant la main le premier avec son plan dans sa poche, deux jours avant leur université d’été, François Fillon a clairement imposé le thème des économies budgétaires. Du coup, pas question, après lui, de se laisser aller à une quelconque digression sans risquer de manquer de sérieux — voire de passer pour d’angéliques irresponsables — aux yeux d’un pays qui attend des réponses rassurantes.
Il va donc falloir faire mieux que le gouvernement, et ce n’est pas gagné à six semaines d’une compétition interne dont le but du jeu sera exactement inverse puisqu’il faudra présenter une copie plus séduisante que celle des autres petits camarades.
La présidentielle ne s’annonce vraiment pas comme la récréation démocratique si longtemps attendue. Adieu, ballons d’essais dans le ciel de l’avenir, ce sera un concours de vertu.
Les socialistes s’infligent déjà un handicap en refusant bêtement d’accepter la règle d’or prenant le risque d’être incompris ou de passer pour de mauvais joueurs. Les cartes sont sans doute un peu biseautées mais pourquoi rejeter un principe dont le bon sens vient d’être validé par leurs propres amis socialistes du gouvernement espagnol ?
Favoris aux examens blancs des sondages, les prétendants PS, transis par la peur du désamour interne, préfèrent laisser le pouvoir sortant mener le jeu. Au chapitre de l’exemplarité, les membres du gouvernement et le président de la République ont pourtant des réflexes de cancres, refusant de diminuer leurs appointements au prétexte… qu’on ne baissera pas le salaire des fonctionnaires.
C’est vrai qu’avec 20 000 euros mensuels net à l’Élysée et un peu moins de 12 000 pour un ministre (sans compter les indemnités de logement), c’est un effort surhumain que leur ancien collègue Borloo a demandé à ceux qui demandent des efforts aux salariés. Le symbole ? Allons, allons, vous êtes populiste…
Apple peut-il survivre longtemps à Steve Jobs ?
Steve Jobs quitte le fauteuil de PDG de la firme à la pomme. Le départ de l'inventeur de l'iPhone suscite des questions sur l'avenir du groupe. Mais discrètement, le quinquagénaire a préparé le terrain.
À 56 ans, Steve Jobs tire sa révérence. Dans une lettre adressée à ses salariés, l'emblématique patron d'Apple, qui se bat depuis 2004 contre un cancer du pancréas, admet qu'il « ne peut plus remplir [ses] devoirs et répondre aux attentes en tant que directeur d'Apple ». En échange, Steve Jobs devient président non exécutif de l'entreprise, un poste qui n'existait plus depuis des années au sein d'Apple. À sa place, est nommé Tim Cook, son allié qui gérait l'entreprise depuis janvier (lire ci-dessous). Apple peut-il survivre sans Steve Jobs ? Comment remplacer celui dont l'intuition a donné naissance à l'informatique grand public avec l'Apple II, un secteur qu'il a, à peine dix ans plus tard, révolutionné avec l'iMac, avant de s'attaquer à la musique (avec l'iPod), la téléphonie mobile (avec l'iPhone), sans compter l'animation avec Pixar ? Comment l'entreprise va-t-elle se passer du seul patron qui fait trembler à la fois Amazon, Google, Hollywood, Microsoft ? Le fauteuil de Steve Jobs est encore chaud, mais l'avenir d'Apple occupe déjà tous les esprits. Ces incertitudes ont été alimentées par le secret qu'a tenu le conseil d'administration sur la succession d'un homme dont l'état de santé était connu depuis longtemps. « Steve Jobs a déjà eu trois absences et l'entreprise a été gérée. Et on voit avec la nomination de Tim Cook qu'il y a bien un plan de succession. Enfin, Steve Jobs reste président du groupe », indique Benoit Flamant, d'IT Asset Management, qui possède des titres Apple.
