TOUT EST DIT

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mardi 16 octobre 2012

Cannabis: ce n'est pas au ministre de l'Education de relancer le débat

Les grands musées s'élèvent contre l'ISF sur les oeuvres d'art

Les présidents de sept grands musées français ont adressé une lettre à Aurélie Filippetti vendredi 12 octobre pour faire part de leurs craintes quant à l'intégration des oeuvres d'art dans le patrimoine assujetti à l'ISF. La lettre est daté du vendredi 12 octobre mais l'information n'a été révélée qu'hier soir par LeFigaro.fr: sept présidents de grands musées français ont pris leur plume pour s'élever ensemble contre la taxation des oeuvres d'art au titre de l'ISF. Cette missive, adressée à la ministre de la Culture Aurélie Filippetti prend la forme d'un soutien au gouvernement, lui-même hostile à cette démarche parlementaire.
Elle entend montrer qu'une éventuelle taxation ne pénaliserait pas seulement le marché de l'art, mais aussi les établissements publics, explique le site du quotidien. La lettre est signée par Bruno Racine (BNF), Henri Loyrette (le Louvre), Catherine Pégard (Versailles), Alain Seban (Pompidou), Guy Cogeval (Orsay), Stéphane Martin (Quai Branly) et Jean-Paul Cluzel (Grand Palais-RMN). Selon eux, le projet d'assujetissement des oeuvres d'une valeur de plus de 50.000 euros à l'ISF représente un "obstacle majeur à la diffusion du patrimoine" et "un frein sérieux à la politique d'enrichissement des collections publiques".
» Lire l'original de la lettre
Hollande et Ayrault contre cet impôt
Les présidents de ces sept grands musées nationaux craignent que certains propriétaires ne deviennent réticents voire opposés au prêt de certaines oeuvres "de peur de les voir exposées, et donc identifiées". "La reconnaissance internationale du travail de nos établissements serait fragilisée", écrivent-ils.
François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont contre la soumission des oeuvres d'art à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), a déclaré Aurélie Filippetti le 11 octobre. L'exonération actuelle des oeuvres d'art, en vigueur depuis 1982, divise la gauche comme la droite.

Ces hauts responsables qui craignent une guerre si l'euro sombrait

Pointant le risque d'un conflit armé, le ministre anglais du Commerce Vincent Cable, a évoqué ce week-end des conséquences "absolument incalculables" pour le Vieux continent en cas de faillite de la monnaie unique. Des propos qui se situent dans le sillage de ceux de Christine Lagarde, qui a jugé la semaine dernière que la dette des pays riches avoisinait les niveaux atteints "en temps de guerre".
Il tire la sonnette d'alarme. Alors que la semaine dernière, tous les dirigeants européens se sont félicités de l'attribution du Nobel de la paix à l'UE, Vincent Cable, lui, nage à contre-courant. Dans un discours au Cheltenham Literature Festival ce dimanche, le ministre britannique du commerce a jugé que les conséquences d'une faillite de l'euro seraient "absolument incalculables" pour le Vieux continent. A l'en croire, il n'y aurait aucune "garantie automatique" qu'un tel événement ne dégénère pas en conflit armé.
Le ministre n'y est pas allé de main morte. Il a renchéri : "nous avons tendance à l'oublier, mais le projet européen a été bâti pour sauver l'Europe du nationalisme extrémiste et des conflits" a-t-il rappelé, arguant que c'était un des principaux enseignements à tirer de l'attribution du Nobel de la paix à l'UE.
"L'UE n'est pas la même chose que la zone euro"
Ce n'est certes pas la première fois qu'un haut responsable tient des propos alarmistes concernant l'éventualité d'une chute de l'euro. Mais alors que les négociations pataugent toujours concernant la résolution de la crise grecque, ce type d'intervention apparaît de plus en plus fréquente. Lundi, Joseph Stiglitz, a tenu des propos en ce sens. Dans les colonnes du quotidien allemand Handelsblatt, le Nobel d'économie 2001 a estimé que "l'euro et la politique de sauvetage de l'euro" n'étaient "pas bon pour la paix". Sur ce point, l'économiste affirme que "la division entre Etats mais aussi à l'intérieur des Etats" fait notamment le miel "des courants extrémistes et nationalistes". Et s'il salue le fait que l'Union européenne a décroché le Nobel, il rappelle que "l'UE n'est pas la même chose que la zone euro".
Enfin, mercredi dernier, c'est Christine Lagarde, au nom du FMI qu'elle dirige, qui a fait part des mêmes préoccupations. Mais de manière indirecte : "le plus grand obstacle [à la croissance] sera sans doute l'immense héritage légué par la dette publique qui atteint maintenant en moyenne 110% du PIB dans les pays développés, quasiment un niveau de temps de guerre", a-t-elle déclaré à Tokyo lors de l'Assemblée FMI-Banque mondiale.
"Une guerre! Mesdames, messieurs"
Le climat actuel et ces interventions rappellent ce pavé dans la mare, jeté il y a presque un an par le ministre polonais des Finances Jacek Rostowski, dont le pays assurait alors la présidente tournante de l'UE. Devant le Parlement européen de Strasbourg, il avait alors jugé que l'Europe était "en danger". "Si la zone euro se fissure, l'Union européenne ne sera pas capable de survivre, avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer", a-t-il déclaré. Devant les députés, il a alors raconté s'être entretenu avec un ami banquier, qui lui a fait part de sa peur d'une "guerre au cours des dix prochaines années". Puis de s'exclamer : "Une guerre! Mesdames, messieurs, ce sont les termes qu'il a employés."

Un nouveau couac 

En se prononçant pour l’ouverture d’un débat sur la dépénalisation du cannabis, Vincent Peillon a semé le trouble dans l’équipe gouvernementale. Mis en application dans plusieurs pays européens, le raisonnement qui amène à préconiser l’impunité pour le consommateur n’est pas dénué de force : rendons licites l’achat de certaines drogues dites « douces » ; ainsi l’argent en provenance de ce marché n’alimentera plus un trafic qui enrichit des bandes mafieuses. Une façon d’admettre que la politique répressive est insuffisante, voire synonyme d’échec.
C’est faire peu de cas, cependant, de beaucoup d’autres aspects du problème, à la fois moraux ou liés à la santé… Et si un ministre n’a pas à se faire le chantre d’une approche aussi tolérante, c’est bien celui de l’Éducation nationale : il se doit avant tout de protéger la jeunesse. Sous aucune forme, il ne peut donc avaliser l’usage d’une substance toxique. Vincent Peillon invoque la prise de position « personnelle », mais cette manière de se défendre est tout de même assez fumeuse, si l’on peut dire.
Accompagné des excuses du mauvais élève, le rappel à l’ordre a été immédiat de la part du professeur Ayrault, qui a sèchement voulu refermer la parenthèse. Même bref, c’est pourtant un nouveau couac qui vient d’avoir lieu dans la majorité.
Europe Écologie avait semé le trouble en disant son opposition au traité européen. Volontiers défenseurs de l’herbe, les Verts partagent le point de vue de Vincent Peillon sur la dépénalisation, mais cette fois, pour l’instant du moins, ils n’ont pas ajouté à la polémique. C’est plutôt au sein même de la famille socialiste que le Premier ministre doit aujourd’hui éviter les prises de position embarrassantes, notamment sur les sujets aussi délicats que le vote des immigrés ou l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel.
Alors que le chef de l’État plaide pour une France apaisée, ces thèmes « sociétaux » divisent fortement l’opinion et sont donc redoutables pour un Premier ministre qui peine à imposer la discipline à son propre camp. La querelle autour du shit s’est vite consumée, mais pour lui, d’autres boulettes sont à craindre…

Encadrer le cannabis ou recadrer un ministre


La crise, de la roupie de sansonnet pour les Français ? On dirait. Il suffit d'un fait divers - la mise en examen d'une élue écologiste pour blanchiment d'argent lié à un réseau de drogue - pour se distraire, mettre la classe politique en transe et la gauche dans tous ses états. Celle-ci vient de réussir une belle prouesse : en relançant le débat, vieux comme le shit, sur la dépénalisation du cannabis, non seulement elle ébranle la cohésion gouvernementale mais elle déroule le tapis à une droite trop contente de brocarder la gauche « pétard ». Vincent Peillon a choisi son moment. La question d'assouplir la législation des drogues douces, de longue date embarrasse son camp. Il n'est pas le premier socialiste à s'interroger sur les limites du tout répressif. Les lois passent, s'empilent, force est de constater que le phénomène d'addiction aux drogues chez les jeunes est problématique au regard des autres pays européens. Il n'est donc pas interdit de regarder les expériences hors les murs, ni de réfléchir au-delà des schémas manichéens qui opposeraient les tenants d'une prohibition inefficace aux partisans d'un encadrement irresponsable. À peine nommée, Cécile Duflot avait déclenché un cafouillage. Vincent Peillon a quant à lui commis une… boulette. Avant d'être militant du PS, il est ministre de l'Éducation nationale, astreint à un discours d'exemplarité dénué d'ambiguïté. Sa copie improvisée montre que le brillant intellectuel doit s'affranchir d'un certain amateurisme. Surtout quand il émet une doctrine en contradiction avec le Président et oblige le Premier ministre, déjà en déficit d'autorité, à le recadrer.

