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vendredi 1 mai 2015
La France se mord la langue - Aïe!
La France, ses fromages, ses impôts et… ses arguties linguistiques. Avec la très critiquée réforme du collège, le pays s’offre une nouvelle controverse sur la face la plus intime de sa culture : la langue.
A vrai dire, chaque polémique révèle les travers d’un pays perclus de doutes existentiels, tenté par le repli, hanté par le déclassement. La loi Fioraso sur l’usage de l’anglais dans l’enseignement supérieur ? La ministre y voyait un moyen d’accroître l’attractivité des universités françaises ; ses détracteurs, une abdication face à l’anglicisation de la recherche scientifique, autant dire face à cette mondialisation honnie. La suppression des options latin-grec ? Il ne faut pas beaucoup gratter pour découvrir que derrière la marginalisation des « humanités » se cache un égalitarisme à tout crin, comme si le supposé élitisme attaché à l’étude de rosa, rosa, rosam alimentait l’échec scolaire… Le charabia digne d’Ubu des pédagogistes de l’Education nationale, pour qui le crayon est un « outil scripteur », les parents d’élèves des « géniteurs d’apprenants » ? Mieux qu’une longue démonstration, ce jargon illustre les dérives d’une administration-mammouth qui ne se parle plus qu’à elle même, en une novlangue censée empêcher l’expression de toute pensée critique – à l’image du newspeak inventé par George Orwell.
Bien sûr, ces batailles de chapelles passent à côté de l’essentiel. Les pessimistes rappelleront qu’un collégien sur cinq maîtrise mal le français en sixième. Les plus optimistes insisteront sur les opportunités d’une francophonie en forte expansion à travers le monde. On attend le nouveau Vincent de Gournay à même de populariser la maxime : « Laisser dire, laisser parler ».
mercredi 11 février 2015
Un mois après, l’esprit n’est plus là
Pas de diagnostic partagé sur l’état calamiteux du pays, pas de consensus républicain autour d’une refondation du « modèle » français, pas d’unité nationale pour voter un corpus de lois à même d’éviter la désintégration sociale… Un mois après le traumatisme des attentats et l’extraordinaire sursaut des Français, l’« esprit du 11 janvier » a vécu. L’élan s’est arrêté net, terrassé par l’autisme de la classe politique, étouffé par le retour des corporatismes, trahi par une passion des formules qui n’a d’égal que la foi dans le statu quo, écrasé par un étatisme sourd à la société civile.
Depuis le 12 janvier, c’est politics as usual. L’UMP se déchire à défaut de se choisir une ligne. La très attendue conférence de presse du chef de l’Etat accouche d’une souris – le service civique volontaire. Rien n’entrave la dynamique d’un Front national « aux portes du pouvoir ». Au bond de popularité du couple exécutif succède un reflux marqué dans les sondages. Les annonces de réformes cosmétiques sur le chômage ou sur l’éducation suivent les incantations couvertes par le bruit des kalachnikovs. L’électrochoc a fait pschitt !
Bien sûr, personne n’imaginait que le gouvernement inverserait en 31 jours des décennies de gabegies, de lâchetés et de mensonges. Et que n’aurait-on dit s’il avait multiplié les lois de circonstance, sans concertation, ni préparation ? Mais voilà. Il est clair que François Hollande va se contenter de reposer le couvercle sur le chaudron. Son programme : un Premier ministre au front pour mieux se réserver les sommets, des mesures techniques pour donner l’illusion de l’action, un pari sur la croissance pour maquiller les échecs. Et au final, une occasion manquée.
vendredi 6 février 2015
Le «vivre ensemble» à l’aune du fiasco fiscal
Comment va le «pacte fiscal» en France ? Comme sa cohésion sociale : mal, de plus en plus mal. Un nouveau rapport du Conseil des prélèvements obligatoires s’en alarme. Sans prôner le grand soir, ses auteurs réclament la refondation d’un système que l’on sait illisible, incohérent, injuste et inefficace. Bien sûr, leurs préconisations – même les plus prudentes – resteront lettre morte. François Hollande a déjà étouffé son engagement d’une fusion entre l’impôt sur le revenu et la CSG, déjà enterré la «mise à plat» défendue par son ancien Premier ministre. Ce n’est pas au moment où il se concentre sur les moyens de prolonger l’«esprit du 11 janvier» que le chef de l’Etat va prendre le risque d’une réforme nécessaire, mais dangereuse. Dommage.
