TOUT EST DIT

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lundi 27 juin 2011

Luc Ferry, victime d'un "tsunami médiatique délirant"

Le philosophe sèche ses cours pour se consacrer au Conseil d'Analyse de la Société. Un club mondain dont l'utilité demeure incertaine.

"Je n'ai tué ni violé personne, je ne fais rien d'illégal, je travaille 15 heures par jour, pourquoi toute cette folie ?" Luc Ferry a le SMS lyrique. Le philosophe déborde d'indignation, depuis sa bourde fracassante au "Grand Journal", qui l'a propulsé à la une des médias et lui vaut une volée de bois vert. "L'être et le fainéant", a titré Le Canard enchaîné, dénonçant un "emploi fictif" et son statut de professeur des universités "détaché", payé par l'université Paris-VII, où il n'a plus mis les pieds depuis 1997.
L'intéressé a décliné notre demande de rendez-vous, mais s'épanche par textos. Il dénonce cet "acharnement malsain qui commence à être trop visible", déplore le "tsunami médiatique délirant qui s'est déclenché autour de sa modeste personne". Et plaide : "Ne trouvez-vous pas qu'on a assez parlé de moi?"
Pour vivre heureux, vivons cachés. Mais le problème de Luc Ferry c'est qu'il ne supporte justement pas de rester dans l'ombre. Avant l'affaire Ferry, personne ne s'intéressait aux 70.000 décharges de service public, un statut particulier qui a permis au philosophe d'être payé de 2005 à 2010 par l'université Paris-VII 4.390 euros net, en toute légalité (Matignon s'est engagé à rembourser l'université Paris-VII car ce statut a été supprimé en septembre 2010). "C'est vieux comme le monde, note une ex-éditrice aux PUF, la liste des intellectuels payés par la fac et ne prodiguant pas leurs cours est très longue !"
Un comité crée sur mesure pour lui
Et personne n'avait non plus scruté le Conseil d'Analyse de la Société (CAS), l'un de ces innombrables comités qui fleurissent dans notre belle République, créé sur mesure en 2005 pour recaser l'ex-ministre de l'Education nationale. Pour ce job, Ferry touche, en plus de son salaire, une indemnité de 1.800 euros, car "la présidence de ce conseil me prend beaucoup plus de temps qu'un service d'enseignements de 4 heures 30 hebdomadaires", textote-t-il.
Le CAS a tout d'un discret et chic club mondain, où l'on bosse, c'est vrai ("Le rapport sur le service civique était très bon", reconnaît Martin Hirsch), mais où, surtout, on fait fructifier ses réseaux. Très éclectique, la composition ressemble à celle d'un dîner en ville : les réunions plénières, une toutes les six semaines, ont lieu à l'heure du déjeuner, ce qui explique des frais de bouche, 10.000 euros annuels, le tiers des frais de fonctionnement. Au total, salaires compris, le CAS coûte, en réalité, 650.000 euros au contribuable.
La structure emploie quatre salariés, dont deux profs de philosophie, Claude Capelier et Eric Deschavanne : "Nous sommes ses disciples", reconnaît ce dernier. Les 32 autres membres du CAS, eux, sont bénévoles. Et plutôt assidus. Car au CAS, la conversation est agréable.
C'est l'occasion de croiser des sportifs (David Douillet en fit partie), des philosophes encore et toujours -outre les "disciples" de Ferry, on trouve Alexandra Laignel-Lavastine, sa biographe-, des religieux à tu et à toi avec le milieu politique comme le rabbin Korcia ou le père de la Morandais, la cinéaste Danièle Thompson, sa fille Caroline, psychologue... L'ancien ministre de l'Education a en fait reconstitué sa petite bande de fidèles.
Proche de Carla Bruni et des frères Bogdanov
Les réseaux... Issu d'un milieu modeste -son père, autodidacte, était mécanicien automobile-, Luc Ferry a des airs d'un Rastignac des temps modernes, qui a su se construire l'un des carnets d'adresses les plus chics de Paris. Cet acrobate est aussi à l'aise à gauche qu'à droite, où il réussit l'exploit d'être ami avec les Villepin et avec les Sarkozy...
Le chef de l'Etat chouchoute le philosophe, et lui a proposé d'autres places : un poste de député européen et le renouvellement au Cese (Conseil économique social et environnemental), autre job doré à 3.000 euros par mois, tous deux déclinés. La raison de ce favoritisme ? Luc Ferry est resté proche de Carla Bruni, une de ses anciennes conquêtes dont il est particulièrement fier.
Les frères Bogdanov, amis de toujours, se souviennent : "On faisait des soirées musicales chez nous où il venait avec Carla. Ils sont restés proches. Luc est un être profondément non conformiste. Comme nous." Et de rappeler avec émotion les vacances, il y a trente ans à Port-Grimaud, où Luc Ferry possède une villa. "On faisait de la guitare sur le port, il chantait "les Sabots d'Hélène". Nous aimions aussi beaucoup faire des petites saynettes improvisées en langage du XVIII esiècle..."
Ce sont les frères Bogdanov, qui, en 1997, ont présenté à Luc Ferry sa future femme, Marie-Caroline, lors de vacances à l'île de Ré. A son tour, en 2009, le philosophe a été témoin de l'union d'Igor Bogdanov avec Amélie de Bourbon-Parme... l'une des premières recrues du CAS.

 "Une diva parisienne"
"C'est un grand mondain faiseur d'histoires, une diva parisienne qui ne pense qu'à elle-même. A ses côtés, nous avons vécu un enfer", confie un ancien ministre. Les dîners du couple Marie-Caroline - Luc Ferry sont aussi célèbres que ceux de Madame Verdurin... Olivier Orban, éditeur et ami, s'insurge : "Paul Valéry était lui aussi un écrivain mondain, et il a eu des funérailles nationales. Luc Ferry est d'abord un philosophe. Son dernier ouvrage a été traduit partout, du Brésil à l'Allemagne. En France, il s'est vendu à 200.000 exemplaires !"
Soyons clairs, ce n'est pas avec ses indemnités du CAS que Luc Ferry s'enrichit. Mais ses multiples casquettes bénévoles (Conseil d'Analyse économique, Conseil national d'Ethique, Agence du Service civique, ou jadis du Comité Balladur) lui permettent de faire fructifier la "marque " Luc Ferry. On appelle cela le "personal branding".
Ses bouquins cartonnent. Les produits dérivés aussi : "Kant expliqué, un cours particulier de Luc Ferry", en quatre CD, est un best-seller. Luc Ferry est également chroniqueur star à LCI ou au Figaro : le journal profite d'ailleurs de sa tête de gondole pour sortir à l'automne une série de CD sur les philosophes. Vingt-quatre heures d'enregistrement en tout !
"Un bouc émissaire"
"L'âme déréglée est comme un tonneau percé à cause de sa nature insatiable", disait Socrate. Insatiable ? Le monde de l'entreprise ne cesse de le solliciter comme conférencier. Pierre Bellon, de Sodexo, qui préside l'APM (Association Progrés du Management) en a fait l'un de ses intervenants stars. Ferry peut aussi bien disserter de "la métamorphose des valeurs" pour la Banque populaire du Sud- Ouest que d'éthique devant le Rotary Club ou de "sens" devant des agents immobiliers...
L'une de ses dernières conférences, organisée par France Gestion, avait pour titre "Qu'est-ce qu'une rémunération juste ?" Bonne question. "Il me réclamait 10.000 euros pour une heure ! Je l'ai donc embauché une demi-heure pour 5.000 euros...", indique l'organisatrice d'un colloque. Une récente recrue du CAS nuance : "On est plutôt à 5.000 euros la conférence. Ça peut paraître beaucoup, mais un obscur gourou du management américain ne fait rien à moins de 70.000 dollars. Et en France, il est loin d'être le mieux payé."
Un ami prend sa défense : "Cette polémique est scandaleuse. Luc Ferry est un bouc émissaire." Le prix à payer pour son dérapage en direct ? "J'ai senti la catastrophe et je l'ai appelé juste après, dit une amie. Mais, lui, ne voyait pas du tout le problème." Comme si à trop se regarder dans le miroir médiatique, Narcisse en était devenu aveugle.

Grèce : un nouveau plan de rigueur pour éviter la faillite

La Grèce va devoir cette semaine pour convaincre ses partenaires et créanciers de la sauver de la faillite avaler la pilule amère d'un nouveau plan d'austérité, un an après un premier train d'économies, combattu dans la rue par syndicats et "indignés".

