vendredi 17 janvier 2014
La com et le réel
La com et le réel
Les responsables politiques dans leur ensemble et les citoyens ne vivent plus dans le même monde, dans la même sphère. Cela explique le décalage croissant entre eux et le climat actuel de rejet de la politique. D’après un sondage CEFIPOF du 13 juin 87% des Français estiment que les hommes politiques ne se préoccupent pas des "gens comme eux", la politique inspire du dégoût à 31% des Français et à 36% de la méfiance. Les "grands politiques", je ne parle pas des élus de terrain, vivent pour l’essentiel dans la communication, le virtuel. Quel effet sur l’opinion, sur les rapports de force, sur l’image, aura tel ou tel mot ou formule? A cet égard le "pacte de responsabilité" annoncé par le M. Hollande est une trouvaille habile, il trouble les esprits, redistribue les cartes, frappe assez l’attention pour reléguer au second plan sa crise personnelle. Peu importe le sens: le chef d’un Etat qui cumule les déficits et 2000 milliards d’euros de dettes a-t-il vraiment des leçons de responsabilité à donner au monde de l’entreprise? Le discours politique se construit sur des annonces (pour l’avenir) et non des décisions (à effet réel). L’opposition, prise au dépourvu, est contrainte de se recaler face à ce nouveau langage. Une baisse des charges annoncées pour 2017 restera sans doute dans les limbes, peu importe, le président fait coup double: troubler l’opposition, sans inquiéter vraiment les idéologues socialistes. Pour les politiques, tout cela est bien normal. Ils vivent dans l’univers des mots, des tactiques et de polémiques. Or, les citoyens ne sont pas du tout dans cette optique. Eux vivent dans la réalité de leur pouvoir d’achat, des études de leurs enfants, de la violence quotidienne quand ils vivent dans les quartiers populaires, du risque de perdre leur emploi. D’où une incompréhension totale, la montée de l’abstentionnisme, la défiance envers la démocratie et l’essor du vote protestataire ou extrémiste. Les deux mondes vont-ils continuer à diverger indéfiniment? Tout le laisse malheureusement penser…
Le péché d'orgueil de M. Hollande
Le péché d'orgueil de M. Hollande
Jusqu'à présent, on était en droit de penser que le quinquennat pépère de M.Hollande ne pourrait passionner, dans l'avenir, qu'un historien plan-plan de troisième zone. Un académicien raseur, expert dans l'art de délayer sa prose sur pas grand-chose. Mme Duflot, par exemple.
La séquence des quinze derniers jours est, en revanche, si bouillonnante et si romanesque qu'elle aurait forcément inspiré des chapitres croquignolets au duc de Saint-Simon, chroniqueur du siècle de Louis XIV. Il y a dans ce charivari tout ce qu'aimait notre mémorialiste national, des polissonneries aux coups de théâtre politiques.
Le hollandisme va-t-il enfin sortir de la morne plaine pour entrer dans l'ère de l'épopée ? Rien ne permet encore de le dire, mais, devant le spectacle donné par le pouvoir ces derniers temps, la France est tombée de haut. Elle a perdu son latin, ses petits, ses repères : tout le monde a compris que le régime est aujourd'hui à un tournant paroxystique.
Le nouveau Hollande est arrivé et, apparemment, tout a changé, la politique économique, la vie privée et même le personnage du président, sur lequel on ne peut plus porter le même regard. Au sommet de l'État, il y a comme un bruit de déménagement. Un climat de liquidation générale et de grand nettoyage d'été, même si nous sommes en hiver.
Après s'être fait prendre comme un bleu par les photographes de la presse people et avant d'opérer le grand virage économique qui s'impose, M. Hollande doit tirer les leçons de son impopularité, qui relève du cas d'école. Il est dans une telle impasse qu'il lui faut changer au plus vite de politique, de disque, de style, de tout. Pourra-t-il relever le défi ?
La droite la plus bête du monde n'est pas le moindre de ses atouts. Pour preuve, les larmes de crocodile de M. Copé, prince de la bouffonnerie involontaire, sur l'image "désastreuse" de la France à l'étranger depuis la révélation de la passion présidentielle. Saperlotte ! Si c'est tout ce que le "président" de l'UMP a trouvé comme angle d'attaque pour les prochains mois, M. Hollande n'a rien à craindre. Prenons le pari : dans quelques mois, cette intrusion dans la vie privée du chef de l'État ne sera plus qu'un mauvais souvenir, surtout s'il fait avancer ses nouvelles idées pour la France, ce qui n'est pas gagné, loin de là.
Le journalisme, hélas, ne s'arrête plus à la porte de la chambre à coucher. Au train où vont les choses, la société du spectacle se glissera bientôt sous les draps pour prendre des photos. Tous les puissants, du moins dans nos démocraties, sont logés à la même enseigne et priés de passer par l'essoreuse médiatique, qui n'est cependant pas une broyeuse. Nuance.
Après les lamentables déboires de M.Clinton, l'Histoire a montré que, dans les affaires privées, le ridicule ne tuait pas, fût-ce les pécheurs récidivistes comme lui, parjures de surcroît. C'est ainsi que le président américain a pu quitter la Maison-Blanche en pleine gloire, avec des taux de popularité et de croissance à faire pâlir M. Hollande de honte ou de jalousie.
Si image "désastreuse" il y a, c'est à cause du délabrement économique de la France, qui, depuis trois décennies, nous fait dégringoler de plus en plus vite. Sur ce plan, M. Hollande a commis une grosse erreur en forçant sa nature sociale-démocrate pour suivre la mauvaise pente des socialistes franco-français, celle d'une économie surfiscalisée, suradministrée et, pour tout dire, surannée. Pour changer de cap, il devra changer jusqu'à son personnage.
Jusqu'alors, rien n'était plus étranger à M.Hollande que notre monarchie républicaine. De toutes ses fibres, il refusait le principe de l'omniprésidence et laissait ses ministres dufloter ou montebourger à qui mieux mieux, quitte à rappeler à l'ordre l'un d'eux de temps en temps. Convaincu de n'avoir pas la science infuse, le président écoutait, hésitait, négociait. Là où M. Sarkozy se déplaçait avec des divisions de gardes du corps armés jusqu'aux dents, ce modeste enfourchait un pauvre scooter avec un seul policier pour le protéger. Pas banal.
Paradoxalement, il y avait du Merkel en Hollande. C'était un gouvernant programmé pour l'Europe du Nord qui aurait volontiers pris le métro pour se rendre au travail. Il s'était toujours tant méfié du charisme des hommes prétendument providentiels qu'il s'échinait à n'en laisser paraître aucun. Il se construisait contre la plupart des grandes figures de la Ve République : de Gaulle, Giscard ou Mitterrand.
Ce sont souvent les personnages les plus humbles qui commettent les plus gros péchés d'orgueil. C'en fut un, de taille, que de s'imaginer que c'était à la Ve République, et non l'inverse, de s'adapter à sa personne. Que ça lui chante ou pas, M. Hollande est condamné à cette solennité qui, sous ce régime, va de pair avec l'exercice du pouvoir présidentiel. Même s'il lui faudra se garder du "syndrome de la Montgolfière", maladie de certains de ses prédécesseurs, il est désormais contraint de se présidentialiser pour mener, en s'affranchissant du PS, sa nouvelle politique, qui donnera, c'est écrit, des boutons à la gauche de sa majorité parlementaire.
jeudi 16 janvier 2014
LE SÉNAT LIMITE À NOUVEAU L’INTERDICTION DU CUMUL DES MANDATS AUX SEULS DÉPUTÉS
L’Assemblée devrait rétablir en dernière lecture la version du gouvernement appliquant cette interdiction à tous les parlementaires.