Dommage parce que l’impôt est au cœur de l’emploi, de l’activité, de la confiance. Et donc de ce «vivre ensemble» que le Président cherche tant à restaurer, à réinventer. Il faut dire qu’en deux ans et demi, il a enchaîné les erreurs. Son acharnement sur les plus riches a détérioré l’attractivité du site France. Ses hausses de prélèvements aussi débridées que mal calibrées ont, fait sans précédent, abîmé l’adhésion au modèle social des classes moyennes, au bord de la révolte. Son choix de réduire pour finir le nombre de contribuables redevables de l’impôt sur le revenu a fragilisé encore davantage le contrat républicain ; or les experts recommandent, au nom justement de cette cohésion nationale à réparer, «un impôt pour tous, même symbolique». Résultat, l’obsession de l’égalitarisme par la taxation a prévalu alors que les Français montrent chaque jour, jusque dans la rue, leur désir d’autonomie, de liberté.
vendredi 16 janvier 2015
Fort sur les principes, faible sur leur application
Le modèle républicain ? Depuis des années, c’est une République abstraite, aussi idéalisée qu’irréelle, que l’on convoque à tout bout de champ. Et un citoyen rêvé – forcément libre, égal et fraternel – que l’on invoque pour mieux masquer notre impuissance à freiner la désintégration sociale. Comme si à la montée patente du communautarisme, il suffisait d’opposer la tradition de l’intégration par assimilation. Comme si la fabrique d’inégalités sociales qu’est devenu notre système scolaire pouvait être sauvée à force d’égalitarisme forcené.
Comme si face à l’inquiétante invasion du fait religieux à l’école ou dans l’entreprise, répéter « laïcité, laïcité, laïcité » réglait pour partie la question. Fort sur les principes, faible sur leur application, aveugle à leur violation : telle a été la règle.
Bien sûr, il faudra du temps pour donner du sens à l’immense mouvement de fraternité du 11 janvier. L’émotion passée, la tentation sera pourtant grande pour les uns et les autres d’appliquer la grille de lecture qui prévalait avant l’effroyable drame pour expliquer comment rénover – ou non - le modèle républicain. Sur le service militaire, sur la loi de 1905, sur la liberté d’expression ou sur l’intégration, déjà le débat s’engage. Rien de plus naturel.
Mais face à la dignité et à la maturité dont a fait preuve la nation, il serait dommage (pour ne pas dire dangereux) que cette confrontation des idées repose sur des a priori biaisés, des clichés éculés, les dénis habituels plutôt que sur la réalité.
Sans vrai diagnostic sur les failles et les faillites du système, la réinvention d’un « modèle » devenu inefficace ne mènerait à rien.
lundi 5 janvier 2015
Beaucoup de voeux pour rien
Beaucoup de voeux pour rien
Avec janvier déferlent les vœux présidentiels. Prisonnier d’un carcan institutionnel d’un autre âge, le chef de l’Etat va, un long mois durant, occuper son agenda en rendez-vous obligés avec le Conseil constitutionnel, les autorités religieuses, les corps constitués, les armées, le corps diplomatique, les territoires, les acteurs de l’entreprise et de l’emploi (sic!), les bureaux des assemblées et le conseil de Paris, la presse… Tout à sa stratégie de reconquête de la gauche, François Hollande a même ajouté deux audiences – avec l’éducation et la culture – à ce marathon de l’incantation. Une tradition républicaine ? Peut-être, mais plus encore un héritage éculé d’une Ve très monarchiste. Pire, un rituel usé d’un Etat omnipotent par qui tout procéderait, un symbole dépassé du primat absolu du politique sur la réalité économique, une image ringarde d’une élite politico-médiatico-administrative fermée sur elle-même, comme insensible au décrochage de la société civile…
Après l’inflation de commémorations, place à l’overdose de cérémonies ! Il s’agit pour le Président, nous explique-t-on, de débuter 2015 en saturant l’espace médiatique, une manière de garder l’offensive alors que les sondages frétillent, portés par l’empathie élyséenne… Pas d’annonces à attendre donc puisque le principal aurait – sans rire – été fait, mais une litanie de bonnes résolutions (c’est de saison), de formules abstraites, de précisions technocratiques, de paroles aussi virtuoses que creuses… Bref de la «bonne politique» avant 2017 comme si la lutte totale contre le chômage, la croissance molle et le déficit pouvait rester encore et toujours pendant une, deux ou trois années supplémentaires, un vœu pieu.