Le gouvernement socialiste a fait part samedi de sa "totale confiance" dans la capacité du pays à franchir le pas, via l'adoption mercredi et jeudi prochain au parlement d'un nouveau plan pluri-annuel de redressement et de sa loi d'application. "Il s'agit de votes extrêmement cruciaux, nous croyons que les députés de la majorité", 155 sur un total de 300, "assumeront leurs responsabilités", a espéré son porte-parole, Ilias Mosialos.
Un rejet des textes menacerait le pays d'une "sortie de la zone euro, alors que notre choix national stratégique est d'y rester", a relevé pour sa part le numéro deux du Pasok au pouvoir, Evangélos Vénizélos, propulsé au poste-clé des finances le 17 juin. Il rejoint l'analyse du milliardaire et investisseur George Soros, qui a jugé dimanche probablement inévitable qu'un pays finira par sortir de la zone euro.
UNION NATIONALE
Interrogé dimanche sur l'antenne de TV5 Monde, le président de l'eurogroupe Jean-Claude Junker a appelé l'opposition grecque à se joindre à l'union nationale. "Je pars du principe que ce plan sera voté", a-t-il déclaré.
Le premier ministre luxembourgeois a également estimé que "les Grecs les plus fortunés ne participent pas d'une façon exemplaire au sauvetage" du pays. "Le problème n'est pas que d'ordre budgétaire, il est aussi un problème d'Etat. L'administration grecque ne respire pas comme les administrations de nos pays", a-t-il déclaré :


GRÈVE GÉNÉRALE
Malgré les appels à l'union nationale, deux députés socialistes grecs ont déjà publiquement menacé d'un vote négatif, protestant contre la privatisation d'Electricité de Grèce (DEI) et la tutelle jugée abusive des créanciers, zone euro et Fonds monétaire international. Pour "dire non" à des mesures "apportant une société misérable", les syndicats, GSEE (privé) et Adedy (fonction publique) entendent pour leur part faire battre le pavé à des dizaines de milliers de Grecs la semaine prochaine. Leurs directions, par ailleurs issues de la majorité, ont appelé à une grève générale mardi et mercredi, exceptionnelle par sa durée, pendant les votes au parlement, tandis que se multiplient dans plusieurs villes les coupures de courant dues à la grève des salariés d'Electricité de Grèce. Les "indignés" qui campent depuis le 25 mai sur la place centrale de Syntagma, appellent de leur côté les Grecs à encercler le parlement.
Si le plan passe, les ministres des finances de la zone euro se retrouveront le 3 juillet à Bruxelles pour convenir de la poursuite de l'aide au pays, plombé par une dette de 350 milliards d'euros. Cela conclurait une partie de poker menée depuis des semaines, sous l'oeil inquiet de Washington, alors que la Grèce a besoin d'argent frais d'ici la mi-juillet, mais que l'abandonner à un défaut pourrait être fatal pour l'euro.
PAPANDRÉOU ATTEND UN PRÊT DE 110 MILLIARDS D'EUROS
La zone euro et le FMI débloqueraient alors le versement, prévu au départ en juin, de 12 milliards d'euros, cinquième tranche du prêt accordé au pays en mai 2010. La cure d'assainissement lancée à l'époque en échange a réduit le déficit public de cinq points, à 10,5 % du PIB.
Surtout, la voie sera ouverte à ce que M. Vénizélos qualifie de "garantie de la viabilité de la dette à long terme", soit une deuxième opération de sauvetage de la Grèce, associant nouveaux prêts, revenus des privatisations et participation volontaire des créanciers du secteur privé. M. Papandréou a estimé que son montant total devra être "similaire" à celui du premier, soit 110 milliards. A ce jour, la Grèce a touché 53 milliards du prêt de 2010.
L'EUROPE SE PRÉPARE AU PIRE
La zone euro se prépare au pire et fera face si le plan d'aide au gouvernement d'Athènes n'aboutit pas, a déclaré le ministre allemand des finances Wolfgang Schaüble dans une interview publiée dimanche.

"Nous faisons tout ce que nous pouvons pour éviter une escalade périlleuse pour l'Europe mais en même temps tout doit être organisé pour affonter le pire", a-t-il déclaré au journal Bild am Sonntag.
Schaüble a cependant adressé un avertissement au parlement grec pour le mettre en garde contre un rejet du plan d'austérité, ce qui aurait des conséquences majeures sur la stabilité de la zone euro. "Nous devons rapidement nous assurer que le risque de contagion à l'ensemble du système financier et à tous les Etats membres de la zone euro est sous contrôle", a-t-il dit.

Dénuement


Pour qui se prend-elle de jouer encore à la présidente, quand ceux qui disent l’opinion ne la calculent plus, ni les élites socialistes ni le peuple sondagier aux engouements éphémères? C’est la seule question qui vaille pour Ségolène Royal, à nouveau candidate depuis sa province, mais en simple apéritif de Sa nouvelle Majesté Martine Aubry… Sic transit?
On ne plaindra pas Ségolène : la solitude et le mépris lui vont bien au teint. Il ne s’agit que de ceci : quelle histoire se raconte-t-on et veut-on raconter. Ségolène Royal aux justes colères, Jeanne d’Arc contemporaine voulant racheter un pays délaissé, guerrière du paysan et de l’ouvrier licencié, et l’on a raison de séquestrer son patron… Cette Ségolène est enfin vraie dans le dénuement.

Il y avait quelque chose d’inadéquat dans le ségolénisme originel : elle était la colère en marche, mais aussi la candidate choisie de l’appareil du parti et de la social-démocratie éternelle. Soutenue par Solferino, et les élus locaux, les ambitieux et les médias de gauche, en dépit d’elle souvent : malgré ses démagogies, l’impréparation, les folies inspirées, mais aussi les promesses de révolution qu’elle pouvait porter. Ségolène était une ruse du vieux monde. Le savait-elle? Elle invoquait les femmes que l’on bat, elle voulait rendre à la France les enfants des banlieues, elle était le peuple et sa souffrance – mais derrière elle, ses notables se partageaient déjà les portefeuilles. Allons! On allait utiliser ses sondages et sa force, et l’on colmaterait les dégâts ensuite, à l’abri du pouvoir. Le mépris dont elle a souffert affleurait moins chez ses opposants que parmi ses soutiens : ceux-là redoutaient sa folie, et n’avaient que faire de cette greffe populiste sur une social-démocratie épuisée?

Royal a les mêmes défauts et les mêmes qualités qu’il y a cinq ans, plus mûre et précise pourtant, mais enfin délestée de la gangue courtisane. Le PS l’a expulsée de son cœur, et seuls lui restent des inconditionnels à l’amour détrempé. Les ambitieux comme les pragmatiques ont choisi d’autres aventures, au nom de la raison ou de leur intérêt. Il n’y avait pas que du calcul dans l’engouement pour la dame ; il n’y a pas, non plus, que de la lâcheté dans tous les reniements. Mais le résultat reste, quand le socialisme s’empresse chez Martine ou François, faute de Dominique : dans une France plus blessée que jamais, où la rage le dispute à l’abandon, Ségolène peut, à meilleur droit, s’identifier aux populations trahies, et se dire qu’elle leur ressemble.

Danger fratricide

La démocratie française va connaître une nouvelle avancée avec la primaire socialiste, qui va alimenter l’actualité politique pendant cent jours. Il faudra prendre toutes les précautions en matière de respect des opinions, notamment parmi les personnels communaux. Mais peut-être qu’un jour la droite aussi s’assiéra à la table de ce « casino des ambitions électorales » que raille François Fillon.

Le Parti socialiste s’impose une campagne à trois tours : le premier pour choisir un leader socialiste, le second pour s’imposer au premier tour entre le centre et la gauche de la gauche, le troisième pour tenter de battre Nicolas Sarkozy. Plusieurs millions de personnes se disent prêtes à voter.

Ce chiffre sera un premier indicateur. Mais ces primaires constituent en réalité un vrai danger pour la gauche.

Le PS part favori dans les sondages – une trentaine de points au premier tour – avec un président sortant dans le rôle du challenger. Mais depuis le retrait forcé de Dominique Strauss-Kahn, le jeu est ouvert. En dix-huit mois, François Hollande, qui vient de loin, souvent moqué, a réussi une spectaculaire percée. Il devance même la patronne du PS, Martine Aubry, avant qu’elle ne se déclare.

Le combat sera donc impitoyable. Déjà en 2007, une primaire, plus limitée, avait laissé des blessures vives. Elles ont empêché une campagne unitaire après la désignation de Ségolène Royal. L’été 2011 sera chaud. Les coups bas et les boules puantes risquent de venir de l’intérieur de la gauche. Elle devra compter sur Nicolas Sarkozy pour attiser les divisions idéologiques et personnelles.

Les socialistes peuvent poser sereinement des débats en leur sein. Ou bien s’entre-tuer pour arriver exsangues et divisés le 16 octobre sans pouvoir ensuite refaire leur unité. Avancée démocratique, ces primaires peuvent être une machine à perdre.