Le sujet des devoirs à la maison pose la question du rôle de l'école

Un sondage IFOP vient de donner une précieuse information : plus de deux tiers des Français sont opposés à la suppression des devoirs scolaires à la maison. Ce sondage doit donc donner l’occasion au Ministre de l’Éducation nationale d’oser poser publiquement la finalité de l’école : a-t-elle pour but premier d’instruire ou bien de réduire les inégalités sociales au moyen de l’enseignement ?
Alors que Vincent Peillon s’est exprimé la semaine passée sur la modification des rythmes scolaires et sur l’organisation du temps scolaire hebdomadaire, un sondage Ifop pour Radio Alouette publié le 9 octobre indique que 68% des Français sont opposés à la suppression des devoirs scolaires à la maison pour les élèves du primaire. Ils sont 78% parmi les professions libérales et cadres supérieurs et 63% chez les employés et ouvriers.
Pourtant, faire faire leurs devoirs aux enfants n’est une sinécure pour personne, surtout quand les deux parents exercent une profession, comme c’est le cas la plupart du temps aujourd’hui. Si les Français sont si massivement favorables aux devoirs à la maison, c’est qu’ils sont vivement attachés à une certaine conception de l’école qui justifie pleinement le travail personnel à domicile : la conception qui veut que l’école ait pour finalité première de transmettre les connaissances, c’est-à-dire d’instruire, ce qui suppose de répéter chez soi ce que l’on a vu en classe, de faire un effort de mémorisation et d’effectuer des exercices d’entrainement pour parfaire la maîtrise de ces nouvelles connaissances et les ancrer durablement dans la mémoire.
Pourtant la FCPE, principale association de parents d’élèves, a demandé officiellement au ministre la suppression des devoirs à la maison au primaire. On peut lire sur son site « La FCPE et l’ICEM-Pédagogie Freinet dénoncent la persistance des devoirs à la maison. Personne n'en a jamais prouvé l'utilité ». Constat qui ne manque pas de sel au regard des résultats du sondage IFOP. Pourquoi cette position de la FCPE à rebours de celle des parents ? Parce que la FCPE est historiquement acquise à l’idée que le but premier de l’école est un but social et politique : transformer la société par l’école, en faisant de cette dernière un moyen d’annihiler les différences sociales. En clair, l’école nouvelle manière doit être telle que le fils de notaire ne soit pas avantagé à l’école par rapport au fils d’ouvrier. LA FCPE le reconnaît sans s’en cacher sur son site internet : « [Les devoirs à la maison] ne font qu’accentuer les inégalités entre les enfants selon qu’ils peuvent ou non bénéficier d’aide à la maison. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils sont proscrits en primaire par une circulaire de 1956. »
Ce sondage doit donc donner l’occasion au Ministre d’oser poser publiquement la finalité de l’école : a-t-elle pour but premier d’instruire (transmettre les connaissances) ou bien de réduire les inégalités sociales au moyen de l’enseignement ? C’est une question qui mériterait d’être posée au peuple dans le cadre d’un référendum. Rester dans le flou sur cette question, c’est prendre la responsabilité de refonder l’école sur les sables mouvants d’un malentendu majeur. C’est travailler sur les moyens pédagogiques sans avoir précisé préalablement au service de quelles finalités on en devait juger l’efficacité. Il est clair que cette ambiguïté n’est pas étrangère à la baisse de niveau de l’école française, depuis que cette dernière a fait passer les objectifs politiques (changer la société par l’école) au détriment d’objectifs scientifiques (transmettre les savoirs).

"Quasi panique des patrons" : la compétitivité de nos entreprises passe-t-elle uniquement par la baisse des charges ?

Dans une interview accordée au Figaro, Laurence Parisot, la présidente du Medef, estime que le gouvernement doit adopter d'urgence des mesures en faveur de la compétitivité. Elle précise que « certains patrons sont en état de quasi-panique » et appelle en faveur d'un choc de compétitivité. Pour cela, elle propose d'abaisser les charges patronales et salariales par une hausse de la CSG et de la TVA. Les charges qui pèsent sur le coût du travail sont-elles le principal frein à la compétitivité française ?

Marc Ivaldi : Le déficit de compétitivité vis-à-vis de l'Allemagne à plusieurs sources. Lorsqu'un consommateur se décide à acheter une voiture par exemple, il choisit le meilleur rapport prix-qualité. La qualité renvoie à tout ce qui fait la spécificité d'un produit. Ainsi, pour deux voitures de même qualité, il choisira celle qui présente le prix le moins élevés. La compétitivité prix renvoie alors à cette question : le prix le plus faible pour une qualité donnée. Inversement, pour deux voitures de même prix, le consommateur sélectionnera celle qui lui apporte la meilleure qualité. La compétitivité hors-prix se fixe alors sur ce second arbitrage : fournir la qualité la plus élevée pour un prix donné.
Pour vendre de meilleurs produits, une entreprise a besoin de meilleurs ingénieurs, mieux formés. Le coût du développement et de la qualité d'un produit est donc une longue chaîne de décision et il s'agit de processus sur lesquels il est possible d'agir principalement sur le long terme. Les coûts de production sont en revanche plus faciles à modifier sur le court terme alors que les coûts liés au développement requièrent davantage de temps.
Laurence Parisot estime très probablement qu'il y a un différentiel de productivité entre la France et d'autres pays et que, pour le rattraper, la baisse des coûts salariaux est le levier d'action le plus rapide et efficace à court terme car les taxes auxquelles sont sujettes les entreprises se répercutent directement sur les prix payés par les consommateurs.
La compétitivité hors-coût est également importante : innovation, formation... Mais si l'on mise tout sur cette dernière, cela risque de prendre du temps avant de produire ses effets. Il faut un choc de compétitivité car la Banque publique d'investissement voulue par le gouvernement, qui sera créée dans un an et qui ne commencera pas à financer avant cette dare, sera insuffisante.

Dans le même temps, Jean-Marc Ayrault a précisé qu'une politique de compétitivité ne se résume pas uniquement à un allègement des charges. Quels sont les autres facteurs, hors coût, qui pénalisent la compétitivité des entreprises françaises, et qui sont souvent oubliés du débat ?

La compétitivité hors-coût peut passer par une meilleure formation des ingénieurs ou encore des processus de production plus efficients. Pour cela, il faut améliorer l'apprentissage, mieux former et créer les conditions de l'innovation ce qui se traduit par des centres de recherches plus efficaces et plus en concurrence ou des universités mieux gérées. Cet éco-système favorisera l'innovation de produits et de production. Mais ces mesures prennent du temps.
Mais cela nécessite des réformes profondes et structurelles qui, contrairement à une baisse des charges sociales, prennent du temps avant de produire leurs effets.

La France est souvent pointée du doigt pour son coût du travail. Mais comment se positionne t-elle par rapport aux autres Etats européens en termes de compétitivité structurelle ?

La France accuse du retard. En termes d'innovations, beaucoup de mesures ont déjà été adoptées comme les investissements d'avenir ou le crédit impôt recherche. Mais beaucoup de choses restent à faire.
La France et l'Europe sont toutes deux en retard par rapport aux Etats-Unis et au Japon.

L'Allemagne est une fois de plus au cœur du débat. Le compétitivité allemande s'explique t-elle que par une compétitivité coût ou d'autres facteurs la construisent-elle aussi ?

Les Allemands sont très axés sur la qualité des produits. Leur compétitivité provient également d'une très bonne organisation ou d'un bon suivi des produits... Mais l'exemple allemand montre bien que cette qualité hors-coût nécessite du temps pour être atteinte.
Dans ce contexte, Louis Gallois doit rendre son rapport sur la compétitivité  Il est très probable qu'avec la crise actuelle, il appelle à prendre des mesures favorisant une baisse du coût du travail pour les entreprises en plus des mesures de compétitivité hors-coût.

Le budget 2013 d’ores et déjà invalidé par la réalité

La France va devoir abaisser son déficit à 3% de son PIB, c'est du moins la promesse du gouvernement Hollande. Et pour y arriver, quoi de mieux qu'une batterie de mesures fiscales et économiques, toutes contenues dans un budget 2013 qui ne correspond en rien aux aléas de la vie réelle et qui ne ressemble dès lors qu'à une chimère
Alors que la législation sur l’euthanasie sera peut-être modifiée lors du présent quinquennat, il rentre désormais hélas dans le champ des obligations intellectuelles de dire que le budget 2013, le premier de la mandature, est mort-né.
Le Gouvernement n’est en rien fautif quant à l’effondrement programmé de la croissance qui fait que l’hypothèse de +0,8% en 2013 est une chimère et une insulte à l’intelligence. La France peut tabler sur 0,2% de croissance de son PIB l’an prochain dans le meilleur des cas et il est probable que ce soit l’année du rendez-vous redouté avec la récession. (voir analyses en creux de la Banque de France).
Cette répudiation de la prévision de croissance aura un impact majeur sur le futur solde d’exécution de la Loi de finances. Moins de croissance, c’est d’évidence moins de rentrées fiscales tous azimuts : TVA, IRPP et IS notamment. Avec cette unique mauvaise nouvelle, le Gouvernement sait fort bien à ce jour qu’il ne parviendra pas à « rentrer dans les clous », autrement dit à limiter notre déficit à 3% du PIB. Au demeurant, certains membres éminents de la majorité le disent ouvertement comme le Président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone (Grand jury RTL / LCI de dimanche dernier).
Ce sont des dizaines de milliards qui risquent de manquer à l’appel : entre 15 et 30 selon les différentes prévisions.
Là où le Gouvernement a été plus hardi, c’est sur le poids de la ponction fiscale : plus de 20 milliards sur les entreprises et les ménages vont induire un effet pro-cyclique. Autrement dit, alourdir la morosité du climat des affaires (atteintes aux volumes de l’investissement) et amoindrir la demande (atteintes au pouvoir d’achat).
Le multiplicateur keynésien nous enseigne qu’un euro bien investi permet d’obtenir plus qu’un euro en revenus d’activité. En 2013, ce budget proclamé de « redressement juste » par le Premier ministre risque fort d’enclencher des phénomènes anti-multiplicateur et ainsi de voir son architecture fortement bousculée par la courbe de Laffer qui démontre que « trop d’impôt tue l’impôt ». Ainsi, il est raisonnable et non polémique d’affirmer qu’un tel choc fiscal n’aura pas le rendement escompté.
L’histoire budgétaire de notre pays retiendra très vraisemblablement qu’il a été trop demandé à la société civile et pas assez à l’Etat qui ne s’est engagé à effectuer que 10 milliards d’économies.
Sur un plan stratégique, on peut s’interroger sur certains choix de créations de postes là où une note de Monsieur Jean Choussat, ancien éminent Directeur du Budget (1982-1986) disparu trop tôt, émise en octobre 1997 indiquait : « Dans ce contexte, la décision du gouvernement de créer 350.000 nouveaux emplois publics laisse perplexe, moins dans son principe même que par la formidable ignorance dont elle témoigne sur l’état actuel de sous productivité de « l’entreprise administrative ». (Libération, 22 octobre 1997).
Il faut se souvenir des options discrètes de Monsieur Choussat nommé en 1982 par Monsieur Delors après accord du Président Mitterrand qui pressentait donc l'imminence du tournant de la rigueur (1983). Dans son rapport émis au nom de l’Inspection des Finances, Jean Choussat avait ajouté que le sureffectif de 500.000 agents détectés dans la Fonction publique coûtait "au minimum 150 milliards de francs par an à l’Etat" soit près de 23 milliards d'Euros hors intégration de l’inflation (1997-2012) qui nous conduirait à un peu moins de 30 milliards actualisés.
A la même période, l’ancienne collaboratrice du Premier ministre devenue Secrétaire d’Etat au budget, Madame Florence Parly, avait aussi émis des propos relatifs aux économies que l’Etat devait se demander à lui-même. Où est cette volonté chez le tonique Monsieur Cahuzac ? Où se traduit-elle alors qu’il sait déjà que l’Etat ne parviendra pas à réaliser ses 10 milliards d’économies ?  Là encore, le budget est mort-né par-delà la bonne volonté et la bonne foi des hommes chargés de l’élaborer.
Autre facteur préoccupant, des remontées d’information (chambres syndicales immobilières, notaires) semblent attester d’un mouvement assez prononcé de ventes pour des raisons de sortie de territoires.
A manier le gourdin, on fait heureusement filer quelques gredins qui n’honorent pas notre Nation. A user d’une matraque fiscale en temps de crise, on rend une partie de la France patraque et on perd de sa substance vive au profit de nos concurrents. L’économie ouverte impose de nouvelles règles et la gauche n’aura pas devant elle les 200 familles du temps de Léon Blum mais des dizaines de chaises vides dont les anciens occupants feront les délices des gestionnaires de patrimoine de nos pays limitrophes. Le coût de ce qui constitue un manque de patriotisme et une exacerbation des intérêts micro-économiques est difficile à évaluer mais c’est bien en milliards qu’il va se compter. Là aussi, ceci vient altérer les hypothèses budgétaires (rendement ISF, etc).
Manque à gagner du fait de la surestimation de la croissance escomptée, bridage de la croissance par pression fiscale, économie souterraine, évasion fiscale sont les paramètres qui font que le budget présenté par les Ministres est mort-né.
Que font faire les Parlementaires ? Au terme de l’article 40 de la Constitution ils ont la haute responsabilité de ne pas priver de ressources l’Etat et de ne pas aggraver ses charges. Sous l’ancien Régime, il existait un droit de remontrance par lequel les parlementaires manifestaient leur courroux au Roi.
En matière budgétaire, il serait pertinent de disposer d’un outil de procédure apparenté à la notion de vote de défiance constructive qui existe en Allemagne. Mais comme nous sommes en France et en début de mandat, l’homme du 6 mai 2012 pourra toujours formuler une lettre de jussion pour éviter toute contrariété.  A titre temporaire.