mercredi 3 décembre 2014
Pour le travail du dimanche, du lundi, du mardi, du mercredi…
Sur le travail du dimanche, la France va encore se distinguer, se diviser, s’enferrer dans une polémique aussi virulente qu’inutile. Comme si avec 5,5 millions de chômeurs, le pays pouvait s’offrir le luxe d’une nouvelle bataille dogmatique, d’un énième combat d’autant plus acharné qu’il touche au symbole ! Comme s’il n’était pas impératif de tout essayer, sur tous les fronts, pour créer des emplois ! Hélas, le scénario du repos dominical est déjà écrit : les défenseurs d’un acquis arraché de haute lutte syndicale en 1906 vont batailler pour le statu quo sans rien concéder aux partisans de la « liberté de travail ». Absurde. Le ministre de l’Economie en mesure bien l’enjeu : le débat dépasse la seule question, certes essentielle, des créations attendues de postes. Il s’agit d’un marqueur, d’un signal dans une économie « à débloquer ». Sur la liberté de choix : pourquoi l’Etat devrait-il systématiquement décider de ce qui est bon ou pas pour les entreprises, les consommateurs ? Sur le temps de travail : pourquoi persister dans une vision malthusienne, démontée par l’échec des 35 heures ? Sur les « mini-jobs », concernés au premier chef par les ouvertures dominicales : pourquoi s’entêter à cadenasser le marché du travail au prix d’une exclusion totale des « outsiders » les moins qualifiés ? Sur la simplification : pourquoi maintenir des lois devenues illisibles à force de dérogations, de frontières absurdes et de seuils aberrants ? Ou sur l’adaptation à la révolution numérique : comme le souligne Emmanuel Macron avec ironie, Amazon réalise 25 % de son activité… le septième jour. Au-delà des postures, la lutte contre le chômage mérite d’être menée sans relâche. Du dimanche au samedi.
vendredi 21 novembre 2014
Vive les Macronomics !
Piédestal : ce qui présente à l’admiration de tous. Déjà secoué par une polémique sémantique, le ministre de l’Economie a sans doute déclaré à dessein qu’il ne fallait pas mettre les 35 heures sur un piédestal. Point d’adoration totémique chez Emmanuel Macron, mais un « pragmatisme juste ». Pas de tabous (à respecter), mais des verrous (à faire sauter). Avant sa nomination, il avait osé réclamer plus de souplesse pour les entreprises. Ce n’était donc pas une erreur de débutant, mais une conviction de pratiquant.
Davantage que l’audace, c’est la manière qui interpelle. Il faut décrypter le vade-mecum du social-libéral de Bercy. Il choquera de la gauche archaïque jusqu’à la droite étatiste. Que nous révèle-t-il en effet ? Qu’il faut donner à chacun le choix : « Qui serions-nous pour dire à quelqu’un qui souhaite [travailler plus] que c’est impossible ? ». N’en déplaise au Parti socialiste, l’Etat ne peut faire le bonheur des citoyens sans leur consentement… Le ministre explique aussi qu’avec les RTT, le travail de certains – et pas les plus favorisés – était devenu « plus difficile et aliénant ». Une manière de défendre le primat du contrat, des accords d’entreprises sur la loi par nature uniforme.
Emmanuel Macron pousse plus loin encore la déconstruction de la doxa socialiste en assurant que si « la loi fixe un cadre pour protéger le plus faible », « elle s’immisce dans tout, entrave, crée des blocages ». Du Montesquieu dans le texte… Il est trop tôt pour savoir si les Macronomics franchiront sans encombre le mur de la majorité. Mais il y a comme un air de renouveau bienvenu dans ce discours si éloigné des postures.
lundi 3 novembre 2014
La France « apaisée » de François Hollande
La France « apaisée » de François Hollande
Mais où est-elle cette France apaisée promise par François Hollande ? Sans aller jusqu’à transformer en insurrection générale des spots de guérilla urbaine déclenchés par des groupuscules extrémistes. Sans verser dans une instrumentalisation du décès tragique de Rémi Fraisse, quand une Cécile Duflot trop pressée dénonce la « tache indélébile » sur le gouvernement et un José Bové trop content invoque la « violence légitime sur les biens ». Sans oublier que, ravages de la crise obligent, Nicolas Sarkozy redoutait déjà pour la France un scénario à la grecque (d’où sans doute une retenue toute en maturité de l’opposition)… Malgré ces nuances, il est difficile de ne pas lier ces explosions de violence avec l’affaiblissement du pouvoir, de ne pas corréler le mépris inédit pour la puissance publique avec le rejet sans précédent du gouvernement, de ne pas rapprocher l’acharnement contre les forces de l’ordre avec le recul de l’Etat de droit. Intermittents, Bonnets rouges, casseurs de Sivens et d’ailleurs… Le gouvernement n’a eu de cesse de tergiverser, puis de reculer laissant à chaque fois accroire que l’exécutif délaisse l’intérêt général sous la pression de minorités. Pire, qu’il est prêt à renier sa parole, à nier le vote démocratique, à désavouer les accords sociaux faute de résister à des activistes anti-système. Comment ne pas voir que cette crasse faiblesse précipite le populisme, la fin de notre contrat social, la décomposition d’une société civile réduite à un agrégat d’« individus-atomes » (Alain Minc), de « résignés-réclamants » (Jacques Attali), cherchant dans un Etat corporatiste quelques compensations à leur servitude ? La France de François Hollande : un pays désespéré.