Sauvons la Grèce et croisons les doigts

Alors que la Grèce s'apprête à adopter de nouvelles mesures d'austérité selon les termes de son plan de sauvetage, les magazines britanniques estiment qu'il est fort à parier que la Grèce fasse faillite, emportant avec elle l'Europe tout entière. 
La Grève va-t-elle s'effondrer ? Finalement, peut-être, écrit Wolfgang Münchau dans Prospect, mais ce problème ne devrait pas concerner les responsables politiques d'aujourd'hui. "La zone euro repose sur trois piliers : l'ambiguïté, la fuite et le mensonge", tandis qu'une autre "trinité" européenne – "pas de sortie, pas de faillite et pas de sauvetage" est "selon toute logique, incohérente". L'UE continuera probablement de prêter à des pays pauvres comme la Grèce et l'Irlande jusqu'à ce qu'elle soit confrontée à un choix difficile : concevoir une politique plus étroite ou éclater. Mais pour l'instant, écrit Münchau, les responsables politiques vont probablement "esquiver jusqu'à ce qu'ils atteignent le point où il ne sera plus possible de le faire. Je parie que ce choix sera laissé à une autre génération d'hommes politiques. Leur décision déterminera si l'Europe, dans sa forme actuelle, continuera d'exister."
Si la Grèce s'effondre, écrit l'article de une de The Economist, ce serait un désastre pour l'Europe. Mais "l'Union européenne semble avoir adopté une règle nouvelle : si un plan ne marche pas, il faut s'y maintenir". Alors que la Grèce se prépare à adopter des mesures d'austérité pour répondre aux conditions de la nouvelle aide accordée par l'UE, "la stratégie de déni de l'UE – qui refuse d'accepter le fait que la Grèce ne peut pas rembourser ses dettes-  est devenue intenable pour trois raisons". D'abord les politiques internationales adoptées pour résoudre cette crise deviennent "toujours plus toxiques". Ensuite les marchés sont convaincus que "tenter de se débrouiller ne marchera pas". Enfin, "les peurs de la contagion sont croissantes et ne disparaissent pas". La seule solution, explique le magazine, "serait une restructuration méthodique de la dette grecque" : qui ne soit pas une panacée mais qui donnerait sa chance au pays. Mais "cette option n'est pas disponible avant très longtemps. Les responsables européens doivent tenter de la saisir tant qu'ils le peuvent".

dimanche 26 juin 2011

LE CRÉTINISME DE CERTAINS AUTEURS EST TEL; QU'IL M'EST SOUVENT PÉNIBLE DE TENIR CE BLOG.

Grèce : Echange aides contre austérité

La Grèce a trouvé un accord avec ses bailleurs de fonds internationaux - le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE) - sur les détails d'un nouveau plan d'austérité. Celui-ci sera soumis au Parlement grec le 30 juin prochain. L'Union européenne attend cette dernière étape avant de s'engager sur de nouvelles aides. 

La Grèce entrevoit le bout du tunnel. Athènes a en effet trouvé un accord dans la nuit de jeudi à vendredi avec ses bailleurs de fonds internationaux - le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE) - sur un nouveau plan d'austérité. Ce nouveau plan - prévu sur cinq ans et qui permettra à terme d'économiser 28,4 milliards d'euros - sera présenté mardi prochain au Parlement grec et soumis au vote le 30 juin. C'est seulement après son adoption que sera débloquée la cinquième tranche de l'aide octroyée à Athènes en 2010 et que l'Union européenne s'engagera sur un nouveau plan d'aide visant à éviter la faillite du pays.
Dans le cadre de ce nouveau plan d'austérité, le gouvernement grec prévoit d'abaisser le seuil minimum d'imposition sur le revenu à 8.000 euros par an, au  lieu de 12.000 euros actuellement.  Seules exceptions : cette mesure impopulaire ne concernera pas les jeunes de moins de 30 ans, ni les retraités de plus de 65 ans au revenu annuel inférieur à 12.000 euros par an, ni les handicapés.

"Une forte pression sur les classes moyennes"

Un impôt exceptionnel de solidarité sur les revenus sera également instauré. Il sera compris entre 1% et 5% des revenus en fonction de leur montant. La taxe sur le fioul domestique sera légèrement relevée. Les professions libérales et auto-entrepreneurs seront en outre astreints à une taxe professionnelle "en moyenne de 300 euros par an". Ce secteur est considéré comme un de ceux où la fraude fiscale est la plus pratiquée. Le ministre grec des Finances, Evangelos Venizelos, a reconnu que ces mesures allaient exercer "une forte pression surtout sur les classes moyennes qui devront soulever un poids très lourd" et étaient "susceptibles d'avoir un effet négatif sur la croissance".
Athènes a déjà obtenu il y a un an un plan de 110 milliards d'euros de prêts accordé sur trois ans en 2010 par l'Europe et le FMI. Mais l'enveloppe s'est avérée insuffisante, la Grèce étant toujours dans l'incapacité d'emprunter elle-même sur les marchés pour faire face à ses obligations financières. L'Union européenne s'apprête donc à débloquer de nouvelles aides, évaluées à une centaine de milliards d'euros. Réunis à Bruxelles à l'occasion d'un Conseil européen, les dirigeants des Vingt-sept ont confirmé que cette enveloppe sera composée de financements publics - prêts des pays de la zone euro et du FMI - et privés - privatisations et participation des banques et autres créanciers privés. Le Premier ministre grec, Georges Papandréou, a chiffré vendredi ses besoins à 110 milliards d'euros.

La crise selon Dimitra

Il n’y a pas que des jeunes indignés qui manifestent dans les rues d’Athènes : il y a aussi ceux qui, comme Dimitra, ont trimé toute leur existence et voient aujourd’hui leur niveau de vie et leur environnement se dégrader, comme le raconte la correspondante de Foreign Policy. 

Au bout d’un an passé parmi les inévitables anarchistes de gauche et syndicalistes au fil des interminables manifestations anti-austérité à Athènes, j’ai enfin rencontré une Grecque qui pourrait bien être l’incarnation de la crise économique.
Dimitra est une grand-mère de 62 ans qui vit dans le quartier autrefois à la mode, et aujourd’hui délabré, de la place Victoria, dans le centre-ville. Elle est gérante d’un mini-marché grâce auquel elle assure non seulement sa propre subsistance, mais aussi celle de sa fille, sous-employée, et de ses deux petits-enfants. Mais sa boutique est aujourd’hui menacée. Elle a toujours payé ses impôts, alors même que ses amis, qui se débrouillaient, eux, pour ne rien débourser, se moquaient d’elle, et elle n’a jamais dépensé plus qu’elle ne pouvait épargner.
Mais les mesures d’austérité ont fait exploser les taxes et les charges, et ses économies se tarissent. Et comme si cela ne suffisait pas, son quartier grouille désormais de drogués et de bandes. Elle a peur de sortir le soir ; elle a perdu le compte du nombre de fois où elle a été agressée. "Je n’en peux plus", concède-t-elle.

Une majorité silencieuse qui payait ses impôts

Pendant des années, la classe politique ne s’est pas souciée des gens comme Dimitra. Elle aurait dû. Cette majorité silencieuse — ces Grecs qui respectaient les règles, qui payaient leurs impôts et ne vivaient pas au-dessus de leurs moyens — éponge aujourd’hui les dettes accumulées par un système politique corrompu, inefficace et clientéliste qui ne leur a presque rien donné. Ce n’est pas des aganaktismenoi, ceux qui chantent des slogans et campent depuis des semaines sur la place Syntagma dans le cadre de sit-in anti-austérité inspirés des indignados espagnols, que le gouvernement devrait avoir peur. C’est de Dimitra, et de tous les autres Grecs comme elle qui ont discrètement accordé aux politiques le bénéfice du doute et, au bout de cette vaine année d’austérité, ont fini par perdre patience.
Sur le plan national, le marasme a plusieurs facettes, s’expliquant entre autres par une économie stagnante, presque de style soviétique, qui favorise le népotisme au détriment de la méritocratie, une culture de la corruption qui a dilapidé l’argent public, et une augmentation récente de l’immigration qui a été mal gérée aussi bien par les autorités grecques que par l’UE, abandonnant dans les rues d’Athènes des milliers de migrants sans emploi, sans papier et de plus en plus désespérés. Au fil de l’année écoulée, on a constaté une hausse inquiétante des violences, ce qui a donné une nouvelle impulsion à des gangs néonazis considérés maintenant par quelques-uns des plus anciens résidents du centre-ville comme des forces de sécurité plus efficaces que la police.
"Les gens ne se sentent plus en sécurité, plus du tout, et ils sont tendus, en colère, méfiants", explique le père Maximus, le chanoine de Saint-Pantélimon, cathédrale d’Athènes dans un quartier homonyme du centre, qui a été le théâtre de quelques-unes des pires violences de l’an dernier. "Je ne sais pas quoi dire aux vieilles dames qui viennent me voir en pleurant, couvertes de bleus après avoir été agressées par un immigré afghan ou africain sur le chemin de l’église. Je ne sais pas quoi dire aux adolescentes africaines qui se prostituent quand elles viennent me demander de l’aide, un moyen d’échapper au piège qu’est leur existence, ou aux immigrés sans-abri qui squattent à l’extérieur de l’église. Il n’y a pas d’ordre, et dans cette atmosphère, quiconque est une victime peut aussi bien devenir un agresseur."