Le Sénat a à nouveau limité dans la nuit de mercredi à jeudi l’interdiction du cumul des mandats aux seuls députés, mais l’Assemblée devrait rétablir en dernière lecture la version du gouvernement appliquant cette interdiction à tous les parlementaires.
180 sénateurs se sont prononcés en faveur de la version établie par leur commission des lois qui les exempte de l’interdiction du cumul, 119 ont voté contre, les autres se sont abstenus ou n’ont pas pris par au vote.
Le Sénat s’était déjà exonéré du dispositif en septembre. Les sénateurs avaient adopté le texte du ministre de l’Intérieur Manuel Valls après avoir voté un amendement les autorisant à continuer à exercer une fonction exécutive locale – en plus de leur mandat national – à la différence des députés, ou des eurodéputés.
Le texte voté par le Sénat établit par ailleurs le non-cumul des indemnités pour les parlementaires et les élus locaux, les limitant à l’indemnité parlementaire de base (5.514 euros net par mois). Il s’agit d’éviter ainsi que les sénateurs ne soient accusés d’agir par seul intérêt financier.
Quand la peopolisation des hommes politiques a-t-elle commencé ?
L’utilisation en France de la vie privée à des fins de communication politique s’est systématisée depuis une trentaine d’années mais en réalité, c’est un phénomène beaucoup plus ancien, dont l’éclosion au XIXe siècle coïncide avec la mise en place des modalités du journalisme moderne. L’émergence du reportage-interview et les progrès de l’illustration de presse favorisent un traitement journalistique se voulant plus proche de l’homme qui se cache derrière la fonction politique : les élus sont le plus souvent dépeints dans leur foyer, à travers leurs habitudes domestiques. Des échos mondains des grands quotidiens généralistes ou spécialisés (Gil Blas) des années 1880-1890, aux célèbres opérations séduction de Valéry Giscard d’Estaing, en passant par la vedettisation des dirigeants français ou étrangers dans les revues d’évasion de l’entre-deux-guerres, les médias français n’ont jamais vraiment hésité à mettre en scène la vie privée des hommes politiques. Cependant, cette tendance s’est largement renforcée à la fin de la IVeRépublique, en raison d’une crise de la représentation propice à la recherche d’un homme fort, puis sous la Ve République, dont les institutions commandent désormais la personnalisation du pouvoir.
CGT : la terre brûlée
CGT : la terre brûlée
La CGT fait-elle de l’idéologie ou du syndicalisme? L’affaire de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord est un cas d’école. Il y a dix-huit mois, la CGT a refusé une offre de reprise sans licenciement sec, avec 530 emplois sauvegardés et de généreuses indemnités. Résultat : aujourd’hui, tout le monde est licencié avec des indemnités au rabais. Belle opération, merci la CGT!
Question : le leader cégétiste local, Mickaël Wamen, a-t-il cherché à défendre les intérêts des salariés? Ou s’est-il laissé déborder par ses convictions communistes et
anticapitalistes, puisque Mickaël Wamen fait également de la politique – 6,3% des voix aux dernières législatives dans la Somme.
Mais la politique de la terre brûlée ne s’arrête pas là. Maurice Taylor, le patron de Titan – le diable incarné pour la CGT – propose de racheter l’usine d’Amiens-Nord, d’y investir 40 millions d’euros, avec à la clé 330 embauches. Mais l’homme d’affaires américain, au caractère bien trempé, pourrait bien se raviser après le nouveau coup de force de la CGT en début de semaine : la séquestration de deux cadres pendant plus de vingt-quatre heures.
Cette nouvelle affaire vient ternir un peu plus l’image désastreuse des relations sociales en France. D’après le classement annuel du World Economic Forum, la France se classe au… 135e rang sur 148 en matière de "qualité dans les relations du travail". Nous sommes derrière le Mozambique et Myanmar ! Et, avec cette nouvelle affaire, nous ne risquons pas de gagner des points. Mardi, la France était à la une du Financial Times avec ce titre : "France : des syndicalistes prennent des cadres en otage". Belle publicité, merci la CGT!
Du bout des lèvres, Thierry Lepaon, le secrétaire général de la CGT, regrette ces méthodes : "Ce n’est pas dans nos pratiques habituelles, mais cela peut arriver. " Nous voilà prévenus : quand la CGT n’est pas contente, elle peut prendre en otage. Et tant pis si tout le monde coule!
D’ÉQUERRE…
D’ÉQUERRE…
S’il veut réduire le nombre des régions et « en finir avec les enchevêtrements » admini-stratifs, François Hollande va devoir s’armer de courage. Pour reconquérir l’opinion et donner un nouvel élan à son quinquennat, il devra fendre l’armure. L’image est faible tant ce président, aimable politicien amateur de com-promis et de synthèses, va devoir se muer en comman-dant des forces spéciales. Autant dire se faire violence. Pourquoi ? La raison est simple : il s’attaque un peu tard à une réforme ardue que l’on sait toujours plus facile à accoucher dans la douleur et en express dès l’état de grâce consécutif à son élection. Ensuite il devra remanier pour confier ce chantier à un républicain de haute volée. Un ou une pointure, audacieux et madré, diplomate mais insensible aux lobbys des élus de province qui défendront bec et ongles leurs fromages. On se souvient de Gaston Defferre voici 30 ans. Le casting est aujourd’hui plus délicat. Entre « pacte de responsabilité » et « choc de simplification », il ne peut prendre le risque de se payer de mots, qui ne résoudraient pas les grands maux de la société française, sur les-quels presque tout le monde est d’accord. Il devra mettre sa majorité parlementaire d’équerre. Et faire preuve de hardiesse. C’est ici le véritable carburant de sa survie. Et pour éviter d’être mazouté comme une mouette, on lui conseille la nitroglycérine…
Changement de paysage
Changement de paysage
On ne sait pas si François Hollande parviendra à modifier la carte de France des régions mais il a déjà fait bouger le paysage politique. C'est peu dire que les réactions à sa troisième conférence de presse bousculent les frontières partisanes. Dans le court terme, il y a là matière à réconfort pour un président qui s'est sorti de l'exercice avec un certain cran, dans les conditions que l'on sait. En témoigne le sondage CSA pour BFMTV dévoilé hier soir. Une majorité de Français ont trouvé François Hollande tourné vers l'avenir (54 %), courageux (51 %) et présidentiel (51 %). Bien que de forts doutes subsistent sur sa capacité à rassurer (30 %) ou à convaincre (28 %), François Hollande n'a pas été répudié par l'opinion malgré son aventure galante.
On ajoutera que plus de quatre millions de Français l'ont suivi à la télévision, soit deux fois plus que pour sa précédente conférence de presse. La performance est honorable même si une curiosité plus ou moins malsaine a dopé l'audience. En vérité, François Hollande a réussi un pari qui n'était pas gagné d'avance en parvenant à imposer l'image du personnage public sur celle de l'homme privé.
En s'abstenant de faire du sentiment, François Hollande a opéré un étonnant rétablissement. Partant d'une position calamiteuse, il a paradoxalement renforcé sa « présidentialité ». Au lyrisme du Bourget s'est substitué le pragmatisme d'un néo-réformateur rebondissant sur ses échecs. Il reste à juger sur la durée ce qu'il en sera de la concrétisation des nombreux chantiers ouverts.
Une chose est sûre : le chef de l'État, se posant d'abord en patriote, en appelle à une trêve dans les affrontements bipartisans. Il y a de l'habileté dans sa façon d'affoler les boussoles des partis. La gauche de la gauche ne se reconnaît plus dans une politique que la droite avait revendiquée en son temps sans la mettre en 'uvre, mais qu'elle refuse aujourd'hui de cautionner. Quant aux centristes, ils hésitent. Drôles de jeux politiciens quand la crise justifierait des majorités d'idées pour changer enfin le paysage.