lundi 20 octobre 2014
Le come-back vers le passé de Martine Aubry, archaïque en chef
Le come-back vers le passé de Martine Aubry, archaïque en chef
Deux ans et demi que Martine Aubry se taisait. Deux ans et demi que la maire de Lille gardait pour elle son « analyse lucide » face à un gouvernement qui s’enferre, à un pays qui s’enfonce. Et au bout de ce long mutisme, qu’on imagine douloureux, quoi ? Un simili contre-programme fait de contrats aidés, de loyers encadrés, d’un Etat-stratège pour réguler la mondialisation, d’une société « bienveillante »... Tout ça pour ça ? Tout ça pour sommer l’exécutif d’emprunter un « bon chemin » qui tient plus de la voie sans issue que de l’autoroute vers le futur ! Tout ça pour se présenter « candidate au débat d’idées » sans le début d’une pensée originale ! Convenu, l’appel à « en finir avec les vieilles recettes libérales » dans le pays qui – faut-il donc le rappeler ? – étouffe sous le taux de dépenses publiques le plus élevé au monde, héritage de nos vieilles lunes étatistes. Rabâchée, la promesse d’un grand soir fiscal pour « distribuer du pouvoir d’achat aux plus modestes », comme si les classes moyennes pouvaient encore financer la folie redistributrice. Démagogique, la proposition de reformater un pacte de responsabilité accusé de profiter aux actionnaires et aux hautes rémunérations, quand les entreprises exsangues réclament visibilité et confiance. Simpliste, dangereux même, cet adage qui voudrait qu’on ne réforme pas l’assurance chômage au moment où il y a tant de chômeurs – mais quand alors ? Tout à son exercice de torpillage, Martine Aubry ne dit mot de l’exaspération fiscale, de la contrainte européenne, du délitement social. Archaïque en chef, la frondeuse prend date sans date, réoriente sans orientation, déconstruit sans reconstruire. Beaucoup de silence pour rien.
mardi 30 septembre 2014
Chef-d’œuvre en péril
Chef-d’œuvre en péril
Après des années d’illusion, les Français ont compris – dans la douleur – que la dette publique n’était rien d’autre que de l’impôt différé. Quand prendront-ils conscience que le « trou » de la Sécu tient moins de l’accident conjoncturel que d’une faillite annoncée ? La liste de nos lâchetés est longue comme une mauvaise ordonnance : croire que si la santé n’a pas de prix, elle n’a pas davantage de coût ; penser que le temps, c’est-à-dire un hypothétique retour de la croissance, suffira à transformer les dérives passées en mauvais souvenirs ; se convaincre qu’il sera possible de transférer ad vitam aeternam les charges de nos inconséquences sur les générations futures…
Cas unique en Europe, le déficit de la sécurité sociale sera donc supérieur à 10 milliards d’euros en 2014, comme en 2013, comme en 2012, comme en 2011, etc. Et personne n’est là pour rappeler que dans tout système assurantiel juste et pérenne, les cotisations doivent finir par couvrir les prestations… Pour préserver ce chef-d’œuvre en péril de l’Etat providence, nos dirigeants n’ont eu de cesse de jouer aux apprentis sorciers, de bricoler l’usine à gaz, de raboter le totem, de créer des monstruosités fiscales, fruits du génie français pour l’escamotage. Résultat, le régime général devient petit à petit un régime par répartition dévoyé, à rebours de la solidarité habituelle : les jeunes paieront demain pour le refus de vraies réformes des assurés actuels, en sachant qu’ils ne bénéficieront pas, eux, des « largesses à crédit » de leurs aînés. Comment dès lors ne pas prévoir que le ras-le-bol social n’emporte un jour le « modèle » ?
