lundi 9 juin 2014
Antonis Samarás nomme un nouveau ministre des Finances
Le Premier ministre grec, le conservateur Antónis Samarás, a procédé lundi à un profond remaniement ministériel, marqué par la nomination au portefeuille crucial des Finances de Guikas Hardouvelis, a annoncé la nouvelle porte-parole du gouvernement Sophia Voultepsi. Intervenant à mi-mandat de la coalition droite-socialistes dirigée depuis deux ans par M. Samarás, ce remaniement vise à donner un nouveau souffle au gouvernement, critiqué pour la poursuite de mesures de rigueur draconiennes dictées par les créanciers du pays, UE et FMI. Guikas Hardouvelis, professeur à l'université du Pirée et conseiller économique de l'Eurobank, l'une des principales banques grecques, avait été directeur de l'ancien Premier ministre Lucas Papademos entre novembre 2011 et mai 2012, au pic de la crise grecque.
Pro-européen et issu du même milieu de centre gauche comme son prédécesseur Yannis Stournaras, M. Hardouvelis avait participé aux négociations de la restructuration de la dette grecque en 2012, qui avait effacé près de 106 milliards d'euros d'obligations détenues par les créanciers privés, surtout les banques. Yannis Stournaras, qui a conservé le portefeuille des Finances pendant deux ans, devrait prendre la tête de la Banque de Grèce dont le mandat de l'actuel gouverneur, Georges Provopoulos, arrive à échéance à la mi-juin, selon les médias grecs. Ce remaniement au cours duquel au moins cinq ministres ont été remplacés, dont celui de l'Éducation, de la Santé, du Développement et de l'Intérieur, vise, à mi-mandat, à rétablir l'image du gouvernement ternie par la victoire aux élections européennes du principal parti d'opposition, la Gauche radicale Syriza. Le Syriza a devancé de plus de 3 % le parti conservateur Nouvelle Démocratie, critiqué pour sa politique d'austérité.
La République zombie
La France vit une crise de régime sans précédent depuis la fin de la IVe République, dont Manuel Valls et François Hollande ont, chacun à sa manière, avoué l'ampleur. En rappelant que le mandat du président devait aller à son terme, le Premier ministre a souligné la possibilité qu'il soit contraint à renoncer prématurément à la fonction de chef de l'État, qu'il est incapable d'assumer. En se réfugiant derrière la présumée solidité des institutions, François Hollande a avoué qu'il se trouve dans une impasse et qu'il ne dispose plus de la légitimité requise pour diriger le pays. Enfin, en prétendant réorienter une Europe au sein de laquelle il est totalement isolé et impuissant, il a achevé de se déconsidérer auprès des Français comme de nos partenaires.
Le problème, ce n'est pas l'Europe, c'est la France. Et le problème de la France, ce ne sont pas les Français, c'est François Hollande. Par sa faiblesse et sa légèreté, il est une menace pour la République et pour l'Europe.
Deux ans après son élection, le bilan de François Hollande est apocalyptique, à la mesure de son inconséquence. Le président du néant qui ne croit à rien, qui ne dit rien et qui ne fait rien a rétréci la France. La croissance a été euthanasiée par l'envolée d'une fiscalité confiscatoire, de lois et de normes meurtrières pour les entreprises. La paupérisation progresse en même temps que l'activité régresse. Le chômage poursuit sa course folle, alors qu'il diminue partout en Europe. La famille, dernier rempart contre la crise, est la cible d'un travail de démolition systématique.
La France est marginalisée au plan international, déclassée par le leadership allemand sur l'Europe continentale et la zone euro, absente de la gestion de la crise ukrainienne, où se joue une part décisive de l'avenir du continent. L'unique succès que constituait l'intervention au Mali est compromis par la complaisance envers les errements des autorités de Bamako, qui ont provoqué la chute de Kidal, et par les coupes programmées dans les dépenses militaires, qui entraîneront la perte irréversible de nos capacités militaires et industrielles. Avec à la clé la déstabilisation de l'un des derniers pôles d'excellence et facteurs de puissance de notre pays.
Paupérisée et surendettée, divisée, abaissée et humiliée, la France se trouve désormais dans une situation prérévolutionnaire où tout devient possible. Plus la crise s'aggrave et devient existentielle, plus se creuse le vide politique sous l'effet de quatre chocs.
Le premier découle du vide d'autorité à la tête de l'État. Nicolas Sarkozy avait démontré que la Ve République ne pouvait fonctionner sans Premier ministre ; François Hollande prouve qu'elle est menacée dans son existence même par l'absence de président de la République. Par son impopularité et son incapacité, il constitue le premier obstacle à la mise en oeuvre des réformes vitales pour notre pays.
Le deuxième est lié à la décomposition de la majorité et du Parti socialiste, que sa déroute municipale prive de ses forces vives. François Mitterrand, sous couvert d'Union de la gauche, avait éliminé le Parti communiste ; François Hollande, en guise de réenchantement du rêve français, poursuit la liquidation méthodique du Parti socialiste, qui, privé de ses élus et de ses électeurs, est de plus en plus tenté de se rebeller pour éviter d'être emporté dans la chute mortelle du président.
Le troisième provient de l'effondrement de l'opposition sous le poids des scandales en chaîne qui accablent l'UMP. D'un côté, ses dirigeants fraudeurs et faussaires n'ont pas hésité à vider les caisses et à spolier leurs propres militants. De l'autre, les stratégies personnelles des candidats à la présidentielle, Nicolas Sarkozy en tête, interdisent l'émergence d'une opposition responsable et organisée. Nicolas Sarkozy dissout l'UMP comme François Hollande le PS, privant l'opposition de leader, de stratégie, de projet, et laissant le champ libre à l'extrême droite.
Le quatrième choc est créé par la percée du Front national, premier parti de France aux élections européennes, qui change de dimension en s'imposant non plus comme un mouvement protestataire mais comme une alternative politique. Le 25 mai 2014, contrairement au 21 avril 2002, ne relève pas d'une diabolique surprise liée aux circonstances, mais d'un vote conscient et assumé, gros du désespoir des citoyens et produit de la dérive démagogique de la classe politique.
La France de François Hollande est une République zombie, sans valeurs, sans cap, sans puissance, sans stratégie autre que la survie de ses dirigeants. Pour le monde extérieur, c'est Cuba, sans le soleil mais avec l'extrême droite. Pour l'Europe, c'est l'homme malade qui peut relancer la crise de l'euro. Pour les Français, c'est un bateau ivre privé de capitaine.
Voilà pourquoi la France ne peut attendre 2017 pour se réformer. Du côté de la majorité, l'homme clé est désormais Manuel Valls : il lui revient de réaliser son programme de réformes, au lieu de multiplier des contre-mesures prises sous l'effet de la panique, et de démontrer qu'il peut réunir une majorité stable pour les conduire à bien. À défaut, la seule issue est la dissolution. Du côté de l'opposition, il ne suffit pas de préparer un Congrès ; il faut faire la vérité et jeter une lumière crue sur les dérives passées ; il faut engager un travail collectif de reconstruction intellectuelle et programmatique. À défaut d'une remise en ordre de marche rapide de l'UMP, le champ est libre pour le Front national. À droite comme à gauche, il est grand temps que la politique des partis qui ont pris en otage la Ve République cède le pas devant la politique de la France
Ce qui manque à la droite?