France en "faillite aggravée" : le gouvernement veut étouffer la phrase de Vallaud-Belkacem

Le gouvernement français tenterait-il d'intervenir sur le travail de journalistes, Suisses de surcroît ? On est en droit de se poser la question lorsqu'on découvre, au détour d'une dépêche, que ses services ont tout tenté pour la faire retirer.

La pose de  l'imposture
L'affaire commence comme bien souvent par l'une de ces petites phrases qui semble faire mouche : jeudi 11 octobre dernier, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a sèchement répliqué à François Fillon qui avait précédemment accusé le président Hollande "d'amateurisme", en le renvoyant au bilan de son action gouvernementale. Pour rappel, dans une interview du même jour aux Échos, l'ex-premier ministre avait en effet estimé que le projet de budget pour 2013 était "un monument d'amateurisme, d'irresponsabilité et de mauvaise foi". Pensant probablement moucher l'impétrant, la porte-parole a alors déclaré à l'AFP :
"M. Fillon est-il vraiment le mieux placé pour donner des leçons, lui qui a commencé son mandat de Premier ministre à la tête d'un État en faillite et l'a laissé en état de faillite aggravée ?"
Le mot était lâché et la nouvelle reprise : selon la porte-parole du gouvernement, la France se trouvait donc en situation de faillite aggravée. Cette nouvelle n'est pas passée inaperçue en Suisse où le site Romandie.com a fait rapidement paraître une dépêche titrée "Bien que notée AAA, la France serait en 'état de faillite aggravée'" Très manifestement, cette nouvelle n'était pas du tout du goût ni du gouvernement, ni de l’Élysée qui s'est ensuite empressé de rappeler la rédaction pour faire retirer l'article. Les coups de téléphone entre la rédaction suisse et le palais présidentiel français ont été dévoilés notamment par P. Chappaz sur son blog.
L'affaire ne s'arrête pas là puisque malgré les pressions, Romandie.com a conservé son article et maintenu sa version :
Romandie.com maintient la teneur de son article, à savoir qu'il n'est à priori pas cohérent de déclarer la France dans un "état de faillite aggravée" tout en défendant une note AAA auprès des agences de notation.
Mieux, le site d'information a confirmé avoir été contacté directement par le gouvernement français ; la rédaction a même posté une capture d'écran du mail reçu à ce sujet :

"Pigeons": les entreprises vont payer le recul du gouvernement

Selon les Echos du 16 octobre, le gouvernement va prolonger la surtaxe de 5% sur les grandes sociétés pour financer les aménagements sur la fiscalité des plus-values des créateurs d'entreprises. Mise à jour le 16 octobre à 8heures

"Les nouvelles recettes doivent être trouvées du côté des entreprises". Pour Christian Eckert, le rapporteur général PS du budget à l'Assemblée nationale, les choses sont claires: l'éventuel recul du gouvernement sur la fiscalité des plus-values de cession réalisées par les créateurs d'entreprise devra être compensé par l'alourdissement de certaines taxations touchant les sociétés, avait-il lancé, mardi 9.

Le gouvernement l'a, semble-t-il, entendu. Selon Les Echos du 16 octobre, il envisage de prolonger d'un an la contribution exceptionnelle de 5% sur l'impôt sur les sociétés (IS) mise en place par le gouvernement Fillon fin 2011 dans son plan de rigueur.

Cette contribution ne s'applique qu'aux entreprises réalisant plus de 250 millions d' euros de chiffres d'affaires. Soit environ 20 000 groupes. Ces derniers pourraient donc être amené à acquitter en 2013 une surtaxe de 5% de la valeur de leur IS sur leur exercice 2011.

Les pigeons des pigeons

Lundi 8 octobre, Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget avait reconnu que le gouvernement n'excluait pas une concession aux entrepreneurs.

Tous les actionnaires détenteurs d'une "part significative" du capital d'une entreprise (autour de 15%) pourraient ainsi conserver le bénéfice du prélèvement forfaitaire libératoire (19% + prélèvements sociaux) dès lors qu'ils vendent leurs titres après plusieurs années de détention (au moins deux ans). Le projet de loi de finances pour 2013 prévoyait dans sa version initiale l'alignement de cette fiscalité dérogatoire sur celle des revenus du travail (tous les gains soumis au barème de l'IR).

Mais dès le vendredi suivant, le ministre du Budget affirmait que ce geste, pour ne pas parler de recul, allait coûter "plusieurs centaines de millions au budget" qu'il faudrait "compenser", et "ils le seront car les finances publiques doivent être redressées". Pour Christian Eckert, "le manque à gagner peut aller de quelques centaines de millions à un milliard d'euros, selon ce qu'on décidera d'amender".

Selon les estimations du projet de budget, "l'imposition au barème progressif de l'IR des gains de cession de valeurs mobilières et de droits sociaux des particuliers" devait, en effet, rapporter un milliard d'euros par an à partir de 2013. Quelques 73 400 contribuables auraint vu leur impôt majoré selon Bercy quand 57 200 auraient bénéficié à l'inverse d'un allégement.

Selon les tous derniers calculs de Bercy, le manque à gagner de la mesure "pigeons" devrait atteindre 750 millions d'euros. Or, la surtaxe de 5% doit rapporter environ 800 millions. Ce qu'il fallait trouver. Comme le souhaitait François Hollande, les PME seront épargnées alors que les grandes entreprises paieront...

Le Prix Nobel de la paix à l’UE ?