Première dame
Première dame
Une première dame, cela avait un sens, autre qu’anecdotique et polémique, dans un grand pays tel que l’était encore la France dans les années 1950, comme le montre cet extrait de mon livre sur l’histoire des présidents de la République, à propos de l’épouse de René Coty (1954-1958):
Son épouse, Germaine, est présente à ses côtés à l’Elysée. On ne lui connaît guère d’influence de nature politique mais elle s’investit avec passion dans l’action sociale, rendant visite aux hospices, orphelinats, hôpitaux. Son décès, le 13 novembre 1955 à Rambouillet, laisse le chef de l’Etat accablé. En quelques mois, elle s’était rendue profondément populaire dans le pays.
« La mort de Madame Coty restera, dans le souvenir de ceux qui l’ont vécu, quelque chose d’extraordinaire. Il y eut un phénomène de bouleversement général tel qu’il est impossible de ne pas en chercher la signification. »
Les obsèques de Madame Coty donnent lieu à un moment de ferveur et d’émotion nationale à la Madeleine.
« Des écoles entières vinrent à la Madeleine et les enfants tenaient une rose à la main. Les Parisiens défilèrent pendant des heures. Ce fut simple et poignant. Le peuple semblait vouloir montrer à quel point il aime les vertus simples et profondes, à quel point il est sevré de l’affection la plus nécessaire, celle que l’on donne. Lorsque, après la cérémonie funèbre, le convoi déboucha sur le quai, trente péniche massée à la Concorde firent entendre un long mugissement en signe de deuil, tandis que la mariniers, massés sur le pont, alignés bord à bord, se découvraient. » (le Prestige français, 1956).
Voici une image, j’insiste, du temps où la France était toujours une grande Nation…
Le billet de Michel Schifres
La terrine du chef
A moins qu’on n’ait pas été prévenu du changement, cette année devrait comporter 365 jours. Une angoisse saisit : cette durée sera-t-elle suffisante ? Ne faut-il pas d’ores et déjà l’augmenter, passer à 500, voire 600 jours ? Cela paraîtrait raisonnable tant le chef de l’Etat assure vouloir débroussailler de multiples chemins. Partout des chantiers s’ouvriront, des discussions se tiendront, des concertations auront lieu. Et hop un comité ici, et hop un conseil là, et hop un concours ailleurs. Les départements, les régions ? A revoir. Même avec l’Allemagne, la concertation sera permanente. On n’arrêtera pas. Grâce à cette terrine du chef mitonnée par M. Hollande, lui, qui a déjà beaucoup de surnoms, en a gagné un nouveau : ce vibrionnant satisfait était hier Géo Trouvetou.
Social-démocrate ou social-acrobate ?
Social-démocrate ou social-acrobate ?
Ce sont ses amis socialistes, ceux qui l’ont pratiqué pendant une décennie à la tête du Parti socialiste, qui en parlent le mieux, eux qui ont si souvent expérimenté « la méthode Hollande » : il parle, il séduit, il promet, il embrouille, et le lendemain, on se réveille avec le sentiment d’avoir été floué. Si le discours introductif de la conférence de presse du président de la République, mardi, était effectivement séduisant, prometteur sur le plan des réformes et du rôle enfin reconnu aux entreprises dans le fonctionnement et le redressement de l’économie, il faut bien admettre qu’au lendemain de ce bel exercice de communication, s’est installé un insistant parfum d’embrouille.
Sur le calendrier d’abord : on pensait le sujet du coût du travail et des marges des entreprises urgent. Pourtant on attendra 2015 au mieux pour commencer à réduire les cotisations familiales des entreprises. On est loin du « choc de compétitivité ».
Même incertitude sur le financement de cette nouvelle politique. C’est même d’un épais brouillard qu’il s’agit : si on met bout à bout tout ce qui a été promis à Bruxelles, aux marchés et aux entreprises, on aboutit au chiffre véritablement astronomique de 40 à 45 milliards par an de baisse des dépenses. C’est un programme de guerre budgétaire et de coupes sociales sans commune mesure avec les pistes avancées par François Hollande, et qui exigerait, s’il était appliqué, de remettre lourdement en cause plusieurs missions de l’Etat et autant de prestations sociales… Quant aux impôts des ménages, devenus « lourds, trop lourds », on ne parle plus de les réduire. Le ras-le-bol fiscal et la réforme ont été escamotés.
Bousculer le jeu, renverser la table des promesses, déplacer les lignes, enjamber les clivages est habile politiquement. Mais pour l’heure, la social-démocratie à la Hollande ressemble plutôt à de la social-acrobatie.
mercredi 15 janvier 2014
Filippetti, le fascisme à la portée des caniches
Parce que maintenant, en France, le Politiquement Sain, Propre et Bon a gagné, parce qu’il doit absolument écraser de sa botte virile les petits cancrelats qui ne sont ni bons, ni sains, parce que nos élites savent maintenant ce qui est bon pour le peuple et qu’ils en ont assez que ce dernier s’avachisse dans des savoirs alternatifs, interlopes, ou douteux, et parce que la censure a posteriori ne suffit plus, Filippetti, la piètre excuse en charge du Ministère de la Culture, a décidé de sortir de son silence.
Elle n’aurait peut-être pas dû ; après tout, un doute sur ses motivations intellectuelles pouvait subsister tant qu’elle conservait le silence (et puis, lorsque sa mâchoire est fermée et ses cordes vocales à l’arrêt, rien n’empêche d’imaginer qu’un cerveau fait du crawl entre ses deux oreilles). Mais elle n’a pas pu s’en empêcher. La trop forte pression de paroles idiotes et d’inepties politiques, conjuguée à des concepts rhétoriques mal maîtrisés qui ont fait catalyseur, le tout dans la chaleur torride d’une actualité grotesque auront provoqué une véritable explosion de n’importe quoi bruyant au cours d’une émission télé sur BFTM-TV dont la vidéo, disponible ci-dessous, ne laisse aucun doute sur ce qui s’est produit dans ce studio.