… Ce ne sont pas les hommes, mais la certitude que la France vaut mieux que les partis !
La droite française cessera-t-elle un jour de donner raison au socialiste Guy Mollet, qui la définissait, en 1956, comme « la plus bête du monde » ? Ironie de l’histoire : deux ans plus tard, la Ve République était proclamée et c’est la gauche qui, jusqu’à sa reprise en main par François Mitterrand, en 1971, collerait le mieux à la définition que donne le Larousse de la bêtise : “manque d’intelligence ou de jugement”.
L’ennui, c’est que tout recommence toujours. D’où la question que pose Valeurs actuelles cette semaine : comment expliquer qu’en dépit de l’échec patent, cuisant, et par bien des côtés humiliant de l’actuelle majorité, l’opposition, à qui tout devrait sourire, se trouve à nouveau engluée dans ce qui fut la mélasse de la IVe République, à savoir le Meccano électoral ?
Quand Juppé prône une fusion entre la droite et le centre pour faire pièce au Front national, se rend-il compte qu’il en revient au point de départ de l’UMP, en 2002 ? Une trouvaille qu’Éric Zemmour résumait alors d’une formule : « L’UDF aux idées ; le RPR à la manoeuvre… » On a vu, une fois de plus, le résultat aux européennes : ainsi appariée, la droite n’avance plus. Lasse de jouer les godillots, la piétaille bonapartiste s’abstient… ou va voir ailleurs !
L’erreur est humaine ? Certes. Mais, ajoutaient les curés d’autrefois : ce qui est diabolique, c’est de persévérer ! Quand l’union à tout prix se solde par un rétrécissement de son périmètre, il est peut-être temps de changer de logiciel…
Pense-bête à l'usage de la droite
La boussole inversée est l'une des grandes spécialités médiatiques. Quand elle annonce le nord, c'est que le cap a été mis sur le sud. Et inversement. Ces temps-ci, elle s'en donne à coeur joie sur la crise de l'UMP, dont elle annonce la mort prochaine.
L'UMP est morte, vive l'UMP ! Sous la férule d'une bande de Pieds nickelés cyniques et cupides, le parti de la droite parlementaire était en train de s'étioler, pour le plus grand bénéfice du FN, comme on a pu le constater aux élections européennes. Le clanisme mène à tout à condition d'en sortir. Mais M. Copé s'y enclouait, sur fond de surfacturations ou de fausses factures.
Une bonne nouvelle pour la droite, une mauvaise pour Mme Le Pen et M. Hollande : c'est ainsi que l'on peut résumer ce qui s'est passé, la semaine dernière, à l'UMP. À l'heure où la relance de ce parti devient enfin possible, on se frotte les yeux quand on entend Mme Morano dénoncer l'"illégitimité" du triumvirat Fillon-Juppé-Raffarin, désigné pour expédier les affaires courantes après la démission de M. Copé, qui s'était autoproclamé président alors que, malgré sa triche organisée, les résultats de l'élection interne le donnaient perdant. De peu, mais perdant.
La droite est en voie de résurrection, n'en déplaise aux oiselles ou oiseaux de malheur. Parce qu'elle a, comme la nature, horreur du vide, la démocratie a besoin de remplir au plus vite l'espace grandissant des opposants au pouvoir socialiste. Si elle ne commet pas d'erreurs, l'UMP, débarrassée de ses mauvais génies, devrait rapidement combler son retard sur le FN. Elle a plus d'un atout dans sa manche.
Les jérémiades sont malvenues quand, comme elle, on a au moins trois candidats sérieux à la présidence. Récapitulons, par ordre alphabétique. D'abord, François Fillon, qui a un handicap de popularité à rattraper mais qui, le sourcil pompidolien en prime, incarne un dessein économique et une volonté de redressement. Ensuite, Alain Juppé, grand blessé de la politique, couturé de partout, dont l'étoile ne cesse de grandir et qui a pris une stature de "père du peuple". Enfin, Nicolas Sarkozy, ce cocktail d'énergie et de charisme que l'on sait, qui joue les Arlésiennes en agitant ses marionnettes dans la coulisse. Avant de retourner dans l'arène, s'il y retourne vraiment, il faudra toutefois qu'il songe à faire le tri entre ses amis ou alliés qui sentent trop souvent le soufre : Mme Balkany ou MM. Guéant, Buisson, Copé et consorts. S'il arrivait malheur aux trois impétrants susdits, l'UMP pourrait encore aligner une personnalité comme François Baroin, le fils putatif de M. Chirac, qui fait l'unanimité des ténors.
Autant de candidats d'envergure, c'est une force. À condition que la droite tire les leçons du fiasco historique du 25 mai 2014 et entame le travail de fond qu'elle n'a toujours pas commencé. Au cas où la droite oublierait sa liste de courses, voici un pense-bête pour l'aider à réfléchir à sa refondation :
Ne plus avoir peur d'elle-même dans un pays que tout affole, même son ombre. Préparer dès maintenant les réformes de fond qui, adoptées dans les cent premiers jours de l'alternance, permettront de redonner au pays confiance en lui-même et de le remettre d'équerre sur les finances, la fiscalité ou l'éducation. En attendant, que la droite n'oublie surtout pas de se souvenir de sa lourde part de responsabilité dans le délabrement financier et industriel constitutif du déclin français.
Redéfinir le rôle de l'État qui, à force d'engraisser, est devenu à la fois trop faible et trop puissant. L'État, dont l'économiste libéral Frédéric Bastiat écrivait joliment en 1848 qu'il est "la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde". La droite ne peut faire l'économie d'une réflexion sur cette question.
En finir avec l'opposition perroquet, qui amène la droite à vitupérer systématiquement le pouvoir socialiste, y compris quand il va dans la bonne direction (baisse des dépenses publiques, pacte de responsabilité, refonte territoriale, interventions militaires au Mali ou en Centrafrique, etc.). Le pays est dans un tel état, économique et psychologique, que le patriotisme devrait être de mise.
Rompre avec la stratégie de l'"homme providentiel" qui, pendant la campagne électorale, enfume son monde avant de s'asseoir, sitôt élu, sur son tas de promesses, au nom d'un principe cher à l'historien allemand Oswald Spengler : "Le génie politique d'une foule n'est que sa confiance dans le commandement (1)." Ce sont ces trahisons à répétition des politiciens traditionnels qui ont rempli la panse du FN.
Nettoyer les écuries d'Augias, en commençant par chasser les remugles de tripot qui, après le fléau Copé, flottent dans les cuisines de l'UMP et déshonorent la politique. Alors que le FN frappe à la porte du pouvoir, il était temps que l'opposition passe de l'ère des hommes (ou femmes) de main à celle des hommes (ou femmes) d'État.