Si par souci de communication, c'est Steve Jobs qui est mis en avant, le quinquagénaire s'est entouré d'une importante équipe de vice-présidents. L'on dit de Jonathan Ive, qui conduit le département design, l'une des principales forces d'Apple, qu'il partage le même esprit que Steve Jobs. Eddie Cue, en charge des services Internet, est vu comme l'homme à idées de la bande. Parmi les autres figures importantes, Scott Forstall, à la tête du système d'exploitation de l'iPhone, ou Philip Schiller, le gourou marketing. À court ou moyen terme, l'avenir d'Apple n'est pas menacé. L'entreprise devrait continuer à croître, notamment en Chine. La zone Asie-Pacifique pèse 22 % des ventes, contre 11,6 % un an plus tôt. La firme va aussi profiter du développement du « cloud computing » (informatique dans les nuages), qui permet de délocaliser les contenus (films, musique...). Naviguer de l'iPad à l'iPhone, en passant par l'iBook et bientôt peut-être la télévision avec Apple TV, est devenu un jeu d'enfant, qui rend encore plus accros les aficionados - parfois disciples et prosélytes - d'Apple.
L'air de rien, Steve Jobs préparait l'après, comme l'expliquait le magazine américain « Fortune » en mai dernier. Lui qui ne s'est jamais intéressé au département ressources humaines du groupe a embauché il y a trois ans Joel Podolny, le doyen de l'École de management de Yale, pour diriger une sorte d'Apple Université. Ce dernier a, sur les instructions de Steve Jobs, embauché des gourous du management chargés de rédiger des « business case » (cas d'école), analysant les grandes décisions structurantes prises par Apple ces dernières années, par exemple sur les Apple Store ou le choix de faire fabriquer l'iPhone en Chine dans une seule usine. Ces cas d'école sont ensuite enseignés à l'intérieur d'Apple, avec l'espoir de transmettre l'ADN de Steve au sein du groupe. Ces précautions seront-elles suffisantes pour éviter à Apple un destin comme Nokia, HP, ou Yahoo ? Au moins, Steve Jobs aura-t-il essayé.
Si par souci de communication, c'est Steve Jobs qui est mis en avant, le quinquagénaire s'est entouré d'une importante équipe de vice-présidents. L'on dit de Jonathan Ive, qui conduit le département design, l'une des principales forces d'Apple, qu'il partage le même esprit que Steve Jobs. Eddie Cue, en charge des services Internet, est vu comme l'homme à idées de la bande. Parmi les autres figures importantes, Scott Forstall, à la tête du système d'exploitation de l'iPhone, ou Philip Schiller, le gourou marketing. À court ou moyen terme, l'avenir d'Apple n'est pas menacé. L'entreprise devrait continuer à croître, notamment en Chine. La zone Asie-Pacifique pèse 22 % des ventes, contre 11,6 % un an plus tôt. La firme va aussi profiter du développement du « cloud computing » (informatique dans les nuages), qui permet de délocaliser les contenus (films, musique...). Naviguer de l'iPad à l'iPhone, en passant par l'iBook et bientôt peut-être la télévision avec Apple TV, est devenu un jeu d'enfant, qui rend encore plus accros les aficionados - parfois disciples et prosélytes - d'Apple.
L'air de rien, Steve Jobs préparait l'après, comme l'expliquait le magazine américain « Fortune » en mai dernier. Lui qui ne s'est jamais intéressé au département ressources humaines du groupe a embauché il y a trois ans Joel Podolny, le doyen de l'École de management de Yale, pour diriger une sorte d'Apple Université. Ce dernier a, sur les instructions de Steve Jobs, embauché des gourous du management chargés de rédiger des « business case » (cas d'école), analysant les grandes décisions structurantes prises par Apple ces dernières années, par exemple sur les Apple Store ou le choix de faire fabriquer l'iPhone en Chine dans une seule usine. Ces cas d'école sont ensuite enseignés à l'intérieur d'Apple, avec l'espoir de transmettre l'ADN de Steve au sein du groupe. Ces précautions seront-elles suffisantes pour éviter à Apple un destin comme Nokia, HP, ou Yahoo ? Au moins, Steve Jobs aura-t-il essayé.
Les grandes inventions qui vont changer notre vie quotidienne
Malgré la crise, les laboratoires publics et les centres de R & D des entreprises mettent les bouchées doubles. Tour du monde des révolutions qui nous attendent.