C’est ainsi que vers 6:18, on entend nettement la pauvrette déclarer en évoquant l’interdiction des spectacles quenelliers, je cite en allant me chercher l’éosine pour mes oreilles qui saignent :
« C’est une grande avancée pour la République, c’est une victoire collective de l’État de droit. »Mais bien sûr. C’est aussi une déroute en rase campagne de la réflexion individuelle. C’est une défaite de ceux qui pensaient que les gens sont assez intelligents pour se faire une opinion par eux-mêmes. C’est une branlée mémorable de ceux qui croyaient encore les politiciens capables d’indépendance tant est flagrante la soumission d’Orélifilipéti, l’onomatopée attribuée actuellement à la Culture, aux âneries de Valls, elle qui se comporte ici comme une véritable voiture balai du cortège hurlant du ministre de l’Intérieur en chasse contre les nazis d’internet.Par la suite, comme elle était bien lancée et qu’elle devait absolument combler le vide intersidéral de sa pensée par l’émission intempestive de sons en rapport vague avec le contexte, elle a continué en disant (7:00) :« Une idéologie abjecte, le négationnisme, n’a pas de droit de cité dans notre pays. Cet encadrement de la liberté d’expression en y mettant une frontière qui est justement celle de la négation de crimes contre l’humanité, de génocides, a été réaffirmé par le Conseil d’État. »Tiens, après l’antisémitisme, Dieudonné est maintenant négationniste ? Décidément, moins il fait de spectacles, plus il franchit les limites, dirait-on… Et pour sûr, comme le dit Orélifilipéti, il n’y a rien de mieux que l’encadrement de la liberté d’expression parce que chacun sait que trop de liberté d’expression tue la liberté d’expression. D’ailleurs, plus cette liberté est encadrée, et plus les pays sont libres, comme le montrent régulièrement la Chine, Cuba ou la Corée du Nord qui ont trouvé des moyens plus virils encore que ceux que propose l’Onomatopée. Je passe rapidement sur le fait que pour qu’un délit soit caractérisé, il faut encore qu’il soit commis, ce qui me semble difficile pour une décision prise alors que le spectacle n’avait pas encore eu lieu. Du reste, sentant qu’elle entrait sur le terrain glissant de cette fameuse limitation, elle a bien vite expliqué son point de vue (vers 7:50) :« La liberté d’expression je la défends, je la promeus… la liberté de création artistique. Mais là, Dieudonné n’est plus un artiste. Ce n’est ni un artiste, ni un martyr. Il a franchi toutes les limites de ce qui est acceptable dans une société démocratique comme la France, qui a vécu pendant la dernière guerre mondiale des événements tragiques et dramatiques. »Parce qu’Orélifilipéti sait ce qu’est un vrai artiste. Elle le sait très bien puisqu’elle en subventionne des milliers, alors d’abord ! Et elle sait fort bien qu’un artiste, un vrai, un gentil, ça raconte exclusivement des choses qui sont douces aux oreilles du pouvoir. Un artiste, ça ne cherche pas à se mettre à dos les autres, le peuple, en maltraitant une religion par exemple ou en osant un humour impossible avec des thèmes trop lourds de malheur et de signification !Oh. Wait.Oh. Wait.Oh. Wait.Ah oui, je sais, ce n’est pas la même chose parce que vous comprenez… il y a d’un côté les bons artistes humoristes et les mauvais artistes humoristes. Les bons artistes humoristes, ils rigolent certes de tout, mais pas avec tout le monde. Alors ils ont le droit de s’exprimer. Alors qu’en face, les mauvais artistes, là, ils rigolent de tout, hein, mais vraiment de tout, et ils ne le font pas avec tout le monde, si vous voyez ce que je veux dire, hein, n’est-ce pas ? Et c’est pas drôle. Alors que les bons, si.Vous me suivez ? La liberté d’expression, décidément, ce n’est pas pour tout le monde. Il y a un tri.Dès lors, Orélifilipéti n’a pas Free mais elle a quand même tout compris : il faudra poursuivre les octets et les bits de l’internet qui ne sont pas orientés comme il faut. Il faudra donc censurer proprement les images intolérables au nom de la dignité humaineparce que voilà. Oui, vous avez bien lu :« il faut prendre les dispositifs qui sont particuliers au net, et notamment à travers les hébergeurs, pour que cela ne puisse pas se répandre quand il y a des attaques contre la dignité de la personne humaine. »Rassurez-vous : cette petite excroissance de liberté qui vous permettait, jadis, de juger pour vous-même ce qui est ou non visible par vos propres yeux, cette petite tumeur ridicule qui vous autorisait bêtement à cliquer ou non sur une vidéo que vous soupçonniez d’être un peu indigne sur les bords, ne vous inquiétez pas, Orélifilipéti va l’ablater sans attendre. Une petite excision rapide, et il n’y paraîtra plus et vous vous en porterez mieux, parce qu’Orélifilipéti sait, elle, ce qui est digne ou pas (et pas vous, petit coquin).Sentez-vous le scandale qui se cache derrière ces paroles, derrière ce suivisme et cette servilité de la minustre derrière celui de l’Intérieur ? Comprenez-vous ce qu’il y a d’aberrant à ce qu’une ministre de la Culture dégoise ainsi avec tant de décontraction d’incroyables ignominies ?Car elle, ministre de la Culture, devrait se battre pour le droit d’expression. Mais non.Le ministère de la Culture qui se bat pour la censure, pour la limitation explicite du droit d’expression, ça ne se retrouve que dans les régimes totalitaires ou fascistes. Oui, le constat est là, implacable, sans la moindre ambiguïté : lorsque la Culture s’empresse d’intervenir pour dire ce qu’on a le droit de lire, d’écrire, de voir, d’entendre, c’est qu’on n’est plus dans la culture, mais dans la propagande.Entendons-nous bien : que le ministère de l’Intérieur fasse cette immondice ne surprend finalement pas ; c’est l’aboutissement triste et banal d’un travail de répression et de contrôle des foules auquel aboutit inévitablement un pouvoir faible qui devient policier, quasiment par obligation. Il est méprisable, mais il s’inscrit malheureusement dans la logique de ce à quoi ce ministère sert habituellement. En revanche, dès lors que ce même travail est entrepris avec application par le ministère de la Culture, on sombre effectivement dans ce que le pouvoir fait de pire : la manipulation ouverte de l’information, la censure instituée non par désir de contrôle des foules (rôle d’une police de la pensée, se plaçant a posteriori) mais comme nécessité pour l’éduquer (rôle d’une formation des esprits, se plaçant a priori).Je le dis ici : ce pays sombre doucement mais sûrement dans un fascisme qui se cachera derrière tous les pédonazis de l’internet, qui se travestira derrière les pages les plus veloutées de l’antifascisme, qui se parera des beaux discours de la sécurisation d’Internet contre les hordes du Mal, protéiformes et toujours désignées par un gouvernemaman bien renseigné, qui pavera notre enfer de ses meilleures intentions.
Filippetti s’est mise à aboyer servilement derrière un gouvernement dont le ministre de l’Intérieur s’est laissé piéger dans une procédure judiciaire délétère et suicidaire ; ce faisant, elle a emboîté le pas de Valls dans une démarche qui ne pourra conduire le pays qu’à la catastrophe ou la risée ou les deux. Car ou bien nos deux ministres en perdition intellectuelle se rendent compte de la dérive consternante qu’ils ont entraînée, et le rétropédalage promet d’être épique et projettera le pays dans des sommets de ridicule, ou bien ils persistent, s’enfoncent et emmènent tout le monde avec eux vers des contrées malheureusement très connues et pas du tout bisou.Regardez où va le pays, où ces buses néfastes nous emmènent, ouvrez les yeux : le petit chemin qui sent de moins en moins la noisette termine dans un gouffre.
L’ENNEMI INTÉRIEUR
L’ENNEMI INTÉRIEUR
Enfin, diront tous ceux qui attendaient de François Hollande qu’il clarifie son action, dans un sens ou dans un autre. Le président, hier, n’a pas paru effrayé par les mots « social-démocrate ». Il les a même revendiqués. Il a reconnu s’être rallié à la politique de l’offre. Il a confirmé que la réduction de la dépense publique n’épargnerait aucune des composantes qui y concourent.
Après avoir invité chacun à prendre sa part de ce « compromis social » et listé les « contreparties » exigées pour l’emploi, mettant de fait le Medef devant ses responsabilités, le chef de l’État a dit ne pas douter du soutien de sa majorité. Au point que Jean-Marc Ayrault lui posera la question de confiance à l’Assemblée au printemps, alors que la suppression annoncée des cotisations familiales des entreprises ne manquera pas de bousculer la gauche.