Le salut nazi au sein du conseil municipal

Ici, les choses ont vraiment dégénéré en un an, dit-il. Beaucoup de retraités refusent de quitter leur domicile parce qu’ils ont peur d’être attaqués par les xenoi, les "étrangers" d’Afrique et d’Asie qui sont désormais plus nombreux qu’eux dans le quartier. En réaction, des gangs d’extrême droite patrouillent dans les rues, et s’en sont pris à des mosquées improvisées dans les caves, que fréquentent des immigrés du Bangladesh.
Beaucoup de ces gangs font partie de la Chrysi Avgi, l’Aube Dorée, groupe fasciste marginal que la plupart des Grecs méprisent. Lors des élections provinciales, en octobre dernier, les habitants des quartiers athéniens les plus touchés par la délinquance ont contribué à l’entrée de Nikolas Michaloliakos, le dirigeant de la Chrysi Avgi, au conseil municipal de la capitale, parce qu’il promettait de réprimer la criminalité et d’expulser les immigrés, rendus responsables de l’insécurité.
Michaloliakos est connu pour gratifier ses collègues du conseil municipal du salut nazi. Si la Chrysi Avgi n’a aucune chance de remporter des sièges au Parlement, "son irruption sur la scène politique montre que, le soutien aux grands partis s’étant effrité en Grèce, un espace s’est créé pour les groupes extrémistes", commente Stathis Kalyvas, qui enseigne les sciences politiques à Yale et suit de près l’évolution de la situation dans son pays natal.
La plupart des Grecs ne sont pas xénophobes, mais la crise n’a fait que pousser cette culture un peu fermée à se replier sur elle-même. Beaucoup se méfient aujourd’hui des Européens, surtout des Allemands, qui les accusent, souvent injustement, d’être des flemmards dépensiers toujours prompts à réclamer. D’autres dénoncent le FMI qui, redoutent-ils, cherchent à prendre le contrôle du pays. J’ai vu des prospectus du mouvement "Achetez grec", qui tente à la fois d’attiser le sentiment national et de relancer l’économie en défendant les produits nationaux.
Il faut reconnaître à Dimitra que, quand je l’ai rencontrée le mois dernier, elle se battait justement contre ce caractère insulaire. Robuste et franche, avec ses cheveux gris coupés courts et ses lunettes d’institutrice, elle arborait un sourire désarmant de petite fille.
Elle est restée avec moi pendant une messe en mémoire d’un Bangladais poignardé en représailles de l’assassinat d’un assureur, au début du mois dernier. La foule était déjà en colère quand je suis arrivée. "Etrangers dehors !" scandaient les gens, agitant des drapeaux grecs. Puis ils ont pourchassé un malheureux immigré africain qui fouillait dans les poubelles en quête de nourriture et de boîtes de sodas à recycler.
Des bandes de jeunes Grecs en sueur ont roulé leurs drapeaux et brandi les hampes comme des matraques, prêts à se battre. Quand la foule a entonné l’hymne national avec hargne, Dimitra a refusé de se joindre à eux. "Ce n’est pas mon pays, a-t-elle dit, en larmes. Pourquoi avons-nous ignoré nos problèmes et les avons-nous laissés devenir quelque chose d’aussi affreux ?"

Amartya Sen : A la reconquête de notre démocratie

La crise grecque est l’illustration de ce qu’il advient quand les autorités politiques abandonnent leurs responsabilités à des entités incontrôlables comme les agences de notation, écrit le prix Nobel d’économie Amartya Sen. 

Dans la pratique de la démocratie, l’Europe a été le phare du monde. Il est par conséquent inquiétant de constater que les dangers qui menacent la forme démocratique de gouvernement, se faufilant par la petite porte des priorités financières, ne suscitent pas l’attention qu’ils méritent. Il est temps de se poser de graves questions quant au risque que représente, pour la gestion démocratique de l’Europe, le rôle monstrueusement boursouflé des institutions financières et des agences de notation, qui font désormais la loi en toute impunité sur des pans entiers de la vie politique européenne. Il faut prendre en compte deux problèmes distincts.
Le premier a trait à l’importance des priorités démocratiques, y compris ce que Walter Bagehot et John Stuart Mill [deux économistes britanniques] considéraient comme la nécessité de "gouverner par le débat". Admettons par exemple que les grands patrons de la finance aient une vision réaliste de ce qu’il faut faire. Cela nous inciterait à les écouter dans le cadre d’un dialogue démocratique. Ce qui n’a rien à voir avec le fait de confier aux institutions financières internationales et aux agences de notation le pouvoir unilatéral de commander à des gouvernements démocratiquement élus.
De plus, on voit mal comment les sacrifices que les grands capitaines de la finance exigent de pays en situation de précarité permettraient de garantir la viabilité à terme de ces derniers ou la continuation de l’euro sans infléchir la tendance à l’intégration financière ni modifier la composition du club de la monnaie unique. Les diagnostics qu’émettent les agences de notation sur les problèmes économiques n’incarnent pas la voix de la vérité, contrairement à ce qu’elles prétendent. Rappelons, à toutes fins utiles, que leurs accomplissements, quant il s’est agi de noter des institutions financières et commerciales avant la crise économique de 2008, ont été si désastreux que le Congrès américain a un temps envisagé sérieusement de les poursuivre en justice.
Puisqu’une grande partie de l’Europe s’efforce aujourd’hui activement de juguler la dette extérieure en réduisant impitoyablement les dépenses publiques, il est essentiel d’étudier avec réalisme l’impact probable que pourrait avoir ces mesures, tant sur les gens que sur la production de revenus publics par le biais de la croissance économique.
Certes, les grands discours qui parlent de "sacrifice" ont un effet enivrant. C’est la philosophie du "bon" corset : "Si Madame s’y sent à l’aise, alors, c’est qu’il lui en faut un plus petit." Toutefois, si l’on lie trop étroitement les appels à la pertinence financière à des coupes budgétaires brutales, on risque fort de tuer la poule qui pond les œufs d’or de la croissance.
Cette inquiétude vaut pour plusieurs pays, de la Grande-Bretagne à la Grèce. Le caractère universel d’une stratégie de réduction des déficits qui promet "du sang, de la sueur et des larmes" confère un certain degré de plausibilité à ce que l’on impose à des pays plus fragiles comme la Grèce ou le Portugal. Mais il est du même coup plus difficile à l’Europe de s’exprimer d’une voix politique unie face à la panique déclenchée sur les marchés financiers.
En dehors d’une vision politique plus ambitieuse, c’est une réflexion économique plus limpide qui est nécessaire. La tendance à ignorer l’importance de la croissance économique dans la création de revenus publics devrait être auscultée de plus près. On a observé un lien puissant entre la croissance et les revenus publics dans de nombreux pays, de la Chine et de l’Inde aux Etats-Unis et au Brésil.
Là encore, nous devrions tirer les leçons de l’histoire. A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les formidables déficits publics de bien des Etats avaient été la source d’une grande inquiétude, mais ce fardeau s’était rapidement allégé grâce à une croissance économique rapide. De même, l’impressionnante dette publique à laquelle le président Clinton a été confronté quand il a pris ses fonctions en 1992 s’est évaporée durant son mandat, en grande partie grâce à une vigoureuse croissance économique.
En Grande-Bretagne, bien sûr, il n’y a pas de raison de craindre que la démocratie soit menacée, puisque cette politique a été choisie par un gouvernement porté au pouvoir par les urnes. Même si la mise en place d’une stratégie qui n’avait pas été dévoilée avant l’échéance électorale peut être sujette à caution, c’est le genre de liberté dont jouit le vainqueur élu dans un système démocratique. Mais il n’en est pas moins nécessaire d’avoir recours à un plus large débat public, même en Grande-Bretagne. Tout comme il faut reconnaître que la politique restrictive décidée par Londres semble conférer de la plausibilité aux politiques encore plus rigoureuses imposées à la Grèce.
Comment certains pays de la zone euro en sont-ils arrivés là ? Le lancement d'une monnaie unique sans davantage d'intégration politique ou économique, idée des plus saugrenues, a certainement joué un rôle, au-delà même des transgressions financières incontestablement commises par des pays comme la Grèce et le Portugal (et même si Mario Monti a eu tout à fait raison de rappeler qu'une culture de “déférence excessive” dans l'UE a donné libre cours à ces transgressions).
Le gouvernement grec — et en particulier son Premier ministre, George Papandréou — met tout en œuvre pour sortir de la crise, malgré les résistances politiques, mais la bonne volonté d'Athènes ne dispense pas l'Europe de vérifier le bien-fondé des exigences — et du calendrier — imposées à la Grèce.
C'est une piètre consolation de me rappeler que j'étais fermement opposé à l'euro, tout en étant très favorable à l'unité européenne. Mon inquiétude à propos de l'euro était liée pour une bonne part au fait que chaque pays allait perdre la marge de manœuvre laissée par la politique monétaire et les ajustements des taux d'intérêts, ce qui par le passé avait été d'un grand secours à certains pays en difficulté. Au lieu de quoi aujourd'hui il faut déployer des efforts désespérés pour stabiliser les marchés financiers, au détriment du niveau de vie des citoyens.
L'Europe pourrait se passer de la liberté monétaire si par ailleurs elle était intégrée sur le plan politique et budgétaire (comme c'est le cas des Etats des Etats-Unis), mais en optant pour ce compromis qu'est la zone euro, l'UE est allée droit la catastrophe. Le formidable projet politique d'une Europe unie et démocratique s'est vu adjoindre une intégration financière incohérente.
Aujourd'hui, repenser la zone euro poserait de nombreux problèmes, mais ceux-ci doivent être débattus intelligemment : il ne faut pas laisser l'Europe dériver au gré des vents de la finance, prisonnière d'une pensée étriquée, au bilan catastrophique. Avant tout, il faut commencer par limiter la capacité des agences de notation à imposer leurs diktats. Ces agences sont difficiles à discipliner, malgré leurs résultats peu reluisants, mais les gouvernements peuvent peser dans la balance s'ils font entendre leur voix tout en recherchant des solutions, en particulier avec l'appui des institutions financières internationales. Il faut de tout urgence mettre fin à la marginalisation de la tradition démocratique de l'Europe. La démocratie européenne revêt une grande importance pour l'Europe — et aussi pour le reste du monde.