Une farce provocatrice même pas drôle 
 
« Le comité Nobel norvégien a décidé d’attribuer le Prix Nobel de la paix 2012 à l’Union européenne. » Certes, cette célèbre distinction récompense depuis 1901 une personnalité ou une communauté « ayant contribué au rapprochement des peuples ». C’était la volonté d’Alfred Nobel (1833-1896) qui après avoir inventé la dynamite (et d’autres bombes à la nitroglycérine bien plus destructrices encore) édifia une colossale fortune en commercialisant de manière industrielle ses armes de guerre. Mais en quoi, comme M. Nobel en son temps, l’UE a-t-elle contribué à la paix ces dernières années ? Elle qui n’a même pas été fichue d’empêcher les Balkans de s’embraser au moment où, suite à l’effondrement du communisme, la Yougoslavie éclatait dans une gerbe de sang ? Cette UE qui non seulement n’a rien empêché mais a dû, pour mettre fin aux conflits nés du démantèlement d’une nation multi-ethnique, appeler les Etats-Unis à la rescousse. Ces derniers ont éteint l’incendie à leur manière, peu pacifique, sous un tapis de bombes.
Mais peut-être que la distinction norvégienne s’adresse, soixante ans plus tard, aux pères fondateurs de l’UE, dont l’objectif proclamé était de mettre un terme aux guerres européennes qui depuis deux siècles déchiraient le continent et parfois (14-18 et 39-45) de façon suicidaire ? En l’occurrence ce Nobel 2012 récompense au mieux un malentendu, au pire une erreur, voire une escroquerie. L’Union européenne n’a pu exister et continuer à développer son invraisemblable machinerie technocratique que parce que l’Allemagne et la France, exténuées et exsangues, étaient enfin en paix. Et non l’inverse…La preuve par les Balkans !
Quelques remarques
Pourquoi ce Prix Nobel de la paix paraît-il si parfaitement incongru ? D’abord il intervient la semaine où l’Allemagne, pour des raisons de préséance nationale, a mis son veto au mariage pourtant souhaitable d’EADS et de BAE Systems. Une fusion susceptible de faire de ce groupe européen le numéro 1 mondial de l’aéronautique (et de la défense). L’entente cordiale entre Européens a encore quelques ratés !
Le rôle pacificateur de l’EU ? Il s’est exercé le plus efficacement au profit des spéculateurs de la finance internationale qui, effectivement, depuis trente ans, spéculent en paix sur notre continent. Une financiarisation de toutes les activités humaines qui, comme le soulignait justement Marine Le Pen, conduit les maîtres de la finance mondialisée à mener une véritable guerre sociale contre les peuples européens. Avec l’assistance juridique et le soutien logistique sans faille de l’UE. Regardez les images qui nous viennent de Grèce et d’Espagne, deux pays économiquement ravagés, où la colère des manifestants, encore sporadique, commence néanmoins à ressembler aux prémices d’une insurrection.
Et comment ne pas constater que ce Prix Nobel de la paix est attribué à une UE en plein déclin, entre paralysie et dépressions ? Une grande malade, avec plein de médecins à son chevet, dont certains se demandent si leur patiente n’est pas déjà en train de clamser ? Pour un peu il s’agirait d’une distinction à titre posthume. Avec peut-être le secret espoir que la malade soit momentanément requinquée par cette médaille faussement miraculeuse.
Autre aspect farcesque de cette nobélisation à contre-temps : elle est distribuée par un pays, la Norvège, dont le peuple, par deux fois, et contre la majorité de ses élites, a refusé d’enter dans l’Union. Là se trouve d’ailleurs en grande partie l’explication de ce Nobel de la paix un rien burlesque. « Les eurosceptiques dénoncent une décision politique de la part d’un comité dirigé par le très europhile Thorbjorn Jagland. » En quelque sorte une intrigue clanique entre politiciens norvégiens… Pour ce qui est de leurs compatriotes, un sur quatre seulement approuve ce choix contesté. Mais après tout, ce Prix Nobel 2012 n’est pas plus ridicule ni plus scandaleux que celui de 2009, décerné à Barack Obama. Toujours par le même Jagland, sorte de torche funèbre, au pays des icebergs, du conformisme idéologique et de la pensée unique pro-européenne…
Mort aux États-Nations !
Ceux qui trouvent excessif le mot « guerre », même sous une forme métaphorique, devraient lire le manifeste signé par Daniel Cohn-Bendit et l’ancien Premier ministre Belge Guy Verhofstadt, Debout l’Europe. Il s’agit bien, au nom des idéaux européens, d’une déclaration de guerre totale aux Etats-nations. Les auteurs d’ailleurs le reconnaissent : « L’offensive est la meilleure défense. » Voici quelques aperçus de cette « attaque frontale » déclenchée par les deux compères euromondialistes contre le fait national, et dont le postulat est le suivant : « Soit nous œuvrons à une Europe véritablement fédérale. Soit nous en restons aux Etats-nations, et l’émergence d’une Europe-puissance dans le monde globalisé du XXIe siècle est irrémédiablement compromise. » Une assertion que les deux auteurs vont nous canonner tout au long de leur manifeste. « Demain, seule une Europe intégrée pourra encore jouer un rôle significatif (…) Dans la mesure où la globalisation est irréversible, l’intérêt des citoyens d’Europe ne peut être garanti que par une Union européenne forte. » Celle-ci prenant racines dans les cendres encore chaudes des Etats nationaux enfin pulvérisés, dont l’existence têtue indignent nos deux lascars. « Le fait, dans ce monde, que la décision politique appartienne encore aux Etats nationaux est un paradoxe insupportable (…). Ce paradoxe ne pourra être éliminé qu’en internationalisant la décision politique. » Et pour jeter les bases de ce gouvernement mondial : « Nous pourrions commencer par convertir les différents sièges occupés par les Etats membres en un siège unique de l’Union européenne au Conseil de sécurité des nations unies, à la Banque mondiale, au Fonds monétaire international et dans toutes les autres organisations internationales. » Dépouiller les nations de toutes leurs prérogatives, l’Etat-nation étant désormais « un concept stérile ».
Cette transfusion leur paraît également nécessaire pour sauver un euro qui ne pourra survivre « que si l’on établit une Union fédérale dotée d’un gouvernement européen élaborant la politique économique, budgétaire et fiscale, tout en étant capable de la faire respecter par les Etats membres… ». Un fédéralisme sous rouleau compresseur. Les contempteurs de l’UE, ces « fascistes », ne font que « recycler de vieilles rengaines nationalistes, conservatrices et populistes. Ils voudraient compartimenter les peuples derrières des frontières nationales étanches ». Un « délire nationaliste » qui est « le symptôme de leur inadaptation fondamentale au monde multiculturel contemporain ».
Déclaration de guerre civile
Foin des nations et des frontières : « Seuls existent des êtres humains qui ont les mêmes droit fondamentaux… » L’homme unidimensionnel, sans caractéristiques autres que celles de l’espace économique où il travaille. En conséquence de quoi, et au nom de l’UE, Cohn-Bendit et Verhofstadt sonnent la marche en avant : « Battons-nous contre les nationalistes, les conservateurs et les populistes. » Anéantissons-les ! Et « réjouissons-nous du multiculturalisme des sociétés (…). Le multiculturalisme de la société moderne est désormais un fait avéré ». Cohn-Bendit, du haut de son minaret mondialiste, en est le prophète tonitruant. Comme il l’est tout aussi bruyamment de l’immigration et du brassage des peuples. « C’est grâce à l’immigration que l’Europe pourra maintenir sa prospérité. » Donc, « tournons le dos aux vieilles lunes nationalistes et sécuritaires. » Vive l’immigration, son multiculturalisme apatride et l’insécurité galopante qui en découle…
Et surtout, que l’UE ne soit pas « une confédération de nations indépendantes ». Ce serait, horreur, du souverainisme camouflé. « Plutôt que des nations unies européennes, nous avons besoins des Etats-Unis d’Europe, c’est-à-dire une Union fédérale avec un pouvoir fédéral et des règles fédérales. » Foulons aux pieds toute tentation « d’identité nationale », celle-ci n’étant que « le nouveau visage du nationalisme. Le dernier habillage de la vieille idéologie nationaliste ». Jetons dans les poubelles de l’histoire « la rhétorique pathétique du patriotisme (…). L’avenir de l’Europe sera post-national ou ne sera pas ». L’Europe fédérale ou le néant…
Voilà quel genre de « paix européenne » ce jury composé de politiciens norvégiens au rancart vient de nobéliser… Une UE qui veut, pour asseoir sa toute-puissance, désintégrer « pacifiquement » les Etats-Nations.

lundi 15 octobre 2012

Sécurité routière: les radars n'ont jamais autant flashé

Les automobilistes renouent avec de mauvaises habitudes et appuient de nouveau sur l'accélérateur. Selon des chiffres que Le Figaro révèle, le nombre de messages d'infractions (MIF) recueillis par le biais des radars automatisés sur nos routes a considérablement grimpé. Il a fait un bond de 14,3% entre janvier et août dernier par rapport à la même période de 2011. 13,81 millions de messages contre 12,09 millions.
Depuis la mise en place des radars automatisés en 2003, un record historique a même été atteint cet été. La barre des 100.000 messages d'infractions a été dépassée en une seule journée le 21 juillet dernier. Du jamais-vu!
Au-delà de ces données générales, les radars tournent à des régimes différents selon leur emplacement. Entre les gros pourvoyeurs de PV comme le plus important de France situé sur l'A10 à Saint-Avertin en Indre-et-Loire(voir infographie) et ceux plus modestes situés sur de petites routes, la hausse moyenne par radar est de 4,7%.

Un chantier inabouti

Ce relâchement est en partie lié à la mesure prise l'an passé par Claude Guéant, alors ministre de l'Intérieur, qui avait décidé de retirer les panneaux signalant les appareils flashant et de les remplacer par des radars pédagogiques. Un chantier totalement inabouti à ce jour car nombre de panneaux sont toujours en place. Or des chiffres recueillis par les services de l'État font apparaître que les automobilistes se font davantage flasher par un radar précédé d'un appareil pédagogique. L'augmentation est même de 15% environ. Une tendance que confirme l'Antai, l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions, cet établissement public qui se charge de la mise en œuvre du programme automatisé. «Nombre d'usagers n'ont pas compris que ces appareils pédagogiques annoncent le plus souvent un dispositif sanction. Il est vrai aussi que certains sont installés seuls sur les routes. Alors les automobilistes s'y perdent et se font avoir!», note un spécialiste.
Cette hausse des vitesses pourrait aussi être liée, comme le soulignent certains experts, à l'assouplissement du permis à points voté en février 2011 par les parlementaires. Ainsi le délai de trois ans pour reconstituer son capital de 12 points est passé à deux ans, exception faite des infractions de 4e comme de 5e classe et des délits. Le délai d'un an pour récupérer le point perdu a, quant à lui, été porté à six mois. «Cela a sonné comme un mauvais signal dans la tête des gens qui ont été moins vigilants aux panneaux», décrypte un fonctionnaire.

Moins de tués sur les routes

Pour le ministère de l'Intérieur, cette hausse d'automobilistes flashés est tout simplement inéluctable. «Elle est mécanique. Plus on met en place de radars, plus il y a des messages d'infractions», note son porte-parole, Pierre-Henry Brandet. Le déploiement de ces appareils ayant toujours cours sur nos routes, leur nombre atteignait au 15 septembre les 3883 dont 2152 fixes. Fin 2013 et une fois le programme d'installation achevé, on en comptera 4 250, radars feux rouges compris. Mais mystère des chiffres et des analyses: ce bond des messages d'infractions n'a pas pour corollaire une augmentation du nombre de tués. Au contraire! Depuis le début de l'année, 248 vies ont été sauvées, soit une baisse de 8,3% par rapport à 2011. La vitesse continue à tuer mais les accidents mortels ont indiscutablement des causes multiples.
Enfin, rappelons que cette augmentation des MIF ne se traduira pas en fin d'année par une hausse strictement identique de procès-verbaux. Malgré le recours à un matériel de plus en plus sophistiqué, nombre de clichés vont encore «à la poubelle», car illisibles.
Toutefois, l'État mise bel et bien sur un accroissement des recettes. Elles devraient même atteindre un niveau record, entre 675 et 700 millions d'euros, contre 639 millions en 2011, comme l'avait révélé cet étéLes Échos. Une cagnotte à laquelle participent d'ailleurs les automobilistes étrangers. Depuis juillet et à la suite d'un accord bilatéral entré en vigueur, les Belges se voient dorénavant adresser leur PV à leur domicile, comme c'est déjà le cas pour les Suisses et les Luxembourgeois.

CE N'EST PLUS DE LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE, 
C'EST DU RACKET FISCAL !