Afin que la France avance d’ici 2017, le président a précisé le calendrier de ces réformes. Quand l’avenir de Valérie Trierweiler a été évoqué, il a aussi promis d’apporter des réponses avant sa visite à Washington en février. En son corps public comme en son corps privé, François Hollande s’est voulu maître du temps et se réapproprier son destin. S’il veut bien arrêter d’être son propre ennemi de l’intérieur, pourquoi pas…
Le grand dégoût
Le grand dégoût
Sur les ondes, nous n’entendons plus qu’un refrain depuis 3 jours: "c’est une affaire privée". Et nous franchouillards, bien plus intelligents que les autres comme chacun sait, notamment que les Américains, les Anglais et les Allemands, nous ne nous intéressons pas à la vie privée des dirigeants! D’ailleurs (dernière trouvaille médiatique), n’est-ce pas la faute des services de sécurité qui protègent si mal le président? Et toute la classe dirigeante, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par le centriste Alain Juppé, à l’unisson, solidaire, se cale sur ce discours, piquants érigées comme un hérisson. Mais non! Ce n’est pas le problème! On est bien d’accord: chacun fait strictement ce qu’il veut avec sa vie. Nous ne sommes en aucun cas dans une logique puritaine. Le problème, c’est le grand écart entre "la France d’en haut", cette espèce de cour monarchique dégénérée et la "France d’en bas" qui trime pour s’en sortir. Un sondage CEVIPOF du 13 juin (réalisée avant l’affaire) le souligne: 87% des Français estiment que les hommes politiques ne se préoccupent pas des "gens comme eux". 11% font confiance aux partis politiques. La politique inspire du dégoût à 31% des Français et à 36% de la méfiance. Alors quoi? Moi dans mes activités d’enseignement universitaire, à Créteil, je vois des jeunes filles et garçons, de 20 à 25 ans, de toutes origines, faut-il le préciser, qui bossent 8 heures par jour pour des stages rémunérés 1/3 du SMIC, et traversent toute la région parisienne dans les transports en commun surpeuplés, sales et dangereux pour venir suivre les cours du soir et tenter de se faire une place dans la société. Et pendant ce temps, le roi et sa cour s’amusent. Oubli de l’intérêt public au profit du culte de l’ego. Et la démocratie, la politique, la République s’effondrent dans l’indifférence générale, au profit d’un climat d’anarchie, de nihilisme,de chaos, de montée de la haine et des extrêmes. Le problème, mesdames et messieurs, il est là bien entendu! On a compris que les politiques n’allaient pas changer le monde, ni la vie. Qu’ils se montrent dignes des électeurs, dignes des citoyens, c’est vraiment le minimum…
Une social-démocratie sous condition suspensive
Une social-démocratie sous condition suspensive
L’exercice lui va comme un gant, et le propos liminaire de sa conférence de presse semblait déterminé : oui, François Hollande, après 20 mois d’atermoiements, avait décidé de s’engager clairement pour les entreprises et de les mettre « au premier rang de la mobilisation » pour la croissance et pour l’emploi.
Magnifique. Tellement beau que c’est là qu’aurait dû s’arrêter le discours du chef de l’Etat. On aurait pu alors croire que sa conversion –imaginons-la sincère- se traduirait en actes, qu’il allait vigoureusement redimensionner l’Etat, fusionner des départements et supprimer des régions, effondrer le coût du travail, tailler dans les dépenses sociales et les missions de la puissance publique. On aurait pu se convaincre que ses nombreuses promesses antérieures de baisse des dépenses publiques et de pause fiscale, jusqu’ici restées lettre morte, allaient enfin prendre corps. Que le Pacte de responsabilité avec les entreprises serait un pacte de confiance.
Mais non, c’était trop simple, trop net, trop brutal. Et la confiance dans les entreprises devait avoir des limites, devait être encadrée, soupesée, contrôlée. Attention, pas à la légère, non : par un « Observatoire des contreparties », un petit bijou assurément, une merveille de technocratie et une trouvaille en termes de simplification, chacun en conviendra. Ainsi donc, les baisses de charges allaient être soumises à des quotas de créations d’emplois.
Cet exercice de social-démocratie sous condition suspensive peut-il fonctionner ? C’est douteux. Comme l’a très justement expliqué François Hollande, il ne peut y avoir de retour de la croissance sans investissement, et pas de reprise de l’investissement sans confiance. La confiance est à la base de toute décision économique, de toute création d ‘emploi. La confiance, c’est justement ce que refuse encore a priori François Hollande aux entreprises.
mardi 14 janvier 2014
BANCO, PATRON !
BANCO, PATRON !
L e 2 avril dernier, Jérôme Cahuzac avoue ses mensonges et sa fraude fiscale. Un cataclysme pour François Hollande. Ce jour-là, est prévue à l’agenda élyséen la remise de la grande croix de la Légion d’Honneur à l’ancien patron des patrons Yvon Gattaz. Le président décore le récipiendaire en reprenant sa formule : « Le talent de la gestion, c’est la gestion des talents ». En 1981, le choc entre François Mitterrand et ce représentant viril du CNPF fut frontal avant que les deux hommes ne trouvent la voie de la sagesse. Trente-deux ans plus tard, on refait le match, la croissance en moins. Mais en son absence, la confiance peut faire la différence. Dans ses vœux, le chef de l’État vantait son « pacte de responsabilité », Yvon Gattaz a répondu trois fois banco. Hier, il a surenchéri, promettant un million d’emplois dans les cinq ans contre 30 milliards d’allégements de charges. Le pari, audacieux, est lancé dans l’euphorie de son retour du salon des futurs à Las Vegas où il a été bluffé par l’audace de jeunes exposants français. Hier, Airbus a aussi battu tous les records de l’Histoire aéronauti-que avec 5.559 avions en com-mande, 8 ans de travail sur la planche ! Il devient rare ces temps-ci de croiser le « made in France » sur un tel nuage !
En redescendant de sa garçonnière, François Hollande pourrait en profiter pour se montrer à la hauteur du défi.
Les caleçonnades de Hollande
Les caleçonnades de Hollande
Après la quenelle, il fallait un plat léger. Les Français pensaient le président de leur pays en crise accaparé par ses fonctions et ses charges, obnubilé par le sort de la France et des Français, le chômage, les licenciements, les hausses d’impôts, la pauvreté, consacrant toute son énergie et chaque minute à redresser le pays et à corriger ses catastrophiques résultats. Pensez-vous ! Ils apprennent que François Hollande pense tout à fait à autre chose, a suffisamment de temps libre pour se consacrer à sa « love affair » avec une actrice, gérer un vaudeville familial et le gros coup de mou de Valérie Trierweiler qu’il a imposée comme la première dame de France. Cette dernière a été hospitalisée trois jours pour « une chute de tension ». Selon certaines sources, ce serait une surdose de médicaments. On est reparti dans le psychodrame de soap-opera présidentiel. C’était bien la peine de critiquer Sarkozy et d’affirmer qu’il fallait « mener sa vie privée à l’abri des médias ».
Quand on apprend en plus que l’appartement dans lequel le président retrouve Julie Gayet (ne cherchez pas, la filmographie de cette jeune gauchiste contrairement à sa vie privée, est totalement confidentielle) a selon Médiapart, était prêté par un bandit corse (dont la compagne est une amie de Julie Gayet), il y a un certain nombre d’implications qui se posent quand même sur la sécurité du chef de l’Etat lors de ses escapades à scooter. Qu’en dit Manuel Valls ?
Frais de la princesse
Valérie Trierweiler est-elle toujours première dame de France ? Est-il normal qu’elle reste désormais à l’Elysée aux frais du contribuable avec ses quatre collaborateurs affectés à son service pour une rémunération mensuelle de plus de 20 000 euros, sans parler de tous les voyages, séjours, avantages acquis et frais divers, prélevés sur les finances de l’Etat ? De même est-il normal que l’appartement personnel de Hollande et Trierweiler qu’ils n’occupent plus depuis des semaines et pour cause, soit gardé en permanence par deux plantons aux frais de la République ?
Est-ce que les contribuables doivent maintenant entretenir aussi Julie Gayet sur le même pied ? Jusqu’à quand la République doit-elle assurer tous les défraiements de la romance présidentielle comme ces rendez-vous galants encadrés de gardes du corps (qui apportent les croissants au petit-déjeuner selon Closer) rémunérés sur les fonds publics ? Pendant ce temps vous et moi payons la dette du pays…
Si cela peut un peu consoler Valérie, les Français ont un point commun avec elle. Celui d’avoir été cocufiés pendant deux ans. Il y aura du monde à Paris le 26.