Analyse

L'aide à la Grèce viole le principe démocratique

Quand un gouvernement échoue, on peut le révoquer. Mais face à l’échec bouleversant de l’UE dans la crise en Grèce, contre qui peut-on voter ? s'interroge le magazine allemand Stern. Les Européens sont en manquent d’un droit fondamental : celui de voter. Il est ainsi impossible de réaliser une aide financière démocratique de l’UE aux Grecs. Car soit la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy gouvernent la Grèce en violant sa souveraineté, soit on aide les Grecs en acceptant de perdre le contrôle sur nos finances, ce qui revient également à une violation des principes démocratiques. Tout le dilemme est là : en aidant les Grecs, nous sommes inévitablement de mauvais démocrates. Et en ne les aidant pas, nous sommes de mauvais Européens. La solution serait donc une union politique, élue par les citoyens européens.


Tourisme:l'Allemagne plébiscite la Grèce

De plus en plus d'Allemands veulent passer leurs vacances d'été en Grèce malgré les mouvements de protestation sociale et un certain ressentiment vis-à-vis de l'Allemagne, selon l'hebodmadaire Wirtschaftswoche. "Dans les chiffres de réservation, la Grèce est en augmentation d'au moins 10% par rapport à l'été dernier", a affirmé Volker Böttcher, dirigeant de TUI Deutschland dans le magazine économique.

L'un des principaux autres voyagistes allemands FTI enregistre également une croissance du même ordre. "Aucun client n'a annulé son voyage en raison des informations dans les médias", a souligné la responsable de FTI, Heike Niederberghaus.
Toutefois, cet engouement pour la Grèce est également lié à la situation politique dans plusieurs pays arabes. "La Grèce est certainement l'un des pays qui profitent le plus de la fréquentation en baisse des pays d'Afrique du Nord", a précisé M. Böttcher au magazine.

Très friands de séjours à l'étranger, les Allemands fréquentent beaucoup l'Espagne, l'Italie et la Grèce durant les vacances d'été. Mais devant les sacrifices imposés par la grave crise économique, certains Grecs ont manifesté leur colère contre les Européens et les Allemands en particulier, rendus responsables de leurs graves difficultés.

samedi 25 juin 2011

Fillon attaque la "présidence normale" de Hollande

François Fillon a ironisé samedi 25 juin devant de nouveaux militants UMP sur la "présidence normale"François Hollande et évoqué la ville de Paris qui mérite selon lui "moins de sectarisme et plus de responsabilité". que souhaite incarner

Sans nommer l'ancien premier secrétaire du PS, M. Fillon a estimé devant plusieurs centaines de nouveaux adhérents à l'UMP, réunis samedi salle Gaveau à Paris que "ceux qui se font fort d'instaurer une 'présidence normale' ne savent pas de quoi ils parlent".

"Quand vous avez quelques jours pour stopper la spirale de tout un système économique et financier qui part en vrille (...) quand vous décidez de passer de l'ultimatum au déclenchement des opérations militaires en Libye, quand vous devez résister à plusieurs centaines de milliers de manifestants qui réclament l'abandon de la réforme pourtant vitale des retraites (...) quand vous êtes au centre de tout cela, eh bien, vous ne pouvez pas et vous ne devez pas être l'homme du quotidien", a fait valoir M. Fillon.
FILLON ÉGRATIGNE LA GESTION DE DELANOË À PARIS
M. Fillon, qui demeure silencieux sur son éventuelle candidature à Paris aux élections législatives de 2012, a également répondu au maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, qui l'a accusé le 21 juin d'être "le chef de gouvernement qui a fait le plus de mal aux Parisiens", évoquant notamment la question du transfert de compétences.

"M. Delanoë me reproche de demander à la municipalité parisienne ce que je demande à toutes les collectivités locales : gérer sérieusement leur budget car les finances de la France l'exigent", a fait valoir M. Fillon. "C'est ce qui s'appelle se défausser sur autrui pour ne pas avoir à se déjuger soi-même", a-t-il ironisé.
"Je lui réponds que la rigueur budgétaire nous concerne tous, ce n'est pas une question partisane, c'est une question d'intérêt national", a poursuivi le premier ministre. ,Selon M. Fillon, qui pourrait briguer la mairie de Paris en 2014, la capitale "mérite moins de sectarisme et plus de responsabilité".
RISQUES D'UN NOUVEAU 21 AVRIL
M. Fillon et le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, ont par ailleurs appelé à l'unité de la majorité au moment où l'ex-ministre et chef de file des Radicaux, Jean-Louis Borloo, laisse planer le doute sur son éventuelle candidature à la présidentielle.

"Le rassemblement de la majorité autour du président de la République n'est pas une option, c'est une nécessité absolue", a expliqué M. Fillon, pour qui l'élection de 2012 s'annonce "extrêmement difficile". "Personne, ni à droite ni à gauche, ne doit sous-estimer les risques d'un nouveau 21 avril", a martelé le premier ministre.

Le gouvernement grec appelle les députés à "faire leur devoir"


Le gouvernement grec a appelé samedi les députés récalcitrants du Parti socialiste (Pasok) à "faire leur devoir" la semaine prochaine au Parlement, en adoptant le nouveau plan d'austérité réclamé par les bailleurs de la Grèce.

Le vote devrait être serré mercredi prochain lorsque les députés se prononceront sur le plan d'austérité de cinq ans mis au point avec le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE). Ils voteront le lendemain sur la loi d'application de ce programme.

Les bailleurs exigent l'adoption de ce plan, qui prévoit des baisses des dépenses, des hausses d'impôts et des privatisations, avant de débloquer la prochaine tranche d'aide évitant à la Grèce de faire défaut.

La majorité du gouvernement de George Papandreou est réduite: le Pasok au pouvoir compte 155 députés sur 300. Deux députés socialistes ayant annoncé qu'ils voteraient contre ces mesures, la majorité ne tient plus qu'à trois voix.

Après les élections législatives d'octobre 2009, les socialistes comptaient 160 députés mais les mesures d'austérité, contestées tous les jours dans la rue, ont provoqué cinq défections.

Le nouveau ministre des Finances, Evangelos Venizelos, a proposé de discuter avec tous les députés hésitants.

"Je pense que le sens de responsabilité l'emportera au final; le Dieu de la Grèce est grand", a-t-il dit sur la chaîne de télévision grecque Alter.

Pour le ministre de la Justice Miltiadis Papaioannou, les élus socialistes "doivent boucher leurs oreilles face à toutes les critiques et faire leur devoir."

DEUX JOURS DE GRÈVE PENDANT LES VOTES

L'un des dissidents, Thomas Robopoulos, n'est pas de cet avis. "Des commerces ferment tous les jours et on veut prendre des mesures qui bloquent la croissance", a dit à Reuters ce concessionnaire de Thessalonique, l'un des rares hommes d'affaires membres du Parlement.

Les mesures d'austérité ont fait plonger la Grèce dans la récession, la plus violente depuis 37 ans, avec un produit intérieur brut en baisse de 4% l'an passé. Le chômage a atteint le niveau record de 16,2% en mars, et 43% chez les jeunes.

Une grève générale de 48 heures est organisée la semaine prochaine, coïncidant avec les votes du Parlement.

Cette semaine, des débrayages ont eu lieu dans les entreprises menacées par la privatisation, comme le premier producteur d'électricité PPC.

Venizelos a reconnu que nombre des mesures arrêtées jeudi soir par Athènes avec l'UE et le FMI étaient dures et injustes, mais il a soutenu qu'elles étaient inévitables.

Les ministres des Finances de l'UE ont donné jusqu'au 3 juillet aux autorités grecques pour faire adopter au Parlement les mesures d'austérité, avant de débloquer le prêt de 12 milliards d'euros et préparer le second plan d'aide.