Les "Pigeons", histoire d'un vaudeville en trois actes

Le 28 septembre, le jour de la présentation en Conseil des ministres du Projet de loi des finances 2013, La Tribune publiait la missive d'un entrepreneur dénonçant l'alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail. Dans la foulée, les "Pigeons" naissaient sur Facebook, et sonnaient le début d'une bataille entre le gouvernement, l'opposition, les syndicats et les organisations patronales.
ACTE I : LA NAISSANCE D'UN MOUVEMENT
Pendant la présidentielle, François Hollande a promis d'aligner la fiscalité du capital sur celle du travail. D'après des rumeurs de presse, son gouvernement compte transformer l'essai le 28 septembre, jour de la présentation en Conseil des ministres du projet de loi de finances (PLF) pour 2013. Scandalisé par cette politique, Jean-David Chamboredon, patron du fonds des entrepreneurs Internet ISAI, nous adresse une tribune le même jour. A ses yeux, la mesure plomberait la croissance des PME :
Sa tribune fait l'effet d'une bombe. Les entrepreneurs sont, semble-t-il, nombreux à partager son opinion. Le week-end qui suit, les "Pigeons", "mouvement de défense des entrepreneurs français", naissent sur la Toile. Une page Facebook est créée dans la nuit de vendredi à samedi (totalisant à ce jour 67.276 "j'aime"), couplée d'un manifeste. Celui-ci fustige en particulier un dispositif du PLF 2013, visant à taxer jusqu'à 60% les plus-values de cessions d'entreprises. Un compte Tweeter voir également le jour : les #GEONPI font leur nid sur les réseaux sociaux, et appellent à manifester le dimanche 7 octobre à Paris.
Le 3 octobre, rebelote. Ils lancent un appel collectif dans nos colonnes. Dans cette missive, plusieurs "créateurs et patrons de PME", comme ils se définissent, donnent de la voix. "Nous ne nous considérons pas comme une caste de citoyens supérieurs, dont les revenus devraient bénéficier d'un traitement fiscal de faveur", tancent-ils :
Comme le décrypte La Tribune dans son édito le même jour : une jonction est alors en train de se faire entre deux types d'entrepreneurs. A savoir "de riches et moins riches patrons" du net, et les "pauvres" auto-entrepreneurs:
ACTE II : BUZZ ET NEGOCIATIONS
Grâce au catalyseur des réseaux sociaux, les médias s'emparent de la fronde des "Pigeons". Certes, ils ne sont pas franchement organisés, ils ne comptent pas parmi les négociateurs habituels que sont le Medef ou les syndicats. Mais l'initiative fait de sérieux remous. Et pour cause, dans l'opinion, le débat bat son plein. "Pigeons" et "anti-pigeons" se volent copieusement dans les plumes.
Dans une autre tribune, Jean-David Chamboredon constate ainsi le succès du mouvement sur les réseaux sociaux :
Conséquence, le 3 octobre, des ministres et des parlementaires s'engagent à discuter avec des organisations représentatives des problèmes soulevés par les "Pigeons". Le collectif prend acte, et décide d'annuler sa manifestation du 7 octobre :
Au lendemain, le 4 octobre, Pierre Moscovici, le ministre de l' Economie et Fleur Pellerin, la ministre de l'Economie numérique, reçoivent des jeunes entrepreneurs :
Et le même jour, le ministre de l'Economie assure que le gouvernement acceptait de "bouger" sur la taxe des plus-values de cession. Une semi-victoire pour les "Pigeons", qui demeurent pourtant méfiants :
Le gouvernement pensait peut être calmer le jeu en agissant de la sorte. Mais c'est tout le contraire qui va se produire. Pour les médias, les "Pigeons", aussi désorganisés soient-ils, ont réussi à parler au sommet de l'Etat. L'affaire s'internationalise, la presse étrangère couvre l'événement. Même le Wall Street Journal s'y colle. Pour le quotidien américain, le gouvernement français "s'est incliné sous la pression" :
Fort de ce succès, les « Pigeons » s'organisent. Et trouvent en Jean-David Chamboredon leur porte-parole. Le lundi 8 octobre, il officialise sa nouvelle casquette dans nos colonnes :
ACTE III : L'IMPASSE
Désormais, les "Pigeons" comptent bien jouer les arbitres. Ils pressent le gouvernement. Dans le même temps, les organisations patronales, trop heureuses de profiter de la rampe de lancement offerte par les "Pigeons", montent au créneau. Mardi 9 octobre, dans un appel collectif adressé au gouvernement au terme d'une réunion secrète, les présidents de douze associations patronales, dont le Medef, demandent au président Hollande de renoncer à son projet de nouvelle taxation des plus values :
Les négociations n'aboutissent pas et traînent en longueur. Les acteurs se braquent, d'autant que Bercy n'a pas franchement goûté à la tentative de récupération du mouvement des "Pigeons" par Laurence Parisot, la présidente du Medef :
Reste qu'en attendant, le succès des "Pigeons" fait des petits. Mercredi, les artisans de l'UPA décident de faire pression sur le gouvernement via une pétition, afin de le faire reculer sur l'augmentation des cotisations sociales des indépendants. Jeudi, les "Canaris", collectif de patrons nantais, ont également fait parler la poudre, manifestant leur hostilité à la taxation des cessions de jeunes entreprises. A l'heure du web social roi, d'autres escadrilles de "Pigeons" pourraient bien faire leur apparition dans le ciel de l'Hexagone. Et s'inviter, elles aussi, à la table des négociations.

Il faudra 2 ans de plus à la Grèce pour se réformer

Les experts des grands créanciers internationaux de la Grèce ont conclu après examen de ses comptes que le pays aurait besoin de deux années supplémentaires pour mener à bien ses réformes de structure. Les experts internationaux sont formels : il faut accorder deux ans de plus à La Grèce. Les auditeurs de la troïka - FMI, Union Européenne et Banque Centrale Européenne - ont en effet " demandé la semaine dernière aux ministres des Finances de la zone euro de donner deux ans de plus à la Grèce", selon des informations publiées ce week-end par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel. Or, le report de certaines des réformes structurelles à 2016 coûterait environ 30 milliards d'euros aux créanciers de la Grèce, a affirmé le Spiegel, et supposerait soit un abandon de certaines créances, soit une aide additionnelle.
7,8 milliards d'euros de sacrifices pour les Grecs ou 9,2 milliards ?
La Grèce estime que ce délai de deux ans devrait lui permettre de mettre en oeuvre les coupes budgétaires et les réformes de structure sans étouffer l'économie déjà très mal en point. Le FMI est prêt à lui consentir ce répit, d'ailleurs la directrice générale,Christine Lagarde, a plaidé jeudi 10 octobre pour que la Grèce obtienne ce délai de 2 ans pour brider son déficit. Mais certains pays de la zone euro restent réticents à prêter davantage et  exigent encore plus d'efforts d'Athènes.
Les divergences entre les instances internationales portent aussi sur l'évaluation de la situation. Alors que la Grèce s'est engagée à réduire la dette nationale à 120% de son produit intérieur brut en 2020, la BCE et le FMI évaluent plutôt ce chiffre à 140% à la même date. La Commission européenne se révèle pourtant plus optimiste en tablant sur 128%, indique Der Spiegel.
Le gouvernement grec jugeait initialement suffisant un train de 7,8 milliards d'euros de sacrifices financiers qu'il impose au peuple grec en échange d'une tranche de crédit de 31,5 milliards qu'il attend depuis juin. Les négociations avec la troïka portaient ce week-end sur un montant de 9,2 milliards d'euros, selon une source du ministère grec des Finances. Le Premier ministre Antonis Samaras a en tout cas prévenu que son pays n'était pas en mesure de supporter davantage d'austérité et que si la prochaine tranche d'aide financière prévue n'arrivait pas, les coffres de la Grèce seraient vides en novembre.

Absurde repentance


Le président vient de se prononcer à Dakar pour une « réparation » du crime que fut l’esclavage.  Ce mea culpa d’un chef de l’Etat français me paraît discutable dans la mesure où l’esclavage se confond avec l’histoire de l’humanité et non pas l’histoire de France, comme le montre un expert de ce sujet:
« L’esclavage est une période de l’histoire universelle qui a affecté tous les continents, simultanément parfois, ou en succession. Sa « genèse » est la somme de tout ce qui est advenu pendant un temps indéterminé dans divers lieux. La traite africaine des esclaves vers le Maghreb, puis en Europe, qui est à l’origine de l’esclavage en Afrique noire, n’a fait que prendre la relève des traites qui duraient depuis des siècles en Asie, sur le continent européen et autour de la Méditerranée. Les Slaves ont fourni leur contingent de « slaves », les Esclavons, d’esclaves, nos ancêtres les Gaulois vendaient régulièrement leurs captifs d’Angleterre aux Romains, les Vikings en capturaient et en vendaient au long de leurs cabotages. Pirates musulmans et chrétiens se capturaient mutuellement… L’esclavage était amorcé depuis longtemps et il faudrait, pour l’expliquer en Afrique, en expliquer l’apparition sur le continent euro asiatique. Pourtant c’est paradoxalement en Afrique, le dernier des contingents ayant fourni la traite, que l’on cherche encore une explication originelle à l’esclavage. » Claude MEILLASSOUX Anthropologie de l’esclavage le ventre de fer et d’argent – PUF 1986.
Ce n’est donc pas la France, par la voix de son président, qui devrait se repentir, mais l’humanité toute entière. Quand « Matignon » annonce qu’il étudie les « moyens de réparer l’esclavage », à quoi pense-t-il? A réparer l’histoire de l’humanité depuis les origines ? Je doute que le budget de l’Etat, avec son déficit de 5,2% du PIB, y suffise…Bref, au fond, ne faudrait-il pas tout simplement, dans cette logique, se repentir d’être des hommes?
Ajoutons que ce repentir français à propos de l’esclavage est d’autant plus sidérant que la France a été le premier pays de l’histoire du monde à abolir l’esclavage, par décret de la Convention du 27 avril 1794, montrant ainsi l’exemple, avant même le décret du 4 février 1848 de la Seconde République, rendant cette abolition définitive. Napoléon Ier, la Restauration puis la monarchie de Juillet et la Seconde République ont à plusieurs reprises interdit « la traite négrière« . Un jour, en 2008, en visite au Gabon, j’ai fait la connaissance d’un haut fonctionnaire d’une soixantaine d’années, grand, mince, petite moustache. « Les Gabonais ont un regret me dit-il de se voix grave et douce, celui de s’être séparés de la France en 1960. La France, nous l’aimons comme notre propre pays en souvenir des navires de guerre français, qui sillonnaient les côtes africaines, au XIXème siècle, pour frapper les trafiquants d’esclaves. »
Qu’il y a-t-il derrière l’idéologie de la repentance? La haine de soi bien sûr, la haine de la nation, la haine de la France. On efface les victoires, les moments de gloire, de grandeur et de réussite mais on s’invente, on se fabrique des crimes à soi, des crimes odieux dont on s’accable avec délectation pour mieux s’auto-détester. Comment ensuite, accepter d’appartenir à un pays aussi coupable ? Dès lors on encourage la dissolution, la fragmentation, les particularismes, le repli identitaire, au détriment de la communauté nationale. La repentance exacerbée est un moyen détourné, dissimulé, masqué bien entendu, de se débarrasser de la France en catimini. Elle ouvre la voie à la division et à la discorde civile, préparant ainsi de futurs malheurs.

IEP : Institut d'Études Politisé

Le refus de laisser son financement à la charge de ceux qui en bénéficient pour le faire peser sur tous les contribuables est le meilleur moyen d'enfermer l'enseignement dans un vase clos de la pensée étatiste.
La disparition du directeur de l'IEP Paris et le rapport préliminaire de la Cour des Comptes sur la gestion de l'établissement donnent lieu à de nombreux débats, et certains aimeraient en profiter pour donner toujours plus de place à l’État dans l'enseignement supérieur. Là où la mise à contribution des étudiants et les partenariats avec des entreprises permettent de faire financer les établissements par ceux qui bénéficient de l'enseignement et de rapprocher les étudiants du monde du travail, il faudrait que l’État s'immisce pour toujours plus de contrôle et aux frais du contribuable pour déboucher sur une issue constructiviste.