Le quinquennat Hollande sous le signe de Feydeau
Le quinquennat Hollande sous le signe de Feydeau
Pour la deuxième fois en dix-huit mois, François Hollande voit sa vie privée bouleverser son action politique. Une situation qu'il semble avoir du mal à gérer.
A ce rythme-là, le quinquennat de François Hollande va se terminer sur les planches d'un théâtre de boulevard. Avant même d'en avoir bouclé la première moitié, il a déjà donné la réplique dans deux vaudevilles : Madame tweete ! et La Garçonnière.
Le 12 juin 2012, Valérie Trierweiler affiche, sur Twitter, son soutien à Olivier Falorni, candidat dans la circonscription législative de La Rochelle face à Ségolène Royal investie par le PS. Malgré lui, le chef de l'Etat se trouve entraîné dans un triangle amoureux, qui fera prospérer pendant des semaines un sketch des Guignols de l'info -Hollande en mari tyrannisé par ses ex et actuelle compagne. Le 10 janvier 2013, changement de distribution: autour de François Hollande de pousser Valérie Trierweiler sur la scène d'un Feydeau. Et là, ce sont les médias étrangers qui évoquent "des portes qui claquent comme dans une farce française".
Ces comédies ne font évidemment pas rire François Hollande. Cette situation où vie publique et privée se télescopent est particulièrement inconfortable pour un président qui se voulait normal. Dans L'Homme sans com' de Denis Pingaud, le chef de l'Etat évoquait la difficulté de sa fonction et l'un de ses paradoxes: "Je suis le président de la République. Ma personnalité ne peut pas transgresser ma responsabilité (...) D'un côté, les Français estiment à juste raison que le chef de l'Etat doit avoir une forme particulière d'expression, de démarche, de mouvement. De l'autre, ils veulent en savoir toujours davantage sur l'homme, sa vie personnelle, qui il est, comment il vit."
Le silence ou la communication?
A-t-il résolu cette contradiction ? On se le demande. Dans le cas du tweet de Valérie Trierweiler, la stratégie avait été de garder le silence. Le 14 juillet, François Hollande avait lui-même affirmé que"les affaires privées se règlent en privé". Sa compagne s'était expliquée plus longuement trois mois plus tard dans un entretien àOuest-France. Un sondage mené par Harris Interactive pour VSDà ce moment-là soulignait une forte dégradation de l'image de la Première dame (29% de bonnes opinions) mais un Président maintenu à l'écart du vaudeville.
La publication des photos du Gayetgate dans Closer aurait pu appeler le même silence. Au contraire, François Hollande a pensé qu'il pouvait réagir en tant que citoyen, et non en tant que président, contredisant ce qu'il expliquait lui-même à Denis Pingaud quelques mois plus tôt. Dans un bref communiqué, il en a ainsi appelé au respect de sa vie privée.
A la suite de cette réaction, deux écoles s'opposent dans la majorité: une minoritaire qui conseille au chef de l'Etat une clarification de la situation avant la conférence de presse de ce mardi et une majoritaire qui préconise de ne rien dire. "Résiste aux journalistes", lui glisse un proche cité par Le Figaro. Mais, un nouveau rebondissement donne une nouvelle direction à l'intrigue.Dimanche, Le Parisien révèle l'hospitalisation de Valérie Trierweiler. L'Elysée confirme la nouvelle. Et la commente parlant d'un "gros coup de blues". Son conseiller Patrice Biancone, explique au Figaro que la compagne de François Hollande "a besoin de repos. L'après, c'est une autre histoire".
Les Français n'aiment pas "l'affichage de la vie privée"
L'illusion de pouvoir traverser cette tempête en serrant les dents est tombée. La présidence de la République a parlé. Le Président va devoir le faire lui-aussi. Une situation que les Français goûtent peu. Car s'ils sont accrochés au principe du respect de la vie privée -84% des Français jugent que les photos de Closer ne changent rien à leur perception du chef de l'Etat d'après un sondage Ifop pour le JDD- ils ont déjà montré par le passé un agacement quand le Président évoque lui-même sa vie privée.
En février 2008, Nicolas Sarkozy avait subi une chute de 13 points de sa cote de confiance dans un sondage LH2 pour Libération. En cause, sa politique économique mais aussi ses commentaires sur sa propre histoire d'amour avec Carla Bruni. "L'affichage de la vie privée" était désapprouvée par 76% des Français sondés. Au même moment, l'Ifop estimait que 65% des personnes interrogéesjugeaient que l'image de Nicolas Sarkozy n'avait pas changé (-21 points par rapport au mois précédent)
Autrement dit, pour limiter les dégâts, mieux vaut s'en tenir au silence, s'abriter derrière le respect de la vie privée et éviter que la situation ne vire au feuilleton. C'est mal parti pour François Hollande.
Monsieur le président... ? Les questions auxquelles François Hollande devrait répondre pour que sa conférence de presse puisse réellement impulser un nouveau départ pour la France
Le grand rendez-vous politique de ce début d'année se tient aujourd'hui à l'Elysée. Atlantico en profite pour poser les questions qui fâchent (vraiment) sur l'état de la France en cette année 2014. Vie privée, virage social-libéral, pacte de responsabilité, réduction des dépenses publiques et relations franco-allemandes : François Hollande n'y coupera pas.
Le virage social-libéral annoncé lors des vœux du 31 décembre
Christophe de Voogd : En quoi ce fameux virage s'accorde-t-il avec les mesures qui ont été votées en cette fin d'année ?
En effet, les mesures prises au niveau budgétaire ainsi que la nouvelle loi sur la création des métropoles permettent de s'interroger sur l'application d'une telle doctrine, tant sur le plan de la "simplification" que sur celui de la responsabilité fiscale en termes de réduction des impôts. Nous avons ainsi déjà eu droit à des promesses de simplification du "mille-feuilles administratif" et pourtant l'Elysée a depuis rajouté des couches sur un système déjà bien complexe. Les décisions prises sur l'année 2014 semblent effectivement, pour l'instant, se trouver à contre-courant de ce qui a été annoncé.
Jérôme Sainte-Marie : Pensez-vous que le fait de mener une politique de l’offre ne vous aliénera pas définitivement le soutien de vos propres électeurs ?
Depuis les vœux aux Français, François Hollande a pris un risque calculé, celui d’assumer publiquement une ligne politique suivie à petits pas depuis son élection. En réalité, la messe fut dite dès l’intervention télévisée du 9 septembre 2012, lorsque François Hollande se donne deux ans pour redresser l’économie du pays avant d’entreprendre les chantiers du changement social.
Une étape symbolique a cependant été franchie le 1er janvier, avec l’annonce d’un cours nouveau. Dire que l’on souhaite la réduction du poids de l’Etat, donc de la dépense publique, et partant du nombre de fonctionnaires, n’est pas rien lorsque l’on sait que 63 % des salariés du public ont choisi François Hollande le 6 mai 2012. De la même manière, chez ceux qui dépendent peu ou prou de pensions ou aides diverses, l’inclination au vote à gauche est très nette. Ce qui oblige désormais le député Christophe Caresche a déclarer que "le parti socialiste doit mettre de côté son clientélisme électoral".
Des sondages peuvent montrer que les Français approuvent le « pacte de responsabilité » : qui serait contre le renforcement de la compétitivité des entreprises, qui plus est au nom de l’emploi ? Ceci pèsera peu lorsque des coupes franches seront opérées dans les dépenses publiques et qu’un effort accru sera demandé aux salariés. La sanction risque alors de ne pas être prioritairement dans les études d’opinion – un sondage récent montrait que si François Hollande baissait à gauche, il progressait à droite – mais dans les urnes, et ceci dès les prochaines élections municipales.