1. Le déclin de l'Occident.
Jacques Sapir, l'économiste que s'arrachent les souverainistes
Economiste très politique, Jacques Sapir, qui fait de la sortie de l'euro la priorité des priorités, voit de nombreux responsables politiques s'inspirer de ses travaux, de la gauche de la gauche jusqu'au Front national.
Dans une brasserie du XIIIe arrondissement, près de l'EHESS où il est directeur d'études, ce tout juste soixantenaire affable, bon pédagogue, développe son plan, élaboré depuis sa première sortie publique sur le sujet en 2006 : sortie de l'euro, dévaluation, contrôle rigide des capitaux, système monétaire commun négocié.
"Les conditions pour que l'euro réussisse ne se réaliseront pas. On va en sortir dans les années qui viennent". Et la France tient un rôle clé : "Si elle y va, les Italiens y vont le lendemain. Les Espagnols aussi".
"Contrairement à d'autres se disant économistes, il n'a pas usurpé son label", souligne Eric Heyer, économiste à l'OFCE.
M. Sapir déplore que le pays de Voltaire soit "celui où le débat est le moins développé" sur l'euro. Il ne ménage pourtant pas sa peine. Avec une communication maîtrisée, il développe, chiffres et graphiques à l'appui, ses convictions, sur son très suivi blog RussEurope.
Mais l'économiste devient vite un outil politique que s'arrachent eurocritiques en mal de caution intellectuelle.
Militant dans différentes organisations d'extrême gauche dans les turbulentes années 1970, il n'a "pas pris sa carte ailleurs" depuis, ce qui ne l'a pas empêché, de soutenir Jean-Pierre Chevènement en 2002, le Front de gauche (FG) aux européennes de 2009 ou d'assister au congrès 2010 de Debout la République (DLR) de Nicolas Dupont-Aignan. Arnaud Montebourg, s'était aussi appuyé sur ses travaux sur la "démondialisation" pour la primaire PS.
"Je réponds à des invitations, mais il n'y a pas de collaboration régulière", précise celui qui est aussi spécialiste de la Russie.
Plusieurs formations rêvent pourtant de le voir se prononcer en leur faveur. Dernier recrutement du FN? Philippe Murer, "Economiste, auteur avec Jacques Sapir du livre +Les scenarii de dissolution de l'euro+...", citait son nom dans un communiqué du FN diffusé quelques jours avant les européennes.
"On s'inspire beaucoup de ses analyses sur l'euro. Je ne le vois pas comme un homme politique. S'il fait d'autres choix demain... Il fera d'autres choix demain", tempère Florian Philippot, vice-président du FN. On prête à Jacques Sapir une rencontre privée avec la patronne du FN ? "On rencontre pas mal d'économistes", sourit le bras droit de Mme Le Pen. Mais l'économiste a déjà blogué une forme de réponse : "Je rencontre qui je veux en privé".
- "Un flirt" avec le FN, selon Moscovici -
Le FN n'est pas le seul. "Ca me ferait un très bon ministre de l'Economie et des Finances !", s'enthousiasme Nicolas Dupont-Aignan.
A gauche, certains sont plus critiques, presque déçus. "Il se considère sans doute comme intellectuel, pas comme acteur politique. Mais plusieurs fois, Marine Le Pen l'a cité... Il aurait pu au moins prendre ses distances", déplore-t-on au Parti de gauche.
"Sa passion anti-euro le conduit à une transgression et à une rupture avec sa famille politique. Il est clair dans ses propos, son expression, son comportement que le leader politique dont il se sent le plus proche, c'est Marine Le Pen", attaque l'ancien ministre Pierre Moscovici. "Il y a manifestement un flirt, y'aura-t-il un jour plus ?"
Jean-Pierre Chevènement tranche: "Qu'on ne cherche pas à l'identifier par rapport au spectre politique. Ce n'est pas l'espace dans lequel il se meut."
Mais, M. Sapir, qui a aussi travaillé pour le ministère de la Défense, n'hésite pas à sortir de lui-même du champ académique.
Illustration récente, lorsqu'il appelle, sur son blog, à voter pour les européennes. Ca ne sera pas le FG, qui l'a déçu. "Je voterai, le 25 mai, selon mes convictions". Il exclut PS, EELV, l'UMP, UDI, Nouvelle Donne et Force Vie.
Après une heure d'entretien, on lui demande s'il est "toujours publiquement de gauche ?" "Bien sûr". Il ne l'avait pas précisé avant. Et le terme d'économiste d'extrême droite, comme l'a qualifié M. Moscovici ? "Il sait ce que je pense, c'est une saloperie !".
Alors que pense Jacques Sapir des personnes qui se réclament de lui ? "Mes travaux sont utilisés par une palette extrêmement large. Tant qu'on ne les dénature pas..."
Dans une brasserie du XIIIe arrondissement, près de l'EHESS où il est directeur d'études, ce tout juste soixantenaire affable, bon pédagogue, développe son plan, élaboré depuis sa première sortie publique sur le sujet en 2006 : sortie de l'euro, dévaluation, contrôle rigide des capitaux, système monétaire commun négocié.
"Les conditions pour que l'euro réussisse ne se réaliseront pas. On va en sortir dans les années qui viennent". Et la France tient un rôle clé : "Si elle y va, les Italiens y vont le lendemain. Les Espagnols aussi".
"Contrairement à d'autres se disant économistes, il n'a pas usurpé son label", souligne Eric Heyer, économiste à l'OFCE.
M. Sapir déplore que le pays de Voltaire soit "celui où le débat est le moins développé" sur l'euro. Il ne ménage pourtant pas sa peine. Avec une communication maîtrisée, il développe, chiffres et graphiques à l'appui, ses convictions, sur son très suivi blog RussEurope.
Mais l'économiste devient vite un outil politique que s'arrachent eurocritiques en mal de caution intellectuelle.
Militant dans différentes organisations d'extrême gauche dans les turbulentes années 1970, il n'a "pas pris sa carte ailleurs" depuis, ce qui ne l'a pas empêché, de soutenir Jean-Pierre Chevènement en 2002, le Front de gauche (FG) aux européennes de 2009 ou d'assister au congrès 2010 de Debout la République (DLR) de Nicolas Dupont-Aignan. Arnaud Montebourg, s'était aussi appuyé sur ses travaux sur la "démondialisation" pour la primaire PS.
"Je réponds à des invitations, mais il n'y a pas de collaboration régulière", précise celui qui est aussi spécialiste de la Russie.
Plusieurs formations rêvent pourtant de le voir se prononcer en leur faveur. Dernier recrutement du FN? Philippe Murer, "Economiste, auteur avec Jacques Sapir du livre +Les scenarii de dissolution de l'euro+...", citait son nom dans un communiqué du FN diffusé quelques jours avant les européennes.