lundi 15 septembre 2014
Ce vote de confiance n’a pas de sens
Ce vote de confiance n’a pas de sens
Pour la deuxième fois en cinq mois, Manuel Valls s’apprête à demander la confiance aux députés. «Je prononcerai un discours sur le sens», annonce-t-il, mystérieux. Mais ce vote de confiance a-t-il vraiment un sens ? Dans un climat général de défiance, ce rituel de la Ve République sonne faux. Faux parce que le Premier ministre a usé et abusé de tous les registres politiciens pour arracher un sursis dans un climat délétère. La menace : un FN «aux portes du pouvoir». La dissuasion massive: une dissolution qu’«il n’imagine même pas» sans pour autant écarter «un accident». La carotte : un coup de pouce aux petites retraites… Que d’énergie dépensée pour clarifier, dramatiser et rassembler quand ses priorités devraient être de réformer, réformer, réformer.
Faux encore parce que, sens dessus dessous, la majorité n’en finit pas de tirer à hue et à dia, tétanisée par le poison de la division. La voilà bien incapable d’afficher cohérence et persévérance face à des Français déboussolés par tant de fronde, de bricolage, de détricotage qu’un simple vote lourd de sous-entendus ne saurait effacer.
Faux enfin parce que, même enflammée, même autoritaire, la parole d’un Manuel Valls à la popularité en berne ne fera plus illusion. Démonétisé, son discours n’est plus performatif. Avec des déficits désormais hors de contrôle, le destin de la France se joue moins dans l’hémicycle qu’à Bruxelles et sur les marchés financiers. La nomination abracadabrantesque de Pierre Moscovici à la commission européenne n’y changera rien. La sanction menace, l’isolement pointe, le décrochage gagne. Car plus personne ne se paye de mots. Même du mot confiance.
lundi 1 septembre 2014
Le pari de la modernité contre les archaïques
Le pari de la modernité contre les archaïques
Manuel Valls peut-il réussir ? Il est bien sûr trop tôt pour le dire. Trop tôt pour savoir si les actes suivront les mots. Trop tôt pour mesurer si le choc de confiance attendu ne mutera pas – une fois de plus – en pschitt de défiance, par excès de synthèse élyséenne. Trop tôt surtout pour évaluer si, La Rochelle maintenant passée, le social-libéralisme décomplexé du Premier ministre se révélera idéologico-compatible avec le socialisme d’Epinay. Gare aux désillusions ! Chacun pressent pourtant que si rien n’est joué, les lignes ont déjà bougé. Sur l’offre politique, la manière de gouverner, la relation au pouvoir.
Le dos au mur, le Premier ministre se voit en héraut des modernes contre les archaïques. Comme Matteo Renzi, il rejette d’un même mouvement un clivage droite-gauche usé, censé opposer offre à demande, ménages à entreprises, Etat à marché ; un dogmatisme nourri du déni de réalité ; le zigzag idéologique, les renoncements honteux et autres compromis boiteux au profit de la clarté et de l’autorité… Le voilà bien dans la ligne de Tony Blair pour qui il n’y avait que deux sortes de politiques : celle qui fonctionne et celle qui échoue. Et le voilà bien loin de la doctrine d’un PS perdu dans ses fumées révolutionnaires, persuadé d’avoir raison parce que politiquement majoritaire…
Dans cette posture de la dernière chance, Manuel Valls prendra des coups. A gauche, sur son positionnement, Cécile Duflot dénonçant déjà son « blairo-thatchérisme ringard ». A droite, pour absence de résultats. Mais le combat le plus ardu sera sans doute de persuader une opinion sceptique et désemparée qu’il n’est pas trop tard pour faire ce pari vallsien.
vendredi 8 août 2014
Impôts : François Hollande pris à son propre piège
Impôts : François Hollande pris à son propre piège
Pour François Hollande, le cauchemar fiscal n’est pas près de s’achever. A qui la faute ? Moins au Conseil constitutionnel qu’à lui-même. Prisonnier de ses préjugés, le chef de l’Etat paie d’abord une erreur de diagnostic : avoir cru que la prétendue faible progressivité de l’impôt sur le revenu permettait de tondre les classes moyennes, « sans les faire criailler » comme disait Colbert. Déjà ponctionnées par le gouvernement Fillon, puis touchées en plein cœur par la fiscalisation de la mutuelle ou le rabotage du quotient familial, elles ont exprimé un ras-le-bol inédit. Il interdit désormais tout accroissement des prélèvements, sauf à détériorer un consentement à l’impôt déjà bien mal en point.