Il est difficile aujourd’hui de ne pas songer aux propos du mentor du jeune François Hollande, Jacques Delors, lors de sa renonciation publique à l’idée d’être candidat à l’élection présidentielle, face à Anne Sinclair, le 7 décembre 1994. Certain que même s’il était élu, il n’aurait pas une majorité pour mettre ses propres solutions à l’œuvre, il préféra se retirer du jeu. L’actuel Président peut difficilement croire qu’il y a pour sa politique une majorité à gauche, mais a visiblement davantage foi en la liberté donnée par les institutions à celui occupant le pouvoir suprême.
Nicolas Goetzmann : Le virage social libéral, qui peut être assimilé à une politique de l'offre, est il réellement opportun alors même que le contexte macro économique démontre précisément que l'économie souffre essentiellement d'un problème de demande intérieure ?
La politique économique européenne repose aujourd’hui sur une austérité monétaire combinée à une austérité budgétaire. Le "virage" social libéral semble confirmer cette position pour la France. Et ce, alors même que le "policy mix" le plus efficace repose clairement sur une contraction budgétaire et une relance monétaire (Etats Unis par exemple). Si la relance monétaire n'est pas mise en place, le virage social libéral ne pourra avoir à lui seul que des effets récessifs, comme cela a été le cas en Espagne par exemple.
Christophe De Voogd : Quel est concrètement le soutien politique à cette réorientation économique ?
Nous savons déjà qu'il n'existe pas de majorité au Sénat sur le sujet et il me semble difficile de faire passer un tel projet à l'Assemblée, en particulier auprès de l'aile gauche du Parti Socialiste. On peut ainsi se demander si l'exécutif ne sera pas forcé d'avoir recours aux ordonnances pour "forcer" sa majorité à marcher d'un seul pas. L'affaire ne semble pas en soi injouable puisque le timing politique joue en sa faveur : dans une conjoncture pré-électorale, M. Hollande pourrait ainsi jouer de cette "arme nucléaire" qu'est la dissolution pour dissoudre toute volonté de fronde au sein du PS. En revanche il semble logique qu'au lendemain des élections municipales et régionales, les Verts sortent de la majorité gouvernementale si ce virage social-libéral est confirmé dans les faits.
››› Le respect de la vie privée ‹‹‹
Fabrice Epelboin : Vous avez rappelé il y a peu le principe du respect de la vie privée, à juste titre d'ailleurs. Ne faut-il pas s'inquiéter en conséquence de l'intrusion dans la vie privée de millions de Français des services de surveillance policière ?
L’intrusion dans la vie privée présidentielle commise par Closer donne l’occasion de poser sous un jour nouveau la société panoptique que nous concoctent les représentants du peuple.
Il fut un temps où les présidents pouvaient, à loisir, disposer d’une vie privée. Leurs maitresses et frasques demeuraient un secret - souvent connu d’un petit microcosme parisien - et tout le monde considérait que, comme tout citoyen, les politiques avaient droit, eux aussi, au respect de leur vie privée.
Ce temps n’est plus. A l’heure de la loi de programmation militaire - qui légalise la surveillance généralisée des citoyens français, ou de la future loi de finance - qui fiche à loisir tout ce qui touche à la gestion de patrimoine des contribuables, il serait totalement scandaleux que les politiques, premiers responsable de la fin de la vie privée, puissent bénéficier de la moindre intimité. Le citoyen ordinaire, lui, s’est vu, en moins d’une année, totalement dépouillé de toute possibilité de vie privée au regard de l’État. A moins d’instaurer la classe politique comme n’obéissant pas à aux même règles que la plèbe, il va lui falloir assumer les conséquences de l’instauration de la société de la surveillance : la sous-veillance.
La sous-veillance est la réaction - de la part de la société civile - de la surveillance mise en place par un Etat. C’est le pouvoir donné aux populations civile par les nouvelles technologies de surveiller ce que font les détenteurs du pouvoir et d’en dénoncer les moindres écarts, aussi promptement qu’un radar sur une autoroute ou la Hadopi pour un téléchargement. Surveillance et sous-veillance vont de pair, ce sont les deux faces d’une même médaille.
Faites le test : posez la question de la surveillance des population à un politique, il vous répondra par les dérives de Facebook. Comme si, inconsciemment, le politique ainsi pris en faute, accusait le camp d’en face - le citoyen ordinaire, et les méchants yankees.
La fin de la vie privée, décidée à travers de multiples lois par nos politiques, ouvre une ère où plus personne n’aura droit à la moindre vie privée, à commencer par nos politiques. Ce qui relevait des potins au sein d’un petit microcosme parisien s’étalera demain dans la presse, au pire, dans les réseaux sociaux, les circuits hermétiques où circulaient jadis ce type d’information étant désormais ouverts aux quatre vents.
La fin de la vie privée - un contrat de base dans les démocraties de la révolution industrielle, période à laquelle ce concept est apparu, signifie la mort d’une certaine forme de démocratie, mais également d’un certain type de politiques.
Vous pensiez avoir été choqué par le comportement de DSK ? Bientôt, si l’escalade continue, vous allez comprendre pourquoi celui-ci ne prenait même pas la peine de se cacher.
François Hollande, qui s’étonne de ne pas voir sa vie privée respectée, ne devrait-il pas commencer par respecter celle des français ?
››› Un nouveau deal franco-allemand pour sauver l'Europe ‹‹‹
Nicolas Goetzmann : Pourquoi la France n'essaye-t-elle même pas de soutenir un plan de relance monétaire comme cela a été entrepris aux Etats Unis ?
D'un point de vue économique, les intérêts franco-allemands deviennent de plus en plus divergents alors que la France perd peu à peu son influence au sein de l'Union.
Depuis l'entrée en fonction de François Hollande, la France a perdu toute capacité d'initiative au plan européen. Le pacte de croissance n'a par exemple jamais vu le jour. Le moteur franco-allemand, essentiel à la construction européenne, est devenu un moteur germano-allemand, ne protégeant que les intérêts des pays du nord.
Christophe De Voogd : Dans l'état actuel d'enlisement politique et économique de l'Europe et de la France, la solution ne réside-t-elle pas dans un nouvel accord entre Paris et Berlin ?
Cet accord pourrait reposer sur un échange de bonnes volontés, dans lequel la France promettrait d'engager enfin les réformes structurelles (responsabilité budgétaire, assouplissement du marché de l'emploi, mesures de compétitivité) attendues depuis un certain temps en dévoilant un calendrier sérieux et précis de la mise en applications de telles mesures. En échange, l'Allemagne accepterait un assouplissement de la politique monétaire mené par la BCE voire même une modification du Traité européen concernant la discipline budgétaire. Il s'agirait là d'un moyen de sortir par le haut et par l'Europe de l'ornière actuelle. Sachant que des initiatives franco-allemandes ont été annoncées pour le printemps, ce serait une excellente occasion de mettre à l'œuvre ce "new deal" européen.
Voir aussi : Un new deal franco-allemand pour sauver l'Europe
››› Le pacte de responsabilité et la simplification administrative pour les entreprises ‹‹‹
Denis Payre : M. Hollande, vous avez promis un pacte de responsabilité afin d'alléger les charges des entreprises, comment allez-vous procéder concrètement, et avec quel calendrier ?
Les dirigeants politiques se sont trop souvent montré légers sur leurs engagements vis-à-vis de l'emploi. Il s'agit d'établir un pacte de confiance. Le dernier sondage du Cevipf montre que pour 59 % des Français, face aux difficultés économiques, il faut que l’État fasse confiance aux entreprises et leur donne plus de liberté. Il ne s'agit plus d'être dans la parole mais dans les actes.
Vous aviez évoqué il y a 10 mois le "choc de simplification". Nous ne pouvons plus attendre car les patrons de TPE, de PME, les artisans ou les commerçants se trouvent pris à la gorge. Tous subissent le poids des normes administratives et de la complexité qui prévaut dans les décisions étatiques.