La Cour des Comptes fait un constat qu'elle devrait étendre à de nombreux pans de l'intervention de l’État : "l'absence de tout contrôle exercé par l’État, pourtant principal financeur de la fondation, apparaît particulièrement fautive".
Plutôt qu'un appel à un État vigilant sur ses dépenses pour éviter que le poids qu'il fait peser sur l'économie soit un fardeau inutile, Nicolas Robin, président de l'UNEF Sciences Po et Arnaud Bontemps, vice-président du Conseil de direction de l'IEP de Paris, auteurs d'une tribune dans Le Monde, préconisent un État qui s'immisce dans la gestion, au motif que le financement par les bénéficiaires de l'enseignement serait dangereux : "La réduction actuelle de la part du financement public par rapport à celle du financement privé de l'établissement est ainsi porteuse de dangers réels, tant sur l'ouverture sociale que sur l'indépendance de l'établissement".
Leur raisonnement illogique stipule que les frais de scolarité variables selon le niveau de revenus – fondamentalement injuste par ailleurs – oblige l'établissement à comporter une part dans ses effectifs d'étudiants issus de milieux aisés. Ainsi, le financement par les plus aisés des autres rend l'établissement dépendant de leur financement :
Une des raisons majeures de cette réduction provient de l'explosion des frais de scolarité, calculés sur la base du revenu de la famille de l'étudiant. Sur la période 2003-2012, leur plafond a triplé, passant de 4000 à 13 500 euros annuels. Ces frais de scolarité représentent aujourd'hui un quart des ressources de l'établissement, et leur augmentation continue est allée de pair avec un financement décroissant de l’État par étudiant. Sachant que les boursiers sont exonérés de frais de scolarité, ce modèle de financement n'est viable qu'à la condition de garder une proportion importante d'étudiants payant des frais de scolarité élevés. 20% des étudiants, issus de familles disposant d'un revenu supérieur à 200 000 euros par an pour une famille avec deux enfants, ainsi que les étudiants dont le foyer fiscal est situé en dehors de l'Espace économique européen, paient aujourd'hui le montant maximum de frais : sans ce "quota" d'étudiants très aisés ou étrangers, l'établissement ne pourrait plus se financer, ce qui rend la diversification sociale du corps étudiant impossible.
La "diversification du corps étudiant" telle que conçue dans leur logique constructiviste est donc impossible : pour faire entrer plus d'étudiants issus de milieux modestes, il faut maintenir une part d'étudiants payant plus cher pour les financer. La diversité est donc pour eux uniquement mesurée à la part d'étudiants de milieux modestes…
Aussi peu souhaitable à leurs yeux que la présence d'étudiants de milieux aisés est celle des entreprises finançant l'établissement :
La solution de plus en plus souvent évoquée par les dirigeants de Sciences Po consiste à se tourner vers le mécénat d'entreprise. Alors qu'un logo L'Oréal orne déjà le hall d'entrée de l'Institut, il ne faut pas avoir peur de poser la question de l'influence que peuvent porter ces financeurs - rarement désintéressés - sur les contenus académiques et sur l'orientation des enseignements. Un établissement d'enseignement supérieur, de surcroît lorsqu'il prétend incarner un modèle institutionnel et pédagogique pour l'ensemble du milieu universitaire, ne peut risquer à ce point de sacrifier son indépendance scientifique.
On sent bien l'indépendance "scientifique" des auteurs quand ils appellent à faire financer l'établissement uniquement par l’État. C'est alors qu'intervient le collectivisme si cher à nos deux compères :
Les ménages et les entreprises doivent être mis à contribution, mais cette contribution ne saurait garder la forme directe qu'elle revêt actuellement. C'est bien au contraire par la solidarité nationale, à travers l'impôt, que doit être financé l'enseignement supérieur. Il revient donc à l’État d'assurer un financement suffisant à Sciences Po, comme au reste de l'enseignement supérieur. Ce financement public doit aussi mettre le gouvernement en position de rappeler à Sciences Po ses obligations et missions de service public […] en particulier en ce qui concerne la démocratie et l'ouverture sociale.
Le financement par l’État – toujours dans ce souci d'indépendance scientifique – permettra également à l’État de décider de tout, partout, pour tout le monde. Et à mettre en place notamment une "ouverture sociale" unilatérale. Ils admettent pourtant que la diversité s'est accru ces dernières années : "Les efforts d'ouverture sociale de Sciences Po doivent être repensés et amplifiés. Au-delà des critiques de la Cour des comptes, l'évolution de la composition sociale de l'IEP traduit une diversification de ses étudiants".
Et pour ajouter un peu de piment à l'article et pour que leurs coreligionnaires s'y retrouvent, les auteurs ont sellé leur cheval de bataille constructiviste favori, la reproduction des élites : "Cette politique de démocratisation doit s'étendre, car elle permet d'éviter que, la sélection favorisant les jeunes issus des catégories sociales supérieures, l'établissement ne s'ancre trop dans une logique de reproduction des élites."
À la reproduction des élites, les auteurs préfèrent leur concentration, en donnant toujours plus de place à l’État dans la gestion de tous les pans de la vie des citoyens, de l'école au cimetière. Le refus de laisser son financement à la charge de ceux qui en bénéficient pour le faire peser sur tous les contribuables est le meilleur moyen d'enfermer l'enseignement dans un vase clos de la pensée étatiste, dont il souffre aujourd'hui et qu'illustrent les auteurs.
"Au fond, le débat qui s'ouvre sur le statut de Sciences Po et sa place dans l'enseignement supérieur français doit déboucher sur une issue constructive." On ne peut qu'être d'accord ; il faut veiller à ce que l'issue soit constructive, et non constructiviste.

Les œuvres d’art dans le collimateur du fisc

Un amendement déposé par le socialiste Christian Eckert prévoit d’inclure les œuvres d’art valant plus de 50.000 euros dans le calcul de l'ISF.
Les inspecteurs du fisc vont-ils se mettre à visiter les salons des belles demeures françaises afin d’y repérer les œuvres d’arts d’une valeur supérieure à 50.000 euros ? C’est la question que l’on peut se poser si l’amendement, déposé par le socialiste Christian Eckert, voté par la commission des Finances de l’Assemblée nationale, est maintenu.
Cet amendement prévoit d’inclure les œuvres d’art valant plus de 50.000 euros dans le calcul de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Impossible de les repérer sans y mettre les grands moyens !
La taxation des œuvres d’art est un sujet récurrent, alternativement brandi par la droite et la gauche. En juin 2011, un député UMP, Marc Le Fur, avait déjà déposé, sans succès, un amendement en ce sens. C’est maintenant au tour de la gauche de brandir cette menace.
Filippetti et Fabius s’y opposent
La proposition de Christian Eckert, député de Meurthe-et-Moselle et rapporteur général PS de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, a des détracteurs de poids. À commencer par Aurélie Filippetti, ministre de la Culture. Quand elle était dans l’opposition, celle-ci avait  défendu un amendement similaire en accusant le gouvernement Fillon de «(…) pérenniser une énorme niche fiscale (…) qui bénéficiera à quelques milliers de contribuables extrêmement fortunés».

Aujourd’hui, la grande cheftaine de la rue de Valois s’est ravisée et elle peut compter sur le soutien implicite du très influent Laurent Fabius, fils d’antiquaire, qui, même s’il s’interdit de participer officiellement au débat, est très actif en coulisse.
Un coup fatal pour le marché de l’art français
Une taxation des œuvres d’art aurait pour conséquence de réduire encore la place que Paris occupe sur le marché de l’art.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : écrasée par la fiscalité, elle ne représente plus qu’environ 4% du marché mondial de l’art (en valeur) contre 80% dans les années cinquante. Artcurial, une société de vente française, est reléguée au 5ème rang des officines, loin derrière Christie’s et Sotheby’s qui se taillent la part du lion.
Ce recul est logique: les ventes sont, en moyenne, taxées à 15% en France, soit 5 fois plus qu’en Asie. La réglementation se montrant par ailleurs tatillonne quand il s’agit de sortir les œuvres du territoire national. La taxation à l’ISF créerait un désavantage compétitif supplémentaire.
Autre effet redouté par les experts : certains collectionneurs seront  tentés d’expatrier leurs œuvres, de les dissimuler derrière des paravents juridiques ou, pire, de les vendre.
Suite à cette raréfaction, les musées, qui acquièrent beaucoup de pièces majeures grâce aux dations, perdraient une  partie de cet avantage. C’est alors le contribuable qui devrait leur fournir des fonds pour procéder à de nouvelles acquisitions…
Le pire est que cette mesure, qui donnera aux collectionneurs le sentiment d’être fliqué en permanence, ne rapporterait pas grand chose à l’État, environ 50 millions d’euros, selon Christian Eckert. Prendre le risque de mettre une filière professionnelle en difficulté pour 50 M€, il serait étonnant que le gouvernement ne laisse pas l’amendement Eckert s’enliser.


À lire sur le sujet : Dossiers du Contribuable n°8 « Les folies de la culture bobo », 68 pages – 4,50 €. Sur la boutique de Contribuables Associés à cette adresse :www.contribuables.org.

Laurence Parisot : «La situation est gravissime»

La présidente du Medef estime que des décisions en faveur de la compétitivité doivent être prises d'urgence.