Le gouvernement grec prévoit notamment d'abaisser le seuil minimum d'imposition sur le revenu à 8.000 euros par an au lieu de 12.000 euros actuellement.

Un impôt exceptionnel de solidarité sur les revenus sera instauré. Il sera compris entre 1% à 5% des revenus en fonction de leur montant.

La taxe sur le fioul domestique sera légèrement relevée et un impôt minimum sera institué pour les auto-entrepreneurs. Ce secteur est considéré comme un de ceux où la fraude fiscale est la plus pratiquée.

Entre Charybde et Scylla

Imaginons un scénario de cauchemar : la France va, tous budgets confondus, réduire ses dépenses d’une bonne centaine de milliards d’euros jusqu’en 2014. En même temps, les impôts directs ou indirects, dont la TVA, et les cotisations sociales augmentent avec prestations en baisse, les salaires des fonctionnaires sont ponctionnés ainsi que les retraites. Bien sûr, il n’y aura plus aucun investissement dans le système de santé qui se dégrade, dans l’Éducation nationale et dans les autres services publics… Non seulement le pouvoir d’achat des ménages s’évaporerait dans un ordre de grandeur allant de 15 % à 20 %, mais quelle hypothèque sur l’avenir !

Un scénario inimaginable ? Proportionnellement au nombre de ses habitants (six fois moins que la France) et à son PIB, c’est pourtant l’effort, voire le sacrifice, que les dirigeants européens — Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et les banquiers de la BCE en tête — exigent de la Grèce. D’abord pour toucher la dernière tranche des 110 milliards d’aide consentis l’an dernier (sans les 12 prochains milliards, Athènes sera en cessation de paiement le 18 juillet). Ensuite, afin d’obtenir un deuxième crédit, vraisemblablement aussi à hauteur de 110 milliards, cet automne. Dans quel but ? Sauver la Grèce de la faillite ou préserver l’euro, et à travers la monnaie unique, l’économie européenne ? Grèce et euro seraient liés. Un défaut de paiement grec retomberait sur les banques engagées dans les dettes contractées par Athènes (350 milliards de dettes publiques et privées) puis sur tout le système bancaire comme en 2008. L’euro, car la Grèce est dans la zone euro, serait décrédibilisé et, très vite, se mettrait en route un implacable effet-domino : les autres États fragiles de l’Euroland, mis par ce mauvais exemple dans l’incapacité de s’adresser au marché financier international, subiraient un sort analogue avec des répercussions à ne plus en finir.

Mais remplir éternellement ce tonneau des Danaïdes percé par tous les gouvernements qui se sont succédé à Athènes depuis 40 ans, est-ce vraiment la solution ? Beaucoup d’économistes en doutent en préconisant le retour à une drachme dévaluée, surtout pour éviter une austérité synonyme de récession. Car une évidence frappe : jamais la Grèce ne pourra rembourser, encore moins avec un appareil économique complètement étranglé. Tout se passe comme s’il fallait d’abord reculer l’échéance de la faillite annoncée. Quitte un jour, à présenter la facture à tous les contribuables de la zone euro. À moins d’un miracle…

On peut comprendre l’exaspération des Grecs mis sous tutelle et ravalés au rang d’Européens de seconde classe. Accepter une nouvelle cure d’austérité commandée par l’Europe exige un courage inouï. La refuser signifie plonger dans un inconnu où sauront se mouvoir toutes les forces antidémocratiques. La Grèce navigue entre Charybde et Scylla. Et avec elle, toute l’Europe, au-delà de la zone euro.

La sûreté nucléaire est l'affaire de tous

Three Mile Island aux États-Unis en 1979, Tchernobyl enUkraine en 1986, Fukushima au Japon en 2011, plus un autre accident dans une centrale nucléaire russe dont on parle peu sont venus jeter inquiétude et doute sur l'énergie nucléaire.

On le comprend quand on constate qu'un accident nucléaire survient tous les dix ans. Et aussi quand on sait qu'il est pire que tous les autres types d'accidents connus. En effet, sa nature est différente : l'eau se retire après l'inondation, le feu s'éteint lorsqu'il n'y a plus rien à consumer. Les radiations, lorsqu'elles sont émises intempestivement, créent une contamination nocive et même mortelle qui dure presque indéfiniment. Celle-ci peut, en outre, s'étendre au loin sous diverses formes.

On a vu, ces jours derniers, l'épouvantable photo prise en mer des déchets de toutes sortes emportés au large par le retrait du tsunami de Fukushima. Face à de tels désastres, nous sommes impuissants. C'est bien pour cette raison que certains pays ont déjà cessé de recourir à cette énergie et que beaucoup d'autres envisagent d'y renoncer, même s'il faut des années pour y parvenir.

« La statistique d'accidents nucléaires est vingt fois supérieure aux objectifs de probabilité annoncés », vient de déclarer au Figaro Jacques Repussard, directeur de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (1). Il en conclut qu'il est urgent de trouver les moyens de remédier à de telles situations, soit que l'on veuille continuer à utiliser cette énergie, soit que l'on veuille en sortir car il y faudra des années, il importe donc que la sécurité soit dès maintenant maximale.

Les risques peuvent provenir d'une défaillance technique inhérente à la construction et au fonctionnement d'une centrale. Ils peuvent provenir de dangers extérieurs, terrorisme, catastrophes naturelles : séisme, tsunami, etc., ou bien encore d'erreurs humaines. Tout cela pouvant se conjuguer dans un incroyable enchaînement de circonstances dont on dit trop vite qu'il ne se produira jamais. Fukushima vient pourtant de nous prouver le contraire.

« Imaginer l'inimaginable »

On peut diminuer encore ces risques aujourd'hui, estime Jacques Repussard, à condition d'avoir la lucidité « d'imaginer l'inimaginable » et de prendre les mesures, même les plus coûteuses, pour tenter d'empêcher le drame de survenir.

Nous savons désormais que les conséquences d'un accident nucléaire ne concernent pas seulement le pays où il se produit, mais la planète tout entière : les nuages atomiques ne respectent aucune frontière, nous le savons déjà. Il importe donc qu'en ce domaine, plus encore que dans d'autres, les normes internationales soient établies pour tous et respectées par tous.

En ce qui concerne l'énergie atomique, « chaque État reste maître chez lui... » (2). C'est cet obstacle que vise à surmonter la conférence de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui vient de se tenir à Vienne. Et certains États sont loin d'impliquer les normes élémentaires de sécurité. Ainsi Rosatom, l'agence d'État en charge du nucléaire enrichi, vient de pointer trente et un cas de manquements en termes de sécurité, démontrant que lesdites centrales vieillottes sont mal conçues et mal préparées aux catastrophes.

Ainsi les risques sismiques n'ont pas été pris en compte lors du choix des sites des centrales. La plupart des dix-neufs réacteurs opérationnels ne sont pas prévus pour s'arrêter automatiquement en cas de séisme, comme ce fut le cas à Fukushima, ce qui a permis d'éviter le pire. On constate également qu'il n'y a pas de préparation d'intervention en cas d'incendie, d'inondation, d'impacts extérieurs. Il semble qu'on s'en préoccupe davantage en Russie, depuis Fukushima. C'est ce que rapporte La Croix du 22 juin 2011.

Le G8 de Deauville, puis l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ont appelé à la coopération internationale pour la sûreté nucléaire. Il faut s'y atteler d'urgence en trouvant les moyens, dans le cadre d'une gouvernance mondiale, d'imposer les solutions à tous les États du monde car, comme le déclare, Nathalie Kosciusko-Morizet : « Si les choix de production nucléaire sont souverains, la sûreté est l'affaire de tous. »





(1) Le Figaro des 18 et19 juin 2011.

(2) Le Monde du 22 juin 2011.

Ça chauffe dans les tourbières

Une directive environnementale de l’Union européenne suscite l’ire des agriculteurs irlandais, qui entendent défendre, contre les écologistes et contre le gouvernement, leur droit traditionnel à exploiter la tourbe. 