"On s'inspire beaucoup de ses analyses sur l'euro. Je ne le vois pas comme un homme politique. S'il fait d'autres choix demain... Il fera d'autres choix demain", tempère Florian Philippot, vice-président du FN. On prête à Jacques Sapir une rencontre privée avec la patronne du FN ? "On rencontre pas mal d'économistes", sourit le bras droit de Mme Le Pen. Mais l'économiste a déjà blogué une forme de réponse : "Je rencontre qui je veux en privé".
- "Un flirt" avec le FN, selon Moscovici -
Le FN n'est pas le seul. "Ca me ferait un très bon ministre de l'Economie et des Finances !", s'enthousiasme Nicolas Dupont-Aignan.
A gauche, certains sont plus critiques, presque déçus. "Il se considère sans doute comme intellectuel, pas comme acteur politique. Mais plusieurs fois, Marine Le Pen l'a cité... Il aurait pu au moins prendre ses distances", déplore-t-on au Parti de gauche.
"Sa passion anti-euro le conduit à une transgression et à une rupture avec sa famille politique. Il est clair dans ses propos, son expression, son comportement que le leader politique dont il se sent le plus proche, c'est Marine Le Pen", attaque l'ancien ministre Pierre Moscovici. "Il y a manifestement un flirt, y'aura-t-il un jour plus ?"
Jean-Pierre Chevènement tranche: "Qu'on ne cherche pas à l'identifier par rapport au spectre politique. Ce n'est pas l'espace dans lequel il se meut."
Mais, M. Sapir, qui a aussi travaillé pour le ministère de la Défense, n'hésite pas à sortir de lui-même du champ académique.
Illustration récente, lorsqu'il appelle, sur son blog, à voter pour les européennes. Ca ne sera pas le FG, qui l'a déçu. "Je voterai, le 25 mai, selon mes convictions". Il exclut PS, EELV, l'UMP, UDI, Nouvelle Donne et Force Vie.
Après une heure d'entretien, on lui demande s'il est "toujours publiquement de gauche ?" "Bien sûr". Il ne l'avait pas précisé avant. Et le terme d'économiste d'extrême droite, comme l'a qualifié M. Moscovici ? "Il sait ce que je pense, c'est une saloperie !".
Alors que pense Jacques Sapir des personnes qui se réclament de lui ? "Mes travaux sont utilisés par une palette extrêmement large. Tant qu'on ne les dénature pas..."
Casser le thermomètre
Casser le thermomètre
Le « Hollande bashing » se porte d'autant mieux que son objet atteint des records d'impopularité : au dernier baromètre Ifop\ Paris Match, le président de la République ne recueille plus l'approbation que de 18 % des Français ! Au gouvernement, des voix réclament maintenant du « respect » pour le chef de l'État tout en admettant le droit à la critique. C'est bien le moins.
Exposé en première ligne depuis l'adoption du quinquennat, l'alignement des législatives sur la présidentielle et la pratique d'omniprésidence qu'en a tirée Nicolas Sarkozy, le président français se trouve de surcroît confronté à une crise historique dont les remèdes tardent à agir. Si tant est que le traitement soit adapté au patient.
Le grand médecin de l'Élysée a cependant sa responsabilité : les dosages de toute dernière minute du médicament contre le millefeuille territorial qui affaiblit la France sont ainsi apparus aux opposants et aux commentateurs – et donc aux Français – comme un nouveau symptôme d'indécision chronique et d'impuissance délétère.
Et si c'était le thermomètre, ces sondages et ces commentaires incessants, qu'il fallait casser pour une fois ? Vous imaginez un malade pris entre un traitement au long cours et une constante surveillance de sa température accompagnée de commentaires toujours négatifs sur sa santé comme sur la qualité de son médecin ? On sait pourtant bien combien le moral peut compter sur le chemin de la guérison…
dimanche 8 juin 2014
Les violons de la liberté
Les violons de la liberté
Le jour le plus long des télés ! La commémoration du Débarquement de Normandie a failli se transformer en « opération overdose ». L'émotion et la hauteur de vue dont on fait preuve François Hollande et Barack Obama devant les croix blanches du cimetière américain de Colleville sont fort heureusement venues à bout de la tentation télévisuelle de transformer ce moment crucial de notre histoire en émissions de variétés.
La dignité et le souvenir du sacrifice humain pour terrasser, définitivement croyait-on alors, la barbarie nazie, ont été plus forts que les insupportables fanfreluches de l'information télévisée en continu.
Comme à l'époque, l'affrontement pour la domination a été palpable hier entre Russes et Américains. Comme à l'époque, ils ont traité les Européens comme de vieux bouquins d'histoire compressés entre deux serre-livres représentant l'oncle US et le Soviétique barbu. Comme à l'époque, les Américains veulent tuer la concurrence en commençant par les navires Mistral et la BNP. Et cette guerre-là a cent ans.
Le meilleur facteur de paix est aujourd'hui l'Europe. C'est une des leçons qu'il faut retenir du succès diplomatique remporté par François Hollande qui a réussi à renouer le fil du dialogue sur la crise ukrainienne. Il faut quand même, à nouveau, regarder en face le monstre de la guerre et remarquer que ce qui se passe entre la Russie et l'Ukraine rappelle les rivalités franco-allemandes pour l'Alsace-Lorraine. Ne soyons pas passifs, profitons des témoignages, des images de villes rasées, des rediffusions de films pour contribuer sans répit à l'éveil des jeunes consciences et redire que l'océan était rouge du sang des morts quand s'acheva le jour le plus long.
La guerre est loin de nous. Mais en restituant les faits dans le présent, plus que dans la mémoire, on voit bien qu'elle n'a pas disparu. Dans les Balkans il y a peu, en Ukraine, en Afrique, la flamme qui rallume les bombes brûle toujours. Et encore plus après des élections qui ont vu la montée des nationalismes oublieux de l'union et des valeurs qui ont permis le retour à la liberté.
Tout est relatif, sans le travail de A. Merkel, rien n'eut été possible, tant Poutine est con, borné et imbu de sa personne.
Hollande, excusez du peu, mais il n'a fait que compter les coups, pauvre type. Il était beau en camelot, hier au marché au fleurs avec son rosier, aux côtés d'une Reine flanboyante, et d'une mairesse de Paris ridicule et male fagotée?
BRAVO LA FRANCE, AVEC CE RAMASSI DE GAUCHOS, J'AI HONTE.
notes de moi-même.
Tout est relatif, sans le travail de A. Merkel, rien n'eut été possible, tant Poutine est con, borné et imbu de sa personne.
Hollande, excusez du peu, mais il n'a fait que compter les coups, pauvre type. Il était beau en camelot, hier au marché au fleurs avec son rosier, aux côtés d'une Reine flanboyante, et d'une mairesse de Paris ridicule et male fagotée?