A ce péché originel, le Président a ajouté un manque d’ambition coupable. Plutôt que de moderniser un système fiscal usé au point d’en être antiéconomique, il a préféré les bricolages de circonstances et les corrections précipitées. Or il est trop tard à présent pour corriger le tir. Le supposé premier fiscaliste de France ne répond à aucun des critères indispensables pour se lancer dans une grande réforme, un temps évoquée par Jean-Marc Ayrault pour amuser la galerie. Pas de leadership incontesté, pas de majorité solide sur le sujet, pas de courage politique pour tout chambouler, pas de soutien syndical clair. Et l’absence de croissance n’arrange rien. Obligé d’improviser, il ne peut plus être crédible. Comment dès lors ne pas anticiper que les annonces à venir provoqueront scepticisme et désillusion ? D’ici à la fin de son mandat, l’apprenti sorcier Hollande est donc condamné à de mauvaises mesurettes. Angoissant.
jeudi 7 août 2014
Le Conseil constitutionnel au secours des classes moyennes
Le Conseil constitutionnel au secours des classes moyennes
Le Conseil constitutionnel, dernier rempart des classes moyennes ? En censurant l’allégement des cotisations salariales voté fin juillet, les dix sages ont infligé au gouvernement un triple camouflet. D’abord, en rappelant une évidence : la Sécurité sociale n’est pas un outil de redistribution que l’on peut manipuler au gré des circonstances politiciennes. Dans un régime assurantiel solidaire, chacun contribue en fonction de ses revenus pour les mêmes prestations. Pas question, au nom d’une pseudo-politique de justice sociale décidée à la va-vite, d’étatiser davantage le système. Ensuite, la haute juridiction met le holà à un travers national qui consiste à concentrer les mesures de pouvoir d’achat autour du smic, comme si le reste des Français tenait du troupeau de vaches à lait. La détresse des classes moyennes, laminées par le bulldozer fiscal, mérite mieux. Tout comme les cadres et les jeunes diplômés tentés par l’exil. Enfin, cette censure a des allures d’avertissement. Il faut en finir avec cette politique de gribouille qui consiste à contrebalancer une mesure en faveur des entreprises – le pacte de responsabilité – par un texte improvisé, le volet solidarité, censé favoriser les ménages et calmer la gauche de la gauche. Une fois de plus, voilà l’exécutif pris en flagrant délit d’amateurisme législatif, comme si la primauté du politique permettait tout.
En mars, le Conseil constitutionnel avait retoqué une partie de la loi Florange au nom de la liberté d’entreprendre – défendant ainsi les patrons. Cette fois, il protège les salariés, en vertu du principe d’égalité. Pour François Hollande et Manuel Valls, la leçon est sévère.
La France, grand corps malade de l’Europe
La France, grand corps malade de l’Europe
Manuel Valls a promis de dire « la vérité aux Français » à la mi-août. Ils n’auront pas besoin d’attendre. Après d’autres, l’agence Moody’s vient de dresser son diagnostic : sombre, et sans surprise tant l’optimisme du chef de l’Etat ne trompait plus personne. Oui, la croissance sera moins forte que prévu, voire atone. Oui, Paris ne respectera pas – une habitude depuis quinze ans – ses objectifs de réduction de déficit. Oui, la politique de compétitivité engagée va dans le bon sens, mais elle reste trop timide pour espérer un rebond. La France, grand corps malade de l’Europe…
Plutôt que de s’interroger sur deux ans de zigzag et de confusion, le gouvernement, engoncé dans son archaïsme doctrinal, a choisi d’attaquer pêle-mêle la cherté de l’euro, l’orthodoxie bruxelloise et l’égoïsme allemand. Rien d’original : l’Europe est le bouc émissaire préféré de la classe politique française. Comme si, vingt-deux ans après Maastricht, elle n’avait toujours pas mesuré la contradiction fatale entre la vertu budgétaire imposée par la monnaie unique et un modèle basé sur la fuite en avant par la dette. Un gouffre s’est ainsi creusé entre nos engagements vertueux et notre politique laxiste.
François Hollande demande de ne pas sacrifier la croissance sur l’autel de l’assainissement (une antienne française, encore). Mais n’est-ce pas plutôt la procrastination et l’insuffisance des réformes qui handicapent notre économie ? Le chef de l’Etat a plus d’arguments lorsqu’il réclame à Berlin un « soutien plus ferme ». L’ennui, c’est qu’il n’est pas plus crédible en réformateur chez nos partenaires européens qu’auprès de ses concitoyens. A défaut d’être le « levier d’Archimède » de l’influence française, l’Europe devient ainsi le révélateur de son déclassement.