Entre quadras, il y a quelques mois, on se rappelait les débuts du Web, à l’époque où l’on se partageait au bureau une connexion poussive pour dix, en se demandant à quoi allait servir ce machin. Ecoutant distraitement, la fille de l’auteur de ces lignes, née en 1997, eut soudain une révélation : «Quand j’étais petite, vous n’aviez pas Internet à la maison ? Mais vous faisiez comment ?» Et de foncer sur Facebook raconter à ses 878 amis le cas de ces hommes préhistoriques qui avaient vécu sans réseau. Et même – horreur ! – sans portable.
Il faut parfois un petit choc de générations pour s’en souvenir, les technologies indispensables à notre vie quotidienne ont d’abord été, pour nos aînés, des rêves d’apparence inutile. A garder en tête pour découvrir la centaine d’inventions pour les dix à vingt ans à venir rassemblées dans ce dossier : manquer d’imagination, c’est se priver de la croissance promise par le progrès. Un risque accru par la crise, qui comprime l’investissement des entreprises, dont leurs budgets de recherche et développement (R&D). Heureusement, comme vient de le calculer un rapport du Conseil d’analyse stratégique (Direction du Trésor), en France, ces derniers ont été préservés avec «une croissance de la R&D privée de 4% en 2008 et de 1% en 2009, alors que l’investissement total a reculé», cette année-là.
Mais ce passionnant travail des experts de Bercy («France 2030, cinq scénarios de croissance») confirme aussi le constat rapporté de notre tour du monde des labos : l’effort porte d’autant plus ses fruits qu’il est dirigé vers les secteurs porteurs. C’est aussi ce que montre le palmarès des entreprises qui dépensent le plus pour l’innovation : l’avenir appartient à celles qui orientent leurs crédits vers les idées à fort potentiel commercial, en sortant de leurs labos des produits et services qui trouvent vite leur place dans notre vie de tous les jours.
Prenez Toyota et ses 6,8 milliards d’euros de R&D en 2010. Rapporté à son chiffre d’affaires, c’est loin d’être le plus gros effort de l’industrie automobile, mais quelle vista ! Lançant dès 1997 sa Prius hybride, qui contourne les problèmes de puissance et d’autonomie des autos 100% électriques, le japonais a séduit plus de 2 millions d’automobilistes dans le monde.
Dans son sillage, l’ensemble du secteur des transports travaille aujourd’hui à des inventions 100% concrètes, destinées à améliorer confort et sécurité. Fini, les projets délirants de voiture volante ou de train magnétique, place aux sièges programmables, aux avions silencieux et aux voyages assistés par les technologies de l’information et de la communication (TIC), en véhicule capable de mémoriser vos habitudes ou en TGV connecté aux réseaux 3G ou Wi-Fi…
La relation médecin-patient va être bouleversée par l'automatisation
Vous les trouvez un peu envahissantes, ces TIC ? La magie multimédia n’a pourtant pas fini d’égayer nos journées, qu’il s’agisse de la 3D (place aux hologrammes) ou des réseaux sociaux, sur lesquels les prodigieuses quantités d’informations (photos, goûts, déplacements…) confiées par les adeptes (Facebook atteint les 700 millions de membres) provoqueront de nouvelles façons de chercher sur Internet.
Mais le potentiel d’innovation de l’informatique et des télécoms tiendra surtout, désormais, à leurs applications annoncées dans l’ensemble de l’économie. Par exemple dans la santé. Si ce secteur connaîtra des percées médicales fondamentales, la relation praticien-patient va aussi être bouleversée par l’automatisation (la start-up française Eveon conçoit un «dispositif d’injection» à base de nanotechnologies qui enverra la seringue aux oubliettes) et l’essor de la médecine à distance, pour la surveillance des personnes âgées ou carrément la consultation en ligne, autorisée en France en octobre dernier.
Le high-tech adoucira aussi des évolutions peu folichonnes. Le travail dans des open spaces bruyants sera moins pénible quand nous disposerons des outils personnalisables promis par les rois de l’équipement de bureau. Au restaurant, alors que l’industrie agroalimentaire n’a que le «nutritionnellement correct» à la bouche, on retrouvera l’appétit grâce à des applis multimédias pour réserver, composer son menu et apprendre les recettes. A la maison, on laissera les corvées à une armée de robots.