BRAVO LA FRANCE, AVEC CE RAMASSI DE GAUCHOS, J'AI HONTE.
notes de moi-même.
samedi 7 juin 2014
« Bodyguard »
« Bodyguard »
Valls en fait-il trop ? La question se pose, avec une acuité renouvelée, au terme d'une journée où le Premier ministre a multiplié les prises de parole en terrain plus ou moins miné pour défendre la politique et… la personne de François Hollande. Hier matin sur BFMTV et RMC, puis hier après-midi à l'Assemblée, ce n'était plus le chef du gouvernement qui s'exprimait mais « Bodyguard », garde du corps tellement zélé du Président que cela en devenait suspect. Le sujet n'est pas, ici, de verser dans ces travers médiatiques consistant à guetter avidement les rivalités dans le couple exécutif, mais de s'interroger sur un fonctionnement singulier à la tête de l'État.
Après avoir dit le matin, l'éc'urement que provoquait chez lui les critiques et la mise en cause permanente du président Hollande, Manuel Valls a récidivé à l'Assemblée en ordonnant à Pierre Lellouche de changer « de ton quand il s'agit du chef de l'État ». La question (justifiée) du député UMP au sujet des « louvoiements » sur le budget des armées, n'était aucunement insultante.
La réplique « surjouée » de Manuel Valls se voulait une marque tonitruante de loyauté envers François Hollande. Sauf qu'il n'était pas besoin d'en rajouter pour le Premier ministre dont les ambitions ne sont que trop connues. De toutes façons, il n'a pas, pour l'heure, intérêt à provoquer une crise de confiance. Il n'en reste pas moins qu'en surprotégeant le chef de l'État, il en arrive à l'étouffer. Contrairement aux habitudes, sous la V erépublique, Valls n'est pas le fusible du Président, il est son tuteur.
C'est Valls qui, au soir des européennes, s'exprime gravement à la télé avant que François Hollande ne fasse le lendemain une déclaration insipide. C'est encore Valls qui annonce, avant même l'arbitrage de l'Élysée, que la loi de programmation militaire sera respectée. Et c'est encore Valls qui laisse entrevoir hier de possibles « évolutions » sur la réforme territoriale bâclée. Le verbe fort de Manuel Valls donne de la consistance à des réformes inabouties. Et après cela, qu'on ne dise surtout pas de mal de François Hollande : « Bodyguard » ne le tolérerait pas !
6 juin 1944, reconnaissance et respect!
L’antiaméricanisme est le fond de commerce d’une partie de la classe politicienne française, qu’elle soit de gauche ou de droite. C’est ainsi que récemment, le projet d’accord de libre échange entre l’Europe et les Etats-Unis a servi d’épouvantail à divers politicards et idéologues
sans véritable questionnement sur son impact économique potentiel. L’ingratitude fait partie des attitudes qui me révulsent le plus. Comment oublier le sacrifice des jeunes Américains, le 6 juin 1944 sur les côtes de Normandie? Je ne dis pas que tout ce que fait l’Amérique est positif. Mais nous avons, me semble-t-il, au-delà de tout, un devoir de respect et de reconnaissance envers cet immense pays, au moins dans la manière d’en parler et d’y penser.
sans véritable questionnement sur son impact économique potentiel. L’ingratitude fait partie des attitudes qui me révulsent le plus. Comment oublier le sacrifice des jeunes Américains, le 6 juin 1944 sur les côtes de Normandie? Je ne dis pas que tout ce que fait l’Amérique est positif. Mais nous avons, me semble-t-il, au-delà de tout, un devoir de respect et de reconnaissance envers cet immense pays, au moins dans la manière d’en parler et d’y penser.
N'ALLEZ PAS CROIRE...
N’ Allez pas croire que je suis insensible, voir ces valeureux vétérans (qu’on appelait ancien combattants, voilà pas si longtemps), donc voir tout ces hommes venus défendre et sauver la France; m’a ému.
La brochette de chefs d’Etats, d ‘Obama en passant par Poutine, eux ne m’ont fait ni chaud ni froid.
Que retiennent-ils de cette journée d’hier ? Rien. Même pas le sentiment d’avoir fait un bon gueuleton, pressés qu’ils étaient par les impératifs des commémorations.
Par le faste, le spectacle,qui n’a valu que par la patrouille de France, qui a certainement couté les yeux de la tête ( mais c’était pour la bonne cause me direz-vous ), par des invités que l’ont attendait pas là Edith Cresson sortie de son sarcophage pour l’occasion, Hérault extirpé du formol, Giscard encore vert, et j’en passe…Ils étaient tous au râtelier .
Cette journée d’hier, m’a paru morne et insipide…comme le maître de cérémonie, qui n’ a pas égalé la prestation d’un Bedos de pacotille.
ALLEZ TIREZ LE BANC !
ET PARDON POUR LES VÉTÉRANS A QUI JE DIS MERCI
jeudi 5 juin 2014
L'exemple chinois
L'exemple chinois
Les Chinois font tout pour que les massacres de la place Tiananmen il y a vingt-cinq ans disparaissent de la mémoire du peuple. L’amorce d’un printemps chinois ne doit toujours pas être connue, ont décidé les chefs. C’est évidemment une sottise tant les souvenirs forgent l’histoire des nations. Ce qui a été bâti ensemble façonne les légendes des lendemains. Encore que tout quand même ne doit pas être conservé dans les têtes. Nous, par exemple, serions fort heureux si nous pouvions oublier certains engagements : que la courbe du chômage serait vite inversée, que la reprise était là sans même parler du retournement. La situation est paradoxale : pour une fois, le Petit Timonier et son peuple sont d’accord pour plonger dans l’oubli ces prévisions inconséquentes. C’est rare.
L’ISF ou l’antipatriotisme économique
L’ISF ou l’antipatriotisme économique
Puisque l’heure est au patriotisme économique, osons... supprimer l’ISF ! Dans une France du déni empêtrée dans ses tabous, cette proposition tient de la provocation. Et pourtant… La nouvelle offensive de Bercy pour soumettre à l’impôt sur la fortune les investisseurs minoritaires des holdings animatrices démontre, s’il en était besoin, l’urgence de s’attaquer à la question. Cette mesure menace le financement des startups et, avec elle, l’innovation. Un signal de défiance à même de décourager – une nouvelle fois ! – actionnaires, investisseurs et business angels. Un révélateur aussi. Car dans une indifférence coupable, l’impôt sur la fortune pousse nos cadres dirigeants à l’exil, incite nos jeunes talents à l’expatriation, encourage à la délocalisation masquée, tue nos entreprises familiales, ruine l’entrepreneuriat… Au final, l’ISF se révèle être une effroyable machine à détruire des emplois, un outil redoutable pour saigner une économie nationale en mal de capitaux.
Qui s’en soucie ? Comme tétanisée, la classe politique s’en tient à un silence mortifère. A gauche, la tradition de la chasse aux riches interdit toute réflexion sur ce vestige du programme commun. Même paralysie à droite, un quart de siècle après une suppression de l’IGF jugée responsable de la défaite de Jacques Chirac à la présidentielle. Drôle de pays qui exonère forêts et œuvres d’art, mais asphyxie sans complexe les financeurs de PME innovantes ! Au delà de la nécessaire contribution des plus aisés à l’effort national, c’est notre capacité à créer de l’emploi et de la richesse qui se joue. Qu’il soit au moins permis de débattre d’une salvatrice abolition de l’ISF.
dimanche 1 juin 2014
Sarkozy va rencontrer Poutine avant Hollande
L'ancien chef de l'Etat aura un entretien avec Vladimir Poutine juste avant la visite du président russe à l'Elysée, le 5 juin prochain.