Dans les landes marécageuses, au beau milieu de tranches de tourbe noire empilées comme des briques de Jenga, Michael Fitzmaurice  lance un regard de défi à l’avion qui surveille son activité professionnelle. L’appareil traque quiconque continue de découper, d’empiler ou de récolter de la tourbe — entreprise désormais jugée répréhensible par l’Union Européenne.
"C’est quand même une sacré blague de voir que le pays est en pleine récession, quasiment en faillite, mais que les autorités peuvent se payer le luxe de faire décoller un avion pour espionner les ramasseurs de tourbe", déclare-t-il tout en cassant à la main un morceau de ce combustible naturel de couleur sombre. "Pendant la saison de la récolte, on voit des hélicoptères en même temps que les avions, et il y a des officiels qui patrouillent les tourbières en camionnette pour nous empêcher de faire ce que nos ancêtres ont fait pendant des siècles. Et tout ça parce qu’ils ont peur que l’UE colle une amende à l’Irlande si on continue à récolter la tourbe."
L’UE a décrété que cette matière élastique et humide arrachée à la terre d’Irlande appartenait à une Zone spéciale de conservation (ZSC). Par conséquent, afin de préserver les tourbières, il est dorénavant interdit d’en prélever la moindre parcelle. Le gouvernement irlandais redoute que l’UE n’impose de lourdes amendes à la république pour non-respect de directives environnementales mises en place il y a quatorze ans.
(Image :tourbières d'Ecosse)

Ecologistes contre les extracteurs de tourbe

Aujourd’hui âgé de 43 ans, Fitzmaurice, qui a commencé à récolter de la tourbe avec son père quand il avait quatre ans, ne comprend pas pourquoi son gouvernement devrait suivre le décret environnemental de Bruxelles sous prétexte que l’Irlande doit tant à l’UE. "Ce ne sont pas les ramasseurs de tourbe et leurs familles qui ont poussé le pays à la faillite. Ce sont les banques, les promoteurs et leurs amis politiciens qui ont mis l’Irlande dans ce pétrin. Nous ne sommes pas responsables de ça, alors, pourquoi devrions-nous payer un prix aussi élevé juste pour obéir à l’Europe."
An Taisce, association irlandaise de défense du patrimoine écologique, estime cependant que le gouvernement de la coalition Fine Gael et travailliste doit maintenant faire respecter cette interdiction. Les environnementalistes irlandais rappellent que les tourbières sont un écosystème unique, mais aussi l’un des plus fragiles et des plus exploités au monde. "Les tourbières intactes ont une plus grande valeur pour la société que les intérêts d’un groupe de pression minoritaire, celui des extracteurs de tourbe", déclare un porte-parole d’An Taisce. L’association soutient qu’il aurait fallu interdire la récolte de tourbe "il y a dix ans déjà".
Mais les hommes et les femmes qui entaillent le sol des tourbières d’Irlande peuvent compter sur un champion à Dublin, le député de la circonscription de Roscommon-South Leitrim, Luke “Ming” Flanagan. Avec son bouc et ses longs cheveux, il a quelque chose du méchant des aventures de Guy L’Eclair. Mais Flanagan, membre indépendant radical du Parlement, ne plaisante pas quand il s’agit de défendre les droits des tourbiers.

Quelle autre solution ?

"Les autorités menacent ces gens de sanctions pénales et financières. J’ai entendu parler d’agriculteurs qui ramassent la tourbe, et à qui on a dit qu’on leur supprimerait leurs subventions s’ils n’arrêtaient pas d’exploiter les tourbières. Pour l’instant, on est dans l’impasse, une sorte de cessez-le-feu tourbier, si vous voulez. Mais nous vivons des temps difficiles, et j’espère que l’on pourra parvenir à un compromis, que l’on pourra continuer à exploiter un petit pourcentage des tourbières. C’est du gagne-pain d’environ 18 000 personnes qu’il s’agit, des gens qui soit travaillent dans l’exploitation de la tourbe, soit en ont besoin comme combustible. Quelle autre solution leur offre-t-on — importer plus de charbon de Pologne ou de pétrole du Moyen-Orient ?"
Dans les tourbières près de l’endroit où travaille Fitzmaurice, Tom Gibney a hissé un drapeau irlandais au-dessus de sa propre exploitation. "J’ai le titre de propriété pour cette tourbière, il remonte à l’époque britannique, en 1896, et je l’ai encadré et accroché à mon mur chez moi. On y voit encore la couronne britannique, en en-tête, et maintenant qu’on est censé être un pays indépendant, pas question que j’y renonce, ainsi qu’au droit d’en entailler un petit bout pour y trouver de la tourbe."
Non loin de là, dans une petite chaumière humide, Ella McKeague, 87 ans, se réchauffe près du feu, et l’odeur âcre de la fumée de tourbe se répand dans la pièce. Son cottage donne sur une petite tourbière qui lui appartient, d’où des voisins ont récemment extrait de quoi permettre à cette fragile vieille dame de se chauffer tout au long de l’année.
"Le fioul, c’est trop cher pour moi. On se sert tous de la tourbe pour tenir durant l’année. Dites-leur de nous laisser continuer à ramasser de la tourbe, comme je le fait depuis 60 ans", lâche-t-elle, agrippée à son déambulateur. Puis elle se penche et dépose quelques tranches de ce combustible naturel noir et marron dans les flammes de son âtre.

Faut-il aider la Grèce ?

La morale et l'économie ne font pas nécessairement bon ménage. Sauf en Grèce, ces temps-ci : la mère patrie de l'Europe est punie par une sorte de justice immanente après des années de tricherie et de laxisme en matière de comptabilité publique.

De ce point de vue, toute la classe politique grecque est à jeter dans les poubelles de l'Histoire, à commencer par les dirigeants socialistes actuels qui, sous la houlette de Georges Papandréou, se sont fait élire sur un programme ultradémagogique. D'où la colère légitime des Allemands, qui se sont imposé une rude cure d'austérité il n'y a pas si longtemps et à qui nous demandons sans cesse de rajouter au pot grec.

Faut-il continuer à aider la Grèce ? Après les fiascos de ses différents plans d'aide, à peine bouclés qu'ils sont déjà défaits par la spéculation, l'Europe doit choisir une stratégie. Soit la stratégie égoïste, en chassant la Grèce en faillite de la zone euro, ce qui ouvrirait la voie à un démantèlement de la monnaie unique. Soit, au contraire, la stratégie dynamique, en donnant un coup d'accélérateur à la construction européenne.

D'abord, en instituant un marché obligataire unique pour les bons du Trésor des pays européens, ce qui tuerait dans l'oeuf la spéculation qu'exacerbent des taux d'intérêt différents.

Ensuite, en créant, comme l'a proposé Jean-Claude Trichet, un ministère européen des Finances pour prévoir et mieux contrôler les sorties de route des mauvais élèves.

Enfin, en relançant le volet politique de l'Europe, qui, dans les crises, a presque toujours un train de retard.

Si l'Europe ne choisit pas rapidement cette stratégie, on ne comprend pas pourquoi elle s'obstinerait à remplir davantage cette spécialité grecque qu'est le tonneau des Danaïdes.

Peter Falk, l'inspecteur Columbo, est mort

L'acteur américain Peter Falk, qui interprétait l'inspecteur Columbo dans la célèbre série télévisée, est mort à l'âge de 83 ans, a annoncé vendredi un membre de la famille sur la radio californienne KNX.
L'acteur immortalisé par son imperméable élimé et sa célèbre phrase "Juste une dernière chose...", souffrait de démence depuis plusieurs années et avait été placé sous la curatelle de sa femme Shera Falk, avec qui il était marié depuis trente-quatre ans.
Acteur et réalisateur, il a été rendu célèbre dans le monde entier surtout pour avoir incarné, soixante-neuf fois, entre 1968 et 2003, Columbo, policier décontracté mais génial, faussement naïf bien qu'un peu brouillon. Peter Falk avait déjà une longue carrière derrière lui quand il endossa pour la première fois le rôle du lieutenant de police. Il fut notamment sélectionné deux fois aux Oscars dans la catégorie du second rôle, en 1961 et 1962. Il avait joué dans plusieurs grands films de Frank Capra et dans Les Ailes du désir, de Wim Wenders.

Au total, Peter Falk aura joué dans une soixantaine de films, notamment de son ami John Cassavetes, avec qui il tourna six films, dont Husbands, en 1970, et Une femme sous influence, en 1974 : L'humour mordant de Columbo, son imperméable beige usé, sa Peugeot 403 et son éternel cigare, ses mimiques inimitables, tout comme ses allusions fréquentes à "sa femme", qui n'apparaît jamais, ont valu à Peter Falk succès et sympathie.
Né le 16 septembre 1927, à New York, Peter Falk appartenait à une famille juive, de père russe et de mère tchèque. A trois ans, une tumeur maligne lui fait perdre un œil.


Après avoir obtenu une maîtrise de sciences politiques à l'université de Syracuse (Etat de New York), puis travaillé comme cuisinier, il tente en vain d'intégrer l'agence de renseignement américaine, la CIA, et se lance dans une carrière de fonctionnaire, dans l'Etat du Connecticut (Nord-Est). Il abandonne son poste brusquement, en 1957, pour sa passion, la comédie.
Cette même année 1957, il entame une carrière d'acteur, déjà dans une série télévisée. Il est propulsé véritablement dans Milliardaire pour un jour, de Frank Capra, qui lui valut son deuxième oscar. En 1992, dans Le Joueur, de Robert Altman, il joue son propre rôle.
Mais à partir de 1968, et pour trente-cinq ans, ce n'est presque plus que Columbo. Le premier épisode est réalisé par un jeune homme de 25 ans... Steven Spielberg. Sur les soixante-neuf épisodes, Peter Falk en produit ou coproduit vingt-quatre. Le dernier, en 2003, est Columbo mène la danse.
En France, l'inspecteur était aussi incarné par une voix, celle du comédien Serge Sauvion, mort en février 2010, à l'âge de 80 ans.