Science-fiction ? La start-up française Aldebaran Robotics, qui vend l’androïde domestique Nao (1.500 exemplaires dans le monde), vient de recevoir un bel encouragement : 13 millions de dollars misés par Intel Capital, le fonds d’investissement stratégique du leader mondial des microprocesseurs. «Nous sommes ravis, car la robotique met la puissance de l’informatique au service de l’être humain», a déclaré Arvind Sodhani, patron du fonds. Nao, tu nous refais un café ?
Il faut parfois un petit choc de générations pour s’en souvenir, les technologies indispensables à notre vie quotidienne ont d’abord été, pour nos aînés, des rêves d’apparence inutile. A garder en tête pour découvrir la centaine d’inventions pour les dix à vingt ans à venir rassemblées dans ce dossier : manquer d’imagination, c’est se priver de la croissance promise par le progrès. Un risque accru par la crise, qui comprime l’investissement des entreprises, dont leurs budgets de recherche et développement (R&D). Heureusement, comme vient de le calculer un rapport du Conseil d’analyse stratégique (Direction du Trésor), en France, ces derniers ont été préservés avec «une croissance de la R&D privée de 4% en 2008 et de 1% en 2009, alors que l’investissement total a reculé», cette année-là.
Mais ce passionnant travail des experts de Bercy («France 2030, cinq scénarios de croissance») confirme aussi le constat rapporté de notre tour du monde des labos : l’effort porte d’autant plus ses fruits qu’il est dirigé vers les secteurs porteurs. C’est aussi ce que montre le palmarès des entreprises qui dépensent le plus pour l’innovation : l’avenir appartient à celles qui orientent leurs crédits vers les idées à fort potentiel commercial, en sortant de leurs labos des produits et services qui trouvent vite leur place dans notre vie de tous les jours.
Prenez Toyota et ses 6,8 milliards d’euros de R&D en 2010. Rapporté à son chiffre d’affaires, c’est loin d’être le plus gros effort de l’industrie automobile, mais quelle vista ! Lançant dès 1997 sa Prius hybride, qui contourne les problèmes de puissance et d’autonomie des autos 100% électriques, le japonais a séduit plus de 2 millions d’automobilistes dans le monde.
Dans son sillage, l’ensemble du secteur des transports travaille aujourd’hui à des inventions 100% concrètes, destinées à améliorer confort et sécurité. Fini, les projets délirants de voiture volante ou de train magnétique, place aux sièges programmables, aux avions silencieux et aux voyages assistés par les technologies de l’information et de la communication (TIC), en véhicule capable de mémoriser vos habitudes ou en TGV connecté aux réseaux 3G ou Wi-Fi…
La relation médecin-patient va être bouleversée par l'automatisation
Vous les trouvez un peu envahissantes, ces TIC ? La magie multimédia n’a pourtant pas fini d’égayer nos journées, qu’il s’agisse de la 3D (place aux hologrammes) ou des réseaux sociaux, sur lesquels les prodigieuses quantités d’informations (photos, goûts, déplacements…) confiées par les adeptes (Facebook atteint les 700 millions de membres) provoqueront de nouvelles façons de chercher sur Internet.
Mais le potentiel d’innovation de l’informatique et des télécoms tiendra surtout, désormais, à leurs applications annoncées dans l’ensemble de l’économie. Par exemple dans la santé. Si ce secteur connaîtra des percées médicales fondamentales, la relation praticien-patient va aussi être bouleversée par l’automatisation (la start-up française Eveon conçoit un «dispositif d’injection» à base de nanotechnologies qui enverra la seringue aux oubliettes) et l’essor de la médecine à distance, pour la surveillance des personnes âgées ou carrément la consultation en ligne, autorisée en France en octobre dernier.
Le high-tech adoucira aussi des évolutions peu folichonnes. Le travail dans des open spaces bruyants sera moins pénible quand nous disposerons des outils personnalisables promis par les rois de l’équipement de bureau. Au restaurant, alors que l’industrie agroalimentaire n’a que le «nutritionnellement correct» à la bouche, on retrouvera l’appétit grâce à des applis multimédias pour réserver, composer son menu et apprendre les recettes. A la maison, on laissera les corvées à une armée de robots.
Science-fiction ? La start-up française Aldebaran Robotics, qui vend l’androïde domestique Nao (1.500 exemplaires dans le monde), vient de recevoir un bel encouragement : 13 millions de dollars misés par Intel Capital, le fonds d’investissement stratégique du leader mondial des microprocesseurs. «Nous sommes ravis, car la robotique met la puissance de l’informatique au service de l’être humain», a déclaré Arvind Sodhani, patron du fonds. Nao, tu nous refais un café ?