mardi 5 août 2014
Le président et la tentation du « ni plus, ni moins »
Le président et la tentation du « ni plus, ni moins »
A Vladimir qui se demande quoi faire, Estragon, le héros de Samuel Beckett, répond : « Ne faisons rien. C’est plus prudent. » En vacances aujourd’hui pour dix jours, François Hollande devrait méditer cette réplique tellement française. Car si le chef de l’Etat a acté qu’il pourrait attendre la reprise comme d’autres Godot, un danger plus lourd encore menace la rentrée : l’immobilisme. Le Président va en effet entamer une séquence budgétaire sensible avec une popularité minée par son double échec sur le front du chômage et des déficits. Or la fronde d’une partie de sa majorité et la quasi-rupture avec les syndicats ont montré qu’il ne pouvait exiger davantage en matière de rénovation politique. Triste exception nationale, la gauche reste prisonnière de son archaïsme économique : l’entrepreneur, l’actionnaire, le capitaliste restent des ennemis, au mieux des adversaires.
Voilà donc François Hollande sans doute contraint de temporiser, pire de finasser quand la conjoncture « difficile » imposerait d’accélérer. Accélérer sur l’allégement des charges. Accélérer sur la simplification. Accélérer sur la baisse des dépenses. Accélérer sur la réforme de l’Etat. Accélérer sur la liberté d’entreprendre…
Pour masquer l’échec de 1981, François Mitterrand avait ressuscité en 1988 le « ni, ni » de la IIIe République, totem du non-choix par excellence. Le même opportunisme électoral et la même confusion doctrinale pousseront son lointain successeur à rétorquer « ni plus, ni moins » à ceux qui voudront pousser ou contrecarrer le pacte de responsabilité. Ainsi rien n’a vraiment changé, sauf l’état de la France toujours plus dégradé.
lundi 4 août 2014
Des discours mémoriels, pour quoi faire ?
Des discours mémoriels, pour quoi faire ?
François Hollande l’assure : « Commémorer, c’est savoir d’où l’on vient ». Et aussi où l’on va, devrait-il ajouter. Les célébrations de la Première Guerre mondiale offriront une occasion bienvenue de saluer le sacrifice de patriotes valeureux, l’amitié franco-allemande et l’Europe de la paix. Bref, de fabriquer du consensus dans une nation en mal de repères.
Mais elles devraient aussi servir de base à une opération d’introspection nationale. Thème : les raisons de notre échec dans ce que le Président nomme à juste titre les « batailles économiques » d’aujourd’hui. Le chef de l’Etat en appelle à une « France forte », capable de peser ? Le décrochage français actuel évoque plutôt la sentence d’Anatole France, remonté à la veille des hostilités contre une classe politique incapable de grands desseins : « Leur génie est médiocre, comme leur puissance ».
Car bien avant août 1914 et prémices à l’étrange défaite de 1940, le pays perdait du terrain face à l’Allemagne et au Royaume-Uni, miné qu’il était par son démon égalitariste, par le rejet de la compétition internationale et la tentation protectionniste, par la défense de la boutique contre les grandes entreprises, par une méfiance vis-à-vis du progrès et de l’industrialisation. A la prise de risque entrepreneuriale, la France préférait déjà l’interventionnisme étatique, à la liberté contractuelle la loi, à la réussite individuelle le cadre collectif…
Le chef de l’Etat peut, en guise de mobilisation, demander aux Français « de faire bloc » en 2014 comme en 1914. Mais ses discours mémoriels resteront creux, sans écho tant que le carcan idéologique interdira de tirer les leçons de cette histoire, si cruciales pour notre lien avec l’Allemagne et notre place dans l’Europe.
jeudi 5 juin 2014
L’ISF ou l’antipatriotisme économique
L’ISF ou l’antipatriotisme économique
Puisque l’heure est au patriotisme économique, osons... supprimer l’ISF ! Dans une France du déni empêtrée dans ses tabous, cette proposition tient de la provocation. Et pourtant… La nouvelle offensive de Bercy pour soumettre à l’impôt sur la fortune les investisseurs minoritaires des holdings animatrices démontre, s’il en était besoin, l’urgence de s’attaquer à la question. Cette mesure menace le financement des startups et, avec elle, l’innovation. Un signal de défiance à même de décourager – une nouvelle fois ! – actionnaires, investisseurs et business angels. Un révélateur aussi. Car dans une indifférence coupable, l’impôt sur la fortune pousse nos cadres dirigeants à l’exil, incite nos jeunes talents à l’expatriation, encourage à la délocalisation masquée, tue nos entreprises familiales, ruine l’entrepreneuriat… Au final, l’ISF se révèle être une effroyable machine à détruire des emplois, un outil redoutable pour saigner une économie nationale en mal de capitaux.