François Hollande recevra son homologue russe, Vladimir Poutine, le 5 juin, avant de l'accueillir de nouveau, le lendemain, en compagnie d'autres dirigeants internationaux (dont le président ukrainien), pour les commémorations du Débarquement en Normandie. Une grosse séquence diplomatique, dont le chef de l'Etat français veut profiter pour jouer un rôle de médiateur dans la crise en Ukraine.
Mais, avant lui, c'est Nicolas Sarkozy que le président russe va rencontrer. Les deux hommes avaient eu une longue conversation téléphonique en février. Depuis, Poutine avait fait connaître sa disponibilité pour voir l'ex-chef de l'Etat si l'occasion se présentait. Et elle se présente: Carla Bruni donne deux concerts à Moscou les 2 et 4 juin. Elle sera accompagnée de son mari, lequel aura donc un entretien avec le dirigeant russe au début de la semaine prochaine.
samedi 31 mai 2014
L’Europe doit se rappeler les leçons du D-day
L’Europe doit se rappeler les leçons du D-day
Soixante-dix ans après le débarquement, c’est une France en pleine crise morale qui accueille sur ses plages la commémoration de l’événement. Et une Europe déboussolée qui doit retrouver le sens de cet événement libérateur.
« L’Europe de la paix est née ici sur ces plages normandes ».Tous les dix ans, comme un rituel, on commémore, sur les côtes de la Manche et du Calvados, le courage et le sacrifice de ces jeunes soldats américains, britanniques, canadiens, sans qui l’Europe ne serait pas ce qu’elle est devenue, une terre de paix et de réconciliation. Cette référence historique, incontournable et légitime, sera sans doute empreinte, cette année, d’un peu plus de nostalgie et de beaucoup plus d’inquiétude.
« L’Europe de la paix est née ici sur ces plages normandes ».Tous les dix ans, comme un rituel, on commémore, sur les côtes de la Manche et du Calvados, le courage et le sacrifice de ces jeunes soldats américains, britanniques, canadiens, sans qui l’Europe ne serait pas ce qu’elle est devenue, une terre de paix et de réconciliation. Cette référence historique, incontournable et légitime, sera sans doute empreinte, cette année, d’un peu plus de nostalgie et de beaucoup plus d’inquiétude.
La nostalgie pour des vétérans qui, pour des raisons strictement biologiques, sont toujours moins nombreux et qui, pour l’essentiel, seront sans doute présents pour la dernière fois cette année. L’inquiétude, elle, est, bien sûr, le produit de ce qui vient de se produire en Europe et plus particulièrement en France. Mêmes les terres de l’Ouest, de vieille tradition chrétienne humaniste, y compris la Manche, le pays de Tocqueville, ont vu leurs communes être « grignotées » par le vote du Front national. « Je vais avoir bonne mine en accueillant à Utah Beach des vétérans américains et allemands », disait la semaine dernière, le maire de Sainte-Marie-du-Mont, résumant ainsi la pensée générale.
« Tout ça, pour ça ». Il y a dix ans encore, on célébrait sur les plages normandes la renaissance de l’Europe. Pour la première fois, l’Allemagne était associée aux commémorations. Les ennemis d’hier étaient devenus les meilleurs alliés d’aujourd’hui, une proximité, une complicité qui s’était exprimée, dans leurs prises de position commune face à la guerre d’Irak. Ironie de l’histoire c’était le libérateur qui paraissait presque isolé, cette Amérique si noble et généreuse hier et qui compromettait son image dans des aventures militaires douteuses. Dans la ville de Saint-Lô, surnommée « capitale des ruines » au lendemain de la Libération, j’avais présidé cette année-là, un débat entre vétérans, survivants des bombardements américains et jeunes élèves des lycées de la ville. Les premiers exprimaient toujours leur reconnaissance à l’Amérique. « Vous avez détruit notre ville, mais vous nous avez libérés ». Les seconds, lisaient les événements de 1944 à travers le prisme déformant de la guerre en Irak. Leurs discours étaient infiniment plus accusateurs et critiques. « Pourquoi avez-vous détruit notre ville ? » Il me revenait la tâche d’expliquer et de retracer le lien existant entre Omaha Beach et l’Europe des programmes Erasmus.
En 1994, l’Allemagne, à mon grand regret, n’était pas encore associée aux commémorations. Il était trop tôt, m’avait-on dit. Mitterrand et Kohl pouvaient être ensembles main dans la main à Verdun, mais pas à Omaha Beach. Le contexte était complexe. Le Mur était tombé, « l’Europe kidnappée », pour reprendre la belle formule de Milan Kundera, avait retrouvé son histoire et sa géographie. Elle avait aussi renoué avec ses démons. La guerre dans les Balkans en était l’illustration tragique.
Mais en 2014, l’Europe est-elle encore l’Europe ? Son modèle n’est-il pas en train de voler en éclat sous les coups conjoints de la dureté des réalités économiques et de la médiocrité générale de ses élites politiques ? L’Amérique non plus n’est plus tout à fait l’Amérique, comme si dans sa relation à l’Europe, elle avait donné le meilleur d’elle-même entre l’exceptionnel courage de juin 1944 et la générosité éclairée du plan Marshall. Quant à la Russie, légitimement présente, elle aussi, aux commémorations, elle se prend à rêver qu’elle est redevenue l’URSS. Non pas le pays qui retrouvait une forme de « virginité » internationale, dans son combat avec un monstre plus terrible qu’elle, l’Allemagne nazie, mais l’empire ambitieux, avide de revanche, sinon de conquêtes.
Mais le pays hôte des cérémonies, la France, n’est-il pas le plus malade de tous ? Les menaces sur sa liberté ne viennent pas cette fois de l’extérieur. Ce n’est pas l’Allemagne de Hitler qui a envahi la France. C’est le doute qui semble la posséder. Prisonnière de ses démons intérieurs, elle semble prête à capituler devant le « parti de la peur », incarné par la personnalité souriante de Marine Le Pen. Face à cette menace bien réelle, qui met en cause ses valeurs, le sauveur ne viendra pas de l’extérieur. Seule la France peut trouver en elle, les ressources nécessaires pour relever ce défi moral, le plus grave sans doute auquel elle ait eu à faire face depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il existe des personnalités qui sont pour la France l’équivalent de ce qu’est certainement Angela Merkel pour l’Allemagne et, peut-être, Matteo Renzi pour l’Italie. Elles doivent émerger à droite comme à gauche de l’échantillon politique pour ne pas laisser un boulevard à ce qui reste fondamentalement, quels que soient les masques qu’il adopte, un parti d’extrême droite, avec lequel il n’est pas possible de pactiser.