François Rabelais
En son temps jugé inconvenant par les lettrés et par la Sorbonne, l’auteur est cette année mis à l’honneur par l’Éducation nationale, qui l’inscrit aux programmes du bac et de l’agrégation.
En France, Gargantua est à sa table, dans les festins de Rabelais, comme Remus et Romulus tétant la louve à Rome : cette béate nutrition est l’origine d’un monde. À travers les cinq livres qui forment l’épopée burlesque d’un géant et de son père, Rabelais a donné le la à un esprit français où le sens du plaisir déborde dans tous les domaines : pas seulement plaisir des sens, mais aussi de l’esprit - la langue liant tout cela, dans une débauche d’amour pour les mots. Là, dans le français littéraire que les excentricités de Rabelais ont contribué à définir, se reflète la diversité d’un pays que l’écrivain a su réinventer. Les particularismes des terroirs, comme autant de spécialités culinaires locales, se croisent avec les strates d’une société bruyante et bavarde : les dialectes propres aux uns et aux autres, classes populaires ou métaphysiciens, contribuent ainsi à la naissance d’une unité plurielle - moins celle d’un pays réel que celle, plus tangible, du roman. Pourtant, de son vivant, Rabelais se situe à la marge. Trop espiègle pour les lettrés, trop érudit pour les profanes, trop paillard pour la bonne société, le père des géants les plus célèbres de la littérature ne fut pas toujours, pas d’emblée, prophète en son pays. Dans son humanisme bon enfant, il faut entendre le bruit des polémiques auxquelles il participa avec ardeur. Comment oublier qu’en son temps, annonçant le nôtre, les franciscains parvinrent à faire interdire l’étude du grec à la Sorbonne ? Si les romans de Rabelais proposent des modèles de vie, ce n’est donc pas sur le mode du retrait épicurien, isolé dans le plaisir ; son activisme d’éditeur montre que les facéties du romancier s’adossent à un fort désir d’assumer l’héritage de l’Antiquité et de poser, pour l’avenir, les fondements de la culture moderne. L’euphorie propre au Tourangeau résonne dans les couloirs des assemblées les plus austères, et son rire est destiné à les faire tomber - au moins de leurs chaises. À l’image de son créateur, le héros rabelaisien est un guerrier épris de vie et de bonne entente, prêt à défendre les valeurs humanistes, mais sans vocation pour le martyre - « jusqu’au feu exclusivement » !
Alors, Céline avait-il tort en soutenant que, « Rabelais, il a raté son coup » ? Pour Céline, la langue orale dont maître François a fait la matière de son oeuvre a constitué, pendant quatre siècles, une sorte d’exception, écrasée sous la pesanteur du français « littéraire », langue artificielle, langue de traducteur, celle qu’Amyot utilise pour rendre Plutarque. Il est vrai que Rabelais demeura seul, longtemps, avant que le désordre des langues et des formes ne finisse, au cours du XXe siècle, par affluer de nouveau dans les textes. Aujourd’hui libérés des bornes du « bon usage », nous sommes mieux placés que jamais pour retrouver Rabelais, et jouir avec lui de la littérature comme d’un plat en sauce.
Le hooliganisme des perdants
La paisible Europe renoue avec son passé tumultueux. En France, en Grèce et en Espagne, les jeunes disent leur ras-le-bol de leur situation, à Londres ils réduisent des quartiers en cendres. Quel est leur problème? se demande un éditorialiste du journal Die Welt.
Les émeutes de Londres ont pris fin récemment, déclenchées par la mort d’un probable gangster de 29 ans. On n’a vu aucune pancarte ou banderole pendant ces troubles : l’objectif des émeutiers était semble-t-il la destruction et le pillage. Dans la nuit qui a suivi les premières violences londoniennes, on a tenté de donner une dimension politique à ces actes essentiellement criminels. Très vite, on s’est accordé à dire que ces rassemblements organisés sur Twitter étaient le fait des laissés-pour-compte de la politique d’austérité insensible des Tories et des Libdems.