Quel est votre diagnostic sur l'économie française? Laurence PARISOT. - Nous savons tous que la situation économique est gravissime. Moi-même, je disais avant l'élection que la situation était préoccupante. Mais aujourd'hui, nous sommes passés d'un avis de tempête à un avis d'ouragan. Certains patrons sont en état de quasi-panique. D'un côté, le rythme des faillites s'est accéléré durant l'été et aucun secteur d'activité n'affiche de prévisions autres que pessimistes jusqu'à la fin de l'année. Et par ailleurs, nous assistons à une défiance généralisée des investisseurs, résidents comme non-résidents. Lorsque, pour investir, ils ont le choix entre plusieurs pays, les grands investisseurs étrangers excluent maintenant la France d'emblée. Dans ce contexte qui devient réellement dramatique, chacun doit prendre la mesure de l'urgence des décisions.
Justement, qu'attendez-vous du rapport que doit remettre Louis Gallois au gouvernement au sujet de la compétitivité?
Je ne peux préjuger du contenu final du rapport mais une chose est certaine: la déception des patrons sera immense si un homme tel que Louis Gallois, qui fut un très grand chef d'entreprise et capitaine d'industrie, ne montre pas comment créer un véritable sursaut, ce que l'on appelle un choc de compétitivité. Il y a dix ans, l'Allemagne était l'homme malade de l'Europe et si nous ne faisons rien, bientôt ce sera au tour de la France.
Louis Gallois a plusieurs fois milité pour un choc de 30 à 50 milliards afin de réduire le coût du travail. Partagez-vous son diagnostic?
30 milliards d'euros, ce serait le minimum pour réduire l'écart avec l'Allemagne. Or il est possible de financer une telle somme sans pénaliser le pouvoir d'achat des salariés. Nous avons baptisé la double hélice le système qui permettrait de le faire: nous proposons d'agir simultanément sur quatre paramètres. D'un côté, on baisserait à la fois les charges patronales et les charges salariales. De l'autre, on augmenterait légèrement la CSG et la TVA hors produits de première nécessité. Cette hausse des impôts indirects serait compensée par les deux premières baisses de cotisations. Peut-être faudrait-il prévoir des ajustements spécifiques pour les non-salariés ou les retraités qui, eux, n'en bénéficieraient pas. Nous sommes sur le point de demander officiellement au Haut Conseil du financement de la protection sociale de mesurer par des simulations précises l'impact de nos propositions.
À quel rythme faut-il créer ce choc?
Ce choc doit être court et se produire sur deux ans, trois ans maximum. Le décrochage de la France est trop sérieux, on ne peut étaler cette réforme sur toute la durée du quinquennat.
Y a-t-il d'autres pistes que des hausses d'impôts pour financer un tel choc aussi rapide?
Oui, il serait faux de croire qu'il n'y a pas marge de manœuvre. Les rapports de la Cour des comptes ou de l'Inspection des finances l'expliquent. Il faut s'attaquer immédiatement aux dépenses publiques pour retrouver notre compétitivité, et le gouvernement pour le moment ne l'a pas fait. Je qualifierais même de trompe l'œil la réduction de 10 milliards qu'il affiche. Elle consiste seulement en un ralentissement de la hausse habituelle des dépenses. Imaginez une personne qui, après avoir grossi chaque année de deux kilos, croirait maigrir en n'en prenant qu'un!
Pourquoi vous être opposée avec autant de force à la taxation des plus-values de cession au même niveau que les revenus?
Vouloir aligner la fiscalité du capital sur celle du travail, cela procède d'une profonde erreur de raisonnement économique, que l'on commet régulièrement en France dans les milieux politiques de droite et de gauche. L'ignorance économique dans laquelle les Français ont été maintenus depuis des années est scandaleuse et explique ce grand «bordel» intellectuel. Rappelons que l'investisseur en capital comme l'entrepreneur ne gagnent pas à tous les coups: il arrive souvent qu'ils ne retrouvent pas leur mise initiale. Il faut donc que leur prise de risque soit récompensée lorsqu'elle est réussie, c'est-à-dire rémunérée différemment, et suffisamment. Sinon, pourquoi ne placeraient-ils plutôt dans un immeuble ou un bas de laine leur argent déjà taxé? Si le capital n'est pas rémunéré à la hauteur du risque, plus personne n'investira dans une entreprise, et les entreprises elles-mêmes ne pourront plus se développer. Ensuite, tout s'enchaîne: moins d'entreprises, moins d'employeurs, moins de salariés, et pour finir moins d'emplois… Faire baisser le chômage en un an, le gouvernement doit le comprendre, c'est un objectif qui n'est pas tenable sans le succès des entreprises.
Est-il pour autant réaliste de demander le retrait de cette disposition du projet de loi de finances?
Il faut dire les choses clairement. L'article 6 n'est pas acceptable, même modifié. Nous ne serons pas les complices d'une erreur économique fondamentale et désastreuse. Sur ce refus vient de se constituer pour la première fois de l'Histoire ce que l'on pourrait appeler une interpatronale de vingt organisations, qui toutes demandent le retrait pur et simple de cet article.
Quel est globalement l'état d'esprit des chefs d'entreprise?
Aujourd'hui, un vent de fronde se lève de partout, aussi bien des TPE que du CAC 40. Cela va bien au-delà d'une jacquerie fiscale. Si la coupe est pleine, c'est qu'aucun relais ne valorise l'entrepreneur en France. Tout au contraire, il se heurte en permanence à un a priori systématique contre lui.
Craignez-vous un exode massif des chefs d'entreprise?
Nombreux sont ceux qui se posent la question de rester ou de partir. Notre pays devient hélas de moins en moins attractif chaque mois, tandis que nos voisins s'attachent à le devenir de plus en plus. Voyez la jeune génération qui choisit maintenant volontiers de faire ses études ou de créer des entreprises hors de France. Comment ne pas comprendre?
Qu'attendez-vous de la négociation sur la sécurisation de l'emploi?
Qu'en fonction de la conjoncture, elle enlève de la rigidité aux entreprises et leur redonne de la souplesse tout en facilitant le rebond professionnel des salariés. C'est ainsi qu'elle remplirait son objectif de relancer la compétitivité hors coût. Le Medef sera forcément exigeant car il y a des tabous à renverser. Ainsi le mot de flexibilité devient imprononçable alors que des entreprises meurent de ne pas avoir les moyens de s'adapter rapidement. Si la durée des plans sociaux se raccourcissait et s'ils étaient mieux sécurisés juridiquement, nous pourrions accepter de renforcer les obligations de reconversion des sites et de formation des salariés, mais aussi d'étendre la portabilité de certains droits qu'un salarié perd lorsqu'il est amené à quitter une entreprise. Je suis convaincue que nous pouvons avancer tous ensemble de manière constructive.
Le débat sur la suppression des 35 heures rebondit à droite. Vous êtes toujours sur cette ligne?
J'avais mis cette question sur la table des négociations en 2008 mais, à l'époque, le gouvernement n'avait pas souhaité s'engager dans cette voie. Nous sommes toujours favorables à une durée conventionnelle du travail qui serait déterminée par accord d'entreprise, voire par accord de branche, et qui pourrait évoluer selon les circonstances. Avec le débat sur les accords dits activité emploi, le sujet est en fait au cœur de la négociation. Il nous faut essayer de trouver un cadre qui permette aux entreprises en difficulté de modifier leurs paramètres de masse salariale, d'effectifs, de durée du travail.
L'exécutif ne pratique-t-il pas un double langage à l'égard des entreprises? Alors que Jean-Marc Ayrault dit tout le bien qu'il pense de vous en ouvrant votre université d'été, Arnaud Montebourg passe son temps à vous taper dessus…
Je ne soupçonne d'un double langage ni le président de la République, ni le premier ministre. Ils mesurent clairement à quel point l'avenir de notre pays passe par les entreprises. Mais le gouvernement et la majorité n'ont pas pris conscience de l'extrême gravité de la situation économique, ni de l'intensité de la crise. Et surtout, ils ne font pas le lien entre macroéconomie et microéconomie, entre les grands équilibres fondamentaux et la vie quotidienne de chaque entreprise. Ils ne réussiront pourtant que s'ils le comprennent. Quant à ­Arnaud Montebourg, je lui ai dit qu'il faisait preuve d'un interventionnisme social intempestif. Il doit apprendre à faire confiance aux partenaires sociaux dans l'entreprise.

dimanche 14 octobre 2012

Face à l’islam, quelle laïcité ?

Face à l’islam, quelle laïcité ?