Christiane Desroches-Noblecourt, première femme égyptologue, est morte

L'égyptologue française Christiane Desroches-Noblecourt est morte jeudi 23 juin au matin à Sézanne (Marne), à l'âge de 97 ans, a-t-on appris vendredi auprès de son éditeur. Première femme égyptologue et surnommée "la grande prêtresse de Ramsès II", Mme Desroches-Noblecourt est célèbre pour avoir sauvé les temples d'Abou Simbel et avoir été à l'origine des expositions "Toutankhamon" et "Ramsès II" à Paris.

Au cours d'une carrière de plus de cinquante ans, elle a permis de préserver vingt-quatre temples de Nubie, en Haute-Egypte. Elle a par ailleurs assuré la conservation de la momie de Ramsès II, rongée par les champignons, en la faisant irradier à Saclay, en région parisienne.
RÉSISTANTE ET INTRÉPIDE HISTORIENNE
Née le 17 novembre 1913, à Paris, Christiane Desroches-Noblecourt obtient une licence d'études égyptiennes à l'Ecole pratique des hautes études, entre au département d'égyptologie du Louvre et part diriger des fouilles en Egypte dès 1937. Résistante en France pendant la seconde guerre mondiale, elle parvient également à cacher en province des chefs-d'œuvre égyptiens conservés au Louvre. Après la Libération, sous l'égide de l'Unesco, elle entreprend des centaines d'allers-retours entre Paris et l'Egypte. Elle s'occupera au total de sept cents chantiers, non seulement en Egypte, mais aussi dans le Hoggar algérien.
Au milieu des années 1950, c'est elle qui conçoit le projet, considéré comme impossible par les autorisés égyptiennes et de nombreux spécialistes, de surélever les temples de Ramsès, creusés dans le rocher, et menacés d'engloutissement par les eaux du Nil en raison de la construction du nouveau barrage d'Assouan. Elle parvient à sauver un grand nombre de monuments.
C'est elle qui, avec le soutien enthousiaste du président égyptien Nasser et du général de Gaulle, organise l'exposition "Toutankhamon" au Louvre, en 1967 à Paris, qui accueillera près d'1,3 million de visiteurs. En 1976, elle participe aussi à l'exposition "Ramsès II" à Paris, qui accueille presque autant de visiteurs.
Première femme récipiendaire de la médaille d'or du CNRS, elle a reçu également la médaille d'agent de l'Unesco, et elle est l'une des très rares femmes grand-croix de la Légion d'honneur.

"GRANDE DAME DU NIL"
Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage dans un communiqué à la "grande dame du Nil". "Son coup de foudre, enfant, pour l'Égypte, était né du récit de la découverte du tombeau de Toutânkhamon : en retour, cinquante ans plus tard, elle fera découvrir aux Français les merveilles du trésor de ce pharaon en organisant une exposition qui reste dans les mémoires et rassemblera plus d'un million de visiteurs", rappelle le président.
Selon M. Sarkozy, "Christiane Desroches-Noblecourt réunissait, chose rare, les qualités de la plus rigoureuse des scientifiques à celles de la plus passionnante des pédagogues". "Elle fut aussi, à l'époque où les fouilles égyptologiques étaient encore une aventure de tous les instants, souvent dangereuse, une figure intrépide et romanesque qu'aurait pu dépeindre Agatha Christie", ajoute le communiqué.
L'Elysée rappelle également que l'égyptologue "mit sa capacité de conviction et son énergie au service d'une cause universelle : le sauvetage des temples de Nubie, menacés d'être engloutis par le lac Nasser. Elle joua alors, à la tribune de l'Unesco, un rôle décisif pour fédérer l'engagement de près de cinquante pays", ajoute-t-on.  "Avec Christiane Desroches-Noblecourt, c'est la digne héritière de Jean-François Champollion qui vient de nous quitter", affirme également la présidence.

Marche turque et plongeon grec


La Turquie épanouie, la Grèce défoncée ! Ce contraste fascinant des deux ennemis héréditaires, ces jours-ci, fait passer sur la Méditerranée comme un frisson d'Histoire.

Qui eût imaginé, dans l'Europe de Byron et de Chateaubriand, que la Grèce, alors arrachée avec tant de ferveur à la griffe ottomane, exhiberait cette tumeur monétaire dont les métastases menacent, via l'euro, le grand dessein européen ? Et que, dans le même temps, Constantinople, alias Istanbul, dispenserait à l'aire arabo-musulmane l'attrait d'un modèle édifiant ? Matrice de bonheurs et tragédies exemplaires, notre Méditerranée bouge toujours entre Orient et Occident.

La Grèce, en coma monétaire, est devenue le calvaire de l'euro. Sous le coup de la crise, l'Union européenne aura "découvert", à Athènes, un gouffre financier creusé par l'anarchie des dépenses d'Etat et le truquage des comptes publics. Une incurie du pouvoir grec assortie, chez les citoyens, d'une généralisation inouïe de la fraude fiscale. Une incurie européenne pour avoir caché et repoussé le scandale grec comme la poussière sous le tapis.

Le terrible déficit grec est aujourd'hui un culbuto : veut-on l'aplatir qu'aussitôt il se redresse. D'un côté, les marchés et, de l'autre, les banques, les Etats et le FMI s'échinent à le maîtriser avec le sentiment vertigineux d'ignorer l'issue... mais d'y courir inéluctablement. La solidarité de la zone euro rechigne à secourir, aux frais des vertueux, le vice des tricheurs. Mais l'impossibilité, au sein de l'euro, des dévaluations nationales contraint à cette "immorale" solidarité, faute de quoi l'euro se trouverait lui-même emporté : le mal grec entraînerait dans sa contagion virale l'Espagne, le Portugal, d'autres peut-être, dans la spirale du pire.

En fait, seuls les pays disposant d'une gestion rigoureuse et d'une industrie performante - au premier chef, l'Allemagne - tirent aujourd'hui leur épingle du jeu. Ceux qui ne surnagent qu'avec des "services" - ainsi, le tourisme - et dans l'addiction aux dettes sont durablement plombés. La sortie de crise atténuera, mais sans les supprimer, leurs handicaps.

L'euro et, au-delà, l'Union affrontent donc désormais leur plus dramatique défi. L'accord franco-allemand vient, une fois encore, d'éviter la catastrophe. Et on ne peut qu'approuver ceux qui, comme Sarkozy, refusent de jeter l'Europe avec l'eau du bain. Mais la vidange reste à faire. Car l'euro sent le sapin (voir en page 50). Un enfant comprendrait que la vraie solution, politique, est moins grecque qu'européenne. Sans une refonte de toute la machinerie communautaire, sans une gouvernance économique, l'euro, déjà à vau-l'eau, ira au diable. Et l'Europe avec lui.

Face à la déconfiture gréco-européenne, la victoire électorale d'Erdogan souligne l'épanouissement de la Turquie. Avec son poids démographique (75 millions d'habitants) et militaire, sa croissance impressionnante, la Turquie impose sa stabilité dans une région vouée aux désordres prometteurs mais énigmatiques des révoltes arabes et aux conflits récurrents chiites-sunnites ou israélo-palestinien.

Si la Turquie inspire, ces temps-ci, des peuples arabes qui, avec elle, n'ont guère en commun que l'islam, c'est justement pour avoir développé un islam démocratique, épris de libre entreprise et acceptant la laïcité de l'Etat. Cette laïcité fondée par Atatürk, défendue depuis cinquante ans par l'armée, est aujourd'hui tenue en lisière par l'expansion démocratique du parti islamique. Sa réussite n'inspire que des éloges. Avec néanmoins une seule crainte laïque et européenne : celle d'inoculer peu à peu la charia (la loi islamique) par les urnes.

Erdogan jouit du soutien des classes populaires et de la nouvelle bourgeoisie d'Anatolie, plus conservatrice et religieuse que la société cosmopolite d'Istanbul. Il flotte, chez les siens, un parfum de nostalgie ottomane que réveille son salut (tardif) aux révoltes arabes.

En fait, la Turquie, travaillée par des aspirations contradictoires, balance entre plusieurs voies. L'autoritarisme islamique d'Erdogan inquiète, mais il ne pourra pas réformer la Constitution à sa guise. L'islamisation progresse avec l'ordre moral musulman, mais on trouve aussi, dans l'intelligentsia, une résistance laïque solide et sur les rivages turcs... plages naturistes et bars gays. L'aspiration libertaire progresse avec Internet, mais les censures persistent et des journalistes sont arrêtés.

Quant au virage diplomatique turc, il traduit un neuf et naturel désir d'autonomie et d'influence, mais ses diverses tentatives de médiation - la dernière en Libye - ont échoué. La résistance identitaire kurde (20 % de la population) reste un souci dominant qu'attise l'effondrement de l'allié et voisin syrien. L'Arménie et Chypre ne dorment que d'un oeil dans leur placard.

Conclusion : il est trop tôt pour parier sur un avenir turc encore très ouvert. Mais on sait déjà qu'il pèsera lourd entre Orient et Occident.