Vous avez mis en place le CICE qui n'est pas une mauvaise chose mais qui est perçu comme une usine à gaz par les principaux intéressés. Il ne faudra pas retomber dans une complexité qui tue les entreprises et les emplois.
Denis Payre : Alléger les charges c'est bien, mais pour cela il faut baisser la dépense publique pour que ces baisses ne deviennent pas des impôts supplémentaires ou plus de dette pour nos enfants. Quel est votre programme de baisse de charges ?
Pour parvenir à un niveau de prélèvements obligatoires en phase avec la moyenne européenne et ne plus voter un budget déséquilibré chaque année de façon structurelle, il faut trouver 200 Milliards d'économie sur la dépense publique, soit 17 % de son montant global toutes administrations confondues, et non pas 60 milliards comme vous l'évoquiez jusque là. Quel est votre calendrier pour y parvenir?
››› La gestion de la crise économique ‹‹‹
Nicolas Goetzmann : Alors que les Etats Unis, le Japon et le Royaume-Uni ont révisé leur appréciation de la crise en lui attribuant un caractère monétaire, l'Europe persiste dans une vision budgétaire qui ne produit pas de résultat. Pourquoi ne pas remettre en cause un diagnostic de crise manifestement erroné ?
L’Europe est actuellement le dernier de la classe en termes de croissance et d'emplois. Il est frappant de constater que le diagnostic de crise européen, basé sur des problèmes budgétaires, est totalement isolé. En effet, les Etats-Unis, le Japon et le Royaume-Uni ont proposé une solution monétaire à cette crise, et les résultats sont probants en faveur de cette doctrine.
››› La réduction des dépenses publiques ‹‹‹
Jean-Luc Bœuf : M. Hollande, dans le cadre du pacte de responsabilité, vous avez évoqué 50 milliards d'économies afin d'abaisser les charges sur les entreprises. Etant donné l'état actuel des finances publiques, comment comptez-vous opérer une telle mesure ?
Commençons par une interrogation en forme d'un court problème de feu le certificat d'études : "Imaginons une baignoire qui se remplit d'environ 400 litres par heure et qui se vide d'un peu plus de 300 litres dans le même laps de temps. Au bout de combien de temps la baignoire va-t-elle déborder ?" Il suffit de remplacer les litres par des milliards d'euros et les heures par les ans et nous avons la situation budgétaire de la France. Bien évidemment, la réponse va dépendre de la taille de la baignoire dira un esprit pragmatique !
Naturellement, à un moment donné, tout ceci va finir par provoquer une véritable inondation répondra un (autre) esprit pratique. Bien évidemment, l'Europe ne nous laissera pas tomber vont s'écrier d'autres commentateurs, selon la théorie en vogue dans l'économie que les anglais résument par "too big to fail". Dans ces conditions, il s'agit moins d'aligner les chiffres ronds et le nombre d'années que de regarder en face le mur budgétaire qui est devant la France. Ce mur budgétaire est composé essentiellement de trois éléments : premièrement, de la rémunération des agents publics de l'Etat, qu'ils soient en activité ou en retraite (plus de 80 milliards d'euros) ; deuxièmement des concours de l'Etat aux collectivités territoriales (en fonction de la comptabilisation retenue, on avoisine les 100 milliards d'euros) et, troisièmement de la charge de la dette (les intérêts) pour plus de 40 milliards d'euros. Cumulés, ces trois éléments représentent donc plus de 220 milliards d'euros par an, pour un peu plus de 300 milliards d'euros de recettes. Et encore, sans compter le capital de la dette.
Ce n'est qu'à partir du moment où l'on a posé ces grands chiffres que l'on peut examiner les 50 milliards d'euros dont a parlé le chef de l'Etat. Tout d'abord, il convient de s'interroger sur la période retenue, qui est 2017. Selon la façon dont on comptabilise, il s'agira de trouver ces 50 milliards d'euros sur 2, 3 ou 4 années, en revenant au vieux problème des intervalles : - deux ans si l'on considère que le budget 2014 est adopté et que le budget 2017 sera préparé dans la perspective de l'élection présidentielle, c'est-à-dire soucieux d'effets d'annonce flatteurs pour le contribuable ; - trois ans si l'on estime que le budget 2014 peut être resserré en cours d'année ; - quatre ans si le gouvernement veut étaler l'effort dans le temps.
Dit autrement, l'effort revient à trouver de 12,5 à 25 milliards par an. Et c'est là que ce chiffre risque de n'être que de l'effet d'annonce ! Ou alors, le gouvernement serait-il prêt à simultanément baisser les salaires de ses propres agents publics, ne pas accepter de payer une partie de la hausse (possible) des taux d'intérêt et de réduire encore plus qu'il ne l'a fait les dotations aux collectivités locales.
Jean-Luc Bœuf : Par ailleurs comment faire participer les collectivités locales à la baisse des dépenses publiques ?
Cumulés, les budgets des collectivités locales représentent plus de 220 milliards d'euros en 2014, soit près de 11% du Produit intérieur brut (PIB). Derrière ce chiffre d'ensemble se trouvent les 26 régions, 101 départements, plus de 2.600 établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre (dont les communautés urbaines, communautés d'agglomération et communautés de communes) et près de 37.000 communes. Aucun gouvernement, depuis la loi Marcellin de 1971 sur la fusion autoritaire des communes n'a réussi à diminuer le nombre et letype de collectivités locales. Depuis plus de 40 ans, les réformes se traduisent toujours par la création d'un type de structure. La dernière en date est la métropole. Ce qui peut changer la donne est l'approche financière. En effet, tant que l'intercommunalité était encouragée par des incitations financières, les structures se créaient somme toute assez facilement. Depuis quelques années, une approche différente prévaut.
Rappelons que le budget des collectivités locales a la forme d'un camembert à trois parts, composé des dotations de l'Etat, de la fiscalité et de l'emprunt. La donne a changé à la fin des années 2000. Jusqu'à cette date, les budgets étaient construits à partir des dépenses : "je veux réaliser pour 100 d'actions et jecalcule la fiscalité dont j'ai besoin, sachant que les dotations augmentent régulièrement chaque année et que l'accès à l'emprunt procure aisément les recettes complémentaires." Aujourd'hui, la fiscalité est davantage encadrée ; les dotations diminuent (légèrement) et l'accès au marché de l'emprunt n'est pas automatiquement garanti. Cet effort (non pas volontaire mais subi par les collectivités) va devoir se poursuivre par les dépenses des collectivités, en investissement et en fonctionnement. En investissement, il s'agirait de réduire les cofinancements sur les projets. En fonctionnement, la piste d'économie passe par la maîtrise des dépenses de personnel et par le peignage très fin de toutes les actions conduites par les collectivités afin de mettre fin aux doublons (de compétences, de postes, de subventions), et notamment au sein du bloc communal. C'est tout l'enjeu du prochain mandat municipal et intercommunal.
››› La déflation en Europe ‹‹‹
Nicolas Goetzmann : Souhaitez-vous, ou non, une nouvelle politique de la Banque Centrale Européenne ?
Depuis 1983, la France est entrée dans l'ère de la désinflation compétitive; "le tournant de la rigueur" qui a ensuite été sacralisé par la BCE. Cette politique perdure depuis 30 ans et a été soutenue par l'ensemble des gouvernements depuis lors. Que pensez-vous de la poursuite d'une politique de désinflation alors même que c'est la déflation qui menace le pays ?
Le tournant de la rigueur a été utile à la France dans sa lutte contre la grande inflation qui frappait le pays au début des années 80. Mais cette politique ne correspond plus au mal qui frappe le pays. Car il a été totalement oublié de doter le pays des mécanismes permettant de lutter contre la déflation, ce qui est l'exact opposé des conditions économiques des années 80. La France est en train de geler, et nous n'avons qu'un réfrigérateur à notre disposition pour nous protéger.
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