Qui s’en soucie ? Comme tétanisée, la classe politique s’en tient à un silence mortifère. A gauche, la tradition de la chasse aux riches interdit toute réflexion sur ce vestige du programme commun. Même paralysie à droite, un quart de siècle après une suppression de l’IGF jugée responsable de la défaite de Jacques Chirac à la présidentielle. Drôle de pays qui exonère forêts et œuvres d’art, mais asphyxie sans complexe les financeurs de PME innovantes ! Au delà de la nécessaire contribution des plus aisés à l’effort national, c’est notre capacité à créer de l’emploi et de la richesse qui se joue. Qu’il soit au moins permis de débattre d’une salvatrice abolition de l’ISF.
mardi 29 avril 2014
Les astérisques perdus de Manuel Valls
Les astérisques perdus de Manuel Valls
Dans sa lettre aux députés avant le vote sous tension du programme de stabilité, Manuel Valls évoque un « moment de vérité ». Pour qu’il soit total, l’Opinion publie les astérisques oubliés de la missive du Premier ministre.
-« La confiance réciproque, c’est la condition de notre unité ». (*) : « Chers amis, je n’ignore pas que notre parti n’a cessé depuis Léon Blum d’être tiraillé entre deux gauches, l’orthodoxe et l’utopiste. En onze ans de synthèses acrobatiques à la tête du PS, François Hollande n’a pas su organiser notre « Bad Godesberg ». Nous sommes le dernier parti socialiste d’Europe réfractaire à la politique de l’offre. C’est ce lourd héritage que je gère aujourd’hui »
-« Le pouvoir d’achat, c’est la priorité aux plus modestes ». (**) « C’est d’abord la priorité à l’emploi. Mais il est plus aisé de redistribuer que de créer les conditions de l’emploi »
-« Que l’effort soit équitablement partagé. C’est la justice sociale ». (***) : « Sous couvert de justice, mon prédécesseur a organisé le plus grand rapt jamais vu sur les classes moyennes. On sait ce que nous a coûté le ras-le-bol fiscal… Cette année, nos compatriotes paieront 12 milliards de plus. Attention de ne pas rater avec le rabot ce que nous avons loupé avec les impôts »
- « Vous avez insisté sur la situation des fonctionnaires ». (****) : « Sarkozy en voulait moins, mieux rémunérés ; nous davantage – cas unique… au monde ? – moins bien payés. Soyons réalistes : nous préparons l’appauvrissement général de l’Etat »
- « Ce rendez-vous majeur nous oblige à nous dépasser ». (*****) : « Chers amis, prenons garde de ne pas être dépassés en défendant une idéologie du passé ».
lundi 28 avril 2014
En finir avec ce patriotisme économique de pacotille
En finir avec ce patriotisme économique de pacotille
Dors tranquille, peuple de France, Arnaud Montebourg exerce sa « vigilance patriotique » ! Après Mittal, PSA et Lafarge, voici le ministre redresseur de torts engagé dans un nouveau combat - Alstom. On connaît son arsenal : hymne aux fleurons industriels et ode à la souveraineté nationale, menaces incantatoires et convocations dilatoires, promesses de solutions alternatives ou de contreparties défensives. On connaît aussi ses résultats : beaucoup de bruit pour rien.
A lui seul, le soldat Montebourg résume l’impossible synthèse de la gauche : prêt à sauver la veuve, mais pas l’orphelin ; à secourir nos « symboles » plutôt que nos entrepreneurs ; à étouffer l’offre pour mieux couver la demande. Or comment ignorer que pression fiscale et coût du travail excessifs ont laminé les marges, donc la recherche et l’innovation, donc la compétitivité, l’emploi et les profits pour grandir ? C’est cet écosystème mortifère qu’il faut réformer pour éviter aux PDG une alternative fatale : péricliter ou se vendre.
Défendons nos entreprises, c’est légitime ! Encore faut-il leur donner des munitions. Et loin du patriotisme de pacotille, avoir le courage d’affronter certaines vérités : une stratégie étatique caduque ; un capitalisme sans capital, dangereux dans une économie globalisée ; un appel à construire des champions européens illusoire avec un couple franco-allemand si déséquilibré...
Puisque François Mitterrand reste pour lui une référence, que le chef de l’Etat relise la Lettre à tous les Français. L’économie mondiale y est décrite comme un champ de bataille « où les entreprises se livrent une guerre sans merci. On n’y fait pas de prisonnier. Qui tombe meurt ». Nous y sommes.
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