La menace qui pèse sur la France n’est pas l’Europe, mais la France elle-même. Et cette remarque s’applique à tous les pays qui ont vu la victoire des populismes xénophobes lors des dernières élections au Parlement européen.
En cette semaine de commémoration du soixante-dixième anniversaire du D-Day, ce n’est pas la formule « du passé faisons table rase » qu’il convient de suivre. Tout au contraire, le hasard du calendrier nous invite à nous retrouver et à reprendre nos sens, face au risque de fuite en avant, dans un inconnu qui ressemble furieusement à une fuite en arrière dans un passé trop familier hélas. Qui peut penser que l’Allemagne d’Angela Merkel et la France de Marine Le Pen puissent, jamais, ne serait-ce que cohabiter ? La première pense en termes d’Union, de communauté et d’alliances. La seconde, tradition fasciste oblige, a besoin d’un ennemi pour exister.
Lendemain de cuite
Lendemain de cuite
Comme un goût de cendres dans la bouche… Pénible sensation de malaise qui vous taraude et vous vrille la tête en faisant battre les tempes pour ajouter encore au sentiment de culpabilité qu'éprouvent ceux qui ont dépassé les bornes… Mais bien sûr, c'est ça, tous les symptômes du lendemain de cuite, de la vraie biture avec le trou noir et la nausée des matins tristes. Une cuite prévisible quand on est entre habitués des dérapages des dimanches d'élections. Mais quand même pas à ce point, pas jusqu'à rouler dans les fossés de l'histoire, pas jusqu'à faire sauter tous les tabous en se vautrant dans le rejet de bile amère, en titubant comme un singe en hiver ivre de mensonges et de haine.
Dimanche soir, c'est au café de la démocratie, un bistrot pas toujours bien fréquenté, que nous nous sommes mis les valeurs à l'envers. L'ambiance était tendue, à la limite de faire le coup de poing. On vociférait des propos de comptoir, on s'apostrophait en prétendant ses solutions à la crise infaillibles… On ne s'écoutait plus parler. On se serait cru à la télé un soir d'élection quand les invités s'écharpent, hors sujet, à coups de langue de bois en essayant de nous faire croire que les électeurs sont tous intelligents et que les mots sont un barrage efficace au racisme ordinaire.
Au zinc de la beauferie, le repli sur le village gaulois et ses conséquences dramatiques n'inquiétaient personne. Au fond de la salle, un déçu encore un peu lucide s'époumonait en scandant « On est dans le pétain, on est dans le pétain, on est, on est… » Dire que l'on était le jour de la fête des mères. Amère défaite. Presque effacée dès le lendemain par les malversations à l'UMP.
Après le "gros bide"…le grand vide ???
L’agitation est grande, dans les médias comme dans le microcosme politique parisien, après le "séisme" provoqué par le résultat, prévisible, des élections européennes de dimanche dernier.
Chacun sent bien que, après ce scrutin, plus rien ne sera comme avant.
A gauche, le désarroi est immense: le score du Parti Socialiste, désastreux, est le pire de ceux réalisés par ce Parti de Gouvernement à un scrutin national, depuis la création de la Vème République. Le désaveu de Hollande, et de son Parti est brutal.
Mais le score des Partis de "la gauche de la gauche"( car en France, il y a une "extrême-droite, mais il n’y a pas de Partis "d’extrême-Gauche"…) montre qu’il n’y a pas de recours à gauche, devant l’échec d’une politique qui, on le sait depuis le début de ce quinquennat, mène la France dans le mur.
Qui parmi nos "journaleux", a relevé le fait qu’il y a aujourd’hui, plus de chômeurs que d’électeurs socialistes ????
Nous ne nous attarderons pas ici sur les causes de cet échec: à la démagogie congénitale de la gauche française, s’est ajouté le fait qu’elle est parvenue au pouvoir, presque par défaut, avec un programme bricolé dont le coeur reposait sur la vague anti-Sarkozy qu’elle avait su susciter et exploiter habilement.
Le Parti Socialiste, devenu un Parti de notables de Province, coupé de sa base populaire, n’a pas mis à profit les dix années pendant lesquelles il était dans l’opposition, pour travailler, préparer ses dossiers, prendre en compte le nouvel état du monde, analyser les transformations de la société française pour arriver au pouvoir avec un programme réaliste, courageux, et responsable.
Au lieu de cela, on a vu arriver au pouvoir, une bande d’apprentis sorciers, de politiciens bricoleurs, d’amateurs confits dans une culture idéologique d’un autre siècle, imprégnés des idées suicidaires répandues dans le Parti Socialiste par des "think-thanks"tels que "Terra-Nova, évoquées à plusieurs reprises sur ce blog…
Car il faut avoir lu les préconisations du rapport hallucinant de Terra-Nova pour comprendre comment le Parti Socialiste a perdu tout contact avec son électorat populaire. Ce rapport intitulé, "Gauche : quelle majorité électorale pour 2012" , exhibe un cynisme si époustouflant, si décomplexé dans "l’approche marketing" de l’électorat, il explique avec tant d’ingénuité comment manipuler et duper chaque catégorie populaire, ou pourquoi il faut tourner le dos à la classe ouvrière, que je ne puis faire moins que de contribuer à mon tour à sa publicité,
En fait, ce Président dont l’envergure est celle d’un sous-Préfet de province, qui s’est entouré d’une bande d’apparatchiks habiles dans l’art de rédiger des "motions de synthèse", mais dénués de toute culture en économie et de toute expérience en entreprise, a fait preuve d’une incompétence qui s’est traduite par une incohérence et une inefficacité dont les conséquences s’aggravent de semaine en semaine, au point de voir certains éditorialistes se demander si cela pourra encore durer trois ans….
A droite, la situation n’est guère plus brillante. La défaite de Sarkozy a plongé l’UMP dans une minable bataille d’égos, entre ceux qui, après avoir plus ou moins spéculé sur cette défaite, estimaient avoir la légitimité pour recueillir "l’héritage".
Deux hommes portent une lourde responsabilité dans ce "sabordage": Coppé et Fillon incapables de contenir leurs ambitions ont brisé un Parti qui reposait sur un fragile compromis entre les héritiers d’un RPR défunt et des Centristes en déroute….
Comme je l’ai écrit dans un précédent billet, au lendemain de la défaite de Sarkozy, ces deux personnages ont montré qu’aucun d’entre eux n’avait une envergure d’Homme d’Etat, capable de mettre de côté, pendant un temps, ses ambitions personnelles, et de s’élever, pour servir la France, au niveau nécessaire pour organiser une "alternative crédible" à la Gauche au pouvoir.
La victoire du Front national, et, bien pire encore, le score réalisé par les autres formations politiques, constituent un camouflet pour tous ceux qui pensaient pouvoir encore longtemps ignorer la colère d’un "peuple de droite",- car il existe, en France, un "peuple de droite" – qui, depuis trop longtemps, se sentait incompris, ignoré, voire même méprisé…..