Et les voilà qui réapparaissent, les commentateurs et les experts qui veulent avoir toujours su que la seule manière d’empêcher ce type de troubles dans ces quartiers était de leur donner davantage de moyens. Et, comme à l’ordinaire, ils insinuent qu’il va falloir s’attendre à une multiplication de ce type d’insurrections anarchiques si le gouvernement britannique poursuit telle quelle sa politique de rigueur. La réaction des députés du Labour impliqués dans les quartiers sensibles est différente : ils ne témoignent aucune indulgence pour les violences perpétrées lors de ces rassemblements, qualifiant ces incendiaires de ce qu’ils sont vraiment : des criminels.
L'Europe a vécu au-dessus de ses moyens
Les émeutes londoniennes sont une forme de hooliganisme des perdants d’une société qui fait peu de cas des laissés-pour-compte. Parmi les incendiaires, on retrouve des gens qui ne sont plus guidés par aucune valeur. Ils se sont habitués à toucher de l’argent de l’État et se lamentent lorsque leurs allocations sont revues à la baisse. Une multitude d’Européens, parmi lesquels un grand nombre de jeunes, devraient être confrontés à ce problème dans un avenir proche. Tous les pays européens ont vécu en partie au-dessus de leurs moyens et vont sans exception devoir se serrer la ceinture. Cela signera la fin de l’une des illusions poussiéreuses de l’Union : l’idée que, dans une Europe prospère, tout s’arrange toujours sans avoir à trop s’échiner. La paix de ces 66 dernières années a eu un prix : la générosité grandissante de l’État social. Aujourd’hui, c’est terminé.
Ce type de soulèvements de jeunes, qui ne comprennent pas que leur génération vit bien mieux que toutes les précédentes, révèle à la fois leur inquiétude et leur immobilisme. Partout dans le monde, dans les États prospères comme dans les pays en développement, on recherche des gens qualifiés. Jamais les débouchés n’ont été aussi vastes pour les jeunes bien formés. Tout ce qu’on leur demande, c’est d’être curieux, flexibles et d’avoir le goût de l’aventure. Des qualités que l’on retrouve peu dans cette fraction tapageuse de la jeunesse.
Les manifestants n'ont pas de projet
Là où les protestations réclament une offre de formation plus complète et de meilleure qualité afin d’améliorer les perspectives de chacun, les manifestations n’obéissent pas à une impulsion qui n’a rien de particulièrement héroïque ou spectaculaire, mais qui est justifiée. En Italie et en Espagne, le taux de chômage atteint des sommets : l’horizon des jeunes est de plus en plus bouché. Ils aspirent aux mêmes privilèges royaux dont bénéficiait la génération de leurs parents et ne comprennent pas que c’est précisément le maintien en place de ces privilèges qui entrave leur accès au marché régulier de l’emploi. Hélas, à Madrid et à Athènes, ceux qui manifestent sont trop souvent ceux qui n’ont en réalité aucun projet et se contentent de rejeter systématiquement tout ce que la politique leur propose. Ce qui les rapproche de cette meute de jeunes qui, à Londres surtout, détruisent leurs propres quartiers et effraient leurs voisins, quand ils ne manquent pas de les tuer.L’Europe a besoin d’un scénario optimiste, comme le formule le journaliste du Welt Clemens Wergin sur son blog, pour convaincre le reste du monde de sa propre viabilité. C’est donc une grande responsabilité qui incombe à la jeunesse, surtout au moment où la situation démographique se dégrade. L’immense majorité des jeunes Européens ont opté pour le pragmatisme au meilleur sens du terme, un pragmatisme non pas héroïque mais responsable : ils enrichissent leur CV, parlent plusieurs langues et partent volontiers effectuer des semestres ou des années d’études à l’étranger.
Autrement dit, il ne faut pas voir dans les troubles qui agitent l’Europe depuis quelques mois un mouvement d’émancipation, mais un vestige de cette vieille Europe qui a de grandes ambitions mais peu d’esprit d’initiative et esquive les réalités économiques. Avant que l’investisseur de Chine ou de Singapour ne parte en secouant la tête, il aura pu voir à la télévision un avenir pour l’Europe : une armée de jeunes qui conviennent sur Twitter de prendre des balais et de nettoyer Londres. Pour agir plutôt que gémir.
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