Je me souviens qu’en 2010, dans la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle, puis dans la basilique de la Sainte Famille à Barcelone, Benoît XVI avait notamment déclaré (extraits adaptés) : La beauté de l’architecture sacrée est la grande nécessité de l’homme. Il est tragique qu’en Europe, surtout au 19e siècle, se soit affirmée et ait été défendue la conviction que Dieu est le rival de l’homme et l’ennemi de sa liberté. Il est nécessaire que Dieu recommence à résonner joyeusement sous le ciel de l’Europe. Avoir soin de Dieu et avoir soin de l’homme : voilà ce que l’Église désire apporter à l’Europe.
En réalité – et cela c’est moi qui l’ajoute – l’Europe vit dans le mensonge. L’Europe fait la part belle aux milieux islamiques, à l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). L’Europe a peur du terrorisme musulman. L’Europe a peur de perdre le pétrole arabe. L’Europe a peur de ses propres banlieues. Et un jour, l’Europe paiera ses propres peurs très cher.
Pour revenir au pape, en évoquant Antonio Gaudi, architecte chrétien, concepteur de la basilique de la Sainte Famille, Benoît XVI avait insisté sur l’importance de la réconciliation entre la raison et la foi : Gaudi réalisa ce qui est aujourd’hui une des tâches les plus importantes : dépasser la scission entre conscience humaine et conscience chrétienne, entre existence dans ce monde temporel et ouverture à la vie éternelle, entre la beauté des choses et Dieu qui est la Beauté. La consécration de cette église de la Sainte Famille (faite basilique par Benoît XVI), à une époque où l’homme prétend édifier sa vie en tournant le dos à Dieu, comme s’il n’avait plus rien à lui dire, est un événement de grande signification. Par son œuvre, Gaudi nous montre que Dieu est la vraie mesure de l’homme, que le secret de la véritable originalité consiste, comme il le disait, à revenir à l’origine qui est Dieu, avait conclu Benoît XVI.
A cet égard, j’aimerais rappeler ici que l’anthropologie chrétienne (c’est à dire, la philosophie chrétienne et la théologie catholique, combinées, dans l’étude de la personne humaine), cette anthropologie est essentiellement forgée par celles et ceux que l’Eglise appelle les saintes et les saints. Avec, par exemple, saint Jean évangéliste, saint Bernard, sainte Catherine de Sienne et saint Thomas d’Aquin, les catholiques ont toute la littérature catholique nécessaire pour s’apercevoir que primo, le christianisme est issu du judaïsme ; et secundo, que contrairement au judaïsme et au christianisme, tous deux issus de la bible, l’islam, lui, dès sa naissance au 7e siècle, n’est issu que de Mahomet et du coran.
Or, les athées et les agnostiques sont également en mesure de constater qu’en termes anthropologiques, Mahomet et le coran n’arrivent pas à la cheville de la bible, à la cheville des Prophètes d’Israël, à la cheville de David et ses Psaumes, à la cheville des écrits de saint Jean évangéliste, de saint Bernard, de sainte Catherine de Sienne, saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin. En fait, que l’on soit croyant ou pas, l’intelligence suffit pour constater que le coran est une livre assez dérisoire en comparaison de la bible et en comparaison des écrits des Prophètes d’Israël, des saintes et des saints. Il est vrai qu’une partie du clergé catholique, notamment en France et au Moyen Orient, semble avoir un degré de culture, de connaissance, de foi et d’intelligence, degré soit très limité, degré soit très infesté par le désir de plaire – à n’importe quel prix – aux représentants et dirigeants musulmans.
Pour ce qui concerne Benoît XVI, il me faudrait un long article pour tenter d’expliquer, même brièvement, sa pensée et sa position. Je crois que sur le fond, Benoît XVI est conscient du désastre annoncé, qui se prépare, avec l’idéologie islamiste. Cela mis à part, en dehors de ses écrits strictement théologiques et philosophiques, ce que le Pape dit et lit, est, souvent, écrit, par d’autres que lui, par d’autres membres de la Curie romaine. Car le pape est sollicité 10 fois par jour, 7 jours sur 7, pour recevoir quelqu’un et lui adresser quelques mots.
En résumé, il faut distinguer le dogmatique et le pastoral. Par exemple, le Concile Vatican II était pastoral et non dogmatique. Détail intéressant : le plus important texte dogmatique catholique, c’est le « Credo », le « Je crois en Dieu ». Or, ce Credo ne dit rien qui ne sorte du catholicisme. Ce que je veux dire par-là, c’est que les propos judéophobes et islamophiles ne tiennent pas la route au plan philosophique. Car le « Credo » ne demande ni de repousser les Juifs, ni d’embrasser les mahométans. En fait, d’un point de vue philosophique catholique, le peuple juif a participé et participera jusqu’à la fin des temps au plan divin. Les saintes et les saints l’ont dit et écrit. Ceux qui disent le contraire, ceux qui sont judéophobes et islamophiles sont tout simplement des idiots.
Toujours à propos de Benoît XVI, pour faire court, voici ce que je crois savoir : 1- Benoît XVI s’est fixé comme priorité l’unité. On peut aimer ou pas. Mais il a choisi l’unité. Avec qui ? Avec tous les catholiques. Avec les orthodoxes. Avec les anglicans. Avec les réformés, protestants, évangéliques. 2- Avec cela, il est vrai que l’amitié envers les Juifs, passe non pas avant, mais après l’unité que je viens d’expliciter. Benoît XVI s’est donc fixé comme deuxième priorité l’amitié avec les Juifs. En théorie, c’est gentil comme tout. En pratique, il y a encore un sacré bout de chemin à faire. Et sur ce blog, ce chemin je l’ai fait dès le premier jour et je le poursuivrai jusqu’au bout. Il y a dans l’Eglise des courants de gauche antisionistes et des courants d’extrême-droite antisémites. Et au milieu de tout ça, il y a Benoît XVI.
Je sais qu’au Vatican, ou plutôt au sein de son personnel, c’est un peu le panier de crabes, avec les « pro-ceci » et les « anti-cela ». Mais ce n’est pas parce que son personnel est parfois déficient que je vais cesser d’aimer l’Eglise.
Je suppose ou j’imagine que Benoît XVI essaye de se concentrer sur la priorité mentionnée dans mon point N°1, à savoir l’unité entre les chrétiens. Je ne sais pas comment Benoît XVI, qui n’est plus tout jeune et qui n’a jamais imaginé qu’un jour, le pauvre, il serait pape (il voulait se retirer chez son frère dans sa terre natale, la Bavière), je ne sais pas comment Benoît XVI, écrivais-je, arrive à tenir le coup, jour après jour, quand son entourage ne cesse de lui dire : « il faudrait faire comme ceci » ou « il faudrait faire comme cela » ; « il faudrait faire un pas supplémentaire vers les musulmans » ; « il faudrait faire un pas de plus vers les palestiniens ».
Pour ce qui me concerne, j’ai toujours souhaité – et je souhaite encore – élargir, le travail et le débat des idées, dans le cadre d’une anthropologie judéo-chrétienne de la société libre et laïque. De la société libre, par opposition aux sociétés totalitaires et autoritaires, que celles-ci soient fascistes, nationales-socialistes, communistes ou islamistes.
Dans ce cadre anthropologique judéo-chrétien, je me souviens, par exemple, que dès son arrivée, lundi 11 mai 2009, à l’aéroport Ben Gourion, près de la ville israélienne de Tel Aviv, Benoît XVI, avait aussitôt déclaré, au pied de l’avion, sur le tarmac : « Le peuple juif a tragiquement fait l’expérience des terribles conséquences d’idéologies qui nient la dignité fondamentale de toute personne humaine. Il est juste et opportun que, pendant mon séjour en Israël, je puisse avoir la possibilité d’honorer la mémoire des six millions de Juifs victimes de la Shoah et de prier pour que l’humanité ne soit plus jamais témoin d’un crime d’une telle ampleur. Malheureusement, l’antisémitisme continue de relever la tête en beaucoup d’endroits de notre monde. Ceci est totalement inacceptable. Tous les efforts doivent être faits pour combattre l’antisémitisme où qu’il se manifeste ».
Voilà ce que Benoît XVI avait déclaré le 11 mai 2009, à peine arrivé à l’aéroport Ben Gourion. Nos médias – évidemment – n’avaient pas relayé cela tel que Benoît XVI l’avait déclaré. En revanche, nos médias s’étaient acharnés contre d’autres propos (certes différents, et, même, pour certains d’entre eux, inopportuns) tenus par Benoît XVI lors de son séjour en Israël en mai 2009.
Mais l’essentiel, pour les catholiques, devrait – normalement -, se situer ailleurs. L’essentiel, pour les catholiques, devrait – normalement -, se situer, d’une part, dans l’origine, et d’autre part, dans l’eschatologie, dans le sort ultime de la personne humaine et dans le sort ultime de l’Univers. Concernant l’origine, Saint Bernard, parlant des chrétiens par rapport au judaïsme, a écrit que « les branches (les chrétiens) ne doivent pas être ingrates envers la racine (le judaïsme), les branches ne disputeront pas à la racine la sève qu’elles tiennent d’elle ». Concrètement, l’Eglise reconnaît le lien qui relie les catholiques au judaïsme. Avec Saint Bernard, l’Eglise demande même aux catholiques, je cite Saint Bernard, de ne pas être ingrats envers les Juifs et de se souvenir que c’est du judaïsme que les chrétiens tiennent la sève de leur foi.
L’Eglise catholique a reconnu et reconnaît encore, par des textes écrits, que les prémices de la foi catholique se trouvent dans les patriarches, dans Moïse et dans les prophètes. Saint Jean évangéliste a écrit que « le salut vient des Juifs ». C’est, du reste, la raison pour laquelle, je crois fermement, concernant l’eschatologie, concernant le sort ultime de la personne humaine et de l’Univers, que Dieu aura un seul peuple, Israël et les chrétiens issus des Nations. Dieu jugera le monde et l’Eglise de la même manière que le monde et l’Eglise auront jugé Israël. Et il ne nous appartient pas de juger, par nous-mêmes, sous quelle forme anthropologique, Dieu aura un seul peuple, Israël et les chrétiens issus des Nations, dans les temps eschatologiques.
Mais laissons les temps eschatologiques et revenons au temps présent. Le monde va mal. Il a besoin d’unité. Si quelqu’un veut faire du prosélytisme et de l’évangélisation, je l’invite, avant toute autre forme d’évangélisation, à prier et à exercer son métier. Car depuis qu’il est pape, Ratzinger a rappelé, à de nombreuses reprises, que l’évangélisation se fait d’abord par le travail et la prière ; et non pas d’abord par l’usage de la parole ou par l’écriture (à moins d’être journaliste et essayiste, n’est-ce pas ; auquel cas aussi, il faut prier d’abord et écrire ensuite…). Les grands discours (je fais allusion aux bavards professionnels ; et non pas allusion à Benoît XVI), les grands discours, écrivais-je, cela ne marche qu’un certain temps. Après, les gens se lassent et repartent déçus.
Et si nous voulons de l’œcuménisme, je propose de l’intensifier avec les Juifs et avec les Evangéliques. Plutôt que de nous planter avec les musulmans dans de creux bavardages que les musulmans eux-mêmes qualifient de creux bavardages. Actuellement, l’islam n’est pas disposé au dialogue alliant foi et raison. L’islam actuel s’avère même totalement incapable d’allier foi et raison. La réaction hystérique aux propos – pourtant purement historiques – de Benoît XVI à l’université de Ratisbonne en a témoigné. Du reste, Benoît XVI avait réitéré, en Jordanie, en 2009, son invitation aux musulmans, invitation à combiner foi et raison. Sur ce point, le discours en Jordanie de 2009 n’a pas différé du discours de Ratisbonne et n’a pas différé non plus du discours au Collège des Bernardins.
Cela m’est égal qu’il y ait plus d’un milliard de musulmans et « seulement » quelques millions de Juifs et d’Evangéliques sur terre. Ce n’est pas un motif suffisant pour privilégier le dialogue avec l’islam au détriment du dialogue avec le judaïsme et les communautés évangéliques. Dans le moyen et le long terme, c’est l’amitié judéo-chrétienne qui fera rempart aux islamistes radicaux du Hamas, du Hezbollah, des Frères musulmans, d’Ennahda, d’Al-Qaïda, d’Ahmadinejad, des talibans. Ménager l’islamisme radical, c’est un calcul à court terme. Un calcul qui ne nous créera que des ennuis. Du reste, pour le dialogue avec les musulmans, je note que l’Union Européenne ne dialogue pas avec les intellectuels musulmans réformateurs (ils sont pourtant des centaines et ils attendent toujours notre ouverture au dialogue) ; l’Union Européenne préfère dialoguer avec l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) et avec la Ligue Arabe.
Quant à l’antisionisme (que j’ai abondamment pratiqué dans ma jeunesse…), y compris l’antisionisme catholique français (très conspirationniste), il est une idéologie haineuse qui se drape dans la soi-disant défense des droits de l’homme. Si la France n’est plus antisémite, pourquoi ne le prouve-t-elle pas dans ses actes ? C’est facile de faire mémoire de la Shoah tout en refusant, à demi-mots, aux Juifs leur terre ancestrale.
A cet égard, je rappelle qu’Israël s’est retiré du Sinaï. Qu’Israël s’est retiré du Sud-Liban. Qu’Israël s’est retiré de la Bande de Gaza. Résultat : le Sinaï est un lieu de transit pour les armes qui finissent à Gaza. La Bande de Gaza est une république islamique : le Hamastan. Le Liban, ou plutôt le Hezbollistan, est une enclave iranienne dominée par la légion étrangère et mercenaire du Hezbollah. La Judée et la Samarie sont dominées par des bandes claniques, par des éléments armés du Hamas et par des éléments armés du Fatah. Et « l’Autorité » palestinienne de Mahmoud Abbas en Judée et en Samarie – concrètement sur le terrain – en termes « d’autorité », c’est du pipeau mafieux.
Pour conclure, je note que lorsque nous osons simplement défendre la société libre et laïque de culture judéo-chrétienne, la gauche, l’extrême gauche, l’extrême-droite laïque antisioniste et les islamistes nous accusent de prôner la supériorité de la civilisation chrétienne occidentale, alors que personnellement, j’ai toujours écrit « société libre et laïque de culture judéo-chrétienne » et jamais « civilisation chrétienne occidentale ». Ce mélange d’autisme et de terrorisme intellectuel, à notre encontre, reste pour moi assez hallucinant. Et puis, ce mélange d’autisme et de terrorisme intellectuel, révèle, une disparition lente, mais constante et persistante, de la connaissance. La connaissance rend libre la personne humaine. La disparition de la connaissance rendra la personne humaine esclave.