L’affaire Bigmalyon vient d’éliminer durablement l’un des deux coupables du déclin de l’UMP.
Un "putsch"de conspirateurs a placé, provisoirement, à la tête du Parti, un triumvirat de vieux chevaux de retour, parmi lesquels, deux d’entre eux ont encore des rêves de poulains de race….
Aucun, dans ce trio, n’a montré dans le passé, des convictions qui permettent d’attendre autre chose qu’une orientation politique ambiguë, une politique à "l’eau tiède", de compromis avec les tenants d’un discours "politiquement correct", que le peuple de droite reçoit avec exaspération.
Il faut attendre ce qui résultera du congrès du Parti, prévu pour Octobre prochain, pour clarifier une situation confuse.
Car il faut être clair: Coppé est "tombé" autant en raison des soupçons qui pèsent sur lui dans "l’affaire Bigmalyon", qu’en raison de ses inclinations en faveur d’une orientation politique dans la ligne de celle de Sarkozy, une ligne qui prenait en compte les messages, qu’à travers le Front National, une fraction croissante du peuple français, envoie à des élus qui refusent de l’entendre….
L’UMP nouvelle mouture ne pourra pas continuer, longtemps encore, à ignorer le glissement de son électorat vers une droite plus ferme, une "droite couillue et décomplexée", une droite s’attaquant enfin aux questions soulevées par le Front National, notamment en matière d’immigration et de souveraineté nationale, face à un "grand machin" européen totalement décrédibilisé dans la plupart des pays d’Europe….
Car il est clair que depuis une dizaine d’années, l’UMP n’est plus réellement représentative du "peuple de droite". Complexée parce que coincée entre une gauche accusatrice, et un Front National qui travaille à sa vampirisation, l’UMP n’a pas su répondre autrement que par une dérive à gauche de l’ensemble du Parti : le Front national a malheureusement réussi à vampiriser de nombreux thèmes de feu le RPR. L’UMP s’est laissée séduire par les idées centristes, alors que le Centre lorgne vers une alliance avec la social-démocratie.
Pendant ce temps, le Front National ratisse les déçus de la Gauche comme ceux de la Droite, et se fait l’interprète des voix populaires aux quels les "Partis de Gouvernement" sont restés sourds….
Fabius a dit un jour que "le Front National pose de bonnes questions, mais propose de mauvaises réponses" !!!
On attend toujours les bonnes réponses des autres Partis, …dont le sien, et celles de l’UMP !!!
Si ces réponses ne sont pas trouvées dans les trois années qui viennent, l’implosion de l’UMP ne pourra être évitée.
Car nous ne sommes plus dans une configuration politique suggérant que "la France veut être gouvernée au Centre". Nous sommes en 2014, et la crise a produit ses effets dans toute l’Europe où l’extrême-droite prospère sur l’impuissance des Partis traditionnels.
A défaut de prendre en compte l’état de l’opinion, 2017 risque de confronter le pays à une situation inédite, avec un Front National au deuxième tour affrontant des adversaires affaiblis par leurs erreurs passées.
Ce serait dramatique. Car si le Front National fait une analyse souvent juste de la situation de la France et sur l’état de sa société, il n’a encore rien compris aux défis économiques qui sont devant nous et au nouvel état du monde que les nouvelles générations vont devoir affronter. Quant aux solutions économiques qu’il propose, elles sont tellement irréalistes qu’elles précipiteraient la France dans un vide sidéral….
Alors ??? Prêts au grand saut dans le vide ????
Bide monumental des manifs lycéennes
Bide monumental des manifs lycéennes
Mais non, les gars ! Pas un jour férié…
Petits bourgeois de la Fidl, de l’UNL et de l’UNEF, cocus du PS, excités du Front de Gauche, duNPA, de la LCR, de SOS Racisme, enragés « antifas », Khmers verts d’EELV ou encore « mal-baisées » d’Osez le féminisme : même en raclant les fonds de tiroirs et en mobilisant le ban et l’arrière-ban de la gauche, les lycéens et étudiants qui avaient décidé de manifester jeudi leur mécontentement de voir le FN arriver en tête aux dernières élections européennes auront à peine réussi à rassembler quelques milliers de personnes dans toute la France. Un bide monumental qui s’explique en partie par le pont de l’Ascension, durant lequel il n’y avait pas de cours à sécher mais aussi, et peut-être surtout, parce que ces gens ne représentent pas la jeunesse française.
« Touche pas à mon Schengen »
A Lyon, Toulouse, Marseille, Nantes, Bordeaux, Nancy, Amiens, Rouen, Metz, Strasbourg et bien sûr Paris, la génération Plus belle la vie-I-Pod-Benjamin Biolay, cornaquée par quelques dinosaures staliniens, a donc manifesté son amour immodéré de la démocratie en défilant aux élégants cris de « La jeunesse emmerde le Front national », « 1re, 2e, 3e génération, les Le Pen sont tous des enfoirés » ou encore de « Marine, on t’enc… ». A Strasbourg, les grands démocrates, portant pour certains des pancartes « Français, immigrés, solidarité » ou encore« Touche pas à mon Schengen », ont même brandi un immense drapeau européen sur le parvis du Parlement à la fin de leur manifestation, pour dire à quel point ils étaient heureux d’être submergés par la misère du monde entier et qu’ils en demandaient encore.
Les jeunes, plus nombreux à voter FN
Cependant les organisateurs, qui pensaient probablement rassembler plus d’un million de personnes, ont fait un immense bide. A Lyon, Strasbourg et Toulouse, ils étaient environ 700 à défiler. Un demi-millier à Marseille, Nantes, Bordeaux ou Nancy, 350 à Amiens, 200 à Rouen et à peine 80 à Metz. Même à Paris, ils n’auront pas dépassé les 4 000 manifestants ! Un fiasco en partie imputable au choix de la date : le jour de l’Ascension. Les organisateurs devraient en effet savoir que lycéens et étudiants ne se mobilisent vraiment que lorsqu’il y a des cours à sécher…
Mais aussi au fait que tous ces braves gens qui refusent le résultat des urnes et prétendent représenter la jeunesse ne représentent en réalité qu’eux-mêmes. Témoin, ce sondage réalisé en novembre dernier par l’institut Polling Vox et publié par l’Union des étudiants juifs de France, lors duquel 55 % des 18-24 ans, soit plus d’un jeune sur deux, déclarait qu’il voterait« certainement » ou « peut-être » pour le Front national. Ou encore ce sondage Ifop, réalisé en février pour le JDD, qui annonçait que près de 27 % des 18-24 ans voteraient sûrement pour un candidat RBM/FN. Certes, les sondages sont à manier avec précaution. Mais la récurrence des réponses est tout de même révélatrice. Le résultat s’est d’ailleurs vu dimanche dans les urnes : selon le sondage Ipsos-Steria, avec 30 %, les moins de 35 ans qui ont voté sont plus nombreux que la moyenne à avoir choisi le FN.
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